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Full text of "Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives par Cl. Deciv & J. Vaissete. [Édition accompagnée de dissertations & notes nouvelles contenant le Recueil des inscriptions de la province, continuée jusques en 1790 par Ernest Roschach]"

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^ 


A 

Par  suite  de   la   mort  de   M.  Mabille,   M.    A.    Molinier, 

ancien  élève  de  l'Ecole  des  Chartes,  a  dû  continuer  &  terminer 

les    travaux    entrepris    par    ce    regretté    collaborateur    pour    les 

tomes  II,    IV,   V. 

Le  nom  de  M.  A.  Molinier  remplacera  celui  de  M.  E.  Ma- 

bille,   SU)'    les    prochains    volumes    de    la    nouvelle    édition    de 

l'Histoire   générale  de  Languedoc. 

^ 


HISTOIRE 


GENERALE 


DE   LANGUEDOC 


ÉDITION 


ACCOMPAGNEE 


DE  DISSERTATIONS  &  NOTES  NOUVELLES 

CONTENANT 

LE  RECUEIL  DES  INSCRIPTIONS  DE  LA  PROVINCE 

AMTiaUES   ET  DU   MOYEN   AGE 

DES  PLANCHES,  DES  CARTES  GÉOGRAPHIQ.UES  ET  DES  VUES  DE  MONUMENTS 

PUBLIÉE    SOUS    LA    DIRECTION    DE 

M.  Edouard  DULAURIER,  membre  de  l'institut 


ANNOTEE   PAR 


M.  Emile  MABILLE 

ATTACHÉ    AU    DÉPARTEMENT    DES    MANUSCRITS     DE    LA 
BIBLIOTHÈQUE    NATIONALE 


M.  Edward  BARRY 

PROFESSEUR    d'hISTOIRE    A    LA    FACULTÉ    DES    LETTRES 
DE   TOULOUSE 


CONTINUEE    JUSQUES    EN    1790 

PAR 

M.  Ernest  ROSCHACH 

CORRESPONDANT   DU    MINISTÈRE    DE    l'iNSTRUCTION    PUBLIQUE    POUR   LES  TRAVAUX  HISTORIQUES 


Tous  droits  réservés  pour  ce  qui  concerne  la  nouvelle  rédaction, 

même  partiellement. 


HISTOIRE 

GÉNÉRALE 


DE   LANGUEDOC 


AVEC  DES  NOTES  ET  LES  PIECES  JUSTIHCATIVES 


PAR 


DOM  CL.  DEVIC  &  DOM  J.  VAISSETE 

REUGIEUX  BÉNÉDICTINS  DE  LA  CONGRÉGATION  DE  SAINT-MAUR 


TOME   DEUXIEME 


TOULOUSE 

EDOUARD    PRIVAT,   LIBRAIRE-ÉDITEUR 


MDCCCLXXV 


t.  X 

596642 

r5. .  Il .  5"4 


PRÉFACE 


LE  tome  II  de  la  nouvelle  édition  de  VHistoire  générale  de  Languedoc 
complète  le  tome  I  de  l'édition  prînceps ^  les  anciennes  Ilotes,  plu- 
sieurs Notes  ou  dissertations  nouvelles  relatives  à  divers  points  d'his- 
toire &  aux  institutions,  les  chartes  6c  chroniques  antérieures  à  l'an  877, 
telles  sont  les  matières  qui  y  sont  contenues.  La  principale  cause  des  retards 
éprouvés  par  cette  partie  de  la  publication  a  été  la  nature  même  des  sujets 
traités  dans  le  premier  volume  de  VHistoire.  Dans  cette  partie  de  leur  œuvre, 
les  Bénédictins  avaient  à  élucider  un  grand  nombre  de  questions  pour  la 
solution  desquelles  leur  siècle  ne  possédait  pas  tous  les  éléments  nécessaires. 
Se  dont  plusieurs  n'ont  même  été  soulevées  que  de  nos  jours.  C'est  ainsi 
que  l'ethnologie,  l'origine  des  anciennes  populations  gauloises  8<.  l'époque  de 
la  colonisation  du  bassin  de  la  Méditerranée,  n'ont  pu  être  étudiées  d'une 
manière  un  peu  précise  qu'après  la  découverte  assez  récente  de  la  véritable 
filiation  des  races  indo-européennes.  Pour  la  période  romaine,  mieux  fourni 
de  livres  Se  de  documents,  dom  Vaissete  n'avait  encore  que  bien  peu  de  ces 
innombrables  inscriptions  qui  ont  renouvelé  l'histoire  du  haut  empire,  8c  de 
son  temps  l'art  délicat  de  l'épigraphie  était  encore  dans  l'enfance.  Aussi  sur 
beaucoup  de  points  était-il  indispensable  de  compléter  les  rectificaiions  déjà 
indiquées  dans  le  tome  I,  de  développer  des  thèses  nouvelles  qui,  faute  de 
place,  n'avaient  pu  y  être  exposées. 

Tel   a  été  le   premier  8c  certainement  le  plus  sérieux  motif  de  ce    long 

II.  a 


vj  PREFACE. 

retard  j  le  trouble  apporté  dans  les  travaux  scientifiques  aussi  bien  que  dans 
les  transactions  commerciales,  par  les  événements  de  1 870-1871,  en  est  un 
autre.  Enfin,  ajoutons-y  la  longue  maladie  qui  a  fini  par  emporter  le 
premier  &.  l'un  des  plus  actifs  collaborateurs  de  l'ouvrage,  M.  Emile  Mabille. 
Ami  de  ce  savant,  son  aide  assidu  pendant  les  derniers  temps  de  sa  vie, 
nous  devons  payer  ici  un  tribut  à  sa  mémoire,  8c  consacrer  quelques  lignes 
à  cette  existence  toute  de  travail. 

Mabille  (Émile-Louis)  naquit  à  Tours,  le  21  décembre  1828.  D'une 
santé  délicate,  il  fit  la  plus  grande  partie  de  ses  études  sous  la  direction  de 
son  père  &.  vint  les  terminer  à  Paris,  en  18475  ce  fut  au  lycée  Bonaparte 
qu'il  passa  sa  dernière  année  scolaire  &  qu'il  fit  sa  philosopbie.  Reçu  bache- 
lier, il  entra  d'abord  à  l'École  d'administration,  récemment  créée.  Après  sa 
suppression,  deux  ans  plus  tard,  il  suivit  les  cours  de  l'Ecole  des  Chartes, 
en  subit  avec  succès  les  examens  Se  reçut  le  titre  d'archiviste  paléographe, 
après  avoir  présenté  comme  thèse  une  notice  sur  les  divisions  géographiques 
de  la  Touraine  au  moyen  âge,  travail  des  plus  sérieux,  refondu  plus  tard 
Se  publié  dans  la  Bibliothèque  de  VÈcole  des  Chartes.  Attaché  à  la  Biblio- 
thèque nationale  en  i85i,  il  rendit  à  cet  établissement  de  nombreux  Se  utiles 
services.  D'abord  chargé  du  service  des  manuscrits  français,  il  dirigea  plus 
tard  le  cabinet  des  titres.  Se  apporta  à  la  conservation  de  cette  importante 
collection  tous  les  soins  désirables.  Cependant  il  continuait  à  s'occuper 
d'histoire.  Se  c'était  surtout  sa  chère  Touraine  qui  attirait  Se  captivait  son 
attention.  Esprit  net  Se  lucide,  doué  de  beaucoup  de  persévérance,  il  excel- 
lait aux  travaux  de  critique  proprement  dits.  Se  préférait  à  des  compositions 
étendues  Se  plus  littéraires  des  mémoires  substantiels  Se  précis.  L'étude  des 
sources,  l'examen  des  rapports  entre  les  chroniques  Se  les  chartes,  tels  étaient 
les  travaux  les  plus  appropriés  à  son  esprit.  Il  a  laissé  dans  ce  genre  de  vrais 
modèles;  le  mémoire  sur  V Aquitaine  6-  ses  marches  au  neuvième  siècle, 
y  Introduction  aux  chroniques  des  comtes  d'Anjou^  la  monographie  sur  les 
Pérégrinations  du  corps  de  saint  Martin  sont  excellents  de  tout  point,  pleins 
de  faits  nouveaux,  exposés  avec  clarté  Se  méthode.  Le  premier,  notamment, 
qui  est  le  tirage  à  part  d'une  I^ote  rectificative  insérée  dans  ce  volume, 
obtint,  en  1871,  une  mention  au  concours  des  antiquités  nationales.  II 
abonde  en  renseignements  inédits  Se  corrige  de  nombreuses  erreurs  des 
ouvrages  antérieurs. 

Ce  fut  en  1866  que  M.  E.  Mabille  reçut  de  M.  Dulaurier  la  proposition 
de  collaborer  à  la  nouvelle  édition  de  V  Histoire  générale  de  Languedoc  ;  il  se 
mit  immédiatement  à  ce  nouveau  travail  Se  y  apporta  les  qualités  ordinaires 


^^T" 


PREFACE.  vij 

de  son  esprit  Se  ses  connaissances  spéciales.  Esprit  méthodique,  il  s'attacha 
tout  d'abord  à  débrouiller  la  première  époque  de  cette  histoire,  &.  c'est  à  ces 
quelques  années  de  bon  travail  que  l'on  doit  la  notice  sur  l'Aquitaine,  la  pré- 
paration des  notes  du  tome  I ,  &  la  réunion  des  preuves  du  présent  volume. 
M.  Mabille  espérait  recueillir  bientôt  le  fruit  de  tous  ces  travaux,  quand 
arriva  la  guerre  de  1870  8c  les  lamentables  événements  qui  la  suivirent.  Par 
une  obstination  difficile  à  comprendre,  notre  honorable  ami  voulut  rester  à 
Paris  8c  supporter  les  privations  du  siège,  alors  que  sa  constitution  ne  lui 
aurait  permis,  en  aucun  cas,  d'en  partager  les  dangers.  C'est  à  cette  impru- 
dence qu'il  faut  attribuer  la  maladie  qui  nous  l'a  ravi.  Mal  rétabli  à  la  fin 
de  1872,  un  voyage  un  peu  fatigant,  qu'il  dut  faire  alors  dans  le  Midi, 
acheva  de  ruiner  sa  faible  santé,  8(.  les  deux  ans  qu'il  vécut  encore  ne  furent 
plus  qu'une  longue  suite  de  rechutes  8c  de  demi-guérisons.  C'est  à  ce  moment 
que  sentant  chaque  jour  ses  forces  s'amoindrir,  il  nous  choisit  pour  collabo- 
rateur. Se  méfiant  peut-être  trop  peu  de  notre  inexpérience,  il  nous  aban- 
donna tout  d'abord  la  plus  grande  partie  de  la  tâche  8c  se  contenta  d'un 
simple  travail  de  révision,  travail  que  l'affaiblissement  continuel  de  sa  santé 
lui  rendit  de  jour  en  jour  plus  pénible.  Après  avoir  ainsi  traîné  de  longs 
mois,  il  s'éteignit  le  24  septembre  1874,  laissant  à  tous  ceux  qui  l'avaient 
connu  un  peu  intimement  les  meilleurs  souvenirs  8c  les  plus  grands  regrets. 

Héritier  de  sa  tâche,  nous  nous  appliquâmes  avant  tout  à  terminer  les 
volumes  qu'il  laissait  inachevés.  Le  tome  II,  la  fin  du  tome  IV,  dont  il 
restait  encore  plus  de  deux  cents  pages  à  écrire,  enfin  le  tome  V,  que  nous 
avions  commencé  sous  sa  direction,  sont  là  pour  témoigner  des  difficultés 
que  nous  avions  à  vaincre. 

Le  tome  II  de  la  nouvelle  édition  comprend  les  Notes  critiques  du  tome  I 
de  l'édition  princeps  8c  les  Notes  rectificatives  8c  additionnelles  des  nouveaux 
éditeurs.  Parmi  ces  Notes,  outre  celles  que  nous  devons  à  E.  Mabille,  il  faut 
signaler  à  l'attention  du  public  érudit  les  dissertations  toutes  nouvelles  de 
M.  Edw.  Barry  sur  l'histoire  de  la  Province  à  l'époque  romaine  j  on  y  verra 
traitées  à  nouveau,  8c  avec  une  rare  sûreté  de  savoir  8c  de  goût,  plusieurs 
questions  importantes,  telles  que  celles  des  expéditions  des  Gaulois  à  Del- 
phes, des  anciennes  populations  de  la  Gaule  Narbonnaise  8c  des  émigrations 
des  Volkesj  nous  signalerons  encore  les  recherches  de  ce  savant  sur  l'orga- 
nisation intérieure  8c  la  religion  locale  des  pagi,  les  origines  de  Toulouse  8c 
les  trophées  de  Pompée.  Plus  loin  une  précieuse  Note  de  M.  Ch.  Robert 
fournit  sur  la  numismatique  de  la  Province  des  idées  toutes  nouvelles. 
M.  H.  Zotenberg,  de  la  Bibliothèque  nationale,  a  bien  voulu  résumer  pour 


viij  PREFACE. 

nous  les  passages  des  auteurs  arabes  relatifs  aux  invasions  musulmanes  en 
Septimanie.  Enfin  qu'on  nous  permette  de  mentionner  une  courte  disser- 
tation sur  quelques  diplômes  plus  ou  moins  authentiques  publiés  par  dom 
Vaissete. 

La  seconde  partie  du  volume  est  occupée  par  les  preuves j  ce  recueil,  dont 
l'étendue  est  presque  double  de  celle  qu'il  occupait  dans  l'édition  originale, 
avait  été  formé  par  É.  Mabille,  8c  c'est  à  nous  qu'est  revenue  la  tâche  d'en 
surveiller  l'impression  5c  d'en  dresser  la  table.  On  y  remarquera  des  textes 
inédits  du  neuvième  siècle  en  assez  grand  nombre  5  aussi  souvent  que  nous 
l'avons  pu,  nous  avons  revu  les  documents  sur  les  originaux,  \ts  fac-similé 
ou  les  copies  anciennes,  5c  nous  croyons  que  plus  d'un  de  ces  actes  royaux, 
si  souvent  publiés,  a  reçu  aujourd'hui  pour  la  première  fois  sa  véritable 
forme. 

Les  preuves  qui  paraissent  aujourd'hui  ne  sont  que  de  deux  sortes,  les 
chroniques  5c  les  chartes  5c  diplômes  j  dom  Vaissete  y  avait  joint,  pour  son 
tome  I  seulement,  un  choix  assez  restreint  de  textes  épigraphiques  de  l'époque 
romaine.  Nous  avons  supprimé  cette  portion  des  preuves;  en  effet,  ce  n'est 
pas  seulement  un  choix  des  inscriptions  de  la  Province  qui  doit  être  joint  à 
cette  édition,  c'est  un  recueil  aussi  complet  qu'il  peut  l'être  dans  l'état  actuel 
de  la  science.  Ce  travail,  confié  à  M.  E.  Barry  5c  à  M.  Germer-Durand, 
bibliothécaire  de  Nimes,  en  préparation  depuis  de  longues  années,  com- 
prendra un  très-grand  nombre  d'inscriptions  romaines  5c  des  premiers  siècles 
du  moyen  âge.  Ce  recueil  sera  le  plus  complet  qui  ait  encore  paru  pour  une 
province  de  la  France,  5c  renfermera  beaucoup  de  textes  qui  manquent  aux 
recueils  les  plus  célèbres'. 

Une  table  des  matières  des  Notes  anciennes  5c  nouvelles,  une  table  alpha- 
bétique des  noms  cités  dans  les  Preuves  5c  un  index  bibliographique  des 
ouvrages  indiqués  dans  les  deux  premiers  volumes,  complètent  le  tome  IL 

A.    MOLINIER. 


Octobre  1876. 


Il  formera  un  volume  qui  servira  de  supplément  au  tome  II  &  sera  accompagné  de  tables  &  d'index 
particuliers. 


SOMMAIRES  DES  NOTES 


DU   TOME    11    DE    LA    NOUVELLE    EDITION     DE   L'HISTOIRE    GENERALE    DE    LANGUEDOC 


N.  B.  —  Noms  des  auteurs  des  Notes  ajoutées  par  les  nouveaux  éditeurs,  avec  l'indication  de  leurs 
initiales  :  M.  Edward  Barry,  a  signé  [E.  B.];  —  M.  Emile  Marille  [E.  M.];  —  M.  Auguste  MoLi- 
NiER  [A.  M.];  —  M.  Charles  Rorert  [C.  R.]  j  —  M.  Hermann  Zotenberg  [H.  Z.]. 


NOTES 

DE   l'Édition   originale 

Note  I.  Si  les  peuples  de  la  Narbonnoise  étoient 
compris  anciennement  dans  cette  troisième  par- 
tie des  Gaules,  qu'on  appeloit  Celtique  propre- 
ment dite,  p.  I  • 

Note  additionnelle  de  dom  Vaissete,  provenant  du 
tome  V  de  l'édition  originale,  p.  2. 

II.  En  quel  pays  de  la  Germanie  les  Tectosages 
dont  parle  César  fixèrent  leur  séjour.  —  Epoque 
de  leur  sortie  des  Gaules,  p.  3. 

Note  additionnelle  de  dom  Vaissete,  provenant  du 
tome  V  de  l'édition  originale,  p.    10. 

III.  Epoque  de  la  première  irruption  des  Tecto- 
sages dans  la  Macédoine,  du  siège  de  Delphes  & 
de  l'entrée  de  ces  peuples  en  Asie,  p.   12. 

IV.  Sur  les  circonstances  de  l'expédition  de  Del- 
phes par  les  Tectosages,  p.   14. 

V.  Sur  l'endroit  où  Annibal  passa  le  Rhône, 
p.    17. 

Note  additionnelle  de  dom  Vaissete,  provenant  du 
tome  V  de  l'édition  originale,  p.    18. 

VI.  En  quel  temps  le  Languedoc  fut  soumis  aux 
Romains,  p.   19. 

VII.  De  quelle  manière  le  Languedoc  fut  soumis 
à  la  République  romaine,  p.  20. 

VIII.  Sur  les  limites  de  la  Gaule  Narbonnoise, 
p.    22. 

IX.  Sur  la  ville  i^Illiieris,  p.  29. 

X.  Sur  les  Bébryces ,  peuple  de  la  Narbonnoise, 
p.    3o. 

XI.  Sur  l'étendue  du  pays  des  Volces  Arécomiques, 

p.    32. 

XII.  Sur  la  situation  du  pays  des  peuples  Umhra- 
nici,  Sf.  de'quelques  autres  de  la  Narbonnoise, 
p.    32. 


XIII.  Sur  le  passage  du  Rhône  par  les  Cimbres  81 
les  Teutons.  —  Explication  d'un  endroit  de 
Plutarque  au  sujet  de  la  Ligurie  &  des  Alpes, 
p.  33. 

Notes  additionnelles  de  dom  Vaissete,  provenant  du 
tome  V  de  l'édition  originale,  p.  35. 

XIV.  Sur  Lollius  &  Manilius,  gouverneurs  de  la 
Narbonnoise,  p.  38. 

XV.  Expéditions  de  Pompée  dans  la  Province  ro- 
maine ou  Gaule  Narbonnoise.  —  Restitution 
d'un  passage  de  Cicéron,  p.  39. 

Note  additionnelle  de  dom  Vaissete,  provenant  du 
tome  V  de  l'édition  originale,  p.  40. 

XVI.  Epoque  du  commencement  &  de  la  fin  de  la 
guerre  de  Sertorius  &  du  gouvernement  de  Fon- 
téius  dans  la  Province,  p.  41. 

XVII.  Sur  celui  qui  commandoit  dans  la  Province 
dans  le  temps  que  la  conjuration  de  Catilina 
fut  découverte  à  Rome,  p.  42. 

Note  additionnelle  de  dom  Vaissete,  provenant  du 
tome  V  de  l'édition  originale,  p.  43. 

XVIII.  Si  les  Volces  Arécomiques  &  les  Helviens 
ont  jamais  été  entièrement  soumis  aux  Marseil- 
lois,  p.  43. 

XIX.  Si  les  peuples  de  la  Narbonnoise  furent  du 
nombre  des  soixante  peuples  qui  se  trouvèrent 
à  la  dédicace  de  l'autel  d'Auguste  à  Lyon,  &  sur 
les  trois  Gaules,  p.  44, 

XX.  Quelle  part  eut  la  Narbonnoise  dans  la  ré- 
volte de  Julius  Vindex,  p.  46. 

XXI.  Sur  iEmilius  Arcanus,  duumvir  de  Nar- 
bonne,  p.  47. 

XXII.  Epoque  d'une  inscription  de  Narbonne  qui 
prouve  que  la  Narbonnoise  demeura  toujours 
fidèle  à  l'empereur  Sévère,  p.  48. 

XXIII.  Sur  l'époque  de  la  mission  des  premiers 
évêques  de  la  Narbonnoise,  p.  49. 

XXIV.  Premiers  évèques  de  Nimes,  p.  49. 


SOMMAIRES  DES  NOTES. 


XXV.  Premiers  évêques  de  Lodève,  p.  So. 

XXVI.  Église  de  Maguelonne,  p.  5i. 

XXVII.  Premiers  évéques  de  Carcassonne,  p.  5i. 

XXVIII.  Sur  l'église  d'Elne,  p.  53. 

XXIX.  Sur  les  premiers  évêques  de  Viviers,  p.  53. 

XXX.  Sur  l'église  de  Gévaudati,  p.  Sy. 

XXXI.  Kpoque  du  martyre  de  saint  Saturnin,  pre- 
mier éveque  de  Toulouse.  —  Authenticité  de  ses 
actes,  p.  58. 

XXXII.  Sur  saint  Antonin  de  Pamiers  &  l'origine 
de  cette  ville,  p.  Sp. 

XXXIII.  Époque  de  la  division  de  l'ancienne  Nar- 
bonnoise  en  deux  provinces,  &  de  la  subdivi- 
sion des  autres  parties  des  Gaules,  p.  63. 

XXXIV.  Sur  les  Cinq  &  les  Sept  provinces  des 
Gaules  &  leur  vicariat,  p.  68. 

Note  additionnelle  de  dom  Vaissete,  provenant  du 
tome  V  de  l'édition  princeps,  p.  71. 

XXXV.  Si  les  deux  provinces  des  Alpes  Maritimes 
&  Grecques  ont  jamais  fait  partie  de  l'ancienne 
Narbonnoise,  p.  72, 

XXXVI.  Sur  les  neveux  ds  Constantin  élevés  à 
Narbonne,  p.  76. 

XXXVII.  Sur  le  concile  de  Béziers,  où  présida  Sa- 
turnin, évêque  d'Arles,  p.  77. 

XXXVIII.  Sur  la  préfecture  d'Hespère,  fils  d'Au- 
sone,  p.  79. 

XXXIX.  Sur  la  situation  i'Ehromagus,  lieu  de  la 
demeure  de  saint  Paulin,  p.  80. 

Note  additionnelle  de  dom  Vaissete,  provenant  du 

tome  V  de  l'édition  princeps,  p.  82. 
XL.   Sur  la  patrie  de  Septime  Sévère,  p.  82. 
XLI.   En  quel  endroit  des  Gaules  Vigilance  divul- 
gua ses  erreurs,  p.  87. 
XLII.   Époque   de   l'irruption   de   Crocus,    roi    des 
Allemands   ou   des   Vandales,   dans   les   Gaules  ^ 
du  martyre  de  saint   Privât,  évêque  de  Gévau- 
dan,*8<.  de  la  translation  du  siège  épiscopal  dans 
la  ville  de  Mende,  p.  88. 
Note  additionnelle  des  nouveaux  éditeurs,  p.  93. 
XLlIl.    En  quel  endroit  se  donna  la  bataille  entre 

les  généraux  Constance  &  Edobic,  p.  94. 
XLIV.    Sur  la    division    des  Gaules   en   Ultérieure 

&  Citérieure,  p.   96. 
XLV.  Époque  de  l'entreprise  d'Ataulphe  sur  Mar- 
seille, &   de   la    prise  de  Toulouse    par  les   bar- 
bares, p.  95. 
XLVI.   Sur  une  inscription  en  l'honneur  d'Ataul- 
phe &  de  Placidie,  p.  97. 
XLVII.  Si  le  monastère  de  Saint-Castor  étoit  situé 

à  Nimes  ou  aux  environs!'  p.   102. 
XLVIII.   En    quel    temps    le    siège    du    préfet    des 

Gaules  fut  transféré  de  Trêves  à  Arles,  p.   io3. 
XLIX.   Juridiction  des  évêques  d'Arles  sur  les  pro- 
vinces des  Alpes  Maritimes  &  Grecques,  p.  io5. 
L.   Si   les  évêques  de   Narbonne   ont   été  soumis  à 
celui  d'Arles,  comme  à  leur  métropolitain,  avant 
Patrocle,  p.   1  07. 
Ll.   Epoque   de   la    mort   de  Wallia,    roi    des  Visi- 
goths,  &  du  retour  de  ces  peuples  dans  les  Gau- 
les, p.    112. 


LU.   Sur  quelques  circonstances  de  la  guerre  d'At- 
tila, &  les  années  du   règne  de  Thorismond,  roi 
des  Vislgoths,  p.    i  i3. 
LUI.   Époque  des  expéditions  deThéodoric  II,  roi 
des  Visigoths,   en    Espagne,  &   de    son    retour  à 
Toulouse,  p.   114. 
LIV.  Sur  la  famille  de  Magnus  Félix,  p.   i  14. 
LV.   Époque  du  siège  d'Arles  par  Théodoric  II,  roi 

des  Visigoths,  p.    116. 
LVI.   Époque   de    la    mort    deThéodoric,    roi    des 
Visigoths,  de    la    soumission   de   Narbonne  à  ce 
prince,  &  de  la  mort  du  comte  Gilles,  p.   117. 
LVII.   Sur  la   Septimanie  &  l'origine   de   ce   nom, 

p.    . 19. 
Note  additionnelle  de  dom  Vaissete,  provenant   du 

tome  V  de  l'édition  princeps,  p.   124. 
LVIII.   Si   Sigismer,   prince   françois,  épousa    une 

fille  d'Euric,  roi  des  Visigoths,  p.   128. 
LIX.   Éclaircissements  sur  quelques  endroits  de  la 

vie  d'Euric  &  sur  sa  famille,  p.    129. 
LX.    Époque   de   l'entrevue   de   Clovis    &  d'Alaric, 

p.    I 3  f . 
LXI.    Si    saint  Eugène    fonda    un    monastère   dans 
l'Albigeois,  &  sur  les  actes  de  sainte  Carissime, 
vierge,  p.    i32. 
LXII.    Sur  quelques  circonstances  de  la  bataille  de 
Vouglé   &.   l'époque  de   la   mort  d'Alaric   II,  roi 
des  Visigoths,  p.   i33. 
Note   additionnelle    de    dom  Vaissete,    sur    Apolli- 
naire, évêque  de  Clermont,  provenant  du  tome  V 
de  l'édition  princeps,  p.   134. 
LXIII.   Chronologie  du    règne  de    Gésalic,   roi  des 

Visigoths,  p.   I  35. 
LXIV.    Époque  de   la  défaite  des  François   par  les 
Ostrogoths,  &.  du  siège  d'Arles  par  les  premiers, 
p.    139. 
LXV.  Sur  saint  Gilles,  p.   140. 
LXVI.  Sur  le  vicariat  d'Espagne  que  saint  Césalre, 
évêque    d'Arles,    obtint    du    pape     Symmaque, 
p.    141. 
LXVII.    Sur  la    mort  du    roi  Amalarlc.  —  Epoque 
de   son    règne   &    du    second    concile   de   Tolède, 
p.    143. 
LXVIII.    Sur  les   expéditions   de  Théodebert   dans 
la    Septimanie    ou    Languedoc  5    sur    le    pays    8c 
l'évéché  d'Arsat,  p.    145. 
Addition  des  nouveaux  éditeurs,  p.    149. 
LXIX.   Sur  les   actes   de  saint  Germier,   évêque  de 

Toulouse,  p.    I  5o. 
LXX.   Si  les  François  prirent  la  ville  de  Cette,  en 
Languedoc,    sur  les  Visigoths,  sous   le    règne   de 
Chlldebert,  p.    1  52. 
LXXI.   Sort  du  Languedoc  françois  par  le  partage 
du    royaume   entre    les   quatre    fils   du    roi    Clo- 
taire  I,  p.    1  54. 
LXXII.  Époque  du  règne  8c  de  la  mort  de  Lluva  I, 

roi  des  Visigoths,  p.    1  55. 
LXXIII.   Sur  l'entrée  des  Saxons  dans  la  Province 
sous    le    règne   de    Contran,  roi   de    Bourgogne, 
p.    157. 
LXXIV.   Sur  Dyname,  gouverneur  de  Marseille  & 
d'Uzès,  p.   I  58. 


SOMMAIRES  DES  NOTES. 


V 


LXXV.   Époque  des  expéditions  de  Reccarède  con- 
tre les  François,  sur  les  frontières  de  la  Septi- 
manie,  de  la  mort  du  roi  Leuvigilde  8c  du  mar- 
tyre de  saint  Herménigilde,  p.    i58. 
LXXVI.   Epoque  de    la    mort    du    roi    Reccarède  & 

de  la  naissance  de  son  fils  Liuva,  p.   i6o. 
LXXVII.  Quels  étoient  les  châteaux  appelés  Caput 
Arietis,  dont  le  prince  Reccarède  se  rendit  maî- 
tre sur  le  roi  Contran,  p.   161. 
LXXVIII.  Sur  le  commencement  8c  la  fin  du  règne 
de  Charibert    ou    Aribert,    roi    de   Toulouse,   8c 
l'étendue  de  son  royaume,  p.   162. 
Addition  des  nouveaux  éditeurs,  p.   170. 
LXXIX.    Epoque  des   règnes  de  Suintila,  Sisenand 

8c  Chintila,  rois  des  Visigoths,  p.   170. 
LXXX.   Époque  de  la  translation  du  siège  épisco- 

pal  du  Vêlai,  dans  la  ville  du  Puy,  p.    171. 
tfote  additionnelle  de  dom  Vaissete  sur  l'époque  de 
la  translation  du  siège  épiscopal  du  Vêlai   dans 
la  ville  du  Puy,  empruntée  au  tome  V  de  l'édi- 
tion originale,  p.  172. 
Addition  faite  par  les  nouveaux  éditeurs,  p.    18?. 
LXXXI.   Si   les  Visigoths  prirent   quelques    places 
sur    les    François   à    la    fin    du    septième    siècle, 
p.    182. 
LXXXII.   Époque  de  l'entrée  des  Sarrasins  dans  la 

Septimanie   ou  la  Narbonnoise,  p.   184. 
LXXXIII.   Sur  Eudes,  duc  d'Aquitaine,  p.   186. 

Généalogie  d'Eudes,  duc  d'Aquitaine,  suivant 
la  charte  d'Alaon,  p.   188. 
"Sote    rectificative   ajoutée   par    les    nouveaux   édi- 
teurs :  La  charte  d'Alaon,  p.  196. 
LXXXIV.    Époque  des  diverses  irruptions  des  Sar- 
rasins dans  les  Gaules,  sous  le  gouvernement  de 
Charles    Martel.  —  Circonstances   de   quelques- 
unes  de  ces  irruptions,  p.  204. 
LXXXV.  Époque  de   l'union  de  la  Septimanie  ou 

Narbonnoise  première  à  la  couronne,  p.  211. 
LXXXVI.  Restitution  d'une  transposition  dans  le 
continuateur  de  Frédégaire.  —  Epoque  de  la  ba- 
taille qui  se  donna  entre  Pépin  8c  Waïfre,  p.  2  1  2. 
LXXXVII.  Suite  des  ducs  de  Toulouse,  d'Aqui- 
taine 8c  de  Septimanie;  des  marquis  de  Cothie; 
des  comtes  de  Toulouse,  de  Narbonne,  de  Bar- 
celone, de  Carcassonne,  8cc.,  durant  la  seconde 
race,  p.  2  1  4  8c  suiv. 

5  I.    Ducs  8c   comtes  de  Toulouse.  —  Duché 
d'Aquitaine,  p.  2i5. 

Généalogie  de   la   famille  de   saint  Guil- 
laume,   duc    de   Toulouse    ou    d'Aqui- 
taine, p.  221. 
5  II.   Ducs  de  Septimanie  ou  marquis  de  Co- 
thie, comtes  de  Barcelone,  p.  233. 
5  III.    Époque  de  la   séparation  de  la  Marche 
d'Espagne  8c   du    marquisat   de    Cothie.   — 
Origine  deWifred  le  Velu,  successeur  d'Hum- 
frid  dans  le  comté  de  Barcelone  ou  marqui- 
sat d'Espagne,  8c  tige  des  comtes  héréditaires 
de  cette  ville,  p.  235. 
2  IV.    Suite  des  marquis  de  Cothie,  depuis  la 
séparation  de  cette  province  d'avec  le  comté 
de  Barcelone  8c  la  Marche  d'Espagne,  p.  242. 
Tableau    généalogique    de    la    famille    de 
Bernard  II,  marquis  de  Cothie,  p.  246. 


5  V.    Division  de  l'Aquitaine  en  deux  duchés. 
—  Comtes  de   Poitiers  ou  d'Auvergne,  ducs 
d'une    partie    de    l'Aquitaine,    depuis    cette 
division  jusqu'à  Guillaume  le  Pieux,  p.  zSi. 
5  VI.   Suite  des  ducs  d'une  partie  de   l'Aqui- 
taine depuis  Guillaume  le  Pieux.  —  Comtes 
de  Carcassonne  8c  de  Razès,  p.  262. 
Note  rectificative  ajoutée  par  les  nouveaux  éditeurs  : 
Le  royaume  d'Aquitaine,  ses  comtes,  ses  ducs  81 
ses  marquis,  p.  267  8c  suiv. 

I.  Le  royaume  d'Aquitaine  (778-877),  p.  268. 

II.  Origine  de  saint  Guillaume  de  Cellonej 
histoire  de  sa  famille,  p.  272. 

Tableau    généalogique    de    la    famille    de 
saint  Guillaume,  p.  270. 

III.  Hildebrand,  premier  comte  d'Autun;  his- 
toire de  sa  famille,  p.  277. 

Généalogie  de    la    famille    d'Hildebrand, 
comte  d'Autun,  p.  278. 

IV.  Emenon,  comte  de  Poitiers;  histoire  de 
sa  famille,  p.  279. 

Tableau  généalogique,  p.  280. 

V.  Gérard,  comte  d'Auvergne;  sa  famille,  les 
Ranulfe,  p.  280. 

Tableau  de  la  descendance  de  Gérard  8c  de 
Guillaume,  comtes  d'Auvergne,  p.  283. 

VI.  Guillaume,  frère  du  duc  Gérard,  comte 
d'Auvergne;  sa  famille,  p.  283. 

VII.  Oliba,  comte  de  Carcassonne;  histoire  de 
sa   famille,  p.  286. 

Tableau  généalogique,  p.   287. 

VIII.  Borrel,  comte  d'Ausone;  histoire  de  sa 
famille;  origine  des  rois  d'Aragon,  p.  288. 

Tableau    généalogique    de    la    famille    de 
Borrel,  comte  d'Ausone,  p.  293. 

IX.  Suniaire  II,  comte  de  Roussillon.  —  Sa 
famille;  les  comtes  de  Roussillon,  p.  293. 

Tableau  généalogique,  p.  296. 

X.  Suite  chronologique  des  comtes  de  Tou- 
louse (778-918),  p.  295. 

XI.  Suite  chronologique  des  premiers  comtes 
d'Autun  (796-921),  p.  3oo. 

XII.  Comtes  de  Poitou  (778-930),  p.  3o2. 

XIII.  Chronologie  des  comtes  d'Auvergne  sous 
la  seconde  race  (839-935),  p.  309. 

XIV.  Chronologie  des  comtes  de  Carcassonne 
8c  de  Razès  (800-944),  P-  3i  1. 

XV.  Comtes  de  Narbonne,  de  Nimes,  de  Ma- 
guelonne  8c  d'Agde,  p.  314. 

XVI.  Suite  chronologique  des  marquis  de 
Septimanie  ou  de  Cothie,  p.  3  16. 

XVII.  Chronologie  des  comtes  8c  des  marquis 
de  Barcelone  ou  de  la  Marche  d'Espagne 
(801-864  Se  864-994),  ?•  3i8. 

XVIII.  Chronologie  des  comtes  de  Roussillon 
(812-991),  p.  319. 

XIX.  Chronologie    des     comtes     d'Ampurias 

(812-1  040),    p.    321  . 

LXXXVIII.  Si  les  archevêques  de  Narbonne  ont  ja- 
mais été  soumis  à  la  primatie  de  Bourges,  p.  323. 

LXXXIX.  Origines  des  abbayes  de  Caunes  8c  de 
Saint-Chinian,  p.  327. 


XIJ 


SOMMAIRES  DES  NOTES. 


XC.  Si  Guillaume,  premier  porte-enseigne,  qui  se 
trouva  an  siège  de  Barcelone,  est  le  même  que 
saint  Guillaume,  duc  de  Toulouse.  —  Epoque  du 
siège  de  cette  place  par  Louis  le  Débonnaire,  & 
des  expéditions  de  ce  prince  dans  la  Marche 
d'Espagne,  jusques  à  l'an  814,  p.  Szç. 

Additions  &  corrections  pour  quelques  endroits  du 
ix«  livre  &  des  Notes  LXXXVII  &  XC  (données 
par  dom  Vaissete  à  la  fin  de  son  tome  l),  p.  334. 

XCI.  Epoque  de  la  fondation  de  l'abbaye  d'Alet, 
aujourd'hui  évêché.  —  Généalogie  du  comte 
Béra,  fondateur  de  ce  monastère,  p,  338. 

XCII.  Époque  de  l'épiscopat  d'Aribert,  archevêque 
de  Narbonne,  p.  340. 

XCIII.  Époque  de  la  fondation  des  abbayes  de  Fi- 
geac  &  de  Gaillac,  p.  341. 

XCIV.  Sur  l'époque  de  la  désunion  de  la  Septi- 
manie  du  royaume  d'Aquitaine  &  de  son  érec- 
tion en  duché,  &  sur  l'acte  de  partage  que  fit, 
l'an  817,  l'empereur  Louis  le  Débonnaire  de  ses 
États  entre  ses  enfants,  p.  343. 

XCV.  Sur  les  évêques  de  la  Septimanie  qui  se  dé- 
clarèrent en  faveur  de  Lothaire  &  contribuèrent 
à  la  déposition  de  l'empereur  Louis  le  Débon- 
naire, p.  048. 

XCVL  Époque  de  la  mort  de  Pépin  I,  roi  d'Aqui- 
taine, &  de  Bérenger,  comte  de  Toulouse,  p.  35o. 

XCVn.  Époque  des  différents  sièges  de  Toulouse 
par  Charles  le  Chauve,  p.  358. 

Note  rectificative  des  nouveaux  éditeurs,  p.  36o. 

XCVIII.  Époque  de  la  prise  de  Toulouse  par  les 
Normands,  p.  362. 

Note  additionnelle  des  nouveaux  éditeurs,  p.  363, 

XCIX.  Époque  de  l'union  des  comtés  de  Querci  & 
de  Rouergue  au  domaine  des  comtes  de  Tou- 
louse, p.  364. 

C.  Epoque  de  la  mort  de  Bernard  II,  comte  de 
Toulouse,  frère  &  prédécesseur  d'Eudes,  p.  3jo, 

CI.  Sur  quelques  événeraens  arrivés  du  temps  des 
Sarrasins  8c  sous  le  règne  de  Louis  le  Débon- 
naire,   p.  37 1 . 

Cil.  Sur  la  situation  de  Findomagus  &  du  castrum 
Latera^  p.  373. 

cm.  Dissertation  sur  une  pièce  d'or  frappée  à 
Uzès,  p.  374. 

NOTES 

AJOUTÉES    PAR    LES    NOUVEAUX   ÉDITEURS 

CIV.  Sur  les  populations  primitives  de  la  Gaule, 
p.    377. 


CV.   Le  temple  de  Delphes,  p.  38  1. 

CVI.   Les  Volkes  Tectosages,  p.  40  r. 

CVII.  Le  yicus  &  le  pagus  dans  la  Gaule  romaine, 

p.  412. 
CVIII.    Numismatique  gauloise,  p.  420. 
CIX.   Sertorius,  p.  427. 
ex.   Le  Trophée  de  Pompée,  p.  43o. 
CXI.   Emigrations  des  Celtes,  p.  433. 
CXII.   Sur    les   colonies    romaines   de   la    Narbon- 

naise,  p.  436  &  suiv. 

Les  habitants,  p.  440.  —  Les  ordres,  p.  441. 

—  Les  magistrats,  p.  443.  —  Les  patrons, 
p.  446. 

CXIII.   Colonies  latines  de  la  Province,  p.  447. 

Epoque  de  la  fondation  des  cités  latines  du 
Languedoc,  p.  448.  —  Les  ordres,  les  ma- 
gistrats, p.  462.  —  Administration  publi- 
que, p.  404.  —  Décadence  du  système  mu- 
nicipal, p.  455. 
CXIV,  Numismatique  de  la  province  de  Langue- 
doc : 

Période  anttque.  —  Préliminaires,  p.  407.  — 
Description,  p.  463. 

Premier  groupe  :  Imitation  pure  de  la  drachme 
de  Rhoda  ,  p.  464.  —  Deuxième  groupe  : 
Monnaies  anépigraphes  à  la  croix  avec 
accessoires  divers,  p.  466.  —  Troisième 
groupe  :  Monnaies  d'argent  rappelant  d'un 
côté  la  rose  vue  en  dessus,  de  l'autre  la  rose 
retournée,  p.  484.  —  Quatrième  groupe  : 
Monnaies  diverses  d'argent,  tant  anépigra- 
phiques  qu'à  légendes  latines  ou  ibériques 
&  se  rattachant  au  second  groupe  ou  au 
troisième  par  un  ou  plusieurs  termes  in- 
termédiaires, p.  484.  —  Cinquième  groupe  : 
Monnaies  d'argent  &  monnaies  de  bronze 
appartenant  aux  Arécomiques  in  génère, 
p.  490.  —  Sixième  groupe  :  Monnayage 
particulier  de  Nimes,  p.  491.  —  Septième 
groupe:  Bronzes  portant  en  caractères  grecs, 
des  ethniques  ou  des  noms  d'hommes,  p.  5o5. 

—  Huitième  groupe  :  Bronzes  à  légendes 
ibériques,  p.  5i5.  —  Appendice  :  Monnaies 
attribuées  à  tort  à  la  province  de  Langue- 
doc, p.  517. 

CXV.   Sur  les  Visigoths,  p.  520. 

CXVI.    Le  canal  Ruhresus,  p.  527. 

CXVII.   Origines  de  Toulouse,  p.  528. 

CXVIII.  Sur  les  invasions  arabes  dans  le  Langue- 
doc, p.  549. 

CXIX.  Remarques  sur  quelques  actes  publiés  par 
dom  Vaissete,  p.  558. 


HISTOIRE 


GENERALE 


DE  LANGUEDOC 


9'§>S'#'S.©'g.&.a=S.9.9.g.»9.g.9.9=^.â.9.a.»^g,a,^9,g,a>§.§.a,gf9,g, 


NOTES 


Note 
I 

Éd.orig. 

t.  I, 
p.  591. 


NOTE  1 

Si  les  peuples  de  laNarhonnoise  étolent 
compris  anciennement  dans  cette  troi- 
sième partie  des  Gaules  quon  appe- 
loit  Celtique  proprement  dite  '. 

i^^  ne  peut  disconvenir  que  les  peuples 
V^  de  la  Narbonnoise,  ou  de  cette  an- 
cienne partie  des  Gaules  que  les  anciens  ap- 
peloient  Braccata,  ne  fussent  compris  sous 
le  nom  général  de  Celtes,  puisque  les  an- 
ciens le  donnoient  à  tous  les  Gaulois,  &  aux 
peuples  même  d'une  grande  partie  de  l'Eu- 
rope. La  difficulté  est  de  savoir  si,  suivant 
la  division  des  Gaules  en  Celtique  propre- 
ment dite,  en  Aquitanique  &  en  Belgique, 
la  Narbonnoise,  avant  la  conquête  dès  Ro- 
mains, appartenoit  à  la  première  de  ces  trois 
parties  plutôt  qu'à  l'une  des  deux  autres. 
IL  S'il  faut  en  juger  par  la  situation,  il  pa- 
roît  que  ce  pays  devoit  être  compris  ancien- 
nement dans  la  Celtique  proprement  dite; 
car,  suivant  le  témoignage  de  César,  la  Bel- 
gique* occupoit  les  parties  septentrionales 

'  Voyez,  à  la  suite  de  cette  Note,  la  Note  addition- 
nelle placée  par  D.  Vaissete,  au  tome  V  de  son 
édition. 

'  César,  de  Bello  GalUco,  1.   i,  n.  i. 


II. 


de  la  Gaule,  &  l'Aquîtanique  étoît  bornée 
par  la  Garonne,  les  Pyrénées  &  l'Océan.  Si 
donc  la  Narbonnoise  avant  la  conquête  des 
Romains  dépendoit  de  quelqu'une  de  ces 
trois  parties,  ce  devoit  être  de  la  Celtique, 
qui,  selon  le  même  historien,  s'étendoit  du 
côté  du  midi,  depuis  la  source  du  Rhône 
jusqu'à  la  Garonne. 

IIL  II  est  vrai  que  César  ne  comprend 
pas  la  Gaule  appelée  Braccata  ou  Narbon- 
noise dans  la  division  qu'il  fait  des  Gaules 
en  trois  parties,  parce  que  cette  province 
étoit  alors  soumise  à  la  République  romaine, 
&  qu'il  n'entend  parler  que  des  provinces 
que  les  Romains  n'avoient  pas  encore  sou- 
mises; ce  qui  pourroit  faire  croire  que  la 
Narbonnoise  faisoit  anciennement  une  qua- 
trième partie  des  Gaules  :  mais  cet  auteur, 
par  les  bornes  qu'il  donne  à  la  Celtique 
propre,  nous  fait  assez  entendre  que  la  Nar- 
bonnoise y  étoit  autrefois  comprise,  &  nous 
croyons  en  avoir  d'ailleurs  d'autres  preuves. 

IV.  Polybe  '  l'insinue  en  effet,  en  disant 
que  les  Celtes  habitent  depuis  Narbonne  & 
son  voisinage  le  long  des  Pyrénées  jusqu'à  la 
mer  Extérieure  ou  la  mer  Océane  ;  &  que  les 
autres  peuples  qui  s'étendent  vers  les  côtes 
septentrionales   de   l'Océan,  sont  inconnus  & 

'  Polybe,  Hlst.  1.  3,  p.  191. 


Note 
I 


Éd.orig. 
p.  Sgj. 


Note 
I 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


barbares.  On  pourroit  dire  que  Polybe  ne 
parle  dans  cet  endroit  que  des  Gaulois  en 
général  connus  sous  le  nom  de  Celtes  :  mais 
comme  il  est  certain  d'un  côté  que  les  Cel- 
tes proprement  dits  se  donnèrent'  eux-mê- 
mes ce  nom  les  premiers,  &  que  de  l'autre 
les  Grecs  n'appelèrent'  Celtes  tous  les 
Gaulois  en  général,  que  parce  que  ceux 
des  provinces  méridionales  des  Gaules  ou 
des  environs  de  Marseille  qu'ils  connurent 
d'abord  &  qui  étoient  les  plus  célèbres,  se 
doniioient  ce  nom,  il  s'ensuit  que  les  pro- 
vinces méridionales  des  Gaules,  comme  la 
Narbonnoise,  dévoient  anciennement  faire 
partie  de  la  Celtique  proprement  dite. 

V.  Diodore'  de  Sicile  paroît  confirmer  ce 
que  nous  venons  de  dire,  lorsque,  en  par- 
lant des  Gaules,  il  avance  «  que  les  Celtes 
«  habitent  au-dessus  de  Marseille  &  occu- 
«  pent  le  milieu  du  pays  entre  les  Alpes  & 
"  les  Pyrénées  ;  &  que  les  Galates  ou  Gau- 
«  lois  s'étendent  depuis  le  pays  des  Celtes 
i<  vers  l'Océan,  la  montagne  Hercynie  &  la 
«  Scythie,  quoique,  ajoute-t-il,  les  Romains 
"  appellent  Galates  ou  Gaulois  les  uns  & 
"  les  autres  ;  »  ce  qui  fait  voir  que  cet  his- 
torien met  les  provinces  méridionales  des 
Gaules  ou  les  pays  situés  entre  les  Alpes 
ïz  les  Pyrénées  dans  la  Celtique  propre. 

Vl^Strabon''  s'explique  d'une  manière 
encore  plus  précise.  Il  faut  avouer  cepen- 
dant qu'il  renferme  la  Celtique  proprement 
dite  dans  des  bornes  trop  étroites,  puisqu'il 
n'y  comprend  que  la  seule  Narbonnoise. 
C'est  ce  qui  fait  croire  ^  qu'il  s'est  trompé 
en  voulant  suivre  la  division  de  César  :  di- 
vision dont  il  s'éloigne  cependant  ;  car  il 
confond  la  Lyonnoise  avec  la  Belgique,  & 
n'en  fait  qu'une  ancienne  partie  des  Gaules 
qu'Auguste,  selon  lui,  partagea  en  deux  pro- 
vinces, dont  l'une,  dit-il,  retint  son  ancien 
nom  de  Belgique,  &  l'autre  prit  celui  de 
Lyonnoise  :  mais  il  est  constant  que  la  Cel- 
tique propre  &  la  Lyonnoise  ne  sont  qu'une 
même  chose,  &  par  conséquent  que  César 
distingue  la  Lyonnoise  d'avec  la  Belgique. 

'  César,  de  Bello  GalUco,  1.   i ,  n.  i. 

'  Strabon,  1.    i ,  p.  33  &  seq.  1.  4,  p.  1  89. 

»  Diodore,  1.  i;,  p.  3o8. 

^  Strabon,  1.  4,  p.  177  &  seq. 

•  Voyez  Casaubon,  Notae  in  Strab.  ihld. 


Ce  qui   aura   induit  Strabon  en   erreur, 
c'est  sans  doute  qu'il  aura   cru  que   César 
avoit  compris  la  Narbonnoise  dans  la  divi- 
sion qu'il  fait  des  Gaules  en  trois  parties  ; 
mais  cet  historien  n'a  pas   eu   dessein   de 
parler  de  cette  province  qui  étoit  alors  sou- 
mise aux    Romains.   Comme   elle   fit   une 
quatrième   partie   des   Gaules  depuis   l'em- 
pereur Auguste,  Strabon,  pour  trouver  son 
compte  dans  la  division  de  César,  aura  cru 
que  la  Narbonnoise  étoit  la  Celtique  pro- 
prement dite,  ce  qui  lui  aura  fait  supposer 
qu'Auguste  partagea   la   Belgique   en  deux 
parties  dont  l'une  prit  le  nom  de  Lyonnoise, 
ce  qui  est  faux  j  car  Auguste  laissa  la  Belgi- 
que" en  son  entier.  Il  réforma  seulement 
l'étendue  de, la  Celtique  proprement  dite, 
dont  il  tira  quatorze  peuples  entre  la  Loire 
&  la  Garonne  pour  les  unir  à  l'Aquitaine, 
&  donna  le  nom  de  Lyonnoise  au  reste  de 
la  Celtique.  On  ne  peut  donc  faire  aucun 
fonds  sur  l'autorité  de  Strabon  pour  prou- 
ver que  la  Narbonnoise  appartenoit  ancien- 
nement à  la  Celtique  proprement  dite,  sinon 
qu'autant  qu'il  dit'  ailleurs  que  les  peuples 
de  la  Narbonnoise  furent  les  premiers  des 
Gaules  connus  sous  le  nom  de  Celtes. 

[Nous  plaçons,  à  la  suite  de  cette  première 
Note,  la  Note  additionnelle  suivante,  imprimée 
par  Dom  Faissete  dans  le  tome  V  de  l'édition 
originale.'] 

Si  les  peuples  de  la  Gaule  Narhonnoîse 
étaient  Celtes ,  proprement  dits, 
d^origine^. 

Nous  avons  dit  qu'il  paroît  que  les  peu- 
ples de  la  province  Narbonnoise  fai- 
soient  partie  de  la  Gaule  Celtique  propre- 
ment dite,  avant  que  les  Romains  les  eus- 
sent soumis.  M.  de  Mandajors,  dans  son 
Histoire  critique  de  la  Gaule  Narbonnoise , 
ouvrage  plein  d'érudition  &  de  recherches, 
est  d'une  opinion  contraire.  Il  prétend,  en- 
tre autres,  que  les  peuples  de  cette  province 
n'étoient  pas  soumis  à  Ambigat,  chef  ou  roi 
de  la  Celtique    proprement  dite,    lorsque 

'  Diodore,  Hist.  1.  53,  &  seq. 

'  Strabon,  1.  4,  p.   i  89. 

'  Voyez  au  tome  I  de  cette  édition,  1.  I,  p.  2. 


NOTB 

I 


Note 

ADDIT. 


Éd.  on  g. 

t.V, 
p.  659. 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Bellovèse  &  Sigovèse  (ses  neveux)  sortirent 
de  leur  pays;  sur  quoi  il  a  fait  une  disser- 
tation '.  Sa  principale  raison  est  qu'il  ne 
trouve  aucun  des  peuples  de  la  Gaule  Nar- 
bonnoise  parmi  ceux  qui  passèrent  les  Alpes 
avec  Bellovèse;  &  il  soutient,  contre  le  sen- 
timent commun,  que  les  Tectosages  qui, 
s'établirent  aux  environs  de  la  forêt  Her- 
cynie,  n'étoient  pas  de  la  troupe  de  Sigo- 
vèse, ce  capitaine  pouvant  avoir  amené 
avec  lui  d'autres  peuples  de  la  Celtique  pro- 
prement dite.  Mais  il  paroît  certain,  sur 
l'autorité  de  Justin,  que  les  Tectosages,  qui, 
après  avoir  passé  le  Rhin ,  s'établirent 
d'abord  aux  environs  de  la  forêt  Hercynie, 
sortirent  des  Gaules  sous  la  conduite  de 
Sigovèse. 

Justin*  rapporte  que  les  Gaulois  s'étant 
extrêmement  multipliés,  trois  cent  mille 
d'entre  eux  sortirent  des  Gaules  pour  aller 
chercher  de  nouvelles  demeures;  qu'une 
partie  s'établit  en  Italie,  &  que  l'autre, 
après  s'être  arrêtée  dans  l'Illyrie  &  la  Pan- 
nonie,  &  après  avoir  dompté  les  peuples 
voisins ,  s'étoit  ensuite  étendue  dans  la 
Grèce  &  la  Macédoine  ;  que  les  mêmes 
Gaulois  assiégèrent  la  ville  &  le  temple  de 
Delphes  sous  la  conduite  de  Brennus,  & 
qu'ayant  passé  en  Asie,  ils  se  fixèrent 
dans  la  Gallo-Grèce.  Il  n'est  pas  douteux 
que  Justin  n'ait  voulu  parler  ici  de  la  trans- 
migration de  Bellovèse  &  de  Sigovèse,  quoi- 
qu'il ne  les  nomme  pas.  Or,  les  principaux 
des  Gaulois  qui  assiégèrent  Delphes,  &  qui 
s'établirent  en  Asie  dans  la  Gallo-Grèce, 
étoient  les  Tectosages  de  la  Narbonnoise, 
suivant  le  témoignage  de  tous  les  anciens, 
que  nous  avons  rapporté  ailleurs  ^  Par  con- 
séquent les  Tectosages  sortirent  des  Gau- 
les &  passèrent  le  Rhin  sous  la  conduite  de 
Sigovèse,  neveu  d'Ambigat,  &  ce  dernier 
étendoit  sa  domination,  sinon  sur  toute, 
du  moins  sur  une  grande  partie  de  la  Gaule 
Narbonnoise  "*. 

'  M.  de  Mandajors,  Histoire  critique  de  la  Gaule 
NarbonnoisCj  p.  4. 

'  Justin,  1.  24,  c.  3  &  seq. 

'  Voyez  "Note  II,  n.  17. 

^  Voyez  les  Notes  CIV,  CVI  &  CX,  où  les  diffé- 
rentes questions  relatives  aux  populations  primi- 
tives de  la  Gaule  ont  été  traitées  d'après  les  idées 
fournies  par  l'érudition  moderne.  [E.  M.] 


NOTE  II 

En  quel  pays  de  la  Germanie  les  Tec- 
tosages dont  parle  César  fixèrent 
leur  demeure.  Epoque  de  leur  sortie 
des  Gaules. 


Note 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  592. 


T  L  n'y  a  pas  lieu  de  douter,  après  le  té- 


I.  I 

moignage  de  César',  qu'une  colonie  de  * 
Tectosages,  après  avoir  abandonné  les  Gau- 
les leur  patrie,  n'ait  anciennement  passé  le 
Rhin  &  ne  se  soit  établie  dans  la  Germanie; 
mais  nous  n'avons  rien  de  bien  certain  tou- 
chant l'époque  de  cette  transmigration,  & 
nous  ignorons  quels  lieux  en  particulier 
ces  peuples  choisirent,  dans  un  si  vaste  pays, 
pour  leur  nouvelle  demeure. 

La  plupart  des  modernes  rapportent  cette 
époque  au  temps  de  l'expédition  de  Sigo- 
vèse ,  &  nous  les  avons  suivis.  Nous  sa- 
vons* en  effet  que  ce  capitaine  gaulois  passa 
le  Rhin  avec  une  nombreuse  colonie  de  ses 
compatriotes  sous  le  règne  de  Tarquin  l'An- 
cien, roi  de  Rome,  au  deuxième  siècle  de  la 
fondation  de  cette  ville,  &  qu'il  alla  s'établir 
aux  environs  de  la  forêt  Hercynie;  ce  qui 
convient  parfaitement  avec  ce  que  César 
rapporte  de  la  sortie  des  Tectosages  de  leur 
patrie  pour  aller  fonder  une  colonie  au  delà 
du  Rhin  aux  environs  de  la  même  forêt. 

II.  Les  modernes  sont  plus  partagés  au 
sujet  du  pays  que  ces  peuples  choisirent 
auprès  de  cette  forêt  pour  y  faire  leur  ha- 
bitation. On  peut  réduire  à  trois  ou  quatre 
classes  leurs  divers  sentimens.  1°  Quelques- 
uns^  ont  prétendu  que  ces  peuples  s'arrê- 
tèrent aux  environs  de  la  rivière  de  Neckre 
dans  le  Wirtemberg,  la  Souabe  &  le  Palati- 
nat;  2°  d'autres  croient*  qu'ils  ont  donné 
l'origine  aux  François  &  qu'ils  se  fixèrent 
dans  le  pays  d'où  ces  derniers  vinrent  s'éta- 
blir en  deçà  du  Rhin,  c'est-à-dire,  comme 

'  César,  de  Bello  Gallico,  1.  6. 

*  T.  Live,  1.  9. 

'  Munster,  Cosmographla  T.  Livii,l.  3.  —  Beatus 
Rhenanus,  Rer.  German.  1.  i,  p.  80,  &  Castiga- 
t'iones  in  Tacit.  p.  417.  —  Reineccius,  de  Mise- 
norum  Origine,  1.  2o3. 

■*  Trivor.  Ohserv.  p.  60  &  seq.  —  Tournemine, 
Diss.  dans  les  Mém.  de  Trévoux ^  janv.  1716. 


Noie 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ils  s'expliquent,  entre  l'Elbe,  le  Weser,  le 
Rhin,  le  Mein  &  la  forêt  Hercynie;  3°  un 
annaliste'  moderne  de  la  Bavière  &  après 
lui  M.  de  Leibnitz'  ne  sont  pas  éloignés 
de  croire  que  les  Tectosages  prirent  leur 
demeure  vers  la  Bohême  avec  les  Boiens  & 
les  autres  Gaulois  qui  passèrent  au  delà  du 
Rhin.  Ce  dernier  ajoute  qu'il  est  croyable 
qu'une  partie  de  ces  Gaulois  &  en  particu- 
lier les  Tectosages  s'avancèrent  ensuite  à 
l'orient  de  la  Bohême  &  qu'ils  s'établirent 
au  voisinage  du  Danube^  4°  le  P.  Lacarry', 
jésuite,  a  là-dessus  un  sentiment  très-parti- 
culier. Il  prétend  que  les   Tectosages  qui 
s'établirent  dans  la  Germanie  ne  passèrent 
pas  le  Rhin  avec  Sigovèse.  Il  les  fait  d'abord 
arriver  dans  la  Grèce  sous  la  conduite  de 
Brennus,  on  ne  sait  par  quelle   route;  il 
veut  qu'après  la  mort  de  ce  général  &  l'expé- 
dition de  Delphes,  ils  soient  venus  dans  la 
Pannonie,  &  qu'ils  y  aient  établi  leur  de- 
meure ;  qu'ensuite  ils  aient  passé  en  deçà 
du  Rhin  &  habité  les  provinces  situées  le 
long  de  ce  fleuve,  &  qu'ils  l'aient  repassé 
avant  le  siècle  de  César,  pour  aller  demeu- 
rer dans  la  Thuringe.    Il   ajoute  enfin  que 
ces  Gaulois  sont  les  mêmes  que  les  Tecto- 
sages de  César  &  les  Cattes  de  Tacite,  & 
qu'ils  donnèrent  l'origine  aux  François. 
III.  La  première  de    ces   opinions  n'est 
Ed.orig.   fondée  que  sur  une  légère  conjecture  prise 
p.  593.    du  nom   des  châteaux  de  Teck  &  de  Tec- 
kembourg,  que  Rhenanus  &  ceux  qui  l'ont 
suivi  croient  être  un  reste  du  nom  des  Tec- 
tosages;  ainsi  elle   ne   prouve  rien  &  ne 
mérite  pas  qu'on  s'y  arrête.  Nous  ne  nous 
arrêterons  pas  non  plus  sur  la  seconde  qui 
donne  aux  François  une  origine  gauloise 
&  qui,   sous  ce  prétexte,  fait  établir   les 
Tectosages  dans  la  Saxe  &  la  Franconie; 
nous  l'avons  déjà  réfutée  ailleurs'',  après 
M.  de  Leibnitz,  qui  en  a  touché  quelque 
chose  dans  sa  réponse' au  P.  Tournemine. 


'  Aldzreitter,  Annales  Boïcae  gentis,  1.  3,  n.   3. 

'  Leibnitz,  Origines  Francorum.  n.  9.  Leges  Sa- 
licae  apud  Eccardum  ,  de  Origine  Germanorum,  &c. 

*  Lacarry,  Historia  colon.  Gallorum  ,  p.  62  &  seq. 
p.  242  &  seq. 

^  Dissertation  sur  l'origine  des  François. 

'  -i^^w  Salicae  apudEccardum,  de  Origine  Germa- 
norum, &c. 


Le  sentiment  de  ceux  qui  assurent  que 
les  Tectosages  s'établirent  dans  la  Bohême 
avec  les  Boiens  ne  paroît  pas  tout  à  fait 
bien  fondé;  quant  au  système  du  P.  La- 
carry, il  se   détruit  de  lui-même. 

IV.  En  effet  ce  jésuite,  au  lieu  de  sup- 
poser que  la  transmigration  des  Tectosages 
au  delà  du  Rhin  se  fit  successivement  du 
couchant  au  levant,  comme  il  est  naturel, 
&  comme   les   anciens   le  donnent  assez  à 
entendre,  fait  d'abord  arriver  ces  peuples 
devant  Delphes,  &  leur  fait  ensuite  établir 
des  colonies  du  levant  au  couchant.  La  prin- 
cipale raison  qui  le  porte  à  croire  que  les 
Tectosages    de    la   Germanie,    dont   parle 
César,   sont  les  mêmes  que  les    Cattes  de 
Tacite,  c'est  que  ce  dernier  ne  fait  aucune 
mention  des  Tectosages  :  mais  1°  les  Cattes 
étoient  '    Suèves    ou    Germains   d'origine  ; 
ainsi  ils  ne  peuvent  être  les  mêmes  que  les 
Tectosages;    2°   si  les    Cattes    eussent    été 
originaires  des  Gaules,  Tacite  n'auroit  pas 
manqué  de  l'observer,  comme^  il  le  fait  de 
tous  les  autres  peuples  de  la  Germanie  qui 
avoient  une  pareille  origine;  3°  le  P.  La- 
carry se  contredit  lui-même,  puisque  dans 
ses'  notes  sur  le  traité  de  Tacite  des  Mœurs 
des    Germains,  il  prétend  que   les    Boiens, 
dont  parle  cet  historien,  sont  les   mêmes 
que  les  Tectosages  dont  parle  César;  or,  de 
l'aveu  du  P.  Lacarry,  les  Boiens  sont  diffé- 
rens  des  Cattes.  Ce  qui  le  détermine  enfin 
à  ne  faire  qu'un  même  peuple  des  Cattes  & 
des  Tectosages  de  la  Germanie,  c'est  le  voi- 
sinage des  uns  &  des  autres  de  la  forêt  Her- 
cynie  &  la  ressemblance  de  leurs  mœurs; 
comme  si  cette  forêt  n'étoit  pas  alors  d'une 
étendue  immense,  &  que  César  ne  fît  pas 
remarquer  que  les    Tectosages    établis  au 
delà   du   Rhin    imitoient    entièrement    les 
mœurs   des  Germains  &  menoient  comme 
eux   une    vie    très-laborieuse.    D'ailleurs, 
quelle   apparence  que  les  Tectosages   qui 
furent  de  l'expédition  de  Delphes  sous  le 
général  Brennus  soient  venus  ensuite  s'éta- 
blir  en   deçà  &   sur  les   bords  du    Rhin  , 
pour  passer  ce  fleuve  quelque  temps  après 

'  Voyez  Cellarius,  Géographie  antique,  1.  2,  5.  — • 
Leibnitz,  de  Origine  Francorum,  p.  263. 
'  Tacite,  de  Moribus  Germanorum. 
'  Lacarry,  Historia  colon.  Gallorum^  p.  27. 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


&  aller  se  fixer  dans  la  Thuringe?  Peut-on, 
sans  aucune  autorité  &  sur  de  pures  con- 
jectures, faire  entreprendre  de  si  longs  & 
de  si  fréquens  voyages  à  ces  peuples  ?  Il  est 
bien  plus  naturel  qu'ils  aient  d'abord  passé 
le  Rhin,  &  que,  sans  revenir  sur  leurs  pas, 
ils  aient  laissé  des  colonies  sur  leur  route, 
depuis  ce  fleuve  jusque  dans  la  Galatie  , 
comme  l'ont  supposé  jusqu'ici  tous  les  his- 
toriens françois  &  allemands.  Enfin  César, 
en  parlant  de  l'établissement  desTectosages 
dans  la  Germanie  ou  auprès  de  la  forêt  Her- 
cynie,  ne  les  fait  pas  partir  du  bord  occiden- 
tal du  Rhin,  où  le  P.  Lacarry  prétend  qu'ils 
demeuroient  alors.  César  n'auroit  pas  man- 
qué de  marquer  cette  circonstance;  mais, 
non-seulement  il  n'en  dit  rien  ,  au  con- 
traire, en  parlant  de  cette  transmigration, 
il  fait  venir  immédiatement  ces  peuples  des 
Gaules,  leur  ancienne  demeure  :  Ac  propter 
homînum  multitudînem  agrïque  inopiam  trans 
_Rhenum  COLONIAS  minèrent.  On  voit  que 
ce  furent  de  simples  colonies,  &  non  pas 
des  peuples  entiers,  qui  passèrent  pour  lors 
dans  la  Germanie;  or,  si  les  Tectosages  éta- 
blis dans  la  Pannonie,  après  s'être  arrêtés  à 
la  gauche  du  Rhin,  eussent  entièrement 
passé  dans  la  Germanie,  comme  le  prétend 
le  P.  Lacarry,  ce  n'eût  plus  été  une  colo- 
nie, mais  un  peuple  entier  qui  auroit  aban- 
donné ses  anciennes  demeures  pour  en  aller 
chercher  de  nouvelles. 

V.  Ce  que  les  différens  auteurs  ont  dit 
jusqu'ici  touchant  le  pays  de  la  Germanie, 
où  les  Tectosages  fixèrent  leur  demeure, 
ne  pouvant  nous  satisfaire,  nous  allons  pro- 
poser nos  conjectures  là-dessus  &  tâcher 
d'éviter  les  inconvéniens  des  autres  systè- 
mes ;  mais  il  faut  supposer  auparavant , 
comme  une  chose  certaine  :  i°  que  la  Ger- 
manie étoit  bornée  anciennement  au  midi 
par  le  Danube,  qui  la  séparoit  du  Norique 
&  d'une  partie  de  la  Pannonie;  au  cou- 
chant par  le  Rhin;  au  nord  par  l'océan 
Septentrional,  &  enfin ,  au  levant,  par  la 
Vistule,  qui  la  séparoit  de  la  Sarmatie,  & 
par  laDace;  cette  portion  de  l'Europe  com- 
prenoit  donc  alors  une  partie  de  la  Polo- 
gne &  de  la  Hongrie;  2°  que  la  forêt  Her- 
cynie  s'étendoit  le  long  du  Danube  l'espace 
de  soixante  journées  de  longueur  &  de  neuf 
de  largeur.  Cela  supposé,  nous  ne  doutons 


pas  que  les  Tectosages  qui,  selon  César,  ^ 
s'établirent  dans  la  Germanie,  n'aient  pris 
leurs  demeures  au  delà  de  la  Bohême  & 
dans  la  partie  orientale  de  la  Germanie  vers 
le  Danube  &  les  frontières  de- la  Dace  & 
de  la  Pannonie,  c'est-à-dire  dans  une  partie 
de  la  Silésie  &  de  la  Moravie  jusque  vers 
Vienne  en  Autriche.  C'est  à  peu  près  le 
système  que  M.  de  Leibnitz  a  insinué,  en 
passant,  dans  son  Traité  de  l'origine  des  F ran- 
çois.  Nous  Talions  développer,  après  avoir 
remarqué  d'abord  que  par  là  on  concilie 
tout  ce  que  les  anciens  rapportent  de  la 
transmigration  des  Tectosages  ou  des  Gau- 
lois au  delà  du  Rhin,  ce  qu'on  ne  sauroit 
faire  dans  les  autres  systèmes. 

VI.  Cette  position  convient  avec  ce  que 
nous  avons  rapporté  de  César;  car  le  pays 
où  nous  croyons  que  les  Tectosages  s'éta- 
blirent dans  la  Germanie,  étoit  situé  aux 
environs  de  la  forêt  Hercynie  qui  s'éten- 
doit le  long  du  Danube  jusqu'au  delà  des 
frontières  de  la  Germanie. 

VII.  Elle  convient  aussi  avec  l'autorité 
de  Tite-Live',  qui  dit  qu'une  colonie  de 
Gaulois  suivit  la  fortune  de  Sigovèse  pour 
aller  s'établir  au  delà  du  Rhin,  auprès  de 
la  forêt  Hercynie.  Cet  historien  parle  ici 
sans  doute  âO  la  transmigration  des  Tecto- 
sages dont  César  fait  mention,  ce  qui  fixe 
l'époque  de  la  sortie  de  ces  peuples  de  leur 
patrie. 

VIII.  Plutarque'  a  eu  en  vue  la  même  co- 
lonie de  Tectosages  conduite  par  Sigovèse, 
lorsqu'il  dit  «  que  les  Gaulois  ne  pouvant 
«  subsister  à  cause  de  leur  trop  grand  nom- 
ce  bre,  une  partie  d'entre  eux  alla  chercher 
M  ailleurs  de  nouvelles  habitations;  que  les 
«  uns,  ayant  pris  du  côté  de  l'océan  Septen- 

«  trional,  passèrent  les  monts  Riphéens  &:  Éd.orig. 
«  s'étendirent  jusqu'aux  extrémités  de  l'Eu-  p.  594. 
«  rope,  &  que  les  autres  s'établirent  ensuite 
«  en  Italie.  »  On  voit  clairement  par  ce 
passage  les  deux  colonies  de  Bellovèse  &  de 
Sigovèse  dont  parle  Tite-Live.  Les  Gaulois 
qui,  suivant  Plutarque,  occupèrent  les  ex- 
trémités de  l'Europe,  ne  doivent  pas  être 
différens  des  Tectosages,  puisque  nous  sa- 
vons qu'une  partie  de  ces  derniers  porta  ses 

■  T.  Live,  1.  5,  c.  33. 
'  Plutarque,  in  Camiîlv. 


Note 

2 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


armes  jusque  dans  la  Thrace,  qui  est  à  l'ex- 
trémité de  l'Europe;  or,  il  paroît,  suivant 
cet  auteur,  que  ces  Gaulois,  après  avoir 
passé  le  Rhin,  ne  prirent  des  demeures 
fixes  que  lorsqu'ils  eurent  passé  les  monts 
Riphéens.  Ainsi  les  premiers  établissemens 
des  Tectosages  qui  suivirent  Sigovèse  dé- 
voient être  au  delà  de  ces  montagnes,  ce 
qui  ne  sauroit  convenir  qu'à  la  partie  de  la 
Germanie  où  nous  croyons  que  ces  peuples 
fixèrent  d'abord  leur  demeure. 

Il  est  vrai  qu'on  ne  sauroit  appliquer  ce 
que  nous  venons  de  citer  de  cet  historien 
aux  Tectosages  qui  s'établirent  dans  la 
Germanie,  s'il  est  vrai  que  les  monts  Ri- 
phéens dont  il  parle  étoient  situés  aux 
extrémités  de  la  Sarmatie  ou  de  la  Scythie 
&  vers  les  sources  du  Tana"is,  comme  on  le 
croit  communément  î  mais  on  explique  par- 
faitement Plutarque  en  supposant  que  les 
monts  Riphéens  dont  il  s'agit  sont  les  mêmes 
que  les  monts  Sudètes  qui  séparent  la  Bo- 
hême de  la  Silésie  &  de  la  Moravie.  Les 
anciens'  ont  en  effet  donné  indifférem- 
ment ces  deux  noms  à  ces  montagnes,  au 
lieu  que  les  monts  Riphéens  de  la  Sarmatie 
ou  de  la  Scythie  passent  pour  fabuleux,  & 
qu'on  ne  convient"  pas  qu'il  y  ait  des  mon- 
tagnes dans  cette  extrémité  de  l'Europe. 
D'ailleurs  ,  il  n'est  pas  vraisemblable  que 
les  Gaulois,  dont  le  principal  but  étoit  de 
piller,  de  s'enrichir  &  de  porter  leurs  armes 
dans  la  Grèce  &  dans  l'Asie,  se  fussent  si 
fort  détournés  de  leur  chemin  pour  aller  se 
morfondre  vers  la  mer  Glaciale  &  les  extré- 
mités septentrionales  de  l'Europe.  Si  donc 
par  les  monts  Riphéens  dont  parle  Plutar- 
que on  entend  les  monts  Sudètes  situés  dans 
la  Germanie,  cet  historien  est  d'accord  avec 
César  &  Tite-Live,  ce  qui  prouve  en  même 
temps  que  les  Tectosages,  qui  s'étendirent 
ensuite  jusque  dans  la  Thrace  ou  les  extré- 
mités de  l'Europe,  s'établirent  d'abord  dans 
la  partie  orientale  de  la  Germanie  vers  le 
Danube,  sur  les  frontières  de  la  Moravie, 
de  la  Silésie  &  de  la  Pannonie. 

IX.  Justin  paroit  fixer  dans  cette  dernière 

'  Voyez  Silcsiographia  renovata,  t.  r,  p.  i5o.  — 
Jongelin ,  Notit,  abhatiarum  ord'in'is  Cisterciens'is , 
1.  5,  p.  59. 

•  Voyez  Hoffmann,  Lexic.  verho  Riphaei. 


province  les  premiers  établissemens  des  Tec- 
tosages après  leur  sortie  des  Gaules.  Il' 
avance  en  effet  «  que  les  Gaulois  s'étant  ex- 
((  trêmement  multipliés,  se  partagèrent  pour 
«  aller  chercher  de  nouvelles  demeures  dans 
«  les  pays  étrangers;  que  les  uns  prirent  la 
t(  route  de  l'Italie  &  que  ce  furent  les  mêmes 
«  qui  mirent  ensuite  le  feu  à  la  ville  de  Rome, 
«  &  que  les  autres  marchèrent  vers  l'IUyriej 
«  que  ces  derniers,  après  avoir  vaincu  les 
«  peuples  qu'ils  rencontrèrent  sur  leur  pas- 
(i  sage,  se  fixèrent  dans  la  Pannonie,  d'où  ils 
«  passèrent  dans  la  Grèce  &  la  Macédoine.  » 
Il  est  évident  que  cet  auteur  prétend  par- 
ler ici  de  la  transmigration  des  Tectosages, 
puisqu'il  assure  ailleurs"  que  ce  sont  ces 
mêmes  peuples  qui  entreprirent  l'expédi- 
tion de  Delphes  &  qui  passèrent  ensuite 
dans  la  Grèce  &  la  Macédoine.  C'est  donc 
la  même  transmigration  qui  se  fit  sous  la 
conduite  de  Sigovèse  &  dont  parlent  César, 
Tite-Live  &  Plutarque  dans  les  endroits 
déjà  cités;  or,  pour  accorder  l'autorité  de 
Justin  avec  celle  de  ces  historiens ,  il  suffit 
que  les  Tectosages  se  soient  d'abord  fixés 
dans  la  Germanie ,  sur  les  frontières  de  la 
Pannonie  dont  ils  n'étoient  séparés  que  par 
le  Danube,  &  qu'une  partie  ait  ensuite 
passé  ce  fleuve  pour  s'établir  dans  cette  der- 
nière province,  d'où  ils  auront  passé  de- 
puis dans  la  Grèce  &  dans  la  Macédoine  3 
au  lieu  que  si  les  Tectosages,  après  le  pas- 
sage du  Rhin ,  s'étoient  fixés  dans  la  partie 
septentrionale  ou  occidentale  de  la  Germa- 
nie, ils  auroient  été  très-éloignés  de  la 
Pannonie  &  hors  de  portée  de  pouvoir  s'y 
établir  aussi  commodément. 

X.  On  pourroit  objecter  que  Justin  ajoute, 
dans  le  même  endroit,  que  les  Gaulois  qui 
se  fixèrent  dans  la  Pannonie  furent  les 
premiers,  après  Hercule,  qui  osèrent  en- 
treprendre de  passer  les  Alpes;  qu'ainsi  ce 
ne  sont  pas  les  mêmes  que  les  Tectosages 
ou  les  Gaulois  conduits  par  Sigovèse,  puis- 
que, suivant  César  &  Tite-Live,  ceux-ci 
passèrent  le  Rhin  &  non  pas  les  Alpes;  au 
lieu  que,  selon  Justin,  ils  entrèrent  d'abord 
en  Italie,  d'où  ils  se  rendirent  dans  la  Pan- 
nonie &  de  là  dans  la  Grècej  &  qu'enfin 

'  Justin,  1.  24,  n.  4. 

*  Justin,  c.  6,  &  1.  3i,c.  3. 


Note 

X 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


suivant  ce  système ,  qui  est  celui  de  Cluvier, 
les  Tectosages  auroient  été  de  l'expédition 
de  Bellovèse  &  non  de  celle  de  Sigovèse. 

On  peut  répondre  que  Tite-Live,  dans 
rénumération  qu'il  fait  des  peuples  des 
Gaules  qui  suivirent  la  fortune  de  Bellovèse , 
ou  qui  s'établirent  avec  lui  dans  la  Gaule 
Cisalpine ,  ne  dit  rien  des  Tectosages  ,  ce 
qu'il  n'auroit  pas  oublié ,  ou  du  moins 
quelqu'un  des  anciens  géographes  qui  ont 
parlé  après  lui  des  peuples  gaulois  établis 
en  Italie.  Il  ne  paroît  pas  d'ailleurs  qu'au- 
cun de  ces  peuples  soit  sorti  de  ce  pays 
pour  aller  fonder  ailleurs  de  nouvelles  co- 
lonies avant  les  Boiens  '  qui ,  après  avoir 
été  chassés  par  les  Romains ,  allèrent  dans 
le  Norique  l'an  566  de  Rome,  &  par  consé- 
quent longtemps  après  l'expédition  des 
Tectosages  dans  la  Grèce  &  dans  l'Asie. 

XI.  On  ne  sauroit  donc,  sur  ce  passage  de 
Justin,  attribuer  aux  Gaulois  d'Italie  les  ex- 
péditions que  les  Tectosages  firent  dans  la 
Grèce  &  dans  l'Asie.  C'est  à  la  colonie  qui 
passa  le  Rhin  sous  la  conduite  de  Sigovèse 
qu'on  doit  les  attribuer.  Nous  voyons ,  en 
effet,  que  cet  historien,  dans  l'endroit  déjà 
cité  parle  également  &  de  l'expédition  de 
Bellovèse  &  de  celle  de  son  frère  Sigovèse. 
Sa  remarque  tombe  donc  sur  les  Gaulois  en 
général,  &  il  a  eu  raison  d'observer  que 
c'étoit  la  première  fois  que  'ces  peuples 
avoient  passé  les  Alpes,  puisque  ceux  qui 
marchèrent  sous  la  conduite  du  premier 
traversèrent  ces  montagnes  pour  entrer  en 
Italie.  C'est  là  le  vrai  sens  de  Justin"  si 
ou  l'examine  attentivement  :  Galli  abun- 
danti  multitudîne,  cum  eos  non  caperent  terrae 
quae  genuerant,  trecenta  hominum  mîllia,  ve- 
lut  ver  sacrum,  ad  quaerendas  novas  sedesmi- 
serunt.  Ex  his  pordo  in  Italia  consedit,  quae 
&  urbem  Romanam  captam  incendit ,  &  portio 
Illyricos  sinus....  per  strages  barbarorum  pe- 
netravit  &  in  Pannonia  consedit  :  gens  as- 
pera,  audax,  bellicosa  quae  prima  post  Her-  . 

culem Alpium  invicta  juga  transcendit  : 

ibi  domitisPannoniis ,  &c.  Les  barbares,  dont 


des  Gaules  jusque  dans  la  Pannonie,  ne 
peuvent  être  que  les  Germains;  car  Justin 
n'auroit  pas  appelé  barbares  les  peuples 
d'Italie  que  ces  Gaulois  durent  rencontre.r 
sur  leur  route,  après  avoir  passé  les  Alpes, 
&  avant  que  d'arriver  dans  la  Pannonie. 

XII.  Nous  venons  de  dire  qu'il  ne  paroît 
pas  que  les  Tectosages  aient  passé  les  Alpes, 
ou  du  moins  qu'ils  aient  eu  part  aux  expé- 
ditions de  Bellovèse  en  Italie.  Un  historien 
moderne  de  la  Bavière  '  est  persuadé  toute- 
fois que  ces  peuples  passèrent  ces  monta- 
gnes, pour  aller  au  secours  des  Gaulois  Cis- 
alpins durant  la  guerre^que  ceux-ci  avoient 
contre  les  Romains.  Il  cite  là-dessus  en 
général  l'autorité  de  César  &  de  Tacite,  & 
il  croit  que  les  Boiens  qui  s'établirent  en 
Italie  passèrent  alors  les  Alpes  avec  cette 
partie  des  Tectosages.  Si  cela  étoit  bien 
prouvé,  on  pourroit  peut-être  en  inférer 
que  ce  sont  les  mêmes  Tectosages  dont  parle 
Justin  qui  s'établirent  depuis  dans  la  Pan- 
nonie, &  qui  portèrent  de  là  leurs  armes 
dans  la  Grèce  &  dans  l'Asie.  Mais  comme 
nous  ne  trouvons  rien,  dans  les  deux  histo- 
riens cités,  sur  ce  passage  des  Tectosages 
en  delà  des  Alpes  pour  aller  au  secours  des 
Gaulois  Cisalpins,  nous  nous  en  tenons  à 
nos  conjectures;  &  nous  ne  doutons  point 
que  les  Tectosages  qui  firent  tant  de  bruit 
dans  la  Grèce  &  dans  l'Asie  n'aient  passé 
le  Rhin  sous  la  conduite  de  Sigovèse,  qu'ils 
ne  se  soient  d'abord  établis  dans  la  Germa- 
nie orientale  vers  le  Danube ,  &  qu'une 
partie  n'aitpassé  bientôt  après  dans  la  Pan- 
nonie, d'où  ils  portèrent  leurs  armes  dans 
la  Grèce  &  les  provinces  voisines.  Ceux-ci 
peuvent  avoir  été  secourus  dans  ces  expédi- 
tions, soit  par  leurs  anciens  compatriotes  des 
Gaules,  soit  par  ceux  d'entre  eux  qui  restè- 
rent dans  la  Germanie  &  qui  étoient  plus 
voisins.  Nous  voyons  en  effet  qu'entre  tous 
les  Gaulois  dont  l'ancienne  demeure  dans  les 
Gaules  nous  est  connue,  &  qui  portèrent  la 
terreur  de  leurs  armes  dans  la  Grèce  &dans 
l'Asie,     les    anciens  ne   nomment  que  les 


EJ.orig.    les  Gaulois   qui  pénétrèrent  dans  l'IUyrie      seuls  Tectosages;  &  il  n'est  pas vraisembla- 


p.  595.    furent  toujours  victorieux  depuis  leur  sortie 

'  Voyez    Aldzreitter,  Annales  Boicae  gentis ,  n.  2, 
49  &  seq. 

'  Voyez  Aldzreitter,  j<nnaZ.  Boic,  1.  3,n.  2  &  seq. 


ble  que  ceux  de  ces  peuples  qui  s'établirent 
dans    la  Pannonie  fussent   en  assez  grand 

'Voyez  Aldzreitter,  ./4rtrta7f5  Boïcae  gcnt'is,  part,  i  , 
1.  i,n.  8. 


Note 


8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


nombre  pour  suffire  à  tant  d'entreprises, 
sans  le  secours  de  leurs  autres  compatriotes. 
XIII.  Suivant  les  historiens  bavarois', 
les  Boiens  établis  dans  la  Germanie  accom- 
pagnèrent les  Tectosages  dans  leurs  con- 
quêtes de  la  Grèce  &  de  l'Asie.  Ils  se  fondent 
sur  ce  que  les  premiers  sont  les  mêmes  que 
les  Tolistoboges,  que  nous  savons  certaine- 
ment avoir  suivi  avec  les  Trocmes  la  for- 
tune de  ces  peuples  &  pris  part  à  leurs 
exploits.  Il  est  vrai  qu'il  est  assez  probable 
que  les  Boiens  établis  dans  la  Germanie 
eurent  quelque  part  aux  diverses  expédi- 
tions des  Tectosages  à  cause  du  voisinage 
de  leur  demeure  j  car  on  convient  que  ceux- 
là  occupèrent  la  Bohême,  &  les  mêmes  au- 
teurs prétendent  qu'ils  ont  donné  l'origine 
aux  Bavarois  5  ce  qui  leur  a  donné  occasion 
d'entrer  dans  un  fort  grand  détail  des  diver- 
ses expéditions  des  Gaulois  tant  en  Italie 
que  dans  la  Pannonie,  la  Grèce,  la  Thrace, 
l'Asie,  parce  que  les  Boiens  ou  les  Tolisto- 
boges y  eurent  part;  mais  nous  n'oserions 
assurer  avec  eux  que  les  Boiens  soient  les 
mêmes  que  les  Tolistoboges;  Strabon  nous 
apprend  au  contraire'  que  ceux-ci ,  ainsi 
que  les  Trocmiens ,  tiroient  leur  nom  de 
quelqu'un  de  leurs  capitaines,  &  non  pas  de 
leurs  anciennes  habitations  qu'on  ne  trouve 
nulle  part  dans  les  Gaules.  En  effet,  tous 
les  anciens  les  appellent  Tolistoboges  ou  ' 
Tolistobosges,  &  non  pas  ToUstoboies  ou 
Tolisto-boies,  comme  les  nomment  les  his- 
toriens bavarois. 


les  anciens  Boiens,  qui  passèrent  en  Italie  & 
dans  la  Germanie  avant  le  temps  de  César, 
originaires  des  frontières  du  Nivernois,  du 
Bourbonnois,  &  du  pays  des  Eduens;  mais 
ces  auteurs  n'ont  pas  pris  garde  que  les 
Boiens  n'habitèrent  ce  canton  que  du  temps 
de  César,  &  qu'il  n'y  a  aucune  preuve  que 
c'eût  été  auparavant  leur  ancienne  demeure 
dans  les  Gaules.  César  rapporte'  que  les 
Boiens  de  la  Germanie  s'étant  associés  avec 
les  Helvétiens ,  &  ayant  fait  une  irruption 
dans  les  Gaules  ,  il  les  vainquit,  obligea  les 
derniers  à  retourner  dans  leurs  habitations, 
&  permit  aux  autres  de  s'arrêter  dans  les 
Gaules  &  d'occuper  les  frontières  du  pays 
des  Eduens  :  Boios  petentibus  jEduis  ut  in 
finibus  suis  collocarent  concessit  :  quibus  illis* 
agros  dederunt,  &c.  Ce  n'est  donc  que  depuis 
César  que  les  Boiens  ont  demeuré  sur  les 
frontières  du  Nivernois  &  du  Bourbonnois; 
&  bien  loin  qu'il  y  ait  des  preuves  qu'ils 
aient  auparavant  habité  ce  pays,  on  voit 
au  contraire  qu'il  faisoit  partie  de  celui  des 
Eduens.  Il  faut  donc  chercher  ailleurs  dans 
les  Gaules  la  demeure  des  premiers  ,  lors- 
qu'ils en  sortirent  pour  aller  s'établir  dans 
la  Germanie.  Nous  n'en  trouvons  point  qui 
leur  convienne  mieux  que  les  environs  de 
la  Garonne  vers  son  embouchure,  tant  à 
cause  du  voisinage  du  pays  des  Tectosages 
qui  s'établirent  comme  eux  auprès  de  la  fo- 
rêt Hercynie  ,  que  parce  que  nous  savons 
certainement  "  qu'il  y  avoit  anciennement 
de  ce  côté-là  des  peuples  appelés  Boiens. 


Note 

X 


XIV.  Si  les  Tolistoboges  sont  les  mêmes      Ce  sont  ceux  du  pays  de  Buch,  qui  font  par- 


que les  Boiens  qui  s'établirent  dans  la  Ger 
manie,  on  pourroit  prouver  par  là  l'an- 
cienne demeure  des  premiers  dans  les  Gau- 
les; car  il  paroît  certain  que  les  Boiens 
qui  occupèrent  la  Bohême ,  &  qui  donnè- 
rent leur  nom  à  cette  partie  de  la  Germa- 
nie, étoient  originaires  des  environs  de  la 
Garonne  vers  son  embouchure.  Il  est  vrai 
que  plusieurs  auteurs,  &  en  particulier  les 
derniers  écrivains  Me  l'Histoire  romaine,  font 


•  Velser,    Brunner  &  AIdzreitter,  Rerum    Boïett- 
rum  Annales. 

'  Strabon,  1.  4,  p.   i  87  &  seq. 

'  Strabon,  1.  4,  p.    187    &   seq.   —  Voyez  Pline, 
I.  5,  n.  42,  &  notae  Harduini,  ihid. 

*  Cairou,  Histoire  romaine,  t.  3,  p.  P. 


tie  du  Bourdelois  &  qui  retiennent  encore 
quelque  chose  de  leur  ancien  nom. 

XV.  Il  est  assez  vraisemblable  que,  dans 
les  temps  les  plus  reculés,  les  peuples  du 
Bourdelois  &  leurs  voisins,  comme  ceux  de  la 
Saintonge,  de  l'Agenois  &  du  Périgord  qui 
appartenoient  alors  à  la  Celtique,  portoient 
le  nom  commun  de  Boiens.  C'est  ainsi  que 
dans  les  Gaules  les  peuples  de  toute  une 
province  étoient  connus  anciennement  sous 
un  nom  général,  &  distingués  entre  eux 
par  des  noms  particuliers;  tels  étoient,  par 
exemple,  les  Volces  qui  occupoient  la  plus 


'  César,  de  Bello  Gallieo,  1. 
'  Voyez  Adnen  de  Valoi 
3.-9. 


I,  p.  8. 
s.    Notifia  CiiUiaram, 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


id.orig. 
t.  I, 

r.  396. 


grande  partie  du  Languedoc.  Or,  comme 
dans  la  suite  les  noms  des  peuples  des  Gau- 
les éprouvèrent  divers  changemens,  il  peut 
être  arrivé  que  celui  de  Boiens  ne  soit  resté 
qu'à  ceux  du  pays  de  Buch  5  car  il  n'est  pas 
croyable  qu'un  pays  aussi  peu  étendu  ait  pu 
fournir  les  nombreuses  colonies  de  Boiens 
qui  passèrent  en  Italie  &  dans  la  Germanie. 
XVI.  Quoi  qu'il  en  soit,  on  voit  par  ce 
que  nous  venons  de  dire  que  si  les  Tolisto- 
boges  qui  partageoient  la  Galatie  avec  les 
Tectosages  &  les  Trocmiens  sont  les  mêmes 
que  les  anciens  Boiens ,  ils  sortirent  vrai- 
semblablement des  environs  de  la  Garonne 
vers  son  embouchure  dans  l'Océan.  S'il  en 
faut  croire  cependant  les  auteurs  de  la  Nou- 
velle histoire  '  romaine,  les  ToUstoboges , 
selon  Ptolémée  &  Strabon,  étaient  sortis  de  la 
Gaule  Narbonnoise,  &  apparemment  les  Troc- 
miens  avaient  la  même  origine,  quoique  les 
anciens  auteurs  ne  nous  en  aient  rien  appris. 
Mais  ils  ne  nous  instruisent  pas  mieux  de 
l'origine  des  Tolistoboges  que  de  celle  des 
Trocmiens,  &  nous  ne  voyons  pas  que  Pto- 
lémée ait  jamais  dit  que  les  premiers  fussent 
sortis  de  la  Gaule  Narbonnoise.  Il  est  vrai^ 
que  Strabon  conjecture  que  l'origine  des 
uns  &  des  autres  étoit  la  même  que  celle 
des  Tectosages,  à  cause  de  leur  union  &  de 
la  conformité  de  leur  langage  &  de  leurs 
mœurs,  c'est-à-dire,  comme  il  s'explique, 
qu'ils  étoient  tous  originairement  Celtes  : 
mais  ce  n'est  pas  une  conséquence  que  les 
Tolistoboges  fussent  des  peuples  de  la  Gaule 
Narbonnoise;  &  si  ce  passage  de  Strabon  le 
prouvoit,  il  prouveroit  aussi  que  les  Troc- 
miens étoient  originaires  de  la  même  pro- 
vince. Il  suffit  donc  que  ces  peuples  soient 
sortis  de  la  Celtique  proprement  dite  pour 
avoir  une  même  origine  avec  les  Tectosages 
qui  appartenoient  anciennement  à  cette  par- 
tie des  Gaules  :  or,  les  pays  situés  entre  la 
Garonne  &  la  Loire  avec  le  Bourdelois  dé- 
pendoient  de  la  Celtique  propre  avant  Au- 
guste. 

XVII.  Au  reste  le  célèbre  M.  de  Leibnitz, 
dans  la    préface  qu'il   a  donnée  pour  la  ' 


nouvelle  édition  des  Historiens  de  Bavière, 
donne  à  entendre  que  les  Boiens  qui  s'éta- 
blirent dans  la  forêt  Hercynie,  &  les  Tecto- 
sages qui  se  rendirent  si  célèbres  par  leurs 
expéditions  dans  la  Grèce  &  dans  l'Asie, 
étoient  Germains  &  non  pas  Gaulois  d'ori- 
gine. Il  ajoute  que  les  derniers  n'avoient 
rien  de  commun  que  le  nom  avec  les  Tec- 
tosages des  Gaules,  &  qu'enfin  ceux-ci  n'ont 
point  donné  l'origine  aux  autres,  nec  tamen 
cum  quibusdam  putandum  est  illos  ex  his  or~ 
tos.  Il  avoue  cependant  que  les  uns  &  les 
autres  parloient  la  même  langue,  parce  qu'il 
prétend  qu'elle  étoit  à  peu  près  commune 
aux  Gaulois  &  aux  anciens  Germains.  Mais 
s'il  y  a  quelque  chose  de  certain  dans  l'an- 
cienne histoire,  c'est  que  les  Tectosages  de 
la  Germanie  &  de  la  Pannonie,  &  ceux  en- 
fin qui  assiégèrent  la  ville  de  Delphes  & 
qui  fondèrent  le  royaume  de  Galatie,  avoient 
une  origine  commune  avec  les  Tectosages 
de  la  Gaule  Narbonnoise.  En  effet,  le  senti- 
ment de  M.  de  Leibnitz  est  détruit  non  par 
de  simples  conjectures  des  modernes,  mais 
par  l'autorité  de  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus 
respectable  parmi  les  anciens.  Justin  dit' 
en  termes  précis,  «  qu'après  la  mort  de 
«  Brennus,  &  l'expédition  de  Delphes,  une 
«  partie  des  Tectosages  revint  à  Toulouse 
«  leur  ancienne  patrie....  «  Amisso  Brenno 
duce...  Tectosagi  cum  in  ANTIQUAM  PA- 

TRIAM    ToLOSAM     venissent Ex   gente 

Tectosagorum  non  mediocris  populus  praedae 
dulcedine  Illyricum  repetivit ,  spoliatisque  Is- 
tris,  in  Pannonia  consedit.  Ces  derniers  sont 
les  Scordisques  dont  cet  historien  parle  dans 
ce  chapitre.  Cicéron"  reproche  aux  peu- 
ples de  la  Narbonnoise  que  leurs  ancêtres 
s'étoient  enrichis  des  dépouilles  des  Grecs, 
&  en  particulier  de  celles  du  temple  de 
Delphes.  César'  atteste  que  les  Tectosages, 
qui  de  son  temps  demeuroient  encore  dans 
la  Germanie  ,  étoient  Gaulois  d'origine. 
Strabon '',  en  parlant  des  Tectosages  de  la 
Gaule  Narbonnoise,  dit  qu'ils  fondèrent  le 
royaume  de  Galatie  en  Asie.  Il  ajoute  que 
plusieurs  auteurs  ont  écrit  que  ces  peuples 


NoTb 

z 


'  Catrou,  Histoire  romaine,  t.  10,  p.  5. 

*  Strabon,  1.  4,  p.   187  &  seq. 

*  Praefatioin  Annal.  5oicae^t.'«fi5j  Brunner  &Aldz- 
reitter. 


'  Justin,  1.  82,  c.  3. 

'  Cicéron,  pro  Fonteio. 

^  César,  1.  6,  de  Bello  Gallico, 

''  Strabon,  1.  4,,  p.    187  &  seq. 


Note 


lO 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


des  Gaules  sont  les  mêmes  que  ceux  qui  fi- 
rent le  siège  de  Delphes  sous  Brennus  j  &  en 
effet  dans  les  anciennes  inscriptions  qui  res- 
tent, à  Ancyre,  &  que  M.  de  Tournefort  a 
rapportées  dans  son  Voyage  du  Levant^  on  y 
voit  encore  des  noms  purement  Gaulois, 
comme  ceux  d'Albiorix,  d'Atéporix,  &c. 
Dion  rapporte  '  que  les  Romains  enlevèrent 
de  Toulouse,  du  temps  de  Cèpion,  les  tré- 
sors que  les  Gaulois  avoient  pillés  dans  le 
temple  de  Delphes  sous  la  conduite  de  Bren- 
nus.  Enfin  Suidas'  témoigne  que  ces  mêmes 
Gaulois  étoient  originaires  de  l'Europe  occi- 
dentale. Il  est  inutile,  après  toutes  ces  auto- 
rités ,  de  s'arrêter  plus  longtemps  sur  une 
vérité  jusqu'ici  généralement  reconnue.  Il 
est  vrai  que  M.  de  Leibnitz  n'est  pas  le 
premier  qui  a  osé  hasarder  un  sentiment 
si  singulier.  Cluvier'  &  Schédius''  avant  lui 
avoient  donné  un  hardi  démenti  à  César,  & 
avoient  nié  absolument  que  jamais  aucune 
colonie  gauloise  se  fût  établie  au  delà  du 
Rhinj  mais  ils  fondent  leur  raisonnement 
sur  des  raisons  si  pitoyables,  qu'elles  ne 
méritent  pas  d'être  réfutées  :  elles  l'ont  déjà 
été  d'ailleurs  par  leurs  propres^  compa- 
triotes *. 

XVIII.  Il  n'est  plus  parlé  des  Tectosages 
de  la  Germanie  après  César ,  ce  qui  nous 
fait  conjecturer  qu'ils  changèrent  de  nom. 
Tacite  '  fait  mention  des  Gothins ,  Gaulois 
d'origine ,  qui  demeuroient*  dans  la  Germa- 
nie vers  les  frontières  de  la  Pannonie;  peut- 
être  sont-ce  les  mêmes  que  les  Tectosages 
de  César  qui  habitoient  le  même  canton. 


'  Dion  Cocceius,  Fragm.  apud  Valesium,  p.  63o. 

'  Suidas,  in  verho  T.cà.<xz\ix. 

^  Cluvier,  Germania  ant,  1.  3,  c.  3. 

^  Schédius,  de  Disc.  Gennan.  syngram.  I,  c.   i. 

'  Brunner,  Annal.  Boïc.  gent.  part,  i ,  1.  3,  n.  i. 
—  Aldzreiter,  Annal.  Boïcae  gentis ,  part,  i,  1.  3, 
n.  I. 

®  Les  différentes  questions  auxquelles  cette  note 
est  consacrée  ont  déjà  été  traitées  par  M.  Barrydans 
ses  annotations,  au  livre  I  de  VHistoire  de  Langue- 
doc [Voyez  le  tome  I  de  cette  édition].  Pour  ne  pas 
faire  de  redites,  nous  y  renvoyons  le  lecteur,  ainsi 
qu'aux  Notes  CIV,  CVI,  CVIII  &  CX,  où  sont  résu- 
mées les  doctrines  formulées  par  l'érudition  mo- 
derne. 

'  Tacite,  de  Morihus  Germ.  c.  43. 

'  Voyez  Cellarius,  Geogr.  anù<j.  1.  2,  c.  5. 


Note 

{}ious  plaçons,  â  la  suite  de  la  Note  II,  la  Note    *odit. 
additionnelle  suivante,  insérée  par  DomVaîs- 
sete  à  la  fin  du  tome   V  de  V édition  origi- 
nale.} 

Si  les  Tectosages  d'Asie  étoient  origi-  Éd-orïg. 
naires  des  Gaules  \  p.  673. 

Un  savant  critique',  qui  a  donné  depuis 
peu  VHistoire  des  Celtes^  a  embrassé  à  peu 
près  le  système  de  M.  de  Leibnitz.  Il  pré- 
tend que  «  les  Gaulois ,  qui  ravagèrent  la 
«  Macédoine  &  la  Grèce,  sortoient  des  pro- 
«  vinces  qui  sont  au  midi  du  Danube,  & 
«  qu'//^  y  avoient  été  établis  de  toute  ancien- 
«  neté.  On  peut  se  défier,  ajoute-t-il,  des 
«  anciens,  lorsqu'ils  disent  que  les  Gaulois 
«  qui  entreprirent  l'expédition  contre  la 
((  Grèce,  &  en  particulier  contre  la  ville  & 
«  contre  le  temple  de  Delphes,  &  qui  pas- 
«  sèrent  ensuite  en  Asie,  sortoient  origi- 
«  nairement  des  Gaules,  proprement  ainsi 
«  nommées,  &  qu'ils  y  retournèrent  en  par- 
«  tie  ;  c'est,  selon  les  apparences,  une  pure 
«  fable,  comme  je  le  montrerai  plus  au 
«  long  en  parlant  de  la  migration  des  Cel- 
«  tes.  Les  Gaulois  de  l'IUyrie  étoient,  à  la 
«  vérité,  les  mêmes  peuples  que  ceux  qui 
c(  demeuroient  au  delà  du  Rhin  :  mais  au 
«  reste  ils  avoient  toujours  été  voisins  de 
((  la  Grèce  5  ils  en  avoient  même  possédé  la 
«  plus  grande  partie  sous  le  nom  de  Pélas- 
((  ges.  Il  est  vrai  qu'une  partie  des  Gaulois 
«  qui  passèrent  en  Asie  portoit  le  nom  de 
«  Tectosages,  &  que  Straboii  en  tire  cette 
((  conséquence,  qu'il  est  assez  probable 
«  qu'ils  étoient  venus  du  côté  de  Toulouse, 
«  où  il  y  avoit  un  peuple  qui  portoit  le 
«  même  nom  :  mais  la  preuve  n'est  d'aucun 
«  poids,  parce  que  le  nom  de  Tectosages 
u  étoit  commun  à  une  infinité  de  peuples 
«  celtes,  pour  ne  pas  dire  à  tous.  » 

Tel  est  le  système  de  cet  auteur  moderne; 
en  sorte  qu'à  son  avis  on  ne  doit  faire  au- 
cun fond  sur  le  témoignage  de  tous  les 
anciens,  qui  attestent  que  les  Gaulois  qui 
ravagèrent  la  Macédoine  &  la  Grèce,  qui 
attaquèrent  la  ville  &  le  temple  de  Delphes, 

'  Voyez  à  ce  sujet  la  Note  CIV. 
"  Simon  Peloutier,  Histoire  des  Celtes,  c.  8,  p.  Si 
8t  suiv. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


1 1 


Note 

ADDIT. 


&  qui  s'établirent  dans  l'Asie  Mineure, 
étoient  originaires  des  Gaules  proprement 
dites,  &  que  les  Tectosages,  qui  étoient  les 
principaux  de  ces  peuples,  descendoient  des 
Tectosages  qui  habitoient  les  environs  de 
Toulouse  ou  le  haut  Languedoc;  &on  doit 
croire  sur  sa  parole  que  tous  ces  Gaulois 
étoient  anciennement  originaires  de  l'IUy- 
rie  &  de  la  Pannonie.  Mais  quelle  preuve 
donne-t-il  d'un  sentiment  si  singulier  ? 
Aucune  autre  que  de  vaines  promesses,  & 
les  contradictions  qu'il  trouve  entre  les  his- 
toriens qui  parlent  de  l'expédition  que  les 
Gaulois  entreprirent  contre  la  Grèce,  &  en 
particulier  contre  la  ville  &  le  temple  de 
Delphes. 

Mais  si  l'expédition  des  Gaulois  contre  la 
ville  &  le  temple  de  Delphes  leur  réussit, 
suivant  les  uns,  ou  si  elle  leur  fut  funeste, 
selon  les  autres,  cette  contradiction  tombe- 
t-elle  sur  l'origine  des  peuples  qui  l'en- 
treprirent, &  tous  les  anciens  qui  ont  parlé 
de  cette  origine  ne  sont-ils  pas  d'accord 
de  les  faire  venir  des  Gaules,  proprement 
nommées?  Cicéron,  dans  son  oraison  pour 
Fonteius,  parlant  des  Volces  &  des  Allo- 
broges,  principaux  peuples  de  la  Province 
romaine  des  Gaules,  ou  de  la  Narbon- 
noise,  qui  avoient  eu  l'impiété  d'attaquer 
le  temple  de  Delphes,  dit  les  paroles  sui- 
vantes :  Hae  sunt  natîones  quae  quondamtam 
longe  ab  suis  sedibus  Deîphos  usque  ad  Apol- 
lînem  Pythîum,  atque  ad  oracuîum  orbîs  terrae 
vexandum,  profectae  sunt.  De  quel  front  Ci- 
céron auroit-il  accusé  les  Gaulois  de  la 
Province  romaine  d'un  tel  attentat,  si  ceux 
qui  attaquèrent  le  temple  de  Delphes,  & 
qui  sont  les  mêmes  qui  s'établirent  en  Asie, 
avoient  été  lUyriens  ou  Pannoniens  d'ori- 
gine? D'ailleurs,  le  seul  nom  de  Gaulois  que 
les  anciens  donnent  unanimement  à  ces 
peuples,  &  celui  de  Gallo-Grecs  que  portè- 
rent ceux  qui  s'établirent  en  Asie,  suffisent 
pour  démontrer  qu'ils  étoient  originaires 
des  Gaules,  proprement  dites.  En  effet,  c'est 
un  principe  incontestable,  qu'un  habile  cri- 
tique' a  mis  depuis  peu  dans  tout  son  jour, 
que  tous  les  peuples  qui  ont  porté  le  nom 
de  Gaulois,  dans  la  Germanie,  l'Illyrie,  la 
Pannonie,  &c.,  l'ont  pris  des  colonies  qui 

'  Saint-Aubin^  Antiquités  françaises  &  gauloises. 


passèrent  des  Gaules  dans  ces  provinces,  8c 
qui  ne  le  communiquèrent  qu'aux  contrées 
où  ils  s'établirent. 

Enfin  on  peut  s'appuyer  sur  la  langue 
que  parloient  les  Gallo-Grecs,  &  qui,  sui- 
vant le  témoignage  de  saint  Jérôme",  étoit 
à  peu  près  la  même  qu'on  parloit  dans  les 
Gaules.  Si  ces  peuples  avoient  été  ancien- 
nement originaires  de  l'Illyrie  &  de  la  Pan- 
nonie, ou  des  régions  situées  au  midi  du 
Danube,  ils  auroient  du  moins  conservé 
quelque  chose  de  la  langue  qu'on  y  parloit, 
&  saint  Jérôme,  qui  étoit  natif  de  ce  pays, 
n'auroit  pas  manqué  de  le  remarquer.  Or, 
la  langue  que  les  anciens  peuples  ont  parlée 
a  toujours  servi  de  preuve  à  leur  origine. 
C'est  ainsi  que  Tacite'  a  fait  voir  que  les 
Gothins  &  les  Oses  établis  dans  la  Germa- 
nie n'étoient  pas  Germains  :  Gothinos  Gal- 
lica,  Osos  Pannonîca  coarguît  non  esse  Ger- 
manos.  La  langue  gauloise,,  la  pannonienne 
&  la  germanique  étoient  donc  entièrement 
différentes  ;  &  puisque  les  Gallo-Grecs  par- 
loient la  première,  ils  étoient  donc  origi- 
naires des  Gaules,  proprement  dites. 

Quanta  ce  qu'ajoute  le  nouvel  historien 
des  Celtes,  que  le  nom  de  Tectosages  que 
portoit  une  partie  des  Gallo-Grecs  étoit 
commun  à  une  infinité  de  peuples  celtes, 
pour  ne  pas  dire  à  tous,  &  que  la  con- 
formité de  ce  nom  n'est  d'aucun  poids 
pour  prouver  que  les  Tectosages  des  Gau- 
les ont  donné  l'origine  aux  Tectosages 
d'Asie,  nous  attendons  les  nouvelles  décou- 
vertes qu'il  nous  promet  à  ce  sujet.  Il  don- 
nera sans  doute  un  démenti  à  César'  qui 
fait  venir  des  Gaules  les  Volces  Tectosages 
établis  aux  environs  de  la  forêt  Hercynie. 
Mais  jusqu'à  ce  qu'il  ait  détruit  la  preuve 
de  leur  origine  commune,  preuve  qui  ré- 
sulte du  concours  de  tous  les  anciens  &  de 
presque  tous  les  modernes,  on  sera  en  droit 
d'assurer  que  les  Tectosages  d'Asie  descen- 
doient des  Tectosages  qui  occupoient  une 
grande  partie  du  haut  Languedoc  *. 

'  Prolegomena,  in  libr.  2,  Comment,  in  Epist.  ad 
Galat. 

'  De  Moribus  Germanorum. 

3  César,  de  Belle  Gallico,  1.  6,  c.  24. 

''  Voyez,  au  sujet  de  la  Note  Il&de  son  addition, 
la  Note  CIV, 


Note 

AUDIT. 


Note 
3 

Éd.orig. 

t.  I, 
p.  596. 


I  2 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.  orig 
t.  I, 

p.  597. 


NOTE  m 

Epoque  de  la  première  irruption  des 
Tectosages  dans  la  Macédoine ,  du 
siège  de  Delphes  &  de  Ventrée  de  ces 
peuples  en  Asie. 

Lt-n  OLYBE',  dans  le  livre  premier  de  son 

I  Histoire,  parlant  de  l'entrée  de  Pyrrhus 
en  Italie  où  il  avoit  été  appelé  par  les  Ta- 
rentins  contre  les  Romains,  dit  que  cet 
événement  arriva  une  année  avant  l'irrup- 
tion des  Gaulois  dans  la  Grèce,  leur  défaite 
devant  Delphes  &  leur  passage  en  Asie. 
Parlant  ensuite,  au  livre  second  %  de  la  dé- 
faite des  Gaulois  Sénonois  &  Boiens  par  les 
Romains,  il  assure  que  les  derniers  vain- 
quirent ces  peuples  trois  ans  avant  la  venue 
de  Pyrrhus  en  Italie  ,  &  cinq  ans  avant  la 
défaite  des  autres  Gaulois  devant  Delphes. 
Enfin  Pausanias,  décrivant  fort  au  long  cette 
dernière  défaite,  en  place  l'époque  sous  la 
seconde  année  de  la  cxxv«  olympiade',  sous 
le  gouvernement  d'Anaxicrate ,  archonte 
d'Athènes ,  &  met  l'entrée  des  Gaulois  en 
Asie  l'année  d'après,  sous  Démodés,  autre 
archonte. 

II  est  aisé  de  conclure  de  tous  ces  témoi- 
gnages que  la  première  irruption  des  Gau- 
lois dans  la  Macédoine,  durant  laquelle  le 
roi  Ptolémée  Céraunus  fuf*  tué  ,  tombe  sous 
l'an  474  de  Rome,  suivant  la  supputation  de 
Varron  que  nous  suivons  toujours,  &  que 
celle  des  Fastes  capitolins  précède  d'une  an- 
née; que  la  défaite   de  ces  peuples   devant 

.  Delphes  dut  arriver  l'année  suivante,  475 
de  Rome ,  &  leur  entrée  en  Asie  l'année 
d'après ,  476.  En  voici  les  preuves. 

II.  Le  P.  Labbe  '  &  M.  Dacier  avant  nous, 
avoient  déjà  fixé  la  mort  de  Ptolémée  Cé- 
raunus au  consulat  de  P.  Valérius  Laevinus, 
qui  répond  à  l'an  474  de  Rome,  suivant  le 

*  Polybe,  1.  I,  p.  6. 

*  Ibid.  1.  2,  p.  108. 

'  Pausanias,  in  Phoc'tc. 

*  Ibid.  in  Phocic.  p.  648  &  seq.  —  Justin,  1.  24, 
n.  4. 

'  Labbe,  Chron.  i.  1,  p.  iS-j.  —  Dacier,  Vies  de 
Pîuta/(juc,  t.  3,  p.  537. 


calcul  de  Varron  :  &  en  effet,  c'est  précisé- 
ment l'année  d'après  l'entrée  de  Pyrrhus  en 
Italie,  ce  qui  est  conforme  au  premier  pas- 
sage de  Polybe  que  nous  avons  déjà  cité. 
Car  Pyrrhus  dut  entrer  en  Italie  l'an  478  de 
Rome,  puisqu'il  en  sortit,  suivant  Plutar- 
que",  après  six  années  de  séjour,  &  immédia- 
tement après  la  bataille  de  Bénévent,  où  il 
fut  défait  sous  le  consulat  de  Manius  Curius 
Dentatus  &de  L.  Cornélius  Lentulus,  c'est- 
à-dire  l'an  479  de  Rome.  On  voit,  d'ailleurs, 
dans  Plutarque%  que  Pyrrhus  avoit  fait  déjà 
quelque  séjour  en  Italie  lorsqu'il  livra  ba- 
taille au  consul  Laevinus ,  l'an  474. 

m.  La  seconde  irruption  des  Gaulois 
dans  la  Grèce  &  leur  défaite  devant  Del- 
phes durent  arriver  l'an  475  de  Rome;  car 
Pausanias  nous  apprend  qu'après  la  défaite 
&  la  mort  de  Ptolémée  Céraunus,  roi  de 
Macédoine,  par  Belgius ,  ce  général  gau- 
lois étant  de  retour  de  cette  expédition, 
Brennus,  après  lui  avoir  fait  des  reproches 
de  n'avoir  pas  usé  de  sa  victoire,  détermina 
les  Gaulois  à  entreprendre  l'expédition  de 
Delphes  la  campagne  suivante.  Par  consé- 
quent ,  la  mort  de  Ptolémée  Céraunus  étant 
arrivée  l'an  474  de  Rome,  l'expédition  de 
Delphes  doit  être  rapportée  à  l'année  476. 
Polybe  confirme  cette  chronologie  dans  le 
second  passage  cité,  en  mettant  deux  années 
d'intervalle  entre  l'entrée  de  Pyrrhus  en  Ita- 
lie &  la  défaite  des  Gaulois  devant  Delphes. 
Il  est  vrai  que  cet  historien  paroît  se  con- 
tredire ailleurs  ,  puisque,  dans  le  premier 
livre  de  son  ouvrage,  il  met  sous  une  même 
année  (qui  fut  celle  d'après  l'entrée  de  Pyr- 
rhus en  Italie)  l'irruption  des  Gaulois  dans 
la  Grèce,  leur  défaite  devant  Delphes  & 
leur  entrée  en  Asie.  Mais  si  l'on  examine 
son  texte,  on  verra  qu'il  ne  parle  qu'en 
passant  dans  cet  endroit  de  trois  différentes 
expéditions  arrivées  en  divers  temps ,  & 
qu'il  se  contente  de  les  rapporter  en  gros 
sous  une  seule  époque,  qui  est  celle  de  la 
première  irruption  des  Gaulois  dans  la  Ma- 
cédoine, où  Ptolémée  Céraunus  fut  défait  & 
tué;  mais  dans  l'autre  endroit  il  parle  de 
l'époque  précise  de  la  défaite  des  Gaulois 
devant  Delphes,  qui  arriva  deux  ans  après 


'  Plutarque,  in  Pyrrho. 
'  Ibid. 


Note 
3 


Note 
3 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i3 


l'entrée  de  Pyrrhus  en  Italie,  ou  l'an  475  de 
Rome. 

En  effet,  nous  avons  vu  que  Pausanias 
fixe  l'époque  de  la  défaite  de  Brennus  &  des 
Gaulois  devant  Delphes  à  la  seconde  année 
de  la  CXXV»  olympiade,  ce  qui  revient  à 
l'an  475  de  Rome,  suivant  le  calcul  de  Var- 
ron  j  car,  au  rapport  de  ce  dernier,  Rome  fut 
fondée  la  troisième  année  '  de  la  vi"  olym- 
piade. Par  conséquent,  l'institution  des  jeux 
olympiques  précède  de  vingt-trois  ans  moins 
quelques  mois  la  fondation  de  Rome,  puis- 
que celle-ci  arriva  à  la  fin  d'avril  &  l'autre 
au  solstice  d'été  ou  au  mois  de  juin.  Ainsi, 
la  seconde  année  de  la  CXXV  olympiade 
revenant  à  l'an  498  depuis  l'institution  des 
jeux  olympiques,  cette  année  doit  être  la 
475  de  Rome. 

On  peut  appuyer  ce  calcul  de  l'autorité 
de  Polybe%  qui  rapporte  que  Pyrrhus  passa 
en  Italie  durant  la  cxxiv®  olympiade.  Or, 
les  Gaulois  ayant  été  défaits  devant  Del- 
phes la  seconde  année  de  l'olympiade  sui- 
vante, selon  Pausanias,  il  s'ensuit  qu'il 
dut  y  avoir  deux  années  d'intervalle  en- 
tre ces  deux  événemens ,  &  que  Pyrrhus 
passa  la  mer  au  plus  tard  avant  la  fin  de 
la  cxxive  olympiade.  Or,  la  dernière  an- 
née de  cette  olympiade  répond  à  l'an  473 
de  Romej  ainsi  Polybe  &  Pausanias  sont 
parfaitement  d'accord  touchant  l'époque  de 
la  défaite  des  Gaulois  devant  Delphes ,  & 
ces  deux  historiens  conviennent  avec  nous 
sur  le  calcul  des  olympiades  comparé  avec 
les  années  depuis  la  fondation  de  Rome, 
calcul  sur  lequel  les  chronologistes  sont 
très-partages. 

IV.  Enfin,  le  même  Pausanias^  assure 
que  les  Gaulois  passèrent  en  Asie  l'année 
d'après  leur  défaite  devant  Delphes ,  sous 
Démoclès,  archonte  d'Athènes.  Ce  fut  donc 
l'année  476  de  Rome  qui  fut  celle  de  la 
fondation  de  cette  fameuse  colonie  gauloise. 

V.  Il  résulte  de  ce  que  nous  venons  de 
dire  que  les  deux  années  de  règne  qu'Eu- 
sèbe"*  donne  à  Sosthène,  roi  de  Macédoine, 
furent  tout  au  plus  commencées^  car,  d'un 


'  Voyez  Petau,  Rationarîum  temporum. 

'  Polybe,  1.  2,  p.   I  29. 

'  Pausanias,  In  Phocic. 

^  Eusèbe,  Chronïcon,  édition  Scalig.  p.  140. 


NOTB 

3 


côté,  Ptolémée  Céraunus,  son  prédécesseur, 
ne  fut  tué  au  plus  tôt  qu'au  printemps  de 
l'an  474  de  Rome,  &  de  l'autre,  Méléagre  suc- 
céda à  celui-ci  pendant  deux  mois,  &  ensuite 
Antipater  pendant  quarante- cinq  jours; 
son  élection  ne  peut  donc  tomber  que  vers 
le  mois  de  juillet  de  la  même  année,  &  sa 
mort  au  plus  tard  que  vers  le  mois  de  sep- 
tembre de  l'année  suivante.  En  effet,  Bren- 
nus le  défit  en  475,  peu  de  temps  après  son 
entrée  dans  la  Macédoine  pour  son  expé- 
dition de  Delphes,  8z;  ce  général  gaulois 
employa  un  assez  long  intervalle  de  temps  à 
cette  expédition,  qui  finit  au  commence- 
ment' de  l'hiver.  Il  est  vrai  que  Justin'  se 
contente  de  dire  que  Sosthène  fut  vaincu 
par  les  Gaulois  dans  cette  occasion  ;  mais 
nous  savons  d'ailleurs  qu'il  fut  tué  sur  le 
champ  de  bataille,  &  suivant  Pausanias',  An- 
tigonus,  son  successeur,  envoya  du  secours 
aux  Grecs  contre  les  Gaulois  qui  vouloient 
forcer  le  passage  des  Thermopyles  pour 
leur  expédition  de  Delphes.  Or,  les  der- 
niers n'entreprirent  de  forcer  ce  passage 
qu'après  la  défaite  de  Sosthène,  qui ,  par 
conséquent  ,  dut  être  tué  dans  l'action  , 
puisque  Antigonus  lui  avoit  déjà  alors  suc- 
cédé. 

VI.  Du  reste,  Eusèbe  se  trompe  en  rap- 
portant la  mort  de  Sosthène  sous  la  seconde 
année  de  la  CXXIV°  olympiade  ,  puisque 
nous  avons  déjà  fait  voir  qu'elle  arriva 
quatre  ans  après.  M.  Dacier''  ne  se  trompe 
pas  moins  lorsque,  voulant  relever  Plutar- 
que^  dans  une  de  ses  notes,  il  prétend  que 
Sosthène  régnoit  encore  en  Macédoine  dans 
le  temps  que  Pyrrhus  reçut  en  Italie  la  pre- 
mière nouvelle  de  la  mort  de  Ptolémée 
Céraunus;  car,  suivant  Plutarque*,  ce  fut  Éd.orig, 
sous  le  consulat  de  Fabricius  &  d'Emilius,  p. '598. 
ou  l'an  476  de  Rome.  Mais  Sosthène  étoit 
mort  alors  depuis  près  d'un  an  ,  comme 
nous  l'avons  déjà  prouvé,  &  il  n'y  avoit  que 
deux  ans  que  Céraunus  avoit  été  tué,  &  non 
pas  trois ,  ainsi  que  l'avance  M.  Dacier. 


"  Petau,  Rat'ionariam  temporum,  p.    lOJ. 

*  Justin,  I.  24,  c.  6. 

'  Pausanias,  in  Phocic. 

^  Dacier,  notes  aux  T^ies  de  Plutarqne. 

'  Plutarque,  in  Pyrrho. 

«  Ibid. 


Note 
4 


M 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


NOTE  IV 

Sur  quelques  circonstances  de  l'expédi- 
tion de  Delphes  par  les  Tectosages. 

L  •-^icÉRON,  Strabon,  Dion  &  Justin  nous 
V->apprennent, comme  on  l'a  déjà  vu  dans 
une  des  notes  précédentes,  que  les  Tectosa- 
ges eurent  part  à  l'expédition  de  Brennus 
dans  la  Grèce  &  devant  Delphes  ;  la  difficulté 
est  de  savoir  si  ces  peuples  étoient  venus 
immédiatement  des  Gaules,  ou  s'ils  étoient 
seulement  du  nombre  de  ceux  qui,  selon  le 
même  Justin  ',  s'étoient  établis  depuis  long- 
temps dans  la  Pannonie  &  dans  l'Illyrie. 

Cet  historien  paroît  supposer  °  cette  der- 
nière circonstance^  car  il  fait  venir  l'armée 
de  Brennus  de  la  Pannonie,  &  prétend 
qu'elle  étoit  composée  des  mêmes  Gaulois 
qui,  après  avoir  pris  des  établissemens 
dans  cette  province  ,  avoient  fait  la  guerre 
à  leurs  voisins  &  diverses  courses  dans  la 
Grèce  &  dans  la  Thrace  ;  d'un  autre  coiè  , 
cet  auteur^  semble  se  contredire  lorsque, 
parlant  de  l'or  de  Toulouse,  il  assure  que 
plusieurs  d'entre  les  Tectosages  qui  se  trou- 
vèrent à  l'expédition  de  Delphes  reprirent 
le  chemin  de  Toulouse,  leur  patrie,  par  la 
même  route  qu'ils  avoient  tenue  en  allant 
dans  la  Grèce;  par  où  il  donne  à  entendre 
que  ces  peuples  vinrent  immédiatement  des 
Gaules  à  Delphes  ,  ou  du  moins  qu'ils 
étoient  sortis  depuis  peu  de  leur  ancienne 
patrie. 

Pour  concilier  Justin  avec  lui-même  , 
nous  croyons  que  la  plus  grande  partie 
des  Tectosages  qui  furent  dans  l'armée  de 
Brennus  étoient  du  nombre  de  ces  Gau- 
lois qui  s'étoient  établis  depuis  longtemps 
ou  dans  la  Germanie,  suivant  César,  ou 
dans  la  Pannonie  &  l'Illyrie  ,  selon  le 
même*  Justin;  qu'ils  avoient  été  joints  de- 
puis peu  par  une  colonie  de  leurs  anciens 
compatriotes,  qui  allèrent  les  trouver  pour 

'  Justin,  1.  24,  n.  4. 
'  Justin,  1.  24,  n,  4. 
'Justin,!.  3i,n.  3. 
*  Justin,  1.  24,  n,  2. 


prendre  part  à  leur  fortune,  &  qu'enfin  une 
partie  des  uns  &  des  autres  reprit  ensuite 
le  chemin  de  Toulouse. 

Nous  pouvons  confirmer  notre  opinion, 
d'un  côté,  sur  l'autorité  de  Polybe  '  &  de 
Pausanias"  qui  font  venir  Brennus  &  les 
Gaulois  devant  Delphes  d'un  pays  où  ces 
peuples  faisoient  leur  demeure  depuis  long- 
temps, &  d'où  ils  avoient  fait  de  fréquentes 
courses  dans  la  Thrace  &  dans  la  Grèce,  ce 
qui  ne  peut  convenir  aux  Tectosages  des 
Gaules,  trop  éloignés  de  ces  pays  pour  y 
porter  si  souvent  &  si  facilement  leurs  ar- 
mes; d'ailleurs,  Justin'  ne  nous  perm.et  pas 
de  douter  que  les  Gaulois  ne  fussent  établis 
depuis  longtemps  dans  la  Pannonie.  D'un 
autre  côté,  comme  Pausanias"*  dit  que  les 
Gaulois  qui  sous  la  conduite  de  Brennus 
ravagèrent  la  Grèce,  venoient  des  côtes  de 
l'Océan  ,  que  Cicéron  =  paroît  faire  aller 
les  Tectosages  immédiatement  à  Delphes , 
&  qu'enfin^  Strabon  assure  positivement 
qu'une  grande  sédition  s'étant  élevée  parmi 
les  Toulousains  ou  Tectosages,  une  partie 
fut  chassée  par  l'autre,  &  que  ceux  qui  fu- 
rent chassés  s'étant  joints  à  d'autres  Gau- 
lois ,  allèrent  s'établir  dans  la  Phrygie  , 
après  avoir  eu  part  à  l'expédition  de  Del- 
phes, nous  ne  doutons  point  qu'une  partie 
des  Tectosages  qui  se  trouvèrent  au  siège 
de  cette  ville  ne  fussent  venus  immédiate- 
ment des  Gaules. 

II.  Les  anciens  ne  paroissent  pas  moins 
partagés  sur  le  succès  du  siège  de  Delphes 
par  Brennus  &  les  Gaulois.  Quelques-uns 
disent  ou  semblent  dire  que  ce  capitaine 
prit  cette  ville  &  qu'il  pilla  le  temple 
d'Apollon;  d'autres  assurent  le  contraire. 
Nous  avons  cru  devoir  nous  arrêter  au  sen- 
timent des  derniers  pour  les  raisons  que 
nous  allons  déduire  en  examinant  l'autorité 
des  uns  &  des  autres. 

Parmi  ceux  qui  soutiennent  ou  à  qui  on 
fait  soutenir  que  le  temple  d'Apollon  de 
Delphes  fut  pillé  par  les  Gaulois,  on  peut 

■  Polybe,  1.  4,  p.  3i3. 

'  Pausanias,  in  Phocic. 

'  Justin,  1.  24,  n.  2. 

*  Pausanias,  in  Phocic, 

^  Cicéron,  pro  Fonteio. 

^  Strabon,  1.  4,  p.   187  &  seq. 


NoTB 
4 


Note 
4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i:j 


citer  Cîcéron,  Tite-Live,  Diodore  de  Sicile, 
Strabon,  Dion,  Athénée  &  Valère-Maxime. 
Le  premier,  dans  son  Oraison  pour  Fon- 
teius,  s'exprime  ainsi  au  sujet  des  Gaulois 
de  la  Province  romaine  ou  Gaule  Narbon- 
noise  :  Hae  sunt  nationes  quae  quondam  tam 
longe  ab  suis  sedîbus  Delphos  usque  ad  Apol- 
linemPithyum,  atque  ad  oraculum  orbis  terrae 
vexandum  ac  spoliandum  profectae  sunt.  Quel- 
ques modernes'  prétendent  trouver  dans  ce 
passage  de  Cicéron  le  pillage  du  temple  de 
Delphes  par  les  Gaulois;  mais,  à  bien  peser 
tous  les  termes,  il  est  clair  que  Cicéron  dit 
seulement  que  les  Gaulois  allèrent  dans  la 
Grèce  dans  le  dessein  de  piller  ou  de  dé- 
pouiller ce  temple,  &  cet  orateur  ne  dit 
nullement  qu'ils  l'aient  fait.  D'ailleurs,  Ci- 
céron parle  ici  en  orateur.  Son  but  étoit 
d'infirmer  le  témoignage  que  les  Gaulois, 
accusateurs  de  Fonteius,  rendoient  contre 
ce  gouverneur  de  la  Narbonnoise,  &  pour 
cela  il  leur  reproche  leur  irréligion.  Il  lui 
suffisoit  que  les  prédécesseurs  de  ces  Gau- 
lois eussent  entrepris,  quoique  sans  succès, 
de  piller  le  temple  de  Delphes,  vénérable  à 
toute  l'antiquité  païenne,  pour  rendre  leur 
déposition  odieuse. 

III.  Tite-Live'  a  eu  à  peu  près  la  même 
vue  que  Cicéron.  Cet  historien,  dans  la 
harangue  qu'il  fait  prononcer  au  consul 
Manlius,  pour  engager  le  Sénat  à  lui  décer- 
ner les  honneurs  du  triomphe  pour  les  vic- 
toires qu'il  avoit  remportées  sur  les  Gaulois 
d'Asie,  lui  fait  exagérer  les  pilleries  &  les 
violences  de  ces  peuples  &  leur  reproche  leur 
impiété;  mais  il  ne  touche  qu'en  passant  le 
pillage  de  Delphes,  qui  n'étoit  de  son  sujet 
qu'autant  qu'il  servoit  à  rendre  les  Gaulois 
odieux.  D'ailleurs  cet  historien  s'accorde 
ici  avec  les  anciens,  qui  conviennent  que 
tous  les  Gaulois  qui  se  trouvèrent  à  ce  fa- 
meux siège  y  périrent.  Quaîi  tempestate 
Gallos  spoliantes  Delphos  fama  est  peremptos 
esse. 

IV.  Pour  Diodore  de  Sicile',  il  faut  con- 
venir qu'il  dit  nettement  dans  un  en- 
droit que  les  Gaulois  pillèrent  le  temple 
d'Apollon  de  Delphes;  mais  aussi  est-il  en 

*  La  Faille,  Annales  de  Toulouse,  t.  i ,  p.  5. 

*  T.  Live,  1.  40. 

*  Diodore,  1.  i},  p.  Sop. 


contradiction  avec  lui-même,  car  il  assure 
ailleurs  '  «  que  ces  peuples  ne  demandoient 
«  pas  mieux  que  de  piller  le  temple  de  Del- 
«  phes;  mais  qu'après  avoir  soutenu  divers 
«  combats,  ils  furent  entièrement  défaits, 
«  &  que  les  dieux  vengeurs  les  firent  tous 
«  périr.  »  Ce  qu'il  y  a  de  remarquable  dans 
ce  dernier  passage,  c'est  que  cet  historien 
parle  ici  ex  professa  des  expéditions  des  Gau- 
lois dans  la  Grèce,  &  qu'ailleurs  ce  n'est 
qu'en  passant  &  par  occasion  qu'il  dit  deux 
mots  du  pillage  du  temple  d'Apollon. 

V.  La  manière  dont  Strabon"  s'exprime 
au  sujet  de  l'or  de  Toulouse  fait  comprendre 
que  de  son  temps  plusieurs  croyoient  que 
cet  or  venoit  du  pillage  du  temple  de  Del- 
phes par  les  Tectosages;  mais  ce  géographe 
réfute  leur  opinion  par  l'autorité  de  Possi- 
donius ,  auteur,  dit-il,  très-exact,  qui  fait 
voir  que  peu  de  temps  avant  cette  expédition 
des  Gaulois,  les  Phocéens  avaient  pillé  ce 
temple  &  en  avaient  emporté  les  richesses  ;  que 
les  Gaulois,  au  lieu  de  s'en  rendre  les  maîtres, 
furent  entièrement  défaits,  &  que  si  quelques- 
uns  revinrent  dans  leur  ancienne  patrie,  le 
nombre  fut  peu  considérable  &  peu  capable 
de  former  des  dépouilles,  partagées  entre  une 
infinité  de  soldats,  un  trésor  aussi  riche  que 
celui  que  Cépion  enleva  de  Toulouse.  Enfin, 
Strabon'  lui-même  embrasse  le  sentiment 
de  Possidonius. 

VI.  A  ces  autorités  on  ajoute "•  celle  de 
Justin,  à  qui  on  fait  dire  que  les  Tectosages 
retournèrent  dans  leur  patrie  après  cette 
expédition ,  chargés  des  dépouilles  du  temple 
d'Apollon;  mais  dans  les  deux  endroits  où 
cet  auteur  parle  du  siège  de  Delphes  par 
les  Gaulois,  il  ne  dit  point  qu'ils  aient  pris 
&  pillé  ce  temple;  il  convient  au  contraire, 
dans  le  premier  %  que  les  Gaulois  furent 
défaits,  &  dans  le  second®  il  assure  vérita- 
blement «  que  les  Tectosages  qui  retourné - 
«  rent  chez  eux  étoient  chargés  de  l'or  & 
«  de  l'argent  qu'ils  avoient  acquis  par  les 
«  armes  &  par  les  sacrilèges;  »  mais   il  ne 


'  Diodore,  Eclog,  i3,  1.  22,  t.  2,  p.  870. 

'  Strabon,  1.  4,  p.  187  &  seq. 

'  Strabon,  1.  4,  p.   187  &  seq. 

''  La  Faille,  Annales  de  Toulouse,  t.  r,p. 

'  Justin,  1.  24,  n.  4  &.  seq. 

*  Justin,  1.  J2,  n.  3. 

\ 


NOTB 

4 


Kd.orig 

t.  I, 
p.  599. 


Note 
4 


l6 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


marque  pas  que  ces  richesses  provinssent 
du  pillage  du  temple  d'Apollon.  En  effet, 
ces  Gaulois  étoient  alors  assez  accoutumés 
à  courir  &  à  piller,  &  il  y  avoit  assez  long- 
temps qu'ils  exerçoient  ce  métier  en  diver- 
ses provinces  pour  avoir  amassé  de  grandes 
richesses  autrement  que  par  le  pillage  du 
temple  d'Apollon. 

VII.  Dion",  dans  les  fragmens  de  son 
Histoire  romaine,  que  M.  de  Valois  nous  a 
donnés,  dit  que  la  ville  de  Toulouse  étoit 
riche  des  dons  que  les  Gaulois  avoient  en- 
levés du  temple  de  Delphes  sous  la  con- 
duite de  Brennusj  ainsi,  cet  auteur  paroît 
persuadé  que  les  Tectosages  pillèrent  ce 
templej  mais  il  n'en  parle,  de  même  que 
les  autres,  qu'en  passant  &  à  l'occasion  de 
l'or  de  Toulouse. 

VIII.  Athénée'  parlant  du  mépris  que  fai- 
soient  des  richesses  les  Gaulois  Scordis- 
ques ,  parmi  lesquels  l'usage  de  l'or  étoit 
défendu ,  dit  que  ces  peuples  étoient  les 
restes  de  ces  Gaulois  qui  avoient  attenté 
sur  l'oracle  de  Delphes  sous  la  conduite  de 
Brennus.  Il  parle  véritablement  de  leurs 
pilleries  en  général;  mais  il  ne  dit  pas 
qu'ils  eussent  pillé  le  temple  d'Apollon. 

IX.  Enfin,  Valère-Maxime'  semble  assu- 
rer que  Brennus  se  saisit  du  temple  d'Apol- 
lon; mais  il  ne  marque  pas  qu'il  l'ait  dé- 
pouillé; il  fait  entendre,  au  contraire,  que 
dès  qu'il  y  fut  entré  il  éprouva  la  vengeance 
des  dieux,  &  que  sa  témérité  sacrilège  lui 
fut  très-préjudiciable.  Brennus  Gallorum  dux 
Delphîs  Apollinis  templum  îngressus ,  in  se 
manus  vertit,  &c. 

X.  On  voit  que  la  plupart  des  auteurs,  dont 
nous  venons  de  rapporter  les  témoignages, 
sont  portés  à  croire  que  le  temple  de  Del- 
phes ne  fut  ni  pris  ni  pillé  par  les  Gaulois, 
&  que  quelques-uns  l'assurent  positive- 
ment. Nous  avons  d'ailleurs  plusieurs  auto- 
rités très-fortes  qui  nous  confirment  dans 
ce  sentiment. 

La  première  est  celle  de  Polybe,  autorité 
d'autant  plus  respectable,  qu'outre  sa  sin- 
cérité généralement  reconnue,  il  étoit  du 


Dion  Cassius,  Fragment,  apud  Vales.   p. 
&  les  Notes  du  même. 

'  Athénée,  Deipnos.  1.  6,  p.  284. 
'  Viilère  Maxime,  1.  1,  c.  i,  n.  18. 


63c 


pays,  &  presque  contemporain  :  avantage 
qu'il  a  lui  seul  sur  tous  les  autres  auteurs 
dont  nous  venons  de  parler.  Il  vivoit  en 
effet  vers  l'an  55o  de  Rome,  c'est-à-dire 
soixante-quinze  ans  après  cette  expédition; 
ainsi  il  pouvoit  en  avoir  appris  les  circons- 
tances des  témoins  oculaires  ou  contempo- 
rains. Or,  cet  auteur,  dans  trois  endroits  dif- 
férens  de  son  Histoire,  nous  fait  entendre 
que  les  Gaulois,  loin  d'avoir  pris  ou  pillé  le 
temple  de  Delphes,  périrent  misérablement 
pendant  le  siège  de  cette  ville.  Il  parle 
en  deux  de  ces  endroits  de  leur  entière 
défaite  :  Twv  FaXaTÔiv  (pOapévTojv",  &c.,  Ttov  FaXa- 
TôJv  T.epi  AîXooù;  SiacpOopàç  *.  Et  dans  le  troi- 
sième il  assure  que  ceux  d'entre  ces  peuples 
qui  passèrent'  en  Asie  furent  préservés  des 
malheurs  que  tous  les  autres  avoient  éprou- 
vés devant  Delphes. 

XI.  L'autorité  de  Pausanias,  quoique 
beaucoup  plus  moderne  que  Polybe,  n'est 
pas  moins  respectable.  Cet  auteur  qui  a  fait 
la  description  de  la  Grèce,  sa  patrie,  &  qui 
étoit  pleinement  instruit  des  choses  mémo- 
rables qui  s'y  étoient  passées,  raconte  au 
long,,  en  deux  endroits  "^  de  son  ouvrage  , 
l'histoire  de  l'expédition  des  Gaulois,  & 
partout  où  il  a  occasion  d'en  parler  %  il 
assure  que  ces  peuples  furent  entièrement 
défaits  devant  Delphes,  qu'ils  ne  purent 
jamais  prendre  cette  place,  &  qu'elle  se 
soutint  par  la  protection  des  dieux  &  la  va- 
leur des  Grecs  qui  la  secoururent.  Il  appelle 
en  témoignage  les  statues  qui,  de  son  temps, 
subsistoient  encore  dans  le  temple  d'Apol- 
lon, comme  autant  de  monumens  de  la  vic- 
toire des  Grecs  &  de  la  défaite  des  Gaulois. 
Il  est  vrai  qu'on  peut  révoquer  en  doute 
les  prétendus  miracles  sur  lesquels  il  fonde 
la  principale  cause  de  la  défaite  de  Brennus  ; 
mais  les  malheurs  qui  arrivèrent  alors  à 
l'armée  de  ce  général  n'en  paroissent  ni 
moins  vrais  ni  moins  certains. 

XII.  Nous  croyons  donc  avec  un  moderne 


■  Polybe,  1.  I,  p.  6. 

»   Ihid.    1.    2,   p.    108. 

'  Ihid.  1.  4,  p.   3  12. 
*  Pausanias,  in  Attic 
.  643  &  seq. 
'  Pausanias  ,    in   Achaïc 


Note 
4 


p.    6    &    seq.    in    Pkoc'ic. 
p.    408  ,    in  Arcadicis, 


p.  472. 


Note 
4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


17 


c(uî  a  fait  une  savante  dissertation  sur  l'or 
(leToulouse  ',  que  les  auteurs  qui  disentque 
le  temple  d'Apollon  de  Delphes  fut  pillé 
par  les  Gaulois,  l'ont  confondu  avec  le  tem- 
ple d'Apollon  de  Toulouse,  qui  fut  pillé  en 
effet  par  les  Romains;  &  que  sachant  que 
les  Tectosages  avoient  entrepris  autrefois 
l'expédition  de  Delphes  dans  le  dessein  de 
s'enrichir  des  dépouilles  du  fameux  temple 
de  cette  ville,  ils  ont  cru  que  les  richesses 
qui  furent  enlevées  par  Cépion  de  celui  de 
Toulouse,  étoient  provenues  du  premier, 
&  cela  d'autant  plus  aisément  que  l'origine 
de  ce  trésor  leur  étoit  inconnue.  Nous  avons 
donc  cru  devoir  préférer  l'autorité  précise 
de  Polybe,  auteur  presque  contemporain , 
jointe  à  celle  de  Possidonius,  de  Pausanias 
&  de  Strabon  même,  au  témoignage  des  au- 
tres, lesquels,  si  l'on  en  excepte  Dion,  ou 
ne  s'expliquent  pas  clairement,  ou  se  con- 
tredisent, ou  ne  disent  enfin  qu'un  mot,  en 
passant,  de  cette  fameuse  expédition. 

XIII.  On  pourroit  peut-être  sauver  la  con- 
tradiction qui  est  entre  ces  historiens ,  en 
Éd.orig.  supposant  que  le  pillage  du  temple  de  Del- 
p.  600.  phes  par  les  Gaulois  dont  ces  auteurs  font 
mention,  n'est  point  différent  de  celui  que 
firent  du  même  temple  environ  cent  cin- 
quante" ans  après  les  Scordisques,  les  Mé- 
diens  &  les  Dardaniens  qu'un  habile  critique 
fait  descendre  des  Gaulois  qui  attaquèrent 
Delphes  sous  la  conduite  de  Brennus.  On  ne 
peut  pas  douter  du  moins  que  les  Scordisques 
qui  étoient  du  nombre,  ne  fussent  Tectosa- 
ges d'origine.  Suivant  ce  système,  tous  les 
reproches  que  Cicéron  faisoit  aux  peuples 
de  la  Province  romaine  d'avoir  porté  leurs 
mains  sacrilèges  sur  les  richesses  consacrées 
dans  le  temple  d'Apollon  de  Delphes,  pour- 
roient  s'interpréter  du  pillage  fait  par  les 
Scordisques,  leurs  compatriotes;  mais  on 
ne  sauroit  expliquer  de  même  l'autorité  de 
Tite-Live,  puisque  Manlius,  suivant  cet 
historien,  faisoit  le  même  reproche  aux 
Gaulois  d'Asie  avant  l'expédition  des  Scor- 
disques contre  le  temple  de  Delphes.  Ce 
consul  romain  faisoit  d'ailleurs  retomber  ce 
reproche  sur  les  premiers  comme  ayant  été 

'  M.  de  Lagny,  Annales  de  la  Faille,  t.  i ,  p.  333. 
'Voyez   Histoire  de  l'Académie  des  Inscriptions, 
t.  3,  p.  83. 


de  l'expédition  de  Brennus.  Quoi  qu'il  en 
soit,  le  critique  que  nous  venons  de  citer 
convient  que  cette  expédition  fut  très-désa- 
vantageuse à  ce  capitaine,  &  que  les  Gau- 
lois ne  prirent  ni  ne  pillèrent  point  alors  lo 
temple  de  Delphes. 


NOTE  V 

Sur   Vendroit  où  Annibal  passa   le 
Rhône  '. 

IL  paroît  qu'on  peut  aisément  déterminer 
l'endroit,  à  peu  près,  où  Annibal  passa  le 
Rhône.  On'  sait  d'un  côté  que  ce  général 
arriva  au  bord  de  ce  fleuve,  &  qu'il  le  passa 
à  quatre  journées  de  la  mer;  &  que  de  l'au- 
tre après  l'avoir  passé,  il  arriva  en  le  cô- 
toyant en  quatre  autres  journées  de  mar- 
che à  l'embouchure  de  l'Isère  :  ainsi ,  en 
mesurant  les  distances,  l'endroit  du  pas- 
sage d'Annibal  doit  être  fixé  à  peu  près  à 
un  égal  intervalle  &  de  la  mer  &  du  con- 
fluent de  l'Isère  &  du  Rhône,  &  par  consé- 
quent aux  environs  du  pont  Saint-Esprit, 
entre  cette  ville  &  celle  d'Orange. 

On  peut  tirer  encore  une  nouvelle  preuve 
qu'Annibal  passa  le  Rhône  en  cet  endroit, 
de  ce  que  le  consul  Scipion  '  qui  étoit  entré 
par  l'embouchure  de  cette  rivière  avec  sa 
flotte  pour  s'opposer  au  passage  des  Cartha- 
ginois, employa  trois  jours  de  marche  de- 
puis l'endroit  où  il  débarqua  ses  troupes 
après  s'être  avancé  par  cette  embouchure 
jusqu'au  lieu  où  Annibal  avoit  déjà  passé. 

Il  est  vrai  que  s'il  falloit  s'arrêter  au 
texte  de  Tite-Live^,  ce  seroit  au  confluent 
de  la  Saône  &  du  Rhône  qu'Annibal  seroit 
arrivé  après  quatre  journées  de  marche  de- 
puis son  passage;  mais  M.  de  Marca'  a  fait 
voir  après  Cluvier,  qu'il  faut  lire  Isara  au 
lieu  de  Scoras  dans  le  texte  de  Polybe,  & 
ses  raisons  nous  paroissent  convaincantes. 

'  Voyez  à  la  suite  de  cette  Note,  la  Note  addition- 
nelle  de  D.  Vaissete. 

'  Polybe,  1.  I,  p.  189.—  T.  Live,  1.  ai. 
'Polybe,!.  I,  p.  189.  —  T.  Live,  1.21. 

^  T.  Live,  1,  21. 

*  Marca,  de  Prrrr:;t.  p.   3:07. 


Note 

4 


NOTB 

5 


II. 


Note 
5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 

ADDIT. 


Ce  qu'on  pourroit  trouver  à  redire  à  M.  de 
Marca,  c'est  qu'il  prétend  qu'Annibal  passa 
le  Rhône  à  Tarascon,  lequel  est  trop  voi- 
sin de  la  mer  pour  en  être  éloigné  des  qua- 
tre journées  marquées  par  Polybe.  Nous 
n'ignorons  pas  qu'un  auteur'  moderne  pré- 
tend avoir  donné  des  preuves  du  sentiment 
contraire,  qui  jointes  ensemble  forment, 
selon  lui,  une  démonstration  sans  réplique.  Il 
nous  paroît  cependant  qu'il  ne  seroit  pas 
fort  difficile  de  les  réfuter  :  mais  cela  nous 
mèneroit  trop  loin,  &  ce  n'est  pas  d'ailleurs 
de  notre  sujet.  Nous  nous  contenterons  de 
renvoyer  à  la  savante  dissertation  que  M.  de 
Mandajors',  qui  a  embrassé  le  sentiment 
de  M.  de  Marca,  a  faite  là-dessus,  &  à 
celle  de  M.  le  chevalier  de  Follard'  qui  a 
traité  cette  matière  à  fond  &  l'a  mise  dans 
tout  son  jour. 

[}^ote  additionnelle  à  la  Note  V,  ajoutée  par 
Dom  Vaissete  à  la  fn  du  tome  V de  V édition 
originale.'] 


Éd 


5°,''|g-  Surle  passage  du  Rhône  par  Annihal"^. 
p.  659. 

LE  P.  Fabre,  religieux  de  l'ordre  des  grands 
Carmes,  dans  des  remarques  historiques 
qu'il  a  ajoutées  au  Panégyrique  de  la  ville 
d'Arles,  qu'il  prononça  dans  la  collégiale 
de  Notre-Dame  de  la  Majour  de  cette  ville 
le  25  d'avril  de  l'an  1743,  &  qu'il  a  fait  im- 
primer, prétend'  que  tous  ceux  qui  jus- 
qu'ici ont  voulu  fixer  le  lieu  où  Annibal 
passa  le  Rhône,  se  sont  trompés  5  &  il  pro- 
pose un  nouveau  système  à  l'abri  de  toutes 
les  difficultés.  Il  soutient  &  tâche  de  prou- 
ver par  diverses  raisons,  qu'Annibal,  après 
avoir  traversé  le  pays  des  Volces  ou  le  Lan- 
guedoc, «  vint  au  bord  du  Rhône,  à  sept 
«  lieues  de  l'embouchure  de  ce  fleuve,  vis- 
ce  à-vis  d'Arles,  ou  une  lieue  au-dessus; 
«  que  voyant  que  les  Volces  Arécomiques, 
«  qui  habitoient  les  deux  côtés  du  fleuve, 
«  vouloient  lui  en  disputer  le  passage,  & 

'  Catrou,  Histoire  romaine,  t.  7,  p.   i  70  &  suiv. 
'  Voyez  Histoire  de   l'Académie  des  Inscriptions, 
t.  3,  p.  99  &  suiv. 

'  V6W?irèi,  Commentaires  sur  Polybe,  t.  4. 

"•  Voyez  au  tome  I  de  cette  édition,  1.  I,  n.  23. 

^  Page  65  &.  suiv. 


Éd.orig. 

t.V, 
p.  660. 


«  qu'ils  s'étoient  postés  de  l'autre  côté  pour 
«  s'y  opposer,  il  rusa,  en  détachant  Han- 
«  non,  qui,  avec  une  partie  de  l'armée,  re- 
«  monta  le  fleuve  vingt-cinq  milles  au-dessus 
«  de  son  camp,  jusques  aux  Iles  de  Roque- 
ce  maure,  où  ce  dernier  passa  à  gué  avec  le 
'(  détachement,  dans  le  dessein  de  prendre 
«  ensuite  les  Gaulois  en  queue j  qu'Anni- 
«  bal  le  suivit  pour  mettre  la  Durance  sous 
«  lui  ;  qu'Hannon  ayant  passé,  &  étant  re- 
«  descendu  quelque  peu,  il  fait  le  signal, 
«  &  prend  en  queue  les  Gaulois  du  pays 
«  qui  s'étoient  rassemblés  (&  qui  étoient 
«  différens  de  ceux  qui  s'étoient  postés 
«  devant  le  camp  d'Annibal),  tandis  qu'An- 
«  nibal,  aux  signaux  d'Hannon,  les  avoit 
«  déjà  attaqués  de  front,  en  passant  le 
«  fleuve,  à  peu  près  où  est  Avignon,  ou  un 
«  peu  au-dessus.  »  En  sorte  que,  suivant  ce 
système,  Annibal,  après  le  départ  d'Hannon, 
auroit  décampé  du  voisinage  d'Arles  pour 
se  rendre  aux  environs  d'Avignon,  &  auroit 
marché  l'espace  de  sept  lieues  le  long  du 
Rhône,  à  l'insu  des  Gaulois,  qui  s'étoient 
campés  vis-à-vis  de  lui. 

Sans  entrer  dans  la  discussion  de  cette 
difficulté,  &  des  diverses  raisons  que  le 
P.  Fabre  apportepour  appuyer  son  système, 
il  nous  suffira  de  remarquer  que  Polybe', 
dont  l'autorité  est  décisive  sur  cette  ma- 
tière, marque  expressément ,  que  le  lieu 
où  Annibal  arriva  d'abord  sur  les  bords  du 
Rhône,  étoit  à  quatre  journées  de  distance  de 
la  mer.  Or,  suivant  le  P.  Fabre,  il  n'y  a  que 
sept  lieues  de  l'embouchure  du  Rhône  à 
Arles.  Annibal  arriva  donc  d'abord  bien  au- 
dessus  d'Avignon.  Il  paroît  d'ailleurs  certain 
par  les  textes  de  Polybe  &  de  Tite-Live, 
qu'Annibal  passa  le  Rhône  dans  l'endroit 
même  où  il  arriva  aux  bords  de  ce  fleuve; 
qu'Hannon,  après  l'avoir  passé  à  l'insu  des 
Gaulois,  vingt-cinq  milles  au-dessus  du 
camp  d'Annibal,  descendit  le  long  de  la 
rive  opposée,  également  à  l'insu  des  Gau- 
lois, jusqu'à  ce  qu'il  fût  à  portée  d'avertir 
Annibal,  qui  étoit  peu  éloigné  de  son 
camp,  en  faisant  un  signal  avec  de  la  fu- 
mée; &  que  ce  signal  détermina  Annibal 
à  tenter  le  passage  du  fleuve,  &  à  attaquer 
les  Gaulois  de  front,  tandis  qu'Hannon  fit 

'  Polybe,  1.  3. 


NoTB 
AUUIT. 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


19 


Note 
6 

Ed.orig. 

t.  I, 
p.  600. 


une  diversion,  en  attaquant  leur  camp  en 
queue;  ce  qui  favorisa  le  passage  de  toute 
l'armée  carthaginoise.  Au  reste,  il  faut  que 
le  P.  Fabre  n'ait  pas  lu  le  premier  volume 
de  VHistoire  de  Languedoc,  puisqu'il  nous 
fait  dire  qu'Annibal  passa  le  Rhône  entre 
Orange  &  Avignon,  à  peu  près  où  est  au- 
jourd'hui Roquemaure;  tandis  que  nous 
établissons  au  contraire  dans  la  cinquième 
note  de  ce  volume",  que  ce  fut  aux  environs 
du  pont  Saint-Esprit,  entre  cette  ville  &  celle 
d'Orange,  qu'Annibal  passa  le  Rhône. 


NOTE  VI 

En  quel  temps  le  Languedoc  fut  soumis 
aux  Romains. 


L 


ES  Romains  formèrent  de  leurs  premiè- 
res conquêtes  dans  les  Gaules,  une  pro- 
vince qui  fut  appelée  simplement  la  province- 
ou  la  province  des  Gaules,  &  ensuite  la 
Gaule  Narbonnoise.  Elle  comprenoit  dans 
son  étendue  ce  qu'on  appelle  aujourd'hui 
la  Savoie,  le  Dauphiné,  la  Provence  &  la 
plus  grande  partie  du  Languedoc  avec  le 
Roussillon.  Ce  qui  nous  reste  de  l'histoire 
romaine  nous  apprend  assez,  quand  &  de 
quelle  manière  furent  soumis  les  Liguriens, 
les  Salyens  ou  Saluviens,  les  Vocontiens,  & 
les  Allobroges  qui  étoient  les  principaux 
d'entre  les  peuples  des  trois  premières  pro- 
vinces ,  mais  nous  ignorons  comment  &  en 
quel  temps  le  Languedoc  ou  la  partie  de 
l'ancienne  Narbonnoise  qui  est  en  deçà  du 
Rhône,  fut  assujettie  à  la  République  ro- 
maine ;  ce  qu'on  doit  attribuer  à  la  perte 
des  livres  de  Tite-Live,  de  Dion  &  des  au- 
tres historiens  qui  auroient  pu  nous  l'ap- 
prendre. 

A  leur  défaut,  ce  n'est  que  par  conjecture 
qu'on  peut  fixer  le  temps  auquel  le  Lan- 
guedoc tomba  sous  la  puissance  de  la  Ré- 
publique, &  fut  uni  au  reste  de  la  Province 
romaine  pour  ne  faire  ensemble  qu'un 
même  corps.  Nous  avons  pris  le  parti  de 
marquer  cette  époque  immédiatement  après 
la  victoire  de  Fabius  Maximus  &  Cn.  Do- 

'  Voyez  supra.  Note  V,  p.   17. 


mitius  sur  Bituit,  roi  des  Auvergnats,  &  sur 
les  Allobroges,  ou  après  la  bataille  qui  se 
donna  au  confluent  de  l'Isère  &  du  Rhône, 
l'an  633  de  Rome.  Voici  les  raisons  qui 
nous  ont  déterminé  à  embrasser  ce  senti- 
ment' : 

1°  Il  est  certain  qu'avant  cette  bataille  la 
plus  grande  partie  du  Languedoc  étoitsous 
la  domination  de  Bituit'  &  de  la  t'épen- 
dance  des  Auvergnats  :  or,  il  fut  aisé  à  Fa- 
bius, après  avoir  entièrement  défait  ce  roi 
&  remporté  une  victoire  complète  sur  lui, 
de  passer  le  Rhône  &  de  soumettre  les  pays 
situés  en  deçà  ou  à  la  droite  de  cette  ri- 
vière, dont  les  peuples  avoient  secouru  les 
Auvergnats  dans  la  guerre  qu'ils  avoient 
entreprise  contre  les  Romains.  Il  est  vi  ai 
que  César'  dit  qu'après  cette  action  les 
Romains  accordèrent  la  paix  aux  Auver- 
gnats, &  qu'ils  ne  réduisirent  pas  leur  pays 
en  province  :  mais  cela  doit  s'entendre  du 
pays  de  ces  peuples  pris  en  particulier,  & 
non  des  autres  situés  en  deçà  du  Rhône, 
comme  le  Languedoc,  sur  lesquels  Bituit 
étendoit  sa  domination. 

2°  En  636  de  Rome,  le  Languedoc  étoit 
soumis  aux  Romains,  puisque  la  Républi- 
que établit  alors  une  colonie  à  Narbonne 
pour  tenir  les  peuples  du  pays  en  bride 
&  les  empêcher  de  remuer.  Il  faut  donc 
que  les  Romains  eussent  conquis  le  Lan- 
guedoc depuis  quelque  temps  ;  &  c'étoit 
sans  doute  depuis  l'an  633  que  Fabius,  par 
sa  victoire  sur  Bituit,  s'ouvrit  les  barrières 
que  le  Rhône  pouvoit  lui  opposer  pour 
l'empêcher  d'étendre  la  domination  romaine 
en  deçà  de  ce  fleuve. 

3°  Cicéron'',  dans  son  Oraison  pour  Fon- 
teius,  se  moquant  des  menaces  que  faisoient 
les  peuples  de  la  Province  narbonnoise  de 
se  révolter  si  on  ne  punissoit  cet  ancien 
gouverneur  du  pays,  dit  par  ironie  :  Excî- 
tandus  Cn.  Domitius  &■  Q.  M.aximus  qui  na- 
tionem  Allobrogum  &  reliquas  suis  iterum 
armis  conficiat.  «  Il  faut  faire  revenir  Domi- 
«  tins  &  Fabius  pour  soumettre  encore  une 

'  Voyez,  au  sujet  de  cette  Note,  la  remarque  que 
nous  avons  placée  au  tome  I,  n.  XXXVII,  livre  I. 
"  Strabon,  1.  4,  p.  191. 
'  César,  de  Belle  Gallico,  1.  i,n.  46. 
^  Cicéron, pro  Fonteio,  p.  45i,edit.  Graevii. 


NOTB 

6 


Éd.orig. 

p.  001. 


Note 
6 


20 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


«  fois  par  la  force  des  armes  les  Allobroges 
«  &  les  autres  peuples  de  la  province;  «  ce 
qui  marque  qu'on  donnoit  à  Domitius  &  à 
Fabius  la  gloire  d'avoir  achevé  de  soumet- 
tre à  l'Empire  romain  tous  les  peuples  qui 
habitoient  alors  dans  la  Province  romaine, 
&  par  conséquent  ceux  qui  en  faisoient 
partie  à  la  droite  du  Rhône  ou  dans  le 
Languedoc.  Il  est  vrai  qu'au  lieu  de  relî- 
quas  on  lit  reViquîas  dans  le  texte  de  Cicé- 
ron'  :  mais  Lambin  &  Graevius,  juges com- 
pétens  sur  cette  matière,  conviennent  qu'il 
faut  lire  relîquas. 

4°  Velleius  Paterculus  raconte"  comment 
&  par  qui  les  diverses  provinces  de  l'Em- 
pire romain  furent  assujetties;  &,  en  par- 
lant de  la  Province  romaine  ou  narbon- 
noise,  il  reconnoît  qu'elle  fut  entièrement 
soumise  par  Domitius  &  Fabius  qui  y  en- 
trèrent à  la  tête  d'une  armée.  Cet  auteur 
ajoute  que  la  République  perdit  depuis 
cette  province,  après  la  défaite  de  son  ar- 
mée. Il  veut  parler  sans  doute  de  l'irrup- 
tion des  Cimbres  &  des  Teutons  qui  s'en 
rendirent  en  effet  les  maîtres,  après  avoir 
taillé  en  pièces  les  troupes  romaines  qui 
voulurent  s'opposer  à  leur  entrée  dans  le 
pays. 

5°  Ammien  Marcellin*  attribue  à  Fabius 
la  gloire  d'avoir  achevé  de  soumettre  la 
Narbonnoise.  Primo  tentata  per  Fulvium  ; 
deinde  praeliis  parvis  quassata  per  Sextium; 
ad  ultimum  per  Fabium  Maximum  domita.  Or 
Fulvius  &  Sextius  n'eurent  affaire  qu'aux 
peuples  qui  sont  à  la  gauche  du  Rhône,  & 
ne  passèrent  pas  en  deçà  de  cette  rivière 
ou  en  Languedoc.  C'est  donc  à  Fabius  qu'on 
doit  attribuer  la  conquête  de  cette  partie 
de  la  province. 

6°  Nous  savons  enfin  qu'il  y  avoit  dans 
la  Narbonnoise  un  grand  chemin''  appelé 
Via  Domina,  qui  traversoit  toute  cette  pro- 
vince du  temps  de  Cicéron.  Il  est  parlé 
aussi  dans  V Itinéraire  d'Antonin  &  les  Tables 
de  Peutinger,  d'un  lieu  nommé  Forum  Do- 
mitii  situé  en  deçà  du  Rhône  entre  Subs- 
tantion  &  Cessero,  aujourd'hui  S.   Tibéri, 


'  Cicéron,  pro  Fonîe'io, 
'  VelUi'.is  Paterculus,  1.  2,  n.  89,  p. 
^  Ammien  Marcellin,  1.  i5,  p.  107. 
*  Cicéron,  pr#  Fonteio. 


65 


en  Languedoc.  Or,  nous  ne  connaissons 
point  d'autre  Domitius,  qui  ait  pu  donner 
son  nom  à  cette  voie  &  à  ce  lieu,  que  Do- 
mitius ^nobarbus  qui  commandoit  dans  la 
province,  l'an  633  de  Rome,  conjointement 
avec  Fabius.  C'est  donc  à  ces  deux  capitai- 
nes qu'il  faut  attribuer  la  soumission  du 
Languedoc  à  la  République  romaine.  C'est 
aussi  le  sentiment'  de  Manuce,  de  Sigo- 
nius,  de  Laurenci,  du  P.  Petau%  de  M.  de 
Valois  %  de  Pitiscus"*  &  de  plusieurs  autres 
habiles  critiques. 


NOTE  VIT 

De  quelle   manière  le  Languedoc  fut 
soumis  à  la  République  romaine. 

I.o'iLy  a  peu  de  preuves,  dans  les  anciens, 
^  du  temps  précis  auquel  la  partie  de  la 
Narbonnoise  qu'on  appelle  aujourd'hui 
Languedoc,  fut  soumise  aux  Romains,  nous 
en  trouvons  encore  moins  touchant  les 
circonstances  de  cette  soumission.  Il  paroît 
d'abord  que  les  peuples  de  ces  pays  furent 
subjugués  par  la  force  des  armes,  de  même 
que  ceux  qui  habitoient  à  la  gauche  du 
Rhône;  &  que  ne  faisant  avec  eux  qu'un 
même  corps  de  province  sous  l'autorité  d'un 
même  gouverneur,  ils  furent  assujettis  aux 
mêmes  lois,  &  soumis  de  la  même  manière. 
On  peut  appuyer  ce  raisonnement  des 
réflexions  suivantes  :  1°  Il  paroît  par  la 
Note  précédente  que  les  Romains  assujet- 
tirent par  les  armes  le  Languedoc  ou  la 
partie  de  la  Narbonnoise  qui  est  en  deçà 
du  Rhône  :  or  les  Romains  réduisoient  tou- 
jours en  province  les  pays  qu'ils  soumet- 
toient  de  cette  manière.  Ils  interdisoient 
alors  aux  peuples  l'usage  de  leurs  lois  par- 
ticulières, leur  en  imposoient  de  nouvelles, 
&  les  rendoient  tributaires. 

2°  Critognat  renfermé  daiis  Alise  '  tâche 

'  Voyez  Antiq.  Gronov.  t.  6,  p.  8671. 

°  Ratlonarium  temporum. 

5  Notitia  Gall. 

■*  Lexic.  anùcj. 

*  César,  de  Bello  Gallico,  1.  7,  n.  77. 


Note 
6 


Note 
7 


Note 
7 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


21 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  602. 


de  détourner  les  assiégés  de  se  rendre  aux 
Romains  sur  l'exemple  de  la  Province  ro- 
maine ou  Gaule  Narbonnoise  :  «  Regardez, 
«  leur  dit-il,  la  Gaule  voisine,  réduite  en 
«  province,  privée  de  l'usage  de  ses  lois, 
«  assujettie  à  l'autorité  des  gouverneurs 
«  (securibus)  romains,  &  devenue  esclave 
«  pour  toujours.  »  Par  là,  Critognat  faisoit 
assez  entendre  que  toute  la  Province  ro- 
maine, qui  comprenoit  le  Languedoc,  avoit 
été  également  assujettie  par  la  force  des 
armes. 

3"  Si  les  peuples  du  Languedoc  eussent 
été  maintenus  dans- leur  ancienne  liberté 
sous  la  protection  ou  l'alliance  des  Ro- 
mains, comme  on  ^pourroit  le  croire,  les 
gouverneurs  de  la  Narbonnoise,  &  entre 
autres  Manius  Fonteius  n'auroient  pas 
exigé  impunément  tant  '  d'impôts  &  de  tri- 
buts, &  exercé  tant  de  vexations  dans  cette 
partie  de  la  Province  romaine.  Aussi  Cicé- 
ron%  dans  l'oraison  qu'il  prononça  pour  la 
défense  de  ce  préteur,  qui  l'avoit  gouvernée 
pendant  trois  ans,  dit  nettement  que  ses 
accusateurs,  qui  étoient  les  Volces  ou  Lan- 
guedociens &  les  Allobroges,  avoient  été 
domptés  à  diverses  reprises  par  les  géné- 
raux romains  bello  domîti ,  &  qu'ils  avoient 
été  dépouillés  d'une  partie  de  leurs  terres  : 
partim  ex  veterîbus  bellîs  agro  mulctati  ;  ce 
qui  marque  un  pays  entièrement  réduit  en 
province. 

II.  Quelque  décisives  que  paroissent  ces 
autorités,  nous  croyons  pouvoir  assurer  ce- 
pendant que  les  principaux  peuples  du 
Languedoc,  après  avoir  été  soumis  par  les 
Romains,  furent  conservés  dans  l'usage  de 
leurs  lois  &  dans  leur  ancienne  liberté  5  que 
les  villes  les  plus  considérables  de  cette 
partie  de  la  Narbonnoise  se  soumirent  vo- 
lontairement, &  que  le  consul  Fabius  en 
recevant  leur  soumission  leur  accorda,  ainsi 
que  s'exprime  un  savant'  critique,  des  con- 
ditions raisonnables  suivant  lesquelles  on 
devoit  plutôt  regarder  ces  villes  &  les  peu- 
ples du  pays  comme  alliés  que  comme  sujets 
de  la  République  romaine.  Voici  les  raisons 
qui  nous  le  persuadent  : 

'  Cicéron,  pro  Fonteio. 
•  Cicéron ,  pro  Fonteio. 
Freinshemius  ad  lib.  61  T.  Liyii, 


1°  Strabon'  en  parlant  de  Nîmes,  capitale 
des  Volces  Arécomiques,  dit  que  cette  ville 
se  gouvernoit  par  elle-même  en  forme  de 
république,  qu'elle  étoit  indépendante  du 
gouverneur  romain  de  la  province,  &  qu'elle 
avoit  sous  sa  juridiction  vingt-quatre  bourgs 
ou  villages  du  voisinage,  ce  qui  pouvoit 
renfermer  pour  lors  une  assez  grande  éten- 
due de  pays  &  une  partie  du  bas  Languedoc. 

2°  Il  est  constant  que  Toulouse,  quoique 
comprise  dans  les  limites  de  la  Province 
romaine,  jouissoit  d'une  entière  liberté 
avant  l'arrivée  de  Cépion  dans  ce  pays,  l'an 
648  de  Rome.  En  effet,  suivant  les  fragmens 
de  Dion  ',  lorsque  ce  gouverneur  arriva 
dans  cette  ville,  elle  avoit  véritablement 
reçu  une  garnison  romaine  j  mais  cet  au- 
teur assure  en  même  temps  qu'elle  étoit 
alliée  de  Rome  &  regardée  comme  son  as- 
sociée. Elle  vivoit  donc  alors  suivant  ses 
propres  lois,  &  la  garnison  romaine  qu'elle 
avoit  reçue,  n'étoit  sans  doute  qu'à  cause 
de  sa  situation  sur  la  frontière  des  terres 
de  la  République  &  à  l'extrémité  de  la  pro- 
vince. Plutarque'  confirme  la  même  chose 
non  seulement  par  rapport  à  Toulouse, 
mais  encore  à  l'égard  de  tous  les  Tectosa- 
ges  ,  puisque,  suivant  cet  auteur,  ces  peu- 
ples, l'an  65o  de  Rome ,  avoient  un  roi  ou 
souverain  magistrat  (M^?-^^)  en  la  personne 
de  Copillus  qui  fut  fait  prisonnier  par 
Sylla,  lieutenant  de  Marins,  pour  s'être  allié 
avec  les  Cimbres  &  les  Teutons  contre  les 
Romains. 

3°  Il  paroît  que  les  Helviens  ou  peuples 
du  Vivarois  jouissoient  du  même  privilège, 
puisqu'ils  avoient  la  liberté  de  se  choisir  un 
prince  ou  chef  de  leur  nation  pour  les  gou- 
verner sous  l'autorité  des  Romains  :  tel 
étoit  Valérius  Procillus  dont  César*  fait 
l'éloge. 

4°  Nous  ne  disons  rien  de  Narbonne, 
l'une  des  villes  les  plus  considérables  des 
Gaules  plus  d'un  siècle  avant  qu'elle  ne 
vînt  au  pouvoir  des  Romains,  parce  qu'elle 
reçut  une  colonie  romaine  presque  aussitôt 
que  la  République  eut  fait  la  conquête  de 

'  Strabon,  1.  4,  p.  186. 

'  Fragm.  Dion'is,  apud  Valesium,  p    j3j  St.  632. 

*  Plutarque,  in  Sylla,  t.  I,  p.  45xj.. 

*  César,  de  Bello  Gallico,  1.  i,  n.  tp. 


Note 
7 


Note 
7 


22 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


la  partie  de  la  Narbonnoise  qui  est  en  deçà 
du  Rhône.  Par  là,  ses  peuples  se  virent 
associés  à  tous  les  privilèges  des  citoyens  ro- 
mains :  mais  rien  ne  prouve  tant  la  liberté 
de  cette  ville  &  de  celles  de  Toulouse  & 
de  Carcassonne,  quoique  les  deux  dernières 
ne  fussent  pas  alors  honorées  du  titre  de 
colonie,  que  les  troupes  auxiliaires  qu'elles 
fournirent  à  César  '  &  dont  ce  général  se 
servit  utilement  pour  la  conquête  des  Gau- 


NOTE  VIII 

Sur  les  limites  de  la  Gaule  Narbonnoise. 
I.T  ES  anciens  '  qui  ont  traité  des  limites 


L' 


de  la  Gaule  Narbonnoise,  se  sont  con- 
tentés de  nous  apprendre  en  général  qu'elle 
lesj  ce  qui  est  une  preuve  de  la  liberté  des  étoit  bornée  par  les  Alpes,  le  Rhône,  les 
peuples  de  ces  villes,  puisque  ceux  qui  Cévennes,  la  Garonne,  les  Pyrénées  &  la 
étoient  tributaires  ne  pouvoient  pas  faire  mer  Méditerranée.  Ils  ne  sont  pas  descen- 
une  semblable  levée  de  troupes  &  servir  dus  dans  un  plus  grand  détail,  &  nous  ont 
sous  leurs  propres  enseignes.  laissés  dans  l'incertitude  au  sujet  des  limites 

5°  Enfin  le  grand  nombre  de  villes  &  de      précises    de   cette   ancienne   Province   re- 


peuples de  la  partie  de  la  Narbonnoise  si- 
tuée en  deçà  du  Rhône,  qui  jouissoient  du 
droit  latin,  &  dont  Pline'  fait  l'énuraéra- 
tion,  est  encore  une  nouvelle  preuve  que 
quand  ces  peuples  furent  soumis  à  la  Ré- 
publique, celle-ci  leur  accorda  des  privi- 
lèges, &  les  maintint  dans  leurs  libertés.  Il 
est  donc  très-probable  que  les  peuples  du 
Languedoc  ne  furent  pas  soumis  par  les 
armes  des  Romains  ;  mais  que  prévoyant 
qu'ils  ne  pourroient  l'éviter  tôt  ou  tard,  ils 
aimèrent  mieux  traiter  avec  la  République 
&  se  soumettre  volontairement  à  sa  domi- 
nation en  conservant  leur  liberté,  que  de 
risquer  de  la  perdre  par  leur  résistance. 
Cela  est  d'autant  plus  vraisemblable,  qu'il 
importoit  extrêmement  aux  Romains  de 
ménager  les  peuples  de  cette  partie  de  la 
Narbonnoise,  parce  qu'ils  avoient  par  leur 
moyen  une  communication  libre  avec  l'Es- 
pagne. Ainsi  le  désir  de  se  procurer  la  li- 
berté de  cette  communication  fut  aussi  sans 
doute  un  des  motifs  qui  engagèrent  la  Re- 


manie. 

II.  Catel%  après  le  célèbre  jurisconsulte  ^ 
Roaldez,  a  tâché  de  suppléer  à  leur  défaut. 
Il  prétend  que  les  vraies  limites  de  la  Nar- 
bonnoise sont  les  suivantes  :  «  Il  commence 
«  par  la  ville  de  Toulouse  &  suit  la  ri- 
«  vière  de  Garonne  en  la  remontant  jus- 
«  qu'à  sa  source.  De  là  il  tire  une  ligne  par 
((  les  Pyrénées  jusqu'au  port  de  Vendres  en 
«  Roussillon,  d'où  il  suit  les  côtes  de  la 
«  Méditerranée  jusqu'au  Var.  Il  côtoie 
«  ensuite  les  Alpes  cottiennes  qu'il  laisse  à 
«  l'Italie  jusqu'au  mont  Adula,  &  vient  au 
«  mont  Jura  où  il  prend  le  Rhône  dont  il 
('  suit  le  cours  jusqu'à  sa  jonction  avec 
«  l'Isère.  Du  confluent  de  ces  deux  rivières 
«  il  va  aux  montagnes  des  Cévennes  jusqu'à 
«  la  source  du  Tarn,  qui,  à  ce  qu'il  ajoute, 
«  séparoit  dans  tout  son  cours  la  Narbonnoise 
«  de  l'Aquitaine j  &  après  l'embouchure  de 
«  cette  rivière  dans  la  Garonne,  il  remonte 
«  celle-ci  jusqu'à  Toulouse.  »  Telles  sont 
les  limites  que  cet  auteur  donne  à  l'ancienne 


publique  à  traiter  avec  les  peuples  du  Lan-      Narbonnoise  :  mais  il  nous  paroît  qu'il  n'a 
guedoc,  pour  les  unir  dans  un  même  corps      pas  traité  cette  matière  avec  assez  d'exacti- 


de  province  avec  ceux  qu'ils  avoient  déjà 
soumis  en  deçà  des  Alpes  &  à  la  gauche  du 
Rhône  '. 


tude,  &  qu'il  y  a  bien  des  choses  à  dire  sur 
ce  qu'il  a  avancé  là-dessus. 

III.  Avant  que  de  nous  engager  dans 
l'examen  de  son  système,  il  faut  remarquer 
qu'il  s'agit  de  fixer  les  limites  de  la  Nar- 
bonnoise, telle  qu'elle  étoit  depuis  le  siècle 
d'Auguste  jusqu'à   sa    subdivision   en  deux 


'  César,  Je  Bello  Gallico,  n.  20. 
'  Pline,  1.  3,  n.  5. 

'  Il  est  généralement  admis  aujourd'hui    que    le 
territoire  occupé  par  lesVolces  à  la  droite  du  Rhône,      P^ovinces.   On  peut  même   remonter  plus 

entre  ce  fleuve   &  les    Pyrénées,  a  été    soumis    par 

Domitius  Ahenobarbus,  à   la  suite  de  la  bataille  de  '  Voyez  Ausone,  de  clarls  Urhihus,  &.c. 

Vindaltcium,  121  ans  avant  J.-C.   [E.  M.]  »  Catel,  Mémoires  de  l'hist.  de  Lang.  p.  8  &  suiv. 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.  orig. 

t.-l, 

p.  6o3. 


haut;  car  quoique  cet  empereur  ait  fait 
quelques  changemens  dans  les  limites  des 
trois  autres  provinces  des  Gaules,  il  ne  pa- 
roît  pas  qu'il  ait  touché  à  celle  de  la  Nar- 
bonnoise  ou  Province  romaine  ;  on  n'en  a  du 
moins  aucune  preuve  :  ainsi,  on  peut  raison- 
nablement supposer  qu'elle  conserva  tou- 
jours la  même  étendue  depuis  la  conquête 
que  les  Romains  en  firent  au  septième  siè- 
cle de  leur  République  jusqu'à  ce  qu'elle 
fut  partagée  en  Narbonnoise  &  Viennoise 
vers  la  fin'  du  troisième  siècle  de  l'ère  chré- 
tienne. Il  est  vrai  que  les  historiens  font 
mention  de  quelques  petits  changemens  du 
côté  des  Alpes,  sous  l'empire  de  Galba; 
nous  en  parlerons  ailleurs.  Nous  examine- 
rons s'il  y  en  eut  quelque  autre  auparavant 
du  côté  des  Pyrénées,  dans  les  observations 
que  nous  allons  faire  sur  les  limites  que 
Catel  prescrit  à  la  Narbonnoise. 

IV.  1°  Suivant  l'opinion  de  cet  auteur, 
les  Alpes  maritimes  &  les  Alpes  grecques 
auroient  été  anciennement  comprises  dans 
cette  province;  mais  il  est  certain  que  les 
dernières  n'en  ont  jamais  fait  partie  %  & 
CateP  avoue  lui-même  que  les  autres  ne  fu- 
rent incorporées  dans  la  Narbonnoise  que 
sous  l'empire  de  Galba.  Il  auroit  dû  dire"* 
qu'il  n'y  en  eut  alors  qu'une  partie  qui 
fût  unie  à  cette  province.  Il  faut  donc  en 
retrancher  tout  ce  pays. 

V.  2°  Il  est  certain'  que  le  Rhône  faisoit 
la  séparation  de  la  Narbonnoise  &  de  la 
Celtique  jusqu'à  Lyon  :  mais  ce  fleuve  devoit 
passer  au  milieu  de  la  première  depuis  son 
entrée  dans  le  diocèse  de  Vienne  jusqu'à 
son  embouchure  dans  la  mer  ;  car  le  pays  des 
Allobroges  étoit  entièrement  compris  dans  la 
Narbonnoise,  &  ces  peuples  habitoient,  sui- 
vant César ,  des  deux  côtés  du  Rhône  au- 
dessus  de  sa  jonction  avec  l'Isère.  Aussi 
voyons-nous  encbre  aujourd'hui  que  le  dio- 
cèse de  Vienne,  qui  comprend  une  partie  du 
pays  des  anciens  Allobroges,  s'étend  des  deux 
côtés  du  Rhône.  Cependant,  selon  Catel, 
c'étoit  une  ligne  tirée  depuis  le  mont  Adula 

'  Voyez  Note  XXXIII. 

»  Voyez  Note  XXXV. 

'  Catel,  Mémoires  de  l'Hist.  de  Lang.  p.   1 1. 

♦  Voyez  Note  XXXV. 

*  César,  de  Bcllo  Gallico ,  1.  i. 


jusqu'au  mont  Jura,  &  ensuite  le  Rhône 
jusqu'à  l'embouchure  de  l'Isère  dans  ce 
fleuve, qui  servoient  délimites  à  la  Narbon- 
noise; d'où  l'on  voit  qu'il  étend  plus  qu'il 
ne  faut  les  bornes  de  cette  province  à  la 
droite  du  Rhône  depuis  sa  source  jusqu'au 
mont  Jura,  &  qu'il  y  comprend  une  partie 
de  la  Séquanoise  &  de  la  Lyonnoise,  tandis 
qu'il  les  resserre  au-dessous  de  Lyon  jus- 
qu'à l'embouchure  de  l'Isère.  En  effet,  dans 
cette  supposition ,  la  partie  du  pays  des 
Allobroges  &  du  diocèse  de  Valence,  qui 
est  à  la  droite  du  Rhône  &  au-dessus  de 
l'embouchure  de  l'Isère ,  n'auroit  pas  ap- 
partenu à  la  Narbonnoise. 

VI.  3°  Suivant  le  même  auteur',  le  Tarn 
depuis  sa  source  jusqu'à  son  embouchure 
dans  la  Garonne bornoit  la  Narbonnoise;  ce 
qui  l'oblige  de  renfermer  dans  cette  pro- 
vince une  partie  considérable  de  l'ancienne 
Aquitaine.  Aussi  avoue-t-il  que  le  Vêlai, 
le  Gévaudan ,  &  la  plus  grande  partie  de 
l'Albigeois,  appartenoient  à  la  première.  Il 
devoit  ajouter,  suivant  ce  principe,  une 
grande  partie  du  Rouergue;  mais  il  se 
trompe  certainement,  puisque  tous  ces  pays 
firent  anciennement  partie  de  l'Aquitani- 
que  depuis  que  l'empereur  Auguste  les  eut 
tirés  de  la  Celtique  propre ,  &  non  de  la 
Narbonnoise,  pour  les  unir  avec  plusieurs 
autres  à  cette  province. 

VII.  Catel  se  restreint  ensuite  &  ne  met 
dans  la  Narbonnoise  que  la  partie  du  Gévau- 
dan ,  du  Rouergue  &  de  l'Albigeois  située  à 
la  gauche  du  Tarn.  Il  attribue  le  reste  à 
l'Aquitaine;  mais  il  avance  tout  cela  sans 
preuves  &  sans  autre  autorité  que  celle  d'un 
passage  mal  entendu  de  Pline.  Ce  géogra- 
phe" dit  véritablement  que  le  Rouergue  & 
le  Querci  étoient  limitrophes  de  la  Narbon- 
noise, &  que  les  Nidobrîges  ou  peuples  du 
pays  d'Agenois  étoient  séparés  des  Toulou- 
sains par  le  Tarn  :  mais  il  ne  s'ensuit  pas 
de  là,  comme  l'interprète  Catel',  que  les 
peuples  du  Rouergue  &  du  Querci  fussent 
séparés  des  Toulousains  par  cette  rivière,  & 
qu'elle  fît  dans  tout  son  cours  la  séparation 
des  deux  provinces.  Il  est  vrai  que  le  Tarn 

'  Catel,  Mémoires  de  l'Hist.  de  Lang.  p.  i3. 

'  Pline,  1.  4,  n.  3i. 

'  Catel,  Mémoires  de  l'Hist.  de  Lang.  p.  9 


NoTB 
8 


Note 
8 


24 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


; 


sépare  le  Toulousain  du  Querci  vers  son 
embouchure;  mais  en  le  remontant  depuis 
Montaubaii  jusqu'à  la  pointe  de  Saint- 
Sulpice,  le  pays  situé  des  deux  côtés  est  de 
l'ancienne  Narbonnoise,  &  le  Querci  est 
séparé  du  Toulousain  de  ce  côté-là  par 
d'autres  limites.  Pour  ce  qui  est  des  Nido- 
br'iges  ou  peuples  du  pays  d'Agenois,  ils 
confinent  encore  avec  les  peuples  du  Querci 
&  du  Toulousain  vers  la  pointe  de  Moissac 
ou  à  l'embouchure  du  Tarn  dans  la  Ga- 
ronne; ce  qui  fait  croire  avec  raison  à  nos 
meilleurs  critiques  '  qu'il  faut  suivre  la  le- 
çon de  Scaliger  dans  l'endroit  de  Pline  que 
nous  venons  de  citer,  &  dire  que  ce  sont 
les  Nitîobrîges  ou  peuples  de  l'Agenois  qui 
sont  séparés  des  Toulousains  par  le  Tarn , 
&  non  pas  ceux  du  Périgord,  comme  quel- 
ques-uns l'ont'  entendu.  De  quelque  ma- 
nière qu'on  lise  ce  passage,  il , est  toujours 
vrai  que  Pline  ne  dit  point  que  le  Tarn  fît 
la  séparation  de  la  Narbonnoise. 

VIII.  S'il  l'avoit  dit,  il  auroit  été  démenti 
par  tous  les  autres  anciens  géographes  & 
par  les  notices  qui  mettent  entièrement 
dans  l'Aquitaine  le  Gévaudan,  le  Rouer- 
gue  &  l'Albigeois,  pays  traversés  vers  le 
milieu  par  le  Tarn.  L'Albigeois ,  suivant  le 
système  de  Catel,  auroit  dû  même  appartenir 
entièrement  à  la  Narbonnoise;  car  la  ville 
d'Albi,  sa  capitale,  est  située  à  la  gauche  de 
cette  rivière ,  &  auroit  été  par  conséquent 
dans  les  limites  de  la  Narbonnoise. 

IX.  On  pourroit  peut-être  dire  que  l'Albi- 
geois faisoit  partie  de  la  Narbonnoise  avant 
le  règlement  que  fit  l'empereur  Auguste 
pour  les  limites  des  provinces  des  Gaules. 
Les  anciens  ne  font,  en  effet,  aucune  men- 
tion de  ce  pays  avant  la  notice  attribuée  à 
l'empereur  Honoré  qui  le  comprend  dans 
l'Aquitaine  :  mais  il  est  certain,  comme 
M.  de  Valois'  l'a  fait  voir,  que  ceux  de 
l'Albigeois  furent  du  nombre  des  quatorze 
peuples  de  la  Celtique  qui  furent  unis  à 
l'Aquitaine  par  Auguste;  ce  qui  prouve  que 
ce  pays  n'étoit  pas  compris  dans  la  Narbon- 

'  Voyez  Adrien  de  Valois,  Notitla  Gallïarum,  m 
verbe  Nitlohriges. 

Hardouin,  In  Plin. 

^  Adrien  de  Valois,  Notitla  Galliarum,  in  verbo 
Aqu'itania,  p,  32. 


noise.  Que  si  les  anciens  n'ont  pas  parlé  de  " 
l'Albigeois,  ils  peuvent  l'avoir  omis  comme 
plusieurs  autres;  ou  peut-être  du  temps  de 
César  faisoit-il  partie  du  Querci  ou  du 
Rouergue  dont  il  est  limitrophe,  &  fit-il 
ensuite  une  cité  particulière.  Samson  pré- 
tend que  les  peuples  de  ce  pays  sont  les 
mêmes  que  les  Héleutériens  de  César  &  les 
Cambolectres  de  Pline.  Il  les  divise  en  Age- 
sinates  &  Atlantiques  ,  dont  les  premiers 
occupoient,  selon  lui,  le  pays  compris 
aujourd'hui  dans  le  diocèse  d'Albi,  &  les 
autres  ce  qui  compose  le  diocèse  de  Cas- 
tres ;  mais  ce  sont  des  conjectures  qui  n'ont 
aucun  fondement,  comme  le  même  M.  de  Ed. cri,';. 
Valois'  l'a  démontré.  Soit  donc  que  les  p.  6o^, 
peuples  d'Albigeois  fissent  avant  le  règne 
d'Auguste  un  peuple  particulier,  ou  qu'ils 
fussent  confondus  avec  les  Ruthènes  &  les 
Cadurces ,  il  est  certain  qu'ils  étoient, 
comme  ces  derniers,  hors  des  limites  de  la 
Narbonnoise  ou  Gaule  Braccata,  puisqu'ils 
furent  démembrés  par  Auguste  de  la  Celti- 
que alors  distinguée  de  la  Narbonnoise , 
pour  être  unis  à  l'Aquitaine  dont  ils  ont 
toujours  dépendu  depuis  :  or,  comme  ces 
peuples  étoient  situés  de  même  que  ceux 
du  Rouergue  des  deux  côtés  du  Tarn,  cette 
rivière  par  conséquent  n'a  pu  dans  tout  son 
cours  servir  de  limites  à  la  Narbonnoise. 

X.  On  pourroit  dire  encore  qu'avant  les 
conquêtes  de  César  dans  les  Gaules,  une 
partie  du  Rouergue  étoit  de  la  Province 
romaine  ou  Gaule  Narbonnoise,  sur  ce  que 
cet  historien  fait  mention  des  Ruthenî  Pro- 
vinciales &  des  Rutheni  Eleutheri  ou  libres. 
On  pourroit  dire  aussi  la  même  chose  du 
Querci  ;  car  César  parle  des  Cadurces  libres 
&  des  Cadurces  provinciaux  :  mais  quand 
les  Romains  auroient  soumis  avant  César 
une  partie  du  Rouergue  &  du  Querci,  & 
l'auroient  unie  à  la  Province  romaine,  cela 
ne  prouve  pas  que  le  Tarn  fît  la  séparation 
de  la  Narbonnoise,  puisqu'on  ne  sait  pas  la 
vraie  situation  des  peuples  du  Rouergue  & 
du  Querci  libres  ,  &  celle  des  provinciaux. 
D'ailleurs  cela  n'auroit  subsisté  que  jusqu'à 
Auguste,  qui  unit  tout  le  Querci  &  tout  le 
Rouergue  à  l'Aquitaine  ;  or  il   s'agit  ici  de 

Adrien  de  Valois,    Notitia.  Gallïarum  y  in  verb. 
Aquitania,  p.   10. 


Note 
8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2i) 


prescrire  les  limites  de  la  Narbonnoise 
telles  qu'elles  sont  connues  depuis  cet  em- 
pereur. Enfin  on  n'a  aucune  preuve  qu'une 
partie  du  Querci  &  du  Rouergue  fût  sou- 
mise aux  Romains  avant  le  temps  de  César, 
&  cet  auteur  ne  fait  sans  doute  mention  des 
Cadurces  &  des  Ruthènes  libres  &  des  Ca- 
durces  &  des  Ruthènes  provinciaux,  que 
parce  qu'il  avoit  soumis  lui-même  la  Celti- 
que, dont  ces  peuples  faisoient  alors  par- 
tie; qu'il  laissa  dans  leur  ancienne  liberté 
ceux  d'entre  eux  qui  se  soumirent  volontai- 
rement ;  &  qu'il  assujettit  les  autres  au 
droit  provincial  après  les  avoir  subjugués 
par,  les  armes.  Il  paroît,  en  effet,  par 
le  même  '  César  qu'avant  son  entrée  dans 
les  Gaules  tous  les  peuples  du  Rouergue 
jouissoient  de  la  liberté  qui  leur  avoit 
été  accordée  par  les  Romains  après  la  dé- 
faite de  Bituit  &  la  soumission  de  toute  la 
Narbonnoise.  Il  est  vrai  que  César  V  ne  parle 
que  des  Ruthenî  Provinciales,  &  des  Cadurci 
Eleutheri  :  mais  les  uns  supposent  les  au- 
tres ,  en  sorte  que  les  Rutheni  Provinciales 
supposent  qu'il  y  avoit  des  Rutheni  Eleu- 
theri, ou  libres,  &  que  les  Cadurci  Eleutheri 
supposent  qu'il  y  avoit  des  Cadurci  Provin- 
ciales. 

XI.  On  pourroit  cependant  se  servir  de 
l'autorité  de  Pline  pour  prouver  qu'une 
partie  du  Rouergue  étoit  comprise  dans  la 
Narbonnoise,  sur  ce  que  cet  auteur  faisant 
la  description  de  l'Aquitaine  &  de  la  Nar- 
bonnoise, met  ce  pays  dans  l'une  &  l'autre 
de  ces  deux  provinces  :  mais  Pline  doit 
s'être  trompé  en  cela,  &  on  doit  remarquer 
qu'il  ne  dit  pas  qu'une  partie  du  Rouergue 
appartînt  à  la  Narbonnoise,  &  l'autre  à 
l'Aquitaine;  mais  qu'il  place  tout  ce  pays 
dans  chacune  de  ces  deux  provinces,  ce  qui 
n'est  pas  possible.  Il  faut  donc  corriger  ce 
qu'il  avance  là-dessus  par  les  autres  anciens 
géographes  &  par  toutes  les  notices  qui 
mettent  dans  l'Aquitaine  le  Rouergue  de 
même  que  l'Albigeois. 

XII.  Nous  avons  encore  une  preuve  que 
ces  deux  pays  faisoient  partie  de  l'Aquitaine 
dans  le  poète  Ausone'  qui,  parlant  des  li- 

'  César,  de  Bello  Gallico,  1.   i,  n.  45. 

*  César,  de  Bello  Gallico,  1.  7,  n.  7  &  75. 

*  Ausone,  de  clar.  Urbïbus,   |3. 


mites  de  la  Narbonnoise ,  comprend  dans 
cette  province  tout  ce  qui  est  entre  les  Cé- 
vennes  &  la  mer  Méditerranée ,  &  renferme 
dans  l'Aquitaine  tout  ce  qui  est  au  nord  de 
ces  montagnes  : 

Interiusque  premunt  Aquitanica  rura  Cebennae 
Usque  in  Tectosagos. 

Le  Gévaudan  ,  le  Rouergue  &  l'Albigeois 
dévoient  donc  appartenir  entièrement  à 
l'Aquitaine,  puisqu'ils  sont  situés  en  deçà 
&  au  nord  des  Cévennes,  &  qu'ils  sont, d'ail- 
leurs ,  assez  éloignés  de  ces  montagnes  pour 
la  plus  grande  partie,  de  même  que  le  Tarn. 
Cette  rivière  ne  pouvoit  donc  servir  de  li- 
mite à  la  Narbonnoise  dans  toute  l'étendue 
de  son  cours  ,  y  ayant  un  très-grand  espace 
entre  la  plaine  d'Albigeois  qu'elle  traverse, 
&  l'extrémité  occidentale  des  Cévennes  qui 
aboutit  aux  frontières  des  diocèses  de  La- 
vaur,  de  Saint-Pons,  &  de  Carcassonne 
dans  le  pays  des  Tectosages. 

XIII.  4°  Catel  ne  paroît  pas  avoir  mieux 
placé  les  limites  de  la  Narbonnoise  en  les 
mettant  à  la  source  de  la  Garonne ,  puis- 
que dans  cette  supposition  tout  le  pays  de 
Conserans  avec  une  grande  partie  du  Com- 
minges  auroient  dû  appartenir  à  cette  pro- 
vince ,  ce  qui  est  contraire  à  tous  les  anciens 
géographes  &  aux  notices  qui  attribuent  ces 
deux  pays  à  la  Novempopulanie. 

XIV.  Il  est  vrai  que,  selon  quelques'  criti- 
ques modernes,  le  Conserans  &  la  partie 
du  Comminges  qui  est  à  la  droite  de  la  Ga- 
ronne dévoient  du  temps  de  César  faire 
partie  de  la  Province  romaine  &  ,  à  ce  qu'on 
prétend,  du  territoire  particulier  de  Tou- 
louse, parce  que,  suivant  cet  historien', 
l'Aquitaine  étoit  alors  renfermée  entre  la 
Garonne ,  les  Pyrénées  &  l'Océan.  Tout  ce 
qui  est  à  la  droite  de  ce  fleuve  devoit  appar- 
tenir à  quelque  autre  partie  des  Gaules  :  or 
les  pays  de  Comminges  &  de  Conserans  ne 
pouvoient  convenir  qu'à  la  Narbonnoise.  On 
ajoute  que  lorsque  Pompée  rassembla  cette 
troupe  de  brigands  espagnols  qu'on  appela 
Convenae ,  &  qu'il  les  établit  en  deçà   des 

'  Pagi  ad  ann.  406,  n.  8. —  Description  historique 
delà  France,  part,   i,  p.  199. 

'César,  de  Bello  Gallico,  1.   i,  n.    I. 


NoT« 
8 


Note 


26 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


Éd.oris. 

t.  I, 
p.  6o5. 


Pyrénées  dans  le  pays  auquel  ils  donnèrent 
leur  nom,  il  falloitque  ce  canton  fût  sous  la 
dépendance  des  Romains,  &  qu'il  fît  par 
conséquent  partie  de  la  Province  romaine , 
la  seule  des  Gaules  qui  fût  alors  au  pouvoir 
de  la  République. 

XV.  On  peut  répondre  à  l'autorité  de  Cé- 
sar, que  cet  historien  ne  comprenant  pas 
la  Province  romaine  dans  sa  division  des 
Gaules,  il  a  voulu  seulement  marquer  les 
limites  qui  étoient  alors  entre  les  trois  au- 
tres parties.  Or,  comme  l'Aquitaine  étoit 
limitrophe  de  la  Narbonnoise  depuis  les  Py- 
rénées jusqu'à  la  pointe  de  Moissac ,  où  le 
Tarn  se  jette  dans  la  Garonne,  il  ne  devoit 
point  parler  des  limites  qui  faisoient  la  sé- 
paration de  ces  deux  provinces,  mais  seule- 
ment de  celles  qui  étoient  entre  les  Aqui- 
tains &  les  Celtes  proprement  dits.  Aussi 
voit-on  que  César  n'a  eu  en  vue  que  de  pres- 
crire les  bornes  qui  séparoient  ces  deux 
peuples  :  Gallos  ab  Aquîtanis  Garumna  fiu- 
men...  dlvîdit.  Eorum  una  pars  quam  Gallos 
obtinere  dictum  est,  înîtium  capit  afiumine  Kho- 
dano,  contînetur  Garumna  jiumîne ,Oce ano ,  &c, 
Aquitanîa  a  Garumna  jiumîne  ad  Pyrenaeos 
montes ,  &  eam  partem  Oceani  quae  ad  His- 
pan'iam  pertinet ,  spectat ,  &c.,  &c.  Il  est  évi- 
dent par  ces  divers  témoignages ,  que  si  la 
Garonne  avoit  séparé  alors  l'Aquitaine  de 
la  Province  romaine  depuis  sa  source  jus- 
qu'à la  pointe  de  Moissac,  tout  ce  qui  se 
trouve  renfermé  dans  cet  espace  à  la  droite 
de  ce  fleuve  auroit  appartenu  à  la  Celtique 
propre.  Or,  il  est  constant  que  ce  pays  dé- 
pendoit  alors  de  la  Province  romaine  que 
César  ne  comprend  pas  dans  sa  description 
des  Gaules ,  parce  qu'elle  étoit  déjà  soumise 
à  la  République.  On  peut  donc  seulement 
inférer  de  l'autorité  de  cet  historien,  que 
les  Celtes  ou  Gaulois  étoient  séparés  des 
Aquitains  par  la  Garonne  depuis  la  jonction 
de  ce  fleuve  avec  le  Tarn  jusque  vers  son 
embouchure  dans  la  mer. 

XVI.  En  second  lieu,  il  n'est  pas  certain 
que  le  pays  de  Comminges  fût  de  la  Pro- 
vince romaine  ou  Narbonnoise  du  temps  de 
Pompée ,  parce  que  ce  capitaine  força  une 
troupe  de  montagnards  d'Espagne  à  s'y  éta- 
blir; car  Pompée  peut  avoir  obligé  ces  mon- 
tagnards à  se  réfugier  dans  ce  pays  ,  quoique 
dépendant  de  l'Aquitaine,  comme   M.   de 


Valois  '  l'a  fait  voir;  &  les  Aquitains  ,  quoi- 
que libres  &  indépendans ,  peuvent  les 
avoir  reçus  chez  eux,  soit  de  bon  gré,  soit 
par  crainte  de  s'attirer  les  armes  de  ce  gé- 
néral. Mais  quand  même  le  Conserans  &  la 
partie  du  Comminges  située  à  la  droite  de 
la  Garonne  auroient  appartenu  à  la  Pro- 
vince romaine  du  temps  de  Pompée  &  de 
César ,  il  est  certain  que  depuis  Auguste 
ces  deux  pays  firent  partie  de  l'Aquitaine, 
comme  l'on  peut  voir  dans  tous  les  anciens 
géographes  &  les  notices.  Par  conséquent, 
du  moins  depuis  ce  temps-là,  ce  ne  fut  point 
la  Garonne  vers  sa  source  qui  fit  la  sépara- 
tion de  la  Narbonnoise  ,  puisque  le  Conse- 
rans &  une  grande  partie  du  Comminges 
sont  situés  à  la  droite  de  ce  fleuve. 

XVII.  Catel  '  se  sert  de  l'autorité  de  Pline 
pour  prouver  que  le  Conserans  étoit  de  la 
Narbonnoise.  Il  ajoute  que  la  ville  de  Sa'int- 
Lî':^ier  de  Conserans  est  située  sur  la  Garonne, 
à  cause  de  quoi  le  pays  de  Conserans  se  peut 
étendre  delà  &  deçà  la  rivière  de  Garonne. 
Mais,  1°  il  est  étonnant  que  cet  auteur  ait 
ignoré  que  la  ville  de  Saint-Lizier  est  sur  le 
Salât  &  non  pas  sur  la  Garonne,  &  que  tout 
le  diocèse  de  Conserans  est  situé  à  la  droite 
de  ce  dernier  fleuve.  2°  Pline  ne  dit  rien  qui 
puisse  favoriser  son  opinion.  Il  est  vrai  que 
ce  géographe  '  met  les  Consuarani  dans  la 
Narbonnoise,  &  les  Consoranni  dans  l'Aqui- 
taine :  mais  ces  peuples  sont  très-différens, 
comme  l'a  fort  bien  prouvé  M.  de''  Marca, 
quoique  leur  nom  ait  quelque  ressemblance, 
ce  qui  a  sans  doute  trompé  Catel,  &  lui  a 
fait  confondre  les  uns  avec  les  autres.  En 
effet,  les  premiers  habitoient  anciennement 
une  partie  du  Roussillon  &  du  Gonflent 
dans  la  Narbonnoise,  &  les  autres  le  pays 
de  Conserans  dans  l'Aquitaine.  Ainsi  du 
temps  de  Pline  la  rivière  de  Garonne  ,  vers 
sa  source,  ne  faisoit  pas  la  séparation  de  la 
Narbonnoise ,  puisque  tout  le  Conserans 
qui  est  à  la  droite  de  ce  fleuve  dépendoit  de 
l'Aquitaine. 

XVIII.  5°  Enfin  Catel  s'est  trompé  par 
rapport  aux  limites   de  la  Narbonnoise  & 


'  Adrien  de  Valois,  Notitia  Gall.  p.   iSy  &  seq. 
°  Catel,  Mémoires  de  l'hist,  de  Languedoc ,  p.   i3. 
'  Pline,  1.  3,  n.  5,  &  1.  4,  n.  3.. 
■*  Marca  Hispanica,  p.    17,  27  &  212. 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


27 


des  Gaules  du  côté  d'Espagne,  en  les  mettant 
au  port  de  Vendres,  eu  Roussillon,  sur  la 
Méditerranée.  M.  de  Marca'  a  fait  voir  que 
les  véritables  bornes  de  la  Gaule  Narbon- 
noise  de  ce  côté-là ,  s'étendent  plus  au  cou- 
chant, &  qu'elles  vont  jusqu'à  Cervera  & 
au  promontoire  de  Vénus. 

XIX.  Après  avoir  relevé  ce  qui  nous  a 
paru  défectueux  dans  les  limites  que  Catel 
prescrit  à  l'ancienne  Narbonnoise,  nous  al- 
lons essayer  d'entrer  dans  le  détail  de  celles 
qui  divisoient  en  particulier  cette  province 
du  reste  des  Gaules  en  deçà  du  Rhône.  Nous 
nous  arrêterons  ici  à  cette  partie  comme  à 
celle  qui  nous  intéresse  principalement  ; 
nous  parlerons"  ailleurs  des  autres  limites 
du  côté  des  Alpes. 

Nous  observerons  d'abord  avec  un  habile 
critique  '  qu'on  ne  peut  bien  connoîre  l'éten- 
due &  les  limites  des  anciennes  provinces 
que  par  celles  des  peuples  ou  des  cités  par- 
ticulières qui  les  composoient,  &  que  comme 
le  gouvernement  ecclésiastique  s'est  d'abord 
réglé  sur  le  civil ,  la  connoissance  de  l'éten- 
due des  anciens  diocèses  doit  servir  de  rè- 
gle pour  fixer  celle  de  chaque  ancienne  cité 
ou  peuple  particulier ,  à  moins  qu'on  n'ait 
des  preuves  des  changemens  qui  peuvent 
être  arrivés.  Ainsi  les  limites  &  l'étendue 
particulière  des  anciennes  cités  ou  diocèses 
que  les  notices  ont  compris  dans  la  Nar- 
bonnoise en  deçà  du  Rhône,  nous  serviront 
à  détailler  celles  de  cette  province. 

XX.  Sur  ce  principe  nous  attribuons  à 
l'ancienne  Narbonnoise  en  deçà  du  Rhône 
toute  la  partie  des  diocèses  de  Vienne  &  de 
Valence  qui  est  de  ce  côté-là  avec  les  dio- 
cèses de  Viviers  &  d'Uzès  ;  une  partie  de 
ceux  d'Avignon  &  d'Arles j  les  diocèses  de 
Nimes  &  d'Alais  qui  n'en  composoient  qu'un 
seul;  ceux  d'Agde,  de  Maguelonne  ou  de 
Montpellier,  de  Lodève ,  de  Béziers  &  de 
Carcassonne  ;  celui  de  Narbonne,  duquel 
ceux  de  Saint-Pons  &d'Alet  furent  détachés 
dans  le  quatorzième  siècle  ;  celui  d'Elne  ou 
le  Roussillon,  &  enfin  toute  la  province  ec- 
clésiastique de  Toulouse,  qui  ne   formoit 

'  Marca  Hispanica,  p.  41,  &  seq. 
'  Voyez  Note  XXXV, 

'  Adrien  de  Valois,  Praef.  ad  Notitiam  Gall.  p.  12 
&  seq. 


NuTK 

8 


anciennement  qu'un  seul  diocèse.  Par  là , 
nous  excluons  de  la  Narbonnoise  tout  le 
diocèse  de  Castres  avec  la  partie  de  celui 
d'Albi  qui  est  à  la  gauche  du  Tarn,  que  Catel 
attribue  à  cette  province ,  mais  qui ,  de 
même  que  le  Gévaudan  ,  le  Rouergue  &  le 
Vêlai,  faisoient  partie  de  l'Aquitaine  depuis 
Auguste  &  auparavant  de  la  Celtique.  Nous 
étendons  d'un  autre  côté  les  limites  de  la 
Narbonnoise  dans  toute  la  partie  de  l'ancien 
diocèse  de  Toulouse  située  à  la  gauche  de 
la  Garonne  depuis  la  jonction  de  ce  fleuve 
avec  le  Salât  jusqu'à  la  pointe  de  Moissac; 
pays  quij  suivant  Catel,  faisoit  partie  de 
l'Aquitaine  ou  Novempopulanie.  Nous  don- 
nons à  cette  dernière  province  tout  le 
Conserans  &  le  Comminges  contre  le  sen- 
timent de  cet  auteur  qui  en  attribue  une 
grande  partie  à  la  Narbonnoise. 

XXI.  Il  seroit  inutile  de  marquer  ici  en 
particulier  les  limites  précises  de  ces  dio- 
cèses ,  puisqu'elles  subsistent  encore ,  & 
qu'elles  sont  d'ailleurs  assez  connues  :  il 
nous  suffira  de  dire  en  général  que  la  Nar- 
bonnoise devoit  être  séparée  de  la  Lyon- 
noise  en  deçà  du  Rhône  par  les  mêmes  bor- 
nes qui  séparent  aujourd'hui  la  partie  des 
diocèses  de  Vienne  &  de  Valence  située  du 
même  côté,  du  Lyonnois  &  du  Forez,  & 
qu'ensuite  il  faut  suivre  les  montagnes  des 
Cévennes ,  à  l'endroit  où  elles  séparent  le 
Vivarais  du  Vêlai  &  du  Gévaudan  ou  de  Éd.orig. 
l'Aquitaine  jusqu'à  la  montagne  de  Lozère  p.  6o'6. 
&  aux  sources  du  Tarn.  Ces  montagnes  sé- 
parent ensuite  les  diocèses  d'Alais ,  de  Lo- 
dève &  de  Béziers  qui  appartenoient  à  la 
Narbonnoise,  du  Gévaudan  &  du  Rouergue 
qui  dépendoient  de  l'Aquitaine  jusqu'aux 
rochers  appelés  les  Carous  &  à  la  monta- 
gne de  l'Espinouse  sur  les  frontières  des 
diocèses  de  Saint-Pons  &  de  Castres  ou  du 
Narbonnois  &  de  l'Albigeois.  L'Agoût  prend 
sa  source  à  cette  montagne  qui  servoit  de 
limite  aux  deux  provinces. 

Les  Cévennes  régnent  ensuite  depuis  la 
source  de  l'Agoût  jusqu'à  celle  de  Tore,  & 
séparent  encore  le  diocèse  de  Castres  de  ce- 
lui de  Saint-Pons.  Elles  s'étendent  jusque 
sur  les  frontières  du  diocèse  de  Lavaur  qui 
fait  partie  du  pays  des  anciens  Teclosages. 
Par  là  ces  bornes  sont  conformes  au  témoi- 
gnage  d'Ausone  qui,  joint  l'extrémité  des 


Note 
8 


iS 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


NoTli 


Cévennes  au  pays  des  Tectosages' ,  pour  ser- 
vir de  frontière  à  la  Narbonnoise.La  rivière 
de  Tore  sert  de  limite  aux  diocèses  de  Cas- 
tres &  deLavaur,  &  par  conséquent  aux 
deux  provinces  ,  presque  depuis  sa  source  , 
jusqu'à  son  embouchure  dans  l'Agoût  un 
peu  au-dessous  de  Castres.  L'Agoût,  depuis 
sa  jonction  avec  le  Tore  &  jusqu'à  son 
embouchure  dans  le  Tarn  à  la  pointe  de 
Saint-Sulpice ,  fait  la  séparation  de  l'Albi- 
geois &  du  Toulousain,  c'est-à-dire  de 
l'Aquitaine  d'avec  la  Narbonnoise. 

Un  ruisseau  appelé  Passe,  qui  se  jette  dans 
le  Tarn  à  la  droite  de  cette  rivière  près  de 
la  pointe  de  Saint-Sulpice,  coule  du  nord 
au  midi  le  long  d'une  chaîne  de  petites 
montagnes  qui  séparent  le  diocèse  de  Mon- 
tauban  ou  l'ancien  Toulousain ,  de  l'Albi- 
geois jusqu'à  un  autre  ruisseau  appelé 
Tescouet.  Ce  dernier  coule  du  levant  au 
couchant  &  sépare  le  Querci  du  Toulou- 
sain depuis  sa  source  &  le  lieu  de  Mon- 
clar  jusqu'à  sa  jonction  avec  la  petite 
rivière  de  Tescou  auprès  de  Saint-Naufari 
dans  le  Toulousain.  Cette  rivière  sépare 
ensuite  les  deux  provinces  jusqu'à  son  em- 
bouchure dans  le  Tarn  à  Montauban,  &  le 
Tarn  sépare  le  Querci  de  l'ancien  Toulou- 
sain depuis  Montauban  jusqu'à  la  pointe  de 
Moissac  où  il  se  jette  dans  la  Garonne. 

La  Narbonnoise  s'étendoit  ensuite  dans 
tout  l'ancien  diocèse  de  Toulouse  des  deux 
côtés  de  ce  fleuve  en  remontant  depuis  la 
pointe  de  Moissac  jusqu'au  lieu  de  Martres 
un  peu  au-dessous  de  Cazères ,  à  l'extré- 
jnité  du  diocèse  de  Rieux  &  vers  le  Com- 
luinges.  Ce  pays  comprenoit,  à  la  gauche  de 
la  Garonne,  ce  qui  compose  aujourd'hui  la 
partie  des  diocèses  de  Montauban ,  de  Tou- 
louse &  de  Rieux  située  de  ce  côté-là  avec 
tout  celui  de  Lombez.  Il  étoit  séparé  de  la 
Novempopulanie  par  la  petite  rivière  de  la 
Serre ,  qui  sépare  le  diocèse  de  Montauban 
de  celui  de  Leytoure  en  remontant  depuis 
son  embouchure  à  la  gauche  de  la  Garonne 
&  auprès  de  Saint-Nicolas  de  la  Grave  jus- 
i(u'à  sa  source  qui  est  à  une  petite  distance 
ce  la  rivière  de  Gimone.  Cette  dernière  sé- 
pare ensuite  du  nord-ouest  au  sud-est  le 
diocèse  de  Lombez  ou  l'ancien  Toulousain 

*  Ausone,  de  claris  Urb,  \  3. 


d'avec  le  diocèse  d'Auch  depuis  le  lieu  de 
Maubec  jusque  dans  le  Comminges,  &  ce 
dernier  pays  est  séparé  des  diocèses  de  Lom- 
bez &  de  Rieux  du  couchant  au  levant  par  les 
basses  Pyrénées  vers  l'embouchure  du  Salât 
dans  la  Garonne  au  voisinage  de  Martres. 

Pour  trouver  les  limites  de  la  Narbonnoise 
à  la  droite  de  la  Garonne  vers  sa  source  & 
du  côté  des  Pyrénées,  il  faut  suivre  ces 
montagnes  qui  séparent  le  diocèse  de  Pa- 
miers  ou  l'ancien  Toulousain  d'avec  le  Con- 
serans  ou  la  Novempopulanie,  depuis  le 
lieu  de  Martres  sur  la  Garonne  jusqu'à  la 
source  de  la  rivière  de  Salât  au  pic  de 
Montbalhé,  où,  comme  M.  de  Marca'  l'a 
fait  voir,  le  géographe  Ptolémée  met  les  limi- 
tes de  la  Narbonnoise  &  de  l'Aquitaine,  Si 
non  pas  aux  sources  de  la  Garonne  qui  sont 
plus  occidentales.  Il  faut  suivre  après  cela  le 
sommet  des  hautes  Pyrénées  qui  séparent 
les  Gaules  de  l'Espagne  jusqu'à  Cervera  & 
au  cap  ou  promontoire  gallican  de  Vénus 
Pyrénée  sur  la  Méditerranée,  dont  la  côte 
fait  les  limites  de  la  Narbonnoise  jusqu'au 
Var  &  à  l'Italie. 

XXII.  On  pourroit  ne  pas  convenir  que 
la  partie  de  l'ancien  Toulousain  qui  est  à  la 
gauche  de  la  Garoniae  dépendît  de  la  Nar- 
bonnoise sur  ce  que  les  anciens  itinérai- 
res qui  comptent  par  milles  dans  toute  cette 
province ,  &  par  lieues  dans  le  reste  des 
Gaules,  emploient  cette ''  dernière  manière 
de  compter  depuis  Bordeaux  jusqu'à  Tou- 
louse inclusivement  comme  l'on  peut  voir 
dans  Vltinéraire  de  Bordeaux  à  Jérusalem, 
De  là  on  pourroit  corîclure  que  la  partie 
du  Toulousain  qui  est  à  la  gauche  de  la 
Garonne  devoit  appartenir  à  la  Novempo- 
pulanie ou  Aquitaine ,  &  non  pas  à  la  Nar- 
bonnoise, &  que  Toulouse  devoit  être  la 
première  ville  de  cette  dernière  province 
de  ce  côté-là. 

On  peut  répondre  à  cette  difficulté  en 
supposant  avec  assez  de  vraisemblance  que 
quoique  le  pays  des  Tectosages  ou  le  Tou- 
lousain s'étendît  anciennement  des  deux 
côtés  de  la  Garonne ,  il  n'y  eut  cependant 
d'abord  &  avant  le  temps  de  César  que 
la  partie  de  ce  pays  située  à  la  droite  de  ce 

'  Marca  Hispanica,  p.  65. 

*  Voyez  Eergier,  p.  480  &  suiy. 


N»TE 

8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


29 


Note 

9 

Ed.orig. 

1. 1, 
p.  607. 


fleuve  qui  fût  soumise  aux  Romains  j  que 
ce  général  ayant  étendu  les  conquêtes  de  la 
République  au  delà  de  la  Garonne,  la  partie 
du  pays  des  Tectosages  située  à  la  gauche 
de  ce  fleuve  fut  alors  incorporée  dans  la 
Province  romaine  ou  Narbonnoise,  ou  peut- 
être  même  seulement  lorsque  l'empereur 
Auguste  eut  réglé  les  limites  des  provinces 
des  Gaules;  que  l'usage  de  compter  par 
milles  dans  la  Province  romaine  étant  déjà 
établi  depuis  longtemps ,  il  ne  se  fit  aucun 
changement  pour  la  manière  de  compter 
par  lieues,  qui  étoit  propre  aux  Gaulois, 
dans  la  partie  du  pays  des  Tectosages  d'au 
delà  de  la  Garonne ,  lorsque  ceux-ci  furent 
soumis  par  César.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  pa- 
roît  du  moins  qu'au  siècle  d'Ausone'  la 
Garonne  ne  bornoitpas  la  Narbonnoise;  car 
cet  auteur,  parlant  des  limites  de  cette  pro- 
vince, dit  seulement  qu'elle  étoit  bornée 
du  côté  du  couchant  par  le  pays  des  Tecto- 
sages en  général. 

Interiusque  premunt  Aquitanica  rura  Cebennae 
Usque  in  Tectosagos,  paganico  nomine  Volcas, 
Totum  Narbo  fuit. 

Il  ne  dit  pas  un  mot  qui  puisse  faire  croire 
que  la  Garonne  séparât  ces  deux  Provinces, 
ce  qu'il  n'auroit  pas  oublié ,  puisqu'il  traite 
cette  matière  ex  professa  *. 


NOTE  IX 


Sur  la  ville  d'Illiherîs, 


Nous  avons  des  médailles  de  plusieurs 
empereurs  depuis  Antonin  Pie  jusqu'à 
Tétricus ,  où  on  voit  cette  légende  :  AEL. 
MUNICIP.  COEL.  &  dans  d'autres  COIL. 
Le  P.  Hardouin^  célèbre  par  son  érudition 
&  ses  nouvelles  découvertes,  après  avoir 
séparé  le  mot  de  COEL.  ou  COIL.  en  ces 

'  Ausone,  de  claris  Urh.  i3. 

'  Conférez  cette  Note  VIII  avec  la   Nott  CVI  ci- 
après. 

'  Kardouin,  Opéra,  p.  48  &  44. 


deux  syllabes  CO.  EL.  ou  CO.  IL,  l'inter- 
prète de  la  manière  suivante  :  A^A'ium  muni- 
cipium  Consuaranorum  Eliberis  ou  llliberis.  Il 
appuie  son  explication  de  ce  passage  de 
Pline  '  :  «  In  ora  regio  Sardonum  ,intusquc 
«  Consuaranorum  ;  flumina  Teccum ,  Verno- 
({  dubrum  ;  oppida  llliberis  magnae  quondam 
((  urbis  tenue  vestigium.  »  Il  ajoute  qu'Illibe- 
ris  est  la  ville  de  Collioure  en  Roussillon  : 
mais  nous  ne  saurions  adopter  son  interpré- 
tation pour  les  raisons  suivantes  :  1°  Parce 
qu'il  sépare  en  deux  syllabes  ,  sans  aucune 
autorité,  le  mot  COEL.  ou  COIL.  qu'on  ne 
trouve  ainsi  séparé  dans  aucune  de  ces  mé- 
dailles, qui,  selon  lui,  sont  en  très-grand 
nombre.  2°  On  voit  par  le  passage  de  Pline 
déjà  cité,  que  de  son  temps  la  ville  d'Illibe- 
ris  en  Roussillon  étoit  très-peu  considéra- 
ble :  or,  quelle  apparence  qu'une  ville 
presque  détruite  nous  ait  laissé  tant  de 
monumens  depuis  sa  ruine,  &  que  nous  en 
ayons  si  peu  dans  le  temps  qu'elle  étoit 
dans  sa  splendeur.  3°  Selon  Pline  la  ville 
d'Illiberis  n'étoit  pas  dans  le  pays  des  Con- 
suarani ,  mais  dans  celui  des  Sardons  ;  le' 
P.  Hardouin  en  convient.  Il  se  sert  même  de 
cette  autorité  pour  expliquer  l'inscription 
d'une  médaille  de  Tétricus.  En  effet,  selon 
Pline'  les  Sardons  occupoient  toute  la  côte, 
&  les  Consuarani  le  dedans  du  pays.  Or,  soit 
que  la  ville  d'Illiberis  fût  celle  qu'on  appello 
aujourd'hui  Collioure  ,  comme  le  prétend 
ce  savant  Jésuite,  ou  plutôt  celle  d'Elne , 
ainsi  que  le  prouve  M.  de  Marca  %  il  est 
constant  que  l'une  &  l'autre  étant  situées 
sur  la  côte,  elles  dévoient  être  dans  le  pays 
des  Sardons ,  &  non  pas  dans  celui  des  Con- 
suarani^ ce  qui  détruit  entièrement  l'expli- 
cation du  P.  Hardouin  ^ 


'  Pline,  1.  3,  c.  5. 

'  Hardouin,  in  Pltnium ,  p.  654. 

3  Pline,  1.  3,  c.  5. 

*  Marca  Hispanica,  p.  18,  3o3  &  328. 

'  Voyez,  sur  la  ville  i'IlUheris,  la  note  placée  au 
tomel,  livre  II,  n.  11.  —  Comme  Illlberl,  ville  d'Es- 
pagne du  même  nom,  aujourd'hui  Elvire,  Caucoli- 
beris,  ColliourCj  &  bien  d'autres  que  l'on  pourrait 
citer,  l'antique  llliberis  est  d'origine  ibérienne;  elle 
était  considérée  comme  la  ville  la  plus  importante 
de  la  contrée  lors  du  passage  d'Annibal,  mais  elle 
ne  tarda  pas  à  déchoir  lorsque  Ruscino  fondée  à  peu 
de  distance  eut  attiré  à  elle  tout  le  commerce.  [E.  M.] 


Note 
9 


^' 


Note 


3o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


NOTEX 

Sur  les  Béhryces  f  peuples  de  la 
Narbonnoise\ 


ON  ne  sauroit  disconvenir  que  les  an- 
ciens n'aient  donné  le  nom  de  Bébryces 
aux  peuples  qui  habitoient  depuis  les  envi- 
rons de  Narbonne  jusqu'aux  Pyrénées.  Le 
premier  que  nous  connoissions  est  le  poète 
Silius  Italiens  qui,  dans  son  poème  de  la 
guerre  Punique ,  parle  ainsi  de  ces  monta- 
gnes : 

Pyrene'  celsa  nimbosi  verticis  arce 
Divises  Celtis  late  prospectât  Iberos, 
Atque  aeterna  tenet  magnis  divortla  terris, 
Nomen  Bebrycia.  duxere  a  virgine  colles,  &c. 

Et  plus  bas ,  parlant  du  passage  d'Annibal 
&  des  Carthaginois  par  ces  montagnes  : 

Jamque  per  &  colles  &  denses  abiete  lucos  ' 
Beèryciae  Poenus  fines  transcenderat  aulae,  &c. 

On  doit  ajouter  au  témoignage  de  ce 
poète  celui  de  Dion"*  qui  dit  qu'ancienne- 
ment les  peuples  de  Narbonne  &  ceux  qui 
habitoient  vers  les  Pyrénées  s'appeloient 
Bébryces  ou  Bébryciens.  Le  géographe^ 
JVIarcianus  Herachota  en  parle  dans  les 
mêmes  termes ,  ce  qui  nous  fait  croire  que 
Festus®  Avienus  a  voulu  parler  des  mêmes 
peuples  lorsqu'il  a  dit  : 

Gens  Elesycum  prius 
Loca  haec  tenebat  atque  Narbo  civitas 
Erat  ferocis  maximum  regni  caput. 

•  Conférez  cette  Note  X  avec  la  note  3,  p.  3,  du 
premier  volume,  &  ci-après  avec  la  Note  CVI. 

'  Silius  Italicus,  1.  3,  vers.  418  &  seq. 

'  Silius  Italicus,  1.  3,  vers.  440  &  seq. 

^  Dion  apud  Tzetzem.  in  Lycophr.  p.  91,  &  apud 
Valesium,  Fragmenta,  p.  112.  —  Voyez  Zonare,  t.  2, 
p.  70. 

'  Marcianus  Heracleota,  1.  2,  Peripl. 

*  Festus  Avienus, Z?e5cry?tiooraeOTantiiwae,vers. 626 
&seq. 


Il  paroît,  en  effet,  qu'il  faut  corriger  le 
texte  de  cet  auteur,  &  lire  Bebrycumau  lieu 
de  Elesycum. 

Etienne  de  Bysance  '  a  eu  donc  raison  de 
distinguer  deux  peuples  Bébryces  dont  les 
uns  habitoient  vers  le  Pont  en  Asie  &  les 
autres  dans  les  Gaules  au  voisinage  de 
l'Espagne  ;  &  Pinedo  son  commentateur  a  eu 
tort  de  mettre  au  rang  des  songes  d'Etienne 
ou  des  fables  grecques  la  distinction  que  ce 
géographe  fait  de  ces  deux  peuples,  sous 
prétexte  qu'aucun  ancien  avant  lui  n'avoit 
fait  mention  de  ceux  d'Europe  ou  des 
Pyrénées,  &  que  tous  ceux  qui  l'avoient 
précédé  n'avoient  parlé  que  des  Bébryces 
d'Asie. 

Non-seulement  les  anciens  dont  nous 
avons  rapporté  le  témoignage ,  &  qui  sont 
antérieurs  à  Etienne  de  Byzance,  ont  fait 
mention  des  Bébryces  des  Gaules ,  mais  en- 
core plusieurs  auteurs  grecs  du  moyen  âge 
postérieurs  à  ce  géographe.  Zonaras  dans 
ses  Annales"  rapporte  que  la  mer  de  Nar- 
bonne s'appeloit  autrefois  la  mer  Bébry- 
cienne.  Tzetzez,  commentateur  de  Lyco- 
phron  %  assure  que  les  Bébryces  sont  les 
mêmes  que  ceux  qu'on  appeloit  de  son 
temps  les  Narbonnois,  &  enfin  Eustathe"* 
dans  son  commentaire  sur  Denys  le  Géo- 
graphe s'exprime  dans  les  mêmes  termes. 

Malgré  ces  autorités  ,  il  y  a  quelque  lieu 
de  douter  si  les  peuples  de  Narbonne  &  des 
environs  ont  jamais  eu  véritablement  le 
nom  de  Bébryces  j  &  si  les  divers  auteurs 
qui  le  leur  ont  donné  ou  qui  ont  supposé 
qu'ils  l'avoient  porté  anciennement  ne  se 
sont  pas  trompés. 

Pour  donner  du  jour  à  cette  matière,  il 
faut  recourir  à  l'origine  la  plus  reculée  du 
nom  de  Bébrycie  &  de  Bébryces.  Les  an- 
ciens conviennent  que  la  Bébrycie  étoit 
ancieniiement  un  pays  de  la  Bithynie  en 
Asie  ou  la  Bithynie  même;  qu'elle  fut  ap- 
pelée' Bebrycia  de  Bébryx^  une  des  filles 
de  Danaiis  qui   s'y  réfugia   &    y   fonda   un 

'  Etienne  de  Byzance,  de  Urh'ibus,  p.  i56. 

*  Zonare,  t.   i,  p.  406. 
'  Tzetzès,  p.  icj3. 

''  Eustathe,  p.  1  06. 

*  Voyez  Servius,  InVlrgilïi  ^neii.  5,  vers  Sy. 
^  Eustathe,  in  Dionysii  Perieg.  vers  8o5. 


Note 

lO 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3i 


royaume,  &  qui  donna  aussi  son  nom  à 
une  grande  forêt;  qu'Amycus  ',  fils  de  Nep- 
tune, fut  roi  de  ce  pays  de  Bébrycie,  &  qu'il 
signala  son  règne  par  l'usage  barbare  de 
contraindre  tous  les  étrangers  qui  venoient 
dans  ses  États  de  se  battre  contre  lui  à  peine 
d'être  massacrés  s'ils  le  refusoient;  que  cette 
conduite  d'Amycus  lui  attira,  de  même 
qu'aux  Bébryciens  ses  sujets ,  la  réputation 
d'une  grande  férocité;  que  ce  prince  fut 
vaincu  &  tué  par  les  Argonautes  ;  &  que  les 
Éd.orig.  peuples  Bébryces  furent  enfin  exterminés' 
p. 608.  par  les  Phrygiens.  Or,  c'est  uniquement  de 
ces  Bébryces  d'Asie  dont  parlent  la  plupart 
des  anciens  géographes ,  comme  Strabon  & 
Pline,  lesquels  ne  font  aucune  mention  de 
ceux  des  Gaules,  non  plus  que  Ptolémée, 
Mêla  &  les  autres. 

Silius  Italiens',  qui  est  le  premier  qui 
parle  de  ces  derniers  à  l'occasion  du  passage 
d'Annibal  par  les  Pyrénées ,  nous  donne 
d'abord  l'étymologie  du  nom  de  ces  monta- 
gnes. Il  le  tire  de  celui  de  Pyrène ,  célèbre 
par  ses  amours  avec  Hercule  doiit  il  rap- 
porte l'histoire,  que  Pline* met  avec  raison 
au  rang  des  fables.  Il  s'étend  ensuite  sur  ce 
sujet,  &  prétend  que  Pyrène  eut  pour  père 
un  roi  du  pays  qu'il  appelle  Bebryx,  soit 
que  ce  fût  son  nom  propre  ou  plutôt  une 
épithète  tirée  du  nom  des  peuples  Bébryces 
ses  sujets.  Il  donne  aussi  à  Pyrène  celle  de 
Bébrycie. 

Nomen  Bebrycia  duxere  à  virgine  colles,  &c. 

Saeva  Bebrycis  in  aula. 

Namque  ut  serpentem  patrias  exhorruit  iras,  &c. 

M.  de  Valois',  prenant  le  nom  de  Bebryx 
pour  un  substantif,  conclut  de  ces  vers  que 
c'étoit  le  nom  du  père  de  Pyrène.  Daus- 
queius,  commentateur  de  Silius  Italiens, 
prétend,  au  contraire,  que  le  mot  de  5e- 
bryx  n'est®  qu'un  adjectif ,  &  que  le  père  de 
Pyrène  s'appeloit  Amycus,  qui  est  ce  même 

'  Apollonius,  Argon.  1.  2,  v.  i  &  seq.  j  &  I.  i, 
p.  45,  édit.  de  1599.  —  Sidoine  Apollinaire,  Car- 
m'ina,  5,  vers  161  &  seq. 

="  Strabon,  1.  14,  p.  678.  —  Pline,  1.  5,  c.  33. 

'  Silius  Italicus,  vers  440  &  seq. 

-»  Pline,  1.  3,  c.  3. 

^  Adrien  de  Valois,  in  Fragm.  Dionys.  p.  ii3. 

®  Dausqueius,  in  S'ilium  Italicum,  p.   140. 


roi  de  Bébrycie  en  Asie ,  dont  nous  avons 
déjà  parlé,  &  qui  se  rendit  si  célèbre  par 
sa  cruauté,  à  quoi  revient ,  en  effet,  l'épi- 
thète  de  Saeva  que  ce  poète  donne  à  son 
palais.  Ceci  nous  donne  lieu  de  croire  que 
Silius  Italicus  aura  appliqué,  par  une  fic- 
tion poétique ,  à  un  prétendu  roi  des 
Pyrénées  ce  qui  ne  convient  qu'à  un  roi 
d'Asie.  On  voit,  en  effet,  par  la  suite  de  la 
narration  de  ce  poète,  que  c'étoit  là  son 
dessein;  car  il  fait  mention  des  grandes  fo- 
rêts de  sapins  qui  étoient  dans  les  Pyrénées. 

Et  densos  abiete  liicos 
Bebryciae  Poenus  fines  transcenderat  aulae. 

Or,  nous  savons  qu'Amycus,  roi  des  Bé- 
bryces d'Asie,  exerçoit  ses  cruautés  dans  une 
grande  forêt  appelée  Bébrycienne ,  comme 
nous  l'avons  déjà  vu.  De  là  vient  aussi  sans 
doute  que  Festus  Avienus,  appliquant  aux 
Bébryces  des  Gaules  ce  qu'on  disoit  de  ceux 
d'Asie,  donne  au  royaume  dont  Narbonne 
étoit  la  capitale  l'épithète  de  féroce. 

Atque  Narbo  civitas 
Erat  ferocis  maximum  regni  caput. 

Nous  croyons  donc  que  Silius  Italicus, 
cherchant  en  poète  l'étymologie  du  nom  des 
Pyrénées,  se  sera  mis  peu  en  peine  d'avoir 
recours  à  la  fiction ,  &  que  pour  orner  son 
poème,  il  aura  fait  venir  &  régner  dans  les 
Gaules  ,  par  une  licence  poétique,  Amycus, 
roi  des  Bébryciens  d'Asie ,  pour  donner 
par  là  une  naissance  illustre  à  Pyrène,  maî- 
tresse d'Hercule,  &  rendre  l'origine  du  nom 
des  Pyrénées  plus  célèbre. 

L'autorité  de  Silius  Italicus  aura  suffi  à 
Dion  pour  mettre  sans  autre  examen  des 
peuples  Bébryces  dans  les  Gaules  &  les  pla- 
cer aux  environs  de  Narbonne.  Les  autres 
auteurs  grecs  qui  ont  suivi  ce  dernier  se 
seront  laissé  entraîner  par  son  témoignage, 
&  Etienne  de  Byzance  en  aura  pris  occasion 
de  distinguer  deux  peuples  Bébryces ,  l'un 
dans  l'Asie  &  l'autre  dans  les  Gaules  auprès 
des  Pyrénées. 

Festus  Avienus,  le  seul  auteur  latin  qui 
fasse  mention  de  ceux  des  Gaules  après  Si- 
lius Italicus ,  l'aura  suivi  trop  aveuglément 
sans  distinguer  la  fiction  de  l'histoire;  ce 


NOTB 

10 


Note 

lO 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


qui  lui  aura  fait  croire  que  dans  les  temps 
les  plus  reculés  ,  ou  pour  mieux  dire  fabu- 
leux, les  peuples  des  environs  de  Narbonne 
portoient  le  nom  de  Bébryces. 

Du  reste,  il  est  certain,  suivant  Ptolé- 
mée  ',  que  ces  peuples  étoient  du  nombre  des 
Volces  Tectosages.  Polybe'  ne  leur  donne 
que  le  simple  nom  de  Gaulois,  de  même 
qu'à  ceux  du  Roussillon;  &  si  anciennement 
ils  avoient  été  appelés  Bébryces,  il  n'auroit 
pas  oublié  de  le  marquer  à  l'occasion  du 
passage  d'Annibal  par  leur  pays  ,  qu'il  dé- 
crit fort  au  long.  Il  n'en  dit  rien  cepen- 
dant non  plus  que  Tite-Live';  ce  qui  joint 
au  silence  de  Strabon,  de  Pline  &  des  plus 
anciens  géographes  &historiens,  nous  donne 
lieu  de  douter,  avec  raison,  si  jamais  les 
habitans  de  Narbonne  &  des  environs  ont 
eu  effectivement  le  nom  de  Bébryces. 


NOTE  XI 

Sur  l'étendue  du  pays  des  Volces 
Arécomiques. 

TiTE-LiVE*,  parlant  du  passage  du  Rhône 
parAnnibal,  dit  que  les  Volces  (ce  qu'on 
doit  entendre  des  Arécomiques)  habitoient 
les  deux  côtés  de  ce  fleuve.  Colunt  autem 
(Folcae)  circa  utramque  rîpam  Rhodani.  Stra- 
bon' semble  dire  la  même  chose  :  Tr,v  S'ettI 
Oixôpa  [jLÉp-^  Toij  Tuoxapioij  OùoXxai  vé[;,ovTai  ':y)V 
xXe'STYjv,  oûç  'ApY]y.ct>,(a7.ou?  7:poaaYop£uou(7i.  On 
voit  cependant,  par  ce  qui  précède  &  ce  qui 
suit  que,  suivant  cet  auteur,  les  Arécomi- 
ques n'habitoient  qu'à  la  droite  du  Rhône, 
&  c'est  ainsi  que  l'a  entendu  son  traduc- 
teur :  At  alterum  Rhodani  latus,  Volcae  ma- 
jori  ex  parte  accolant,  cognomento  Arecomîcî, 
&c. ,  ce  qui  est  confirmé  par  l'autorité  de 
Ptolémée^  qui  n'étend  le  pays  des  Arécomi- 
ques que  jusqu'au  Rhône.  On  peut  conci- 
lier l'historien  avec  le  géographe  en  sup- 

'  Ptolémée,  Géographie. 

»  Polybe,  1.  3,  189. 

'  T.  Live,  1.  21 . 

"T.  Live,  1.  21. 

'  Strabon,  1.  4,  p.  ?  86. 

*  Ptolémée,  Géographie. 


posant,  comme  ilparoît  très-vrai,  que  dans 
le  temps  du  passage  d'Annibal  les  Arécomi- 
ques occupoient  les  deux  rivages  du  Rhône, 
&  qu'ils  n'habitoient  plus  qu'à  la  droite 
de  cette  rivière  dans  le  siècle  de  Strabon. 
Nous  croyons,  en  effet,  en  trouver  la 
preuve  dans  César'.  Selon  cet  historien, 
Pompée,  après  la  guerre  de  Sertorius,  dé- 
pouilla les  Volces  Arécomiques  8z:  les  Hel- 
viens  d'une  partie  de  leurs  terres  &  les 
donna  aux  Marseillois.  Cn.  Pompeium,  fait- 
il  dire  aux  magistrats  de  Marseille,  &  C„ 
Caesarempatronos  cîvîtatîs,  quorum  alteragros 
Volcarum  Arecomicorum  &  Helvîorum  publice 
eîs  concesserît ;  alter  bello  vicias  Gallias  (ou 
plutôt  bello  victis  Galliis,  comme  lisent  plu- 
sieurs critiques)  attribuerit ,  vectigaliaque 
auxerit.  Cicéron  assure  "  aussi  que  les  Volces 
avoient  été  privés  d'une  partie  de  leurs 
terres ,  partim  ex  veteribus  bellis  agro  mulc- 
tati.  Or,  il  est  très-vraisemblable  que  ces 
terres,  dont  les  Arécomiques  &  les  Helviens 
furent  dépouillés  &  qui  furent  données  aux 
Marseillois,  étoient  celles  qui  étoient 
situées  à  la  gauche  du  Rhône  du  côté  du 
Dauphiné  &  de  la  Provence ,  comme  étant 
beaucoup  plus  à  la  bienséance  des  derniers. 
César  les  leur  ôta  depuis  ;  mais  nous  igno- 
rons si  elles  furent  rendues  alors  aux  Hel- 
viens &  aux  Arécomiques ,  ou  si  elles 
furent  données  à  d'autres  peuples  du  voi- 
sinage ,  ou  enfin  si  dans  la  suite  elles  ne 
furent  pas  restituées  à  la  République  de 
Marseille'. 


NOTE  XII 

Sur  la  situation  du  pays  des  peuples 
Umbranici ,  6»  de  quelques  autres 
de  la  Narbonnoise, 


ENTRE  les  peuples  de  la  Gaule  Narbon- 
noise  dont  Pline''  fait  mention,  &  dont 
nous  ne  connaissons  pas  la  situation  ,  sont 

'  César,  de  Bello  civilï,  1.  i. 
*  Cicéron,  pro  Fonte'io. 

'  Consultez,  au   sujet   des  Volces  Arécomiques,  ce 
que  dit  Herzog  :  Historia  GalUae  Narbonensis,  &c. 
"  Pline,  1.  3,  n.  5. 


Note 
1 1 


Éd.  ong. 
p.  609. 


Note 
12 


Note 

12 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


33 


Note 


les  Umbranîcî  que  M.  de  Valois  '  conjecture 
avoir  pu  occuper  le  pays  qu'on  appelle  au- 
jourd'hui le  Lauraguais.  Cet  auteur  appuie 
ses  conjectures  :  l"  sur  la  Table  de  Peutin- 
ger  ou  V Itinéraire  de  Théodose  ^  qui,  selon 
lui,  met  ces  peuples  au  voisinage  des  Tecto- 
sages;  2°  sur  la  ressemblance  des  noms  des 
Umbranici  &  du  Lauraguais. 

Nous  laissons  cette  dernière  raison  au 
jugement  du  public  :  nous  nous  contentons 
de  remarquer  que  c'est  le  château  de  Lau- 
rag  qui  adonné  son  nom  au  Lauraguais, 
comme  les  châteaux  de  Minerve  &  de  Redas 
ont  donné  le  leur  au  Minervois  &  au  Rasez.      Sur  le  passage  du  Rhône  par  les  Cim- 


Tasconi  dans  la  partie  du  diocèse  de  Mon- 
tauban  qui  est  à  la  droite  du  Tarn  ,  entre 
cette  rivière  &  celle  d'Aveyron.  Ce  pays  qui 
faisoit  autrefois  partie  du  diocèse  de  Tou- 
louse, &  qui  étoit  occupé  par  conséquent 
par  les  Tectosages  ,  est  arrosé  d'une  petite 
rivière  ou  gros  ruisseau  qui  porte  encore 
le  nom  de  Tescou. 


NOTE  XIII 


Quant  à  la  Table  de  Peudnger,  il  est  évi- 
dent que  cet  itinéraire  ,  s'il  est  de  quelque 
autorité,  place  les  Umbranici  aux  environs 
de  Nimes,  &  par  conséquent  loin  de  Tou- 
louse &  des  Tectosages.  Nous  savons,  d'ail- 
leurs ,  que  ce  qu'on  appelle  aujourd'hui  le 
Lauraguais,  étoit  situé  dans  le  centre  & 
faisoit  partie  du  pays  habité  par  ces  der- 
niers peuples;  ce  qui  détruit  les  conjectu- 
res de  M.  de  Valois.  S'il  étoit  permis  d'y 
substituer  les  nôtres ,  nous  placerions  plutôt 
les  Umbranici  dans  le  diocèse  de  Montpel- 
lier, puisque,  selon  la  Table  de  Peutinger^ 
ils  étoient  à  l'orient  des  Tectosages  ,  les- 
quels s'étendoient  jusqu'au  diocèse  d'Agdej 
,&  qu'ils  étoient  placés  entre  eux  &  les  Vol- 
ces  Arécomiques. 

La  situation  du  pays,  habité  par  divers  au- 
tres petits  peuples  particuliers  de  la  Nar- 
bonnoise  dont  Pline  fait  mention,  nous  est 
encore  moins  connue.  Tels  sont  les  Bormani, 
les  Cambolectri  'Atlantici,  les  Tasconi,  &c. 
Nous  ignorons  si  tous  ces  peuples  particu- 
liers habitoient  en  deçà  ou  en  delà  du  Rhône. 
Ce  que  nous  pouvons  dire  en  général ,  c'est 
qu'il  devoit  y  en  avoir  plusieurs  dans  l'éten- 
due du  Languedoc,  &  qu'ils  étoient  sans 
doute  compris  parmi  les  Volces  Tectosages 
ou  parmi  les  Arécomiques,  puisque  Stra- 
bon"  assure  qu'il  y  avoit  plusieurs  petits 
peuples  obscurs  qui  habitoient  depuis  le 
Rhône  ou  le  pays  des  Volces  Arécomiques 
jusques  aux  Pyrénées. 

Si  on  pouvoit  s'arrêter  à  la  ressemblance 
des  noms,  nous  trouverions  des  vestiges  des 

"  Adrien  de  Valois,  Notltia  Galliarum,  p.  616. 
'  Strabon,  1.  4,  p.  18. 


hres  6-  les  Teutons.  Explication 
d'un  endroit  de  Plutarque  au  sujet 
de  la  Ligurie  6*  des  Alpes, 

I.TL  est  rapporté  dans  Plutarque' que  Ma- 
1  rius  ayant  appris  que  les  Cimbres  &  les 
Teutons  revenoient  d'Espagne  dans  le  des- 
sein d'entrer  en  Italie,  il  vint  se  camper  au 
bord  du  Rhône,  vers  l'embouchure  de  ce 
fleuve,  afin  de  leur  en  disputer  le  passage; 
que  ces  barbares  s'étant -partagés  en  deux 
corps ,  les  Teutons  &  les  Ambrons ,  après 
avoir  traversé  en  diligence  la  Ligurie  &  les 
Alpes  ,  joignirent  enfin  le  camp  de  ce  géné- 
ral auprès  du  Rhône  ,  &  que  ne  pouvant 
l'engager  au  combat,  ils  passèrent  outre 
dans  l'espérance  de  pouvoir  traverser  les 
Alpes  sans  rencontrer  aucun  obstacle.  Si  cet 
endroit  de  Plutarque  n'est  point  corrompu, 
il  a  besoin  du  moins  d'un  éclaircissement 
que  nous  aurions  cru  trouver  dans  la  der- 
nière &  excellente  traduction  françoise  de 
cet  auteur.  Quelle  apparence  ,  en  effet,  si  les 
Teutons  à  leur  retour  d'Espagne  avoient 
déjà  passé  sans  obstacle  la  Ligurie  &  les 
Alpes,  qu'ils  aient  ensuite  rebroussé  chemin 
8c  parcouru  une  si  grande  étendue  de  pays 
pour  revenir  au  bord  du  Rhône  présenter 
bataille  à  Marius  campé  de  ce  côté  dans  le 
dessein  de  leur  disputer  le  passage  &  les 
empêcher  d'entrer  en  Italie,  ce  qui  étoit 
leur  unique  but } 

Ces  difficultés  s'évanouissent  si ,  par  les 
Alpes  &  la  Ligurie  que  les  Teutons  tra- 
versèrent avant  que  de  joindre  Marius,  on 

'  Plutarque,  in  Mario. 


NoTB 
i3 


II. 


Note 
i3 


34 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


entend  les  Pyrénées  &  le  pays  situé  le  long 
de  la  côte  de  Languedoc,  ce  qu'on  peut 
appuyer  de  l'autorité  des  anciens^  car  1°  le 
pays  situé  le  long  de  la  côte  de  Languedoc  a 
été  connu  autrefois  sous  le  nom  de  Ligurie  , 
ainsi  que  nous  l'avons  prouvé  '  ailleurs.  2°  Il 
n'est  pas  moins  constant  que  divers  auteurs" 
ont  appelé  Alpes  les  Pyrénées.  Les  anciens 
donnoient,  en  effet,  le  nom  d'Alpes  à  toutes 
les  hautes  montagnes  d'Europe,  ainsi  qu'on 
le  voit  dans  Servius'  sur  Virgile  ,  où  cet 
auteur  atteste  que  les  Gaulois  appeloient 
ainsi  les  Pyrénées.  Fortunat'*  donne  indiffé- 
remment le  nom  d'Alpes  aux  Pyrénées  & 
aux  montagnes  d'Auvergne.  L'Astronome  , 
auteur  de  la  Fie  de  Louis  le  Débonnaire  ,  par- 
lant du  passage  de  ce  prince  en  Espagne, 
dit  qu'il  surmonta  les  difficultés  du  passage 
des  Alpes  Pyrénées.  Superato  ^  pêne  difficili 
Pyrenaeorum  transita  Alpium.  Enfin  Louis  le 
Débonnaire  lui-même ,  dans  une  de  ses 
chartes  *,  appelle  Alpes  les  montagnes  des 
Cévennes. 

II.  Il  y  a  une  autre  difficulté  par  rapport 
au  passage  des  Cimbres  &  des  Teutons  à 
leur  retour  d'Espagne.  Plutarque  '  les  fait 
retourner  ensemble  d'au  delà  des  Pyré- 
nées, tandis  que  Tite-Live*  assure  que  ces 
peuples  ne  se  joignirent  que  dans  les  Gaules 


joints  aux  Ambrons  arrivassent  sur  les  bords 
du  Rhône  devant  le  camp  de  Marius,  &  que 
les  derniers  furent  les  seuls  qui  défièrent 
ce  consul  romain.  Un  critique  '  moderne 
prétend,  au  contraire,  que  les  Cimbres  ne 
se  séparèrent  des  Teutons  qu'après  avoir 
tenté  inutilement  ensemble  d'attirer  Marius 
au  combat ,  &  de  le  faire  sortir  des  retran- 
chemens  qu'il  avoit  faits  sur  les  bords  du 
Rhône  j  &  qu'après  cette  tentative  les  Cim- 
bres, s'étant  séparés  des  Teutons,  firent  un 
détour  pour  aller  chercher  un  passage  en 
Italie  par  les  Alpes  du  Norique,  ce  qui  est 
assez  vraisemblable.  En  effet,  ces  peuples 
venant  du  côté  des  Pyrénées  pour  passer  en 
Italie,  dévoient  naturellement  arriver  aux 
bords  du  Rhône.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  pa- 
roît  du  moins  que  s'ils  se  séparèrent  aupa- 
ravant,  leur  séparation  dut  se  faire  entre 
les  Pyrénées  &  le  Rhône,  &  par  consé- 
quent dans  la  partie  de  la  Narbonnoise  qui 
est  en  deçà  de  ce  fleuve. 

IV.  Les  anciens  ne  conviennent  pas  tout  à 
fait  du  lieu  où  les  Cimbres  furent  défaits  en 
Italie  par  Catulus  &  Marius.  Suivant"  Plutar- 
que  ce  fut  dans  la  plaine  de  Verceil.  Florus  ' 
prétend  que  ce  fut  dans  une  campagne  de  la 
Vénétie  appelée  Caudio  ou  CZauc/io.  Velleius 
Paterculus  assure  que  la  bataille  se  donna 
in  Raudis  campis.  La  plupart  des  modernes 


Note 
i3 


après  le  retour  des  premiers  5  ce  qui  pour 
roit  faire  croire  que  les  derniers  ne  passé-      croient,   sur  l'autorité  de  Plutarque  ,   que 
rent  pas  au  delà  de  ces  montagnes,  &  qu'ils       ces  barbares  furent  défaits  aux  environs  de 
i.orig.    demeurèrent  toujours  en  deçà.  Cependant ,       Verceil  en  Piémont.  Sigonius  veut,  au  con- 
.  6i'o.    comme  Tite-Live  ne   nie  pas  que  les  Teu-      traire,  qu'on  lise  Vérone  au  lieu  de  Verceil 
tons  n'aient  passé  en  Espagne,  ils  peuvent      dans  le  texte   de  Plutarque,    &    en  effet  si 
en  être  revenus  dans  le  même  temps  que  les       cette   bataille   se   donna   dans   la  Vénétie  , 
Cimbres  &  s'être  seulement  joints  avec  eux       comme  l'assure  Florus,  ce  ne  peut  être  au- 
■  dans  les  Gaules.  près    de   Verceil    en     Piémont.    Il   paroît 

III.  Plutarque  ajoute  que  les  Cimbres  se      d'ailleurs,     suivant  Plutarque,  qu'elle    se 
séparèrent  des  Teutons  avant  que  ceux-ci      donna  dans  un   endroit  voisin   de  l'Adige , 
,  rivière  très-éloignée  de  Verceil.  Ces  rai- 

sons nous  avoient  fait  croire  que  cette  ac- 
tion s'étoit  passée  aux  environs  de  Vérone, 
dont  la  vaste  campagne  est  très-propre  à 
étendre  la  cavalerie ,  car  Plutarque  nous 
apprend  que  l'armée  romaine  occupoit  une 
plaine  très-étendue.  Cependant,  comme 
nous    n'avons    aucune    preuve    qu'il   y  ait 


'  Voyez  dans  cette  édition,  t.  I,  livrai,  n.  35. 

'  Voyez  Ausone,  épitre  24,  vers  87.  —  Isidore, 
Origines,  1.  14,  c.  8. 

'  Servius,  in  Alneid.  IV,  vers.   1  3. 

^  Fortunatus,!.  6,  carm.  yj  1.  8,  carm.  18;  1.  10, 
carm.  22, 

*  Astron.  t.  2  des  Historiens  de  Duchesne,  p.  293. 
'  Voyez  à  la  fin  de  ce  volume,  aux  Preuves. —  Di- 
plôme de  Louisle  Débonnaire , pour  Aniane ,  ann.  837. 

'  Plutarque,  in  Mario. 

*  T.  Live,  Epitome. 


'  Cellarius,  Dissert,  de  Cimbris,  n.  21. 
'  Plutarque,  in  Mario. 
'  Florus,  1.  3. 


Note 
i3 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


35 


Note 

ADUIT. 


Écï.orig. 

t.V, 
p.  663. 


aucun  lieu  aux  environs  de  Vérone  qui  porte 
le  nom  de  Verceil,  de  Caud'io  ou  de  RauJio, 
nous  croyons  devoir  corriger  ici  ce  que 
nous  avons'  déjà  dit,  &  adopter  le  senti- 
ment des  plus  habiles  modernes,  qui  ne 
doutent  point  que  cette  bataille  ne  se  soit 
donnée  dans  un  lieu  appelé  Raudio  aux  en- 
virons de  Verceil  en  Piémont,  où  les  Cim- 
bres  peuvent  s'être  étendus  après  avoir 
passé  l'Adige. 

[Nous  plaçons ,  à  la  suite  Je  cette  Note  ,  les 
Notes  additionnelles  suivantes  ,  imprimées  par 
dora  Vaissete  dans  le  tome  V  de  Védition  ori- 
ginale.] 

Sur  la  guerre  des  Cimbres  ^. 

M  DE  MandAJORS  dans  son  Histoire  criti- 
•  que  de  la  Gaule  Narbonnoise,  quatrième 
dissertation  sur  la  guerre  des  Cimbres  , 
p.  53l,  après  avoir  dit  que  M.  Aurélius 
Scaurus,  étant  consul  de  Rome  en  646,  fut 
battu  par  l'es  Cimbres,  ajoute  :  «  Velleius 
«  Paterculus  le  qualifie  consul,  &Tite-Live 
«lieutenant  du  consul.  C'est  peut-être  cette 
«  différence  qui  a  donné  lieu  à  de  savans 
«  modernes  '  de  croire  qu'Aurélius  avoit 
«  été  deux  fois  battu  par  les  Cimbres j  du 
«  moins  je  n'ai  pu  démêler  sur  quelle  autre 
«  raison  ils  appuient  leur  sentiment.  »  Il  dé- 
veloppe ensuite  avec  sa  sagacité  ordinaire  les 
raisons  qui  lui  font  croire  que  M.  Aurélius 
Scaurus  ne  perdit  qu'une  bataille  contre  les 
Cimbres. Les  principales  sont  :  i"  queTite- 
Live  ne  parle  que  d'une  bataille  perdue 
par  Aurélius,  qui,  suivant  cet  historien  ,  fut 
tué  par  Bojorix  dont  il  étoit  prisonnier; 
2°  que  Velleius  Paterculus  ne  fait  aussi  men- 
tion que  d'une  seule  bataille  entre  Aurélius 


confondre,  dit-il ,  avec  Aurélius  ,  quoique 
l'un  &  l'autre  portât  le  surnom  de  Scaurus. 
Ainsi  continue  M.  de  Mandajors  :  «  Ceux 
«  qui  font  perdre  deux  batailles  à  Aurélius, 
«  n'ont  pour  eux  que  les  différentes  quali- 
i<  fications  qui  lui  sont  données  par  Velleius 
«  Paterculus  &  par  l'Abrégé  de  Tite-Live  : 
«  or,  ce  fondement  est  trop  léger  pour  un 
i<  fait  de  cette  considération.  Scaurus  a  pu 
<(  marcher  contre  les  Cimbres  pendant  son 
«  consulat,  &  n'être  battu  qu'au  commen- 
"  cément  de  l'année  suivante,  étant  alors 
«  lieutenant  de  son  successeur.  Mais  quand 
('  ce  moyen  de  concilier  Tite-Live  &  Pater- 
"  culus  nous  manqueroit,  il  vaudroit  en- 
c  core  mieux  supposer  que  l'un  ou  l'autre 
«  s'est  mépris,  ou  que  les  copistes  ont  al- 
«  téré  leur  texte,  que  de  multiplier  ainsi 
«  les  batailles.  » 

Ce  fut  en  647,  dit  ensuite  M.  de  Manda- 
jors, «que   Cassius,  consul,   fut   défait  & 

«  tué  dans  le  pays  des  AUobroges Les 

«  Cimbres  &  les  Teutons  revinrent  en  649, 
«  entre  le  Rhône  &  les  Alpes  ,  &  y  battirent 
«  non-seulement  Cépion ,  mais  Mallius , 
«  consul ,  qui  avoit  marché  au  secours  de  la 
«  Province  avec  M.  iEmilius  Scaurus,  son 
«  lieutenant;  &  ce  dernier,  qui  n'avoit  de 
«  commun  avec  Aurélius  que  le  surnom  de 
«  Scaurus ,  fut  tué  par  les  Cimbres ,  avant 
«  que  Mallius  &  Cépion  se  fussent  joints.  » 
Enfin,  il  met  au  bas  de  la  page  les  passages 
de  Dion  &  d'Orose,  qui  lui  servent  de 
preuve. 

Il  est  vrai  que  nous  avons  avancé,  sur 
l'autorité  de  Tite-Live  &  de  Velleius  Pater- 
culus, que  M.  Aurélius  Scaurus  fut  défait 
deux  fois  par  les  Cimbres;  la  première  étant 
consul  en  646  &  la  seconde  en  649 ,  étant 
lieutenant  du  consul  Mallius.  M.  de  Man- 
dajors convient  de  la  première  défaite;  la 
seconde  nous  paroît  évidente  par  le  témoi- 
&  les  Cimbres;  3"  qu'il  n'est  question  qxie  gnage  de  l'Abrégé  de  Tite-Live  :  M.  Aure- 
d'une  bataille  perdue  par  Aurélius  dans  ce  lius  Scaurus,  legatus  consulis^  a  Cimbris  fusa 
que  Quintilien  rapporte  de  la  guerre  de  exercitu  captus  est'.  Ce  témoignage  nous  a 
Marins  ;  4°  enfin,  que   Dion  &  Orose  ne      paru  si  précis   &  si   circonstancié,  que  si 


Note 

ADUIT. 


font  aucune  mention  de  M.  Aurélius,  mais 
seulement  de  M.  iEmilius  ,  qu'il  ne  faut  pas 

'  Voyez  au  tome  I  de  cette  édition,  livre  II,  n"  47. 

'  Voyez  au  tome  I,  n"  ?>i . 

'  Histoire  naturelle  de  Languedoc,  t.  1,  p.  89. 


on  ne  devoit  admettre  avec  M.  de  Maftda- 
jors  qu'une  seule  défaite  de  M.  Aurélius 
Scaurus  par  les  Cimbres,  il  faudroit  la  rap- 
porter au  temps  où  il  étoit   lieutenant  du 

'  T.  Live,  Epiiome  67. 


Note 

ADDIT. 


36 


NOTES-  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.V, 
p.  664. 


consul,  &  non  lorsqu'il  étoit  lui-même  con- 
sul en  646.  En  effet,  Tite-Live  suit  l'ordre 
chronologique,  &  après  avoir  parlé  dans  le 
livre  soixante-cinq  de  la  défaite  du  consul 
M.  Junius  Silanus ,  en  646,  par  les  Cimbres, 
&  de  celle  du  consul  Cassius  par  les  Tigu- 
riens,en  647,  il  parle  dans  le  livre  soixante- 
sept  de  celle  de  M.  Aurélius  Scaurus,  lieute- 
nant du  consul.  Par  conséquent  la  défaite 
de  ce  dernier,  suivaiat  Tite-Live,  est  pos- 
térieure à  l'an  647 ,  &  elle  ne  peut  être 
rapportée  qu'à  l'an  648  ou  à  l'an  649.  Ainsi 
M.  Aurélius  Scaurus  aura  été  lieutenant  du 
consul  dans  la  Gaule  Narbonnoise  ,  l'une  ou 
l'autre  de  ces  deux  années.  Or,  nous  trou- 
vons que  M.  Aurélius  Scaurus  fut  effective- 
ment lieutenant  du  consul  Mallius  dans  la 
Gaule  Narbonnoise  en  649,  &  cela  dans 
l'historien  même  que  M.  de  Mandajors  cite 
pour  son  sentiment.  C'est  Orose'  à  qui  il 
fait  dire  :  M.  jEmilîus  consularis  captus  atque 
interfectus  est,  au  lieu  que  nous  lisons,  au 
contraire,  dans  l'édition  de  i56l  qui  a  été 
suivie  dans  la  nouvelle  collection  des  his- 
toriens de  France  :  M.  Aurélius  consularis 
captus  atque  interfectus  est.  Cette  autorité, 
jointe  à  celle  de  Tite-Live,  ne  nous  permet 
pas  de  douter  qu'Aurélius  Scaurus  n'ait  été 
défait  par  les  Cimbres  en  649  ,  lorsqu'il 
étoit  lieutenant  du  consul  Mallius  dans  la 
Gaule  Narbonnoise.  Quant  à  l'autorité  de 
Dion  cité  par  M.  de  Mandajors,  il  nous 
permettra  de  lui  dire  qu'il  n'y  a  pas  fait 
assez  d'attention-  &  que  s'il  avoit  jeté  les 
yeux  sur  le  texte  grec ,  il  n'y  auroit  lu  ni 
Aurélius,  ni  iEmilius,  mais  Scaurus  tout  sim- 
plement xal  i^exà  6r,vaTov  2y>.a6pou  xov  Scpoui- 
Xtov  [ji,£T£7:£[ji,ç}^aT0  %  &  c'est  le  traducteur  quia 
ajouté  de  lui-même  le  mot  ^milius  sans 
aucun  fondement.  N'y  ayant  donc  aucune 
preuve  que  M.  iEmilius  Scaurus  ait  été 
lieuteiaant  du  consul  dans  la  Narbonnoise 
en  649,  &  tous  les  anciens  historiens  étant 
d'accord  que  M.  Aurélius  Scaurus,  qui  étoit 
alors  lieutenant  du  consul  Mallius  dans 
cette  province,  fut  battu  &  fait  prisonnier 
par  les  Cimbres,  toute  la  critique  de  M.  de 
Mandajors  tombe  entièrement. 

•T.  Live,  1.  5,  c.  i5. 

•  Adrien  de.Valols,  Excerpt  exD'ione,  p.  63o  &seq. 


Pour  ce  qui  est  de  la  première  défaite 
d'Aurélius  Scaurus  par  les  Cimbres  durant 
son  consulat,  l'an  646  de  Rome,  nous  nous 
sommes  fondés,  avec  le  savant  Pighius  "  sur 
l'autorité  de  Tacite  &  de  Velleius  Pater- 
culus  :  IVL.  Scaurum  constat  (hoc  anno)  Gal- 
liam  obtinuisse  Barbonensem  (dit  Pighius 
sous  l'an  646  de  Rome,  suivant  le  calcul 
des  Fastes  capitolins),  nec  non  expeditionem 
contra  Cimbros  infeliciter  suscepisse.  Tacitus 
enim  in  libello  de  Moribus  Germanorum  hune 
Scaurum  Aurelium  inter  alios  quinque.  consu- 
larium  exercituum  Romanos  duces,  a  Germa- 
nts bello  Cimbrico  devictos  recenset,  cujus 
postmodum  adducam  verba.  De  eodem  Vel- 
leius Paterculus  historiarum  secundo  de  Cim- 
brorum  eruptione  scribens  inter  alia  memoriae 
prodidit ,  hos  etiam  in  Galliis ,  antequam  ad 
Alpes  pervenirent,  post  Carbonem  Silanumque 
fus  os ,  fugatos  &■  exercitibus  exutos  Scaurum 
Aurelium  Cos.  &  alios  celleberrimi  nominis  viros 
trucidasse.  Non  tamen  consul  in  isto  Velleii  loco 
scribendus  est  Aurélius  Scaurus  :  adversatur 
enim  capitolinum  fragmentum  nec  monstrat  in 
magistratu  occisum  fuisse,  sicut  in  fastorum 
tabulis  annotari  semper  solet.  Cujus  item  sen- 
tentiae  videntur  esse  Livius  &  alii  :  qui  istum 
post  hanc  cladem  acceptam  anno  tertio,  P. 
Rutilio,  Cn.Manlio  Coss.  consularem  legatum 
in  exercitu  Romano  fuisse  volunt,  eoque  a  Cim- 
brisfuso,  captum ,  &  deinde  occisum,  sicut 
suo  loco  demonstrabitur.  Les  PP.  Catrou  & 
Rouillé',  dans  leur  Histoire  romaine,  met- 
tent aussi  deux  défaites  d'Aurélius  Scaurus 
par  les  Cimbres,  l'une  l'année  de.son  con- 
sulat, &  l'autre  en  648  ,  suivant  le  calcul  des 
Fastes  capitolins,  ou  en  649  de  Rome,  selon 
le  calcul  de  Varron,  lorsqu'il  étoit  lieutenant 
général  du  consul  Mallius  dans  la  Gaule 
Narbonnoise.  Que  si,  après  tout,  on  veut 
qu'Aurélius  n'ait  été  défait  qu'une  fois  par 
ces  barbares ,  il  faudra  dire  que  c'étoit  en 
649  de  Rome,  lorsqu'il  étoit  lieutenant  du 
consul  Mallius  dans  la  Narbonnoise ,  &  il 
faudra  alors  corriger  le  texte  de  Velleius 
Paterculus,  &  lire  Scaurumque  Aurelium 
consularem,  au  lieu  de  Scaurumque  Aurelium 
consulem. 

'  Pighius,  ^/inaZ.  Romanor.  t.  3,  p.  lîpi 
'  Histoire  romaine,  t.  14,  p.  70  &  i85. 


Note 

ADDIT. 


Note 

ADDIT. 

Éd.  orig. 

t.V, 
p.  664. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


37 


Sur  la  défaite  des  Teutons  par 
Marius  ', 


Non 

ADOIT. 


M    DE  Mandajors  développe,  dans  son 
•  Histoire  critique  de  la  Gaule    Nar bon- 
noise  ",  les  circonstances  de  l'irruption  que 
les  Cinibres  &  les  Teutons  firent  dans  cette 
Province.  Il  di  ,  «  que  les  premiers,  à  leur 
«  retour  d'Espagne,   s'étant  joints  aux  Teu- 
«  tons,  formèrent  le  projet  d'entrer  en  Italie 
'(  par  deux  côtés  différens^  que  s'étant  sé- 
«  parés  pour  la  seconde   fois ,   les  Cimbres 
«  marchèrent  lentement  vers  les  Alpes  ^rec- 
«  ques ,  &  que  les  Teutons  étoient  encore 
«  vers  le  Var,  à  la  veille  de  tenter  le  passage 
«  des  Alpes,  lorsque  Marius,   qui  étoit  au 
«delà   de  ces  montagnes,  apprit  qu'ils  se 
«  disposoient  à  marcher  en  Italie^  qu'alors 
«  il  passa  lui-même  très-promptement  les  Al- 
«  pes  pourvenir  dans  la  Narbonnoisej  qu'il 
«  prit  d'abord  le  parti,   non  pas  de  cher- 
«  cher  les  Teutons,  mais   de  se  retrancher 
a  &    d'observer    leurs     mouvemens  ,     afin 
«  d'accoutumer  les  soldats  à  leurs  figures  &  à 
«  leurs  tailles  extraordinaires,  avant  de  les  at- 
«  taquer;  qu'il  se  campa  pour  cela  entre  la 
«  mer  &  le  Rhône,  &  fit  creuser  par  ses 
«  soldats  le  canal  qui  a   retenu  le  nom   de 
«  Fossa  Mariana;  que  les  Teutons    &  les 
«Ambrons,   qui  étoient  alors  arrêtés  au- 
«  près  des  Alpes,  jugèrent  qu'il  seroit  dan- 
«  gereux  pour   eux   de  s'engager  dans   les 
'<  montagnes    en    laissant  Marius    dans   la 
«  Narbonnoise;  &  que,  pour  ne  pas  risquer 
«  de  l'avoir  à  leurs  trousses ,  ils  marchèrent 
«  à  lui  par  la  Ligurie  &  le  long  de  la  mer; 
«  que  s'étant  campés  devant  son  retranche- 
«  ment,  ils  ne  cessèrent  pendant  plusieurs 
;(  jours  de  provoquer  les  Romains  au  com- 
«  bat;   qu'après  plusieurs  tentatives  inuti- 
<  les ,   ils  se  retirèrent  &  marchèrent  vers 
«  l'Italie  ,  dont  les  Cimbres  ne  dévoient  pas 
«  alors  être  éloignés;   &  qu'enfin  Marius, 
w  étant  sorti   de  son  camp  ,  suivit  les  Teu- 
«  tons,  &  remporta  sur  eux  deux  victoires 
«  signalées  entre  la  ville  d'Aix  &  les  Alpes.  » 
Tel  est  le  système  de  ce  critique,  entière- 
ment opposé  au  nôtre,  qui  suppose  que  les 

'  Voyez  au  tome  I,  livre  II,  n"  42  &  suiv. 
'  Pages  I  10  &  suiv.  53 1  &  suiv. 


Cimbres  &  les  Teutons  n'avoient  pas  en- 
core passé  le  Rhône,  lorsque  Marius,  étant 
arrivé  sur  les  bords  de  ce  fleuve,  se  retran- 
cha vers  son  embouchure  ,  pour  tenter  de 
tomber  sur  ces  barbares  après  leur  pas- 
sage,&  pour  les  harceler  dans  leur  marche. 
M.  de  Mandajors  ajoute  que  M.  Dacier, 
dans  sa  traduction  de  Plutarque,  suppose, 
comme  lui ,  que  les  Cimbres  &  les  Teutons 
avoient  déjà  passé  le  Rhône,  quand  Marius 
entra  dans  la  Narbonnoise. 

Nous  observerons  d'abord  qu'aucun  des 
anciens  historiens  qui  ont  parlé  de  la  guerre 
des  Romains  contre  les  Cimbres  &  les  Teu- 
tons dans  la  Gaule  Narbonnoise  ne  nous 
apprend  si  ces  barbares,  dont  les  premiers, 
après  avoir  ravagé  l'Espagne ,  s'étoient  re- 
joints aux  autres  dans  les  Gaules,  avoient 
passé  le  Rhône  pour  entrer  en  Italie ,  lors- 
que Marius  vint  se  retrancher  vers  l'em- 
bouchure de  ce  fleuve,  pour  examiner  leurs 
démarches,  &  profiter  de  la  première  occa-  Éd. orig 
sion  qu'il  rencontreroit  pour  les  combattre  p|'665. 
avec  avantage  :  ainsi  ce  n'est  que  par  con- 
jecture queM.  de  Mandajors  avance  que  les 
Cimbres,  s'étant  séparés  des  Teutons,  mar- 
choient  vers  les  Alpes  grecques ,  &  que  led 
derniers  s'étoient  arrêtés  vers  le  Var  &  par 
conséquent  à  la  descente  des  Alpes,  lorsque 
Marius  passa  ces  montagnes  &  vint  se  cam- 
per à  l'embouchure  du  Rhône.  Nous  croyons 
au  contraire  que  Marius,  ayant  appris  le  des- 
sein que  ces  barbares  avoient  formé  d'entrer 
en  Italie,  passa  les  Alpes  &  vint  se  retran- 
cher à  l'embouchure  du  Rhône ,  avant  leur 
séparation,  pour  épier  leurs  démarches; 
que  les  Cimbres  &  les  Teutons,  après 
avoir  passé  ensemble  ce  fleuve,  se  séparè- 
rent; que  les  Cimbres  prirent  la  route  des 
Alpes  grecques,  &  que  les  Teutons  &  les 
Ambrons,  ayant  descendu  à  la  gauche  du 
Rhône  pour  traverser  la  Provence  &  en- 
trer en  Italie  du  côté  du  Var,  passèrent  sous 
les  retranche-  ens  de  Marius  &  tentèrent 
d'attirer  les  Romains  au  combat.  Nous  lais- 
sons aux  militaires  à  décider  si  notre  sys- 
tème n'est  pas  plus  naturel  &  plus  vraisem- 
blable. Il  est  marqué  ,  en  effet,  dans  Plutar- 
que', que  Marius,  aussitôt  qu'il  eut  appris  le 
dessein  des  barbares ,  passa  promptement  les 

'  Plutarque,  in  Mario, 


Note 

ADDIT. 


38 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Alpes,  &  vint  se  camper  sur  les  bords  du  Khône 
vers  son  embouchure  dans  la  mer.  Marius  ne 
peut  avoir  fait  ce  chemin  sans  traverser  la 
Provence.  Or,  si  les  Teutons  eussent  été 
alors  vers  le  Var  ^  comme  le  prétend  M.  de 
Mandajors,  Marius  n'auroit-il  pas  agi  plus 
prudemment  de  les  attendre  dans  les  gorges 
des  montagnes  pour  leur  en  disputer  le 
passage,  que  d'aller  se  poster  à  cinquante 
lieues  au  delà  de  leur  camp,  ce  qu'il  ne  peut 
avoir  fait  sans  les  rencontrer.  Or ,  si  les 
Teutons  entreprirent  de  l'attaquer  lorsqu'il 
étoit  retranché  de  toutes  parts  ,  ne  l'au- 
roient-ils  pas  inquiété  au  débouché  des 
gorges  du  Piémont  &  du  comté  de  Nice,  par 
où  il  doit  avoir  passé ,  &  ne  l'auroient-ils 
pas  harcelé  dans  sa  marche  ?  M.  de  Manda- 
jors convient  que  Marius,  avant  que  d'at- 
taquer les  barbares,  vouloit  accoutumer  ses 
troupes  à  leurs  figures  &  à  leurs  tailles  ex- 
traordinaires. Etoit-il  à  portée  de  le  faire  , 
tandis  qu'il  étoit  sur  les  bords  du  Rhône , 
&  que  les  Teutons  étoient  vers  le  Var  à  cin- 
quante lieues  de  distance;  &  ces  barbares 
n'auroient-ils  pas  eu  le  temps  &  la  liberté 
de  passer  les  Alpes  sans  être  inquiétés , 
tandis  que  Marius  occupoit  ses  soldats  à 
creuser  des  fossés  &  à  élever  des  retranche- 
mens  ?  Quelle  nécessité  pour  eux  de  rebrous- 
ser chemin  pour  venir  inquiéter  Marius 
dans  son  camp ,  &  s'exposer  à  être  repoussés 
sur  les  bords  du  Rhône ,  ayant  les  gorges 
des  montagnes  libres  devant  eux,  &  n'ayant 
d'autre  dessein  que  de  passer  en  Italie  sans 
obstacle  ? 

Il  est  vrai  que  Plutarque'  rapporte,  quel- 
ques lignes  plus  bas,  «  que  les  Cimbres 
«  s'étant  séparés  des  Teutons  ,  ces  derniers 
«  marchèrent  par  la  Ligurie  le  long  de  la 
«  mer,  pour  aller  attaquer  Marius  dans  son 
«  camp.  »  Dans  le  système  de  M.  de  Man- 
dajors, la  séparation  des  Cimbres  &  des 
Teutons  ne  dut  se  faire  que  vers  le  Var, 
puisque  ces  derniers  marchèrent  aussitôt 
par  la  Ligurie  le  long  de  la  mer  pour  aller 
attaquer  Marius  sur  le  bord  du  Rhône.  Or, 
quel  besoin  auroient-ils  eu  de  se  séparer, 
puisqu'il  leur  étoit  libre  de  passer  ensemble 
en  Italie?  Cet  endroit  de  Plutarque  est 
cause  que  M.  de  Mandajors  suppose  que  les 

'  Plutarque,  tn  Mario, 


Teutons  &.  les  Ambrons  étant  arrivés  vers 
le  Var  rebroussèrent  chemin  &  revinrent 
sur  leurs  pas  le  long  des  côtes  de  la  Pro- 
vence,  pour  attaquer  Marius  qui  s'étoit 
déjà  retranché  à  l'embouchure  du  Rhône  à 
l'arrivée  des  Teutons  vers  le  Var.  Nous 
croyons  donc  ou  que  le  texte  de  Plutarque 
est  corrompu  en  ceteiidroit,  ou  que  cet 
historien  s'est  trompé,  ou  enfin  qu'il  en- 
tend par  la  Ligurie  la  côte  de  Languedoc, 
comme  nous  l'avons  conjecturé  ',  à  moins 
qu'on  n'aime  mieux  adopter  l'explication 
d'un  critique  moderne  %  qui  prétend  qu'on 
doit  traduire  le  passage  de  Plutarque  de  la 
manière  suivante  :  Les  barbares  marchèrent 
contre  Marius  qui  s'étoit  retranché  dans  la 
Ligurie  au  voisinage  de  la  mer,  en  supposant 
que  5'.a  Atvûwv  veut  dire  dans  le  pays  des  Ligu- 
riens. 


NOTE  XIV 


Note 

ADDIT. 


Note 
'4 


Sur   Lollius  6»  ManilluSf  gouverneurs   Éd 
de  la  Narhonnoise. 


ong. 
t.  I, 
p.  6io. 


SUIVANT  Plutarque'  Lollius  partit  des 
environs  de  Narbonne  pour  aller  en 
Espagne  au  secours  de  Métellus  contre  Ser- 
torius.  Orose  rapporte'*  d'un  autre  côté ,  que 
Manilius  étant  proconsul  de  la  Narhon- 
noise, se  mit  à  la  tète  de  trois  légions  &  de 
quinze  cents  chevaux  pour  marcher  au  se- 
cours du  même  Métellus  &  qu'il  fut  battu 
par  Herculeius  ,  lieutenant  de  Sertorius.  Il 
est  dit  enfin,  dans  VEpitome  de  Tite-Live  % 
que  le  proconsul  L.  Manlius  fut  défait  en 
Espagne  par  le  questeur  Herculeius  ;  ce  qui 
a  donné  lieu  à  Sigonius^  de  ne  faire  qu'une 
même  personne  du  Lollius  de  Plutarque, 
du  Manilius  d'Orose  &  du  L.  Manlius  de 
Tite-Live ,  prétendant  que  le  texte  de  Plu- 
tarque doit  être  corrigé,  &  qu'on  y  doit  lire 

•  Note  XIII. 

'  Eclaircissemens  historiques  sur  les  origines    celti~ 
ques  &  gauloises,  p.    124. 

'  Plutarque,  in  Sertorio,  p.  574. 

^  Orose,  1.  5,  c.  23. 

'  T.  Live  ,  Epitome    90. 

®  Sigonius,  in  Epit.  T.  Livji,  90. 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


39 


Note 
i5 


L.  Nlanîlîum  au  lieu  de  LoUium^  en  quoi  il 
paroît  avoir  été  suivi  par  Pighius  '. 

Pour  nous,  nous  avons  cru  qu'il  n'étoit 
nullement  nécessaire  de  confondre  Lollius 
avec  Manilius ,  &  d'en  faire  sans  nécessité 
une  seule  &  même  personne.  11  nous  suffit, 
pour  les  distinguer,  que  ces  deux  Romains 
aient  pu  se  succéder  dans  le  gouvernement 
de  la  Narbonnoise,  &  amener  successive- 
ment du  secours  à  Métellus.  En  effet,  celui- 
ci  servit  assez  longtemps  en  Espagne  pour 
cela,  puisqu'il  y  fut  envoyé'  l'an  678  ou 
674  de  Rome,  &  qu'il  y  commanda  contre 
Sertorius  jusqu'à  l'an  677  ou  678  que  Pom- 
pée alla  le  joindre.  Il  peut  donc  y  avoir  eu 
divers  gouverneurs  de  la  province  des  Gau- 
les ou  de  la  Narbonnoise  qui  lui  aient 
donné  du  secours  en  différentes  années. 
C'est  ce  qui  nous  a  fait  prendre  le  parti  de 
distinguer  LoUius  de  Manilius,  sans  croire 
qu'il  soit  nécessaire  de  corriger  le  texte  de 
Plutarque.  Pour  ce  qui  est  du  L.  Manlius 
don  t  il  est  parlé  dans  l'Epitome  de  Tite-Live, 
il  est  évident  que  c'est  le  même  que  le 
Manilius  d'Orose  '. 


NOTE  XV 

Expéditions  de  Pompée  dans  la  Pro- 
vince romaine  ou  Gaule  Narbon- 
noise. Restitution  d'un  passage  de 
Cicéron. 

I.jL  est  certain  que  lorsque  Pompée  passa 
-.  dans  la  Province  romaine  des  Gaules  , 
pour  aller  en  Espagne  au  secours  de  Métel- 
lus, ce  fut  en  conquérant ,  &  qu'il  y  soumit 
les  peuples  qui  s'étoient  révoltés.  Nous  en 

'  Pighius,  t.  3,  p.  281  &  282. 

*  Voyez  Freinshemius,  adlib.  89  T.  Livii,  n.  7. 

'  Voyez,  au  sujet  de  cette  A^ore,  la  rectification  que 
D.  Vaissete  avait  insérée  au  tomeV  de  l'édition  ori- 
ginale &  que  nous  avons  placée  au  livre  II,  n,  5i. 
Il  résulte  de  cette  rectification  que  L.  Manilius  Ne- 
pos  ne  fut  que  proconsul  d'une  province  d'Espagne, 
&  que  ce  Manilius  est  le  même  que  L.  Manlius  , 
qu'Herculeius  battit  avant  le  passage  de  Lollius  en 
Espagne.    (E.  M.] 


Note 
i5 


avons  une  preuve  dans  la  lettre  que  ce  géné- 
ral écrivit'  au  Sénat  pour  lui  rendre  compte 
de  ses  expéditions;  car  outre  les  difficultés 
qu'il  dit  avoir  surmontées  dans  les  passages 
des  Alpes  gardées  par  les  troupes  sertorien- 
nes  ,  il  ajoute  qu'il  avoit  soumis  la  Gaule  & 
les  Pyrénées.  Recepi  Galliam  Pyrenaeum,&c. 
A  son  témoignage  nous  pouvons  joindre 
celui  de  Cicéron*  qui  fait  l'éloge  de  ce  ca- 
pitaine &  qui  assure  que  la  Gaule  avoit  été 
témoin  de  sa  valeur,  lorsque  voulant  passer 
en  Espagne  ,  il  s'étoit  fait  jour  à  travers 
cette  province  en  faisant  périr  tous  les 
Gaulois  qui  avoient  voulu  s'opposer  à  son 
passage  :  Testis  est  Gallîa,  per  quam  legionî- 
bus  nostrïs  in  Hispaniam  iter  Gallorum  inter- 
necione  patefactum  cj^  Nous  savons,  d'ail- 
leurs, que  dans  la  fameuse  inscription^  que 
Pompée  fit  graver  sur  les  trophées  qu'il 
éleva  au  sommet  des  Pyrénées  à  son  retour 
d'Espagne,  après  avoir  heureusement  ter-  Éd.orig. 
miné  la  guerre  de  Sertorius,  il  est  marqué  p. 611. 
qu'il  avoit  conquis  huit  cent  soixante-seize 
villes  depuis  les  Alpes  jusques  dans  l'Es- 
pagne ultérieure  ;  par  conséquent  la  Gaule 
Narbonnoise,  située  entre  les  Alpes  &  les 
Pyrénées,  devoit  faire  partie  de  ces  con- 
quêtes. 

II.  Soutenus  de  ces  autorités,  nous  ne  fai- 
sons aucune  difficulté  de  rapporter  au  temps 
de  ce  passage  de  Pompée  par  la  Province  le 
décret  qu'il  fit,  &  dont  Cicéron  parle  dans 
son  oraison  pro  Fonteîo  :  décret  par  lequel 
ce  général  confisqua  en  faveur  des  Mar- 
seillois  une  partie  des  terres  de  plusieurs 
peuples  de  la  Province  :  Modo  ab  Senatu 
agrîs  urbibasqas  mulctati  sunt ,  dit  Cicé-  • 
ron  ^  en  parlant  de  ces  peuples.  Et  plus  bas  : 
Qui  ex  agris,  Cn.  Pompeii  décréta,  decedere 
sunt  coacti. 

III.  Il  est  vrai  que  la  plupart  des  nou- 
veaux éditeurs  de  Cicéron  lisent  dans  le 
texte  de  cet  orateur  :  Fonteii  decreto  dece- 
dere sunt  coacti^  au  lieu  de  Pompeii,  ne 
pouvant  comprendre  que  Pompée  ait  jamais 
eu  aucune  autorité  dans  la  Province  ro- 
maine pour  y  faire  un  pareil  décret  :  mais 


'  Ep'ist.  Pomp.  apud  Sallust.  p.  1  i5 
'  Cicéron,  pro  Lege  Maniha. 
^  Voyez  Marca  Hispanica,  p.  49  &.  seq, 
*  Cicéron,  pro  Fonteio. 


Note 
i5 


40 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


outre  qu'ils  sont  démentis  '  par  tous  les  ma- 
nuscrits &  les  anciennes  éditions  où  on  lit 
Pompeîi  au  lieu  de  Fonteii ,  il  est  constant , 
par  les  autorités  que  nous  avons  déjà  rap- 
portées, que  Pompée,  avant  que  de  péné- 
trer en  Espagne,  fut  obligé  de  se  faire  jour 
par  les  victoires  qu'il  remporta  sur  les 
Gaulois.  D'ailleurs,  ce  général  ne  manquoit 
pas  de  pouvoir  dans  la  Province  romaine , 
lorsqu'il  y  passa  pour  aller  en  Espagne  , 
puisqu'il  avoit  alors  toute  l'autorité  consu- 
laire, quoiqu'il  ne  fût  encore  revêtu  que  de 
la  dignité  de  questeur  ,  ainsi  que  l'assure  ' 
Tite-Live  :  Cn.  Pompeîus,  cum  adhuc  quaes- 
tor  esset,  cum  împerio  consularî  adversus 
Sertorium  missus  est. 

C'est  donc  Pompée  qui  dépouilla  par  un 
décret  solennel  les  Volces  Arécomiques  & 
les  Helviens  d'une  partie  de  leurs  terres ,  & 
Fonteius  n'en  fut  que  l'exécuteur  en  qualité 
de  gouverneur  de  la  Province.  Cicéron  nous 
l'apprend  dans  son  Oraison  pour  ce  dernier, 
dans  laquelle  il  dit  que  Fonteius  obligea  les 
Gaulois  de  la  Province  à  abandonner  les 
terres  qui  leur  avoient  été  ôtées  j  ce  qui 
montre  que  le  décret  de  cette  confiscation 
yenoit  d'une  autre  autorité  que  de  la  sienne  : 
Eos  '  ex  ils  agris  quibus  erant  mulctati  dece- 
dere  coegît.  César  confirme  que  ce  fut  Pom- 
pée qui  rendit  ce  décret  lorsque  parlant '' 
des  Marseillois,  qui  pendant  la  guerre  civile 
ne  vouloient  se  déclarer  ni  contre  lui  ni 
contre  Pompée ,  il  leur  fait  dire  :  Principes  ' 
vero  esse  earum  partium  Cn.  Pompeium  &  C. 
Caesarem patronos  civitatis,  quorum  aller  agros 
Volcarum  Arecomicorum  &  Helviorum  publiée 
eis  concesserit  :  aller,  &c.  Il  paroît,  par  tout 
ce  que  nous  venons  de  dire,  que  Pompée 
eut  assez  d'autorité  dans  la  Province  pour 
punir  les  rebelles  &  confisquer  sur  eux  une 
partie  de  leurs  terres ,  lorsqu'il  traversa 
la  Province  pour  aller  en  Espagne  contre 
Sertorius. 


'  Voyez  Cicéron ,  pro  Fonte'io,  edit.  ad  us.  Del- 
phini,  t.  I,  Orat.  p.  480,  &  edit.  Graevii,  t.  2,  Orat. 
p.  434. 

*  T.  Live,  Epitome    91. 

'  Cicéron,  pro  Fontelo. 

"  Voyez  Note  XI. 

'  César,  1.   i^  de  Bello  civiU. 


[Nous  plaçons,  à  la  suiie  de  la  Note  XV,  la 
Note  additionnelle  suivante  que  D.  Vaisseie  a 
insérée  au  tome  V de  son  édition  :  elle  rectifie 
aussi  quelques  faits  relatifs  à  la  Note  XVI  qui 
■suit.^ 

ON  doit  '  fixer  à  l'an  677  de  Rome  le  pas- 
sage de  Pompée  dans  la  Narbonnoise 
pour  aller  en  Espagne  faire  la  guerre  à  Ser- 
torius, suivant  M.  deMandajors,  qui  ajoute 
que  Fonteius  ne  pouvoit  être  alors  dans  la 
Narbonnoise.  La  preuve  qu'il  en  donne  est 
que  Cicéron  "  dit  que  le  gouvernement  de 
Fonteius  n'avoit  duré  que  trois  années,  & 
que  Pompée  avoit  déjà  fait  trois  campagnes 
en  Espagne  lorsque,  sur  la  fin  de  l'an  680,  il 
vint  passer  l'hiver  dans  la  Province  romaine 
ou  Gaule  Narbonnoise  ,  où  Fonteius ,  qui 
en  étoit  actuellement  gouverneur,  le  reçut. 
Or,  dit  ce  critique ,  puisque  l'an  680  étoit  la 
troisième  année  depuis  le  départ  de  Pompée 
pour  l'Espagne,  il  devoit  y  être  entré  avant 
le  l'^i'de  janvier678,&puisque Fonteius, qui 
ne  fut  que  trois  ans  dans  la  Narbonnoise , 
y  commandoit  encore  pendant  l'hiver  de 
l'an  680  à  681,  il  s'ensuit  qu'il  n'étoit  ar- 
rivé tout  au  plus  tôt  dans  cette  province , 
qu'au  commencement  de  l'an  678,  c'est-à- 
dire,  après  le  départ  de  Pompée  pour  l'Es- 
pagne. 

M.  deMandajors  nie  que  Fonteius  ait  été 
en  680  lieutenant  du  proconsul  C.  Aurélius 
Cotta,  que  nous  avons  dit  avoir  été  gouver- 
neur de  la  Narbonnoise  cette  année,  sur 
l'autorité  de  Pighius.  Il  soutient  que,  dans 
l'Oraison  de  Cicéron  pour  Fonteius  ,  il  faut 
lire  ex  Fonteii  decreto  au  lieu  de  ex  Pompeii 
decrelo ,  comme  il  y  a  dans  les  anciennes 
éditions  &  dans  les  manuscrits.  Il  prouve 
que  les  peuples  de  la  Province,  qui  avoient 
été  dépouillés  d'une  partie  de  leurs  terres  , 
l'avoient  été  par  un  décret  du  Sénat ,  que 
Fonteius  fit  exécuter.  Enfin  il  conjecture 
que  ces  peuples  étoient  les  Ruteni  situés  aux 
environs  des  Volces. 

Nous  convenons  avec  M.  de  Mandajors, 
que  Fonteius  fut  pendant  trois  ans  consé- 
cutifs gouverneur  de   la  Province  romaine 

'  Histoire  critique  delà.  Gaule  Narbonnoise,  p.  642 
&  suiv. 

*  Cicéron,  jjro  Fonteio. 


Éd.oria 

t.V,° 

p.  665. 


Éd.orig. 

t.v, 

p.  666. 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


4ï 


ou  Narbonnoîse;   que    Pompée    avoit   fait      du  Sénat,  qui  avoit  ordonné  la  confiscation 
trois  campagnes  en  Espagne  contre  Serto-      d'une   partie  des   terres   possédées  par  les 


Note 

ADOIT. 


rius  ,  lorsqu'il  se  retira  à  la  fin  de  l'an  680, 
dans  la  Narbonnoise;  que  Fonteius  gouver- 
noit  alors  cette  province ,  &  qu'il  y  avoit  la 
principale  autorité;  &  que  le  proconsulat  de 
L.  Aurélius  Cotta ,  dont  nous  avions  cru 
que  Fonteius  avoit  été  lieutenant  dans  cette 
province  en  680,  n'est  pas  fondé  :  ainsi,  il 
faut  corriger  sur  ces  faits  constans  ce  que 
nous  avons  dit  de  contraire.  Mais  rien 
n'empêche  que  Fonteius  n'ait  été  gouver- 
neur de  la  Province,  lorsque  Pompée  y 
passa  pour  aller  servir  en  Espagne  contre 
Sertorius.  En  effet,  Pompée  peut  n'avoir 
passé  dans  la  Narbonnoise  , qu'au  printemps 
de  l'an  678,  &  de  l'aveu  de  M.  de  Manda- 
jors,  Fonteius  gouvernoit  alors  la  Province. 
Il  suffit  pour  cela  que  Pompée  ait  fait  trois 
campagnes  en  Espagne  à  la  fin  de  l'an  680  , 
lorsqu'il  alla  passer  l'hiver  dans  la  Province, 
&  qu'il  écrivit  au  Sénat  la  lettre  qui  nous 
a  été  conservée.  Quant  aux  terres  dont  quel- 
ques peuples  de  la  Province  avoient  été 
dépouillés  par  le  Sénat  dont  Fonteius  fit 
exécuter  le  décret,  rien  n'empêche  aussi 
que  Pompée ,  en  passant  dans  la  Province 
pour  aller  en  Espagne,  avec  l'autorité  con- 
sulaire, n'ait  donné  des  ordres  pour  le  faire 
exécuter  de  son  côté  conjointement  avec 
Fonteius.  Ainsi  on  peut  retenir  la  leçon  : 
Pompeii  décréta'  decedere  sunt  coacti ,  qui 
paroît,  d'ailleurs,  assez  indifférente,  puis- 
que M.  de  Mandajors  a  prouvé  que  les 
peuples  avoient  été  dépouillés  de  ces  terres 
par  l'autorité  du  Sénat;  &  comme  ce  ne  fut 
ni  par  un  décret  de  Pompée,  ni  par  un 
'^•:ret  de  Fonteius,  qu'ils  en  furent  dé- 
pouillés, ils  peuvent  avoir  concouru  l'un 
&  l'autre  pour  faire  exécuter  celui  du  Sé- 
nat. Quant  à  la  conjecture  proposée  par 
M.  de  Mandajors  touchant  les  Ruteni,  qu'il 
croit  être  les  peuples  de  la  Province  qui 
furent  dépouillés  d'une  partie  de  leurs  ter- 
res, nous  pourrions  l'adopter,  si  nous  ne 
savions,  d'ailleurs,  que  les  Volces  Aréco- 
miques  &  les  Helviens  furent  dépouillés 
d'une  partie  de  leurs  terres,  dont  Pompée 
disposa  en  faveur  des  Marseillois  ;  ce  que  ce 
général  peut  avoir  fait  lorsqu'il  passa  dans  la 
Province  pour  aller  en  Espagne,  en  faisant 
exécuter  de  concert  avec  Fonteius  le  décret 


peuples  qui  s'étoient  élevés  contre  Fonteius. 
Nous  trouvons,  d'ailleurs  ,  les  Volces  '  parmi 
les  peuples  de  la  Province  qui  furent  les 
accusateurs  de  Fonteius ,  &  qui  furent  ses 
principaux  adversaires.  Enfin,  cette  confis- 
cation étoit  récente,  l'an  684  de  Rome,  dans 
le  temps  que  Cicéron  prit  la  défense  de 
Fonteius  :  Provinciae  '  Galliae  M.  Fonteius 
praefuît,  quae  constat  ex  ils  generibus  hominum 
&  cîvitatum ,  qui  {ut  vetera  mittavi),  partim 
nostra  memoria  bella  cum  populo  Romano 
acerba  ac  diuturna  gesserunt ,  partim  modo 
ab  nostrîs  împeratoribus  subactî ,  modo  bello 

domîtl modo  ab  senatu   agrîs   urbîbusque 

mulctati  sunt  ^  &c. 


NOTE  XVI 

Epoque    du    commencement    6»    de  la  Éd 


Note 
16 

fin  de  la  guerre   de  Sertorius  6-  du    p.'ôii. 
gouvernement  de  Fonteius  dans    la 
Province. 

>^N  ne  peut  bien  fixer  les  trois  années 


de  la  préture  ou  du  gouvernement  de 
Fonteius  dans  la  Province  romaine,  dont 
parle  Cicéron  %  qu'en  fixant  en  même 
temps  l'époque  du  commencement  &  de  la 
fin  de  la  guerre  de  Sertorius.  Ce  fut  à  la  fin 
du  consulat  Me  Cornélius  Scipion  &  de  Nor- 
banus  Flaccus,  &  après  que  Sylla  eut  dé- 
bauché l'armée  du  premier  ,  que  Sertorius  , 
du  consentement  de  Sylla  ,  se  retira  libre- 
ment de  Rome  pour  aller  prendre  le  gouver- 
nement de  l'Espagne  qui  lui  étoit  échu  ,  ce 
qui  tombe  sous  l'an  671  de  Rome,  suivant  le 
calcul  de  Varron  que  nous  suivons  toujours. 
Sertorius  demeura  tranquille  dans  ce  pays  , 
&  ilnepritpubliquement  lesarmes  qu'après 
avoir  appris  que  Sylla  maître  de  Rome  l'avoit 


'  Cicéron ,  pro  Fonte'io. 
'  Cicéron,  pro  Fonteio. 
'  Cicèïon,  pro  Fonteio. 

''  T.  Live,  Ep'iîome    8.  —  Voyez  Freinshemius,  ad 
hune  lib.  n.   18. 


Note 
i6 


42 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


compris  dans  le  nombre  des  proscrits  '.  Or  , 
cette  proscription  n'arriva  que  sur  la  fin  de 
l'an  672  de  Rome  sous  le  consulat  de  Papi- 
rius  Carbo  '  &  de  C.  Marcius.  Ainsi,  on  doit 
compter  le  commencement  de  la  guerre  de 
Sertorius  en  Espagne  depuis  la  fin  de  cette 


c'étoif  C.  Aurélius  Cotta  qui  la  gouver- 
noit  alors  avec  l'autorité  de  proconsul  j  ce 
fut  donc  au  commencement  de  l'an  681  que 
Fonteius  reçut  Pompée  dans  la  Province, 
&  par  conséquent  cette  année  fut  la  troi- 
sième de  son  gouvernement  j  ce  qui  prouve 


Note 
16 


année  672  ou  plutôt  depuis  le  commence-       que  les  trois  années  de  l'administration  de    Ed.ong. 


ment  de  la  suivante 

D'un  autre  côté.  Pompée  ne  passa  en  Es- 
pagne qu'au  commencement  de  l'an  678  de 
Rome,  après  avoir  terminé  la  guerre  en  Ita- 
lie contre  M.  ^milius  Lépidusj  car  ce  der- 
nier qui  fut  consul  l'an  676  ne  fut  entière- 
ment défait  par  ce  général,  &  obligé  de  se 
réfugier  en  Sardaigne,  que  l'année  d'après 
son  consulat'.  Or,  Fonteius  étoit  gouver- 
neur^ de  la  Province  dans  le  temps  que 
Pompée  y  passa,  &  que  ce  général  servoit 
en  Espagne.  Ainsi,  les  dexix  premières  an- 
nées de  la  préture  ou  du  gouvernement  de 
Fonteius  ne  peuvent  tomber  au  plus  tôt  que 
sous  les  années  678  &  679  de  Rome,  puisque 
l'an  677  M.  Lépidus*  en  étoit  gouverneur 
sous  le  titre  de  proconsul.  Il  faut  donc  met- 
tre le  passage  de  Pompée  par  cette  province 
au  commencement  de  l'an  678. 

La  troisième  année  du  gouvernement  de 
Fonteius  doit  tomber  sous  l'an  681  de 
Rome  :  en  voici  la  preuve.  Lorsque  Pom- 
pée *  alla  hiverner  dans  la  Province  romaine, 
il  y  fut  reçu  par  Fonteius  qui  en  étoit  gou- 
verneur. Or,  Pompée  n'y  alla  hiverner' 
qu'après  le  siège  de  Calahorra  qu'il  entreprit 
sous  le  consulat  de  M.  Aurélius  Cotta  ,  ou 
l'an  680  de  Rome,  &  après  sa  troisième  cam- 
pagne* en  Espagne;  c'étoit  donc  pendant 
l'hiver,  qui  dura  depuis  la  fin  de  l'an  680 
jusqu'au  printemps  de  l'an  681  de  Rome. 
Fonteius  n'étoit  point  gouverneur  de  la 
Province  à  la  fin  de  l'an  680  de   Rome  ; 

'  T.  Live,  Epitome  90.  —  Voyez  Freinshemius , 
ad  lib.  88.  —  T.  Live,  n.  1 1,  &  ad  lib.  89,  n.  7. 

'T.  Live,  Epitome  88.  —  Freinshemius,  ad 
hune  lib.  n.  21  &  seq. 

'  T.  Live,  Epitome  90.  —  Voyez  Freinshemius, 
in  eumd.  1.  n.  i5  &  seq.  &  ad  lib.  91,  n.  i  &  seq. 

^  C\citon,pro  Fonte'io. —  Pighius,  t.  3,  p.  283. — 
Freinshemius,  in  eumd.  lib,  91.  — T.  Live,  n.  2. 

^  Freinshem.  in  eumd.  n.  10. —  Pighius,  t.  3,  p.  279. 

"  Cicéron,  pro  Fonteio. 

'  T.  Live,  Epitome     93. 

*  Epist.  Pomp.  ad  sénat,  apud  Sallust.  p.  ii5. 


ce  préteur  doivent  tomber  sous  les  années 
678,679  &  681  de  Rome,  &  que  Pompée  ne 
dut  commencer  sa  première  campagne  con- 
tre Sertorius  qu'au  printemps  de  l'an  678. 

II.  Pour  ce  qui  est  de  l'époque  de  la  fin 
de  la  guerre  de  Sertorius,  elle  peut  être  ai- 
sément fixée  sur  ce  que  nous  venons  de  dire. 
Selon  Tite-Live'  elle  dura  près  de  dix  ans, 
&  elle  finit  la  huitième  année  du  généralat 
de  ce  capitaine.  Or,  nous  avons  déjà  prouvé 
qu'elle  commença  à  la  fin  de  l'année  672  de 
Rome  ou  au  commencement  de  la  suivante; 
par  conséquent  Pompée  dut  la  terminer 
l'année  682  qui  étoit  la  huitième  depuis 
que  les  Lusitaniens  avoient  élu  Sertorius 
pour  leur  général.  Cette  élection  arriva 
donc  l'an  674  de  Rome  &  la  seconde  année 
depuis  sa  proscription'. 

III.  Pompée,  après  avoir  terminé  cette 
guerre, demeura  quelque  temps  enEspagne; 
il  ne  fut  rappelé  "•  en  effet  qu'en  683  de 
Rome,  époque  à  laquelle  il  faut  rapporter 
l'érection  du  trophée  qu'il  fit  élever  en  pas- 
sant sur  les  Pyrénées,  sous  le  consulat  d'Au- 
fidius  Orestes  &  de   Cornélius  Lentulus  *. 


NOTE  XVII 

Sur  celui  qui  commandait  dans  la  Pro- 
vince dans  le  temps  que  la  conjuration 
de  Catilina  fut  découverte  à  Rome. 

SALLUSTE  ^   dit  que  Q.  Métellus    Celer 
commandoitdans  la  Gaule  Transalpine, 
c'est-à-dire  dans  la  Narbonnoise,  lorsque  les 

'  Pighius,  t.  3,  p.  3o3. 
^  T.  Live,  Epitome     56. 

'  Freinshemius,  ad  1.  90  T.  Livil. —  T.  Live,  n.  21. 
''  Freinshemius  ad  1.  97.  —  T.  Live,  n.  i  &  seq. 
^  Consultez,  au  sujet  de  cette  Note,  l'ouvrage 
d'Herzog  :  Historia  Galliae  Narhonensis,  1866,  in-8. 
«  Salluste,</e  Bello  Catïlin.  p.  3oo. 


61Î 


Note 
•7 


Note 
17 


NOTES  SUR  L  HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 

ADDIT. 

Ed.orig. 

t.V, 
p.  673. 


Note 
18 

Ed.orig. 

t.  I, 
p. 612. 


Allobroges  commencèrent  à  remuer,  &  que 
Catilina  fut  défait  par  Antoine.  Or,  c'étoit 
à  la  fin  de  Tan  691  de  Rome;  &  il  est  cons- 
tant par  Cicéron'  que  Caïus,  frère  de  Lici- 
nius  Muréna,  gouvernoit  alors  la  Province; 
il  faut  donc  que  Salluste  se  soit  trompé  s'il 
n'y  a  point  de  faute  dans  son  texte.  Il  pa- 
roîten  effet,  par  la  suite  de  cet  historien  & 
par  Cicéron  dans  ses  Catilinaires,  que  dans 
le  même  temps  Q.  Métellus  Celer  comman- 
doit  dans  la  Gaule  Cisalpine  ou  au  delà  des 
Alpes  par  rapport  à  nous. 

iD.  Vaissete,  dans  son  cinquième  volume,  a 
fait  à  cette  note  la  rectification  suivante  .*] 

IL  faut  supprimer  cette  petite  note.  M.  de 
Mandajors^  a  raison  de  dire  que  Salluste 
n'a  point  dit  que  Q.  Cécilius  Métellus  Celer 
commandât  dans  la  Gaule  Transalpine  ou 
Narbonnoise,  lorsque  les  Allobroges  com- 
mencèrent à  remuer,  &  que  Catilina  fut 
défait  par  Antoine.  Nous  avons  été  trom- 
pés par  le  commentaire  de  Laurent  Valla  '. 


NOTE  XVIII 

Si  les  Volces  Arécomïques  6*  les  Hel- 
viens  ont  jamais  été  entièrement 
soumis  aux  Marseillois. 

Nous  avons ^  déjà  cité  l'endroit  de  César 
où  ce  dictateur  rapporte'  laréponse  des 
iii«g,lstrats  de  Marseille  à  la  demande  qu'il 
leur  fit  de  lui  ouvrir  les  portes  de  leur 
ville,  &  le  motif  dont  ils  se  servirent  pour 
s'en  excuser,  qui  étoit  les  bienfaits  que 
leur  République  avoit  également  reçus  de 
lui  &  de  Pompée  ,  le  dernier  leur  ayant 
donné  les  terres  qui  avoient  été  confisquées 
sur  les  Volces  Arécomiques  &  sur  les  Hel- 
viens  ,  &c.  Quorum  alter  (Pompeius)   agros 

'  Cicéron,  pro  Murena,  p.   i  i3,  éd.  Graevii. 

Histoire  critique  de  la  Gaule  Narhonnoise,  Tp.  i63. 
^  Salluste,  éd.  de  Bàle,  1564,  p.  3oo. 
^  Voyez  Note  XV. 
5  César,  de  BeUo  çivili^  t.   1, 


43 

Volcarum  Arecomicorum  &■  Helviorum  publiée 
e/j(Massiliensibus)  concesserit;  alter  {Caesav) 
bello  victas  Gallias  attribuerit  vecti^aliaque 
auxerit,  &c.  Ce  passage  qui  est  assez  obscur, 
a  beaucoup  embarrassé  la  plupart  des  com- 
mentateurs. Il  paroît  en  effet  par  la  pre- 
mière partie  que  Pompée  soumit  entière- 
ment à  la  République  de  Marseille  le  pays 
des  Volces  Arécomiques  de  même  que  celui 
des  Helviens  :  soumission  tout  à  fait  incon- 
nue &  même  contredite  par  les  monumens 
qui  nous  restent;  car  les  Volces  Arécomi- 
ques ont  toujours  été",  du  temps  des  Ro- 
mains, des  peuples  libres  &  indépendans, 
&  nous  savons  que  du  vivant  de  César  les 
Helviens  étoient"  gouvernés  par  un  prince 
de  leur  nation,  ce  qui  marque  leur  indé- 
pendance des  Marseillois.  Ainsi,  si  Pompée 
donna  les  terres  des  Arécomiques  &  des  Hel- 
viens aux  peuples  de  Marseille,  on  doit  l'en- 
tendre seulement  d'une  partie  qui  peut 
avoir  été  confisquée  sur  eux  après  la  révolte, 
&  qui  étoit  sans  doute  située  à  la  gau- 
che du  Rhône,  comme  nous  l'avons'  déjà 
expliqué  ''. 

L'intelligence  de  la  seconde  partie  de  ce 
passage  est  encore  plus  difficile;  car  il  est 
certain  que  César  ne  soumit  pas  aux  Mar- 
seillois toutes  ses  conquêtes  des  Gaules,  & 
qu'il  ne  leur  en  donna  pas  les  revenus, 
comme  cet  endroit  semble  le  faire  enten- 
dre. Aussi  Glaréanus,  Glandorp  &  François 
Hottman  dans  leurs  notes  sur  César  ont-ils 
cru  que  le  texte  de  cet  auteur  étoit  cor- 
rompu en  cet  endroit,  &  qu'au  lieu  de 
victas  GalliaSj  il  falloit  lire  victa  Gallia  ou 
victis  Galliis,  ou  enfin  victos  Salyos,  peuples 
voisins  des  Marseillois  dont  une  partie  leur 
avoit  été  autrefois  soumise.  Suivant  les 
deux  premiers  sens,  qui  paroissent  les  meil- 
leurs, &  que  nous  avons  suivis.  César  aura 
assuré  aux  Marseillois  la  partie  des  terres 
confisquées  sur  les  Arécomiques  &  les  Hel- 
viens, que  Pompée  leur  avoit  déjà  donnée. 

'  Strabon,  1.  4,  p.  186  8c  seq. 

"  César,  de  Bello  Gallico,  1.  1   &  7. 

^  Voyez  Note  II. 

^  Le  territoire  donné  aux  Marseillais  s'étendait 
aussi  bien  sur  la  rive  droite  que  sur  la  rive  gauche 
du  Rhône,  puisqu'il  comprenait  le  pays  de  Nimes. 
Voyez,  à  ce  sujet,  la  Numismatique  de  la  Narbqnna,i^e, 
par  de  La  Saussaye  &  Heizog.  [E.  M.j 


NOT« 

18 


Hori: 
»9 


44 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  6i3. 


fiées  eu  particulier,  son  argument  pour- 
roit  paroitre  plus  concluant  ;  mais  tou- 
tes les  inscriptions  où  il  est  fait  mention 
des  trois  Gaules  ne  marquent  point  quelles 
étoient  ces  trois  provinces,  à  la  réserve 
d'une  seule  qui  commence  ainsi  : 

L.  '  IVlusîo  jEmîUano  Laurenù  Lavinatium 
IIII  militum  V.E.  praef.  re...ul...trîuTn  prov. 
Gall.  Lugdunens.  Narbonens.  &  Aquitanens. 

Cette    inscription,  qui    est   entièrement 

contraire  à  M.  de  Marca,   fait  voir  qu'on 

comprenoit  du  moins  quelquefois  la  Nar- 

bonnoise    parmi    les    trois    provinces    des 

LçTRABON*  remarque   qu'à   la   dédicace       Gaules;  preuve  que  les  autres  inscriptions 

Oque  Drusus  fit   à  Lyon  d'un  autel  en       q^^  \\  est  fait  mention  des  trois  provinces  ou 


NOTB 

'9 


NOTK  XIX 

Si  les  peuples  de  la  Narb  on  noise  furent 
du  nombre  des  soixante  peuples  qui 
se  trouvèrent  à  la  dédicace  de  V autel 
d'Auguste  à  Lyon,  6*  sur  les  trois 
Gaules', 


l'honneur  d'Auguste,  soixante  peuples  des 
Gaules  y  offrirent  chacun  une  statue.  M.  de 
Marca'  fait  la  supputation  de  ceux  qui  pu- 
rent assister  à  cette  cérémonie,  &  il  pré- 
tend que  tous  ceux  des  trois  provinces  des 
Gaules  conquises  par  Jules  César  s'y  trou- 
vèrent, qu'il  n'y  en  eut  aucun  de  laNarbon- 
noise,  &  que  c'est  des  trois  autres  pro- 
vinces jointes  ensemble  qu'il  faut  entendre 
plusieurs  inscriptions  rapportées  dans  Gru- 
ter,  où  elles  sont  désignées  par  ces  mots  : 
Très  Galliae;  la  Narbonnoise,  dit-il,  ayant 
toujours  été  distinguée,  &  fait  comme  un 
corps  séparé  des  autres  provinces  des 
Gaules. 

Quoiqu'il  soit  vrai,  &  que  nous  ayons  en 


des  trois  Gaules  en  général,  ne  désignent 
pas  plus  les  trois  provinces  conquises  par 
Jules  César,  que  deux  d'entre  elles  avec  la 
Narbonnoise. 

On  peut  confirmer  ce  que  nous  venons  de 
dire  par  une  médaille  de  Galba  donnée  par 
M.  Petau'.  Elle  représente  trois  têtes  avec 
ces  mots  :  Très  Galliae.  Or,  on  sait  qu'il  y 
eut  trois  gouverneurs  de  province  qui  se 
déclarèrent  d'abord  dans  les  Gaules  en  fa- 
veur' de  cet  empereur,  &  celui  de  la  Nar- 
bonnoise fut  certainement  du  nombre;  ce 
qui  peut  servir  à  expliquer  cette  médaille 
&  à  fixer  le  temps  où  elle  fut  frappée.  On 
peut  encore  en  inférer  que  la  plupart  des 
autres  inscriptions   semblables    rapportées 


effet  des  preuves  que  la  Narbonnoise  étoit      par  Gruter  appartiennent  à  cette  même  épo- 


communément  regardée  par  les  anciens 
comme  un  corps  séparé  du  reste  des  Gau- 
les, il  ne  s'ensuit  pas  cependant  que  ses 
peuples  n'aient  pu  s'unir  avec  ceux  des  au- 
tres provinces  des  Gaules  pour  la  cérémo- 
nie de  la  dédicace  de  l'autel  de  Lyon  ;  ce  qui 
paroît  d'autant  plus  vraisemblable  qu'elle 
étoit  bien  plus  voisine  de  cette  ville  que  la 
Belgique  dont  M.  de  Marca  met  les  peuples 
à  la  place  de  ceux  de  cette  province.  Si  ce 
savant  prélat  rapportoit  quelque  inscrip- 
tion où  il  fût  fait  mention  des  trois  pro- 
vinces des  Gaules,  &  où  la  Lyonnoise , 
l'Aquitanique  &  la  Belgique  fussent  spéci- 


'  Voyez,  au  sujet  de  cette  Note,  l'ouvrage  de 
M.  Auguste  Bernard  :  Le  temple  d'Auguste.  Paris, 
Impr.  Impériale,  i865,    in-folio.    [E.  M.] 

'  Strabon,  1.  ^,  p.   192. 

'  Marca,  de  Primat,  p.  zi5  &  seq. 


que,  &  que  par  conséquent  elles  ne  favori- 
sent nullement  l'opinion  de  M.  de  Marca. 

D'ailleurs  Strabon"*  ne  dit  pas  que  les 
soixante  peuples  qui  assistèrent  à  la  dédi- 
cace de  l'autel  d'Auguste  à  Lyon  ne  fussent 
que  de  trois  provinces  ou  des  trois  parties 
des  Gaules  conquises  par  Jules  César;  ce 
géographe  se  sert  au  contraire  d'une  expres- 
sion qui  nous  fait  croire  que  ces  soixante 
peuples  étoient  les  principaux  de  toute  la 
Gaule  ou  des  quatre  provinces  :  àirb  Travtwv 
xotvfj  xwv  TaXatwv,  de  toute  la  Gaule  en  général. 

IL  Enfin  M.  de  Marca  se  trompe  dans  la 
supputation  qu'il  fait  des  soixante  peuples 
des  trois  provinces  des  Gaules    conquises 


'  Gruter,  p.  440,  n.  3. 
'  Petau,  Antiq.  supcîl. 
'  Voyez  la  Note  suivante. 
'  Strabon,  1.  4,  p.   içi- 


Non 
'9 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


45 


par  Jules  César,  qu'il  prétend  s'être  trouvés 
à  la  dédicace  de  l'autel  de  Lyon.  Selon  Pto- 
lérnée  ',  dit-il,  il  y  av  oit  dix-sept  peuples  dans 
l'Aquitaine,  vingt-quatre  dans  la  Lyonnoise  & 
quator-^^e  dans  la  Belgique,  ce  qui  fait  le  nom- 
bre de  soixante  ;  mais  cet  illustre  prélat  n'a 
pas  bien  calculé  :  car  tous  ces  nombres  ne 
font  ensemble  que  cinquante-cinq  peuples 
&  non  pas  soixante.  D'ailleurs,  comme  Pto- 
lémée  ne  compte  que  quatorze  peuples 
pour  la  Narbonnoise,  il  n'y  auroit  qu'à  ôter 
le  même  nombre  de  la  Belgique  &  les  subs- 
tituer à  sa  place,  &  le  calcul  de  M.  de 
Marca  seroit  égal;  ce  que  nous  pourrions 
appuyer  de  l'inscription  de  Gruter  que  nous 
avons  déjà  rapportée,  où  les  trois  provinces 
Narbonnoise,  Lyonnoise,  &  Aquitanique 
sont  spécifiées  :  au  lieu  que  M.  de  Marca 
n'a  aucune  inscription  qui  joigne  ensemble 
&  qui  nomme  les  trois  provinces  des  Gau- 
les conquises  par  Jules  César. 

III.  Cet  auteur  pouvoit  ajouter,  &  il 
semble  qu'il  auroit  dû  le  faire,  aux  cin- 
quante-cinq peuples  de  ces  trois  dernières 
provinces,  les  huit  que  Ptolémée  comprend 
dans  les  deux  Germaniques,  &  qu'il  joint 
à  la  Belgique;  lesquelles  du  temps  d'Au- 
guste &  de  la  dédicace  de  l'autel  de  Lyon 
ne  faisoient  qu'un  même  corps.  Il  auroit 
pu,  par  là,  rendre  complet  le  nombre 
marqué  dans  Strabon  :  mais,  au  lieu  de 
soixante  peuples  précis  que  ce  géographe 
fait  assister  à  cette  cérémonie,  il  y  en  auroit 
eu  soixante-trois  &  davantage,  comme  nous 
le  verrons  bientôt  :  ainsi  ce  calcul  ne  seroit 
pas  juste.  Il  faut  encore  observer  que,  quoi- 
que dans  le  nombre  total  des  peuples  de 
'•  Lyonnoise  marqué  dans  Ptolémée  il 
n'y  en  ait  que  vingt-quatre ,  cependant, 
dans  rénumération  qu'il  fait  en  particulier 
des  peuples  de  cette  province,  il  en  compte 
vingt-six;  ce  qui  fait  voir  qu'il  n'y  a  aucun 
fonds  à  faire  sur  tous  ces  calculs,  étant  cer- 
tain qu'il  y  avoit  plus  de  dix-sept  peuples 
dans  l'Aquitanique  dans  le  temps  de  la  dédi- 
cace de  l'autel  de  Lyon,  puisque,  outre  les 
quatorze  d'entre  la  Garonne  &  la  Loire 
qu'Auguste  avoit  auparavant  unis  à  cette 
province,  il  faut  y  comprendre  les  neuf 

•  Ptolémée,  1.  2,  c.  7,  8 ,  9 ,  10.  —  Marca  ,  de 
Primat. 


NoTB  '^ 
'9 


peuples  qui  habitoient  l'ancienne  Aquitaine 
entre  la  Garonne,  les  Pyrénées  &  l'Océan, 
&  dont  on  forma  une  nouvelle  province 
appelée  Novempopulanie.  Par  conséquent, 
il  y  avoit,  du  temps  d'Auguste,  au  moins 
vingt-trois  peuples  dans  l'Aquitaine. 

IV.  J-,e  nombre  de  ceux  de  la  Lyonnoise 
&  de  la  Belgique  devoit  être  encore  plus 
grand  que  ne  le  fait  Ptolémée.  Pour  s'en 
convaincre,  on  n'a  qu'à  consulter  César, 
Pline,  Strabon,  Mêla,  &c.,  qui  font  mention 
de  plusieurs  peuples  dont  ce  géographe  ne 
dit  rien,  &  on  sera  persuadé  qu'il  n'a  rap- 
porté que  les  principaux.  M.  de  Marca  n'a 
donc  pas  raison  de  vouloir  corriger  le  texte 
de  Tacite'  dans  l'endroit  où  cet  historien 
dit  qu'il  y  eut  soixante-quatre  cités  ou  peu- 
ples des  Gaules  qui  se  révoltèrent,  &  qu'il 
faut  lire  soixante-quatorze  ,  au  lieu  de 
soixante-quatre,  parce  qu'il  trouve  le  nom- 
bre de  soixaiite-quatorze  peuples,  selon 
Ptolémée,  dans  les  quatre  provinces  des 
Gaules  ;  car  nous  avons  déjà  fait  voir 
que,  selon  ce  géographe,  il  devoit  même 
y  en  avoir  au  moins  soixante-cinq  dans 
les  trois  provinces  conquises  par  Jules 
César,  en  y  comprenant  les  deux  Germani- 
ques, comme  on  doit  le  faire.  Si  on  ajoute 
à  ces  peuples  les  quatorze  de  la  Narbon- 
noise, cela  fait  le  nombre  de  soixante-dix- 
neuf,  &  non  celui  de  soixante-quatorze. 
Mais  quand  même  M.  de  Marca  ne  com- 
prendroit  pas  les  deux  Germaniques  dans 
son  calcul,  cela  ne  feroit  que  le  nombre 
de  soixante-onze  peuples. 

V.  Le  P.  Ménestrier%  dans  son  Histoire 
de  Lyon,  prétend  corriger  M.  de  Marca  & 
trouver,  selon  Ptolémée,  le  nombre  précis 
de  soixante  peuples  dans  les  trois  provinces 
des  Gaules  conquises  par  César.  Il  en  compte 
dix-sept  pour  l'Aquitaine ,  &  cet  ancien 
géographe  admet  en  effet  le  même  nombre  Éd.orig. 
pour  cette  province  :  mais  ce  R.  P.  se  p.^6V4. 
trompe  par  rapport  à  la  Lyonnoise;  car  il 
ne  compte  que  vingt-trois  peuples  dans  cette 
province,  tandis  que  Ptolémée  %  dans  l'énu- 
mération  qu'il  en  fait,  en  nomme  vingt-six, 
quoiqu'il   n'en    marque    que  vingt-quatre 

'  Tacite,  Annales,  1.  3. 

'  Ménestrier,  Histoire  de  Lyon,  p.  67  &  suîv. 

'  Ptolémée,  1.  2,  c.  7,  8,  9,  10,  p.  5o  &  suiv. 


Note 
'9 


46 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


dans  le  nombre  total.  En  effet,  le  P.  Mé- 
nestrier  omet  les  Bîducessii  ou  Biducenses, 
les  M.eldae  &  Xes^dui  nommés  par  ce  géo- 
graphe. Enfin,  selon  l'historien  de  Lyon, 
Ptolémée  ne  compte  que  vingt  peuples  dans 
la  Belgique  ;  mais  il  n'a  pas  pris  garde  que  cet 
auteur  en  nomme  vingt-deux,  &  entre  au- 
tres les  Veromanduî  &  les  Rauraci  qu'il  n'a 
pas  comptés.  Il  paroît  par  ce  que  nous  ve- 
nons de  dire  que  Ptolémée  compte  plus  de 
soixante  peuples  dans  les  trois  provinces 
des  Gaules  conquises  par  Jules  César. 

Il  est  vrai  qu'en  calculant  le  nombre  to- 
tal des  peuples  que  ce  géographe  marque  à 
la  fin  de  chaque  province  des  Gaules,  on  y 
trouve  le  nombre  précis  de  soixante;  mais, 
comme  nous  l'avons  déjà  fait  voir,  ce  calcul 
n'est  point  juste,  &  il  y  a  sans  doute  quel- 
que corruption  dans  les  lettres  numériques 
de  Ptolémée,  puisqu'il  fait  l'énumération 
de  vingt-deux  peuples  de  la  Belgique,  & 
qu'on  n'en  trouve  que  dix-neuf  dans  le 
nombre  total  de  cette  province.  Il  en 
nomme  vingt-six  de  la  Lyonnoise,  tandis 
que  le  nombre  total  se  réduit  à  vingt-qua- 
tre, ce  qui  fait  voir  que  le  calcul  de  ce  géo- 
graphe ne  peut  être  d'aucun  usage  pour  le 
système  de  M.  de  Marca. 

VI.  Les  soixante  peuples  de  Strabon  ne 
se  trouvant  donc  pas  en  nombre  précis  dans 
trois  des  provinces  des  Gaules,  de  quelle 
manière  qu'on  les  arrange,  il  paroît  que  le 
sens  de  ce  géographe  est  que  ces  soixante      Quelle  part   eut  la  Narhonnolse  dans 


on  ne  sauroit  du  moins  disconvenir  qu'elle 
n'en  ait  été  séparée  lorsque  l'empereur  Au- 
guste divisa  les  Gaules  en  quatre  parties 
ou  provinces  indépendantes  l'une  de  l'au- 
tre, puisqu'il  est  constant  que  depuis  ce 
temps-là  Lyon  fut  métropole  de  la  Lyon- 
noise, &  que  M.  de  Valois'  a  fait  voir 
qu'Ammien  Marcellin  s'est  trompé  en  met- 
tant cette  ville  dans  la  Narbonnoise. 

VIII.  M.  de  Marca  pour  exclure  les  peu- 
ples de  cette  province  du  nombre  de  ceux 
qui  se  trouvèrent  à  la  dédicace  de  l'autel  de 
Lyon, avance  qu'ils  avoient  déjà  assez  signalé 
leur  zèle  &  leur  vénération  envers  Auguste 
par  la  dédicace  du  fameux  autel  de  Nar- 
bonne  dont  l'inscription  nous  reste"  en 
entier,  &  dont  il  met  l'époque  avant  la  fête 
de  Lyon  :  mais  l'inscription  &  la  dédicace 
de  l'autel  de  Narbonne  étant  du  consulat 
de  T.  Statilius  Scaurus  &  de  L.  Cassius 
Longinus,  c'est  à  la  onzième  année  de  J.-C. 
&  à  ran764deRome  qu'il  faut  les  rapporter, 
au  lieu  que  la  dédicace  de  l'autel  de  Lyon 
se  fit  vingt-deux  ans  auparavant  &  l'an  742 
de  Rome;  rien  n'empêchoit  donc  les  peu- 
ples de  la  Narbonnoise  de  faire  leur  cour  à 
Auguste  &  à  Drusus  dans  cette  occasion. 


NOTE  XX 


Note 
'9 


peuples  étoient  les  principaux  de  toute  la 
Gaule  en  général  :  dans  ce  sens,  ceux  de  la 
Narbonnoise  prirent  autant  de  part  que  les 
autres  à  la  dédicace  de  l'autel  de  Lyon,  & 
peut-être  davantage  à  cause  de  leur  proxi- 
mité. Cela  est  d'autant  plus  vraisemblable 
que  M.  Baluze  '  prétend  que  la  ville  de 
Lyon  fut  comprise,  depuis  sa  fondation, 
dans  l'ancienne  Narbonnoise,  parce  qu'elle 
devoit  son  origine  aux  Viennois,  peuples 
de  cette  province. 

VII.  M.  Baluze  assure  même,  sur  l'auto- 
torité  d'Ammien  Marcellin,  que  Lyon  dé- 
pendoit  encore  de  la  Narbonnoise  au  milieu 
du  quatrième  siècle  ;  mais,  quoiqu'il  soit 
assez  probable  que  cette  ville  ait  fait  partie 
de  cette  province  dans  ses  commencemens, 

'  Baluze,  Notae  in  Cyprian.  ad  an.  487. 


la  révolte  de  Julius  Vindex. 

PARMI  un  grand  nombre  de  peuples  des 
Gaules  qui  prirent  part  à  la  révolte  de 
Vindex,  Tacite'  ne  nomme  par  occasion 
que  les  Sequanois,  ceux  d'Autun,  d'Auver- 
gne &  de  Vienne  dans  la  Narbonnoise  ;  en 
sorte  que  ce  n'est  qxie  par  une  conséquence 
qui  nous  paroît  certaine,  que  nous  assurons 
que  les  peuples  de  cette  province  furent  des 
premiers  à  prendre  part  à  cette  révolte. 

Nous  le  prouvons  ,  1°  parce  qu'il  est  cons- 
tant que  la  colonie  de  Vienne  fit*  tous  ses 

'  Adrien  de  Valois,  Notes  sur  Ammien  Marcellin, 
p.  102  &  suiv. 

'  Voyez  aux  Preuves,  Inscriptions  de  Narbonne. 
'  Tacite,  Historiarum  1.   i,  c.  5i  &  65,  1.  4,  c.  i  7. 
*  Tacite,  Historiarum  1.  1,  c,  65. 


Note 
20 


Note 

20 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


47 


efforts  pour  secourir  Viiidex,  &  qu'elle  leva 
des  troupes  en  faveur  de  Galba  ,  ce  qui  mon- 
tre que  la  révolte  pénétra  d'abord  dans  la 
Narbonnoise.  2°  Tacite'  nous  apprend  que 
trois  chefs  ou  gouverneurs  des  Gaules ,  duces 
Galllarum^  savoir  Asiaticus  ,  Flavius  &  Rufi- 
nus,  se  joignirent  à  Vindex.  Or,  de  quelle 
manière  qu'on  entende  le  terme  de  Dux^ 
soit  d'un  gouverneur  de  province  ,  soit  d'un 
général  qui  auroit  eu  seulement  le  com- 
mandement des  troupes,  il  paroît  certain 
qu'un  des  trois  fit  révolter  la  Narbonnoise. 

En  effet,  chaque  province  avoit  alors  un 
proconsul  ou  un  préteur  pour  la  gouver- 
ner; &  quand  ce  dernier"  n'avoit  pas  le 
commandement  des  troupes  (ce  qui  arrivoit 
quelquefois,  surtout  lorsqu'il  y  avoit  plus 
d'une  légion  dans  le  pays),  l'Empereur  en 
donnoit  la  commission  à  un  lieutenant  qui 
commandoit  les  troupes  indépendamment 
du  proconsul  ou  du  propréteur.  Or,  dans  le 
temps  de  la  révolte  de  Vindex,  il  n'y  avoit 
que  six  provinces  dans  les  Gaules,  la  Narbon- 
noise,  l'Aquitaine,  la  Lyonnoise,  la  Belgi- 
que &  les  deux  Germaniques.  Nous  savons 
certainement  que  ces  deux  dernières  &  leurs 
gouverneurs  ou  commandans  demeurèrent 
fidèles  à  Néron  &  se  déclarèrent  contre 
Vindex  k  Galba;  car  Verginius',  qui  com- 
mandoit dans  la  haute  Germanie,  marcha 
contre  le  premier  &  le  défit ,  &  Fonteius 
Capito%  qui  commandoit  dans  labasse  suivit 
le  même  parti  avec  ses  troupes  ,  qui  ne  jurè- 
rent fidélité  à  Galba  qu'après  que  cet  empe- 
reur eut  été  reconnu  par  le  Sénat. 

L'Aquitaine  prit  encore  d'abord  parti 
contre  Vindex 


mandoit  dans  la  Belgique.  Vindex  lui-même, 
à  qui  Junius  Blaesus  succéda,  gouvernoitla 
Lyonnoise,  selon  M.  de  Tillemont";  & 
nous  savons  ' ,  d'ailleurs,  qu'il  n'étoit  quç 
simple  gouverneur  &  qu'il  n'avoit  pas  le 
commandement  des  troupes.  Flavius  &  Ru- 
finus  dévoient  être,  par  conséquent  l'un 
gouverneur  ou  commandant  de  la  Narbon- 
noise ,  &  l'autre  commandant  de  la  Lyon- 
noise. 


Note 
20 


NOTE  XXÎ 

Sur  ALmilîus  Arcanus ,   duumvir  de 
Narbonne. 

Nous  conjecturons  qu'Arcanus ,  à  qui 
Martial  adresse  une  de  ses  épigrammes', 
est  le  même  que  L.  iEmilius  Arcanus  natif 
de  Narbonne  qui,  suivant  une  ancienne  ins- 
cription, fuf  élevé  à  diverses  dignités  sous 
l'empire  d'Adrien.  Outre  la  ressemblance 
des  noms,  nous  voyons,  d'ailleurs  ,  que  l'un 
&  l'autre  étoient  natifs  de  Narbonne ,  qu'il 
en  est  parlé  également  avec  éloge  &  dans  le 
poète  &  dans  l'inscription  ,  &  que  le  temps 
convient  parfaitement. 

En  effet,  Martial  étoit  en  Espagne  lors- 
qu'il adressa  son  épigramme  à  Arcanus  :  or, 
ce  dut  être  vers  l'an  97  ou  98  de  J.-C. ,  puis- 
qu'il ne  se  retira  dans  ce  pays  qu'après  la 
mort  de  Domitien  '  &  qu'il  avoit  passé  à 
Rome  le  reste  de  sa  vie  depuis  l'âge  de 
celui  qui  y  commandoit  vingt  ans.  Arcanus  exerçoit  alors  la  magis- 
implora,  en  effet,  le  secours  de  Galba  con-  trature  dans  Narbonne  sa  patrie,  &pouvoit 
tre  les  rebelles,  dans  le  temps  qu'il  ignoroit  avoir  environ  quarante  ans.  Il  peut  donc 
que  celui-ci  se  fût  déclaré  en  leur  faveur  :  être  parvenu  sous  l'empire  d'Adrien  à  la 
Legato Aquitanîae'^  auxilia  implorante. llfciut      dignité  sénatoriale,  &  aux  autres  charges 


donc  que    les    trois    autres    provinces   des 
Gaules  fussent  celles  qui  se  révoltèrent,  & 

Ed.ong,   Jqj^^  Yes  chefs  se  déclarèrent  pour  Vindex. 

p.6i5.        Asiaticus,  l'un  de  ces  trois  chefs''  com- 


'  Tacite,  Histor'iarum  1.  2,  c.  94. 

'  Dion  Cassius,  1.  53,  p.  5o5  &5d6. 

'  Tacite,  Histor'iarum  1.   i,  c.  53. 

''  Tacite,  Historiarum  1.   r ,  c.  8  &  53. 

'  Suétone,  1.  7,  ?•  93. 

*  Taciie,  Historiarum  1.   i ,  c.  5^. 


énoncées  dans  l'inscription.  Adrien  honora 
probablement  Arcanus,  dont  il  est  parlé 
dans  Martial  comme  d'une  personne  d'un 
mérite  distingué,  des  emplois  marqués  dans 
l'inscription,  peu  après  le  voyage  que  ce 

'  Tillemont,  art.  2,  sur  Néron,  p.  35-j. 

'  Tacite,  Historiarum  1.   i,  c.  16. 

^  Martial,  1.  8,  epigram.  72. 

^  Voyez  aux  Preuves^  Inscriptions  de  Narhonne. 

'  Voyez  Tillemont,  sur  Domitien,  p.  116. 


Note 
21 


Note 
21 


48 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
22 


prince  fit  dans  la  Narbonnoise ,  ou  peut-être 
un  peu  auparavant. 

Suivant  la  même  inscription,  ^Emilius  Ar- 
canus,  avant  que  de  parvenir  aux  dignités  de 
Rome  &  de  l'empire  ,  avoit  passé  par  toutes 
les  charges  de  la  colonie  de  Narbonne  : 
Omnibus  honoribus  in  colonia  suafunctus  ;  ce 
qui  est  conforme  à  ce  vers  de  Martial  '  :  Ad 
leges  jubet  annuosque  fasces.  Arcanus  devoit 
donc  exercer  la  magistrature  dans  sa  patrie  , 
dans  le  temps  de  cette  épigramme,  &  nous  ne 
voyons  point  d'autre  dignité  à  laquelle  l'ex- 
pression du  poète  puisse  mieux  convenir  que 
la  charge  de  duumvir,  d'où  l'on  peut  inférer 
que  ceux  qui  étoient  revêtus  de  cette  charge 
annuelle,  dans  la  colonie  de  Narbonne, 
avoient  droit  de  faire  porter  les  faisceaux 
devant  eux  comme  les  magistrats  de  Rome. 


NOTE  XXII 

Epoque  d'une  inscription  de  Narhonne 
qui  prouve  que  la  Narhonnoise  de- 
meura toujours  fidèle  à  Vempereur 
Sévère. 

LA  date  d'une  inscription  '  de  Narbonne 
dressée  à  l'honneur  de  Julia  Domna, 
épouse  de  l'empereur  Sévère,  &  rapportée 
dans  nos  preuves  sert  beaucoup  à  nous  faire 
connoître  que  cette  ville  &  le  reste  de  la 
Province  demeurèrent  fidèles  à  cet  empe- 
reur pendant  le  soulèvement  du  reste  des 
Gaules  en  faveur  d'Albin. 

Il  est  vrai  qu'il  y  a  quelque  difficulté  dans 
cette  date,  parce  qu'elle  joint  le  second  con- 
sulat de  Sévère  avec  la  quatrième  année  de 
sa  puissance  tribunitienne  &  le  titre  d'em- 
pereur pour  la  huitième  fois  ,  ce  qui  paroît 
ne  pouvoir  se  concilier ,  car  le  second  con- 
sulat' de  Sévère  tombe  sous  l'an  194  de 
J.-C.  &  la  quatrième  année  de  sa  puissance 
tribunitienne  ne  commence  ^  qu'au  2  de 
juin  de  l'an  196. 

'  Martial,  1.  8,  eplgram.  72. 

"  Voyez  au-K  PreuveSj  Inscriptions  de  Narhonne. 

^  Onuphrius,  in  Fastis. 

■*  Voyez  Tillemont,  sur  Sévère,  n.  7. 


D'un  autre  côté,  il  est  certain  que  Sévère 
avoit  pris  '  le  titre  d'empereur  pour  la  sep- 
tième fois  avant  la  fin  de  la  troisième  année 
de  son  tribunat,  c'est-à-dire  avant  le  mois  de 
j  uin  de  l'an  1 96,  &  qu'il  ne  le  prit  pour  la  hui- 
tième fois  que  pendant  le  temps  de  sa  qua- 
trième puissance  tribunitienne,  ce  qui  fait 
que,  comme  dans  cette  inscription  l'année 
du  tribunat  convient  avec  le  titre  d'empereur 
pour  la  huitième  fois,  cela  en  détermine 
l'époque  qui  doit  être  fixée  entre  le  mois 
de  juin  de  l'an  196  &  le  mois  de  juin  de  l'an- 
née suivante.  Ainsi,  par  le  second  consulat 
marqué  dans  l'inscription,  on  doit  entendre, 
non  pas  que  Sévère  fût  actuellement  con- 
sul pour  la  seconde  fois,  mais  qu'alors  il 
l'avoit  été  déjà  deux  fois ,  comme  s'il  y  avoit 
post  consulatum  secundum,  car  l'inscription 
paroît  vraie  &  authentique. 

On  peut  fixer  encore  d'une  manière  plus 
précise  la  date  de  cette  inscription.  Elle  doit 
être  postérieure  au  mois  de  janvier  de  l'an 
197,  puisque  l'empereur  Sévère  '  donna  alors 
le  titre  de  César  à  son  fils  Bassien  ,  &  le 
nomma  Marc  Aurèle  Antonin  :  or,  on  donne 
tous  ces  noms  à  Bassien  dans  l'inscription 
dont  nous  examinons  la  date^  ainsi  elle  doit 
avoir  été  dressée  entre  le  mois  de  janvier  & 
celui  de  juin  de  l'an  197,  peu  de  temps 
avant  ou  après  la  bataille  de  Lyon  qui  se 
donna'  le  19  de  février  de  la  même  année. 
Sévère  porte  dans  cette  inscription  le  titre 
d'imperator  pour  la  huitième  fois;  mais  on 
doute  *  s'il  prit  ce  titre  avant  ou  après  cette 
bataille  :  on  peut  conclure  du  moins  que 
s'il  l'avoit  déjà  pris  avant  cette  action,  l'ins- 
cription est  du  mois  de  janvier  ou  de  février 
de  l'an  197,  &  que  par  conséquent  Nar- 
bonne lui  étoit  fidèle  dans  le  temps  que  la 
plus  grande  partie  des  Gaules  favorisoit 
Albin.  Si  au  contraire  Sévère  ne  prit  le  titre 
d'imperator  pour  la  huitième  fois  qu'après 
la  bataille  de  Lyon,  cela  fait  toujours  con- 
noître l'affection  &  la  reconnoissance  de  la 
colonie  de  Narbonne  envers  lui  peu  de 
temps  après  sa  victoire  j   ce  qui  suffit  pour 


'  Goitz,  p.  84  &  85.  —  Onuphrius,  in  Fastis. 
*  Spartien,  Fit.  Sever. -p.  68.  — Voyez  Tillemont, 
sur  Sévère,  n.  17. 

'  Tillemont,  5ar  5évère,  n.   16. 

^  Voyez  Tillemont,  sur  Sévère,  p.  46. 


Note 
22 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


49 


Note 

23 


nous  persuader  que  cette  colonie  n'eut 
point  de  part  à  la  révolte  d'Albin  ,  &  que 
toute  la  Province  suivit  son  exemple.  Nous 
savons,  d'ailleurs',  qu'une  partie  des  Gaules 
demeura  dans  l'obéissance  de  Sévère,  & 
que  la  ville  de  Lyon  embrassa  le  parti  de 
son  compétiteur.  La  colonie  de  Vienne, 
rivale  de  cette  dernière ,  prit  donc  infailli- 
blement alors,  à  son  ordinaire,  le  parti  op- 
posé ,  ce  qui ,  joint  à  l'exemple  de  la  colonie 
de  Narbonne,  dut  entraîner  le  reste  de  la 
Province. 


NOTE  XXIII 


Ed.ong.  ^^^j.  l'époque  de  la  mission  des  premiers 
|P'^'^'  évêques  de  la  Narhonnoise. 

Nous  suivons  Grégoire  de  Tours',  qui 
joint  ensemble  les  sept  évêques  Tro- 
phime  d'Arles,  Paul  •de  Narbonne,  Saturnin 
de  Toulouse,  Denys  de  Paris,  &c.,  &  pré- 
tend qu'ils  furent  envoyés  en  même  temps 
pour  annoncer  l'Evangile  dans  les  Gaules. 
Nous  convenons  cependant  que  cet  histo- 
rien peut  s'être  trompé  &  que  ces  évêques 
peuvent  être  venus'  dans  les  Gaules  succes- 
sivement &  en  différens  temps.  L'époque 
fixe  de  la  mission  de  S.  Saturnin  de  Tou- 
louse, marquée  dans  ses  actes  authentiques, 
l'aura  peut-être  déterminé  à  lui  joindre  les 
anciens  évêques  des  Gaules,  dont  on  avoit 
alors  la  connoissance,  mais  dont  peut-être 
il  ignoroit  le  temps  précis  où  ils  avoient 
vécu. 

Au  reste,  nous  n'entreprenons  pas  d'exa- 
miner ici  la  grande  question  "*  touchant  l'é- 
poque de  la  mission  de  ces  premiers  évê- 
ques j  nous  avouons  de  bonne  foi  qu'il  y  a 
de  grandes  difficultés  de  part  &  d'autre. 
Nous  nous  contentons  de  suivre  ce  qui 
nous  paroît  plus  probable,  sans  préjudice 

'  Spartien,  VitaSever.  p.  68. 

*  Grégoire  de  Tours,  Historiae,  1.   i ,  c.  3o. 

'Voyez  Pagi,  ad  ann.  255,  n.  y  &  seq.  ad  ann, 
401,  n.  46. 

"•  Voyez  Tillemont ,  sur  S.  Denys  de  Paris,  & 
Marca,  Epist.  ad  Valesium. 


de  l'ancienne  tradition  de  l'église  de  Nar- 
bonne, qui  reconnoît  pour  son  premier 
évêque  Paul,  disciple  des  apôtres,  lequel, 
comme  nous  venons  de  le  dire,  peut  avoir 
été  envoyé  dans  les  Gaules  longtemps  avant 
S.  Saturnin. 


NOTE  XXIV 

Premiers  évêques  de  Nimes, 

QUOIQUE  le  siège  épiscopal  de  Nimes 
soit  un  des  plus  anciens  de  la  Province, 
nous  n'avons  pourtant  rien  de  bien  certain 
sur  ses  premiers  évêques  avant  le  commen- 
cement du  sixième  siècle. 

Félix,  dont  il  est  fait  mention  '  dans  les 
actes  de  S.  Amatius,  évêque  d'Avignon,  est 
le  premier  dont  nous  ayons  quelque  con- 
noissance. Selon  ces  actes  ,  dont  nous  par- 
lerons ailleurs,  il  fut  martyrisé  avec  plu- 
sieurs autres  évêques  des  villes  voisines, 
dans  le  temps  de  l'irruption  de  Crocus;  or, 
il  paroît  que  cette  irruption,  comme  nous 
le  ferons  voir  en  un  autre  endroit',  n'ar- 
riva qu'au  commencement  du  cinquième 
siècle. 

Suivant  un  manuscrit  de  Savaron,  Eugène, 
qui  souscrivit,  avec  plusieurs  autres  prélats 
des  Gaules,  à  la  lettre  qu'ils  écrivirent  à 
S.Léon,  l'an  461,  étoit  évêque  de  Nimes j 
mais  ce  manuscrit  paroît  suspect,  &  avec 
raison,  au  dernier'  éditeur  de  S.Léon; 
car  il  y  est  fait  mention  de  quelques  évê- 
ques dont  les  cités  ou  sièges  n'étoient 
pas  encore  compris  dans  les  notices ,  &  il 
y  a  lieu  de  douter  si  ces  villes  étoient 
honorées  d'un  siège  épiscopal  à  la  fin  du 
cinquième  siècle.  Peut-être  que  ce  manus- 
crit"*,  que  D.  Polycarpe  de  la  Rivière,  char- 
treux, avoit  entre  ses  mains  %  au  milieu  du 
dernier  siècle,  contient  seulement  les  con- 

'  Gall'ta  Christiana,  nov,  éd.  t.   1,  inst.  p.   i3j. 

'  Voyez  Note  XLII. 

^  Lettres  de  S.  Léon,  éd.  de  Quesnel,  t.  2,  p.  864 
&  suiv. 

^  Voyez  Gallia  Christiana ,  nov.  edit.  t.  1,  p.  5i 
&  seq. 

*  Gariel,  Séries  praesulum  Magalonenstum,  p.  27. 


Note 

23 


NOT» 

*4 


II. 


Notl: 
^4 


OO 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 

25 


jectures  de  quelque  moderne  sur  les  sièges 
des  prélats  qui  écrivirent  à  S.  Léon,  en 
45i,  &  non  point  leurs  souscriptions  ori- 
ginales. 

Le  P.  Sirmond,  dans  une  de  ses  notes  sur 
Sidoine'  Apollinaire,  croit  que  Crocus, 
évêque ,  dont  il  est  parlé  dans  une  lettre 
de  cet  évèque  de  Clermont,  &  qui  fut 
chassé  de  son  siège  par  Euric,  roi  des  Visi- 
goths,  vers  l'an  474,  occupoit  le  siège  épis- 
copal  de  Nimes;  mais  il  ne  donne  aucune 
preuve  de  sa  conjecture.  Ce  Crocus  est 
sans  doute  le  même  évêque  qui  assista  au 
concile  d'Arles,  sous  l'évêque  Léonce ,  vers 
l'an  475,  &  non  pas  en  624%  comme  le  pré- 
tend' Catel,  ce  qui  ne  nous  fait  pas  mieux 
connoître  son  siège.  Ainsi,  le  premier  évê- 
que de  Nimes  que  nous  connoissions  & 
dont  nous  ayons  une  époque  certaine,  c'est 
Sédatus,  qui  souscrivit  l'an  5o6  au  concile 
d'Agde\ 


des  soixante-douze  disciples  de  J.-C.  &  de 
rapporter  plusieurs  autres  choses  que  nos 
critiques  '  ont  peine  à  lui  passer. 

Nous  ne  disconvenons  pas  cependant  que 
S.  Flour  n'ait  été  évèque  de  Lodève,  & 
peut-être  même  le  premier;  mais  nous  som- 
mes persuadés  qu'il  est  fort  postérieur 
aux  temps  apostoliques,  n'y  ayant  aucune 
preuve  de  l'époque  de  son  épiscopat.  Il  aura 
peut-être  vécu  à  la  fin  du  quatrième  siècle, 
comme  le  croit  M.  Baillet;  &  c'est  peut- 
être  cet  évêque  de  Lodève  dont  on  ignore 
le  nom,  qui  mourut  l'an  422  &  dont  il  est 
fait  mention  dans  une  èpître'  du  pape  Bo- 
niface  I,  au  sujet  de  l'entreprise  de  Patro- 
cle  d'Arles  ,  qui  ordonna  son  successeur. 
Flour  peut  donc  avoir  été  le  premier  évê- 
que de  cette  église,  à  moins  qu'il  ne  soit  le 
même  que  Florus%  qui  souscrivit  l'an  451 
à  la  lettre  des  èvêques  de  nos  provinces  au 
pape  S.  Léon,  &  que  M.  de  Tillemont 
croit ''  avoir  pu  assister,  vers  l'an  460,  au 
concile  d'Arles,  tenu  au  sujet  de  l'affaire  de 
Lérins. 

II.  On  n'est  pas  mieux  instruit  sur  les 
autres  évêques  de  Lodève  jusqu'au  commen- 
cement du  sixième  siècle.  Sylvain,  qu'on 
prétend^  avoir  été  le  second  évêque  de 
cette  église,  n'a  d'autre  garant  que  le  même 
I.Q  UIVANT  la  tradition  de  l'église  de  Lo-  Bernard  Guidonis  qui,  pour  toute  preuve, 
^dève,  S.  Flour  a  été  le  premier  évêque      dit  qu'il  assista  au  concile  d'Elvire  en  Espa- 


NOTE 
25 


NOTE  XXV 

Premiers  évêques  de  Lodève^. 


de  cette  ville  5  mais  si  cette  tradition  n'est  pas 
plus  ancienne  que  la  légende  du  saint,  elle 
n'est  pas  d'une  grande  autorité,  puisque  les 
mémoires  que  nous  avons  de  sa  vie  ne  re- 
montent pas  plus  haut  que  Bernard  Guido- 
nis", évêque  de  la  même  ville,  à  la  fin  du 
treizième  siècle.  Ce  prélat,  qui  composa  la 
vie  de  S.  Flour,  avec  plusieurs  autres  qu'on 
trouve  dans  son  Sanctorah  manuscrit,  ne 
fait  pas  difficulté  de  le  mettre  au  nombre 

'  Sidoine  Apollinaire,  1.  7,  epist.  6,  p.  124. 

^  Voyez  Tillemont,  sur  Fauste  de  Rie^,  art.  6. 

'  Catel,  Mémoires  de  l'hist.  de  Languedoc,  p.  978. 

^  Conférez  la  Note  LIX  du  tome  IV  de  cette 
édition,  où  se  trouve  l'histoire  chronologique  des 
évêques  de  Nimes. 

'  Conférez  la  Note  LX  du  tome  IV  de  cette  édi- 
tion ,  qui  contient  l'histoire  chronologique  des 
évêques  (îe  Lodève. 

^  Catel,  Mémoires  de  l'hist.  de  Languedoc,  p.  994. 
—  Plnntavit,  Chron.  praes.  Lodovensium ,  p.  6  &  seq. 


gne,  Van  3o5,  sous  Vemplre  de  Constantin. 
Mais,  1°  le  grand  Constantin  ne  fut  empereur 
que  l'an  3o6.  Quelle  apparence  d'ailleurs 
que,  n'ayant  embrassé  le  christianisme  que 
plusieurs  années  après ,  il  ait  auparavant 
assemblé  des  conciles? 2°  Aucun  évêque  des 
Gaules  n'assista  au  concile  d'Elvire,  ni  au- 
cun évêque  nommé  Sylvain".  La  souscrip- 
tion de  Sylvain  de  Lodève  à  ce  concile  est 
donc  une  fable. 

III.  Ce  n'est   que  par  une   légende  fort   Éd.ong. 
moderne  qu'on  prétend  prouver'  que  saint    p.'ôi'j. 

'  Voyez  Baillet,  2  novembre. 

"  Conciles,  t.  1 .  —  Coustelier,  Epist,  Sanct.  Pon- 
tifie, p.  I 082. 

^  Conciles,  t.  3. 

■•  Voyez  Tillemont,  sur  S.  Rustique  de  Narhonne, 
Histoire  ecclésiastique,  t.   i  5,  p.  407. 

'  Plantavit,  Chronologia  praesulum  Lodovensium. 

"  Labbe,  Concil.  t.   T,  p.  967. 

'  Plantavit,  Chronologia  praesul.  Lodovensium. 


Note 

25 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


5i 


Note 
i6 


vestre,  à  la  prière  de  l'empereur  Constan- 
tin, que  Mariana  '  a  tirée  des  contes  arabes 
de  Raziz. 

IL  On  prétend,  sur  la  foi  du  même  ma- 
nuscrit de  Savaron  ,  qu'^Etherius  qui  sous- 
crivit à  la  lettre  synodique  que  les  évoques 
des  Gaules  écrivirent  au  pape  S.  Léon,  en 
45 1 ,  étoit  évêque  de  Maguelonne.  C'est  sur 
la  même  autorité  qu'on  lui  donne'  Vincent 
pour  successeur  en  55oj  mais  on  doit  rayer 
l'un  &  l'autre  du  catalogue  des  évoques  de 
cette  église ,  puisqu'il  n'y  a  aucun  fonds  à 
faire  sur  ce  prétendu  manuscrit. 

III.  Il  faut  en  dire  autant  de  Viator  qu'on 
assure'  avoir  assisté  au  concile  de  Brague 
en  572,  car,  outre  qu'il  n'y  eut  que  les  seuls 
évêques  d'Espagne  qui  assistèrent  à  ce  con- 
cile, on  ne  trouve'*  pas  dans  la  souscrip- 
tion de  Viator  qu'il  fut  évêque  de  Mague- 
lonne; il  se  dit  véritablement  episcopus 
'M.agnetensts  ou  M.egnetensis  ;  mais  ce  nom 
est  fort  différent  de  M.agalonensis,  comme 
l'avoue  Gariel  lui-même.  Boetius,  qui  sous- 
crivit par  son  archidiacre  au  concile  de 
Tolède  de  l'an  589,  est  donc  le  plus  ancien 
évêque  de  Maguelonne  dont  le  nom  soit 
parvenu  jusqu'à  nous.  Selon  les  apparences 
c'est  un  des  premiers,  s'il  n'est  pas  le  pre- 

L^^^ARIEL*  de  qui  nous   avons  une  his-      mier   même,  car  il   ne  faut  pas   chercher 
v_J  toire  des  évêques  de  Maguelonne  &      l'érection    de    cet  évêché  avant  le  sixième 

de  Montpellier,  s'est  donné  bien  des  soins      siècle'. 

pour  nous  persuader  que  Simon,  qui  logea 

J.-C,  arborda  en  Provence  avec  la  Magde-      

laine  &  le  Lazare  &  fut  évêque  de  Mague- 
lonne :  mais,  outre  que  ce   récit  fabuleux 

ne  mérite  aucune  croyance,  il  est  d'ailleurs 

constant  que  ce  prétendu  Simon  étoit  en- 
tièrement  inconnu  à  Arnaud  de  Verdale, 

évêque  de  Maguelonne,  qui  nous   a  donné 

dans  le  quatorzième  siècle  une  histoire  des 

évêques'  de  son  église.  On  ne  doit  pas  faire 

plus  d'attention  à  la  prétendue  érection  de 

Maguelonne  en  évêché  par  le  pape  S.  Syl- 


Amand  a  été  évêque  de  Lodève  au  cin- 
quième siècle  avant  que  de  l'être  de  Rodez. 
En  effet,  ni  la  tradition  de  cette  dernière 
église  ni  la  vie  de  ce  saint  n'en  disent  rien, 
&  il  faut  de  meilleures  preuves  pour  nous 
faire  croire  une  pareille  translation  dans 
ce  siècle. 

IV.  On  prétend  qu'Hellade',  qui  souscri- 
vit l'an  45i  à  l'épître  synodique  des  évê- 
ques des  Gaules  à  S.  Léon ,  étoit  évêque  de 
Lodève;  mais  on  n'en  a  d'autre  preuve  que 
le  manuscrit  de  Savaron,  dont  on  a  déjà 
parlé,  &  dont  l'autorité  n'est  pas  assez  bien 
établie  pour  mériter  d'être  suivie. 

V.  Ranulfe  ,  qu'on  fait  le  cinquième  ' 
évêque  de  Lodève,  n'est  pas  appuyé  sur  des 
fondemens  plus  solides;  ainsi.  Materne, 
qui  souscrivit  l'an  5o6  au  concile  d'Agde, 
est  le  premier  dont  nous  ayons  une  con- 
noissance  &  une  époque  certaine. 


NOTE  XXVI 

Eglise  de  Maguelonne^, 


NoTI 

26 


NOTE  XXVII 

Premiers  évêques  de  Carcassonne  ^. 


I. 


'  Plantavit,  Chronologia  praesul.  Lodovensium. 

'  Plantavit,  Ihid. 

3  Conférez  la  Note  LXIII  du  tome  IV  de  cette 
édition,  qui  contient  l'histoire  chronologique  des 
évêques  de  Maguelonne. 

^  Gariel,  Séries  praesul.  Magalon.  p.  1  7  &  seq.  & 
Idée  de  la  ville  de  Montpellier. 

5  Voyez  Arnaud  de  Verdale,  Labbe,  t.  \,BihUoth. 
p.  793  &  suiv. 


NOUS   ne  réfuterons  pas  ici  toutes  les 
fables  que  Gérard^  de  Vie,  chanoine 
de  Carcassonne,  a  pris  la  peine  de  ramasser, 

'  Mariana,  Rerum  Hispanicarum  1.  6,  c.  16. 

'  Gariel,  Séries  praesul.  Magalon.  p.  29. 

'  Gariel,  Ibid.  p.  3i. 

^  Voyez  Conciles,  t.  5. 

5  Voyez  Note  LVII,  n.  6  &  suiv, 

s  Conférez  la  Note  LXIV  du  tome  IV  de  cette 
édition,  qui  contient  l'histoire  chronologique  des 
évêques  de  Carcassonne. 

^  De  Vie,  Chronologia  episcoporum  Carcasson.  p.  i 
8t  seq. 


NoTB 

27 


Note 
^7 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ou  pour  mieux  dire  d'inventer,  pour  nous 
persuader  que  S.  Crescent ,  disciple  de 
S.  Paul,  a  été  le  premier  évéque  de  Carcas- 
sonne.  Ce  qu'il  raconte  des  autres  premiers 
évêques  de  cette  église  n'est  pas  mieux 
fondé.  Les  anachronismes  &  les  fréquentes 
contradictions  où  il  est  tombé  suffisent  pour 
détruire  ses  foibles  conjectures. 

Cet  auteur  donne  pour  second  évéque  de 
la  même  église  Guimera,  qu'il  place  au 
catalogue  des  saints,  &  qu'il  fait  mourir 
l'an  3oo  de  J.-C.  Messieurs  de  Sainte-Marthe, 
qui  mettent'  ce  dernier  à  la  tête  des  évê- 
ques de  Carcassonne,  avouent  en  même 
temps  que  les  archives  de  cette  église  n'en 
disent  rien  ;  qu'il  est  seulement  fait  mention 
de  lui  dans  un  cartulaire,  &  que  la  tradi- 
tion du  pays  est  qu'il  fut  enterré  dans  la 
cathédrale  avec  cette  inscription  :  Guimera^ 
premier  évéque  de  la  présente  église. 

II.  Le  bréviaire  de  Carcassonne  l'admet 
aussi  pour  le  premier  évéque  de  cette  église  • 
mais  son  autorité  n'est  pas  d'un  grand  poids. 
De  Vie'  ne  fait  pas  difficulté  de  la  rejeter 
pour  établir  l'épiscopat  du  prétendu  Cres- 
cent avant  celui  de  Guimera,  &  fait  mourir 
celui-ci  un  dimanche  i3  de  février  de  Van  3oo, 
sans  faire  attention  que  le  i3  de  février  de 
l'an  3oo  étoit  un  mardi  &  non  pas  un  di- 
manche; ce  qui  détruit  sa  chronologie.  Il 
ajoute  qu'on  célèbre  sa  fête  à  Carcassonne 
le  même  jour,  &  qu'on  y  conserve  ses  reli- 
ques dans  deux  différentes  châsses  d'argent; 
ce  qui  ne  prouve  rien  par  rapport  au  temps 
où  il  vivoit  &  sur  lequel  le  bréviaire  de 
Carcassonne  garde  un  profond  silence. 

Puisqu'on  n'a  donc  aucun  monument  qui 
prouve  que  Guimera  ait  vécu  dans  le  troi- 
sième ou  quatrième  siècle,  il  faut  que  ce 
prélat  soit  le  même  que  l'évêque  de  Carcas- 
sonne de  ce  nom,  qui  vivoit'  à  la  fin  du 
neuvième  &  au  commencement  du  dixième  , 
&  dont  il  est  fait  mention ,  en  effet,  dans  le 
cartulaire  de  cette  église  qui  est  le  même 
que  celui  dont  parlent  Messieurs  de  Sainte- 
Marthe.  Or,  comme  la  date  des  chartes  est 
souvent  omise  dans  les  cartulaires,  &  qu'elle 


Note 


'  Gall'ia  Chr'istiana,  t.  2,  p.  475. 
'  De  Vie ,  Chronolog'ia    episcoporum  Carcass,  p. 
&  35. 

'  Voyez  Marca  Hispanica ,  p.  SyS,  Syp,  384. 


34 


manque,  d'ailleurs,  dans  la  plupart  des  ori- 
ginaux du  Languedoc  depuis  la  fin  du  neu- 
vième siècle  jusque  vers  la  fin  du  onzième, 
il  aura  été  aisé  à  ceux  qui  ont  vu  le  nom  de 
Guimera  dans  quelqu'une  de  ces  pièces  qui 
ne  sont  pas  datées  ,  de  le  placer  à  la  tête  des 
évêques  de  Carcassonne,  dans  l'incertitude 
du  temps  où  il  aura  vécu.  Il  n'est  pas  ,  d'ail- 
leurs, vraisemblable  que  ce  cartulaire,  qui 
est  du  douzièmeou  treizième  siècle,  rapporte 
une  charte  de  l'an  3oo,  temps  où  il  paroît 
certain  que  Carcassonne  n'étoit  pas  encore 
alors  honorée  d'un  siège  épiscopal. 

En  effet,  1°  Cette  ville  n'est  point  com- 
prise dans  les  plus  anciennes  notices  des 
Gaules,  &  elle  ne  paroît  qu'au  dernier  rang 
dans  les  postérieures.  2°  Nous  ne  trouvons 
pas  la  souscription  d'aucun  évéque  de  Car- 
cassonne dans  les  conciles  tenus  avant  le  Éd.orig, 
milieu  du  sixième  siècle.  3°  Si  les  évêques  de  0^5^,8. 
cette  ville  avoient  assisté  à  quelqu'un,  ce  se- 
roità  celui  d'Agde  tenu  l'an  5o6;  cependant 
il  n'y  en  est  fait  aucune  mention  '.  C'est  donc 
avec  raison  que  nos  plus  habiles  critiques 
ne  mettent  l'érection  de  cet  évêché  qu'au 
sixième  siècle,  dans  le  temps  que  les  rois 
Visigoths  tenoient  leur  siège  en  Espagne.  Le 
P.  Pagi  '  la  recule  même  jusqu'au  septième; 
mais  il  se  trompe,  puisque  le  troisième 
concile  de  Tolède  fut  tenu  l'an  689  &  non 
l'an  689,  comme  il  le  suppose.  Il  se  trompe 
également  en  disant  que  Guimera ,  qu'il 
admet  pour  premier  évéque  de  Carcassonne, 
souscrivit  à  ce  concile;  car  ce  fut  Sergius. 

III.  On  ignore  en  quel  temps  a  vécu  saint 
Hilaire  qu'on  fait  succéder  immédiatement 
au  prétendu  Guimera,  premier  évéque  ds 
Carcassonne.  Suivant  un  ancien  martyrologe 
de  cette  église,  il  vivoit  du  temps  des  héréti- 
ques ariens;  ce  qui  ne  décide  rien,  puisque 
nous  savons  que  les  Visigoths ,  qui  furent 
maîtres  de  Carcassonne  depuis  le  cinquième 
siècle  jusqu'au  commencement  du  huitième  , 
ne  se  convertirent  de  l'arianisme  à  la  foi  ca- 
tholique que  vers  la  fin  du  sixième.  S.  Hi- 
laire peut  avoir  vécu  par  conséquent  dans 

'  Voyez  Marca  Hispanica,  p.  24,  80  &  seq.  — 
Adrien  de  Valois,  Notifia  Galliarum,  p.  126. —  Le 
Cointe,  ad  ann.  624,  n.  5.  —  Voyez  Note  LVII, 
n.  6  &  suiv. 

"  Pagi,  ad  ann.  5o8,  n.  7. 


Note 
^7 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ce  dernier  &  avoir  précédé  immédiatement 
Sergius.  Aussi  est-il  assez  vraisemblable  qu'il 
a  été  le  premier  évêque  de  Carcassonne.  Il 
fut  inhumé  dans  une  église  de  son  diocèse 
dédiée  sous  l'invocation  de  S.  Saturnin  '  .On  y 
joignit  depuis  un  monastère  qui  portoit  déjà 
le  nom  de  S.  Hilaire  avec  celui  de  S.  Satur- 
nin au  commencement  du  neuvième  siècle. 
IV.  Nous  ne  sommes  guère  mieux  ins- 
truits sur  S.  Valère  qu'on  fait  successeur 
immédiat  de  S.  Hilaire  dans  le  siège  de  Car- 
cassonne. Ce  que  nous  savons  de  certain , 
c'est  qu'on  fait'  la  fête  de  l'un  &  de  l'autre 
dans  cette  église  le  3  de  juin  ,  car  Messieurs 
de  Sainte-Marthe,  qui  ont  marqué'  la  fête 
de  S.  Hilaire  au  3  de  janvier  se  sont  trom- 
pés. Ce  concours  des  deux  fêtes  au  même 
jour  fait  conjecturer^  à  de  Vie  que  S.  Va- 
lère est  le  même  que  S.  Hilaire;  &  en 
effet,  outre  que  les  noms  sont  assez  res- 
semblans ,  l'ancien  calendrier  gothique  de 
l'église  de  Narbonne  ne  fait  mention  au 
3  de  juin  que  de  S.  Valère.  Il  ne  dit  rien  de 
S.  Hilaire,  ce  qu'il  n'auroit  pas  oublié,  puis- 
que l'église  de  Carcassonne  étoit  au  voisi- 
nage &  dans  la  même  province  :  peut-être 
est-ce  une  faute  de  copiste;  sur  quoi  nous 
ne  pouvons  asseoir  aucun  jugement.  Quoi 
qu'il  en  soit,  il  est  toujours  constant  que  nous 
ne  connoissons  aucun  évêque  de  Carcas- 
sonne avant  le  sixième  siècle  ;  c'est  aussi  la 
véritable  époque  de  l'érection  de  cet  évéché. 


du  sixième  siècle.  S'il  faut  en  croire  cepen- 
dant Messieurs  de  Sainte-Marthe',  Appel- 
lius,  évêque  d'Elne,  souscrivit  au  concile  de 
Saragossede  l'an  38i,&  Ildesindus,  son  suc- 
cesseur, consacra  en  482  les  églises  des  sain- 
tes Justine  &Rufine  dans  la  vallée  de  Pratoy. 
On  trouve,  à  la  vérité,  dans  le  concile 
de  Saragosse'  de  l'an  38i,  la  souscription 
d'un  évêque  appelé  Ampelius;  mais  comme 
son  siège  n'est  pas  marqué,  on  ne  sauroit 
dire  qu'il  fut  plutôt  évêque  d'Elne  que  de 
quelque  autre  église,  à  moins  qu'on  n'en 
donne  des  preuves,  ce  qu'on  ne  fait  pas. 
Pour  ce  qui  est  d'Ildesindus ,  il  n'est  pas 
différent  de  l'évêque  d'Elne  de  même  nom 
qui  consacra,  en  effet',  vers  l'an  982,  l'église 
des  saintes  Justine  &  Rufîne  dans  la  vallée 
de  Prades  en  Roussillon,  que  Messieurs  de 
Sainte-Marthe,  trompés  sans  doute  par  des 
mémoires  peu  fidèles,  appellent  Pretoy. 
Ceux  qui  les  ont  fournis  auront  peut-être 
trouvé  dans  quelque  monument  qu'Ildesin- 
dus  consacra  cette  église  l'an  DCCCC  LXXXii, 
&  sans  faire  attention  à  la  lettre  D ,  ils  au- 
ront lu  cccc  Lxxxii ,  ce  qui  aura  donné 
lieu  de  faire  vivre  ce  prélat  dans  le  cin- 
quième siècle  au  lieu  du  dixième,  où  il  vivoit 
certainement ''.  Domnus,  qui  occupoit  le 
siège  d'Elne  en  Syi',  est  donc  le  premier 
évêque  de  cette  église  dont  l'époque  nous 
soit  connue. 


Note 
28 


Note 
z3 


NOTE  XXVIII 

Sur  l'église  d'Elne  ^. 

L'ÉVÊCHÉ  d'Elne   n'est  pas  plus  ancien  ® 
que  celui   de   Carcassonne,  &  on   n'en 
sauroit  faire  remonter  l'origine   au-dessus 

'  Voyez  Mabillon,  Annales,  t.  2,  p.  25i  &  864. 

'  De  Vie,  Chronologia  episcoporum  Canasson. 

'  Voyez  Bollandistes,  t.  i  junii,  p.  291. 

^  De  Vie,  Chronologia  episcoporum  Carcasson. 

'  Conférez  la  Note  LXV  du  tome  IV  de  cette 
édition,  qui  contient  l'histoire  chronologique  des 
évêques  d'Elne. 

^  Marca  Hispanica,  c.  24&80.  —  Adrien  de  Valois, 
Notitia  Galliarum,  p.  1  26  &  seq.  —  Le  Cointe,  ad 
ann.  624,  n.  5.  —  Voyez  Note  LVII,  n.  6  &  suiv. 


NOTE  XXIX 

Sur  les  premiers  évêques  de  Viviers  ^. 

l'T   E  P.  Columbi'  &  Messieuis  de  Sainte- 

1-'  Marthe  %  qui  ont  travaillé  sur  l'évéché 

de  Viviers ,  avouent  que  le  catalogue   des 

'  Gallia  Christiana,  t.  2,  p.  606. 

'  Conciles,  t.  2,  p.   loio. 

^  Marca  Hispanica,  c.  41  o  &  41  i . 

^  Marca  Hispanica,  c.  922,  927. 

^Johannes  Biclariensis,  CAro«icort,  dans  le  Recueil 
de  Canisius,  p.  134. 

fi  Conférez  la  Note  LXXIV  du  tome  IV  de  cette 
édition,  qui  contient  l'histoire  chronologique  des 
évêques  de  Viviers, 

'  Columbi,  Episcopi  Vivarienses,  p.  lyS. 

*  Gallia  Christiana,  t.  3,  p.  174,  c  2. 


Note 
29 


Note 
29 


54 


NOTES  SDR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.  orig. 
p.  619. 


premiers  évêques  de  cette  église  est  très- 
confus.  Ils  ne  rapportent  que  les  noms  de 
vingt-neuf  évèques  depuis  l'origine  de  cette 
église  jusqu'au  neuvième  siècle,  à  la  ré- 
serve de  trois  ou  quatre  dont  l'époque  est 
certaine. 

Les  anciens  monumens  de  cette  église  , 
comme  les  cartulaires,  les  légendes  &  les 
martyrologes  qui  rapportent  différemment 
la  succession  de  ces  premiers  évèques,  sont 
cause  sans  doute  de  cette  confusion.  De 
là  vient  que  ceux  qui  ont  travaillé  ensuite 
sur  ces  mémoires,  ont  multiplié'  les  évè- 
ques de  même  nom  ,  parce  qu'ils  ont  trouvé 
le  même  diversement  rangé  dans  ces  monu- 
mens. Ainsi,  on  met  au  nombre  des  pre- 
miers évêques  de  Viviers  quatre  Mélanus  , 
trois  Vénantius,  deux  Firmins,  deux  Euma- 
chius ,  trois  Longins ,  deux  Luciens  ,  sans 
qu'il  paroisse  qu'on  ait  eu  d'autre  raison 
de  les  multiplier  ainsi  que  la  diversité  des 
manuscrits  où  ils  sont  placés  différem- 
ment, mais  dans  lesquels  cependant  on  ne 
trouve  qu'un  seul  évéque  de  même  nom.  Il 
est,  en  effet,  très-probable  que  l'église  de 
Viviers  n'a  eu  dans  ses  commencemens 
qu'un  évêque  de  chacun  de  ces  noms,  à 
moins  qu'on  ne  rapporte  des  preuves  du 
contraire. 

Quoiqu'il  soit  très-difficile  de  fixer  cette 
succession  sur  les  mémoires  que  nous  avons, 
nous  allons  pourtant  essayer  de  la  réfor- 
mer sur  le  peu  d'époques  certaines  qui  nous 
restent.  Nous  croyons  donc  que  le  nombre 
de  vingt-neuf  évêques,  qu'on  place  sur  le 
siège  de  Viviers  depuis  l'origine  de  cette 
église  jusqu'à  Thomas,  qui  vivoit  l'an  8i5, 
doit  être  réduit  à  vingt,  &  qu'il  faut  les 
ranger  dans  l'ordre  suivant  : 

Evêques  d'Albe. 


1 .  s.  Januarius. 

2.  S.  Septimius. 

3.  S.  Maspicianus. 

4.  S.    EUCHERIUS. 

5.  s.    FiRMINUS. 

6.  s.  AuLUS   ou  AvOLus, 

406. 

7.  EUMACHIUS. 

Evèques  de   Viviers. 

8.  AuxoNius    ou    AuxA- 

MUS,   482-464. 


9.  s.  Lucien. 

10.  S.  Valerius,  507. 

11.  S.  Vénantius,    617- 

535. 

12.  Agrippius,  541. 
i3.  Melanus,  549. 
14.  Jean. 

i5.  Ardulfus. 

16.  RuSTICUS. 

17.  LONGINUS. 

I  8.  Eribaldus. 

19.  Arcontius. 

20.  Thomas,  81 5,  évêque 

d'Albe  ou  de  Viviers. 


'  Voyez  Le  Cointe,  ad  ann.  727,  n.  3,  36. 


Voici  les  preuves  de  cette  suite  :  1°  L'or- 
dre des  trois  premiers  ne  souffre  aucune 
difficulté,  puisqu'on  le  trouve  de  même  dans 
tous  les  monumens  que  nous  avons  de 
l'église  de  Viviers,  &  entre  autres  dans  le 
mémoire  que  Thomas  ,  évêque  de  cette 
église,  en  dressa  l'an  ii5o'. 

2°  Celui  des  trois  évèques  suivans  dé- 
pend de  la  fixation  de  l'époque  de  S.  Au- 
lus  5  car,  suivant  ses  actes  %  il  succéda  à 
S.  Firmin,  &  celui-ci  à  S.  Eucher.  Or,  cet 
Aulus  est  sans  doute  le  même  qu'Avolus, 
évêque  d'Albe,  qui,  suivant  les  actes  ^  de 
S.  Amatius,  évêque  d'Avignon,  fut  mis  à 
mort  par  les  Vandales,  dans  le  temps  de 
l'irruption  de  Crocus,  laquelle,  comme  iious 
le  prouverons  ailleurs,  arriva  au  commence- 
ment du  cinquième  siècle.  En  effet,  dans  les 
monumens  de  l'église  de  Viviers  qui  sont 
postérieurs  à  cette  irruption  ,  &  qui  font 
mention  de  tous  les  anciens  évèques ,  il 
n'en  est  fait  aucune  d'Avolus  ;  il  y  est  seu- 
lement parlé  d'un  Aulus,  sans  marquer  le 
temps  où  il  a  vécu;  ce  qui  fait  voir  que 
c'est  le  même  qu'Avolus.  Il  est  vrai  que  les 
actes  de  S.  Aulus'*  ne  disent  pas  qu'il  ait 
été  mis  à  mort  par  les  Vandales.  Ils  le  font 
même  évêque  de  Viviers,  au  lieu  de  le  faire 
évêque  d'Albe  ;  mais  ces  actes  ne  sont  pas 
d'une  antiquité  si  reculée,  qu'ils  ne  puissent 
être  fautifs  &  qu'on  ne  puisse  douter  de  leur 
authenticité.  Ils  paroissent  même  assez  mo- 
dernes ;  car  ils  font  mention  de  plusieurs 
des  successeurs  de  cet  évêque  ,  d'où  on  peut 
conclure  qu'ils  ont  été  faits  longtemps 
après  la  translation  du  siège  épiscopal 
d'Albe  à  Viviers  ,  &  que  l'auteur  aura  pu 
croire  que  S.  Aulus  avoit  siégé  dans  cette 
dernière  ville. 

3°  Nous  apprenons  des  mêmes  actes 
qu'Eumachius  succéda  immédiatement  à 
S.  Aulus,  ce  qui  nous  engage  à  donner  au 
premier  le  septième  rang.  Auxonius  doit 
occuper  par  conséquent  le  huitième  ,  puis- 
que, suivant   les   mémoires    de   l'église  de 


'  Columbi,  Episcopi  Vivarienses,  p.   177. 

'  Columbi,  Episc.  Vivar.  p.  177,  &  Gallia  Chris- 
tiana,  t.  3,  p.  174. 

^  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.   i,  p.   i36,  instr. 

"•  Columbi,  Episcopi  Vivarienses,  p.  177,  &  Gallia 
Christiana,  t.  3,  p.  174. 


Note 
29 


Non 
29 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC, 


55 


Viviers,  il  siégea  durant  l'irruption  de  Cro- 
cus ,  il  survécut  à  cette  irruption  ,  &  trans- 
féra le  siège  épiscopal  d'Albe  à  Viviers. 
Mais  comme  il  paroît,  d'ailleurs,  que 
S.  Avolus  ou  Aulus  étoit  évoque  d'Albe  dans 
le  temps  de  la  même  irruption  ',  &  qu'il  en 
fut  même  la  victime,  pour  concilier  ce  que 
nous  savons  d'Auxonius  avec  ce  qu'en  rap- 
portent les  mémoires  de  l'église  de  Viviers  , 
nous  croyons  qu'il  est  beaucoup  plus  vrai- 
semblable qu'il  ne  fut  évoque  d'Albe  que 
quelque  temps  après  cette  irruption,  qu'il 
succéda  à  Eumachius,  &  qu'il  transféra  le 
siège  épiscopal  de  la  ville  d'Albe  ruinée  par 
les  Vandales,  dans  celle  de  Viviers. 

D'ailleurs  ,  les  mémoires  ecclésiastiques 
du  cinquième  siècle  parlent  d'un  Auxo- 
nius ,  évèque  dans  la  Viennoise  ou  aux 
environs,  &  M.  de  Tillemont"  croit,  après 
Messieurs  de  Sainte  Marthe ,  que  c'est  notre 
évêque  de  Viviers.  Il  est  nommé  dans  la 
lettre  que  le  pape  S.  Célestin  écrivit  l'an  482 
aux  évêques  des  Gaules,  touchant  Prosper  & 
Hilaire ,  &  dans  celle  que  vingt  évêques  des 
Gaules,  &  entre  autres  ceux  de  la  Vien- 
noise, écrivirent  au  pape  S.  Hilaire  au  sujet 
de  l'affaire  de  Die;  ce  qui  prouve  qu'Auxo- 
nius  vivoit  alors. 

Au  reste ,  il  est  difficile  de  marquer  pré- 
cisément l'époque  de  la  translation  du  siège 
épiscopal  d'Albe  à  Viviers,  car  nous  voyons 
que  les  peuples  du  Vivarais  étoient  encore 
appelés^  AlbenseSj  du  nom  de  leur  capitale, 
vers  la  fin  du  cinquième  siècle,  &  que  les 
évêques  de  cette  église  ne  prenoient  encore 
que  le  titre  ^'évêques  d'Albe  au  commence- 
ment du  siècle  suivant;  c'est  ce  qui  paroît 
par  la  souscription  de  Vénantius  ^  au  con- 
cile d'Epaone  en  5 17.  Ce  même  prélat 
prend  cependant  le  titre  à^évèque  de  Vi- 
viers '  en  souscrivant  à  celui  de  Clermont  en 
535,  mais  Mélanus  ne  se  qualifie  c[u  évêque 
dAlbe  dans  sa  souscription"  au  concile 
d'Orléans  de  l'an  549.  Thomas  ScEthérius, 


leurs  successeurs,  prennent  l'un  &  l'autre 
titre'  au  neuvième  siècle;  d'où  on  peut 
conclure  que  le  siège  épiscopal  étoit  certai- 
nement transféré  à  Viviers  au  commencer 
ment  du  sixième  siècle,  quoique  les  évê- 
ques aient  continué  jusqu'au  neuvième  de 
prendre  le  titre  de  leur  ancien  siège,  en  le 
joignant  au  nouveau. 

4°  Le  martyrologe"  de  Viviers  place  la 
mort  de  S.  Valère ,  évêque  de  cette  église 
sous  Clovis,  l'an  507,  &  lui  donne  S.Lucien 
pour  prédécesseur.  S.  Venant,  successeur 
de  S.  Valère,  vivoit  certainement  l'an  5i7 
&  l'an  535,  comme  nous  venons  de  le  voir. 
Nous  connoissons  Agrippius  &  Mélanus  qui 
se  succédèrent  l'un  à  l'autre.  Le  dernier 
souscrivit  l'an  549  au  cinquième  concile 
d'Orléans,  &  l'autre,  suivant  le  P.  Columbi  % 
vivoit  l'an  541.  Il  est  faux,  cependant, 
que  celui-ci  ait  assisté ,  comme  il  le  pré- 
tend, au  quatrième  concile  d'Orléans  tenu 
la  même  année  641,  car  on  n'y  trouve  pas 
sa  souscription. 

5°  Le  même  auteur  s'est  trompé''  en  met- 
tant un  Sabinus  au  nombre  des  évêques  de 
Viviers  :  'il  avance  qu'il  assista  l'an  585  au 
second  concile  de  Mâcon;  mais  il  est  évi- 
dent qu'il  a  pris  Sabinus,  évêque  de  Béarn' 
ou  de  Lescar,  Benearnensis  pour  Vivariensis. 
Puis  donc  qu'il  n'est  fait  mention  d'aucun 
Sabinus  dans  les  anciens  mémoires  de  l'église 
de  Viviers  ,  nous  le  retranchons  du  catalo- 
gue du  P.  Columbi. 

6°  Pour  les  six  évêques  qui  suivent  Mé- 
lanus dans  notre  catalogue ,  nous  les  lais- 
sons dans  le  même  ordre  qu'ils  sont  rangés 
dans  les  mémoires  de  l'église  de  Viviers  ,  & 
nous  les  plaçons  entre  le  sixième  &  le  com- 
mencement du  neuvième  siècle;  &  comme  il 
en  est  fait  mention  dans  les  anciens  ®  cartu- 
laires  de  la  même  église,  au  sujet  des  do- 
nations qu'ils  y  avoient  faites ,  ils  doivent 
plutôt  appartenir  au  temps  qui  suit  qu'à 
celui  qui  précède   le  sixième  siècle.  Nous 


NoïB 

^9 


'  Gallia  Ckristiana,  nov.  éd.  t.  3,  p.   174. 

*  Tillemont,  art.  7,  sur  S.  Prosper,  p.   17,  art.   1, 
2,  sur  S.  Mamert,  p.   106. 

'  Sidoine  Apollinaire,  1.  6,  Epître  11. 
^  Conciles,  t.  4,  p.   iSS?,. 

*  Conciles,  p,  1 8o5. 

'  Concili's,  t.  5,  p.  3^7  &  suiv. 


'  Columbi,  Ep'iscopi  Vivarienses ,  p.   198.  —  Con- 
ciles, t.  9,   p.  276. 

"  Voyez  Columbi,  Episcopi  Vivarienses,  p.   193. 
'  Voyez  Columbi,  Episcopi  Vivarienses,  p.   193. 
^  Voyez  Columbi,  Episcopi  Vivarienses,  p,   ipS, 
5  Conciles,  t.  5,  p.  988. 
^  Columbi,  Episcopi  Vivarienses,  p.   iSl. 


Note 
29 


56 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd 


mettons  Jean  &  Ardulfus  les  premiers ,  parce 
qu'il  en  est  parlé  dans  l'ancienne  notice 
Nong.  Je  i^  dotation  de  l'église  de  Viviers,  qu'on 
p.  620  croit  être  du  commencement  du  huitième 
siècle.  Les  quatre  évèques  suivans  sont  pla- 
cés au  hasard,  suivant  l'ordre  que  leur  donne 
l'ancien  Gallia  Christîana  ;  mais  nous  avons 
retranché  ceux  qui  ont  été  répétés  plu- 
sieurs fois  sous  le  même  nom  ,  lorsque  nous 
n'avons  vu  aucune  preuve  qui  nous  obligeât 
de  les  multiplier  &  de  croire ,  sans  quelque 
autorité,  qu'il  y  ait  eu  à  Viviers  plusieurs 
évèques  de  même  nom  dans  ces  siècles  re- 
culés. 

On  ne  sauroit  tirer  aucun  éclaircissement 
certain  pour  la  suite  des  évèques  de  Viviers, 
comme  le  prétend  le  P.  Columbi  ',  de  l'an- 
cienne notice  qu'il  a  donnée  de  la  dota- 
tion de  cette  église  ,  parce  que  les  chartes 
qu'on  a  extraites  ne  sont  pas  datées,  & 
qu'elles  sont  rapportées  confusément  &  sans 
aucune  liaison  entre  elles;  ce  qu'on  peut 
prouver  par  les  deux  évèques  Mélanus  & 
Vénantius  dont  nous  avons  des  dates  cer- 
taines ,  &  dont  le  premier  est  placé  devant 
le  dernier  dans  cette  notice  ,  quoique  nous 
sachions  certainement  que  Vénantius  étoit 
antérieur  à  Mélanus. 

II.  Nous  n'ignorons'  pas  que  le  P.  Le 
Cointe  arrange  d'une  manière  différente 
de  la  nôtre  la  chronologie  des  premiers 
évèques  de  Viviers,  sur  l'autorité  de  cette 
notice  ou  Pouillé  donné  par  le  P.  Columbi. 
Il  prétend  que  tous  les  articles  de  cette  no- 
tice qui  précèdent  le  vingt-sixième  sont 
antérieurs  à  l'an  727  de  J.-C.  &  qu'ils  sont 
rangés  exactement  selon  l'ordre  chrono- 
logique ;  sans  en  donner  d'autre  preuve  que 
la  date  suivante,  qui  se  trouve  au  n°  XL 


qu'il  seroit  très-aisé  de  détruire  ,  il  nous 
suffit,  pour  être  convaincus  que  plusieurs 
d'entre  les  donations  qxie  cet  auîialiste  fait 
antérieures  à  l'an  727  sont  postérieures, 
de  lire  les  paroles  suivantes  au  n°  XXIV  :  In 
comitatu  Vivariense...  in  Valentinensi,  ce  qui 
ressent  le  style  du  neuvième  siècle  ,  car  ce 
n'est  que  depuis  ce  temps-là  ,  &  surtout  de- 
puis l'hérédité  des  fiefs,  que  dans  les  chartes 
on  a  distingué  les  lieux  par  comtés.  On  n'a 
qu'à  consulter  toutes  les  donations  &  au- 
tres chartes  de  la  première  race  &  celles 
du  commencement  de  la  seconde ,  &  on 
verra  qu'on  n'employoit  dans  ce  temps-là 
que  le  terme  de  pagus,  pays,  pour  signifier 
ce  qu'on  a  voulu  dire  dans  la  suite  par  celui 
de  comitatus ,  comté. 

Comme  il  n'y  a  donc  aucun  fonds  à  faire 
sur  l'ordre  chronologique  de  ce  Pouillé, 
c'est  ainsi  que  le  P.  Columbi  l'appelle  , 
on  ne  sauroit  s'en  servir  pour  multiplier 
les  évèques  de  même  nom  ,  comme  a  fait 
le  P.  Le  Cointe,  puisque  un  même  évêque 
peut  avoir  fait  différentes  donations,  rap- 
portées sous  différens  articles.  Thomas  II , 
évêque  de  Viviers,  voulant,  à  l'exemple  de 
plusieurs  autres  églises  &  monastères  de  son 
temps,  conserver  la  mémoire  des  anciennes 
donations  faites  à  son  église,  &  dont  les  ori- 
ginaux dépéi'issoient,  en  dressa  une  notice 
ou  un  extrait  sommaire  dans  le  douzième 
siècle.  Cet  évêque  est  donc  le  premier  au- 
teur de  ce  Pouillé;  car  il  est  faux  qu'il  y 
ait  eu  une  collection  antérieure,  comme 
le  prétend  le  P.  Columbi,  Thomas  fit  con- 
fusément l'extrait  de  toutes  les  chartes  de 
son  église  qui  furent  assez  lisibles  ,  &  parmi 
lesquelles  il  pouvoit  s'en  trouver  plusieurs 
des  dixième  &  onzième  siècles,  dont  la  plu- 


NOTB 

29 


Omnia  ista  dotaverunt  ad  S.    Vincentium part  étoient  sans  date,  suivant  l'usage   du 


anno  septimo  régnante  domino  nostro  Galde- 
berto  &  etiam  domino  Cheuberto  (ou  comme 
porte  le  cartulaire  de  l'église  de  Viviers  , 
Theuberto)  rege ,  indictione  undecima.  Cet 
historien  tâche  d'adapter  ces  notes  chro- 
nologiques à  la  septième  année  du  roi 
Thierry  IV  ou  à  l'an  727.  Mais  sans  entrer 
dans  la  discussion  de  toutes   ses  raisons  , 

'  Columbi,  Episcopi  Vivariense  s,  p.  181. 
'  Le  Cointe,  ad  ann.  727,  n.  3,  36. 
*  Columbi,  p.  i85. 


pays  &  du  temps.  Mais  comme  il  en  restoit 
encore  beaucoup  de  plus  anciennes,  que  le 
temps  avoit  presque  effacées,  ce  prélat  omit 
celles-ci  qui  faisoient  les  deux  tiers  des 
originaux.  Ego  Thomas'  episcopus  exemplavi 
istud  politicum  de  aliis  vetustissimis  chartulis 
quas  inveni  in  chartulario  S.  Vincentii,  &  nec 
tertiam  partem  potui  exemplare  propter  nimiam 
vetustatem  qua  consumptae ,  S-c. 

Le  terme  de  chartularium  a  trompé  sans 

'  Columbi ,  p.  21  T. 


Note 
29 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


doute  le  P.  Columbi,  &  il  aura  cru  que 
Thomas  ne  fit  que  copier  un  plus  ancien 
cartulaire  ;  mais  dans  cet  endroit  chartula- 
rium  veut  dire  le  chartier  ou  les  archives  , 
&  il  est  évident  que  ce  prélat  fit  ses  ex- 
traits sur  les  originaux  mêmes  ,  dont  quel- 
ques-uns étoient  entiers ,  &  les  autres  ou 
effacés  ou  usés  par  le  temps.  Si  c'eût  été  un 
cartulaire  écrit  au  commencement  du  hui- 
tième siècle,  comme  on  le  prétend,  on  ne 
comprend  pas  comment  il  n'y  en  auroit  eu 
que  le  tiers  de  lisible. 

Le  P.  Columbi  '  prétend  encore  qu'il  est 
fait  mention  de  cette  plus  ancienne  notice 
ou  Fouillé  copié  par  l'évêque  Thomas  ,  dans 
une  charte  de  l'empereur  Charles  le  Chauve, 
&  que  ce  prince  l'autorisa  avec  toutes  les 
donations  dont  il  y  est  parlé  :  mais  il  n'en 
est  pas  dit  un  mot  dans  la  charte  de  ce 
prince  rapportée  par  le  P.  Columbi  '  même, 
&  elle  n'est  pas  différente  des  autres  char- 
tes de  cet  empereur  &  de  celles  des  autres 
princes  en  faveur  des  églises,  pour  les  con- 
firmer dans  leurs  possessions. 

Il  est  vrai  que  le  terme  de  Puletum,  omis 
dans  l'édition  que  le  P.  Columbi  a  donnée  de 
cette  charte,  s'y  trouve  en  effets  Concedî- 
mus  Vlvarhnsi  matri  eccîesiae,  res  quae  quon- 
dam  Juerunt  in  jure  ejusdem  eccîesiae  id  est 
Vu L'ETVm.  &  quidquid  S.  Vincentii  in  eodem 
comitatu  Valentinensi ,  cum  dimidia  ecclesia 
S,  Romani  esse  dignoscitur,  S-c.  Mais  on  laisse 
à  juger  s'il  s'agit  là  d'un  Pouillé  ou  d'un  car- 
tulaire ,  &  si  ce  mot  placé  comme  il  est  ne  si- 
gnifie pas  plutôt  un  lieu  ou  un  village  de  ce 
nom  :  res  quae  quondam  fuerunt  in  jure  ejus- 
dem eccîesiae.  Ce  prétendu  Pouillé  avoit-il 
passé  en  des  mains  étrangères,  &  n'appar- 
tenoit-il  plus  à  l'église  de  Viviers  du  temps 
de  Charles  le  Chauve  ? 

On  doit  retrancher  du  catalogue  des  évê- 
ques  de  cette  église  Séverin,  que  Columbi 
fait  siéger  l'an  804 ,  parce  qu'il  n'en  donne 
d'autre  preuve  que  l'acte  prétendu  de  consé- 
cration du  grand  autel  de  l'église  d'Aniane, 
acte  que  l'on  convient'' être  supposé. 

'  Columbi,  p.  i85. 

*  Columbi,  p.  2o3  &  suiv. 

'  Voyez  aux  Preuves,  sous  len.  CVIII  des  Chartes, 
la  Charte  de  l'empereur  Charles  le  Chauve ,  en  faveur 
de  l'église  de  Viviers. 

*  Voyez  Le  Cointe,  ad  ann.  804, 


57 

Enfin  nous  remarquerons  '  que  le  P.  Co- 
lumbi, qui  a  été  suivi'  par  Messieurs  de 
Sainte-Marthe,  d'un  seul  évêque  de  Viviers 
qui  vivoit  à  la  fin  du  règne  de  Charles  le 
Chauve,  en  a  fait  deux.  C'est  Ethérius,  dont 
il  est  fait  mention  dans  une  charte  de  ce 
prince,  du  mois'  d'août  de  l'an  877.  Il  est 
vrai  que  cet  auteur  a  lu  Euchérius  au  lieu 
d'Ethérius,  qui  est  son  vrai  nom  marqué 
dans  le  cartulaire  de  l'église  de  Viviers  : 
mais  cette  dernière  leçon  est  d'autant  plus 
certaine,  que  le  P.  Columbi''  convient 
qu'Ethérius  souscrivit  au  concile  de  Pon- 
tion ,  l'an  876,  &  à  celui  de  Mantaille  en 
879.  Ce  n'est  donc  qu'un  seul  évêque  de 
même  nom  qui  siégea  depuis  l'an  878  jusqu'à 
l'an  882. 


NOTE  XXX 

Sur  l'église  de  Gévaudan  ^. 

MDE  Tillemont  prétend*  qu'on  a  con- 
•  fondu  Séverien ,  évêque  de  Cabale 
dans  la  Syrie ,  avec  S.  Séverien  ,  évêque  de 
Gévaudan  (Gabalorum)  dans  les  Gaules ,  ou 
pour  mieux  dire  que  la  ressemblance  des  deux 
noms  est  cause  que  les  écrivains  peu  exacts 
du  moyen  âge  ont  pris  l'un  pour  l'autre  ,  & 
d'un  seul  évêque  en  ont  fait  deux;  ce  qui 
paroît  fort  vraisemblable  à  M.  Baillet  '. 
Nous  avons,  en  effet,  des  preuves  certaines 
qu'il  y  a  eu  un  Séverien,  évêque  de  Cabale , 
dans  la  Syrie  :  mais  nous  n'en  avons  d'autre 
qu'une  tradition  fort  moderne*  pour  celui 
des  Gaules,  &  il  est  très-aisé  de  confondre 
les  Gabales  de  Syrie  avec  ceux  des  Gaules. 
C'est  ce  qui  est  arrivé  de  nos  jours  à  un 

'  Columbi,  p.  2o3  &  seq. 

=■  Gallia.  Christiana,  t.  3,  p.   1  177  &  seq. 

3  Voyez  aux  Preuves,  Chartes  &  Diplômes, 
n.  CVIII. 

■*  Columbi,  p.  2o5. 

5  Conférez  la  Note  LXXII  du  tome  IV  de  cette 
édition,  qui  contient  l'histoire  chronologique  des 
évêques  de  Mende. 

«Tillemont,  Histoire  ecclésiastique,  t.  4,  n.  i, 
sur  S.  Privât. 

'  Baillet,  Vie  de  S.  Privât,  21  août. 

»  Voyez  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  i ,  p.  88. 


Note 

^9 


Éd.orig. 

t.  1, 
p.  621. 


Note 
3o 


Note 
3o 


58 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
3i 


auteur  célèbre  '  qui  nous  a  donné  une  mé- 
daille frappée  en  l'honneur  de  l'empereur 
Justin  II,  dans  le  sixième  siècle,  par  les 
habitans  de  Gabales  en  Syrie,  pour  une 
médaille  des  peuples  du  Gévaudan  dans  les 
Gaules,  sur  lesquels  cet  empereur,  ni  ses 
prédécesseurs  depuis  la  décadence  de  l'em- 
pire d'Occident  ,  n'eurent  aucune  autorité. 

S.  Privât  est  donc  le  premier  évêque  du 
Gévaudan  que  nous  connoissions.  Ses  actes 
le  font  mourir  de  la  main  des  Vandales, 
pendant  l'irruption  de  Crocus,  ce  qui  n'ar- 
riva, à  ce  qu'il  paroît'  ,  qu'au  commen- 
cement du    cinquième  siècle. 

La  vérité  de  cette  époque  supposée  ,  on 
pourroit  conjecturer  que  S.  Firmin%  qu'on 
donne  pour  successeur  à  S.  Privât,  fut  son 
prédécesseur  j  car  d'un  côté  nous  ignorons 
le  temps  où  vivoit  le  premier,  &  de  l'autre 
nous  savons  que  l'église  de  Gévaudan  sub- 
sistoit  en  314.  Genialis,  diacre  de  la  cité  de 
Gévaudan  dans  la  province  d'Aquitaine,  sous- 
crivit en  effet ,  alors ,  au  concile  d'Arles. 
Or  cet  ecclésiastique  étoit ,  sans  doute , 
député  par  l'évêque  du  pays  j  ainsi  celui-ci 
n'est  peut-être  pas  différent  de  S.  Firmin. 
Nous  voyons  ,  d'ailleurs,  parles  actes  "*  de 
S.  Privât ,  que  cet  évéque  avoit  eu  divers 
prédécesseurs  dans  son  siège.  Quoi  qu'il  en 
soit,  on  doit  le  regarder  comme  le  princi- 
pal fondateur  de  l'église  de  Gévaudan ,  & 
on  le  regardoit,  en  effet,  comme  tel ,  avant 
la  tradition  moderne ,  qui  a  admis  un  Séve- 
rien  pour  premier  évèque  de  cette  église. 


NOTE  XXXI 

Epoque  du  martyre  de  S.  Saturnin, 
premier  évèque  de  Toulouse. — Au- 
thenticité de  ses  actes. 


JL*  si  respectable  '  que,  malgré  la  tradi- 
tion qu'une  pieuse  crédulité   avoit  intro- 

'  Hardouin,  Opéra,  p.  438. 

"  Voyez  Note  XLII. 

'  Voyez  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.   I,  p.  88. 

■*  Surius,  21  Aug.  p.  884. 

*  Voyez  Ruinart,  Actasincera,  p.  i  28  &  sea 


duite  pour  faire  ce  saint  évèque  disciple 
des  Apôtres ,  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter 
qu'il  n'ait  vécu  au  milieu  du  troisième  siè- 
cle 5  ce  qui  est  confirmé  par  les  martyro- 
loges de  Florus  &  d'Adon  &  par  le  cardinal 
Baronius. 

Toute  la  difficulté  consiste  à  fixer  l'année 
précise  de  sa  mort.  Une  des  raisons  qui  per- 
suadent M.  de  Tillemont  qu'elle  n'arriva 
pas  l'an  260  ,  comme  plusieurs  l'avoient  cru 
jusqu'ici ,  &  qu'il  faut  la  reculer,  c'est  que 
ses  actes  rapportent  qu'il  fut  ordonné  évê- 
que de  Toulouse,  cette  même  année  25o.  Or, 
selon  ces  mêmes  actes,  S.  Saturnin  avoit 
déjà  bâti  une  église  dans  la  même  ville  avant 
son  martyre,  &  pour  la  bâtir,  il  falloit  que 
depuis  son  ordination,  il  eût  formé  un  cer- 
tain nombre  de  fidèles  ;  ce  qu'il  ne  paroît 
avoir  pu  faire  dans  l'espace  d'une  seule 
année. 

On  pourroit  répondre  que  S.  Saturnin 
ayant  travaillé  à  la  propagation  de  la  foi 
dans  la  ville  de  Toulouse,  avant  que  d'en 
devenir  le  pasteur  ordinaire  ,  il  eut  le  temps 
de  convertir  un  nombre  suffisant  de  fidèles 
pour  former  une  église  ,  avant  que  de  souf- 
frir le  martyre,  &  qu'il  put  l'avoir  souffert 
par  conséquent  l'année  de  son  ordination. 
En  effet ,  M.  de  Tillemont  '  met  sa  mission 
dans  les  Gaules  dès  l'an  245.  Ainsi  cinq  ou 
sixans  pouvoient  suffire.  Cependant,  comme 
nous  n'avons  rien  de  certain  là-dessus,  & 
qu'il  peut  se  faire  que  S.  Saturnin  ne  soit 
venu  à  Toulouse  que  l'année  de  son  ordi- 
nation, c'est-à-dire  l'an  25o,  comme  le  por- 
tent ses  actes,  nous  avons  jugé  plus  à  propos 
de  différer  son  martyre  jusqu'à  la  persécu- 
tion de  l'empereur  Valérien. 

II.  Quant  aux  actes  de  S.  Saturnin  ,  le 
P.  Ruinart"  prétend  qu'ils  ont  été  écrits 
cinquante  ans  après  le  martyre  du  saint, 
fondé  sur  l'autorité  de  la  leçon  d'un  manus- 
crit de  neuf  cents  ans  d'antiquité.  Ainsi 
ces  actes  doivent  être  du  commencement 
du  quatrième  siècle.  Cependant  M.  de 
Tillemont,  plus  intéressé  que  tout  autre  à 
soutenir  leur  antiquité  ,  ne  les  fait  que  du 
cinquième  siècle  ,  &  les  attribue  à  un  diS' 

'  Tillemont,  Histoire  ecclésiastique ,  t.  3  ,  p  2q3 
&  n.  3,  sur  5.  Denys  de  Paris. 

'  Ruinart,  Acta  sincera,  p.   128  &  se<j. 


Note 
3i 


Note 
3i 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 

32 


Éd.orig, 

t.  1, 
p.  622. 


ciple  de  S.  Exupère ,  évoque  de  Toulouse  : 
mais  nous  croyons  le  sentiment  du  P.  Rui- 
nart  plus  probable,  &  nous  sommes  per- 
suadés avec  lui  que  la  fin  de  ces  actes,  où  il 
est  parlé  de  la  translation  des  reliques  de 
S.  Saturnin  dans  le  cinquième  siècle  sous 
S.  Exupère,  est  d'une  autre  main  &  a  été 
insérée  depuis  dans  les  mêmes  actes  ;  ce 
que  le  P.  Ruinart  prouve  encore  par  l'au- 
torité d'un  autre  manuscrit,  où  ils  finissent 
par  le  récit  de  la  mort  du  saint,  &  où  l'his- 
toire de  sa  translation  commence  sous  un 
autre  titre. 


NOTE  XXXII 

Sur  S.  Antonin  de  Pamîers  6'  Vorîgïne 
de  cette  ville. 


Lt  es  Bollandistes',  effrayés  des  difficultés 
JL/  qui  se  rencontrent  dans  les  divers 
actes  que  nous  avons  de  S.  Antonin  ,  qu'on 
dit  avoir  été  martyrisé  à  Pamiers  ,  dans  les 
Gaules,  avouent"  leur  embarras 3  &  ne 
trouvant  rien  qui  puisse  lever  leurs  doutes, 
ils  embrassent,  jusqu'à  ce  qu'ils  aient  trouvé 
quelque  chose  de  plus  certain,  le  senti- 
ment de  MM.  de  Tillemont  &  Baillet,  qui 
prétendent  qu'on  a  confondu  S.  Antonin 
de  Pamiers  dans  les  Gaules  avec  S.  Antonin, 
martyr  d'Apamée  en  Syrie ,  &  que  la  res- 
semblance du  nom  latin  de  ces  deux  villes 
(Apamea,  Apamia)  est  cause  que  d'un  saint 
on  en  a  fait  deux. 

Ces  savans  critiques  paroissent'  d'autant 
mieux  fondés  dans  leurs  conjectures,  qu'ils 
ont  très-bien  prouvé  que  les  plus  anciens 
martyrologes,  &  entre  autres  ceux  de  S.  Jé- 
rôme ,  ne  font  mention  que  de  S.  Antonin , 
martyr  d'Apamée  en  Syrie ,  dont  ils  préten- 
dent que  les  modernes  ont  forgé  celui  de 
Pamiers  5  &  que,  quoique  le  nom  de  ce  saint 
soit  marqué  deux  fois  dans  les  mêmes  mar- 
tyrologes ,  savoir  au  2  &  au  3  de  septembre, 
c'est  pourtant  toujours  le  même. 

'  Acta  Sanctorum,  t.  ult.  junii,  p.  5o8  8c  t.  2  julii. 
=■  Acta  Sanctorum,  t.  2  julii,  p.   12  &  seq. 
s  Bollandistes,  t.  2  julii,  p.   10  &  seq. 


59 

II.  A  cette  preuve  nous  pouvons  ajouter 
que  même  le  nom  de  Pamiers  est  inconnu 
dans  les  Gaules  avant  le  douzième  siècle  , 
&  que  nous  n'avons  aucun  monument  qui 
fasse  mention  de  cette  ville  avant  ce  temps- 
là.  En  effet  ,  l'abbaye  de  S.  Antonin  de 
Pamiers,  qui  est  aujourd'hui  une  église 
cathédrale ,  portoit  anciennement  le  nom 
de  Frédelas,  &  non  pas  celui  de  Pamiers  , 
nom  qu'elle  a  pris  certainement  d'un  châ- 
teau que  les  comtes  de  Foix  firent  bâtir 
tout  auprès,  au  commencement  du  dou- 
zième siècle  ou  à  la  fin  du  précédent  ,  & 
qu'ils  nommèrent  Pamîers,  comme  nous  le 
dirons  bientôt  :  ce  qui  fait  voir  que  tous  les 
martyrologes  qui  mettent  un  S.  Antonin 
martyr  â  Pamîers ,  dans  les  Gaules,  doivent 
être  postérieurs  au  onzième  siècle. 

lïl.  On  doit  conclure  de  là  que  tous  les 
actes  de  S.  Antonin ,  où  il  est  dit  qu'il 
mourut  à  Pamîers  dans  les  Gaules  ,  sont  très- 
modernes;  &  quand  ces  actes  n'auroient 
pas,  d'ailleurs,  des  marques  visibles  de 
nouveauté  ou  de  supposition ,  comme  les 
Bollandistes  l'ont  fait  voir,  par  les  contra- 
dictions ,  les  fables  &  les  anachronismes 
dont  ils  sont  remplis,  il  n'en  faudroit  pas 
davantage  pour  rendre  leur  autorité  sus- 
pecte au  sujet  d'un  martyr  qu'on  prétend 
avoir  vécu  dans  les  premiers  siècles  de 
l'Eglise.  On  ne  peut  donc  s'appuyer  sur  des 
monumens  si  peu  authentiques. 

IV.  Malgré  ce  que  nous  venons  de  dire , 
nous  avons  lieu  de  croire  qu'il  y  a  eu  dans 
les  Gaules  un  S.  x\ntonin,  martyr,  différent 
de  celui  d'Apamée  en  Syrie,  mais  sur  lequel 
nous  sommes  obligés  d'avouer  que  nous 
n'avons  aucune  connoissance  certaine ,  soit 
du  temps  où  il  a  vécu,  soit  des  circonstances 
de  son  martyre. 

V.  Pour  prouver  ce  que  nous  venons 
d'avancer,  il  faut  supposer  d'abord  comme 
un  fait  certain  qu'il  y  avoit  une  abbaye  en 
Aquitaine  ,  au  commencement  du  neuvième 
siècle,  sous  le  nom  de  S.  Antonin.  Il  en 
est  fait  mention  dans  le  décret  que  l'empe- 
reur Louis  le  Débonnaire  fit  à  Aix-la-Cha- 
pelle" ,  l'an  817  ,  touchant  les  monastères. 
Cette  abbaye  est  la  même  que  le  monastère 
de  S.  Antonin ,  qui  subsiste  encore  sur   les 

•  Voyez  Mabillon,  Annales,  t.  2,  p.  ^33, 


NoTB 

3z 


Note 

32 


60 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


frontières  du  Rouergue,  du  Querci  &  de 
l'Albigeois,  &  qui  appartient  aujourd'hui 
aux  chanoines  réguliers  de  la  congrégation 
de  France.  Il  est  certain  que  le  monastère 
de  S.  Antonin  ,  dont  il  est  parlé  dans  le 
décret  d'Aix-la-Chapelle ,  est  différent  de 
celui  de  S.  Antonin  de  Pamiers ,  qui ,  sans 
doute,  ne  subsistoit  pas  encore  ,  puisque  ce 
dernier  devoit  appartenir  au  Toulousain, 
pays  séparé  de  l'Aquitaine  ,  lequel  fait  un 
article  particulier  dans  le  même  décret  de 
Louis  le  Débonnaire.  Ainsi  les  Bollandistes 
se  sont  trompés'  lorsque,  supposant  que 
S.  Antonin  auroit  souffert  le  martyre  à 
Pamiers,  dans  les  Gaules,  ils  le  font  mar- 
tyr d'Aquitaine  j  car  le  Toulousain  fai- 
soit  partie  de  l'ancienne  Narbonnoise. 

VI.  Suivant  une  ancienne  charte"  de 
Pépin  le  Bref,  le  monastère  de  S.  Antonin 
en  Rouergue,  ou  en  Aquitaine,  étoit  situé 
dans  une  vallée  appelée  Vallis  nobllîs.  Si  on 
pouvoit  s'appuyer  sur  l'autorité  de  cette 
charte  &  d'une  autre  qu'on  attribue'  au 
même  prince  ,  il  n'y  auroit  pas  lieu  de  dou- 
ter qu'on  ne  conservât  alors  dans  cette 
abbaye  les  reliques  de  S.  Antonin,  martyr  : 
mais  comme  ces  monumens  paroissent 
interpolés,  &  qu'ils  contiennent  des  ana- 
chronismes  &  des  faits  contraires  à  l'his- 
toire, on  ne  sauroit  s'en  servir  pour  prou- 
ver que  les  reliques  de  ce  saint  étoient 
conservées  dans  ce  monastère  au  huitième 
siècle.  Le  plus  ancien  &  le  plus  sûr  monu- 
ment que  nous  ayons  là-dessus  est  le  té- 
moignage d'Adhémar  de  Chabannes,  qui 
atteste  que  sous  le  règne  du  roi  Robert,  & 
dans  le  temps  qu'il  écrivoit  sa  chronique , 
Dieu  opéra  divers  miracles  dans  le  Querci 
par  les  reliques^de  S.  Antonin,   martyr  du 

'  Bollandistes,  t.  2  julii,  p.  8, 10  &  seq. 

*  Voyez  ci-après  aux  Preuves,  Chartes  &  Diplô- 
mes, sous  le  n.  IV,  la  Notice  de  la  donation  faite  au 
monastère  de  S,  Antonin  en  Rouergue, par  le  roi  Pépin, 

'  Capitulaires,  t.  2,  Append.  n.  5i,  p.  1484  & 
suiv.  &  ci-après,  Preuves,  Chartes  &  Diplômes, 
n.  80,  —  Comme  le  disent  fort  bien  les  Béné- 
dictins &  comme  nous  le  faisons  remarquer  plus 
loin ,  ces  pièces  sont  loin  d'être  authentiques.  Ce 
sont  des  notices  rédigées  vraisemblablement  à  la  fin 
du  onzième  siècle  par  les  religieux,  pour  leur  tenir 
lieu  d'actes  perdus ,  ou  même  qui  n'avaient  jamais 
existé.  [E.  M.] 


Note 

32 


pays'.£a  tempestate  S.  Leonardus  în  Lemovi 
cino,&  S .  Antoninus  martyr  in  Cadurcino  mira- 
culis  coeperunt  coruscare,  &■  undique  popull  eo 
confluxerunt  ;  ce  qui  prouve  du  moins  qu'au 
commencement  du  onzième  siècle  on  croyoit 
posséder  au  monastère  de  S.  Antonin,  en 
Aquitaine,  les  reliques  de  ce  saint  martyr. 
On  peut  même  inférer  des  paroles  d'Adhé- 
mar, que  nous  venons  de  rapporter,  qu'il 
croyoit  que  ce  saint  avoit  souffert  le  mar- 
tyre dans  les  Gaules,  &  même  dans  le 
Querci ,  puisqu'il  le  joint  avec  S,  Léonard, 
qui  étoit  un  saint  local ,  &  qui  est  mort 
certainement  dans  le  Limousin. 

VII.  D'un  autre  côté,  nous  aurions  une- 
preuve  certaine  qu'une  partie  des  reliques 
du  même  S.  Antonin  étoient  conservées 
dans  l'abbaye  de  Frédelas  ou  de  Pamiers,  à 
la  fin  du  neuvième  siècle,  si  on  pouvoit 
comptersur  les  actes  de  la  translation  qu'on 
prétend  en  avoir  été  faite  en  l'an  887  d'une 
ancienne  église  de  la  même  abbaye  dans 
une  nouvelle.  Les"  Bollandistes  soupçon- 
nent qu'il  s'est  glissé  quelques  erreurs  dans 
ce  monument,  &  c'est  avec  raison.  Ils 
croient  cependant  que  le  fonds  en  est  vrai  : 
nous  ferons  voir  '  ailleurs  que  du  moins 
l'époque  en  est  fausse 5  que  les  circonstan- 
ces en  paroissent  fabuleuses,  &  que  s'il  n'est 
pas  entièrement  supposé,  nous  ne  connois- 
sons  pas  assez  ce  qu'il  rapporte  de  vrai 
mêlé  avec  le  faux  pour  pouvoir  s'en  servir. 
En  effet,  Roger  I"^''  du  nom ,  comte  de  Car- 
cassonne,  dont  ces  actes  font  mention,  ne 
vivoit  qu'à  la  fin  du  dixième  siècle  &  au 
commencement  du  suivant,  &  c'est  alors  en 
l'an  987,  que  cette  translation  peut  avoir  été 
faite,  c'est-à-dire  qu'il  peut  avoir  obtenu 
une  partie  des  reliques  de  S.  Antonin  qui 
étoient  conservées  dans  l'abbaye  de  son 
nom  en  Rouergue. 

VIII.  Ce  comte,  par  son  testament  ^,  donna 

à  Pierre  ,  son  troisième  fils  ,  les  évêchés  &    Éd. on;; 

1. 1. 
toutes   les  abbayes  de   son  domaine.  Il  ne    p.  623. 


Bihl. 


nova  manu- 


'  Adhémar  de  Chabannes,  t. 
script,  de  Labbe,  p.   [79. 

"  Bollandistes,  t.  2  julii,  p.  i3, 

3  Voyez,  au  tome  IV  de  cette  édition,  la  Note  ITI. 

•*  Voyez,  au  tome  V  de  cette  édition,  dans  les 
Preuves,  sous  le  n.  CCCCLXXXI  des  Chartes,  le 
Testament  de  Roger ,  vicomte  de  Carcassonne ,  de 
Rase^  &  d'Albi. 


Note 

32 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


6i 


spécifie  pas  véritablement  l'abbaye  de  Fré- 
delas  en  particulier;  mais  elle  est  nommée, 
vers  le  milieu  du  onzième  siècle,  dans  plu- 
sieurs '  actes  de  ce  dernier,  qui  la  possé- 
doit  alors.  Nous  savons,  d'ailleurs,  qu'elle 
subsistoit  vers  l'an  960,  comme  il  paroît  par 
le  testament  du  comte  Raymond  ,  rapporté 
par  le  P.  Mabillon  "  dans  sa  Diplomatique. 
Illo  alode  de  Carlîago  Rogerio  filîo  Arnaldo 
remaneat  ;  post  suum  discessum  Sanctt  Anto- 
nînî  Fredelesio  remaneat.  Ce  sont  là  les 
plus  anciens  monumens  que  nous  ayons 
de  l'abbaye  de  S.  Antonin  de  Pamiers.  Elle 
fut  fondée  vraisemblablement  au  dixième 
siècle  par  les  comtes  de  Carcassonne  pré- 
décesseurs de  Roger;  car  ils  étendoient 
leur  domaine  sur  la  partie  méridionale  du 
diocèse  de  Toulouse ,  &  c'est  de  lui  qu'il  est 
parlé  dans  le  testament  du  même  comte  Ray- 
mond, comme  nous  le  prouverons  ailleurs. 

IX.  Cette  abbaye  eut  le  sort  de  toutes 
celles  qui  tombèrent  en  mains  séculières 
dans  le  onzième  siècle ,  &  dans  la  plupart 
desquelles  la  régularité  étant  entièrement 
déchue ,  les  moines  se  transformèrent  en 
chanoines.  Roger,  comte  de  Foix  ,  descen- 
dant du  comte  de  Carcassonne  de  ce  nom  & 
successeur  de  Pierre,  évêque ,  qui  possé- 
doit  l'abbaye  de  Frédelas  comme  un  bien 
héréditaire,  touché  de  sa  décadence ,  s'a- 
dressa vers  la  fin  du  même  siècle  à  S.  Hu- 
gues ,  abbé  de  Cluny,  pour  la  réformer. 
Locum  S.  Antoninî^  qui  vulgo  vocatur  Fre- 
dolus ,  quatenus  ibi  monastîci  habitas  te  sta- 
tuente  regularis  inseratur  ordo ,  &c. 

X.  Il  paroît ,  cependant ,  que  les  pieuses 
intentions  de  ce  comte  n'eurent  point  leur 
exécution ,  puisque  ses  successeurs  conti- 
nuèrent dans  leur  usurpation ,  &  que  la 
réforme  de  Cluny  ne  fut  point  introduite 
dans  cette  abbaye.  C'est  ce  qu'on  voit  par 
un  acte  *,  qui  nous  apprend  que  les  papes 
Urbain  II  &  Pascal  II  furent  obligés  d'ex- 

'  Voyez,  au  tome  V  de  cette  édition,  dans  les 
Preuves ,  sous  le  n.  CCCCLXXXI ,  le  Testament  de 
Roger,  vicomte  de  Carcassonne,  de  Rase^  &  d'Albi. 

'  Mabillon,  Diplomatique ,:^.  SyS. 

'  Voyez  Mabillon,  Annales  Benedict.  t.  j\,  p.  677. 

^  Voyez,  au  tome  V  de  cette  édition,  dans  les 
Preuves,  sous  le  n.  CCCLV  des  Chartes,  l'Accord 
entre  Roger  II,  comte  de  Foïx,&  l'abbaye  de  Frédelas 
ou.   de  Pamiers. 


communier  un  autre  Roger,  comte  de  Foix, 
qui  refusoit  de  restituer  à  l'église  de  Fré- 
delas les  biens  qu'il  avoit  usurpés  sur  elle  j 
ce  qui  dura  jusqu'au  mois  de  juin  de 
l'an  un,  que  ce  comte,  touché  d'un  re- 
mords de  conscience,  restitua  par  un 
acte  solennel  les  biens  que  ses  prédéces- 
seurs avoient  usurpés   sur   ce    monastère. 

Ego    Rogerius   cornes  Fuxensis Guirpio 

sine  inganno  domino  Deo  &  S.  Antonino  & 
abbatibus  futuris  canonice  electis  &  Isarno 
priori  &  successoribus  suis  &  canonicis  tam 
praesentibus  quam  futuris  totam  villam  Fre- 
delaci  &  castrum  ApamIvE  &  omnem.  abbatîam 
S.  Antonini ,  &c. 

XI.  Les  actes  que  nous  venons  de  rap- 
porter nous  donnent  lieu  de  faire  ici  quel- 
ques observations  :  1°  Qu'il  n'est  dit  nulle 
part  que  l'abbaye  de  Frédelas  possédât  les 
reliques  de  S.  Antonin ,  martyr,  en  tout  ou 
en  partie. 

2°  Que  c'est  seulement  depuis  l'an  un 
que  nous  connoissons  le  lieu  de  Pamiers 
dans  les  Gaules,  &  que  c'étoit  pour  lors 
un  château  bâti  auprès  de  l'abbaye  de  Fré- 
delas, lequel  a  donné  l'origine  à  la  ville  de 
même  nom. 

3"  Que  dans  le  même  temps  cette  abbaye 
n'étoit  gouvernée  que  par  un  simple  prieur  ', 
soit  qu'elle  fût  devenue  un  prieuré  soumis 
à  l'ordre  de  Cluny ,  ou ,  ce  qui  est  plus 
vraisemblable ,  que  la  réforme  n'y  ayant  pas 
été  introduite,  le  titre  abbatial  fût  toujours 
demeuré  aux  comtes  de  Foix  qui  avoient 
usurpé  les  biens  de  ce  monastère  ,  &  qui 
permirent,  dans  la  suite,  l'élection  des  abbés, 
&  abbatibus  futuris  canonice  electis ,  comme 
porte  la  charte  de  l'an  iiii. 

4°  Que  le  château  de  Pamiers,  castrum 
Apamiae,  dont  il  est  parlé  pour  la  première 
fois  dans  cette  dernière  charte,  avoit  été 
bâti  vraisemblablement  sur  le  fonds  de 
l'abbaye  à  la  fin  du  onzième  siècle,  par  le 
même  Roger,  comte  de  Foix.  Nous  savons , 
en  effet,  que  ce  comte  alla  à  la  guerre 
sainte ,  &  qu'il  fut  de  la  première  croisade. 
La  tradition  ^  de  l'église  de  Pamiers  ajoute 
qu'il  apporta  des  reliques  à  son  retour  de 
ce  voyage ,  entre  autres  celles  des  SS.  Caius 

'  Voyez  Mabillon,  t.  5,  p.  56o. 
*  Gallia  Christiana^  t.  2,  p.   161. 


Note 
3z 


NOTJ 

3a 


62 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


&  Alexandre  ,  martyrs ,  d'Apamée  en  Syrie  , 
qu'il  les  déposa  dans  l'église  de  Frédelas,  & 
qu'elles  y  furent  conservées  jusqu'au  sei- 
zième siècle.  Il  est  donc  très-vraisemblable 
que  ce  comte  ,  après  son  retour  d'Orient , 
fit  bâtir  le  château  de  Pamiers ,  Apamiae , 
auprès  de  l'abbaye  de  Frédelas,  &  qu'il  lui 
donna  ce  nom  parce  qu'il  avoit  apporté  ces 
reliques  de  la  ville  d'Apamée  en  Syrie. 

XII.  De  là  ,  il  a  été  aisé  de  confondre 
S.  Antonin  ,  martyr  des  Gaules  ,  patron  de 
l'abbaye  de  Frédelas,  située  auprès  du  nou- 
veau château  d'Apamée,  au  diocèse  de  Tou- 
louse,  &  patron  de  l'abbaye  de  S.  Antonin, 
en  Rouergue,  avec  S.  Antonin,  martyr 
d'Apamée  en  Syrie.  C'est  ce  qui  a  donné 
lieu  à  toutes  les  fausses  légendes  qui  ont 
été  fabriquées  dans  la  suite  ,  dans  lesquel- 
les on  ne  s'est  pas  contenté  d'ajouter  une 
infinité  de  circonstances  fabuleuses  à  ce 
qu'on  pouvoit  savoir  du  martyre  de  S.  An- 
tonin d'Apamée  en  Syrie ,  mais  qu'on  a 
transféré  dans  les  Gaules  &  confondu  avec 
un  autre  saint  de  même  nom,  qui  avoit  souf- 
fert en  Aquitaine  ,  &  dont  on  possédoit  une 
partie  des  reliques  dans  l'abbaye  de  son 
nom  en  Rouergue  ;  car  nous  ne  doutons 
pas  que  ces  deux  saints  ne  soient  différens. 

XIII.  Il  n'y  a  ,  en  effet ,  aucune  vraisem- 
blance que  le  corps  de  S.  Antonin ,  martyr 
d'Apamée,  ait  été  apporté  dans  les  Gaules, 
dans  les  cinquième  ou  sixième  siècles , 
comme  l'insinuent  '  les  Bollandistes ,  ni 
même  dans  le  huitième,  car  si  nous  avons 
en  France  des  reliques  venues  d'Orient,  ce 
n'est  guère  que  depuis  les  Croisades ,  lors- 
que les  seigneurs  qui  eurent  part  à  ces 
guerres  en  apportèrent  à  leur  retour,  après 
les  avoir  enlevées  des  villes  qu'ils  avoient 
prises  sur  les  infidèles,  ou  autrement. 

Il  est  vrai  que  ce  qui  détermine  davan- 
tage les  Bollandistes"  à  croire  que  les  reli- 
ques de  S.  Antonin,  conservées  à  Pamiers, 
étoient  celles  du  martyr  d'Apamée ,  c'est 
qu'on  conservoit  aussi  dans  l'église  de  Pa- 
miers,  comme  nous  l'avons  dit,  celles  des 
SS.  Ca'ius  &  Alexandre  &  de  S'"  Nathalie, 
martyrs,  lesquelles  furent  apportées  d'Apa- 
mée en  Syrie,  dans  les  Gaules,  par  Roger, 

'  Bollandistes,  t.  2  julii,  p.  i3, 
'  Bollandistes,  t.  2  julii,  p.  i3. 


Note 
82 


comte  de  Foix ,  à  son  retour  de  la  pre- 
mière croisade  :  mais  comme  ces  reliques 
ne  furent  mises  dans  l'abbaye  de  Frédelas 
qu'à  la  fin  du  onzième  ou  au  commence- 
ment du  douzième  siècle ,  &  que  nous 
avons  déjà  prouvé  qu'on  honoroit  long- 
temps auparavant  celles  d'un  S.  Antonin , 
martyr,  dans  le  monastère  de  ce  nom  en 
Rouergue,  cela  nous  donne  lieu  de  croire 
qu'il  doit  y  avoir  eu  ,  dans  les  Gaules  , 
un  S.  Antonin,  martyr,  différent  de  celui 
d'Apamée. 

XIV.  Nous  pouvons  appuyer  nos  conjec-  Ed.orig 
tures  sur  les  témoignages  de  Vincent  de  p.  624. 
Beauvais  &  de  S.  Antonin  de  Florence,  & 
sur  l'autorité  des  divers  actes  que  nous  avons 
de  S.  Antonin,  qui  conviennent  presque 
tous  qu'il  mourut  dans  les  Gaules.  Il  est 
vrai  que  ces  actes  n'ont  rien  d'authentique, 
&  qu'ils  sont  du  moins  extrêmement  inter- 
polés :  mais  quelque  suspects  qu'ils  soient, 
ils  paroissent  d'autant  mieux  fondés  à  re- 
connoître  un  S.  Antonin ,  martyr  dans  les 
Gaules ,  qu'ils  sont  tous  d'accord  sur  ce 
seul  article ,  qui  est  d'ailleurs  conforme  à 
l'ancienne  tradition  du  pays. 

Divers  martyrologes,  entre  autres  ceux 
de  S.  Riquier  &  de  S.  Victor,  confirment' 
cette  tradition.  Le  Père  du  Solier  prétend 
que  le  premier  est  au  moins  du  commence- 
ment du  quatorzième  siècle.  Or,  ce  marty- 
rologe met  au  2  de  septembre  un  S.  Anto- 
nin,  prêtre  &  martyr  dans  les  Gaules,  au 
territoire  de  Cahors,  différent  de  celui  de 
Syrie  ,  qu'il  qualifie  enfant  &  dont  il  parle 
aussi  au  même  jour.  In  Gallia  terrîtorîo  Ca- 
turcensi  S.  Antoninî  presbyterî  &  martyrîs.  Ea- 
dem  die  S.  alterîus  Antoninî  pueri  martyrîs,  &c. 
Ce  dernier  Antonin  est  qualifié  tantôt  en- 
fant",  &  tantôt  jeune  homme  de  vingt  ans, 
dans  les  différens  manuscrits  du  martyro- 
loge de  S.  Jérôme.  Celui  de  S.  Victor  met 
aussi  au  même  jour,  2  de  septembre,  un 
S.  Antonin,  différent  de  celui  d'Apamée.  In 
cîvîtate  Brugdunensî  passîo  S.  Antoninî  le- 
vîtae  cum  Johanne  presbytero  &  Almachîo 
puero,  &c.,  &c.  Or,  cet  Antonin  doit  être 
celui  d'Aquitaine,  puisqu'on  honoroit  dans 

'  Bollandistes,  Acta  Sanctorum,  t.  yjunii,  p.  5o8 
&  seq. 

'  Bollandistes,  Acta  Sanctorum,  t.  2  julii,  p.  8. 


Note 

32 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


63 


l'église  de  Pamiers' ,  les  reliques  de  ses  deux 
compagnons,  Jean  &  Almachius,  que  per- 
sonne ne  donne  pour  compagnons  à  S.  An- 
tonin  d'Apamée;  ce  qui  fait  voir  que  le 
nouveau  martyrologe  romain  dans  lequel 
le  cardinal  Baronius  a  ajouté  au  2  septem- 
bre à  Pamiers ,  dans  les  Gaules,  S.  Antonin, 
martyr,  fi-c,  n'est  pas  le  premier  martyro- 
loge qui  fasse  mention  d'un  S.  Aiitonin  des 
Gaules.  Ce  cardinal  s'est  trompé,  cepen- 
dant, pour  le  lieu  de  son  martyre. 

XV.  Nous  pourrions  ajouter  à  cette  tra- 
dition du  pays,  appuyée  sur  des  actes  &  des 
martyrologes ,  l'ancien  culte  "  rendu  dans 
les  Gaules  &  en  Espagne,  &  surtout  dans 
l'Aquitaine  &  en  Auvergne,  à  un  S.  Anto- 
nin, martyr  :  culte  qui  n'auroit  pas  été, 
sans  doute,  si  étendu,  si  ce  saint  n'avoit 
été  martyrisé  dans  les  Gaules. 

XVI.  On  pourroit  objecter  que,  selon 
tous  les  nouveaux  martyrologes,  la  fête  de 
S.  Antonin  des  Gaules  est  marquée  au  2  de 
septembre,  jour  auquel  il  est  constant  que 
le  martyrologe  de  S.  Jérôme  &  les  autres 
plus  anciens  mettent  le  martyre  de  celui 
d'Apaméej  qu'ainsi  ce  doit  être  un  même 
saint.  On  peut  répondre  à  cette  objection  : 
1°  Qu'il  n'est  pas  impossible  que  ces  deux 
saints  soient  morts,  ou  bien  qu'on  célébrât 
anciennement  leur  fête  le  même  jour,  ce 
qui  doit  les  avoir  fait  confondre.  2°  Catel  ' 
observe  que  les  anciens  actes  de  S.  Anto- 
nin de  Pamiers,  qui  sont  dans  le  recueil 
de  Bernard  Guidonis  ,  marquent  la  mort  de 
ce  saint  au  29  d'août;  il  peut  donc  être 
arrivé  fort  aisément  qu'on  ait  pris  Apamée, 
en  Syrie,  pour  Pamiers  dans  les  Gaules;  & 
que  sachant  que  le  S.  Antonin  d'Apamée , 
dont  il  est  fait  mention  dans  le  martyrologe 
de  S.  Jérôme,  étoit  mort  le  iv.  des  noues  de  , 
septembre,  on  ait  cru  devoir  lire  dans  les  Ëpoque  de  la  division  de  l'ancienne 
plus  anciens  actes  de  celui  des  Gaules ,  sur  Narbonnoise  en  deux  provinces  &» 
l'autorité  de  ce  martyrologe,  le  zV.  des  nones,  ^^  i^  subdivision  des  autres  parties 
au  lieu   du  îv.  des  calendes    de   septembre.  7       yo       7 

/-'»••  •       .1     T>  11     j.  .    4  des  Gaules. 

C  est  ainsi  que,  suivant  les  Bollandistes%  on 


a  confondu  S.  Antonin  ,  martyr  de  Plai- 
sance, en  Italie,  mort  le  3o  de  septembre, 
avec  S.  Antonin  d'Apamée,  mort  le  2  du 
même  mois.  De  là ,  les  nouveaux  légen- 
daires auront  confondu  les  actes  de  l'un 
avec  ceux  de  l'autre,  &  n'en  auront  fait 
qu'un  seul,  comme  on  peut  voir  dans 
les  actes  qui  ont  été  donnés  par  Mont- 
britius ,  Nicolas  Bertrandi,  les  PP.  Chifflet 
&  Labbe,  où,  malgré  la  contradiction,  on 
qualifie  S.  Antonin  tantôt  enfant,  tantôt 
jeune  homme  de  vingt  ans,  conformément 
au  martyrologe  de  S.  Jérôme,  &  tantôt 
prêtre  ;  car,  suivant  la  tradition,  celui  des 
Gaules  étoit  revêtu  de  ce  caractère. 

Telle  a  donc  été,  comme  nous  le  croyons, 
la  cause  de  la  confusion  que  nous  voyons 
dans  les  divers  actes  de  ce  saint  ;  actes  beau- 
coup plus  interpolés  les  uns  que  les  autres. 
On  aura  conservé  le  peu  qu'on  savoit,  par 
S.  Jérôme,  de  celui  de  Syrie,  ou,  par  la 
tradition,  de  celui  des  Gaules.  Ce  dernier 
aura  ,  sans  doute  ,  souffert  le  martyre  sur 
les  frontières  du  Querci  &  du  Rouergue,  & 
vraisemblablement  durant  les  persécutions 
des  empereurs  païens ,  ou  peut-être  seule- 
ment au  commencement  du  cinquième  siè- 
cle dans  le  temps  de  l'irruption  des  Vandales 
qui  firent  une  infinité  de  ravages  &  plu- 
sieurs martyrs  dans  les  Gaules.  Il  y  a  ap- 
parence que  les  SS.  Jean  &  Almachius, 
dont  on  prétendoit  conserver  les  reliques 
dans  l'église  de  Pamiers,  souffrirent  aussi 
avec  lui  le  même  genre  de  mort. 


NOTE  XXXIII 


Note 
3i 


'  Gallia  Chr'ist'tana,  t.  2,  p.  161. 

'  Voyez  Savaron  &  Branque,  Saints  d'Auvergne. 
—  Bollandistes,  t.  2  julii,  p.  8.  —  Fernandez  de 
Pulgar,  Historia  de  Palencia,  t.  2. 

^  Catel,  Mémoires  de  l'hist,  de  Languedoc,  p.  3 19. 

"*  Bollandistes,  t.  2  julii,  p.  9. 


I.T  A  plupart  des    modernes  sont  partagés 
i-'  au  sujet  de  l'époque  de  la  division  des 

Gaules  en  treize  ou  quatorze    provinces  , 

sur  laquelle  les   anciens    auteurs    ne  nous 

ont  rien  laissé  de  précis. 

Plusieurs    font    remonter   cette   division 


Note 
33 


Note 
33 


64 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


jusqu'au  règne  de  l'empereur  Adrien'.  D'au- 
tres', &  ce  sont  ceux  qui  la  reculent  da- 
vantage ,  ne  la  mettent  que  sous  l'empire 
de  Constantin.  M.  de  Marca  '  semble  pren- 
dre un  milieu  entre  ces  deux  sentimens  :  il 
rapporte  d'abord  le  commencement  de  cette 
division  à  Adrien  ou  à  Antonin  le  Pieux ,  & 
la  consommation  à  Constantin.  Enfin,  M.  de 
Tillemont'',  sur  l'autorité  de  Lactance'  ou 
de  l'auteur  du  livre  de  la  M.ort  des  persé- 
cuteurs, qui  dit  que  Dioclétien  multiplia 
beaucoup  les  provinces  en  divisant  les  an- 
ciennes, croit  que  c'est  à  cet  empereur  qu'il 
faut  attribuer  cette  nouvelle  division  des 
Gaules. 

II.  Quoique  ce  dernier  sentiment  paroisse 
le  plus  probable,  &  qu'on  puisse  croire  que 
l'empereur  Dioclétien  ajouta  quelques  pro- 
vinces à  celles  qui  subsistoient  déjà  de  son 
temps,  en  subdivisant  quelques-unes  de  ces 

Ed.orig.  dernières,  nous  croyons  cependant  que  la 
p.  625.  division  de  l'entière  Narbonnoise  en  deux 
provinces ,  savoir  en  Narbonnoise  &  en 
Viennoise ,  est  un  peu  plus  ancienne ,  & 
qu'on  doit  la  rapporter  au  plus  tôt  sous  l'em- 
pire d'Aurélien ,  &  au  plus  tard  sous  celui 
de  Probusj  en  sorte  qu'elle  doit  être  arrivée 
entre  l'an  270  &  l'an  280  de  J.-C. 

III.  En  effet,  la  division  des  Gaules  en 
quatorze  provinces  ne  se  fit  pas  d'abord  par 
un  seul  &  même  empereur.  Ces  diverses 
provinces  furent  érigées  successivement®  & 
en  différens  temps,  selon  que  le  deman- 
doient  le  bien  de  l'empire,  le  gouverne- 
ment des  peuples  &  le  besoin  des  provinces 
voisines  des  pays  barbares.  Les  Gaules 
étoient  divisées  en  deux  seuls  gouverne- 
mens  ou  provinces  romaines  du  temps  de 
César  j  l'ancienne  Narbonnoise  en  compo- 
soit  alors  une  seule.  Elles  furent  partagées 
en  quatre  ,  sous  Auguste  ,  savoir  ,  en  Nar- 
bonnoise, Lyonnoise,  Aquitanique  &  Bel- 

'  Onuphrius,  de  Repuhl.  Rom.  1.  3. —  Cordemoi, 
Histoire  de  France, X..  i,  p.  63  &  suiv. 

'  Adrien  de  Valois,  Notifia  Galliarum,  p.  3oo  & 
$eq. 

'  Marca  Hispanlca ,  p.  80  &  de  Prim.  p.  i58  & 
seq. 

*  Tillemont,  art.  24,  sur  Dioclétien. 

'  Lactance,  de  la  Mort  des  persécuteurs ,  c.  7. 

«  Voyez  Marca,  de  Prim.  p.  i58  &  Lacarry,  de 
praef.  praet.  Gall. 


gique  ,  c'est-à-dire  qu'on  en  confia  le 
gouvernement  à  quatre  différens  procon- 
suls, ou  préteurs  indépendans  les  uns  des- 
autres.  Il  est,  depuis,  fait  mention'  de  la 
premièreSc  de  la  seconde  Germanique,  sous 
l'empire  d'Othon.  Ces  deux  dernières,  qui 
furent  démembrées  de  la  Belgique,  avoient 
été  érigées,  selon  les  apparences,  du  temps 
de  l'empereur  Néron.  La  raison  en  fut  sans 
doute  parce  que  ,  s'étendant  le  long  du 
Rhin  &  des  frontières  de  la  Germanie  ou 
des  peuples  barbares ,  leur  gouvernement 
étoit  plus  difficile  &  demandoit  plus  d'at- 
tention. Enfin  ,  il  est  parlé  '  de  la  Séqua- 
noise  sous  l'empire  de  Dioclétien  5  ce  qui 
montre  qu'un  seul  empereur  n'a  pas  été 
l'auteur  de  la  subdivision  des  quatre  an- 
ciennes provinces  des  Gaules  ,  &  qu'avant 
Constantin  on  en  comptoit  du  moins  sept 
à  huit. 

IV.  Pour  ce  qui  regarde  la  Narbonnoise 
&  les  autres  provinces  des  Gaules  qui  fu- 
rent divisées  en  première  &  seconde,  il  est 
constant  qu'elles  demeurèrent  en  leur  en- 
tier%  au  moins  jusqu'à  l'an  270  de  J.-C. 
Leur  subdivision  ne  sauroit  donc  être  rap- 
portée à  l'empereur  Adrien  ,  comme  quel- 
ques-uns le  prétendent. 

En  effet,  Ptolémée  le  géographe,  qui 
vivoit  sous  l'empereur  Antonin  le  Pieux , 
&  peut-être  encore  sous  Marc-Aurèle, 
comme  le  témoigne  Suidas  ,  ne  reconnoît 
d'autre  division  dans  les  Gaules  que  celle 
qu'Auguste  en  avoit  faite  en  quatre  pro- 
vinces, &  il  ne  dit  rien  de  la  prétendue 
division  de  l'empereur  Adrien.  Il  parle  seu- 
lement des  deux  Germaniques,  situées  le 
long  du  Rhin,  qui  faisoient  anciennement 
partie  de  la  Belgique^  ce  qui  fait  voir  que 
de  son  temps  on  ne  connoissoit  dans  les 
Gaules  que  ces  six  provinces. 

D'ailleurs ,  aucun  monument  avant  le 
quatrième  siècle  ne  fait  mention  de  la 
Viennoise,  &  encore  moins  de  la  Lyon- 
noise, de  l'Aquitaine  &  de  la  Belgique  se- 
condes, qu'on  prétend  avoir  été  érigées  par 
Adrien  j  car  nous  ne  nous  arrêtons  pas  à 
faire.voir  la  fausseté  de  l'épître  de  S.  Cor- 

'  Tacite,  Historiarum  1.   i. 

'  Gruter,  p.   166. 

'  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  3oo. 


NOTB 

33 


NOTB 

33 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


65 


neille ,  pape,  à  Lupicin ,  archevêque  de 
Vienne  :  d'autres  l'ont  fait'  avant  nous. 

Nous  voyons,  au  contraire,  que  dans 
tous  les  monumens  qui  nous  restent  des 
deuxième  &  troisième  siècles,  il  n'y  est 
parlé  que  des  seules  provinces  Narbon- 
noise,  Lyonnoise,  Aquitanique  &  Belgique. 
Si  la  prétendue  division  des  Gaules  en  qua- 
torze provinces  eût  été  faite  alors ,  nous 
trouverions  du  moins  quelque  monument 
qui  feroit. mention  de  quelqu'une  des  nou- 
velles provinces  :  mais  ils  ne  parlent  tous 
que  des  anciennes.  Parmi  plusieurs  témoi- 
gnages que  nous  pourrions  citer,  nous  nous 
contenterons  de  celui  de  Spartien'qui  rap- 
porte que  l'empereur  Sévère,  avant  que 
d'être  élevé  à  l'empire ,  à  la  fin  du  deuxièriie 
siècle,  avoit  été  gouverneur  de  la  Lyon- 
noise :  Deinde  Lugdunensem  provînciam  le- 
gatus  accepit.  Cet  auteur  ne  distingue  ni  la 
première  ni  la  seconde  Lyonnoise ,  ce  qu'il 
auroit  dû  faire  si  elles  eussent  été  alors  sé- 
parées. Le  jurisconsulte  Paul',  qui  vivoit  à 
la  fin  du  deuxième  siècle  ou  au  commence- 
ment du  troisième,  met  Vienne  dans  la  Nar- 
bonnoise  :  preuve  que  la  Viennoise  n'étoit 
pas  encore  alors  érigée. 

V.  Les  raisons  de  ceux  qui  croient^  que 
les  Gaules  furent  divisées  en  quatorze  pro- 
vinces, sous  l'empire  d'Adrien,  sont  :  i°  qu'il 
est  marqué  dans  le  jeune  Victor  que  cet 
empereur  institua  les  offices  publics,  pala- 
tins &  militaires,  dans  la  forme  à  peu  près 
qui  subsistoit  sous  l'empire  de  Constantin  : 
Officia  publica ,  palatina  &  militar'ia  in  eam 
formam  statuit  quae  paucis  per  Constantînum 
immutatîs  perseveravit.  Mais  Adrien  peut 
avoir  réglé  ce  qui  regardoit  les  charges  pu- 
bliques du  palais  &  de  la  milice,  sans  avoir 
fait  une  nouvelle  division  des  provinces  des 
Gaules,  dont  cet  endroit  de  Victor  ne  dit 
rien.  D'ailleurs  ,  on  sait  que  Constantin 
apporta  des  changemens  considérables,  soit 
dans  les  offices  civils  &  militaires,  soit  dans 
le  gouvernement  des  provinces.  2°  Eusèbe, 


'  Tillemont,  sur  les  martyrs  de  Lyon,  t.  3  de  son 
Histoire  ecclésiastique. —  Coustelisr,  Epistolae  Sanct, 
Pontif.  t.  1,  append.  p.  25. 

*  Spartien,  p.  65. 

^  L.  ult.  ff.  de  Censihus. 

^  Voyez  M.  de  Marca,  de  Prim.  p.  i58  &  seq. 


Note 
33 


dit-on  ■  ,  parlant  des  martyrs  de  Lyon  Se  de 
Vienne,  sous  l'empire  de  Marc  Aurèle,  sem- 
ble dire  que  cette  dernière  ville  étoit  alors 
métropolitaine,  &  par  conséquent  chef  de 
province;  mais,  outre  que  cet  historien  ne 
le  dit  pas  d'une  manière  précise,  il  doit 
avoir  parlé  conformément  à  l'état  où  étoient 
les  provinces  des  Gaules  dans  le  temps  qu'il 
écrivoit,  &  Vienne  étoit  alors,  en  effet, 
métropole  de  la  Viennoise. 

M.  de  Cordemoi%  pour  prouver  qu'A- 
drien divisa  les  Gaules  en  quatorze  provin- 
ces, cite  encore  l'autorité  de  Rufus  Festus  & 
d'Ammien  Marcellin,  qui,  dans  l'énuméra- 
tion  qu'ils  font  des  provinces  des  Gaules, 
en  comptent  treize  ou  quatorze;  mais  ils  ne 
disent  pas  un  mot  qui  puisse  faire  conjectu- 
rer qu'Adrien  soit  l'auteur  de  cette  division. 
Ces  auteurs  ne  parlent  que  de  l'état  où  se 
trouvoient  les  Gaules  dans  le  temps  qu'ils 
écrivoient,  c'est-à-dire  au  milieu  du  qua- 
trième siècle. 

VI.  Tacite'  fait  mention  de  la  province 
des  Alpes  maritimes  comme  d'une  province 
distincte ,  ce  qui  pourroit  faire  croire  qu'elle 
avoit  été  déjà  séparée  de  la  Narbonnoise 
dans  le  temps  de  cet  historien  :  mais  nous 
ferons  voir  ailleurs''  que  les  Alpes  mariti- 
mes ,  non  plus  que  les  Alpes  grecques , 
n'étoient  point  du  corps  des  Gaules  dans  le 
temps  de  Tacite;  qu'elles  n'y  furent  incor- 
porées que  du  temps  de  Constantin  ou  même 
plus  tard,  &  qu'elles  n'ont  jamais  fait  partie 
de  l'ancienne  Narbonnoise. 

VII.  Il  est  donc  constant  que  les  quatre 
anciennes  provinces  des  Gaules  (les  deux 
Germaniques  démembrées  de  la  Belgique 
exceptées)  n'ont  pas  été  subdivisées  avant 
l'an  270.  En  effet,  Trebellius'  PoUio  rap 
porte  que  Tétricus  avoit  été  déjà  gouver-  Éd.orig, 
neur  de  toutes  les  provinces  des  Gaules 
lorsqu'il  fut  élevé  à  l'empire ,  ce  qui  arriva 
l'an  268  ou  plutôt  l'an  271  de  J.-C,  suivant 
le  P.  Pagi*,  qui  jure  praesidiali  omnes  Gallias 


'  Eusèbe,  Hist.  1.  5,  c.  1. 

'  Cordemoi ,    Histoire   de  France,  t.    i ,  p.  63   & 
suiv. 

^  Tacite,  Historiarum  1.   i. 
*  Voyez  Note  XXXV. 
'  Trebellius  Pollio,  p.  196. 
^  Pagi,  ad  ann.  271,  n.  3. 


t.  I, 
p.  626. 


II 


Note 
33 


66 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


rexerat.  C'est-à-dire    qu'il   avoit  gouverné      l'empereur  Adrien  auteur  de  cette  division, 
successivement  &  en  divers  temps  chacune      Et  qu'on  ne  dise  pas  que  par  le  mot  d'Aqui- 


de  ces  provinces,  comme  le  même  his- 
torien le  fait  assez  entendre,  &  comme 
l'explique  M.  de  Tillemont '.  Or,  il  faut  re- 
marquer que  Tétricus  ne  devoit  pas  être 
fort  âgé  quand  il  fut  élu  empereur,  puisque 
son  fils  aîné  qu'il  déclara  César,  étoit  %  alors 


taine  on  doit  entendre  seulement  l'Aqui- 
taine première  j  puisqu'il  est  constant  que 
lorsque  Tétricus  fut  proclamé  empereur 
par  l'armée,  il  prit'  lapourpre  à  Bordeaux  : 
or  cette  ville,  qui  devoit  être  par  consé- 
quent de  son  gouvernement,   appartenoit 


encore  enfant  ;  que  les  médailles  nous  le  re-      à  la  seconde  Aquitaine  dont  elle  fut  depuis 
présentent  lui-même  d'un  âge  peu   avancé;       la  métropole. 


qu'il  vécut'  encore  très-longtemps ,  lors- 
qu'après  sept  ans  de  règne  il  se  fut  soumis 
à  Aurélien  :  ac  privatus  diutissime  vixît  ;  & 
qu'enfin  il  avoit  été  sénateur  romain  & 
même  consul,  senatorem^  P^P'  I^om.  eum- 
demque  consularem ,  &  cela  sans  doute  sui- 
vant l'usage ,  avant  que  d'avoir  été  pourvu 
du  gouvernement  des  diverses  provinces 
des  Gaules.  Si  ces  provinces  eussent  été  de 
son  temps  au  nombre  de  quatorze  ,  comme 
on  le  prétend,  ce  prince  qui  les  auroit 
gouvernées  successivement,  auroit  dû  être 
fort  âgé  lorsqu'il  fut  revêtu  de  la  pourpre. 


VIII.  Les  anciennes  provinces  des  Gau 
.les  étoient  donc  encore  alors  en  leur  en- 
tier; mais  elles  commencèrent  d'être  sub- 
divisées bientôt  après.  Ce  qui  nous  le  fait 
croire,  d'est  qu'il  paroît,  selon  Vopiscus', 
que  dans  le  temps  de  la  révolte  de  Procu- 
lus  &  de  Bonose,  la  Narbonnoise  étoit  par- 
tagée en  plusieurs  provinces.  Cet  historien, 
qui  écrlvoit  avant  la  fin  du  troisième  siè- 
cle %  dit  que  ces  deux  tyrans  avoient  attiré  à 
leur  parti  la  Grande-Bretagne,  les  Espagnes 
8j;  les  provinces  de  la  Gaule  Braccata  ou 
Narbonnoise  :  omnesque  sibi  Britannîas,  His~ 


quand   même  il   n'eût   exercé  que  pendant  panza^,  S-BrACCATAE  Galliae  PROVINCIAS 

un  an   le  gouvernement  de  chacune ,  gou-  vindicarent,  par  où  l'on  voit  que,  l'an   280 

vernement  qui  duroit  ordinairement  deux  qu'arriva  cette  révolte,  l'ancienne  Narbon- 

ans;  surtout  s'il  ne  commença  à  en   avoir  noise  devoit   comprendre  plusieurs  provin- 

l'administration ,   comme    il   y  a  lieu  de  le  ces,   &  que   la  Viennoise    devoit    en  faire 

croire,  qu'après  son  consulat,  ou  la  quaran-  alors  une  particulière  :  car  on  ne  sauroit 

tième  année   de  son  âge.  Il   eût  été,  d'ail-  entendre  ce  passage  de    la  Narbonnoise  & 


leurs,  fort  extraordinaire  de  voir  une  même 
personne  gouverner  successivement  qua- 
torze provinces. 

Mais  ce  qui  fait  voir  évidemment  que  les 
provinces  des  Gaules  n'étoient  pas  encore 
alors  subdivisées,  c'est  que,  lorsque  Tétri- 
cus fut  élu  empereur,  il  étoit  gouverneur 
de  l'Aquitaine  :  Aquîtantam  honore  praesi- 
dîs  adminîstrans ,  dit  Eutrope',  ou,  comme 


des  Alpes  maritimes ,  puisque  cette  der- 
nière n'a  jamais  fait  partie  de  la  Gaule 
Braccata,  &  n'a  jamais  été  comprise  tout 
entière  dans  l'ancienne  Narbonnoise, 

Mais  ce  qui  prouve  encore  d'une  manière 
plus  précise  que  la  Viennoise  fut  séparée 
de  la  Narbonnoise  vers  la  fin  du  troisième 
siècle,  &  avant  le  règne  de  Constantin, 
c'est  qu'il  paroît  par  les  actes  ■*  de  S.  Féréol, 


dit    Aurélius   Victor,  praesidatu   Aquîtanos      qui  fut  martyrisé  à  Vienne  l'an  804,  que  la 


tuebatur  :  or,  ces  auteurs  ne  distinguent  ici 
ni  la  première  ni  la  seconde  Aquitaine  : 
ils  font  Tétricus  président  ou  gouverneur 
de  l'Aquitaine  prise  en  général.  Cette  pro- 
vince n'étoit  donc  pas  alors  encore  subdi- 
visée ,  comme  le  prétendent  ceux   qui  font 


première  étoit  pour  lors  distinguée  de  l'au- 
tre, &  gouvernée  par  Crispin,  qui  faisoit 
sa  résidence  à  Vienne,  &  qui  est  qualifié 
président  dans  ces  actes,  &  consulaire  par 
M.  de  Tillemont  ^  Il  est  constant,  d'ail- 
leurs, que   la   Viennoise  étoit  déjà   érigée 


'  Tillemont,  Histoire  des  Empereurs,  t.  3,  p.  479. 
^  Trebellius  Pollio,  p.   196, 
'  Eutrope,  in  Gallian.  1.  9. 
*  Trebellius  Pollio,  p.  196. 
^  Eutrope,  in  Gallian.  1.  9. 


'  Trebellius  Pollio. —  Eutrope,  in  Gallian.  1.  9. 

■*  Vopiscus,  p.  240. 

'  Tillemont,  art.  27,  sur  Dioclétien. 

^  Ruinart,  Acta  sincera,  p.  462. 

'  Tillemont,  Histoire  ecclésiastique,  t.  5,  p.  279. 


Note 
33 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l'an  314,  comme  l'on  voit  par  les  souscrip- 
tions du  contile  d'Arles  de  cette  année.  Il 
est  vraisemblable  qu'elle  étoit  déjà  séparée 
d'avec  la  Narbonuoise  '  depuis  quelque 
temps. 

IX.  Il  est  plus  difficile  de  déterminer  la 
manière  dont  la  division  de  ces  deux  pro- 
vinces fut  faite,  &  les  limites  qui  furent 
d'abord  prescrites  à  l'une  &  à  l'autre.  M.  de 
Marca"  croit  que  le  Rhône  en  fit  d'abord 
la  séparation ,  mais  nous  n'oserions  l'assu- 
rer, sachant  qu'une  partie  du  diocèse  de 
Vienne ,  d'Arles,  de  Valence  &  d'Avignon, 
avec  tout  le  diocèse  de  Viviers,  qui  sont 
en  deçà  ou  à  la  droite  de  ce  fleuve  ,  ont 
toujours  ,  selon  les  anciennes  notices , 
appartenu  à  la  Viennoise.  Peut-être  que 
dans  le  temps  de  la  séparation  de  ces  deux 
provinces,  toute  la  Narbonnoise  deuxième, 
située  à  gauche  du   Rhône,   fut  comprise 


Note 
33 


partagées,  provinciae  in  frusta  concisae.  On 
peut  donc  ,  suivant  cet  auteur,  attribuer  à 
ce  prince  l'érection  de  la  Novempopulanie, 
de  la  Lyonnoise  deuxième  &  de  la  Séqua- 
noise.  Nous  savons,  du  moins,  qu'on  con- 
noissoit  déjà  cette  dernière  sous  son  règne, 
Si.  qu'il  est  fait  mention  de  la  Lyonnoise 
deuxième,  dans  une  loi  du  Code  Théodo- 
sien  de  l'an  3.12'.  Ce  prince  aura  donc  dé- 
taché la  Novempopulanie  de  l'ancienne 
Aquitaine,  la  Lyonnoise  deuxième  de  l'an-  Éd.orig. 
cienne  Lyonnoise  &  la  Séquanoise  de  la  p.  627. 
Belgique,  ce  qui  aura  formé  sous  cet  em- 
pereur le  nombre  de  dix  provinces  dans  les 
Gaules. 

XII.  Il  paroît  que  les  deux  provinces  des 
Alpes  maritimes  &  grecques  furent  unies 
aux  Gaules  par  l'empereur  Constantin  lors- 
qu'il institua  les  quatre  préfets  du  prétoire 
de  l'empire.  Ce  prince  peut  avoir  partagé  la 


dans  la  Narbonnoise  propre,  comme  l'a  cru      Belgique  en  première  &  deuxième,  si  Dio- 
M.  de  Valois  %  &  après  lui  le  P.  Pagi"*,  sur      clétien  ne  l'avoit  déjà  fait.  Il  y  avoit  donc 


des  fondemens  qui  paroissent  assez  solides  ; 
nous  n'avons  rien,  cependant,  là-dessus  qui 
puisse  entièrement  dissiper  nos  doutes. 

X.  Il  s'ensuit  de  ce  que  nous  venons  d'éta- 
blir que  Narbonne  demeura  métropole  de 
toute  l'ancienne  Narbonnoise ,  du  moins 
jusque   vers    la    fin    du    troisième    siècle. 


treize  provinces  dans  les  Gaules  au  milieu 
du  quatrième  siècle,  comme  on  peut  le  voir 
dans  Ammien  Marcellin  qui  en  fait  l'énu- 
mération  sous  l'an  356,  car,  quoique  cet 
auteur  ait  écrit  quelque  temps  après,  la 
notice  qu'il  donne  de  ces  provinces  est  tou- 
tefois relative  à  cette  année.  Aussi  il  ne  fait 


&  que  les  villes  de  Vienne  &  d'Arles  durent      aucune  mention  de    l'Aquitaine  deuxième 
lui  être  soumises  jusqu'à  ce  temps-là  comme      qui  étoit  déjà  érigée  l'an  370,  mais  qui  ne  le 


à  leur  capitale.  Ainsi  Narbonne  paroît  beau- 
coup mieux  fondée  à  prétendre  la  primatie 
sur  les  deux  autres  que  celles-ci  sur  elle, 
comme  nous  le  ferons  voir  ailleurs. 

XL  Quant  à  la  division  des  autres  an- 
ciennes provinces  des  Gaules  ,  nous  allons 
donner  là-dessus  nos  conjectures.  On  a 
déjà  vu  qu'il  y  en  avoit  six  sous  l'empire 
d'Othon ,  savoir  les  quatre  anciennes  d'Au- 
guste &  les  deux  Germaniques.  La  Vien- 
noise démembrée  de  la  Narbonnoise,  paroît 
avoir  fait  la  septième  sous  Probus,  vers 
l'an  278,  ou  du  moins  sous  Dioclétien.  Lac- 


fut"  qu'après  l'an  362.  Il  est  aisé  de  prou- 
ver l'époque  de  cette  érection  :  i"  par  l'au- 
torité de  S.  Hilaire'  qui,  adressant  en  358 
son  livre  des  Synodes  aux  évêques  de  toutes 
les  provinces  des  Gaules ,  ne  nomme  qu'une 
seule  Aquitaine,  tandis  qu'en  même  temps 
il  fait  mention  de  deux  Belgiques  &  de  deux 
Lyonnoises  ;  2°  par  une  inscription  de 
l'an"*  362,  rapportée  parGruter,  où  il  n'est 
parlé  que  d'une  seule  Aquitaine.  L'Aquitaine 
deuxième  fut  donc  érigée  entre  l'an  302  & 
l'an  370.  Sextus  Rufus,  qui  écrivoit  vers 
cette  dernière  année,  est  en  effet  le  plus 


tance'  nous   apprend  que  sous  ce  dernier      ancien  auteur  qui  en  fasse  mention.  Cette 
empereur  les  provinces  de  l'empire  furent      province  fit  la  quatorzième  des  Gaules. 

XIII.  S.  Hilaire  &  Sextus  Rufus  ne  di~ 


'  Adrien  de  Valois,  Notltia  Galliarum,  p.  606. 

'  Marca,  de  Prim.  p.    1  58  &c. 

'  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  606. 

''  Pagi,  ad  ann.  374,  n.    1. 

*  Lactance,  de  la  Mort  des  persécuteurs,  c.  7. 


'  Code  Théodosien,  1.  i,  de  Censu. 
'  Voyez  Pagi,  ad  ann.  374,  n.  9. 
'  S.  Hilaire,  nov.  éd.  p.   ii5o. 
^  Voyez  Pagi,  ad  ann.  374,  n.  9. 


Note 
33 


68 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
34 


sent  rien  de  la  Narbonnoise  deuxième, 
preuve  qu'elle  n'existoit  pas  encore  lors- 
qu'ils écrivoient.  Il  en  est  seulement  parlé 
pour  la  première  fois  dans  le  concile  d'A- 
quilée  de  l'an  38 1.  C'est  ce  qui  fait  croire 
avec  raison  à  M.  de  Marca  '  que  cette  quin- 
zième province  des  Gaules  ne  fut  érigée 
que  vers  l'an  SyS,  sous  l'empire  de  Gratien. 
Elle  l'auroit  été  auparavant  s'il  étoit  vrai, 
comme  le  prétend  le  P.  Pagi ,  qu'elle  fût 
une  des  cinq  provinces  dont  il  est  fait  men- 
tion dans  le  concile  de  Valence  de  l'an  374. 
Ce  que  nous  examinerons  dans  la  Note 
suivante. 

XIV.  On  peut  mettre  sous  le  même  règne 
de  Gratien  l'érection  des  deux  provinces 
Lyonnoise  troisième  &  Lyonnoise  qua- 
trième ,  car  elles  n'étoient  pas  connues  au- 
paravant ,  ce  qui  forma  le  nombre  des  dix- 
sept  provinces  des  Gaules  énoncées  dans 
l'ancienne  notice  que  nous  a  donnée  le 
P.  Sirmond,  &  que  ce  savant  jésuite  & 
après  lui  le  commun  des  auteurs  placent 
sous  l'empereur  Honoré. 


NOTE  XXXIV 

Sur  les  Cinq  &  les  Sept  provinces  des 
Gaules  6*  leur  vicariat. 

I.  tL  est  fait  mention  des  Cinq  provinces 
1  des  Gaules  dans  plusieurs  monumens 
de  la  fin  du  quatrième  siècle.  Le  plus  an- 
cien est  le  concile  de  Valence  de  l'an  374. 
Il  en  est  parlé  aussi  dans  une  loi  du  Code' 
Théodosien  de  l'an  399  &  dans  les  actes  du 
concile  de  Turin,  dont  on  rapporte  l'épo- 
que à  l'an  397,  mais  qui,  suivant  le  P.  Pagi  ', 
fut  tenu  en  401.  Il  est  fait  mention,  d'un 
autre  côté,  des  Sept  provinces  des  Gaules 
dans  des  monumens  postérieurs,  &  en  par- 
ticulier dans  la  fameuse  notice  des  cités  des 
Gaules,  qu'on  croit  avoir  été  dressée  sous 
le  règne  de  l'empereur  Honoré. 

On  ne  doute  point  que  ces  cinq  provin- 
ces,  de  même  que  les  sept,  n'aient  formé 

'  Marca,  de  Prim.  p.  i58  &  seq. 

•  L.   i5,  de  Pagan.  Code  Théodosien. 

•  Voyez  Pagi,  ;id  ann.  401,  n.  3o. 


comme  un  corps  séparé  du  reste  des  Gaules, 
&  l'on  convient  que  les  sept  étoient  les 
deux  Narbonnoises,  la  Viennoise,  les  Alpes 
maritimes ,  Içs  deux  Aquitaines  &  la  No- 
vempopulanie.  C'est  ainsi  qu'elles  sont 
nommées  dans  cette  notice  &  dans  la  cons- 
titution '  du  même  empereur  de  l'an  418, 
en  sorte  que  les  Sept  provinces  renfer- 
moient  toute  l'ancienne  Narbonnoise  & 
toute  l'ancienne  Aquitaine,  &  par  consé- 
quent la  moitié  des  Gaules.  On  n'est  pas 
également  d'accord  sur  le  nom  de  chacune 
des  Cinq  provinces,  &  les  critiques  sont 
fort  partagés  là-dessus. 

II.  Le  P.  Pagi,  qui  rapporte'  leurs  diffé- 
rens  sentimens,  avoit  d'abord  embrassé 
celui  du  P.  Lacarry,  jésuite.  Ce  dernier 
prétend'  que  les  Cinq  provinces  renfer- 
moient  les  sept  avant  l'érection  de  la 
Narbonnoise  deuxième  &  de  l'Aquitaine 
deuxième  5  que  ces  deux  dernières,  après 
avoir  été  démembrées  des  autres,  formè- 
rent avec  elles  le  nombre  de  sept,  &  que 
par  conséquent,  avant  cette  érection,  les 
cinq  étoient  la  Narbonnoise  ,  la  Vien- 
noise, les  Alpes  maritimes,  l'Aquitaine  & 
la  Novempopulanie.  Ce  sentiment  paroît  si 
vraisemblable,  que  M.  de  Tillemont,  après 
en  avoir  embrassé  un  contraire  dans  son* 
Histoire  des  Empereurs,  paroît  l'avoir  adopté 
dans  un  des  volumes  de  son  Histoire  '"  ecclé- 
siastique. Le  P.  Pagi  ^  l'a  abandonné  cepen- 
dant dans  la  suite  de  son  ouvrage,  sur  la 
réflexion  qu'il  a  faite  que  dans  la  constitu- 
tion de  l'empereur  Honoré  de  l'an  418,  pour 
l'assemblée  des  Sept  provinces,  la  Novem- 
populanie &  l'Aquitaine  deuxième  y  sont 
distinguées  des  cinq  autres,  par  la  liberté 
qu'elle  accorde  aux  officiers  de  l'Empire, 
dans  ces  deux  provinces,  d'envoyer  leurs 
substituts  à  leur  place  à  l'assemblée  géné- 
rale, à  cause  de  leur  éloignementj  ce  qui 
le  persuade   que  ces  deux  provinces  n'ont 

'  Voyez  ci-après  aux  Preuves ,  Chartes  &  Diplô- 
mes, n.  I,  Edit  de  l'empereur  Honorius ,  pour  l'as- 
semblée des  sept  provinces. 

'  Pagi,  ad  ann.  374,  n.  6  &  seq.  n.  23  &  seq. 

^  Lacarry,  Praef.  praet.  Gall.  p.  17  &  seq. 

"•  Tillemont,  Histoire  des  Empereurs ,  t.  5,  p.  798 
&suiv. 

*  Histoire  ecclésiastique ,  t.  8,  p.  553. 

•  Voyez  Pagi,  ad  ann.  374,  n.  21  &.  seq. 


NOTK 

34 


Note 
34 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


69 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  628. 


commencé  à  faire  corps  avec  les  sept  qu'a- 
près l'an  401  &  avant  l'an  406,  &  que  par 
conséquent  les  Cinq  provinces  compre- 
noient  avant  cette  union  les  deux  Narbon- 
noises,  la  Viennoise,  les  Alpes  maritimes  & 
l'Aquitaine  première. 

III.  On  peut  appuyer  les  raisons  du 
P.  Pagi  sur  ce  qu'il  est  constant,  comme  nous 
l'avons  vu  dans  la  note  précédente,  que 
l'Aquitaine  deuxième  étoit  déjà  érigée  avant 
le  concile  de  Valence  de  l'an  874,  &  la  Nar- 
bonnoise  deuxième  avant  la  loi  du  Code 
Théodosien  de  l'an  899  &  le  concile  de 
Turin  de  l'an  401,  où  il  n'est  fait  mention 
cependant  que  des  Cinq  provinces  ;  au  lieu 
que  ces  monumens  auroient  dû  parler  des 
Six  ou  des  Septprovinces  des  Gaules,  supposé 
que,  suivant  le  système  du  P.  Lacarry, 
l'Aquitaine  deuxième  &  la  Narbonnoise 
deuxième  eussent  été  du  corps  des  Cinq 
provinces  avant  le  commencement  du  cin- 
quième siècle ,  puisqu'elles  étoient  alors 
érigées.  Il  faut  donc  que  la  Novempopula- 
nie  &  l'Aquitaine  deuxième  n'aient  été 
ajoutées  aux  cinq  autres  qu'après  l'an  401, 
comme  le  prétend  le  P.  Pagi. 

IV.  On  peut  opposer  cependant  à  ce  cri- 
tique une  difficulté  qu'il  s'est  faite  lui- 
même,  qui  renverse  tout  son  système  &  à 
laquelle  il  ne  paroît  pas  avoir  satisfait;  la 
voici  :  S.  Philastre",  parlant  avant  la  fin  du 
quatrième  siècle  des  Priscillianistes ,  dit 
qu'ils  vivoient  cachés  en  Espagne  &  dans 
les  Cinq  provinces.  Or,  il  est  certain,  par 
Sulpice  Sévère  %  que  ces  hérétiques  se  ré- 
pandirent dans  la  Novempopulanie  &  dans 
l'Aquitaine  deuxième  &  qu'ils  y  débitè- 
rent leurs  erreurs.  Ces  deux  provinces  dé- 
voient donc  faire  alors  partie  des  cinq. 

V.  On  voit  par  là  que  le  système  du 
P.  Lacarry  se  soutient.  Pour  lui  donner 
encore  plus  de  jour,  on  peut  supposer  que 
le  corps  ou  vicariat  des  Cinq  provinces  fut 
établi  vers  l'an  33o,  sous  l'empire  de  Cons- 
tantin, dans  le  temps  que  ce  prince  insti- 
tua les  quatre  préfectures  de  l'Empire;  que 
comme  la  Narbonnoise  deuxième  &  l'Aqui- 
taine deuxième  n'étoient  pas  encore  alors 
érigées,   il   n'y   eut  d'abord  que   les  cinq 

'  Philastre,  c.  61 . 

'  Sulpice  Sévère,  Histoire,  1.   r. 


provinces  nommées  parle  même  auteur  qui 
formèrent  un  corps  séparé  du  reste  des 
Gaules,  &  qu'on  continua  de  les  appeler 
les  Cinq  provinces  des  GûuZc5  après  l'érection  . 
postérieure  de  la  Narbonnoise  deuxième 
&  de  l'Aquitaine  deuxième,  qui  en  furent 
démembrées  ,  jusqu'à  ce  que  l'empereur 
Honoré  ayant  fait  dresser  une  nouvelle 
notice  des  provinces  &  des  cités  des  Gaules, 
vers  le  commencement  du  cinquième  siècle, 
il  changea  le  nom  de  Cinq  en  celui  de  Sept, 
parce  qu'en  effet  tout  le  pays  qu'elles  com- 
prennent, &  qui  anciennement  n'étoit  di- 
visé qu'en  cinq  provinces,  étoit  alors  par- 
tagé en  sept.  Nous  adoptons  d'autant  plus 
volontiers  ce  système,  qu'il  paroît  parfaite- 
ment suivi  &  n'avoir  rien  que  de  vraisem- 
blable; car,  par  là,  on  renferme  dans  les 
Cinq  provinces  toute  l'ancienne  Narbon- 
noise &  toute  l'ancienne  Aquitaine,  de  la 
même  manière  que  celles-ci  étoient  com- 
prises dans  les  Sept,  &  on  distingue  tou- 
jours cette  portion  des  Gaules  de  l'autre  ou 
des  Gaules  proprement  dites,  qui  compre- 
noient  toute  l'ancienne  Lyonnoise  &  toute 
l'ancienne  Belgique. 

VI.  La  notice'  de  l'Empire  qu'on  attri- 
bue à  l'empereur  Valentinien  III  fait  men- 
tion aussi  des  Sept  provinces;  mais  il  n'est 
pas  certain  qu'il  s'agisse  dans  cet  endroit 
des  Sept  provinces  des  Gaules  dont  on  a 
déjà  parlé,  parce  que,  comme  le  remarque 
Pancirole",  il  est  vraisemblable  que  le  ma- 
nuscrit est  fautif  &  qu'il  faut  lire  dix-sept 
au  lieu  de  sept.  En  effet,  cette  notice  fait 
dans  le  même  endroit  l'énumération  des 
dix-sept  provinces  des  Gaules.  Elles  étoient 
alors,  à  ce  qu'il  paroît,  toutes  soumises  à 
un  même  vicaire  du  préfet;  ce  qui  pourroit 
donner  lieu  de  croire  qu'on  ne  distinguoit 
plus  sous  cet  empereur  les  Sept  provinces 
d'avec  le  reste  des  Gaules.  Cependant  , 
comme  la  même  notice'  fait  mention  de 
l'intendant  des  finances  &  de  l'intendant 
des  biens  particuliers  du  domaine  ou  du  fisc 

'  Notifia  dignîtatum  imper,  apud  Graevti  anti- 
quit.  t.  7,  p.   1787  &  1921. 

'  Notitia  dignitatum  imper,  apud  Graevii  anti- 
quit.  t.  7,  p.  1926. 

'  Notitia  dignitatum  imper,  apud  Graevii  anti- 
quit.  t.  7,  p.   1870  &  i88i. 


NOTB 
34 


Note 
34 


70 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


des  Cinq  provinces,  Rationalis  summarum 
Çuînque  provinciarum;  Rationalis  rerum  pri- 
vatarum  Quinque  provinciarum  ;  &  qu'il  pa- 
roît  que  ces  Cinq  provinces  sont  les  mêmes 
que  les  Sept  de'la  notice  d'Honoré,  il  est  à 
présumer  que  la  Narbonnoise  &  l'Aquitaine 
étoient  encore  alors  distinguées  des  Gaules 
proprement  dites. 

VII.  Il  est  vrai  que  Pancirole'  prétend 
que  les  Cinq  provinces  de  la  notice  de  Va- 
lentinien  doivent  s'entendre  de  l'Espagne 
Ultérieure.  Mais,  outre  que  cet  auteur 
n'en  compte  que  quatre  dans  cette  partie 
de  l'Espagne,  il  est  constant  d'ailleurs  qu'on 
n'a  jamais  distingué  l'Espagne  Ultérieure 
de  laCitérieure,  de  la  même  manière  qu'on 
a  distingué  les  Cinq  ou  les  Sept  provinces  des 
Gaules  d'avec  les  Gaules  proprement  ditesj 
à  quoi  on  peut  ajouter  qu'il  s'agit  ici  des  in- 
tendans  des  Cinq  ou  Sept  provinces  des 
Gaules,  puisque  cette  notice  fait  mention" 
des  mêmes  intendans  pour  les  Espagnes  : 
Rationalis  rei  privatae  per  Hispanias,  &  non 
pas  per  Hispaniam  ou  per  Hispaniam  Citerio- 
rem.  Enfin,  si  les  Cinq  provinces  dont  il 
est  fait  mention  dans  cette  notice  eussent 
appartenu  à  l'Espagne  Ultérieure,  leur  nom 
viendroit  d'abord  après  celui  de  l'autre  par- 
tie de  l'Espagne,  au  lieu  qu'il  en  est  parlé 
immédiatement  après  les  Gaules  propre- 
ment dites.  Il  est  donc  très-vraisemblable 
que  cette  notice  distingue  les  Cinq  provin- 
ces du  reste  des  Gaules. 

VIII.  Si  on  demande  d'où  vient  qu'au 
lieu  de  sept  provinces,  qui  étoient  déjà  unies 
&  faisoient  un  corps  séparé  sous  l'empire 
d'Honoré,  la  notice  de  Valentinien  III  n'en 
nomme  que  cinq,  contre  l'usage  déjà  reçu; 
on  peut  supposer  vraisemblablement  que, 
sous  l'empire  de  ce  dernier,  les  Visigoths  se 
trouvant  déjà  maîtres  de  deux  des  Sept  pro- 
vinces, savoir  :  de  l'Aquitaine  deuxième  &  de 
de  la  Novempopulanie,  &  les  Romains  n'en 
possédant  plus  alors  que  cinq,  en  tout  ou 
en  partie,  ils  ne  se  servirent  plus  depuis  ce 
temps-là  que  du  nom  de  Cinq  provinces, 
pour  désigner  cette  partie  des  Gaules  qu'on 
regardoit  toujours  comme  faisant  un  corps 
séparé  du  reste  de  cette  portion  de  l'Empire. 


Note 
34 


Quoi  qu'il  en  soit,  il  n'est  plus  parlé  dans 
la  suite  des  Cinq  ou  des  Sept  provinces,  dont 
les  Visigoths  &  les  autres  peuples  barbares 
s'emparèrent  enfin  entièrement,  ainsi  que 
du  reste  des  Gaules. 

IX.  On  voit,  par  ce  qu'on  vient  de  dire, 
que  nous  excluons,  avec  les  PP.  Lacarry  & 
Pagi",  du  nombre  des  Cinq  provinces  celle 
des  Alpes  grecques ,  parmi  lesquelles  la 
plupart  de  ceux  qui  ont  traité  cette  ma- 
tière l'ont  comprise ,  sur  la  supposition 
qu'elle  faisoit  partie  de  l'ancienne  Narbon- 
noise; mais  nous  ferons  voir  dans  la  hlote 
suivante  qu'elle  n'a  jamais  été  renfermée 
dans  cette  portion  des  Gaules. 

X.  On  ne  peut  pas  douter  que  les  Cinq 
provinces  ne  fussent  gouvernées  à  la  fin  du 
quatrième  siècle  par  un  vicaire  particulier 
soumis  au  préfet  des  Gaules.  Il  est  fait 
mention  d'un  de  ces  vicaires  appelé  Pro- 
clien  dans  la  loi  du  Code  Théodosien  de 
l'an  399  que  nous  avons  déjà  citée;  mais 
nous  ignorons  l'époque  de  l'institution  de 
ce  vicariat.  Nous  croirions  volontiers  qu'il 
fut  établi  dès  le  temps  du  partage  de  l'Em- 
pire en  quatre  préfectures  par  l'empereur 
Constantin.  Voici  les  raisons  qui  nous  le 
persuadent  : 

1°  L'Aquitaine  deuxième  étoit  déjà  éri- 
gée l'an  370,  &  la  Narbonnoise  deuxième 
en  38i.  Or,  nous  avons  déjà  prouvé  que  ces 
deux  provinces,  qui  étoient  du  nombre  des 
Sept,  furent  comprises  dans  les  Cinq.  Il  faut 
donc  que  l'institution  du  vicariat  de  celles- 
ci  soit  antérieure  à  l'an  370,  puisque,  si  elle 
eût  été  postérieure,  on  auroit  dit  d'abord 
les  six  ou  les  sept  provinces,  &  non  pas  les 
cinq. 

1°  L'usage  étoit  déjà  établi,  dès  le  milieu 
du  quatrième  siècle,  de  distinguer  l'Aqui- 
taine comme  faisant  un  corps  séparé  d'avec  Éd.orig, 
le  reste  des  Gaules.  Or,  nous  ferons  voir  p.'62'o; 
ailleurs"  que  ce  qu'on  appeloit  alors  Aqui- 
taine comprenoit  cette  ancienne  province 
avec  l'ancienne  Narbonnoise,  &  que  c'étoit 
par  conséquent  la  même  chose  que  les  Cinq 
ou  les  Sept  provinces. 

3"  Le  vicariat  des  Gaules  auroit  été  infini- 
ment plus  étendu  que  ceux  des  Espagnes  8i 


'  Pancirole,  p.   1  SyS  , 
'  Pancirole,  p.  1  881. 


'  Voyez  Pagi,  ad  aiin.  074,  n.  2, 
'  l^ou  XL. 


Note 
34 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


V 


de  la  Grande-Bretagne,  si  un  seul  vicaire 
eût  eu  d'abord  sous  sa  dépendance  les  dix- 
sept  provinces  comprises  dans  cette  partie 
de  l'Empire;  on  n'en  comptoit  en  effet  que 
sept  en  Espagne  &  cinq  dans  la  Breta- 
gne. Il  est  vrai  que  nous  ignorons  les 
noms  des  vicaires  des  Cinq  provinces  jusqu'à 
Proclienj  mais  nous  ne  connoissons  pas 
mieux  ceux  de  la  Grande-Bretagne,  quoi- 
que l'institution  de  ce  vicariat  paroisse 
certainement  du  même  temps  que  celle  des 
quatre  préfectures. 

XI.  On  pourroit  objecter  que  la  notice 
de  l'Empire  faite  sous  le  règne  de  Valenti- 
nien  III  ne  compte  que  six  vicaires  pour 
l'Occident,  savoir  :  trois  sous  le  préfet 
d'Italie  &  autant  sous  celui  des  Gaules,  & 
qu'elle  ne  met  sous  ce  dernier  qu'un  vicaire 
pour  toutes  les  Gaules  en  général,  auquel 
elle  donne,  comme  on  l'a  déjà  remarqué,  le 
nom  de  vicaire  des  Sept  provinces.  C'est  ce 
qui  fait  croire  au  P.  Sirmond",  qui  n'admet 
que  trois  vicaires  sous  le  préfet  des  Gaules, 
que,  malgré  la  distinction  des  Sept  provin- 
ces &  leur  vicariat  marqués  dans  cette  no- 
tice, un  seul  &  même  vicaire  a  toujours 
administré  les  dix-sept  provinces  des  Gau- 
les. Godefroi'  suit  à  peu  près  le  même  sys- 
tème, quoique  sur  la  loi'  du  Code  Théodo- 
sien,  où  il  est  fait  mention  de  Proclien, 
vicaire  des  Cinq  provinces,  il  convienne  que 
ce  dernier  en  étoit  vicaire  particulier,  & 
qu'il  reconnoisse  par  là  un  vicariat  pour  ces 
provinces  différent  de  celui  du  reste  des 
Gaules.  On  peut  répondre  que  cette  notice 
n^est  pas  tout  à  fait  exacte"*  &  qu'elle  pa- 
roît  défectueuse  dans  l'énumération  des 
vicariats  de  l'Occident;  car  elle  omet,  dans 
cet  endroit,  celui  de  l'illyrie  occidentale, 
quoiqu'elle  en  fasse  mention'  ailleurs.  Il 
peut  se  faire  aussi,  comme  nous  l'avons 
déjà  insinué,  que  depuis  que  les  Visigoths 
&  les  Bourguignons  se  furent  rendus  maî- 
tres d'une  partie  de  Gaules,  les  empereurs 
soumirent  à  un  seul  &  même  vicaire  tout 


'  Sirmond,  tfot.  in  Sidonium,  p.   1  8. 
■■'  Godefroi,  m  Codlcem  Theodosianum,  t.  2,p.i  1  1 
&  in  fine,  t.  6,  in  notit.  imper. 

^  Godefroi,  in   L.  î5  de  Pagan.  Code  Théodosien. 
■•  Voyez  Pancirole,  Praef.  in  not.  imperii. 
^  Notitia,  &c,  ibid.c.  61. 


ce  qui  leur  resta  dans  ces  provinces,  au 
lieu  de  deux  vicaires  qui  les  gouvernoient 
auparavant;  ce  qui  n'empêcha  pas  la  dis- 
tinction des  Cinq  ou  des  Sept  provinces, 
d'avec  le  reste  des  Gaules,  distinction  qui 
subsista  toujours'  sous  les  Romains.  Les 
Cinq  ou  les  Sept  provinces  peuvent  donc 
avoir  eu  un  vicaire  séparé  &  soumis  au 
préfet  du  prétoire  des  Gaules,  depuis  l'ins- 
titution des  quatre  préfectures  de  l'Empire 
par  l'empereur  Constantin  jusque  vers  le 
milieu  du  cinquième  siècle,  que  les  Ro- 
mains ayant  perdu  une  partie  de  ces  pro- 
vinces, ils  réunirent,  ce  semble,  ce  qui  leur 
en  resta  sous  le  gouvernement  d'un  seul 
vicaire  du  préfet  des  Gaules.  Par  là,  celui-ci 
aura  eu  d'abord  quatre  vicaires,  &  ensuite 
trois  seulement  sous  sa  juridiction. 

iJ^ous  pla<^ons  ici  la  Note  additionnelle  sui- 
vante, insérée  par  D.  Vaissete  au  tome  V  de 
l'édition  originale.] 

Sur  les  Cinq  &    les  Sept  provinces 
des  Gaules. 

M  l'abbé  du  Bos,  dans  sa  savante  His- 
»  toire''  critique  de  rétablissement  de  la 
monarchie  fran^oise ,  convient  de  la  division 
qu'on  faisoit  de  la  Gaule  au  quatrième  siècle 
en  Gaules  proprement  dites  &  en  pays  dési- 
gné alors  par  le  nom  des  Cinq  provinces.,  pays 
qui  comprenoit  les  provinces  méridionales 
de  la  Gaule,  &  que  deux  de  ces  cinq  pro- 
vinces ayant  été  partagées  en  deux,  on  ne 
dit  plus  les  Gaules  &  les  Cinq  provinces,  mais 
les  Gaules  &  les  Sept  provinces;  mais  il  ne 
croit  pas  que  les  Cinq  ou  les  Sept  provin- 
ces aient  jamais  fait,  soit  dans  l'ordre  civil, 
soit  dans  l'ordre  militaire,  un  corps  d'Etat 
distinct  du  reste  de  la  Gaule  ni  jamais  un 
gouvernement  séparé.  Il  soutient  que  cette 
division  étoit  purement  arbitraire  &  qu'elle 
n'avoit  lieu,  avant  l'an  418,  que  dans  le  lan- 
gage ordinaire.  Il  s'objecte  que  plusieurs 
savans  ont  cru  que,  du  commencement 
du  règne  d'Honorius,  les  Sept  provinces 
étoient  régies  par    un   officier   particulier.' 

'  Voyez  Pagi.ad  ann.  074,  n.  5  &  seq. 
'  Livre  2,  c.  5,  p.  24  J  &  stiiv.  éd.  de  1741. 


Note 
34 


Note 

ADDIT. 


Éd.orig. 

t.V, 
p.  674. 


Note 

ADDIT. 


72 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
35 


nommé  le  vicaire  des  Sept  provinces,  & 
qu'elles  faisoient  par  conséquent  dès  lors 
une  espèce  de  corps  d'Etat  particulier;  à 
quoi  il  répond  qu'ils  ont  été  trompés  par 
une  faute  de  copiste,  qui  se  trouve  dans  le 
texte  de  la  notice  de  l'Empire  donné  par 
Pancirole. 

En  admettant  cette  faute,  qui  paroît  évi- 
dente, nous  avons  d'ailleurs  des  autorités 
certaines  auxquelles  cet  habile  critique  n'a 
pas  fait  attention,  &  qui  prouvent  que  les 
Cinq  ou  les  Sept  provinces  étoient  gouver- 
nées par  un  vicaire  particulier  du  préfet  du 
prétoire  des  Gaules  avant  lafin  du  quatrième 
siècle.  Telle  est  la  loi  du  Code  Théodosien 
de  l'an  899  adressée  à  Macrobe,  propréfet 
ou  vicaire  du  préfet  en  Espagne,  &  â  Pro- 
clien,  vicaire  des  Cinq  provinces.  Nous  trou- 
vons, de  plus,  dans  une  inscription  rappor- 
tée par  Gruter',  qu'il  est  fait  mention  du 
vicaire  des  Sept  provinces  des  Gaules  :  Vi- 
cario  per  Gallias  septem  provinciarum.  Les 
Cinq  ou  les  Sept  provinces,  qui  étoient  les 
mêmes ,  furent  donc  gouvernées  par  un 
vicaire  particulier  du  préfet  du  prétoire  des 
Gaules,  &  faisoient  par  conséquent,  avant 
l'an  418,  un  corps  séparé  &  comme  une  es- 
pèce d'Etat  particulier;  à  quoi  on  peut 
ajouter  les  preuves  qu'on  trouve  dans  la 
notice  de  l'Empire  donnée  par  Pancirole, 
&  qui  font  voir  que  ces  mêmes  provinces 
avoient  des  officiers  particuliers  des  fi- 
nances. 


NOTE  XXXV 


Éd.orig.  Si  les  deux  provinces  des  Alpes  mari- 
P-  629-         times  (S-  grecques  ont  jamais  fait  par- 
tie de  Vancienne  Narbonnoise. 


I.x  TOUS  savons  en  général'  que  la  rivière 
1  >  du  Var,  les  Alpes,  le  Rhône  vers  sa 
source,  &  la  montagne  d'Adula  faisoient  les 
anciennes  limites  des  Gaules  du  côté  de 
l'Italie;  mais  il  est  très-difficile  de  détermi- 


'  P.  344,  n.  2t. 

*  Pline,  1.  3  ,   c.  4.  —  Strabon  ,  1.  4,  p.   ijj   & 
$eq.  —  Ptolémée,  1.  2,  c.  5j  1.  3,  c.   i. 


ner  quelles  étoient  précisément  ces  limites 
entre  les  sources  du  Var  &  du  Rhône, 
&  quels  peuples  des  Alpes  il  faut  attri- 
buer plutôt  aux  Gaules  qu'à  l'Italie  avant 
le  milieu  du  quatrième  siècle.  En  effet, 
ce  n'est  que  depuis  cette  dernière  époque 
que  les  auteurs  &  les  notices  comprennent 
les  deux  provinces  des  Alpes  maritimes  & 
grecques  dans  la  Gaule;  ce  qu'il  est  très- 
aisé  de  prouver. 

II.  Ptolémée  ',  qui  a  écrit  au  milieu  du 
deuxième  siècle,  comprend  ces  deux  pro- 
vinces dans  l'Italie,  &  dans  l'énumération 
qu'il  fait  des  peuples  de  l'une  &  de  l'autre, 
il  met  dans  les  Alpes  maritimes  les  Vesdian- 
tii  dont  les  villes  étoient  Cimiez  près  de 
Nice,  &  Senez;  les  Nerusii,  qui  avoient  la 
ville  de  Vence  pour  capitale,  &  les  Suetrii, 
maîtres  de  la  ville  de  Salinae,  laquelle, 
comme  M.  de  Valois'  l'a  très-bien  prouvé, 
est  la  même  que  Seillans  en  Provence,  si- 
tuée entre  Antibes  &  Senez;  c'est  aussi  la 
même  dont  il  est  parlé,  dans  l'ancienne  no- 
tice donnée  par  le  P.  Sirmond,  sous  le  nom 
de  cîvîtas  Sollinensîum  pour  Sallinensium, 
le  changement  de  la  lettre  a  en  0  étant  fort 
aisé.  C'est  là  tout  ce  que  ce  géographe  nous 
apprend  des  peuples  des  Alpes  maritimes , 
qu'il  place,  comme  nous  l'avons  déjà  dit, 
dans  l'Italie,  quoiqu'ils  fussent  en  deçà  du 
Var,  à  la  réserve  de  Cimiez,  &  par  consé- 
quent dans  les  limites  de  la  Gaule. 

III.  Ptolémée'  comprend  aussi  dans  l'Ita- 
lie les  Alpes  grecques  ou  Pennines,  dans 
lesquelles  il  met  les  Segusiani,  dont  Suze 
&  Briançon  étoient  les  principales  villes; 
les  Caturiges,  qui  avoient  Embrun  pour 
leur  capitale,  &  les  Centrones,  maîtres  de  la 
Tarentaise  ou  Forum  Claudii  &  A'Axima,  qui 
est  aujourd'hui^  le  village  d'Aimé  situé  vers 
les  sources  de  l'Isère.  Il  est  donc  certain 
que  ces  deux  provinces  des  Alpes  étoient 
censées  de  l'Italie,  sous  l'empire  d'Antonin 
&  sous  celui  de  Marc  Aurèle,  temps  auquel 
vivoit  Ptolémée,  &  qu'elles  ne  faisoient 
pas,  du  moins  alors,  partie  de  la  Narbon- 
noise. Il  s'agit  maintenant  de  savoir  si  elles 


'  Ptolémée,  1.  2,  c.  5;  1.  3,  c.  i. 

•  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  628. 

^  Ptolémée,  1.  3,  c.    1 ,  p.  70. 

^  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  14Î. 


Note 
35 


NOTB 

35 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


73 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  63o. 


en  avoîent  dépendu  auparavant  &  depuis 
la  conquête  que  les  Romains  avoient  faite 
de  cette  province. 

IV.  Pour  mieux  entendre  cette  matière, 
il  faut  savoir  que  les  peuples  des  Alpes 
maritimes  étoient  anciennement  du  nom- 
bre des  Liguriens,  qui  occupoient'  non- 
seulement  une  grande  partie  des  Alpes  en 
général ,  mais  encore  toute  la  côte  de  la 
mer  Méditerranée  depuis  l'embouchure  du 
Rhône  jusqu'à  celle  de  la  Magra%  qui  sé- 
pare l'Etat  de  Gênes  de  la  Toscane.  On 
divisoit  ces  peuples  en  Liguriens  Cisalpins 
&  Transalpins'.  Les  premiers  s'étendoient 
dans  l'Italie,  entre  le  Var  &  la  Magra"*,  & 
étoient  subdivisés  en  plusieurs  peuples  par- 
ticuliers; les  autres,  qu'on  appeloit  Gallo- 
Liguriens,  habitoient  entre  le  Var  &  le 
Rhône. 

Les  principaux  d'entre  ces  derniers  étoient 
les  Saluviens  ou  Salyens,  que  Strabon'  ap- 
pelle plus  particulièrement  Gallo-Ligu- 
riens ;  les  Oxubiens,  dont  Fréjus  étoit  la 
capitale,  &  les  Dècéates,  qui  possédoient 
Antibes.  Ces  trois  peuples  furent  les  pre- 
miers des  Gaules  que  les  Romains  subjuguè- 
rent &  dont  ils  réduisirent  le  pays  en  pro- 
vince. Ils  le  joignirent  à  celui  des  Volces 
&  des  autres  peuples  qui  habitoient  entre 
les  Alpes,  le  Rhône  &  la  Garonne,  &  formè- 
rent la  Province  romaine  ou  Narbonnoise, 
vers  l'an  632  de  Rome. 

V.  Les  Liguriens  d'Italie  ,  c'est-à-dire 
ceux  qui  occupoient  la  côte  de  Gênes  de- 
puis le  Var  &  qui  s'étendoient^  au  nord  de 
cette  côte  vers  Milan,  après  avoir  sou- 
tenu diverses  guerres  contre  les  Romains  , 
avoient'  été  soumis  par  ces  peuples  quel- 
que temps  auparavant,  &  leur  pays  avoit  été 
déjà  réduit  en  province  dès  l'an  563  de 
Rome;  mais  il  resta  encore  dans  les  Alpes 
plusieurs  peuples  Liguriens  entre  les  Cisal- 


•  Strabon,  1.  4,  p.  184. 
'  Pline,  1.  3,  c.  4,  n.  7,  p. 
'  Pline,  1.  3  ,  c.  4,  n.    7, 

p.  201  &  seq. 

''  Strabon,  1.  4,  p.  201  &  seq, 
5  Strabon,   1.  4,  p.  184  &  seq 

c.  4,  n.  5  &  7. 

*  Itinéraire  d'Antonin,  p.  35. 

'  Dion  Cassius,  I.  53  &  54.  - 
n.  24. 


317. 
p.  317. 


Strabon , 


—   Pline,    1.  3, 


Pline,  1.  3,  c.  20, 


pins  &  les  Transalpins,  qui  ne  furent  pas 
domptés.  Les  Romains  laissèrent  la  liberté 
à  ceux-ci  &  leur  permirent  de  vivre  en 
forme  de  république',  moyennant  un  tribut  . 
peu  considérable.  Ils  habitoient  le  sommet 
des  Alpes,  s'étendoient  jusqu'aux  confins 
de  la  mer  de  Ligurie  &  appartenoient  par- 
tie à  l'Italie,  partie  aux  Gaules.  Ils  étoient 
connus  principalement,  suivant  le  témoi- 
gnage de  Pline',  sous  le  nom  de  Liguriens 
chevelus.  Ligures  capillad.  Auguste  les  sou- 
mit entièrement  &  réduisit  leur  pays  en 
province,  l'an  740  de  Rome.  On  donna  à 
cette  province  le  nom  d'Alpes  maritimes, 
parce  que  les  peuples  soumis  s'étendoient 
le  long  de  la  mer  des  deux  côtés  de  la  ri- 
vière du  Var.  On  comprit  dès  lors  cette 
province  dans  l'Italie,  comme  il  paroît  par 
les  anciens  géographes,  à  cause  que  la  plu- 
part de  ses  peuples  habitoient  au  delà  des 
Alpes. 

VI.  C'est  ce  que  l'on  voitpar  l'inscription 
qu'Auguste  fit  graver  sur  le  trophée  qu'il 
érigea  au  sommet  des  Alpes,  après  avoir 
vaincu  ces  peuples,  &  que  Pline'  nous  a 
conservée.  On  y  voit  les  noms  de  tous  les 
Alpins  que  ce  prince  avoit  soumis ,  entre 
autres  les  noms  des  Liguriens  chevelus.  Or, 
parmi  ceux-ci,  dont  le  nombre  est  fort 
grand,  nous  n'en  connoissons  que  trois  ou 
quatre  qui  appartinssent  aux  Gaules  ou  qui 
habitassent  en  deçà  du  Var,  savoir  :  1°  les 
Sogiontii  que  nous  croyons  être  les  mêmes 
que  les  Sentii  ou  Sontii  de  Ptolémée  ^  &  les 
5oc/zonfza*  dont  Pline  parle' ailleurs,  comme 
nous  le  dirons  bientôt  ;  2°  les  Brodiontii 
que  nous  conjecturons  être  les  mêmes  que 
les  Vesdiantii  de  Ptolémée  ^  &  les  Vediantii 
de  Pline',  &  dont  le  nom  peut  être  cor- 
rompu dans  le  texte  de  l'inscription  d'Au- 
guste ;  3°  les  Nerusi  dont  Vence  étoit  la 
capitale;  4"  les  Suetri  où  étoit  Seillans, 
ainsi  que  nous  l'avons  déjà  remarqué. 
Il  pouvoit  y  avoir  encore  quelques  autres 


'  Strabon,  1.  4,  p.  202  &  seq. 

*  Pline,  1.  3,  c.  20,  n.  24. 
'  Pline,  1.  3,  c.  20,  n.  24. 
■*  Ptolémée,  1.  2,  c,   10. 

*  Ptolémée,  1.  2,  c.  10,  n.  5. 
^  Ptolémée,  1.  3,  c.  i ,  p.  71. 
'  Pline,  1.  3,  c.  20,  n.  7 


NOTg 

35 


Note 
35 


74 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Liguriens  chevelus  en»  deçà  des  Alpes  ou 
dans  les  limites  des  Gaules,  dont  la  situa- 
tion du  pays  nous  est  inconnue,  &  qui 
firent  partie  de  la  provijice  des  Alpes  mari- 
times :  ce  qu'il  y  a  de  vrai,  c'est  qu'elle 
s'étendit  d'abord  principalement  dans  l'Ita- 
lie. Nous  en  avons  la  preuve  dans  Tacite  ', 
qui  comprend  dans  cette  province  la  ville 
de  Vintimille  sur  la  côte  de  Gênes.  On 
peut  voir  dans  Pline'  &  dans  Strabon'  les 
noms  des  autres  Ligxiriens  &  peuples  alpins 
d'au  delà  du  Var  qu'Auguste  soumit,  &  qui 
furent  sans  doute  compris  dans  la  nouvelle 
province  des  Alpes  maritimes,  tels  que  les 
Ingauni  ou  peuples  d'Albenga,  les  Taurini 
ou  ceux  de  Turin,  les  Intemelii  ou  ceux  de 
Vintimille,  &c.  Cette  province,  qui  s'éten- 
doit  jusqu'à  Milan,  avoit  du  temps  de  Tacite 
un  intendant  (Procurator)  ou  procureur. 

VII.  Nous  venons  de  dire  que  la  province 
des  Alpes  maritimes  fit  d'abord  partie  de 
l'Italie,  parce  que  la  plupart  des  peuples 
Liguriens  qui  l'habitoient  appartenoient  à 
cette  portion  de  l'Empire.  Elle  perdit  de 
son  étendue  du  côté  des  Gaules  sous  l'em- 
pereur Galba  qui  en  sépara  les  deux  prin- 
cipaux peuples  d'en  deçà  du  Var  pour  les 
joindre  à  la  Narbonnoisej  savoir  les  Avan- 
tîci  &  les  Bodionticl.  Adjecît  formulae,  dit 
Pline'*,  en  parlant  de  cette  dernière  pro- 
vince. Galba  imperator  ex  înaîpinîs  Avantî- 
cos  atque  Bodîonticos  quorum  oppidum  Dinîa. 
La  ville  de  Digne  &  le  pays  dont  elle  étoit 
capitale  n'avoit  donc  pas  été  jusqu'alors  de 
la  dépendance  de  la  Narbonnoise. 

VIII.  On  interprète  diversement  le  nom 
de  ces  deux  peuples.  Il  y  en  a*  qui  lisent 
Aventîcos  atque  Ebroduntios ,  &  prétendent 
que  ce  sont  les  peuples  d'Avenches,  en 
Suisse,  &ceux  d'Embruiij  mais  M.  de  Va- 
lois" &  le  P.  Hardouin  '  ont  solidement  dé- 
truit ces  fausses  conjectures  &  prouvé  que 
ce  devoit  être  deux  peuples  qui  habitoient 
en  deçà  des  Alpes  au  voisinage  du  Var. 


'  Tacite,  Histor'iarum  1.  z,  c.   i  2. 

"  Pline,  1.  3,  c.  20,  n.  7  &  24. 

'  Stralîon,  p.  201  Se  seq. 

'  Pline,  1.  3,  G.  20,  n.  5. 

^  Lacarry,  de  Fraef.  praet,  p.   |3. 

*  Adrien  de  \'^aloi5.  Notifia  Galltanim,  p.   lyi, 

^  Hardouin,  in  l'Un,   t.   1,  p.  Scjij. 


Note 
35 


Nous  croyons  donc  que  les  Bodiontîcl 
dont  nous  venons  de  parler  ne  sont  point 
différens  des  Sentîi  de  Ptolémée  ',  auxquels 
ce  dernier  donne  Dignepour  capitale,  puis- 
que Pline'  la  donne  aussi  aux  Bodîontîci.  Il 
y  a  sans  doute  quelque  corruption  dans  le 
texte  de  l'un  ou  de  l'autre  de  ces  deux  au- 
teurs, ainsi  que  le  croit  M.  de  Valois'. 

Pour  les  Avantîcî,  ils  ne  paroissent  pas 
différens  des  Brodiontii  de  l'inscription 
d'Auguste'',  ou  du  moins  des  Vesdiantîi  de 
Ptolémée,  8c  des  Vedîantîi  dont  Pline  fait 
mention'  ailleurs.  C'est  ce  qu'on  peut  ap- 
puyer tant  sur  la  conformité  des  noms, 
que  sur  ce  que  tous  ces  peuples  étoient 
du  nombre  des  Liguriens  chevelus.  Pline  * 
le  dit  expressément  des  Vediantli  ;  &  comme 
il  paroît  donner  '  aux  Avantîcî,  de  même 
qu'aux  Bodîontîcî,  la  ville  de  Digne  pour 
capitale  ,  il  s'ensuit  que  les  premiers 
étoient  en  deçà  du  Var.  D'ailleurs,  n'ayant 
été  compris  dans  la  Narbonnoise  que  depuis 
Galba,  ils  dévoient  être  du  nombre  des  Li- 
guriens chevelus  qu'Auguste  soumit,  &  qui 
suivant  Dion*  furent  compris  dans  la  pro- 
vince des  Alpes  maritimes.  Aussi  Ptolé- 
mée® met  les  Vesdîantii  dans  cette  même 
province,  &  leur  attribue  les  villes  de  Ci- 
miez  &  de  Senez. 

Il  est  vrai  que  ce  géographe  place  ces 
derniers  peuples  dans  l'Italie,  au  lieu  qu'il 
devoit  les  mettre  dans  la  Gaule  Narbon- 
noise, puisqu'il  écrivoit  après  l'empire  de 
Galba.  Pline'"  semble  aussi  distinguer  les 
Avantîcî  des  Vedîantîî  ^  car  il  renferme  les 
premiers  dans  la  Gaule  Narbonnoise  &  les 
autres  dans  l'Italie,  &  donne  à  ces  derniers  Éd.orîg. 
les  villes  de  Cimiez  &  de  Monaco;  mais  ces  p)*63'i. 
peuples  n'en  faisoient  peut-être  qu'un  seul, 
distingué  cependant  par  des  noms  diffé- 
rens à  cause  que  les  uns  demeuroient  au 
delà   &   les  autres  au  deçà  du  Var.  Nous 

'  Ptolémée,  p.  56. 

*  Pline,  1.  3,  c.  20,  n.  5. 

^  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  2pp. 

*  Pline,  1.  3,  n.  24,  p.  37p. 

*  Pline,  1.  3,  n.  7. 
«  Pline,  1.  3,  n.  7. 
">  Pline,  1.  3,  n.  5. 

*  Dion  Cassius,  1.  54. 

^  Ptolémée,  1,  3,  c.   i ,  p.  71, 
•"  Pline,  1.  3,  n.  5  &  7. 


Note 
35 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


75 


voyons,  en  effet,  que  Ptolémée'  donne  aux 
Vediantii  la  ville  de  Cimiez  en  delà  &  celle 
de  Senez  en  deçà  de  cette  rivière,  &  qu'il  ne 
dit  rien  Aes  Avantîci.  Pline  peut  donc  avoir 
voulu  parler,  sous  le  nom  de  Vediantii,  de 
ceux  qui  étoient  au  delà  du  Var,  &  des  au- 
tres en  deçà  de  cette  rivière  sous  le  nom 
à'Avantici,  quoique  ce  ne  fût  qu'un  même 
peuple  dont  une  partie  appartenoit  alors  à 
l'Italie,  &  l'autre  à  la  Province  romaine  des 
Gaules,  à  moins  que  leur  nom  ne  soit  peut- 
être  corrompu  dans  l'un  ou  l'autre  endroit 
de  cet  auteur  5  car  Galba  n'unit  sans  doute 
à  la  Narbonnoise  que  la  partie  de  ces  peu- 
ples qui  est  en  deçà  du  Var  où  étoit  Senez, 
ville  que  Pline  ne  nomme  pas.  Après  tout 
ce  n'est  qu'une  conjecture;  &  si  les  Avan- 
tici  sont  différens  des  Vediantii,  nous  avouons 
que  nous  ignorons  quel  pays  habitoient  les 
premiers,  quoiqu'il  paroisse  certain  qu'il 
étoit  situé  en  deçà  du  Var\ 

IX.  Nous  ne  savons  pas  si  les  Nerusi,  dont 
Vence  étoit  la  principale  ville,  furent  jamais 
unis  à  la  Narbonnoise  :  pour  les  Suetri,  qui 
possédoient  Seillans,  Pline  '  les  comprend 
dans  cette  province ,  quoique  Ptolémée  les 
mette  dans  l'Italie,  ce  qui  peut  faire  con- 
jecturer qu'ils  avoient  été  peut-être  d'abord 
de  la  Narbonnoise,  &  qu'ils  en  furent  sépa- 
rés dans  la  suite  pour  être  unis  aux  Alpes 
maritimes. 

X.  L'union  de  tous  ces  peuples  d'en  deçà 
du  Var  à  la  Narbonnoise  n'empêcha  pas  que 
la  province  des  Alpes  maritimes,  dont  ils 
dépendoient  auparavant,  n'existât  toujours; 
il  en  est  fait  mention  en  effet,  dans  Tacite'', 
depuis  la  mort  de  Galba,  qui  fut  le  principal 
auteur  de  l'union  des  Alpins  d'en  deçà  du 
Var  à  la  Narbonnoise.  Au  reste,  comme  tous 
les  peuples  d'Italie  jouirent  enfin  du  droit 
latin  ou  italique,  il  est  vraisemblable  que 
les  peuples  des  Alpes  maritimes  qui  appar- 
tenoient  pour  la  plupart  à  cette  partie  de 

'  Ptolémée,  1.  3,  c.   i,  p.  71. 

'  Herzog  a  donné  dans  son  ouvrage  l'énuméra- 
tion  complète  des  peuples  de  la  Province  romaine. 
Il  a  restitué  aux  noms  de  plusieurs  de  ces  peuples 
leur  véritable  physionomie.  —  Consultez  Historia 
Gall'tae  Narhonensis,  &  Walckenaer,  Géographie  de 
la  Gaule. 

3  Pline,  1.  3,  n.  5. 

"•  Tacite,  Historiarum  I.  4(, 


l'Empire, jouirent  du  même  droit,  ainsi  que 
tous  les  autres  Italiens,  &  qu'ils  cessèrent 
dès  lors  d'être  assujettis  au  droit  provincial. 
Aussi  ne  trouvons-nous  plus,  après  Tacite, 
aucun  vestige  de  la  province  des  Alpes  ma- 
ritimes jusque  vers  le  milieu  du  quatrième 
siècle,  qu'Ammien  Marcellin  &  Rufus  Fes- 
tus  en  font  mention.  Ptolémée,  au  milieu 
du  deuxième  siècle,  ne  parle  point  non  plus 
de  ce  pays  comme  d'une  province;  il  fait  seu- 
lement l'énumération  des  peuples  qui  l'habi- 
toient  dans  le  chapitre  de  l'Italie,  quoique 
quelques-uns  d'entre  eux  appartinssent  aux 
Gaules,  parce  qu'effectivement  ce  pays  avoit 
été  autrefois  une  province  d'Italie. 

XI.  Nous  croyons  que  les  provinces  de 
l'Empire  reçurent  sous  Constantin  un  nou- 
vel arrangement  par  rapport  aux  quatre 
préfectures  que  ce  prince  institua;  qu'en 
conséquence,  il  érigea  de  nouveau  celle  des 
Alpes  maritimes;  qu'il  n'y  comprit  que  les 
peuples  d'en  deçà  des  Alpes  qui  en  avoient 
dépendu  anciennement,  avec  quelques  au- 
tres voisins  qu'il  y  ajouta,  &  que  pour  cette 
raison  il  attribua  cette  nouvelle  province 
aux  Gaules  &  au  vicariat  des  Cinq  provinces; 
qu'il  la  composa  en  partie  des  peuples  de 
l'ancienne  province  des  Alpes  maritimes, 
incorporés  par  Galba  dans  la  Narbonnoise, 
&  en  partie  de  quelques  autres  peuples  qui 
n'avoient  jamais  appartenu  à  cette  dernière. 
Suivant  l'ancienne  notice  des  cités  des  Gau- 
les, la  province  des  Alpes  maritimes  renfer- 
moit  huit  cités  vers  le  commencement  du 
cinquième  siècle  :.savoir  celles  de  Digne, 
de  Senez  &  de  Seillans  (SoUinensium')  qui 
avoient  été  unies  à  la  Narbonnoise  par 
Galba;  celle  de  Glandève  qui  devoit  appar- 
tenir aux  peuples  Avantici  ou  Vediantii,  & 
devoit  avoir  été  aussi  par  conséquent  unie 
à  la  Narbonnoise  par  le  même  empereur; 
celles  de  Cimiez  &  de  Vence  qui  étoient  de 
l'ancienne  province  des  Alpes  maritimes, 
dont  la  première ,  située  au  delà  du  Var, 
paroît  avoir  toujours  été  indépendante  de 
la  Narbonnoise,  ainsi  que  l'autre,  quoique 
celle-ci  se  trouvât  dans  les  limites  des  Gau- 
les ;  &  une  septième  cité  appelée  Rigoma- 
gentium,  dont  la  situation  nous  est  incon- 
nue ,  mais  qui  ne  peut  être  Riez,  puisque, 
suivant  la  même  notice ,  cette  ville  ou  cité 
appartenoit  alors  à  la  Viennoise. 


NoT« 
35 


Note 
35 


76 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


XII.  Ces  sept  cités  furent  soumises  à  celle 
d'Embrun  qui  fit  la  huitième,  &  fut  érigée 
en  métropole;  celle-ci  n'avoit  jamais  été' 
de  laNarbonnoise;  car  elle  appartenoit  aux 
peuples  Caturiges  qui  habitoient  les  Alpes 
grecques,  lesquelles  avoient  toujours  fait 
partie  de  l'Italie ,  comme  nous  le  verrons 
bientôt. 

XIII.  On  voit,  par  ce  que  nous  venons  de 
dire,  qu'on  doit  distinguer  deux  provinces 
des  Alpes  maritimes  ,  l'une  érigée  par  Au- 
guste, &  l'autre  par  Constantin;  que  la 
première  ne  fut  composée  d'aucun  peuple 
qui  eût  appartenu  auparavant  à  la  Narbon- 
noise;  que  la  dernière  en  comprenoit  plu- 
sieurs qui  n'avoient  jamais  dépendu  de 
cette  province;  que  les  autres  n'y  avoient 
été  unies  que  depuis  l'empire  de  Galba,  & 
qu'ainsi  on  ne  sauroit  dire  que  la  province 
des  Alpes  maritimes ,  telle  qu'elle  étoit  au 
quatrième  siècle,  ait  été  entièrement  dé- 
membrée de  la  Narbonnoise  ou  Gaule 
Braccata,  &  qu'anciennement  elle  en  ait 
fait  partie. 

XIV.  Il  nous  reste  à  dire  un  mot  de  la 
province  des  Alpes  grecques  ou  pennines 
que  plusieurs  se  persuadent  faussement 
avoir  été  aussi  un  démembrement  de  la 
Narbonnoise;  mais  ces  peuples  ont  toujours 
été  compris  dans'  l'Italie  avant  le  qua- 
trième siècle,  suivant  le  témoignage  de  tous 
les  anciens  géographes.  De  trois  peuples 
de  cette  province  dont  Ptolémée  fait  men- 
tion, savoir  les  Segusiani,  les  Caturiges ,  & 
les  Ceutrones,  la  notice  de  l'empereur  Ho- 
noré ne  parle  que  des  derniers  &  du  Valais 
dont  ce  géographe  ne  dit  rien.  Cette  notice 
ne  donne  aucune  métropole  à  cette  pro- 
vince, pour  les  raisons  que  nous  dirons' 
ailleurs.  Rufus  Festus  &  Ammien  Marcel- 
lin  sont  les  premiers  qui  la  comprennent 
dans  les  Gaules,  vers  le  milieu  du  quatrième 
siècle.  Ainsi,  comme  elle  ne  fut  pas  dé- 
membrée de  la  Narbonnoise  dont  elle 
n'avoit  jamais  fait  partie,  il  n'est  pas  ex- 
traordinaire qu'elle  ne   fût  pas  du  nombre 


des  Cinq  ou  des  Sept  provinces  '  des  Gaules 
dont  nous  avons  déjà  parlé  &  qui  étoient 
soumises  à  un  vicaire  particulier  du  préfet 
du  prétoire.  Nous  croyons  donc  que  lors- 
qu'on érigea  de  nouveau  la  province  des 
Alpes  maritimes  pour  l'attribuer  aux  Gaules 
ou  aux  Cinq  provinces,  on  érigea  aussi  celle 
des  Alpes  grecques  ou  pennines;  &  qu'elles 
furent  détachées  de  l'Italie  pour  être  unies 
au  vicariat  des  Gaules  proprement  dites  , 
à  cause  de  leur  proximité  de  la  Lyonnoise  & 
de  la  Séquanoise  qui  en  faisoient  partie.  Il 
est  vrai  qu'on  '  prétend  que  la  province  des 
Alpes  grecques  appartenoit  encore  à  l'Italie 
l'an  390,  &  sous  l'empire  du  grand  Théo- 
dose ,  ce  qu'on  croit  pouvoir  prouver  par 
une  notice  de  ce  temps-là  :  mais  cette  no- 
tice est  peut-être  d'un  autre  temps;  ou 
si  elle  est  du  règne  de  ce  prince,  étant 
constant  que  les  Alpes  grecques  dépen- 
doient  des  Gaules  au  milieu  du  quatrième 
siècle,  comme  l'on  voit  par  le  témoignage 
de  Rufus  &  d'Ammien  Marcellin,  il  faudra, 
dans  cette  supposition,  que  cette  province 
ait  été  démembrée  des  Gaules  par  Théo- 
dose, pour  être  unie  à  l'Italie,  &  qu'elle 
ait  été  réunie  ensuite  aux  Gaules  sous  l'em- 
pire d'Honoré,  puisqu'elle  y  est  comprise 
selon  la  notice  de  ce  dernier  empereur. 


NOTE  XXXVI 

Sur  les  neveux  de  Constantin  élevés 
à  Narhonne. 


Note 
35 


Éd.  orte, 

t.  I, 
p.  632, 


( 


v 


'INET,  dans  ses  notes  sur  Ausone',  se 
trompe  visiblement  en  faisant  les  fils 
de  Dalmace  ,  qui  étudièrent  la  rhétorique 
à  Narbonne,  petits-neveux  de  l'empereur 
Constantin.  Il  est  certain''  qu'ils  étoient 
fils  de  Dalmace,  frère  du  même  empereur,  & 
par  conséquent  ses  propres  neveux;  mais 
cette   méprise   est   plus    pardonnable   quo 


Note 
36 


'  Strabon,  p.  204.  —  Pline,  I.  3,  c.  17,  n.  21. 
—  Ptolémée,  1.  3,  c.  i,  p.  71. 

"  Strabon,  p.  204. —  Pline,  1.  3,  n.  21  &  24. — 
Ptolémée,  1.  3,  c.    i,  p.  71. 

3  Voyez  la  Note  XLIX,  n.  6. 


'  Pagi  ad  ann.  374  &  ad  ann.  41,  n.  34. 
'  Godefroy,  in  L.   1  de  Desertoribus,   Cod.  Thcod, 
-  Pagi,  ad  ann.  374,  n.  25. 
^  Ausone,  Proff.  17,  p.   177. 
*  Tillemont,  Histoire  des  Empereurs,  t.  4,  p.  2S0. 


Note 
36 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


77 


Note 
3? 


celle  de  Scaliger'  qui,  à  l'occasion  d'Exu- 
père  qui  enseigna  la  rhétorique  à  ces  prin- 
ces,  dit  que  dans  le  même  temps  Saturnin 
professoit  aussi  la  rhétorique  à  Toulouse  , 
&  qu'il  fut  ensuite  martyrisé  dans  la  même 
ville,  fondé  sur  ces  vers'  de  Sidoine  Apol- 
linaire : 

Qui  Tolosatem  tenuit  cathedram 
De  gradu  summo  Capitolorium 
Praecipitatum. 

Ce  qui  montre  que  ce  savant  critique  a  fait 
de  S.  Saturnin,  premier  évêque  de  Tou- 
louse, un  professeur  de  rhétorique,  &  qu'il 
a  confondu  la  chaire  épiscopale  de  cette 
ville,  avec  une  chaire  de  collège.  CateP 
avoit  déjà  relevé  cette  méprise. 


NOTE  XXXVII 

Sur  le  concile  de  Bé-^ïers ,  où  présida 
Saturnin,  évêque  d'Arles. 


I.XTOUSne  savons   de   ce  concile   que  le 


•N 


peu  que  S.  Hilaire  en  a  rapporté  par 
occasion  dans  ses  ouvrages  j  car  Sulpice 
Sévère,  qui  pouvoit  nous  en  instruire,  yCqix 
a  dit  qu'un  mot  en  passant,  à  l'occasion  de 
celui  d'Arles. 

On  ne  sauroit  donc  rien  dire  de  précis 
touchant  ses  circonstances.  Nous  croyons , 
cependant,  que  le  plus  grand  nombre  des 
évêques  de  ce  concile  étoit  des  Cinq  pro- 
vinces,  c'est-à-dire  de  la  Narbonnoise,  de 
la  Viennoise,  de  l'Aquitaine,  de  la  Novem- 
populanie  &  des  Alpes  maritimes  ,  &  peut- 
être  aussi  de  la  Séquanoise  &  des  Alpes 
grecques,  à  cause  de  leur  voisinage  de  Bé- 
ziers.  D'ailleurs,  Saturnin  d'Arles  qui  pré- 
sida à  ce  concile,  voulut,  sans  doute  pour 
fortifier  son  parti,  y  attirer  les  évêques 
des  mêmes  provinces  qui  avoient  assisté 
trois  ans  auparavant  à  celui  d'Arles,  &  qui 
avoient  e«u  la  foiblesse  de  se  déclarer,  du 
moins  extérieurement,  pour  l'arianisme. 


II.  De  tous  les  évêques  du  concile  de 
Béziers,  nous  ne  connoissons  que  S.  Hi- 
laire de  Poitiers  &Rhodanius  de  Toulouse, 
qui  ne  cédèrent  pas  aux  sollicitations  & 
aux  violences  de  Saturnin.  Les  intrigues  de 
ce  dernier  durent  d'autant  mieux  réus- 
sir, qu'outre  toute  l'autorité  de  l'empereur 
dont  il  étoit  appuyé,  il  présida  à  ce  concile 
ou  comme  seul  métropolitain,  ou  comme 
le  plus  ancien  de  ceux  qui  s'y  trouvèrent. 
Il  est  faux,  cependant,  qu'il  eût  juridic- 
tion sur  la  ville  de  Béziers ,  comme  l'a 
cru  Binius",  &  que  cette  ville  fût  de  son 
diocèse. 

III.  Nous  croyons  trouver  encore  une 
preuve  de  la  prévarication,  ou  plutôt  de 
la  dissimulation  des  évêques  de  nos  pro- 
vinces assemblés  à  Béziers,  dans  le  titre  du 
Traité  des  Synodes  que  S.  Hilaire  adressa 
l'an  358  aux  évêques  des  deux  Germaniquis , 
des  deux  Belgiques ,  des  deux  Lyonnoises  de 
l'Aquitaine  &  de  la  Novempopulanie  ;  au  peu- 
ple &  au  clergé  de  Toulouse  dans  la  Narbon- 
noise,  &  aux  évêques  des  provinces  de  la 
Grande-Bretagne  ;  car  il  nous  paroît  que  le 
saint  évêque  de  Poitiers  ne  faisant  aucune 
mention  dans  ce  titre  des  évêques  de  la 
Narbonnoise,  de  la  Viennoise,  de  la  Séqua- 
noise &  des  deux  provinces  des  Alpes,  c'est 
une  preuve,  comme  le  remarque  un  habile 
critique  %  que  ceux-ci  ne  lui  avoient  pas 
donné  encore  des  marques  de  leur  commu- 
nion* qu'ils  persistoient  du  moins  exté- 
rieurement, dans  celle  de  Saturnin  d'Arles 
&  du  parti  arien,  &  qu'ils  avoient  prévari- 
qué  au  concile  de  Béziers.  Les  évêques  delà 
Grande-Bretagne  &  des  deux  Germaniques 
que  S.  Hilaire  nomme  à  la  tête  de  sou  ou- 
vrage, dévoient  lui  être,  sans  doute,  plus 
indifférens  que  ceux  de  ces  quatre  ou  cinq 
provinces  des  Gaules. 

IV.  On  peut  appuyer  cette  remarque  sur 
ce  que  ce  saint  docteur  distingue  l'église  de 
Toulouse  &  la  nomme  seule,  au  même  en- 
droit entre  toutes  celles  de  la  Narbonnoise. 
C'est  sans  doute  parce  qu'elle  fut  la  seule 
constante  dans  la  foi.  Elle  résista,  en  effet, 
à  toutes  les  violences  de  Constance  8c  des 


NOTB 

37 


'  Scaliger,  in  Auson,  p.  177. 

*  Sidoine  Apollinaire,  1.  9,  Epist,  16. 

'  Catelf  Mémoires  de  l'kist.  de  Languedoc,  p.  820. 


'  Binius,  Conciles,  t.  2,  p.  783. 
'  Tillemont,  art.  8  sur  S.  Hilaire,  Histoire  eccU' 
siastique,  t. 7,  &  sur  les  Ariens,  art.  ôi. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

Ariens,  qui  voulurent  mettre  un  évêque   de  que  l'issue  du  concile  de  Béziers  fut  entiè- 

leur  secte   à   la  place  de  Rhodanius,  après  rement  favorable   aux  hérétiques  :  Mansit 

l'exil  de   celui-ci,  comme  S.   Hilaire   nous  namque  (fides)  atque  etiam  nunc  permanet  post 

l'apprend    lui-même.   Il   y  a   donc   lieu   de  synodi  Bitterrensîs  professionem,   in  qua  pa- 

croire  que  les  évêques  des  provinces  omises  tronos  hujus  haereseos  ingerendae  qu'ibusdam 


Note 
37 


dans  le  titre  de  l'ouvrage  de  ce  saint  évê- 
que eurent  le  malheur,  dans  les  conciles 
d'Arles  &  de  Béziers,  de  favoriser  les  perni- 
cieux desseins  de  Saturnin,  de  condamner 
S.  Athanase  ,  &  de  persister  encore  quelque 
temps  dans  leur  prévarication. 

V.  S.  Hilaire  "  l'insinue,  d'ailleurs,  dans  son 
Traité  contre  Constance,  où  il  dit  qu'ayant 
voulu  faire  connoître  aux  évêques  du  con- 

Ed.orig.  cile  de  Béziers  les  pièges  qu'on  leur  ten- 
p.  633.  doit,  ils  ne  refusèrent  de  l'écouter  que 
dans  la  vue  de  mettre  par  un  mensonge 
leur  innocence  à  couvert,  quoiqu'ils  sussent 
bien  ce  qu'ils  avoientà  faire.  Qui  postea  per 
factionem  eorum pseudo-apostolorum  ad  Biter- 
rensem  synodum  compulsas  cognitionem  de- 
monstrandae  hujus  haereseos  obtuli;  sed  hi 
timentes publicae  conscientiae  audire  ingesta  a 
me  noluerunt  :  putantes  se  innocentiam  suam 
Christo  posse  mentiri  si  volentes  nescirent  quod 
gesturi  postmodum  essent  scientes. 

VI.  On  pourroit  entendre  ce  passage  des 
évêques  ariens,  qui,  craignant  la  discussion 
du  dogme,  refusèrent  d'écouter  S.  Hilaire 


vobis  testibus  denuntiaveram,  innocens,  invio- 
lata,  religiosa,  &c.  Ce  passage,  qui  a  du 
rapport  avec  le  précédent,  fait  voir  que 
c'est  aux  évêques  catholiques  du  concile  de 
Béziers  que  S.  Hilaire  vouloit  montrer  les 
artifices  des  Ariens,  &  que  ces  prélats  ne 
voulurent  point  l'écouter.  Cognitionem  '  de- 
monstrandae  hujus  haereseos  obtuli,  &c.,  in 
qua  patronos  hujus  haereseos  "  ingerendae 
quibusdam  vobis  testibus  denuntiaveram,  &c., 
sed  hi  timentes  publicae  conscientiae ,  &c. 

VII.  Nous  savons  enfin  que  Rhodanius 
de  Toulouse  fut  exilé  pour  n'avoir  pas  cédé 
aux  Ariens  dans  le  même  concile,  &  que  lui 
&  S.  Hilaire  furent  les  seuls  dont  on  punit  la 
résistance,  suivant  le  témoignage  de  Sulpice 
Sévère  %  lequel  parle  du  premier  en  ces  ter- 
mes :  Rhodanium  quoque  Tolosanum  antisti- 
tem,  qui  natura  lenior  non  tam  suis  viribus 
quam  Hilarii  socîetate  non  cesserai  Arianis , 
eadem  conditio  implicuit.  On  lit  dans  quel- 
ques éditions  Rhodanium  quoque  &  Dosa- 
num  antistitem-,  ce  qui  pourroit  faire  croire 
qu'il  y  eut  un  troisième  évêque  qui  s'op- 
mais  il  paroît  plus  naturel  de  l'appliquer  posa  aux  desseins  des  Ariens  dans  le  concile 
aux  évêques  catholiques  du  concile  de  de  Béziersj  mais  la  première  leçon  est  la  vé- 
Béziers,  qui,  appréhendant  les  menaces  de  ritable.  Hornius''  avoue  qu'il  l'auroit  suivie 
Saturnin  &  l'autorité  de  l'empereur,  ne  fi-  s'il  eût  su  que  Rhodanius  eût  été  évêque  de 
rent  aucun  cas  des  avis  qu'il  leur  donna  Toulouse  5  il  pouvoit  s'en  instruire  aisé- 
sur  les  desseins  pernicieux  des  Ariens  ,  ce-  ment  par  les  ouvrages  de  S.  Hilaire.  Or, 
dèrent  au     temps,   n'osèrent    reconnoître      pour  revenir,  si  Rhodanius,  d'un  naturel 


l'innocence  de  S.  Athanase  &  se  persuadè- 
rent pouvoir  le  condamner  sans  blesser 
l'intégrité  de  la  foi. 

Ce  dernier  sens  est  confirmé  par  un  en- 
droit du  même  Père,  dans  son  traité  "  des 
Synodes^  où  il  marque  qu'il  doutoit  si  après 
le  concile  de  Béziers ,  dans  lequel  il  fut 
condamné  à  l'exil,  les  évêques   des  Gaules 


doux  &  d'un  esprit  accommodant,  fut  exilé 
pour  avoir  suivi  S.  Hilaire,  d'où  vient,  si  les 
autres  évêques  du  concile  de  Béziers  en 
firent  de  même,  qu'ils  ne  subirent  pas  la 
même  peine?  D'où  vient  que  l'empereur 
Constance  exerça  '  tant  de  violences  dans 
la  seule  église  de  Toulouse?  Il  est  donc 
très-vraisemblable  que  les  évêques  catholi- 


avoient  persisté  dans  la  foi 5  mais  qu'il  avoit  ques  de  ce  concile,  à  la  réserve  d'Hilaire  & 
appris  par  les  lettres  de  plusieurs  d'entre  de  Rhodanius,  intimidés  par  la  faction  des 
eux  qu'ils  persévéroient  dans  sa  commu- 
nion, &  qu'ils  refusoient  de  communiquer 
avec  Saturnin.  S.  Hilaire  insinue  ensuite 


'  S.  Hilaire,  1.  i,  cont.  Constant,  n.  2,  p. 
'  S.  Hilaire,  de  Synod.  n.   i,  2  8i  3. 


'  S.  Hilaire,  contr.  Constant,  n.  2,  p.   I23p, 

"  S.  Hilaire,  de  Synod.  n.   1,  2  &  3. 

^  Sulpice  Sévère,  Hist.  sacra,  1.  2,  n.  64. 

^  Sulpice  Sévère,  édit.  Horn.  p,  434. 

'"  S.  Hilaire,  contra  Constant,  n.    i  i . 


Note 
37 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


79 


Note 
38 


Ariens,  succombèrent  aux  pièges  de  ces  hé- 
rétiques, &  crurent,  sans  abandonner  la  foi, 
pouvoir  condamner  S.  Athanase,  comme  on 
l'exigeoit  d'eux;  que  quelques-uns  d'entre 
eux  reconnurent  leur  faute  dès  qu'ils  furent 
de  retour  dans  leurs  églises  &  à  l'abri  des 
menaces  de  Saturnin,  &  se  séparèrent  de 
nouveau  '  de  la  communion  de  ce  faux  évê- 
que,  qui  les  avoit  engagés  dans  ce  piège; 
mais  que  les  évêques  de  la  Narbonnoise  & 
des  autres  provinces  que  S.  Hilaire  omet 
dans  le  titre  de  son  livre  des  Synodes,  eu- 
rent le  malheur  de  persister  dans  leurs  pre- 
mières démarches  jusqu'après  le  concile  de 
Rimini,  qu'ils  reconnurent  peu  à  peu  leur 
surprise  ^,  &  revinrent  par  les  soins  de 
S.  Hilaire'.  Ainsi  tous  les  évêques  des  Gau- 
les se  trouvèrent  heureusement  réunis  dans 
la  même  foi  après  le  concile''  de  Paris,  tenu 
l'an  36oou  362,  dans  lequel  Saturnin  d'Ar- 
les fut  déposé. 


NOTE  XXXVIII 

Sur  la  préfecture  d'Hespère,  fils 
d'Ausone. 

IL  est  hors  de  doute  '  que  l'an  879  Ausone 
&  son  fils  Hespère  exerçoient  la  préfec- 
ture des  Gaules.  La  difficulté  consiste  à  sa- 
voir de  quelle  manière  ils  partageoient 
l'exercice  de  cette  charge. 

Nous  croyons  pouvoir  l'apprendre*  d'une 
loi  adressée  la  même  année  au  dernier,  au 
sujet  de  la  Société  des  mariniers,  à  la  fin  de 
laquelle  il  est  marqué  qu'elle  a  été  reçue  à 
Constantîne.  MM.  Godefroi  &  de  Tillemont 
sont  en  peine  de  trouver  dans  les  Gaules 
une  ville  de  ce  nom  &  une  Société  de  mari- 
niers; ce  qui  leur  fait  croire  que  c'est  de  la 
ville  de  Constantine  en  Afrique  dont  il  est 

'  S.  Hilaire,  de  Synod.  n.  2. 
'  Sulpice  Sévère,  Hist.  sacra^  1.  2,  n.  Sg. 
'  S.  Hilaire,  Fragm.  i  i ,  p.  i353,  éd.  Coust.  1.  2, 
n.  2. 

^  Conciles,  t.  2,  p.  821. 
Tillemont,  Histoire  des  Empereurs,  note  9  sur 
Gratien, 

"  Cod.  Théodosien.  L.  I,  de  Navicular. 


Note 
38 


fait  mention  dans  cette  loi,  &  que  par  con- 
séquent Hespère  devoit  être  préfet  d'Italie 
d'où  dépendoit  l'Afrique  dans  le  temps  que 
cette  même  loi  fut  donnée;  mais  cette  con- 
jecture est  détruite  par  Ausone  même  '  qui 
assure  qu'Hespère  son  fils  partageoit  alors 
avec  lui  la  préfecture  des  Gaules,  &  ne  dit 
rien  de  celle  d'Italie. 

Nous  pouvons  appuyer  d'ailleurs  le  texte 
d'Ausone  par  cette  loi  même,  puisque  nous 
savons  que  la  ville  d'Arles  portoit  le  nom 
de  Constantine  depuis  l'empereur  Constan- 
tin %  &  que  ce  titre  lui  est  donné  dans  la 
constitution  de  l'empereur  Honoré  de  l'an 
418  '  pour  l'assemblée  des  Sept  provinces. 

Quant  à  M.  de  Tillemont  qui  dit  qu'on 
ne  trouve  point  de  corps  de  mariniers  dans 
les  Gaules ,  on  voit  le  contraire  dans  plu- 
sieurs inscriptions  rapportées  par  Spon  & 
dans  une  de  Gruter  ^,  où  il  est  parlé  du  corps 
des  mariniers  du  Rhône  qui  élevèrent  un 
monument  en  l'honneur  de  Trajan.  Hespère 
ayant  donc  reçu  cette  loi,  l'an  879,  à  Cons- 
tantine ou  Arles,  il  devoit  avoir  alors  l'admi-  Ed.orig, 

'      .  .  .  ,  1. 1, 

nistration  des  provinces  voisines  de  cette    p.  634. 

ville,  soit  qu'il  fût  préfet  en  titre  ou  seule- 
ment vicaire  dans  les  cinq  provinces  des 
Gaules  dont  nous  avons  déjà  parlé.  Il  pou- 
voit  partager  ainsi  avec  Ausone  son  père  la 
préfecture  des  Gaules. 

Pour  ce  qui  est  de  celle  d'Italie  ,  il  put 
l'avoir  exercée  l'année  suivante  880,  ou 
même  dès  la  fin  de  l'an  879;  car  rien  n'o- 
blige de  différer ,  ainsi  que  l'a  prétendu 
M.  de  Tillemont,  jusqu'au  81  de  décembre 
de  cette  dernière  année,  le  discours  d'Au- 
sone à  l'empereur  Gratien ,  en  actions  de 
grâces  du  consulat  dont  il  l'avoit  honoré; 
discours  dans  lequel  cet  auteur  rapporte  les 
divers  honneurs  que  sa  famille  avoit  reçus, 
&  où  il  ne  dit  rien  de  la  préfecture  d'Italie, 
&  dont  il  auroit  dû  parler  si  son  fils  en  eût 
été  alors  revêtu.  Ausone  peut,  en  effet, 
avoir  prononcé   ce   discours  '  au  mois  de 

'  Ausone,  Grat,  act.  procons.  p,  701  &  7o3. 

"  Sirmond  in  Sidonium,-p.  z^8,SiiConcil.  Gall,  t.  t. 

'  Voyez,  aux  Preuves  de  ce  volume.  Chartes  Sc 
Diplômes,  n.  I  :  Edit  de  l'empereur  Honorius  pour 
V assemblée  des  Sept  provinces. 

^  Gruter,  p.  1022,  n.  10.  — Voyez  aussi  le  beau 
Recueil  des  Inscriptions  de  Lyon,  par  M.  de  Boissien- 

^  Lacarry,  de  Praef.  praet.  Gall.  p.  62  &  71. 


Note 
38 


80 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
39 


septembre  ou    d'octobre  de  l'an  879,   que 
Gratien  étoit  de  retour  de  l'Illyrie  à  Trêves. 


NOTE  XXXIX 

Sur  la  situation  f/'Ebromagus,  lieu  de 
la  demeure  de  S.  Paulin. 

LA  plupart  de  ceux  qui  ont  écrit  sur  la 
vie  '  de  S.  Paulin  ont  cru  que  le  lieu 
à'Ebromagus,  où  il  fit  longtemps  son  séjour 
&  dont  il  est  parlé  dans  les  lettres  de  ce 
saint  évêque  '  &  dans  plusieurs  de  celles 
d'Ausone  %  étoit  le  lieu  de  Brau  ou  d'Em- 
brau,  près  de  la  Garonne  ,  au-dessous  de 
Blaye,  environ  à  six  lieues  de  Bourg  du  côté 
de  la  Saintonge.  Ces  auteurs  conviennent 
que  les  anciens  itinéraires  "•  font  mention 
d'un  Ebromagus  entre  Toulouse  &  Carcas- 
sonnej  mais  ils  ne  sauroient  se  persuader 
que  ce  fût  la  demeure  de  S.  Paulin  :  voici 
quelques  réflexions  qui  pourroient  peut- 
être  faire  croire  le  contraire. 

1°  Suivant  la  vingt-deuxième  épître  ^  d'Au- 
sone, ce  seigneur,  qui  demeuroit  alors  à 
Lugagnac  (Lucaniacum)  ,  lieu  situé,  à  ce 
qu'on  prétend  *,  à  la  gauche  de  la  Dordogne, 
auprès  de  Libourne,  &  à  deux  lieues  de 
Bordeaux ,  manquant  de  grains  pour  faire 
subsister  les  gens  de  sa  terre,  à  cause  de  la 
mauvaise  récolte,  envoya  Philon,  son  inten- 
dant, pour  en  acheter.  Celui-ci  alla  faire 
son  emplette  du  côté  du  Tarn  &  de  la  Ga- 
ronne {Tarnim  S-  Garumnam  permeat);  après 
en  avoir  ramassé  une  certaine  quantité,  il 
les  fit  transporter  sur  des  petits  bateaux  des 
endroits  où  il  les  avoit  achetés  jusqu'à  Ebro- 
magus, où  il  les  mit  en  dépôt  dans  les  gre- 
niers que  Paulin  avoit  dans  ce  lieu,  en  at- 
tendant une  saison  favorable  pour  les  faire 
voiturer  par  la  rivière  jusqu'à  Lugagnac. 

'  J.-B.  le  Brun,  Vie  de  S.  Paulin,  n.  2.  — Tille- 
mont  sur  S.  Paulin. —  Vinet&  Scaliger,  in  Auson. 

'  S.  Paulin,  Epist.  1 1 ,  n.  14. 

3  Ausone,  Epist.  21,  22,  24. 

*  Itin.  Burdigalense.  —  Table  de  Peutinger. 

5  Ausone,  p.  668. 

«  Scaliger,  in  Epist.  24  Auson.  —  Notae  mPauZm. 
p.  35  &  seq. 


Les  domestiques  de  Paulin,  impatiens  du 
long  séjour  de  Philon  à  Ebromagus ,  mena- 
çoient  de  le  faire  déloger  avec  ses  grains 
dans  une  saison  incommode  (.Immature  perî- 
clitatur  expelli),  ce  qui  donna  lieu  à  Ausone 
d'écrire  à  Paulin  pour  le  prier  de  permettre 
à  son  intendant  de  demeurer  à  Ebromagus 
avec  ses  provisions  tout  le  temps  dont  il 
auroit  besoin,  jusqu'à  ce  qu'il  pût  faire 
transporter  commodément  ces  grains  à  Lu- 
gagnac. 

Il  paroît,  par  ce  que  nous  venons  de  dire, 
qu'il  ne  faut  pas  chercher  ailleurs  la  situa- 
tion de  VEbromagus  de  S.  Paulin  qu'entre 
les  deux  rivières  de  Tarn  &  de  Garonne,  & 
que,  par  conséquent,  ce  lieu  n'est  pas  diffé- 
rent de  celui  de  même  nom  dont  il  est  parlé 
dans  les  anciens  itinéraires,  situé  à  quatorze 
milles  de  Carcassonne  vers  Toulouse  &  à 
peu  près  à  une  égale  distance  de  ces  deux 
rivières. 

En  effet,  VEbromagus  des  itinéraires  est 
vraisemblablement  le  lieu  de  Bram,  dans  le 
Lauraguais  &  l'ancien  diocèse  de  Toulouse, 
situé  à  deux  lieues  de  la  petite  rivière  de 
Lers  qui  se  jette  dans  la  Garonne  au-dessous 
de  la  ville  de  Toulouse,  ou  plutôt  le  lieu  de 
Vibram  vers  la  source  de  la  même  rivière 
de  Lers  dans  le  pays  de  Lauraguais.  La  dis- 
tance marquée  dans  les  itinéraires  convient 
à  peu  près  à  l'un  &  à  l'autre  de  ces  endroits. 
VEbromagus  de  S.  Paulin  se  trouve  par  là 
situé  auprès  d'une  rivière,  peu  considéra- 
ble à  la  vérité,  mais  qui,  se  jetant  bientôt 
après  dans  la  Garonne,  peut  avoir  servi  à 
transporter  sur  de  petites  barques  les  pro- 
visions que  l'intendant  d'Ausone  avoit  faites. 
2°  Il  paroît,  par  la  même  épître  d'Ausone, 
que  le  lieu   à'Ebromagus   devoit  être  fort 
éloigné  de  Lugagnac,  puisque,  s'il  eût  été 
aussi  voisin  que  Blaye  l'est  de  Libourne, 
Philon  n'eût  pas  eu  besoin  d'un  entrepôt 
&  d'un  temps  considérable  pour  faire  voi- 
turer ses  grains  dans  ce  lieu  où  le  besoin 
étoit  pressant.  D'ailleurs,  la  disette  ne  fut 
pas  sans  doute  particulière    à   Lugagnac, 
mais  commune  à  tous  les  environs  de  Bor- 
deaux où  on  met  VEbromagus  de  Paulinj  car 
nous  voyons  qu'Ausone  fut  obligé  d'envoyer 
acheter  des  grains  dans  le  pays  arrosé  par  le 
Tarn. 

3°  Cet  auteur,  dans  sa  vingt  &  unième 


NOTB 
39 


Note 
39 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


81 


épître',  remercies.  Paulin',  qui  étoit  alors  cette  ville";  il  paroît,  au  contraire,  qu'il  na- 

à  Ebromagus,  de  lui  avoir  envoyé  de  la  sau-  quit  à  Eèromagus;  car  ce  saint  regardoit  ce 

mure   (murîa)  de    Barcelone  &  de  l'huile.  lieu   comme  son  patrimoine  &  sa  patrie.   Il 

Or,  il  est  bien  plus  naturel  que  ce  dernier  l'appelle  ainsi  '  dans  un  endroit  de  ses  ou- 

ait  envoyé  ces  provisions  des  environs  de  vrages,  d'où  on   peut  conjecturer  que   ses 

Carcassonne,  pays  où  on  commence  à  voir  ancêtres   s'étoient   d'abord   établis  dans  la 

des   oliviers,   que  des  embouchures  de  la  Narbonnoise,  d'où  les  diverses  cliarges  qu'ils 

Garonne  où  il  n'y  en  a  point.  exercèrent  dans    l'empire   les   attirèrent   à 

4°  Le  même  Ausone  \  dans  sa  vingt-qua-  Bordeaux.  Au  reste,  nous  ne   sommes  pas 

trième  épître,  se  plaignant  de  l'éloignement  les  premiers  à  croire  que  S.  Paulin  naquit 

de  S.  Paulin,  qui  demeuroit  pour  lors   en  à   Ebromagus.  Sacchini'    l'insinue  dans   la 

Espagne,  convient  qu'il  se  consoleroit  &  vie  de   ce   saint,  &  Giselin''   l'assure  dans 

qu'il  le  regarderoit  même  comme  voisin,  celle  de  Sulpice  Sévère, 

s'il  n'étoit  pas  plus  éloigné  de  lui  que  Sain-  On  peut  objecter  contre  nos  conjectures 

tes  l'est  d'Agen ,  Vienne  de   Narbonne  &  sur  la  situation  du  lieu  d'£Aromûg-uj,  habité 

Arles  de  Toulouse;  ce  qui  marque  à  peu  par  S.  Paulin,  qu'Ausone,  dans  la   même 

près  la  distance  de  V Ebromagus  des  itiné-  épître  22,  parlant  de  Philon,   son  inten- 


raires  jusqu'à  Lugagnac. 

5°  Les  anciens  ne  nous  donnent  aucune 
connoissance  d'un  Ebromagus  situé  vers 
Bourg  ou  Blaye.  Ils  font  seulement  mention 
de  celui  qui  étoit  entre  Toulouse  &  Car- 
cassonne; nous  savons  d'ailleurs  queS.  Pau- 


dant,  semble  dire  qu'il  avoit  été  conduit  en 
bateau  jusque  dans  ce  lieu  même,  sur  une 
rivière  navigable ,  ad  usque  vectus  Ebro- 
magum  tuam.  Or,  la  rivière  de  Lers  ne  l'est 
pas  vers  sa  source.  On  peut  répondre  que 
le  mot  de  vectus^  dans  cet  endroit,  ne  signi- 


lin  "*  avoit  du  bien  du  côté  de  Narbonne,  &      fie  pas  précisément  que  Philon  ait  abordé 


qu'il  y  recueilloit  du  vin;  ce  qui  fait  voir 
que  cet  illustre  personnage  n'étoit  pas 
étranger  à  la  Narbonnoise. 

6°  L'amitié  que  S.  Paulin  avoit  contrac- 
tée avec  Sulpice  Sévère  nous  fournit  une 
nouvelle  preuve  que  V Ebromagus  où  de- 
meuroit le  premier  est  celui  des  itinéraires; 
car  nous  savons  que  Sulpice  faisoit  alors 
son  séjour'  à  Elusione^  entre  Toulouse  & 
Carcassonne;  or,  selon  les  itinéraires,  le 
lieu  d'Elusione  étoit  situé  à  neuf  milles 
Éd.orig.  d' Ebromagus.  Il  est  très-vraisemblable  que 
p.  63'5.  l'amitié  de  ces  deux  personnages  fut  cimen- 
tée par  le  voisinage  de  leurs  demeures. 

Toutes  ces  raisons,  jointes  ensemble, 
nous  font  croire  que  VEbromagus  où  S.  Pau- 
lin a  fait  un  long  séjour  étoit  celui  des  iti- 
néraires. Pour  ce  qui  est  de  sa  patrie,  on 
sait  seulement  qu'il  étoit  ®  originaire  de 
Bordeaux  {Burdigala  oriundus);   &  il  n'est 


en  bateau  à  Ebromagus  ;  il  suffisoit  que  la 
rivière  de  Garonne  n'en  fût  pas  éloignée. 

Il  faut  avouer  cependant  que  les  derniers 
vers  de  la  vingt-quatrième  épître  d'Ausone 
paroissent  contredire  notre  système  sur  la  si- 
tuation de  V Ebromagus  de  S.Paulin;  les  voici  : 

Et  quando'  iste  meas  impellat  nuntius  aures? 
Ecce  tuus  Paullinus  adest,  jam  ninguida  linquit 
Oppida  Iberorum,  Tarbellica  jam  tenet  arva, 
Hebromagi  jam  tecta  subit,  jam  praedia  fratris 
Vicina  ingreditur;  jam  labitur  amne  secundo  j 
Jamque  in  conspectu  est,  &c. 

Il  faut  observer  que  S.  Paulin  étoit  alors 
du  côté  de  Saragosse  ou  en  Catalogne, 

Nunc  tibi  *  trans  Alpes  &  marmoream  Pyrenen 
Caesareae  Augustae  domus  est. 

&  qu'Ausone  étoit  aux  environs  de  Bor- 


NOTB 

39 


pas  certain  qu'il    ait    pris   naissance  dans      deaux,  &,  à  ce  qu'il  paroît,  dans  une  mai- 


'  Ausone,  p.  661. 

*  Ausone,  p.  666. 

*  Ausone,  p.  684. 

*  S.  Paulin,  Epist.  5,  n.  22. 
5  Voyez  la  A''of£>  Xî.. 

*  Uran.  de  Ob'ttu  Paulin,  p. 


145. 


'  Baillet,  Vie  des  Saints,  21  juin. 
'  S.  Paulin,  Epist.   11,  n.  14, 
'  Bollandistes,  maii,  t.  4. 
^  Giselin,  p.    1  o. 
'  Ausone,  p.  689. 
®  Ausone,  p.  686. 


II 


NoTii 

39 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


son  de  campagne,  située  dans  le  vignoble  de 
cette  ville. 

Me  '  juga  Burdigalae,  trino  me  flumine  coetu 
Secernunt  turbis  popularibus  :  otiaque  inter 
Vitiferi  exercent  colles,  laetumque  colonis 
Uber  agri,  tum  prata  virentia,  tum  nemus  umbris 
Mobilibus,  celebrique  frequens  ecclesia  vico. 

Ce  poëte  '  fait  encore  entendre,  dans  le 
même  ouvrage,  qu'alors  il  n'étoit  pas  éloi- 
gné du  rivage  de  la  Garonne. 

Occidui  me  ripa  Tagi  me  Punica  laedit 
Barcino 

Et  quod  terrarum,  coelique  extenditur  inter 
Emeritensis  Anae ,  lataeque  fluenta  Garumnae. 

On  pourroit  donc  conclure  de  ces  vers 
que  VEbromagus  de  S.  Paulin  ne  peut  avoir 
été  situé  dans  le  Toulousain,  puisqu'il  au- 
roit  dû  prendre  la  route  de  la  Bigorre,  s'il 
avoit  voulu  se  rendre  de  Catalogne  dans  ce 
lieu.  On  peut  répondre  que  le  chemin  de 
Saragosse  au  Toulousain  est  encore  plus 
court  par  la  Bigorre  que  par  le  Roussillon. 
D'ailleurs ,  en  supposant  qu'Ausone  étoit 
alors  aux  environs  de  Bordeaux,  ce  qui  est 
très-vraisemblable,  Paulin  n'auroit  pas  dû 
s'embarquer  &  descendre  la  Garonne  pour 
l'aller  joindre  après  être  arrivé  à  Ebroma- 
gus,  si  ce  lieu  eût  été  fort  au-dessous  de 
cette  ville ,  ainsi  que  les  commentateurs 
de  ce  poëte  le  prétendent.  Il  paroît  enfin 
(\u  Ebromagus  ne  devoit  pas  être  situé  sur 
la  Garonne,  puisque  Paulin  ne  devoit  s'em- 
barquer sur  ce  fleuve  pour  le  descendre  & 
aller  joindre  Ausone,  qu'après  être  arrivé 
de  ce  lieu  dans  la  maison  de  son  frère. 

[Nofe  additionnelle ,  placée  par  D.  Vais- 
^'^^    sète  au  tome  V  de  l'édition  orisinaleA 

knniT.  o  -■ 


ADDIT 

Éd.  orig. 
p.  674. 


Sur  VEbromagus  d' Ausone. 

MASTRUC'  croit  que  VEbromagus  dont 
•  il  est  parlé  dans  la  vingt- deuxième 
lettre  d'Ausone  est  àxiiéremàeVEbromagus 

'  Ausone,  p.  686. 
'  Ausone,  p.  684. 
'  Mémoire  pour  l'h'ist.  naturelle  de  Long.  p.   io5. 


des  itinéraires,  qui  étoit  situé  sur  la  route 
de  Toulouse  à  Carcassonne,  &  il  a  raison. 
Nous  avions  déjà  été  prévenus  à  ce  sujet  par 
les  remarques  que  quelques-uns  de  nos  con- 
frères nous  avoient  communiquées  à  ce  su- 
jet. Il  paroît,  par  ces  remarques,  queVEbro- 
magus,  dont  Ausone  parle  dans  sa  lettre, 
est  le  lieu  qu'on  appelle  Branne ,  situé  sur 
la  rive  gauche  de  la  Dordogne,  à  une  lieue 
de  Lugagnac.  Ainsi  Philon,  après  avoir 
acheté  des  grains  aux  environs  du  Tarn  & 
de  la  Garonne,  les  aura  embarqués  au-des- 
sous de  Moissac,  les  aura  fait  descendre 
jusqu'à  Bordeaux^  &  ayant  passé  ensuite  le 
Bec-d'Ambés,  il  aura  remonté  la  Dordogne 
pendant  cinq  à  six  lieues  jusqu'à  Branne. 


Note 

ADDlT. 


NOTE  XL 

Sur  la  patrie  de  Sulpîce  Sévère. 

I.  r-pouT  ce  que  nous  savons  de  certain  tou- 
1  chant  la  patrie  de  Sulpice  Sévère', 
c'est  qu'il  étoit  Aquitain.  Il  le  dit  lui-même 
dans  un  endroit  de  ses  Dialogues,  &  Gen- 
nade  ^  l'assure  de  même.  Il  estvrai  que  nous 
n'ignorons  pas  que  Scaliger  ' ,  Vossius  & 
quelques  autres,  ont  prétendu  que  ce  célè- 
bre historien  étoit  d'Agen,  parce  que,  dans 
un  endroif  de  son  Histoire  sacrée,  il  ap- 
pelle S.  Phœbade,  évêque  de  cette  ville,  no- 
tre Phœbade  {noster  Phoebadius)  ;  mais  il 
nous  sera  aisé  de  détruire  cette  conjecture 
après  que  nous  aurons  donné  la  véritable 
notion  des  xaoms  A' Aquitain  &  à' Aquitaine  ^ 
selon  le  langage  des  auteurs  du  quatrième 
siècle. 

II.  Nous  avons  dit  ailleurs  que  l'ancienne 
province  d'Aquitaine  faisoit  avec  l'ancienne 
Narbonnoise  ce  qu'on  appela,  depuis  Cons- 
tantin jusqu'à  Honoré,  les  Cinq  ou  les  Sept 
provinces  des  Gaules  ,  &  qu'on  leur  donnoit 
indifféremment  ce  nom  ou  celui  d'Aqui- 
taine. On  divisoit,  en  effet,  dans   le  qua- 

'  Sulpice  Sévère,  Dialogue  i,  n.  20. 
'  Gennade,  de  Script.  Eccl.  c.  19. 
^Scaliger,   in  Auson.p.  685. — Vossius,  de  His- 
toricis  Latinis,  1.  2,  c.    i3. 

■•  Sulpice  Sévère,  Hist.  Sacra,  1.  2,  n.  58. 


Note 
40 

Ed.  orig. 

t.  1, 
p.  635. 


Note 
40 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


83 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  636. 


trième  siècle,  toutes  les  Gaules  en  deux  par- 
ties, dont  la  première  conservoit  le  nom  de 
Gaules  proprement  dites,  &  l'autre  portoit 
le  nom  général  d'Aquitaine.  Sulpice  Sévère 
lui-même  nous  en  fournit  une  preuve,  lors- 
qu'en  parlant  des  évêques  du  concile  de 
Rimini,  il  s'exprime  en  ces  termes  :  Sed  '  îd 
nostris ,  id  est  Aquitanis ,  Gallis  &  Brîtannis 
îndecens  visum,  &c.  Et  lorsque  dans  ses  Dia- 
logues il  oppose  les  Gaulois  aux  Aquitains  : 
Hominem''  GalluminterAquitanos,&c.  On  voit 
la  même  distinction  dans  l'épître  de  l'em- 
pereur ou  tyran  Maxime  à  Valentinien  II  : 
Hac  fide  '  glorîantur  Gallia ,  Aquitanïa , 
omnîs  Hispanîa,  &c.  M.  de  Valois  rapporte  "* 
plusieurs  autres  preuves  de  cette  distinc- 
tion. 

III.  Cette  partie  des  Gaules,  qu'on  appe- 
loit  zlors  Aquitaine,  ne  comprenoit  pas  seu- 
lement l'ancienne  provincedece  nom,  mais 
encore  toute  l'ancienne  Narbonnoise.  C'est 
ce  qui  paroît  certain  par  le  témoignage 
d'Ammien  Marcellin',  auteur  du  temps,  le- 
quel, faisant  l'énumération  des  provinces 
qui,  de  son  temps,  étoient  comprises  dans 
les  Gaules,  se  sert  de  ces  termes  :  At  nunc 
numerantur  provinciae  per  ambitum  GalUa- 
rum  secunda  Germania,  &-c.,  c'est-à-dire  que 
les  Gaules  proprement  dites  comprenoient 
les  huit  provinces  suivantes,  savoir  :  les 
deux  Germaniques,  les  deux  Belgiques,  la 
Séquanoise,  les  Alpes  grecques  &  les  deux 
Lyonnoises  :  ces  deux  dernières  n'étoient 
pas  encore  alors  subdivisées.  Cet  auteur 
ajoute,  après  l'énumération  de  ces  huit  pro- 
vinces :  Hae  provinciae  sunt  urbesque  splen- 
didae  Galliarum.  Il  entre  ensuite  dans  le 
détail  des  provinces  comprises  sous  le  nom 
général  d'Aquitaine,  &  s'exprime  ainsi  : 
In  Aquitania  quae  Pyrenaeos  montes  &  eam 
partent  spectat  Oceani,  &c.,  prima  provincîa 
est  Aquitanica,  amplitudine  urbium  admodum 
culta;  omissis  aliis  multis,  Burdigala  &  Ar- 
verni  excellant.  Novempopulos  Ausci  com- 
mendant  &  Vasatae.  In  Narbonensi  Elusa  & 


'  Sulpice  Sévère,  Hist.  Sac.  1.  2,  n.  56. 
'  Sulpice  Sévère,  Dialog.   i,  n.  20. 
'  ConcileSj  t.  2,  p.  io3i. 

^  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  33. 
'  Ammien  Marcellin ,   H'ist.   1.   i5,  p.  104.   — 
Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum ,  notes. 


Narbona  &  Tolosa  prîncipatum  urbium  te- 
nent.  Viennensis  civitatum  exsultat  décore  mul- 
tarum,  &c.  On  voit  par  là  qu'Ammien  Mar- 
cellin met  au  nombre  des  provinces  connues 
sous  le  nom  général  d'Aquitaine  :  i°la  pro- 
vince de  ce  nom  qui  n'étoit  pas  encore  sé- 
parée en  deux;  2"  la  Novempopulanie;  3" la 
Narbonnoise  qui  n'étoit  pas  encore  distin- 
guée en  première  &  seconde;  4°  la  Vien- 
noise; 5°  les  Alpes  maritimes",  c'est-à-dire 
les  cinq  provinces  dont  nous  avons  déjà 
parlé  ailleurs. 

Sextus  Rufus'  suit  le  même  plan  dans  la 
description  qu'il  fait  des  provinces  des  Gau 
les.  Sunt  Galliae,  dit-il,  cum  Aquitania  £• 
Britanniis  provinciae  XFII,  &c.,  &c.  Il  dé- 
crit ces  provinces  en  commençant  au  levant 
par  les  Alpes  maritimes  :  il  continue  par  la 
Viennoise,  la  Narbonnoise,  la  Novempo- 
pulanie &  les  deux  Aquitaines;  ce  qui  for- 
moit  l'Aquitaine  prise  en  général.  Cet  au- 
teur, voulant  parler  ensuite  des  provinces 
des  Gaules  proprement  dites,  recommence 
sa  description  au  levant  par  les  Alpes 
grecques,  &  continue  par  la  Séquanoise,  les 
deux  Germaniques,  les  deux  Belgiques  & 
les  deux  Lyonnoises.  Sozomène'  divise  éga- 
lement les  Gaules  en  Gaule  proprement 
dite  &  en  Aquitaine,  lorsqu'il  parle  du 
tyran  Constantin  qui  s'empara  de  toutes 
ces  provinces.  Il  est  donc  certain  que  dans 
le  quatrième  siècle  on  comprenoit  la  Nar- 
bonnoise dans  l'Aquitaine  prise  en  général, 
&  que  celle-ci  n'étoit  autre  chose  ^  que  ce 
qu'on  appela  alors  les  Cinq,  &  qu'on  ap- 
pela ensuite  les  Sept  provinces. 

On  peut  encore  prouver  qu'au  quatrième 
siècle  la  Narbonnoise  faisoit  partie  de  ce 
qu'on  appeloit  Aquitaine  en  général,  par 
Sulpice  Sévère  qui,  dans  son  premier  Dialo- 
gue %  met  ces  paroles  dans  la  bouche  d'un 
interlocuteur  :  Sed  dum  cogito  me  hominem 
Gallum  inter  Aquitanos  verba  facturum,  ve- 
reor  ne  offendat  vestras  nimium  urbanas  aures 
sermo  rusticior.  Dans  le  temps  de  ce  dialo- 
gue, la  Narbonnoise  étoit  comprise,  ou  dans 


'  Lacarry,  Praef,  praet,  Gall.  p.  20  &  21. 

'  Sextus  Rufus,  Brevlarlum. 

'  Sozomène,  Histoire  ecclésiastique,  1.  9,  c.   n. 

't  Voyez  Note  XXXIV. 

^  Sulpice  Sévère,  Dialog.  i,  n.  20. 


Note 
40 


Note 
40 


84 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ce  qu'on  appeloit  les  Gaules  proprement 
dites,  ou  dans  l'Aquitaine  prise  en  général, 
puisque,  comme  nous  l'avons  déjà  montré, 
on  ne  connoissoit  pas  alors  d'autre  division 
générale  des  Gaules j  mais  si  elle  étoit  com- 
prise dans  les  Gaules  proprement  dites,  le 
Gaulois  interlocuteur  n'auroit  pas  dû  met- 
tre, comme  il  fait,  la  politesse  des  Aqui- 
tains beaucoup  au-dessus  de  celle  des  au- 
tres peuples  des   Gaules,  puisque,  suivant 


Sulpice  Sévère  (Epist.  3)  étoit  établi  à 
Toulouse  avec  sa  famille,  &  y  avoit  une 
maison,    l'an  397,  dans  le  temps  de  la  mort 


lieu  à'Eluslo  ou  Si'Elustone,  dont  il  est  fait  mention 
dans  les  anciens  itinéraires,  &  dans  une  lettre  de 
S.  Paulin,  évêque  de  Noie,  au  sujet  de  S.  Sulpice 
Sévère.  M.  de  Valois  conjecture  ({u'Elusio  est  le  vil- 
lage de  Luz  dans  le  comté  de  Carmaing,  8c  la  res- 
semblance des  noms  nous  a  engagés  à  trouver  sa 


le  témoignage  de  Pline,  il  n'y  avoit  pas  de      conjecture  vraisemblable.  M.  Astruc  la  rejette  '  sur 


province  plus  polie  dans  cette  partie  de 
l'Empire,  soit  pour  les  mœurs,  soit  pour  le 
langage,  que  la  Narbonnoise,  &  qu'au  rap- 
port du  même'  auteur,  o?x  devait  plutôt  l'ap- 
peler l'Italie  même  qu'une  province. 

IV.  Il  s'ensuit  de  ce  que  nous  venons 
d'établir  que  Sulpice  Sévère  se  disant  Aqui- 
tain, il  ne  doit  pas  pour  cela  avoir  été  plu- 


ie fondement  que  le  village  de  Lus  ou  Z-aç  n'est  éloi- 
gné que  de  cinq  lieues  de  Toulouse  ;  au  lieu  que  par 
les  distances  marquées  dans  les  itinéraires,  il  est  à 
vingt-huit  milles  de  cette  ville,  &  que  quatre  milles 
romains  ne  font  qu'une  lieue  de  Languedoc.  D'ail- 
leurs, ajoute-t-il,  Eluslo  étoit  située  sur  la  grande 
route  de  Toulouse  à  Carcassonne,  &  Luz  en  est  éloi- 
gné d'une  grande  lieue.  Il  conjecture,  à  son  tour, 
qu'Elusto  est  le  village  de  la  Bastide  d'Anjou,  situé  à 


tôt  natif  de   l'Aquitaine   propre    que    de  la       unelieueoudeuxpetiteslieuesdeCastelnaudary.il 


Narbonnoise  ou  de  quelqu'une  des  Cinq 
Provinces  ;  mais  nous  avons  d'ailleurs  des 
raisons  très-fortes  pour  croire  qu'il  étoit 
né  dans  la  Narbonnoise  &  à  Toulouse  même, 
ou  du  moins  aux  environs  de  cette  ville. 

Nous  ne  connoissons,  en  effet,  que  trois 
endroits  où  ce  célèbre  personnage  ait  fait 
sa  demeure,  &  ces  endroits  sont  tous  trois 
situés  dans  l'étendue  de  la  Narbonnoise; 
savoir  Elusione,  Toulouse  &  Primuliac.  Nos 
plus  habiles  critiques"  conviennent  que  le 
premier  est  le  même  que  celui  qui  est 
marqué  dans  les  anciens  itinéraires  en- 
tre Toulouse  &  Carcassonne  ,  &  qu'on 
croit  être  aujourd'hui  le  village  de  Luz 
dans  le  Lauraguais,  &  le  comté  de  Car- 
maing. Sulpice  y  faisoit  son  séjour',  lors- 
qu'en  SpS  &  en  894  il  dépêcha  à  S.  Paulin, 
qui  se  trouvoit  alors   à  Barcelone,  un  de 


s'appuie  sur  le  nom  même  de  la  Bastide  d'Anjou,  & 
sur  le  fondement  que  le  mot  de  Bastide  signifie  un 
fort.  La  Bastide  d'Anjou  ne  signifie  donc,  continue- 
t-il,  que  le  Fort  d'Anjou;  &  par  conséquent  le  nom 
du  lieu  est  Anjou,  ou  comme  on  prononce  sur  les 
lieux.  Enjeu,  lequel  peut  venir  d^Elusio,  qu'on 
aura  successivement  prononcé  Elusou,  Elsou,  Ensou, 
&  enfin  En^ou  ou  Enjou.  Ménage  se  seroit  ap- 
plaudi sans  doute  d'avoir  fait  une  pareille  décou- 
verte. 

Nous  voulons  bien  supposer,  avec  M.  Astruc,  que 
les  distances  sont  exactement  marquées  dans  l'iti- 
néraire de  Bordeaux,  &  que  le  village  de  Luz  étoit 
alors  situé,  comme  aujourd'hui,  à  quelque  distance 
de  la  grande  route  de  Toulouse  à  Carcassonne  :  mais 
pour  son  étymologie  du  nom  de  la  Bastide  d'Anjou^ 
nous  ne  pouvons  la  lui  passer  ;  &  il  lui  seroit  dif- 
ficile de  prouver  que  le  château  ou  village  de  ce 
nom  subsistât  avant  Louis,  duc  d'Anjou,  gouver- 
neur de  Languedoc,  qui  le  fit  construire  &  qui  lui 
donna  son  nom,  après  le  milieu  du  quatorzième  siè- 


ses   domestiques,     lequel    arriva    en    huit      cle.  Le  mot  de  ia^fi^e,  dans  l'usage  du  Languedoc,  ne 
jours  dans  cette  ville.  C'est,  en  effet,  sa  vé- 
ritable distance^  d'Elusione''. 


'  Pline,  1.  3,  n.  5. 

*  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  188. — 
Sirmond,  ^^ofes  sur  Sidoine  Apollinaire,  p.  128.  — 
Tillemont,  5ar  S.  Paulin. —  Le  Brun,  Fie  de  S,  Pau- 
lin, c.   14,  p.  26  &  Notes,  p.  28. 

'  S.  Paulin,  Epist,  1 ,  p.  7. 

^  Voyez  Tillemont,  art.  3,  sur  Sulpice  Sévère,  au 
tome  12  de  son  Histoire  ecclésiastique. 

^  M.  Astruc  rejette  l'opinion  de  M.  de  Valois, 
que  nous  avons  admise,  touchant  la    situation    du 


veut  pas  dire  yôrt  ou  château,  mais  une  ville  nou- 
vellement construite,  comme  il  y  en  eut,  en  effet, 
plusieurs  de  fondées  '  peu  de  temps  avant  &  après  la 
réunion  du  comté  de  Toulouse  à  la  couronne,  soit 
par  les  seigneurs,  soit  par  les  gouverneurs  ou  lieu- 
tenans  généraux  de  la  province,  soit  par  les  séné- 
chaux :  c'est  ainsi ,  entre  autres ,    qu'Eustache  de 


»  Mémoire  pour  l'histoire  naturelle  du  Languedoc,  p.  loi 
&  suiv. 

»  Voyez  au  tome  VI  de  cette  édition,  livre  XXVI,  n.  88, 
l'alinéa  commençant  par  ces  mots  :  Ceprince&la  comtesse,  &c., 
&  aux  Preuves  dn  tome  VIII ,  la  charte  CCCLXVI  :  Mé- 
moire des  acquisitions  faites  par  Alphonse  de  Poitiers, 
comte  de  Toulouse  &  de  Poitiers. 


Note 
40 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


de  S.  Martin,  comme  on  voit  par  une  lettre 
qu'il  écrivit  alors  à  sa  mère,  où  il  paroît 
même  qu'il  appelle  cette  ville  sa  patrie  : 
Ego  enim  Tolosae  positus  tu  Treverîs  con- 
stituta,  &■  tam  longe  a  PATRIA,  jilio  inquié- 
tante divulsa. 

Quant  à  Primuliac,  où  il  fit  un  plus  long 
séjour,  &  où  il  étoit  en'  408,  on"  convient 
que  ce  lieu  étoit  dans  la  Narbonnoise.  Nous 
croirions  volontiers  qu'il  étoit  situé  dans  le 
Minervois  ou  le  diocèse  d^  Narbonne,  sur 
les  frontières  de  celui  de  Carcassonnfe  vers 
les  montagnes  de  Cannes;  car  1°  ce  pays 
solitaire  &  hors  du  commerce  étoit  fort 
propre  à  la  construction  du  monastère  que 
Sulpice  édifia  à  Primuliac,  &  où  il  mena 
longtemps  une  vie  retirée;  2°  on  convient' 

Beaumarchais, sénéchalde Toulouse,  fonda  la  Bastide 
de  son  nom,  vers  l'an  1290,  dans  le  diocèse  d'Auch  ; 
que  Guichard  de  Marziac,  aussi  sénéchal  de  Tou- 
louse, construisit'  en  1298  la  Bastide  de  Marziac 
dans  le  même  diocèse  d'Auch;  que  Jean,  évêque  de 
Beauvais,  lieutenant  du  roi  en  Languedoc,  fonda 
vers  l'an  1842  la  Bastide  de  Beauvais  au  diocèse  de 
Saint-Papoul;  que  Guillaume  Flotte,  seigneur  de 
Revel,  construisit  vers  l'an  i35o  la  ville  ou  la  Bas- 
tide de  Revel  au  diocèse  de  Lavaur,  &c.  Or,  toutes 
ces  bastides  ou  nouvelles  villes,  bien  loin  d'être 
fortifiées,  furent  d'abord  toutes  ouvertes  &  sans 
défense  "•.  Il  s'ensuit  de  là  que  le  lieu  où  est  au- 
jourd'hui la  Bastide  d'Anjou  étoit  une  rase  campa- 
gne, dans  le  temps  des  anciens  itinéraires,  où  il  est 
fait  mention  A'Elusio  ou  à'Elusione.  [Note  placée 
par  D,  Vaissete  au  tome  V  de  son  édition,  p.  661]. 

[Adrien  de  Valois  &  les  auteurs  de  l'Histoire  de 
Languedoc  se  sont  trompés  aussi  bien  qu'Astruc  au 
sujet  de  la  position  du  lieu  nommé  Elusione,  situé 
sur  la  route  de  Toulouse  à  Carcassonne,  entre  les 
stations  appelées  ad  Vicesimum  &  Sostomago,  &  à 
une  égale  distance  de  l'une  &  de  l'autre.  Cette  posi- 
tion répond  à  l'église  de  Saint-Pierre  d'Elzonne, 
près  Montferrand.]  [E.   M.] 

'S.  Paulin,  Epist.  3i,  32. 

'  Tillemont,  art.  3  sur  Sulpice  Sévère,  au  tome  i  2 
de  son  Histoire  ecclésiastique. 

'  Tillemont,  art.  3,  sur  Sulpice  Sévère,  au  tome  i  2 
de  son  Histoire  ecclésiastique. 


3  Voyez  aussi  au  tome  VI,  livre  XXVI,  n.  16,  i"  alinda  : 
...4°  11  est  défendu  aux  sénéchaux...  de  construire  de  nouvel- 
les bastides,  &c. 

■♦  TomeVI  de  cette  édition,  livre  XXVI,  n.  96:  «  On  donna  le 
nom  de  Bastides,  aux  nouvelles  villes  &  aux  nouveaux  bourgs, 
qu'ils  fondèrent  depuis  en  assez  grand  nombre  dans  le  pays, 
parce  que  tous  ces  lieux  furent  d'abord  ouverts  &.  sans  dé- 
fense. » 


Note 
40 


que  ce  saint  personnage  demeura  à  Tou- 
louse ou  aux  environs  jusque  vers  l'an  407, 
&  cette  ville  n'est  pas  fort  éloignée  du  Mi- 
nervois ;  3°  ce  pays  est  encore  moins  éloi- 
gné A'Elusîone  dont  nous  venons  de  parler, 
&  qui  étoit  une  autre  terre  de  Sulpice  54"  il 
paroît  que  ce  célèbre  historien  étoit  à  Pri- 
muliac en  SgS,  lorsque  S.Paulin  le  pria'  de 
lui  envoyer  le  vin  vieux  qu'il  avoit  laissé  à 
Narbonne  :  or,  suivant  la  situation  que  nous 
donnons  à  ce  lieu,  il  étoit  à  portée  de  cette 
ville.  Nous  apporterons  plus  bas  de  nou- 
velles raisons  qui  nous  font  croire  que  Pri- 
muliac étoit  situé  dans  le  diocèse  de  Nar- 
bonne. 

V.  Sulpice  ayant  donc  fait  sa  résidence 
dans  la  Narbonnoise  au  moins  jusqu'à  l'an 
405,  qui  étoit  le  cinquante  &  unième  de 
son  âge,  &  n'y  ayant  aucune  preuve  qu'il 
ait  jamais  demeuré  dans  l'Aquitaine  propre- 
ment dite,  il  paroît  beaucoup  plus  naturel 
de  le  faire  natif  de  la  première  que  de  la 
dernière  de  ces  provinces. 

D'ailleurs,  la  conjecture  de  Scaliger&de 
Vosius  touchant  la  patrie  de  cet  historien 
se  détruit  d'elle-même  :  car  si  Sulpice  s'est 
servi  du  terme  de  noster  en  parlant  de 
S.  Phœbade  d'Agen,  c'est  seulement  parce  Éd.oiig 
qu'il  étoit  d'Aquitaine  comme  lui,  &  par  p.'63j. 
opposition  à  S.  Servais  de  Tongres,  qui 
étoit  Gaulois,  c'est-à-dire  des  Gaules  pro- 
prement dites,  comme  on  voit  par  ce  pas- 
sage :  Constantissimusque^  înter  eos  habeba- 
tur  noster  Foebadius,  &■  Servatius  Tungro- 
rum  episcopus.  C'est  dans  le  même  sens'  que 
Sulpice  appelle  nostri  lés  évêques  catholi- 
ques &  les  évêques  des  Gaules,  en  général, 
en  les  opposant  aux  évêques  ariens  ou  à 
ceux  des  provinces  étrangères. 

Si  le  terme  noster  dont  se  sert  Sulpice  de- 
voit  décider  de  sa  patrie,  il  faudroit  le  dire 
natif  du  diocèse  dont  Gavidius  étoit  évêque, 
plutôt  que  de  la  ville  d'Agen,  puisqu'il  ap- 
pelle ce  dernier  son  évêque,  ce  qu'il  ne  dit 
pas  de  S.  Phœbade.  Hoc  ego,  dit-il  %  Gavi- 
dium,  EPISCOPUM  NOSTRUM  quasi  obtrec- 
tantem  referre  solitum  audivî.    Or,  il  paroît 

'  S.  Paulin,  Epist,  5,  p.  3o. 

'  Sulpice  Sévère,  Histoire,  1.  2,  n.  58. 

'  Sulpice  Sévère,  Histoire,  1.  2,  n.  56,  59,  £ic. 

''  Sulpice  Sévère,  Histoire,!.  2,  n.  56. 


Note 
40 


86 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


certain  par  la  suite  du  discours  que  le  même 
Gavidius  assista  au  concile  de  Rimini  tenu 
à  la  fin  de  l'année  SSç,  &  que  par  consé- 
quent il  ne  pouvoit  pas  être  évêque  d'Agen, 
puisque  cette  année  '  &  les  suivantes 
S.  Phœbade  remplissoit  le  siège  épiscopal 
de  cette  ville.  D'ailleurs,  ce  siège  se  trouve 
occupé  jusqu'après  le  temps  que  Sulpice 
écrivit  son  histoire  sacrée.  Scaliger"  em- 
barrassé de  ce  passage  prétend  sans  aucune 
autorité  que  Phœbade  &  Gavidius  ne  sont 
qu'une  même  personne  ;  mais  il  est  évi- 
dent' que  ce  sont  deux  évêques  diffèrens, 
tous  les  deux  cependant  Aquitains,  suivant 
la  notion  qu'on  donnoit  alors  à  ce  terme. 

VI.  Gavidius,  qui  a  été  sans  doute  évêque 
diocésain  de  Sulpice,  n'a  donc  pas  occupé  le 
siège  épiscopal  d'Agen.  Il  n'a  pas  été  non 
plus  évêque  de  Périgueux,  comme  quel- 
ques-uns l'ont  prétendu.  En  effet  Paterne, 
évêque  arien,  remplit  ce  dernier  siège  jus- 
qu'à l'an  362  qu'il  fut  déposé,  &  cela  dans 
le  même  temps  que  Gavidius  étoit  évêque. 
Aussi,  les  derniers  éditeurs  du  Gallia  Chrîs- 
tiana^  n'ont  pas  compris  Gavidius  dans  le 
catalogue  des  évêques  de  Périgueux.  Il  faut 
donc  qu'il  ait  occupé  quelque  autre  siège; 
&  nous  n'en  trouvons  point  qui  lui  con- 
vienne mieux  que  celui  de  Narbonne  ou 
celui  de  Toulouse. 

Nous  n'avons  rien  sur  les  évêques  de 
ces  deux  villes  dans  le  temps  du  concile  de 
Rimini  auquel  Gavidius  assista.  Pour  ce  qui 
est  de  Narbonne,  il  n'y  a  aucune  difficulté, 
puisque  parmi  les  anciens  évêques  de  cette 
ville  nous  n'en  connoissons  aucun  entre 
S.  Paul,  qui  fut  le  premier  de  tous,  &  Hi- 
laire,  qui  vivoit  au  commencement  du  cin- 
quième siècle. 

A  l'égard  de  Toulouse ,  Gavidius  pouvoit 
aussi  en  être  évêque  dans  le  temps  de  la 
tenue  du  concile  de  Rimini  ;  car  Rhodanius 
qui  fut  exilé  l'an  356,  au  concile  de  Béziers, 
mourut  bientôt  après  dans  la  Phrygie;  & 
quoique  nous  ignorions'  l'époque  certaine 


de  sa  mort,  les  plus  habiles  critiques  '  con- 
viennent, cependant,  qu'il  étoit  déjà  dé- 
cédé en  358 ,  puisque  dans  l'ordre  général 
qui  fut  donné  de  convoquer  au  concile  de 
Séleucie  tous  les  évêques  &  ceux  même 
qui  étoient  exilés,  il  n'est  fait  aucune  men- 
tion de  lui.  Son  église  étant  donc  vacante 
dès  l'an  358,  elle  peut  avoir  été  remplie  en 
359  par  Gavidius,  qui  en  ce  cas-là  lui  aura 
succédé  immédiatement,  car  le  concile  de 
Rimini  ne  fut  tenu  qu'à  la  fin  de  cette  der- 
nière année. 

Nous  croyons  néanmoins  qu'il  est  plus 
probable  que  Gavidius  étoit  évêque  de  Nar- 
bonne; car  comme  nous  l'avons  dit,  nous 
ne  trouvons  rien  sur  les  évêques  de  cette 
ville  pendant  tout  le  quatrième  siècle,  &  il 
n'est  pas  tout  à  fait  certain  que  Rhoda- 
nius fût  mort  l'an  358.  Mais  quand  celui-ci 
seroit  décédé  cette  même  année,  S.  Sylvius, 
qui  vivoit  vers  la  fin  du  quatrième  siècle, 
peut  avoir  été  son  successeur^  immédiat. 
Il  est,  d'ailleurs,  plus  vraisemblale  qu'une 
métropole  aussi  considérable  que  celle  de 
Narbonne  ait  envoyé  son  évêque  au  con- 
cile de  Rimini  en  la  personne  de  Gavidius. 

VII.  Ce  que  nous  avons  déjà  dit  de  la 
situation  de  Primuliac  peut  confirmer  nos 
conjectures  touchant  le  siège  de  Gavidius; 
car  il  est  très-probable,  comme  nous  l'a- 
vons observé  ,  que  ce  lieu  étoit  situé  dans 
le  diocèse  de  Narbonne;  ainsi,  c'est  avec 
raison  que  Sulpice  peut  avoir  appelé  Gavi- 
dius son  évêque. 

Sulpice  bâtit  dans  ce  lieu  deux  églises, 
suivant  le  témoignage  de  S.  Paulin^  qui,  lui 
écrivant  en  402,  lui  marque "^  qu'il  lui  ren- 
voyoit  de  Noie,  dans  la  Narbonnoise,  Vic- 
tor, disciple  de  S.  Martin  qu'il  lui  avoit 
déjà  envoyé  auparavant,  &  qui  avoit  ren- 
contré alors  Posthumien  dans  le  même 
pays.  De  Narbonensi,  ubi  fratri  Posthumîano 
occurrerat ,  remissus  ad  te,  nunc  à  te  iterum 
profectus  est,  &c.,  S-c.  Posthumien  s'embar- 
qua dans  le  même  temps  à  Narbonne  pour 


Note 


'  Gallia  Chrlst'iana,  nov.  éd.  t.   2,  p.   SpS,  896 , 

897. 

'  Scaliger,  in  Auson.  p.  685. 

3  Voyez  Hornius,  in  Sulp.  Sev,  p.  443. 

^  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  2,  p.   1448  &  seq. 

'  Sulpice  Sévère,  Histoire,  1.  2,  n.  5p. 


'  Tillemont,  t.  7,  Histoire  ecclésiastique,  p.  459. 
—  Vie  de  S.  Hilaire,  nouv.  édit.  n.  xcix. 

'  Tillemont,  sur  S.  Exupère,  t.  10,  Histoire  ecclé- 
siastique. 

^  S.  Paulin,  Epist.  3i   &  32. 

^  S.  Paulin,  Epist.  28,  p.  177, 


Note 
40 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


87 


l'Orient,  &  prit  congé  de  Sulpice  ou  dans 
cette  ville'  ou  du  moins  aux  environs. 
Hinc'  abiens  valedixî  ubî  Narbona  navim 
jo/vimwj.  Tout  cela  prouve  que  Primuliac, 
où  Sulpice  demeuroit  alors,  n'étoit  pas 
éloigné  de  Narbonne. 

Nous  savons,  d'ailleurs,  qu'en  405,  Pos- 
thumien  étant  en  Egypte  &  souhaitant  de 
voir  Sulpice,  prit  dans  cette  vue  la  route 
de  Narbonne.  Nflvm'  illic  onerartam  offendî 
quae  cum  mercibus  Narbonam  petens  solvere 

parabat ut  nihil  cunctatus  navim  conscen- 

derem ,  trîcesîmo  die  IS/lassiliam  adpuhus  inde 
hue  decimo  pervenerim ,  adeo  prospéra  navi- 
gatio  piae  adfuît  voluntatî ,  &c.  Il  semble, 
suivant  ce  passage,  que  Posthumien  ne  fut 
par  mer,  que  depuis  l'Egypte  jusqu'à  Mar- 
seille, qu'il  relâcha  au  port  de  cette  ville,  au 
lieu  de  débarquer  à  Narbonne  comme  ill'a- 
voit  projeté,  &  qu'il  fit  le  reste  du  chemin 
par  terre  jusqu'à  Primuliac.  Or,  il  paroît 
que  Posthumien  faisoit  ses  voyages  à  pied  ; 
&  si  ce  lieu  eût  été  situé  dans  l'Agenois,  le 
Périgord  ou  laBigorre  comme  ou  le  prétend, 
il  lui  auroit  fallu  plus  de  dix  jours  pour  y 
arriver  de  Marseille.  Si  on  veut,  au  con- 
traire, que  Posthumien  ait  débarqué  à  Nar- 
bonne ,  il  faut  également  que  Primuliac  ne 
fût  pas  éloigné  de  cette  ville  ou  de  la  côte 
de  la  Méditerranée,  puisque  dans  ce  sens 
il  donne  à  entendre  qu'il  arriva  par  mer,  le 
dixième  jour,  de  Marseille  au  lieu  où  étoit 
Sulpice.  Inde  hue  decimo  pervenerim.  De 
toutes  ces  autorités  nous  croyons  pouvoir 
conclure  que  la  patrie  de  Sulpice  Sévère 
étoit  ou  la  ville  de  Toulouse,  comme  l'a 
cru  *  Giselin ,  auteur  de  sa  vie  ,  ou  du 
moins  Primuliac  ou  quelque  autre  lieu  de 
la  Narbonnoise  première. 

VIII.  Nos  plus  habiles  critiques^  conjec- 
turent que  ce  saint  personnage  professa  la 
vie  monastique  à  Primuliac.  Il  y  fit  bâtir  , 
Éd.orig.   en  effet,  un   monastère.    Un    protestant® 
0.638.    moderne  nie  hardiment  qu'il  ait  embrassé 


'  Le  Brun,  Vie  de  S.  Paulin,  c.  40. 
'  Sulpice  Sévère,  Dialog.  i,  n.  i. 
'  Sulpice  Sévère,  Dialog.  i,  n-  i. 
^  Giselin,  Fie  de  Sulpice  Sévère^  p.  10. 
^  Tillemont,  sur  S.  Sulpice,  art.  3. 
^  Basnage,  in  Vit.  S.  Desiderii,  t.  1 ,  éd.  Canisius, 
jn-fol.  p.  633. 


cette  profession  ;  mais  il  n'en  donne  d'autre 
raison,  sinon  qu'il  est  persuadé  qu'on  a 
voulu  par  là  faire  honneur  à  l'état  monas- 
tique ,  &  qu'on  a  confondu  cet  historien 
avec  Sulpice  Sévère  qui,  après  avoir  été 
abbé,  devint  archevêque  de  Bourges  au 
septième  siècle.  Il  nous  suffit  de  savoir 
que  le  premier  fit  son  séjour  plus  ordi- 
naire à  Primuliac  ,  qu'il  y  fonda  un  monas- 
tère, &  qu'il  mena  une  vie  retirée  &  très- 
chrétienne,  ce  qu'on  ne  sauroit  nier,  pour 
nous  faire  croire  la  conjecture  des  catho- 
liques bien  fondée. 


NOTE  XLI 

En  quel  endroit  des  Gaules,  Vigilance 
divulgua  ses  erreurs. 

VIGILANCE,  après  avoir  quitté  S.  Jérôme 
dans  la  Palestine,  se  retira  dans  les 
Gaules  où  il  répandit  le  venin  de  ses  er- 
reurs. Aucun  auteur  ne  marque  précisé- 
ment dans  quel  endroit  en  particulier  il  les 
divulgua.  Nous  avons  lieu  de  croire  que  ce 
fut  aux  environs  de  Toulouse  pour  les  rai- 
sons suivantes  : 

1°  On  convient  que  cet  hérétique  étoit 
natif  du  Comminges  qui  est  limitrophe  du 
Toulousain.  Or,  après  avoir  quitté  la  Pa- 
lestine, il  se  retira  dans  son  pays  &  vers  les 
Pyrénées  où  il  tâcha  de  décrier  S.  Jérôme 
tant  par  ses  discours  que  par  ses  écrits , 
dans  lesquels  il  répandit'  ses  erreurs.  Nous 
savons',  d'ailleurs,  qu'il  avoit  été  domes- 
tique (yernaculus)  de  Sulpice  Sévère  qui 
habitoit  alors  aux  environs  de  Toulouse , 
&  qui  le  retint  encore  auprès  de  lui  à  son 
retour  de  la"*  Palestine.  Comme  cet  héréti- 
que dont  il  ignoroit  les  erreurs  avoit  été 
depuis  ordonné  prêtre ,  il  lui  donna  de 
l'emploi  auprès  de  sa  demeure,  &  par  con- 
séquent au  voisinage  de  la  même  ville. 

2°  S.  Jérôme  se  plaint,  dans  une  '  lettre 


Note 


'  S.  Jérôme,  Adversus  Vigilant,  t.  4, 

'  S.  Jérôme,  Epist.  36. 

^  S.  Paulin,  Epist.  5. 

■*  Tillemont,  art.  78  sur  S.  Jérôme. 

'  S,  Jérôme,  Epist.  3j. 


éd. 


Note 
4« 


88 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


qu'il  écrivit  au  commencement  de  l'an  404, 
de  ce  qu'un  saint  évêque  ne  veilloit  pas  sur 
les  erreurs  de  Vigilance,  qui,  de  retour  dans 
les  Gaules,  desservoit  une  église  dans  le 
diocèse  de  ce  prélat,  M.iror  sanctum  episco- 
pum  in  cujus  parochia  esse  preshyter  dicitur, 
acquîescere  furorî  ejus ,  &c.  Cet  endroit  re- 
garde vraisemblablement  S.  Exupère,  évê- 
que de  Toulouse,  qui  écrivit,  en  effet,  vers 
la  fin  de  l'an  404,  au  pape  S.  Innocent  pour 
le  consulter  sur  la  continence  des  prêtres  , 
qui  étoit  une  des  erreurs  de  Vigilance,  & 
sur  d'autres  points  de  discipline,  sans 
doute ,  à  l'occasion  de  cet  hérétique.  Ce 
saint  Pontife  lui  répondit  au  commence- 
ment de  l'an  405.  Ainsi,  le  saint  évêque  de 
Toulouse  peut  avoir  toléré  Vigilance  dans 
ses  commencemens  jusqu'à  ce  que,  voyant  le 
progrès  de  ses  erreufs  &  sensible  aux  re- 
proches de  S.  Jérôme,  il  crut  être  obligé 
de  remédier  au  mal  &  de  consulter  le  Saint- 
Siège  _,  pour  le  faire  avec  plus  d'autorité.  Le 
sens  de  la  lettre  de  S.  Jérôme  regarde  d'au- 
tant plus  S.  Exupère  que  ce  saint  docteur 
nous  apprend  ailleurs,  que  Vigilance  de- 
meuroit  alors  au  pied'  des  Pyrénées  proche 
de  l'Espagne,  ce  qui  convient  au  diocèse  de 
Toulouse  qui  comprenoit  dans  ce  temps-là 
le  pays  de  Foix  qui  confine  avec  le  diocèse 
d'Urgel  &  l'Espagne. 

3°  Ripaire  &  Didier  %  deux  curés  qui 
donnèrent  occasion  à  S.  Jérôme  d'écrire 
contre  Vigilance,  avoient  leurs  églises  au 
voisinage  de  la  demeure  de  cet  hérétique. 
Or,  leurs  paroisses  dévoient  être  dans  le  dio- 
cèse de  Toulouse  ou  aux  environs  de  cette 
ville,  puisqu'ils  chargèrent  Sisinnius,  moine 
de  ce  diocèse,  que  S.  Exupère  envoyoit  à 
S.  Jérôme ,  de  remettre  à  ce  saint  docteur 
les  ouvrages  de  Vigilance.  D'ailleurs , 
S.  Jérôme',  dans  salettre  à  Minerve  &à 
Alexandre,  moines  de  Toulouse,  témoigne 
que  Sisinnius  lui  avoit  apporté  plusieurs 
questions  à  résoudre  de  la  part  des  frères  & 
des  soeurs  de  ce  pays.  M.ulta  sanctorum  fra- 
trum  &  sororum  de  vestra  provincia  ad  me 
detulit  quaest'iones ',  ce  qui  doit  s'entendre, 
sans  doute,  de  Ripaire  &  de  Didier. 

'  S.  Jérôme,  Adversus  Vigilant. 
^  S.  Jérôme,  Adversus  Vigilant, 
'  S.  Jérôme,  Epist.  ad  Mmerv.  &  Alex.  t.  4,  nov. 
éd.  p.  410. 


Il  est  vrai  qu'un  manuscrit  de  Cluny' 
qualifie  Ripaire,  prêtre  de  l'église  de  Ta- 
ragone,  ce  qui  n'est  appuyé  d'aucun  autre 
monument.  Mais  supposé  la  vérité  de  cette 
leçon,  il  sera  toujours  vrai  que  Vigilance 
étant  pour  lors  dans  les  Gaules  ,  comme 
l'assure' S.  Jérôme,  incurset  Galliarum  ec- 
clesîas  ;  Galliae  vernaculum  hostem  sustinent  : 
&  Ripaire  étant  voisin  de  Vigilance  selon 
ce  même  saint ,  Riparîus  &  Desiderius  qui 
paraecias  suas  in  vicinia  istius  scribunt  esse 
maculatas ,  cet  hérétique  aura  répandu  son 
venin  dans  le  diocèse  de  Toulouse  qui  con- 
finoit  alors  avec  la  Catalogne. 


NOTE  XLII 

Epoque  de  Virruption  de  Crocus  y  roi 
des  Alleniands  ou  des  Vandales ,  du 
martyre  de  S.  Privât,  évêque  de 
Gévaudan ,  6*  de  la  translation  du 
siège  épiscopal  dans  la  ville  de 
Mende. 


L -pvLUSiEURS  savans  modernes',  sur  l'au- 
1  torité  de  Grégoire  de  Tours'',  ne  font 
point  difficulté  de  placer  dans  le  troisième 
siècle,  sous  l'empire  de  Valérien  &  de  Gai- 
lien,  l'irruption  de  Crocus,  durant  laquelle 
S.  Privât,  évêque  du  Gévaudan,  fut  marty- 
risé. On  ne  peut  disconvenir,  en  effet,  que 
Grégoire  de  Tours  n'ait  cru  que  cette  irrup- 
tion, qui  coûta  si  cher  aux  Gaules,  ne  soit 
arrivée  dans  ce  temps-là. 

Nous  adopterions  volontiers  cette  époque 
avec  les  illustres  modernes  qui  la  suivent, 
si  des  raisons  qui  nous  paroissent  assez  for- 
tes, &  que  nous  allons  développer,  ne  nous 
obligeoient  de  différer  l'irruption  des  bar- 
bares, sous  laquelle  S.  Privât  souffrit  le 
martyre,  jusqu'au  commencement  du  cin- 
quième siècle.  M.  de  Tillemont^  convient 

'  S.  Jérôme,  Epist,  87. 
'  S.  Jérôme,  Adversus  Vigil- 

^  Tillemont,  note  1  sur  S.  Privât,  Histoire  ecclé- 
siastique, t.  4,  p.  65  t. 

^  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1.   i ,  c.  3o, 

5  Tillemont, /fiitoire  ecclésiastique,  p.  221  &  65i. 


Note 
4' 


Note 
4z 


Note 
4z 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


89 


luî-même  que  selon  les  actes'  de  ce  saint, 
on  ne  sauroit  rapporter  sa  mort  à  un  autre 
temps. 

IL  II  paroît,  en  effet,  que  Grégoire  de 
Tours  s'est  trompé  au  sujet  de  l'époque  de 
l'irruption  de  Crocus,  &  que  cet  historien 
a  brouillé  la  chronologie  dans  laquelle  on 
sait  d'ailleurs  qu'il  n'est  pas  fort  exact;  &, 
sans  aller  plus  loin,  il  met  dans  le  même 
endroit  le  martyre  des  SS.  Corneille  &  Cy- 
prien  sous  l'empire  de  Valérien  &  Gallien, 


lation  donne,  sous  le  nom  d'Idace ',  plu- 
sieurs faits  du  sixième  siècle  que  cet  histo- 
rien, mort  avant  la  fin  du  cinquième,  n'a 
pu  écrire.  Mais  il  suffit  qu'ldace  ait  pu  con- 
noître  &  nous  donner  l'histoire  de  l'irrup- 
tion de  Crocus,  pour  ne  pas  rejeter  légère- 
ment les  fragmens  que  nous  en  avons,  quoi- 
qu'ils ne  se  trouvent  pas  dans  ses  Fastes 
consulaires  :  ils  peuvent  avoir  été  tirés  de 
quelque  autre  de  ses  ouvrages. 

Nous  voyons  d'ailleurs  qu'Aimoin  &  Si- 


NOTB 
4* 


Ed 


l.orig    tandis  qu'il  est  certain  que  le  premier  fut      gebert  ont  suivi  cet  auteur,  quel  qu'il  soit, 

^•A         ™:^  X »_ __i..:    j-iA\-.     -rv'Mi îi        »,,.:^„,.':i„    _1 *    a 1..:    i»: .-     .^ 


p.  639  mis  à  mort  sous  celui  de  Dèce.  D'ailleurs  il 
rapporte  cette  même  irruption  sous  deux 
époques  différentes,  l'une  vers  la  fin  du 
troisième  siècle,  &  l'autre  au  commence- 
ment du  quatrième. 

Une  des  principales  autorités  qui  nous 
persuadent  que  Grégoire  de  Tours  s'est  mé- 
pris là-dessus,  est  celle  d'Idace  qui,  dans 
divers  fragmens  historiques  que  nous  avons 
sous  son  nom  dans  une  collection  '  de  diffé- 
rentes chroniques  depuis  le  commencement 
du  monde,  fait  entendre,  par  la  suite  du 
discours,  que  l'irruption  de  Crocus,  roi  des 
Vandales,  des  Suèves  &  des  Alains  dans  les 
Gaules ,  arriva  au  commencement  du  cin- 
quième siècle.  Ainsi ,  si  ces  fragmens  sont 
véritablement  de  lui,  comme  rien  ne  nous 
empêche  de  le  croire,  ou  du  moins  '  de  son 
compilateur  qui  paroît  ^  plus  ancien  que 
Grégoire  de  Tours,  leur  autorité,  au  sujet 
de  cette  époque,  doit  prévaloir  sur  celle  de 
ce  dernier  qui  vivoit  plus  de  cent  ans  après 
le  premier,  &  près  de  deux  siècles  depuis 
cet  événement. 

On  pourroit  infirmer  la  preuve  que  nous 
tirons  de  l'autorité  d'Idace,  en  disant  que 
cet  historien  ne  dit  rien  de  l'irruption  de 
Crocus  dans  sa  Chronique  %  &  que  les  ex- 
traits qui  se  trouvent  dans  la  collection  dont 
on  vient  de  parler  sont  trop  mêlés  de  fa- 
bles pour  pouvoir  lui  être  attribués.  Il  pa- 
roît, en  effet,  que  l'auteur  de  cette  compi- 


'  Voyez  Surius,  21  août, 

'  Canisius,  Lect.  ant.  t.  2,  p.  65ç,  &  nov.  edit. 
p.  191.  —  Basnage,  in  Fit.  S,  Desiderii^  p.  i5o. — 
Ruinart,  éd.  de  Grégoire  de  Tours,  p.  71  1   &  suiv. 

^  Adrien  de  Valois,  Rerum  Franc.  1.   i  5,  p.  444. 

''  Basnage,  in  Vit.  S.  Desiderii^  p.   i5o. 

^  Sirmond,  Opéra,  t.  3. 


puisqu'ils  placent  '  comme  lui  l'irruption 
de  Crocus  au  commencement  du  cinquième 
siècle.  Il  en  est  de  même  de  l'auteur  '  des 
anciennes  Annales  de  Trêves,  qui  vivoit  au 
commencement  du  douzième  siècle,  lequel 
rapporte  cette  irruption  à  la  même  époque. 

Pour  sauver  l'autorité  de  Grégoire  de 
Tours,  on  pourroit  supposer  qu'il  a  con- 
fondu différentes  irruptions  des  barbares 
dans  les  Gaules  j  que  les  Allemands  peuvent 
avoir  fait  des  excursions  ^  dans  ces  provin- 
ces, sous  la  conduite  d'un  de  leurs  rois  ap- 
pelé Crocus,  tant  sous  l'empire  de  Valérien 
&  de  Gallien  qu'au  commencement  du  qua- 
trième siècle;  que  ces  peuples  peuvent  avoir 
eu  divers  rois  de  ce  nom  de  même  que  les 
Vandales;  &  qu'enfin  Grégoire  de  Tours 
aura  appliqué  à  un  Crocus,  roi  des  Alle- 
mands, ce  qu'ldace  &  les  auteurs  qui  l'ont 
suivi  ont  dit  d'un  Crocus,  roi  des  Vandales, 
peuples  qui  ravagèrent  les  Gaules  au  com- 
mencement du  cinquième  siècle,  &  qu'au 
lieu  de  placer  le  martyre  de  S.  Privât  dans 
le  temps  de  l'irruption  de  ce  dernier,  il 
l'aura  mis  sous  une  des  époques  précé- 
dentes. 

En  effet,  tous  les  auteurs  qui  parlent  de 
Crocus,  qui  ravagea  les  Gaules  durant  cette 
dernière  irruption,  le  font  roi  des  Vandales 
&  non  des  Allemands ,  quoiqu'il  ait  pu  l'a- 
voir été  des  uns  &  des  autres,  puisque,  sui- 
vant la  remarque  de  Grotius ,  les  auteurs 
comprennent     tous   ces  barbares    sous    le 


'  Conciles,  t.  2,  p.  io3i.  —  Ruinart,  éd.  de  Gré- 
goire de  Tours,  p.  707  &  suiv. 

'Aimoin,  1.  3,  c.  i.  —  Sigebert,  Chron.  t.  1 
Rer.  Germanorum,  p.  491. 

'  Spicilegium,  t.   12,  p.  208. 

*  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  i ,  p.  1  8. 


Note 
42 


90 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


nom  général  de  Vandales  ' .  Comme  donc  il 
peut  y  avoir  eu  deux  ou  trois  princes  du 
nom  de  Crocus,  roi  des  Allemands  ou  des 
Vandales,  &  dans  des  temps  différens,  Gré- 
goire de  Tours  qui  l'aura  ignoré,  les  aura 
peut-être  confondus. 

III.  M.  de  Tillemont',  après  avoir  avoué 
que  les  Vandales  du  cinquième  siècle  peu- 
vent avoir  eu  un  roi  appelé  Crocus,  &  qu'on 
peut  admettre  deux  princes  de  ce  nom,  suit 
pourtant  l'autorité  de  Grégoire  de  Tours 
en  ce  qu'il  croit  que  Crocus,  qui  fut  fait 
prisonnier  à  Arles,  vivoit  au  troisième  siè- 
cle. D'un  autre  côté  il  abandonne  cet'  his- 
torien, en  convenant  qu'on  ne  peut  mettre 
le  martyre  de  S.  Privât  qu'au  commence- 
ment du  cinquième  siècle.  Mais  ne  voit-on 
pas  que,  selon  Grégoire  de  Tour^^  Crocus, 
qui  fut  fait  prisonnier  à  Arles,  est  le  même 
qui  fit  souffrir  le  martyre  à  S.  Privât,  & 
le  même,  par  conséquent,  dont  Marins,  ca- 
pitaine romain ,  s'assura  dans  cette  ville , 
suivant  les  Fragmens  attribués  à  Idace  ^  ?  Si 
donc  Grégoire  de  Tours  peut  s'être  trompé, 
comme  le  croit  M.  de  TiHemont,  en  met- 
tant le  martyre  de  S.  Privât  au  troisième 
siècle  au  lieu  du  commencement  du  cin- 
quième, pourquoi  n'aura-t-il  pas  pu  errer 
également  au  sujet  de  l'époque  de  l'irrup- 
tion des  barbares  qu'il  joint  au  martyre  de 
ce  saint  évêque  ?  Toutes  les  apparences  sont 
donc  que  cet  historien  a  confondu  les  di- 
verses irruptions  des  barbares  dans  les  Gau- 
les, &  qu'il  attribue  les  ravages  qui  ne  con- 
viennent qu'à  Crocus,  roi  des  Vandales  ,  au 
commencement  du  cinquième  siècle ,  à  un 
roi  de  même  nom  qui  vivoit  sous  Valérien 
&  Gallien.  Cela  est  d'autant  plus  vraisem- 
blable, que  cet  historien  ^  ne  dit  qu'un  mot 
en  passant  de  l'irruption  du  premier,  quoi- 
que cet  événement  fût  plus  célèbre  &  plus 
voisin  de  son  temps  que  l'autre. 

IV.  On  pourroit  tourner  cette  dernière 
remarque  contre  nous,  &  demander^  si  Cro- 

'  Tillemont,  Histoire  ecclésiastique,  t.  2,  p.  589 
&  suiv. 

'  Tillemont,  Histoire  ecclésiastique,  t.  2  ,  p.  648. 
^  Tillemont,  Histoire  ecclésiastique,  :p.  221  &65i. 
■*  Canisius,  Lect.  antiq.  t.  2,    p.  669   &  nov.  éd. 

'  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1.  2,  c.  2. 
fi  Qallia  Christiana,  npv.  éd.  t.  2,  p.  895, 


eus  n'a  ravagé  les  Gaules  qu'au  commence- 
ment du  cinquième  siècle,  d'où  vient  que 
Grégoire  de  Tours,  qui  n'étoitpas  fort  éloi- 
gné du  temps  de  cette  irruption,  l'a  traitée 
si  succinctement,  &  qu'il  a  ignoré  le  nom 
de  tant  de  saints  évêques  &  de  tant  de  fidè- 
les qui  souffrirent  la  mort  sous  ce  roi, 
comme  nous  le  voyons  dans  plusieurs  actes 
qui  nous  restent  de  ces  saints,  &  dont  cet 
historien  ne  dit  rien  ?  On  peut  demander 
à  son  tour  d'où  vient  que  Grégoire  de  Tours 
n'a  rien  dit  non  plus  dans  ses  Traités  de  la 
gloire  des  martyrs  &  des  confesseurs ,  de  plu- 
sieurs saints  très-célèbres  qui  avoient  vécu 
peu  de  temps  avant  lui,  même  dans  la  pro- 
vince ecclésiastique  dont  il  étoit  métropoli- 
tain? D'où  vient  qu'il  garde  un  profond  si- 
lence '  sur  S.  Calais,  S.  Samson,  S.  Magloire, 
S.  Malo,  S.  Maur,  &c.?  Il  peut  donc  avoir 
oublié  aisément  de  faire  mention  de  plu- 
sieurs saints  évêques  de  la  Lyonnoise,  de  la 
Narbonnoise  &  de  la  Viennoise,  qui  vivoient 
longtemps  auparavant. 

V.  Outre  l'autorité  d'Aimoin,  de  Sigebert 
&  de  l'Annaliste  de  Trêves,  qui,  comme  nous 
l'avons  déjà  dit,  sont  conformes  aux  frag- 
mens d'Idace  pour  le  temps  de  l'irruption 
de  Crocus,  roi  des  Allemands  ou  des  Van- 
dales, nous  avons  encore  deux  autres  témoi- 
gnages qui  paroissent  décisifs,  sans  parler 
de  Trithème  &  des  autres  modernes  qui  rap- 
portent cette  irruption  à  la  même  époque. 

Le  premier  est  celui  de  Warnharius%  au- 
teur des  actes  du  martyre  de  S.  Didier,  évê- 
que de  Langres.  Cet  écrivain,  qui  met  l'ir- 
ruption de  Crocus  au  commencement  du 
cinquième  siècle,  vivoit,  de  l'aveu  de  M.  de 
Tillemont  %  au  commencement  du  septième 
siècle,  &  par  conséquent  peu  de  temps  après 
Grégoire  de  Tours;  ainsi  son  autorité  est 
d'un  aussi  grand  poids. 

Le  second  témoignage  est  tiré  d'un  frag- 
ment de  la  vie  de  S.  Amatius,  évêque  d'Avi- 
gnon, que  le  R.  P.  de  Sainte-Marthe ''  nous 
a  donné.  L'auteur  de  cette  vie  ne  parle  point 


'  Mabillon,  Annales  de  l'ordre  de  Saint-Benoît, 

I,  p.  78  &  86- 

'  Bollandistes,  22  mai. 

^  Tillemont,  sar  5.  Didier,  Histoire  ecclésiastique j 

I  I. 

■*  Qallia  Christiana,  nov.  éd.  t.   1,  instr.  p.   iSy. 


NOTK 

42 


Éd.  orig. 
p.  640, 


Note 

42 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


91 


à  la  vérité  de  l'époque  de  l'irruption  de 
Crocus,  mais  il  nomme  ce  prince  qu'il  ap- 
pelle roi  des  Allemands.  Il  rapporte  ensuite 
le  martyre  de  S.  Amatius,  &  lui  prête  une 
exhortation  dans  laquelle  il  lui  fait  dire  à 
son  peuple  que  les  villes  de  Lyon  ,  de 
Vienne,  &c.,  ont  été  ravagées  par  les  bar- 
bares, &  que  Privât  du  Gévaudan  ou  de  Ja- 
voux,  Avolus  d'Albe,  Firmus  de  Vindasque, 
Valentin  de  Carpentras,  Félix  de  Nimes, 
Venuste  d'Agde  ont  été  les  victimes  de  leurs 
cruautés.  Or  les  villes  de  Vindasque  ,  de 
Carpentras  &  d'Agde,  ne  sont  point  compri- 
ses dans  la  plus  ancienne  notice  des  cités 
des  Gaules  qu'on  rapporte  à  l'empire  d'Ho- 
noré. Elles  n'étoient  pas  par  conséquent 
encore  honorées  d'un  siège  épiscopal  à  la  fin 
du  quatrième  siècle,  temps  auquel  on  peut 
fixer  l'époque  de  cette  notice.  Il  est  vrai  que 
le  fragment  de  la  vie  de  S.  Amatius  ne  pa- 
roît  pas  d'une  grande  autorité,  comme  nous 
l'avons  déjà  observé  ailleurs.  Mais  si  l'au- 
teur a  puisé  le  fonds  de  sa  narration  dans 
des  monumens  anciens,  comme  on  peut  le 
supposer,  il  est  évident  que  l'irruption  de 
Crocus,  durant  laquelle  S.  Privât  souffrit  le 
martyre,  ne  doit  être  que  du  commence- 
ment du  cinquième  siècle  où  ces  villes  peu- 
vent avoir  été  érigées  en  cités. 

VI.  On  peut  prouver  encore  par  ce  mo- 
nument, quel  qu'il  soit,  que  Crocus  n'a 
ravagé  les  Gaules  qu'au  commencement  du 
cinquième  siècle,  &  employer  la  raison 
dont  M.  de  Tillemont  se  sert  pour  ne  rap- 
porter le  martyre  de  S.  Privât  qu'au  même 
temps.  En  effet,  ce  fragment  suppose  que 
toutes  les  Gaules  étoient  chrétiennes  dans 
le  temps  de  cette  irruption.  Denîque  omnium 
fere  episcoporum  &  sacerdotum  &  principum 

Galliae  qui  rcligionem  £•  f.dem  christianam 
deserère  &  impio  se  eorum  cultu  contaminare 
magno  animo  recusârunt.  Or,  au  troisième 
siècle,  sous  Valérien  &  Gallien,  il  s'en  fal- 
loitbien  que  le  christianisme  fût  générale- 
ment établi  dans  les  Gaules,  &  qu'il  y  eût 
ce  grand  nombre  d'églises  &  d'évêques  dont 
il  est  fait  mention  dans  ce  fragment. 

VII.  Fondés  sur  toutes  ces  autorités, 
nous  ne  doutons  pas  qu'un  roi  appelé  Cro- 
cus ne  fût  à  la  tête  des  Vandales  &  des  au- 
tres barbares  qui  ravagèrent  les  Gaules  au 
commencement  du  ciiiquième  siècle,  &  que 


ce  ne  soit  le  même  qui  fut  pris  à  Arles,  & 
dont  Grégoire  débours  fait  mention;  ce  qui 
n'empêche  pas  qu'un  roi  des  Allemands  de  ce 
nom  n'ait  pu  faire  des  excursions  en  deçà 
du  Rhin,  au  troisième  siècle,  sous  l'empire 
de  Valérien  &  de  Gallien,  quoiqu'il  paroisse 
qu'on  doive  rapporter  au  temps  de  l'irrup- 
tion de  celui-là  le  martyre  des  saints  dont 
nous  avons  les  actes,  &  qu'on  prétend  avoir 
souffert  pendant  l'irruption  de  l'autre.  Du 
reste,  nous  remarquerons,  en  passant,  que 
ceux  qui  admettent  une  irruption  d'un  roi 
appelé  Crocus  au  troisième  siècle  se  trom- 
pent lorsqu'ils  avancent  qu'elle  arriva  l'an 
265,  car  nous  savons'  que  Posthume  ayant 
été  élu  empereur  dans  les  Gaules  l'an  260, 
il  les  défendit  pendant  son  règne,  qui  fut 
de  sept  ans,  contre  les  excursions  des  peu- 
ples d'en  delà  du  Rhin,  &  que  ceux-ci 
n'osèrent  remuer  pendant  tout  cet  inter- 
valle. Ainsi  les  courses  que  les  Allemands 
firent  dans  les  Gaules  au  troisième  siècle 
arrivèrent  avant  ou  après  le  règne  de  Pos- 
thume. D'ailleurs,  ces  courses  ne  furent  que 
passagères  :  on  ne  peut  donc  croire  que 
Crocus,  roi  de  ces  barbares,  ait  couru  alors 
impunément  toutes  les  Gaules,  qu'il  ait 
soumis  la  plupart  des  villes,  &  entre  autres 
celle  d'Arles.  Une  telle  expédition  deman- 
doit  plus  de  temps,  &  nous  ne  voyons  pas 
qu'aucun  historien  de  l'empire  ait  fait  men- 
tion d'un  événement  si  considérable.  Il  est 
vrai  que  nous  savons"  que  l'an  276,  après  la 
mort  d'Aurélien,  les  barbares  d'en  delà  du 
Rhin  firent  de  grands  ravages  dans  les  Gau- 
les, &  qu'ils  s'étendirent  beaucoup;  mais 
cette  irruption  ne  convient  nullement  avec 
celle  dont  parle  Grégoire  de  Tours,  &  en- 
core moins  à  l'époque  qu'il  en  donne. 

VIII.  Nous  avons  dit'  sur  la  foi  des  actes 
du  martyre  de  S.  Amatius,  évêque  d'Avi- 
gnon dont  on  a  déjà  parlé,  que  les  Vandales 
durant  leur  irruption  dans  les  Gaules,  au 
commencement  du  cinquième  siècle,  ruinè- 
rent la  ville  de  Javoux,  ancienne  capitale 


'  Trebellius  Pollio.  —  Voyez  Tillemont  sur  Pos- 
thume. 

"  Vopiscus,  V'itae  imperatorum  Komanorum,  p.  227, 
228,  239. 

3  Voyez,  au  tome  I  de  cette  édition,  livre  III, 
n.  82, 


NOT0 
4» 


Note 
42 


92 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


du  Gévaudan.  Nous  voyons  d'ailleurs,  dans 
les  actes  '  de  S.  Privât,  que  les  barbares  dé- 
solèrent tout  ce  pays  à  la  réserve  de  la  for- 
teresse de  Grèzes  qu'ils  ne  purent  prendre  5 
ce  qui  paroît  conforme  à  l'autorité  de  Gré- 
goire' de  Tours,  selon  lequel  il  n'y  eut  que 
ce  château  qui  résista  à  leur  fureur.  Il  y  a 
cependant  lieu  de  douter  s'ils  détruisirent 
alors  la  ville  de  Javoux,  ou  du  moins  si 
elle  ne  fut  point  rétablie  bientôt  après  ;  car 
r  cet  historien  ne  dit  rien  de  sa  destruc- 
tion ;  2"  les  actes  de  S.  Amatius  &  de  S.  Privât 
paroissent  trop  modernes' pourqu'on  puisse 
s'appuyer  tout  à  fait  sur  leur  autorité; 
3"  cette  ville  devoit  subsister  longtemps 
après  le  cinquième  siècle,  puisqu'onassure  '' 
que  tous  les  évèques  du  pays  prirent  le  titre 
d'évôques  de  Javoux  ou  de  Gévaudan  (Epîs- 
copi  Gabalitani),  jusqu'à  Raymond  qui  vi- 
voit  en  1029,  &  qu'il  fut  le  premier  qui  se 
qualifia  évèque  de  NLende ;  &  que  suivant 
M.  de  Valois',  qui  assure  aussi  qu'aucun 
évèque  ne  prit  le  titre  d'évêque  de  Mende 
avantl'an  1000,  la  translation  du  siège  épis- 
copal  dans  cette  ville  ne  se  fit  que  vers  la 
fin  du  dixième  siècle.  On  peut  répondre 
qu'Etienne*  se  qualifioit,  en  çSo,  évèque 
de  Mende  :  Stephanus  ecclesiae  Mimatensis 
episcopus,  &  même,  à  ce  qu'il  paroît,  huit 
ans  auparavant  ;  mais  il  faut  avouer  qu'on 
n'en  a  aucune  preuve  avant  ce  temps-là , 
&  qu'au  neuvième  siècle  les'  évèques  du 
pays  se  qualifioient  évèques  de  Gévaudan  ou 
de  Javoux  ;  ce  qui  fait  voir  d'un  côté,  contre 
M.  de  Valois  &  le  P.  de  Sainte-Marthe, 
qu'avant  l'an  1000  les  évèques  de  Gévau- 
dan prenoient  le  titre  d'évèques  de  Mende, 
&  favorise  de  l'autre  le  sentiment  du  pre- 
mier qui  ne  met  la  traiTslation  de  l'évèché 
dans  cette  ville  que  dans  le  dixième  siècle. 
On  prétend   que  les  évèques  de  Gévau- 


'  Surius,  21  août,  p.  884. 

'  Grégoire  de  Tours,  1.  i,  c.  32. 

'  Voyez  Ruinart,  Not.  in  Greg.  Tur.  p.  872^  — 
Baillet,  Vie  de  S.  Privât,  21  août. 

*  Gallia  Christiana,  nov.  edit.  t.   I,p.  89. 

^  Adrien  de  Valois,  Notiiia  GalUarum,  p.  214. 

®  Voyez,  au  tome  V  de  cette  édition,  aux  Preuves, 
la  charte  n.  LXXX  :  Rétablissement  du  monastère  de 
Sainte -Eminie ,  en  Gévaudan. 

'  Voyez  Gallia  Chriitiana,  nov.  edit.  t.  1 ,  p.  88. 


Note 

dan",  quoique  transférés  à  Mende  depuis  le  ^^ 
martyre  de  S.  Privât,  peuvent  avoir  conti-  Kd  ong_ 
nué  de  prendre  le  titre  de  leur  ancien  p.  641 
siège,  de  la  même  manière  que  ceux  qui 
siégeoient  à  Clermont  prenoient  le  titre 
d'évèques  d'Auvergne ,  &  ceux  qui  sié- 
geoient à  Anis  ou  au  Puy  celui  d'évèques 
de  Vêlai.  Mais  on  peut  répondre  :  1°  qu'il 
n'est  pas  extraordinaire  que  les  évèques  de 
Clermont  prissent  le  titre  d'évèques  d'Au- 
vergne, puisque  Clermont"  &  l'ancienne 
ville  à^ Auvergne  n'étoient  qu'une  même 
chose,  &  qu'il  n'y  a  eu  aucune  translation 
du  siège  épiscopal  de  l'une  à  l'autre,  comme 
de  Javoux  à  Mende;  2°  pour  ce  qui  est  du 
Puy,  il  est  vrai  que  les  évèques  de  cette 
ville  prenoient  le  titre  à'éveques  de  Vêlai 
ou  de  l'ancienne  ville  de  ce  nom;  mais  ils 
se  qualifioient'  en  même  temps  évèques 
à' Anis.  Il  en  est^  de  même  de  ceux  de  Vi- 
viers, qui  prenoient  conjointement  le  titre 
d'évèques  d'Albe,  ancienne  capitale  du  Vi- 
varais;  ce  qui  prouve  que  le  siège  épisco- 
pal de  Vêlai  étoit  alors  à  Anis  &  celui 
d'Albe  à  Viviers;  mais  nous  n'avons  aucune 
preuve  semblable  pour  Mende. 

Grégoire  de  Tours  semble  néanmoins 
insinuer  que  le  siège  épiscopal  étoit  dans 
cette  ville  vers  la  fin  du  sixième  siècle  ; 
car,  en  parlant  de  la  mort  de  S.  Yrier,  il  ra- 
conte qu'une  femme  s'écria  alors  que  S.  Ju- 
lien de  Brioude  &  S.  Privât  de  Mende 
venoient  d'arriver  pour  assister  aux  obsè- 
ques de  ce  saint  :  Ecce  ■'  adest  Julianus  ex 
Brivate ,  Privatus  ex  IVIimate.,  &c.,  ce  qui 
fait  voir,  comme  le  dit  M.  Baillet '',  que  cet 
historien  parle  de  Mende  comme  du  lieu 
où  étoient  le  tombeau  &  le  culte  de  S.  Pri- 
vât. On  peut  appuyer  ce  passage  d'un  autre 
du  même  historien  qui,  parlant  '  de  S.  Lou- 
vent,  mort  en  584,  l'appelle  Abbas  basili- 
cae  S.  Privati  martyris  urbis  Gabalitanae ; 
d'où  on  peut  conclure  que  le  monastère  de 
S.  Privât  ayant  été  bâti  vraisemblablement 

'  Gallia  Christiana,  nov.  edit.  t.   i ,  p.  83  &  seq. 

'  Adrien  de  Valois,  Notitia  GalUarum ,  p.  47. 

3  Voyez  Note  LXXX. 

^  Voyez  Note  XXIX. 

'  Grégoire  de  Tours,  1.   10,  c.  2p. 

«  Baillet,  Vie  de  S^  Privât. 

'  Grégoire  de  Tours,  1.  6,  c.  37. 


Note 
4* 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


93 


sur  son  tombeau,  &  à  Mende  même,  cette 
ville  portoit,  au  sixième  siècle  le  titre  de 
l'ancienne  ville  de  Javoux,  capitale  du  pays, 
&  que  par  conséquent  les  évêquesy  avoient 
leur  siège,  quoiqu'ils  ne  prissent  que  le 
titre  d'évèques  de  Gévaudan. 

Cet  argument  seroit  sans  réplique,  s'il 
étoit  constant  :  1°  que  le  monastère  de 
S  JPrivat,  dont  S.  Louvent  étoit  abbé,  eût  été 
bâti  sur  le  tombeau  de  ce  saint  évêque  du 
Gévaudan;  2"  si  S.  Privât  avoit  été  inhumé 
à  Mende,  lieu  où  il  souffrit  certainement  le 
martyre,  suivant  Grégoire  de  Tours.  Mais 
cet  historien  ne  le  dit  pas,  quoiqu'il  semble 
le  supposer  parle  premier  passage  que  nous 
venons  de  citer,  mais  qu'on  peut  expliquer 
à  la  rigueur  en  disant  qu'il  n'a  voulu  parler 
que  du  lieu  de  son  martyre.  Les'  actes  de 
S.  Privât  ne  disent  pas  non  plus  bien  claire- 
ment que  ce  saint  ait  été  inhumé  à  Mende; 
ils  rapportent  seulement  qu'il  survécut  aux 
tourmens  qu'on  lui  avoit  fait  souffrir  ,  & 
qu'étant  mort  quelque  temps  après,  ses 
diocésains  l'inhumèrent  dans  une  grotte. 
D'ailleurs,  ces  actes  ne  sont  pas  d'une  fort 
grande  autorité  puisqu'on  convient  qu'ils 
n'ont  été  écrits"  que  dans  le  onzième  siècle. 

S.  Privât  peut  donc  être  mort  &  avoir  été 
inhumé  à  Javoux,  capitale  du  pays  où  il 
avoit  certainement  son  siège  ;  on  peut  avoir 
fondé  ensuite  un  monastère  sur  son  tom- 
beau &  avoir  transféré  ses  reliques  à  Mende 
avec  le  siège  épiscopal.  C'est  ainsi  qu'on 
en  usa' à  l'égard  des  reliques  des  premiers 
évèques  du  Vêlai  reconnus  pour  saints , 
lorsqu'on  transféra  le  siège  épiscopal  de 
Revessio  ou  S.  Paulhan ,  ancienne  capi- 
tale de  ce  pays,  dans  la  ville  du  Puy.  L'au- 
teur des  actes  de  S.  Privât,  qui  vivoit  au 
onzième  siècle  &  peut-être  même  dans  un 
temps  postérieur,  voyant  que  les  reliques  de 
ce  saint  étoient  honorées  à  Mende,  aura  cru 
aisément  qu'il  y  avoit  été  inhumé,  sachant 
d'ailleurs  qu'il  y  avoit  souffert  le  martyre; 
mais  ce  qui  fait  voir  le  peu  de  fonds  qu'il  y 
a  à  faire  sur  cet  auteur.  Se  qu'il  doit  être 
fort  moderne,   c'est  qu'il  préteiad'',  contre 

'  Surins,  21  août,  p.  885  &  suiv. 

"  Baillet,  Vie  de  S.  Privât,  21  août. 

'  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  2,  p.  698  &  n.  80. 

*  Surius,  21  août,  p.  885  &  suiv. 


l'autorité  de  Grégoire  de  Tours",  que  lo 
siège  épiscopal  du  Gévaudan  étoit  dans  le 
village  de  Mende  avant  la  mort  de  S.  Privât, 
&  que  ses  prédécesseurs  y  avoient  toujours 
siégé,  ce  qui  est  contraire  à  l'autorité  des 
canons  qui  ordonnent  aux  évèques  de 
siéger  dans  les  villes  capitales.  On  peut 
appuyer  ce  que  nous  venons  de  dire  par 
l'autorité  d'Adon%  qui  parle  de  Mende  au 
neuvième  siècle  comme  d'un  village  :  In  ter- 
rîtorio  cîvitatis  Gabalitanae  vico  NLimatensï 
natalis  S.  Privati  eplscopî.  Réginon,  dans  sa 
Chronique,  s'exprime  dans  les  mêmes  termes 
au  commencement  du  dixième.  Si  Mende 
n'étoit  encore  qu'un  village  au  commence- 
ment du  dixième  siècle,  quelle  apparence 
qu'il  fût  alors  honoré  d'un  siège  épiscopal  î* 
Il  paroît  donc  très -vraisemblable  que 
ce  siège  ne  fut  transféré  à  Mende  qu'un 
peu  avant  le  milieu  du  même  siècle.  Peut- 
être  que  la  ville  de  Javoux  fut  ruinée  vers 
l'an  925,  par  les  Hongrois,  qui  firent  alors 
une  irruption  en  deçà  du  Rhône  &  péné- 
trèrent en  Aquitaine  ;  ce  qui  aura  donné 
occasion  à  cette  translation.  Nous  voyons , 
en  effet ,  que  c'est  seulement  depuis  ce 
temps-là  que  les  évèques  se  sont  qualifiés 
évèques  de  Mende.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'in- 
certitude de  l'époque  de  cette  translation 
&  du  lieu  où  S.  Privât  fut  inhumé  a  fait 
que  lorsque  nous  avons  parlé  de  Parthé- 
n'ius  évè que  de  Gévaudan^  dans  le  sixième 
siècle',  nous  avons  supposé,  après  le  P.Rui- 
nart"*,  que  son  siège  étoit  encore  à  Javoux, 
ancienne  capitale  du  pays,  &  que  le  monas- 
tère de  S.  Privât  dont  S.  Louvent  étoit  abbé, 
étoit  dans  la  même  ville,  quoique  nous  ayons 
cru  '  d'abord  que  ce  saint  évêque  avoit  été 
inhumé  dans  une  grotte  de  la  montagne  de 
Mende,  où  on   lui  fit  souffrir  le  martyre. 

[Addition  faite  par  les  nouveaux  éditeurs  à  la 
Note  XLII  des  Bénédictins.'] 

[Comme   le  dit  très-bien   Dom  Vaissete, 
quelques  auteurs   &    notamment  certains 

'  Grégoire  de  Tours,  1.  i,  c.  82. 

'  Adon,  Martyrologe,  21  août. 

*  Grégoire  de  Tours,  1.  6,  n.  4,  16  &  i(5. 

^  Ruinart,  Not.  in  Greg.  Tur.  1.  4,  c.  40. 

5  Voyez  au  tome  I  de  cette  édition,  livre  III,  n.  8ï. 


NOTB 

4» 


Note 

ADDIT. 


/ 


Note 
»nDiT. 


94 


^OTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


hagiographes  ont  confondu  les  effets  de 
deux  invasions  différentes  &  attribué  à  celle 
du  troisième  siècle  ce  qui  n'a  été  que  le  ré- 
sultat de  l'invasion  du  cinquième. 

En  259  les  Francs  ne  dépassèrent  pas  les 
bords  du  Rhin.  Quant  aux  hordes  compo- 
sées de  Francs,  d'Allemands  &  de  Vandales 
qui  pillèrent  alors  l'Espagne,  les  auteurs 
les  plus  dignes  de  foi ,  tels  qu'Eusèbe  & 
S.  Jérôme  affirment  qu'elles  se  rendirent 
dans  la  presqu'île  ibérique  par  mer,  que  ces 
pirates  dévastèrent  tout  le  littoral,  puis, 
qu'ayant  passé  dans  la  Méditerranée  & 
longé  la  côte,  ils  prirent  &  ruinèrent  la 
ville  de  Tarragone.  Il  n'est  pas  croyable,  en 
effet,  qu'une  armée  de  barbares  ait  pu  im- 
punément traverser  la  Gaule  dans  toute  sa 
longueur,  passer  les  Pyrénées ,  ravager 
l'Espagne  &  revenir  sur  ses  pas  chargée  de 
butin  sans  rencontrer  de  résistance,  dans 
un  pays  qui  était  encore  entièrement  sou- 
mis aux  Romains.  Mais  tous  les  auteurs  sont 
d'accord  pour  déplorer  les  tristes  effets  de 
l'invasion  qui  de  406  à  409,  couvrit  les  Gau- 
les de  ruines  &  de  décombres;  les  Vandales 
unis  aux  Bourguignons  &  aux  Alains,  se 
répandirent  depuis  le  Rhin  jusqu'aux  Py- 
rénées, puis  traversèrent  ces  montagnes  & 
entrèrent  en  Espagne,  où  ils  commirent  les 
mêmes  excès.  En  Gaule,  peu  de  villes  pu- 
rent leur  résister.  S.  Jérôme  (Epîst.  91)  nous 
a  laissé  un  tableau  navrant  des  malheurs  de 
cette  époque.  Nous  rapportons  ici  ses  paro- 
les d'autant  mieux  qu'elles  viennent  à  l'ap- 
pui de  notre  thèse,  savoir  que  depuis  les 
Cimbres,  aucune  horde  barbare  n'était  en- 
trée en  Espagne  par  les  Pyrénées. 

«  Innumerabiles  &  ferocissimae  nadones  uni- 
versas  Gallias  occupârunt,  quidquid  inter  Al- 
pes &■  Pyrenaeum  est  quod  Oceano  &  Reno 
Includiturj  Quadus^  Vandalus ,S armata,  Alanî, 
Gîpedes,  Eruli,  Saxones,  Burgundiones,  Ale- 
mani  &  ô  lugenda  Respublica  !  hostes  Pan- 
nonîi  vastârunt.  Etenim  Assurvenit  cum  illis. 
'Nlogondacum  nohilîs  quondam  cîvîtas  capta, 
atque  subversa  est  &  in  ecclesîa  multa  homi- 
num  mîll'ia  trucldata.  Vangiones  longa  ob- 
sidione  deletî.  Remorum  urbs  praepotens , 
Ambiani,  Atrebatae ,  extremique  hominum 
M-orini,  Tornacum,  Nemetae,  Argentoratus 
translatae  in  Germaniam.  Aquîtaniae,  Novem- 
que  populorum,   Lugdunensis  &  Narbonensis 


provlncîae  praeter paucas  urbes,populata  sunt 
cuncta,  quas  &  îpsas  foris  glad'ius  intus  vas- 
tat  famés.  Non  possum  absque  lacrymis  Tolo- 
sae  facere  mentionem,  quae  ut  hue  usque  non 
rueret  sancti  epîscopi  Exuperii  mérita  praesti- 
terunt.  Ipsae  Hispaniae  jamjamque  periturae 
quotidie  contremiscunt,  recordantes  irrup- 
tionis  Cimbricae  &  quidquid  alii  semel  passi 
sunt.  Illae  semper  timoré  patiuntur.  Olim  a 
mari  Pontico  usque  ad  Alpes  Julias  quae  erant 
nostra  non  nostra  sunt,  &  per  annos  XXX 
fracto  Danubii  limite,  in  mediis  imperii  Ro- 
mani regionibus  pugnatur.  Quod  non  culpa 
principum,  qui  religiosissimi  sunt,  sed  scelere 
semibarbari  accidit  proditoris ,  qui  nostris 
contra  nos  opibus  armavit  inimicos.  » 

C'est  donc  entre  les  années  407  &  409  que 
les  villes  de  la  Narbonnoise  &  de  la  No- 
vempopulanie  furent  incendiées.  C'est  alors 
qu'une  des  bandes  envahissantes,  après 
avoir  ravagé  la  vallée  du  Rhône,  l'Auver- 
gne &  le  Gévaudan,  vint  faire  le  siège  d'Ar- 
les, où  le  Préfet  des  Gaules  faisait  alors 
sa  résidence,  &  dans  laquelle  étaient  reti- 
rées les  forces  romaines.  Les  barbares  fu- 
rent repoussés  &  Crocus,  leur  chef,  y 
trouva  la  mort.  C'est  donc  en  407  ou  408,  & 
non  au  troisième  siècle,  qu'il  faut  placer  le 
martyre  de  S.  Privât ,  la  destruction  de  la 
ville  d'Alps,  de  celle  de  Javoux,&c. — Voyez 
Adrien  de  Valois,  Historia  rerum  Francica- 
rum ,  t.  I,  où  se  trouvent  cités  les  différents 
textes  qui  se  rapportent  à  cette  question.] 

[E.  M.] 


NOTE  XLIII 

En  quel  endroit  se  donna  la  bataille 
entre  les  généraux  Constance  6* 
Edohic, 

SOZOMÈNE'  rapporte  que  Constance, 
général  de  l'empereur  Honoré,  étant 
occupé  au  siège  d'Arles ,  &  averti  que  le 
général  Edobic  s'approchoit  du  Rhône  pour 
donner  du  secours  à  la  place,   passa   ce 

■  Sozomène,  1.  9,  c.  14,  éd.  Valesiana. 


Note 
Annni 


Note 
Ed.orig. 

p.  641. 


Note 
43 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


fleuve,  marcha  au-devant  de  lui,  &  lui 
livra  bataille.  Il  est  évident  par  là  que  cette 
action  dut  se  passer  aux  environs  de  Beau- 
Ed.orig.  Caire  ou  de  Nimes;  car  Constance  ne  pou- 
p.  642.  voit  assiéger  la  ville  d'Arles  que  du  côté  de 
Provence.  Or,  si  Edobic  fût  venu  du 
même  côté  au  secours  des  assiégés.  Cons- 
tance n'avoit  que  faire  de  passer  le  Rhône 
pour  aller  au-devant  de  lui.  Suivant  le 
même  historien.  Constance  livra  bataille 
aussitôt  après  le  passage  du  Rhône  :  Edobic 
n'étoit  pas  éloigné  d'Arles  quand  elle  se 
donna  ^  l'action  dut  donc  se  passer  aux  en- 
virons de  Nimes  qui  est  du  côté  de  Langue- 
doc &  à  une  demi-journée  d'Arles. 

Il  y  a  beaucoup  d'apparence  que  l'en- 
droit où  se  retira  Edobic  après  sa  défaite 
devoit  être  à  la  droite  du  Rhône  &  peu 
éloigné  de  la  première  de  ces  deux  villes, 
puisque,  selon  '  Sozomène,  Constance  qui 
reprit  le  siège  de  la  dernière  d'abord  après 
sa  victoire,  reçut  la  tête  d'Edobic  qu'Ecdice 
lui  apporta,  avant  que  de  repasser  ce  fleuve 
pour  retourner  dans  son  camp.  S'il  est  cer- 
tain, comme  l'assure  M.  de  Valois  %  qu'Ec- 
dice chez  qui  se  réfugia  Edobic,  étoit  un 
seigneur  auvergnat  de  même  nom ,  père  de 
l'empereur  Avitus,  c'est  encore  une  nou- 
velle preuve  que  cette  bataille  se  donna  à  la 
droite  du  Rhône  du  côté  de  Languedoc. 


écrivant  dans  la  Lyonnoise  ou  dans  la 
Gaule  Citérieure  par  rapport  à  lui-même, 
&  dans  l'Ultérieure  par  rapport  aux  Ro- 
mains, devoit  placer  l'Aquitaine  dans  cette 
dernière  ,  qui  étoit  la  Citérieure  des  Ro- 
mains. On  voit  par  là  que  la  Celtique  ou 
Lyonnoise  &  l'Aquitaine  étoient  situées 
dans  deux  parties  différentes  de  la  Gaule, 
&  que  sa  division  en  Citérieure  &  Ulté- 
rieure est  la  même  que  celle  dont  nous 
avons  déjà  parlé  ,  en  Aquitaine  ou  en  Sept 
provinces,  &  en  Gaules  proprement  dites  ; 
&  que  la  première  comprenoit  l'ancienne 
Aquitaine  avec  l'ancienne  Narbonnoise, 
&  l'autre  le  reste  des  Gaules. 

M.  de  Valois  s'appuye  encore  de  l'auto- 
rité de  la  Chronique  de  S.  Prosper'  qui, 
selon  lui,  semble  mettre  Valence  sur  le 
Rhône  dans  la  Gaule  Ultérieure.  Mais  cet 
auteur  ne  dit  pas  que  cette  ville  fût  dans 
la  Gaule  Ultérieure  :  il  rapporte  seule- 
ment qu'Aëce  avoit  cédé  aux  Alains  la 
Gaule  Ultérieure,  ce  qui  doit  s'entendre 
d'une  province  différente  de  celle  dans  la- 
quelle Valence  étoit  située.  Nous  savons 
en  effet  que  dans  ce  siècle ,  les  Alains 
occupèrent  les  pays  situés"  entre  la  Loire 
&  le  Rhône.  Ils  s'établirent  par  consé- 
quent dans  la  Lyonnoise  qui,  par  rapport 
à  S.  Prosper,  étoit  dans  la  Gaule  Ultérieure, 


Note 
44 


NOTE  XLIV 

Sur  la  division  des  Gaules  en  Ultérieure 
6»  Citérieure. 

M  DE  Valois' prouve  qu'au  cinquième 
•  siècle  on  divisoit  la  Gaule  en  Ulté- 
rieure &  Citérieure,  &que  toute  l'ancienne 
Belgique  étoit  renfermée  dans  la  première; 
mais  il  a  tort  de  ne  pas  comprendre  l'Aqui- 
taine dans  la  dernière,  car  l'autorité  qu'il 
tire  de  la  vie  de  S.  Eloi,  par  S.  Ouen,  pour 
prouver  que  Limoges  étoit  dans  la  Gaule 
Ultérieure,  fait  contre  lui.  En  effet,  S.  Ouen 

'  Sozomène,  1.  9,  c.  i5. 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Franc.  1.  4,  p.  182. 

'  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  3oi. 


NOTE  XLV 

Epoque  de  l'entreprise  d'Ataulphe  sur 
Marseille  6*  de  la  prise  de  Toulouse, 
par  les  barbares, 

I.Ti  yr  DE  TiLLEMONT  '  rapporte  la  prise 
IVl  •  de  Narbonne  par  les  Visigoths  à  un 
temps  antérieur  à  l'entreprise  d'Ataulphe 
sur  Marseille.  Le  contraire  nous  paroît 
cependant  certain  par  le  texte  d'Olympio- 
dore*,  qui  parle  de  cette  entreprise  immé- 

'  Prosper,  Chronicon,    t.   i   du  Recueil  de  Duch. 

p.  199  &  200. 

'  Voyez  Pagi,  ad  ann.  451,  n.  19. 

'  Tillemont,  art.  5i  sur  Honoré. 

*  Olympiodore,  apud  Photium,Tp.  i85. 


Note 
45 


Note 
45 


96  NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

diatement  après  la  prise  de  Jovin  dans  Va-      cette  ville    avoit  échappé   à  la   fureur  des 
leuce  ,  &  la   rupture  des  négociations  entre      Vandales  par  les  prières  de  S.  Exupère  son 


Note 
45 


Honoré  &  Ataulphe,  &  avant  les  noces 
de  ce  dernier,  qui  furent  célébrées  dans  la 
ville  de  Narbonne.  Il  est  constant,  d'ail- 
leurs, qu'Ataulphe  ne  prit'  cette  ville  que 
vers  la  fin  du  mois  de  septembre  de  l'an  418 
&  qu'il  y  épousa  "  Placidie  au  commence- 
ment de  janvier  de  l'année  suivante.  Or, 
suivant  la  suite  de  ces  actions,  il  dut  s'em- 
parer durant  cet  intervalle  des  villes  de 
Toulouse  &  de  Bordeaux.  Il  étoit  donc  alors 
éloigné  de  la  Provence  &  il  faut  que  son 
entreprise  sur  Marseille  ait  précédé  la  prise 
de  Narbonne;  aussi  paroît-il  plus  naturel 
de  croire  que  ce  prince  s'arrêta  du  côté  du 
Rhône  après  le  siège  de  Valence,  en  atten- 
dant la  résolution  de  l'empereur  Honoré  au 
sujetde  l'exécution  du  traité  dont  ils  étoient 
convenus;  &  que  ce  dernier  ayant  manqué 
à  sa  parole,  il  lui  déclara  la  guerre  &  forma 
le  projet  de  s'emparer  de  Marseille;  mais 
que,  ayant  manqué  son  coup,  il  abandonna 
les  environs  du  Rhône  &  marcha  vers 
Narbonne  &  l'Aquitaine  dont  il  se  rendit 
maître. 

II.  Pour  ce  qui  est  de  la  ville  de  Tou- 
louse, nous  ne  doutons  pas  qu'Ataulphe,  ou 
un  détachement  de  son  armée,  ne  s'en  soit 
rendu  maître  à  la  fin  de  l'an  413,  aussitôt 
après  la  prise  de  Narbonne.  Il  est  certain, 
en  effet,  par  le  poète  Rutilius  '  que  la  pre- 
mière fut  prise  par  les  barbares  avant  l'an 
417,  temps  auquel  cet  auteur  composa  son 
itinéraire^*;  ce  qui  paroît  par  ces  vers  où  il 
parle  de  Victorin,  célèbre  Toulousain  : 

Victorinus  enim 

Erramem  Tuscis  considère  compulitagris, 
Et  colère  externes  capta  Tolosa  lares. 

Or,  les  barbares  qui  prirent  Toulouse 
vers  le  commencement  du  cinquième  siècle, 
ne  peuvent  être  que  les  Visigoths,  puisque 
suivant  une  lettre  *  de  S.  Jérôme  de  l'an  411, 

'  Idace,  Chronicon  &  Fasti  consulares,  t.  I ,  édit. 
Duch.  p.  186. 

*  Olympiodore,  apud  Phottum,  p.   1  85. 
'  Rutilius,  Itinéraire,  p.   14. 

*  Tillemont,  art.  5i  &  67  sur  Honoré. 
'  S.  Jérôme,  Epist.  91,  nov.  éd. 


évêque ,  &  que  ces  derniers  n'étoient  plus 
alors  dans  les  Gaules.  Il  faut  donc  que  les 
Visigoths  qui  passèrent  en  414  au  delà  des 
Pyrénées,  &  qui  ne  revinrent  en  deçà  de  ces 
montagnes  qu'en  419,  aient  pris  Toulouse 
en  413,  après  s'être  emparés  de  Narbonne, 
&  avant  que  de  se  rendre  maîtres  de  Bor- 
deaux. C'est  aussi  le  sentiment  de  MM.  de 
Tillemont"  &  de  Valois \ 

III.  Il  est  vrai  que  quelques  auteurs,  en- 
tre autres  CateP,  prétendent  qu'il  ne  faut 
pas  prendre  les  paroles  de  S.  Jérôme  à  la 
lettre,  &  qu'elles  signifient  seulement  que 
les  prières  de  S.  Exupère  empêchèrent  non 
pas  la  prise,  mais  la  désolation  de  Tou- 
louse par  les  Vandales.  Non  possum,  dit 
S.  Jérôme*  absque  lacrymis  Tolosae  facere 
mentîonem  quae  ut  hue  usque  non  rueret , 
S.  episcopi  Exuperiî  mérita  praestiterunt.  On 
voit  assez  par  ce  passage  que  la  ville  de  Tou- 
louse fut  entièrement  préservée  des  mains 
de  ces  barbares. 

Quant  à  l'autorité  de  Rutilius  dont  se 
sert  Catel,  pour  prouver  que  la  ville  de 
Toulouse  fut  prise  par  les  Vandales ,  ce 
poète  n'ayant  écrit  de  son  aveu  que  l'an  417, 
&  les  Visigoths  ayant  pu  alors  s'en  être 
rendus  maîtres,  on  peut  entendre  par  con- 
séquent cet  auteur  de  la  prise  de  la  même 
ville  par  ces  derniers  peuples. 

Mais  d'où  vient,  dit-on,  que  S.  Jérôme 
ne  peut  retenir  ses  larmes,  quand  il  se  rap- 
pelle le  souvenir  de  Toulouse,  si  cette  ville 
n'avoit  pas  été  prise  par  les  Vandales  dans 
le  temps  que  ce  saint  docteur  écrivoit  cette 
lettre?  On  peut  répondre  de  deux  maniè- 
res :  1°  Il  y  a  des  larmes  de  joie  comme  de 
tristesse.  Or  les  mérites  de  S.  Exupère  qui, 
dans  une  désolation  si  générale,  préserva  sa 
ville  épiscopale  de  la  fureur  des  barbares, 
peuvent  avoir  excité  les  premières  dans  un 
personnage  aussi  pieux  &  aussi  dévoué  à 
ce  saint  prélat  que  l'étoit  S.  Jérôme.  2°  Il 
est  très-possible  que  ce  saint  docteur  ait 
appris  la  mort  de  S.  Exupère  dans  le  temps 

'  Tillemont,  art.  53  &  60,  sur  Honoré. 

•  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  3,p.  1 15 
'  Catel,  Mémoires  de  l'histoire  de  Lang.  p.  446. 

*  S.  Jérôme,  Epist.  91, nov.  éd. 


Éd.oria. 

t.  I," 

p.  64.3 


Note 
45 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


NOTB 

4^ 


qu'il  écrîvoit  cette  lettre,  c'est-à-dire  l'an  41 1 , 
&  que  la  perte  que  Toulouse  fit  alors  de  son 
ange  tutélaire  lui  ait  fait  appréhender  que 
cette  ville,  qu'il  aimoit  beaucoup,  destituée 
d'un  si  puissant  protecteur,  ne  devînt  enfin 
la  proie  des  barbares. 


NOTE  XLVI 

Sur  une  inscription  en  Vhonneur 
d'Ataulphe  6»  de  Placidie, 


Î.T  'inscription  dont  il  s'agit  est  conçue 


L 


en  ces  termes 


Ataulpho  Flavio 
Potentissimo  régi  regum  rectissîmo, 
Victori  victorum  invictissimo,  Vandalicae 
Barbarie!  depulsori,  &  Caesareae  Placidiae 
Animae  suae  :  dominis  suis  clementissimis 
Anatilil  Narbonenses  Arecomlci 
Optimis  principibus  in  palatio 
Posuerunt  ob  electam  Heracleam  in  regiae 

Majestatls  sedem. 

Plusieurs  habiles  modernes  ',  qui  ont  eu 
occasion  de  parler  de  cette  inscription, 
n'ont  pas  fait  difficulté  de  l'admettre  comme 
vraie ,  &  nous  ne  connoissons  que  M.  de 
Tillemont"  qui  ait  paru  douter  de  son  au- 
thenticité. Quelque  déférence  que  nous 
ayons  pour  le  suffrage  de  tous  ces  savans 
antiquaires,  nous  ne  croyons  pas  devoir 
l'adopter.  Nous  avons  même  des  raisons 
assez  fortes  pour  croire  ce  monument  sup- 
posé; les  voici  : 

IL  Bouche'  qui  est  le  premier  qui  l'a 
donné  dans  son  Histoire  de  Provence,  dit 
qu'il  fut  trouvé  au  terroir  de  la  ville  de 
Saint-Gilles j  près  du  Rhône,  sous  le  règne  de 
Charles  V,  roi  de  France.  Spon  *  dit  au  con- 
traire que  le  marbre  sur  lequel  l'inscription 

'  Sipon,  Miscellanea,  p.  iSp. — Ducange,  Chro- 
nlcon  Pasch.  In  Histor'ia  Bysantina,  p,  672. —  Me- 
nestrier,  Histoire  de  Lyon,  —  Hardouin,  Not.  in 
Plin.  c.  4,  1.   3. 

*  Tillemont,  art.  5i  sur  Honoré. 

'  Bouche,  Histoire  de  Provence,  t.   1,  p.   l58, 

^  S-pon,  Miscellanea, -p.   iSp. 


est  gravée,  fut  déterré  à  Saint-Gilles  même, 
&  il  croit,  après  Poldo  d'Albenas  '  qui  n'avoit 
aucune  connoissance  de  cette  inscription, 
que  la  ville  de  Saint-Gilles  est  l'ancienne 
Héraclée.  Le  P.  Hardouin ,  dans  ses  notes 
sur  Pline,  sans  nous  donner  d'autre  garant 
que  Bouche  même,  qui  dit  tout  le  contraire, 
assure  que  cette  inscription  fut  trouvée  à 
Saint-Rémi,  petite  ville  de  Provence,  8t 
ajoute  que  cette  dernière  ville  est  la  véri- 
table Héraclée  de  Pline. 

III.  Cette  diversité  de  sentimens  sur 
l'endroit  où  ce  monument  a  été  découvert 
donne  d'abord  lieu  de  présumer  qu'il  est 
supposé;  on  peut  ajouter  qu'on  ignore  le 
lieu  où  il  est  conservé,  &  que  personne  n'a 
dit  encore  l'avoir  vu.  Mais  en  examinant 
de  près  tous  les  termes  de  l'inscription ,  il 
est  aisé  de  se  convaincre  qu'elle  a  été  faite  à 
plaisir  dans  les  derniers  siècles.  Nous  allons 
donner  là-dessus  nos  réflexions,  après  avoir 
observé  qu'elle  ne  peut  avoir  été  dressée 
en  l'honneur  d'Ataulphe  &  de  Placidie  son 
épouse,  que  depuis  leur  mariage,  qui  fut 
célébré  à  Narbonne  au  mois  de  janvier  de 
l'an  414',  jusqu'à  la  fin  de  la  même  année', 
ou  au  plus  tard  au  commencement  de  la 
suivante,  que  lesVisigoths  quittèrent  entiè- 
rement les  Gaules  pour  se  retirer  *  en  Es- 
pagne ;  qu'Ataulphe  ne  rentra  plus  dans  les 
Gaules  &  qu'il  mourut  au  delà  des  Pyré- 
nées au  mois  d'août  de  l'an  416  '.  Cela  posé, 
entrons  dans  le  détail  des  termes  de  l'ins- 
cription. 

IV.  Ataulpho  Flavio  potentissimo  régi  re- 
gum rectissimOj  victori  victorum  invictissimo. 
Selon  le  style  des  inscriptions  dont  le  bon 
goût  n'étoit  pas  encore  entièrement  perdu 
au  commencement  du  cinquième  siècle,  il 
auroit  fallu  dire  Flavio  Ataulpho,  &  non 
pas  Ataulpho  Flavio.  D'ailleurs,  tous  les  an- 
ciens qui  ont  parlé  de  ce  roi  ne  lui  ont 
jamais  donné  d'autre  nom  ou  prénom  que 
celui  d'Ataulphe  ;  &  quoique  nous  voyons 
dans  le  Code  visigothique  le  prénom  de 
Flavius  donné  au  roi  des  Visigoths  à  la  tête 


'  Poldo  d'Albenas,  p.  220. 

"  Olympiodore,  apud  Photium,  p.  i85. 

^  Orose,  1.  7,  c.  43. 

^  Prosper,  Chronicon. 

*  Chronicon  Paschale,  p.  716. 


II. 


Note 
46 


98 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  1, 
p.  644. 


de  quelques-unes  de  leurs  lois  ,  nous  n'en 
trouvons  cependant  aucun,  avant  Recca- 
rède,  c'est-à-dire  avant  la  fin  du  sixième 
siècle,  qui  se  soit  servi  de  ce  prénom,  &  il 
est  certain  qu'on  n'en  sauroit  donner  au- 
cune preuve  avant  ce  temps-là. 

V.  Il  paroît,  en  effet,  que  Théodoric,  roi 
des  Ostrogoths,  ou  d'Italie,  fut  le  premier 
des  princes  barbares  qui  se  para  '  du  titre 
de  Flavius,  affecté  jusqu'alors  aux  seuls  em- 
pereurs. Ce  prince  se  l'attribua,  sans  doute, 
parce  que,  quoiqu'il  n'eût  pas  le  titre  d'em- 
pereur, il  en  tenoit  cependant  la  place  en 
Occident,  &  qu'il  prétendoit  avoir  succédé  à 
leur  autorité.  Avant  lui,  &  jusqu'à  l'entière 
décadence  de  l'Empire,  bien  loin  qu'aucun 
des  rois  barbares  se  soit  égalé  aux  empe- 
reurs par  des  titres  si  magnifiques,  on  voit, 
au  contraire,  qu'ils  se  comportoient  comme 
s'ils  leur  eussent  été  soumis,  &  qu'ils  se  re- 
gardoient  comme  vassaux  de  l'Empire.  Rec- 
carède,  qui  est  le  premier  des  rois  des  Visi- 
goths  qui  employa  ce  prénom  à  la  tête  de 
ses  lois,  le  prit ,  au  sentiment  d'un  habile" 
critique ,  pour  ne  pas  céder  &  paroître 
inférieur  aux  rois  lombards  d'Italie,  qui 
l'avoient  usurpé  sur  les  empereurs  de 
Constantinople  auxquels  il  avoit  toujours 
été  consacré. 

VI.  On  pourroit  objecter  que  le  terri- 
toire de  Saint-Gilles ,  aux  environs  du 
Rhône,  étoit  appelé  anciennement  Vallîs 
Flavîana,  &  qu'il  a  pris  ce  nom,  selon  quel- 
ques auteurs,  des  premiers  rois  Visigoths 
maîtres  du  pays,  à  cause  qu'ils  se  servoient 
du  prénom  de  Flavius.  Mais  outre  qu'il  est 
constant  qu'Ataulphe  ne  régna  jamais  dans 
ce  canton,  &  qu'on  n'en  sauroit  donner 
aucune  preuve,  tous  les  mémoires  où  il  est 
fait  mention  de  la  Vallée  Flavienne  pour 
signifier  le  territoire  de  Saint-Gilles,  ne 
remontent  pas  au-dessus  de  la  seconde  race 
de  nos  rois.  D'ailleurs,  on  n'a  aucune  preuve 
que  ce  pays  ait  tiré  ce  nom  de  quelqu'un 
des  rois  Visigoths  j  &  quand  cela  seroit,  on 
devroit  le  rapporter  plutôt  à  Théodoric', 
roi  d'Italie,  qui  régna,  en  effet,  sur  le  Lan- 

'  Conciles,  t.  4,  p.  1329,  i33i,  1401. 
'  Adrien    de    Valois,    Rerum    Francicarum  1.  14, 
p.  35 1 .  — Voyez  Mariana,  1.  6,  c.  1. 
»  Voyez  Note  LXVI. 


guedoc  &  la  Provence,  ou  à  quelqu'un  des 
successeurs  de  Reccarède,  puisque  ce  sont 
les  seuls,  comme  on  l'a  déjà  dit,  qui  se  soient 
donnés  le  prénom  de  Flavius. 

VII.  Pour  le  titre  de  très-puissant  roi  des 
rois,  de  très-juste  S-  très-invincible,  de  vain- 
queur des  vainqueurs  que  l'inscription  donne 
à  Ataulphe,  outre  que  ces  termes  ne  sont 
point  du  style  des  anciennes  inscriptions, 
il  falloit,  dit  M.  de  Tillemont",  que  les  peu- 
ples qui  dressèrent  celle  dont  il  s'agit  por- 
tassent  alors  la  bassesse  &  la  flatterie  à  une 
étrange  extrémité ,  eux  qui  deux  ans  aupara- 
vant n'eussent  traité  Ataulphe  que  de  barbare 
&  de  tyran.  En  effet,  quelle  apparence  que 
ces  peuples  chez  qui  ce  roi  barbare  n'avoit 
été  qu'en  passant  pour  les  piller  &  ravager 
leurs  campagnes,  lui  eussent,  par  des  ter- 
mes si  pompeux,  témoigné  une  reconnais- 
sance si  peu  méritée,  &  qu'ils  eussent  célé- 
bré son  entrée  dans  les  Gaules  par  un  éloge 
si  peu  sincère  &  si  peu  convenable  ? 

On  peut  ajouter  que  ce  furent,  ou  les 
peuples  de  la  prétendue  Héraclée,  ou  ceux 
de  Narbonne,  comme  Bouche  l'a  avancé, 
qui  firent  ériger  ce  monument  à  Ataulphe. 
Ce  ne  peuvent  être  les  premiers,  puisque 
ce  prince ,  lorsqu'il  s'éloigna  du  Rhône 
pour  aller  prendre  Narbonne  n'avoit  pas 
encore  épousé  Placidie  ;  qu'on  n'a  aucune 
preuve  qu'il  soit  retourné  de  ce  côté-là 
après  son  mariage,  &  qu'il  paroît,  au  con- 
traire, que  les  peuples  du  pays  demeu- 
rèrent toujours  soumis  à  l'autorité  de 
Constance,  général  de  l'empereur  Honoré, 
ennemi  juré  d'Ataulphe  &  des  Visigoths, 
qu'il  contraignit  enfin  de  passer  au  delà  des 
Pyrénées.  Ceux  de  Narbonne  ne  peuvent 
non  plus  avoir  fait  ériger  ce  prétendu  mo- 
nument j  car  outre  qu'ils  l'auroient  plutôt 
fait  élever  dans  leur  ville,  il  n'est  pas  vrai- 
semblable qu'ils  eussent  osé  insulter  Cons- 
tance en  le  faisant  dresser  sur  les  bords  du 
Rhône  &  sous  les  yeux  de  ce  général  qui 
étoit  alors  à  Arles. 

VIII.  Vandalicae  barbariei  depulsori.  Cette 
inscription,  comme  nous  l'avons  dit,  ne 
peut  convenir  à  Ataulphe  que  depuis  son 
mariage  avec  Placidie,  jusqu'à  sa  sortie  des 
Gaules.  Or,  il  est  certain  qu'il  n'y  avoit  plus 

'  Tillemont,  art.  52  iur  Honoré. 


Note 
46' 


Note 
46 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


99 


de  Vandales  dans  ces  provinces  '  lorsque 
les  Visigoths  y  entrèrent,  &  que  les  premiers 
avoient  déjà  passé  en  Espagne  depuis  le 
mois  de  septembre'  de  l'an  409,  deux  ans 
auparavant;  ce  qui  seul  prouve  la  fausseté 
de  l'inscription.  Que  si,  par  les  Vandales 
qu'on  prétend  qu'Ataulphe  chassa  des  Gau- 
les on  veut  entendre  cette  partie  des  Alains 
qui  s'étoient  mêlés  avec  ces  barbares  &  qui 
étoient  demeurés  dans  les  Gaules,  on  voit 
que,  bien  loin  d'être  chassés'  par  les  Visi- 
goths, ils  aidèrent,  au  contraire,  les  Romains 
à  les  chasser  au  delà  des  Pyrénées,  par  la 
conduite  qu'ils  tinrent  durant  le  siège  de 
Bazas  que  les  mêmes  Visigoths  avoient  en- 
trepris. 

IX.  Et  Caesareae  Placidiae  animae  suae  : 
Jomînis  suis  démentis simis.  Ces  termes  prou- 
vent à  la  vérité,  que  l'inscription  est  posté- 
rieure aux  noces  d'Ataulphe  &  de  Placidie  ; 
mais  on  ose  assurer  qu'ils  sont  extraordi- 
naires &  contre  le  style  des  inscriptions. 
Quel  exemple  a-t-on,  en  effet,  dans  les 
anciens  monumens  du  terme  de  Caesareae 
donné  à  une  femme,  soit  qu'elle  fût  fille 
ou  sœur  d'un  empereur,  &de  celui  à' animae 
suae  à  une  épouse  ou  à  une  maîtresse  } 

X.  Anatilii  Narbonenses  Arecomicî.  1°  Si 
l'inscription  a  été  trouvée  à  Saint-Gilles, 
comme  l'assurent  Bouche  &  Spon,  &  non  pas 
à  Saint-Remi  en  Provence,  comme  le  prétend 
le  P.  Hardouin,  il  s'ensuit  que  le  pays  des 
Anatiliens  s'étendoit  à  la  droite  &  en  deçà 
du  Rhône.  Or,  selon  Pline  &  Ptolémée,  ces 
peuples  habitoient  à  la  gauche  de  ce  fleuve 
&  du  côté  de  Provence;  ce  qui  a,  sans 
doute,  déterminé  le  P.  Hardouin  à  mettre 
du  même  côté  l'ancienne  Héraclée,  parce 
qu'il  a  trouvé  dans  cette  inscription  qu'elle 
étoit  la  capitale  des  Anatiliens.  Ultra  ^à'it 
Pline  "•  parlant  de  la  partie  orientale  de  la 
Narbonnoise  située  en  delà  &  à  la  gauche 
du  Rhône,  Fossae  (c'est  le  village  de  Fos 
auprès  des  Martigues)  ex  Rhodano  C. 
IVlarii  opère  &■  nomine  insignes.  Stagnum 
TS/Lastremala,  oppidum  TS/Laritima  Avaticorum 
superque  campi  Lapidei   (La  Crau)  HercuUs 

'  Adrien  de  Valois,  Kerunt  Francicarum  1.  3,  p.  i  t  i . 
'  Prosper,  Chron'icon. 
'  S.  Paulin,  Eucharist. 
■*  Pline,  1.  3,  n.  5. 


Note 

46; 


praeliorum  memoria,  &c.  regio  Anatiliorum 
5*  intus  Desuviatium  ,  Cavarumque  ,  &c.  Pto- 
lémée ',  parlant  de  la  même  partie  orientale 
de  la  Narbonnoise,  dit  :  Post  Rhodanum  mari 
iterum  adjacente  Anatiliorum  civitas,  NLari- 
tima  colonia  (les  Martigues), &c.,&c.  Ainsi, 
cette  inscription  est  contraire  à  l'autorité 
de  ces  deux  auteurs;  &  quoiqu'on  conjec- 
ture avec  assez  de  vraisemblance  que  les 
Anatiliens  s'étendoient  entre  les  bouches 
du  Rhône,  on  n'a  cependant  aucune  preuve 
qu'ils  fussent  établis  en  deçà  de  ce  fleuve. 

2°  Ces  mots  Anatilii  Narbonenses  Areco- 
m/d  prouvent,  ou  que  les  Arécomiques  joi- 
gnoient  leur  nom  à  celui  de  Narbonenses, 
ou  que  ceux  de  Narbonne  étoient  du  nom- 
bre des  Arécomiques,  ou  enfin  que  les 
Anatiliens  étoient  Narbonnois  &  Arécomi- 
ques. Le  premier  est  sans  exemple;  les 
Arécomiques  étoientvéritablement  du  nom- 
bre des  Volces  qui  étoient  divisés  en 
Tectosages  &  en  Arécomiques,  &  qui  par- 
tageoient  entre  eux  presque  tout  le  Lan- 
guedoc :  mais  jamais  aucun  auteur  n'a 
donné  aux  Arécomiques  qui  habitoient  les 
environs  de  Nimes  le  nom  de  Narbonenses 
Arecomicî,  mais  bien  celui  de  Volcae  Areco- 
mîci,  Volcae  étant  le  nom  général  &  Areco- 
micî le  particulier.  Que  si  par  ces  termes 
on  entend  les  peuples  de  Narbonne,  la 
fausseté  de  l'inscription  est  encore  plus 
sensible,  puisque  cette  ville  n'étoit  pas  dans 
le  pays  des  Arécomiques.  Enfin,  nous  avons 
vu  que  les  Anatiliens  n'étoient  ni  Narbon- 
nois  ni  Arécomiques,  puisqu'ils  étoient  si- 
tués à  la  gauche  du  Rhône,  &  que  les  Are-  Ed.ong 
comiques,  du  moins  depuis  César,  ne  p  fi^'5 
s'étendoient  qu'à  la  droite  de  ce  fleuve. 

3"  Ce  n'étoit  point  l'usage,  au  commence- 
ment du  cinquième  siècle,  d'employer  dans 
les  inscriptions,  les  noms  des  anciens  peu- 
ples particuliers  des  Gaules,  tels  que  ceux 
des  Arécomiques  &  des  Anatiliens,  &  on 
n'en  a  aucun  exemple.  On  se  servoit  à  la 
vérité  de  ces  sortes  de  noms  dans  le  siècle 
de  César  &  d'Auguste;  mais  la  dénomina- 
tion des  anciens  peuples  avoit  changé  sous 
l'empire  d'Honoré,  parce  que  les  villes  ca- 
pitales avoient  déjà  pris  les  noms  du  pays 
où  elles  étoient  situées.  La  multiplication 

'  Ptolémée,  1.  2,  c.  5. 


Note 
46 


100 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


des  provinces  romaines  avoit,  d'ailleurs, 
confondu  alors  les  anciens  noms  des  peu- 
ples particuliers  dans  ceux  de  ces  nouvelles 
provinces. 

XI.  Optimîs  prîncîpîbus  In  palatto  posue- 
runt  ob  electam  a  se  Heracleam  in  regîae 
majestatîs  sedem.  Nous  ne  disons  rien  sur 
ces  termes,  regiae  majestatîs  :  on  en  laisse 
le  jugement  aux  connoisseurs  de  l'antiquité, 
pour  nous  arrêter  à  ce  qui  est  dit  du  palais 
&  de  la  ville  d'Héraclée,  ce  qui  montre 
évidemment  la  supposition  de  ce  monu- 
ment, puisque,  sous  l'empire  d'Honoré, 
cette  ville  ne  subsistoit  plus  depuis  plu- 
sieurs siècles. 

Il  est  vrai  que  Pline'  fait  mention  d'une 
ville  de  ce  nom  à  l'embouchure  du  Rhône; 
mais  de  son  temps  elle  étoit  déjà  détruite. 
Sunt  auctores,  dit-il,  £•  Heracleam  oppidum 
in  ostiis  Rhodanî  fuisse.  Qu'on  ne  dise  pas 
qu'elle  peut  avoir  été  rebâtie  sous  le  même 
nom,  après  le  siècle  de  Pline,  &  avoir  existé 
sous  l'empire  d'Honoré,  car  :  1°  outre  qu'on 
n'en  a  aucune  preuve ,  on  peut  demander 
d'où  vient  que  si  cette  ville,  qui  devoit  être 
célèbre,  a  subsisté  depuis  le  temps  de  Pline 
jusqu'à  l'empire  d'Honoré,  aucun  ancien 
auteur  ou  géographe  n'en  a  fait  mention. 

2°  Quand  elle  auroit  été  rebâtie,  c'eût  été 
sans  doute  par  quelqu'un  des  empereurs 
qui  régnèrent  dans  les  Gaules;  mais  quelle 
apparence  qu'ils  lui  eussent  conservé  son 
ancien  nom,  tandis  qu'ils  l'ôtoient  aux  autres 
pour  leur  imposer  le  leur,  comme  nous  le 
voyons  de  Constantinople,  de  Grenoble,  &c., 
&,  sans  sortir  de  la  proviiice,  de  la  ville 
d'Elne  que  M.  de  Marca'  a  prouvé  être 
l'ancienne  Illiberis  rebâtie  par  Constantin, 
à  laquelle  il  donna  le  nom  de  l'impératrice 
Hélène,  sa  mère. 

3°  Si  Héraclée  subsistoit  du  temps  d'A- 
taulphe,  cette  ville  aura-t-elle  été  ensevelie 
d'abord  après  la  mort  de  ce  prince  dans  un 
éternel  oubli;  en  sorte  que  les  historiens 
&  les  monumens  qui  parlent  si  souvent  des 
autres  villes  de  la  province  beaucoup  moins 
considérables  n'aient  seulement  pas  daigné 
nommer  celle  où  les  rois  Visigoths  avoient 
d'abord  établi  leur  siège  ?  Par  quelle  révo- 

•  Pline,!.  3,  n.  5. 

'  Marca  Hispanica,  p.  2^. 


lution  aura-t-elle  disparu  tout  à  coup  ? 
Ne  méritoit-elle  pas  d'être  mise  parmi  les 
cités  des  Gaules  dans  quelque  notice,  & 
surtout  dans  celle  d'Honoré  qu'on  rapporte 
au  même  temps  ?  N'auroit-elle  pas  dû  avoir 
un  siège  épiscopal,  ainsi  que  plusieurs  au- 
tres petites  villes  du  voisinage  beaucoup 
moins  considérables  ? 

XII.  On  dira  peut-être,  pour  appuyer 
cette  prétendue  inscriptioii,  que  Godefroi 
de  Viterbe  &  Othon  de  Frissingue  assurent 
que  la  ville  de  Saint-Gilles  s'appeloit  encore 
de  leur  temps  le  palais  des  Goths,  palatium 
Gothorum,  &  que  suivant  les  anciens  titres' 
on  nommoit  Selva  Gothesca  la  forêt  de 
Saint-Gilles.  Ces  autorités  prouvent  tout  au 
plus  que  quelqu'un  des  rois  Visigoths  qui 
régnèrent  dans  les  Gaules  fit  construire  un 
palais  à  Saint-Gilles  ou  aux  environs,  ce 
que  nous  ne  disputons  pas;  mais  ce  dut  être 
postérieurement  à  la  mort  de  l'empereur 
Majorien,  puisque  c'est  seulement  depuiu 
ce  temps-là  que  ces  peuples  étendirent  leur 
domination  jusqu'au  Rhône.  Il  paroît,  d'ail- 
leurs, par  la  suite  de  l'histoire,  qu'Ataulphe 
fit  un  séjour  fort  court  dans  les  Gaules,  & 
que  toutes  ses  conquêtes  y  furent  passagères, 
Quand  on  accorderoit  qu'il  séjourna  quel- 
que peu  de  temps  sur  les  bords  du  Rhône, 
après  la  prise  de  Valence  sur  les  tyrans, 
comme  quelques-uns'  le  prétendent  & 
comme  il  est  assez  vraisemblable,  cela  ne 
prouveroit  rien  en  faveur  de  l'inscription; 
&  ni  le  palais  des  rois  Goths,  ni  le  séjour 
qu'Ataulphe  put  faire  aux  environs  de  Saint- 
Gilles  ,  ne  marquent  nullement  que  cette 
ville  soit  l'ancienne  Héraclée,  ni  que  ce 
prince  y  ait  établi  le  siège  de  son  empire. 
Othon  de  Frissingue  ne  le  dit  pas,  non  plus 
que  Godefroi  de  Viterbe. 

On  voit,  d'ailleurs,  le  peu  de  fonds  qu'on 
peut  faire  sur  leur  autorité,  puisqu'ils  sup- 
posent faussement  l'un  &  l'autre  qu'Ataul- 
phe avoit  déjà  épousé  Placidie  lorsqu'il 
entra  dans  les  Gaules,  &  que  le  dernier  met 
la  ville  de  Narbonne  auprès  du  Rhône. 
Ataulphus...,^  in  Gallia  prope  civitatem  Nar- 

'  Catel,  Mémoires  de  l'histoire  de  Languedoc, 
p. 453. 

'  Voyez  Le  Cointe,  ad  ann.  53 1,  n.  i5. 

^  God.  de  Viterbe,  Panth.  t.  3.  —  Pistor.  p.  402. 


Note 
46 


i 


NOTB 
46 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


lOI 


Éd.orig. 

t.  I, 
P-  '546. 


honensem,  ubî  hodîe  villa  S.  JEgîdli  dicitur, 
in  loco  qui  usque  hodîe  palatium  Gothorum 
vocatur,  consedit;  supra  Rhodanum  fiuvium  ; 
a  quo  loco  per  Constantînum  comitem  postea 
pulsus  in  finibus  Hispaniae  cum  Gothis  rese- 
dit.  Suivant  cet  auteur,  le  palais  des  Goths 
&  la  ville  de  Saint-Gilles  étoient  différens. 
Le  P.  Le  Cointe  '  prétend,  en  effet,  que  le 
premier  devoit  être  situé  à  la  gauche  du 
Rhône  du  côté  de  Provence.  Ainsi  ce  palais 
ne  peut  être  la  même  chose  que  la  ville  de 
Saint-Gilles  où  l'on  a  trouvé  la  prétendue 
inscription,  mais  qu'on  a  plutôt  fabriquée 
de  nos  jours  sur  ce  passage  de  Godefroi  de 
Viterbe. 

Xin.  Suivant  cette  inscription,  Ataulphe 
choisit  la  ville  d'Héraclée  pour  la  capitale 
de  ses  États  &  le  siège  de  son  empire,  ce  qui 
dut  arriver,  comme  on  a  voulu  le  faire  en- 
tendre, après  son  mariage  avec  Placidie. 
Or,  dans  le  temps  de  ce  mariage  qui  fut 
célébré  au  mois  de  janvier  de  l'an  414, 
Constance,  général  de  l'empereur  Honoré, 
étoit  maître'  de  la  ville  d'Arles,  &  par  con- 
séquent des  environs  de  la  ville  de  Saint- 
Gilles,  &  depuis  ce  temps-là,  il  ne  cessa  de 
harceler  les  Visigoths  jusqu'à  ce  qu'il  les  eut 
obligés  enfin  de  sortir  des  Gaules.  D'ailleurs, 
pendant  cet  intervalle  qui  ne  fut  au  plus 
que  d'un  an,  ces  peuples  furent  toujours 
éloignés  du  Rhône,  puisqu'ils  prirent  alors 
les  villes  de  Toulouse  &  de  Bordeaux  3 
qu'ils  firent  le  siège  de  Bazas%  d'où  Ataul- 
phe prit  avec  eux  la  route  des  Pyrénées;  & 
qu'enfin  Constance,  maître  de  toute  la  Nar- 
bonnoise,  assiégeoit  dans  le  même  temps* 
la  ville  de  Narbonne  qu'il  obligea  enfin  de 
se  rendre.  Quelle  apparence  qu'Ataulphe 
ait  été  alors  établir  le  siège  de  son  empire 
à  Saint-Gilles  ,  &  qu'il  y  ait  vécu  tranquil- 
lement au  milieu  des  applaudissemens  des 
peuples  du  pays  qu'il  avoit  ruinés,  &  cela  à 
la  face  du  général  Constance,  dont  le  siège 
étoit  à  Arles,  dans  le  voisinage.  Ce  dernier  y 
assembla,  en  effet,  toutes  ses  forces  dans  le 
dessein  de  chasser  les  barbares  des  Gaules, 


'  Le  Cointe,  ad  ann.  53 1,  n.  i5. 
'  Orose,  1.  7,    c.  47. 

'  S.  Paulin,   Eucharist.  —  Tillemont,  art.  Sz  sur 
Honoré. 

*  Orose,  1.  7.  c.  47, 


comme  le  témoigne  Orose,  auteur  contem- 
porain, lequel  écrivoit  presque  sur  les 
lieux  en  417,  trois  ans  après  la  sortie  des 
Visigoths  des  Gaules. 

XIV.  Il  est  vrai  que  S.  Prosper  ',  dans  Sc. 
Chronique,  ne  parle  de  la  sortie  des  Goths 
des  Gaules  &  de  leur  entrée  en  Espagne 
que  sous  l'an  416,  &  qu'ainsi  leur  séjour 
peut  avoir  été  plus  considérable;  mais 
quand  il  auroit  été  de  dix-huit  mois,  cela 
ne  sauroit  détruire  ce  qu'on  a  déjà  établi 
touchant  le  peu  de  temps  qui  s'écoula  entre 
les  noces  d'Ataulphe  &  sa  sortie  des  Gaules. 
D'ailleurs  S.  Prosper  ne  parle,  dans  sa  Chro- 
nique, de  l'époque  du  passage  des  Visigoths 
en  Espagne,  qu'à  l'occasion  de  la  prise  d'At- 
tale  :  Attalus  a  Gothis  ad  Hispanias  migran- 
tibus  neglectus  capitur.  Les  Goths  peuvent 
donc  être  sortis  des  Gaules  en  414  &  Attale 
n'avoir  été  pris  que  l'année  suivante.  On 
doit  dire  la  même  chose  de  la  Chronique 
d'Idace'  qui  ne  parle  de  la  sortie  de  ces  peu- 
ples des  Gaules  que  sous  l'an  416,  à  l'occa- 
sion de  la  mort  d'Ataulphe  qu'il  suppose 
être  arrivée  cette  année;  mais  il  est'  certain 
qu'elle  arriva  à  Barcelone  au  mois  d'août 
ou  au  commencement  de  celui  de  septem- 
bre de  l'an  415.  Nous  savons*,  d'ailleurs, 
que  Théodose,  fils  de  ce  prince,  mourut 
aussi  dans  la  même  ville  l'an  414,  peu  de 
temps  après  sa  naissance  ;  les  Visigoths  dé- 
voient donc  s'être  retirés  en  Espagne  dans 
la  même  année.  Toutes  ces  raisons  ne  nous 
permettent  pas  de  douter  que  l'inscription 
que  nous  venons  d'examiner  ne  soit  sup- 
posée, &  qu'elle  n'ait  été  fabriquée  dans  le 
dernier  siècle;  car  si  elle  eût  été  découverte 
sous  le  règne  de  Charles  V,  comme  Bouche 
le  prétend,  elle  n'auroit  pas  été  inconnue 
à  d'Albenas,  à  Catel  &  à  tous  les  autres 
historiens  ou  antiquaires  de  nos  provinces 
qui  avoient  intérêt  d'en  parler  &  d'en  faire 
usage. 

XV.  Nous  n'avons  rien  dit  de  deux  autres 
inscriptions  qu'on   prétend   être  jointes  à 

'  Prosper,  Chronicorij  t.  i  de  la  B'thl,  de  Labbe, 
p.  49. 

'  Idace,  dans  Duchesne,  t.   i,  p.  186. 

3  Chronicon  Pasch.  in  hist.  Bys.  p.  716. 

^  Olympiodore,  apud  Photium,  p.  188.  — Voyez 
Tillemont,  art.  55  sur  Honoré. 


NoTB 


Noté 
46 


102 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


celle-ci,  &  avoir  été  gravées  sur  deux  au- 
tres côtés  du  même  marbre;  le  P.  Ménes- 
trier'  les  a  données  dans  son  Histoire  de 
Lyon.  «  Sur  l'un  des  côtés  de  ce  marbre,  dit 
«  cet  auteur,  on  voyoit  la  ville  de  Rome  & 
«  un  cavalier  qui  vouloit  y  mettre  le  feu; 
((  mais  un  Amour  lui  retenoit  le  bras,  tandis 
.<  que  les  trois  Grâces  embrassoient  &  ca- 
«  ressoient  un  lion  couronné  de  lauriers, 
«  avec  ces  mots  gravés  au-dessus  &  au-des- 
.<  sous  : 

Non  permittam  ut  immittas  , 
\rderent  isto  viscera  nostra  igné. 
Amor  servat  urbem. 
Gratia  non  omnibus  grata. 

'<  Sur  un  autre  côté  étoit  une  ville  ceinte 
K  de  tours  qui  représentoit  l'ancienne  Hé- 
•c  raclée  avec  un  grand  palais  qui  portoit 
/  cette  inscription  : 

Nisl  trajecisset  Amor  pectora, 
Roma  non  esset  Roma, 

Heraclea  non  esset 
Flaviorum  palatium , 

Orbis  non  urbis. 
Nos  caperet  spatium. 

11  est  aisé  de  s'apercevoir  que  ces  inscrip- 
tions sont  de  la  façon  d'un  auteur  récent 
ou  d'un  imposteur.  Le  P.  Ménestrier,  qui  les 
rapporte,  convient  qu'elles  sont  d'un  stylé 
qui  fait  voir  que  lorsqu'elles  ont  été  faites, 
l'éloquence  &  la  langue  latine  avoient  ex- 
trêmement dégénéré  par  une  affectation  de 
pointes  &  d'allusions  dont  les  ouvrages  de 
Sidonius,  dit-il,  de  Cassiodore,  d'Ennodius 
&  de  la  plupart  des  auteurs  de  ce  temps-là 
sont  remplis;  mais  cela  ne  prouve  rien.  Ces 
auteurs  sont  de  la  fin  du  cinquième  siècle 
ou  du  commencement  du  sixième,  où  la  lan- 
gue latine  commença  à  la  vérité  à  déchoir  à 
cause  du  mélange  des  barbares;  au  lieu  que 
l'inscription  dont  il  s'agit  doit  être  du  com- 
mencement du  cinquième  siècle,  avant  que 
ces  peuples  eussent  fixé  leur  séjour  dans  les 
provinces  de  l'Empire,  &  par  conséquent 
avant  qu'ils  n'eussent  eu  le  temps  de  com- 
promettre le  goût  de  la  bonne  latinité;  ce 
qui  n'arriva  pas  tout  à  coup.  On  peut  voir, 

"  Ménestrier,  Histoire  de  Lyon,  p,   164 


en  effet,  dans  le  Recueil  de  Gruter,  plu- 
sieurs inscriptions  de  la  fin  du  quatrième 
&  du  commencement  du  cinquième  siècle 
qui  se  ressentent  encore  de  la  noblesse  &  de 
la  simplicité  qu'on  admire  dans  les  divers 
monumens  qui  nous  restent  des  plus  beaux 
siècles  de  l'Empire.  Sans  aller  plus  loin, 
nous  en  donnons'  une  de  Narbonne  posté- 
rieure de  cinquante  ans  à  celle  d'Ataulphe, 
dont  elle  est  entièrement  différente,  soit 
pour  le  style,  soit  pour  les  pensées;  elle 
prouve  que  le  bon  goût  se  conservoit  en- 
core dans  la  Narbonnoise  vers  la  fin  du 
cinquième  siècle. 

XVI.  Enfin,  nous  remarquerons  que  Ga- 
riel,  dans  son  livre  intitulé  :  Idée  générale 
de  la  ville  de  Montpellier  %  ouvrage  qu'on 
peut  dire  en  passant,  rempli  de  faits  dou- 
teux, de  fables  &  d'anachronismes,  s'il  en 
fut  jamais,  rapporte  les  mêmes  inscriptions, 
mais  bien  différemment,  car  elles  sont  d'un 
style  beaucoup  plus  diffus.  Il  prétend  les 
donner  telles  qu'elles  furent  découvertes 
avec  le  marbre  sur  lequel  elles  étoient  gra- 
vées dans  les  superbes  ruines  de  Saint-Gilles, 
sous  le  règne  de  Charles  le  Sage.  Il  avoue, 
cependant,  qu'il  les  avoit  tirées  d'un  ma- 
nuscrit de  feu  Guillaume  Pélissier,  évêque 
de  Maguelonne,  qui  avoit  péri  depuis  un 
siècle  ;  ce  que  nous  ne  saurions  concilier.  Il 
est  du  moins  évident  que  ce  qu'il  rapporte 
prouve  de  plus  en  plus  la  supposition  de 
ces  inscriptions,  puisque  ceux  qui  les  ont 
données  ne  peuvent  convenir  entre  eux,  ni 
du  lieu  où  elles  furent  trouvées ,  ni  en 
quels  termes  elles  étoient  conçues. 


NOTE  XLVII 

Si  le  monastère  de  Saint-Castor  étoit 
situé  à  Nîmes  ou  aux  environs? 


SI  nous  en  croyons  le  P.  Guesnay,  le  mo- 
nastère que  S.  Castor  fonda,  &  pour  le- 
quel Cassien   écrivit  ses  Institutions  mo- 


'  Voyez  aux  Preuve  les  inscriptions  de  Narbonne. 
'  Gariel,  Idée  générale  de  la  ville  de  Montpellier 
p.  48  &  suiv. 


Note 
46 


Note 

47 


Note 
47 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


lo3 


nastiques',    étoit  situé    à    Nimes    ou  aux  avoit  été  situé  du  côté  de  Nimes,  qu'après 

environs  de   cette  ville.  Suivant  le    même  la  mort  de  S.  Quintin  le  peuple  &  le  clergé 

auteur,  ce  saint  en  étoit  abbé  lorsqu'il  fut  d'Apt    y   eussent    été     en    corps   chercher 

Éd.orig.    élu  évoque  d'Apt,  &  après  son   élection,  il  S.  Castor,  comme  il  est   marqué  dans  la  vie 

p.  647.     en  fonda  un  autre  dans  sa  ville  épiscopale;  manuscrite  de  ce  saint?  Quelle  apparence 


Note 
47 


mais  il  ne  rapporte  d'autre  preuve  que  les 
fragmens  des  actes  de  S.  Castor,  qui  disent 
tout  le  contraire.  En  effet,  selon  ces  actes, 
S.  Castor  ne  fonda  qu'un  seul  &  même  mo- 
nastère, dont  ils  ne  marquent  pas  la  situa- 
tion, &  ie  gouverna  avant  &  après  son 
épiscopat.  Nous  voyons%  d'ailleurs,  dans  la 
vie  manuscrite  de  ce  saint,  que  l'unique 
monastère  dont  il  fut  le  fondateur  étoit 
situé  à  Manancha,  lieu  qu'on  croit  être 
dans  le  diocèse  d'Apt,  &  le  même  qu'on 
nomme  aujourd'hui  Nianancuegno. 

Ce  qui  peut  avoir  trompé  le  P.  Guesnay, 
c'est  que  suivant  les  actes  qu'il  rapporte, 
S.  Castor  étant  natif  de  Nimes,  &  ayant 
fondé  un  monastère  dans  une  de  ses  terres, 
il  a  cru  que  ce  monastère  devoit  être  situé 
auprès  de  cette  ville  ;  mais  il  n'a  pas  pris 
garde  que  c'est  le  même  monastère  qu'il 
gouvernoit  en  qualité  d'abbé,  quand  le 
clergé  &  le  peuple  d'Apt  l'élurent  pour 
leur  évêque  après  la  mort  de  S.  Quintin,  & 
qu'il  continua  de  gouverner  pendant  son 
épiscopat  :  Abbasque  factus^  illius  caenobii 
cujus  fundator  erat....    exempta   ab  iiumanis 

Çuintino tam   cleri  quant  populi  vods  in 

ejus  vie  em  fuerit  subie  dus ,  &c.,  sîbi^  Castorem 
praeficî  poscunt  pontificem....  Cum  itaque  in 
ejusdem  monasterii  regimine  successorem  sibi 

nîteretur  constituere compulsus  est  reti- 

nere,  &c,,  preuve  évidente  que  S.  Castor  fut 
fondateur  du  seul  &  unique  monastère  de 
ISdanancha. 

Le  P.  Guesnay''  convient  lui-même  que  ce 
saint  fonda  son  premier  monastère  dans  une 
de  ses  terres  appelée  Maunacj  or,  c'est  la 
même  que  celle  de  IVLanancha  dont  nous 
avons  parlé,  &  qui  étoit  située  dans  le 
diocèse  d'Apt,  comme  on  le  conjecture^  & 
en  effet,  quelle  apparence  si  ce  monastère 

'  Guesnay,  Cassian.  lllustr.  p.  1  69  &  seq.  p.  409, 
709  &  seq. 

'  Voyez  au  tome  I,  livre  IV,  n.  22. 

*  Guesnay,  Ca55iart.  illust,  p.  709  &  710.  —  Vie 
nzss.  Je  S.  Castor,  communiquée  par  M.  le  Foiirnier. 

*  Guesnuy,  Cassian.  ilîustr.  p.    1  59. 


que  S.  Castor  lui-même,  après  son  élection, 
eût  retenu  le  gouvernement  d'un  monastère 
si  éloigné  de  sa  ville  épiscopale?  Aussi  le 
P.  Guesnay  qui  a  été  peut-être  touché  de 
cette  dernière  raison,  lui  fait-il  fonder  après 
son  élection,  mais  sans  aucune  preuve,  un 
nouveau  monastère  à  Apt  pour  le  gouver- 
ner pendant  son  épiscopat. 

Mais  ce  qui  fixe  entièrement  la  situation 
du  seul  &  unique  monastère  de  S.  Castor 
auprès  de  cette  dernière  ville,  c'est  que  selon 
sa  vie  manuscrite,  Manancha  ou  Maunac 
étoit  une  terre  qui  lui  appartenoit  vérita- 
blement, mais  qui  avoit  été  auparavant  du 
patrimoine  de  sa  femme,  fille  de  cette  veuve 
d'Arles  dont  il  avoit  pris  les  intérêts  avec 
tant  de  charité  &  de  zèle. 

On  doit  conclure  de  ce  que  nous  venons 
de  dire  que  le  monastère  pour  lequel  Cassien 
écrivit  ses  Institutions  n'étoit  pas  situé  à 
Nimes,  comme  le  prétend  le  P.  Guesnay, 
mais  plutôt  à  Manancha  en  Provence  où 
S.  Castor,  natif  de  Nimes,  l'avoit  fondé. 

Nous  nous  serions  moins  arrêté  à  ces  mi- 
nuties, si  M.  de  Tillemont  '  ne  paroissoit 
adopter  le  sentiment  du  P.  Guesnay  en  pla- 
çant comme  lui  à  Nimes  le  monastère  fondé 
par  Castor  avant  son  élévation  à  l'épiscopat'. 


NOTE  XLVIII 

En  quel  temps  le  siège  du  préfet  des 
Gaules  fut  transjéré  de  Trêves  à 
Arles. 

ON  ne  doute  pas  que  la  ville  de  Trêves 
n'ait  été  le  siège  des  empereurs  qui  ont 
résidé  dans  les  Gaules  jusqu'au  règne  de  Va- 


'  Tillemont,  art.  8  sur  Cassien,  Histoire  ecclésias~ 
tique,  t.  4. 

'  Voir,  au  tome  I  decette  édition,  livre  IV,  n.22, 
la  Note  rectificative  de  Dom  Vaissete  au  sujet  de 
S.  Castor. 


Note 


Note 


104 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


lentinien  II,  &  celui  du  préfet  du  prétoire 
qui  gouverna  ces  provinces  jusqu'au  même 
temps,  ce  qu'on  peut  voir  par  la  date  &  la 
réception  de  plusieurs  lois  du  Code  Théo- 
dosien.  Une  telle  prérogative  donna  un  si 
grand  relief  à  cette  ville,  qu'elle  passa  pen- 
dant tout  ce  temps-là  pour  la  capitale  ou  la 
métropole  '  de  toutes  les  Gaules.  D'un  autre 
côté,  il  est  certain  que  le  siège  du  préfet  des 
Gaules  étoit  déjà  établi  à  Arles  au  commen- 
cement du  cinquième  siècle  '  ;  mais  on 
ignore  l'époque  précise  de  cette  translation. 
Le  P.  Pagi  '  &  M.  de  Tillemont  croient 
qu'elle  se  fit  après  la  prise  ou  la  ruine  de 
Trêves  par  les  barbares  qui  la  prirent  "*  qua- 
tre fois  dans  un  intervalle  fort  court  depuis 
l'an  407,  suivant  M.  de  Tillemont  %  ou  de- 
puis l'an  402,  selon  le  P.  Pagi®.  Il  paroît 
cependant  que  Pétrone,  préfet  des  Gaules, 
qui  ordonna  de  tenir  tous  les  ans  à  Arles 
l'assemblée  des  Sept  provinces,  résidoit  ^ 
déjà  dans  cette  ville  l'an  402,  car  le  préfet 
du  prétoire  devoit  être  *  présent  à  ces  as- 
semblées. Nous  voyons  d'ailleurs  que  les 
prétentions  des  évêques  d'Arles  n'étant  fon- 
dées que  sur  la  dignité  &  la  supériorité  de 
cette  ville  pour  le  civil  sur  toutes  les  autres 
des  Gaules,  le  siège  du  préfet  devoit  y  être 
transféré,  lorsqu'ils  commencèrent  à  faire 
valoir  leurs  prétentions.  Or,  ce  fut  d'abord 
au  concile  de  Turin,  qui  fut  tenu  suivant  le 
P.  Pagi  ^  l'an  401,  &  dont  on  ne  sauroit'" 
différer  la  tenue  après  l'irruption  des  Van- 
dales ou  des  barbares  dans  les  Gaules,  l'an 


'  Ausone,  de  Claris  Urhïhus, 

'  Voyez  aux  Preuves,  Chartes  &  Diplômes  n.  I  : 
Edit  de  l'empereur  Honorius  pour  l'assemblée  des 
Sept  provinces. 

'  Pagi  ad  ann.  402,  n.  3o  &  seq.  —  Tillemont, 
art.  2  sur  le  pape  Zosime,  Histoire  ecclésiastique, 
t.  10. 

''  Salvien,  1.  6. 

*  Tillemont,  art.  26  sur  Honoré. 
^  Pagi  ad  ann.  402,  n.  3o  &  seq. 

'  Tillemont,  Chronologie  &  art.  2  sur  Zosime, 
Histoire  ecclésiastique ,  t.   12,  p.  718. 

*  Voyez  aux  Preuves,  Chartes  &  Diplômes, n.  I  : 
Edit  deV empereur  Honorius  pour  l'assemblée  des  Sept 
provinces, 

'  Pagi  ad  ann.  401. 

'°  Tillemont,  art.  i  sur  Zosime,  Histoire  ecclésias- 
tique. 


Note 
48 


407.  Il  faut  donc  que  le  siège  du  préfet  du 
prétoire  ait  été  transféré  à  Arles  avant  ce 
temps-là,  &  par  conséquent  avant  la  ruine 
de  Trêves. 

On  peut  fixer  l'époque  de  cette  translation 
par  la  supplique  que  les  évêques  de  la  Vien- 
noise présentèrent  au  pape  S.  Léon  en  fa- 
veur de  l'église  d'Arles  &  dans  laquelle  ils 
disent  que  les  empereurs  Valentinien  &  Ho- 
noré avoient  donné  à  cette  ville  des  privi- 
lèges très-singuliers  &  l'avoient  honorée  du 
titre  de  mère  de  toutes  les  Gaules.  Hanc  '' 
(Arelatem)  clementissîmae  recordationîs  Valen- 
tinlanus  &  Honorius  fidelissimi  principes  spe- 
cîalibus  privilegiis,  &,  ut  verbo  ipsorum  uta- 
mur ,  matrem  omnium  GalUarum  appellando 
decorârunt.  Quelques  auteurs  ont  voulu 
douter  de  la  vérité  de  cette  supplique,  mais 
personne  n'en  dispute  aujourd'hui  l'authen- 
ticité. Or,  il  est  évident  "  que  l'empereur 
Valentinien  II  ne  donna  à  Arles  le  titre  de 
M.ère  des  Gaules  que  parce  qu'il  transféra  de 
Trêves  en  cette  ville  le  siège  de  cette  partie 
de  l'Empire  avec  celui  da  préfet;  car  c'est 
inutilemeiit  que  le  P.  Pagi  '  détourne  le  sens 
d'un  texte  si  clair,  &  prétend  attribuer  à  Éd.orig 
Honoré  seul  d'avoir  donné  à  Arles  le  titre 
de  mère  ou  de  métropole  des  Gaules. 

Il  est  vrai  que  Valentinien  II,  après  la 
défaite  du  tyran  Maxime  à  Aquilée,  vint  à 
Trêves  où  il  défit  aussi  Victor,  fils  de  ce 
tyran,  &  qu'il  y  passa  l'hiver  '^  de  l'an  389, 
mais  nous  ne  voyons  pas  qu'il  y  ait  fait  uii 
plus  long  séjour,  quoique  nous  sachions 
qu'il  demeura  dans  les  Gaules  depuis  ce 
temps-là  jusqu'à  sa  mort.  On  sait^  au  con- 
traire qu'il  résidoit  àVienne,  lorsqu'il  tomba 
en  392,  dans  les  embûches  d'Arbogaste.  Il 
faut  donc  que  ce  prince  ait  transféré  son 
siège  dans  la  Viennoise  dont  la  ville  d'Arles 
faisoit  partie. 

Il  est  en  effet  très-vraisemblable  que  cette 
dernière  ville,  qui  auparavant  étoit  ®  la  se- 


'  Opéra  S,  Léon.  t.  i,  p.  SSç. 

'  Quesnel,  Notes  sur  S.  Léon,  — Tillemont,  sur 
S.  Léon.  —  Coustelier,  Epist,  Sanct,  Pontifie,  t.  2. 

^  Pagi,  ad  ann.  401,  n.  46. 

^  Tillemont,  art.  5o  sur  Théod.  I. 

^  S.  Ambroise,  Homélie  2,  de  Div.  nov.  éd.  — 
Grégoire  de  Tours,  1.  2,  c.  9.  —  Zosime,  1.  4. 

^  Ausone,  de  claris  Urbibus. 


t.  I, 

p.  648 


I 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Io5 


coude  des  Gaules,  devint  alors  la  première. 
Elle  étoit  d'ailleurs  très-célèbre  depuis  que 
Constantin,  dont  elle  prit  le  nom,  l'eut 
agrandie".  Ce  princeyavoit  un  palais  où  lui 
&  ses  successeurs  dans  les  Gaules  firent  sou- 
vent leur  résidence.  Valentinien  II  transféra 
donc  vraisemblablement  son  siège,  &  celui 
du  préfet  du  prétoire  des  Gaules,  de  Trêves 
à  Arles.  Mais  comme  il  résidoit  quelquefois 
à  Vienne  où  il  avoit  aussi  un  palais  dans 
lequel  il  fut  tué,  c'est  là  peut-être  la  source 
de  la  jalousie  de  ces  anciennes  villes  &rori- 
gine  de  leur  dispute  pour  la  primatie  qu'elles 
portèrent  au  concile  de  Turin,  tenu  avant  la 
première  ruine  de  Trêves  par  les  barbares. 
Nous  n'ignorons  pas  qu'un  moderne  ^  pré- 
tend que  c'est  de  Valentinien  III,  &  non  de 
Valentinien  II,  que  les  évèques  de  la  Vien- 
noise parlent  dans  leur  supplique  au  pape      Juridiction  des  évêques  d'Arles  sur  les 


qu'après  le  concile  de  Turin  de  l'an  401,  & 
fait  voir  en  même  temps  que  cette  ville  de- 
voit  être  la  capitale  ou  métropole  du  corps 
des  Cinq  provinces,  avant  qu'elle  ne  le  fût 
de  celui  des  Sept,  qui,  selon  le  P.  Pagi,  ne 
fut  érigé  qu'après  le  concile  de  Turin.  Or 
comme  la  ville  de  Vienne  étoit  le  siège  du 
vicaire  de  ces  provinces  avant  la  transla- 
tion de  celui  du  préfet  à  Arles,  ce  fut  aussi 
sans  doute  une  des  sources  des  prétentions 
des  évêques  de  ces  deux  villes  pour  la  pri- 
matie ou  le  droit  de  métropolitain  sur 
toute  la  Viennoise. 


NOTE  XLIX 


S.  Léon  :  mais  cet  auteur  se  trompe  visi- 
blementj  car  cette  requête  fut  présentée 
l'an  449,  &  ils  n'auroient  pas  dit  de  Valen- 
tinien III  qui  étoit  alors  plein  de  vie,  cle- 
mentîssîmae  recordatlonïs.  D'ailleurs  Valen- 
tinien, qui  dans  cette  supplique  est  nommé 
devant  Honoré,  devoit avoir  précédé  ce  der- 
nier. Aussi  M.  de  Marca  ^  &  le  P.  QuesneP 
l'entendent-ils  de  Valentinien  II.  Le  pre- 
mier cite  même  une  constitution  de  cet  em- 
pereur de  l'an  392,  en  faveur  de  la  ville 
d'Arles;  mais  nous  ne  savons  pas  qu'elle 
soit  parvenue  jusqu'à  nous. 

Pour  ce  qui  est  du  siège  du  préfet  du  pré- 
toire, nous  trouvons  que  Florus  siégeoit 
encore  à  Trêves  '  au  mois  de  juin  de  l'an  890. 
Mais  depuis  ce  temps-là  on  n'a  aucune 
preuve  que  lui  ni  ses  successeurs  aient  ré- 
sidé dans  cette  ville  ;  il  faut  donc  mettre 
l'époque  de  la  translation  de  ce  siège  dans  la 
ville  d'Arles  par  l'empereur  Valentinien  II, 
en  391  ou  en  392  au  plus  tard;  ce  qui  dé- 
truit le  système  du  P.  Pagi,  qui  prétend"  que 
la  ville  d'Arles  ne  devint  métropole  civile 
&  le  siège  du  préfet  du  prétoire  des  Gaules 


'  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  33. 

*  Lacarry,  Praef.  praet.  p.    128. 
'  Marca,  de  Pr'im.  p.    168. 

*  Quesnel,  Notes  sur  S.  Léon.  t.  2,  p.  85o 

*  Lacarry,  Praef.  praet.  p.  83  &  seq. 

*  Pagi  ad  ann.  401,  n.  46  ;  ad   ann.  402,  n.  5o 
&  seq. 


provinces  des    Alpes    maritimes    & 
grecques. 


I.x  TOUS  croyons  avoir  déjà  prouvé  que  les 
IN  Alpes  grecques  &  une  partie  des  Alpes 
maritimes  n'étoient  pas  comprises  dans 
l'ancienne  Narbonnoise,  ni  avant  ni  après 
César.  Le  P.  Quesnel  ',  qui  suppose  qu'elles 
en  faisoient  partie,  prétend  qu'elles  nen 
furent  démembrées  au  plus  tôt  qu'au  milieu 
du  quatrième  siècle.  Il  n'a  pas  fait  attention 
sans  doute  que  Tacite  parle,  en  plusieurs 
endroits,  des  Alpes  maritimes  comme  d'une 
province  différente  de  l'ancienne  Narbon- 
noise qui  étoit  alors  en  son  entier.  Par  con- 
séquent les  évèques  d'Arles  ne  pouvoient 
prétendre  la  juridiction  qu'ils  exercèrent 
sur  lapremiêre  pour  les  raisons  qu'il  avance, 
savoir  :  que  S.  Tropbime  ayant  éclairé  des 
lumières  de  la  foi  toute  l'ancienne  Narbon- 
noise, dont  lui  &  ses  successeurs  furent  les 
seuls  &  uniques  métropolitains,  ces  prélats 
dévoient  étendre  leur  juridiction  sur  tous 
les  pays  qui  en  faisoient  anciennement  par- 
tie :  car,  suivant  les  canons  %  deux  diverses 
provinces  ne  pouvoient  être  soumises  à  un 
même  métropolitain,  &  celle  des  Alpes  ma- 
ritimes subsistoit  avant  la  mission  de  S.Trc- 
phime. 

'  Quesnel,  Notes  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  614  &  5ï>.< 
*  Concile  de  N'icée,  canon  4. 


Note 
49 


Note 
49 


io6 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


IL  On  ne  peut  disconvenir  cependant 
que  S.  Hilaire,  évêque  d'Arles,  n'ait  exercé 
les  droits  de  métropolitain  sur  les  Alpes 
maritimes;  ce  qui  paroît  '  par  ce  qui  se 
passa  dans  l'affaire  d'Armentaire,  évéque 
d'Embrun,  déposé  au  concile  de  Riez  de  l'an 
439,  non-seulement  parce  qu'il  n'avoit  été 
ordonné  que  par  deux  évèques,  mais  encore 
parce  qu'il  l'avoit  été  sans  le  consentement  & 
l'autorité  de  son  métropolitain  :  or  celui-ci  ne 
pouvoit  être  autre  que  l'évêque  d'Arles, 
puisque  nous  voyons  tous  les  évèques  des 
Alpes  maritimes  confondus  alors  avec  ceux 
de  la  Viennoise,  &  que  S.  Hilaire  lui-même 
présida  à  ce  concile. 

m.  C'est  donc  ailleurs  que  dans  l'an- 
cienne dépendance  des  Alpes  maritimes  de 
la  Narbonnoise,  qu'il  faut  chercher  l'origine 
de  la  juridiction  des  évèques  d'Arles  sur  la 
première  de  ces  provinces.  En  effet,  si  cette 
dernière  raison  eût  eu  lieu,  le  pape  Zosime, 
si  favorable  à  l'église  d'Arles,  n'auroit  pas 
manqué  de  comprendre  cette  province,  de 
même  que  la  Viennoise  &  les  deux  Narbon- 
noises,  dans  le  décret  par  lequel  il  accorda 
le  droit  de  métropolitain  à  Patrocle  d'Arles, 
ce  qu'il  ne  fit  pourtant  pas;  &  les  dix-neuf 
évèques  qui  présentèrent  une  requête  à  saint 
Léon  pour  le  rétablissement  de  la  même 
église  dans  ses  anciens  droits^  n'auroient  pas 
oublié  d'en  faire  mention;  mais  ils  ne  par- 
lent que  des  trois  dernières  provinces,  qui 
seules  composoient  en  effet  l'ancienne  Nar- 
bonnoise, sur  laquelle  Patrocle  prétendoit 
la  juridiction  ordinaire  de  métropolitain. 

IV.  Nous  croyons  donc  que  ce  dernier 
ayant  obtenu  par  brigue  du  pape  Zosime  le 
Ed.orig.  privilège  singulier  d'être  en  même  temps 
p.  649.  métropolitain  de  plusieurs  provinces,  avec 
celui  d'être  le  vicaire  du  S.  Siège  sur  le  reste 
des  Gaules,  &  que  ne  cherchant  qu'à  étendre 
encore  davantage  son  autorité,  il  obligea 
l'évêque  d'Embrun  à  lui  céder,  de  gré  ou  de 
force,  le  droit  de  métropolitain  dans  sa  pro- 
vince, laquelle,  à  cause  de  sa  proximité, 
étoit  à  la  bienséance  de  l'église  d'Arles. 

Nous  en  avons  une  preuve,  de  l'aveu  même 
du  P.  Quesnel,  dans  la  dixième  lettre  de  saint 
Léon  où  ce  pape  se  plaignant  "  des  usurpa- 


'  Opéra  S.  Léon.  t. 
'  Opéra  S.  Leoit,  t. 


p.    528    &  52Ç). 

,  p.  4325  t.  2,  p.5oi  &520 


tions  des  évèques  d'Arles  sur  les  provinces 
voisines  se  sert  de  ces  termes  :  Suis  limitibus^ 
suis  terminis  sit  unusquisque  contentas,  &  pri- 
vilegium  sibi  debitum  in  alium  transferre  se 
passe  noverit  non  licere.  Quod  si  quis  negligens 
apostolicas  sanctiones,  plus  gratiae  tribnens 
personali,  sui  honoris  desertor  esse  noverit  ; 
prîvilegium  suum  in  alium  transferre  se  posse 
credens,  non  is  cui  cesserit,  sed  is  qui  intra 
provinciam  antiquitate  episcopali  caeterosprae- 
venit,  sacerdotes  ordinandi  sibi  vindicet  potes- 
tatem.  Ceci  est  confirmé  par  le  pape  S.  Hi- 
laire dans  son  épître  quatrième'  au  sujet 
d'Ingenuus,  évêque  d'Embrun,  successeur 
d'Armentaire,  dont  il  parle  en  ces  termes  : 
Habeat  itaque  pontifcium  frater  &  coepiscopus 
noster  Ingenuus  provinciae  suae,  de  cujus  du- 
dum  apostolica  sede  EST  ILLICITA  CESSIONE 

CULPATUS;  ce  qui  a  un  rapport  manifeste 
aux  paroles  de  S.  Léon. 

V.  Il  est  vrai  qu'il  y  a  des  auteurs  qui 
prétendent  '  que  S.  Hilaire  n'agit  dans  l'af- 
faire d'Armentaire  qu'en  qualité  de  vicaire 
du  pape,  en  vertu  de  laquelle  il  avoit  droit 
d'assembler  un  concile  de  plusieurs  pro- 
vinces, comme  nous  le  voyons  dans  l'affaire 
de  Quelidoine  de  Besançon.  On  peut  ajou- 
ter encore  que  le  concile  qui  déposa  Armen- 
taire  fut  tenu  à  Riez  dans  la  Narbonnoise 
deuxième,  au  lieu  qu'il  semble  qu'il  auroit 
dû  se  tenir  dans  la  province  même  des  Alpes 
maritimes.  D'ailleurs,  nous  ne  voyons  pas 
que  S.  Hilaire  ait  ordonné  aucun  évêque  à 
la  place  du  déposé,  ce  qu'il  auroit  dû  faire 
s'il  eût  exercé  les  droits  de  métropolitain 
dans  la  province  de  ce  dernier.  Mais  il  nous 
suffit  de  savoir  que  la  principale  raison  de 
la  déposition  d'Armentaire  fut  d'avoir  été 
ordonné  sans  le  consentement  &  l'autorité 
de  son  métropolitain;  ce  qui  prouve  assez 
qu'Embrun  n'étoit  pas  alors  métropole,  & 
qu'elle  étoit  soumise  dans  ce  temps-là  à  un 
autre.  On  pourroit  dire  cependant  que  le 
droit  de  métropole  avoit  été  transféré  ou 
cédé  volontairement  par  les  évèques  d'Em- 
brun à  quelque  autre  ville  de  leur  province. 
Il  paroît  en  effet'  que  l'an  459,  S.  Veran, 
évêque  de  Vence,  étoit  à  la  tête  des  évèques 

'  Conciles,  t.  4. 

"  Baluze,  in  lib.  3  Concord.  c.  3t. 

'  Conciles,  t.  4,  p.   io38. 


Note 

49 


Note 
49 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


107 


des  Alpes  maritimes,  comme  on  peut  le  voir 
dans  la  lettre  qu'ils  écrivirent  en  commun 
au  pape  S.  Léon  touchant  l'union  des  évê- 
chés  de  Cimiez  &  de  Nice  :  mais  S.  Veran 
peut  avoir  été  nommé  le  premier,  comme  le 
plus  ancien,  &  non  comme  le  métropoli- 
tain des  Alpes  maritimes. 

VI.  Pour  ce  qui  est  des  Alpes  grecques, 
on  a  vu  ailleurs  que  cette  province  n'avoit 
jamaisfait  partie  de  l'ancienne  Narbonnoise, 
&  qu'elle  ne  fut  au  plus  tôt,  comprise  dans 
les  Gaules  que  sous  Dioclétien.  Il  est  vrai 
que  l'an  460,  S.  Léon  '  soumit  à  Vienne  la 
ville  de  Tarentaise,  nommée  la  première  des 
Alpes  grecques  dans  les  anciennes  notices, 
mais  elle  n'en  étoit  pas  la  métropole.  Cette 
province,  anciennementfort étendue",  étoit 
alors  sans  métropolitain  ;  voici  comment  :  la 
ville  d'Avenches  en  Suisse  qui  en  étoit  '  la 
métropole  du  temps  de  Tacite,  après  avoir 
été  ruinée  ■*  par  les  barbares  sous  l'empire 
de  Gallien,  fut  incorporée  dans  la  Séqua- 
noise,  dont  elle  faisoit  partie  sous  l'empire 
d'Honoré,  comme  on  le  voit  dans  la  Notice 
qu'on  rapporte  au  règne  de  cet  empereur, 
La  province  des  Alpes  grecques  perdit  ainsi 
beaucoup  de  son  ancienne  étendue,  &  fut 
réduite  à  un  petit  nombre  de  cités.  Elle 
subsista  cependant  toujours,  mais  comme 
elle  n'avoit  point  de  métropole  pour  le  civil, 
elle  cessa  en  même  temps  d'avoir  un  métro- 
politain pour  l'ecclésiastique.  C'est  par  cette 
raison  que  S.  Léon  %  conformément  à  la 
discipline  de  l'Eglise,  soumit  les  évèques  de 
Tarentaise  à  la  métropole  de  Vienne  comme 
à  la  plus  voisine.  Il  leur  conserva  néanmoins 
une  espèce  d'autorité  sur  l'évêché  de  Marti- 
nach  (Octodurum)  dans  le  Wallais,  le  seul 
qui  restât  alors  dans  cette  province,  &  leur 
accorda  le  privilège  singulier  d'en  consacrer 
les  évèques.  Ce  dernier  évêché  ne  fut  donc 
soumis  que  médiatement  à  Vienne  jusqu'à 
ce  qu'enfin  la  province  ecclésiastique  des 
Alpes   grecques  fut  rétablie  par  l'érection 

'  Opéra  S,  Léon,  t.  z,  p.  522  &  seq. 

'  Voyez  Ammien  Marcellin,  1.  i  5.  —  Lacarry, 
Praef.  praet.  Gall.  p.  i5  &  16. 

^  Tacite,  Hist.  1.  i ,  c.  i3. 

''  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  5i. 

'  Voyez  Le  Cointe,  ad  ann.  5o8,  n.  55  ;  ad  ann. 
696,  n.  6. 


de  Tarentaise  en  métropole,  &  d'un  plus 
grand  nombre  d'évêchés  pour  composer  une 
province,  ce  qui  fait  voir  qu'il  n'y  a  eu 
qu'une  partie  de  Jette  ancienne  province 
qui  ait  été  soumise  à  la  Viennoise,  &  cela 
seulement  pour  le  spirituel,  depuis  la  ruine 
de  la  ville  d'Avenches  qui  en  étoit  l'ancienne 
métropole.  Par  conséquent  les  Alpes  grec- 
ques n'ont  jamais  été  de  la  dépendance  de 
l'ancienne  Narbonnoise,  ni  pour  le  civil  ni 
pour  l'ecclésiastique. 

VII.  Nous  ne  disons  rien  du  sentiment 
singulier  du  P.  Quesnel  ',  qui  prétend  que 
la  Notice  des  cités  des  Gaules,  attribuée  par 
nos  plus  habiles  critiques  au  règne  de  l'em- 
pereur Honoré,  n'est  que  de  la  fin  du  cin- 
quième siècle,  &  du  temps  de  Sidoine  Apol- 
linaire, évéque  de  Clermont,  parce  qu'il  a 
été  solidement  réfuté  par  le  P.  Pagi  % 


NOTE  L 

Si  les  évèques  de  Narbonne  ont  été 
soumis  à  celui  d'Arles^  comme  à  leur 
métropolitain^  avant  Patrocle. 

I.T  E  P.  Quesnel'  ayant  entrepris  l'apolo- 
-Lgie  de  S.  Hilaire  d'Arles,  au  sujet  de  la 
conduite  du  pape  S.  Léon  à  son  égard,  a 
avancé,  pour  le  justifier,  que  le  droit  de 
métropolitain  dont  il  usoit  sur  plusieurs 
provinces  étoit  fondé  sur  une  possession 
primordiale;  que  ses  prédécesseurs  en 
avoient  toujours  joui  sur  toute  l'ancienne 
Narbonnoise ,  &  que,  par  conséquent,  l'é- 
glise de  Narbonne  elle-même  leur  avoit  tou- 
jours été  soumise. 

Pour  prouver  un  tel  paradoxe,  il  prétend 
que  la  division  de  l'ancienne  Narbonnoise 
en  plusieurs  provinces  ne  remonte  pas  plus 
haut  que  le  milieu  du  quatrième  siècle.  11 
convienf*  cependant  que  les  autres  ancien- 


'  Quesnel,  sur  S,  Léon,  t.  2,  p.  467. 

'  Pagi,  ad  ann.  874,  n.   i5  &  seq. 

'  Quesnel ,    sur  S,    Léon,    t.    2  ,    p.    5^3    &   seq. 

5 12. 

^  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  004. 


Note 
49 


Note 
5o 


io8 


Note 

5o 

nés  provinces  des  Gaules  peuvent  avoir  été 

Ed.orig.  subdivisées  avant  Constantin.  Mais  nous 
p.65o.  avons  déjà  fait  voir  que  la  province  des 
Alpes  maritimes,  qu'il  Y>rétend  avoir  fait 
partie  de  la  Narbonnoise,  subsistoit  long- 
temps avant  le  milieu  du  quatrième  siècle, 
&  que  la  Viennoise  fut  érigée  '  avant  Cons- 
tantin. M.  de  Tillemont"  a  d'ailleurs  solide- 
ment réfuté  ses  raisons  &  a  démontré,  par 
l'autorité  d'Eusèbe  de  Césarée',  que  Vienne 
avoit  le  titre  de  métropole  avant  le  milieu 
du  quatrième  siècle. 

II.  Nous  n'entrerons  pas  ici  dans  la  discus- 
sion des  droits  prétendus  entre  les  églises 
de  Vienne  &  d'Arles;  nous  nous  arrêterons 
seulement  à  faire  voir  que  celle  de  Nar- 
bonne  n'a  jamais  été  soumise  à  la  dernière 
avant  Patrocle,  son  évéque,  c'est-à-dire  avant 
l'an  417.  Nous  nous  fixerons  principalement 
là-dessus  au  temps  qui  précède  l'an  814, 
puisqu'il  est  certain  que  dès  lors  la  Nar- 
bonnoise &  la  Viennoise  étoient  deux  pro- 
vinces'* différentes.  Ainsi,  quand  l'évèque 
d'Arles  auroit  joui  dans  ce  temps-là  du 
droit  de  métropolitain  sur  cette  dernière, 
cela  n'influe  en  rien  sur  Narbonne,  puis- 
que, selon  le  droit  commun,  le  métropoli- 
tain d'une  province  n'avoit  aucune  juridic- 
tion sur  celui  d'une  autre;  qu'on  ne  sauroit 
donner  des  preuves  positives  &  certaines  du 
contraire  :  &  qu'on  n'en  a  aucune  par  rap- 
port à  la  juridiction  de  l'église  d'Arles  sur 
celle  de  Narbonne. 

III.  La  seule  preuve  qu'en  apporte  le 
P.  Quesnel  ^  est  tirée  de  la  conduite  que 
Faustin,  évèque  de  Lyon,  &  les  autres  évè- 
ques  des  Gaules  tinrent  l'an  254,  à  l'égard 
de  Marcien,  évèque  d'Arles,  hérétique  no- 
vatien.  Faustin,  dit-on,  &les  autres  évéques 
des  Gaules  écrivirent  au  pape  S.  Etienne 
&  à  S.  Cyprien  pour  demander  la  déposi- 
tion &  l'excommunication  de  ce  prélat;  ce 
qui  est  une  preuve,  ajoute-t-on,  que  celui- 
ci  étoit  métropolitain,  &  par  conséquent 

'Adrien  de  Valois,  Notltla  GalUarum  ,  p.  200 
&  3oo. 

'  Tillemont,  art.  8  sur  S.  Hila'ire  d'Arles,  t.  i5 
de  son  Histoire  ecclésiastique. 

*  Eushhe,  Histoire  ecclésiastique,  1.  5,  c.   i. 

<  Voyez  Note  XXXIII,  n.  8. 

'  Quesnel,  sur  S,  Léon,  t.  2,  p.  407, 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


qu'il  avoit  toute  la  Narbonnoise  sous  sa  ju- 
ridiction, cette  province  n'étant  pas  encore 
subdivisée,  &  n'y  ayant  qu'un  métropolitain 
dans  chaque  province.  L'évèque  de  Nar- 
bonne devoit  donc  lui  être  soumis;  &  en 
effet,  si  Marcien  n'eût  pas  été  métropoli- 
tain, les  évêques  des  Gaules  ne  se  seroient 
pas  adressés  à  des  étrangers  pour  le  déposer, 
ils  auroient  plutôt  eu  recours  à  l'évèque  de 
Narbonne,  si  celui-ci  eût  été  métropolitain 
de  la  province,  ou  à  tout  autre  qui  l'eût  étc- 
de  la  Narbonnoise. 

IV.  A  cette  objection  nous  répondons  . 

1°  qu'il  n'est  pas  tout  à  fait  certain  que 
du  temps  de  Marcien,  c'est-à-dire  l'an  254, 
la  Narbonnoise  &  la  Viennoise  ne  fussent 
pas  deux  provinces  séparées,  ce  qui  ôteroit 
toute  la  difficulté;  mais  supposons  qu'elles 
ne  l'étoient  pas. 

2°  Dans  cette  supposition,  le  siège  de 
Narbonne  pouvoit  être  vacant  dans  ce 
temps-là,  &  les  évêques  des  Gaules  incer- 
tains à  quel  de  leurs  confrères  ils  dévoient 
s'adresser  dans  cette  circonstance,  &  au  mi- 
lieu de  la  persécution,  peuvent  avoir  cru 
devoir  recourir  aux  deux  évêques  les  plus 
illustres  de  l'Occident,  savoir  au  premier 
siège  occupé  par  le  pape  S.  Etienne  &  à 
S.  Cyprien,  évèque  de  Carthage,  pour  les 
informer  de  l'état  des  choses. 

3°  Mais  quand  bien  même  il  y  auroit 
eu  un  évèque  à  Narbonne,  on  peut  répon- 
dre avec  un  savant  critique  '  :  «  Que  dans 
«  cette  occasion  les  évêques  des  Gaules,  qui 
((  ne  s'étoient  peut-être  jamais  rencontrés 
«  dans  la  nécessité  de  déposer  un  évèque, 
«  n'osoient  pas  entreprendre  de  procéder 
«  contre  Marcien  sans  être  appuyés  par  l'au- 
«  torité  des  principaux  prélats  de  l'Eglise, 
«  particulièrement  de  S.  Etienne  &  de  S.  Cy- 
«  prien,  les  premiers  de  tous,  l'un  parla  di- 
((  gnité  de  son  siège,  &  l'autre  par  l'éminence 
«  de  sa  science  &  de  sa  vertu. 

4"  Enfin,  on  peut  admettre  le  système  du 
P.  Pagi*  qui  prétend  qu'avant  le  règne  du 
grand  Constantin  il  n'y  avoit  encore  rien 
de  réglé  dans  les  Gaules  par  rapport  aux 
droits  des  métropolitains,   qu'il   n'y  avoit 

'  Tillemont,  sur  S,  Cyprien,  art.  Sp  de  l'Histoire 
ecclésiastique,  t.  4. 

'  Pagi,  ad  ann.  401,  n.  5o&seq. 


Note 
5o 


Note 
5o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


109 


alors  aucune  métropole  ecclésiastique,  & 
que  tous  les  évêques  des  Gaules  étoient 
censés  dans  ce  temps-là  ne  composer  en- 
semble qu'une  seule  province. 

V.  Une  seule  de  ces  quatre  raisons  suffit 
pour  prouver  l'indépendance  de  l'évêque  de 
Narbonne  de  celui  d'Arles  5  mais,  d'ailleurs, 
on  ne  donne  aucune  preuve  qu'aucun  suc- 
cesseur de  Marcien  jusqu'à  Patrocle  ait  ja- 
mais exercé  quelque  acte  de  juridiction  dans 
la  Narbonnoise  première,  ce  qui  est  néces- 
saire pour  montrer  que  l'autorité  que  les 
evêques  d'Arles  vouloient  s'arroger  sur  cette 
province  étoit  bien  fondée.  Il  paroît,  au 
contraire,  que  les  évoques  de  Narbonne 
ont  toujours  joui  avant  Patrocle  d'Arles  du 
droit  de  métropolitain. 

VI.  1°  Selon  l'usage  &  le  droit'  commun, 
l'évêque  de  Narbonne  auroit  dû  être  métro- 
politain de  celui  d'Arles,  tandis  que  ces  deux 
villes  furent  d'une  même  province  civile. 
Le  P.  QuesneP  avoue  que  Narbonne  étoit 
anciennement  la  ville  métropolitaine  de  la 
Narbonnoise  pour  le  civil,  &  qu'Arles  ne 
l'a  été  que  depuis  l'empereur  Constantin  ; 
il  s'ensuit'  que  du  temps  de  Marcien,  &  au 
troisième  siècle,  cette  dernière  ville  devoit 
être  soumise  à  Narbonne  au  moins  pour  le 
civil.  Or,  selon  le  même  auteur'',  l'ordre 
ecclésiastique  des  provinces  a  été  réglé  sur 
le  civil  au  moins  jusqu'au  commencement 
du  cinquième  siècle.  Par  conséquent  Nar- 
bonne devoit  aussi  dans  le  troisième,  être 
métropole  pour  l'ecclésiatique,  &  l'évêque 
d'Arles  devoit  être  soumis  à  celui  de  Nar- 
bonne, &  non  pas  ce  dernier  à  celui  d'Ar- 
les. Que  si  cette  dernière  ville  fut  élevée  à 
la  dignité  de  métropole  par  l'empereur 
Constantin,  ou,  pour  parler  plus  exacte- 
ment, par  Valentinien  II,  lorsqu'il  y  trans- 
féra le  siège  du  préfet  des  Gaules,  comme 
on  l'a  déjà  vu,  ce  ne  fut  qu'une  dignité 
honoraire,  laquelle  ne  devoit  rien  changer 
à  la  disposition  des  provinces  ecclésiasti- 
ques selon  la  règle  du  pape  Innocent  I,  re- 
connue par  le  P.  Quesnel  même.  Secundum^ 

'  Concile  de  Nicée,  canon  4. 

*  Quesnel,  sur  S,  Léon,  t.  2,  p.  471. 
*    ^  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  45 1. 

*  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  5o3. 

*  Innocent  I,  Epist,  24,  édit.  Coust.  p.  852. 


prîstinum  provinciarum  morem  metropoUtanos 
episcopos  convenit  numerari  :  règle  aussi  fa- 
vorable aux  prétentions  des  églises  de  Nar- 
bonne &  de  Vienne  sur  celles  d'Arles,  que 
préjudiciable  à  cette  dernière  qui  ne  pou- 
voit  tirer  son  autorité  que  de  sa  nouvelle 
qualité  de  métropole  ou  de  mère  des  Gaules, 
dont  elle  ne  fut  honorée  qu'à  la  fin  du 
quatrième  siècle. 

2°  La  principale  raison  dont  se  servoient 
les  évêques  d'Arles  pour  exercer  la  primatie 
sur  Narbonne,  &  que  le  P.  Quesnel'  fait 
tant  valoir,  c'est  la  mission  de  S.  Trophime 
qu'ils  prétendoient  avoir  porté  la  foi  dans 
toute  l'ancienne  Narbonnoise^  &  même  dans  le 
reste  des  Gaules.  Mais  on  sait  que  S.  Tro- 
phime avoit  d'autres  collègues  dans  l'épisco- 
pat  qui  vinrent'  en  même  temps  que  lui  dans 
les  Gaules,  &  que  S.  Paul  de  Narbonne  & 
S.  Saturnin  de  Toulouse  ne  lui  cédoient  ni 
par  rapport  à  la  dignité  des  villes  où  ils 
établirent  leurs  sièges,  ni  pour  le  zèle  & 
pour  la  sainteté.  Il  paroît  donc  certain  que 
Patrocle,  pour  usurper  une  primatie  incon- 
nue jusqu'à  lui,  &  dont  nous  n'avons  aupara- 
vant aucun  vestige,  supposa  cette  prétendue 
autorité  de  S.  Trophime  sur  les  églises  de 
toute  la  Narbonnoise.  S.  Léon'  l'accuse,  en 
effet,  de  cette  supposition.  Aussi  voyons- 
nous  par  les  actes  de  S.  Paul  de  Narbonne 
qui,  quoiqu'ils  ne  soient  pas  originaux,  sont 
néanmoins  très-anciens  *,  que  ce  prélat  as- 
sembla^ un  concile  de  son  autorité  dans 
une  affaire  qui  lui  étoit  personnelle,  ce  qui 
montre,  sans  doute,  une  juridiction  de  mé- 
tropolitain. 

3°  Mais  si  les  évêques  d'Arles  ont  été  mé- 
tropolitains de  toute  la  Narbonnoise  dès 
rétablissement  de  leur  église,  d'où  vient 
qu'ils  ne  jouissoient  pas  des  droits  qui  dé- 
voient y  être  attachés  dans  le  temps  du  con- 
cile de  Turin,  vers  l'an  401  ^  î*  D'où  vient 
qu'ils  n'avoient  pour  lors  aucun  évêque 
sous  leur  juridiction  j  &  qu'ils  renfermoient 


'  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  609,  5i3,&c. 
'  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1.   i,  c.  3o 
'  S.  Léon,  Epist.  10. 

^  Voyez  Tillemont,  sur  S.   Denis   de  Paris,  Hit- 
taire  ecclésiastique,  t.  4. 

*  Bollandistes,  22  Mars.  —  Bosq.  t.  2,  p.  106 
^  Conciles,  t.  2,  p.  1 156. 


Note 
5o 


Éd.orifi. 

t.  1, 
p.  65i. 


Note 
5o 


IIO 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


toutes  leurs  prétentions  sur  ceux  de  la  Vien- 
noise? D'où  vient  que  l'évêque  d'Arles  souf- 
frit alors  patiemment  &  sans  réclamer,  que 
ce  concile  où  il  se  trouva  déclarât  à  son 
préjudice,  Procule  de  Marseille,  métropoli- 
tain de  la  deuxième  Narbonnoise?  D'où 
vient  qu'étant  si  ardent  à  soutenir  ses  droits 
&  ses  prérogatives,  il  se  borna  à  la  seule 
Viennoise,  &  qu'il  ne  fit  pas  valoir  ses  pré- 
tentions sur  la  Narbonnoise  première,  pro- 
vince sur  laquelle  il  n'avoit  dans  ce  temps- 
là  aucune  juridiction,  de  l'aveu  même'  du 
P.  Quesnel? 

VII.  Cet  auteur"  convient  que  les  évêques 
de  Narbonne  exerçoient  alors  l'autorité  de 
métropolitain  dans  cette  province  j  mais  il 
prétend  qu'ils  l'avoient  obtenue  par  subrep- 
tion  ;  en  sorte  que  suivant  ce  système  ,  non- 
seulement  ils  n'auroient  jamais  joui  de  la 
juridiction  qu'ils  dévoient  avoir  selon  les 
canons,  sur  la  Viennoise  avant  qu'elle  fût 
démembrée   de   la  Narbonnoise   première, 
mais  qu'ils  auroient   même  usurpé  l'auto- 
rité qu'ils  exerçoient  alors  sur  la  Narbon- 
noise première.  Quand  ont-ils  donc  obtenu 
cette   autorité  &   de    qui?  Quelle  preuve 
donne-t-on  de   cette   usurpation?  Aucune 
autre  que  le  témoignage'    de  Patrocle  qui 
assure  le  pape  Zosime,  «  que  les  évêques  de 
«  Narbonne  avoient  empiété  sur  lui  le  droit 
«  de    métropolitain    dans   la    Narbonnoise 
«  première,  »  &  celui  de  ce  pape  qui  atteste, 
dit-on,  cette  usurpation  après   une    mûre 
délibération  &  un  sérieux   examen.  Mais 
qui  ne  sait  que  Patrocle  étoit   un  fourbe  "• 
&  un  homme  de  mauvaises  mœurs,  &   que 
Zosimen'étoitpas  à  l'abri  delà  surprise  de  la 
part  d'un   prélat  aussi  ambitieux,    appuyé 
d'ailleurs  delà  protection  &  de  l'autorité  du 
patrice  Constance,  dont  il  s'étoit  servi  pour 
s'emparer  de   l'évêché  d'Arles?  A  quel  des 
deux  papes  vaut-il  mieux  s'en  rapporter,  à 
Zosime  ou  à  S.  Léon?  Le  P.  Quesnel  '  pré- 
fère l'autorité  du  premier.  Pour  nous,  nous 
croyons  que  la  sainteté  de  l'autre  &  la  con- 
noissance  qu'il  avoit  acquise  de  cette  affaire 


'  Quesnel,  sur  S,  Léon,  t.  2,  p.  Sop,  &  suiv, 

'  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  5 16. 

'  Quesnel,  5ur  5,  Léon,  t.  2,  p.  ^53  &  5o8. 

^  Prosper,  Chronicon. 

*  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  462  &  5i3. 


pendant  son  séjour  '  dans  les  Gaules  &  dans 
la  Viennoise,  avant  son  élection  au  ponti- 
ficat, sont  des  raisons  assez  fortes  pour  nous 
persuader  qu'il  ne  s'est  pas  trompé  quand  il 
a  dit  que  Patrocle  étoit'  un  menteur.  D'ail 
leurs,   S.  Léon  n'est  pas   le  seul  qu'il  faut 
regarder   dans  la  décision   qu'il  donna  en 
faveur  de  l'église  de  Narbonne 3  on  ne  peut 
condamner  sa  conduitesans  condamner  celle 
des  SS.  papes  Boniface  &  Célestin,  ses  pré- 
décesseurs, qui  rétablirent  cette  église  dans 
ses  anciens   droits,  &   remirent  les    choses 
dans  l'état  où  elles  étoient  avant  Patrocle 5 
&  sans  désapprouver  aussi  le  pape  S.  Hi- 
laire,  qui  confirma  leur  décision.  On  peut 
ajouter  que  si  l'autorité  des  modernes  doit 
être   de     quelque    poids ,    outre    celle   de 
M.  de  Marca  &  du  P.  Morin,  contre   les- 
quels le  P.  Quesnel    a  écrit  sa  dissertation 
en  faveur  de  S.   Hilaire  d'Arles,  on  a  en- 
core celle  du  P.  Sirmond,  de  MM.  de  Tille- 
mont  &  Fleury,  &  d'une   infinité  d'autres, 
qui  désapprouvent  tous  la  conduite  violente 
de    Patrocle,  &    conviennent   que  Zosime 
se  laissa  surprendre  par  les  artifices  de  ce 
prélat. 

VIII.  4°  Si  les  évêques  d'Arles  avoient 
joui  si  constamment  du  droit  de  métropo- 
litain sur  toute  l'ancienne  Narbonnoise, 
pourquoi  lorsqu'on  subdivisa  cette  pro- 
vince, celle  dont  la  ville  d'Arles  fit  partie  ne 
prit-elle  pas  le  nom  d'Arelatoise  plutôt  que 
de  Viennoise  ?  Car  suivant  l'usage  commun, 
lorsque  les  provinces  prenoient  leur  nom 
d'une  ville,  &  non  d'une  nation  ou  d'un 
peuple,  c'étoit  toujours  de  la  métropole,  & 
non  d'une  simple  cité,  comme  on  le  voit  de 
la  Lyonnoise,  la  Tarragonoise,  la  Carthagi- 
noise, &c.  Le  P.  QuesneP  cite  là-dessus 
l'autorité  d'Innocent  I,  pour  faire  voir  que 
l'ordre  ecclésiastique  des  provinces  n'a  pas 
toujours  suivi  le  civil 5  mais  puisque  de  son 
aveu.  Vienne  a  été  métropole  selon  le  civil, 
&  que  le  civil  régloit  l'ecclésiastique  avant 
la  décision  d'Innocent  I,  comme  il  paroît 
par  le  concile  de  Turin,  au  sujet  des  deux 
églises  devienne  &  d'Arles,  l'érection  de  la 
province   Viennoise   étant    antérieure   au 


'  Prosper,  Chronicon. 
'  S.  Léon,  Ep'ist.  10. 
'  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  471. 


Note 

5o 


Note 
5o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


III 


£d.orig. 

t.  I, 
p.  652. 


temps  où  vivoit  Innocent  I,  il  s'ensuit  que 
la  ville  de  Vienne  eut  un  métropolitain  ec- 
clésiastique conformément  aux  anciens  ca- 
nons ,  religieusement  observés  avant  le 
changement  de  la  discipline  introduit  à  cet 
égard  parla  décrétale  de  ce  pape.  D'ailleurs 
cette  décrétale  ne  fut  point  suivie  ni  confir- 
mée par  le  concile  de  Chalcédoine,  comme 
le  prétend  le  P.  Quesnel;  ce  concile  éta- 
blit au  contraire  une  règle  tout  opposée 
par  son  dix-septième  canon,  ainsi  que  le 
P.  Coustant'  l'a  remarqué  :  Ut  si  civitas  ali- 
<]uaj  dit  ce  canon,  ab  imperatoria  auctoritate 
innovata  est ,  vel  deinceps  innovata  fuerït, 
civiles  &  publicas  formas  ecclesîasticarum 
quoque  paraeciarum  ordo  sequatur.  Le  con- 
cile ordonna  seulement,  par  son  douzième 
canon ,  de  déposer  ceux  qui  contre  les  règles 
de  l'Eglise  obtiendroient  à  l'avenir  des  res- 
crits  de  l'empereur  pour  partager  une  pro- 
vince en  deux;  en  sorte  qu'on  voyait  par  là 
deux  métropolitains  dans  une  province. 

IX.  Si  donc  les  évèques  d'Arles  n'eurent 
d'abord  aucune  juridiction  sur  l'église  de 
Vienne,  &  si  la  première  de  ces  deux  villes 
n'étoit  pas  l'ancienne  métropole  de  la  pro- 
vince Viennoise,  à  plus  forte  raison  ils  n'eu- 
rent jamais  aucune  autorité  sur  celle  de 
Narbonne  qui  avoit  été  la  mère  commune 
de  l'une  &  de  l'autre.  S'ils  eussent  exercé  le 
droit  de  métropolitain  sur  toute  l'ancienne 
Narbonnoise,les  pères  du  concile  de  Turin 
n'auroient  pas  été  embarrassés  comme  ils  le 
furent,  pour  juger  le  différend  de  ces  évo- 
ques avec  ceux  de  Vienne  au  sujet  de  la  pri- 
matie  :  mais  l'évêque  d'Arles  n'avoit  garde 
de  rien  prétendre  alors  sur  Narbonne.  En 
vain  le  P.  Quesnel  ^  cite-t-il  divers  con- 
ciles où  les  évèques  d'Arles  ont  présidé;  car 
outre  que  M.  de  Tillemont'  a  fort  affoibli 
l'induction  qu'il  en  veut  tirer  en  faveur  du 
prétendu  droit  de  ces  prélats,  il  est  constant 
d'ailleurs  qu'il  ne  donne  aucune  preuve 
qu'ils  aient  jamais  présidé  à  ces  conciles  en 
présence  ou  au  préjudice  des  évèques  de 
Narbonne. 

X.  5"  Enfin  ce  qui  prouve  évidemment 
l'injustice  des  prétentions  de  Patrocle  sur 

•  Coustelier,  Epist.  Sanct.  Pontifie,  t.  i,  p.  852. 
'  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  446  &  suiv. 
'  Tillemont,  art.  2  sur  Zos'ime. 


la  province  de  Narbonne,  c'est  que,  dès  que 
Hilaire,  évéque  de  cette  dernière  église,  eut 
connoissance  du  privilège  extraordinaire 
que  le  pape  Zosime  venoit  d'accorder  à  ce 
prélat,  il  s'en  plaignit  hautement  comme 
d'une  innovation.  Zosime  ne  lui  répondit  à 
la  vérité  que  par  des  duretés  &  des  menaces, 
au  lieu  de  lui  rendre  justice  &  de  discuter 
ses  prétentions  :  mais  il  rentra  dans  ses 
droits  aussitôt  après  la  mort  de  ce  pape  & 
la  création  de  S.  Boniface  son  successeur. 
Celui-ci  le  rétablit  dans  son  ancienne  auto- 
rité, sur  les  plaintes  que  firent  le  clergé  & 
le  peuple  de  Lodève  des  entreprises  de 
Patrocle  qui  avoit  voulu  ordonner  un  évé- 
que dans  leur  église.  Si  les  droits  des  évè- 
ques d'Arles  sur  la  Narbonnoise  première 
eussent  été  aussi  clairs  que  le  prétend  le 
P.  Quesnel,  le  clergé  &  le  peuple  de  Lodève 
se  seroient-ils  plaints,  surtout  après  le  dé- 
cret de  Zosime,  &n'auroit-onpas  vu  ces  évè- 
ques soutenir  ensuite  leurs  prétentions  sur 
la  province  de  Narbonne  }  Cependant  depuis 
ce  temps-là  il  ne  paroît  pas  qu'ils  aient  fait 
la  moindre  démarche  sur  ce  sujet,  quoiqu'ils 
aient  continué  d'exercer  leur  juridiction  sur 
les  autres  provinces  de  l'ancienne  Narbon- 
noise situées  à  la  gauche  du  Rhône. 

XI.  Il  est  vrai  que  le  P.  Quesnel  '  soutient 
qu'après  le  jugement  du  pape  S.  Boniface 
en  faveur  des  évèques  de  Narbonne,  les  évè- 
ques d'Arles  continuèrent  d'exercer  leurau- 
torité  de  métropolitain  sur  la  Narbonnoise 
première.  Il  le  dit,  mais  il  ne  le  prouve  pas. 
Il  se  contredit  même  là-dessus j  cardans 
un  autre  endroit  %  au  sujet  de  la  deuxième 
épître  de  S.  Léon  à  S.  Rustique  de  Nar- 
bonne, il  avoue  que  les  prédécesseurs  de  ce 
dernier  n'avoient  jamais  voulu  rien  relâ- 
cher de  leurs  droits  aux  évèques  d'Arles: 
Nec  par  est  credere  aliquid  de  suo  jure  Narbo- 
nensem  unquam  remisisse  ;  praesertim  cum  pos- 
terius  Bonifacii  papae  judicium  Narbonensi  ec- 
clesiae  sua  jura  asseruisset.  Rêvera  nunquam 
mis  synodîs  interfuit  Rusticus  quae  ab  Hilarîo 
Arelatensi  congregatae  sunt  ex plurium provin- 
ciarum  episcopis,  qualesfuère  Regensis,  Arau- 
sicana  I,  Vasensis  l,  &■  Arelatensis  II,  ne  me- 
tropolitico  juri  suo  ullatenus  derogatum  esset^ 

'  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  514. 

'  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  780,  col.  ?.. 


Note 


Note 


112 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


nec  îllarumconstîtutîs  parendum  sîbl  esse  exîs- 
tîmavit,  ne  illius  jurisdictionem  agnosceret,  a 
quo  ut  totius  synodî  praesîde  condita  maxime 
fuerant  &  promulgata.  Comment  donc  pour- 
roit-on  croire  que  les  évêques  deNarbonne 
aient  voulu  céder  leur  droit  après  la  décré- 
tale  de  S.  Boniface,  puisque  nous  savons  au 
contraire  qu'ils  y  furent  maintenus  par  le 
pape  S.  Célestin'  son  successeur  immédiat 
&  par  S.  Léon  }  Ce  dernier  met  d'ailleurs  le 
nom  de  Rustique  de  Narbonne  avant  celui 
de  Ravenne  d'Arles  dans  une  lettre  qu'il 
leur  écrit  en  commun.  Aussi  voyons-nous 
que  dans  les  conciles  de  Riez,  d'Orange  & 
de  Vaison,  convoqués  par  S.  Hilaire  d'Arles 
qui  y  présidoit  en  qualité  de  métropolitain, 
le  même  S.  Rustique  refusa  non-seulement 
de  s'y  trouver,  comme  le  P.  Quesnel  en  con- 
vient,, mais  qu'il  n'y  assista  aucun  évèque  de 
la  Narbonnoise  première,  quoiqu'il  y  en 
eût  de  la  Narbonnoise  deuxième  &  des  Alpes 
maritimes,  provinces  que  les  évêques  d'Arles 
prétendoient  devoir  être  soumises  à  leur 
juridiction. 

XII.  Tout  ce  que  nous  venons  de  dire 
prouve,  ce  semble,  qu'un  fait  aussi  obscur 
que  celui  de  la  déposition  de  Marcien  d'Ar- 
les, ne  sauroit  prouver  la  prééminence  &  la 
primatie  de  cette  dernière  église  sur  celle  de 
Narbonne.  Quant  à  ce  qu'ajoute  le  P.  Ques 


diocèses.  L'adresse  de  ces  sortes  de  lettres 
formées,  qui  étoient  une  marque  de  com- 
munion, ii'étoit  pas  alors  particulière  '  à  un 
seul  évêque  ou  au  métropolitain  d'une  pro- 
vince, comme  elle  le  fut  peut-être  dans  la 
suite  aux  évêques  d'Arles,  par  rapport  aux 
Gaules,  lorsque  le  pape  Zosime  eut  accordé 
à  Patrocle  le  privilège  singulier  dont  nous 
avons  déjà  parlé. 

XIII.  Du  reste,  S.  Hilaire  d'Arles  pouvoit 
avoir  ses  raisons  pour  soutenir  une  juridic- 
tion dont  il  trouvoit  son  siège  en  posses- 
sion, mais  dont  il  ne  connoissoit  peut-être 
pas  l'origine  :  il  étoit  naturel  qu'il  soutînt 
un  droit  acquis  à  son  église  :  droit  que  la 
décision  du  pape  Zosime  autorisoiten  quel- 
que manière,  quoique  établi  sur  des  fonde- 
mens  ruineux.  On  peut  donc  justifier  ce 
saint  évêque  qui,  par  ses  rares  vertus  s'attira 
l'estime  &  le  respect  de  tous  ses  comprovin- 
ciaux,  sans  entreprendre  en  même  temps 
la  justification  de  Patrocle  son  prédécesseur 
&  des  droits  extraordinaires  que  ce  dernier 
avoit  usurpés. 


NOTE  LI 


Note 
5o 


Note 
5i 


nel%  que  la  prière  que  fait  S.  Cyprien  au      Epoque  de  la  mort  de  Wallîaj  roi  des  Éd.orig. 
pape  S.  Etienne  de  lui  apprendre  le  nom  de  Visigoths,  6*  du  retour  de  ces  peuples    p.'653. 


celui  qui  seroit  élu  à  la  place  de  Marcien 
pour  savoir  à  qui  il  devoit  adresser  ses 
frères,  &  à  qui  il  devoit  écrire,  est  une 
preuve  que  l'évêque  d'Arles  étoit  métropo- 
litain, &  le  seul  des  évêques  des  Gaules  à 
qui  on  dût  adresser  ou  qui  dût  recevoir  ces 
lettres  formées,  cela  ne  le  prouve  en  aucune 
manière.  C'est  seulement  une  marque, 
comme  l'explique  fort  bien  M.  de  Tille- 
mont'  ,  que  S.  Cyprien  vouloit  savoir  le 
nom  du  successeur  de  Marcien  pour  être 
informé  à  qui  il  devoit  écrire  &  adresser  ses 
frères  lorsqu'ils  iroient  à  Arles,  ce  qui  n'em- 
pêchoit  pas  qu'il  n'écrivît  de  semblables 
lettres  aux  autres  évêques  lorsque  quelque 
ecclésiastique  de  Carthage  alloit  dans  leurs 

'  Conciles,  t.  2,  p.   1620. 

*  Quesnel,  sur  S.  Léon,  t.  2,  p.  447. 

^  Tillemont,  art.  Sp  sur  S,  Cyprien, 


dans  les  Gaules. 


N 


OUS  ne  ferions  aucune  attention  à  la 
foible  autorité  de  Jornandès  '  qui  donne 
pour  le  moins  douze  années  de  règne  à 
Wallia,  roi  des  Visigoths,  si  M.  de  Marca' 
ne  sembloit  suivre  sur  cela  cet  historien,  en 
faisant  succéder  à  ce  prince,  en  429,  le  roi 
Théodoric  premier,  qu'il  appelle,  sans  au- 
cune preuve,  fils  de  Wallia.  Ce  savant  pré- 
lat, qui  ne  traite  cette  matière  qu'en  passant, 
n'a  pas  fait  attention  sans  doute  aux  auto- 
rités d'Idace  &  d'Isidore,  dont  le  premier 
étoit  auteur  contemporain,  &  par  consé- 
quent plus  digne  de  foi  que  Jornandès  tjui 

'  S.  Augustin,  Epist.  44,  n.  3,  nov.  edit, 

'  Jornandès,  de  Rehus  Getarum  sive  Gothor.  c.  32. 

'  M.  deMarca,  Histoire  de  Béarn,\.  i,c.  14,  n.  i. 


Note 
5i 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ii3 


Note 

52 


n'écrivoit  que  plus  de  cent  quarante  ans 
après,  &  qu'on  sait  être  d'ailleurs  fort  mau- 
vais chrouologiste. 

Idace  '  dit  que  Wallia  mourut  la  vingt- 
quatrième  année  d'Honoré,  après  le  retour 
desVisigoths  dans  les  Gaules;  ce  qui  revient 
à  l'an  418.  S.  Isidore  rapporte'  la  mort  de 
ce  prince  à  la  vingt-cinquième  année  du 
même  empereur.  Ere  467,  c'est-à-dire  à  l'an 
419  de  J.-C.  Ainsi,  selon  ces  deux  auteurs, 
ce  prince  ne  régna  que  trois  ans. 

Il  paroît  cependant  que  l'époque  mar- 
quée dans  Isidore  est  plus  certaine;  car 
selon  cet  historien,  Wallia  ne  mourut  qu'a- 
près que  le  patrice  Constance  eut  cédé  aux 
Visigoths  la  seconde  Aquitaine,  &  que  ces 
peuples  eurent  pris  possession  de  cette  par- 
tie des  Gaules,  &  Idace  en  convient.  Or  il 
est  dit  dans  la  Chronique  de  S.  Prosper% 
autre  auteiir  contemporain,  que  la  confir- 
mation de  la  paix  entre  Wallia  &  Constance, 
selon  laquelle  ce  patrice  céda  aux  Visigoths, 
au  nom  d'Honoré,  la  seconde  Aquitaine,  ne 
fut  faite  que  l'an  419,  sous  le  consulat  de 
Monaxius  &  de  Plinta.  Il  s'ensuit  de  là 
que  les  Visigoths  n'établirent  leur  royaume 
dans  les  Gaules  &  le  siège  de  leur  empire  à 
Toulouse  que  l'an  419,  &  que  Wallia  mou- 
rut cette  même  année. 


NOTE  LU 

Sur  quelques  circonstances  de  la  guerre 
(T Attila,  6*  les  années  du  règne  de 
Tkorismond,  roi  des  Visigoths. 

I.T  TNE  chronique  attribuée  à  Idace,  & 
V--'  qu'on  peut  voir  dans  le  recueil"*  de 
Canisius,  rapporte  diverses  circonstances  de 
la  guerre  d'Attila  dans  les  Gaules;  mais 
elles  paroissent  fabuleuses  à  nos  meilleurs  ^ 

'  Idace,  Chrome,  apud  Sirmond.  p.  jpy  &  298. 

'  Isidore,  Chron'ic.  p.  71  5  &  716. 

^  Prosper,  Bihl.  de  Lahbe,  t.   i ,  p.  49. 

''  Canisius,  Thésaurus  monumentorum  eccles'iast'i- 
corum  sive  lectiones  antïquae,  &c.  nov,  éd.  t.  2, 
p.   186. 

'  Adrien  de  Valois,  jRer.  Francicarumi.  4,  p.  164 
&  seq. 


critiques.  Elles  sont  d'ailleurs  contredites 
par  la  véritable  Chronique  de  cet  auteur  & 
par  les  autres  anciens  historiens.  Nous  ne 
faisons  donc  pas  difficulté  de  mettre  au  rang 
des  fables  l'ambassade  qu'Aëce  envoya  en 
même  temps  à  Attila  &  àThéodoric,  roi  des 
Visigoths,  pour  les  animer  l'un  contre  l'au- 
tre en  leur  faisant  les  mêmes  promesses;  la 
bataille  donnée  à  Orléans  entre  les  mêmes 
Attila  &  Théodoric;  les  circonstances  de 
cette  bataille  où  on  prétend  que  ce  dernier 
fut  tué,  qu'il  eut  deux  cent  mille  Visigoths 
tués  sur  la  place,  &  Attila  cent  cinquante 
mille  des  siens;  le  combat  que  cet  auteur 
prétend  s'être  donné  ensuite  dans  la  cam- 
pagne de Châlons,  entre  Thorismond,  fils  de 
Théodoric,  &  les  Huns,  &  sa  durée  de  trois 
jours  entiers;  la  supercherie  d'Aëce  qui, 
après  la  bataille  de  Méri,  alla  successive- 
ment, pendant  la  nuit,  dans  les  deux  camps 
d'Attila  &  de  Thorismond  pour  leur  per- 
suader de  se  retirer  :  tous  faits  racontés 
dans  la  prétendue  Chronique  d'Idace,  mais 
que  l'auteur,  qui  a  pris  peut-être  le  fonds 
de  sa  narration  de  cet  historien,  a  ajoutés 
de  son  chef,  &,  à  ce  qu'il  paroît,  sans  au- 
cune autorité. 

II.  Quoique  celle  de  Jornandès  mérite 
beaucoup  plus  d'attention,  on  ne  sauroit 
cependant  faire  aucun  fonds  sur  ce  qu'il 
dit'  du  retour  d'Attila  dans  les  Gaules  après 
la  bataille  de  Méri,  &  sur  la  seconde  vic- 
toire de  Thorismond,  auprès  de  la  Loire,  sur 
ce  roi  des  Huns,  comme  M.  de  Valois'  l'a 
fait  voir. 

III.  Nous  avons  suivi  cependantcet  histo- 
rien goth,  au  sujet  des  circonstances  qu'il 
rapporte  de  la  mort  de  Thorismond,  parce 
que  dans  son  récit  il  n'y  a  rien  de  contraire 
à  la  vérité  de  l'histoire.  Nous  nous  sommes 
fixés,  après  le  P.  Sirmond',  à  l'époque  que 
donne  de  la  mort  de  ce  prince  ce  même  his- 
torien, savoir  à  la  troisième  année  de  son 
règne.  Cette  époque  est  confirmée  par  la 
Chronique  de  S.  Prosper  qui  la  rapporte 
sous  le  consulat  d'Opilion,  c'est-à-dire  à 
l'an  453.  Il  estvrai  que  la  Chronique  d'Idace  ^ 

'  Jornandès,  de  Rehus  Getarum  s'ive  Gothor.c.  /^i. 
"  Adrien  de  Valois,  Ker.  Franc'icarum  1.  4,  p.  170. 
^  Sirmond,  Not.  in.  Sidon'ium,  1.   1,  epist.  2. 
''  Idace,  apud  Sirmond.  p.  3o5. 


Note 

52 


II 


8 


Note 

52 


114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
53 


Éd.oric. 

t.  I, 
0.654. 


ne  parle  de  cette  mort  que  sur  la  fin  de  l'an 
462,  &  sous  la  seconde  année  de  l'empire 
de  Marcien  :  mais  Isidore'  qui  la  met  sous 
l'Ere  491,  ou  l'an  453  de  J.-C,  confirme 
l'époque  marquée  dans  S.  Prosper;  il  se 
trompe  pourtant  en  ne  donnant  à  Thoris- 
mond  qu'une  année  de  règne. 


NOTE  LUI 

Epoque  des  expéditions  de  ThéodoricIIy 
roi  des  Visigoths,  en  Espagne  y  ^  de 
son  retour  à  Toulouse. 

ON  ne  peut  douter  que  l'entrée  deThéo- 
doric  en  Espagne,  la  bataille  de  Paramo, 
qu'il  livra  sur  la  rivière  d'Obrego  aux  Suèves, 
&  la  prise  de  la  ville  de  Braga  par  ce  prince, 
ne  soient  arrivées  l'an  456,  puisque  Idace  " 
marque lejour  de  cette  bataille  un  vendredi 
sixième  d'octobre,  &  la  prise  de  Braga,  un 
dimanche  vingt-huitième  du  même  mois;  ce 
qui  fait  voir  évidemment  par  la  lettre  domi- 
nicale que  ces  événemens  durent  se  passer 
en  456.  Mais  cet  auteur  se  trompe  en  met- 
tant cette  bataille  &  cette  prise  avant  la 
déposition  d'Avitus  &  en  donnant  trois  ans 
de  règne  à  cet  empereur,  puisque  nos  plus 
habiles  critiques^  conviennent  qu'il  ne 
porta  la  pourpre  que  pendant  dix  mois  & 
quelques  jours,  &  qu'il  en  fut  dépouillé  le 
17  de  mai  de  l'an  456. 

On  doit  conclure  de  là  que  si  Théodoric 
entra  en  Espagne  avant  la  déposition  d'Avi- 
tus, comme  Idace  &  S.  Isidore  "*  après  lui  le 
font  entendre,  il  dut  entreprendre  cette 
expédition  au  commencement  du  printemps 
de  l'an  466,  &  qu'il  dut  faire  la  guerre  dans 
ce  pays  depuis  ce  temps-là  jusqu'après  Pâ- 
ques de  l'année  suivante,  qu'il  reprit  la  route 
des  Gaules. 

C'est,  en  effet,  à  cette  dernière  époque 
qu'on  doit  mettre  le  retour  de  Théodoric  à 

'  Isidore,  Chronicon,  p.  718. 
"  Idace,  Chronicon,  p.  307  &  sec[. 
'  Pagi,  ad  ann,  456,  n.  5  &  seq. 
■*  Isidore,  Chronicon,  p.  718. 


Toulouse j  car  nous  savons'  d'un  côté  qu'il 
repassa  les  Pyrénées  aussitôt  après  son  en- 
treprise sur  Mérida,  &  de  l'autre  qu'il  quitta  ' 
cette  ville  après  la  fête  de  Pâques  &  immé- 
diatement après  l'élection  de  Majorien  en 
Occident  &  celle  de  Léon  en  Orient,  c'est- 
à-dire  après  le  premier  d'avril  de  l'an  457, 
que  le  dernier  fut  élu,  environ  deux  mois 
après  l'autre. 

Il  est  vrai  que,  suivant  la  Chronique 
d'Idace,  le  jour  de  Pâques  tomba  alors  le 
cinquième  jour  avant  les  calendes  d'avril  ou 
le  28  de  mars,  ce  qui  ne  sauroit  s'accorder 
avec  l'an  457,  où  Pâques  arriva  le  3i  &  non 
le  28  de  mars.  Mais  comme  nous  savons  que 
cette  fête  ne  tomba  au  mois  de  mars  depuis 
l'an  452  jusqu'à  l'an  468,  qu'une  seule  fois, 
savoir,  l'an  467,  il  y  a  lieu  de  croire  que 
c'est  une  faute  de  copiste,  &  qu'il  faut  lire 
dans  Idace'  post  dîes  Paschae  quod fuit pridie 
ou  II.  (au  lieu  de  V.)  kal.  aprilis  ;  ce  qu'on 
peut  prouver  par  l'éclipsé  de  soleil  dont 
parle  cet  auteur  sous  la  même  année  &  qui 
arriva,  selon  lui,  un  mercredi  neuvième  de 
juin,  V.  idus  Junias  die  quarta  feria,  car  en 
lisant  pridie  ou  II.  id.  Junias,  tout  s'accorde, 
puisque  la  lettre  dominicale  de  l'an  467, 
étoit  F.  &  par  conséquent  le  9  de  juin  étoit 
cette  année  un  dimanche  &  non  pas  un 
mercredi. 


NOTE  LIV 


Sur  la  famille  de  Magnus  Félix. 

l'XTOUS  n'avons  pas  hésité  à  donner  la 
IN  ville  de  Narbonne  pour  patrie  à  Ma- 
gnus Félix  qui  fut  préfet  des  Gaules  &  en- 
suite consul,  fondés  tant  sur  l'autorité  de 
Sidoine'' Apollinaire,  qui  l'insinue,  que  sur 
celle  du  P.  Sirmond^  qui  l'assure  positive- 


'  Isidore,  Chronicon,  p.  71  5. 
'  Idace,  Chronicon,  p.  807  &  seq. 
'  Idace,  Chronicon,  p.  Sop. 

"*  Sidoine,  Carm,  28,  vers.  ^55  &  seq.  —  Carm. 
24,  vers.  90  &  seq. 

'  Sirmond,  Notes  sur  Sidoine,  p.  64. 


Note 
53 


Note 
54 


Note 
54 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ii5 


ment.  Cependant  le  P.  Lacarry ',  sans  donner 
aucune  raison,  prétend  que,  suivant  le  pre- 
mier, il  étoit  natif  d'Arles  5  mais  non-seule- 
ment Sidoine  n'en  dit  pas  un  mot,  il  fait 
entendre  au  contraire  que  ce  personnage 
&  ses  enfans  demeurant  à  Narbonne  où  ils 
avoient  leur  maison  &  leur  bibliothèque, 
qu'ils  tenaient  de  leurs  ancêtres^  ils  étoient 
natifs  de  cette  ville. 

II.  Nous  avons  conjecturé  que  Magnus 
contribua  beaucoup  à  la  paix  que  Majorien 
couv-iut  avec  Théodoric,  roi  des  Visigoths  ; 
ce  que  nous  appuyons  sur  l'autorité  &  le 
crédit  que  cet  illustre  magistrat,  qui  demeu- 
roit  au  voisinage  de  ces  peuples,  s'étoit 
acquis,  parmi  eux,  par  sa  probité  &  ses 
éminentes  qualités,  ainsi  qu'il  est  marqué 
dans  ces  vers  de  Sidoine  : 

Qui  dictât  '  modo  jura  Getis,  sub  judice  vestro 
Pellitus  raucum  praeconem  suscipit  liostis. 

Oit  convient'  que  c'est  du  préfet  Magnus 
Félix  dont  Sidoine  parle  en  cet  endroit. 

III.  Nous  prouvons  le  temps  de  la  mort 
de  ce  personnage  par  les  vers  suivans  du 
même  poète  qui  regardent  Eulalie  sa  belle- 
fille  &  femme  de  Probus  sou  fils. 

Hic''  saepe  Eulaliae  meae  legeris 
Cujus  Cecropiae  pares  Minervae 
Mores,  &  rigidi  senes,  &  ipse 
Quondam  purpureus  socer  timebant. 

Ce  dernier  vers  montre  que  Magnus  Félix 
étoit  déjà  décédé  dans  le  temps  de  ce  poème, 
dont  on  fixe'^  l'époque  entre  l'an  468  & 
l'an  47 1 . 

IV.  Nous  rapportons  celle  de  la  préfecture 
de  Félnc,  fils  de  ce  consul,  aux  années  472  & 
473,  contre  le  sentiment  du  P.  Lacarry*  qui 
la  met  sous  l'an  474  ou  l'an  475.  Il  paroît 
certain,  en  effet,  d'un  côté  qu'il  étoit  déjà 
patrice  en  474,  &  de  l'autre  qu'on  ne  parve- 
noit  point  de  cette  dignité  à  celle  de  préfet 

'  Lacarry,  Praef.  praet.  p.  160. 

'  Sidoine,  Carmina,  5,  vers.  56  1  &  seq. 

'  Sirmond,  Notes  sur  Sidoine,  p.  209. 

^  Sidoine,  Carmina,  24. 

*  Voyez  Tillemont  sur  S.  Sidoine. 

'  Lacarry,  Praef.  praet.  p.   lyS. 


qui  lui  étoit  inférieure.  Nous  tirons  la 
preuve  que  Félix  étoit  patrice  en  474  de  la 
lettre  que  lui  écrivit  alors  Sidoine  '  pour  le 
féliciter  de  cette  dignité.  Gaudeo"  te,  domine 
major^  amplissimae  dignitatis  infulas  conse- 
quutum...  Nam  licet  in  prae  senti  arum  sis  potis- 
simus  magistratusy  &  in  lares  Philagrianos 
PATRICIUS  apex  tantis  postsaeculis  tua  tan- 
tum  felicitate  remeavefit,  &c.  Félix  devoit 
par  conséquent  avoir  exercé  la  préfecture 
les  années  précédentes.  Or,  les  deux  années 
de  cette  préfecture  ne  peuvent  être  anté- 
rieures à  l'an  471,  puisque  l'an  470  Eutrope' 
étoit  préfet  des  Gaules,  &  qu'avant  ce  temps- 
là  Félix,  par  sa  demeure  à  Narbonne^,  ville 
alors  soumise  aux  Visigoths,  étoit  hors 
d'état  de  s'avancer  dans  les  charges  de 
l'Empire. 

Ce  qui  a  trompé  le  P.  Lacarry,  c'est  qu'il 
prétend^  que  Polémius  étoit  préfet  des 
Gaules  en  472  &  473.  Mais  il  est  certain 
que  ce  dernier  n'exerça  cette  charge  qu'a- 
près l'an  475,  savoir"  en  476  &  477.  Félix 
pouvoit  donc  l'occuper  en  472  ou  473,  &  il 
aura  été  créé  patrice  en  474,  &  non  pas  en 
472  ou  473,  comme  l'a  cru  M.  de  Tillemont  '. 

V.  Le  P.  Lacarry  '  conjecture  que  le  père 
de  Camille,  frère  du  consul  Magnus  Félix, 
fut  proconsul  d'Afrique,  sur  ce  qu'il  est  dit" 
dans  Sidoine  que  Camille  avoit  fait  honneur 
au  proconsulat  de  son  père,  ornaverat  pro- 
consulatum  patris.  La  raison  qu'il  en  donne 
c'est  que,  dans  ce  siècle,  l'Afrique  étoit 
la  seule  province  de  l'Empire  qui  fût  gou- 
vernée par  un  proconsul.  Mais  ce  pays  étoit 
alors  depuis  trop  longtemps  entre  les  mains 
des  Vandales  pour  croire  que  le  père  de 
Camille  l'eût  gouverné  au  nom  de  l'Empire. 
Nous  croyons  plutôt  qu'il  avoit  eu  le  gou- 
vernement de  la  Viennoise,  ou  de  quel- 
qu'autre  des    six  provinces  consulaires  des 


'  Tillemont,  art.    16,  iS   &   27  sur  S.  Sidoine; 
art.  8  sur  Fauste  de  Rie-{. 
^  Sidoine,  1.  2.  Epist.  3. 
'  Lacarry,  Praef.  praet.  p.  169. 
■*  Sidoine,  Carmina,  ()  &  24. 
5  Lacarry,  Praef.  praet.  p.   lyt  &  seq. 
"  Tillemont,  art.  3o  sur  S.  Sidoine. 
'  Tillemont,  art.  8  sur  Fauste  df  Rie^,  p.  43o. 
*  Lacarry,  Praef.  praet,  p.   161. 
^  Sidoine,  1.   1 ,  Epist.   i  1. 


Note 
54 


Note 
54 


116 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
55 

Ed.orig. 

t.  1, 
p.  655. 


Gaules,  ainsi  appelées  dans  la  Notice  de 
l'Empire,  qu'on  prétend  avoir  été  dressée 
sous  le  règne  de  l'empereur  Valentinien  III. 
Sidoine  ne  pouvoit  signifier  l'exercice  de 
cette  dignité  que  par  le  terme  de  proconsu- 
lat, proconsulatus,  pour  éviter  l'équivoque 
du  mot  de  consulat". 


NOTE  LV 

Epoque    du   siège   d'Arles  par    Théo- 
.   doric  II  j   roi  des   Visigoths. 

I.x  TOUS  avons  rapporté  avec  M.  de  Valois' 
Il  l'époque  du  siège  d'Arles  par  Théo- 
doric  II,  à  l'an  469,  ce  qui  est  appuyé  sur 
l'autorité  des  monumens  historiques  de  ce 
temps-là.  En  effet,  le  comte  Gilles,  qui  prit 
la  défense'  de  cette  place,  étant  encore '' à  la 
suite  de  Majorien  à  la  fin  de  l'an  458,  ne 
peut  l'avoir  défendue  que  l'année  suivante  & 
avant  la  paix  qui  fut  conclue  cette  dernière 
année  %  entre  cet  empereur  &  les  Visigoths. 
II.  Il  est  vrai  que,  si  nous  en  croyons  le 
P.  Sirmond"  &  quelques  autres  après  lui,  le 
maître  de  la  milice,  qui  étoit  à  Lyon  avec 
Majorien  à  la  fin  de  l'an  468,  étoit  Ricimer 
ou  le  comte  Népotien,  &  non  pas  le  comte 
Gilles  ;  mais  cet  habile  critique  n'a  pas  pris 
garde  que  Ricimer  n'étoit  maître  de  la  mi- 
lice qu'en  Italie^  &  que  l'éloge  de  Sidoine 
ne  sauroit  lui  convenir. 

Pour  Népotien,  si  l'on  examine  le  texte 
d'Idace  %  on  verra  que  ce  comte  étoit  maître 
de  la  milice  en  Espagne,  où  il  étoit  en  459, 
St  non  pas  dans  les  Gaules.  C'étoit  d'ail- 

'  On  peut  consulter,  pour  l'histoire  de  Magnus 
Félix  &  de  sa  famille,  V Histoire  littéraire  de  la. 
France,  commencée  par  les  Bénédictins  &  continuée 
par  l'Académie  des  Inscriptions  &  Belles-Lettres; 
on  y  trouvera  quelques  indications  utiles.  [E.  M.] 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Franc,  1.  4.  p.  ipo. 

'  S.  Paulin,  Vie  de  S.  Martin,  1.  6. 

^  Sidoine,  Carm.  5,  vers.  552. 

'  Idace,  Chronicon,  p.  3 10. 

®  Sirmond,  7/of.  sur  Sidoine,  p.  208  —  Lacarry, 
Praef.  praet.  p.  169. 

'  Adrien  de  Valois  ,  Rerum  Franc.  1.  4,  p.  ipo. 

'  Idace,  Chronicon,  p.  3io 


leurs  contre  l'usage,  que  deux  maîtres  de  la 
milice  commandassent  ensemble  dans  la 
même  province.  Or,  il  est  certain  que  le 
comte  Gilles  qui  étoit  maître  de  la  milice 
des  Gaules  dès  l'an  457  &  le  commence- 
ment' du  règne  de  Majorien,  défendit'  la 
ville  d'Arles  contre  les  Visigoths.  Enfin  l'é- 
loge que  Sidoine  fait  du  maître  de  la  milice 
qui  étoit  à  la  suite  de  Majorien,  dans  le 
panégyrique  de  ce  prince,  convient'  par- 
faitement à  ce  comte. 

III.  Du  reste,  il  n'est  rien  moins  que  cer- 
tain que  Népotien  fût  au  service  de  l'Em- 
pire; car  quoique  Idace''  le  fasse  maître  delà 
milice  en  Espagne,  titre  qui  ne  semble  conve- 
nir qu'à  la  milice  romaine,  il  paroît  cepen- 
dant, par  le  même  auteur,  que  Népotien 
agissoit  dans  ce  pays  conjointement  avec  le 
comte  Suniéric,  général  de  Théodoric,  dans 
le  temps  que  ce  roi  étoit  encore  brouillé 
avec  Majorien,  &  que  ces  deux  généraux 
commandoient  de  concert  l'armée  des  Visi- 
goths. Mais  ce  qui  semble  lever  toute  la 
difficulté,  c'est  que  vers  l'an'  462,  Théo- 
doric rappela  d'Espagne  Népotien  pour  met- 
tre Arborius  à  sa  place,  ce  qui  est  confirmé 
par  la  Chronique  d'Isidore®,  qui  met  Su- 
niéric &  Népotien  au  nombre  des  géné- 
raux que  ce  prince  envoya  dans  la  Galice 
contre  les  Suèves.  Ainsi,  ou  Népotien  aura 
été  d'abord  au  service  des  Romains  &  maître 
de  leur  milice  en  Espagne,  en  469,  &  aura 
passé  ensuite  en  460,  au  service  de  Théodo- 
ric ;  ou,  ce  que  nous  croyons  plus  vraisem- 
blable, il  aura  toujours  été  au  service  des 
Visigoths  &  maître  de  leur  milice,  dignité 
que  Théodoric  aura  prise  des  Romains,  & 
dont  il  aura  honoré  ses  principaux  géné- 
raux. Nous  savons  que  les  Visigoths  prirent 
de  ceux-ci  plusieurs  autres  titresf  entre 
autres  celui  de  comte,  comme  nous  le 
voyons' en  la  personne  de  Suniéric  &  de 
plusieurs  autres. 


'  Grégoire  de  Tours,  1.  i,  c.  1 1. 
'  S.  Paulin,  Fie  de  S.  Martin,  1.  6. 
'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Franc.  1.  5,  p.  1 96. 
^  Idace,  Chronicon,  p.  Sic  &  seq. 
'  Idace,  Chronicon,  p.  Sic  &  seq. 
®  Isidore,  Chronicon,  p.  719. 

^  Idace,  Chronicon,  p.  3io  &  seq.  — Voyez  Com- 
monit.  ad  hreviar,  Cod,  Theod, 


Note 
55 


Note 
56 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


117 


NOTE  LVI 


Il  est  vrai  que  Idace  joint  avec  la  neu- 
vième année  de  Léon,  la  première  de  l'empe- 
reur Anthème,  élu  en  Occident  en  467.  Mais 
il  est  évident  que  ce  chronographe  compte 


Note 
56 


-i,  .    .  »    TTT  »     T     .     FF        .      les  années  de  ce  dernier,  depuis  la  mort  de 

Epoque  de  la  mort  de  Théodoric  II,  roi      gévère,  son  prédécesseur,  tué  le  4  août  de 


des  Visigoths,  de  la  soumission  de 
Narbonne  à  ce  prince  6*  de  la  mort 
du  comte  Gilles, 


I.tL  est  assez  difficile  de  fixer  l'époque 
1  précise  de  la  mort  de  Théodoric  II. 
Idace'  la  place  sous  la  neuvième  année  de 
l'empire  de  Léon  en  Orient  &  la  première 
de  celui  d'Anthème  en  Occident.  Jornandès' 
dit  qu'il  mourut  après  avoir  régné  treize  ans. 
Isidore'  assure  qu'il  fut  tué  par  son  frère 
la  huitième  année  de  Léon,  l'Ere  504;  Ma- 
rins d'Avenches  "*,  dans  sa  Chronique,  rap- 
porte sa  mort  sous  le  consulat  de  Puscus  & 
de  Jean,  c'est-à-dire  l'an  467.  Enfin  l'auteur  ' 
du  Supplément,  ou  Appendix  à  la  Chronique 
de  Victor  de  Tunes,  en  parle  sous  le  troi- 
sième consulat  de  l'empereur  Léon  &  celui 
de  Tatien,  ce  qui  répond  à  l'an  466. 

Entre  ces  différentes  autorités,  le  P.  Pagi 
préfère  ®  celle  de  Marins  d'Avenches,  parce 
qu'on  peut  l'accorder ,  dit-il ,  avec  celle 
d'Idace,  qui  rapporte  la  mort  de  Théodoric 
sous  l'an  2483  d'Abraham,  commencé,  sui- 
vant cet  ancien  auteur,  au  premier  d'octo- 
bre de  l'an  466  de  J.-C.  Mais  il  nous  paroît 
que  ce  savant  critique  se  trompe  &  que 
Idace  rapporte  la  mort  de  Théodoric  sous 
cette  dernière  année,  ainsi  que  nous  Talions 
faire  voir.  Nous  croyons  donc  devoir  pré- 
férer l'époque  marquée  dans  V Appendix  de 
la  Chronique  de  Victor  de  Tunes.  Idace, 
loin  d'y  être  contraire,  comme  le  prétend 
le  P.  Pagi,  la  confirme  ;  car  il  place  cette 
mort  sous  la  neuvième  année  de  l'empereur 
Léon. Or,  cette  année  concourt  avec  l'an  466, 
&  ne  peut  convenir  avec  l'an  467,  ce  prince 
ayant  été  élu  en  Orient,  en  457. 


'  Idace,  Chronlcon,  p.  3i3. 

°  Jornandès,  de  Rehus  Getarum  s'tve  Gothor.c.  j^j\. 

^  Isidore,  Chronlcon,  p.  719. 

^  Marius  d'Avenches,  t.  i ,  édit.  Duchesne. 

^  H'ispania  illustrata,  t.  4,  éd.  Scaliger. 

"  Pagi,  ad  ann.  464,  n.  2. 


l'an  465,  puisqu'il  met  son  élection  dans  le 
même  mois  d'août  &  sous  la  huitième  an- 
née de  Léon 5  tandis  que  nous  savons  qu'il 
ne  fut  élu  qu'au  mois  d'avril  de  l'an  467.  En 
comptant  donc,  suivant  Idace,  les  années 
d'Anthème,  depuis  le  4  d'août  de  l'an  465, 
Théodoric,  mort  en  466,  peut  être  décédé 
dans  la  première  année  du  règne  de  ce 
prince.  D'ailleurs,  la  neuvième  année  de 
Léon  convient,  suivant  le  même  auteur",  à 
l'an  466,  car  il  fait  mention  sous  la  septième 
année  de  cet  empereur  d'Orient,  d'une 
éclipse  de  soleil  arrivée  le  lundi  20  de  juil- 
let^  ce  qui  prouve  que  cette  éclipse  arriva 
l'an  464.  Or  si,  suivant  Idace,  la  septième 
année  de  l'empire  de  Léon  concourt  avec  le 
mois  de  juillet  de  l'an  464,  la  neuvième  doit 
concourir  avec  le  même  mois  de  l'an  466. 

Quanta  la  preuve  que  le  P.  Pagi  prétend 
tirer  d'Idace,  que  Théodoric  dut  décéder 
après  le  premier  d'octobre  de  l'an  466,  parce 
que  cet  auteur  rapporte  la  mort  de  ce 
prince  sous  l'an  2488  d'Abraham,  nous 
croyons  que  ce  critique  raisonne  sur  un 
faux  principe;  savoir'  que  Idace  compte  les  Éd.orig. 
années  d'Abraham,  depuis  le  premier  d'oc-  ^gU 
tobre.  En  effet,  cet  historien ,  suivant  le 
P.  Pagi,  rapporte'  la  mort  d'Ataulphe,  roi 
des  Visigoths,  sous  l'an  2482  d'Abraham,  qui 
ne  commença,  selon  le  calcul  que  ce  criti- 
que lui  prête,  qu'au  premier  d'octobre  de 
l'an  415,  &  nous  savons  cependant  que  ce 
roi  décéda  avant  la  fin  du  mois  de  septembre 
de  la  même  année  415,  puisque,  selon  la 
Chronique  Alexandrine,  on  apprit  sa  mortà 
Constantinople ,  le  vendredi  24  du  même 
mois.  Il  faut  donc  qu'Idace  suppute  les  an- 
nées d'Abraham  depuis  le  mois  de  janvier,  & 
non  depuis  le  mois  d'octobre. Ceci  est  encore 
prouvé  par  l'époque  de  l'éclipsé  arrivée  le 
lundi  20  de  juillet  de  l'an  464,  &  rapportée 
par  Idace  sous  l'an    2481  d'Abraham.   Or, 

'  Idace,  Chronicon,  p.  3  12. 

'  Pagi,  ad  ann.  415,  n.  23  ;  ad  ann.  473,  n.  6. 

'  Pagi,  ad  ann.  4i5,  n.  23. 


Note 
56 


Il8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


selon  le  calcul  que  le  P.  Pagi  '  attribue  à  cet  huit  ans  dans  le  temps  de  ce  siège  ;  il  paroît 

auteur,  l'an   2481    d'Abraham   ne  dut   corn-  même   que   peu    de    temps    auparavant   ce 

mencer  qu'au  premier  d'octobre  de  l'an  464.  prince  étoit  encore  à  la  mamelle. 

Il  faudroit  donc  que  Idace  rapportât  cette 

éclipse  sous  l'an  2480  d'Abraham  &  non  sous  Hae  flentem'  tenuêremanus,  si  forsitan  altrix 

l'an  2481,  mais  il  fait  tout  le  contraire.  Te  mihi,  cum  nolles,  lactandum  tolleret,  &c., 

Après  avoir  concilié    l'autorité    d'Idace 

avec  notre   calcul  touchant  l'époque  de  la  lui    fait  dire   encore    Sidoine   par  Avitus  ; 

mort  de  Théodoric  II,  il  est  aisé  de  conci-  d'où  nous  concluons    qu'il    pouvoit  avoir 


Note 
55 


lier  de  même  les  autres  auteurs,  excepté 
Marins  d'Avenches,  qu'il  faut  nécessaire- 
ment abandonner.  Jornandès  dit  que  ce 
prince  mourut  après  treize  ans  de  règne. 
Or,  nous  avons  déjà  prouvé  ailleurs  qu'il 
succéda  à  son  frère  Thorismond,  vers  le 
commencement  de  l'an  453.  Ainsi,  il  dut 
mourir  en  466,  au  lieu  que  s'il  étoit  mort 
en  467,  comme  le  prétend  le  P.  Pagi,  il  au- 
roit  eu  plus  de  quatorze  ans  de  règne. 
Isidore  est  encore  favorable  à  notre  cal- 


tout  au    plus  trente-cinq   à   quarante   ans 
dans  le  temps  de  sa  mort,  en  466. 

III.  Idace'  rapporte  la  soumission  de  Nar- 
bonne  à  Théodoric  sous  la  sixième  année 
de  l'empereur  Léon  en  Orient  &  la  deuxième 
de  Sévère  en  Occident;  ce  qui  prouve  que  le 
comte  Agrippin  dut  livrer  cette  ville  à  ce 
prince  entre  le  mois  de  novembrede  l'année 
462  &  celui  de  février  de  la  suivante.  On 
met,  en  effet,  l'élection  de  Léon  au  sept  de 
février  de  l'an  457  &  celle  de  Sévère  au  dix- 


cul;  car  suivant  cet  historien,  Euric  ayant  neuf  de   novembre  de  l'an  461,  ce  qui  con- 

succédé  à  Théodoric  II,  l'Ere  504  qui  ré-  vient  parfaitement.  Il  y  a,  cependant,  une 

pond  à  l'an  466   de  J.-C,  ce  dernier  doit  difficulté,   c'est  qu'Idace   rapporte    sous    la 

être  mort  la  même  année.  Il  est  vrai  que  cet  même  année   une  éclipse  de  lune  arrivée 

auteur  fait  concourir  l'année  de  la  mort  de  era  DVI,  nonas  manias,  &  tout  répond  fort 

Théodoric  avec  la  huitième  de  l'empereur  bien  à  l'an  462.  Le  P.  Pagi'  avoue   que  ces 

Léon;  mais  cet  auteur  s'est  trompé  en  cela.  notes  chronologiques  sont  altérées,  &  cela 

Enfin,  nous  avons  une  nouvelle  preuve  paroît  évident;  mais  il  prétend  que  le  jour 

de  cette  époque  dans  celle  des  années  du  de  la  férié  &  l'année  de  l'ère  espagnole  con- 

règne    d'Euric ,    successeur     immédiat    de  viennent  avec  l'an  462  :  Character  ferîae  £• 

Théodoric  ;    car  il  paroît  certain  '   que  le  ^''^^   Hîspanîcae  annum   Christï  sexagesîmum 


premier  mourut  l'an  484,  dans  la  dix-neu- 
vième année  de  son  règne;  il  doit  donc 
l'avoir  commencé  en  466,  &  Théodoric  II, 
son  frère,  doit  être  mort  cette  dernière 
année. 

II.  Nous  conjecturons  que  Théodoric 
n'avoit  pas  encore  alors  atteint  la  quaran- 
tième année  de  son  âge;  car  Sidoine  Apolli- 
naire lui  fait  dire  par  l'empereur  Avitus 
qu'il  étoit  encore  en  bas  âge,  dans  le  temps 
du  siège  de  Narbonne ,  arrivé  en  486. 

Narbonem'  tabe  solutuni 
Ambieras,  tu  parvus  eras,  &c. 


sacundum  certo  indîcant.  Cet  habile  critique 
n'a  pas ,  sans  doute,  fait  attention  que 
l'ère  5o6  répond  à  l'an  468  &  que  le  sept  de 
mars,  en  462,  étoit  un  mercredi  &  non  un 
vendredi. 

Au  reste,  les  circonstances  qu'Idace  ^  rap- 
porte de  la  soumission  de  Narbonne  à 
Théodoric  confirment  ce  que  nous  avons 
déjà  établi  ailleurs  ^  sur  l'autorité  de  Sidoine 
Apollinaire,  savoir  que  l'empereur  Sévère 
céda  cette  ville  à  ce  prince  en  vertu  d'un 
traité  qu'ils  firent  ensemble  :  Agrippinus 
Gallus  &  comeSj  &  civis,  dit  cet  historien,  JEgî- 
dîo  comiti  vîro  insîgni  inimicus,  ut  Gothorum 
mereretur  auxilia  Narbonam  tradidit  Theude- 


Théodoric  n'avoit  donc  qu'environ  sept  à 

*  Pagi,  ad  ann.  464,  n.  4. 

*  Voyez  Note  LIX,  n.  3. 

'  Sidoine,  Carmina,  7,  vers.  476  &  seq. 


'  Sidoine,  Carmlna,  7,  vers.  476  &  seq. 

"  Idace,  Chron'icon,  p.  3i  i. 

'  Pagi,  ad  ann.  463,  n.  6. 

■*  Idace,  Chronicon,  p.  3i  i. 

^  Voyez  au  tome  I,  livre  IV,  n.  76. 


Note 
56 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


luj 


NOTB 
57 


rîco.  Isidore  '  rapporte  à  peu  près  les  mêmes 
termes  :  or  Sévère  étoit  également  ennemi 
du  comte  Gilles.  Il  faut  donc  que  cet  empe- 
reur fût  uni  avec  Agrippin,  qu'il  lui  ait 
donné  ordre  de  livrer  la  ville  de  Narbonne 
aux  Visigoths,  &  qu'il  ait  acheté  à  ce  prix 
l'alliance  de  ces  peuples  dont  parle  Sidoine. 


Éd.orig. 
p.  657. 


ce  nom  tire  son  origine  de  Béziers  appelée 
par  les  anciens  Bitterrae  Septimanorum^  à 
cause  que  les  Visigoths  s'y  étoient  d'abord 
établis.  MM.  Catel'  &  Valois'  ont  déjà 
réfuté  cette  opinion.  Nous  pouvons  ajouter 
qu'il  est  faux  que  les  Visigoths  aient  fixé 
leur  première  demeure   à  Béziers;  ils  ne 


NoTB 

57 


Pour  ce  qui  est  de  l'époque  de  la  mort      furent  maîtres  de  cette  ville  que  longtemps 


du  comte  Gilles,  Idace%  auteur  contempo- 
rain, la  rapporte  peu  de  lignes  après  avoir 
parlé  de  l'éclipsé  de  soleil,  dont  nous  avons 
déjà  fait  mention,  &  sous  la  même  année, 
c'est-à-dire  en  464.  Le  P.  Pagi'  la  diffère 
cependant  jusqu'à  l'année  suivante,  préten- 
dant qu'Idace  s'est  trompé;  mais  outre  que 
toutes  les  notes  chronologiques  convien- 
nent très-bien  à  l'an  464,  il  est  certain, 
d'ailleurs,  que  cet  historien  place  cette  mort 
sous  la  troisième  année  de  Sévère,  lequel 
prit  la  pourpre  le  19  de  novembre  de 
l'an  461.  Le  comte  Gilles  mourut  par  consé- 
quent entre  le  20  de  juillet  qu'arriva  cette 
éclipse  &  le  19  de  novembre  de  l'an  464  que 
la  quatrième  année  de  Sévère  commença;  ce 
qui  fait  voir  que  le  P.  Daniel"*  s'est  trompé 
en  rapportant  cette  mort  sous  l'an  463. 


NOTE  LVII 

Sur  la  Sepî'imanie  6"   Vorîgîne  de 
ce  nom. 


LT->^Ecinq  ou  six  opinions  différentes  que 
-L/  nous  trouvons  parmi  nos  modernes 
touchant  l'étymologie  du  nom  de  Septima- 
nie  ,  nous  n'en  voyons  que  deux  qui  méri- 
tent quelque  attention ,  savoir,  celles  de 
MM.  de  Marca  &  de  Valois.  Le  P.  le  Cointe 
a  embrassé  le  sentiment  de  ce  dernier  : 
nous  en  parlerons  dans  la  suite. 

Zurita  %  suivi  par  le  P.  Sirmond^,  croit  que 

'Isidore,  Chronicon,  p.  719. 

*  Idace,  Chronicon  ,  p.  3  1  2. 
'  Pagi ,  ad  ann.  464,  11.4. 

*  Daniel,  Pracf.  H'ist.  p.   12  &  seq. 
'  Zurita,  Annales  aragonnaises. 

""  SirTiiond,  Notes  sur  Sidoine,  p.  63. 


après  leur  arrivée  dans  les  Gaules  &  vers  la 
fin  du  cinquième  siècle.  D'ailleurs,  là  ville 
de  Toulouse  ayant  été  la  capitale  de  leurs 
Etats  &  celle  de  Narbonne  la  métropole 
de  la  province,  il  n'est  pas  vraisemblable 
qu'on  eût  choisi  le  nom  d'une  légion,  dont 
on  ne  se  servoit  plus  alors,  &  celui  d'une 
ville  particulière,  pour  le  donner  à  tout  un 
pays,  préférablement  à  plusieurs  autres  vil- 
les plus  considérables. 

II.  L'opinion  de  Bernard'  Guidonis  n'est 
pas  mieux  fondée.  Cet  évèque  tire  le  nom 
de  Septimanie  de  celui  du  cap  de  Cette,  au- 
près d'Agde;  mais  la  différente  manière 
dont  les  anciens  orthographient  ces  deux 
noms  fait  voir  combien  cette  conjecture 
est  mal  fondée.  Ils"*  ont  toujours  appelé  le 
cap  ou  la  montagne  de  Cette  Sitius  ou  Setius 
monSj  &  on  auroit  dû  dire  par  conséquent 
Seiimania^  &  non  pas  Septimanîa ,  qu'on 
trouve  toujours  écrit  avec  un  p  dans  tous 
les  auteurs. 

III.  ilous  ne  nous  arrêterons  pas  à  réfuter 
le  sentiment  de  Catel  '  qui  croit  que  la  ville 
de  Saint-Gilles  auprès  du  Rhône  portoit 
autrefois  le  nom  de  Septimanie,  &  qu'elle 
l'a  donné  à  toute  la  province.  Quand  cela 
seroit,  nous  ne  connoîtrions  pas  mieux 
l'étymologie  de  ce  nom.  Cet  auteur  donne, 
pour  toute  preuve  de  son  opinion,  l'endroit 
de  la  vie  de  S.  Gilles  oii  il  est  dit  qu'on 
appelle  Septimanie  le  pays  situé  à  la  droite 
de  l'embouchure  du  Rhône  dans  la  mer;  ce 
qui  prouve  véritablement  que  la  ville  de 
Saint-Gilles  étoit  située  dans  la  Septimanie, 

'  Catel,  Mémoires  de  l'Histoire  de  Languedoc, 
p.  34  &  suiv. 

"  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  614  & 
seq. 

'  Catel,  Mémoires  de  l'Histoire  de  Languedoc  , 
p.   34  &  suiv. 

■*  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  5^3. 

^  Catel,  Mémoires  de  l'Histoire  de  La-tgucdoc  , 
p.  34  &  suiv. 


Note 
57 


120 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


mais  non  pas  que  ce  nom  fût  anciennement 
celui  de  cette  ville. 

IV.  Il  nous  reste  à  examiner  les  opinions 
de  MM.  de  Marca  &  de  Valois.  Le  premier", 
qui  a  pris  la  sienne  de  Scaliger"  après  l'avoir 
rectifiée,  a  été  suivi  parle  P.  Pagi'.  Il  pré- 
tend que  le  nom  de  Septimanie  vient  de  cette 
ancienne  partie  des  Gaules  qu'on  appeloit 
les  Sept  provinces,  &  dont  les  Visigoths 
étoient  les  maîtres,  en  tout  ou  en  partie, 
dans  le  temps  que  ce  nom  fut  mis  en  usage, 
c'est-à-dire  avant  la  défaite  du  roi  Alaric  II. 
Le  nom  de  Septimanie,  dit  ce  savant  prélat, 
marquoit  tous  les  pays  que  les  Visigoths 
occupoient  alors  ^  il  ajoute  qu'après  la  ba- 
taille de  Vouglé,  ces  peuples  ayant  perdu 
la  plupart  des  provinces  qu'ils  possédoient 
dans  les  Gaules,  ce  nom  demeura  seulement 
au  pays  qu'ils  conservèrent  en  deçà  des  Py- 
rénées, savoir  à  la  plus  grande  partie  de  la 
Narbonnoise  première. 

Les  Sept  provinces  qui ,  selon  M.  de 
Marca,  donnèrent  leur  nom  à  la  Septimanie, 
étoient  comme  nous  l'avons  dit  ailleurs,  les 
deux  Aquitaines,  la  Novempopulanie ,  la 
Viennoise,  les  deux  Narbonnoises  &  la  pro- 
vince des  Alpes  maritimes.  Ainsi,  pour  réfu- 
ter entièrement  son  sentiment,  nous  n'avons 
qu'à  fixer  l'époque  à  laquelle  on  commença 
à  se  servir  de  ce  terme,  &  voir  si  dans  ce 
temps-là,  les  Visigoths  étoient  les  maîtres 
des  Sept  provinces  en  tout  ou  en  partie. 

V.  Sidoine  Apollinaire ''est  le  premierque 
nous  connoissions  qui  ait  appelé  Septima- 
nie les  Etats  des  Visigoths  dans  les  Gaules. 
Il  emploie  ce  nom  dans  une  épître  dont 
M.  de  Tillemout'  a  fixé  l'époque  au  plus 
tard  à  l'an  478,  que  ces  peuples  n'étoient  pas 
encore  maîtres  de  l'Auvergne.  Cette  lettre 
peut  être  même  antérieure,  mais  quand  elle 
seroit  absolument  de  l'an  473,  il  est  du  moins 
vraisemblable  qu'on  se  servoit  déjà  depuis 
quelque  temps  du  nom  de  Septimanie,  &  que 
cet  auteur  nel'inventa  pasprécisément  alors. 
Or,  pour  peu  que  ce  nom  ait  été  en  usage 


avant  la  conquête  que  firent  les  Visigoths 
de  la  plus  grande  partie  de  la  Narbonnoise 
première.  Il  ne  fut  donc  pas  d'abord  em- 
ployé pour  désigner  cette  seule  province. 
Cette  remarque  détruit  le  système  de  M.  de 
Valois  dont  nous  parlerons  bientôt,  ainsi 
que  celui  des  autres  auteurs  qui  prétendent 
que  ce  nom  a  pris  son  origine  de  la  Nar- 
bonnoise première,  &  affoiblit  beaucoup 
l'opinion  de  M.  de  Marca. 

Il  est  certain,  en  effet,  qu'en  478  les 
Visigoths  n'avoient  rien  dans  la  Viennoise, 
la  Narbonnoise  deuxième  &  les  Alpes  mari- 
times, qui  étoient  du  nombre  des  Sept  pro- 
vinces, &  qu'ils  ne  possédoient  alors  qu'une 
partie  de  l'Aquitaine  première.  Aussi  n'est- 
ce  qu'après  l'an  480,  qu'étant  depuis  peu 
maîtres  de  l'Auvergne,  ils  passèrent  le 
Rhône  &  s'emparèrent  d'une  portion  'de  la 
Viennoise  &  de  la  Narbonnoise  deuxième. 
Ils  ne  pénétrèrent  dans  les  Alpes  maritimes 
que  longtemps  après  :  d'où  il  est  aisé  de 
conclure  que  dans  le  temps  qu'on  donnoit 
au  pays  occupé  par  ces  peuples  le  nom  de 
Septimanie,  ils  régnoient  à  peine  sur  trois 
des  Sept  provinces  j  savoir  sur  l'Aquitaine 
deuxième  &  la  Novempopulanie,  &  sur  une 
partie  de  la  Narbonnoise  première  &  de 
l'Aquitaine  première,  ce  qui  détruit  le  sys- 
tème de  M.  de  Marca. 

On  pourroit  dire  peut-être  qu'il  suffisoit 
que  le  pays  occupé  par  les  Visigoths  fît 
partie  de  ce  qu'on  appeloit  auparavant  les 
<Sepf  province^',  pour  qu'on  lui  donnât  le  nom 
de  Septimanie  :  mais  dans  ce  cas-là  cette 
étymologie  paroîtroit  très-fausse,  puisque 
le  pays  que  les  Visigoths  ne  possédoient 
pas  de  cette  partie  des  Gaules  étoit  beau- 
coup plus  étendu  que  celui  qui  leur  étoit, 
soumis. 

VI.  Examinons  à  présent  le  sentiment  du 
P.  le  Cointe  '  &  de  M.  de  Valois",  qui  est  ce- 
lui qui  paroît  le  plus  vraisemblable.  Selon 
ces  auteurs,  le  nom  de  Septimanie  vient  des 
sept  cités  ou  peuples  qui  composoient  la 


Noie 
57 


avant  l'an  478,  il  l'aura  été  par  conséquent      Narbonnoise  première,  dans  le  temps  que 

les  Visigoths  s'en  rendirent  les  maîtres;  de 
'Marcel  Hispanica,  p.  91  &  seq.  même  que  la  Novempopulanie  prenoit  son 

'  Scaliger,  in  Auson.  p,  289. 

sPagi,  adann.  40T,  n.  47  &  seq.  ^  '  Le  Cointe,  ad  ann.  53 1 ,  n.  i  3. 

■•  Sidoine,  1.  3,  /îpisr.  I.  'Adrien    de    Valois,    Notitia    GalUarum ,  j,.  5i^ 

£t  seq. 


^  Ttlleinont,  art.  zz  sur  S.  Sidoine, 


Note 
57 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


I  21 


lid.orig. 

t.  I, 
p.  658. 


nom  de  neuf  peuples  qui  la  composoient.  villes  de  Maguelonne,  de    Carcassonne  & 

Les   sept   cités   de   la   Septimanie  étoient,  d'Elne  n'ont  été  évèchés  ou  cités  que  dans 

selon  M.  de  Valois,  les   villes  &  diocèses  le  sixième  siècle,  c'est  que  nous  n'avons  au- 

de  Toulouse ,  Béziers,  Nimes,  Agde,  Ma-  cun  monument  avant  ce  temps-là  où  il  soit 

guelonne,  Lodève    &    Uzès  ;    mais     il  n'a  fait  mention  de  leurs  évoques,  &  que  les 

pas  pris  garde  qu'il  omet  une  huitième  cité,  premiers  dont  nous  trouvons  les  noms  sont 


NOTB 

57 


savoir  celle  de  Narbonne,  métropole  de  la 
province,  ce  qui  ruine  entièrement  son  sys- 
tème. 

On  pourroit  le  rectifier  en  retranchant 
Maguelonne  du  nombre  des  anciennes  cités 
de  la  Septimaniej  car  si  cet  auteur  &  M.  de 
Marca  ont  fait  voir  que  Carcassonne  & 
Elne  n'ont  été  cités  ou  évèchés  qu'au 
sixième  siècle,  longtemps  après  que  le  nom 
de  Septimanie  fut  en  usage ,  on  pourroit  le 
dire  de  Maguelonne  &  se  servir  des  mêmes 
raisons.  Par  là,  il  n'y  aura  eu  que  sept  cités 


bien  avant  dans  le  sixième  siècle. 

VIII.  Nous  croyons  donc,  avec  MM.  de 
Marca"  &  de  Valois',  que  les  villes  de  Car- 
cassonne &  d'Elne  n'ont  été  cités  ou  évè- 
chés qu'après  l'an  Soy ,  &  même  après 
l'an  533,  lorsque  les  Visigoths  ayant  perdu 
les  deux  villes  de  Lodève  &  d'Uzès,  ils 
firent,  à  ce  qu'il  paroît,  ériger  celles-là  en 
évèchés  pour  se  dédommager  de  la  perte 
des  autres.  Pour  ce  qui  est  de  Maguelonne, 
elle  ne  paroît  pas  véritablement  dans  les  plus 
anciennes  Notices  j  mais  elle  se  trouve  dans 


dans  la  Narbonnoise  première  en  y  com-  les  postérieures  qui  peuvent  être  du  com- 
prenant la  métropole,  dans  le  temps  que  mencement  du  sixième  siècle,  &  elle  y  pa- 
les Visigoths  se  rendirent  maîtres  de  cette      roît'  avant  que  les  villes  de  Carcassonne  & 


province  vers  la  fin  du  cinquième  siècle^ 
ce  qui  paroît  aisé  à  prouver. 

VII.  1°  Suivant  la  Notice'  des  cités  des 
Gaules  qu'on  met  sous  l'empire  d'Honoré  , 
il  n'y  avoit  alors  que  six  cités  ou  évèchés 
dans  la  Narbonnoise  première,  savoir,  Nar- 
bonne, Toulouse,  Lodève,  Béziers,  Nimes 
o.  Uzès.  Agde  n'est  pas  comprise  dans  cette 
Notice;  mais  cette  ville  fut  bientôt  après 
honorée  d'un  siège  épiscopal,  comme  nous 
l'avons  fait  voir  ailleurs.  2°  Au  concile' 
d'Agde,  tenu  l'an  5o6,  où  les  seuls  évêques 
deladominationdes  Visigoths  se  trouvèrent, 
soit  par  eux-mêmes,  soit  par  leurs  députés, 
nous  trouvons  bien  les  noms  des  évêques 
des  sept  cités  dont  nous  venons  de  parler; 
mais  on  n'y  trouve  point  ceux  des  évêques 
de  Maguelonne,  de  Carcassonne  &  d'Elne. 
Si  ces  trois  villes  eussent  été  alors  épisco- 
pales,  étant  si  voisines  de  celle  d'Agde  & 
sous  la  domination  d'un  même  prince,  leurs 
évêques  ou  leurs  procureurs  n'eussent  pas 
manqué  d'assister  à  ce  concile;  puisque  les 
évêques  de  la  domination  des  Visigoths  les 
plus  éloignés,  tels  que  ceux  de  Tours,  de 
Bordeaux,  de  Bourges,  d'Antibes,  &c.,  s'y 
trouvèrent  ou  en  personne  ou  par  leurs 
députés.  3°  Mais  ce  qui  prouve  que  ces  trois 

•  Sinnond,  Conc.  Gall.  t.   i. 
'  Conciles,  t.  4,  p.   1344  &  suiv. 


d'Elne  y  fussent  comprises;  ce  qui  nous 
donne  lieu  de  croire  qu'elle  fut  érigée  en 
évêché  avant  les  deux  dernières  &  vraisem- 
blablement peu  de  temps  après  la  bataille 
de  Vouglé,  en  l'an  Soy.  Il  semble  par  là  que 
les  Visigoths  voulurent  toujours  conserver 
dans  la  Narbonnoise  première  le  nombre 
de  sept  cités,  &  qu'à  mesure  qu'ils  en  per- 
doient  quelqu'une,  ils  en  faisoient  ériger 
une  nouvelle.  La  ville  de  Lodève  étant  re- 
tombée dans  la  suite  sous  la  domination 
de  ces  peuples,  elle  devint  une  huitième 
cité  de  la  partie  de  la  Narbonnoise  première 
soumise  aux  Visigoths,  qu'on  appela  ce- 
pendant Septimanie. 

IX.  On  voit,  par  ce  que  nous  venons  de 
dire,  que  nous  n'admettons  que  sept  cités 
dans  la  Narbonnoise  première,  jusqu'au 
sixième  siècle,  en  y  comprenant  la  métro- 
pole; ce  qui  peut  servir  à  rectifier  le  sys- 
tème de  M.  de  Valois  touchant  l'origine 
du  nom  de  Septimanie.  Nous  sommes  pour- 
tant obligés  de  l'abandonner  :  1°  parce  qu'il 
n'est  pas  constant  que,  dans  le  temps  que  le 
nom  de  Septimanie  fut  en  usage,  toute  la 
Narbonnoise  première  ou    ces  Sept  cités, 

'  Marca  Hispanica,  p.  24,  81  &  seq. 
'  Adrien  de    Valois,   Notitla   Galliarum ,   p.    5i4 
&  seq. 

'  Voyez  Duchesiie,  Historiens  de  France,  t.   I. 


NOTli 

57 


122 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


fussent  au  pouvoir  des  Visigothsj   &  qu'il  quod  lîmitem    regni  sui,    rupto    dissolutoque 

paroît,   au    contraire,    qu'ils     n'en    possé-  foedere  antîquo,  vel  tutatur  armorum  jure  vel 

doient  alors    qu'une   partiej  2"   parce  que  promovet,  &  dans  un  autre  endroit  parlant 

Sidoine  Apollinaire,  qui  s'est  servi  le  pre-  du  même  roi  '   :  Modo  per  promotae  lîmitem 

mier  de  r e    terme,  n'a  pas  voulu    signifier  sortis,  ut  populos  sub  armis,  sic  fraenat  arma 

par  là  la  Narbonnoise  première,  mais  plu-  sub  legibus.  La  lettre'  d'où  le  premier  de 

tôt  l'ancien  domaine  des  Visigoths  dans  les  ces  passages  est  tiré  fut  écrite  au  commen- 


NoTE 
57 


Gaules  qui  leur  fut  cédé  par  l'empereur 
Honoré,  comme  nous  Talions  faire  voir  en 
proposant  notre  sentiment  sur  l'étymologie 
du  nom  de  Septimanie. 

X.  Sidoine  s'est  servi  de  ce  terme  dans  une 
lettre"  qu'il  écrit  vers  Tan 478,  à  Avitus  son 
parent,  pour  l'exhorter  à  venir  au  secours 


cément  de  l'an  475,  &  l'autre,  l'année  sui- 
vante. On  voit,  dans  cette  dernière,  que 
ces  termes  limes  promotae  sortis  ou  le  pays 
qui  étoit  échu  en  partage  aux  Visigoths 
dans  les  Gaules,  &  dont  Euric  avoit  fort 
étendu  les  frontières,  est  la  même  chose 
que  ce  qu'il  appelle  dans  la  lettre  à  Avitus  , 


de  l'Auvergne  que  les  Visigoths  vouloient  veteres  fines ,  les  anciennes  limites,  ou  limes 

envahir  :  Quippe  si  vestra  crebrOylu'x  dit-il,  regni  Gothorum,  les  limites   du  royaume  vi- 

illud  praesentia  invisat,  vel  Gothîs  crédite,  qui  sigothique.  Paul,  diacre',  s'exprime  delà 

saepenumero  etiam  SeftimA'NIATA  SU AMfas-  même   manière;    car   il    renferme  l'ancien 

tidiunt  vel   refundunt,    modo  invidiosi  hujus  domaine  des  Visigoths  dans  les  Gaules  avant    Éd.ongj 

anguli  etiam  desolata  proprietate  potiantur...  Euric,  à  ce  qui  leur  avoit  été  d'abord  cédé     p.  ôSg. 

Quia  etsi  illî,  veterum  finium  limitibus  effrac-  parles   empereurs,   c'est-à-dire  à  l'Aqui- 


tis,  omni  vel  virtute  vel  mole,  possessionis 
turbidae  metas  in  Rhodanum  Ligerimque  pro- 
terminant :  vestra  tamen  auctoritas  pro  digni- 
tate  sententîae,  sic  partem  utramque  modera- 
bitur,  ut  &  nostra  discat  quid  debeat  negare 
cum  petitur,  &  poscere  adversa  desinat  cum 
negatur.  Il  est  clair  par  ce  passage  &  par 
l'époque  de  la  lettre,  que  Sidoine   entend 


taine  deuxième,  &  à  la  ville  de  Toulouse  : 
Gothi  quoque  non  contenti  provincia  quam 
superius  a  Romanis  habitandam  pênes  Gal- 
liam  acceperant,  Arvernos  &  Narbonam  cum 
suis  finibus  captas  învadunt,  &c. 

XI.  Il  résulte  de  ce  que  nous  venons  de 
rapporter  que  par  le  nom  de  Septimanie,  Si- 
doine entend  seulement  l'ancien  domaine  des 


par  la   Septimanie  ce  qu'il   appelle  dans  le  Visigoths    dans   les   Gaules   (yeteres  fines). 

même  endroit    les   anciennes    limites    des  domaine  dans  lequel  la  Narbonnoise  pre- 

Visigoths,   veteres  fines  Gothorum,  que   ces  mière,  à  la  réserve  de  la  ville  de  Toulouse 

peuples  avoient  franchies  depuis  quelques  &  de  son  territoire,  n'étoit  pas  comprise.  Et 

années  pour  se  rendre  maîtres  de  la  plus  en  effet ,   dans  le  temps  que  ce  prélat  se 

grande  partie  de  l'Aquitaine  première  &  de  servoit  du  mot  de  Septimanie,  les  Visigoths 

la  Narbonnoise  première  &  qu'ils  vouloient  n'étoient  pas  encore  entièrement  les  maîtres 


I 


étendre  jusqu'au  Rhône  &  à  la  Loire. 
Septimaniamsuamfastidiuntvel refundunt,  &c., 
veterum  finium  limitibus  effractis,  6-c.,  metas 
în  Rhodanum  Ligerimque  proterminant,  &c. 
Or,  Sidoine  explique  ailleurs  ce  qu'il  en- 
tend par  les  anciennes  limites  des  Visigoths, 
savoir  le  pays  des  Gaules  qui  avoit  été  cédé 
anciennement  à  ces  peuples  par  les  empe- 
reurs, &  dans  les  bornes  duquel  ils  s'é- 
toient  auparavant  tenus  renfermés,  con- 
formément aux  traités  qu'ils  avoient   faits 


de  toute  cette  province,  puisqu'il  dit  dans 
le  même  endroit,  que  ces  peuples  faisoient 
tous  leurs  efforts  pour  étendre  leurs  fron- 
tières jusqu'au  Rhône.  Ce  ne  pouvoit  être 
que  par  la  conquête  de  la  Narbonnoise 
première,  limitrophe  de  ce  fleuve;  par  con- 
séquent ils  ne  la  possédoient  pas  encore  en 
entier.  Il  faut  donc  chercher  la  Septimanie 
dans  les  anciens  Etats  des  Visigoths  dans 
les  Gaules ,  c'est-à-dire  dans  l'Aquitaine 
deuxième  qui,  avec  la  ville  de  Toulouse  & 


avec  les  Romains,  jusqu'aux  nouvelles  en-      son  territoire,  fut  d'abord  cédée  à  ces  peu- 
treprises  d'Euric  '   :  Evarix    rex    Gothorum 

'  Sidoine,  1.  8,  Epist,  3. 
■  Sidoine,  1.  3,  Epist.   1.  »  Tillemont sur  S.  Sidoine. 

'  Sidoine,  1.  7,  Epist.  6,  3  pgi^,]  diacre,  Hist.  Miscell,  1.   i5. 


I 


à 


Note 
57 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


123 


pies,  l'an  419,  par  le  patrice  Constance  au 
nom  (le  l'empereur  Honoré;  or  nous  trou- 
vons la  Septimanie  dans  cette  province  en  y 
joignant  le  Toulousain. 

XII.  L'Aquitaine  deuxième  dont  la  ville 
de  Bordeaux  étoit  la  métropole,  ne  renfer- 
moitanciennementque  six  peuples'  oucités, 
savoir  :  le  Bordelois,  le  Poitou,  la  Saintonge, 
l'Angoumois,  le  Périgord  &  l'Agenois,  ou  les 
diocèses  de  Bordeaux,  de  Poitiers,  de  Sain- 
tes, d'Angoulème,  de  Périgueux  &  d'Agen; 
à  quoi,  si  l'on  ajoute  la  cité  ou  le  diocèse 
de  Toulouse  qui  fut  cédé  aux  Visigoths 
par  le  même  traité,  on  trouvera  les  sept 
cités  ou  les  sept  peuples  qui  peuvent  avoir 
donné  le  nom  à  la  Septimanie  dont  parle 
Sidoine. 

On  pourroit  croire  que  la  Novempopu- 
lanie,  ou  du  moins  une  grande  partie,  fut 
cédée  aux  Visigoths  parl'empereur Honoré, 
avec  l'Aquitaine  deuxième  &  Toulouse;  mais 
les  anciens  historiens  qui  font  mention  de 
cette  cession  n'en  disent  rien.  Idace"  rap- 
porte seulement  que  cet  empereur  leur  céda 
l'Aquitaine  depuis  Toulouse  jusqu'à  l'Océan, 
&  S.  Prosper%  auteur  contemporain  suivi 
par  Isidore'',  la  seconde  Aquitaine  avec  quel- 
ques villes  des  provinces  voisines.  Or,  l'un  de 
ces  auteurs  explique  l'autre;  car  en  suppo- 
sant, comme  nous  faisons,  qu'Honoré  ne 
céda  aux  Visigoths  que  l'Aquitaine  deuxième 
avec  le  Toulousain,  on  entend  très-bien  ce 
qu'Idace  a  voulu  dire,  puisque  tout  ce  pays 
s'étend  depuis  Toulouse  jusqu'à  l'Océan;  & 
par  les  villes  des  provinces  voisines  dont 
parle  S.  Prosper,  on  peut  entendre  seule- 
ment le  Toulousain  qui  étoit  alors  d'une 
très-grande  étendue,  &  pouvoit  comprendre 
plusieurs  petites  villes  outre  la  capitale. 
Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  du  moins  certain  par 
le  texte  de  cet  auteur  que  toute  la  Novem- 
populanie  ne  fut  pas  alors  cédée  aux  Visi- 
goths; nous  savons  d'ailleurs,  qu'ils  ne  s'é- 
tendirent dans  l'Aquitaine  première  que 
longtemps  après. 

XIII.  Ces  peuples  demeurèrent  longtemps 

'  Voyez  Notltla  civ'itatum  Gall.  apud  S'irmondum , 
Conc.  Gall.  t.  ! . 

'  Idace,  Chronicon, 

^  S.  Prosper,  Chronicon,  p.  ^ç). 

^Isidore,  Chronicon ^  p.  716. 


renfermés  dans  les  limites  de  ces  sept  pays 
ou  cités  qu'ils  possédoient  légitimement. 
L'an  462,1e  comte  Agrippin  leur  ayant  livré 
la  ville  deNarbonne  au  nom  de  l'empereur 
Sévère,  ils  s'étendirent  depuis  '  peu  à  peu, 
&  firent  successivement  des  conquêtes  dans 
la  Narbonnoise  première  &  les  provin- 
ces voisines  ;  de  sorte  que  l'an  478,  qui 
est  l'époque  de  la  lettre  de  Sidoine  Apol- 
linaire dont  il  s'agit,  il  ne  restoit  plus  aux 
Visigoths  qu'à  s'emparer  de  l'Auvergne, 
pour  être  maîtres  de  toute  la  partie  des 
Gaules  située  entre  la  Loire,  le  Rhône, 
les  Pyrénées  &  les  deux  mers.  Il  est  vrai 
que  ces  peuples  non  contens  des  pays  qui 
leur  avoient  été  cédés  par  Honoré,  avoient 
fait  diverses  tentatives  depuis  cette  cession 
pour  étendre  leurs  frontières,  &  qu'il  y  a 
lieu  de  croire  qu'ils  s'emparèrent  de  divers 
pays  voisins  de  leur  demeure;  c'est  aussi  ce 
que  Sidoine  fait  entendre  par  ces  termes  : 
Saepenumero  Septlmanlam  suam  fastldlunt  S- 
refundunt.  Mais  il  paroît  en  même  temps 
que  les  empereurs  les  obligèrent  de  restituer 
leurs  conquêtes  &  de  se  renfermer  dans  leurs 
anciennes  limites,  par  les  nouveaux  traités 
qu'ils  firent  avec  eux ,  jusqu'à  ce  qu'enfin 
ces  mêmes  peuples  profitant  de  la  décadence 
&  des  troubles  de  l'Empire  qui  suivirent  la 
mort  de  Majorien,  ils  franchirent  impuné- 
ment les  bornes  de  leurs  anciens  Etats  & 
s'approprièrent  les  provinces  voisines  que 
l'empereur  Népos  fut  obligé  de  leur  céder 
par  un  traité. 

XIV.  Selon  ce  que  nous  venons  de  dire, 
l'Aquitaine  deuxième,  avec  la  ville  de  Tou- 
louse, auront  d'abord  porté  le  nom  de  Sep- 
timanie avant  que  les  Visigoths  fissent  des 
progrès  dans  les  provinces  voisines  ;  à  moins 
que  Sidoine  Apollinaire  n'ait  inventé  ce 
terme  pour  désigner  les  anciens  Etats  de  ces 
peuples  dans  les  Gaules,  Etats  qui,  en  effet, 
étoient  composés  de  sept  cités. 

XV.  Depuis  cet  évêque  de  Clermont  jus- 
qu'à Grégoire  de  Tours,  nous  ne  trouvons 
aucun  auteur  ni  aucun  monument'  qui 
fassent  mention  de  la  Septimanie;  car  il 
est  faux  que  ce  nom  soit  employé  en  533, 
dans  le  testament  de  S.  Rémi,  comme  quel- 

'  Idace,  Chronicon. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  533,  n.  5o, 


Note 
57 


124 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  I, 
p  660. 


ques  auteurs  l'ont  avancé;  ainsi  nous  igno- 
rons si  on  se  servit  de  ce  terme  depuis  Si- 
doine pour  désigner  la  partie   des  Gaules 
soumise  aux  Visigoths.  On  pourroit  seule- 
ment  conjecturer  qu'on  appela   ainsi   les 
pays  qui  restèrent  à   ces  peuples  tant  en 
deçà  qu'en  delà  du  Rhône,  après  la  bataille 
de  Vouglé  en  Soy,  sur  ce  que  l'Anonyme  ' 
de  Ravenne  comprend  la  Provence  dans  la 
Septimaniej  ce  qu'aucun  autre  auteur  n'a 
fait  ni  avant  ni  après  lui.  Mais  comme  on 
ignore  le  temps  auquel  ce  géographe  a  vécu, 
on  ne  peut  rien  dire  de  positif  sur  son  au- 
torité. Tout  ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que 
depuis  Grégoire  de  Tours   on  a  toujours 
appelé  Septimanie  la  partie  de  la  Narbon- 
noise  première  qui  demeura  aux  Visigoths, 
&  qu'on  continua  de  donner  ce  nom  à  cette 
province  jusque   sous  la  troisième  race  de 
nos  rois,  soit  que   cet  historien  l'ait  em- 
prunté de  Sidoine  Apollinaire,  &  qu'il  l'ait 
appliqué  aux  Etats  que  les  Visigoths  possé- 
doientde  son  temps  dans  les  Gaules;  ou  que 
lui  &  les  autres  auteurs  qui  l'ont  suivi  aient 
ainsi  appelé  cette  province,  parce  qu'elle 
comprit  d'abord  sous  les  Visigoths  sept  ci- 
tés ou  diocèses,  comme  nous  l'avons   déjà 
dit. 

Du  reste,   les  auteurs   &  les  monumens 
postérieurs  à  Grégoire  de  Tours  donnent 
indifféremment  le  nom  de  Septimanie  &  de 
Gothie  à  la  partie  de  la  Narbonnoise  pre- 
mière  qui  demeura  aux    Visigoths  depuis 
la  bataille  de  Vouglé;  mais  nous   ne  trou- 
vons aucun  ancien  auteur  goth  ou  espagnol 
qui  ait  donné  le  nom  de  Septimanie  à  cette 
province.    Elle   est   appelée    seulement   la 
province  des  Gaules  ou  la  Gaule  Gothique, 
dans  les  actes  des  conciles  de  Tolède  ou 
dans  les  auteurs  qui  ont  écrit  dans  les  pays 
situés  au  delà  des  Pyrénées;  ce  qui  nous 
fait  conjecturer  que  les  historiens  gaulois 
ou  françois  qui  se  sont  servis  du  nom  de 
Septimanie  l'ont  pris  de  Grégoire  de  Tours, 
&  celui-ci  de  Sidoine  Apollinaire;  &  que 
les  Visigoths  n'ont  jamais  ainsi  appelé  cette 
province  pendant  tout  le  temps  qu'ils  en 
ont  été  les  maîtres. 

'  Anonyme  de  Ravenne,  p.  35,  191  &  196. 


[^i^ote   additionnelle   placée  par  D.   Vaîssetc 
au  tome  V  de  V édition  originale.^ 

Sur   la  Septimanie. 

MASTRUC',  peu  content  des  diverses 
•  opinions  des  savans  sur  l'origine  du 
nom  de  Septimanie,  en  propose  une  nou- 
velle, qu'il  croit  plus  naturelle  &  plus  sim- 
ple. Il  prétend  que  ce  sont  les  Goths  eux- 
mêmes  qui  ont  imposé  ce  nom  au  pays  qu'ils 
occupoient  dans  les  Gaules;  qu'ils  ont  pris 
par  conséquent  ce  nom  du   fond   de  leur 
propre  langue,  &  qu'ainsi  c'est  dans  la  lan- 
gue tudesque  qu'il  faut  chercher  l'étymo- 
logie  du  nom  de  Septimanie;  que  dans  cette 
langue  man  signifie  homme,  &  sée  la  mer; 
que  peut-être  les  Goths  prononçoient  sete 
pour  ^ée  dans  leur  idiome  particulier  :  ainsi, 
ajoute-t-il,  seemans  ou  setemans  aura  signi- 
fié, dans  la  langue  gothique,  les  habitans  de 
la  côte  &  des  pays  maritimes.  De  ce  nom,  les 
habitans  des   Gaules,  qui  parloient  latin, 
auront  fait  Setemanie  ou  Setimani  &  même 
Septimani,  &  auront  par  conséquent  donné 
aux  pays  maritimes  de  Languedoc,  occupés 
par  les  Goths,  le  nom  de  Setimania  ou  Septi- 
mania.W  appuie  cette  étymologie  sur  ce  qu'il 
est  certain,  à  ce  qu'il  prétend,  que  le  nom 
de  Septimanie  n'a  jamais  été  attribué  qu'à 
cette  partie  de  la  Narbonnoise  qui  étoit  si- 
tuée le  long  de  la  mer  Méditerranée,  depuis 
le   cap  de  Creux  en  Roussillon  jusqu'aux 
embouchures  du  Rhône,  à  douze  ou  treize 
lieues  loin  de  la  côte. 

Ce  système  souffre  de  grandes  difficultés. 
M.  Astruc  n'en  trouve  qu'une  seule  qu'il 
s'objecte  :  «  C'est,  dit-il,  que  Sidoine  Apol- 
«  linaire,  qui  a  employé  le  premier  le  nom 
«  de  Septimanie  pour  désigner  le  pays  des 
«  Goths,  l'a  employé  en  473,  dans  un  temps 
«  où  les  Goths  n'étoient  pas  encore  maî- 
«  très  du  bas  Languedoc  ;  &  que  ce  nom, 
«  par  conséquent,  a  été  originairement  em- 
«  ployé  à  désigner  un  pays  très-différent  du 
«  bas  Languedoc,  &  fort  éloigné  de  la  mer 
«  Méditerranée  ;  &  qu'ainsi  c'est  sans  aucun 

'  Mémoires  pour  l'histoire  naturelle  de  Languedoc^ 
p.    141    &  SUIY. 


Éd.oria. 
t.V,^ 
p.  667 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


I2b 


«  fondement,  ou  pour  mieux  dire,  contre 
«  la  vérité  de  l'histoire,  qu'on  prétendroit 
«  conclure  que  ce  nom  signifie  pays  mari- 
ai time,  de  ce  que  le  pays  qui  l'a  porté  dans 
«  la  suite  étoit  effectivement  situé  près  de 
«  la  mer,  puisque  c'est  la  première  accep- 
«  tion  de  ce  nom  qui  en  doit  fixer  la  valeur, 
«  l'origine  &  l'étymologie.  » 

Pour  répondre  à  cette  objection,  M.  As- 
truc  s'efforce  de  prouver  que  les  Goths 
étoient  maîtres  du  bas  Languedoc  en  478, 
lorsque  Sidoine  Apollinaire  écrivit  àAvitus 
la  lettre  où  il  emploie  le  nom  de  Septima- 
nie  :  mais,  quand  il  seroit  vrai  que  les  Vi- 
sigoths  étoient  alors  maîtres  depuis  quel- 
ques années  de  la  Narbonnoise  première, 
ou  de  la  plus  grande  partie  de  cette  pro- 
vince, il  est  certain  qu'ils  dominoient  sur 
plusieurs  autres  pays,  qui  leur  avoient  été 
cédés  par  les  empereurs  romains,  &  que  c'est 
de  ces  pays  dont  Sidoine  a  voulu  parler 
sous  le  nom  de  Septimanie  :  Veterum  finium 
Umlûbus  effractîs,  &c.,  dit  Sidoine  dans  sa 
lettre  à  Avitus.  M.  Astruc  voudroit  persua- 
der qu'il  ne  s'agit  ici  que  des  conquêtes  que 
les  Goths  faisoient  pour  s'approcher  de  la 
Loire  ;  en  sorte  que  les  anciennes  limites  vou- 
droient  dire  les  nouvelles  ;  ce  qu'il  ne  fera 
pas  croire  aisément. 

Mais  ce  n'est  pas  la  seule  objection  qu'on 
peut  faire  contre  son  opinion  :  une  des  plus 
fortes  est,  qu'en  supposant  avec  M.  Astruc 
que  ce  sont  les  Goths  eux-mêmes  qui  ont 
donné  le  nom  de  Septimanie  à  la  Narbon- 
noise première,  ils  ne  s'en  sont  jamais  ser- 
vis dans  aucun  monument,  &  que  ce  nom 
n'a  été  employé  que  par  des  Romains  ou 
des  Gaulois.  En  effet,  on  n'a  qu'à  consul- 
ter le  code  des  lois  Visigothiques,  les  actes 
des  conciles  de  Tolède  &  tous  les  autres 
monumens  de  l'histoire  des  Goths,  on  ne 
trouvera  jamais  qu'ils  aient  employé  le  nom 
de  Septimanie  pour  désigner  leur  province 
des  Gaules  ou  la  Narbonnoise  première, 
tandis  que  Sidoine  &  quelques  autres  Gau- 
lois ou  Latins  se  sont  servis  de  ce  nom 3 
preuve  certaine  que  la  racine  de  ce  nom 
vient  de  septem. 

Une  société  de  gens  de  lettres  qui  s'est 
formée  à  Montpellier,  dont  M.  le  prési- 
dent Bonnier  d'Alco  est  un  des  principaux 
membres,  gens  de  goût  &  d'érudition,  qui 


Note 

AUUIT. 


s'assemblent  une  fois  la  semaine  pour  trai- 
ter différens  sujets  de  littérature,  ayant 
examiné  les  divers  sentimens  sur  l'origine 
du  nom  de  Septimanie,  &  n'en  étant  pas 
satisfaits,  M.  d'Alco  écrivit  à  M.  de  Manda- 
jors  pour  le  consulter.  M.  de  Mandajors, 
dans  sa  réponse,  après  avoir  solidement  ré- 
futé l'opinion  de  M.  Astruc,  en  propose  une 
nouvelle.  Il  convient  que  le  nombre  de 
sept  cités  a  donné  le  nom  à  la  Septimanie, 
&  lui  est  relatif;  &  prétendant  que  Cons- 
tance en  céda  un  plus  grand  nombre  à  Wal- 
lia,  roi  des  Visigoths,  il  suppose  qu'Euric, 
roi  des  Visigoths ,  occupoit  en  473  sept 
cités  de  l'Aquitaine  première,  dans  le  temps 
qu'il  faisoit  divers  efforts  pour  envahir 
l'Auvergne,  huitième  cité  de  cette  province; 
qu'ayant  formé  un  gouvernement  de  ces 
sept  cités,  il  en  gratifia  le  duc  Victor,  &  que 
ces  sept  cités  ont  donné  le  nom  à  la  Septi- 
manie. Il  développe  ensuite  son  opinion  par 
divers  raisonnemens,  que  M.  d'Alco  a  dé- 
battus avec  force  dans  une  réponse  datée 
du  i5  de  juin  de  l'an  1742.  Une  des  objec- 
tions de  M.  d'Alco,  contre  le  système  de 
M.  de  Mandajors,  est  qu'il  suppose  qu'en 
473  les  Goths  étoient  en  possession  du 
Berry.  M.  d'Alco  le  nie,  &  s'appuie  princi- 
palement sur  ce  que  Sidoine,  alors  évéque  Ed.orig. 
de  Clermont  ,  fut  appelé  à  l'élection  de  p.  668 
S.  Simplice,  archevêque  de  Bourges,  à  l'ex- 
clusion des  évêques  soumis  à  la  domina- 
tion des  Goths.  Or,  S.  Simplice  n'a  pu  être 
élu  qu'après  l'an  472;  ainsi  Bourges  étoit 
par  conséquent  alors  sous  la  domination 
des  Romains.  D'ailleurs,  ajoute  M.  d'Alco, 
suivant  Grégoire  de  Tours,  Euric  établit 
Victorius  duc  ou  gouverneur  de  sept  cités 
de  l'Aquitaine  première,  la  quatorzième 
année  de  son  règne  ;  &  l'Auvergne  étoit 
alors  sous  la  domination  des  Goths  suivant 
le  même  historien,  ce  qui  détruit  tout  le  sys- 
tème de  M.  de  Mandajors,  comme  M.  d'Alco 
le  prouve  en  détail. 

M.  d'Alco,  après  avoir  exposé  les  raisons 
qui  lui  font  rejeter  l'opinion  de  M.  de  Man- 
dajors, en  propose  une  nouvelle  dans  sa 
réponse.  Il  suppose  que  l'étymologie  du 
mot  Septimania  vient  de  septem  maenîa  ou 
de  septem  mansiones  ;  c'est-à-dire  de  sept 
villes  murées  ;  &  il  se  contente  de  trouver 
ce  nombre  aux  environs  de  Narbonne,  sans 


Note 

A])DIT. 


126 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


qu'il  soit  nécessaire  que  ces  villes  fussent 
épiscopales.  Or,  ajoute-t-il,  la  métropole 
de  Narbonne,suivantla  division  queWamba, 
roi  des  Visigoths,  fit  de  cette  province  en 
680,  étoit  composée  de  huit  villes  princi- 
pales, savoir  :  Narbonne,  Béziers,  Agde, 
Maguelonne,  Nimes,  Lodève,  Carcassonne 
&  Elnej  &  cette  division  étoit  relative  aux 
plus  anciens  titres,  &  par  conséquent  au 
siècle  où  vivoit  Sidoine  Apollinaire.  Nous 
voyons  d'un  autre  côté,  continue  M.  d'Alco, 
que  l'empereur  Sévère  céda  aux  Visigoths, 
en  462,  toute  la  Narbonnoise  première  jus- 
qu'à Nimes;  à  l'exception  de  cette  dernière 
ville,  qu'Euric  assiégea  plusieurs  années 
après.  Ainsi,  ce  sont  les  sept  villes  de  la 
Narbonnoise  première  cédées  en  462  aux 
Visigoths  par  l'empereur  Sévère  qui  font  la 
Septimanie  qu'on  cherche. 

M.  de  Mandajors,  persistant  dans  son 
opinion  ,  répliqua  aux  objections  de 
M.  d'Alco.  Il  soutient,  entre  autres,  que  les 
Visigoths  étoient  maîtres  de  Bourges  en 
472,  &  que  Grégoire  de  Tours  se  trompe  en 
fixant  la  nomination  de  Victor  au  duché  ou 
gouvernement  de  sept  cités  de  l'Aquitaine 
première  à  la  quatorzième  année  du  règne 
d'Euric.  Il  fait  remonter  cette  nomination  à 
l'an  475  &  ajoute  à  la  fin,  qu'il  ne  peut  se 

persuader  que  la  Septimanie  de  Sidoine  soit  aussi  que  le  nom  de  Septimanie  fut  inventé 
la  même  que  celle  de  la  Narbonnoise  pre-  précisément  cette  année,  ce  qui  n'est  nul- 
mière;  qu'elles  n'ont  de  commun  que  le  lement  vraisemblable;  &  il  paroît,  au  con- 
nom  &  la  domination  des  Goths,  &  que  traire,  que  ce  nom  étoit  en  usage  depuis 
lorsque  ce  mot  de  Septimanie  fut  inventé,  longtemps  :  Saepenumero  Septimaniam  suam 
les  Goths  n'avoient  peut-être  pas  sept  cités  fastîdiunt  fi-  refundunt,  dit  Sidoine  dans  sa 
dans  la  Narbonnoise.  M.  d'Alco  me  fit  lettre  à  Avitus.  Il  est  évident  d'ailleurs  par 
l'honneur  de  me  faire  part  de  cette  dispute,  cette  lettre,  que  la  Septimanie  dont  parle 
dont  il  m'envoya  les  pièces,  le  II  de  mars  de  Sidoine  étoit  l'ancien  domaine  des  Goths 
l'an  1743,  en  me  priant  d'en  dire  mon  sen-  dans  les  Gaules  :  Veterum  finium  limïtibus 
timent,  que  je  pris  la  liberté  de  lui  envoyer  effractis,  est-il  dit  en  parlant  des  Visigoths 
quelque  temps  après;  j'en  rapporterai  ici      qui  s'efforçoient  d'étendre  leur  domination. 


M.  de  Mandajors   &   de  M.  d'Alco  ne  me 
paroissent  pas  plus  solides. 

M.  de  Mandajors  suppose  que  Victor  ne 
fut  pas  le  premier  duc  ou  gouverneur  des 
sept  cités  ou  villes,  qui,  selon  lui,  ont 
formé  la  Septimanie  de  Sidoine,  &  qu'Euric 
en  avoit  nommé  un  autre  avant  lui  :  il  le 
suppose,  &  ne  le  prouve  pas;  mais  en  ad- 
mettant la  supposition,  il  faudra  prouver 
aussi  qu'Euric  créa  ce  gouvernement  de 
sept  cités  de  l'Aquitaine  première,  précisé- 
ment après  la  conquête  du  Berry,  &  avant 
celle  de  l'Auvergne  ;  &  si  cette  création  est 
antérieure  à  la  conquête  du  Berry,  ou  pos- 
térieure à  celle  de  l'Auvergne,  tout  le  sys- 
tème de  M.  de  Mandajors  tombe  entière- 
ment. Mais  si  Victor  n'a  été  nommé  à  ce 
gouvernement  qu'en  476  ou  476,  &  si  ce 
gouvernement  a  été  créé  alors  pour  la  pre- 
mière fois,  comme  il  est  fort  vraisemblable, 
il  est  certain  que  l'Auvergne  appartenoit 
alors  aux  Visigoths,  &  que  ce  pays  faisoit 
une  des  sept  cités  dont  Victor  fut  gouver- 
neur. Il  n'est  pas  non  plus  certain  qu'en 
473  la  ville  de  Bourges  fût  au  pouvoir  des 
Visigoths,  quoiqu'il  paroisse  qu'elle  leur 
fut  soumise  bientôt  après.  Mais  en  suppo- 
sant même  que  la  ville  de  Bourges  étoit  sou- 
mise aux  Visigoths  en  473,  il  faut  supposer 


NoTK 
ADDIT 


le  précis. 

Il  est  certain  qu'il  est  plus  aisé  de  dé- 
truire les  diverses  opinions  qui  ont  paru 
jusqu'ici  sur  l'origine  du  nom  de  Septima- 
nie que  d'en  établir  une  bien  solide,  qui 
soit  à  l'abri  de  toutes  les  difficultés.  J'ai 
discuté  dans  la  Nofe  LVII  du  [présent]  vo- 
lume de  l'Histoire  de  Languedoc,  les  opi- 
nions de  ceux  qui  nous  avoient  précédés, 
avant  que  de  proposer  la  nôtre.  Je  viens 
d'examiner  celle   de  M.  Astruc  :  celles  de 


Or,  quand  même  ces  peuples  auroient  sou- 
mis le  Berry  l'an  470,  l'acquisition  qu'ils  en 
auroient  faite  eût  été  trop  récente,  trois  ans 
après,  pour  que  ce  pays  pût  être  censé  faire 
partie  de  leur  ancien  domaine. 

Quant  à  l'opinion  de  M.  d'Alco,  elle  re- 
vient à  peu  près  au  sentiment  du  P.  le 
Cointe  &  de  M.  de  Valois,  dont  nous  avons 
fait  voir  le  peu  de  solidité  dans  la  Nofe  LVII 
[qui  précède].  M.  d'Alco  rectifie  ce  sys- 
tème en  supposant  que   le   nom   de   Septi- 


Note 

AUUIT, 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


127 


manie  vient:  de  sept  villes  murées  situées 
aux  environs  de  Nar])onne  (septem  maenïaoxi 
septem  mansiones),  cédées  en  462  par  l'em- 
pereur Sévère  au  roi  Théodoric;  mais,  ou- 
tre que  cette  cession  eût  été  trop  récente 
en  473  pour  que  Sidoine  Apollinaire  quali- 
fiât les  limites  de  cette  province  veteres  fines, 
à  l'exclusion  des  plus  anciens  domaines  que 
les  Visigoths  possédoient  dans  les  Gaules, 
dès  qu'on  s'arrête  indifféremment  à  sept 
villes  muréesj  on  peut  assurer  qu'il  y  en 
avoit  un  plus  grand  nombre  dans  l'étendue 
du  pays  cédé  par  Sévère  à  Théodoric;  & 
nous  ne  voyons  aucune  raison  de  préférer 
les  villes  de  Carcassonne,  Agde  &  Mague- 
lonne,  qu'on  met  au  nombre  des  sept,  &  qui 
n'étoient  pas  encore  alors  épiscopales  ou 
capitales,  à  celles  de  Cessera,  Mesua,  Fo- 
rum Domîtîi^  Piscenae  &  autres;  car  Wamba 
régla,  en  680,  les  limites  des  diocèses.  Que 
si  on  prétend  que  ces  sept  villes  étant  chefs 
de  diocèses  sous  le  règne  de  ce  prince,  cela 
doit  remonter  aux  temps  antérieurs;  il 
faudra  faire  voir  qu'elles  l'étoient  sous 
l'empire  de  Sévère,  &  alors  on  embrassera 
d'un  côté  le  système  de  sept  cités  ou  sept 
villes  épiscopales  qui  ont  donné  le  nom  à 
la  Septimanie,  tandis  qu'on  le  rejettera  de 
l'autre.  Non- seulement  on  n'a  aucune 
preuve  que  Carcassonne,  Agde  &  Mague- 
lonne  fussent  décorées  du  titre  de  cités  ou 
td.orig.  de  capitales  de  peuples  en  462,  mais  il  pa- 
p.  669.  roît  certain  qu'elles  ne  le  furent  que  long- 
temps après;  &  cependant  dans  un  temps 
assez  antérieur  au  règne  de  Wamba,  pour 
que  ce  prince  pût  dire  qu'il  avoit  réglé  les 
limites  de  leurs  diocèses ,  conformément 
aux  anciens  monumens. 

Nous  nous  en  tenons  donc,  sur  l'origine 
du  nom  de  Septimanie,  à  l'opinion  que 
nous  avons  proposée  dans  la  Hôte  LVII  du 
présent  volume  de  cette  histoire,  parce  que 
c'est  celle  qui  souffre  le  moins  de  difficul- 
tés :  elle  est  appuyée  sur  le  nombre  de  sept 
cités  ou  sept  peuples,  que  le  patrice  Cons- 
tance céda  au  roi  Wallia  en  419.  Il  est  vrai 
qu'on  oppose  que  les  Romains  cédèrent 
alors  aux  Visigoths,  non-seulement  les  six 
cités  de  l'Aquitaine  seconde,  mais  encore 
quelques  autres  cités  des  provinces  voisines, 
suivant  le  témoignage  de  Prosper,  dans  sa 
Chronique;  ce  qui  surpasse   le  nombre  de 


sept  :  maison  peut  expliquer  la  Chronique 
de  Prosper  par  celle  d'Idace,  qui  dit  que 
Constance  céda  à  Wallia  le  pays  situé  de- 
puis Toulouse  jusqu'à  l'Océan  :  Gothi  per 
Constantium  ad  Gallias revocati,  sedes  inAqui- 
tania,  a  Tolosa  usque  ad  Oceanum  accepe- 
runt ;  en  sorte  que  lorsque  Prosper  dit  que 
Constance  céda  à  Wallia  la  seconde  Aqui- 
taine, on  ne  doit  pas  l'entendre  de  toute 
l'Aquitaine  seconde  en  entier,  mais  de  la 
plus  grande  partie  de  cette  province  :  Cons- 
tantius  patricius  pacem  firmat  cum  Wallia, 
data  ei  ad  inhabitandum  secunda  Aquiiania, 
&  quibusdam  civitatibus  confinium  provincia- 
rum.  Les  provinces  limitrophes  de  l'Aqui- 
taine seconde  étoient  l'Aquitaine  première, 
la  Narbonnoise  première  &la  Novempopu- 
lanie.  Il  est  certain  que  Wallia  ne  posséda 
que  le  Toulousain  dans  la  Narbonnoise 
première,  qui  lui  fut  cédé  parles  Romains, 
&  qu'aucun  pays  de  l'Aquitaine  première  ne 
tomba  au  pouvoir  des  Visigoths  que  sous  le 
règne  d'Euric.  Ainsi,  en  supposant  avec 
Idace,  que  Constance  céda  à  Wallia  la  partie 
de  l'Aquitaine  qui  s'étend  depuis  Toulouse 
jusqu'à  la  mer  Océane,  il  lui  aura  cédé  avec 
cette  ville,  l'Agenois,  le  Bourdelois,  l'An- 
goumois  &  le  Périgord,  qui  font  la  plus 
grande  portion  de  l'Aquitaine  seconde.  Or, 
si  on  joint  à  ces  cinq  peuples  ceux  de  Bazas 
&  de  Lectoure,  situés  le  long  de  la  Garonne 
vers  Bordeaux,  on  trouvera  le  nombre  des 
sept  cités  que  l'on  cherche,  &  la  Chronique 
de  Prosper  s'accordera  avec  celle  d'Idace. 
Nous  embrassons  d'autant  plus  volon- 
tiers ce  système  ainsi  rectifié,  qu'il  a  été 
suivi  depuis  peu  par  un  excellent  critique 
dont  le  suffrage  est  d'un  fort  grand  poids, 
qui  a  fait  une  étude  particulière  de  cette 
matière,  &  qui  a  longtemps  réfléchi  sur  les 
diverses  opinions  touchant  l'origine  du 
nom  de  Septimanie.  C'est  le  célèbre  abbé 
Dubos,  qui  s'exprime  de  la  manière  sui- 
vante dans  son  Histoire  critique  de  la  monav' 
chie  française  '  :  «  Il  s'en  faut  beaucoup  que 
«  les  auteurs  modernes  soient  d'accord  en- 
«  tre  eux  sur  ce  que  signifie,  dans  la  lettre 
«  de  Sidonius  à  Avitus,  le  terme  de  Septi- 
K  manie...  Je  n'entreprendrai  point  de  les 

'   Histoire  critique  de  la.  monarchie  fran^ohe ,  I.  3, 
c.  10,  p.  621  81  suiv,  de  l'édition  de  1742. 


Note 

ADDIT 


Note 


128 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


accorder;  &,  ce  qui  suffît,  eu  traitant  la 
matière  que  je  traite,   je  me  contenterai 
d'observer  que,  dans  le  passage   que  je 
viens   de   rapporter,   Septîmanîe    signifie 
certainement  les  quartiers  que  Constance, 
mort  collègue   de    l'empereur  Honorius, 
assigna  dans  les  Gaules  auxVisigoths,  à 
leur  retour  d'Espagne  en  419.  On   aura 
donné  dans  le  langage  ordinaire,  au  pays 
compris   dans   ces    quartiers,  le  nom  de 
Septimanie,  parce  qu'il  renfermoit,  sui- 
vant l'apparence,  sept  cités  qui  n'étoient 
pas  toutes  de  la  même  province.  Comme 
ces  cités  composoient  à  certains  égards 
un  nouveau  corps  politique,  il  aura  bien 
fallu    lui    trouver  une  dénomination,  un 
nom  par  lequel  on  pût,  lorsqu'on  avoit  à 
en  parler,   le  désigner,  sans  être  obligé 
d'avoir  recours    à    des   circonlocutions. 
Quelles  étoient  ces  cités  ?  Nous  avons  vu 
en  parlant  de  cet  événement  dans  notre 
livre  second,  que  Toulouse  &  Bordeaux 
en  étoient  deux.  Quelles  étoient  les  cinq 
autres  }  Les  cités  qui  sont  adjacentes  à  ces 
deux-là,  de  quelque  province  de  la  Gaule 
que  ce  fût  qu'elles  fissent  partie.  On  aura 
donc  attribué  à  nos  sept  cités  le  nom  de 
Septimanie  par  un  motif  à  peu  près  sem- 
blable à  celui  qui  avoit  fait  donner  en 
droit  public  le  nom  de  Sept  provinces  à 
ces  sept  provinces  des  Gaules  dont  nous 
avons  parlé  à  l'occasion  de  l'édit  rendu 
par  Honorius  en  418.  Ainsi  Sidonius  aura 
écrit,   dans   l'intention    de   donner   une 
juste  idée  de  l'envie  qu'avoient  les  Visi- 
goths  d'être  maîtres  de   l'Auvergne,  que 
pour   y  avoir  des  quartiers,  ils  étoient 
prêts,   à  ce  qu'il  leur  plaisoit  de    dire, 
d'évacuer  &   de    rendre    leurs   premiers 
quartiers.  Quoique  certainement  la  pro- 
position ne  fût  point  faite  sérieusement, 
&  qu'elle  ne  fût  qu'un  simple  discours, 
elle  aidoit  néanmoins  à  faire  voir  que  les 
Visigoths  avoient  une  extrême  envie  de 
posséder  l'Auvergne.  On  se  sera  accou- 
tumé, dès  le  temps  de  Sidonius,  à  dire  la 
Septimanie,  pour  dire  le  pays  tenu  par  les 
Visigoths  ;  ce  qui  aura  été  cause  que  dans 
la  suite,  on  aura  donné  ce  nom  à  d'autres 
pays  qu'à  celui  qui  l'avoit  porté  d'abord  : 
mais  toujours  relativement  à  sa  première 
acception,  c'est-à-dire,    parce  que  ces 


«  pays-là  étoient  tenus  parles  Visigoths.  » 
Dans  un  autre  endroit",  M.  l'abbé  Dubos 
assure  «  qu'il  paroît,  en  faisant  attention  à 
«  la  suite  de  l'histoire,  qu'on  donna  aux 
((  Visigoths,  non  pas  la  seconde  Aquitaine 
«  en  entier,  mais  seulement  une  portion 
«  de  cette  province  &  quelques  cités  de  la 
«  Narbonnoise  première  ou  d'autres  pro- 
«  vinces.  » 


NOTE  LVIII 

Si  Sigismer,  prince  françois,  épousa 
une  fille  d'Euric ,  roi  des  Visi- 
goths. 

SUIVANT  M.  de  Valois',  le  prince  Sigismer, 
dont  Sidoine'  Apollinaire  décrit  l'entrée 
dans  Lyon,  alla  dans  cette  ville  pour  épou- 
ser une  fille  du  roi  Euric  ;  mais  la  manière 
dont  M.  deTillemonf*  s'exprime  surce  sujet 
donne  lieu  de  croire  qu'il  ne  faisoit  pas 
beaucoup  de  fonds  sur  cette  conjecture. 

Nous  avons,  en  effet,  deux  raisons  qui 
nous  font  douter  de  la  vérité  de  ce  mariage  : 
i"  parce  qu'il  est  très-difficile  que  l'an  469% 
qui  est  le  temps  où  Sidoine  fait  mention  du 
voyage  du  prince  Sigismer,  Euric  eût  une 
fille  en  état  d'être  mariée.  Ce  roi  étoit  alors 
assez  jeune;  car  nous  avons  prouvé  ailleurs® 
que  Théodoric,  son  frère  &  son  prédéces- 
seur, étoit  mort  l'an  466,  à  l'âge  d'environ 
trente-cinq  ans  :  or,  Euric  étoit  son  puîné 
de  quelques  années,  puisque  le  prince  Fré- 
déric étoit  entre  eux  deux  '.  D'ailleurs  Euric 
devoit  être  encore  enfant,  lorsqu'en45i  son 
père  Théodoric  I  marcha  contre  Attila;  car 
il  ne  prit  avec  lui  que  ses  deux  fils  aînés 
Thorismond  &  Théodoric,  sans  doute  parce 

'  Histoire  critique  de  la  monarchie  française,  1.  2, 
c.  6,  p.  256. 

*  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  5,  p.  2 1 9 
&.  seq. 

'  Sidoine,  1.  4,  Epist.  20. 

^  Tillemont,  art.  9,  sur  S.  Sidoine. 

^  Tillemont,  art.  9,  sur  S.  Sidoine. 

6  Voyez  Note  LVI. 

'  Jornandès,  c.  36. 


Note 

ADDIT. 


Note 
58 

Ed.orig 

t.  1, 
p.  660. 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


129 


Note 
59 


qu'ils  étoieiit  alors  les  seuls  capables  de 
porter  les  armes.  Nous  verrons  enfin  qu'Ala- 
ricj  fils  aîné  d'Euric,  ne  se  maria  que  vers 
l'an  496^  ainsi  Euric,  en  469,  pouvoit  avoir, 
tout  au  plus,  vingt-cinq  à  trente  ans. 
2°  M.  de  Valois  prétend  prouver  le  ma- 


cette  cession  comme  d'un  article  du  traité 
qui  devoit  être  conclu  entre  ces  deux  prin- 
ces, ii'en  a  parlé  que  sur  un  bruit  fort  in- 
certain &  qu'il  détruit  lui-même  par  ses 
lettres  postérieures.  Mais  les  lettres  de  ce 
prélat  ne   sont  pas    rangées  selon  l'ordre 


riage  de  Sigismer  avec  une  fille  d'Euric,  par  chronologique,  &  telle  qui  est  postérieure 

une  épître  de  Sidoine,  où  il  est  parlé  d'une  à  celle  où  il  parle  de  la  cession  de  l'Auver- 

alliance  entre  les  Visigoths  &  les  François,  giie,  lui  est  antérieure  pour  la  datej  ainsi 

qu'il  croit  avoir  été   cimentée  par  ce  ma-  cela  ne  prouve  rien.  D'ailleurs,  M.  de  Til- 

riage.  Il  est  vrai  que  Sidoine'  fait  entendre  lemont',quia  beaucoup  travaillé  pour  fixer 

que  les   François    demandèrent   la  paix  à  la  chronologie  de  ces  lettres,  ne  doute  pas 

Euric  &  son  alliance  :  Mo(/o  de   superîore  que  l'Auvergne  n'ait  été  cédée  aux  Visigoths 

cum  barbaris  ad  Vachalîm  trementibus  fœdus  par  l'empereur  Népos,  dans  un  traité   de 

Victor  innodat;  &  qu'il  parle   ailleurs'  des  paix. 


Quelle  apparence,  en  effet,  qu'Euric,  qui 
vouloit  à  quelque  prix  que  ce  fût,  terminer 
ses  Etats  par  la  Loire  &  le  Rhône  %  ait  re- 
fusé la  paix  que  les  évêques  de  Provence 
lui  offroient  au  nom  de  l'empereur  à  ces 
conditions,  &  qu'il  y  ait  renoncé  ensuite 
pour  faire  une  paix  moins  avantageuse  dans 
le  temps  qu'il  étoit  le  maître  de  donner  la 
loi?  Peut-on  croire  que  ce  roi, par  le  traité 
qu'il  conclut  avec  S.  Épiphane,  ait  aban- 
donné toutes  ses  conquêtes  qu'on  vouloit 
lui  laisser  auparavant,  pour  se  renfermer 
dans  les  bornes  étroites  de  l'ancien  domaine 
des  Visigoths  dans  les  Gaules  ?  Car,  si  Né- 
pos ne  lui  eût  pas  cédé  les  pays  qu'il  avoit 
conquis,  Euric  se  seroit  presque  vu  réduit 
à  la  seule  province  ecclésiastique  de  Bor- 
deaux &  au  pays  toulousain.  Enfin,  y  a-t-il 
quelque  vraisemblance  que  Sidoine  ne  fût 
pas  instruit  des  .articles  de  paix  proposés 
au  roi  des  Visigoths  son  voisin  par  les  évê- 
ques de  Provence,  lui  qui  étoit  si  intéressé 
&  si  attentif  à  savoir  tout  ce  qui  se  passoit 
là-dessus?  Nous  ne  doutons  pas  que,  par  le 
traité  que  Népos  conclut  avec  ce  prince,  il 
ne  lui  ait  cédé  l'Auvergne  avec  toutes  ses 
suader  que  l'empereur  Népos  ait  nouvelles  conquêtes,  &  qu'Euric  n'ait  alors 
cédé  l'Auvergne  au  roi  Euric  par  un  traité  borné  ses  Etats  dans  les  Gaules  par  la 
solennel  :  il  aime  mieux  croire  que  ce  roi  Loire,  le  Rhône,  l'Océan,  la  Méditer- 
s'empara  de  ce  pays  par  les  armes.  Sa  raison  ranée  &  les  Pyrénées  5  ce  qui  faisoit  l'uni- 
est  que  Sidoine'',  dans  sa  lettre  à  Grec,  évê-  que  objet  de  son  ambition.  Outre  la  fin  de 
que  de   Marseille,  où  il    fait   mention    de      la  harangue   de  S.  Epiphane'  à  ce  prince 


mêmes  peuples  comme  si  ce  prince  les 
avoit  domptés  : 

Hic  tonso  occipiti  senex  Sicamber, 
Postquam  victus  es,  elicis  retrorsum 
Cervicem  ad  veterem  novos  capillos. 

Mais  rien  de  tout  cela  ne  prouve  une  al- 
liance entre  les  Visigoths  &  les  François, 
formée  par  le  mariage  de  Sigismer  avec  la 
fille  du  roi  Euric.  Il  est  au  contraire  plus 
vraisemblable  que  ce  prince  françois  n'alla 
à  Lyon,  &  n'y  fit  son  entrée  que  pour  épou- 
ser la  fille  d'un  roi  des  Bourguignons,  alors 
maîtres  de  cette  ville. 


NOTE  LIX 

Eclair  cîs  se  mens  sur  quelques  endroits 
de  la  vie  d'Euric  6*  sur  sa  famille. 


I. 


Ti  «•    DE  Valois'  a  de  la  peine  à  se  per- 


NoTB 

59 


'Sidoine,  1.  8,  Epist.  3. 

'  Sidoine,  1.  8,  Epist.  9. 

'  Adrien  de  Valois,  Kerum/'rancicarKm  1.  5,  p.  226. 

*  Sidoine,  1.  7,  Epist.  7. 


'  Tillemont,  art.  22  &  27,  sur  S.  Sidoine;  art.  8, 
sur  Fauste  de  Rie^. 

'  Sidoine,  I.  3,  Epist.  i  ;  1.   7,  Epist.   i. 

'  Ennodius,  Fie  de  S.  Èpiphane,  p.  i665   &  suit. 


II. 


Note 
59 


i3o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


qui  nous  donne  lieu  de  le  croire,  nous  avons 
l'autorité  de  Jornandès,  qui,  parlant  des 
conquêtes  d'Euric  dans  les  Gaules  &  en 
Espagne,  durant  la  décadence  de  l'Empire, 
dit  qu'il  soumit  alors  ces  provinces  à  son 
propre  domaine,  ce  qui  prouve  qu'il  étoit 
censé  tenir  de  l'Empire  ce  qu'il  en  possé- 
doit  auparavant  :  Euricus  '  rex  Vesegotharum 


Appendix  est  souvent  fautif,  il  peut  y  avoir 
une  erreur  dans  cet  endroit  comme  dans 
les  autres.  Il  est  constant,  en  effet,  que 
Alaric  II,  fils  &  successeur  d'Euric,  étoit 
le  2  de  février  &  au  mois  de  septembre  do 
l'an  5o6  dans  la  vingt-deuxième  année  de 
son  règne'.  Il  put  l'avoir  commencé  par 
conséquent  &  avoir  succédé  à  son  père  au 
Cd.orig.  Romani  regni  vaccillationem  cernens,  Arela-  mois  d'octobre  de  l'an  484,  ce  qui  approche 
p.  ôô'i,    tum  &  Massiliampropriae  subdidit  ditioni.  Et      plus  du  calcul  d'Isidore",  qui   met  la  mort 

ensuite  :  Euricus...  totas  Hispanias  Gallias-      de  ce  dernier  prince  VEre  Su  ou  l'an  488 

que  sibi  jam  JURE  PROPRIO  tenens  simulquo-      deh-C.,la  dixième  année  de  l'empereur  Zenon, 

que  &  Burgundiones  subegit.  &  qui  lui  donne  dix-sept  ans  de  règne  :  car 

II.  L'époque  de  la  soumission  de  la  Pro-      en  supposant  avec  le  P.  Pagi  qu'Euric  no 

vence   à  Euric  souffre  quelque  difficulté. 

L'auteur  de  VAppendix  de  la  Chronique  de 

Victor  '  de  Tunes,  dans  les  éditions  que  nous 

en  avons,  place  la  prise  des  villes  d'Arles  & 

de  Marseille  par  ce  roi  sous  le  consulat  de 

Jean  &  de  Sévère,  c'est-à-dire  sous  l'an  470, 

tandis   qu'il   est'   certain  que  la  Provence 

obéissoit  alors  &  encore  longtemps  après 

aux  Romains,  &  qu'elle  ne  fut  soumise  aux 


Visigoths  queversran48i.Mais  ilfautpren- 
dre  garde  que  cet  Appendix  ou  ces  Additions 
à  la  Chronique  de  Victor  de  Tunes,  faites 
par  un  Goth  ou  Espagnol,  ayant  été  ajou- 
tées à  la  marge  des  manuscrits  de  Victor, 
il  aura  été  aisé  aux  copistes  postérieurs  de 
se  tromper,  &  de  transposer  sous  un  consu- 
lat ce  qui  avoit  été  rapporté  sous  un  autre. 
Nousavonsplusieurs  exemples  d'unesembla- 
ble  transposition  dans  le  même  Appendix. 
III.  Jornandès''  dit  qu'Euric   mourut  la 


commença  de  régner  que  l'an  467,  &  qu'il 
est  mort  l'an  486,  il  auroit  dû  avoir  alors 
près  de  dix-huit  ans  de  règne,  ce  qui  ne 
peut  s'accorder  avec  Isidore. 

IV.  Les  vers  que  Sidoine'  fit  pour  une 
coupe  qui  devoit  être  présentée  à  la  reine 
Ragnahilde,  nous  donnent  lieu  de  croire 
après  le  P.  Sirmond  ^,  que  cette  princesse 
étoit  femme  d'Euric.  Quelques  auteurs^  pré- 


tendent cependant  qu'elle  avoit  épousé 
Théodoric  II ,  frère  &  prédécesseur  de  ce 
prince.  Ils  croient  en  trouver  la  preuve 
dans  les  vers  suivans  de  Sidoine  "  : 


Sic  tibi,  cui  rex  est  genitor  socer  atque  maritus, 
Natus  rex  quoque  sit  cum  pâtre  postque  patrem. 


Ils  infèrent  de  là  que  Ragnahilde  n'avoit 
point  d'enfant,  &  que  l'inscription  lui  en 
dix-neuvième  année  de  son  règne.  Il  sera  souhaite  un,  ce  qui  convient,  continue-t-on, 
donc  décédé  en  484,  en  supposant,  comme  à  Théodoric  II,  qui  mourut  sans  postérité  : 
nous  l'avons'  dit  ailleurs,  qu'il  commença  mais  il  paroît  que  ces  vers  ne  disent  rien 
de  régner  l'an  466.  Le  P.  Pagi%  après  avoir  moins  que  cela,  &  qu'au  contraire,  le  poëte 
prouvé  que  ce  prince  dut  mourir  avant  le  souhaite  que  le  fils  de  Ragnahilde  règne  un 
2  de  février  de  l'an  486,  prétend  cependant  jour  avec  son  père  &  après  son  père  ;  fondé 
qu'il  décéda  cette  même  année,  parce  que  sans  doute  sur  les  exemples  funestes  qu'on 
VAppendix  de  la  Chronique  de  Victor  de  avoitdéjàvus  dans  lafamille  de  Théodoric  I, 
Tunes  rapporte  sa  mort  sous  l'an  485.  Mais  dont  les  enfans,  poussés  par  l'ambition  de 
comme  le  P.  Pagi  prouve'  ailleurs  que  cet      régner,  s'étoient   égorgés   les  uns  les  au- 


NOTE 


'  Jornandès,  c.  47. 

'  Victor  de  Tunes,  éd.  Scaliger,  &  Hlsp.  lllust.  t.  4. 

'  Tillemont,  art.  8,  sur  Fauste  de  Rie^. 

''Jornandès,  c.  47. 

5  Voyez  Note  XCVI. 

"  Pagi,  ad  ann.  485,  n.  24. 

'  Pagi,  ad  ann.  477,  n.  20. 


'  Voyez  Note  LXII  n.  3. 
'Isidore,  Ckronicon,  p.  719  &  seq. 
^  Sidoine,  1.  4,  Epist.  8. 
''  Sirmond,  not.  Concil.  Gall.  p.  78. 
^  Cliabanel,  Antiquités   de  la  Daurade,  c.    8.    — 
Catelj  Mémoires  de  l'Histoire  de  Languedoc,  p.  471 
'^  Sidoine,  1.  4,  E/ist.  8. 


Note 
59 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i3i 


Note 
ùo 


très.  Le  dernier  vers  peut  donc   regarder 
Alaric  II,  fils  d'Euric. 

V.  Quanta  ce  qu'ajoute  Chabanel",  que 
cette  reine  fut  inhumée  dans  le  cimetière 
de  l'église  de  la  Daurade,  qu'il  estvraisem- 
blable  qu'elle  étoit  catholique,  &  qu'elle  ou 
le  roi  son  époux  fit  construire  ou  du  moins 
agrandir  cette  église,  ce  sont  de  pures 
conjectures  qui  n'ont  aucun  fondement. 
Quelle  apparence  que  l'épouse  d'un  roi 
aussi  zélé  arien  qu'Euric,  &  sans  doute 
arienne  elle-même,  ait  fait  bâtir  cette  église, 
ou  bien  le  roi  Théodoric  ,  son  prétendu 
mari ,  à  moins  que  ce  n'eût  été  pour  ceux  de 
leur  secte,  sur  quoi  nous  n'avons  aucun  mo- 
nument. Il  est  vrai  que  Chabanel  croit  que 
Ragnahilde  étoit  catholique  parce  qu'elle 
étoit  fille  d'un  roi  des  Bourguignons  :  il 
se  trompe,  ces  peuples  professoient  alors 
l'arianisme. 


NOTE  LX 

Epoque  de  l'entrevue  de  Clovîs 
6"  d' Alaric. 

GRÉGOIRE  de  Tours',  qui  rapporte  ce 
qui  se  passa  à  l'entrevue  de  Clovis  avec 
Alaric,  ne  dit  rien  qui  puisse  en  fixer  l'épo- 
que. Il  est  vrai  qu'il  en  parle  immédiate- 
ment après  la  guerre  que  le  premier  fit  aux 
Bourguignons  en  5oo  &  5oi.  Mais  on  sait 
qu'il  n'y  a  rien  de  fixe  pour  la  chronologie 
dans  l'ordre  des  faits  rapportés  par  cet 
historien.  En  effet,  il  place  dans  le  chapi- 
tre suivant  l'exil  de  S.  Quentin,  évêque  de 
Rodez,  après  cette  conférence  &  avant  la 
bataille  de  Vouglé,  donnée  l'an  507.  Mais 
il  est  certain  '  que  cet  évéque  ne  fut  exilé 
que  l'an  5ii.  N'ayant  donc  aucune  preuve 
précise  de  l'époque  de  cette  conférence, 
nous  croyons  qu'il  est  très-vraisemblable 
qu'elle  se  tint  peu  de  temps  après  les  négo- 

'  Chabanel,   Antiquités  de  la  Daurade,  c.  8. 
'  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1,  2,  c.  35. 
'  Adrien    de    Valois,    Rerum    Francicarum  1.  6, 
p.  268  &  seq. 


Note 
60 


ciations  de  Théodoric,  roi  d'Italie,  pour  ac- 
commoder les  différends  qui  s'étoient  élevés 
entre  Clovis  &  Alaric,  &  qu'elle  en  fut  une 
suite,  contre  le  sentiment  du  P.  Daniel  & 
de  nos  historiens  modernes,  qui  prétendent 
qu'elle  fut  postérieure  à  la  guerre  de  Clovis 
contre  les  Bourguignons,  &  qu'elle  précéda 
immédiatement  les  nouveaux  différends  qui 
s'élevèrent  entre  les  deux  rois,  &  qui  fu- 
rent suivis  de  la  défaite  &  de  la  mort  du 
dernier  à  la  bataille  de  Vouglé. 

Suivant  ce  que  nous  venons  de  dire, cette 
conférence  dut  se  tenir  vers  la  fin  de  l'année 
498  ou  au  commencement  de  la  suivante , 
car  le  P.  Daniel  a  démontré'  que  les  négo- 
ciations de  Théodoric,  pour  accommoder  les 
premiers  différends  des  rois  des  François  & 
des  Visigoths,  précédèrent  la  guerre  que 
Clovis  fit  aux  Bourguignons  l'an  5oo.  Nous 
pouvons  ajouter  deux  nouvelles  raisons  à 
celles  que  cet  auteur  en  a  données. 

La  première,  c'est  que  Cassiodore,  le  seul 
qui  ait  parlé  de  ces  négociations,  dont  les 
lettres  qui  regardent  la  même  matière  sont 
ordinairement  de  suite,  rapporte  celles  qui 
concernent  cette  affaire  immédiatement 
après  la  dernière  du  second  livre.  Or,  Théo-  Éd.ortg. 
doric  écrivit  celle-ci  à  Clovis  au  sujet  des  p.'eô'a. 
Allemands  qui  s'étoient  réfugiés  en  Italie 
après  la  bataille  de  Tolbiac.  Ainsi  cette  der- 
nière lettre  étant  de  l'an  497  au  plus  tard, 
les  suivantes  ne  doivent  pas  être  fort  éloi- 
gnées de  cette  date. 

La  seconde  raison  est  que  Théodoric, 
ayant  toujours  été  ennemi  des  Bourguignons 
&  que  s'étant  ligué  avec  Clovis  contre  Gon- 
debaud,  leur  roi,  depuis  l'an  5oo,  il  n'y  a 
aucune  apparence  qu'il  se  fût  adressé  à  ce 
dernier  pour  l'engager  à  devenir  le  média- 
teur des  différends  de  l'autre  avec  Alaric,  & 
le  porter  à  s'unir  avec  lui  contre  les  Fran- 
çois. 

Il  paroît  donc  certain  qu'il  s'éleva  un  dif- 
férend entre  Clovis  &  Alaric  avant  l'anSooj 
que  Théodoric,  roi  d'Italie,  s'employa  pour 
réconcilier  ces  deux  princes  j  que  ses  soins 
ne  furent  pas  inutiles,  &  que  les  deux  rois 
conclurent  enfin  la  paix.  Le  P.  Daniel  con- 

'  Le  P.  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i ,  p.  3o,  & 
Chronol,  du  règne  de  Clovis,  à  la  fin  du  même  vo- 
lume. 


Note 
60 


l32 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
61 


vient  de  tout  ceci,  &  il  établit  la  paix  &  la 
réconciliation  d'Alaric  &  de  Clovis  dans 
cette  occasion  sur  l'autorité  de  Procope 
qu'il  cite  en  marge.  Mais,  en  supposant, 
comme  il  fait,  que  l'entrevue  des  deux  rois 
dont  parle  Grégoire  de  Tours  fût  posté- 
rieure à  la  guerre  des  François  contre  les 
Bourguignons,  ou  à  l'an  5oo,  il  est  obligé  de 
multiplier  sans  aucune  iiécessité  les  que- 
relles &  les  réconciliations  entre  Clovis  & 
Alaric.  Or,  nous  n'avons  aucune  preuve 
certaine  que  ces  deux  princes  se  soient 
brouillés  &  raccommodés  si  souvent.  Il  est, 
au  contraire,  bien  plus  naturel  de  croire 
qu'après  leur  première  réconciliation  par 
l'entremise  de  Théodoric,  ils  n'eurent  aucun 
nouveau  différend  jusqu'à  celui  qui  servit 
de  prétexte  au  premier  pour  déclarer  la 
guerre  à  l'autre,  durant  laquelle  ce  dernier 
perdit  la  vie. 

Quant  aux  circonstances  de  l'entrevue  de 
ces  deux  rois  rapportées  par  Roricon,  Ai- 
moin  &  la  Chronique  attribuée  à  Idace  dans 
la  collection  de  Canisius  ',  il  n'y  a  qu'à  les 
lire  pour  être  persuadé  de  leur  supposition. 
C'est  pourquoi  nous  n'en  avons  fait  aucun 
cas,  à  l'exemple  de  nosplus  habiles  critiques. 


NOTE  LXI 

Si  S.  Eugène  fonda  un  monastère  dans 
V  Albigeois  y  6»  sur  les  actes  de  sainte 
Carissimej  vierge. 

I.T  ESPP.Mabillon',Ruinart'&deSainte- 
i-'Marthe''  nefontpas  difficulté  de  croire 
que  S.  Eugène,  évèque  de  Carthage,  ait 
fondé  un  monastère  dans  les  Gaules  &  dans 
le  lieu  de  son  exil;  c'est  là  l'origine  qu'ils 
donnent  au  monastère  de  Vieux  (Fiancium) 
en  Albigeois.  La  seule  preuve  qu'ils  en  ont 


n'est  appuyée  cependant  que  sur  le  propre 
du  diocèse  d'Albi  qui  portoit  autrefois'  que 
S.  Eugène  exilé  dans  les  Gaules^  ayant  éta- 
bli sa  demeure  dans  V Albigeois,  y  avoit  bâti 
un  monastère  auprès  du  sépulcre  du  martyr 
S.  Amarand,  où.  cet  évèque  de  Carthage  étoit 
mort  après  bien  des  travaux  &  des  peines.  On 
a  supprimé  tout  cela  dans  la  nouvelle  édi- 
tion de  ce  propre,  réformé  &  imprimé 
en  1703,  par  ordre  de  feu  M.  de  la  Ber- 
chère,  archevêque  d'Albi,  &  on  n'a  mis  pour 
leçons  le  jour  de  la  fête  du  saint,  que  le  pur 
texte  de  Grégoire  de  Tours.  Il  est  vrai  qu'on 
lit  encore  dans  le  nouveau  propre,  au  2 
d'octobre,  fête  de  S'®  Carissime,  que  cette 
sainte  alla  mourir  au  monastère  de  Vieux  fondé 
par  S.  Eugène,  &c. 

La  fondation  de  ce  monastère  n'étant 
donc  uniquement  appuyée  que  sur  la  lé- 
gende de  l'église  d'Albi,  cette  autorité  ne 
nous  paroît  pas  assez  forte  pour  nous  empê- 
cher de  donner  ici  les  raisons  que  nous 
avons  d'en  douter. 

La  principale  est  le  silence  de  Grégoire 
de  Tours  qui  parle  assez  au  long  de  S.  Eu- 
gène en  deux  différens  endroits  de  ses  ou- 
vrages, sans  dire  un  mot  du  monastère  de 
Vieux.  Or,  il  semble  qu'il  en  auroit  dû  dire 
quelque  chose,  surtout  s'il  avoit  été  cons- 
truit sur  le  tombeau  de  S.  Amarand,  martyr, 
dont  il  parle'  aussi  fort  au  long;  car  il 
n'oublie  pas  de  faire  mention  des  monas- 
tères bâtis  de  son  temps  sur  les  sépulcres 
des  saints  martyrs.  Il  y  a  quelque  chose  de 
plus,  c'est  que  cet  historien  paroît  dire  le 
contraire;  car  quoiqu'il  rapporte'  dans  son 
Histoire  que  S.  Eugène  fut  exilé  dans  la 
ville  d'Albi,  &  qu'il  y  mourut,  il  dit  cepen- 
dant dans  son  livre  de  la  Gloire^  des  martyrs 
que  ce  saint  évèque  de  Carthage  ayant  eu 
révélation  du  jour  de  sa  mort,  il  alla  au 
tombeau  de  S.  Amarand,  &  qu'il  y  rendit 
son  âme  à  Dieu  :  or,  on  convient  que  le 
tombeau  de  S.  Amarand  étoit  à  Vieux,  lieu 
éloigné  d'Albi  de  plus  de  trois  grandes  lieues. 


Note 
<5. 


'  Canisius,  Antlq.  lect,  t.  2,  nov.  edit.  —  Voyez 
Ruinart,  in  Greg.  Turon.-p.  709  &  seq. 

'  Mabillon,  Annales,  t.  4,  p.  33. 

'  Ruinart,  Historïa  persecut.  Vandal'icae,  part.  2, 
c.  8,  n.  7,  8c  not.  in  Greg.  Turon.  p.  787  &  seq. 

*  Gallia  Christiana,  nov.  edit.  t.    i,    p.  45  &  46. 


'  Ruinart,  Historïa  persecut.  Vandalicae,  part.  2 
c.  8,  n.  7. 

"  Grégoire  de  Tours,  de  Glor.  mart.  1.  i,  c.  67 
&  seq. 

'  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1.  2,  c.  3. 

^  Grégoire  de  Tours,  de  Glor.  mart.  1.  1,  c.    53. 


Note 
61 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


lys 


Si  donc  ce  saint  a  passé  le  temps  de  son 
exil  dans  cette  ville,  il  ne  peut  avoir  de- 
meuré à  Vieux ,  &  y  avoir  fondé  un  mo- 
nastère. 

Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  dans  la 
suite  du  temps  on  bâtit  un  monastère  dans 
ce  lieu  sur  les  tombeaux  des  SS.  Amarand, 
Eugène,  &c.,  de  même  qu'on  en  bâtit  plu- 
sieurs autres  dans  les  Gaules,  sur  les  sé- 
pulcres des  saints  martyrs,  comme  ceux  de 
S.Julien  de  Brioude,  de  S.  Saturnin  de  Tou- 
louse, de  S.  Bausile  de  Nimes  ,  de  S.  Ti- 
béri  de  Cessera,  de  S.  Privât  de  Javoux  ou 
de  Mende,  &c.;  mais  on  n'a  aucun  monu- 
ment de  celui  de  Vieux  qui  remonte  au- 
dessus  du  dixième  siècle,  quoique  vraisem- 
blablement il  ait  pu  avoir  été  fondé  aupa- 
ravant, sans  que  nous  sachions  pourtant 
que  S.  Eugène  en  ait  été  le  fondateur. 

Au  reste,  les  auteurs  '  qui  mettent  sous 
l'an  1464  la  translation  dans  la  cathédrale 
d'Albi  des  reliques  de  S.  Amarand, de  S.Eu- 
gène &  des  autres  saints  qui  jusqu'alors 
avoient  été  conservées  à  Vieux,  se  trompent, 
puisqu'elle  ne  fut  faite  qu'en  1494,  sous 
Louis  d'Amboise,  évêque  d'Albi,  comme  on 
peut'  le  voir  dans  le  nouveau  propre  du 
diocèse.  D'ailleurs,  ce  prélat  n'occupa  ce 
siège  que  depuis  l'an  1478  jusqu'en  i5o2. 

II.  Quant  aux  actes  de  S*"^  Carissime 
insérés  dans  le  bréviaire  d'Albi',  ils  ne  sont 
guère  propres  à  nous  donner  des  éclaircis- 
semens  sur  l'époque  de  la  fondation  du  mo- 
nastère de  Vieux,  ou  sur  la  vie  de  cette 
sainte.  Ils  portent  qu'elle  naquit  à  Albi 
d'Aspasius  &  d'Hélène,  personnes  nobles^ 
qu'inspirée  du  Saint-Esprit,  elle  fit  vœu  de 
virginité;  que  s'étant,  par  cette  démarche, 
attiré  la  persécution  de  ses  parens  qui  vou- 
Ed.orig.  [oient  la  marier  à  Hugolîn  de  Châteauvîeux 
p.  663.  (c/e  Castro  veteri),  elle  se  retira  sous  la  con- 
duite d'un  ange  dans  un  bois  où  elle  de- 
meura cachée  pendant  trois  ans,  sans  que  le 
lieu  de  sa  retraite  fût  connu  de  personne 
que  de  sa  nourrice,  qui  lui  apportoit  de 
temps  en  temps  un  pain  d'orge  pour  sa 
nourriture;  que  Carissime- ayant  ressuscité 

'  Riiinart,  H'istoria  persecut.   Vandaîicae,  part  2, 
c.  8,  n.  7.  — Voyez  aussi  Tillemont. 
'  Gallia  Christiana,  nov.  edit.  t.  I. 
^  Propre  d'Albi,  p.  280  &  23i. 


la  fille  de  cette  nourrice,  &  craignant  d'être 
découverte  par  ce  miracle,  elle  passa  la 
rivière  de  Tarn,  malgré  l'opposition  des 
démons;  qu'après  avoir  erré  dans  des  lieux 
déserts  &  pleins  de  forêts,  elle  trouva  enfin, 
par  miracle,  S.  Eugène  exilé  dans  ces  lieux, 
auquel  elle  se  joignit;  qu'ayant  marché  de 
compagnie,  ils  arrivèrent  au  voisinage  de  la 
rivière  de  Vère,  où  ce  saint  avoit  commencé 
à  bâtir  un  monastère;  qu'enfin  la  sainte, 
après  avoir  passé  sept  ans  auprès  de  lui,  eut 
révélation  du  jour  de  sa  mort,  dont  elle 
avertit  ce  saint  évêque  qui  la  fit  inhumer 
dans  son  monastère.  Telle  est  la  légende  de 
S'''  Carissime;  mais  si  S.  Eugène  n'a  pas 
fondé  le  monastère  de  Vieux,  comme  il  y  a 
apparence,  ces  actes,  qui  assurément  ne 
ressentent  pas  la  simplicité  du  commence- 
ment du  sixième  siècle,  n'auront  pas  beau- 
coup d'autorité,  &  il  est  évident  par  le  nom 
d'Hugolin  de  Châteauvieux ,  le  prétendu 
futur  époux  de  S'"  Carissime,  qu'ils  sont 
postérieurs  au  onzième  siècle  où  les  noms 
propres  des  familles  ont  commencé  d'être 
en  usage'. 


NOTE  LXII 

Sur  quelques  circonstances  de  la  ba- 
taille de  Vouglé  6»  l'époque  de  la 
mort  d'Alaric  II,  roi  des  Visigoths. 


N( 
ce  que  rapporte  Roricon  '  des  circons- 
tances de  la  bataille  de  Vouglé.  Cet  histo- 
rien est  trop  peu  accrédité,  au  sentiment 
des  meilleurs  critiques',  pour  qu'on  puisse 
compter  sur  la  vérité  des  faits  qu'il  avance  : 

•  M.  Élie-A.  Rossignol,  dans  ses  Monographies 
communales  du  département  du  Tarn  (t.  3,  p.  32o), 
s'est  entièrement  rangé  à  l'avis  de  dom  Valssète.  On 
peut  voir  dans  cet  ouvrage  une  intéressante  notice 
sur  le  monastère  de  Vieux,  dont  le  titre  abbatial 
fut  supprimé  avant  la  fin  du  dixième  siècle,  &  dont 
les  biens  furent  réunis  à  ceux  de  l'abbaye  d'Auril- 
lac,  en   1078,  par  Frotard,    évêque  d'Albi.    [E.  M.J 

'  Roricon,  1.  4,  t.  i,  dans  Duchesne. 

3  Le  Long,  Bièl.  n.  6563. 


Note 
61 


Note 
62 


Note 
62 


184 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ainsi  nous  sommes  surpris  qu'un  de  nos 
historiens  '  modernes  qui  en  fait  le  moins 
de  cas,  ait  pourtant  puisé  dans  son  ouvrage 
l'ordonnance  &  plusieurs  circonstances  de 
cette  fameuse  bataille. 

Le  P.  le  Long'  conjecture  fort  vraisem- 
blablement que  cet  auteur,  qui  a  amplifié 
ce  qu'il  a  trouvé  de  Clovis  dans  Grégoire  de 
Tours  &  dans  l'auteur  anonyme  des  Gestes 
des  rois  de  France  ,  ne  vivoit  que  dans  le 
onzième  siècle.  C'est  ce  qu'on  peut  inférer 
de  son  quatrième  livre,  où  il  fait  mention  ' 
de  Perpignan,  dont  il  prétend  que  ce  roi 
fit  la  conquête  ;  car  le  nom  de  cette  ville  est 
inconnu"*  avant  le  dixième  siècle. 

II.  Il  est  faux  qu'Apollinaire,  fils  du  fa- 
meux S.  Sidoine,  évêque  de  Clermont,  ait 
été  tué  à  la  bataille  de  Vouglé,  comme  le 
P.  Daniel',  trompé  par  Mariana,  l'a  avancé. 
Il  est  constant  par  Grégoire  de  Tours®  que 
ce  noble  Auvergnat  fut  élu  évêque  de  Cler- 
mont  la  quatrième  année  après  la  mort  de 
Clovis,  &  par  conséquent  longtemps  après 
la  bataille  de  Vouglé'. 

III.  Isidore*  donne  vingt-trois  ans  de  rè- 
gne à  Alaric,  c'est-à-dire  que  ce  roi  mourut 
en  507,  dans  la  vingt-troisième  année  de 
son  règne.  Nous  savons,  en  effet,  tant  par 
l'avertissement  de  ce  prince  qui  est  à  la 
tête  du  Code  Théodosien,  que  par  les  actes 
du  concile  d'Agde,  qu'au  mois  de  février  & 
au  commencement  de  septembre  de  l'an  5o6, 
il  n'étoit  encore  que  dans  la  vingt-deuxième 
année  de  son  règne  •  ce  qui  prouve  qu'il  dut 
le  commencer  en  484. 

IV.  Nous  ne  nous  arrêtons  pas  à  faire 
remarquer  ici  que  Procope  '  s'est  trompé,  en 
mettant  la  défaite  d'Alaric  par  Clovis  auprès 
de  la  ville  de  Carcassonne  assiégée  par  les 
François.  D'autres  l'ont  remarqué  avant 
nous. 


'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.   1,  p.  46. 

•  Le  Long,  Bïbl.  n.  6568. 

'  Roricon,  L  4,  t.  i,  dans  Duchesne,  p.  816. 

^  Marca  Hispanica,  p.  21,  458. 

^  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  1,  p.  47. 

®  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1.  3,  c.  2. 

"  Voyez,  à  la  suite  de  cette  Note,  la  Note  addition- 
nelle, placée  par  D.  Vaissète  au  tome  V  de  l'édition 
originale. 

*  Isidore,  Chronicon,  p.  720. 

®  Procope,  de  Bello  Gothorum,  1.  1. 


£Note  additionnelle  de  D.  Vaissète,  placée  dans 
le  tome  V  de  l'édition  originale.} 

Sur  Apollinaire j  évêque  de  Clermont. 

MAUDIGIER ,  chanoine  de  Clermont  en 
•  Auvergne,  dans  une  dissertation  ma- 
nuscrite qui  nous  a  été  communiquée  sur 
l'origine    de    la  maison    des    Apollinaires, 
combat  le  sentiment  commun,  &  soutient 
qu'Apollinaire ,  fils   de   S.  Sidoine  Apolli- 
naire, évêque  de  Clermont,  fut  tué  en  507, 
à  la  bataille  de  Vouglé,  à  la  tête  de  dix  mille 
Auvergnats  qu'il  avoit  conduits  au  secours 
d'Alaric,  roi  des  Visigoths,  &  qu'il  fut  père 
d'Apollinaire ,  élu  évêque  de  Clermont  en 
5i5,  &  d'Alcime.    Il   prétend   que,  suivant 
Grégoire  de  Tours,  il  ne  se  sauva  pas  un 
seul    de  ces  Auvergnats  de   la  bataille,  & 
qu'Apollinaire  y  périt  comme  les  autres.  De 
plus,  ajoute-t-il,  si  Alcime,  sœur  d'Apolli- 
naire, élu  évêque  de  Clermont  en  5i5,  eût 
été  fille  de  S.  Sixioine,  ce  dernier,  qui  dans 
ses  lettres  nous  a  fait  connoître  Sévériane 
&  Rosia  ses  filles,  auroit-il  oublié  d'en  faire 
aussi  mention  >  Mais,   1°   il  est  faux    que 
Grégoire  de  Tours  dise  que  tous  les  Auver- 
gnats qu'Apollinaire   conduisit   au  secours 
d'Alaric,  &  Apollinaire  lui-même  aient  péri 
à  la  bataille  de  Vouglé  ;   on  en  jugera  par 
l'endroit  de  cet  historien  :  Maximus'  îbi 
tune  Arvernorum  populus,  qui  cum  Apollinare 
venerat,  &  primi  qui  erant  ex  senatoribus  cor- 
ruerunt.  Les  derniers  éditeurs  de  Grégoire 
de  Tours  conjecturent  avec   raison,  qu'au 
lieu  àe  primi,  il  faut  lire  plurimi;  ce  qu'on 
peut  confirmer  par  le  passage  parallèle  de 
l'auteur  des  Gestes  des  rois  de  France''^  qui 
l'avoit  pris  de  Grégoire  de  Tours  :  Maximus 
autem  tune  ibi  Arvernorum  populus^  qui  cum 
Apollinare    duce  venerat,   corruit  in   gladio 
Francorum  cum  senatoribus  multis.  Un  grand 
nombre  n'est  pas  tous  3  &  il  n'y  a  rien  dans 
ces  passages  qui  puisse  faire  croire  qu'Apolli- 
naire ait  été  du  nombre  des  morts.  On  peut 
même  ajouter  que,  si  ce  général  avoit  été 
tué  dans   l'action,  Grégoire  de  Tours  n'au- 
roitpas  oublié  de  le  remarquer  j  2°  Alcime 

'  Grégoire  de  Tours,  1.  2,  c.  3j. 
'  Gest.  regum  Francorum,  1.   17, 


NoTiî 

ADDIT. 

Éd.  orig 

t.V, 
p.  674. 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i35 


Note 
63 

Ed.orig. 

t.  1, 
p.  663. 


pouvoit  être  la  plus  jeune  des  filles  de 
S.  Sidoine  Apollinaire,  &  n'être  pas  d'un 
âge  assez  avancé,  lorsqu'il  parloit  de  ses 
sœurs,  pour  faire  mention  d'elle  j  3°  M.  Au- 
digier  fixe  l'époque  de  la  naissance  de  S.  Si- 
doine Apollinaire  à  l'an  484.  Est-il  vraisem- 
blable qu'en  5i5  son  petit-fils  eût  été  d'un 
âge  assez  avancé  pour  être  élu  évêque,dans 
un  siècle  où  il  falloit  être  d'un  âge  plus 
que  mûr  pour  parvenir  à  l'épiscopat? 


NOTE  LXIII 

Chronologie  du  règne  de   Gésalicj   roi 
des  Visigoths. 

I.T  A  suite  chronologique  de  ce  qui  se 
J—  passa  dans  les  provinces  méridionales 
des  Gaules,  les  dernières  années  de  Clovis, 
est  extrêmement  embarrassée.  Grégoire  de 
Tours  &  nos  autres  anciens  historiens  n'ont 
rien  de  certain,  &  nos  modernes  ne  sont 
pas  d'accord  là-dessus.  On  peut  éclaircir 
cette  matière  en  fixant  l'époque  des  événe- 
mens  arrivés  sous  le  règne  de  Gésalic,  roi 
des  Visigoths. 

II.  La  Chronique  d'Isidore  '  nous  apprend 
que  ce  prince  fut  élu  dans  la  ville  de  Nar- 
bonne  par  les  Visigoths  immédiatement 
après  la  bataille  de  Vouglé,  c'est-à-dire  vers 
le  milieu  de  l'an  Soy,  &  qu'il  régna  quatre 
ans.  Or,  comme  il  mourut  avant  le  mois  de 
juin  de  l'an  5ii,  ainsi  que  nous  le  ferons 
voir,  ces  quatre  années  de  règne  ne  doivent 
pas  être  entièrement  complètes. 

Le  même  historien",  ainsi  que  l'auteur 
de  VAppendix  à  la  Chronique  de  Victor  de 
Tunes,  rapportent  que  Gésalic,  avant  sa 
mort,  demeura  un  an  entier  caché  dans 
l'Aquitaine,  qu'il  rentra  ensuite  dans  l'Es- 
pagne où  il  fut  défait  une  seconde  fois  par 
Ibbasj  qu'il  se  sauva  dans  les  Gaules,  & 
qu'enfin  il  fut  tué  après  avoir  passé  la  Du- 
rance.    Gésalic   dut   donc  se  rendre   dans 


'Isidore,    Chronicon ,   p.   720, 
Gothorum,  t.  I .  —  Diich.  p.  8  i  î 
'  Isidore,  Chronicon,  p.  720. 


—  Chronol.   regum 


l'Aquitaine,  au  plus  tard  vers  le  printemps 
de  l'an  5io. 

Ce  prince,  avant  son  séjour  dans  cette  pro- 
vince, avoit  été  chassé  d'Espagne  &  obligé 
de  se  réfugier  en  Afrique,  après  avoir  été 
défait  pour  la  première  fois  par  le  général 
Ibbas  :  ainsi  cette  défaite  dut  arriver  vers  la 
fin  de  l'an  609;  car  étant  allé  se  réfugier 
en  Aquitaine  au  plus  tard  au  printemps  de 
l'an  5io,  comme  nous  venons  de  le  dire,  ce 
n'est  pas  trop  qu'il  ait  employé  quatre  à 
cinq  mois,  soit  pour  son  passage  en  Afrique, 
soit  dans  son  séjour  à  la  cour  de  Thrasa- 
mond,  roi  des  Vandales,  où  il  sollicita  du 
secours,  soit  enfin  pour  repasser  en  Espa- 
gne &  se  rendre  de  là  en  Aquitaine.  Sa  fuite 
de  Narbonne  &  la  prise  de  cette  place  par 
Gondebaud,  roi  des  Bourguignons,  qui  la 
suivit,  doivent  avoir  précédé  par  consé- 
quent la  fin  de  l'an  509. 

III.  On  peut  prouver  d'une  manière 
encore  plus  précise  l'époque  de  la  prise  de 
Narbonne  par  ces  peuples  :  ils  durent  s'en 
rendre  maîtres  avant  la  fin  de  l'an  5o8,  puis- 
que le  général  Ibbas  étoit  déjà  alors  entré 
dans  les  Gaules  par  ordre  de  Théodoric, 
roi  d'Italie,  &  qu'il  n'est  pas  vraisemblable 
que  Gondebaud  eût  osé  attaquer  cette  place 
après  l'arrivée  des  Ostrogoths.  D'ailleurs, 
Gésalic,  ayant  abandonné  Narbonne  aux 
Bourguignons  pour  se  retirer  en  Espagne, 
&^ayant  fait  depuis  un  assez  long"  séjour  à 
Barcelone  avant  sa  première  défaite  par 
Ibbas,  vers  la  fin  de  l'an  609,  Gondebaud 
dut  prendre  cette  ville  vers  le  milieu  de 
l'an  5o8.  Ibbas  dut  la  reprendre  sur  lui  au 
plus  tard  vers  le  milieu  de  l'an  609,  puisqu'il 
î'avoitdéjà  reprise'  lorsqu'il  passa  en  Es- 
pagne pour  en  chasser  Gésalic,  &  avant  la 
première  défaite  de  ce  prince  &  sa  fuite  en 
Afrique,  qui  arrivèrent,  comme  nous  venons 
de  le  dire,  vers  la  fin  de  l'an  609. 

Il  est  vrai  que  VAppendix  de  la  Chronique 
de  Victor  de  Tunes'  ne  met  la  fuite  de  Gé- 
salic en  Afrique  que  l'an  5 10,  sous  le  con- 
sulat de  Boëce;  mais  cet  Appendix  ne  place 
aussi  son   retour  en  Espagne  que  trois  ans 


'  Isidore,  Chronicon,  p.  720. 

'  Cassiodore,  1.    4,    Epist.   17.   —  Le   Cointe,  ad 
ann.  609,  n.  1 . 

3  Victor  de  Tunes,  Hisp.  illustr.  t.  4,  p.   126. 


Note 
63 


Ed.orig. 

1. 1, 
p.  664. 


Note 
63 


i36 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


après,  savoir  l'an  5i3,  sous  le  consulat  de  deCarcassonne  au  plus  tôt  que  vers  le  mois 

Probus,  ce  quidonneroit  plus  de  six  années  d'août  de  la  même  année;   car  les  troupes 

de  règne  à  ce  prince  contre  l'autorité  d'Isi-  de  Théodoric  n'eurent  ordre'  de  s'assem- 

dore  qui  ne  lui  en  donne  que  quatre.  Cet  bler  en  Italie  que  le  24  de  juin. 

Appendixj  suivant  l'édition  de  Scaliger,  ne  VI.  Théodoric  ne  vint  pas  alors  en  per- 

fait  aucune  mention  du  retour  de  Gésalic  sonne  dans  les  Gaules,  comme    l'avance  le 

d'Afrique;  mais  il  fait  commencer  sous  le  P.  Daniel  %  &  il  ne   paroît  pas  d'ailleurs 

même  consulat  de  Probus  les  quinze  années  qu'il  y  soit  venu    quelqu'une  des    années 

du  règne  de  Théodoric,  roi  d'Italie,  en  Es-  suivantes.  Il  est  vrai  que  Procope'  semble 

pagne;  or,  ce  règne  ne  commença  que  de-  l'assurer  aussi  bien  que   S.  Isidore-*;    mais 

puis  la  mort  de  Gésalic,  ce  qui  revient  au  ces  deux  auteurs  postérieurs  sont  contredits 

même.  par  deux  historiens  du  temps,  très-bien  in- 

IV.  Les  différentes  époques  sous  les-  formés  de  ce  qui  se  passoit  sous  leurs  yeux, 
quelles  les  mêmes  faits  sont  rapportés  dans  Le  premier  est  Cassiodore',  qui  parle  véri- 
les  diverses  éditions  de  cet  Appendix,  font  tablement  d'une  armée  envoyée  l'an  5o8, 
voir  qu'on  ne  peut  pas  s'appuyer  sur  son  par  Théodoric  contre  les  Francs  au  secours 
autorité;  &  que,  comme  l'auteur  n'a  rap-  des  Visigoths,  mais  qui  ne  dit  pas  un  mot 
porté  qu'à  la  marge  de  la  Chronique  de  qui  puisse  donner  lieu  de  croire  que  ce 
Victor  de  Tunes  les  événemens  qui  regar-  prince  fût  à  la  tête  de  ces  troupes;  circons- 
dent  les  Visigoths,  il  aura  été  aisé  aux  co-  tance  qu'il  n'auroit  pas  oubliée,  puisqu'il 
pistes  de  faire  des  transpositions,  &  de  mar-  parle  du  voyage  de  Théodoric  à  Rome  en 
quer  vis-à-vis  d'un  consulat  ce  qui  étoit  5oo,  des  aqueducs  qu'il  fit  bâtir  à  Ravenne 
marqué  sous  un  autre.  en  5o2,  &  de  plusieurs  autres  faits  moins 

Cet  Appendix  prouve  cependant  l'ordre  considérables  qui  regardent  la  personne  de 
chronologique  des  faits  que  nous  venons  ce  roi.  Cet  auteur  ajoute  que  l'armée  que 
d'établir,  puisqu'il  marque  la  fuite  de  Gésa-  Théodoric  envoya  dans  les  Gaules  étoit 
lie  en  Afrique  sous  un  consulat  différent  commandée  par  les  généraux  de  ce  prince  : 
de  celui  de  son  retour  en  Espagne.  Or,  ce  preuve  qu'il  n'y  étoit  pas  en  personne, 
prince  étant  mort  vers  le  printemps  de  l'an  Enfin,  ce  roi  étoit  trop  occupé  dans  le 
5ii,  après  avoir  fait  un  an  de  séjour  en  même  temps  en  Italie^  contre  les  entre- 
Aquitaine,  il  ne  peut  être  revenu  d'Afrique  prises  de  l'empereur  Anastase,qui  lui  avoit 
qu'en  5lo,  &  s'y  étant  réfugié  sous  un  con-  déclaré  la  guerre,  pour  s'absenter  dans  de 
sulat  antérieur,  il  doit  y  avoir  passé  du  pareilles  circonstances.  Il  est  encore  moins 
moins  en  609.  Reprenons  l'ordre  chrouolo-  vrai'  que  Théodoric  en  personne  ait  chassé 
gique  des  événemens  arrivés  sous  le  règne  Gésalic  d'Espagne,  comme  quelques-uns 
de  Gésalic.  l'ont  avancé. 

V.  Les  François  durent  lever  le  siège  de  L'autorité  de  S.  Cyprien  ,  évêque  de 
Carcassonne  l'an  5o8,  &  non  l'an  5o7  comme  Toulon  &  disciple  de  S.  Césaire  d'Arles, 
le  prétend  le  P.  Daniel',  puisque,  selon  prouve  évidemment  que  ce  roi  ne  mit  pas 
Procope',  ce  fut  l'armée  de  Théodoric  qui,  le  pied  dans  les  Gaules,  au  moins  dans  cette 
ayant  pénétré  dans  les  Gaules,  jeta  l'épou-  occasion.     Ce   prélat,     qui   étoit    alors  en 


Note 
63 


vante  parmi  ces  peuples  occupés  à  ce  siège, 
&  les  obligea  à  décamper.  Or,  suivant  la 
Chronique  de  Cassiodore%  auteur  contem- 
porain, l'armée  des  Ostrogoths  ne  vint  dans 
les  Gaules  au  secours  des  Visigoths  que 
l'an  5o8,  sous  le  consulat  de  Venantius  Junior 
&  de  Celer.  Les  François  ne  levèrent  le  siège 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.   i,  p.  47. 
"  Procope,  de  Bello  Gothorum,  1.   i,  p.  177. 
'  Cassiodoie,  C/ironicon,  p.  3y5. 


Provence,    dit   positivement  dans    la    vie* 
de  S.  Césaire,  son  maître,  que  Théodoric 


'  Cassiodore,  1.  1,  Epist.  24. 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.   i,  p.  47. 

5  Procope,  de  Bello  Gothorum,  1.   i,  p.   177. 

^  Isidore,  Chronicon,  p.  721. 

'  Cassiodore,  Chronicon,  p.  SpS. 

"  Marcellin,  Chronicon. 

'  Voyez  Pagi,  adann.  5o8,  n.  5. 

8  Act.  SS.  0.  S.  B.  S2ec.    I,  p.  C'j'>. 


Note 
63 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


,37 


n'envoya  que  ses  lieutenaiis  dans  les  Gau- 
les :  Alarico  rege  a  vïctorîos'issimo  Clodoveoîn 
certamine perempto,  Teudericus  Italiae  rexpro- 
vinciam  istam  mîssis  ducib us  intr avérât,  &c.  Ce 
qui  doit  servir  à  expliquer  '  les  autorités  de 
Procope  &  de  S.  Isidore. 

VII.  Nous  avons  dit  que  Clovis  fit  lui- 
même,  l'an  5o8,  le  siège  de  Carcassonne, 
après  la  prise  de  Toulouse,  contre  le  senti- 
ment du  P.  Daniel'  qui  fait  assiéger  cette 
place  l'an  507  par  Thierry,  fils  de  ce  prince, 
sans  en  donner  aucune  preuve';  mais  ce  dut 
être  Clovis  qui  entreprit  ce  siège,  puisque 
selon  Procope^,  le  seul  auteur  qui  en  parle, 
la  même  armée  qui  avoit  assiégé  &  tué 
Alaric,  assiégea  Carcassonne.  D'ailleurs, 
suivant  Grégoire  de  Tours',  Clovis  déta- 
cha son  fils  Thierry,  après  la  bataille  de 
Vouglé,  pour  aller  soumettre  l'Albigeois  & 
le  Rouergue,  d'où  ce  prince  ayant  passé  en 
Auvergne  poussa  ses  conquêtes  jusque  sur 
les  frontières  des  Bourguignons,  &  soumit, 
comme  dit  Aimoin*,  les  parties  supérieures 
du  royaume  d'Alaric.  Thierry  étoitpar  con- 
séquent alors  trop  éloigné  de  Carcassonne 
pour  en  entreprendre  le  siège;  au  lieu  que 
Clovis  étoit  bien  plus  à  portée,  puisque 
nous  savons  qu'il  se  rendit  maître  en  per- 
sonne de  la  ville  de  Toulouse.  Enfin,  Fré- 
degaire'  assure  que  Clovis  étendit  ses 
conquêtes  jusqu'aux  Pyrénées,  tandis  que 
Thierry  étoit  employé  à  prendre  les  places 
qui  étoient  du  côté  de  la  mer,  c'est-à-dire 
vers  le  Rhône  &  la  Méditerranée. 

Au  reste,  il  y  a  lieu  de  croire  que  les 
Éd.orig.  François  ne  commencèrent  le  siège  de  Car- 
p.6ô5.     cassonne  que  l'an  5o8,  parce  qu'il  paroît 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  6. 
p.  3o5. 

*  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p.  47. 

'  Grégoire  de  Tours,  dans  son  Histoire  ecclésiasti- 
que, donne  peu  de  renseignements  sur  la  campagne 
des  Francs  dans  le  Midi  de  la  Gaule  pendant  l'an- 
née 5o8  }  il  se  contente  de  dire  qu'après  la  bataille 
de  Vouglé,  une  partie  de  l'armée  des  Francs  alla 
soumettre  l'Albigeois  &  le  Rouergue;  Procope  est 
beaucoup  plus  explicite;  c'est  lui  qui  mentionne  la 
prise  de  Toulouse  8c  le  siège  de  Carcassonne.  [E.  M.] 

^  Procope,  de  Bello  Gothorum,  1.    i ,  p.  177. 

'  Grégoire  de  Tours,  1.  2,  c.  87. 

"  Aimoin,  1,   1 ,  c.  22. 

'  Frédegaire,  Hist.  epit.  c.  25. 


d'un  côté  que  Clovis  termina  la  campagne 
de  l'an  507  par  la  prise  de  Toulouse,  & 
que  de  l'autre,  il  n'est  pas  vraisemblable 
qu'il  ait  employé  une  année  entière  à  .ce 
siège  ;  car  les  François  '  ne  levèrent  le  camp 
de  devant  cette  ville  qu'après  l'arrivée  du 
secours  des  Ostrogoths,  qui  n'entrèrent 
dans  les  Gaules,  comme  nous  l'avons  déjà 
dit,  qu'après  le  mois  de  juin  de  l'an  5o8. 

VIII.  Procope  &  Grégoire  de  Tours  ne 
sont  pas  d'accord  touchant  l'enlèvement  du 
trésor  des  Visigoths  par  le  roi  Clovis.  Le 
premier'  assure  positivement  que  ces  peu- 
ples le  transférèrent,  après  la  bataille  où 
Alaric  fut  tué,  de  Toulouse  à  Carcassonne, 
pour  le  mettre  en  lieu  de  sûreté.  L'autre', 
suivi  par  nos  anciens  historiens,  prétend 
que  Clovis  enleva  de  Toulouse  tous  les 
trésors  d'Alaric.  Dans  cette  contrariété  de 
témoignages  nous  avons  cru  qu'il  falloit 
prendre  un  milieu  &  dire,  pour  sauver  l'au- 
torité des  deux  historiens,  que  Clovis  em- 
porta de  Toulouse  les  trésors  les  moins  pré- 
cieux que  les  Visigoths  n'avoient  pas  eu  le 
temps  de  transporter  à  Carcassonne,  comme 
l'argent  monnoyé,  &c.  Nous  savons,  en 
effet,  par  le  témoignage  de  Frédegaire  ■•,  que 
le  riche  bassin  du  poids  de  cinq  cents  livres 
d'or  qu'Aëce  avoit  envoyé  au  roi  Thoris- 
mond  étoit  encore  conservé  en  Espagne, 
dans  le  trésor  des  rois  visigoths;  ce  qui 
fait  voir  que  Clovis  n'emporta  pas  tout. 

IX.  Quant  à  l'époque  de  la  prise  de  Nar- 
bonne  par  Gondebaud,  roi  des  Bourgui- 
gnons, M.  de  Valois^  croit  que  ce  prince 
s'en  rendit  maître  en  5io,  &  le  P.  Daniel* 
en  509.  Nous  avons  préféré  l'autorité  du 
P.  le  Cointe^  qui  place  cet  événement  en 
5o8,  &  il  paroît,  comme  nous  l'avons  déjà 
dit,  qu'il  dut  précéder  l'arrivée  d'Ibbas  & 
des  Ostrogoths  en  Provence.  Aussi  est-il 
certain  que,  dès  que  ce  général  fut  dans  le 
pays,  il  défit*  les  François  8c  les  Bourgui- 


'  Pagi,  ad  ann.  5o8,  n.  5. 

'  Procope,  Historia  Gothorum,  1.   i,  p.   r77. 

'   Grégoire  de  Tours,  1.  2,  c.  87. 

*  Frédegaire,  Chronicon,  c.  78,  p.  646. 

^  Adrien  de  Va  lois,  RcruTTi  Francicarum  1.  6,  p.  3  r  o. 
''  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p.  52. 
'  Le  Cointe,  ad  ann.  5o8,  n.  46. 

•  Gassiodore,  C/irortico«,  p.  dçS. —  Jornandès,c.  53. 


Note 
63 


Note 
63 


l38 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


gnons,  &  qu'il  se  rendit  maître  d'une  par- 
tie des  provinces  &  des  places  que  ces 
peuples  avoient  conquises,  entre  autres 
deNarbonne'.  Quelle  apparence  que  Gon- 
debaud,  après  sa  défaite  &  celle  des  Fran- 
çois, ses  alliés,  eût  osé  entreprendre  à  la 
vue  d'une  armée  victorieuse,  le  siège  de  la 
plus  forte  place  des  Visigoths  dans  les  Gau- 
les &  dans  le  centre  de  leurs  États  s'  D'ail- 
leurs, il  est  constant  que  ce  prince  devoit 
être  maître  de  Narbonne  dans  le  temps 
qu'Ibbas  entra  dans  les  Gaules,  puisque 
ce  général  la  reprit  bientôt  après  sur  lui  : 
il  est  également  certain^  que  les  Bourgui- 
gnons avoient  pris  cette  place  sur  Gésalicj 
que  celui-ci',  après  l'avoir  perdue,  s'étoit 
retiré  en  Espagne,  &  qu'il  étoit  actuelle- 
ment au  delà  des  Pyrénées  quand  Ibbas  ar- 
riva en  deçà  des  Alpes. 

X.  Il  paroît  par  les  lettres  de  Cassiodore'' 
que  Gésalic  entretenoit  des  liaisons  avec 
Clovis,  dans  le  temps  que  les  Ostrogoths 
entrèrent  dans  les  Gaules,  c'est-à-dire  dès 
l'an  5o8.  Ce  fut,  sans  doute,  sur  le  soup- 
çon qu'en  eut  Théodoric,  que  ce  roi  donna 
ordre  à  Ibbas  d'agir  également  contre  l'un 
&  l'autre  de  ces  deux  princes.  Il  est  certain, 
du  moins,  que  Gésalic  s'étoit  allié  avec 
Clovis  avant  la  fin  de  l'an  609,  puisque 
ayant  passé  alors  en  Afrique,  Théodoric 
se  plaignit  à  Thrasamond,  roi  des  Vandales, 
de  ce  qu'il  avoit  reçu  chez  lui  ce  prince 
allié  de  ses  ennemis  ;  ce  qui  ne  peut  s'enten- 
dre que  des  François  :  Qui  nostris  inimicis, 
dum  a  nobisfoveretur,  adjunctus  est. 

XI.  Nous  pouvons  ajouter  aux  raisons 
que  nous  avons  déjà  données  pour  prouver 
que  Gésalic  s'enfuit  d'Espagne  en  Afrique 
au  plus  tard  vers  la  fin  de  l'an  609,  ainsi 
que  le  croit  le  P.  le  Cointe%  que  ce  prince 
étant  mort  avant  le  mois  de  juin  de  l'anSii, 
plus  d'un  an  depuis  son  retour  de  la  cour 
de  Thrasamond,  roi  des  Vandales,  il  doit 
par  conséquent  avoir  repassé  la  mer  au 
commencement  de  l'an  5io.  Or,  s'il  n'étoit 
arrivé  en  Afrique  que  dans  la  même  année, 


Théodoric,  roi  d'Italie,  n'auroit  pas  eu  assez 
de  temps,  soit  pour  en  être  informé,  soit 
pour  envoyer  ensuite  une  ambassade  so- 
lennelle à  Thrasamond  auquel  il  se  plai- 
gnit vivement  de  la  réception  qu'il  avoit 
faite  à  ce  prince  détrôné  &  du  séjour  qu'il 
faisoit  dans  ses  Etats;  car  il  est  certain  que 
Gésalic  ne  quitta  l'Afrique  qu'après  l'arri- 
vée' des  ambassadeurs  de  Théodoric. 

XII.  Il  paroît  que  Gésalic  avoit  fait  un 
assez  long  séjour  à  Barcelone  avant  que  de 
s'enfuir  en  Afrique.  Apud  Barcilona''  se  con- 
tulît,  ibi  moratus  quousque  etiam  regni  fas- 
cibus  a  Theodorico  fugae  ignominia  privare- 
tur.  Il  ne  dut,  par  conséquent,  abandonner 
Narbonne  que  vers  l'an  5o8,  ce  qui  confirme 
l'époque  de  la  prise  de  cette  ville  par  Gon- 
debaud  qui  en  chassa  ce  prince,  &  l'obligea 
de  se  retirer  à  Barceloiie. 

XIII.  Nous  conjecturons  que  Thierry, 
fils  de  Clovis,  étoit  à  la  tète  des  François 
qui  furent  battus  par  Ibbas  &  par  les  Os- 
trogoths, auprès  du  Rhône,  parce  que  cette 
bataille  se  donna  en  5o8,  dans  le  temps  que 
Clovis  étoit  occupé,  comme  nous  le  croyons, 
au  siège  de  Carcassonne.  Or,  il  est  très- 
vraisemblable  que  les  François,  qui  vou- 
loient  pénétrer  en  Provence,  étoient  sous 
les  ordres  de  quelque  prince  de  leur  na- 
tion :  nous  savons,  d'ailleurs,  que  Thierry 
commandoit  de  ce  côté-là. 

XIV.  Il  est  aisé  de  prouver  que  Gésalic 
étoit  mort  avant  le  mois  de  juin  de  l'an  5 11% 
car  on  data  en  Espagne  par  les  années  du 
règne  de  Théodoric,  roi  d'Italie,  comme  on 
le  voit  par  les  actes  de  plusieurs  conciles 
qui  furent  tenus  depuis  l'an  5ll  jusques 
en  526.  Or,  il  est  certain ■*  qu'on  n'y  compta 
les  années  du  règne  de  ce  prince  que  depuis 
la  mort  de  Gésalic.  Les  actes  du  concile  de 
Gironne  ^  tenu  le  8  de  juin,  sous  le  consulat 
d'Agapet,  ou  l'an  Siy,  sont  datés  de  la  sep- 
tième année  du  règne  de  Théodoric.  Ce 
dernier  avoit  donc  commencé  de  régner  en 
Espagne  avant  le  8  de  juin  de  l'an  5ii,  & 
Gésalic  devoit  être  mort  avant  ce  temps-là. 


Note 
63 


'  Cassiodore,  1.  4,  Ep'ist.  17. 
'  Isidore,  Chronicon,  p.  720. 
^  Cassiodore,  1.  5,  Ep'ist.  43. 
"•  Cassiodore,  1.  5,  Ep'ist.  43. 
5  JLe  Cointe,  ad  ann.  Sop,  n.  i. 


'  Cassiodore,  1.  5,  Ep'ist.  43  8c  44. 
°  Isidore,  Chronicon,  p.  720. 
3  Conciles,  t.  4,  p.  1 563  &  1567. 
^  Isidore,  Chronicon,  p.  720. 
^  Conciles,  t.  4,  p.  i568. 


Note 
64 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


189 


Ed.  orig. 

t.  1, 
p.  666. 


NOTE  LXIV 

Epoque  de  la  défaite  des  François  par 
les  Ostrogoths  6*  du  siège  d'Arles 
par  les  premiers. 

Lt  e  p.  Danîel'  n'admet  sous  le  règne  de 
l-*  Gésalic  qu'un  seul  siège  de  la  ville 
d'Arles  par  les  François,  qu'il  met  sous 
l'an  5o8.  Il  prétend  que  ce  fut  alors  que 
ces  peuples  qui  l'avoient  entrepris  furent 
défaits  avec  les  Bourguignons,  leurs  alliés, 
par  Hibba  ou  Ibbas,  général  de  Théodoric. 
M.  de  Valois  %  qui  a  compris  par  le  texte  de 
Cassiodore,  que  c'étoient  deux  actions  arri- 
vées en  divers  temps,  les  distingue  l'une  de 
l'autrej  mais  il  ne  paroît  pas  en  avoir  bien 
fixé  l'époque.  Nous  sommes  persuadés  avec 
lui  qu'il  faut  rapporter  sous  différentes  an- 
nées la  défaite  des  François  par  le  général 
Ibbas  &  le  siège  d'Arles  par  ces  peuples  & 
les  Bourguignons  :  voici  en  quel  temps. 

II.  La  défaite  des  François  &  des  Bour- 
guignons dut  arriver  l'an  5o8,  &  non  plus 
tôt  parce  que,  comme  on  l'a  déjà  dit  dans  la 
note  précédente,  ce  fut  seulement  alors  que 
Théodoric  envoya  une  armée  dans  les  Gau- 
les au  secours  des  Visigoths,  sous  la  con- 
duite de  ses  généraux.  Les  noms  de  ces  offi- 
ciers ne  sont  pas  marqués  à  la  vérité  dans 
la  Chronique  de  Cassiodore,  mais  comme 
elle  assure  que  cette  armée  défit  celle  des 
François,  &  que  nous  savons  d'ailleurs,  par 
Jornandès^  &  Paul  diacre,  que  le  duc  Ibbas 
étoit  à  la  tête  des  troupes  de  Théodoric,  & 
qu'il  étoit  le  principal  des  généraux  que  ce 
prince  envoya  dans  les  Gaules  dans  cette  oc- 
casion, ce  fut  lui,  par  conséquent,  qui  défit 
les  François  &les  Bourguignons  en  5o8. 

III.  Il  ne  paroît  pas  que  dans  le  temps  de 
cette  défaite,  ces  peuples  fussent  occupés 
au  siège  d'Arles,  comme  l'avance  le  P.  Daniel. 
La  seule  preuve  qu'il  en  donne ''  est  tirée  de 

Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p.  5i. 
'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  6. 
'  Jornandès,  c.  58. —  Paul  diacre,  Hist.  misccll. 
1.  i5,  p.  437. 

'•  Daniel,  Histoire  de  France,  t.   1 ,  p.  5i. 


l'épître  10  du  huitième  livre  de  Cassiodore, 
où  il  est  fait  mention  des  actions  de  valeur 
quefitTulus,un  des  généraux  deThéodoric, 
à  la  défense  du  pont  d'Arles.  Il  n'est  point 
dit  que  cette  ville  fût  alors  assiégée,  mais 
seulement  que  les  François  vouloient  se 
rendre  les  maîtres  de  la  tête  orientale  du 
pont  gardée  par  les  Visigoths  :  Arelate  '  est 
civitas  supra  undas  Rhodani  constituta,  quae 
în  orïentîs  prospectum  tabulatum  pontem  per 
nuncupati  flum'inls  dorsa  transmïtiît  :  hune  & 
hostlbus  capere  &  nostrîs  defendere  necessa- 
rium  fuit,  &c.  Cela  prouve  que  les  François 
n'étoient  pas  les  maîtres  de  la  partie  de  ce 
pont  qui  aboutissoit  à  Arles  ou  à  la  Pro- 
vence. Ainsi  ces  peuples  ne  pouvoient  être 
alors  occupés  au  siège  de  cette  ville,  puis- 
qu'on sait  qu'elle  est  entièrement  située  à 
la  gauche  du  Rhône.  Mais  quand  môme  les 
François  auroient  été  maîtres  de  l'île  de 
Camargue,  il  auroit  toujours  fallu  qu'ils 
eussent  passé  ce  fleuve  &  qu'ils  eussent  été 
maîtres  du  pont  pour  assiéger  la  place.  La 
lettre  de  Cassiodore  prouve  donc  seulement 
que  les  François  qui  étoient  du  côté  du 
Languedoc  vouloient  pénétrer  en  Provence 
&  s'emparer  du  pont  qui  faisoit  la  commu- 
nication des  deux  provinces;  mais  qu'ils 
furent  traversés  dans  leur  dessein  par  les 
Goths  qui,  les  ayant  repoussés  &  poursuivis, 
les  défirent  entièrement  à  la  droite  de  ce 
fleuve. 

ÏV.  Le  P.  Daniel  aura  été  trompé  sans 
doute,  sur  ce  que  voyant  qu'il  est  fait  men- 
tion d'un  siège  d'Arles  par  les  François  & 
les  Bourguignons,  tant  dans  la  vie  de  saint 
Césaire  que  dans  diverses  épîtres  de  Cassio- 
dore, il  aura  cru  que  ces  peuples  étoient 
occupés  à  cette  entreprise  lorsque  le  géné- 
ral Ibbas  leur  livra  bataille  en  5o8j  mais  il 
pouvoit  observer  que  l'époque  du  siège 
d'Arles  est  marquée  dans  ces  épîtres,  puis 
que  '  Théodoric,  pour  dédommager  les  habi- 
tans  de  cette  ville  des  ravages  que  les  Fran- 
çois avoient  faits  alors  dans  leur  campagne, 
leur  accorda  la  remise  des  impôts  &  des 
tributs  pour  Vannée  suivante,  indiction  iv. 
Or,  cette  indiction  répond  à  l'an  Sii.Le 
siège  d'Arles,  qui  mit  les  habitans  de  cette 

'  Cassiorlore,  1.  8,  Epist.   10. 

^  Cassiodore,  1.  3,  Epist.  32  &  40, 


Note 
64 


Note 
64 


140 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ville  &  les  autres  Provençaux  dans  l'im- 
possibilité de  payer  les  tributs  qu'ils  dé- 
voient à  Théodoric,  doit  appartenir  par 
conséquent  à  l'an  5lo. 

V.  C'est  pour  cette  raison  que  M.  de 
Valois  '  admet  deux  sièges  d'Arles  par  les 
François  &  les  Bourguignons  sous  le  règne 
de  Gésalic,  l'un  en  5io,  &  l'autre  en  5o8.  Il 
applique  au  dernier  siège  ce  qui  est  rap- 
porté par  S.  Cyprien  dans  la  vie  de  S.  Cé- 
saire  :  mais  comme  cet  écrivain  ne  dit  rien 
qui  puisse  faire  croire  qu'Arles  ait  été 
assiégé  par  ces  peuples  en  5o8  plutôt  qu'en 
5io,  nous  croyons  avec  le  P.  le  Cointe' 
qu'ils  n'en  formèrent  le  siège  que  cette  der- 
nière année^  car  l'èpître  10  du  huitième 
livre  de  Cassiodore,  qui  parle  de  l'attaque 
du  pont  de  la  même  ville  en  5o8,  ne  dit 
rien  qui  puisse  faire  croire  qu'ils  la  tenoient 
alors  assiégée,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà 
remarqué. 

VI.  Au  reste,  c'est  sans  fondement  que  le 
P.  Daniel'  dit  que  Théodoric  conclut  enfin 
la  paix  avec  Clovis  l'an  609.  Il  paroît,  au 
contraire,  par  tous  les  auteurs*,  que  depuis 
la  mort  d'Alaric  II  jusqu'à  celle  de  Théo- 
doric, ces  deux  princes  furent  toujours  en 
guerre  l'un  contre  l'autre  :  Et  nunquam  Go- 
thus  Francis  cessit  dum  viveret  Theodericus, 
dit  Jornandès^  Le  siège  d'Arles  par  les 
François  en5io  en  est  d'ailleurs  une  preuve 
certaine.  Théodoric  n'eut  donc  pas  besoin 
de  cette  prétendue  paix  pour  s'approprier 
la  Provence  &  le  Languedoc  j  il  en  avoit 
déjà  fait  prendre^  possession  en  son  nom 
dès  l'an  5o8,  par  Ibbas  son  général,  au  nom 
du  jeune  Amalaric  son  pupille^ 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francïcarum  1.  6, 
p.  3o2  &  3i I. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  5io,  n.  i. 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p.  52. 

■*  Procope,  Historia  Gothorum,  1.  4,  p.  484. 

^  Jornandès,  c.  58. 

^  Adrien  de  Valois,  iîerttm/'rartcifaraOTl.  6,p.3o3, 

'  La  manière  dont  les  Bénédictins  ont  traité  l'his- 
toire des  Visigoths  laisse  beaucoup  à  désirer.  Nous 
avons  cherché  à  compléter  les  indications  qu'ils 
donnent  sur  cette  époque,  par  quelques  notes  pla- 
cées au  bas  des  pages  du  premier  volume.  —  Voyez 
aussi  ci-après  les  Notes  consacrées  par  M.  Barry  à 
l'étude  de  cette  période  importante  de  l'histoire  du 
Languedoc.  [E.  M.j 


NOTE  LXV 

Sur  Saint  Gilles. 

Nous  souscrivons  à  la  critique  qu'ont  faite 
M.  BaiUef  &  le  P.  Mabillon»  des  actes 
de  S.  Gilles,  &  nous  avouons  que  ce  monu- 
ment n'a  rien  de  fort  authentique.  Il  est  fort 
aisé  de  s'en  convaincre  parlesfragmens  que 
le  P.  le  Cointe'  en  rapporte.  Nous  croyons 
en  même  temps,  avec  eux,  que  ce  saint  n'est 
point  différent  de  l'abbé''  du  même  nom 
que  S.  Césaire,  évêque  d'Arles,  envoya  à 
Rome  l'an  614,  &  que  c'est  là  l'époque  la 
plus  certaine  de  sa  vie. 

Nous  ne  saurions  cependant  adopter  la 
conjecture  de  M.  Baillet  &  du  P.  le  Cointe, 
qui  entendent  d'Amalaric  ou  de  Theudis, 
rois  des  Visigoths,  ce  qui  est  dit  dans  ces 
actes  :  que  les  gens  de  la  famille  du  roi  Fla- 
vius rencontrèrent  S,  Gilles  dans  sa  grotte  en 
poursuivant  une  biche,  &c.  Nous  croyons  que 
cela  regarde  plutôt  Théodoric,  roi  d'Italie, 
qui  régna  sur  les  Visigoths  d'Espagne  &  des 
Gaules  depuis  l'an  5o8  jusqu'à  l'an  626.  En 
voici  les  raisons  : 

1°  Cette  rencontre^  donna  occasion  au 
roi  Flavius  d'accorder  à  S.  Gilles  un  endroit 
pour  bâtir  un  monastère.  Or,  en  5i4*,  ce 
saint  étoit  déjà  abbé,  c'est-à-dire  père  de 
moines  dans  le  langage  du  sixième  siècle  j 
le  monastère  de  Saint-Gilles  devoit  donc  être 
fondé  cette  même  année,  &  par  conséquent 
ce  ne  peut  être  niAmalaric,  ni  Theudis,  qui 
n'ont  régné  qu'après  l'an  626,  qui  lui  accor- 
dèrent l'endroit  où  il  le  fit  bâtir. 

2°I1  n'y  auroit  aucune  difficulté  si,  comme 
le  semble  dire  M.  Baillet,  le  roi  Flavius  eût 
été  lui-même  en  personne  à  la  chasse  lors- 
que S.  Gilles  fut  rencontré  dans  sa  grotte  j 
car  il  paroît  constant  que  Théodoric  ne  mit 
jamais  le  pied  dans  les  Gaules;  mais  les 
actes  de  ce  saint  abbé,  tels  qu'ils  sont,  ne 

'  Baillet,  i  sept. 

'  Mabillon,  Proleg.  1. 1  Jet.  SS.  Ben.  SiAnnal.  t.  3. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  53 1,  n.  10  &  $eq. 

^  Conciles,  t.  4,  p.   i3io. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  53 1 ,  n.   1  o  &.  seq. 

^  Conciles,  t.  4,  p.   i3io. 


Noie 
65 


Éd.  orig. 

t.  I, 
p.  667. 


I 


1 


Note 
65 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


141 


Note 
66 


portent  pas  que  le  roi  Flavius  l'ait  rencon- 
tré lui-même;  il  parlent  seulement  de  sa 
famille  ou  de  ses  gens.  Contigît  '  er^^o  fami- 
liam  Flavii  régis  qui  tune  temporis  Gothorum 
monarchiam  tenebat,  praedicti  loci  viciniam 
venandî  gratta  intrare,  &c.  Ce  passage  semble 
au  contraire  devoir  être  entendu  de  Théo- 
doric,  &  nullement  d'Amalaric  oudeTheu- 
dis,  puisqu'il  est  certain  que  le  premier 
réunit  en  sa  personne  toute  la  monarchie  des 
Goths,  soit  en  Italie,  soit  en  Espagne,  soit 
dans  les  Gaules  j  au  lieu  que  les  deux  autres 
ne  régnèrent  qu'en  Espagne  &  dans  une 
partie  du  pays  que  les  Goths  occupoient  en 
deçà  des  Pyrénées. 

C'est  fort  inutilement  que  le  P.  le  Cointe" 
s'applique  à  prouver  que  les  rois  visigoths 
prenoient  le  prénom  de  P/avzuj.  On  convient 
que  les  derniers  rois  de  cette  nation  se  pa- 
roient  de  ce  titre;  mais  on  ne  sauroit  don- 
ner aucune  preuve  qu'ils  l'aient  pris  avant 
la  fin  du  sixième  siècle,  comme  nous  l'avons 
dit  ailleurs';  au  lieu  qu'il  est  certain  que 
Théodoric*  s'en  servoit  :  c'est  donc  de  lui 
qu'ont  voulu  parler  les  actes  de  S.  Gilles,  & 
non  d'Amalaric  ou  de  Theudis  ses  succes- 
seurs. 


NOTE  LXVI 

Sur  le  vicariat  d'Espagne  que  S.  Cé- 
saire,  évêque  d'ArleSj  obtint  du  pape 
Symmaque . 

1.  A  VANT  que  de  parler  de  l'étendue  de  ce 
-iv  vicariat,  il  est  à  propos  d'observer 
que  M.  Baillet'  se  trompe  lorsqu'il  paroît 
supposer  que  le  refus  que  faisoit  l'évêque 
d'Aixde  se  soumettre  à  la  décision  des  papes 
S.  Léon ^  &  Symmaque%  au  sujet  des  diffé- 

'  Le  Comte,  ad  ann.  53 j,  n.  lo'&seq. 
'  Le  Cointe,  ad  ann.  53 1 ,  n.  16. 
'  Voyez  Note  XLVI,  n.  4  &  suiv. 
^  Conciles,  X.  4,  p.  i328,  i33i,  1401. 
5  Baillet,  i  sept.  Vie  de  S.  Gilles. 
®  S.  Léon,  Epist.  lop. 

'  Conciles,  t.  4,  p.   i3o5. —  Voyez  le  Cointe,  ad 
ann.  5o8,  n.  55. 


rends  qui  étoient  entre  les  évêquesde  Vienne 
&  d'Arles,  fut  le  motif  qui  engagea  S.  Cé- 
saire  à  envoyer  S.  Gilles  à  Rome  en  614, 
pour  y  soutenir  les  droits  de  son  église;  & 
que  suivant  cette  décision,  la  Provence  &  le 
Languedoc  dévoient  dépendre  de  la  métro- 
pole d'Arles.  Il  avoue  cependant  dans  une 
note  marginale  qu'il  y  a  de  la  difficulté  pour 
Narbonne  &  le  Languedoc. 

1°  Il  ne  s'agit  nullement  dans  la  décision 
de  ces  deux  papes  de  la  soumission  du  Lan- 
guedoc &  d'une  grande  partie  de  la  Pro- 
vence à  la  métropole  d'Arles,  c'est-à-dire 
des  deux  provinces  Narbonnoises&  de  celle 
des  Alpes  maritimes.  Elle  roule  unique- 
ment sur  la  seule  province  Viennoise,  sur 
laquelle  les  deux  Eglises  de  Vienne  &  d'Ar- 
les se  disputoient  l'autorité  métropolitaine. 
S.  Léon,  pour  les  accorder',  laissa  à  la  pre- 
mière quatre  évêchés  de  la  Viennoise,  & 
soumit  tous  les  autres  de  cette  province  à 
la  juridiction  de  l'évêque  d'Arles;  ce  qui  fut 
confirmé  par  le  pape  Symmaque,  l'an  5o2. 

2°  Cette  décision  ne  regardoit  en  rien 
l'évêque  d'Aix,  métropolitain  de  la  Narbon- 
noise  deuxième,  province  différente  de  la 
Viennoise.  Il  est  vrai  que  l'évêque  d'Arles 
avoit  des  prétentions  particulières  sur  la 
première  de  ces  deux  provinces,  mais  c'étoit 
une  affaire  différente,  sur  laquelle,  ni  saint 
Léon,  ni  Symmaque,  n'avoient  rien  décidé. 

IL  Les  évêques  d'Arles  prétendoient  que 
l'évêque  d'Aix  étoit  obligé  de  se  trouver  au 
concile  provincial  de  la  Viennoise,  lors- 
qu'ils jugeoient  à  propos  de  le  convoquer, 
ce  qui  étoit  comme  une  suite  de  leurs  pré- 
tentions pour  la  primatie  sur  toute  l'an- 
cienne Narbonnoise  dont  nous  avons  parlé 
ailleurs.  Les  évêques  d'Aix  refusoient  de 
leur  côté  d'assister  à  ces  conciles  provin- 
ciaux, ce  qui  engagea  S.  Césaire  à  envoyer 
S.  Gilles  à  Rome,  l'an  514,  pour  obtenir  du 
pape  la  confirmation  de  cet  ancien  privi- 
lège de  leur  Église. 

Le  pape  Symmaque  accorda"  non-seule- 
ment cette  confirmation  à  l'église  d'Arles  , 
mais  il  conféra  en  même  temps  à  S.  Césaire 
qui  en  étoit  évêque,  le  vicariat  des  provinces 
de  la  Gaule  &' de  l'Espagne;  ou  pour  mieux 

'  Tillemont,  sur  S.  HiUire  d'Arles. 
*  Conciles,  t.  4,  p.  i3io. 


Note 
66 


Note 
66 


142 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


dire ,  il  renouvela  en  sa  faveur  l'ancien 
vicariat  que  les  prédécesseurs  de  ce  saint 
prélat  avoient  exercé  au  nom  de  l'Eglise 
romaine. 

III.  On  est  partagé  sur  ce  qu'on  doit 
entendre  par  VEspagne  dont  le  pape  Sym- 
maque  accorda  le  vicariat  à  S.  Césairej  & 
si  les  provinces  qui  sont  au  delà  des  Pyré- 
nées étoient  soumises  à  son  autorité,  ou 
seulement  celles  de  Languedoc  ou  de  Septi- 
manie  qu'on  prétend  avoir  été  alors  com- 
prises dans  l'Espagne.  Selon  le  premier 
sens,  le  vicariat  accordé  par  Symmaque  aux 
évêques  d'Arles  auroit  été  beaucoup  plus 
étendu  qu'il  ne  l'étoit  auparavant;  mais 
suivant  le  second,  il  n'auroit  pas  passé  ses 
anciennes  bornes. 

IV.  Le  P.  le  Cointe',  qui  adopte  le  pre- 
mier sens,  est  persuadé  que  le  vicariat  ac- 
cordé par  Symmaque  à  S.  Césaire  ne  com- 
prenoit  dans  les  Gaules  que  les  provinces 
soumises  à  la  monarchie  gothique  à  laquelle 
ce  prélat  étoit  lui-même  assujetti;  ce  qu'on 
peut  appuyer  sur  ce  qu'il  paroît  que  selon 
l'usage  de  ces  siècles,  un  vicaire  apostoli- 
que n'exerçoit  ordinairement  sa  juridiction 
que  dans  les  provinces  soumises  à  la  domi- 
nation du  prince  auquel  il  étoit  lui-même 
assujetti.  Selon  ce  sentiment,  S.  Césaire 
n'aura  eu  inspection  dans  les  Gaules  que 
sur  la  Provence  &  la  Septimanie  ou  Lan- 
guedoc, les  seules  provinces  en  deçà  des 
Pyrénées  soumises  aux  Visigoths,  &  il  aura 
étendu  son  autorité  sur  toute  la  partie  de 
l'Espagne  qui  obéissoit  à  ces  peuples  ;  car, 
ajoute  le  P.  le  Cointe,  la  primatie  ou  vica- 
riat accordé,  quarante  ans  auparavant,  par 
les  papes  S.  Simplice  &  Hormisdas,  aux 
évêques  de  Séville,  sur  la  Lusitanie  &  la 
Bétique,  n'empêchoit  pas  Symmaque  d'ac- 
corder à  S.  Césaire  le  vicariat  des  autres 
provinces  d'Espagne  soumises  aux  Visigoths, 

^t.T'^'   puisque  celles-là   étoient  alors  sous  la  dé- 

p.  668.     pendance  des  Suèves. 

V.  Quelque  vraisemblable  que  puisse 
paroître  ce  système  ,  il  souffre  cependant 
de  la  difficulté,  par  rapport  aux  provinces 
des  Gaules  soumises  au  vicariat  de  S.  Cé- 
saire, puisqu'il  est  constant,  par  les  épîtres 


du  pape  Symmaque', que  cet  évèque  exerça 
son  vicariat,  non-seulement  sur  toute  la 
Viennoise,  mais  encore  sur  la  Narbonnoise 
deuxième.  Or,  la  plus  grande  partie  de  ces 
deux  provinces  étoit  alors  soumise  aux 
Bourguignons.  Ce  vicariat  s'étendoit  donc 
dans  les  Etats  de  ces  peuples,  comme  dans 
ceux  des  Visigoths,  à  moins  que  S.  Césaire 
n'exerçât  la  juridiction  sur  toute  la  Vien- 
noise en  qualité  de  métropolitain,  &  non 
en  qualité  de  vicaire  du  Saint-Siège;  mais 
il  n'est  pas  croyable  que  l'évêque  de  Vienne, 
qui  avoit  été  déclaré  indépendant  de  la 
juridiction  métropolitaine  de  l'évêque  d'Ar- 
les par  la  décision  de  S.  Léon,  confirmée 
par  le  pape  Symmaque,  eût  voulu  s'y  sou- 
mettre. Il  faut  donc  que  S.  Césaire  eût  une 
supériorité  sur  les  diocèses  soumis  à  la 
métropole  de  Vienne  ou  sur  le  royaume  des 
Bourguignons  ,  comme  vicaire  du  Saint- 
Siège,  &  non  comme  métropolitain;  ce  qui 
fait  voir  que  son  vicariat  s'étendoit  dans 
les  Gaules,  hors  des  limites  du  royaume 
des  Visigoths. 

VI.  Pour  ce  qui  regarde  l'Espagne,  nous 
sommes  persuadés  avec  le  P.  le  Cointe  que 
tous  les  pays  que  les  Goths  y  possédoient 
étoient  soumis  au  vicariat  de  S.  Césaire,  & 
il  paroît  que  le  pape  Symmaque  par  le  mot 
d'Espagne  n'a  pas  entendu  la  seule  pro- 
vince de  Septimanie  soumise  aux  Visigoths. 

1°  Ce  pape'  fait  mention  des  provinces 
d'Espagne  au  pluriel  :  Tarn  in  GaÛiae  quant 
in  Hispanlae  provînciis.  Ainsi  quand  il  se- 
roit  vrai  que  dans  le  temps  de  cette  lettre, 
c'est-à-dire  l'an  614,  la  Septimanie  ou  le 
Languedoc  auroit  été  compris  sous  le  nom 
général  d'Espagne,  on  n'en  sauroit  con- 
clure que  le  pouvoir  de  S.  Césaire  fût  limité 
dans  cette  seule  province,  puisque  le  mot 
d'Espagne  est  un  terme  général,  qui  signi- 
fioit  autant  les  pays  situés  en  delà  des 
Pyrénées  que  la  Septimanie  qui  est  en 
deçà. 

VII.  2°  Quoiqu'il  soit  vrai  que  la  Septi- 
manie ou  Narbonnoise  première  ait  été 
comprise  dans  l'Espagne'  &  qu'on   lui  ait 


Note 
66 


'  Le  Cointe,  ad  ann. 
045,  n.  4. 


5o8,  n.  62  &  63  j  ad  ann. 


'  Conciles,  t.  4. 
'  Conciles,  t.  4,  p.  i3io. 
'  Le  Cointe,  ad  ann.  53t,  n. 
de  Valois,  Notitia  Galltarum. 


&  seq.  —  Adrien 


NOTK 

66 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


143 


donné  même  quelquefois  le  nom  d'Espagne 
Citérieure  ou  Ultérieure  par  rapport  aux 
Espagnols  &  aux  François,  il  est  certain 
néanmoins  que  cette  province  n'a  été  ainsi 
nommée  qu'après  que  les  Visigoths  eurent 
transféré  le  siège  de  leur  royaume  au  delà 
des  Pyrénées.  On  appeloit  auparavant  les 
Etats  de  ces  peuples,  tant  en  deçà  qu'en  delà 
des  Pyrénées,  le  royaume  de  Toulouse  &  en- 
suite de  Narbonne.  Theudis  fut  le  premier 
des  rois  de  cette  nation  qui  établit  sou  siège 
en  Espagne  en  53 1,  car  quoique  Gésalic  se 
fût  enfui  de  Narbonne,  où  il  avoit  été  élu& 
où  il  avoit  fixé  son  siège  après  la  prise  de 
Toulouse,  &  qu'il  eût  ensuite  résidé  à  Bar- 
celone, il  fit  cependant  un  séjour  assez  court 
dans  cette  dernière  ville,  &  il  fut  détrôné 
peu  de  temps  après  :  il  est  certain,  d'ail- 
leurs', qu'Amalaric  son  successeur  résida 
toujours  à  Narbonne.  LaSeptimanien'étoit 
donc  pas  comprise  dans  l'Espagne  en  6145 
ce  ne  fut  qu'après  la  mort  d'Amalaric  que 
Theudis  &  les  rois  visigoths  ses  successeurs 
ayant  abandonné  le  séjour''  des  Gaules  pour 
établir  leur  demeure  en  Espagne,  cela  donna 
occasion  aux  auteurs  postérieurs  de  com- 
prendre sous  le  nom  général  d'Espagne  la 
Septimanie  ou  Languedoc,  la  seule  pro- 
vince des  Gaules  dont  les  Visigoths  demeu- 
rèrent les  maîtres,  depuis  la  mort  de  Théo- 
doric,  roi  d'Italie. 

VIII.  On  peut  objecter  que  Grégoire  de 
Tours'  parlant  de  la  défaite  d'Amalaric, 
l'an  53 1,  dit  qu'elle  arriva  en  Espagne,  quoi- 
qu'il soit  certain  par  tous  les  anciens  auteurs, 
comme  Procope  &  Isidore,  que  ce  prince 
fut  défait  auprès  de  Narbonne.  Il  falloit 
donc  que  la  Septimanie  fût  comprise  dès 
lors  dans  l'Espagne,  sous  ce  nom  général. 

Il  est  vrai  que  Grégoire  de  Tours  ren- 
ferme la  Septimanie  dans  l'Espagne  de  même 
que  les  autres  auteurs  qui  l'ont  suivi  comme 
Frédegaire  ScAimoinj  mais  cet  historien 
écrivant  à  la  fin  du  sixième  siècle,  il  n'est 
pas   extraordinaire  qu'il  ait  donné  à  cette 


province  le  nom  qu'elle  portoit  alors,  & 
qu'il  en  ait  parlé  selon  le  langage  de  son 
temps.  Nous  convenons  qu'aussitôt  après 
l'an  53i,  la  Septimanie  ou  Narbonnoise 
première  fut  comprise  dans  l'Espagne  j 
mais,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  on  ne 
sauroit  prouver  par  aucun  monument 
qu'elle  ait  été  auparavant  connue  sous  ce 
nom.  Aussi  voyons-nous  que  Procope",  au- 
teur plus  ancien  que  Grégoire  de  Tours, 
distingue  très-bien  la  Septimanie  de  l'Espa- 
gne, lorsqu'en  parlant  de  la  défaite  d'Ama- 
laric dans  cette  première  province,  il  dit 
qu'après'la  mort  de  ce  prince  les  Visigoths 
passèrent  des  Gaules  en  Espagne  :  Qui  cladi 
superfuerant,  ex  Gallia  cum  uxorîbus  libe- 
rîsque  egressi,  in  HiSPANiAM  ad  Theudim  jam 
palam  tyrannum  se  receperunt,  selon  la  tra- 
duction latine  de  cet  auteur. 

Il  est  vrai  qu'il  se  trompe,  &  qu'il  confond 
l'expédition  de  Childebert  contre  Amalaric 
avec  celle  de  Théodebert  contre  Theu- 
dis j  mais  les  deux  princes  françois  portè- 
rent également  leurs  armes  dans  la  Septi- 
manie; &  s'il  est  vrai  qu'ils  aient  donné  la 
liberté  aux  Visigoths  du  pays  qu'ils  con- 
quirent dans  cette  province,  de  se  retirer 
en  Espagne  ou  dans  les  Etats  de  Theudis, 
il  faut  que  par  le  terme  d'£j^ag^ne,  Procope 
entende  la  portion  des  Etats  de  ces  peuples 
situés  au  delà  des  Pyrénées. 

Il  résulte  de  ce  que  nous  venons  de  dire 
que  l'an  5i4  la  Septimanie  n'étoitpas  encore 
comprise  sous  le  nom  général  d'Espagne,  & 
que  le  vicariat  de  S.  Césairedevoit  s'étendre 
par  conséquent  au  delà  des  Pyrénées. 


NOTE  LXVII 

Sur  la  mort  du  roi  Amalaric.  — 
Epoque  de  son  règne  6*  du  second 
concile  de  Tolède. 


Note 
66 


Note 
67 


'  Le  Cointe,  ad  ann.  53i,  n.  8  &  seq.  —  Adrien 
de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  7,  p.  357  &  373. 
—  Daniel,  Histoire  de  France^  t.   i,  p.  70  &  75. 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  7, 
p.  357  &  373. 

Grégoire  de  Tours,  1.  3,  c.  3,  10. 


I.-K  TOUS  ne  nous  arrêterons  pas  à  prouver 

IN  que  la  guerre  que  Childebert  entreprit 

contre  Amalaric,  &  dans  laquelle  le  dernier 

'  Procope,  de  Bello  Gothoram  in  Hist.  Bys.  p.  345. 


Note 
67 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  669. 


144 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


perdit  la  vie,  se  passa  dans  la  Septimanie  & 
aux  environs  de  Narbonne.  Plusieurs  habi- 
les critiques'  l'ont  déjà  démontré  sur  l'au- 
torité de  Procope%  de  S.  Isidore^  &  de 
l'auteur  de  VAppendix  ou  Supplément  à  la 
Chronique  de  Victor  de  Tunes'*,  &  ont  fait 
voir  que  Grégoire  de  Tours  ^  ne  dit  pas  le 
contraire. 

IL  II  n'est  pas  aussi  aisé  de  déterminer  le 
lieu  où  mourut  Amalaric  &  de  marquer  les 
circonstances  de  sa  mort;  car  presque  tous 
les  anciens  historiens  varient  là-dessus. 
S.  Isidore^  dit  qu'après  la  bataille  de  Nar- 
bonne ce  prince,  s'étant  retiré  à  Barcelone 
fut  égorgé  dans  cette  dernière  ville  par  ses 
propres  soldats.  L'auteur  du  supplément' 
à  la  Chronique  de  Victor  de  Tunes  rapporte 
la  même  chose,  avec  cette  différence  qu'il 
fait  mourir  Amalaric  par  la  main  d'un  Fran- 
çois. Enfin,  Frédegaire*  assure  aussi  que  ce 
prince  mourut  à  Barcelone.  Nous  croyons 
donc  avec  le  P.  Daniel  ',  que  l'autorité  de 
ces  historiens  doit  être  préférée  à  celle  de 
Procope,  de  Grégoire  de  Tours  &  de  ceux 
qui  les  ont  suivis,  lesquels  font  mourir  ce 
roi  lorsqu'il  étoit  sur  le  point  de  s'enfuir  de 
Narbonne  en  Espagne. 

III.  Pour  ce  qui  est  de  l'époque  précise 
de  la  mort  d'Amalaric  &  des  années  de  son 
règne,  nous  savons  qu'il  commença  de 
régner  au  mois  de  septembre  de  l'an  626, 
après  la  mort  du  roi  Théodoric,  son  aïeul, 
&  qu'il  régna  cinq  ans  suivant  Isidore'"; 
ainsi  il  dut  mourir  l'an  53 1.  C'est  aussi  à 
cette  année  que  cet  historien  &  l'auteur  du 
Supplément  à  la  Chronique  de  Victor  de 
Tunes  rapportent  sa  mort.  Il  dut  régner  ce- 
pendant un  peu  plus  de  cinq  ans,  car  il  ne 
mourut  qu'après  le  4  de  décembre  de   la 


'  Le  Cointe,  ad  ann.  53 1.  —  Adrien  de  Valois, 
Rerum  Franc'icarum  1.  7,  p.  371. —  Daniel,  Histoire 
de  France,  t.  i ,  p.  76. 

'  Procope,  de  Bello  Gothorum,  1.   t,  c.   i3. 

'  Isidore,  Chronicon,  p.  721. 

■*  Victor  de  Tunes,  Chronicon,  éd.  Scaliger. 

^  Grégoire  de  Tours,  1.  3,  c,  10. 

®  Isidore,  Chronicon,  p.  721. 

'  Victor  de  Tunes,  Chronicon,  éd.  Scaliger. 

*  Frédegaire,  Epit,  3o  8<.  42. 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.   I ,  p.  70  &  j5. 

'"Isidore,  Chronicon,  p.  721. 


même  année,  ce  que  le  P.  Pagi  '  a  très-bien 
prouvé  par  la  date  des  conciles  de  Lérida  & 
de  Valence  en  Espagne,  tenus  l'un  le  4  du 
mois  d'août,  &  l'autre  le  4  du  mois  de  dé- 
cembre de  l'an  646,  la  quin'j^ième  année  du 
règne  de  Theudis^  successeur  de  ce  prince. On 
lit  Theaderedîj  au  génitif,  dans  les  actes  de 
ce  dernier  concile,  ce  qui  est  une  inflexion 
du  nominatif  Theudis.  Quelques  critiques 
avoient  pris  mal  à  propos  ce  nom  pour 
celui  de  Théodoric,  ce  qui  faisoit  qu'on 
avoit  de  la  peine  à  concilier  cette  date. 

IV.  On  voit  la  même  inflexion  dans  une 
épitaphe  trouvée  à  Narbonne',  rapportée 
par  le  P.  Ruinart'  dans  ses  notes  sur  Gré- 
goire de  Tours  &  datée  de  la  fin  du  mois 
d'avril,  la  dixième  année  du  règne  de  Theu- 
dis, régnante  Theudere^  indiction  IV,  ce  qui 
convient  très-bien  à  l'an  641.  Le  P.  Rui- 
nart  a  cru  cependant  qu'elle  appartenoit  au 
règne  de  l'un  ou  de  l'autre  des  deux  rois 
visigoths  du  nom  de  Théodoric;  mais  Théo- 
doric I  n'ayant  jamais  été  maître  de  Nar- 
bonne, &  cette  inscription  ayant  été  trouvée 
dans  cette  ville,  elle  ne  peut  être  placée 
sous  le  règne  de  ce  prince.  On  ne  sauroit 
d'ailleurs,  concilier  l'indiction  iv  avec  la 
dixième  année  de  son  règne.  Cette  même 
indiction  ne  peut  pas  non  plus  s'accorder 
avec  la  dixième  année  du  roi  Théodoric  II, 
qui  ne  fut  maître  de  Narbonne  que  sur  la 
fin  de  son  règne;  mais  elle  convient  parfai- 
tement avec  la  dixième  année  de  Theudis, 
c'est-à-dire  avec  l'an  641,  d'où  l'on  doit  con- 
clure que  ce  prince  commença  de  régner 
en  53i.  Ce  dut  être  au  mois  de  décembre, 
comme  nous  l'avons  déjà  prouvé  ;  ce  qui 
nous  donne  l'époque  précise  de  la  mort 
d'Amalaric,  son  prédécesseur. 

V.  Cette  dernière  époque  sert  beaucoup  à 
fixer  celle  du  second  concile  de  Tolède  sur 
laquelle  les  modernes  ne  sont  pas  d'accord. 
Selon  tous"*  les  manuscrits,  il  fut  tenu  le 
ij  du  mois  de  mai,  la  cinquième  année  du  rè- 
gne d'Amalaric,  Van  565  de  l'Ere  espagnole  . 
ces  notes  chronologiques  ont  jeté  beaucoup 

'  Pagi,  ad  ann.  646,  n.  10  &  seq. 
'  Voyez,  aux   Preuves  de  ce  volume,  les  Inscrip- 
tions de  Narbonne. 

'  Ruinart,  Notae  in  Greg.  Tur,  p.  iSSp. 

^  Aguirre,  Concil.  Hisp.  t.  1,  p.  122  j  t.  2,  p.  267. 


Note 
67 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


145 


Note 
68 


d'obscurité  sur  la  date  de  ce  concile  &  sur 
le  commencement  &  la  suite  du  règne 
d'Amalaric.  Binius',qui  rapporte  cette  date 
à  l'an  53i,  prétend  qu'il  faut  lire  le  nom  de 
Theudis  au  lieu  de  celui  d'Amalaric,  & 
l'ère  569,  qui  répond  à  l'an  53i  de  J.-C,  au 
lieu  de  l'ère  565. 

Le  cardinal  d'Aguirre'  atteste  d'un  autre 
côté  que  tous  les  manuscrits  portent  dans 
le  titre  du  concile  qu'il  fut  tenu  la  cinquième 
année  du  règne  d'Amalaric,  Van  565  de  l'ère 
espagnole  :  ce  qui  l'oblige  à  rapporter  cette 
date  à  l'an  527  &  à  faire  commencer  le 
règne  d'Amalaric  l'an  523,  du  vivant  du  roi 
Théodoric  son  a'ieul.  Mais  comme  il  est 
certain,  par  les  preuves  que  nous  venons  de 
rapporter,  qu'Amalaric  n'est  mort  que  l'an 
53i  &  qu'il  n'a  régné  que  cinq  ans,  cette 
date  ne  sauroit  être  vraie.  Nous  aimons 
donc  mieux  supposer  avec  ce  savant  cardi- 
nal que  le  nom  du  roi  &  l'année  du  règne 
sont  marqués  comme  il  faut  dans  les  manus- 
crits, &  croire  contre  lui,  avec  Binius  &  le 
P.  Pagi%  qu'il  faut  lire  l'ère  569  au  lieu  de 
l'ère  565.  Ainsi  ce  concile  fut  tenu  au  mois 
de  mai  de  l'an  53i,  la  dernière  année  du 
règne  d'Amalaric. 


NOTE  LXVIII 

Sur  les  expéditions  de  Théodehert 
dans  la  Septimanie  ou  Languedoc ^ 
sur  le  pays    6*  Vévêché  d'Arsat. 


NOTI 

68 


o; 


I./^N  sait,  en  général,  que  Théodoric, 
roi  des  Ostrogoths,  reconquit  après 
la  mort  de  Clovissurles  enfans  de  ce  prince 
plusieurs  places  qui  avoient  été  enlevées 
aux  Visigoths  depuis  la  bataille  de  Vouglé, 
ainsi  que  nous  l'apprend  Grégoire  de 
Tours*  :  Gothi  vero  cum  post  Clodovechi 
mortem  multa  de  his  quae  îlle  adquisierat 
pervasissent,  &c.  Mais  nous  ne  saurions 
marquer  précisément  jusqu'où  ce  roi  d'Ita- 


lie étendit  ses  conquêtes  dans  les  Gaules  ; 
nous  sommes  seulement  assurés  qu'il  reprit 
la  ville  de  Rodez  &  le  Rouergue,  ce  qui 
nous  fait  croire  qu'il  reprit  aussi  le  Gévau- 
dan  &  le  Vêlai,  &  peut-être  l'Albigeois.  Il 
ne  paroît  pas  douteux  que  le  pays  d'Uzès 
ne  soit  retourné  en  même  temps  sous  la  do- 
mination des  Goths,  si  tant  est  que  les  Fran- 
çois l'eussent  pris  sur  eux;  car  quelle  appa- 
rence que  Théodoric  eût  conquis  tout  le 
Rouergue,  &  qu'il  eût  laissé  derrière  lui 
rUzége,  situé  au  milieu  de  ses  Etats,  entre 
la  Provence  &  la  Septimanie? 

II.  Ce  n'est  donc  que  depuis  l'an  533  que 
Théodehert,  fils  de  Thierry,  roi  d'Austrasie, 
ayant  reconquis  '  sur  les  Visigoths  les  places 
que  Théodoric  avoit  enlevées  aux  François 
après  la  mort  de  Clovis,  la  ville  &  le  pays 
d'Uzès  furent  soumis  aux  François,  &  l'on  Éd.ong. 
ne  sauroit  donner  aucune  preuve  du  con-  p.  670. 
traire.  Ainsi,  c'est  avec  raison  que  nous 
mettons  ce  pays  au  nombre  des  conquêtes 

de  Théodehert. 

III.  On  doit  en  dire  de  même  de  la  ville 
&  du  diocèse  de  Lodève  où  ce  prince  porta 
ses  armes.  Leur  situation  entre  Béziers  & 
Rodez,  villes  qui  dépendoient  des  Goths 
avant  son  expédition,  ne  nous  permet  pas 
de  douter  qu'ils  n'aient  été  repris  par  Théo- 
doric, après  la  mort  de  Clovis. 

IV.  Les  souscriptions  du  concile'  tenu  à 
Clermont,  en  Auvergne,  l'an  535,  deux  ans 
après  l'expédition  de  Théodehert,  par  les 
évêques  de  la  domination  de  ce  prince  qui 
avoit  succédé  depuis  peu  à  Thierry  ,  son 
père,  dans  le  royaume  d'Austrasie,  prou- 
vent' qu'il  étoit  alors  le  maître  du  Gévau- 
dan,  du  Rouergue,  du  pays  de  Lodève  &  du 
Vivarais;  car  on  y  voit  les  noms  d'Hilaire, 
évêque  de  Javoux;  de  Deutérius  de  Lo- 
dève; de  Dalmace  de  Rodez  &  de  Vénan- 
tius'de  Viviers. 

V.  La  souscription  de  ce  dernier  con- 
firme la  conjecture  d'un  historien  moderne  * 
au  sujet  de  la  fin  de  la  guerre  de  Bourgogne 
qu'il  met  en  534,  après  la  mort  de  Thierry, 
&  du  partage  de  ce  royaume  entre  tous  les 


'  Conciles,  t.  4,  p.  1374  8c  suiv. 

'Aguirre,  Concil.  H'isp,  t.  i ,  p.   122;  t.  2,  p.  267. 

'  Pagi,  ad  ann.  53i,  n.  9. 

*  Grégoire  de  Tours,  1.  3,  c.  21. 


'  Grégoire  de  Tours,  1.  3,  c.  21,  22  &  28. 

'  Conciles,  t.  4,  p.   i8o3. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  535,  n.  9. 

*  Daniel,   Histoire  de  France,  t.  i,  p.   78   &  88. 


II. 


Note 
68 


146 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


princes  françois.  Théodebert  dut  obtenir 
le  Vivarais  en  vertu  de  ce  partage,  ce  qui 
est  appuyé  d'ailleurs  sur  la  Chronique  de 
Marius  d'Avenches";  car  il  n'y  a  aucune  ap- 
parence que  ce  prince  l'ait  conquis  sur  les 
Goths  qui  paroissent  ne  l'avoir  jamais  pos- 
sédé, quoique  Roderic  de  Tolède"  semble 
vouloir  le  faire  entendre  ;  mais  son  témoi- 
gnage n'est  pas  d'un  grand  poids. 

VI.  Nous  avons  ajouté  le  château  d'ï/^er- 
num  aux  conquêtes  de  Théodebert,  parce 
qu'outre  que  ce  prince  porta  ses  con- 
quêtes du  côté  du  Rhône  &  de  la  ville  d'Ar- 
les qu'il  assiégea,  nous  voyons  d'ailleurs 
que  ce  château  fut  un  de  ceux  que  le  prince 
Reccarède  reprit  sur  les  François  l'an  585. 
Ces  peuples  dévoient  par  conséquent  l'avoir 
enlevé  auparavant  aux  Visigoths,  &  sans 
doute  pendant  l'expédition  de  Théodebert. 

VII.  Pour  ce  qui  est  du  pays  d'Arsat  ou 
de  Larsat,  pagus  Arisitensis,  qui  faisoit  par- 
tie du  Rouergue,  nous  croyons  que  les  Vi- 


l'Èglise^  Ligons,  Gagnac,  Laissac  &  Mon- 
ferran.  Or,  tous  ces  lieux  sont  situés  en 
Rouergue,  vers  les  frontières  du  Gévaudan 
&  de  l'ancien  diocèse  de  Nimes;  ainsi  nous 
ne  doutons  pas  que  le  pays  de  VArssague':^ 
dont  il  est  parlé  dans  cette  charte,  ne  soit 
le  même  que  le  pagus  Arîsîtensîs  de  Gré- 
goire de  Tours. 

On  pourroit  aussi  conjecturer  qu'une 
partie  de  l'ancien  diocèse  de  Nimes,  savoir 
ce  qui  compose  aujourd'hui  le  diocèse  d'Alais 
limitrophe  du  Rouergue,  faisoit  partie  du 
pays  d'Arsat,  sur  ce  que  la  baronie  d'Hierle, 
donnée  par  le  roi  S.  Louis  en  assise  à  la 
maison  d'Anduse,  est  appelée  dans  les  mo- 
numens  du  ternes  Terra  Aris dit  ou  Erîsdiij 
peut-être  par  corruption  du  nom  Arîsîtensîs. 
Cette  ancienne  baronie  s'étend,  en  effet, 
dans  le  diocèse  d'Alais  &  les  frontières  du 
Rouergue  depuis  Merueys  jusqu'à  Vissée 
{Vîrîdesîccum).  D'ailleurs,  le  pays  de  l'Arsat 
appartenant,  à  ce  qu'on  prétend,  à  la  famille 


Note 
68 


sigoths  le  conservèrent,  &  que  Théodebert  deTonanceFerréol  quipossédoit  de  grands 
ne  le  prit  pas  sur  eux,  mais  seulement  le  biens  dans  l'ancien  diocèse  de  Nimes  vers 
reste  du  pays.Ce  canton  comprenoit,  suivant      les  confins  du  même  pays  du  Rouergue,  & 


Grégoire'  de  Tours,  environ  quinze  parois- 
ses du  Rouergue.  On  est  partagé  sur  leur 
situation  :  on  les  place*  plus  communé- 
ment sur  les  frontières  de  ce  pays  vers  le 
Gévaudan  &  le  diocèse  d'Alais  ou  l'ancien 
diocèse  de  Nimes.  Nous  pouvons  confirmer 
ce  sentiment  par  un  titre  du  Trésor'  des 
chartes  du  roi  de  l'an  1207  écrit  en  lan- 
gage du  pays,  par  lequel  Guillaume,  comte 


entre  autres  le  lieu  de  Trêve  (Trevîdon),  il 
est  assez  vraisemblable  que  tout  le  domaine 
de  cette  famille  composoit  le  pays  d'Arsat. 
Enfin,  on  appelle  encore  Saînte-Eulalîe-de- 
Larsac  un  lieu  du  diocèse  de  Vabres  situé 
vers  les  frontières  du  Gévaudan.  C'est  tout 
ce  que  nous  pouvons  dire  de  la  situation  de 
ce  pays,  en  attendant  la  dissertation  que 
nous  fait  espérer  là-dessus  M.  de  Manda- 


de   Rodez,   engage  à  Raymond,   comte  de      jors  qui  pourra  éclaircir  cette  matière  par 


Toulouse,  pour  la  somme  de  vingt  mille  sols 
melgoriens,  le  château  de  Montrosier  avec 
huit  autres  châteaux  ou  villages  qu'il  pos- 
sédoit  dans  le  pays  de  l'Arssagueo^,  savoir  : 
Buzens,    Galhac,  Provenquières,  Sévérac- 


'  Marius  d'Avenches,  Chronlcon.  —  Duch.  t.  i, 
p.   2l3. 

'  Roderic  de  Tolède,  1.  3,  c.  21. 

'  Grégoire  de  Tours,  1,  5,  c.  5. 

•*  Dominici,  Ansbertus  redivïvus,  p.  41  &  seq.  — 
Le  Cointe,  adann.  SzS,  n.  lo. —  Gallia  Christiana, 
nov.  edit.  t.  i,  p.  196  &  seq. 

'  Voyez  au  tome  VIII  de  cette  édition,  aux  Preu- 
ves, sous  le  n.  LXXXVIII,  V Engagement  du  pays  de 
l'Arssaguc^  ,  fait  a  Raymond,  comte  de  Toulouse, 
par  Guillaume,  comte  de  Rode^. 


ses  recherches,  8z;  qui  prétend  que  tout  ce 
qui  compose  aujourd'hui  le  diocèse  d'Alais 
étoit  de  l'ancien  pagus  Arîsîtensîs. 

VIII.  Ce  pays  fut  honoré  d'un  siège  épis- 
copal  j  mais  il  est  difficile  de  déterminer  si 
on  doit  en  attribuer  l'érection  ou  aux  Visi- 
goths ou  aux  François.  Le  P.  le  Cointe' 
qui  est  persuadé  que  les  derniers  demeurè- 
rent toujours  maîtres  de  ce  canton  depuis 
les  conquêtes  de  Clovis,  quoique  les  autres 
eussent  repris  sur  eux  le  reste  du  Rouer- 
gue, prétend  qu'ils  firent  ériger  cet  évêché 
pour  empêcher  que  leurs  sujets  ne  fussent 
soumis  à  un  évêque  étranger^  mais  il  n'en 
apporte  aucune  preuve.  Il  paroît,  au  con- 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  535,  n.  9. 


Note 
68 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


47 


Éd.  orig 
t.  I 


traire,  par  Grdgoire  de  Tours,  que  les  Visi- 
goths  demeurèrent  maîtres  de  ce  pays  tandis 
que  le  reste  du  Rouergue  obéissoit  aux 
François,  &  que  cela  donna  occasion  aux 
premiers  d'y  ériger  un  siège  épiscopalj  c'est 
aussi  le  sentiment  de  plusieurs  personnes 
habiles'. 

IX.  Nous  jugeons  donc  qu'il  est  beaucoup 


sous  le  règne  des  Visigoths,  &  que  ces  peu- 
ples n'aient  établi  un  évèché  dans  ce  pays. 
Grégoire  de  Tours  le  fait  assez  entendre  en 
parlant  de  Monderic  qui  parvint  à  cet  évè- 
ché vers  l'an  SyS  par  la  faveur  de  Sigebert, 
roi  d'Austrasie;  puisque,  suivant  cet  histo- 
rien, Dalmace,  évêque  de  Rodez,  deman- 
doit  alors  qu'on  remît  sous  son  autorité  les 


plus  probable  que  les  Goths  reconquirent      quinze  paroisses  qui  en  dépendoient  &  qui 


ce  pays  sur  les  François,  avec  le  Rouergue, 
peu  de  temps  après  la  mort  de  Clovis;  que 
Théodebert  ayant  repris  dans  la  suite  la 
ville  de  Rodez  &  presque  tout  le  Rouergue 
sur  les  Visigoths,  il  négligea  de  soumettre 
ce  canton,  soit  à  cause  de  sa  situation  avan- 
tageuse dans  les  montagnes,  soit  parce  qu'il 
vouloit  porter  ses  armes  ailleurs  j  &  que 
c'est  ce  qui  donna  occasion  aux  derniers  d'y 
ériger  un  évèché. 

Il  paroît,  en  effet,  que  les  Visigoths,  de- 
puis la  défaite  d'Alaric  II  à  la  bataille  de 
Vouglé  &  la  perte  de  la  meilleure  partie  de 
leurs  États  dans  les  Gaules,  affectèrent'  de 
conserver  dans  la  partie  de  la  province  ec- 
clésiastique de  Narbonne  qui  leur  demeura, 
le  même  nombre  d'évèchés  qu'ils  y  possé- 
doient  auparavant^  &  que  comme  ils  firent 
ériger  ceuxdeMaguelonne,  de  Carcassonne 
&  d'Elne  pour  se  dédommager  de  ceux  de 
Toulouse,  d'Uzès  &  de  Lodève  qu'ils  avoient 
P.V71,  perdus,  ils  firent  aussi  ériger  celui  d'Arsat, 
pour  réparer  la  perte  de  celui  de  Rodez, 
après  que  Théodebert  leur  eut  enlevé  cette 
ville  en  533.  Car  il  est  constant  que  depuis 


avoient  été  démembrées  de  son  diocèse 
Et  apud'  Arîsitensem  vicum  (Nlondericus) 
epîscopus instituitur,  habens  sub  se  plus  minus 
dîoeceses  quîndecîm,  quas  pr'imum  Gotht  quî- 
dem  tenuerant,  nunc  vero  Dalmatîus  Ruthe- 
nensis  epîscopus  vindîcabat.  Il  paroît,  par  ce 
passage,  que  du  temps  des  Goths  ces  parois- 
ses ne  dépendoient  pas  du  diocèse  de  Rodez, 
&  qu'elles  étoient  par  conséquent  gouver- 
nées par  un  évêque  particulier. 

XI.  Lorsque  Dalmace  demanda  de  rentrer 
dans  le  droit  qu'ilavoit  sur  ces  paroisses,  le 
pays  d'Arsat  étoit  tombé  sans  doute  depuis 
peu  sous  l'obéissance  des  François.  Nous 
conjecturons  que  Clotaire  I,  maître  de  toute 
la  monarchie,  le  prit  sur  les  Visigoths  vers 
l'an  5605  car  il  n'y  a  aucune  apparence  que 
Sigebert,  roi  d'Austrasie,  son  fils,  l'ait  con- 
quis sur  ces  peuples,  puisque  nous  savons 
que  ce  dernier  prince  vécut  toujours  en 
paix  avec  Athanagilde,  leur  roi,  qui  étoit 
son  beau-père. 

XII.  Il  ne  paroît  pas,  en  effet,  que  Déo- 
tarius,  qui  est  le  premier  évêque  d'Arsat 
que  nous  connoissions  depuis  que  ce  pays 


que  Théodoric,  roi  des  Ostrogoths,  eut  re-      fut  soumis  à  la  domination  françoise,  ait 


pris  Rodez  sur  les  François,  l'évêché  de 
cette  ville  fut  soumis  à  la  métropole  de 
Narbonne,  quoiqu'il  dût  dépendre  naturel- 
lement de  celle  de  Bourges, parce  que,  sui- 
vant l'usage  de  ce  siècle,  les  souverains  ne 
permettoient  pas  que  les  évêques  de  leur 
domination  dépendissent  d'une  métropole 
étrangère. 

X.  Il  est  vrai  que  nous  ne  connoissons 
les  évêques  d'Arsat  que  depuis  que  ce  pays 
obéissoit  aux  François;  mais  cela  n'empê- 
che pas  qu'il  n'ait  pu   y  avoir  des  évêques 


pu  parvenir  à  cet  évèché  avant  ce  temps-là. 
Il  est  vrai  que  le  P.  leCointe"  prétend  qu'il 
l'occupa  depuis  l'an  533  jusqu'en  569,  sur 
ce  que,  suivant  les  anciens  monumens  de 
l'église  de  Metz,*  rapportés  par  Dominici  ', 
il  fit  bâtir  le  village  d'Arsat,  d'où  le  pays  a 
pris  son  nom;  &  qu'il  conjecture  que  ce 
qui  y  donna  lieu  fut  que  ce  pays  avoit  été 
désolé  depuis  peu,  durant  la  guerre  que 
Théodebert  avoit  faite  aux  Visigoths  dans 
le  Rouergue  en  533.  Mais  si  Déotarius  fit 
bâtir,  ou,  comme  s'expriment   Dominici  & 


NOTB 

68 


'  Ruinart,  Not.  in  Greg.   Tur.   p.  208.  —  Gallia  '  Grégoire  de  Tours,  1.  5,  c.  5. 

Christiana,  nov.  edit.  t.   i ,  p.    i(;5  &  r  96.  '  Le  Cointe,  ad  ann.  523,  n.   1  o  &  seq.  ;  ad  ann. 

'Voyez    Nota   XXV,  XXVI,  XXVII   &  LVII ,  569,  n.  27. 

n.  6  &  suiv.  '  Dominici,  Ansbertus  rcdivlvus,  App.  p.  9  Scscq. 


Note 
68 


148 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


le  P.  le  Coînte',  rebâtir  le  chef-lieu  du  pays 
d'Arsat,  ce  fut  peut-être  pour  quelque  autre 
motif,  ou  s'il  fut  désolé  durant  les  guerres, 
ce  peut  avoir  été  dans  quelque  autre  occa- 
sion que  durant  l'expédition  de  Théodebert. 
D'ailleurs,  il  est  marqué  dans  les  mêmes 
monumens"  queDéotarius  fut  sacré  évêque 
d'Arsdit  par  S.  Aigulphe,  évêque  de  Met'ç,  son 
frère.  Ot^  ce  dernier,  de  l'aveu  du  P.  le 
Cointe^  ne  parvint  à  l'épiscopat  que  depuis 
l'anSyS;  ilnepeutdoncavoirconsacréDéota- 
rius  avant  ce  temps-là.  Cet  annaliste,  pour  se 
tirer  de  cette  difficulté,  rej  ette  "*  l'autorité  des 
monumens  de  l'église  de  Metz,  par  rapporta 
cette  ordination.  Mais,  s'ils  sont  erronés  en 
cela,  ils  peuvent  l'être  sur  tout  le  reste  : 
aussi  paroissent-ils  suspects  à  d'habiles  cri- 
tiques. On  pourroit  y  trouver  plusieurs 
autres  choses  à  dire,  quelque  autorité  qu'ait 
voulu  leur  donner  Marc-Antoine  Dominici, 
entre  autres  sur  ce  qu'ils  font  S.  Aigulphe 
évêque  de  Metz,  ordonné  après  l'an  678, 
contemporain  de  Théodebert,  roi  d'Austra- 
sie,  mort  en  647.  Ce  prélat  ne  peut  donc 
avoir  reçu  la  donation  que  ce  prince  fit  à 
l'église  de  Metz  du  pays  d'Arsat  suivant  ces 
monumens.  Dominici^  conjecture  qu'il  faut 
lire  Sigebert  au  lieu  de  Théodebert  5  mais 
le  P.  le  Cointe®  rejette  cette  conjecture  sur 
ce  que  S.  Aigulphe  ne  fut  évêque  de  Metz 
qu'après  la  mort  du  premier.  Si  donc  Déo- 
tarius  fut  évêque  d'Arsat,  commenous  l'ap- 
prenons des  mêmes  monumens  qui  le  font 
en  même  temps  frère  de  S.  Aigulphe,  il  ne 
peutavoirvécu  qu'après  le  milieu  du  sixième 
siècle,  puisqu'il  est  certain  que  ce  dernier 
étoit  encore  évêque  de  Metz  en  6o3'.  Enfin 
ces  monumens  le  font  oncle  paternel  & 
prédécesseur,  dans  l'évêché  d'Arsat,  de  Mon- 


consacré  par  S.  Aigulphe,  évêque  de  Metz. 

XIII.  Nous  avons  dit  que  Dalmace,  évê- 
que de  Rodez,  revendiqua  sur  Monderic  les 
quinze  paroisses  du  pays  d'-<4r5flt_,  qui  avoient 
été  démembrées  de  son  diocèse  :  nous  ne 
savons  pas  s'il  obtint  sa  demande.  Le  P.  Rui- 
nart'  prétend,  après  M.  de  Valois,  que  ce 
sont  les  mêmes  paroisses  qu'Innocent,  évê- 
que de  Rodez  &  successeur  de  Dalmace,  ré- 
pétoit%  en  684,  sur  Ursicin,  évêque  de 
Cahors;  ce  qui  prouveroit  que  Dalmace  ne 
les  réunit  pas  à  son  évêché.  Mais  les  parois- 
ses que  les  évêques  de  Cahors  pouvoient 
avoir  usurpées  sur  ceux  de  Rodez  dévoient 
être  situées  au  couchant  du  Rouergue,  au 
lieu  que  celles  qui  étoient  comprises  dans 
le  pays  d'Arsat  s'étendoient  vers  le  levant. 
Ce  qu'il  y  a  de  vrai,  c'est  que  si  S.  Dalmace 
réunit  à  son  diocèse  les  quinze  paroisses  de 
l'Arsat  dont  on  a  déjà  parlé,  ce  pays  devoit 
s'étendre  au-delà  du  Rouergue  &  dans  la 
Septimanie,  puisque  nous  voyons  qu'Em- 
mon',  évêque  d'Arsat,  assista,  l'an  626,  au 
concile  de  Reims  5  ce  qui  fait  voir  que  cet 
évêché  subsistoit  encore  au  commencement 
du  septième  siècle. 

XIV.  On  ignore  l'époque  de  sa  suppres- 
sion. Il  paroît  seulement  qu'elle  étoit  déjà 
faite  vers  l'an  660,  &  qu'il  avoit  été  réuni 
alors  aux  diocèses  voisins  d'Uzès  ou  de 
Nimes.  C'est  ce  qu'on  peut  inférer  de  la  vie 
de  S.  Amand,  évêque  de  Mastrick,  écrite 
par  un  auteur  contemporain.  Ce  saint 
prélat*  ayant  entrepris  de  bâtir  le  mo- 
nastère de  Nant,  sur  les  frontières  du 
Rouergue  &  de  la  Septimanie,  Mommole, 
évêque  d'O^indîs,  dans  le  voisinage,  s'opposa 
de  toutes  ses  forces  à  son  dessein.  On'  ne 
doute  pas  que  le  nom  à^O'^indis  ne  soit  cor- 


NOTE 

68 


deric  qui  fut  nommé  à  cet  évêché  vers  l'an      rompu  dans  cet  auteur,  &  qu'il  ne  faille  li 


573,  par  Sigebert,  roi  d'Austrasiej  ce  qui 
prouve    encore   qu'il    ne    peut    avoir   été 


'  Dominici,   Anshertus    redivivus ,   c.    6.   —  Le 
Cointe,  ad  ann,  669  &  seq. 

'  Dominici,  Anshertus  redivivus,  append.   p.   10, 
'  Le  Cointe,  ad  ann.  569. 

*  Le  Cointe,  ad  ann.  SzB,  n.  i3, 

*  Dominici,  Anshertus  redivivus,  c.  6,  p.  5l. 
®  Le  Cointe,  ad  ann.  569. 

^  Voyez  Notae  in  epist.  58  1.  2,  Gregorii    Magni. 
nov.  éd. 


Ucedensisj  i°  parce  qu'il  n'y  a  aucune  ville 
épiscopale  au  voisinage  de  Nant  dont  le 
nom  approche  davantage  de  celui  d'Oijznc/zV; 
2°  parce  qu'on  sait  d'ailleurs  que  le  siège 
épiscopal  d'Uzès  étoit  rempli  vers  le  même 


'  Ruina rt,  Not.  in  Greg.  Tur,  p.  3i5. 
*  Grégoire  de  Tours,  1.  6,  c.  38. 
'  Conciles,  t.  5,  p.   1689. 
^  Vie  de  S.  Amand,  act.  SS.  0.  S.  B.  t.  2. 
^  Voyez  Mabillon,  ad  ann.  661,  n.  12  &  seq. — 
Bollandlstes,  6  février. 


i 


Éd.orig. 
p.  072 


Note 
68 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


149 


Note 

ADQIT. 


temps  '  par  un  évèque  appelé  Mommole.  Si 
donc  l'évéque  qui  s'opposa  à  la  construction 
du  monastère  de  Nant  étoit  évèque  d'Uzès, 
comme  il  paroît  qu'il  n'y  a  pas  lieu  d'en 
douter  ,  l'Uzége  devoit  être  alors  limi- 
trophe du  Rouergue ,  &  comprendre  par 
conséquent  la  plus  grande  partie  du  pays 
qui  forme  aujourd'hui  le  diocèse  d'Alaisj- 
ce  qui  prouve  que  si  le  pagus  Arîshensîs 
renfermoit  ce  dernier  diocèse,  comme  on  le 
prétend,  l'évèché  d'Arsat  devoit  être  alors 
supprimé  &avoir  été  réuni  au  diocèse  d'Uzès 
dont  il  avoitpuètre  démembré  auparavant, 
ou  bien  de  celui  de  Nimes.  Ce  qu'il  y  a  de 
vrai,c'est  qu'au  neuvième  siècle'  ce  dernier 
diocèse  étoit  limitrophe  du  Rouergue,  & 
qu'il  comprenoit  par  conséquent  alors  le 
pays  qui  compose  aujourd'hui  celui  d'Alais  ; 
ce  qui  a  duré  jusqu'à  laiin  du  dernier  siècle, 
que  celui-ci  en  a  été  séparé. 


lAddîtîon  faîte  par  les  nouveaux  éditeurs 
à  la  Note  LXVIII.] 


[Les  Bénédictins  ont  commis  quelques 
erreurs,  dans  la  Note  qui  précède.  Nous 
ne  pouvons  mieux  les  relever  qu'en  donnant 
ici  un  résumé  de  l'article  consacré  à  Vévè- 
ché  à' Arisitum,  par  M.  Jules  Quicherat,dans 
son  savant  ouvrage  intitulé  :  De  la  Forma- 
tion française  des  anciens  noms  de  lieux, 
p.  91  (Paris,  A.  Franck,  1867.  In-i8.)^mz- 
tum,  que  Grégoire  de  Tours  nous  fait  con- 
naître par  l'adjectif  Arisitensis  vicus^ ,  est 
appelé  Arisidum  dans  une  généalogie  des 
Carlovingiens  écrite  au  neuvième  siècle^. 
C'était  le  chef-lieu  d'une  petite  contrée  de 
la  Gaule  méridionale,  que  les  rois  d'Austra- 
sie  érigèrent  en  évèché  au  sixième  siècle. 
Cet  évêché  n'embrassait  qu'une  quinzaine 

'  Vit.  S.  Aigul.  act.  SS.  O.  S.  B.  t.  2,  p.  660  & 
seq.  —  Voyez  Mahillon,  ad  ann.  661,  n.    18. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  n.  LU, 
une  Charte  de  l'an  887  :  Donation  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire en  faveur  de  l'abbaye  d'Aniane  ,  &  sous  le 
n.  LXXVII,  une  autre  Charte  de  l'an  853  :  Charte 
du  roi  Charles  le  Chauve  en  faveur  de  l'abbaye 
d'Aniane. 

^  Historia  1.  5,  c.  5. 

■*  Dom  Bouquet,  Scriptores  rcrum  Franc,  t.  VI. 


de  paroisses.  Malgré  les  réclamations  des 
évêques  de  Rodez,  qui  le  revendiquaient 
comme  un  démembrement  de  leur  diocèse, 
il  fut  maintenu  jusqu'au  déclin  du  septième 
siècle  sous  la  dépendance  de  l'église  de  Metz. 

La  position  du  pagus  Arisitensis  a  fort 
embarrassé  les  critiques;  depuis  deux  cents 
ans  on  s'accorde  à  l'assimiler  avec  le  Larzac, 
région  montagneuse  qui  appartient  au  dé- 
partement actuel  de  l'Hérault.  Le  Larzac  est 
contenu  entre  l'Hérault,  la  Vis  &  le  Ler- 
gue  :  il  confine  aux  départements  du  Gard 
&  de  l'Aveyron.  Dom  Vaissete,  dans  sa  dis- 
sertation sur  Arisitum,  tout  en  admettant 
que  le  pays  répondait  au  Larzac,  en  a  con- 
sidérablement augmenté  l'étendue  d'après 
des  ressemblances  de  noms  qu'il  a  relevés 
dans  les  anciens  titres.  D'abord,  il  y  a  ratta- 
ché une  contrée  nommée  VArssaguet  dans 
une  charte  romane  de  1207,  &  l'Arssaguet 
est  une  partie  de  l'arrondissementde  Milhau 
(Aveyron),  à  plus  de  quinze  lieues  du  Lar- 
zac. Il  y  a  aussi  rattaché  une  partie  de  l'an- 
cien diocèse  d'Alais,  limitrophe  du  Larzac, 
laquelle  est  appelée  dans  une  charte  de  1243 
terra  Erisdii. 

Composé  de  la  sorte,  l'évèché  d'Arisitum 
au  lieu  de  quinze  paroisses  en  aurait  con- 
tenu plus  de  cent.  En  signalant  le  rappro- 
chement de  terra  Erisdii  avec  Arisitum,  le 
savant  bénédictin  avait  mis  le  doigt  sur  le 
nœud  de  la  question,  mais  il  aurait  dû  s'en 
tenir  là,  &  ne  plus  songer  au  Larzac  ni  à 
rien  de  ce  qui  lui  ressemble.  En  effet,  la 
première  chose  à  se  demander  en  présence 
d'un  nom  de  la  forme  Arisitum,  c'est  la  posi- 
tion probable  de  l'accent  dans  l'ancienne 
prononciation  ;  car  le  dérivé  est  tout  diffé- 
rent, selon  que  l'accent  aura  été  placé  sur 
le  premier/ ou  sur  le  second.  L'accent  ayant 
affecté  le  second  z,  le  dérivé  serait  Ar'^et  ou 
Accède  ;  dans  l'autre  cas,  nous  devons  être 
amenés  à  quelque  chose  comme  Ariste,  ce 
qui  est  bien  loin  d'Arzac  ou  de  Larzac,  en 
admettant  la  prothèse  de  l'article.  Or,  plu- 
sieurs chartes  coiiservées  aux  archives  de 
Nimes  offrent  les  formes  suivantes  :  in  Aris- 
jz'enje  (889);  in  vicaria  quae  dicitur  Arisico 
(895);  in  Ariceatense  (1009);  carta  de  Arisdo 
(douzième  siècle)  ,  ce  qui  nous  amène  à 
VErisdium  de  dom  Vaissete,  qui  n'est  pas 
le  dernier  terme  de  la  métamorphose.  Erisde, 


Note 

ADOIT. 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
69 

Éd-orig 

p.  672. 


équivalent  français  de  Erisdium,  n'était  pas 
assez  coulant  pour  la  bouche  des  Méridio- 
naux ;  par  une  série  de  transpositions  & 
d'adoucissements  ils  le  réduisirent  à  la  forme 
îerle,  orthographiée  Hierîe,  &  le  nom 
d'Hierle  existe  encore  dans  celui  de  Saint- 
Bresson-d'Hierle,  commune  voisine  du  Vi- 
gan  sur  le  territoire  de  laquelle  doivent 
exister  les  ruines  de  l'antique  Arîsîtum. 

De  cette  façon,  le  territoire  du  Vicus  Ari- 
skensis  de  l'époque  Mérovingienne,  devenu 
au  sixième  siècle  le  siège  d'un  évèché  éphé- 
mère, &  au  neuvième  siècle  la  circons- 
cription d'une  viguerie  carlovingienne,  ne 
répond  nullement  au  Larzac  (Hérault), 
mais  seulement  à  la  partie  occidentale  de 
l'arrondissement  du  Vigan  (Gard),  y  compris 
le  canton  du  Vigan  tout  entier  &  celui 
d'Alzon,  c'est-à-dire  le  riche  bassin  de  la 
rivière  d'Arre.  Il  est  probable  que  le  nom 
d'Arisitum  a  été  formé  sur  le  nom  de  cette 
rivière  &  que  la  Vicar'ia  Arisica  comprenait 
toute  la  vallée  de  l'Arre.  On  trouve  dans  le 
canton  d'Alzon  les  communes  d'Arre  &  d'Ari- 
gas,  dont  les  noms  ont,  probablement,  la 
même  étymologie'.]  [E.  M.] 


NOTE  LXIX 

Sur  les  actes  de  S.  Germierj  évêque  de 
Toulouse. 


I.T  ES  Bollandistes'  qui  nous  ont  donné 
-L'  les  actes  de  S.  Germier,  évéque  de 
Toulouse,  ne  font  pas  difficulté  de  les  ad- 
mettre comme  originaux.  Ils  les  attribuent  à 
Prétiosus,  disciple  du  saint,  &  prétendent 
seulement  qu'ayant  été  transcrits  dans  le 
dixième  ou  onzième  siècle,  le  copiste  y  a 
inséré  de  lui-même  le  miracle  dont  il  est 
fait  mention  à  la  fin,  &  qui  peut  faire  soup- 
çonner  qu'ils  sont  d'un   auteur  moderne. 

'  Voyez  aussi  dans  la  Note  que  nous  avons  con- 
sacrée ci-après  à  la  description  du  pagus  Ncmau- 
sensis,ce  qui  concerne  la  vicaria  Arisitcnsis.  ^E.M.,] 

'  Bollandistes,   16  mai,  p.  691. 


Nous  croyons  au  contraire  que  ces  actes, 
pris  dans  toutes  leurs  parties  &  tels  que 
nous  les  avons,  ne  sont  pas  plus  anciens  que 
le  onzième  siècle;  que  c'est  la  vraie  époque 
de  leur  fabrication;  qu'ils  ne  sont  pas  diffé- 
rens  de  ceux  du  même  saint  dont  Catel' 
fait  mention  &  que  Bernard  Guidonis  trans- 
crivit &  interpola;  &  qu'enfin^,  s'ils  contien- 
nent quelque  chose  des  véritables  actes  de 
S.  Germier  dressés  par  Prétiosus,  le  vrai 
est  tellement  confondu  avec  le  faux  qu'il 
est  très-difficile  de  démêler  l'un  d'avec 
l'autre. 

II.  Pour  prouver  l'antiquité  de  ces  actes 
&  sauver  les  contradictions  qu'ils  renfer- 
ment, les  Bollandistes  supposent  d'abord 
que  Bernard  Guidonis  ou  quelque  autre 
copiste  aura  défiguré  les  noms  propres  & 
substitué  ceux  de  Parlsidnam  au  lieu  d'Arî- 
sitinam,  Jerosolymas -pour  Incoîismas,  Astari- 
censïs  pour  Bituricensîs.  Et,  en  effet,  si  ces 
termes  ,  que  les  Bollandistes  prétendent 
défigurés,  sont  véritablement  du  premier 
auteur  de  ces  actes,  comme  nous  le  ferons 
voir,  c'est  une  marque  évidente  de  leur 
nouveauté.  D'ailleurs  ces  critiques  convien- 
nent que  l'écrivain  fait  connoître  le  temps 
où  il  vivoit,  par  ces  termes  :  Quorum  unus 
Prétiosus  sanctissimiconfessorisGermeriivitam 
vel  actus  LONGE  POST  scrîpsisse  perhibetur. 
Ces  paroles  &  la  suite  du  discours  font  voir 
que  ce  n'est  pas  Prétiosus  lui-même  qui 
parle;  mais  que  c'est  toujours  un  auteur 
postérieur  qui  le  fait  parler;  &,  en  effet,  si 
l'auteur  de  cette  vie  eût  vécu  au  sixième 
siècle,  se  seroit-il  servi  de  ces  termes  en 
parlant  d'un  évêque,  ab  reverendîssimo  Tor- 
raoaZc/o' ?  Appeloit- on  dans  ce  temps-là, 
comme  il  fait,  le  pays  de  Toulouse,  comitatus 
Tolosanus^?  Rendoit-on  alors  aux  environs 
de  cette  ville,  ainsi  qu'il  le  suppose,  un 
culte  public  aux  idoles ''  ? 

III.  Mais  ce  qui  prouve  la  nouveauté  de 
ces  actes,  c'est  que  les  noms  propres  des 
lieux,  que  les  Bollandistes  prétendent  défi- 
gurés par  les  copistes,  sont  certainement  de 

'  Catel ,  Mémoires  de  l'Histoire  de  Lanijuedoc , 
p.  846. 

'■'  Bollandistes,  \6  mai,  Fie  de  S.  Germier,  n.  4. 
'  Bollandistes,  16  mai,  Vie  de  S.  Germier,  n.  6. 
■•  Bollandistes,    16  mai,  Vie  de  S.  Germier,  n.  8. 


Note 
69 


Note 
69 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


iji 


la  première  main  &  conformes  aux  vues  & 
aux  desseins  de  l'auteur.  On  doit  conserver 
le  terme  de  Paris hanam  au  n"  3,  &  c'est  en 
vainque  ces  écrivains  lui  substituent  d'eux- 
mêmes  sans  aucune  autorité  celui  d'Arisita- 
nam,  puisque  l'auteur  a  voulu  parler  en  cet 
endroit  de  LA  VILLE  de  Paris  (civitatem)  & 
non  pas  du  lieu  d'Arsat  en  Rouergue  qui^ 
selon  Grégoire  de  Tours',  n'étoit  qu'un 
village,  Arlsitensis  vîcus.  L'auteur  fait  voir 
qu'il  avoit  dessein  de  parler  de  la  ville  de 
Paris  en  ce  qu'il  dit  que  S.  Germier,  à  son 
retour  de  son  ordination  %  paj^a  au  palais 
du  roi  Clovis  qui  voulut  le  voir.  Or,  si  saint 
Germier  fut  ordonné  au  pays  d'Arsat  , 
comme  les  BoUandistes  le  supposent,  quel 
palais  pouvoit  avoir  ce  prince  depuis  ce 
pays  situé  sur  la  frontière  du  Rouergue  & 
du  Gévaudan  jusqu'à  Toulouse,  &  quand  y 
a-t-il  fait  son  séjour?  Il  est  vrai  que  Clovis 
s'avança  jusqu'à  Toulouse  après  la  bataille 
de  Vouglé  :  mais  il  retourna  promptement  à 
Paris  dont  il  fit  la  capitale  de  son  royaume, 
&  nous  n'avons  aucun  mémoire  qui  parle 
de  quelque  voyage  de  ce  prince  sur  les 
frontières  de  l'Aquitaine  première  qui  fut 
soumise  par  son  fils  Thierry.  Il  n'y  a  enfin 
aucune  preuve  que  le  village  ou  le  pays 
d'Arsat  fût  érigé  sous  le  règne  de  Clovis. 
C'est  donc  mal  à  propos  que  ces  critiques 
changent  le  terme  de  Parisitanam  en  celui 
d'Arisitanam^  dans  les  actes  de  S.  Germier, 
ù.  qu'ils  prétendent  que  ce  prélat  fut  or- 
donné dans  le  pays  d'Arsat,  pour  n'être  pas 
obligés  de  convenir  de  la  nouveauté  de  ces 
actes,  s'il  avoit  été  sacré  à  Paris. 

IV.  C'est  avec  aussi  peu  de  fondement  que 
ces  auteurs  lisent  dans  ces  actes  Incolismis^ 
au  lieu  de  Jerosolymis,  terme  qui  y  est  ex- 
pressément marqué.  L'auteur  fait  venir 
S.  Germier  du  lieu  de  sa  naissance  à  Tou- 
louse, &  lui  fait  passer  la  mer.  Transita 
mari*  Tolosanis  partibus  venit.  Si  ce  saint 
eût  été  natif  d'Angoulême  &  non  pas  de 
Jérusalem,  comme  le  suppose  cet  écrivain, 
il  n'avoit  que  faire  de  traverser  la  mer  pour 
aller  à  Toulouse.  Les  BoUandistes,  pour  se 

'  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1.  5,  g.  5. 

'  BoUandistes,   16  mai.  Vie  de  S.  Germier,  n.  5. 

^  BoUandistes,  16  mai,  Vie  de  S.  Germier. 

■*  BoUandistes,  i6  mai.  Vie  de  S.  Germier,  n.    1. 


tirer  de  cette  difficulté,  prétendent  que  par 
cette  mer  on  doit  entendre  le  passage  de 
Blaye  à  Bordeaux  ou  le  Bec  d'Ambez;  che- 
min que  S.  Germier  prit,  à  ce  qu'ils  suppo- 
sent, afin  d'éviter  les  courses  des  Bourgui- 
gnons. Mais,  outre  qu'on  sait  que  ces  peu- 
ples étoient  amis  &  alliés  de  Clovis  à  la  fin 
du  règne  de  ce  prince,  temps  auquel  saint 
Germier  dut  faire  ce  voyage;  qu'ils  ne  pos- 
sédoient  rien  dans  toute  l'Aquitaine ,  & 
qu'ils  étoient  très-éloignés  de  la  province 
ecclésiastique  de  Bordeaux  où  le  saint  au- 
roit  dû  voyager  suivant  cette  leçon,  il  seroit 
très-singulier  qu'on  eût  donné  le  nom  de 
mer  à  la  rivière  de  Garonne. 

V.  Ce  qu'on  vient  de  dire  suffit  pour  faire 
voir  que  le  premier  auteur  des  actes  que 
nous  avons  de  S.  Germier  est  beaucoup 
plus  moderne  que  les  BoUandistes  ne  le 
prétendent,  &  que  c'est  le  même  que 
celui  qui  rapporte  à  la  fin  un  miracle  ar- 
rivé, de  l'aveu  de  ces  critiques,  au  onzième 
siècle. 

Quant  à  ce  qu'ils  ajoutent  qu'on  doit  lire 
dans  cet  endroit  des  actes  Bituricensem  comî- 
tatum'y  au  lieu  d''Astaracensem,  comme  porte 
le  manuscrit,  ils  se  trompent  également j 
car  c'est  du  comté  d'Astarac,  en  Gascogne, 
dont  on  a  voulu  parler  &  non  du  comté  de 
Bourges.  Le  premier  étoit  déjà  établi  dès  le 
onzième  siècle  %&  faisoit  partie  du  diocèse 
d'Auch  qui  n'est  pas  éloigné  du  château  de 
Muret  (M.uratiense  castrum.  Vit.  S.  Germ. 
ibid.)j  sur  la  Garonne,  au  diocèse  de  Tou- 
louse. C'est  dans  ce  château  où  étoit  le  tom- 
beau de  S.  Germier,  &  non  dans  celui  de 
TAurat  en  Auvergne  avec  lequel  les  BoUan- 
distes le  confondent.  C'est  donc  de  l'arche- 
vêque d'Auch,  &  non  pas  de  celui  de  Bour- 
ges dont  il  est  parlé  au  même  endroit.  D'ail- 
leurs l'auteur  donne  le  titre  de  Saint  à  ce 
prélat,  &  on  n'en  trouve'  aucun  reconnu 
pour  tel  dans  l'église  de  Bourges  depuis  le 
neuvième  siècle;  au  lieu  que  nous  connois- 
sons  S.  Austinde,  archevêque  d'Auch  à  la 
fin  du  onzième,  ce  qui  prouve  que  les 
actes  de  S.  Germier  étant  d'une  même  main, 
ils  doivent  être  postérieurs  au  temps  de  saint 

'  BoUandistes,  16  mai,  Vie  de  S,  Germier,  n.  1 1. 

'  Oïhenart,  Notitia  Vasconiae,  p.  499. 

'  Gallin  C/iristiana,  nov,  éd.  t.   1,  p-  980. 


Note 
69 


Édorig. 

t.  I, 
p.  673. 


Note 
69 


l52 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
70 


Austinde.  Au  reste,  il  paroît  que  l'auteur 
étoit  religieux  de  Saint-Germier  ,  auprès  de 
Muret,  où  il  y  avoit,  en  effet,  ancienne- 
ment un  prieuré  conventuel. 


NOTE  LXX 

Si  les  François  prirent  la  ville  de  Cette 
en  Languedoc  sur  les  Visigoths,  sous 
le  règne  de  Childehert. 

LE  P.  Daniel  prétend  '  que  l'expédition 
des  Visigoths  contre  la  ville  que  S.  Isi- 
dore' appelle  Septem  oppidum  regarde  la 
ville  de  Cette,  en  Languedoc,  &  non  celle 
de  Ceuta  en  Afrique.  «  Il  assure  que  la 
«  première,  Je  laquelle  on  voitj  dit-il,  en- 
«  core  aujourd'hui  les  ruines,  avoit  été  prise 
«  par  les  François,  vers  l'an  644,  que  les 
«  Visigoths  y  ayant  aussitôt  fait  transpor- 
«  ter  par  mer  leur  armée,  reprirent  la  place  j 
«  mais  comme  le  dimanche  qui  suivit  cette 
<f  reprise  ils  ne   faisoient  point  les   gardes 


«  Septa  signifioit  en  latin  Settej  que  cette 
«  conjecture  suppose  qu'il  avoit  lu  dans  les 
«  anciens  auteurs  ce  même  nom  pour  signi- 
«  fier  Sette.  Il  ajoute  enfin  que  c'est  cette 
«  victoire  des  Françoissur  les  Visigoths  qui 
«  est  marquée  sur  diverses  médailles  de 
«  Clotaire  frappées  à  Marseille,  dans  l'une 
«  desquelles  est  d'un  côté  la  tète  de  ce 
«  prince,  &  sur  le  revers  Victoria  Gothica.  » 
Il  est  aisé  de  détruire  toutes  ces  raisons 
&  de  faire  voir  qu'il  s'agissoit  dans  cette 
expédition  du  siège  de  Ceuta  en  Afrique, 
entrepris  par  les  Visigoths  sur  les  Impé- 
riaux, &  non  de  celui  de  Cette  en  Langue- 
doc sur  les  François;  le  seul  texte  d'Isidore 
suffit  pour  le  démontrer  :  Post  tam  felicis 
successum  victoriae,  dit  cet  auteur",  trans 
FRETUM  inconsulte  Gothi  gesserunt.  Deni- 
que  dum  adversum  MILITES  qui  Septem 
OPPIDUM  pulsis  Gothis  invaderunt,  OcEANI 
FRETA  transissent  idemque  castrum  magna  vi 
certaminis  expugnarent,  adveniente  die  Do- 
minico^  deposuerunt  arma,  ne  diem  sacrum 
praelio  funestarent.  Hac  igitur  occasione  re~ 
perta,  milites  repentino  incursu  adgressum 
exercitum  mari  undique  terraque  conclusum , 
adeo  prostraverunt,  ut  ne   unus  quidem  supe- 


NOTE 

70 


«  accoutumées    autour  de   leur  camp,   les 

«  François  les  y  surprirent  &  les  défirent  resset  qui  tantae  cladis  excidium  praeteriret. 

«  entièrement.  »  On  voit  par  ce  passage  que  l'expédition 

Les  raisons  qui  lui  font  croire  qu'il  s'agit  des  Visigoths  se  passa  au  delà  du   détroit, 

dans  cet  endroit  d'Isidore,  de  la   ville   de  fra/i^/refum,  &  du  côté  de  l'Océan,    Oceani 

Cette  en  Languedoc  &  non   de  Ceuta   en  fréta;  ce  qui  ne  sauroit  convenir  à  la  ville 

Afrique,   sont  :  1°  «  que    les  Visigoths  ne  de  Cette  située  sur  la  Méditerranée  ,  mais 


«  possédoient  rien  en  Afrique  ;  2°  qu'Isidore 
«  en  cet  endroit  parle  des  François,  qui, 
«  par  conséquent,  ne  peuvent  pas  avoir  pris 
«  Ceuta;  &  qu'ainsi  il  s'agit  de  Cette  en 
«  Languedoc  qui  appartenoit  aux  Visigoths; 
«  3°  que  Strabon  appelle  le  cap  de  Sette 
«  JS/Lons  Settius,Sz.  qu'il  n'est  pas  surprenant 
«  qu'en  cinq  cents  ans  ce  nom  ait  été  changé 
«  en  celui  de  Septius  &  Settia  ou  Setta  en 
«  celui  de  Septa;  4°  que  dans  quelques  car- 
ce  tes  d'Espagne  le  cap  de  Cette  est  appelé 
«  IVLonte  Septa;  5°  que  Bernard  Guidonis, 
«  évêque  de  Lodève,  dit  que  la  Septimanie 
«  tiroit  son  nom  du  cap  de  Sette;  &  qu^ 
«  quoiqu'il  ne  croie  pas  cette  conjecture 
«  véritable,    elle   prouve   que   le    nom   de 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.   1 ,  p.   i  1 1. 
*  Isidore,  Ckronicon,  p.  722. 


bien  à  celle  de  Ceuta  en  Afrique  qui  est  au 
delà  du  détroit  de  Gibraltar.  Cette  seule 
raison  fait  tomber  toutes  celles  du  P.  Da- 
niel. D'ailleurs,  quelle  apparence  que  les 
Visigoths,  qui  étoient  maîtres  de  la  Septi- 
manie &  des  passages  des  Pyrénées,  eussent 
eu  besoin  d'équiper  une  flotte  pour  re- 
prendre la  ville  de  Cette  en  Languedoc,  sur 
les  François,  tandis  qu'il  leur  étoit  si  aisé 
d'y  envoyer  une  armée  par  terre? 

2"  Il  n'est  pas  dit  un  seul  mot  des  Fran- 
çois dans  tout  cet  endroit  d'Isidore.  Les 
ennemis  contre  lesquels  les  Visigoths  com- 
battirent sont  nommés  milites  :  mais  cela 
prouve  que  cette  expédition  étoit  contre 
les  Impériaux,  maîtres  de  l'Afrique,  &  qu'il 
s'agissoit  par  conséquent  du  siège  de  Ceuta. 

'  Isidore,  Ckronicon,  p.  722. 


Note 
70 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i53 


Car  M.  de  Valois'  a  fait  voir  que  cet  his- 
torien, de  même  que  Jornandès  &  les  au- 
tres auteurs  espagnols,  ont  toujours  voulu 
désigner  les  Impériaux  par  le  terme  de  milites 
dont  ils  se  sont  servis  dans  plusieurs  en- 
droits de  leurs  ouvrages.  Au  reste,  il  est  évi- 
dent par  le  même  texte  d'Isidore  que  les  Vi- 
sigoths  n'avoient  pas  repris  la  ville  de  Ceuta 
ou  la  prétendue  ville  de  Cette,  lorsqu'ils 
furent  battus  dans  leur  camp  comme  le 
prétend  le  P. Daniel;  mais  qu'ils  en  avoient 
seulement  formé  le  siège  pour  tâcher  de  la 
reprendre.  Ce  qui  l'a  trompé,  c'est  qu'Isi- 
dore parle,  immédiatement  avant  cette  ex- 
pédition des  Visigoths,  de  celle  du  roi 
Childebert  en  Espagne,  contre  ces  peuples, 
dans  laquelle  il  eut  le  dessous;  &  qu'il  aura 
cru,  sans  doute,  que  cet  historien  a  voulu 
parler  dans  la  suite,  de  la  continuation  de 
cette  guerre,  à  cause  de  ces  mots  :  Post  tam 
felicis  successum  victoriae,  &c.  Mais  il  est 
clair  que  ce  n'est  qu'une  transition  dont  se  forsitan  monte,  juxta  maris  stagnum  sito,  ubi 
sert  Isidore,   pour  parler  de  la  défaite  des      quondamcivitas  fuisse  fertur  Septimania  dicta, 

Édorig.   Visigoths   en  Afrique    par  les  Impériaux,      quae  ab  incolis  podium  C^T  JE  prope  civitatem 

p.  674.    après  avoir  parlé  de  leur  victoire  en  Espa 


remise  sous  leur  obéissance,  il  envoya  pour 

la  reprendre  une  flotte  qui  fut  entièrement 
défaite  un  jour  de  dimanche,  au  rapport 
d'Isidore. 

2°  Parce  que  Strabon  a  appelé  le  cap  de 
Sette  M.ons  Settius^  il  ne  s'ensuit  pas  que 
ce  nom  ait  été  changé  en  celui  de  Septius 
cinq  cents  ans  après;  le  P.Daniel  n'en  rap- 
porte du  moins  aucune  preuve.  Nous  en 
avons',  au  contraire,  qui  font  voir  qu'au 
neuvième  siècle  on  appeloit  Sita  ce  cap 
ou  presqu'île,  d'où  on  a  formé  le  nom  de 
Cette,  comme  on  l'appelle  aujourd'hui,  & 
non  pas  Sette^  comme  il  plaît  au  P.  Daniel 
de  l'appeler. 

3°  Bernard  Guidonis  tire  l'étymologie  du 
terme  de  Septimanie  d'une  ville  de  même 
nom,  située  à  la  vérité  auprès  de  la  monta- 
gne de  Cette  ;  mais  non  pas  du  nom  de  cette 
montagne  :  Et  haec"  est  provincia  Narbo- 
nensis  cujus  pars  Septimania  dicitur  a  quodam 


Note 
70 


gne  sur  les  François. 

Il  est  inutile  après  cela  de  s'arrêter  à 
réfuter  les  autres  raisons  du  P.  Daniel  , 
nous  n'en  dirons  qu'un  mot  en  passant  : 

1°  Rien  n'empêche  que  les  Visigoths  ne 
possédassent  quelques  places  en  Afrique  & 
vers  le  détroit,  du  temps  de  Justinien;  il  est 
certain  que,  sous  leurs  derniers  rois  &  au 
septième  siècle,  ils  étoient  maîtres  d'une 
partie  de  la  Mauritanie  Tingitane.  Mais  ce 
qui  fait  voir  qu'ils  pouvoient  occuper  la 
ville  de  Ceuta  &  une  portion  de  l'Afrique, 
sous  le  règne  de  Theudis,  c'est  que  les  Os- 
trogoths  d'Italie  ne  se  déterminèrent', 
l'an  540,  à  élire  Ildebaud  pour  leur  roi  que 
parce  qu'il  étoit  parent  de  ce  prince,  lequel 
leur  promit  de  faire  diversion  en  leur  fa- 
veur contre  les  Impériaux,  leurs  ennemis. 
Or,  Theudis  ne  pouvoit  la  faire  que  du 
côté  d'Afrique  occupé  par  Justinien.  Il  est 
donc  vraisemblable  qu'il  prit  alors  sur  cet 
empereur  la  ville  de  Ceuta,  la  plus  voisine 
de  ses  Etats,  &  que  les  Impériaux  l'ayant 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  8, 
p.  446. 

'  Procope,  de  Bello  Gothorum,  1.  2,  in  fine. 


Agathensem  vulgariter  appellatur.  On  voit 
que  cet  auteur  écrit  Ceta,  &  non  pas  Septa  : 
preuve  que,  de  son  temps,  ce  dernier  nom 
n'étoit  pas  en  usage,  comme  l'infère  le 
P.  Daniel;  &  qu'il  ne  doit  pas  l'avoir  lu 
ainsi  dans  les  anciens  auteurs,  puisqu'il 
n'emploie  ni  la  lettre  S  ni  la  lettre  p. 

4°  Si  on  voit  dans  quelques  cartes  d'Es- 
pagne le  nom  de  IVLonte  Septa  donné  au 
cap  de  Cette,  c'est  une  erreur  qui  ne 
prouve  rien;  il  n'est  pas  extraordinaire 
que  des  étrangers  défigurent  les  noms  de 
nos  villes  &  de  nos  provinces  dans  leurs 
cartes  :  ils  se  servent,  d'ailleurs,  de  termi- 
naisons différentes  des  nôtres. 

5°  La  médaille  de  Clotaire  où  on  lit  sur 
le  revers  Victoria  Gothica,  ne  prouve  nulle- 
ment la  prise  de  Cette  en  Languedoc  sur 
les  Visigoths  par  les  François.  Ce  prince 
peut  avoir  entrepris  diverses  autres  expé- 


'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  Yolume,  sous  le  nu- 
méro XXXIX ,  le  Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire 
en  faveur  de  l'abbaye  d'An'iane  (an  822),  &  sous  le 
numéro  LU,  une  Charte  du  même  empereur  en  fa- 
veur de  la  même  abbaye  (an  837). 

"  Bernard  Guidonis,  dans  Catel,  Mémoires  de 
l'Histoire  de  Languedoc,  p.  36.  y^ 


/ 


Note 

70 


i54 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


NOTB 

7« 


ditions  que  nous  ignorons,  soit  contre  les 
Visigoths  d'Espagne,  soit  contre  les  Ostro- 
goths  d'Italie,  pour  qu'on  ait  eu  occasion 
de  frapper  cette  médaille. 

6°  Nous  ajouterons  enfin  qu'on  n'a  au- 
cune preuve  qu'il  y  ait  jamais  eu  ni  ville,  ni 
bourg,  ni  village  au  cap  de  Cette  avant  la 
construction  du  canal  de  Languedoc  &  la  fin 
du  dernier  siècle  5  que  c'est  une  ville  toute 
moderne,  &  qu'on  ne  sait  ce  que  c'est  que 
les  ruines  qu'on  en  voit  encore  aujourd'hui^ 
Juivant  le  P.  Daniel.  La  prise  de  cette  ville 
par  les  François  sur  les  Visigoths  &  la,  dé- 
faite de  ces  derniers  dans  cette  occasion 
sont  donc  une  pure  imagination  de  cet  his- 
torien, &  il  est  évident  qu'Isidore  a  voulu 
parler  du  siège  de  Ceuta  en  Afrique , 
comme  Mariana,  que  le  P.  Daniel  son  con- 
frère a  abandonné ,  l'avoit  fort  bien  ex- 
pliqué. 


NOTE  LXXI 

Sort  du  Languedoc  Jrançoîs  par  le 
partage  du  royaume  entre  les  qua- 
tre fils  du  roi  Clôt  aire  1, 

I.  A  PRÈS  la  mort  du  roi  Clotaire  I,  qui  ar- 
ov  riva  l'an  56i  ou  662,  ses  quatre  fils  par- 
tagèrent entre  eux  le  royaume  de  France. 
Grégoire  de  Tours',  qui  a  parlé  de  ce 
partage,  se  contente  de  dire  que  Charibert, 
l'aîné  de  ces  princes ,  eut  le  royaume  de 
Childebert,  ou  de  Paris  ^Contran  celui  d'Or- 
léans, Chilpéric  celui  de  Clotaire,  son  père, 
ou  de  Soissons,  &  Sigebert  celui  du  roi 
Thierry,  ou  de  Metz.  Nous  apprenons, 
d'ailleurs,  que  le  Toulousain  échut  à  Cha- 
ribert avec  l'Aquitaine  occidentale  &  le 
Vivarais  à  Gontran;  &  que  le  reste  du 
Languedoc  françois,  qui  faisoit  partie  du 
royaume  de  Metz  ou  d'Austrasie,  fut  du 
partage  de  Sigebert.  Il  faut  en  excepter 
cependant  l'Albigeois^  qui  fut  démembré  de 
ce  dernier  royaume  avec  le  Querci  &  qui 
fit  partie  des  Etats  de  Charibert,  sans  doute 

Grégoire  de  Tours,  1.  4,  c.  22, 


pour  faire  les  portions  égales  5  mais  ces 
deux  pays  furent  dans  la  suite  réunis  à 
l'Austrasie. 

IL  II  est  certain  qu'une  partie  de  l'Aqui- 
taine occidentale  échut  à  Charibert,  puis- 
qu'il est  marqué  dans  le  traité  d'Andelot  ' 
que  Sigebert,  frère  de  ce  prince,  posséda 
plusieurs  pays  de  cette  portion  du  royaume 
comme  venant  de  sa  succession.  Nous  au- 
rions encore  une  preuve  qu'il  régna  dans 
ce  pays,  s'il  étoit  vrai  qu'il  fût  mort  à 
Blaye,  comme  Aimoin"  l'a  avancé  :  mais  il 
paroît  certain  qu'il  mourut  à  Paris,  &  ou 
croit'  que  cet  auteur  a  confondu  ce  prince 
avec  Aribert  ou  Charibert,  roi  de  Toulouse, 
qui  mourut  peut-être  dans  cette  ville. 

III.  Nous  prouvons  que  le  Toulousain 
échut  à  Charibert,  parce  qu'il  est  certain* 
que  le  roi  Chilpéric,  son  frère,  possédoit 
ce  pays,  après  la  mort  de  ce  prince.  Chil- 
péric ne  l'eut  pas  en  vertu  du  partage  qu'il 
fit  avec  ses  frères,  après  la  mort  du  roi 
Clotaire  I,  leur  père,  puisque  ses  Etats 
s'étendoient  au  nord  du  royaume;  il  faut 
donc  qu'il  l'ait  eu  dans  son  tiers  de  la  suc- 
cession de  Charibert.  Or,  comme  celui-ci 
posséda  le  royaume  de  Childebert,  ce  der- 
nier avoit  eu  par  conséquent  le  Toulousain 
en  partage,  après  la  mort  du  roi  Clovis,  son 
père. 

IV.  Il  est  marqué  dans  le  même  traité  d'An- 
delot que  l'Albigeois  &  le  Querci  avoient 
appartenu  à  Charibert.  Ces  pays  furent 
donc  séparés  du  royaume  de  MetZj  dont  ils 
dépendoient  auparavant,  pour  augmenter 
le  lot  de  ce  prince.  Après  sa  mort,  l'Albi- 
geois dut  être  réuni  au  même  royaume, 
puisque  Didier',  duc  de  Toulouse,  s'en  em- 
para au  nom  de  Chilpéric,  vers  l'an  576, 
sur  Sigebert,  roi  d'Austrasie. 

V.  Le  Vêlai  &  le  Gévaudan  furent  sou- 
mis* à  ce  dernier  prince   &   à  ses  succes- 


'  Grégoire  de  Tours,  1.  9,  c.  20. 

'  Almoin,  1.  3,  c,  2. 

'  Ruinart,  in  Greg.  Tur.  de  Glor.  conf.  c.  ip, 
p.  909. 

^  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1.  6,  c.  12;  1.  7, 
c.  9,   10,   i5. 

*  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  I.  8,  c.  45. 

*  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1.  4,  c.    40   &  47 
1.  6,  c.  37  &  38. 


Note 
7' 


Éd  orig- 

t.  I, 
p.  675. 


Note 
7' 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


IDJ 


Note 
72 


seurs  en  Austrasie;  ainsi  ces  pays  demeu- 
rèrent toujours  unis  à  ce  royaume  qui  lui 
échut  après  la  mort  du  roi  Clotaire,  son 
père. 

VL  Childebert  possédoit  dans  le  temps 
de  sa  mort  les  diocèses  de  Lodève  &  d'Uzès, 
ce  qui  pourroit  faire  croire  qu'ils  tombè- 


de  J.-C,  ne  lui  donne  en  tout  que  trois 
années  de  règne,  tandis  que  de  l'autre,  Jean 
de  Biclar",  évêque  de  Girone,  auteur  con- 
temporain 8t  plus  ancien  qu'Isidore,  le  fait 
régner  six  ans  &  commencer  son  règne 
comme  lui  l'an  667  ,  car  il  rapporte  son 
élection  à  la  seconde  année  de   l'empereur 


rent  dans  la  portion  de  Charibert,  puisque      Justin,  qui  succéda  à  Justinien,  son  prédé- 


ce  dernier  succéda  à  son  royaume.  Cepen- 
dant, comme  nous  voyons  d'un  côté  que 
ces  deux  pays  faisoient  partie  du  royaume 
d'Austrasie  '  sous  Childebert  II,  fils  deSige- 
bert,  &  que  de  l'autre  il  n'en  est  point  parlé 
dans  le  traité  d'Andelot,  où  tous  les  pays 
que  ce  dernier  avoit  acquis  de  la  succession 
de  Charibert  son  frère,  sont  spécifiés,  U 
paroît  qu'après  la  mort  de  Clotaire  I,  ils 
furent  réunis  au  royaume  de  Metz  ou 
d'Austrasie ,  dont  originairement  ils  avoient 
fait  partie.  Ce  furent,  en  effet,  les  princes 
austrasiens  qui  conquirent  ces  pays  sur  les 
Visigoths  :  nous  voyons,  d'ailleurs,  que  le 
roi  Sigebert  étoit  maître'  de  la  rive  droite 
du  Rhône  vers  son  embouchure,  où  le  pays 
d'Uzès  est  situé. 

VIL  Pour  ce  qui  est  du  Vivarais,  il  n'en 
est  fait  aucune  mention  dans  les  historiens 
du  temps  :  comme  nous  savons,  cependant, 
que  ce  pays  étoit  une  ancienne  dépendance 
de  la  Bourgogne,  &  que  Contran  eut  ce 
royaume  en  partage,  le  Vivarais  dut  échoir 
par  conséquent  à  ce  prince. 


NOTE  LXXII 


cesseur,  le  14  de  novembre'  de  l'an  565.  Il 
est  vrai  que,  suivant  Jean  de  Biclar,  Justin 
ne  commença  de  régner  que  pendant  Vindïc- 
tion  XV,  c'est-à-dire  après  le  premier  de 
septembre  de  l'an  566  j  mais  cela  ne  fait 
rien  à  l'époque  de  l'élection  de  Liuva,  qui, 
suivant  cette  supputation,  peut  avoir  été 
élu  en  567,  vers  la  fin  de  cette  année.  Ces 
deux  historiens  conviennent  donc  pour  le 
commencement  du  règne  de  ce  prince,  & 
ils  ne  diffèrent  que  pour  le  nombre  des  an- 
nées de  règne  qu'ils  lui  donnent  j  sur  quoi 
il  n'est  pas  impossible  de  les  concilier. 

IL  Isidore  rapporte'  qu'après  la  mort  du 
roi  Athanagilde,  il  y  eut  en  Espagne  un 
interrègne  de  cinq  mois,  pendant  lequel 
Liuva,  qui  étoit  actuellement  gouverneur 
de  la  Septimanie,  fut  élu  à  Narbonne;  & 
que  ce  prince  ayant  été  ensuite  reconnu  en 
Espagne  ou  au  delà  des  Pyrénées,  il  associa 
au  trône  son  frère  Leuvigilde,  la  seconde 
année  après  son  élection.  Cette  association 
se  fit  donc  vers  la  fin  de  l'an  568  ou  plutôt 
en  569,  car  quoique  la  plupart  des  éditions 
de  la  Chronique  d'Isidore  en  rapportent 
l'époque  sous  l'ère  606,  les  meilleurs  ma- 
nuscrits de  cette  Chronique  la  mettent^  ce- 
pendant sous  l'ère  607.  Cette  époque  est 
conforme  au  calcul  de  Jean  de  Biclar,  qui 
rapporte  l'association  de  Leuvigilde  sous  la 


Époque    du  règne  i^    de    la    mort     de      troisième  année  de  Justin,  commencée,  sui- 
Liuva  I,  roi  des  Visigoths,  vaut  cet  auteur,  à  la  fin  de  l'an  568. 

°  m.  Liuva,  après  avoir  associé  son  frère. 


I.yL  y  a  une  grande  difficulté  au  sujet  des 
1  années  du  règne  du  roi  Liuva  I,  &  sur 
le  temps  de  sa  mort.  D'un  côté  S.  Isidore', 
évêque  de  Séville,  qui  dit  que  ce  prince 
commença  de  régner  l'ère  6o5  ou  l'an  567 


lui  abandonna  le  gouvernement  de  toutes 
les  provinces  de  la  monarchie  gothique 
situées  au  delà  des  Pyrénées,  &  se  contenta 
de  régner  sur  la  Septimanie.  Or  Isidore, 
qui  dans  sa  Chronique  n'a  voulu  marquer 
que  les  années  du  règne   des  rois  visigoths 


NOT 

7^ 


'  Grégoire  de  Tours,   Histoire,   1.   6,    c.    7  ;  1.  8, 

18. 

'  Grégoire  de  Tours,  Histoire,  1.  4,  c.  ^"j, 

'  Chronicoii  Isidori  Pacensis,  p.  724. 


'  Johannes  Eicl.  Chronicon,   p.   134  &  seq. 
'  Voyez  Pagi,  ad  ann.  565,  n.  5. 
^  Chronicon  Isidori  Pacensis,  p.  224. 
*  Labbe,  Bibliot/itca  nova,  t.   1,  p.  67. 


Note 
7^ 


i56 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


eu  Espagne,  &qui  pour  cette  raison  ne  parle 
pas  de  la  mort  de  Liuva,  ne  lui  aura  donné 
que  trois  années  de  règne;  savoir  deux  en 
Espagne,  l'une  entière  &  l'autre  commen- 
cée, &  la  troisième,  qui  avoit  précédé  &  qui 
n'étoit  aussi  que  commencée,  depuis  qu'il 
fut  élu  à  Narbonne,  jusqu'à  ce  qu'il  fut 
reconnu  au  delà  des  Pyrénées ,  parce  qu'il 
n'y  avoit  pas  alors  de  roi  en  Espagne.  Mais 
depuis  l'association  de  Leuvigilde,  il  ne 
compte  que  les  années  de  ce  dernier.  D'un 
autre  côté,  comme  Liuva  continua  de  ré- 
gner dans  la  Septimanie  après  cette  associa- 
tion, Jean  de  Biclar  lui  aura  donné  six 
années  de  règne ,  depuis  son  élection  à 
Narbonne  jusqu'à  sa  mort  qu'il  rapporte, 
en  effet,  sous  la  septième  année  de  Jus- 
tin, c'est-à-dire,  suivant  son  calcul,  vers 
la  fin  de  l'an  6723  c'est  le  seul  moyen  de 
concilier  ces  deux  historiens  sur  cet  arti- 
cle. 

IV.  Isidore  confirme  ce  que  nous  venons 
de  dire,  car  il  ajoute  qu'on  ne  doit  compter 
les  années  du  règne  de  Liuva,  en  Espagne, 
que  pour  une  seule,  &  qu'il  faut  attribuer 
les  autres  au  règne  de  Leuvigilde  son  frère. 
Huîc  autem  (Lîuvae)  unus  tantum  annus  in 
ordine  temporum  reputatur,  rsliquî  Leuvi- 
gîldo  fratrî  ad:iu.merantur.  Si  Liuva  avoit 
régné  trois  ans  commencés  sur  toute  l'Es- 
pagne avant  l'association  de  son  frère , 
comme  on  pourroit  l'inférer  de  ce  qu'Isi- 
dore lui  donne  trois  années  de  règne;  en 
ôtant  la  dernière  pour  la  donner  à  Leuvi- 
gilde, il  en  resteroit  toujours  deux,  &  non 
pas  une  seulement  :  ce  qui  fait  voir  que  cet 
historien  compte  pour  une  de  ces  trois 
années  les  cinq  mois  d'interrègne  avant 
que  Liuva  fût  reconnu  en  Espagne;  qu'il 
fut  élu  par  conséquent  à  Narbonne,  aus- 
sitôt après  la  mort  d'Athanagilde,  &  qu'il 
régna  sur  la  Septimanie  pendant  tout  cet 
intervalle. 

V.  Nous  pouvons  confirmer  l'époque  de 
la  mort  de  Liuva,  dont  nous  avons  déjà 
parlé,  sur  ce  que  Jean  de  Biclar  qui  la 
rapporte  sous  la  septième  année  de  Justin, 
parle  au  même  endroit  de  la  mort  du  pape 
Jean  III,  &  de  l'élection  de  Benoît  I,  son 
successeur,  qui  arrivèrent  en  572.  Cet  au- 
teur a  eu  donc  raison  de  donner  six  an- 
nées de  règne  à  Liuva,  puisque  nous  avons 


déjà  vu  qu'il  fut  élu  en  567.  Ce  témoignage       ^^ 
est  si  précis,  qu'un  habile  historien   mo-   Éd.ong. 
derne  '  d'Espagne   n'a  pas  fait  difficulté  de    p/g^'g. 
le  suivre. 

VI.  Jean  de  Biclar  paroît  cependant  se 
contredire,  car  il  rapporte*,  au  même  en- 
droit, la  mort  de  Liuva  sous  la  cinquième 
année  du  règne  de  Leuvigilde,  son  frère. 
Or,  ce  dernier  ayant  été  associé  au  plus  tôt, 
au  commencement  de  l'an  569,  il  ne  pou- 
voit  être  en  672  que  dans  la  quatrième  an- 
née de  son  règne.  On  peut  accorder  cet 
historien  avec  lui-même,  en  supposant,  sui- 
vant S.  Isidore,  qu'il  attribue  à  Leuvigilde 
la  seconde  année  du  règne  de  Liuva  en  Es- 
pagne; &  qu'ainsi,  quoique  le  premier  n'ait 
été  associé  qu'en  569,  on  doit  compter  ce- 
pendant la  première  année  de  son  règne, 
en  remontant  à  l'an  568  &  au  temps  auquel 
Liuva  avoit  commencé  la  seconde  année 
du  sien,  en  Espagne.  Suivant  ce  calcul, 
Liuva  aura  pu  mourir  en  572,  dans  la  cin- 
quième année  du  règne  de  Leuvigilde,  son 
frère. 

VII.  Cette  époque  de  la  mort  de  Liuva 
est  conforme  à  l'autorité  de  Roderic  '  de 
Tolède,  qui  ne  fait  commencer  le  règne 
de  Leuvigilde  en  Espagne  &  dans  les  Gaules 
qu'à  l'ère  610  ou  l'an  672,  c'est-à-dire  de- 
puis la  mort  de  son  frère.  Cet  auteur  se 
trompe  cependant,  en  ne  mettant  le  com- 
mencement du  règne  de  Liuva  que  depuis 
l'ère  607  ou  l'an  669. 

VIII.  Luc  de  Tuy'',  dans  sa  Chronique, 
prétend  au  contraire  que  ce  dernier  fut  élu 
roi  des  Visigoths  à  Narbonne,  l'ère  602  ou 
l'an  569,  du  vivant  du  roi  Athanagilde  ;  que 
celui-ci  étant  mort  sept  ans  après,  Liuva 
qui  n'avoit  régné  jusqu'alors,  que  sur  la 
Narbonnoise  ou  Septimanie,  fut  reconnu 
en  Espagne  ;  qu'il  associa  aussitôt  soh  frère 
Leuvigilde,  &  qu'il  régna  ensuite  trois  ans 
conjointement  avec  lui.  Mais  il  n'y  a  aucun 
fonds  à  faire  sur  cet  historien,  qui  n'est 
que  du  treizième  siècle,  qu'en  ce  qu'il  • 
donne  à  Liuva  plus  de  trois  ans  de  règne 
sur  la  Septimanie. 

'  Voyez  Ferrera,  ad  ann.  572. 
*  Johannes  Bicl.  Chron'icon,  p.   i35. 
'  Roderic  de  Tolède,  1.  2,  c.    14. 
"*  Luc  de  Tuy,  Chronïcon. 


Note 
73 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i57 


NOTE  LXXIII 

Sur  Ventrée  des  Saxons  dans  la  Pro- 
vince sous  le  règne  de  Contran  y  roi 
de  Bourgogne. 

SUIVANT  Grégoire  de  Tours',  Mommole, 
général  du  roi  Gontran,  après  avoir 
vaincu  les  Saxons  qui  s'étoient  établis  en 
Italie  avec  les  Lombards,  &  avoient  fait  une 
irruption  en  deçà  des  Alpes,  leur  fît  pro- 
mettre de  reprendre  la  route  de  la  Germa- 
nie d'où  ils  étoient  sortis,  &  de  retourner 
par  les  Gaules  dans  leurs  anciennes  de- 
meures. Ces  peuples  exécutèrent  leur  pro- 
messe; ^i  après  avoir  repassé  en  Italie  où 
ils  allèrent  quérir  leurs  femmes,  leurs  en- 
fans  &  tout  leur  bagage,  ils  revinrent  en 
deçà  des  Alpes,  passèrent  le  Rhône,  entrè- 
rent en  Auvergne  &  se  rendirent  au  delà 
du  Rhin.  Le  P.  Daniel  '  rapporte  ce  passage 
sous  l'an  669  ou  670,  mais  il  nous  paroît 
qu'il  dut  arriver  en  SyS.  En  voici  les  raisons  : 
Il  est  certain  que  le  patrice  Celse  étant 
mort  en  670%  le  roi  Gontran  donna  "*  sa  di- 
gnité au  général  Amé  ;  que  les  Lombards 
firent  une  irruption  dans  le  royaume  de 
Bourgogne,  sous  le  patriciat  de  celui-ci,  qui 
fut  défait  &  tué  par  ces  peuples  j  que  Mom- 
mole lui  succéda  daiis  la  charge  de  patrice, 
&  qu'il  enétoit  revêtu  lorsque  les  Lombards 
ayant  fait  une  nouvelle  irruption  dans  les 
Etats  de  Gontran,  il  les  défit  entièrement; 
que  les  Saxons  ayant  entrepris  ensuite  une 
nouvelle  excursion^  en  deçà  des  Alpes,  il 
les  battit;  &  que  ce  fut  alors  qu'il  leur  fit 
promettre  de  retourner  dans  la  Germanie; 
ce  qu'ils  exécutèrent  à  leur  retour  d'Italie 
après  avoir  passé  le  Rhône. 


'  Grégoire  de  Tours,  Histoire  ecclésiastique,  1.  4, 
c.  42  &  suiv. 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p.   i65  &  suiv. 

*  Marius  d'Avenches,  Chronlcon,  p.  1 15. 

*  Grégoire  de  Tours,  Histoire  ecclésiastique,  1.  4, 
e.  42  &  suiv.  —  Paul  Diacre,  1.  3,  c.  3,5  &  6.  — 
Frédégaire,  Eplt.  78. 

*  Paul  Diacre,  Chronlcon,  1.  3,  c.  3,  5  &  6.  —  Gré- 
goire de  Tours,  fl^isfojVeeccZéi.l.  4,  c.  42  &suiv. 


Il  est  aisé  de  conclure  de  tous  ces  faits 
qu'Ame  ne  fut  défait  &  tué  qu'en  671,  que 
Mommole  battit  les  Lombards,  la  campagne 
suivante  ou  l'an  672,  &  les  Saxons  un  an 
après;  car  il  paroît,  par  la  suite  du  discours 
de  Grégoire  de  Tours  &  de  Paul  Diacre,  que 
toutes  ces  excursions  arrivèrent  en  diffé- 
rentes années.  On  pourroit  même  croire 
que  les  Saxons  ne  passèrent  le  Rhône  pour 
se  rendre  ensuite  dans  la  Germanie  que  l'an 
574,  puisqu'après  avoir  été  défaits  ils  retour- 
nèrent en  Italie;  &  que,  revenus  en  deçà 
des  Alpes ,  ils  n'arrivèrent  aux  bords  du 
Rhône  que  dans  le  temps  de  la  moisson; 
mais  il  est  toujours  certain  que  Mommole 
étant  patrice  lorsqu'il  défit  les  Lombards  & 
ensuite  les  Saxons,  il  ne  peut  avoir  com- 
mandé contre  ces  peuples  qu'après  l'an  570. 
En  effet,  Marius  d'Avenches",  auteur  con- 
temporain, ne  parle  de  la  seconde  irruption 
des  premiers  dans  les  Gaules  &  de  leur  dé- 
faite que  sous  l'an  574,  &  il  paroît  rapporter 
la  défaite  des  autres  sous  la  même  année. 
L'entreprise  du  patrice  Celse  sur  Avignon, 
vers  l'an  570,  doit  donc  avoir  précédé  le 
passage  du  Rhône  par  les  Saxons,  quoi  qu'en 
dise  le  P.  Daniel  qui  la  fait  suivre. 

Cet  historien  prétend"  que  ces  peuples 
passèrent  le  Rhône  vers  Lyon,  ce  qui  est 
contre  l'autorité  de  Grégoire  de  Tours,  de 
Paul  Diacre,  &  de  Frédégaire, qui  font  enten- 
dre que  ce  fut  du  côté  d'Avignon.  Il  ne  pa- 
roît pas  non  plus  que  Mommole  fût  posté  de 
l'autre  côté  de  ce  fleuve  lorsque  les  Saxons 
se  présentèrent  pour  le  passer,  comme 
il  l'avance;  car  selon  les  mêmes  auteurs,  il 
étoit  du  côté  où  ces  peuples  étoient  arrivés, 
c'est-à-dire  à  la  gauche  du  Rhône.  D'ailleurs 
pour  se  rendre  au  plus  tôt  dans  les  Etats  de 
Sigebert,  suivant  leur  promesse,  ils  n'avoient 
que  faire  de  remonter  le  long  de  ce  fleuve 
après  leur  arrivée  à  Avignon,  puisqu'ils 
n'avoient  qu'à  le  passer  près  de  cette  ville, 
&  qu'ils  entroient  incontinent  dans  les  pays 
dépendant  de  l'Austrasie;  au  lieu  que  s'ils 
avoient  pris  du  côté  de  Lyon,  ils  auroient 
continué  de  marcher  dans  les  Etats  de  Gon- 
tran cojitre  les  intentions  de  Mommole. 


'  Marius  d'Avenches,  Chronlcon,  p.  1  i5. 
'  Le  Père  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,p.  i65 
&  suiv. 


Note 
73 


Note 
74 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


NOTE  LXXIV 

Sur  Dynamey  gouverneur  de  Marseille 
6»  d'U-^ès. 


N' 


Ed.  orig, 
t.  1, 


OUS  avons  dit  après  M.  de  Valois'  que 
Marseille  avoit  toujours  appartenu  en 
entier  au  roi  Sigebert,  que  le  roi  Childe- 
bert,  son  fils,  en  céda  seulement  une  partie 
P-  677.  à  Contran,  roi  de  Bourgogne,  son  oncle,  & 
qu'enfin  Dyname  fut  toujours  gouverneur 
de  cette  ville  ainsi  que  de  la  Provence  aus- 
trasienne  &  du  pays  d'Uzès,  au  nom  du 
même  Childebert,  &  non  pas  de  Gontran, 
quoiqu'un  de  nos  derniers  historiens'  ait 
avancé  le  contraire. 

1° Grégoire  de  Tours'  fait  assez  entendre 
que  Sigebertj  père  de  Childebert,  posséda 
Marseille  en  entier,  en  parlant  du  duc  Loup, 
gouverneur  de  cette  ville  pour  ce  prince  • 
mais  ce  qui  prouve  invinciblement  qu'elle 
appartenoit  entièrement  aux  rois  d'Austra- 
sie,  c'est  que  l'an  583,  Childebert  en  possé- 
doit  une  moitié  après  avoir  cédé  l'autre  à 
Gontran  son  oncle  ;  &  qu'il  ne  cessa  ^  de  lui 
demander  la  restitution  de  cette  partie, 
comme  d'un  bien  qu'il  détenoit  injustement. 
2°  Dans  le  temps  de  cette  demande,  Théo- 
dore, évêque  de  Marseille,  eut  recours'  au 
roi  Childebert  comme  à  son  souverain.  On 
voit  encore  qu'après  toutes  les  brouilleries 
qui  s'élevèrent  entre  ces  deux  princes  à 
l'occasion  de  cette  ville,  &  que  Gontran  eut 
rendu  à  Childebert  la  partie  que  celui-ci 
lui  avoit  cédée  autrefois,  Childebert^  en 
fut  alors  entièrement  le  maître.  Enfin,  on 
ne  sauroit  donner  aucune  preuve  que  Gon- 
tran ait  rien  possédé  dans  Marseille,  en  tout 
ou  en  partie,  avant  le  règne  de  son  neveu 
Childebert. 


'Adrien  de  Valois,  Rerum  Franclcarum  1.  11, 
p.  124  &  seq.  p.   i33,   184,  187  &  172. 

*  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p.  100,  204 
&  2o5. 

'  Grégoire  de  Tours,  1.  4,  c.  47. 

^  Grégoire  de  Tours,  1.  6,  c.  24. 

^  Grégoire  de  Tours,  1.  6,  c.  i  i  &  ^3  ;  1.  8,  c.  i  2. 

'^  Grégoire  de  Tours,  1.  8,  c.  12, 


3"  Grégoire  de  Tours'  parle  toujours  de 
Dyname  comme  d'un  sujet  de  ce  dernier 
prince  &  comme  étant  gouverneur  d'une 
de  ses  provinces  ;  &  il  est  constant  que  sous 
le  règne  de  ce  roi  d'Austrasie,  Dyname, 
étant  gouverneur  de  Marseille,  l'étoit  en 
même  temps  du  pays  d'Uzès  qui  faisoit  par- 
tie' de  ce  royaume. 


NOTE  LXXV 

Epoque  des  expéditions  de  Reccarède 
contre  les  François,  sur  les  frontières 
de  la  Septimanie,  de  la  mort  du  roi 
Leuvigilde,  6»  du  martyre  de  saint 
Herménigilde. 

I.pwE  l'époque  de  la  mort  de  Leuvigilde 

■L/dépendent  les  deux  autres.  Or,  il  est 
constant  que  cette  mort  arriva  entre  le  i3 
d'avril  &  le  8  de  mai  de  l'an  5S6;  en  voici 
les  preuves  : 

1°  Le  troisième  concile  '  de  Tolède  fut 
tenu  le  8  de  mai  de  l'ère  627,  ou  de  l'an  589, 
la  quatrième  année  du  roi  Reccarède.  Ce 
prince  avoit  donc  commencé  son  règne 
avant  le  8  de  mai  de  l'an  586.  Leuvigilde 
devoit,  par  conséquent,  être  mort  avant  ce 
temps-là. 

2°  Selon  une  ancienne  épitaphe  rapportée 
par  le  P.  Ruinart^,  le  premier  d'août  de  la 
quinzième  indiction  ou  de  l'an  582,  con- 
couroit  avec  la  quatorzième  année  du  règne 
de  Leuvigilde.  Or,  ce  prince  ne  régna  que 
dix-huit  ans  %  ou  plutôt  il  décéda  dans  la 
dix-huitième  année  de  son  règne  *j  il  mou- 
rut donc  dans  le  courant  de  l'an  586. 

3°  La  Chronique  de  Jean  de  Biclar  con- 
vient très  -  bien  avec  cette  supputation, 
quoi  qu'en  disent  ceux  '  qui    font  mourir 

'  Grégoire  de  Tours,  1.  8,  c.   1  2,  8c  1.  9,  c.   11. 

*  Grégoire  de  Tours,  1.  6,  c.  7. 
'  Concil.  Hisp.  t.  2,  p,  338. 

■*  Grégoire  de  Tours,  .^/ipe«if.  col.   1393. 
^  Isidore,  Chronicon,  p.  726. 

*  Johannes  Bicl.  Chronicon, 

^  BoUandistes,  i3  mars.  —  Ruinart,  7/of.  in  Grcg. 
Tur,  p.  398,  399.  — Le  Cointe,  ad  ann.  587. 


Note 
74 


Note 
75 


Note 
75 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Leuvîgilde  l'an  SSy.  En  effet,  selon  cet  his- 
torien, Leuvigilde  mourut  la  dix-huitième 
année  de  son  règne,  qui  commença' à  la 
fin  de  l'année  568,  ou  au  plus  tard  les  pre- 
miers mois  de  la  suivante  :  il  étoit,  par 
conséquent,  dans  cette  dix-huitième  année 
aux  mois  d'avril  &  de  mai  de  l'an  586. 

4°  Suivant  S.  Isidore'  de  Séville,  Recca- 
rède  succéda  immédiatement  au  roi  Leuvi- 
gilde, son  père,  l'an  624  de  l'ère  espagnole 
qui  répond  à  l'an  586  de  J.-C.  Ce  prince 
dut  mourir,  par  conséquent,  cette  dernière 
année. 

5°  Enfin,  la  mort  de  Leuvigilde  doit  être 
placée  entre  le  i3  d'avril  &  le  8  de  mai  de  la 
même  année,  si  nous  nous  en  rapportons  à 
l'autorité  d'une  inscription  '  qui  a  été  donnée 
par  Tamayo  Salasar  dans  son  Martyrologe 
d'Espagne,  &  qui  parle  de  la  consécration 
de  l'église  deTolède  faite  après  la  conversion 
du  roi  Reccarède  le  i3  d'avril  de  l'ère  6i5  ou 
de  l'an  587,  la  première  année  du  règne  de  ce 
prince.  Or,  Reccarède  ne  se  convertit "*  que 
dix  mois  après  avoir  commencé  de  régner  5 
ce  qui  prouve  que  cette  inscription  est  de 
la  fin  de  la  première  année  de  son  règne, 
lequel  doit  avoir  donc  commencé  entre  le 
i3  d'avril  &  le  8  de  mai  de  l'an  586.  Nous 
avions  déjà  employé  ces  preuves,  lorsque 
nous  nous  sommes  aperçus  que  le  P.  Pagi  '" 
les  a  rapportées  à  peu  près  de  la  même  ma- 
nière, pour  fixer   l'époque  de  la  mort  de 


'  Voyez  Note  LXXIÎ. 

'  Isidore,  édit.  Grotius,  p.  724  &  seq. 

'  Tamayo  Salasar,  Martyrol,  i3  mars,  p.  61 5.  — 
Il  est  fâcheux  de  voiries  Bénédictins  s'étayer  d'une 
autorité  aussi  suspecte  que  celle  de  Tamayo  Sala- 
sar, l'un  des  plus  impudents  faussaires  qu'ait  pro- 
duits le  dix-septième  siècle.  Non-seulement  il  a 
inséré  dans  son  Martyrologe  une  foule  de  pièces 
apocryphes  &  de  fausses  mentions ,  mais  encore 
des  inscriptions  supposées,  au  nombre  desquelles 
il  faut  compter  celle  que  citent  ici  les  Bénédictins. 
C'est  grâces  à  lui  que  la  collection  des  Conciles  d'Es- 
pagne, du  cardinal  d'Aguirre,  renferme  tant  de  ti- 
tres douteux,  &  on  a  tout  lieu  de  croire  que  c'est 
lui  qui  a  fabriqué  la  fameuse  charte  d'Alaon.Il  ne 
faut  donc  tenir  aucun  compte  de  l'argument  tiré 
par  les  Bénédictins  de  l'inscription  qui  constate  la 
consécration  de  l'église  de  Tolède.  [E.  M.] 

^  Johannes  Bicl.  Chronicon. 

*  Pagi,  ad  ann.  585,  n.  3  &  seq. 


Leuvigilde.  Grégoire  de  Tours'  s'est  donc 
trompé  en  rapportant  la  mort  de  ce  prince 
sous  la  douzième  année  du  règne  de  Chil- 
debert,  roi  d'Austrasie,  laquelle  répond  à 
l'an  587  de  J.-C,  à  moins  qu'il  n'y  ait  quel- 
que transposition  dans  cet  endroit  de  son 
histoire. 

II.  On  pourroit  objecter  que  l'épitaphe 
rapportée  par  le  P.  Ruinart  ayant  été  trou- 
vée à  Narbonne,  &  Leuvigilde  n'ayant  com- 
mencé à  régner'  dans  la  Septimanie  qu'après 
la  mort  du  roi  Liuva,  son  frère,  c'est-à- 
dire  l'an  572,  la  date  de  cette  épitaphe  ne 
peut  convenir  à  l'an  582  comme  nous  l'avons 
dit.  Mais  l'indiction  qui  y  est  marquée 
en  fixe  l'époque  à  cette  année;  &  quoique 
Leuvigilde  n'ait  commencé  à  régner  dans  la 
Septimanie  que  depuis  l'an  572,  cela  n'em- 
pêche pas  qu'en  582  on  ne  datât  dans  cette 
province  de  la  quatorzième  année  de  son 
règne,  &  qu'on  ne  s'y  conformât  au  calcul 
qu'on  suivoit  en  Espagne,  suivant  lequel 
l'année  582  étoit  effectivement  la  quator- 
zième du  règne  de  ce  prince,  à  compter 
depuis  son  association  au  trône  des  Visi- 
goths. 

III.  L'époque  de  la  mort  de  Leuvigilde 
étant  une  fois  fixée,  il  est  aisé  de  détermi- 
ner celle  du  martyre  du  prince  Herméni- 
gilde,  son  fils,  puisque,  suivant  Jean  de 
Biclar fauteur  contemporain, celui-ci  mou- 
rut un  an  avant  son  père,  c'est-à-dire  en 
585. 

IV.  Il  est  vrai  que  la  plupart  des  moder- 
nes mettent  la  mort  de  S.  Herménigilde 
au  i3  d'avril  de  l'an  586,  mais  ils  se 
trompent  visiblemenf*.  Outre  les  autorités 
que  nous  avons  déjà  citées,  &  qui  prouvent 
que  Leuvigilde  mourut  en  586,  un  an  après 
la  mort  de  ce  saint,  Grégoire  de  Tours  ^ 
rapporte  le  martyre  d'Herménigilde  sous  la 
dixième  année  du  règne  de  Childebert,  & 
par  conséquent  sous  l'an  585.  Nous  avons 
donc  sur  cette  dernière  époque  le  témoi- 
gnage de  deux  historiens  contemporains, 
Jean  de  Biclar  &  Grégoire  de  Tours. 


'  Grégoire  de  Tours,  1.  8,  c.  46. 
'  Johannes  Bicl.  Chronicon,^.   i35. 
'Johannes  Bicl.  Chronicon,  p.   i36  &  iSy. 
''  Voyez  Pagi,  ad  ann.  584,  n.  2  &  seq. 
^  Grégoire  de  Tours,  1.  8,  c.  28. 


Note 

75 


Éd.orig- 

t.  1, 
p.  678 


Note 
75 


160 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


V.  Ce  qui  fait  que  la  plupart  des  moder- 
nes mettent  le  jour  du  martyre  d'Hermé- 
nigilde  au  i3  d'avril  de  l'an  586,  c'est  que 
ce  jour-là  étoit  la  veille  de  Pâques  ,  &  que 
selon  S.  Grégoire  le  Grand  '  &  Paul  Diacre  % 
le  saint  fut  décapité  pendant  cette  solen- 
nité 3  mais  ces  deux  auteurs  assurent  que 
cela  arriva  le  jour  même  de  la  fête  &  non 
pas  la  veille,  în  ipso  sacratopaschali  (fie.  Ainsi 
selon  ce  calcul,  S.  Herménigilde  sera  mort 
le  14  &  non  le  i3  d'avril. 

VI.  Mais  ce  qui  fait  voir  que  S.  Hermé- 
nigilde ne  peut  avoir  été  mis  à  mort  le 
i3  d'avril  de  l'an  586,  c'est  que  le  roi  Leu- 
vigilde,  son  père,  qui  décéda  avant  le  8  de 
mai  de  la  même  année,  comme  nous  l'avons 
prouvé,  soutint  depuis  cette  mort  une  assez 
longue  guerre  ^  contre  Gontran,  roi  de 
Bourgogne,  qui  la  lui  déclara  à  cette  occa- 
sion, &  qu'il  n'y  auroit  eu  par  conséquent 
qu'environ  quinze  jours  entre  le  martyre 
de  l'un  &  la  mort  de  l'autre.  Or,  cet  espace 
n'auroit  pu  suffire  pour  cette  guerre_,  qui 
d'ailleurs,  suivant  Grégoire  de  Tours,  du- 
roit  encore  au  mois  d'août  :  preuve  qu'il 
doit  y  avoir  eu  un  an  d'intervalle  entre  le 
martyre  de  S.  Herménigilde  &  la  mort  du 
roi,  son  père,  comme  l'assure  Jean  de  Bi- 
clar. 


Aussi  Grégoire  '  de  Tours  la  rapporte-t-il  à 
la  dixième  année  de  Childebert,  roi  d'Aus- 
trasie,  laquelle  finissoit  le  jour  de  Noël  de 
la  même  année.  Il  est  vrai  que  cet  historien 
parle  auparavant  du  concile  de  Mâcon, 
tenu  au  mois  de  novembre'  de  l'an  585;  mais 
on'  convient  qu'il  y  a  une  transposition 
dans  son  texte. 

VIII.  Pour  ce  qui  est  de  la  seconde  expé- 
dition de  Reccarède  dans  cette  province, 
que  quelques  historiens  modernes  ont  con- 
fondue avec  la  première,  nous  l'avons  rap- 
portée sous  l'an  588,  quoique  le  P.  Pagi* 
prétende  qu'elle  est  de  l'année  suivante,  par 
la  raison  que  la  Chronique  de  Jean  de  Biclar 
en  parle  sous  la  septième  année  du  règne 
de  l'empereur  Maurice  &  la  troisième  du 
roi  Reccarède  5  mais  le  premier  ayant  com- 
mencé à  régner  le  14  d'août  de  l'an  582'  & 
le  second  vers  la  fin  du  mois  d'avril  de  l'an 
586,  il  s'ensuit  que  la  moitié  de  l'an  588  ap- 
partient à  la  septième  année  de  l'un  &  à  la 
troisième  de  l'autre. 


NOTE  LXXVI 


Note 

75 


Si  donc  le  premier  fut  mis  à  mort  le  jour     Epoque  de  la  mort  du  roi  Reccarède 


de  Pâques,  ce  dut  être  le  25  de  mars  qui,  en 
585,  tomba  ce  jour-là.  Quant  à  sa  fête  qu'on 
célèbre  le  i3  d'avril,  on  peut  l'avoir  remise 
à  ce  jour,  à  cause  de  la  quinzaine  de  Pâques 
qui  arrive  ordinairement  sur  la  fin  de  mars. 
D'ailleurs,  le  P.  Pagi  ■*  remarque  fort  bien 
qu'on  n'a  pas  toujours  fixé  la  fête  des  saints 
au  jour  de  leur  mort;  &  qu'ainsi  il  n'est  pas 
certain  que  S.  Herménigilde  ait  été  marty- 
risé le  i3  d'avril. 

VII.  Il  paroît  par  ce  que  nous  venons  de 
dire  que  la  guerre  que  Gontran,  roi  de 
Bourgogne,  &  le  prince  Reccarède  se  firent 
dans  la  Septimanie  &  qui  est  postérieure  à 
la  mort  d'Herménigilde  &  antérieure  à  celle 
de  Leuvigilde,  doit  appartenir' à  l'an  585. 


'  S.  Grégoire  le  Grand,  Dialogues,  1.  3,  c.  3i. 
'  Paul  Diacre,  de  Gest.  Lang.  1.  3,  c.  21. 
'  Grégoire  de  Tours,  1.  8,  c.  46. 
^  Pagi,  ad  ann.  684,  n.  5. 
*  Pagi,  ad  ann.  684,  n.  3. 


6»    de 
Liuva. 


la    naissance     de    son    fils 


I.x  TOUS  avons  déjà  fait  voir  dans  la  Noftf 
IN  précédente  que  le  roi  Reccarède  com- 
mença à  régner  vers  le  i'"' de  mai  de  l'an  586. 
Son  règne  fut  de  quinze  ans  &  un  mois,  sui- 
vant les  anciens  historiens  espagnols®  :  il 
doit  être  mort  par  conséquent  vers  le  mois 
de  juin  de  l'an  601,  ce  qui  est  conforme  aux 
meilleures'  éditions  de  la  Chronique  d'Isi- 
dore qui  rapportent  sa  mort  sous  l'ère  639, 


'  Grégoire  de  Tours,  1.  8,  c.  3o. 

'  Pagi,  ad  ann.  588,  n.  10. 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  i3, 
p.  265. 

''  Pagi,  ad  ann.  588,  n.  9. 

^  Pagi,  ad  ann.  582,  n.  10. 

«  Luc  de  Tuy,  Roderic  de  Tolède,  Vulsa,  &c. 

'  Chronicon  Is'idori  Pacensis ,  edit.  Grotius  & 
Labbe,  Bibllotheca.  nova. 


Note 
76 


Note 
76 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


161 


&  confirme  ce  que  nous  avons  déjà  dit  de 
l'époque  du  commencement  du  règne  de  ce 
prince. 

IL  II  est  plus  difficile  de  déterminer 
quelle  étoit  la  mère  de  Liuva,  fils  &  succes- 
seur de  Reccarède  j  car  il  est  certain  que  ce 
ne  fut  aucune  des  deux  princesses  françoises 
qui  furent  promises  en  mariage  à  celui-ci  ; 
puisque,  suivant  Isidore",  la  mère  de  Liuva 
étoit  de  basse  extraction,  ignobîU  quidem 
matre  progenîtus.  D'ailleurs,  selon  les  mê- 
mes éditions  de  la  Chronique  d'Isidore, 
Liuva  II  mourut  l'an  6o3,la  vingt-deuxième 
année  de  son  âge'.  Il  naquit  donc  en  58i  & 
avant  qu'on  traitât  le  mariage  de  son  père 
avec  Rigonthe  ou  avec  Clodosvinde.  Il  est 
vrai  que,  suivant  Luc  '  de  Tuy,  Liuva  n'étoit 
âgé  que  de  vingt  ans  lorsqu'il  mourut  après 
un  règne  de  deux  ans,  &  que  Roderic  ''  de 
Tolède  ne  lui  donne  que  seize  ans  dans  le 
temps  de  sa  mort  j  ce  qui  prouveroit  qu'il 
ne  vint  au  monde  qu'en  583,  selon  le  pre- 
mier, ou  seulement  en  687,  selon  l'autre* 
mais  suivant  ces  auteurs  mêmes,  ce  prince 
dut  naître  avant  qu'on  négociât  le  mariage 
de  Reccarède  avec  Clodosvinde ,  puisqu'il 
ne  fut  arrêté  que  l'an  588  %  conformément  à 
la  chronologie  de  Grégoire  de  Tours  suivie 
par  tous  nos  historiens.  Or,  comme  d'un 
autre  côté  nous  savons  que  le  mariage  pro- 
jeté entre  ce  roi  &  Rigonthe,  qui  est  l'au- 
tre princesse  françoise,  n'eut  pas  son  exécu- 
tion, on  doit  conclure  que  Liuva  dut  naître 
de  Baddon  qui,  en  589,  étoit  reine  des  Visi- 
goths  &  épouse  légitime  de  Reccarède  5  mais 
qui  auparavant  &  dans  le  temps  qu'on  négo- 
cioit  le  mariage  de  ce  prince  avec  une  des 
princesses  françoises,  n'étoit  encore  sans 
doute  que  sa  concubine,  à  moins  qu'il  n'eût 
épousé  une  autre  femme,  &  qu'elle  fût  déjà 
morte  en  582,  lorsqu'il  demanda  Rigonthe 
au  roi  Chilpéric. 


'  Isidore,  CArortrcortjédit.Grotiusj  &  Lahhe,  Bihl. 
noya. 

"Voyez  aussi  pour  ces  dates  la  Chronologia  regum 
Gothorum  &  le  Chronicon  brève  regum  JVisigotlio- 
rum,  imprimé  ci-aprèsj  dans  les  Preuves. 

»  Luc  de  Tuy,  p.  5i. 

*  Roderic  de  Tolède,  p.  49. 

'  Grégoire  de  Tours,  1.  9,  c.  20  &  25. 


NOTB 

77 


NOTE  LXXVII 

Quels  étoîent  les  châteaux  appelés 
Caput  Arietis  dont  le  prince  Recca- 
rède se  rendit  maître  sur  le  roi 
Contran. 

Ï'/^N  est  en  peine  de  savoir  quels  étoient 
V_-/les  châteaux  que  Grégoire  de  Tours 
appelle  Caput  Arietis  Castra,  qui  étoient  si- 
tués sur  les  frontières  de  la  Septimanie  & 
que  le  prince  Reccarède  emporta  sur  le  roi 
Contran  en  585.  Catel  ',  d'Hauteserre  '  &  la 
Faille'  croient  que  c'est  Castelnaudary  dans 
le  Lauraguais;  mais  ils  ne  donnent  aucune 
preuve  que  cette  ville  ait  jamais  été  appelée 
Caput  Arietis.  D'ailleurs,  elle  ne  subsistoit 
pas  alors,  &  dans  tous  les  monumens  qui 
restent  elle  n'a  jamais  d'autre  nom  que  celui 
de  Castellum  novum  ou  Castrum  novum  Arri. 
Enfin,  quoi  qu'en  dise  Catel,  on  n'a  aucune 
certitude  que  le  terme  Caput  ait  été  pris 
quelquefois  pour  château. 

IL  II  est  vrai  que  la  Faille  prétend  «  qu'il 
«  est  fait  mention  de  la  ville  de  Castelnau- 
«  dary,  sous  le  nom  de  Caput  Arietis,  dans 
'(  un  testament  latin  d'un  riche  &  puissant 
«  bourgeois  de  cette  ville  appelé  Capde- 
«  nier,  du  2  mars  1228,  dans  lequel  il  fait 
«  un  legs  d'un  héritage  qu'il  avoit,  sis  près 
.(  de  la  même  ville.  Il  ajoute  que  ce  testa- 
«  ment  est  dans  l'abbaye  de  Grandselve,  à 
<(  laquelle  Capdenier  laissa  degrandsbiens.)y 
Mais,  pour  juger  sainement  de  cette  auto- 
rité, la  Faille  auroit  dû  rapporter  les  pro- 
pres paroles  de  l'acte.  Ce  bourgeois  peut 
avoir  fait  un  legs  à  l'abbaye  de  Grandselve  & 
lui  avoir  donné  quelques  terres  situées  au 
voisinage  d'un  lieu  nommé  simplement 
Caput  Arietis,  que  cet  annaliste  aura  pris 
pour  Castelnaudary  :  ce  qui  ne  prouveroit 
rienj  car  il  est  difficile  de  croire  que  ces 
deux  noms  soient  joints  ensemble  dans  le 
testament. 

'  Catel ,  Mémoires  de  l'histoire  de  Languedoc  , 
p.  346. 

*  Hauteserre,  No£.  in  Greg.  Tur. 

'  La  Faille,  add.  au  t.  I  des  Annales  de  Tou- 
louse, p.  6. 


éd.orijj 
p.079. 


H. 


Note 
77 


162 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


III.  Quoi  qu'il  en  soit,  nous  ne  doutons 
pas  que  le  Caput  Arietis  de  Grégoire  de 
Tours  ne  soit  le  même  que  le  lieu  de  Ca- 
baret^ au  diocèse  de  Carcassonne.  Voici  les 
preuves  qu'on  en  peut  donner  :  1°  le  terme 
Languedocien  répond  parfaitement  au  nom 
latin;  car,  dans  le  langage  du  pays,  Cab  veut 
dire  tète  &  Aret  bélier  j  ainsi  Cab-aret  veut 
dire  tète  de  bélier;  au  lieu  que  le  nom  de 
Castelnau  n'a  rien  qui  en  approche. 


IV.  Par  ce  que  nous  venons  de  rapporter, 
on  explique  fort  bien  le  passage  de  Grégoire 
de  Tours  qui  a  un  peu  embarrassé  M.  de 
Valois  '.  En  effet,  selon  le  premier,  le  prince 
Reccarède  prit  sur  les  François,  outre  le 
château  d'Ugernum,  les  châteaux  (Castra) 
appelés  Caput  Arietis^  ou  deux  châteaux, 
selon  le  témoignage  de  Jean  de  Biclar',  au- 
teur contemporain.  M.  de  Valois  n'en  met 
cependant  qu'un  seul  sous  le  nom  de  Caput 


Note 
77 


2°  Selon  Grégoire  de  Tours,  Reccarède      Arietis,  &  avoue  qu'on  ignore   le  nom  de 


ne  prit  pas  le  château,  mais  les  châteaux  de 
Cabaret  :  Caput  Arietis  Castra  obtinuit.  Or, 
nous  voyons  qu'il  y  a  toujours  eu  deux  châ- 
teaux sur  la  montagne  ou  Pui  de  Cabaret, 
ainsi  appelé  à  cause  de  sa  ressemblance  à 
la  tête  d'un  bélier.  On  nomme  encore  ces 
deux  châteaux  les  Tours  de  Cabaret  ;  il  y  a 
toujours  eu  des  châtelains  ou  gouverneurs 
avec  une  garnison  pour  les  défendre,  depuis 
la  réunion  de  la  province  à  la  couronne  & 
même  auparavant,  à  cause  de  l'importance 
de  leur  situation,  &  qu'ils  étoient  limitro- 
phes du  Carcassez,  qui  appartenoit  aux  Vi- 
sigoths,  &  du  Toulousain,  qui  étoit  du  do- 
maine des  François.  Ces  deux  châteaux  sont 
situés  environ  à  trois  lieues  de  Carcassonne 
vers  le  nord  &  la  source  de  la  petite  rivière 
de  Clamou,  qui  se  jette  dans  l'Aude  auprès 
de  Trèbes.  Les  deux  tours  ou  châteaux  de 
Cabaret,  ainsi  appelés  dans  tous  les  anciens 
titres,  ont  donné  leur  nom  au  petit  pays  de 
Cabardès  qui  étoit  anciennement  un  titre 
de  viguerie,  réunie  à  celle  de  Carcassonne 
au  commencement  du  quatorzième  siècle. 
Le  principal  des  deux  châteaux  avoit  un 
gouverneur  sous  le  nom  de  Châtelain  de 
Cabaret,  couché  l'an  i3oo  sur  l'état  du  roi, 
pour  la  somme  de  deux  cents  livres  de  gages 
par  an.  Le  gouverneur  de  l'autre  château, 
sous  le  titre  de  Châtelain  de  la  Tour-Neuve 
au  Pui  de  Cabaret,  n'avoit  que  quarante 
livres  de  gages  par  an;  ces  deux  titres  fu- 
rent réunis  en  un  seul  au  quinzième  siècle. 
Depuis  ce  temps-là,  il  n'y  a  eu  qu'un  seul 
châtelain  ou  gouverneur  des  deux  tours  de 
Cabaret.  Nous  donnerons  ailleurs  la  suite 
de  tous  ces  châtelains  ou  gouverneurs  avec 
ceux  du  reste  de  la  province  '. 

'  Dom  Vaissete  n'a  pu  mettre  ce  projet  à  exécu- 
tion.  L'Histoire  de  Languedoc,  qui,  dans  l'origine. 


l'autre.  Dans  un  autre  endroit',  cet  auteur 
conjecture  que  le  second  château  pris  par 
Reccarède  pourroit  être  la  ville  de  Lodève; 
mais  toutes  ces  difficultés  s'évanouissent  en 
supposant,  comme  nous  l'avons  fait  voir, 
qu'il  y  avoit  deux  châteaux  au  Pui  de  Caba- 
ret ou  à  Caput  Arietis,  dont  le  prince  d'Es- 
pagne fit  la  conquête  sur  Gontran,  roi  de 
Bourgogne. 


NOTE  LXXVIII 

Sur  le  commencement  6*  la  fin  du 
règne  de  Chariherty  ou  Ariberty  roi 
de  Toulouse^  6*  l'étendue  de  son 
royaume. 


Lt)OUR  fixer  les  années  du  règne  de  ce 
1  prince, il  fautsupposer  d'abord,  comme 
une  chose  qui  ne  souffre  plus  de  difficulté, 
qu'on  doit  compter  les  seize  années  du 
règne  de  Dagobert  I,  depuis  la  cession 
que  le  roi  Clotaire  II,  son  père,  lui  fit  de 


devait  avoir  six  volumes  in-folio,  n'en  eut  jamais 
que  cinq  &  resta  incomplète.  Nous  nous  proposons 
de  remplir  les  intentions  de  l'illustre  auteur  de 
cet  ouvrage,  en  donnant  dans  cette  édition,  non- 
seulement  la  suite  des  châtelains  &  des  gouverneurs 
généraux  ou  particuliers  de  la  province,  mais  aussi 
celles  des  archevêques,  des  évéques,  des  abbés,  des 
abbesses,  8cc.;  on  les  trouvera  dans  les  volumes  IV, 
VII  &  suivants.  [E.  M.] 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  i3, 
p.   198. 

"  Johannes  Bicl.  Chronicon,  p.  iSy. 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  7, 
p.  3p3. 


Note 
78 


Note 
78 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l63 


l'Austrasîe.  M.  de  Valois,  les  PP.leCointe,  seur  immédiat  de  Rustique,  le  8  du  mois 
Mabillon  &  Pagi  ont  mis  cette  chronologie,  d'avril  de  la  même  année,  l'intervalle  des 
sur  l'autorité  de  Frédégaire,  dans  toute  son  quinze  jours  qui  se  trouvent,  suivant  ce 
évidence.  système,  entre  la  mort  de  l'un  &  l'élection 
II.  Il  reste  cependant  une  difficulté,  sa-  de  l'autre  ne  paroît  pas  suffisant  pour  tou- 
voir  si  on  doit  faire  commencer  le  règne  de  tes  les  formalités  usitées  en  cette  occasion* 
Dagobert  au  mois  de  mars  de  l'an  622,  avec  au  lieu  qu'en  supposant  que  Rustique  mou- 
les PP.  le  Cointe,  Mabillon"  &  Pagi,  ou  rut  à  la  fin  de  décembre,  l'espace  est  assez 
seulement  à  Noël  de  la  même  année,  avec  long,  depuis  sa  mort  jusqu'à  l'élection  &  à 
M.  de  Valois".  Ce  dernier  sentiment  nous  la  consécration  de  Didier,  pour  avertir  la 


paroît  le  plus  probable  pour  les  raisons  sui- 
vantes : 

i"  Il  est  constant',  sur  l'autorité  des  meil- 
leurs manuscrits  de  Frédégaire  &  des  an- 
ciens auteurs  qui  l'ont  suivi,  que  Clotaire 
déclara  Dagobert,  son  fils,  roi  d'Austrasie, 
la  trente-neuvième  année  de  son  règne.  Or, 
cette  année  du  règne  de  Clotaire  ne  com- 
mença que  depuis  le  mois  d'octobre  de  l'an 
622.  Par  conséquent,  Dagobert  n'a  pu  être 


cour,  recevoir  ses  ordres  pour  l'élection, 
assembler  les  évêques  comprovinciaux,  ren- 
voyer l'acte  de  l'élection  au  roi  pour  obte- 
nir sa  confirmation,  &c.,  ce  qui  fut,  en  effet, 
pratiqué  dans  cette  rencontre. 

3°  Guillaume  de  la  Croix",  auteur  de 
V Histoire  des  éveques  de  Cahors ,  suivi  par 
le  P.  le  Cointe  %  assure  que  Rustique  mou- 
rut le  vingt-six  de  décembre  j  ce  qu'il  aura 
tiré  sans  doute  de  quelque  ancien  martyro- 


roi  d'Austrasie  qu'après  ce  temps-là  ,  &  le      loge  ou  nécrologe  de  cette  église.  Or,  cette 


commencement  de  son  règne  ne  peut  être 
compté  depuis  le  mois  de  mars  de  l'an  622. 
En  effet,  Chilpéric,  père  de  Clotaire  II, 
mourut  au  commencement  d'octobre  de 
l'an  584,  comme  tout  le  monde  en  con- 
vient sur  l'autorité  de  Grégoire  "*  de  Tours. 
Ainsi,  la  trente-huitième  année  du  règne 
de  ce  dernier  ne  finit  qu'au  mois  d'octobre 
&  la  trente-neuvième  commence  seulement 
alors. 

2°  L'auteur  contemporain  de  la  vie  de 
S.  Didier  %  évêque  de  Cahors,   loin   d'être 

Ed.orig.    contraire  à  ce  calcul,  le  favorise  &  le  con- 

t.  r, 
p.  <58c>.     firme.  Suivant  cet   auteur.  Rustique,  frère 

&  prédécesseur  de  Didier,  fut  tué  par  ses 
diocésains  entre  la  fin  de  la  septième  &  le 
commencement  de  la  huitième  année  du 
règne  de  Dagobert,  finîente  anno  septimo  & 
încipiente  octavo.  Si  la  huitième  année  de 
Dagobert  commençoit  le  22  de  mars,  ce 
prélat  dut  mourir  alors  :  mais  comme  Dago- 
bert approuva  l'élection®  de  Didier,  succes- 

'  Mabilloh,  Analecta,  t.  3,  p.  53o,  —  Pagi,  ad 
ann.  629,  n.  9. 

'  Adrien  de  Valois ,  Rerum  Francicarum  1.  18, 
p.  21. 

'Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  \.  i3, 
p.    198.  —  Ruinart,    not.    in   Fredegarium  ,'p.  6z6. 

^  Grégoire  de  Tours,  1.  6,  c.  46  &  suiv.;  1.  7,  c.  9. 

*  Vita  S.  Desiderii,  c.  5,  Labb.Bibl.  t.   1,   p.  701. 

•  Ibid. 


date  convient  parfaitement,  quoi  qu'en  dise 
le  P.  Pagi%  avec  le  commencement  du  rè- 
gne de  Dagobert  depuis  Noël. 

4°  Il  est  certain  que  Suintila,  roi  des  Vi- 
sigoths,  fut  détrôné,  &  que  Sisenand  fut  mis 
à  sa  place  vers  le  mois  de  décembre  de  l'an 
63i,  comme  nous  le  ferons  voir  dans  la  t^ote 
suivante.  Or, Frédégaire^  rapporte  cet  évé- 
nement à  la  neuvième  année  de  Dagobert. 
Donc  la  première  année  de  ce  prince  ne 
peut  être  comptée  depuis  le  mois  de  mars 
de  l'an  622,  puisque,  suivant  ce  calcul,  le 
mois  de  décembre  de  l'an  63l  auroit  appar- 
tenu à  la  dixième  année  de  son  règne,  & 
non  à  la  neuvième,  au  lieu  qu'en  supposant 
que  Dagobert  ne  commença  de  régner  que 
depuis  Noël  de  l'an  622,  tout  s'accorde  très- 
bien. 

III.  Venons  au  commencement  du  règne 
de  Charibert,  ou  Aribert,  roi  de  Toulouse. 
On  sait,  en  général,  qu'après  la  mort  du 
roi  Clotaire  II,  Dagobert,  son  frère,  re- 
fusa de  partager  la  monarchie  avec  lui,  & 
qu'il  lui  céda  seulement  quelque  temps 
après,  par  un  traité,  une  partie  de  l'Aqui- 


'  Guillaume  de  la  Croix,  n.37. 
'  Le  Cointe,  ad  ann.   621,   n.  3;  ad  ann. 
n.  19. 

'  Pagi,  ad  ann.  629,  n.  9. 
*  Frédégaire,  c.  78. 


628, 


Note 

78 


Note 
78 


164 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


taine,  en  titre  de  royaume,  dont  Toulouse 
fut  la  capitale.  On  croit  communément 
que  Charibert  ne  commença  à  régner  que 
depuis  ce  temps-là  dans  ce  pays  :  mais  il 
nous  paroît  plus  vraisemblable  qu'il  s'em- 
para de  Toulouse  &  d'une  partie  de  la 
Neustrie,  avant  le  traité  qu'il  conclut  avec 
son  frère  &  aussitôt  après  la  mort  du  roi 
Clotaire,  leur  père,  c'est-à-dire  à  la  fin  de 
l'an  628,  car  ce  dernier  étant  décédé'  dans  la 
quarante-cinquième  année  de  son  règne, 
commencé,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  au 
mois  d'octobre  de  l'an  684,  il  ne  dut  mourir 
qu'après  le  premier  d'octobre  de  l'an  628. 

IV.  1°  Il  est  constant  que  le  prince  Cha- 
ribert, soutenu  de  Brunulfe,  son  oncle,  re- 
mua" aussitôt  après  la  mort  du  roi  Clo- 
taire II  ,  son  père  ,  &  qu'une  partie  du 
royaume  de  Neustrie,  d'où  dépendoit  la 
ville  de  Toulouse,  fit  difficulté  de  recon- 
noître  Dagobert.  Sed^  fi*  Neustrasiî pontifices 
&  proceres  plurîma  pars  regnum  Dagoberti 
vîsî  sunt  expetîsse.  S'il  n'y  eut  qu'une  partie 
du  royaume  de  Neustrie  qui  se  soumit  à 
Dagobert,  l'autre  refusa  donc  de  le  recon- 
noître  &prit  le  parti  de  Charibert  son  frère. 
2°  Frédégaire'*  assure  ailleurs  que  Dago- 
bert ne  se  rendit  maître  que  d'une  grande 
partie  du  royaume  après  la  mort  de  Clotaire 
son  père,  savoir  d'une  portion  de  la  Neus- 
trie &  de  la  Bourgogne  :  ce  qui  fait  voir 
encore  que  l'autre  ne  reconnoissoit  pas 
alors  ce  prince  &  qu'elle  devoit  s'être  dé- 
clarée pour  Charibert.  Dagobertus,  cum  jam 
anno  VII  regnaret,  MAXIMAM  PARTEM  jjafrw 
regni...,  adsumpsit,  &c. 

3°  Enfin,  cet  historien  fait  assez  entendre 
qu'une  partie  de  l'Aquitaine  reconnut  Cha- 
ribert aussitôt  après  la  mort  du  roi,  son 
père,  puisqu'il  lui  donne'  trois  années  de 
règne  dans  le  royaume  de  Toulouse,  & 
qu'il  assure  que  ce  prince  mourut*'  la  neu- 
vième année  du  règne  de  Dagobert^  son  frère, 
c'est-à-dire  avant  la  fin  de  l'an  63 1  que  la 


'  Frédégaire,    c.    56  &  58.  —  Voyez  Adrien    de 
Valois,  Reram  Francîcarum  1.  18,  p.  66. 

'  Frédégaire,  c.  56.  —  Voyez  Note  LXXXIII. 
ï  Ihid.  c.  56. 
"  liid.  c.  58. 
«  lild.  c.  57. 
«  Ihid,  c.  67. 


dixième  commençoit.  Charibert  aura  donc 
régné  à  Toulouse  dès  la  fin  de  l'an  628. 

V.  Il  s'ensuit  de  là  qu'on  ne  doit  pas 
compter  les  années  du  règne  de  ce  prince 
depuis  le  traité  qu'il  fit  avec  le  roi  Dago- 
bert, son  frère,  suivant  lequel  ce  dernier  lui 
céda  le  Toulousain  avec  une  partie  de 
l'Aquitaine,  puisque  ce  traité  fut  postérieur 
de  plus  d'un  an  à  la  mort  de  Clotaire  II, 
&  que  n'ayant  été  conclu  que  vers  le  mois 
de  mai  de  63o,  Charibert  n'auroit  régné 
guère  plus  d'un  an. 

VI.  Nous  fixons  l'époque  de  ce  traité  sur 
celle  de  l'ordination  de  S.  Didier,  évêque 
de  Cahors,  car  il  est  certain  que  le  Querci, 
qui  fut  un  des  pays  cédés  à  Charibert  par 
le  roi  son  frère,  en  vertu  de  ce  traité,  ap- 
partenoit  encore  à  ce  dernier  prince  dans 
le  temps  que  Didier  fut  ordonné  évêque,  & 
que  l'ordination  de  ce  prélat  ne  se  fit  qu'au 
mois  d'avril  de  l'an  63o,  comme  nous  le 
verrons  bientôt. 

VII.  Le  P.  Pagi',  pour  se  tirer  de  cette 
difficulté,  suppose  que  Charibert  ne  régna 
jamais  dans  le  Querci ,  ou  du  moins  que  s'il 
obtint  ce  pays  par  le  traité  qu'il  fit  avec 
son  frère,  il  le  lui  rendit  aussitôt,  &  qu'il 
peut  l'avoir  échangé  avec  l'Albigeois.  Mais 
on  ne  peut  douter  que  le  Querci  n'ait  été 
cédé  à  Charibert  par  le  traité  que  Dagobert 
fit  avec  lui,  puisque  Frédégaire'  l'assure 
positivement,  &  la  rétrocession  ou  l'é- 
change dont  parle  le  P.  Pagi  sont  pure- 
ment imaginaires. 

VIII.  Il  est  vrai  que  ce  critique',  après 
le  P.  Mabillon,  avance  d'un  an  l'ordination 
de  S.  Didier,  qu'il  rapporte  au  jour  de  Pâ- 
ques de  l'an  629,  ce  qui  étend  davantage  les 
années  du  règne  de  Charibert;  mais  cette 
ordination  s'étant  faite  la  huitième  année 
du  règne  de  Dagobert,  &  cette  huitième 
année  n'ayant  commencé  qu'à  la  fin  de 
l'an  629,  comme  nous  l'avons  déjà  prouvé, 
il  s'ensuit  que  S.  Didier  n'a  été  ordonné 
qu'en  63o.  Nous  savons*  d'ailleurs  que  Sya- 
grius,  gouverneur  de  Marseille,  ne  mourut 


'  Pagi,  ad  ann.  629,  n.  9. 
'  Frédégaire,  c.  57. 

'  Pagi,  ad  ann.  629,  n.   10.  —  Voyez  Mabillort, 
Analecta,  t.  3,  p.  53o. 

*  Vita  S.  Desider'iij  c.  5,  Lahb.  Bibl.  t.   i ,  p.  701, 


Note 
78 


Note 

7  qu'après  Clotaire  II,  &  par  conséquent  pos- 
térieurement au  l"""  d'octobre  de  l'an  628; 
qu'après  la  mort  de  ce  seigneur,  Didier,  son 
frère,  qui  étoit  alors  à  la  cour,  fut  nommé 
à  ce  gouvernement  dont  il  alla  prendre 
possession;  que  ce  dernier  fit  quelque 
Éd.orig.  séjour  à  Marseille;  qu'il  revint  ensuite  à  la 
p. 681.  cour,  &  que  Rustique,  évoque  de  Cahors, 
son  autre  frère,  étant  mort  quelque  temps 
après,  il  fut  élu  &  consacré  à  sa  place  le  jour 
de  Pâques.  Or,  tout  cela  demande  un  plus 
long  intervalle  que  celui  qui  se  trouve  entre 
le  mois  de  novembre  de  l'an  628  &  le  jour 
de  Pâques  suivant,  &  l'espace  de  quinze  à 
seize  mois  que  nous  mettons  entre  la  mort 
de  Syagrius  &  l'ordination  de  S.  Didier  est 
à  peine  suffisant  pour  l'exécution  de  ce  que 
nous  venons  de  rapporter. 

IX.  On  pourroit  dire  peut-être  que  le  roi 
Dagobert  ayant  mandé  par  ses  lettres  à 
S.  Sulpice,  évèque  de  Bourges,  d'ordonner 
S.  Didier,  à  la  fête  de  Pâques',  &  que  ce 
prince  ayant,  par  d'autres  lettres,  datées 
du  8  d'avril,  approuvé  l'élection  &  la  con- 
sécration de  ce  prélat,  cette  cérémonie  ne 
put  avoir  été  faite  l'an  63o,  puisque  cette 
année  Pâques  étoit  le  même  jour,  8  du  mois 
d'avril;  au  lieu  qu'en  supposant  que  l'ordi- 
nation de  Didier  se  fit  l'an  629,  que  la  fête 
de  Pâques  tomba  le  16  du  même  mois,  il  y 
a  un  intervalle  entre  les  lettres  de  consen- 
tement du  roi  Dagobert  &  le  jour  de  la  con- 
sécration. Mais  dans  cette  supposition 
même,  cet  intervalle,  qui  n'est  que  de  huit 
jours,  n'étoit  pas  suffisant,  puisque  S.  Sul- 
pice, après  avoir  reçu  les  lettres  du  roi, 
devoit  convoquer  le  concile  de  sa  province 
à  Cahors  &  se  rendre  dans  cette  ville  pour 
l'ordination  de  Didier.  Il  faut  donc  suppo- 
ser, avec  le  P.  Mabillon,  que  Didier  fut  seu- 
lement ordonné  au  temps  pascal  ;  &  dans 
ce  cas-là,  cette  ordination  peut  avoir  été 
également  faite  l'année  63o,  ou  la  précé- 
dente, ou  bien  Dagobert  aura  peut-être 
donné  ces  lettres  après  l'ordination  &  les 
aura  fait  pourtant  dater  du  jour  de  cette 
cérémonie,  à  moins  que  ce  prince  n'y  ait 
été  présent,  &  qu'il  les  ait  fait  expédier  le 
jour  même  de  la  consécration  de  Didier. 

X.  On  peut  objecter  encore  que  Frédé- 

•  FiU  5.  DeiUerii,  c.  7  &  8. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i65 


gaire'  rapporte  sous  la  septième  année  de 
Dagobert,  &  presque  immédiatement  après 
la  mort  de  Clotaire  II,  le  traité  par  lequel 
le  premier  céda  à  Charibert  le  Toulousain, 
le  Querci,  &c.,  ce  qui  prouve,  en  suppo- 
sant que  ce  traité  n'a  été  conclu  qu'après 
l'ordination  de  S.  Didier,  qu'elle  doit  avoir 
été  faite  en  629.  Mais  Frédégaire  raconte 
de  suite  ce  qui  regarde  le  roi  Charibert, 
quoique  arrivé  en  différens  temps;  &  en 
effet,  cet  historien  parle  au  même  endroi* 
de  la  guerre  que  ce  prince  fit  aux  Gascons 
la  troisième  année  de  son  règne.  Aussi, 
quoique  Frédégaire  rapporte  la  mort  de 
Brunulfe,  oncle  de  Cha  'bert,  sous  la  sep- 
tième année  de  Dagobert,  ou  l'an  629,  le 
P.  Pagi  '  croit  cependant  que  ce  seigneur 
mourut  après  cette  année. 

XI.  Il  s'ensuit  de  ce  que  nous  venons 
de  dire  que  Charibert  dut  se  faire  recon- 
noître  pour  roi  à  Toulouse,  ou  aux  envi- 
rons, à  la  fin  de  l'an  628  &  aussitôt  après  la 
mort  du  roi  Clotaire,  son  père;  que  son 
frère  Dagobert  lui  ayant  fait  la  guerre 
&  l'ayant  obligé  de  se  soumettre,  il  ob- 
tint, par  un  traité  conclu  vers  le  mois  de 
mai  de  l'an  63o,  que  ce  dernier  lui  céderoit 
le  Toulousain  avec  une  partie  de  l'Aqui- 
taine, dont  il  s'étoit  déjà  emparé,  &  qu'en- 
fin étant  décédé  après  avoir  régné  trois  ans^y 
sa  mort  dut  arriver  vers  la  fin  de  l'an  63i. 

XII.  Le  P.  Pagi'',  trompé  par  son  propre 
système  touchant  la  chronologie  des  années 
du  règne  de  Dagobert,  rapporte  l'époque 
de  la  mort  de  Charibert  à  l'an  63o,  ou  au 
plus  tard  au  commencement  de  l'an  63i, 
parce  que  Frédégaire  mettant  la  mort  de  ce 
prince  sous  la  neuvième  année  du  roi  son 
frère,  il  suppose  que  cette  année  doit  être 
comptée  depuis  le  mois  de  mars  de  l'an  63o. 
Mais  comme  nous  avons  déjà  fait  voir  que 
la  neuvième  année  de  Dagobert  n'a  com- 
mencé qu'à  la  fin  de  décembre  de  cette 
dernière  année,  il  s'ensuit  que  Charibert- 
peut  avoir  vécu  jusqu'à  la  fin  de  l'an  63i, 
sans  quoi  il  n'auroit  pas  eu  les  trois  années 
entières  de  règne  que  Frédégaire  lui  donne. 

'  Frédégaire,  c.  67. 

•*  Pagi,  ad  ann.  628,  n.  i3. 

'  Frédégaire,  c,  57. 

*  Pagi,  ad  aan.  63o,  a.  7. 


NoT« 
78 


Note 
7U 


i66 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


XIII.  Ce  critique'  suppose  encore  que  le 
traité  qui  fut  fait  entre  les  deux  frères  suivit 
immédiatement  la  mort  du  roi  Clotaire,  leur 
père,  &  c'est  depuis  cette  époque  qu'il  sup- 
pute les  trois  années  du  règne  de  Charibert, 
prétendant  que  le  traité  fut  antérieur  à  la 
consécration  de  S.  Didier.  Il  prend  de  là 
occasion  de  réfuter  quelques  modernes  qui 
ne  donnent  que  deux  années  de  règne  à  ce 
prince  ,  parce  qu'ils  ne  le  commencent 
qu'après  l'ordination  de  S.  Didier,  &  qui 
croient  avec  raison  que  le  traité  entre  ces 
deux  princes  fut  postérieur  à  cette  ordina- 
tion. Mais,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  on 
peut  donner  trois  ans  de  règne  à  Charibert, 
sans  être  obligé  de  supposer  qu'il  ne  com- 
mença de  régner  que  depuis  le  traité  qu'il 
fit  avec  le  roi  Dagobert  son  frère. 

XIV.  Il  se  présente  une  nouvelle  diffi- 
culté :  c'est  que  S.  Didier  mourut  le  i5  de 
novembre  de  la  vingt-sixième  année  de  son 
épiscopat  &  de  la  dix-septième  année  du 
règne  de  Sigebert,  roi  d'Austrasie,  car  c'est 
ainsi  qu'il  faut  lire  dans  le  manuscrit  de  la 
vie  de  S.  Didier,  comme  le  P.  Mabillon  "  l'a 
fait  voir.  Or  cela  prouve,  selon  cet  auteur', 
suivi  par  le  P.  Pagi,  que  S.  Didier  fut  or- 
donné l'an  629,  puisqu'il  mourut  en  654, 
car  la  dix-septième  année  du  roi  Sigebert  ne 
sauroit  convenir  qu'à  cette  dernière  année, 
ce  prince  ayant  succédé  le  19  de  janvier  de 
l'an  638  au  roi  Dagobert  son  père. 

XV.  Cette  difficulté  s'évanouit  en  suppo- 
sant, comme  M.  de  Valois  "*  l'a  prouvé, 
qu'on  ne  doit  compter  les  années  de  Sige- 
bert que  depuis  le  commencement  de  l'an 
639,  ou  au  plus  tôt  depuis^  fin  de  l'an  638, 
&  qu'on  doit  attribuer  toute  cette  dernière 
année  à  la  seizième  du  roi  Dagobert,  son 
père,  quoique  celui-ci  soit  mort  au  mois 
de  janvier  de  l'an  638,  de  même  que  Frédé- 
gaire  ne  compte  les  années  de  Dagobert,  en 
Austrasie ,  que  depuis  la  fin  de  l'an  622, 
quoique  ce  prince  eût  été  placé  sans  doute 
sur  le  trône  quelques  mois  auparavant,  Si. 

'  Pagi,  ad  ann.  628,  n.  i3,  &  629,  n.  12. 

'  Mabillon,  Analecta,  t.  3,  p.  533. 

'  Mabillon,  Analecta,  t.  3,  p.  533.  —  Pagi,  ad 
ann.  654,  n.  1 1, 

■♦  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  19, 
p.  126. 


que  cet  historien  donne  ainsi  toute  cette 
année  622  au  règne  de  Clotaire  II. 

M.  de  Valois  confirme  cette  chronologie 
par  celle  des  années  du  règne  de  Clovis  II, 
frère  de  Sigebert,  que  les  anciens  historiens 
ne  comptent  certainement  que  depuis  le 
commencement  de  l'an  639,  quoiqu'il  eût 
succédé  dans  une  portion  du  royaume  à 
Dagobert,  son  père,  depuis  le  mois  de  jan- 
vier de  l'année  précédente.  Il  doit  en  être 
de  même  par  conséquent  du  roi  Sigebert, 
son  frère;  sur  quoi  il  faut  observer  qu'il  y 
a  eu  deux  manières  de  compter  les  années  du 
règne  de  ce  dernier,  l'une  depuis  la  mort  de 
Dagobert,  &  c'est  celle  qu'a  suivie  l'auteur 
de  la  vie  de  S.  Didier;  l'autre  depuis  que  ce 
prince  lui  eut  donné  le  royaume  d'Austra- 
sie, ce  qu'il  fit'  la  onzième  année  de  son 
règne,  ou  l'an  633.  Frédégaire  a  toujours 
suivi  ce  dernier  calcul.  Or,  suivant  cet  his- 
torien, la  dixième  année  du  règne  de  Sige- 
bert en  Austrasie,  qui  répond  à  l'an  642, 
concourt  avec  la  quatrième  de  Clovis  II,  son 
frère"  :  celui-ci  n'étoit  donc  encore  en  642 
que  dans  la  quatrième  année  de  son  règne, 
qui  par  là  ne  peut  avoir  commencé  que 
depuis  le  commencement  de  l'an  639.  On 
doit  dire  la  même  chose  du  règne  de  Sige- 
bert, son  frère,  à  le  prendre  depuis  la  mort 
de  Dagobert.  Tout  cela  prouve  que  S.  Di- 
dier ayant  été  ordonné  au  mois  d'avril  de 
l'an  63o,  &  qu'étant  décédé  le  i5  de  novem' 
bre^,  la  vingt-sixième  année  de  son  épiscopat  & 
la  dix-septième  de  Sigebert,  h.  compter  depuis 
la  mort  de  Dagobert,  sa  mort  dut  arriver 
en  655  &  non  en  654. 

Sigebert  lui-même  mourut  le  premier  de 
février  suivant,  ou  de  l'an  656,  dans  la  dix- 
huitième  année  de  son  règne,  en  comptant 
depuis  la  mort  de  Dagobert,  comme  le 
P.  Pagi^  en  convient.  Et  en  effet,  Clovis  II, 
son  frère,  qui  mourut  à  la  fin  de  novembre 
de  l'an  656%  n'étoit  alors,  suivant  tous  les 
historiens  cités  par  ce  critique,  que  dans  la 
dix-huitième  année  du  sien;  ce  qui  confirme 
tout  ce  que  nous  venons  de  dire  touchant  la 


'  Frédégaire,  c.  yS. 

*  Frédégaire,  c.  88  &  suiv. 

'  Vita  S.  Desiierii,  t.   i ,  c.   i  p. 

''  Pagi,  ad  ann.  656,  n.  11,  16  &  17, 

«  Ibii, 


Note 
78 


Ed.orig, 

t.  I, 
p.  G82. 


Note 
78 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


167 


supputation  des  années  du  règne  de  Sigebert 
à  compter  depuis  la  mort  de  Dagobert.  Il  est 
vrai  que  le  P.  Pagi  suppose  de  lui-même, 
&  contre  l'autorité  des  historiens  qu'il  cite, 
que  Clovis  II  régna  dix-huit  ans  accomplis 
&  quelques  mois  :  mais  le  roi  Dagobert, 
son  père,  étant  mort  le  19  de  janvier  de 
l'an  638,  il  auroit  dû  régner  près  de  dix-neuf 
ans,  suivant  le  calcul  de  ce  critique,  &  non 
pas  seulement  dix-huit  &  quelques  mois;  & 
il  auroit  dû  mourir  dans  la  dix-neuvième 
année  de  son  règne,  &  non  pas  dans  la  dix- 
huitième,  ce  qui  seroit  contre  l'autorité  de 
tous  les  anciens  historiens,  qui  le  font  mou- 
rir la  dix-huitième  de  son  règne. 

XVI.  Nous  remarquerons  ici  par  occasion 
que  le  P.  Pagi  '  se  trompe  en  donnant  quatre- 
vingts  ans  à  S.  Didier  dans  le  temps  de  sa 
mort;  car  ce  saint  auroit  eu  trente-neuf  ans 
suivant  ce  critique  en  6i3,  lorsque  le  roi 
Clotaire  l'appela  à  sa  cour  avec  ses  deux  frè- 
res. Il  paroît,  cependant,  par  l'ancien  auteur 
de  sa  vie,  qu'il  étoit  alors  encore  fort  jeune. 
£0"  autem  tempore,  Theudeberto  rege  inte- 
rempto,  Theudcrico  aeque  defuncto,  Brune- 
childe  quoque  equorumpedibus  impetita  ac  maie 
discerpta^  Clotarius  pater  inclyti Dagobertimo- 
narchiam  solus  tenebat,  a  quo  très  germani, 
îd  est  Rusticus,  Siagrius  &  Desiderius  floren- 
tissime  enutritî  summîs  dignitatîbus  praediti 
sunt,  fi-c.  On  voit,  par  ce  passage,  que  nous 
rapportons  corrigé  suivant  le  manuscrit  de 
Moissac,  que  Clotaire  fit  élever  ces  trois 
frères  sous  ses  yeux,  après  l'an  6i3.  Or,  si 
le  moins  âgé  avoit  eu  alors  trente-neuf  ou 
au  moins  trente-huit  ans,  ils  ne  dévoient 
plus  avoir  besoin  d'être  élevés.  D'ailleurs, 
peu  de  lignes  après,  le  même  auteur,  parlant 
de  Didier,  fait  connaître  que  ce  dernier 
passa  son  adolescence  à  la  cour  de  Clotaire, 
où  il  n'alla,  comme  nous  venons  de  le  voir, 
qu'après  l'an  61 3.  Desiderius  vero  minor  tem- 
pore sed  non  inferior  dignitate  sub  adolescen- 
tiae  adhuc  annos  thesaurarius  régis  effectus 
valde  strenue  se  accinxit...  &  inter  coaevos  & 
proceres  laudcdjHiter  nimis  adolescentiam suam 
gerebat,  quantUmque  aetate  crescebat,  &c. 

Ce  qui  a  trompé'  sans  doute  le  P.  Pagi, 

'  Pagi,  ad  ann.  63/^,  n.  12. 
'  Vita  S.  Desiderii,  p.  699. 
^  Pagi,  ad  ann.  684,  n.  12. 


c'est  que  voulant  défendre  contre  M.  de  Va- 
lois l'autorité  de  la  vie  de  S.  Didier,  & 
prouver  qu'elle  avoit  été  écrite  par  un  au- 
teur presque  contemporain,  en  quoi  il.  a 
très-bien  réussi,  il  s'est  persuadé  qu'il  y  est 
fait  mention  de  Cybar  (Eparchius),  abbé  ou 
reclus  à  Angoulême,  comme  vivant  du  temps 
de  Didier.  Or,  comme  suivant  Grégoire  de 
Tours',  Cybar  mourut  en  58i,  le  P.  Pagi 
conclut  que  Didier  vivoit  au  moins  quelques 
années  auparavant.  Mais  il  n'y  a  aucune 
nécessité  d'admettre  que  VEbargehenus'^ 
dont  il  est  parlé  dans  la  vie  de  S.  Didier 
comme  de  son  contemporain,  soit  le  même 
que  Cybar  ou  Eparchius,  abbé  ou  reclus,  dont 
il  est  parlé  dans  Grégoire  de  Tours,  quoi- 
que le  mot  à'Eparchius  paroisse  appuyé  du 
manuscrit  de  Moissac';  car  il  peut  y  avoir 
eu  un  évêque  d'Angoulème  de  ce  nom  au 
septième  siècle,  mais  différent  du  reclus 
dont  parle  Grégoire  de  Tours. 

En  effet^,  l'auteur  de  la  vie  de  S.  Didier 
paroît  n'avoir  voulu  parler  dans  cet  endroit 
que  des  évêques  les  plus  célèbres  des  Gaules 
qui  vivoient  du  temps  de  ce  prélat.  Voici  ses 
termes  :  Habebat  eo  tempore  plures  Dominus 
Jésus  in  Galliis  nobiles  servos;  Arverno  Gal- 
lum,  Bituricis  Sulpicium^  Ruthena  Verum, 
Agenno  Salustium^  Engolismo  Ebargehenum, 
Petrogorico  Austerium,  Noviomo  Eligium, 
M.etis  Arnulphum,  Luco  Austrasium,  Mete- 
rone  (ou,  suivant  le  manuscrit  de  Moissac, 
Nietascone)  Diodorum,  Caturca  Desiderium. 
Il  est  certain  '  que  les  évêques  Gai  II  du  nom 
de  Clermont,  Sulpice  de  Bourges,  Vérus  de 
Rodez,  Saluste  d'Agen,  Austérius  de  Péri- 
gueux,  Eloi  de  Noyon,  Arnoul  de  Metz,  & 
Déodat  de  Mâcon,  étoient  en  même  temps 
collègues  de  S.  Didier  dans  l'épiscopat.  Il 
doit  en  être  de  même  d'un  Ebargehenus  ou 
Eparchius  d'Angoulème,  quoiqu'il  ait  été 
omis  par  les  nouveaux  éditeurs  du  Gallia 
Christiana;  car  le  catalogue  des  évêques  de 
cette  église  n'est  pas  rempli,  depuis  l'an  ôzS 
jusqu'à  l'an  ySo. 

On  doit  conclure  de  là  que  l'auteur  de  la 


NoTi; 
78 


'  Grégoire  de  Tours,  Histor'tae  1.6,  c 

'  Vita  S.  Desiderii,  p.  707. 

3  Labbe,  Bihl.  nova,  Append.  t.  2, 

*  Vita  S.  Desiderii,  n.   l5,  p.  707. 

*  Voyez  le  Gallia  Christiana, 


8. 


Note 
78 


168 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orîg. 

t.  I, 
p.  683. 


vie  de  S.  Didier,  n'ayant  voulu  parler  que 
des  évéques  les  plus  célèbres  des  Gaules 
contemporains  de  S.  Didier,  M.  de  Valois 
&  le  P.  Pagi'  après  lui  ont  eu  tort  de 
supposer  qu'au  lieu  de  Luco  Austrasîum, 
il  faut  lire  Luxovio  Eustasîum,  &  que  c'est 
de  S.  Eustase,  abbé  de  Luxeuil,  en  Bour- 
gogne, dont  il  s'agit  ici.  Il  est  vrai  qu'on 
lit  Luxovio  au  lieu  de  Luco  dans  le  manus- 
crit de  Moissac;  mais  c'est  sans  doute  une 
faute  de  ce  manuscrit  où  il  y  a  certaine- 
ment plusieurs  mots  corrompus,  comme  par 
exemple,  Deodoxum  pour  Deodatum  de  Ma- 
çon. C'est  donc  d'un  évéque  de  Toul  ou  de 


ou  la  partie  de  la  Provence  qui  dépendoit 
du  royaume  de  Neustrie;  &  qu'enfin  Dago- 
bert  ne  se  réserva  de  toute  l'Aquitaine  que 
le  Berri,  le  Limousin,  l'Auvergne,  l'Albi- 
geois, le  Rouergue,  le  Vêlai  &  le  Gévau- 
dan,  outre  le  pays  d'Uzès  compris  dans 
l'Aquitaine  Austrasienne.  Voici  les  raisons 
sur  lesquelles  nous  nous  appuyons  : 

1°  Il  est  rapporté,  dans  une  charte  '  qui 
nous  paroît  authentique  %  que  Dagobert, 
après  la  mort  du  jeune  Chilpéric,  son  ne- 
veu &  fils  de  Charibert,  donna  à  Boggis  & 
Bertrand,  frères  du  même  Chilpéric,  le  Tou- 
lousain, le  Querci,  le  Poitou,  l'Agenois,  le 


Note 
78 


Lisieux  appelé  Austrasius  ou  Austasius,  sui-      pays  d'Arles,  la   Saintonge  &  le  Périgord   à 


vant  le  manuscrit  de  Moissac,  &  contempo- 
rain de  S.  Didier,  que  l'auteur  de  sa  vie  aura 
voulu  parler;  car  Toul  étoit  appelé  ancien- 
nement" Leucus,  Leucia,  Tullum  Leucorum, 
ou  civitas  Leucorum,  &  Lisieux  Lexovium  ou 
civitas  Luxoviorum. 

XVII.  Quant  à  l'étendue  des  Etats  de 
Charibert,  Frédégaire'  rapporte  que  le  roi 
Dagobert,  son  frère,  lui  céda  divers  pays 
situés  entre  la  Loire  &  les  frontières  d'Es- 
pagne. Citra  Ligerem  &  limitem  Hispaniae 
qui  ponitur  partibus  Vasconiae,  seu  &  montis 
Pyrenaei,   pagos  &  civitates  quos  fratri  suo 

Chariberto noscitur  concessisse  ;  pagum 

Tolosanum,  Catorcinum,  Agenensem,  Petro- 
coreum  &  Santonicum,  vel  quod  ab  his  versus 
montes  Pyrenaeos  excluditur  hoc  tantum  Cha- 
riberto regendum  concessit...  Charibertus  se- 
dem  Tolosae  eligens  régnât  in  parte  provin- 
ciae  Aquitanicae.  Cet  auteur  semble  vouloir 
faire  entendre  par  là,  que  Dagobert  ne 
céda  à  Charibert  que  le  Toulousain,  le 
Querci,  l'Agenois,  le  Périgord  &  la  Sain- 
tonge, avec  la  Novempopulanie  ou  Gasco- 
gne, &  qu'il  se  réserva  le  reste  de  l'Aqui- 
taine. 

Nous  avons  cependant  lieu  de  croire  que 
Charibert  obtint  de  plus,  par  son  traité 
avec  son  frère,  ou    du  moins  peu  de   temps  '  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume  les  Chartes   & 

après,  le  Poitou  &  l'Angoumois  ;  qu'il  régna      Diplômes,  n.   LXVII  :  c'est  la  charte  fausse  attri- 
SUr  toute  l'Aquitaine  occidentale    ou  Neus-       ^^"  ^  Charles  le  Chauve,  où  est  rapportée  la  généa- 
trienne,  depuis  la  Loire    jusqu'aux    Pyré-      ^°5^^  apocryphe  d'Eudes,  duc  d'Aquitaine. 
nées }  qu'il  eut  en  partage  le  diocèse  d'Arles       .  '  ^°y"'  ^  "  '"'"''  ^°''  LXXXIII  &  la  Note  rec- 

t'ificat'tve, 

^  Catel,    Mémoires    de    l'histoire    de    Languedoc , 
p.  524. 

"•  Pagi,  ad  ann.  716,  n.  11. 

*  Catel,  Mém.  de  l'hist.   de  Languedoc,  p.  624. 


titre  de  duché  héréditaire.  Il  paroît,  par  là, 
que  le  duché  d'Aquitaine,  possédé  par  les 
enfans  de  Charibert,  étoit  aussi  étendu  que 
le  royaume  qui  avoit  été  donné  à  ce  der- 
nier par  le  roi  Dagobert,  son  frère,  &  que 
par  conséquent  le  Poitou  &  le  pays  d'Arles 
faisoient  partie  de  ce  royaume. 

2°  Une  inscription  de  l'an  716,  trouvée  en 
1279  à  Saint-Maximin  en  Provence,  dans 
le  tombeau  de  S'^*'  Magdeleine,  &  rapportée 
après  Bernard  Guidonis  par  Catel  '  &  de- 
puis par  le  P.  Pagi  ■*,  est  datée  du  règne 
d'Eudes,  régnante  Odoino  piissimo  Franco- 
rum  rege  ;  ce  qui  ne  peut  convenir  qu'à 
Eudes,  duc  d'Aquitaine,  comme  l'a  fort  bien 
prouvé  ce  dernier  critique  qui  se  félicite 
d'avoir  fait  le  premier  cette  découverte.  Il 
ignoroit,  sans  doute,  que  CateP  l'avoit  faite 
plus  de  soixante  ans  avant  lui.  Eudes  ré- 
gnoit  donc  en  716  sur  une  partie  de  la  Pro- 
vence. Le  P.  Pagi  croit  que  la  crainte  qu'eu- 
rent les  peuples  de  ce  pays  de  tomber  entre 
les  mains  des  Sarrasins  fit  qu'ils  reconnu- 
rent son  autorité  &  se  soumirent  à  son  obéis- 
sance :  mais  si  ce  célèbre  critique  avoit  su 
qu'Eudes  possédoit  à  titre  de  duché  héré- 
ditaire les  pays  dépendans  du  royaume  de 


'  Pagi,  ad  ann.  634,  n.  12. 

'  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum, 

'  Frédégaire,  c.  57. 


Note 
78 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i6ij 


Neustrie,  situés  à  la  gauche  de  la  Loire,  il 
auroit  pu  voir  que  ce  ne  fut  pas  seulement 
depuis  le  commencement  du  huitième  siè- 
cle qu'une  partie  de  la  Provence  fut  soumise 
à  ce  duc,  &  qu'il  tenoit  ce  pays  de  ses  an- 
cêtres. 

3°  On  peut  confirmer  ce  que  nous  venons 
de  dire,  par  le  témoignage  de  la  Chronique  ' 
de  S.  Bénigne  de  Dijon  dont  l'auteur,  qui  a 
copié  véritablement  Frédégaire  au  sujet  du 
partage  qui  fut  fait  entre  Dagobert  &  Cha- 
ribert,  au  lieu  de  ces  mots  :  Charibertus  se- 
dem  Tolosae  elîgens  régnât  in  parte  provinciae 
Aquitanîcae,  a  substitué  ceux-ci  :  régnât  in 
partibus  Provinciae  &  Aquitaniae.  La  Chro- 
nique *  d'Hugues  de  Flavigni  ou  de  Verdun 
porte  la  même  leçon  :  regnabat  Aribertus  in 
Provincia  &  Aquitania,  ce  qui  peut  donner 
lieu  de  croire  qu'on  lisoit  ainsi  dans  les 
plus  anciens  manuscrits  de  Frédégaire,  d'où 
ces  auteurs  peuvent  l'avoir  tiré. 

4°  Enfin  Aimoin',  en  parlant  du  partage 
fait  entre  Dagobert  &  Charibert  se  sert  de 
ces  termes  :  Collataque  ei  provincia  quae  a 
ripa  Ligeris  extenditur  usque  ad  Pyrenaei 
juga  montis.  On  voit  la  même  expression 
dans  une  chronique"*  d'Aquitaine  :  Legitur 
etiam  quod  Dagobertus  fratrem  suum  Aritper- 
tum  consortem  regni  fecit,  collata  ei  terra  a 
ripa  Ligeris  usque  ad  juga  Pyrenaei.  Si  les 
Etats  de  Charibert  s'étendoient  depuis  les 
bords  de  la  Loire  jusqu'aux  Pyrénées,  il 
falloit  qu'il  fût  maître  du  Poitou^  car  si 
Dagobert  se  fût  réservé  ce  pays,  comme  il 
se  réserva  le  Berry&  l'Auvergne,  les  Etats  de 
son  frère  ne  se  seroient  pas  étendus  depuis 
la  rive  de  ce  fleuve  jusque  vers  les  Pyrénées. 

Toutes  ces  raisons  nous  font  croire  que 
Dagobert  céda  à  son  frère  Charibert,  soit 
par  le  traité  dont  nous  venons  de  parler, 
soit  peu  de  temps  après,  outre  le  Toulou- 
sain, le  Quercy  &  la  Gascogne,  tous  les  pays 
compris  dans  l'Aquitaine  seconde,  ce  qui 
composoit  le  royaume  des  Visigoths  sous  le 
règne  d'Honoré,  &  renfermoit  à  peu  près 
l'Aquitaine  Neustriennej  &  qu'il  laissa  en- 

'  Chronique  de  S.  Bénigne  de  Dijon,  Spicilége, 
t.   I,  p.  382. 

'  Labbe,  B'ihl.  nova,  t.  1 ,  p.   loi. 

'  Almoin,  1.  4,  c.   17. 

^  Labbe,  B'ibl.  nova,  t.  2,  p.  53 1  his. 


suite  le  même  pays  aux  enfans  de  ce  prince, 
pour  le  posséder  héréditairement  sous  le 
nom  de  duché  d'Aquitaine,  avec  la  partie  de 
la  Provence  qui  dépendoit  auparavant  de  la 
Neustrie. 

Nous  venons  de  dire  que  le  Quercy  fit 
partie  du  royaume  de  Charibert,  &  qu'il  passa 
aux  ducs  héréditaires  d'Aquitaine,  ses  des- 
cendans.  Nous  voyons  cependant  par  la  vie 
de  S.  Didier,  évêque  de  Cahors,  &  par  quel- 
ques autres  monumens,  que  Sigebert  III, 
roi  d'Austrasie,étoit  reconnu  pour  souverain 
dans  ce  pays  vers  l'an  654.  Mais  c'étoit  sans 
doute  parce  que  les  enfans  de  Charibert 
n'avoient  pas  une  souveraineté  absolue  sur 
leurs  Etats,  &  que  les  différens  pays  qui 
les  composoient  relevoient  des  royaumes 
dont  auparavant  ils  avoient  fait  partie.  Ainsi 
comme  le  Quercy  avoit  été  autrefois  dépen- 
dant de  l'Austrasie,  Sigebert  devoit  y  être 
reconnu  pour  souverain. 

Il  paroît certain  que  Dagobert,  par  le  par- 
tage qu'il  fit  avec  Charibert,  ne  lui  céda  pas 
le  Limousin,  &  qu'il  se  réserva  ce  pays  & 
par  conséquent  tout  le  reste  de  l'Aquitaine 
orientale.  C'est  ce  qu'on  peut  prouver  par 
l'acte  de  fondation'  de  l'abbaye  de  Solignac, 
au  diocèse  de  Limoges,  daté  du  22  de  no- 
vembre de  la  dixième  année  de  Dagobert.  Il 
est  vrai  que,  suivant  ce  que  nous  avons  dit 
plus  haut,  la  dixième  année  de  ce  prince 
n'ayant  commencé  qu'à  la  fin  de  l'an  63i, 
cette  fondation  doit  être  postérieure  à  la 
mort  de  Charibert.  Mais  il  paroît  toujours, 
par  cet  acte%  que  Dagobert  avoit  donné  au- 
paravant le  lieu  de  Solignac  à  S.  Eloi,  fon- 
dateur de  cette  abbaye,  lequel  en  avoit  déjà 
fait  consacrer  l'église  au  mois  de  mai  de 
l'an'  63i.  Ainsi  ce  prince  possédoit  le  Li- 
mousin du  vivant  de  Charibert,  &  s'étoit 
par  conséquent  réservé  ce  pays. 

Au  reste  les  anciens  auteurs  qualifient 
indifféremment  Charibert,  roi  de  Toulouse 
ou  d'Aquitaine;  ce  qui  fait  voir  que  cette 
ville  étoit  censée  de  l'Aquitaine}  &  que, 
comme  elle  fut  la  capitale  des  Etats  de  ce 
prince,  elle  dut  l'être  aussi  du  duché  d'Aqui- 
taine que  possédèrent  ses  descendans. 


Note 

78 


Éd.orig. 

t.  1, 
p.  684. 


'  Mabillon,  ad  ann.  63i,  n.  22. 

'  Gallia  Christiana,  nov.  edit.  Instr.   p. 

'  Ibid.  nov.  edit.  p.  566. 


i85. 


Note 

ADÛIT. 


170 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
79 


[Addition  des  nouveaux  éditeurs.^ 

[  La  plupart  des  faits  avancés  ici  par  les 
Bénédictins  sont  entachés  d'erreur.  Ils  ont 
été  puisés  dans  la  charte  d'Alaon,  &  nous 
avons  déjà  fait  voir  dans  nos  notes,  au  pre- 
mier volume  de  cette  édition  ,  qu'il  faut 
rejeter  rigoureusement  tout  ce  qui  pro- 
vient de  cette  source.  On  ne  peut  accorder 
beaucoup  plus  de  confiance  à  la  Vie  de 
S.  Didier,  du  moins  telle  qu'elle  a  été  im- 
primée parle  P.  Labbe  &  les  Bollandistes. 
Ceux-ci  se  sont  servis  d'un  texte  altéré  par 
de  nombreuses  interpolations  de  date  assez 
récente.]  fE.  M.] 


auteur  contemporain,  Suintila  commença  de 
régner  l'an  659  de  l'ère  espagnole  ou  l'an 
621  de  J.-C.  Suivant  tous  les  anciens  histo- 
riens',  ce  prince  régna  dix  ans.  Il  ne  fut 
donc  détrôné  que  l'an  63i ,  &  c'est  aussi  sous 
cette  époque  qu'Isidore'  de  Béja  met  l'élec- 
tion de  Sisenand. 

3°  Le  quatrième  concile  de  Tolède'  est 
daté  du  9  de  décembre  de  l'ère  671,  ou  de 
l'an  633  de  J.-C,  la  troisième  année  du  règne 
de  Sisenand;  par  conséquent  la  première 
année  du  règne  de  ce  prince  ne  peut  avoir 
commencé  qu'entre  le  9  de  décembre  de  l'an 
63o  &  le  même  jour  de  l'année  suivante  63i. 
On  peut  encore  prouver  plus  particulière- 
ment le  commencement  du  règne  de  ce 
prince,  puisque  nous  savons  d'un  côté  qu'il 
régna '•quatre  ans  un  mois  &  quelques  jours, 
&  de  l'autre  qu'il  mourut  au  commence- 
ment de  l'an  636  de  J.-C.  Par  conséquent 

-d  ^         j        '  j    Q    •      -1      c  1      il  ne  commença  son  règne  que  vers   la  fin 

Epoque  des  règnes  de  Suintila,  Sisenand     de  l'an  63i. 

Nous  prouvons  l'époque  de  sa  mort  par 
celle  des  années  de  Chintila,  son  successeur 


Note 
79 


NOTE  LXXIX 


6»  Chintila,  rois  des  Visigoths. 


*• /Quelques  modernes'  rapportent  à 
^■^^l'an  63o  la  première  année  du  règne 
du  roi  Sisenand,  successeur  immédiat  de 
Suintila  :  mais  ces  auteurs  se  trompent  cer- 
tainement, puisque  ce  dernier  ne  fut  dé- 
trôné qu'à  la  fin  de  l'an  63i,  comme  il  est 
aisé:  de  le  prouver. 

1°  Frédégaire'  rapporte  à  la  neuvième 
année  de  Dagobert  l'expédition  que  les 
troupes  de  ce  prince  entreprirent  en  Espa- 
gne, en  faveur  de  Sisenand,  contre  Suintila 
qui  étoit  encore  sur  le  trône.  Or,  nous  avons 
fait  voir  dans  la  î^ote  précédente  que,  sui- 
vant le  calcul  de  cet  historien,  la  neuvième 
annéede  Dagobert  ne  commençoitqu'à  la  fin 
de  l'an  63o.  D'ailleurs,  suivant  Frédégaire, 
les  milices  du  Toulousain  n'entreprirent 
cette  expédition  au  nom  de  Dagobert  que 
quelque  temps  après  la  mort  de  Charibert 
qui  régnoit  sur  ce  pays;  &  nous  avons  déjà 
vu  que  ce  dernier  régnoit  encore  à  Toulouse 
l'an  63i,  &  qu'il  ne  mourut  que  vers  la  fin 
de  cette  année. 

2°  Selon  la  Chronique  d'Isidore  '  de Sévill  e, 

'  LeCointe,  ad  ann.  63o,  n.  7.-  Daniel, ATJif.  ieFr. 

^  Frédégaire,  c.  78. 

^  Isidore,  Chronicon,  p.  725. 


immédiat,  car  ce  dernier  n'étoit*  encore  au 
mois  de  juin  de  l'an  636,  que  dans  la  pre- 
mière année  de  son  règne,  &  dans  la  seconde 
au  mois  de  janvier  de  l'ère  676,  ou  de  l'an 
638  de  J.-C.  Nous  savons  d'ailleurs,  que  Chin- 
tila mourut  ®  au  mois  de  janvier  de  l'an 640, 
après  trois  ans  huit  mois  &  quelques  jours 
de  règne;  ce  qui  prouve  qu'il  ne  commença 
de  régner  au  plus  tôt  que  vers  le  mois  de  mai 
de  l'an  636.  Les  quatre  années  du  règne  de 
Sisenand  doivent  donc  être  comptées  seule- 
ment depuis  la  fin  de  l'an  63i,  que  Suintila, 
son  prédécesseur,  fut  détrôné. 

Il  est  vrai  que  Roderic  de  Tolède  donne 
cinq  ans  &  onze  mois  de  règne  à  Sisenand; 
ainsi,  étant  mort,  comme  nous  l'avons  dit, 
au  commencement  de  l'an  636,  il  auroit  pu 
commencer  son  règne  l'an  63o.  Mais  cet 
historien  espagnol  est  démenti  par  les  mo- 
numensdont  nous  venons  de  faire  mention, 

'  Voyez  Duchesne,  lîecHeJZ  des  historiens  de  France, 
t.  I,  p.  819.  —  Luc  de  Tuy  &  Roderic  de  Tolède, 
Chronicon. 

^  Isidore,  Chronicon. 

^  Concil.  Hisp.  t.  2,  éd.  d'Aguirre. 

■*  Aguirre,  Chronol.  t.  i   Concil.   Hisp.  p.   16. 

5  Ibid. 

^  Pagi,  ad  ann,  640,  n.  17. 


NOTF 

79 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


171 


Note 
80 


&  qui  prouvent  que  Suintila  vivoit  encore 
au  mois  de  décembre  de  l'an  63o.  Roderic, 
qui  n'écrivoit  qu'au  treizième  siècle,  est 
d'ailleurs  contredit  par  Luc  de  Tuy,  son 
contemporain,  qui  ne  donne  que  trois  ans 
de  règne  à  Sisenand.  Enfin  Vulsa  ,  qui 
donne,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  qua- 
tre années  un  mois  &  quelques  jours  de 
règne  à  ce  dernier,  doit  être  préféré,  puis- 
que cet  auteur,  qui  est  le  même  que  S.  Ju- 
lien de  Tolède,  vivoit  au  septième  siècle. 
Aussi  a-t-il  été  suivi  par  le  P.  Mariana  & 
le  cardinal  d'Aguirre. 

II.  Nous  avons  dit  que  le  bassin  que  Sise- 
nand promit  à  Dagobert,  pour  obtenir  de 
lui  du  secours  contre  Suintila  pesoit  cinq 
cents  livres  d'or;  ce  qui  paroîtra  sans  doute 
incroyable.  Nous  suivrions  volontiers  la 
leçon  d'un  manuscrit  de  Frédégaire  qui 
porte  qu'il  n'étoit  que  du  poids  de  cinq 
cents  sols,  si  nous  ne  savions'  d'ailleurs  que 
les  Visigotbs  donnèrent  deux  cent  mille 
sols  d'or  en  échange. 


NOTE  LXXX 

Epoque  de  la  translation  du  siège  ép'is- 
copal  du  Vêlai j  dans  la  ville  du 
Puy. 

I.  ><>'est  une  opinion  commune'  que  saint 
V-^  Evode,  évèque  du  Vêlai,  appelé  vul- 
gairement S.  Vosi ,  transféra  le  siège  épis- 
copal  du  pays  dans  la  ville  d'Anis  ou  du 
Puy.  La  plupart  de  ceux'  qui  suivent  ce 
sentiment  font  vivre  ce  prélat  dès  le  troi- 
sième siècle;  mais  ce  n'est  que  sur  des  tra- 
ditions fabuleuses  qui  ne  méritent  aucune 
attention. 

Il  paroît  constant,  &  les  plus  habiles  cri- 
tiques* en  conviennent,  que  du  temps  de 
Grégoire  de  Tours  ,  c'est-à-dire  à  la  fin 
du  sixième  siècle  ,  le  siège  épiscopal  du 
Vêlai  n'étoit  pas  encore  transféré  au  Puy, 


'  Ruina rt,  in  cap.  yS  Fredegar'i'i, 
'  Voyez  Gallla.  Christiana,  nov.  éd.  t.  2,  p.  689. 
^  Gissey,  1.  i ,  c.  14.  —  Théodore,  1.   i ,  c.  10. 
*  Adrien  de  Valois,  Not'it'ia  GalViarum ,  p.  690. 


puisque  cet  ancien  historien',  faisant  men- 
tion du  lieu  d'Anis  ou  du  Puy,  le  distingue 
du  siège  d'Aurèle,  qu'il  appelle  évoque  de 
la  ville  de  Vêlai.   Vellavae  urbïs  episcopus. 

II.  S'il  étoit  vrai,  comme  quelques-uns' 
l'avancent,  que  l'ancienne  Vellava  &  Anî- 
cium  ou  le  Puy  fussent  la  même  ville,  cela 
lèveroit  toutes  les  difficultés  ;  mais  le  P.  Ma- 
billon'  a  démontré  que  la  ville  de  Vellava 
est  l'ancien  Ruessium  de  Ptolémée,  lequel 
prit  ensuite  le  nom  de  Vellava,  à  l'exemple 
des  autres  villes  des  Gaules,  qui  empruntè- 
rent les  noms  des  peuples  dont  elles  étoient 
capitales  ;  que  Vellava  fut  appelée  cîvîtas 
Vetula  après  que  le  siège  épiscopal  qui  y 
étoit  établi  eut  été  transféré  à  Anïs ;  & 
qu'enfin  c'est  la  même  qui  est  connue  au- 
jourd'hui sous  le  nom  de  Saint-Paulhan, 
sur  les  frontières  de  l'Auvergne  &  du  Vêlai. 
Puisqu'il  est  hors  de  doute  que  ces  deux 
villes  sont  très-différentes  &  que  le  siége_ 
épiscopal  a  d'abord  été  établi  dans  la  pre- 
mière, il  faut  chercher  l'époque  de  sa  trans- 
lation de  l'une  à  l'autre. 

III.  Pour  ce  qui  est  de  la  tradition  de 
l'église  du  Puy,  dont  nous  venons  de  par- 
ler, elle  n'est  d'aucune  autorité,  n'étant 
appuyée  que  sur  des  légendes  très-moder- 
nes &  contraires  aux  anciens  monumens. 
En  effet,  suivant  les  souscriptions  des  évê- 
ques  de  Vêlai  en  divers  conciles,  de  même 
que  dans  tous  les  actes  qui  précèdent  le 
dixième  siècle,  il  n'est  fait  mention  nulle 
part  à.'Anis  comme  ayant  été  le  siège  épisco- 
pal du  Vêlai.  Tous  les  évêques  se  qualifient, 
au  contraire,  avant  ce  temps-là,  Vallavorum 
ou  Vallavaunus  episcopus.  La  ville  de  Vel- 
lava étant  donc  différente  de  celle  du  Puy, 
comme  nous  l'avons  dit,  il  s'ensuit  que 
dans  tout  ce  temps-là  ces  évêques  pre- 
noient  le  titre  du  pays  en  général,  ou  plu- 
tôt de  la  capitale,  la  même  que  le  lieu  de 
Saint-Paulhan. 

IV.  Le  plus  ancien  monument*  qui  fasse 
mention  de  la  ville  d'Anis  comme  siège  épis- 
copal du  Vêlai,  c'est  le   testament  d'Her- 


'  Grégoire  de  Tours,  1.  10,  c.  2,5. 
'  Bollandistes,  i  févr.  p.  204. 
'  Acta  Sanctorum   ordinis  S.  Bened'icti ,  saec.    4, 
part.  I,  p.  769. 

^  Spic'ileg'ium,  t.  8,  p.  i5. 


Noie 
80 


Éd.ong. 
t.  I, 

p.  685. 


Note 
80 


172 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


veus,  évèque  d'Autun,  de  l'an  919,  souscrit 
par  Adalard,  évèque  d'Anis.  Les  successeurs 
de  ce  prélat  prirent"  dans  la  suite  le  titre 
d'évêques  d'Anis  ou  du  Vêlai,  Aniciensis  seu 
Vallavensisj  jusqu'à  ce  qu'enfin  ils  se  bor- 
nèrent à  celui  d' Aniciensis  episcopus. 

V.  Dans  les  souscriptions"  des  conciles 
de  Tuisy  '  &  de  Soissons,  en  860  &  866,  Har- 
duin  n'a  que  le  seul  titre  de  Vallavensis  epis- 
copus ^  de  même  que  Gui,  son  successeur, 
tant  dans  les  souscriptions  des  conciles  de 
Châlons  &  de  Pontion,  en  876  &  876,  que 
dans  un  diplôme ''  de  Charles  le  Chauve 
daté  de  cette  dernière  année,  &  dans  un 
acte  de  l'an  877.  C'est  donc  entre  877  &  919 
qu'il  faut  chercher  l'époque  de  la  transla- 
tion de  l'évêché  du  Vêlai  dans  la  ville  du 
Puy.  Il  paroît  qu'on  doit  attribuer  cette 
translation  à  Nortbert,  évèque  vers  l'an  885. 
Voici  les  raisons  qui  nous  le  persuadent. 

VI.  Ce  prélat'  qu'on  prétend  être  le  fils 
de  Bernard,  comte  d'Auvergne,  fut  élu  après 
la  mort  de  Gui  I,  son  prédécesseur,  par 
une  partie  du  clergé,  tandis  que  l'autre  élut 
Vital,  frère  du  vicomte  de  Polignac.  Cha- 
cun des  deux  contendansprétendoit  faire  va- 
loir son  droit,  &  le  vicomte  étoit  en  état  de 
soutenir  son  frère  contre  Nortbert,  quand  , 
par  un  accord  qu'ils  firent  ensemble,  ce  der- 
nier demeura  seul  évèque,  à  condition  qu'il 
céderoitlavillede  Saint-Paulhan  ou  de  Vêlai 
à  Vital,  ou  plutôt  au  vicomte  son  frère,  ce 
qui  fut  exécuté.  Depuis  ce  temps-là  cette 
ville  appartint  aux  vicomtes  de  Polignac,  & 
Nortbert  transféra  alors  de  Vellava  au  Puy 
les  reliques  des  SS.  George  &  Marcellin, 
premiers  évêques  du  pays.  C'est  donc  là 
l'époque  de  la  translation  de  l'évêché  dans 
la  ville  du  Puy,  car  il  est  certain  que  lors- 
que Nortbert  céda  son  ancienne  ville  épis- 
copale  aux  vicomtes  de  Polignac,  les  corps 
des  premiers  évèques  du  pays  y  reposoient 
encore  j  preuve  que  ce  prélat  &  ses  prédé- 

'  Gallia  Christ,  nov.  éd.  t.  2,  Instr,  col.  22 1  &  seq . 

'  Conciles,  t.  8  &  9. 

^  Lisez  Tusey. 

■*  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  2,  Instr.  col.  221, 
p.  693. 

^  Mabillon,  Acta  Sanctorum  ordinis  S,  Benedicti, 
saec.  4,  part,  i,  p.  769.  —  Gallia  Christiana,  nov. 
éd.  t.  2,  Instr.  col.  221,  p.  693. 


cesseurs  y  avoient  fait  jusqu'alors  leur  rési- 
dence, &  que  Nortbert  l'établit  au  Puy,  où  il 
transféra  ces  saintes  reliques.  Aussi  voyons- 
nous  que  depuis  ce  temps-là  seulement  ses 
successeurs  prirent  le  titre  d'évêques  d'Anis 
ou  le  joignirent  à  l'ancien. 

Tout  ce  que  nous  venons  de  rapporter 
est  appuyé  sur  d'anciens  monumens  authen- 
tiques, &  en  particulier  sur  une  relation' 
que  laissa  en  1428  Guillaume  de  Chalançon, 
évèque  du  Puy,  qui  avoit  vu  les  actes  ori- 
ginaux de  la  translation  de  ces  reliques,  & 
qui  fit  alors  la  cérémonie  d'ouvrir  la  châsse 
de  S.  George,  premier  évèque  du  Vêlai. 
Quant  à  la  ville  du  Puy,  son  nom  n'est  pas 
connu  avant  le  douzième  siècle  j  mais  il  est 
certain,  d'ailleurs,  que  c'est  la  même  que 
celle  d'Anis. 

lîiote  additionnelle  placée  par  Dom  Vaissete 
au  tome  V  de  l'édition  originale.} 

Sur  Vépoque  de  la  translation  du  siège 
épiscopal  du  Vêlai  dans  la  ville  du 
Puy, 

Nous  avons  exposé  dans  la  J^ote  LXXX 
du  premier  volume  les  raisons  qui  nous 
faisoient  croire  que  l'évêché  du  Vêlai  n'avoit 
été  transféré  dans  la  ville  du  Puy  que  vers 
la  fin  du  neuvième  siècle.  Un  chanoine  du 
Puy  [M.  de  Trêves],  animé  d'un  zèle  ardent 
pour  les  droits  &  les  intérêts  de  son  église, 
s'est  élevé  &  a  combattu  nos  raisons  dans 
une  Dissertation  manuscrite  de  trente-six 
grandes  pages  qu'il  nous  a  adressée  &  qui 
est  écrite  d'un  style  amer;  en  sorte  que  peu 
s'en  faut  qu'il  ne  nous  accuse  d'impiété  & 
de  sacrilège,  pour  avoir  osé  douter  que  la 
ville  du  Puy  ait  été  épiscopale  dès  le  troi- 
sième siècle.  Il  paroît  cependant  que  nos 
raisons  n'ont  pas  déplu  à  d'habiles  criti- 
ques" qui  les  ont  adoptées.  Mais  pour  satis- 
faire à  la  délicatesse  de  cet  ecclésiastique 
&  de  ceux  qui  pourroient  penser  comme 
lui,  nous  allons  représenter  ses  objections, 
que  nous  mettrons  dans  toute  leur  force; 

'  Gallia  Christiana,  p.  698. 

'  Voyez  Astruc,  Mémoire  sur  l'histoire  naturelle 
de  Languedoc,  p.  67. 


Note 

ADDIT. 

Ed.orig, 

t.V, 

p.  675. 


NOTK 
ADUIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


17^ 


nous  supprimerons  seulement  les  lieux 
communs,  les  répétitions,  les  saillies,  les 
traits  de  vivacité,  les  déclamations  &  diver- 
ses excursions  qui  ne  font  rien  à  la  ques- 
tion. Mais  comme  il  ne  nous  a  pas  encore 
entièrement  convaincus,  nous  ajouterons  la 
réponse  à  ses  objections  :  ce  sera  au  public 
éclairé  à  juger  &  à  choisir  le  parti  qui  lui 
paroîtra  le  plus  convenable.  Nous  pouvons 
assurer,  quelque  intention  sinistre  que  ce 
critique  nous  prête,  que  notre  unique  motif 
a  été  de  chercher  la  vérité  &  de  la  trouver. 

1°  On  oppose  d'abord  l'opinion  commune 
&  la  chaîne  de  la  tradition  constante  de 
l'église  du  Puy,  qui  met  la  translation  du 
siège  épiscopal  dans  cette  ville  à  la  fin  du 
troisième  siècle  par  S.  Vosi  [Evodius],  son 
premier  évéque,  tradition,  ajoute-t-on,  ap- 
puyée sur  le  martyrologe  &  les  bréviaires 
de  l'église  du  Puy. 

2°  On  nous  reproche  d'avoir  tu  «  que 
«  Charlemagne  marqua  toujours  une  véné- 
«  ration  singulière  pour  l'église  du  Puy; 
«  que  c'est  de  cette  église  qu'il  tira  un  évê- 
i<  que  &  des  chanoines  pour  former  le  cha- 
«  pitre  de  Girone;  qu'il  consentit  avec 
«  plaisir  que  la  capitale  du  comté  de  Bi- 
«  gorre,  qu'il  assiégeoit,  fût  hommagée  en 
«  plein  à  Notre-Dame  du  Puy,  ce  qui  est 
«  appuyé,  ajoute-t-on,  sur  un  titre  que 
«  M^  de  Marca  communiqua  au  P.  de  Gis- 
«  seyj  que  cet  empereur  faisoit  recueillir 
«  par  distinction  au  Puy,  apud  Podium 
«  S.  Mariae ,  le  denier  de  S.  Pierre  qu'il 
«  envoyoit  à  Rome  tous  les  ans  ;  qu'il  eut  la 
«  dévotion  de  visiter  cette  église;  que  le 
«  fameux  Théodulphe ,  évéque  d'Orléans, 
«  visita  alors  aussi  l'église  du  Puy;  qu'il  y 
«  fit  le  riche  présent  que  l'on  conserve  en- 
«  core  d'une  belle  Bible  latine,  écrite  par- 
te tie  à  la  main  sur  du  vélin,  partie  en 
«  beaux  caractères  d'or  &  d'argent  burinés 
«  sur  de  l'écorce  d'arbre.  » 

3°  On  prétend  que  Grégoire  de  Tours, 
dans  l'endroit  où  il  parle  de  l'évèque  Aurèle, 
n'exclut  pas  l'établissement  du  siège  épisco- 
pal dans  la  ville  d'Anis  ou  du  Puy.  Dans 
cette  idée,  on  explique  comme  l'on  veut  le 
passage  de  cet  historien  par  le  moyen  d'une 
construction  forcée,  &  on  assure  que  c'est 
mal  à  propos  que  nous  avons  dit  que  Gré- 
goire  de  Tours    appelle  Aurèle   Vallavae 


urbïs  episcopus.  On  ajoute  que  le  P.  de 
Sainte-Marthe  s'est  rendu  à  l'explication 
qu'on  donne,  &  qu'il  a  supposé  que  le  siège 
d'Aurèle  étoit  établi  au  Puy.  On  s'appuie 
ensuite  sur  le  témoignage  du  P.  le  Cointe, 
de  l'abbé  Châtelain  &  de  quelques  autres 
critiques  qui  attribuent  à  S.  Vosi," succes- 
seur de  S.  Paulian,  la  translation  de  l'évè- 
ché  au  Puy. 

4°  Il  n'est  pas  dit  un  mot  de  la  prétendue 
translation  du  siège  épiscopal  au  Puy  par 
l'évèque  Nortbert  dans  la  relation  de  Guil- 
laume de  Chalançon  de  l'an  1428,  ni  dans 
les  actes  de  l'an  1061  &  de  l'an  1162,  con- 
servés dans  les  archives  de  l'église  collé- 
giale de  S.  George  du  Puy,  où  il  est  parlé 
de  la  vérification  des  reliques  de  ce  saint 
&  des  premiers  évéques  du  pays. 

5°  On  soutient  que  Vital,  abbé,  frère  du 
vicomte  de  Polignac  &  concurrent  de  Nort- 
bert dans  l'évêché  du  Puy,  étoit  abbé  de  la 
cathédrale  du  Puy,  dignité  de  cette  église 
qui  s'y  est  conservée,  dit-on,  jusqu'à  nos 
jours;  que  ce  n'est  qu'en  qualité  d'abbé  de 
Véglise  du  Puy  que  Vital  a  pu  concourir 
avec  Nortbert ,  &  que  par  conséquent  la 
cathédrale  y  étoit  établie  avant  l'élection 
de  Nortbert,  qui  dès  lors  n'a  pu  transférer 
le  siège  épiscopal  au  Puy. 

6°  On  nie  que  la  transaction  passée  entre 
Nortbert  d'un  côté,  &  Vital  &  le  vicomte 
de  Polignac,  son  frère,  de  l'autre,  ait  été 
exécutée,  &  que  dès  lors  la  ville  de  Saint- 
Paulhan  ait  appartenu  aux  vicomtes  de  Po- 
lignac, puisque,  quatre  siècles  après,  Jean 
de  Cumenis  céda  cette  ville  au  vicomte  de 
Polignac. 

7°  On  objecte  le  procès-verbal  de  l'éléva- 
tion des  reliques  de  S.  Vosi  &  de  cinq  de 
ses  successeurs,  fait  au  Puy  le  23  de  février 
de  l'an  17 12  dans  la  collégiale  de  ce  saint, 
par  feu  M.  de  la  Roche-Aimon,  évéque  du 
Puy.  Il  est  fait  mention  dans  ce  procès-ver- 
bal, ajoute-t-on,  de  deux  marbres  trouvés 
sous  le  maître-autel  de  cette  église ,  où 
étoient  renfermés  les  corps  de  ces  saints. 
Le  premier  marbre  étoit  chargé  de  l'inscrip- 
tion suivante  : 

Hic  requîescit  corpus  sancti  Evodîi  prîmi 
ecclesîae  Aniciensîs  praesulis. 

Cette  inscription,  fidèlement  transcrite, 


Note 

ADUIT. 


Note 

ADDIT. 


174 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.V, 
p.  676. 


ayant  été  envoyée  au  P.  de  Montfaucon  &  à 
messieurs  de  l'Académie  des  Inscriptions  & 
Belles-Lettres,  ils  décidèrent  qu'elle  étoit 
du  siècle  de  Charlemagne. 

8°  On  nous  reproche  de  n'avoir  pas  fait 
assez  de  fonds  sur  les  actes  de  S.  Aggrève, 
parce  qu'il  y  est  fait  mention  de  la  ville 
d'Anis  ou  du  Puy  comme  de  celle  de  son 
siège  5  qu'il  y  est  qualifié  Espagnol  &  qu'il 
y  est  dit  qu'il  reçut  sa  mission  du  pape 
Martin  I. 

9°  On  combat  le  P.  Le  Cointe,  M.  Châ- 
telain &  les  autres  critiques  modernes,  qui 
placent  l'épiscopat  de  S.  Vosi  au  milieu  ou 
à  la  fin  du  cinquième  siècle,  fondés  sur 
ce  que  la  capitale  du  Vêlai  est  qualifiée 
cîvitas  Vallavorum ,  dans  la  plus  ancienne 
Notice  des  cités  des  Gaules,  dressée  sous 
l'empire  d'Honorius,  &  on  soutient  forte- 
ment que  ce  prélat  transféra  le  siège  épis- 
copal  du  Vêlai  au  Puy  à  la  fin  du  troisième 
siècle.  On  prétend  que  dans  cette  Notice 
«  il  n'a  pas  été  question  précisément  de 
«  recueillir  les  villes  épiscopales  des  Gau- 
«  les,  mais  seulement  les  plus  considéra- 
«  blés  &  alors  les  plus  connues  ;  qu'ainsi 
«  on  n'en  a  pu  marquer  d'autres  dans  le 
«  Vêlai,  que  l'ancien  Ruej^zum^  Vellav a,  on 
«  Saint-Paulhan,  seule  ville  qu'il  y  eût  alors 
((  dans  le  pays,  celle  du  Puy  n'ayant  eu  le 
«  titre  de  ville  que  quelques  siècles  après.  » 
On  soutient  ensuite,  sans  crainte  de  se  con- 
tredire, que  c'est  de  la  ville  du  Puy  dont  il 
s'agit  dans  cette  Notice,  parce  qu'elle  étoit 
alors  la  capitale  du  Vêlai. 

10°  On  produit  un  acte  tiré  des  archives 
de  la  cathédrale  du  Puy,  qu'on  assure  être 
daté  de  la  dow^îème  année  du  règne  de  Louis 
le  Débonnaire,  c'est-à-dire  de  Van  826,  où  il 
est  fait  mention  de  l'église  de  Notre-Dame, 
quae  est  constructa  inpago  Vallavensi,  in  villa 
quae  vocatur  Anicium,  ubi  Nortbertus  episco- 
pus  pastor  est,  d'où  l'on  conclut  que  la  ville 
du  Puy  étoit  capitale  au  commencement  du 
neuvième  siècle.  On  prétend  que  le  titre 
de  villa  donné  au  Puy  dans  cet  acte  veut 
dire  ville  &  plus  que  bourg  (burgus),  terme 
employé  dans  la  charte  de  Raoul  de  l'an  929. 

11°  Enfin,  pour  faire  voir  que  les  titres 
de  Vallavensis,  Podiensis  &  Aniciensis  epis- 
copus  étoient  synonymes,  on  cite  la  lettre 
de  Sylvestre  II,  dans  laquelle  Théodore  y 


est  qualifié  Vallavensis  ecclesiae  episcopus, 
tandis  que  les  prédécesseurs  de  Théodore 
sont  nommés  ecclesiae  Aniciensis  episcopi 
dans  les  titres  de  l'abbaye  du  Monastier 
Saint-Chaffre.  Reprenons  ces  objections  & 
voyons  si  elles  sont  sans  réplique.  Nous 
observerons  d'abord  qu'elles  ont  deux  ob- 
jets. Le  premier  est  de  prouver  que  S.  Vosi 
transféra  le  siège  épiscopal  au  Puy  &  qu'il 
fut  le  premier  évêque  de  cette  ville-  le 
second,  que  cette  translation  fut  faite  à  la 
fin  du  troisième  siècle.  Nous  convenons 
dans  l'examen  du  neuvième  article  que 
S.  Vosi  transféra  le  siège  épiscopal  au  Puy, 
ce  qui  fait  tomber  la  plupart  des  objections; 
mais  nous  nions  hardiment  que  cet  événe- 
ment se  soit  passé  au  troisième  siècle.  En- 
trons en  matière. 

1°  On  oppose  l'opinion  commune  &  la 
chaîne  de  la  tradition  de  l'église  du  Puy.  Il 
est  vrai  que  l'opinion  commune  a  beaucoup 
de  poids  lorsqu'elle  n'est  pas  détruite  par 
des  preuves  plus  fortes,  &  c'est  de  quoi  il 
est  ici  question.  Quant  à  la  chaîne  de  la 
tradition,  elle  est  encore  plus  respectable 
que  l'opinion  commune  quand  elle  est  fon- 
dée &  qu'elle  est  prouvée;  mais  dans  le  cas 
présent,  quelle  preuve  donne-t-on  que, 
suivant  la  tradition  de  l'église  du  Puy,  on 
a  toujours  cru  que  le  siège  épiscopal  du 
Vêlai  a  été  transféré  au  Puy  au  troisième 
siècle?  Aucune.  On  se  fonde  uniquement 
sur  quelques  légendes  8c  sur  le  martyro- 
loge, tous  monumens  modernes  éloignés  de 
plus  de  douze  siècles  des  événemens  &  de 
la  source  de  la  tradition.  Pour  établir  une 
chaîne  de  tradition,  une  tradition  constante, 
il  faut  remonter  de  siècle  en  siècle  au  moins 
jusqu'à  deux  cents  ans  de  l'événement,  & 
prouver  par  une  suite  de  témoignages  non 
suspects  qu'on  a  toujours  cru  la  même  chose 
sans  interruption,  &  on  ne  nous  produit 
que  deux  bréviaires  de  l'église  du  Puy  im- 
primés, l'un  en  i5i6  &  l'autre  en  i532,  & 
le  propre  du  même  diocèse  imprimé  en 
1661,  encore  ne  nous  disent-ils  rien  de 
l'époque  de  la  translation  du  siège  épisco- 
pal au  Puy.  On  jugera  de  l'autorité  des  lé- 
gendes contenues  dans  ces  deux  bréviaires 
par  l'extrait  que  nous  en  allons  donner. 

Il  est  dit  dans  les  leçons  de  S.  George, 
premier  évêque  du  Vêlai,  dont  la  fête  tombe 


Note 

ADDIT, 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


au  lo  du  mois  de  novembre,  «  que  ce  saint 
«  fut  un  des  soixante-douze  disciples  de 
«  J.-C. ;  qu'il  se  trouva  à  la  dernière  cène 
((  de  J.-C.  qui  le  communia  de  sa  main  ;  que 
«  S.  Pierre  l'envoya  dans  les  Gaules  avec 
«  S.  Front,  premier  évêque  de  Périgueux, 
«  son  frère;  que  S.  George  étant  arrivé  à  la 
«  Cité  vieille  [yetulam  cîvitatem'],  il  recon- 
«  nut  que  c'étoit  là  le  lieu  de  son  sacer- 
«  doce;  que  sous  son  épiscopat  la  Sainte 
«  Vierge  révéla  le  lieu  du  Puy,  &c.  »  Dans 
le  nouveau  propre  de  l'église  du  Puy,  im- 
primé en  1661  &  corrigé,  il  est  dit  dans  les 
leçons  de  S.  George  qu'il  fut  un  des  soixante- 
douze  disciples  de  J.-C.,  mais  il  n'est  pas  dit 
que  J.-C.  l'ait  communié  le  jour  de  la  cène. 
On  ajoute,  d'un  autre  côté,  «  qu'après  l'As- 
«  cension  il  s'attacha  à  S.  Pierre  ,  qui  l'en- 
«  voya  évéque  dans  le  Vêlai  ;  qu'étant  parti 
«  avec  S.  Front,  il  mourut  subitement  à  son 
«  arrivée  au  bord  du  lac  de  Bolsenne  ;  que 
«  S.  Front  le  ressuscita  avec  le  bâton  de 
«  S.  Pierre;  que  les  deux  prélats  allèrent 
«  voir  S^"  Marthe  à  Marseille,  &c.,  &c.))  Il 
est  rapporté  dans  le  même  propre,  aux  leçons 
du  jour  de  l'octave  de  S.  George,  le  17  de 
novembre,  «  que  ce  saint,  revenant  de  voir 
«  S""  Marthe,  alla  à  Toulouse  pour  voir 
«  S.  Saturnin,  qu'il  trouva  en  arrivant  cou- 
«  ronné  du  martyre;  qu'il  revint  dans  le 
«  Vêlai,  où  S.  Front,  évêque  de  Périgord, 
i(  son  ami,  qui  venoit  de  mourir,  lui  appa- 
('  rut  avec  les  anges;  qu'il  alla  dans  le  Péri- 
«  gord  faire  les  obsèques  de  ce  saint  prélat, 
i<  l'an  42  de  J.-C;  qu'il  avoit  résolu  de 
«  bâtir  une  église  sur  le  mont  Anis;  qu'on 
«  célèbre  sa  résurrection  le  6  des  ides  de 
«  mai  ;  qu'il  prophétisa  que  l'église  de 
«  Sainte-Marie  du  Puy  seroit  célèbre  par 
«  les  miracles  qui  s'y  opéreroient,  &c.  » 

Dans  les  leçons  du  même  propre  pour  le 
jour  de  la  translation  des  reliques  de  saint 
George,  le  22  de  décembre,  on  lit  «  que 
«  lorsque  Nortbert,  évêque  d'Anis,  eut  cédé 
«  à  un  autre  seigneur  le  bourg  de  Saint- 
«  Paulhan,  qui  appartenoit  auparavant  au 
«  domaine  épiscopal  &  qu'on  appeloit  Civi- 
«  tas  veiula,  ce  fut  à  condition  qu'on  trans- 
«  féreroit  à  Anis  le  corps  de  S.  George  , 
«  ce  qui  fut  exécuté.  »  Le  procès-verbal 
dressé  en  1428  par  Guillaume  de  Chalen- 
çon,  touchant  l'ouverture  de  la  châsse  de 


175 

ce  saint,  qui  est  qualifié  docteur  du  Vêlai, 
Vun  des  soixante-dow^e  disciples  de  J.-C, 
s'étend  davantage  sur  cette  translation.  On 
y  rapporte  «  que  Nortbert  étoit  cousin  gef- 
«  main  du  comte  de  Poitiers,  duc  d'Aqui- 
«  taine;  que  le  roi  ayant  appris  en  songe 
«  ou  par  révélation  la  mort  de  Gui,  évêque 
«  du  Puy,  &  qu'une  personne  respectable 
«  lui  ayant  apparu,  lui  ordonna  de  nommer 
«  à  cet  évêché  le  premier  qu'il  rencontre- 
«  roit  le  lendemain;  que  ce  fut  Nortbert,  à 
«  qui  il  donna  des  lettres  pour  ordonner  au 
«  chapitre  du  Puy  de  l'élire;  que  Nortbert 
«  arriva  au  Puy  dans  le  temps  que  le  chapi- 
«  tre  étoit  partagé  entre  le  frère  du  vicomte 
«  de  Polignac  &  un  autre;  que  Nortbert 
«  ayant  présenté  les  lettres  du  roi,  il  fut 
«  élu  &  intronisé  unanimement.  Le  diable 
u  excita  contre  lui,  ajoute  le  procès-verbal, 
«  l'abbé  Vital,  moine  &  frère  du  vicomte  de 
((  Polignac,  qui,  au  désespoir  de  n'avoir  pas 
«  été  élu  évéque,  lui  fit  toute  sorte  d'ava- 
((  nies,  ce  qui  engagea  Nortbert  à  faire  un 
«  voyage  à  la  cour.  Le  roi  lui  ordonna  de 
«  s'en  retourner,  avec  promesse  de  le  suivre 
«  incessamment  pour  le  soutenir  ,  &  ce 
«  prince,  ayant  assemblé  une  armée,  vint  en 
«  effet  au  Puy,  attaqua  l'abbé,  ravagea  ses 
«  domaines,  surtout  son  abbaye,  qu'il  ruina 
«  entièrement,  &  l'emmena  prisonnier.  Le 
«  roi,  ayant  ainsi  rendu  la  paix  à  l'église  du 
«  Puy,  congédia  ses  troupes  &  s'en  retourna 
«  chez  lui.  Après  son  départ.  Vital  attaqua 
«  de  nouveau  le  saint,  &  toute  la  race  du 
«  vicomte  de  Polignac  s'éleva  contre  lui  & 
«  lui  fit  la  guerre.  Enfin,  des  personnes 
«  sages  trouvèrent  moyen  de  rétablir  la 
«  paix.  On  convint  que  l'évêque  céderoit 
«  Vetulam  civîtatem,  qu'on  appelle  mainte- 
ce  nant  Saint-Paulhan,  au  vicomte,  à  condi- 
«  tion  qu'on  transféreroit  ailleurs  les  reli- 
«  ques  des  SS.  George  &  Marcellin,  ce  qui 
«  fut  fait,  &c.  » 

S.  Marcellin  est  qualifié  troisième  évéque 
du  Fêlai  dans  les  bréviaires  imprimés  en 
i5i6  &  i532  &  dans  le  propre  imprimé  en 
1661.  Il  est  dit  qu'il  succéda  immédiate- 
ment à  S.  George  :  Anno  Domini  circiter  cen- 
tesimo  sanctus  Marcellinus  post.  B.  Georgium 
Vallavorum  episcopus  creatus  est. 

On  célèbre  au  Puy,  le  12  de  novembre,  la 
fête  de  S.  Vosi;   mais  on  ne  marque  pas 


Note 

ADUIT. 


Éd.  ori-; 

tv, 

p.  677. 


Note 

ADDIT. 


176 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l'époque  de  son  épiscopat,  ni  dans  les  bré- 
viaires imprimés  en  i5i6  &  i532,  ni  dans  le 
propre  imprimé  en  1661.  Il  est  dit  dans  les 
bréviaires  «  qu'après  la  mort  de  S.  George, 
«  plusieurs  saints  évèques  qui  lui  succédè- 
((  rent,  quoique  avertis  par  la  même  vision, 
«  ne  voulurent  pas  abandonner  le  siège  que 
«  le  premier  évêque  du  Vêlai,  envoyé  par 
«  S.  Pierre,  prince  des  apôtres,  avoit  établi, 
«  &  qu'ils  ne  voulurent  pas  permettre  de 
«  transférer  ailleurs  la  chaire  épiscopale. 
«  Après  un  long  intervalle  evoluto  namque 
«  plurîmo  tempore,  ajoute-t-on,  Vosi  fut 
«  élu  évèque  du  Vêlai,  &  tout  le  peuple, 
«  effrayé  par  plusieurs  signes  &  diverses 
«  visions,  lui  persuada  de  transférer  le  siège 
«  dans  le  lieu  marqué.  »  On'  rapporte  en- 
suite que  la  Sainte  Vierge  ayant  apparu  à 
S.  Vosi,  lui  ordonna  de  bâtir  l'église  du 
Puy,  &c.  Il  est  dit  dans  les  antiennes  de 
Laudes,  «  que  Vosi  étant  allé  à  l'église, 
«  trouva  des  lettres  imprimées  sur  l'autel 
«  oratorium  petens  invenît  lîtter as  super  altare 
«  impressas;  que  recherchant  avec  soin  le 
«  sens  de  ces  lettres,  il  avoit  reconnu  que 
«  l'autel  avoit  été  consacré  par  les  mains 
«  des  anges  ;  qu'ayant  regardé  à  travers  la 
«  muraille,  il  avoit  vu  les  cierges  allumés, 
^(  &  que  c'étoit  un  argument  probable  de 
«  la  visite  des  anges.  »  Il  y  a  dans  les  leçons 
de  S.  Vosi  imprimées  dans  le  propre  de 
l'an  1661  «  que  S.  Vosi ,  premier  évêque 
«  d'Anis,  transféra  le  siège  èpiscopalj  »  & 
on  en  rapporte  les  mêmes  circonstances 
énoncées  dans  les  leçons  de  la  fête  de  la 
dédicace  de  l'église  du  Puy. 

Dans  les  leçons  de  l'octave  de  cette  fête, 
qui  tombe  au  11  de  juillet,  on  raconte  dans 
les  bréviaires  de  i5i6  &  i532  l'histoire  de 
la  mission  de  S.  George,  premier  évêque  du 
Vêlai,  par  S.  Pierre,  dont  il  étoit  disciple, 
«  qu'il  avoit  suivi  de  Jérusalem,  qui  le  con- 
«  sacra  &  qui  le  ressuscita.  »  On  dit  ensuite 
que  S.  George  &  S.  Front  se  rendirent  dans 
le  Vêlai  :  M.oxque  properantes,  ad  quamdam 
Vallavensis  comîtatus  urbem ,  quae  ab  antî- 
quitatis  prîvilegio,  tune  temporîs  cîvîtas  vetula 
dîcebatur;  en  sorte  que  la  capitale  du  Vêlai 
se  seroit  appelée  la  cité  vieille  du  temps  de 
S.  Pierre. 

Les  leçons  de  la  dédicace  de  l'église  du 
Puy  sont  bien  plus  étendues  dans  le  propre 


de  l'an  1661.  Il  y  est  dit  «  que  sous  l'èpisco- 
pat  de  S.  George,  envoyé  en  Vêlai  par 
S.  Pierre,  une  bonne  femme,  attaquée 
de  la  fièvre  quarte,  eut  une  apparition 
de  la  Vierge  qui  lui  dit  d'aller  sur  le 
mont  Anis  pour  recouvrer  sa  santé j  qu'é- 
tant montée,  elle  y  trouva  une  pierre  en 
forme  d'autel  &  qu'elle  s'endormit  au- 
près. Pendant  le  sommeil,  continue-t-on, 
la  Vierge  &  les  anges  l'environnèrent  & 
lui  rendirent  la  santé.  Elle  alla  raconter 
sa  vision  à  S.  George,  qui,  étant  monté 
sur  le  mont  Anis,  le  trouva  couvert  de 
neige  en  plein  été,  &  vit  un  cerf  qui,  par 
ses  vestiges,  marquoit  le  contour  du  tem- 
ple qu'il  résolut  de  bâtir  sur  cette  mon- 
tagne enl'honneur  delà  Vierge;  mais  il  ne 
put  exécuter  son  dessein  &  en  laissa  l'exé- 
cution à  S.  Vosi,  son  successeur,  qui  s'y 
détermina  sur  une  autre  vision  qu'eut 
une  femme  malade  &  sur  l'apparition  d'un 
ange.  S.  Vosi,  dit-on,  alla  à  Rome  pour 
demander  au  pape  la  permission  de  trans- 
férer le  siège  épiscopal  au  Puy.  Le  pape, 
la  lui  ayant  accordée ,  le  renvoya  avec 
Scutaire,  qu'il  lui  donna  pour  compa- 
gnon, &  ils  firent  tous  deux  construire 
l'église  du  Puy  en  peu  d'années.  S.  Vosi, 
voulant  retourner  à  Rome  pour  deman- 
der au  pape  la  permission  de  la  consa- 
crer, n'eut  pas  fait  un  mille,  qu'il  rencon- 
tra deux  veillards  vêtus  de  blanc  qui 
l'assurèrent  qu'ils  étoient  envoyés  de 
Rome,  &  qui  lui  remirent  deux  petites 
boîtes  de  reliques  (dans  l'une  desquelles 
étoit  le  prépuce  de  J.-C,  suivant  la  lé- 
gende de  S.  Vosi)  :  les  deux  vieillards 
ordonnèrent  à  S.  Vosi  de  porter  nu  - 
pieds  les  deux  boîtes  à  Anis.  Quanta  la 
consécration  de  la  nouvelle  église,  lui 
dirent-ils,  n'en  soyez  pas  en  peine,  les  an- 
ges l'ont  consacrée  aujourd'hui,  après  quoi 
les  deux  vieillards  disparurent.  Vosi,  Scu- 
taire, le  clergé  &  le  peuple  se  rendirent 
alors  à  l'église;  aussitôt  les  portes  s'ou- 
vrirent d'elles-mêmes,  les  cloches  sonnè- 
rent aussi  d'elles-mêmes  &  on  trouva  dans 
l'église  un  grand  nombre  de  torches  &  de 
cierges  allumés,  &,  sur  l'autel,  l'huile  qui 
avoit  été  répandue  pour  la  consécra- 
tion. » 
Nous  nous  sommes  un  peu  étendus  sur 


Note 

ADDIT 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


177 


Ed.  orig. 

t.V, 
p.  678. 


ces  moniimens,  dont  on  prétend  se  servir 
pour  prouver  que  S.  Vosi  transféra  son 
siège  au  Puy  à  la  fin  du  troisième  siècle,  & 
nous  n'y  ajouterons  aucune  réflexion.  Nous 
pourrions  les  comparer  cependant  avec  ce 
que  rapporte  le  P.  Odon  de  Gissey,  qui  a  fait 
imprimer,  en  1644,  son  Histoire  de  Notre- 
Dame  du  Puy,  &  avec  l'Histoire  de  la  même 
église,  donnée  en  1693,  par  frère  Théodore, 
ermite,  &  les  mettre  en  contradiction  dans 
plusieurs  circonstances.  Il  nous  suffira  de 
remarquer  que  le  P.  de  Gissey",  après  avoir 
réfuté  l'opinion  d'un  auteur  qui  avoit  écrit 
cent  ans  avant  lui  &  qui  rapportoitla  trans- 
lation de  l'évêché  au  Puy  à  l'an  212  de 
J.-C,  sous  le  pape  Callixte,  &  après  avoir 
dit  que  d'autres  la  rapportoient  au  pontifi- 
cat de  S.  Corneille,  en  262,  la  fixe  à  l'an  221 
ou  aux  premières  années  de  S.  Callixte,  & 
que  le  frère  Théodore  a  embrassé  à  peu 
près  son  opinion,  en  assurant'  que  les  fon- 
demens  de  l'église  du  Puy  furent  jetés  l'an 
222  de  J.-C.  Est-ce  là  cette  chaîne  de  la  tra- 
dition constante  &  uniforme  de  l'église  du 
Puy  qi-.'on  vante  tant,  touchant  l'époque  de 
la  translation  du  siég^  épiscopal  dans  cette 
ville  à  la  fin  du  troisième  siècle;  &  avons- 
nous  eu  tort  d'avancer  qu'on  n'appuie  l'his- 
toire de  cet  événement  que  sur  des  tradi- 
tions fabuleuses  qui  ne  méritent  aucune 
créance  } 

1°  Ce  qu'on  rapporte  de  l'empereur  Char- 
lemagne  dans  le  second  article  n'est  pas 
mieux  fondé  j  c'est  pourquoi  nous  avons 
passé  sous  silence  dans  notre  histoire  les 
faits  énoncés  dans  cet  article,  qui  ne  sont 
tirés  que  de  quelques  auteurs  ou  monu- 
mens  apocryphes,  comme  le  faux  Turpin, 
le  Philomela,  &c.  Ainsi  on  doit  mettre  au 
rang  des  fables  ce  qu'on  rapporte  de  l'église 
de  Girone  &  les  prétendus  voyages  de  Char- 
lemagne  à  Notre-Dame  du  Puy.  Il  est  vrai 
que  M.  de  Marca  communiqua  au  P.  de  Gis- 
sey un  titre  qu'il  croyoit  alors  vrai,  &  qu'il 
a  reconnu  évidemment  faux,  touchant  l'ori- 
gine du  vasselage  du  comté  de  Bigorre  à 
l'égard  de  l'église  du  Puy,  &  on  est  surpris 
que  notre  censeur  ait  ignoré  cette  rétracta- 
tion de  M.  de  Marca,  qu'il  pouvoit  voir  dans 


L. 
L. 


i,c.  4. 


son  Histoire  de  Béarn'.  Nous  nous  conten- 
terons d'en  rapporter  les  paroles  suivantes  : 
«  Il  faudroit,  dit  M.  de  Marca  dans  cet  ou- 
((  vrage,  avoir  un  bon  estomac  pour  digérer 
"  toutes  ces  foiblesses  qui  ont  été  forgées 
«  pour  autoriser  la  supériorité  de  l'église 
«  du  Puy  sur  le  comté  de  Bigorre,  en  rap- 
«  portant  l'origine  de  cette  dépendance  à 
((  Charlemagne.  Je  fournis  il  y  a  quelque 
«  temps  cette  pièce  au  P.  Odo  de  Gissey, 
«  de  la  compagnie  de  Jésus,  qui  l'a  insérée 
«  au  livre  III,  chap.  18,  de  ses  Discours 
«  historiques  de  Notre-Dame  du  Puy,  se- 
«  conde  édition.  Pour  lors,  j'avois  quelque 
«  opinion  de  la  vérité  de  cette  narration 
«  au  fonds  de  la  chose,  quoique  je  décou- 
«  vrisse  les  ipipertinences  aux  circonstan- 

«  ces mais    comme   le   seul   défaut  de 

«  meilleures  instructions  rendoit  en  quel- 
«  que  façon  plausible  cette  fourbe ,  je 
«  suis  obligé  de  la  rejeter  avec  plus  de 
«  véhémence,  &c.  »  Quant  à  la  prétendue 
levée  du  denier  de  S.  Pierre,  sous  l'empire 
de  Charlemagne,  à  Aix-la-Chapelle,  à  Saint- 
Gilles  &  à  Notre-Dame  du  Puy,  c'est  un 
fait  très-incertain',  pour  ne  pas  dire  fabu- 
leux. Il  est  vrai  qu'il  en  est  fait  mention 
dans  une  épître  du  pape  Grégoire  VII  au 
onzième  siècle.  Mais  tous  nos  historiens  8c 
tous  les  monumens  de  la  monarchie  gardent 
un  profond  silence  à  ce  sujet. 

3°  Le  passage  de  Grégoire  de  Tours,  au 
sujet  de  l'évèque  Aurèle,  pour  faire  voir 
que  du  temps  de  ce  prélat  &  à  la  fin  du 
sixième  siècle,  la  ville  de  Vellava,  où  étoit 
le  siège  épiscopal,  &  le  lieu  d'Anis  étoient 
deux  choses  différentes,  est  si  précis,  qu'il 
n'est  pas  possible  d'en  éluder  l'autorité  3  & 
toutes  les  peines  qu'on  se  donne  pour  en 
détourner  le  sens  sont  à  pure  perte.  Certe 
Anicii  Gregorius  meminit  tanquam  loci  a  civi- 
tate  Vellava  differentis,  in  libri  X,  capite  XXV, 
his  verbis  (dit  Adrien  de  Valois',  célèbre 
critique)  :  Ingressus  Vellavae  urbis  termi- 
num,  ad  locum  quem  Anicium  vocitant,  & 
ad  basilicas  propinquas  cum  omni  exercitu 
restitit,  instruens  aciem  qualiter  Aurelio 
ibidem    tune  consistent!   episcopo   bellum 

'  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  807  &  suiv. 
*  Voyez  Pagi,  Critic.  ad  ann.  804,  n.  8. 
'  Notifia  Galliarum,  p.  69 1. 


Note 

ADUIT. 


II. 


Note 

ADDIT. 


178 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


inferret.  Aperte  Gregorîus  Vellavam  urbem, 
îd  est  Ruessionem  vel  civitatem  Vellavorum 
dîstînguit  ab  Anicio,  ubi  tune  episcopus  Vel- 
lavorum commorabatur,  velut  in  Castro  suae 
dioeceseos.  Sed  ne  aetate  quîdem  Gregorli  se- 
des  ep'iscopatus  stata  erat  Anicium.  AUoquîn 
Gregorius  Anicium,  si  sedes  jam  tune  antisti- 
tis  &  caput  gentis  fuisset,  civitatem  aut  urbem, 
aut  oppidum  vocavisset;  non  (ut  facit)  locum, 
Quodeumque  ergo  nomen  olim  tulerit,  quod- 
cumque  nuncferat  Revessio  seu  civitas  Vella- 
vorum ^  sive  eversa  ea  urbe,  sive  etiam  adhue 
stante,  translata  est  episcopatâs  sedes  in  civita- 
tem Anicium  vel  Podium  :  sed  tempus  trans- 
lationis  incertum,  quod  utique  Evodii  episcopi 
aetate  multo  posterius  fuit.  M.  de  Valois  se 
trompe  néanmoins  sur  ce  dernier  article; 
car  ce  fut  S.  Vosi  qui  transféra  le  siège  épis- 
copal  au  Puy,  mais  non  pas  dans  le  siècle 
qu'on  le  prétend.  Il  se  trompe  aussi  dans 
la  suite  du  même  article  ',  en  supposant  que 
civitas  quae  dicitur  vetula  in  pago  Vellavo- 
rum dont  il  est  fait  mention  sous  ce  titre 
dans  le  livre  des  miracles  de  6.  Bernard, 
archevêque  de  Vienne,  est  le  Puy  ou  Anis, 
car  il  s'agit  certainement  dans  cet  endroit 
de  l'ancien  Kuessium,  qui  prit  le  titre  de 
Civitas  vetula  après  la  translation  du  siège 
épiscopal  au  Puy,  ainsi  que  le  P.  Mabillon 
l'a  fait  voir'.  Tous  nos  meilleurs  critiques, 
&  en  particulier  D.  Ruinart ,  dans  son  édi- 
tion de  Grégoire  de  Tours,  &  D.  Martin 
Bouquet,  dans  sa  nouvelle  collection  des  His- 
toriens de  France^,  font  voir  que  Grégoire 
de  Tours  distingue  dans  cet  endroit  la  ville 
de  Vellava,  où  étoit  le  siège  épiscopal,  du 
lieu  d'Anis. 

On  peut  joindre  à  ces  suffrages  celui  de 
M.  Audigier,  chanoine  de  Clermont,  dans 
son  Histoire  manuscrite  d'Auvergne  que 
nous  avons  vue.  Il  soutient  que  l'ancien 
Ruessium  fut  détruit  par  les  Normands  en 
864.  Il  s'appuie  :  1°  sur  l'auteur  anonyme 
dont  le  fragment  est  rapporté  dans  Du- 
chesne''  :  Totam  regionem  Arvernicam  diver- 

'  Notitia  Galliarumj  p.  691,  col.  2. 

'  Acta  Sanctorum  ordinis  S.  Bénédictin  saec.  4, 
part.   I,  p.  758. 

5  T.  2,  p.  38o. 

■*  Duchesne,  Historiens  de  France. —  Gallia  Chris- 
tiana,  nov.  éd.  t.  2. 


sis  calamitatibus  (Kollo)  exinanivit ;  2°  sur 
l'auteur  des  Gestes  des  Normands  &  sur 
Adrevalde,  qui  rapportent  la  même  chose  j 
3"  enfin  sur  le  passage  de  Grégoire  de  Tours 
que  nous  examinons  ,  &  qui  prouve  que, 
sous  l'épiscopat  de  S.  Aurèle,  Aiiis  n'étoit 
encore  qu'une  simple  montagne,  ce  qui  est 
confirmé  par  le  P.  le  Cointe  sous  l'an  691. 
M.  Audigier  conclut  de  là  que  la  transla- 
tion de  l'èvêché  du  Vêlai  à  Anis  est  posté- 
rieure à  l'an  864.  Or,  ajoute-t-il,  Hardouin, 
qui  souscrivit  au  concile  de  Soissons  en  866, 
se  qualifie  episcopus  Vellavensis,  ainsi  que 
Gui,  son  successeur,  est  qualifié  dans  la 
charte  de  Charles  le  Chauve  en  875.  C'est 
donc  à  Nortbert,  conclut-il,  qu'il  faut  rap- 
porter cette  translation;  ce  prélat  céda 
alors  à  Clodion,  vicomte  de  Polignac,  la 
ville  de  Saint-Paulhan,  suivant  l'histoire  de 
la  translation  des  reliques  de  S<  George,  & 
cette  ville  avoit  été  possédée  par  Rorice, 
comme  èvèque  &  comme  comte  de  Vêlai. 
M.  Audigier  fait  voir  ensuite  combien  est 
fabuleuse  la  vie  de  S.  George. 

Le  P.  de  Sainte-Marthe  lui-même  n'est 
pas  éloigné  du  sentiment  qui  assure  que  la 
ville  d'Anis  n'étoit  pas  encore  épiscopale  à 
la  fin  du  sixième  siècle,  quoiqu'il  paroisse 
hésiter.  Après  avoir  parlé  de  S.  Vosi",  qu'il 
met  pour  lé  septième  évêque  du  Vêlai,  & 
avoir  dit  qu'il  transféra  son  siège  au  mont 
Anis  sans  marquer  l'époque  de  son  épisco- 
pat,  il  ajoute  la  note  suivante  au  bas  de  la 
page  :  Hic  sequimur  communem  sententiam , 
cum  nondum  certiorem  teneamus.  Objici  tamen 
potest  tempore  Gregorii  Turonensis,  £•  S.  Au- 
relii  Vellavensis  episcopi,  de  quo  infra,  non- 
dum Anicium  fuisse  civitatem  episcopalem  ; 
quando  de  eo  loquens  Gregorius  haec  habet  : 
ingressus  autem  Vellavae  urbis  terminum  , 
ad  locum  quem  Anicium  vocitant,  accedit. 
Sane  de  urbe  episcopali  non  ita  loqueretur  Gre- 
gorius Turonensis.  Forte  S.  Evodius  postponi 
deberet  S.  Aurelio  :  nihil  enim  de  chronologia 
istorum  episcoporum  constat  usque  ad  Aure- 
lium.  Aliunde  idem  Gregorius  non  obscure 
significat  infra,  Aurelium  episcopum  apud 
Anicium  tune  sedem  habuisse  :  qualiter  Aure- 
lio ibidem  tune  consistenti  episcopo  bellum 
inferret.  Forte  Anicium  tune  tantum  eastrum 

'  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  2,  p.  68p. 


Note 

ADDIT. 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


179 


Ed.  orig. 

t.V, 
p.  679. 


crat,  situ  plus  quam  arte  munîtum,  quod  non- 
dum  in  magnam  urbem  creverat,  quia  recens 
erat  sedis  episcopalis  ad  hune  locum  transla- 
tîo,  en  quoi  le  P.  de  Sainte-Marthe  semble 
se  contredire^  mais  rien  n'est  plus  vrai  que 
la  conjecture  qu'il  donne,  qu'il  faut  placer 
l'épiscopat  de  S.  Vosi  après  celui  de  S.  Au- 
rèle,  comme  nous  le  ferons  voir  bientôt. 

4°  Le  silence  de  la  relation  de  l'an  1428, 
touchant  la  tranûlation  de  l'évêché  au  Puy, 
ne  décide  rien  ni  pour  ni  contre. 

5°  On  a  vu  que  Vital  est  qualifié  moine 
dans  cette  relation,  &  qu'il  y  est  marqué 
que  le  roi  ruina  son  abbaye. 

6"  Notre  critique  nie  que  la  transaction 
passée  entre  Nortbert  &  le  vicomte  de  Poli- 
gnac,  touchant  la  cession  du  lieu  de  Saint- 
Paulian,  ait  eu  son  exécution,  sur  le  fonde- 
ment que  Jean  de  Cuménis  céda  ce  lieu  en 
i3o6  au  vicomte  de  Polignac;  mais  toute  la 
preuve  qu'on  en  apporte  consiste  dans  ces 
deux  lignes  insérées  dans  les  Preuves  du 
GalUa  Chrîstîana'  :  Joannes  de  Cumenîs  tran- 
sîgît  cum  Armando  vîcecomite  de  Polîgnac,  se 
dîcente  majorem  annorum  xiipro  jurîsdîctîone 
oppîdi  S.  PauUanij  MCCCVI,  mense  junïi. 
Mais  une  transaction  n'est  pas  une  cession  : 
il  s'agissoit  d'un  différend  entre  l'évêque  & 
le  vicomte  au  sujet  de  la  juridiction  sur  le 
bourg  de  Saint-Paulian ,  ce  qui  suppose 
que  le  vicomte  en  étoit  alors  en  possession. 

7°  Le  procès-verbal  de  l'élévation  des  reli- 
ques deS.Vosi,  en  I7i2,estla  seule  objection 
qui  mérite  quelque  attention.  On  trouva, 
dit-on,  dans  le  maître-autel,  deux  marbres 
surl'un  desquels  étoit  l'inscription  suivante  : 
Hic  requiescit  corpus  S.  Evodii ,  primi  eccle- 
siae  Aniciensis  praesulis ,  &  le  P.  de  Mont- 
faucon  &  les  messieurs  de  l'Académie  des 
Belles-Lettres  de  Paris  décidèrent  que  les 
caractères  de  cette  inscription  étoient  du 
siècle  de  Charlemagne.  Il  y  a,  dans  le  mé- 
moire qui  fut  envoyé  à  cette  occasion  à 
M.  le  cardinal  de  Polignac  &  qui  nous  a 
été  communiqué,  «  que  D.  Bernard  de  Mont- 
«  faucon ,  D.  Denys  de  Sainte-Marthe , 
«  D.  Edmond  Martène  &  quelques  mes- 
«  sieurs  de  l'Académie  des  Belles-Lettres 
«  décidèrent  que  cette  inscription  étoit  de 
«  temps  caroïins  ;  »   ce    qui    comprend    la 

'  T.  2,  p.  2,39. 


seconde  race  de  nos  rois.  Ainsi,  en  recon- 
noissant  cette  inscription  pour  authentique, 
nous  abandonnons  volontiers  les  conjectu- 
res qui  nous  avoient  fait  croire  que  Nortbert 
étoit  le  premier  évêque  du  Vêlai  qui  avoit 
transféré  le  siège  épiscopal  au  Puy;  &  nous 
convenons  qu'on  doit  rapporter  cette  trans- 
lation à  S.  Vosi.  La  difficulté  est  d'en  fixer 
l'époque,  &  c'est  ce  que  nous  allons  tenter. 
Nous   avons   deux    autorités    incontesta- 
bles, qui  prouvent  que  le  siège   épiscopal 
n'étoit  pas  encore  au  Puy  au  cinquième  & 
au  sixième  siècle;  savoir,  la  Notice  des  cités 
des  Gaules  dressée  sous  l'empire  d'Hono- 
rius,  &  le  passage  de   Grégoire  de  Tours 
que  nous  avons  discuté.  D'ailleurs,  Grégoire 
de  Tours,   qui  étoit  né  en  Auvergne,  pays 
voisin  du  Vêlai,  ne  dit  rien  ni   de  l'église 
de  Notre-Dame  du  Puy,  ni  de  S.  Vosi,  ce 
qu'il   n'auroit  pas  oublié,  ayant  entrepris 
principalement  l'histoire  ecclésiastique  des 
Gaules,  si  cette  église  eût  été  bâtie  &  si  ce 
saint  eût  vécu  au  troisième  siècle.  Enfin, 
nous  avons  fait  voir  qu'on  n'a  rien  de  cer- 
tain touchant  l'époque  de  la  construction 
de  l'église  Notre-Dame  du  Puy  &  de  l'épis- 
copat de  S.  Vosi.  On  ne  peut  donc  rappor- 
ter au  plus   tôt  l'un  &  l'autre  qu'au  sep- 
tième siècle.  Or,  nous  trouvons  un  S.  Vosi 
à  la  fin  du  septième  siècle,  &  il  en  est  fait 
mention  dans  les  vies  authentiques  de  saint 
Prix  ou  Priest  [Praejectus']  &   de  S.  Bonit, 
évèques  de  Clermont,  en  Auvergne,  écrites 
par  des  auteurs  contemporains.  Il  est  mar- 
qué' dans  la  dernière    que  S.  Bonit,  ayant 
abdiqué  l'épiscopat  au  bout  de  dix  ans,  prit 
l'habit  monastique  dans  l'abbaye  de  Man- 
lieu  en  Auvergne,  que  S.  Genès,  évêque  de 
Clermont    avoit  fondée    dans   son   propre 
fonds  &  où  il  avoit  établi  Vosi  pour  premier 
abbé  :  Quem  superius  praefatum  locum  dudum 
Genesius  nobilissimus  pontijex  coenobium  in 
propria  constituit  gleba  atque  virum  venera- 
bilem  EvoDiUM  instituit  patrem.  S.  Vosi,  pre- 
mier abbé  de  Manlieu,  est  reconnu  pour 
saint',  &  S.  Genès  fonda  cette  abbaye  du- 
rant son  épiscopat  qui  s'étend  depuis  l'an 
656  jusqu'en  660.  Ainsi  cette  abbaye  aura  été 

'  AcXa.  Sanctorum  ordinis  S.    Bcnedicti ,  saec.  3, 
part.   T,  p.  90  &  seq. 

'  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  2,  p.  36t. 


Note 

ADDIT. 


Note 

ADDIT. 


i8o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


fondée  vers  l'an  65j,  comme  l'a  marqué  le 
P.  Mabillon".  Nous  trouvons,  d'un  autre 
côté,  dans  la  vie  de  S.  Prix,  évèque  de  Cler- 
mont,  que  ce  saint  prélat  engagea  %  vers 
l'an  665,  le  comte  Génésius  à  fonder  l'ab- 
baye des  Filles  de  Chamalière,  au  faubourg 
de  Clermont,  &  qu'il  donna  Vosi  pour  supé- 
rieur aux  religieuses.  In  quo  monaster'io,  ad 
exercendam  normam  fidei  religionîsque ,  ac 
mortifie  adonis  custodiam  EVODIUM  summum 
praefecit  &  ad  necessitatem  eorum  res  suas 
jure  obtentas  inibi  delegavit.  Il  nous  paroît 
évident  que  S.  Vosi,  premier  abbé  de  Man- 
lieu  &  supérieur  des  religieuses  de  Chama- 
lière, n'est  que  la  même  personne,  &  qu'il 
fut  élu  quelques  années  après  &  vers  l'an 
670  évèque  du  Puy.  Ainsi,  après  avoir  fait 
bâtir  l'église  de  Notre-Dame  du  Puy,  il  y 
aura  transféré  le  siège  épiscopal  à  la  fin  du 
septième  siècle.  Il  n'y  a  rien  en  tout  cela  qui 
ne  s'accorde  parfaitement  &  qui  ne  soit 
fondé  sur  les  monumens  les  plus  authenti- 
ques j  en  sorte  que,  par  là,  toutes  les  diffi- 
cultés s'évanouissent. 

8°  Après  ce  que  nous  venons  d'établir,  il 
est  inutile  de  répondre  à  l'objection  qu'on 
nous  fait  touchant  les  actes  de  S.  Aggrève, 
évèque  du  Puy,  qui,  suivant  les  meilleurs 
critiques',  n'ont  rien  d'authentique.  Ainsi, 
si  S.  Aggrève  a  été  véritablement  évèque  du 
Puy  ou  d'Anis,  son  épiscopat  doit  être  placé 
après  celui  de  S.  Vosi.  On  peut  rapporter 
son  martyre  à  l'irruption  des  Sarrasins  dans 
le  Vêlai  en  729.  Ils  firent^,  en  effet,  alors 
souffrir  le  martyre  à  S.  Chaffre,  abbé  de 
Carmeri  ou  du  Monastier,  situé  au  voisi- 
nage du  Puy. 

9°  Le  neuvième  article  n'est  pas  plus  so- 
lide, &  tous  les  raisonnemens  qu'on  fait 
pour  affoiblir  le  témoignage  du  P.  le  Cointe 
&  de  l'abbé  Châtelain,  qui  prouvent,  par 
la  Notice  des  cités  des  Gaules  dressée 
sous  l'empire  d'Honorius,  que  la  ville  du 
Puy  n'étoit  pas  épiscopale  au  cinquième 
siècle,  portent  à  faux.  D'ailleurs  on  se  con- 

'  Mabillon,  Annal.  Bened'ict.  t.  i. 

^  Acta  Sanctorum  ordin'is  S,  Benedict't ,  saec.  2, 
p.  640  &  seq. 

'  Bollandistes,  i  févr. —  Gall'ia.  Ckristianaj  noY. 
éd.  t.  2,  p.  692,  col.  I . 

■*  Histoire  de  Languedoc,  1.  viii,  n.  21. 


tredit  :  on  soutient  d'un  côté  que  la  ville 
de  Vellava  ou  de  Saint-Paulian  étoit  dans 
le  temps  de  cette  Notice  la  seule  ville  du 
Vêlai,  &  on  prétend,  de  l'autre,  que  c'est 
de  la  ville  du  Puy  dont  il  s'agit  dans  la 
même  Notice,  parce  qu'elle  étoit  alors  la 
capitale  du  Vêlai,  ce  qui  est  en  question,  & 
une  pétition  de  principe. 

10°  L'acte  produit  n'est  pas  du  règne  de 
Louis  le  Débonnaire  ;  &  pour  le  prouver, 
nous  le  rapporterons  en  entier. 

EgoBoso  &  uxor meaMagemburgis cogita- 
mus  de  Dei  misericordia,  quod  Dominus  noster 
Jésus  Christus  misereatur  nostri;  &  genitoris 
mei,  &  genitricis  meae  Rddois,  &  germani  mei 
Dodonis  ;  pro  hoc  donamus  de  rébus  pro~ 
priis  nostris  beatae  genitrici  Virgini  JVLariae 
in  casa  Dei  quae  est  constructa  in  pago 
Vellavense,  in  villa  quae  vocatur  Anicium,  ubî 
Nortbertus  episcopuspastorlessevidetur^.Ipsae 
res  quas  donamus  sunt  in  pago  Viennense,  in 
agro  Colombarense,  in  villa  quae  dicitur  Ar- 
labosc  quod  donamus  ;  hoc  est,  casa  indomini- 

cata  cum  curtile  &  hortile  & ,  una  cum  ar- 

boribus  ;  &  est  ecclesia  indominicata,  quae  est 
constructa  in  honore  sanctae  Mariae  una  cum 
presbiteratu  &■  decimis  ;  hoc  donamus  &■  in  vi- 
neis  &  in  campis,  &  pratis  &  silvis,  &  in  mo- 
lendinis;  donamus  omnia  quaecumque  in  ipsa 
villa  aspiciuntur  vel  aspîcere  videtur;  dona- 
mus etiam  superdictae  casae  Dei  castellare 
quod  est  ultra  Doso,  &  quidquid  aspicit  vel 
aspicere  videtur;  &  donamus  ibi  aliam  villam 
quae  nominatur  Gurdis  cum  ecclesia  Sancti 
Justi,  &  quidquid  ipsa  villa  aspicit  ;  &  dona- 
mus ibi  aliam  villam  quae  vocatur  in  Laval, 
&  quidquid  ad  ipsam  villam  appendit;  &  dona- 
mus aliam  villam  quae  dicitur  Fabricas;  do- 
namus etiam  aliam  villam  quae  vocatur 
Licas ;  quidquid  ergo  ad  ipsas  villas  supra- 
scriptas  aspicit  vel  aspicere  videtur,  &  quid- 
quid inquisitum  sit,  aut  inquirendum  est  dona- 
mus, ea  tamen  ratione,  dummodo  nos  pariter 
vivimus,  usum  &  fructum  possideamus.  Et  si 
de  nobis  par  parem  supervixerit,  usum  &  fruc- 
tum semper  possideat;  &  si  infans  de  nobis 
natus  aut  procreatus  fuerit,  ipse  haereditati 
succédât  &  donationi,  &  sanctae  IVLariae  sem- 
per serviat  de  ipsis  rébus  subscriptis  ;  ipse 
autem  episcopus  qui  est  &  qui  erit,  unam  me- 
dietatem  in  manu  sua  teneat,  aliam. medîeta- 
tem  canonici  sanctae  TS/Lariae  recipiant  &  pas- 


Note 

ADDIT. 


Éd.  orig. 

t.V, 
p.  680. 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  i8i 

sideant;  sed  neque  episcopus  neque  canonïcï,  [Addition  faîte  par  les  nouveaux  éditeurs. S 
nec  vendere,  neque  donare,  neque  commutare, 
neque  in  fevo  donare  licentiam  habeant  ;  sed 

semper  ipsam  haereditatem  in  manu  sua  te-  [Dans  les  Nofej  qui  précèdent,  les  Béné- 

neant,  &  qui  hoc  facere  voluerit,    similis   sit  dîctins,  après  avoir  placé  d'abord  au  neii- 

Judae  traditori  qui  dominum  suum  tradidit,  vième  siècle  l'époque  de  la  translation  du 

&  cum  Datan  &  Abiron  in  inferno  crucietur  ;  ^'^^S^  ^^  l'Eglise  de  Vêlai  au  Puy,  ont  en- 

Beel-iebuth  quoque  princeps  daemoniorum  &  ^"^^^  ^^^  ^^tte  translation  au  septième  siè- 

satellites   ejus  judices   sint    illius,   &  si    hoc  ^^^'  ^^^  adoptant  l'opinion  qui  veut  que  ce 


NOTB 
ADDIT. 


fecerit  aliquis  eorum,  corpus  ejus  in  vita  sua 
cadat  in  lepram  sicut  fecit  Naaman  Cyrus 
quem  Dominus  liberavit  per  Eliseum  prophe- 
tam;  &  si  hoc  fecerit  aut  episcopus,  aut  cano- 
nicus,  supradicta  haereditas  ad  propinquos 
vel  ad  consanguineos  nostros,  &  in  manu  îllo- 
rum  revertatur;  ea  tamen  ratione  dummodo 
nos  vivimus ,  donamus  sanctae  IVIariae  per 
unumquemque  annum  in  vestitura  modios 
duos,  unum  de  annona  &  alterum  de  vino. 
Sane  si  quis,  aut  nos,  aut  ullus  de  haeredi- 
bus  nostris,  aut  ullus  homo  aut  immissa  per- 
sona  hanc  donatîonem  inquietare,  aut  infrin- 
gere  voluerit,  non  hoc  valeat  vindicare  quod 
repetit,  sed  componat  tantum,  fi-  alius  tantum 
quantum  ipsae  res  valere  potuerint.  Ista  prae- 
sens  donatio  ante  facta  omni  tempore  stabilis 
&  firma  permaneat,  cum  stipulatione  subnixa. 
Haec  donatio  facta  est  in  mense  Julio,  feria 
quarta,  anno  duodecimo  régnante  Ludovico 
imperatore...  Boso  qui  fecit  istam  donationem 
firmavit.  Magemburgis  firmavit.  Votgrinus 
firmavit.  Rionaldus  firmavit.  Hugo  Remensis 
clericus  transtulit  veterem  cartam  in  hanc, 
quia  deleta  erat. 

L'épiscopat  de  Nortbert  énoncé  dans  cet 
acte  en  détermine  l'époque.  Or,  ce  prélat 
étoit  placé  sur  le  siège  épiscopal  du  Vêlai  à 
la  fin  du  neuvième  siècle  &  au  commence- 
ment du  dixième.  L'acte  est  donc  de  la  dou- 
zième année  du  règne  de  l'empereur  Louis 
V Aveugle  qui  dominoit  dans  le  Vivarais  où 
il  a  été  dressé,  &  il  appartient  par  consé- 
quent à  l'an  912 '.Nortbert  étoit  alors  évê- 
que  du  Puy. 

II.  Il  s'ensuit  de  ce  que  nous  avons  déjà 
dit  que  les  titres  à'Aniciensis  &  de  Valla- 
vensis  episcopus  ne  peuvent  être  synonymes 
que  depuis  la  fin  du  septième  siècle,  c'est- 
à-dire  depuis  la  translation  du  siège  épis- 
copal au  Puy. 

'  Histoire  de  Languedoc,  t.  iv,  NoteV^  n.  4. 


changement  de  résidence  ait  eu  lieu  sous 
l'épiscopat  d'Evodius,  plus  connu   sous    le 
nom  vulgaire  de  S.  Vosi.  Il  faut,  en  effet, 
accepter  cette  date  comme  celle  de  la  trans- 
lation  définitive  de    l'évéché  de  Vêlai   au 
Puyj  mais  bien  avant  cette  époque  les  évè- 
ques  de  Vêlai  y  avaient  établi,  momenta- 
nément du  moins,  leur  demeure.  Ils  s'y  re- 
tirèrent,  par  exemple,    lors   des    troubles 
causés  par  les  grandes   invasions  qui,  dans 
le  courant  du  cinquième  siècle,  désolèrent 
tout  le  midi  de  la  Gaule.   Il  est,  en  effet, 
certain,  malgré  les  arguments  que  l'on  peut 
tirer  du  passage  de  Grégoire  de  Tours,  que 
la  ville  du  Puy,   Anicium,  existait  pendant 
la  période  gallo-romaine  5  les  inscriptions 
&  de  nombreux   fragments  antiques  qui  y 
ont  été  découverts  ne  laissent  aucun  doute 
à  cet  égard.  C'était  un  lieu  fortifié,  un  cas- 
trum,  qui  servait  au  besoin  de  refuge  aux 
habitants  des  environs.  Une  inscription,  dé- 
couverte en  1847  dans  les  travaux  faits  à  la 
cathédrale,  semble  établir  que  la  première 
église  du  Puy  a  été  construite  par  l'évêque 
Scutarius  ou  Scutaire  (&  non  pas  Scrutaire, 
comme  l'avaient  écrit  les  Bénédictins  dans 
les  Notes  qui  précèdent),  avant  493.  Cette 
inscription,  gravée  sur  une  pierre  autrefois 
consacrée  au    culte    des  idolâtres,   établit 
en  même  temps  que  l'églrse  du   Puy  a  été 
élevée  sur  les  débris  d'un  tfnple  consacré 
aux    dieux    du  vieux  polythéisme.  —  On 
peut  voir,  sur  les    origines    de  la   ville  du 
Puy,  les  ouvrages  suivants  de  M.  Aymard  : 
Recherches   sur  des    inscriptions  inédites  ou 
peu  connues  de  la  ville  du  Puy.  —  Antiqui- 
tés gallo-romaines  découvertes  au  Puy.    — 
Les  origines  de  la  ville  du  Puy,  dans  le  Re- 
cueil des  Congrès  scientifiques  de  France, 
22"  session,    i856,    t.  11,  p.  338.  —  Voir 
aussi,  à  ce  sujet,  le  Recueil  des  inscriptions 
chrétiennes  de  la  Gaule,  par  M.  Le    Blant, 
n^ôyi.]  [E.  M.] 


Note 
8i 


Éd.orig. 

t.  I, 

p.  685. 


I«2 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


NOTE  LXXXI 

Si  les  Visigoths  prirent  quelques  pla- 
ces sur  les  François  à  la  fin  du  sep- 
tième siècle, 

\,Ql  nous  en  croyons  Roderîc  de  Tolède  ', 
O  auteur  du  treizième  siècle,  les  villes 
d'Albi,  de  Rodez  &  de  Toulouse  apparte- 
noient  aux  Visigoths,  lorsque  le  roi  Wamba 
entra  dans  la  Septimanie  pour  y  punir  la 
rébellion  du  duc  Paul.  Il  met'  les  deux 
premières  au  nombre  de  celles  qui  s'é- 
toient  révoltées  contre  ce  prince  ,  &  il  as- 
sure que  Wamba  ordonna  qu'on  les  réparât 
à  son  départ  de  Narbonnej  mais  cet  auteur 
se  trompe  certainement. 

Il  est  constant  d'abord  que  la  ville  d'Albi 
étoit  du  domaine  des  François  dans  le  temps 
de  la  mort  de  S.  Didier,  évèque  de  Cahors, 
l'an  655,  &  du  concile  de  Bordeaux,  tenu 
sous  le  règne  du  roi  Chilpéric  II ,  vers 
l'an  673,  dont  nous  avons  parlé  ailleurs.  Elle 
appartenoit  donc  encore  à  ces  peuples , 
après  la  révolte  du  duc  Paul,  &  sous  le 
règne  de  Wamba. 

II.  Il  est  également  certain  que  la  ville 
de  Rodez  étoit  sous'  la  domination  Fran- 
çoise au  milieu  du  septième  siècle.  Il  est 
vrai  que,  depuis  ce  temps-là,  il  ne  nous  reste 
aucun  monument  qui  nous  apprenne  pré- 
cisément quel  prince  en  étoit  le  maître  : 
mais  outre  qu'aucun  historien  ne  nous  dit 
qu'elle  ait  été  reprise  par  les  Visigoths  , 
si  elle  leur  avoit  été  soumise  dans  le  temps 
de  la  révolte  du  duc  Paul,  elle  seroit  com- 
prise, comme  celle  d'Albi,  dans  la  Notice  ^ 
des  évèchés  de  la  monarchie  gothique  dres- 
sée sous  le  règne  de  Wamba,  peu  après  la 
punition  de  cette  révolte.  Il  n'est  parlé  dans 
cette  Notice  ni  de  l'une  ni  de  l'autre  de  ces 
deux  villes  :  par  conséquent  elles  étoient 
alors  soumises  aux  François,  &  il   est  évi- 

■  Roderic  de  Tolède,  I.  3,  c.  4,  5  &  i3 
'  Roderic  de  Tolède,  1.  3,  c.   11 
'  Gallia  Ckristiana,  nov.  éd.  t.   i,  p.  201,  &  aux 
Preuves  de  ce  volume  :  Inscriptions. 
*  Conc.  Hispan.  t.  i,  p.  3o6. 


dent  que  Roderic  s'est  trompé,  quoiqu'il 
n'ait  pas  confondu,  comme  l'a  cru  M.  de 
Valois  ',  Rodez  avec  le  pays  de  Cerdagne, 
Cerîtania,  &  Albi  avec  le  château  de  Liviaj 
car  l'historien  espagnol  distingue  fort  bien, 
dans  le  même  endroit,  tous  ces  différens 
lieux. 

III.  Quant  à  la  raison  qu'apporte  le  P.  le 
Cointe^  pour  prouver  que  la  ville  d'Albi 
appartenoit  aux  Visigoths,  du  moins  en  683, 
parce  que  Citruin,  abbé,  souscrivit  alors  au 
treizième  concile  de  Tolède,  elle  n'est  d'au- 
cun poids  ;  car  c'est  en  vain  que  cet  anna- 
liste prétend  que  Citruin  étoit  abbé  de  Cas- 
tres au  diocèse  d'Albi  :  il  n'y  a  aucune 
preuve  qu'il  ait  jamais  gouverné  ce  monas- 
tère. 

1°  L'ancienne  Chronique'  des  évêques 
d'Albi  &  des  abbés  de  Castres,  que  le  P.  le 
Cointe  &  ceux  qui  ont  cru  comme  lui  que 
Citruin  a  été  abbé  de  ce  monastère  citent 
en  leur  faveur,  n'en  dit  rien.  Citruin  y  est 
nommé,  à  la  vérité,  parmi  les  évêques  d'Albi 
sous  l'an  692  :  Anno  692  Citruînus  epîscopa- 
bat  ;  mais  il  ne  s'ensuit  pas  de  là  qu'il  eût 
été  auparavant  abbé  de  Castres.  On  peut 
prouver,  au  contraire,  par  cette  Chronique, 
qu'il  ne  parvint  jamais  à  cette  dernière  di- 
gnité ,  car  l'ancien  auteur  qui  a  écrit  l'his- 
toire des  abbés  de  Castres  ne  le  met  pas  du 
nombre,  ce  qu'il  n'auroit  pas  oublié. 

2°  Il  est  vrai  qu'on  lisoit  autrefois  six 
vers''  en  l'honneur  de  Citruin  sur  la  façade 
de  l'église  de  Castres,  &  qu'ils  étoient  mêlés 
parmi  plusieurs  autres  à  la  louange  des  an- 
ciens abbés  de  ce  monastère;  mais  ces  vers 
ne  disent  pas  que  Citruin  ait  été  abbé  de 
Castres  :  il  est  marqué  seulement  qu'il  fut 
élu  évèque  d'Albi,  après  avoir  assisté  au  con- 
cile de  Tolède  en  qualité  de  député  de  l'évê- 
que  de  Carcassonne.  D'ailleurs,  ces  éloges  ' 
étoient  écrits*  de  suite  sur  la  même  façade  : 
les  noms  des  abbés  y  étoient  marqués  sous 
des  chiffres  différens  selon  leur  rang  &  leur 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  21, 
p.  277. 

*  Le  Cointe,  ad  ann.  682,  n.  20  &  26. 

'  Spicilegium,  t.  7,  p.  336. 

■*  Spicilegium,  t.  7,  p.  339. — Voyez  aussi,  tomeV 
de  cette  édition,  aux  Preuves  :  Inscriptions. 

^  Spicilegium,  t.  7.  p.  33p. 


Éd.orig. 

t.  J, 
p.  686. 


Note 
81 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i83 


antiquité,  &  on  n'y  voyoit  aucun  chiffre  ou 
numéro  pour  Citruin  dont  l'éloge  étoit  placé 
entre  ceux  de  Faustin  II  &  de  Bertrand  III, 
abbés  du  monastère  :  preuve  que  Citruin  ne 
fut  jamais  revêtu  de  cette  dignité;  qu'on 
n'avoit  mis  son  éloge  en  cet  endroit  que 
parce  qu'il  étoit  évèque  diocésain  &  sans 
doute  bienfaiteur  du  monastère  &  contem- 
porain de  ces  deux  abbés.  S'il  eût  été  lui- 
même  abbé  de  Castres,  non-seulement  on 
n'auroit  pas  oublié  de  lui  en  donner  le  titre 
ainsi  qu'aux  autres,  mais  il  auroit  eu  son 
chiffre  comme  eux. 

On  ne  doit  donc  faire  aucun  fonds  sur  la 
prétendue  épitaphe  de  Citruin  ,  évèque 
d'Albi,  dans  laquelle,  il  est  qualifié  abbé  de 
Castres,  &  qu'on  prétend  avoir  été  trouvée 
dans  les  ruines  de  cette  ancienne  abbaye; 
car  outre  qu'elle  peut  être  d'un  auteur  mo- 
derne' qui  aura  cru  faussement  que  ce  pré- 
lat avoit  été  abbé  de  Castres,  il  n'est  pas 
croyable  qu'il  ait  été  inhumé  dans  cette 
abbaye  plutôt  que  dans  sa  ville  épiscopale, 
à  moins  qu'on  en  ait  d'autres  preuves.  Enfin, 
c'est  Besse  qui  prétend  avoir  déterré  cette 
épitaphe,  &  cet  auteur  est  assez  suspect  en 
fait  d'anciens  monumens.  Si  Citruin  n'a  pas 
été  abbé  de  Castres,  on  ne  peut  conclure  de 
sa  souscription  au  treizième  concile  de  To- 
lède que  la  ville  d'Albi  fût  alors  sous  la  do- 
mination des  Visigoths. 

Il  est  très-vraisemblable  que  ce  person- 
nage étoit  abbé  dans  le  diocèse  de  Carcas- 
sonnedans  le  temps  de  ce  concile,  puisqu'il 
y  fut  député  par  l'évêque  de  cette  ville  ;  car 
c'eût  été  contre  l'usage  de  ces  siècles  qu'un 
évèque,  qui  ne  pouvoit  se  rendre  à  un  con- 
cile, y  députât  en  son  nom  un  étranger  ou 
une  personne  qui  n'étoit  pas  de  son  clergé. 
Il  demeure  constant,  par  ce  que  nous  ve- 
nons de  dire,  qu'il  n'y  a  aucune  preuve  que 
les  villes  de  Rodez  &  d'Albi  fussent  du 
domaine  des  Visigoths  dans  le  septième 
siècle. 

IV.  Il  en  est  de  même  de  Toulouse;  car 
quoique  Roderic  de  Tolède  prétende  qu'en 
ce  temps-là  elle  étoit  sous  l'obéissance  de 
ces  peuples,  &  qu'elle  soit  comprise  dans 
quelques  Notices  des  Eglises  d'Espagne  don- 
nées par  le  cardinal  d'Aguirre,  ces  autori- 

'  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.   1,  p.  6. 


tés  ne  sont  cependant  d'aucun  poids.  Il  est 
certain  que  cette  ville  appartenoit  aux  Fran- 
çois l'an  63o,  sous  le  règne  de  Dagobert,  & 
vers  l'an  670  sous  l'épiscopat  de  S.  Erembert  ; 
qu'elle  étoit  possédée  à  la  fin  du  septième 
siècle  &  au  commencement  du  huitième  par 
Eudes,  duc  d'Aquitaine  ;  &  que  nous  n'avons 
aucun  ancien  monument  qui  prouve  qu'elle 
ait  été  prise  par  les  Visigoths  sur  les  Fran- 
çois dans  cet  intervalle. 

V.  Le  P.  le  Cointe  '  ajoute  la  ville 
d'Uzès  aux  conquêtes  des  Visigoths  sur  les 
François  vers  la  fin  du  septième  siècle.  Il 
n'en  donne  d'autre  preuve  que  la  souscrip- 
tion de  l'abbé  Léopard,  au  nom  de  Potentin, 
évèque  d'Utique  (,Utîcensis),en  683,  au  trei- 
zième concile  de  Tolède,  supposant  que 
c'est  de  la  ville  d'Uzès  dont  il  est  parlé  dans 
cet  endroit.  Mais  rien  n'est  moins  certain  ; 
car  il  y  avoit  pour  lors'  dans  la  Bétique,  en 
Espagne,  une  ville  du  nom  d'Utique,  qui 
est  sans  difficulté  celle  dont  Potentin  étoit 
évèque.  Il  est  vrai  qu'elle  n'est  pas  comprise 
dans  la  Notice  des  évèchés  d'Espagne  dressée 
sous  le  roi  Wamba;  mais  on  connoît,  par 
les  souscriptions  des  conciles  de  Tolède, 
qu'il  y  avoit  plus  d'évêchés  en  Espagne  qu'on 
n'en  compte  dans  cette  Notice,  soit  qu'ils 
aient  été  omis  ou  qu'ils  n'aient  été  érigés 
que  dans  la  suite.  Il  faut  convenir  cepen- 
dant que  la  ville  d'Uzès  dans  la  Narbonnoise 
est  appelée'  Utica,  &  son  évèque  episcopus 
Utîcensis  dans  quelques  monumens  :  mais 
ils  sont  fort  postérieurs  au  septième  siècle  ; 
&  dans  tous  ceux  qui  le  précèdent  elle  a  tou- 
jours le  nom  à'Ucecia. 

On  ne  sauroit  donc  s'appuyer  sur  le  sen- 
timent du  P.  Pagi^  qui  croit,  après  le  P.  le 
Cointe,  que  suivant  les  souscriptions  du  trei- 
zième Concile  de  Tolède,  les  villes  d'Albi 
&  d'Uzès  appartenoient  alors  aux  Visi- 
goths. Si  ces  peuples  les  avoient  enlevées  aux 
François  dans  le  septième  siècle,  les  auteurs 
goths  ou  espagnols,  qui  écrivoient  dans  ce 
temps-là,  &  qui  étoientsi  attentifs  à  relever 
la  gloire  de  leurs  princes  &  de  leur  nation, 
n'auroient  pas  manqué  de  l'observer. 

•  Le  Cointe,  àd  ann.  682,  n.  14  &  seq. 
'  Voyez  Baudran,  Lexic.  Geog. 

3  Adrien  de  Valois,  Notitia  Galliarum,  p.  611. 

*  Pagi,  ad  ann.  683,  n.  i5. 


NoT£ 
81 


Note 
8z 


184 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.  orlg. 

1. 1, 
p.  687. 


NOTE  LXXXII 


i 


,poque  de  Ventrée  des  Sarrasins  dans 
laSeptimanie  ou  la  Narbonnoise, 


I.T  'ÉPOQUE  de  l'entrée  des  Sarrasins  dans 
i-/ cette  province  ou  dans  les  Gaules,  & 
de  la  prise  de  Narbonne  par  ces  infidèles, 
dépend  de  celle  de  leur  entrée  en  Espagne; 
car,  suivant  la  Chronique  '  de  Moissac,  ils 
passèrent  en  deçà  des  Pyrénées  la  neuvième 
année  après  avoir  débarqué  en  Espagne. 

Les  historiens  sont  fort  partagés  sur  cette 
dernière  époque.  La  plupart  la  fixent  à  l'an 
714  de  J.-C.,  mais  plusieurs  critiques  mo- 
dernes ont  fait  voir  que  cette  date  est  éga- 
lement contraire  à  la  vérité  de  l'histoire  & 
aux  monumens  du  temps.  Us  sont  cepen- 
dant encore  partagés  entre  eux. 

II.  Le  marquis  de  Mondejar,  savant  espa- 
gnol, suivi  par  le  P.  Pagi%  a  fixé,  après 
l'abbé  de  Longuerue,  l'époque  de  l'entrée 
des  Sarrasins  en  Espagne  à  l'an  710  de  J.-C. 
&  la  défaite  du  roi  Roderic  à  la  bataille  de 
Guadalète,  au  mois  de  juillet  de  l'année  sui- 
vante. D'un  autre  côté,  D.  Joseph  Perez, 
bénédictin  espagnol  ,  &  professeur  dans 
l'Université  de  Salamanque,  prétend  '  dans 
une  savante  dissertation  que  la  première 
irruption  des  Sarrasins  sur  les  côtes  d'Espa- 
gne arriva  l'an  711  de  J.-C.  après  le  19  d'oc- 
tobre, &  que  la  bataille  de  Guadalète  se 
donna  le  17  de  juillet  de  l'année  suivante. 
Comme  ce  professeur  a  réfuté*,  d'une  ma- 
nière qui  paroît  sans  réplique,  le  système  du 
marquis  de  Mondejar  touchant  le  calcul  de 
l'ère  espagnole,  système  dont  ce  marquis  se 
servoit  pour  fixer  l'entrée  des  Sarrasins  en 
Espagne  à  l'an  710,  nous  croyons  devoir 
nous  arrêter  à  son  sentiment  comme  à  celui 
qui  paroît  appuyé  sur  des  fondemens  plus 
solides. 

III.  L'époque  de  l'entrée  des  Sarrasins  en 
Espagne  étant  fixée  à  l'an  711,  il  est  aisé  de 


*  Chronleon  Moiss'iacense ,  Duchesne,  t.  3,  p.  187. 

*  Pagi,  ad  ann.  7to  &  seq. 

'  Persz,  Dissertation  ecclésiastique,  p.  Srp  &  suiv. 

*  Ibid.ip.  356  &suiv. 


déterminer  celle  de  leur  premier  passage  des 
Pyrénées  &  du  siège  de  Narbonne  qu'ils 
firent  ensuite,  puisque,  suivant  les  Annales' 
de  Moissac  &  d'Aniane  ,  cet  événement  ar- 
riva la  neuvième  année  d'après,  ainsi  que 
nous  l'avons  déjà  remarqué.  Sema''  rex  Sa- 
racenorum  nono  anno  postquam  Spanîam  în- 
gressi  sun-t  Narbonam  ohsident,  &c.  Cette 
neuvième  année  commença  donc  le  19  d'oc- 
tobre de  l'an  719  &  finit  au  même  jour  de 
l'an  720. 

IV.  Nous  pouvons  encore  fixer  plus  pré- 
cisément l'époque  du  siège  de  Narbonne  par 
les  Sarrasins,  puisqu'il  est  constant  que  ces 
infidèles  étoientdéjà  maîtres  de  cette  ville 
au  mois  de  février  de  cette  dernière  année. 
Nous  en  avons  la  preuve  dans  une  charte' 
qui  regarde  la  même  ville  &  dans  laquelle  il 
est  fait  mention  du  règne  du  calife  Omar. 
Tempore  quod  regnavit  Aumar,  Îbln-Aumar 
régente  Narbone.  Or,  il  s'agit  ici  du  calife 
Omar  II ,  car  c'est  le  seul  qui  ait  pu  régner 
sur  le  pays  conquis  par  les  Sarrasins  dans 
les  Gaules,  ces  infidèles  n'ayant  pas  encore 
passé  en  Espagne  sous  le  règne  d'Omar  I. 
Omar  II  commença  de  régner  l'an  717  & 
mourut*  au  mois  de  février  de  l'an  720;  les 
Sarrasins  doivent,  par  conséquent,  avoir 
assiégé  &  pris  la  ville  de  Narbonne  entre  le 
19  du  mois  d'octobre  de  l'an  719  &  le  mois 
de  février  de  l'an  720,  puisque  ce  prince 
étoit  maître  de  cette  ville  dans  le  temps  de 
sa  mort. 

V.  Il  est  vrai  que  l'Annaliste  de  Moissac 
paroît  combattre  notre  calcul,  lorsqu'il  dit 
que  les  Sarrasins,  dans  le  troisième  mois 
après  avoir  pris  Narbonne,  assiégèrent  Tou- 
louse &  furent  battus  devant  cette  place  par 
Eudes.  Et  in  ipso  anno  in  mense  tertio  ad  obsi- 
dendum  Tolosam pergunt,  &c.  Or,  nos  anciens 
annalistes*  rapportent  la  défaite  des  Sarra- 
sins par  ce  duc  devant  cette  dernière  ville  à 
l'an  721.  Ces  infidèles  ne  peuvent  donc  avoir 


'  Annales  de  Moissac,  Duchesne,  t.  3,  p.  iSy. — 
Annales  d'Aniane, awK  Preuves  de  ce  volume  :  Chro- 
niques. 

'  Annales  d'Aniane,  aux  Preuves  de  ce  volume  : 
Chroniques. 

'  Marca  Hispanica,  Append.  p.  802. 

^  Pagi,  ad  ann.  720,  n.  i. 

^  Duchesne,  t.  2,  p.  3  &  7. 


Note 
82 


Note 
82 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


18! 


pris  Narbonne  qu'en  721,  &  non  vers  le  met  Tentrée  des  Sarrasins  en  yj^uitaine,  c'est- 
mois  de  février  de  l'an  720.  Mais,  outre  qu'il  à-dire  dans  les  États  du  duc  Eudes,  dont 
est  constant  que  les  Sarrasins  étoient  déjà      Toulouse  étoit  la  capitale,  que  tf/x  anj  aprèj 


Note 
82 


maîtres  de  Narbonne  cette  dernière  année, 
comme  il  est  prouvé  par  la  charte  que  nous 
avons  déjà  citée,  on  ne  lit  pas  d'ailleurs 
dans  les  Annales  d'Aniane',  qui  sont  les 
mêmes  que  celles  de  Moissac,  in  ipso  anno, 
mais  seulement  in  mense  tertio,  au  troisième 
moisj  ce  qui  peut  être  entendu  d'une  an- 
née différente  de  celle  où  les  Sarrasins  assié- 
gèrent Narbonne.  Ces  infidèles  peuvent 
donc  avoir  pris  cette  ville  en  719  ou  en  720 
&  avoir  fait  le  siège  de  Toulouse  dans  le 
troisième  mois  de  l'an  721. 

VL  On  peut  même  conserver  la  leçon  des 
Annales  de  Moissac,  en  supposant  que  les 
Sarrasins  assiégèrent  Toulouse  au  mois  de 
mars  ou  de  mai  de  l'an  720,  c'est-à-dire  le 
troisième  mois  de  l'année  commencée  ou  en 
janvier  ou  en  mars,  &  qu'ils  ne  furent  dé- 
faits devant  cette  ville  par  Eudes  qu'en  721, 
en  sorte  que  le  siège  auroit  duré  un  an 
ou  près  d'un  an.  L'Annaliste  de  Moissac 
paroît  d'ailleurs  faire  durer  ce  siège  pen- 
dant tout  ce  temps-là, puisqu'il  dit  queCar- 
cassonne  fut  pris  par  Ambiza ,  général  des 
Sarrasins,  cinq  ans  après  le  siège  de  Toulouse 
&  la  défaite  de  ces  infidèles  devant  cette 
ville.  Or,  suivant  Isidore  de  Béja%  Ambiza 
n'entra  dans  les  Gaules  que  peu  de  temps 
avant  sa  mort  qui  arriva  l'ère  763  ou  l'an 
725  de  J.-C.  Il  semble,  par  conséquent,  que 
le  siège  de  Toulouse  commença  en  720, 
puisque  celui  de  Carcassonne,  qui  fut  fait 
cinq  ans  après,  ne  fut  entrepris  qu'en  725. 

VII.  Il  est  cependant  beaucoup  plus  vrai- 
semblable que  les  Sarrasins  ne  commencè- 
rent le  siège  de  Toulouse  que  l'an  72 1 ,  car  sui- 
vant Isidore  de  Béja%  auteur  contemporain, 
ces  infidèles,  après  avoir  pris  Narbonne,  fi- 
rent diverses  expéditions  contre  les  François 
&  étendirent  leurs  conquêtes  dans  la  Gaule 
Gothique  ou  Septimanie  avant  que  d'assiéger 
Toulouse  j  ce  qui  prouve  qu'il  dut  y  avoir 
un  assez  long  intervalle  entre  le  siège  de 
ces  deux  villes.  D'ailleurs,  Paul  Diacre^  ne 


'  Annales  d'Aniane,  Preuves,  Chroniques. 

*  Chronicon  Isidori  Pacensis ,  p.    i6. 

^  lèid.  p.   1  5. 

^  Paul  Diacre,  de  Gcst.  Langob.  1.  6,  c.  46. 


leur  passage  d'Afrique  en  Espagne,  ce  qui 
revientà  l'an  721,  suivant  ce  que  nous  avons 
dit  plus  haut.  Il  est  vrai  que  cet  historien 
confond  dans  le  même  endroit  la  défaite  des 
Sarrasins  devant  Toulouse  avec  la  bataille 
que  Charles  Martel  leur  livra,  treize  ans 
après. 

VIII.  Anastase  '  le  Bibliothécaire,  qui  con- 
fond également  ces  deux  actions,  dit  que  les 
Sarrasins  tentèrent  le  passage  du  Rhône  la 
owi^ième  année  après  leur  entrée  en  Espagne. 
Si  on  pouvoit  s'appuyer  sur  cet  auteur,  les 
infidèles  auroient  fait  cette  tentative,  sui- 
vant notre  calcul,  pendant  l'année  722,  ou 
du  moins  à  la  fin  de  la  précédente,  &  par 
conséquent  après  leur  défaite  devant  Tou- 
louse, ce  qui  ne  paroît  pas  possible. 

IX.  Il  est  aisé,  en  effet,  de  faire  voir  que 
•  les   Sarrasins  n'entreprirent  rien  dans   les 

Gaules  pendant  toute  l'année  722,  &  de 
fixer  en  même  temps  d'une  manière  précise 
l'époque  de  la  levée  du  siège  de  Toulouse 
par  ces  infidèles,  &  de  leur  défaite  devant 
cette  ville.  Il  est  certain  que  Zama,  leur  gé- 
néral &  gouverneur  d'Espagne,  fut  tué  dans 
l'action  :  or,  par  la  supputation  des  années 
de  son  gouvernement  &  de  celui  de  ses  suc- 
cesseurs, sa  mort  dut  arriver  vers  le  mois  de 
mai  de  l'an  721.  1°  Suivant  Isidore  de  Béja', 
Alahor,  gouverneur  d'Espagne,  fut  relevé 
l'ère  756  ou  l'an  718,  par  le  général  Zama. 
Ce  dernier  gouverna*  l'Espagne  jusqu'à  sa 
mort  pendant  près  de  trois  ans;  ce  qui  nous  Éd.orig. 
donne  l'époque  certaine  de  sa  défaite  devant  p.  688. 
Toulouse  en  721. 2° Ambiza'  succéda  àZama 
dans  le  gouvernement  d'Espagne  un  mois 
après  la  mort  de  celui-ci.  Il  gouverna  pen- 
dant quatre  ans  &  demi,  &  mourut  l'ère  763 
ou  l'an  725  de  J.-C.  5  par  conséquent  il  dut 
succédei»  à  Zama  au  plus  tard  au  mois  de 
juillet  de  l'an  721.  Ce  dernier  aura  donc  été 
défait  devant  Toulouse  vers  le  mois  de  mai 
de  la  même  année,  &  aura  été  pourvu  du 
gouvernement  d'Espagne  vers  le  mois  de 
juillet  de  l'an  718. 


'  Anastase,  Vita  Greg,  II. 

'  Chronicon  Isidori  Pacensis,    p. 

î  Ibid. 


1 4  &  seq. 


Note 
82 


186 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


On  doit  conclure  de  ce  que  nous  venons 
de  dire,  que  Zama  n'a  pu  entreprendre  de 
passer  le  Rhône  la  onzième  année  après  l'en- 
trée des  Sarrasins  en  Espagne,  puisque  cette 
année  ne  commence  qu'au  19  d'octobre  de 
l'an  721,  &  qu'elle  est  postérieure  à  sa 
mort.  Ainsi  si  Anastase  le  Bibliothécaire  a 
voulu  parler  de  ce  général  arabe,  comme  il 
y  a  apparence,  il  n'aura  pas  bien  calculé,  à 
moins  qu'il  n'ait  voulu  dire  que  les  Sarra- 
sins tentèrent  de  passer  le  Rhône  laonzième 
année  depuis  leur  premier  débarquement 
sur  les  côtes  d'Espagne.  Nous  croyons  donc 
que  ces  infidèles  passèrent  les  Pyrénées 
vers  le  mois  d'octobre  de  l'an  719,  qu'ils 
prirent  Narbonne  bientôt  après  ,  qu'ils 
s'étendirent  ensuite  dans  la  Septimanie,  & 
qu'après  avoir  livré  différens  combats  aux 
François  ou  plutôt  aux  troupes  du  duc  Eu- 
des qui  régnoit  alors  en  Aquitaine  &  vers 
le  Rhône,  ils  s'efforcèrent  de  passer  ce 
fleuve  en  720  j  qu'enfin  ayant  assiégé  Tou- 
louse, ce  prince  les  défit  devant  cette  ville 
vers  le  mois  de  mai  de  l'an  721. 

X.  On  voit  parla  que  c'est  sans  fondement 
que  plusieurs  modernes,  &  entre  autres  le 
P.  Pagi',  rapportent  à  la  même  année,  ou  à 
l'an  721,  toutes  les  expéditions  de  Zama  dans 
les  Gaules.  Ce  qui  a  trompé  ce  critique, 
c'est  :  1°  qu'il  n'a  compté  la  neuvième  année 
dont  parle  l'Annaliste  de  Moissac  que  de- 
puis l'an  712,  &  après  que  les  Sarrasins  se 
furent  entièrement  rendus  maîtres  de  l'Es- 
pagne- au  lieu  qu'on  doit  la  compter  depuis 
leur  entrée  &  leur  premier  débarquement 
sur  les  côtes  de  ce  royaume, ainsi  que  l'An- 
naliste de  Moissac  le  dit  expressément.  Par 
conséquent,  suivant  le  P.  Pagi  même,  Zama 
doit  avoir  pris  Narbonne  en  719,  car  le  mar- 
quis de  Mondéjar,  dont  il  suit  le  calcul,  fixe 
cette  première  entrée  à  l'an  7 105  2°  le  P. 
Pagi  s'est  trompé  aussi  sans  doute  parce 
qu'il  aura  cru,  sur  l'autorité  de  l'Annaliste 
de  Moissac,  que  tous  les  exploits  de  Zama 
dans  les  Gaules  se  passèrent  dans  l'espace 
de  trois  mois  5  mais  nous  avons  fait  voir  qu'il 
y  eut  au  moins  dix-huit  mois  d'intervalle 
depuis  la  prise  de  Narbonne  par  ce  général 
jusqu'à  sa  défaite  devant  Toulouse. 


'  Pagi,  ad  ann.  721. 


XI.  Ferreras'  prétend  qu'Alahor,  prédé- 
cesseur de  Zama,  conquit  toute  la  Septimanie 
ou  Gaule  Narbonnoise  l'an  718,  &  que  Nar- 
bonne avec  les  autres  villes  de  cette  pro- 
vince furent  subjuguées  parce  capitaine  :  il 
se  sert  de  l'autorité  d'Isidore  de  Béja"  pour 
prouver  cette  conquête  :  mais  cet  ancien  au- 
teur ne  dit  pas  qu'Alahor  se  soit  rendu  maî- 
tre de  la  Gaule  Narbonnoise;  il  dit  seule- 
ment qu'il  tâcha  de  la  conquérir  pendant  les 
trois  années  de  son  gouvernement.  Alahor... 
debellando  atque  pacifie ando  pêne  per  très  an- 
nos  Galliam  Narbonensem  petit,  &c.  Isidore 
se  seroit  contredit  lui-même,  puisqu'il  dit 
plus  bas  que  ce  fut  le  général  Zama  qui  fit  la 
conquête  de  cette  province,  Postremo  Nar 
bonensem  Galliam  suam  facit,  &c.^  ce  qui  est 
conforme  à  ce  que  nous  avons  déjà  dit&  à 
l'autorité  des  historiens  françois.  Ferreras^ 
ne  se  trompe  pas  moins  en  supposant  qu'A- 
lahor étoit  encore  gouverneur  d'Espagne 
pour  les  Sarrasins  en  719  :  il  est  certain  qu'il 
dut  finir  son  administration  en  718,  car  sui- 
vant le  même  Isidore,  Abdelazis  commença 
à  gouverner  l'Espagne  l'ère  j5o  ou  l'an  712, 
&  fut  tué  après  trois  années  de  gouverne- 
ment, c'est-à-dire  en  716  ou  l'ère  753,  comme 
le  marque  expressément  le  même  historien. 
Or,  Alahor  qui  lui  succéda  la  même  année 
ne  gouverna  pas  trois  ans  entiers  :  par  con- 
séquent il  dut  finir  son  gouvernement  en- 
718,  &  Zama,  son  successeur  immédiat,  dut 
prendre  alors  l'administration  de  l'Espagne. 


NOTE  LXXXIII 

Sur  Eudes,  duc  d'Aquitaine. 

I.T  ES  historiens  modernes  sont  fort  par- 
i-'  tagés  sur  l'origine  du  fameux  Eudes, 
duc  d'Aquitaine.  Quelques  auteurs  espa- 
gnols ont  voulu  le  faire  Goth  ou  Espagnol 
de  naissance  ;  mais"*  nos  plus  habiles  criti- 

'  Ferreras,  ad  ann.  718. 

^  Chronicon  Isidori  Pacensis ,  p.   i  A, 

'  Ferreras,  ad  ann,  719. 

■♦  Voyez  Oïhenart,  T/oritm,  p,  294,  366  &  394.  — 
Hauteserre,  Rerum  Aquitaniae  1.  7,  c.  7.  —  Adrien 
de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  24,  p.  479. 


Note 
82 


Note 
83 


Note 
83 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


187 


ques  rejettent  avec  raison  cette  origine 
comme  fabuleuse,  &  conviennent  en  géné- 
ral qu'il  étoit  François  ou  Aquitain;  ils  ne 
sontpas  d'accord  cependant  entre  eux  sur  le 
nom  de  son  père,  &  la  plupart  le  font  passer 
pour  un  aventurier. 

Il  n'y  a  plus  lieu  de  douter  de  sa  véri- 
table extraction,  si  on  peut  admettre  pour 
vraie  une  charte  de  Charles-le-Chauve  don- 
née l'an  845  en  faveur  du  monastère  d'Alaon 
au  diocèse  d'Urgel,  &  rapportée  parle  car- 
dinal d'Aguirre  '  dans  sa  Collection  des  Con- 
ciles d'Espagne.  Ce  diplôme  que  nous  don- 
nons dans  nos  preuves',  &  dans  lequel  on 
voit  dans  le  dernier  détail  toute  lagénéalogie 
de  ce  duc,  est  d'une  très-grande  conséquence 
pour  l'intelligence  de  plusieurs  faits  qui 
regardent  l'histoire  de  la  monarchie  pen- 
dant deux  siècles  très-obscurs.  Nous  entre- 
rons d'autant  plus  volontiers  dans  l'examen 
de  son  authenticité,  qu'Eudes  &  les  ducs 
d'Aquitaine  de  sa  famille  ont  régné  sur  une 
grande  partie  du  Languedoc,  &  que  Tou- 
louse étoit  la  capitale  de  leurs  Etats. 

II.  Nous  ne  trouvons  d'abord  rien  dans 
cette  charte,  soit  dans  le  style,  soit  dans  les 
faits  qu'elle  rapporte,  soit  enfin  dans  sa  date, 
qui  puisse  la  faire  soupçonner  de  supposi- 
tion. Nous  voyons  au  contraire  qu'elle  est 
conforme  sur  tous  ces  articles  aux  autres 
diplômes  de  la  seconde  race  ;  que  les  faits 
qui  y  sont  énoncés  s'accordent  avec  les 
monumens  les  plus  authentiques  de  notre 
histoire;  ce  que  nous  allons  tâcher  de  déve- 
lopper après  avoir  remarqué  qu'elle  paroît 
indiquée  dans  une  autre'  de  Bernard,  duc 
ou  comte  de  Toulouse,  de  l'an  871. 

Pour  mieux  entrer  dans  la  discussion  de 

cette  matière,  nous  avons  cru  devoir  donner 

Éd.orig.   ici  une  table  généalogique  de  la  race  d'Eu- 

p.'ôs'g.    des,  tirée  de  la  charte  même,  &  comparer 

ensuite  les  faits  qu'elle  rapporte  avec  ce  que 

nous  savons  de  la  famille  de  ce  duc  &  les 


'  Concil.  Hispanica,  t.  3,  p.   i3i   &  seq. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  aux  Chartes 
&  Diplômes,  n"  LXVII  :  la  Charte  dite  d'Alaon. 
—  Voyez  sur  l'authenticité  de  cette  charte  l'Addi- 
tion placée  à  la  fin  de  cette  Note. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  aux  Chartes 
&  Diplômes,  le  n"  XCVI  :  Charte  de  Bernard,  duc 
&  marquis,  en  faveur  de  l'abbaye  d'Alaon. 


Note 
83 


autres  monumens  du  temps.  On  verra  par 
leur  comparaison  qu'il  n'y  a  rien  dans  la 
charte  qui  ne  soit  conforme,  ou  du  moins 
qui  soit  contraire  à  ces  monumens. 

III.  Le  fait  le  plus  important  dont  il  est 
fait  mention  dans  la  charte  est  que  Chari- 
bert,  roi  de  Toulouse  &  fils  de  Clotaire  II, 
eut  trois  fils  qui  lui  survécurent.  Jusqu'ici 
nous  ne  connoissions  que  le  seul  Ildé- 
ric  ou  Childéric;  mais  quoique  nos  an- 
ciens historiens  '  ne  nomment  que  ce  der- 
nier, ils  n'excluent  pas  les  autres.  Us  font 
entendre  que  Dagobert  fit  périr  ce  jeune  Kd.orig 
prince  dans  le  dessein  de  s'emparer  du  p'oc.o. 
royaume  de  Toulouse;  &  la  charte  parle 
également  de  la  mort  violente  d'Ildéric.  On 
pourroit  demander,  cependant,  si  Dagobert 
poussé  par  son  ambition  fut  l'auteur  de  la 
mort  de  celui-ci,  pourquoi  ne  fit-il  pas  aussi 
mourir  ses  frères  qui  avoient  droit  comme 

lui  au  royaume  de  leur  père?  Mais  Amand, 
duc  des  Gascons,  aïeul  de  ces  jeunes  prin- 
ces, peut  les  avoir  mis  à  l'abri  de  ses  en- 
treprises; ou  bien  ce  roi,  qui  en  vouloit 
moins  à  leur  vie  qu'à  leurs  Etats  dont  il 
s'empara  aussitôt  après  la  mort  d'Ildéric, 
les  voyant  par  là  hors  d'état  de  rien  entre- 
prendre, eut  compassion  de  leur  jeunesse 
&  les  laissa  en  paix. 

IV.  Le  récit  que  Frédégaire  "  fait  de  la 
révolte  d'Amand,duc  des  Gascons,  sous  la 
quatorzième  &  la  quinzième  année  de  Da- 
gobert, peut  servir  à  confirmer  ce  que  la 
charte  rapporte  de  Boggis  &  de  Bertrand  , 
frères  d'Ildéric  &  fils'de  Charibert,  roi  de 
Toulouse  :  car  ce  duc,  qui  suivant  la  même 
charte  étoit  leur  aieul  maternel,  ayant  fait 
révolter  ces  peuples,  porta  ses  courses', 
l'an  636,  dans  tout  l'ancien  royaume  de  Cha- 
ribert ;  ce  qu'il  entreprit,  sans  doute,  en 
faveur  de  ces  princes,  ses  petits-fils,  qu'il 
voyoit  exclus  de  la  succession  de  leur  père. 
Il  est  rapporté  d'ailleurs'*,  dans  une  an- 
cienne chronique,  que  Dagobert,  dans  cette 
occasion  prit  &  fit  entièrement  démolir  la 
ville  de  Poitiers,  pour  avoir  embrassé  le 
parti  des  Gascons  rebelles  ;   &  nous  avons 

'  Frédégaire,  c.  67. —  Gesta  Dagobert'i,  c.  26. 
'  Ibid.  c.  78. 

5    Ibid. 

^  Voyez  Hauteserre,  Rcrum  A^uitaniae  l.  J,c.  /^. 


i88 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


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Note 
83 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


18 


vu  '  que  le  Poitou  avoit  été  du  domaine  de 
Charibert. 

V.  Suivant  Frédégaire  &  nos  autres  anciens 
annalistes,  Dagobert  pardonna,  l'an  687,  à 
Amand  &  aux  Gascons,  après  qu'ils  lui  eu- 
rent prêté  serment  de  fidélité.  Ce  fut  sans 
doute  alors  que  ce  roi  céda  à  Boggis  &  à 
Bertrand,  ses  neveux,  le  royaume  de  leur 
père  &  de  leur  frère,  à  titre  de  duché  héré- 
ditaire, ainsi  qu'il  est  rapporté  dans  la 
chartej  &  que,  content  de  la  souveraineté 
qu'il  conserva  sur  tous  les  pays  qui  compo- 
soient  ce  royaume,  il  se  relâcha  de  ses  au- 
tres prétentions,  soit  par  grâce  &  par  com- 
passion pour  les  jeunes  princes  aquitains, 
ou  plutôt  en  vertu  d'un  traité  qu'il  peut 
avoir  fait  dans  le  même  temps  avec  Amand, 
duc  de  Gascogne,  leur  aïeul  &  leur  tuteur, 
lequel  n'avoit,  ce  semble,  pris  les  armes  que 
pour  soutenir  leurs  droits.  Il  paroît  qu'ou- 
tre l'hommage  Dagobert  se  réserva  un  tri- 
but annuel  sur  le  duché  d'Aquitaine  ou  de 
Toulouse,  en  le  cédant  à  ses  neveux,  Fré- 
dégaire '  fait  du  moins  mention  de  l'un  &  de 
l'autre  au  sujet  de  Waïfre,  arrière  petit-fils 
de  l'un  de  ces  princes  &  successeur  de  tous 
les  deux  dans  le  duché  d'Aquitaine. 

Ce  que  la  charte  dit  de  Sadregisile,  duc 
d'Aquitaine,  est  rapporté  de  la  même  ma- 
nière par  nos  anciens  historiens'.  On  voit 
de  part  &  d'autre  les  mêmes  noms  des  ter- 
res qui, après  la  mort  de  ce  duc,  furent  con- 
fisquées sur  ses  enfans  &  dont  le  roi  Da- 
gobert disposa  en  faveur  de  l'abbaye  de 
Saint-Denis.  Sérénus,  duc  d'Aquitaine,  & 
Amantia  ,  son  épouse  ,  aïeux  de  Gisèle  , 
femme  de  Charibert,  roi  de  Toulouse,  dont 
il  est  fait  mention  dans  la  charte  d'Alaon, 
nous  sont  connus  d'ailleurs  par  la  vie'*  de 
S.  Amand,  évèque  de  Maëstricht,  leur  fils, 
écrite  par  Baudemont,  son  disciple.  Le  temps 
où  ce  saint,  qui  étoit  oncle  de  Gisèle,  a  vécu 
s'accorde  avec  la  charte  ^ 


•  Voyez  Note  LXXVIII,  n"  17. 
'  Frédégaire,  p.  i3o. 

'  Gesta  Dagoberti,  c.  35,  éd.  Duchesne,  t.  i, 
p.  582. 

^  Bollandistes,  6  février,  p.  849. 

*  M.  Rabanis  a  critiqué  assez  vivement  le  pro- 
cédé employé  ici  par  les  Bénédictins  pour  défendre 
l'auihenticité  de  la  charte  d'Alaon.  Aprèsavoiréta- 


VI.  Boggis  &  Bertrand,  ducs  d'Aquitaine, 
nous  sont  aussi  connus  par  d'autres  monu- 
mens.  Il  est  fait  mention  du  premier  dans 

bli  que  l'auteur  de  la  charte  avait  copié  la  vie  de 
S.  Amand,  il  ajoute  :  «  Les  illustres  auteurs  de 
VHistoire  de  Languedoc  avaient  entrevu  le  plagiat  j 
mais  voulant  défendre  la  charte  d'Alaon,  ils  ont 
employé  un  procédé  facile  &  peu  coûteux  pour 
mettre  de  leur  côté  les  témoignages  qui  leur  sont 
les  plus  contraires.  Ce  procédé  consiste  d'abord  à 
infirmer  l'autorité  de  tous  les  documents  qui  ne 
s'accordent  pas  avec  leur  opinion,  &  ensuite  à  alté- 
rer sans  scrupule  le  sens  des  pièces  qu'ils  analysent. 
Ils  n'hésitent  pas,  dans  l'occasion  présente,  à  recou- 
rir au  témoignage  des  actes  de  S.  Amand  pour 
appuyer  les  assertions  de  la  charte  sur  l'existence 
de  Sérénus  &  d'Amantia,  &  par  suite,  sur  la  réa- 
lité du  mariage  de  Haribert  (  c'est  l'orthographe 
adoptée  par  M.  Rabanis  )  avec  Gisèle  ;  seule- 
ment, ils  détournent  le  sens  des  actes,  ils  ne  veu- 
lent pas  voir  ce  qui  y  est  &  ils  y  mettent  ce  qui 
n'y  est  pas.  «  Sérénus ,  disent-ils ,  duc  d'Aqui- 
«  taine  &  Amantia  son  épouse,  aïeux  de  Gisèle, 
«  femme  de  Charibert,  roi  de  Toulouse,  nous  sont 
«  connus  d'ailleurs  par  la  vie  de  S.  Amand,  évêque 
«  de  Maëstricht,  leur  fils.  Le  temps  où  ce  saint, 
«  qui  étoit  oncle  de  Gisèle,  a  vécu  s'accorde  avec  la 
«  charte.  »  Il  n'y  a  pas  en  cela  un  seul  mot  de 
vrai D'abord,  Sérénus  &  Amantia  sont  don- 
nés par  la  charte  l'un  pour  aïeul,  l'autre  pour 
mère  de  Gisèle.  Rien  n'est  donc  plus  directement 
opposé  à  la  vie  de  S.  Amand,  où  on  lit,  en  pro- 
pres termes ,  que  Sérénus  &  Amantia  étaient  le 
mari  &  la  femme.  Ensuite,  il  est  faux  que  Séré- 
nus nous  soit  connu  comme  duc  d'Aquitaine.  Les 
actes  de  S.  Amand  représentent  Sérénus  &  sa  femme 
comme  de  simples  seigneurs  du  pays  d'Herbauges. 
Quel  est,  d'un  autre  côté,  le  fondement  de  cette 
proposition  incidente  &  qui  se  trouve  jetée  là  à 
propos  de  S.  Amand,  «  ce  saint  qui  était  oncle  de 
Gisèle?  »  Si  les  Bénédictins  s'en  tiennent  aux  Actes, 
il  faut  qu'ils  admettent  que  Sérénus  &  Amantia 
ont  été  mari  &  femme,  &  par  conséquent  que  saint 
Amand  &  Gisèle  étaient  frère  &  sœur.  Si  c'est  au 
contraire  le  sentiment  de  la  charte  qu'ils  adoptent, 
ils  doivent  se  refuser  à  faire  de  Sérénus  &  d'Aman- 
tia, c'est-à-dire  du  père  &  de  la  fille,  les  parents 
de  S.  Amand.  D'aucune  façon,  ils  ne  peuvent 
accepter  les  deux  témoignages.  —  C'est  dans  un 
auteur  espagnol,  Antonio  de  Yepes,  que  la  Charte 
a  trouvé  le  duché  de  Sérénus.  Yepes  dit  en  effet  que 
Sérénus,  père  de  S.  Amand,  était  duque  de  Aquita- 
nia  \  »  (Voyez  Rabanis,  tes  Mérovingiens  d'Aqui- 
taine^ Paris,  i856,  in-8°,  p.  45.)  [E.  M.] 

'  Yepes,  Coronica  gênerai  de  la  orden  de  S.  Benito, 
II,  p.  67. 


Note 
83 


Note 
83 


90 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l'ancien  auteur  qui  a  fait  l'Histoire  de  la 
conversion  de  S.  Hubert'  &  dans  la  Chroni- 
que de  Sigebert,  suivant  laquelle  il  mourut 
en  688  ".  Ils  parlent  encore  d'Oc/a,  sa  veuve 
&  tante  de  S.  Hubert.  Ce  dernier  %  selon 
l'auteur  de  sa  vie,  qu'on  prétend  avoir  été 
son  disciple,  étoit  fils  de  Bertrand,  duc 
d'Aquitaine.  Tout  cela  convient  très-bien 
avec  la  charte.  La  parenté  de  S.  Hubert 
avec  Eudes,  fils  deBoggis,  est  prouvée  par 
le  même  historien*  de  la  conversion  de  ce 
saint,  qui  rapporte  qu'il  renonça,  vers 
l'an  688,  à  la  principauté  d'Aquitaine  en 
faveur  d'Eudes,  son  frère  puîné.  Il  est  vrai 
que  cet  auteur  se  trompe  sur  le  degré  de 
parenté  qui  étoit  entre  l'un  &  l'autre  :  mais 
son  texte  peut  avoir  été  corrompu,  &  on 
convient'  qu'il  y  a  des  fautes  dans  cet 
auteur,  quoique  très-ancien  &  très-respec- 
table. L'année  de  la  mort  de  S.  Hubert,  qui 
arriva  l'an  727,  est  d'ailleurs  conforme  à  la 
chronologie  des  divers  degrés  de  parenté 
énoncés  dans  la  charte. 

VII.  Tout  ce  qu'elle  nous  apprend  des 
guerres  &  des  révolutions  arrivées  en  Aqui- 
taine du  temps  d'Eudes,  d'Hunold  son  fils,  8< 
de  Waïfre  son  petit-fils,  s'accorde  très-bien 
avec  les  auteurs  contemporains.  Nos  généa- 
logistes® delà  maison  de  France  font  men- 
tion de  Walachise  issu  de  la  race  de  Pépin,  8z; 
de  Valdtrude  sa  femme  :  or,  suivant  la  charte, 
Valdtrude,  épouse  d'Eudes  &  fille  du  même 
Walachise,  étoit  proche  parente  &  de  la 
race  de  Charles  le  Chauve.  On  pourroitfixer 
ce  degré  de  parenté,  si  on  pouvoit  se  rap- 
porter à  ces  généalogistes,  qui  font  Wala- 
chise fils  de  S.  Arnoul  &  frère  d'Anchi- 
gise,  père  de  Pépin  d'Héristal  :  mais  ils  se 

'  Voyez  Duchesne,  t.  r,  p.  678  &  seq.  —  Le 
Cointe,  ad  ann.  688,  n.  84  &  seq.  &  ad  ann.  711, 
n.  9.  —  Chronicon  Turonense,  apud  Martène  & 
Durand,  Coll.  ampliss,  t.  5,  p.  947. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  688,  n.  84  &  seq.  &  ad 
ann.  711,  n.  9. 

'  Stirius,  3  novembre.  —  Voyez  Le  Cointe,  ad 
ann.  702,  n.  42  &  seq.  &  Hauteserre,  Rerum 
Aqu'itan'iae  L  7,  c.  6. 

''  Le  Cointe,  ad  ann.  702,  n.  44. 

'  Voyez  Le  Long,  BlhUoth.  n.  3480.  —  Gallia 
Christiana,  nov.  edit.  t.  3,  p.  828. 

*  Voyez  Sainte-Marthe,  Généal.t.  i. —  Du  Bou- 
chet,  &c. 


trompent,  S.  Arnoul  n'eut'  que  deux  fils, 
Clodulfe  &  Anchigise.  Rien  n'empêche  ce- 
pendant que  Walachise  n'ait  été  fils  de 
Clodulfe  ou  de  quelque  autre  de  la  race  de 
Pépin. 

VIII.  Il  est  aisé  de  trouver  une  parfaite 
conformité  entre  ce  qui  est  rapporté  d'un 
côté  dans  la  charte,  &  de  l'autre  dans  nos 
anciens  historiens'  au  sujet  de  la  fidélité 
de  Loup  I,  duc  de  Gascogne,  fils  d'Hatton 
&  petit-fils  d'Eudes,  envers  Charlemagne. 
Ce  fut  sans  doute  une  suite  de  la  conduite  ' 
que  tint  Hatton ,  son  père,  à  l'égard  de 
Charles  Martel,  auquel  il  paroît  qu'il  de- 
meura toujours  fidèle.  Il  semble  même  qu'il 
se  ligua  avec  ce  prince  contre  Hunold  son 
frère.  C'est  le  sens  qu'on  peut  donner  à  un 
de  nos  anciens  annalistes  qui"*,  après  avoir 
rapporté  que  Charles  Martel  fit  la  guerre  à 
Hunold  en  ySS^  Karlus  invas'it  Vasconiam, 
dit  sous  l'année  suivante  :  Hatto  lîgatus  est. 
D'autres^  l'entendent  d'une  autre  manière 
&  croient  que  Charles  fit  Hatton  prison- 
nier. Si  cela  est,  ce  prince  peut  lui  avoir 
donné  la  liberté  peu  de  temps  après  &  l'a- 
voir engagé  à  se  déclarer  en  sa  faveur  con- 
tre Hunold. 

IX.  Eginard®  nous  fait  connoître  la  qua- 
lité d'Artalgarius  &  d'Ictérius  dont  il  est 
parlé  dans  cette  charte,  lorsqu'il  dit  que 
Waïfre  les  donna  en  otage  à  Pépin,  comme 
les  principaux  seigneurs  d'Aquitaine.  Sui- 
vant ce  diplôme,  confirmé  par  Réginon',  le 
premier  étoit  fils  d'Hatton,  &  par  consé- 
quent cousin  germain  de  Waïfre.  Il  est  très- 
vraisemblable  qu'Ictérius  étoit  frère  d'Artal- 
garius ;  car  quoique  la  charte  ne  lui  donne 
que  le  titre  d'avuncuZuj' par  rapport  à  Wan- 
drille,  fils  de  ce  dernier,  il  paroît  cependant 
qu'il  étoit  son  oncle  paternel.  Et  en  effet, 
suivant  le  style  des  auteurs  de  ce  siècle,  le 
terme  à'avunculus  signifie  également  oncle 

'  Mabillon,  Acta  Sanctorum  ord'tn'is  S,  Benedlcti, 
t.  2,  p.  535,  &  ad  ann.  629,  n.  i3.  —  Généalogie 
de  la  maison  de  France,  t.  i,  p.  22. 

'  Eginhard.  —  Annales  Metenses,  &c. 

'  Duchesne,  t.  2,  p.  i35,  &  Annales  Met.  t.  3  j 
ihid.  p.  273. 

^  Duchesne,  t.  2,  p.  3. 

^  Tiaiiteserre,  Rerum  Aquitaniae  l,  7,0.  9,  p.  i38. 

^  Eginhard,  Recueil  de  Duchesne,  t.  2,  p.  236. 

'  Reginon,  ad  ann.  760. 


Note 
83 


Kd.orig. 

t.  I, 
p.  691. 


Note 
83 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


191 


paternel  &  maternel.  Nous  en  avons  la 
preuve  sans  sortir  de  la  race  d'Eudes  dans  le 
Continuateur  de  Frédégaire',qui  assure  que 
Rémistan  étoit  fils  de  ce  duc,  &  qui  ne  lui 
donne  '  cependant  que  la  qualité  à'avun- 
culus  à  l'égard  de  Waïfre.  Ictérius  est  qua- 
lifié, dans  la  charte,  comte  d'Auvergne  5  ce 
qui  fait  voir  que  c'est  le  même  que  Charle- 
magne  créa  comte  de  ce  pays  en  778,  sui- 
vant nos  anciens  historiens. 

X.  L'affaire  de  Roncevaux  est  racontée 
dans  la  charte  de  la  même  manière  que 
dans  les  Annales  d'Eginard'  &  dans  nos 
plus  anciens  auteurs,  ainsi  que  la  révolte 
d'Adalaric  "•  duc  des  Gascons;  celle  de  Sigui- 
nus  ou  Sciminus%  son  successeur",  &  en- 
fin celles  de  Garsimire  '  &  de  Loup  Centulle, 
ducs  ou  comtes  de  Gascogne.  Il  est  fait  men- 
tion dans  les  anciens  monumens*,  de  même 
que  dans  la  charte,  de  Donat  Loup,  comte  de 
Bigorre,  de  Totilo  qui  fut  créé  duc  de  Gas- 
cogne, après  la  révolte  de  Loup  Centulle 
&  de  Garsimire,  de  Bérarius,  archevêque  de 
Narbonne,  &c.  Tout  s'accorde  avec  la  plus 
exacte  chronologie. 

XI.  Enfin  nous  trouvons  une  preuve  des 
faits  énoncés  dans  cette  charte  dans  le  té- 
moignage de  l'Astronome  ',  auteur  de  la  Vie 
de  Louis  le  Débonnaire^  qui,  faisant  mention, 
sous  l'an  828,  d'une  course  que  firent  les 
comtes  Ebles  &  Asinarius  jusqu'à  Pampe- 
lune,  dit  qu'ils  furent  attaqués  à  leur  re- 
tour par  les  Gascons,  &  ajoute  que  ces 
peuples  pardonnèrent  au  dernier,  parce 
qu'il  étoit  leur  allié  par  le  sang,  Tanquam 
qui  eos  affinitate  sanguinis  tangeret.  Or,  nous 
voyons  par  la  charte  que  Wandrille,  comte 
des  Marches  de  Gascogne  &  issu  de  la  fa- 
mille d'Eudes  &  des  autres  ducs  hérédi- 
taires de  Gascogne,   avoit   épousé  la  fille 

'  Continuateur  de  Frédégaire,  c.  i33. 

•  Ihii.  c.  128. 

'  Duchesne,  t.  2,  p.  240. 

"•  Ibid.  p.  288. 

'  Ibid.  p.  260,  297,  797. 

®  Oïhenart,  Notitia  Vasconiae,  p.  255. 

'  Annales  de  Moissac,  Duchesne,  t.  3,  p.  147. — 
Eginhard,  Annales,  t.  2,  ibid.  p.  262.  —  Astro- 
nome, p.  3oo. 

*  Marca,  Histoire  de  Bêarn,  p.  191  &  802.  —  Ca- 
tel,  Mémoires  de  l'hist.  de  Languedoc,  p.  746  &  747. 

'  Astronome,  p.  3o3. 


d'un  comte  appelé  Asinarius,  qui  est  sans 
doute  le  même  que  celui  dont  il  s'agit  dans 
la  Vie  de  Louis  le  Débonnaire. 

La  conformité  des  faits  énoncés  dans  la 
charte  d'Alaon  avec  ce  que  nous  avons  de 
plus  authentique  dans  nos  anciens  histo- 
riens fait  naître  une  réflexion  fort  natu- 
relle, savoir  que  cette  pièce  ne  sauroitêtre 
l'ouvrage  d'un  imposteur,  puisque  la  plu- 
part de  ces  historiens  n'avoient  pas  encore 
paru  dans  le  temps  que,  suivant  l'objection, 
elle  auroit  dû  être  fabriquée. 

XII.  Si  des  faits  particuliers  contenus 
dans  ce  diplôme  nous  passons  aux  preuves 
générales,  on  se  persuadera  aisément  de 
son  authenticité.  La  succession  héréditaire 
parmi  les  ducs  d'Aquitaine  de  la  famille 
d'Eudes  qui  y  est  établie  est  également  re- 
connue par  tous  nos  historiens  anciens  & 
modernes.  Or,  cette  hérédité,  jusqu'alors 
inconnue  enPrance  par  rapport  aux  duchés, 
fut  cependant  autorisée  en  la  personne  d'Eu- 
des &  de  ses  descendans  par  nos  rois,  &  par 
Pépin  même,  le  plus  grand  ennemi  de  la 
famille  de  ce  duc;  car  ce  prince,  ni  Char- 
les Martel,  son  père,  n'entreprirent  pas 
la  guerre  contre  Eudes  &  ses  successeurs, 
parce  qu'ils  possédoient  héréditairement  le 
duché  d'Aquitaine,  ce  qu'ils  auroient  dû 
faire  si  ces  ducs  eussent  été  des  usurpateurs, 
mais  uniquement  parce  qu'ils  refusoient 
de  reconnoître  leur  suzeraineté,  &  qu'ils 
prétendoient  régner  en  souverains  sur  toute 
l'Aquitaine. 

XIII.  D'ailleurs  la  qualité  de  princes  & 
même  de  rois  d^ Aquitaine,  donnée  à  Eudes  & 
à  ceux  de  sa  famille  par  presque  tous  les 
anciens  historiens  '  tant  nationaux  qu'étran- 
gers, est  d'un  très-grand  poids  pour  assurer 
la  généalogie  de  ce  duc  rapportée  dans  la 
charte  ;  car,  comme  l'a  remarqué  un  de  nos 
plus  célèbres  historiens  %  on  donnoit  bien 

'  Paul  Diacre,  1.  6,  c.  46.  —  Anastase,  Vita 
Greg.  II.  —  Gervais  de  Tilb.  p.  940.  —  Frédégaire, 
c.  118,  124,  129.  -—Annales  de  Moissac,  t.  3,  éd. 
Duchesne,  p.  137.  —  Labbe,  Bibl.  nov.  t.  2,  p.  356. 

—  Capitulaires,  t.  2,  p.  109.  — Annal.  Met.  p.  279. 

—  Mirac.  S.  Maximin,  abbat.  c.  3. — Acta  Sanctorum 
ordinis  S.  Benedicti,  saec.  1 .  —  Ibid.  saec.  4,  part.  1, 
p.  219.  —  Duchesne,  t.  2,  p.  70,  287;  t.  3,  p.  280. 

^Adrien  de  Valois,  Rerum  Fuancicarum  1.  18, 
p.  34. 


Note 
83 


Note 
83 


[92 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


pour  lors  quelquefois  la  qualité  de  prince 
aux  grands  seigneurs;  mais  on  ne  joignoit 
jamais  cette  qualité  avec  le  nom  de  la  pro- 
vince dont  ils  avoient  le  gouvernement. 
Ainsi  dès  qu'on  voit  Eudes,  Hunold,  Waïfre, 
Loup,  &c.,  qualifiés  jjr/nce^  d'Aquitaine  ou  de 
Gascogne,  c'est  une  marque  qu'on  recon- 
noissoit  en  eux  une  origine  &  une  autorité 
différentes  de  celles  des  autres  gouverneurs 
de  province.  On  leur  a  non-seulement  donné 
le  titre  de  roi,  mais  on  datoit  '  même  quel- 
quefois les  chartes  par  les  années  de  leur 
règne,  sans  énoncer  celui  du  roi  de  France, 
ce  qui  est  sans  exemple  pour  les  autres  ducs 
ou  simples  gouverneurs  de  province  durant 
le  septième  siècle. 

XIV.  On  peut  ajouter  que,  par  cette 
charte,  on  explique  très-bien  un  endroit  du 
Continuateur  de  Frédégaire',  dont  l'inter- 
prétation a  partagé  nos  modernes.  Voici  les 
termes  de  cet  historien  :  Chilpericus  itaque  & 
Raganfredus  legationem  ad  Eudonem  ducem 
dirigunt,  auxilium  postulantes^  rogant,  REG- 
NUM  &■  munera  tradunt.  On  dispute  sur  la 
signification  du  mot  regnum.  Les  uns, 
comme  le  P.  le  Cointe,  prétendent  que  le 
roi  Chilpéric  &  Rainfroi,  maire  du  palais  de 
ce  prince,  n'envoyèrent  qu'un  simple  pré- 
sent à  Eudes  pour  obtenir  de  lui  du  secours , 
savoir  une  couronne  magnifique,  mais  sans 
aucune  attribution  ou  reconnaissance  de 
souveraineté.  Les  autres,  avec  M.  de  Valois', 
sont  persuadés  que  Chilpéric  reconnut  en 
cela  la  souveraineté  absolue  d'Eudes  sur  le 
duché  d'Aquitaine,  &  son  indépendance  ; 
mais  la  vérité  de  la  charte  d'Alaon  une  fois 
reconnue ,  elle  confirme  sans  réplique 
l'explication  de  ce  dernier  auteur.  Il  est  cer- 
tain, en  effet,  suivant  la  décision  de  l'Aca- 
démie'* des  Belles-Lettres,  consultée  sur  cet 
endroit  du  Continuateur  de  Frédégaire, 
que  le  mot  regnum  peut  signifier  dans  cet 
endroit  une  indépendance  £•  une  sauverai- 

'  Vita  s.  Par.  dans  les  Acta  Sanctorum  ord'in'is 
S.  Benedicti,  t.  3,  p.  676  &  678.  —  Caxe\,  Mémoi- 
res de  l'hist.  de  Languedoc,  p.  624.  —  Pagi>  ad 
ann.  716,  n.  11.  —  Capitulai res,  t.  2,  p.  1392. 

'  Frédégaire,  e.  107,  p.  673. 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  23, 
p.  424. 

^  Histoire  de  l'Académie  des  Inscriptions,  t.  1  , 
p.  162  &  suiv. 


Note 
83 


neté  reconnue  par  Chilpéric,  &  que  c'est 
non-seulement  par  le  langage  ordinaire  de 
l'historien  ,  mais  encore  par  rapport  au 
temps  où  il  a  écrit,  au  sujet  dont  il  traite, 
aux  autres  vérités  historiques  déjà  recon- 
nues, &  au  concours  de  toutes  les  circons- 
tances, qu'on  doit  fixer  la  signification  de 
ce  terme  à  ce  sens  plutôt  qu'à  un  autre.  Or, 
la  charte  d'Alaon  détermine  toutes  ces  cir- 
constances ,  &  confirme  merveilleusement 
l'interprétation  de  M.  de  Valois,  qui  paroît 
d'ailleurs  appuyée  du  suffrage  de  l'illustre 
académicien  (M.  l'abbé  de  Vertot)  qui  con- 
sulta ses  confrères  sur  ce  terme,  &  qui 
ajouta  de  nouvelles  raisons  pour  fortifier  le 
sentiment  de  l'historien  moderne.  Il  est 
très-naturel  que  Chilpéric  se  voyant  à  la 
merci  de  Charles  Martel,  dont  l'ambition  Éd-orig. 
lui  étoit  assez  connue,  ait  eu  recours  à  un  p.  692. 
prince  de  son  sang  tel  que  le  duc  Eudes, 
pour  se  soutenir  sur  le  trône  contre  les  en- 
treprises d'une  famille  étrangère,  &  qu'il 
lui  ait  cédé  la  souveraineté  que  Dagobert 
s'étoit  réservée  sur  l'Aquitaine  en  donnant 
ce  duché  en  apanage  aux  prédécesseurs  de 
ce  duc,  après  les  avoir  dépouillés  de  l'in- 
dépendance qu'ils  dévoient  avoir  naturelle- 
ment par  droit  de  succession  aux  États  de 
leur  père.  Ainsi ,  la  charte  d'Alaon  expli- 
que &  autorise  le  passage  du  Continuateur 
de  Frédégaire,  &  le  passage  de  cet  histo- 
rien confirme  la  vérité  de  la  charte. 

XV.  Toutes  ces  raisons  ne  nous  permet- 
tent pas  de  douter  de  l'authenticité  de  ce 
monument,  &  nous  ne  voyons  pas  par  quel 
endroit  on  pourroit  le  soupçonner  de  suppo- 
sition. Il  est  vrai  que  le  P.  Mabillon,  à  qui 
il  a  été  connu  &  qui  en  a  fait  usage  dans  un 
endroit  de  ses  Annales",  semble  douter  de 
son  authenticité  :  Porro  hoc  praeceptum,dit- 
il,  quale  typis  vulgatum  est  ex  archivo  Urgeli- 
tano,  non  omnino  genuinum,sed  veluti  quod- 
dam  générale  instrumentum  est,  quod  Otto  Ur- 
gelitanus  episcopus,  ineunte  saeculo  undecimo, 
renovaricuravit.  Mais  ces  soupçons  ne  tom- 
bent pas  sur  la  charte  même,  ils  ne  regar- 
dent que  la  copie  qui  en  a  été  faite  au  on- 
zième siècle,  &  sur  laquelle  elle  a  été  im- 
primée. Il  y  a,  en  effet,  quelques  fautes  de 
copiste,  comme  il  est  aisé  de  s'en  apercevoir. 

'  Mabillon,  ad  ann.  835,  n.  33. 


Note 
83 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


,93 


Du  reste,  il  paroît  que  cet  habile  critique 
se  trompe  lorsqu'il  dit  que  ce  n'étoitlà  qu'un 
instrument  général  &  non  une  pièce  parti- 
culière. Il  est  bien  vrai  que  la  charte  de 
Charles  le  Chauve  faisoit  partie  de  l'instru- 
mentgénéral  ou  du  recueil  des  pièces  qui  re- 
gardoient  le  monastère  d'Alaon,&qu'Othon, 
évèque  d'Urgel,  fit  dresser  dans  le  onzième 
siècle,  parce  que  ce  monastère  étoit  alors 
uni  à  son  église  j  mais  ce  n'étoit  que  la  pre- 
mière pièce  du  recueil  suivie  de  onze  autres 
qu'on  peut  voir  dans  la  collection  du  cardi- 
nal d'Aguirre,  lesquelles  contiennent  la 
confirmation  des  donations  faites  à  ce  mo- 
nastère par  ses  fondateurs.  Or,  il  n'y  a  au- 
cun lieu  de  douter  de  la  vérité  de  ces  autres 
pièces,  &  elles  supposent  toutes  la  première; 
ce  qui  est  une  nouvelle  preuve  de  son  au- 
thenticité '. 

XVI.  D.  Juan  Ferreras",  historien  d'Espa- 
gne &  le  seul  que  nous  sachions  qui,  avec  le 
P.  Mabillon,  ait  parlé  de  cette  charte  après 
le  cardinal  d'Aguirre,  prétend  qu'elle  souf- 
fre beaucoup  de  difficultés.  Il  n'en  propose 
cependant  aucune,  &  tandis  que  nous  les 
ignorerons,  nous  croirons  être  en  droit  d'en 
supposer  la  vérité  après  le  témoignage  fa- 
vorable de  ce  cardinal^  qui  nous  l'a  donnée 
comme  vraie.  Elle  est  appuyée  d'ailleurs 
du  suffrage  de  Yepes,  &  du  célèbre  Prudent 
de  Sandoval,  évèque  de  Pampelune  qui  en 
avoient  des  copies  qu'on  a  trouvées  parmi 
leurs  papiers.  On  croit  qu'ils  les  avoient 
tirées  de  l'Histoire  manuscrite  de  Catalogne, 
composée  par  François  Compte  avant  la  fin 
du  seizième  siècle  &  conservée  dans  la  bi- 
bliothèque du  marquis  de  Liche  où  cette 
pièce  se  trouve  transcrite.  Plusieurs  autres 
savants  "•  espagnols  modernes  ne  font  pas 
difficulté  de  l'admettre  comme  véritable, 
quoique  contraire  à  leurs  anciens  préjugés. 

XVII.  On  objectera  peut-être  que  cette 
charte  fait  mention  des  vicomtes  de  Béarn, 
de  Béziers,  &c.,  &  que  ce  titre  de  dignité 
paroît  beaucoup  plus  moderne  ;  mais,  selon 
M.  de  Marca%   il  étoit  déjà  en  usage  dans 

'  Toutes  ces  pièces  sont  fausses.  [E.  M.] 

'  Ferreras,  Hist.  d'Espagne,  t.  4,  an  832,  p.  167. 

'  Aguirre,  Concil.  Hipan.  t.  3,  p.  iSy  &  seq. 

*  Ibid. 

'  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  202  &  203. 


les  provinces  de  France  frontières  d'Espa- 
gne, dès  le  règne  de  Louis  le  Débonnaire.  Il 
est  fait  mention,  en  effet,  en  832,  dans  une 
ancienne  charte,  d'un  Adefonsus\  vicomte 
dans  le  Roussillon,  &  en  848,  deux  ans  avant 
celle  d'Alaon,  dans  les  titres  de  l'église  de 
Girone,  d'un  Ansemond  '  qui  prend  indif- 
féremment la  qualité  de  vîdame  &  celle  de 
vicomte  ;  ce  qui  nous  donne  lieu  de  remar- 
quer que  ces  deux  termes  signifioient  alors 
la  même  chose. 

Il  faut  avouer  cependant  qu'il  ne  paroît 
pas  que  le  titre  de  vicomte  ait  été  en  usage 
avant  l'empire  de  Louis  le  Débonnaire,  & 
qu'il  ne  devint  commun  dans  toutle  royaume 
que  vers  la  fin  '  de  celui  de  Charles  le 
Chauve.  Il  est  vrai  que  le  P.  le  Ceinte  * 
rapporte  un  diplôme  de  l'an  790  qu'il  pré- 
tend avoir  été  donné  par  Charlemagne,  & 
où  le  terme  de  vicomte  est  employé  ,  mais 
il  est  évident  que  cette  charte  est  du  règne 
de  Charles  le  Chauve,  tant  par  Vintitulé  & 
le  nom  du  notaire  '  que  par  le  lieu  de  la 
date  qui  est  Reims  ,  car  nous  savons  que 
Charlemagne  demeura  ®  dans  la  Germanie 
pendant  tout  l'an  790. 

On  trouve  aussi  le  titre  de  vicomte  dans 
deux  diplômes  attribués  à  Charlemagne. 
L'un  a  été  donné  parle  P.  Mabillon'  dans 
sa  Diplomatique,  &  il  le  rapporte  à  l'an  8o3. 
Mais  nous  ferons  voir  ailleurs  qu'il  est  de 
Charles  le  Gros.  L'autre,  qui  est  sans  date,  a 
été  inséré  dans  la  vie*  de  S.  Benoît  d'Aniane, 
&  on  ne  peut  disconvenir  qu'il  ne  soit  de 
Charlemagne  :  mais  comme  ce  n'est  pas  une 
charte  originale,  les  copistes  peuvent  y  avoir 
ajouté  le  mot  vicecomitibus  qui  s'y  trouve, 
ou  l'avoir  substitué  à  celui  de  vicariis,  qui 
signifioit  la  même  chose  avant  que  le  pre- 
mier fût  en  usage.  Revenons  à  la  charte 
d'Alaon. 

XVIII.  On  pourroit  encore  supposer  avec 
quelques    généalogistes    de    la    Maison  de 

'  Marca  Hispanica^  c.  269  &  seq. 
'  lèid.  c.  779  &  seq. 

'  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  259.  —  Capitu- 
laires,  t.  2,  p.  28,   179. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  790,  n.  2. 

'  Mabillon,  de  Re  diplomatica,  p.  76. 

^  Éginhard.  —  Annal.  Metens. 

'  Mabillon,  de  Re  diplomatica,  p.  5o5. 

*  Acta  Sanct.  ord.  S,  Bened.  saec.  4,  part,  r ,  p.  202. 


NoTii 
83 


II. 


Note 
83 


94 


NOTES  .SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  1, 
p.  693. 


France,  que  le  duc  Walachise,  père  de 
Waldtrude,  dont  il  est  fait  mention  dans  ce 
diplôme,  étant  père  de  S.  Wandrille,  abbé 
de  Fontenelle,  né  au  plus  tard  l'an  601  ', 
Eudes,  duc  d'Aquitaine,  qui  naquit  au  plus 
tôt  vers  l'an  65o,  ne  peut  avoir  épousé  la 
sœur  de  cet  abbé  :  mais  quoique  cela  ne 
soit  pas  impossible,  il  est  d'ailleurs  très- 
incertain,  pour  ne  pas  dire  faux,  que 
S.  Wandrille  fût  fils  de  Walachise.  L'auteur 
contemporain  qui  nous  a  donné  la  vie  de  ce 
saint  n'en  dit  rien,  &  on  ne  trouve  ce 
fait  que  dans  la  seconde  Vie  du  saint  qui 
a  été  interpolée'  &  qui  a  été  écrite  fort 
postérieurement  à  la  première.  L'auteur  de 
cette  seconde  Vie,  de  même  que  celui  de  la 
Chronique  de  Fontenelle,  pour  donner  une 
origine  illustre  à  S.  Wandrille,  lui  ont  sup- 
posé Walachise  pour  père,  ce  qui  n'est  pas 
possible  suivant  leur  propre  calcul  ;  du 
reste,  nous  ne  nions  pas  que  le  duc  Wa- 
lachise n'ait  pu  être  parent  de  S.  Wandrille. 

XIX.  Prévenons  toutes  les  autres  objec- 
tions qu'on  pourroit  former  contre  la  charte 
d'Alaon.  Peut-être  la  regardera-t-on  comme 
suspecte,  parce  qu'elle  nous  vient  de  la  part 
des  Espagnols  dont  la  critique,  en  fait  d'an- 
ciens monumens,  n'est  pas  toujours  assez 
exacte.  On  pourra  ajouter  qu'il  n'est  pas 
vraisemblable  que  M.  de  Marca,  qui  avoit 
fait  tant  de  recherches  des  anciens  titres  de 
la  province  de  la  Catalogne,  ait  ignoré  celui- 
ci,  s'il  avoit  subsisté  de  son  temps,  &  qu'il 
n'est  pas  possible  que  quelqu'un  de  nos 
anciens  historiens  n'eût  fait  mention  de  la 
postérité  de  Charibert,  roi  de  Toulouse,  & 
de  l'origine  d'Eudes,  duc  d'Aquitaine ,  si 
elles  étoient  telles  qu'on  les  trouve  dans 
ce  monument. 

Il  est  aisé  de  répondre  à  toutes  ces  diffi- 
cultés :  1°  Quoique  nous  ayons  quelques 
pièces  supposées,  données  par  des  auteurs 
espagnols,  on  ne  sauroit  cependant  soup- 
çonner celle-ci  de  faux,  tant  par  rapport  à 
l'habileté  &  à  la  bonne  foi  des  savans  '  d'Es- 
pagne, dont  la  réputation  est  hors  d'at- 
teinte, qui  reconnoissent  la  vérité  de  ce  di- 

'  Voyez  Baillet,  22  juillet. 

"  Mabillon,  Acta  Sanctorum  ord'tn'is  S.  Benedïcti, 
t.  2,  p.  535. 

*  Aguirre,  Concil.   Hisp.  t.  3,  p.  iSy  Si.  seq. 


plôme,  que  parce  qu'il  nous  vient  d'un  pays 
où  une  infinité  d'autres'  anciennes  char- 
tes, généralement  reconnues  pour  vraies,  se 
sont  conservées.  D'ailleurs,  cette  raison  gé- 
nérale est  très-foibleà  moins  qu'il  n'y  en  ait 
quelque  particulière  à  opposer  5  2°  il  n'est 
pas  extraordinaire  que  M.  de  Marca  n'ait 
pas  eu  connoissance  de  ce  diplôme  ;  car 
outre  que  ce  savant  prélat  n'a  pas  vu  tous 
les  titres  de  Catalogne,  celui  d'Alaon  n'étoit 
plus  dans  les  archives  de  la  cathédrale  d'Ur- 
gel  lorsqu'il  fit  sa  recherche.  Il  avoit  passé' 
alors  dans  les  mains  de  François  Compte 
qui  l'avoit  employé  dans  son  histoire  manus- 
crite de  Catalogne  •  3°  le  silence  des  anciens 
auteurs  sur  l'origine  d'Eudes  pourroit  être 
de  quelque  poids,  si  la  disette  presque 
générale  où  nous  sommes  d'historiens  du 
temps  pendant  le  septième  siècle,  &  depuis 
Grégoire  de  Tours  jusqu'à  la  seconde  race, 
ne  nous  faisoit  regretter  la  perte  de  presque 
tous  nos  anciens  monumens  pendant  cet  in- 
tervalle. Combien  de  choses  encore  plus  in- 
téressantes n'ignorons-nous  pas  sur  nos  der- 
niers rois  de  la  première  race,  &  combien 
de  temps  n'avons-nous  pas  été  sans  connoî- 
tre  Dagobert  II,  roi  d'Austrasie,  qui  cepen- 
dant a  régné  plusieurs  années  ?  Combien 
d'autres  faits  importans  ensevelis  dans  l'ou- 
bli jusqu'à  nos  jours,  &  qu'on  n'a  décou- 
verts que  depuis  soixante  ans  ou  environ? 
Enfin,  on  opposera  peut-être  qu'il  n'est 
pas  croyable  queBoggis,  Bertrand,  Eudes  & 
les  ducs  d'Aquitaine  leurs  successeurs,  aient 
pu  descendre  de  Charibert,  roi  de  Tou- 
louse, puisqu'on  ne  trouve  aucun  de  leurs 
noms  dans  la  généalogie  de  la  première  race 
de  nos  rois,  contre  l'usage  de  cette  famille, 
suivant  lequel  les  noms  se  perpétuoient  tant 
dans  la  ligne  directe  que  dans  les  collatéra- 
les. Cette  objection  nousparoît  très-foible  j 
car  quoique  nous  convenions  de  l'usage,  il 
n'étoit  pas  cependant  si  constant  qu'il  n'y 
ait  plusieurs  exemples  du  contraire.  Nous 
savons  que  Théodebald  ,  fils  de  Thierry, 
roi  d'Austrasie,  Gonthier  &  Chramne,  fils 
de  Clotaire  I,  Samson,  fils  de  Chilpéric  I, 
Daniel,  fils  de  Childéric  II,  &c.,  sont  les 
seuls  de  la  première  race  qui  aient  porté  ces 

'  Marca  Hlspan'ica,  append. 

'  Aguirre,  Concil.  Hisp.  t.  3,  p.  lij. 


Note 
83 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


noms.  Or,  suivant  l'objection,  tous  ces  prin- 
ces ne  devroientpas  appartenir  à  la  famille 
royale.  Cela  ne  prouve  donc  rien  contre 
nous,  &  les  noms  des  parens  maternels 
peuvent  également  avoir  passé  à  leurs  des- 
cendans, comme  ceux  des  parens  paternels. 
XX.  La  vérité  de  la  charte  d'Alaon  une 
fois  établie,  cette  pièce  nous  tire  d'une  in- 
finité d'embarras  qui  ont  occupé  la  plupart 
de  nos  modernes  au  sujet  d'Eudes,  duc 
d'Aquitaine,  &  nous  donne  lieu  de  connoî- 
tre  les  motifs  qui  peuvent  l'avoir  engagé  & 
ses  successeurs  aussi  à  se  mettre  dans  l'in- 
dépendance. Eudes  aura  donc  d'abord  suc- 
cédé à  Boggis,  son  père,  &  à  Bertrand,  son 
oncle,  dans  le  duché  de  l'Aquitaine  Neus- 
trasienne,  qui  comprenoit  le  royaume  de 
Toulouse,  tel  que  le  roi  Charibert,  son 
a'ieul,  l'avoit  possédé  :  ce  qui  prouve  que 
cette  ville  fut  la  capitale  de  ses  Etats  ;  car 
quoique  les  anciens  auteurs  ne  lui  don- 
nent &  à  ses  successeurs  que  le  titre  de 
ducs  d'Aquitaine,  ils  étoient  cependant 
véritablement  ducs  de  Toulouse.  Nous 
voyons,  en  effet,  que  ces  mêmes  auteurs 
qualifient  indifféremment  Charibert  '  son 
a'ieul ,  tantôt  roi  de  Toulçuse,  tantôt  roi 
d'Aquitaine.  Eudes  aura  ensuite  profité  des 
troubles  qui  arrivèrent  en  France ,  après  la 
bataille  de  Textri,  dans  le  temps  que  les 
maires  du  palais  commencèrent  d'usurper 
l'autorité  royale.  Sous  prétexte  de  se  mettre 
dans  l'indépendance  de  ces  ministres,  il 
aura  étendu  son  autorité  dans  le  reste  de 
l'Aquitaine,  ou  dans  la  portion  de  cette 
province,  qui  jusqu'alors  avoit  fait  partie 
de  l'Austrasie.  Lui  &  ses  successeurs  au- 
ront fait  valoir  leurs  droits  &  leurs  pré- 
tentions à  la  couronne  d'Aquitaine  contre 
la  nouvelle  famille  régnante  avant  &  après 
l'élection  de  Pépin,  à  laquelle  il  ne  paroît 
pas  que  les  Aquitains  aient  concouru,  quoi- 
qu'ils fissent  pourtant  plus  du  tiers  du 
royaume.  Les  descendans  d'Eudes  auront 
cru  être  d'autant  mieux  fondés  à  soutenir 
leurs  droits  contre  les  prétentions  de  Pépin 
le  Bref,  que  ce  duc  avoit  été'  reconnu  pour 

'  Voyez  Frédégaire,  Chron.  c.  Sy.  —  Gesta  Da- 
gohert.  c.  \6.  —  Vita.  S.  Rictrui'is,  Bollandistes, 
mai,  t.  3,  p.  82.  —  Aimoin,  1.  4,  c.  20. 

'  Continuateur  de  Frédégaire,  c.  107,  p.  678. 


souverain   par  le   roi  Chilpéric  qui,  Seul, 
pouvoit  lui  disputer  la  souveraineté,  &c. 

XXI.  Plusieurs  de  nos  anciens  histo- 
riens accusent  Eudes  d'avoir  introduit 
Abdérame  &  les  Sarrasins  dans  les  Gaules, 
&  d'avoir  par  là  donné  lieu  à  la  désolation 
&  aux  ravages  que  ces  infidèles  causèrent 
pour  lors  dans  presque  tout  le  royaume. 
Quoique  nos  plus  habiles  modernes  '  aient 
justifié  ce  prince  là-dessus,  cependant, 
comme  un  de  nos  derniers  historiens'  sem- 
ble avoir  adopté  cette  fable,  nous  croyons 
devoir  la  réfuter  de  nouveau.  On  prétend 
donc  qu'Eudes  appela  les  Sarrasins  à  son 
secours,  l'an  732,  contre  Charles  Martel  qui 
lui  faisoit  alors  la  guerre,  &  qu'il  se  ligua 
avec  eux  contre  ce  prince  :  mais  Isidore  de 
Béja',  le  seul  historien  qui  raconte  avec 
quelque  détail  ce  qui  occasionna  cette  ir- 
ruption, ne  dit  rien  d'une  circonstance  si 
remarquable. 

Le  récit  de  cet  historien,  dont  l'autorité 
doit  avoir  d'autant  plus  de  poids  qu'il  étoit 
contemporain  &  Espagnol,  &  par  con- 
séquent à  portée  d'être  instruit  de  ce  qui 
se  passoit  alors,  fait  comprendre,  au  con- 
traire, l'absurdité  de  cette  fable.  Selon  cet 
auteur,  Abdérame  ne  partit  de  Cordoue 
pour  son  expédition  de  l'an  782,  que  dans 
le  dessein  d'aller  punir  dans  la  Cerdagne 
la  révolte  de  Munuza,  allié  d'Eudes.  Le  gé- 
néral arabe,  après  avoir  terminé  cette  ex- 
pédition plus  tôt  qu'il  n'avoit  cru,  ne  se  dé- 
termina ensuite  à  passer  les  Pyrénées  &  à 
venir  dans  les  Gaules  que  pour' occuper  ses 
troupes.  Il  entra  d'abord  en  Gascogne  qui  W.orîg. 
étoit  sous  la  domination  d'Eudes.  Il  mit  p.  694. 
toute  cette  province  à  feu  &  à  sang  5  ensuite 
il  assiégea,  prit  &  pilla  Bordeaux  qui  étoit 
également  du  domaine  de  ce  duc.  Il  lui 
livra  bataille,  le  défit  entièrement  &  ravagea 
enfin  le  reste  de  ses  provinces.  Tous  ces 
actes  d'hostilité  de  la  part  des  Sarrasins 
prouvent-ils  qu'Eudes  les  ait  appelés  à  son 


'  Catel,  Mémoires  de  l'histoire  de  Languedoc , 
p.  626.  —  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarutn 
1.  24,  p.  489.  —  Marca  Hispanica,  1.  3,  c.  3.  — 
Mabillon,  ad  ann.  732,  n.  8.  — •  Pagi,  ad  ann. 
732,  n.  2. 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.   i,  p.   i5o  &  seq. 

'  Chronicon  Isidori  Pacensis,  p.   18. 


Note 
83 


196 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


secours,  &  ne  faudroit-il  pas  qu'il  eût  bien 
mal  connu  ses  propres  intérêts  pour  leur 
donner  lieu,  en  les  introduisant  dans  ses 
Etats^  de  les  ruiner  &  d'y  mettre  tout  en 
combustion?  Il  n'y  a  que  les  auteurs  aus- 
trasiens',  partisans  trop  déclarés  de  la  fa- 
mille de  Pépin,  qui  aient  pu  inventer 
une  telle  chimère,  pour  rendre  odieux  le 
plus  grand  ennemi  de  Charles  Martel.  Aussi 
l'auteur'  des  Annales  de  Moissac  ou  d'A- 
niane,  qui  étoit  Aquitain  8z:  presque  con- 
temporain, ne  dit-il  rien  d'une  pareille 
circonstance. 

Il  est  vrai  qu'on  ne  sauroit  excuser  Eudes 
d'avoir  donné  sa  fille  en  mariage  au  général 
Munuza,  Maure  ou  Sarrasin  de  naissance 
&  mahométan  de  religion  :  mais  il  fut  forcé 
en  quelque  manière  de  contracter  cette  al- 
liance. Il  arrêta'  par  là,  pour  un  temps,  les 
courses  des  Sarrasins  dans  ses  Etats  &  les 
éloigna  du  royaume.  S'il  acheta  donc  la 
paix  de  ces  infidèles  au  prix  de  sa  propre 
fille,  qui  en  fut  la  victime,  on  peut  blâmer 
sa  lâcheté,  mais  on  ne  sauroit  l'accuser 
d'avoir  trahi  sa  patrie.  Après  tout,  combien 
de  sang,  combien  de  ravages  n'épargna-t-il 
pas  par  cette  alliance,  honteuse  à  la  vérité, 
mais  d'où  dépendoit  en  quelque  sorte  le 
salut  de  ses  Etats?  S'il  eut  tant  de  peine  à 
les  défendre  contre  les  entreprises  de  Char- 
les Martel,  pouvoit-il  manquer  de  succom- 
ber, si  les  Sarrasins  l'avoient  attaqué  dans 
le  même  temps?  Enfin,  on  peut  dire  que  si 
Munuza ,  gendre  de  ce  duc,  n'eût  pas  été 
rebelle,  ou  s'il  avoit  été  plus  heureux  dans 
l'exécution  de  ses  projets,  plusieurs  pro- 
vinces de  France  auroient  été  à  l'abri  des 
maux  &  des  ravages  que  les  infidèles  leur 
firent  éprouver  dans  cette  occasion. 

XXII.  Eudes  dut  mourir  au  commence- 
ment de  l'an  ySS,  puisque,  suivant  le  Con- 
tinuateur de  Frédégaire  ^,  Charles  Martel, 
après  avoir  appris  la  nouvelle  de  sa  mort,  ré- 
solut cette  même  année,  dans  une  assemblée 
de  la  nation  qui  paroît  avoir  été  celle   du 


'  Voyez  le  Cointe,  ad  ann.  782,  n.  47. 

'  Voyez  à  la  fin.  de  ce  volume,  aux  Preuves, 
Chroniques. 

^  Chronicon  Isidori  Pacensts,  p,   18. 

"•  Continuateur  de  Frédégaire,  c.  109,  p,  676  & 
suiv. 


Champ  de  Mars,  de  faire  la  guerre  aux  en- 
fans  de  ce  duc.  Charles  vint  alors  jusqu'à 
Bordeaux  &  Blaye  qu'il  assiégea  &  qu'il 
prit.  Cette  guerre  dura  deux  ans,  suivant 
nos  anciens  annalistes  '.  Nous  savons  qu'elle 
fut  terminée  par  la  paix,  laquelle  doit  ap- 
partenir par  conséquent  à  l'an  ySô.  D'ail- 
leurs, le  même  Continuateur,  qui  finit  sa 
Chronique  à  l'an  ySS,  &  qui  rapporte  tout  ce 
qui  se  passa  pendant  ce  temps-là,  n'en  dit 
rien.  On  doit  conclure  de  ce  que  nous 
venons  de  dire  :  1°  que  l'Annaliste  de  Metz, 
qui  rapporte,  sous  la  seule  année  735,  les 
deux  expéditions  de  Charles  Martel  contre 
les  fils  d'Eudes  &  la  paix  qu'il  conclut  avec 
eux,  se  trompe^  2°  qu'on  ne  doit  ajouter 
aucune  foi  aux  Chroniques  de  Réginon  & 
de  Sigebert,  suivant  lesquelles  Charles  ayant 
déclaré  la  guerre  à  Eudes,  entra  en  Gasco- 
gne, défit  ce  duc  8z:  le  tua,  à  ce  qu'ils  pré- 
tendent, dans  une  bataille. 

XXIII.  Nous  ne  croyons  pas  devoir  réfu- 
ter ici  l'opinion  de  quelques  auteurs,  entre 
autres  d'Antoine  Hauteserre%  qui  soutien- 
nent, sur  l'autorité  de  la  Chronique  de  Sige- 
bert, que  Waïfre,  duc  d'Aquitaine,  étoit  fils 
d'Eudes  &  frère  puîné  d'Hunold.  Car,  outre 
qu'il  est  certain  par  l'Annaliste  de  Metz'  & 
les  autres  anciens  monumens  qu'Hunold 
étoit  père  de  Waïfre,  tous  les  modernes 
conviennent  aujourd'hui  de  la  vérité  de  ce 
fait. 

[Note  rectificative  ajoutée  par  les  nouveaux 
éditeurs.} 

La  Charte  d'Alaon. 

Publiée  pour  la  première  fois  par  le  car- 
dinal d'Aguirre,  en  1698  ,  reproduite  & 
mise  en  œuvre  moins  de  quarante  ans  plus 
tard  par  les  auteurs  de  V Histoire  de  Langue- 
doc, la  charte  dite  d'Alaon  n'a  cessé  d'avoir, 
pendant  tout  le  dix-huitième  siècle,  la  plus 
étonnante  fortune  &  d'être  considérée  par 
l'érudition  française  comme  un  document 
d'une  grande  valeur.  Le  système  qu'elle  ré- 


'  Duchesne,  t,  2,  p.  3,  7  &  1 1. 

'  Hauteserre,  Rerum  Aquitaniae  1.  7, 

'  Duchesne,  t.  3,  p.  273, 


9  &  II. 


Note 

JIECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


'97 


vêlait  sur  les  N'érovingiens  d'Aquitaine 
devint,  après  l'adhésion  que  lui  donnèrent 
les  Bénédictins,  comme  un  fait  certain,  une 
vérité  historique  qui  passait  pour  incontes- 
tée. Il  fut  accepté  par  VArt  de  vérifier  les  da- 
tes,%i  à  sa  suite  par  tous  les  ouvrages  d'his- 
toire classique.  Il  y  a  bientôt  quarante  ans, 
M.  Fauriel,  s'emparantà  son  tour  des  don- 
nées qu'elle  fournit,  en  fit  le  fondement  & 
la  base  essentielle  de  son  Histoire  de  la 
Gaule  ménV/ona/e.  La  publication  de  cet  ou- 
vrage &  le  succès  qu'il  obtint  tout  d'abord 
attirèrent  l'attention  des  érudits  sur  la 
charte  d'Alaon.  Défendue  par  M.  Fauriel, 
trop  intéressé  dans  la  question  pour  être 
impartial,  elle  fut  vivement  attaquée  par  le 
savant  Benjamin  Guérard,  qui,  se  plaçant 
au  point  de  vue  de  la  diplomatique,  dut 
conclure  à  sa  fausseté. 

Depuis  lors,  un  érudit  appartenant  à 
l'Université,  M.  Rabanis,  a  de  nouveau  sou- 
mis ce  trop  célèbre  document  à  l'examen  de 
la  critique".  Laissant  de  côté  la  question 

'  Les  Mérovingiens  i' Aquitaine,  essai  historique 
&  critique  sur  la  charte  d'Alaon,  par  M.  Rabanis. 
Paris,  Durand,  i856,  in-S».  —  La  collection  des 
Conciles  d'Espagne  du  cardinal  d'Aguirre  est  rem- 
plie de  pièces  fausses,  de  chartes  &  d'inscriptions 
supposées.  Aussi  ne  doit-on  consulter  ce  recueil 
qu'avec  la  plus  grande  réserve.  M.  Rabanis,  après 
avoir  rappelé  le  déplorable  penchant  des  Espa- 
gnols aux  seizième  &  dix-septième  siècles  pour  la 
falsification  des  textes  historiques  &  en  avoir  cité 
un  ou  deux  exemples  tirés  de  la  collection  des  Con- 
ciles, ajoute  :  «  Et  qu'on  ne  croie  pas  que  ce  fut  la 
défiance  qui  manqua  au  cardinal  d'Aguirre,  au 
contraire,  personne  n'a  pris  plus  de  peine  pour  se 
tenir  en  garde  contre  les  surprises.  C'est  même  ce 
qui  donne  un  côté  piquant  à  son  rôle  d'éditeur  si 
souvent  trompé.  Dans  son  indignation  contre  les 
faussaires  dont  les  productions  le  débordaient  de 
toutes  parts,  il  invoquait  le  secours  du  bras  séculier 
&  s'écriait  :  «  Quand  donc  ceux  qui  sont  les 
plus  intéressés  dans  ces  questions,  principale- 
ment Nos  Seigneurs  les  évêques  &  les  membres  des 
conseils  royaux  de  justice  &  de  foi  extermineront- 
ils  ces  honteuses  fictions  avec  tous  les  pseudo-chro- 
niqueursi*  Quand  imposeront-ils  un  frein  aux 
fabricateurs  de  semblables  impostures  ?  »  (  Concil. 
d'Espag.  t.  2,  dissert.  3,  excurs.  7.)  Mais  il  avait 
beau  faire,  au  moment  Tnême  où  il  écrivait  ces 
lignes  désespérées,  le  premier  venu  lui  glissait  dans 
la  main  une  pièce  apocryphe,  81  dans  sa  candeur 
il  se  hâtait  de  l'imprimer,  u 


de  diplomatique,  déjà  traitée  par  Guérard, 
&  pour  laquelle  il  se  sentait  moins  d'ap- 
titude, M.  Rabanis  s'est  surtout  attaché  à 
mettre  en  contradiction  les  allégations  de 
la  charte  &  les  données  de  l'histoire,  telles 
qu'elles  sont  fournies  par  les  chroniqueurs 
les  plus  dignes  de  foi.  Il  a  également  fait 
ressortir  les  impossibilités  chronologiques 
auxquelles  le  système  généalogique  qu'elle 
renferme  conduit  forcément.  Il  en  a  conclu 
que  la  pièce  était  fausse.  Recherchant  alors 
les  sources  que  le  faussaire  avait  dû  consul- 
ter, il  a  séparé  les  faits  que  celui-ci  a  tirés 
de  sa  propre  imagination  de  ceux  dont  il  a 
puisé  la  connaissance  dans  des  documents 
antérieurs,  documents  qui,  par  eux-mêmes, 
n'ont  aucune  valeur  ou  bien  ont  été  déna- 
turés, falsifiés  par  l'usage  qui  en  a  été 
fait.  Puis,  suivant  pas  à  pas  les  différentes 
mentions  de  la  charte  qu'il  a  trouvées,  il  a 
été  convaincu  qu'elle  n'avait  pu  être  fabri- 
quée qu'au  dix-septième  siècle  -,  &  rencon- 
trant sous  sa  plume  comme  y  faisant  allu- 
sion pour  la  première  fois  le  nom  d'un  des 
plus  célèbres  faussaires  de  cette  époque, 
il  n'a  pas  cru  trop  s'avancer  en  lui  en  attri- 
buant la  paternité.  L'ouvrage  de  M.  Ra- 
banis est  fait  avec  méthode  &  critique  : 
il  contient  le  dernier  mot  sur  la  valeur 
d'un  document  dont  la  publication  a  rempli 
d'erreurs  &  de  faussetés  tous  les  ouvrages 
d'érudition  écrits  depuis  le  dix-septième  siè- 
cle; nous  ne  pouvons  mieux  faire  dans  cette 
Note  que  de  lui  emprunter  ses  principaux 
arguments  &  de  donner  ses  conclusions. 

Ce  qu'est  en  réalité  la  charte 
d'Alaon.  —  Un  simple  coup-d'œil  jeté  sur 
la  charte  d'Alaon  suffit,  quand  on  n'a  pas 
l'esprit  prévenu,  pour  en  faire  reconnaître 
immédiatement  le  caractère  apocryphe.  Le 
fonds  &  la  forme,  l'ensemble  &  les  détails, 
tout  concourt  à  le  démontrer.  L'objet  appa- 
rent de  l'acte  c'est  la  sanction  donnée  par 
Charles  le  Chauve  aux  libéralités  faites  par 
un  certain  comte  Wandregisile  à  l'église 
d'Alaon,  un  des  plus  obscurs  monastères  du 
diocèse  d'Urgel.  Rien  de  plus  ordinaire  que 
cette  sorte  d'actes  :  il  y  a  pour  le  règne  de 
Charles  le  Chauve  des  centaines  de  confir- 
mations de  cette  espèce,  toutes  conçues 
dans  les  mêmes  termes,  calquées  sur  le 
même  formulaire;  mais  celle-là  n'y  ressem- 


NOTE 
•ECTir 


Note 

RECTIF. 


198 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ble  en  rien.  Au  lieu  de  tenir  comme  les  au- 
tres dans  une  page  ou  deux,  elle  renferme 
une  longue  &  lourde  narration,  unvéritable 
mémoire  à  consulter  où  sont  racontés,  dans 
une  langue  qui  n'est  d'aucune  époque,  les 
événements  de  deux  siècles  &  plus.  Ce  que 
veut  le  roi,  c'est  empêcher  le  comte  Wan- 
dregisile  de  disposer  d'une  quantité  de  do- 
maines qu'il  pouvait  être  tenté  de  regarder 
comme  siens,  tandis  qu'ils  ne  lui  apparte- 
naient pas  réellement.  Et,  pour  mieux  spé- 
cifier ce  qui  appartient  légitimement  à 
Wandregisile,  le  roi  se  met  à  détailler  lon- 
guement &  pesamment  ce  qui  ne  lui  appar- 
tient pas.  Dans  cette  intention,  il  remonte 
à  l'origine  de  la  famille  du  donateur,  il  la 
suit  de  génération  en  génération,  faisant  au 
fur  &  à  mesure  l'histoire  de  chacun  de  ses 
membres,  &  exposant  par  quels  motifs  cha- 
cun d'eux,  sans  exception,  avait  par  félonie 
mérité  de  perdre  ses  biens,  ce  qui  ne  per- 
mettait à  Wandregisile  d'y  prétendre  au- 
cun droit.  Il  passe  donc  en  revue  les  pro- 
priétaires à  propos  des  propriétés  ,  &  ne 
parle  des  propriétés  que  pour  dire  qu'il  les 
excepte  de  la  donation.  A  chaque  article  il 
rappelé  une  confiscation  ,  d'où  un  refus 
formel  de  reconnaître  le  droit  de  Wandre- 
gisile, refus  fondé,  selon  l'expression  même 
du  prince,  sur  l'intérêt  des  tiers  détenteurs. 
Quant  aux  domaines  qu'il  permet  de  don- 
ner, ils  ne  valent  pas  beaucoup  la  peine 
qu'on  s'en  occupe  :  ce  sont  de  pauvres  mé- 
tairies situées  dans  les  gorges  les  plus  âpres 
du  diocèse  d'Urgel,  au  bord  de  la  Ribagor- 
çana  ;  elles  ne  sont  désignées  là  absolument 
que  pour  la  forme.  Ce  qui  reste  en  réalité 
après  cette  interminable  fin  de  non-rece- 
voir,  donnée  pour  une  confirmation,  c'est 
une  généalogie,  mais  une  généalogie  comme 
jamais  chroniqueur  du  neuvième  siècle  ne 
s'est  avisé  d'en  écrire  aucune,  parce  qu'il  eût 
été  hors  d'état  d'en  recueillir  les  éléments. 
Son  but  véritable.  —  Ce  point  établi, 
il  n'est  pas  difficile  de  démêler  le  but  vérita- 
ble que  s'est  proposé  l'auteur  de  la  charte  : 
c'est  d'éclaircir  une  des  questions  les  plus 
compliquées,  les  plus  insolubles  des  anna- 
les espagnoles,  l'origine  des  premiers  rois 
d'Aragon;  accréditer  un  nouveau  système 
relativement  à  la  fondation  des  plus  an- 
ciens   royaumes    chrétiens    de    la   Pénin- 


sule, &  représenter  les  souverains  qui  s'y 
sont  succédé  comme  les  héritiers  en  ligne 
directe  de  Clovis,  comme  les  ayants  droit 
des  Mérovingiens  ,  tel  est  l'unique  sens 
de  la  charte.  Imaginée  dans  un  intérêt  es- 
pagnol, elle  n'a  pu  être  écrite  que  par 
une  plume  espagnole.  C'est  donc  en  Espa- 
gne qu'il  faut  chercher  le  nom  de  son  au- 
teur. 

Preuves  de  sa  fausseté.  —  Mais  ce 
ne  sont  pas  seulement  le  plan  général  de  la 
charte  d'Alaon  &  ses  dimensions  insolites 
qui  la  rendent  suspecte;  ce  sont  surtout  les 
formes  inusitées  de  sa  rédaction,  la  cons- 
tante impropriété  des  termes  &c  les  nom- 
breuses disparates  qu'elle  présente  pour  le 
style  &  pour  les  idées.  L'auteur,  oubliant 
qu'il  est  censé  écrire  en  846,  insiste  à  cha- 
que instant  sur  les  conditions  de  légitimité, 
d'hérédité  des  fiefs,  de  primogéniture,  de  suc- 
cession en  ligne  directe  ou  en  ligne  collaté- 
rale, idées  ou  institutions  qui,  loin  d'ap- 
partenir à  cette  époque,  ne  sont  nées  que 
beaucoup  plus  tard.  Il  sait  ce  que  c'est 
qu'un  fief  {en  845!)  &  pour  lui  les  comtes 
ou  ducs  de  Vasconie  sont  propriétaires  de 
leurs  fiefs  à  titre  héréditaire  ;  le  roi  qualifie 
Asinarius,  fils  de  Wandregisile,  de  notre  cou- 
sin &■  homme  lige,  «  consanguineus  nosterac 
homo  ligius,  »  expressions  qui  n'appartien- 
nent pas  plus  à  la  langue  du  neuvième  siè- 
cle que  les  suivantes  :  Patentes  litterae,  — 
Haereditaria,  emptitia,  seu  dotalitia  ratione, — 
Regnum  Franciae  immédiate,  —  Vasconîae 
ducamen,  —  Regnum  Gothicum,  —  Secunda 
Eudonis  linea,  —  Advocatiam,  —  Gageriae 
titulo,  &c. —  Ces  anachronismes  de  langage 
&  bien  d'autres  que  l'on  pourrait  signaler 
trahissent  l'époque  où  la  charte  a  été  écrite 
&  suffisent  à  eux  seuls  pour  en  dévoiler  la 
supposition. 

Erreurs  historiques  qu'elle  ren- 
ferme. —  Convaincue  de  fausseté  par  la 
diplomatique,  la  charte  d'Alaon  ne  paraît 
pas  moins  suspecte  aux  yeux  de  l'histoire; 
il  suffit,  pour  s'en  assurer,  de  comparer  ses 
allégations  aux  données  des  chroniqueurs. 
Parmi  les  personnages  qu'elle  mentionne, 
il  y  en  a  qu'elle  a  inventés  de  toutes  pièces, 
d'autres  dont  elle  a  puisé  les  noms  à  des 
sources  historiques,  il  est  vrai,  mais  d'une 
autorité   fort  contestable.  Les  personnages 


Note 

RECTIF. 


NOTC 
BECriF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


199 


qu'elle  a  inventés  ,  qui  n'ont  jamais  été 
cités  que  par  elle,  sont  :  la  reine  Gisèle, 
femme  de  Charibert;  Waldtrude,  femme  du 
duc  Eudes;  Adèle,  femme  de  Wa'ifre  ;  Lu- 
pus II,  Walchigise  ,  Wandregisile  ,  Wan- 
drade,  femme  d'Hatton;  Artalgarius,  Ermi- 
ladius,  Imitarius,  Marie,  femme  de  Wan- 
dregisile; Antonius,  vicomte  de  Béziers  ; 
Bernharthus,  comte  des  Marches  de  Gasco- 
gne, &  sa  femme  Theude  ;  Atton,  comte  de 
Paillas,  &  sa  femme  Eysseline;  Burchard  ou 
Bouchard  de  Montmorency  (en  845!)  &  sa 
sœur  Gerberge,  &c.  Les  noms  qu'elle  a 
empruntés  à  divers  documents  &  apparte- 
nant à  des  personnages  réels,  mêlés  de  près 
ou  de  loin  aux  affaires  de  la  Gaule  Aquita- 
nique,  mais  dont  elle  a  baptisé  le  plus  sou- 
vent des  personnages  de  son  invention  , 
sont  :  Sérénus,  Amantia,  Sadrégisile,  Aman- 
dus,  Charibert,  Childéric,  Boggis,  Bertrand, 
Eudes,  Hatton  ,  Hunald  ,  Waïfre,  Lupus, 
Adalgarius,  Adalaric,  Garsimire,  CentuUus, 
Asinarius,Totilus,Sighuinus,  &c. 

C'est  ainsi  qu'elle  fait  de  Sérénus,  qualifié 
par  elle  duc  d'Aquitaine  ,  le  père  du  duc 
Amand  ou  Amandus,  &  qu'elle  donne  Aman- 
tia pour  femme  à  ce  dernier.  Ces  noms  ont 
été  puisés  dans  la  légende  de  S.  Amand,- 
mais  la  légende  ne  dit  point  que  Sérénus 
ait  jamais  été  duc  de  Gascogne;  il  habitait 
le  pays  d'Herbauges  &  était  simplement  de 
condition  noble.  Il  était  mari  d'Amantia  & 
non  son  beau-père.  Il  était  père  de  saint 
Amand,  qui  n'eut  jamais  rien  à  démêler  avec 
les  comtes  ou  ducs  d'Aquitaine,  &  non  du 
duc  Amandus  qui  n'a  jamais  existé.  C'est  ce 
qui  nous  prouve  que  la  reine  Gisèle  est  aussi 
un  personnage  fictif.  L'histoire, en  effet,  ne 
nous  a  pas  révélé  le  nom  de  la  femme  de 
Charibert;  elle  nous  apprend  seulement 
que  Childéric,  son  fils,  mourut  tout  jeune, 
peu  de  temps  après  lui,  &  qu'alors  Dago- 
bert  rentra  en  possession  des  domaines  qu'il 
avait  abandonnés  à  son  frère. 

Les  ducs  Boggis  &  Bertrand  ne  sont  pas 
moins  imaginaires  que  le  duc  Amandus.  Ce 
sont  les  légendes  de  S.  Hubert  &  de  S.  Ode, 
légendes  du  douzième  siècle  qui  ont  fourni 
à  l'auteur  de  la  charte  les  noms  de  ces 
personnages.  Bertrand  est  le  père  de  S.  Hu- 
bert :  la  légende  le  donne  comme  un  no- 
ble   aquitain;  la  charte,   d'après   les  com- 


mentateurs, mais   sans  aucune  raison,   en 
fait  un   duc.   Il  y  a  bien  eu  un  duc  nommé 
Boggis,  c'est   le   père   de  S.  Arnoult  ;  mais 
il  est  démontré  que  ce  duc  a  vécu  entre  les 
années  540  &  610,  &  non  en  681,  comme  le 
veut   la  charte,  &  d'après  elle,  les  auteurs 
deVHistoire  de  Languedoc. hes  chroniqueurs 
ne  nous  ont  point  révélé  le  nom  de  la  femme 
du  duc  Eudes;  c'est  un   oubli   que  tient  à 
réparer  la  charte.   D'après  elle,  Eudes  au- 
rait épousé  Waldtrude,  fille  de  Walachise. 
C'est  en  combinant  la  légende  de   S.  Amand 
avec   celle   de   S.  Wandrille,  fondateur   de 
l'abbaye  de  Fontenelle,  que  le  faussaire  a 
fabriqué   ce  mariage  &    la   filiation  de  la 
femme  d'Eudes.  Il  est  impossible  de  ne  pas 
reconnaître    dans    ce   Walachise,  allié  à  la 
dynastie   carlovingienne  &  père  de  Wald- 
trude,  un  des  fils  que  certaines  légendes 
donnaient    à    S.   Arnoult ,     celui  qui    fut 
père    de  S.  Wandrille,  fondateur   de   l'ab- 
baye de  Fontenelle;  du  moins  les  auteurs 
de  VHïstoire  de  Languedoc,  loin  de  mettre  en 
doute  cette  identité,  l'ont  alléguée  comme 
une  preuve   de  la  vérité  de  la  charte.  Il  n'y 
a  à  cela  qu'une  petite  difficulté,  c'est  que  les 
temps  sont  loin  de  s'accorder.  D'après  tous 
ses  hagiographes ,  S.  Wandrille  naquit  au 
plus    tard    en   601  &  fut,  dans  sa  jeunesse, 
attaché  au  roi  Dagobert  (628-638),  dont  son 
père,    S.    Arnoult,    devint  le  tuteur.  Com- 
ment alors   Waldtrude,  sœur  de  S.    Wan- 
drille ,   aurait-elle    pu    devenir   la   femme 
d'Eudes,  qui,  d'après  les  Bénédictins  ,  ne 
commença  à  régner  qu'en  681  au  plus  iot, 
c'est-à-dire  quatre-vingts  ans  après  la  nais- 
sance de  celui  qu'il   aurait  eu  pour  beau- 
frère  :  même  en  supposant  Waldtrude  plus 
jeune  que  son  frère  de  vingt  ans,  ce  qui  est 
beaucoup,   elle   n'en  aurait   pas  moins  eu 
soixante-un  ans  quand  son  mari  aurait  été 
âgé  de  vingt-cinq  ans  environ. . 

Ce  n'est  pas  là  malheureusement  le  seul 
point  sur  lequel  la  charte  est  en  désaccord 
avec  la  chronologie.  Par  moments  elle  fait 
vivre  ses  personnages  au  delà  des  limites  qui 
peuvent  être  raisonnablement  assignées  à 
la  nature  humaine;  d'autres  fois  elle  multi- 
'plie  tellement  les  générations,  qu'elle  n'ac- 
corde à  chacune  que  dix  ans  d'existence  ea 
moyenne.  Ainsi,  en  donnant  pour  héritier 
à  Lupus  II  Adalaric,  ce  Vascon  qui,  au  dire 


Note 
itecTir. 


Note 

RECTIF. 


200 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


des  chroniques,  s'était  révolté  contre  Louis, 
roi  d'Aquitaine,  en  787,  &  en  le  faisant  pé- 
rir cette  année-là  dans  un  combat  avec  un 
de  ses  fils,  nommé  Centulle,  fils  qui,  treize 
ans  seulement  après  la  mort  de  son  prétendu 
trisaïeul,  aurait  été  en  état  de  combattre  & 
de  se  faire  tuer  aux  côtés  de  son  père,  la 
charte  compte  cinq  générations  pleines  & 
entières  entre  Eudes  mort  en  735,  &  Cen- 
tulle tué  en  787.  Cinq  générations,  dans 
un  espace  de  cinquante-deux  ans,  savoir  : 
Hunald,  Waïfre,  Lupus  II,  Adalaric  &  Cen- 
tulle, tous  se  succédant  immédiatement  les 
uns  aux  autres  &  laissant  postérité.  Il  est 
vrai  que  les  Bénédictins  &  M.  Fauriel, 
frappés  de  l'invi'aisemblance  que  ce  calcul 
donne  aux  assertions  de  la  charte,  ont  pré- 
tendu que  ce  n'était  pas  en  787  qu'Adalaric 
&  Centulle  sont  morts,  mais  dans  un  com- 
bat livré  en  812  seulement;  ce  qui  n'ajoute 
en  somme  qu'une  moyenne  de  quatre  ans  à 
celle  de  dix  précédemment  accordée  aux 
cinq  générations  comprises  entre  Hunald  & 
Centulle.  On  ne  sort  par  ce  moyen  d'une 
difficulté  (qui  n'est  point  résolue)  que  pour 
tomber  dans  une  autre  encore  plus  difficile 
à  expliquer.  Entre  le  dernier  combat  livré 
par  le  rebelle  Adalaric  en  812,  &  l'époque 
du  diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  qui  a 
confirmé  à  Garsimire,  au  dire  de  la  charte, 
la  cession  ou  dévolution  du  Bigorre  &  du 
Béarn,  il  n'a  pu  s'écouler  au  plus  que  vingt- 
huit  ans.  Louis  le  Débonnaire,  qui  donna 
la  ratification,  étant  mort  en  840,  on  ne 
peut  comprendre  alors  comment  à  la  date 
de  840  les  descendants  de  cet  Adalaric,  tué 
en  812,  pouvaient  en  être  à  la  quatrième  gé- 
nération, &  comment  ses  arrière  petits-fils 
se  trouvaient  déjà  d'âge  à  conquérir  non  pas 
de  simples  châteaux,  mais  de  véritables 
royaumes  en  Espagne.  Ces  quatre  généra- 
tions d'hommes,  tous  arrivés  à  maturité^, 
tous  laissant  à  leur  mort  des  fils  dans  la 
force  de  l'âge,  auraient  tenu  en  vingt-huit 
ans,  ce  qui  donnerait  sept  ans  pour  chacun. 
Il  suffit  de  citer  de  tels  faits  pour  juger 
de  la  valeur  de  l'acte  qui  nous  les  a  trans- 
mis. Nous  n'insisterons  pas  davantage  sur 
les  erreurs  de  fait  que  présente  la  charte 
d'Alaon.  La  plupart  ont  déjà  été  relevées 
dans  le  cours  de  cet  ouvrage.  Passons  à 
l'histoire  de  la  charte  elle-même. 


Histoire  de  la  charte. —  Les  Bénédic- 
tins &  M.  Fauriel  se  sont  donné  beaucoup 
de  peinepour  établir  les  preuves  matérielles 
de  l'existence  authentique  de  la  charte  d'A- 
laon;  elle  était  connue,  disent-ils,  depuis 
plus  de  huit  cents  ans.  Mais  les  preuves 
qu'ils  allèguent  à  l'appui  de  cette  assertion 
ne  sont  autres  que  celles  données  par  Diego 
José  Dormer,  historiographe  d'Aragon,  qui 
a  fourni  au  cardinal  d'Aguirre  la  copie  sur 
laquelle  la  charte  fut  imprimée  dans  le  re- 
cueil des  Conciles  d'Espagne.  On  lit  dans 
la  Notice  rédigée  par  Dormer,  datée  du 
16  avril  1687,  &  placée  en  tête  de  cette 
pièce  :  «  Qu'elle  avait  été  tirée  des  archi- 
ves de  la  cathédrale  d'Urgel,  par  François 
Compte,  vers  i58oou  1690,  qui  la  transcri 
vit  littéralement  dans  son  Histoire  manuscrite 
de  Catalogne  ;  qu'on  en  connaissait  deux 
autres  copies  :  une  dans  les  papiers  de  frère 
Antonio  de  Yepes,  &  l'autre  dans  ceux  de 
l'évêque  don  Prudentio  de  Sandoval,  qui 
probablement  avaient  été  faites  d'après  l'ou- 
vrage de  Compte.  Le  préambule  qui  pré- 
cède la  charte,  est-il  encore  dit  dans  cette 
Notice,  nous  apprend  que  c'était  une  copie 
ou  rénovation  d'un  titre  primitif  exécutée 
vers  l'an  iioi  à  l'occasion  de  l'érection  de 
l'évêché  de  Barbastro  par  le  roi  don  Pe- 
dro I.  Cette  érection  qui  blessait  les  droits 
de  l'église  d'Urgel,  &  contre  laquelle  l'évê- 
que Odon,  élu  en  1094,  réclama  en  cour  de 
Rome,  nécessita,  pour  être  envoyée  au  pape 
Pascal  II,  la  transcription  à  nouveau  des 
actes  dont  S.  Héribald  s'était  jadis  prévalu 
auprès  du  roi  don  Ramire.  Parmi  ces  actes 
se  trouvait  la  fameuse  charte  dite  depuis 
d'Alaon.  » 

«  L'ouvrage  de  François  Compte,  ajoute 
Dormer,  était  déposé  dans  la  bibliothèque 
du  marquis  deLicherès;  c'était  une  histoire 
de  Catalogne,  à  la  fin  de  laquelle  l'auteur 
avait  placé  une  liste  des  comtes  d'Urgel. 
L'ancienneté  du  monastère  d'Alaon,  que 
concerne  la  charte ,  dépassait  au  moins 
huit  cents  ans,  puisque  dom  Juan  Bris  Mar- 
tinez,  abbé  de  San-Juan  de  la  Pena  qui  a 
parlé  de  ce  monastère  d'après  les  titres  les 
plus  authentiques,  n'hésite  pas  à  dire  qu'il 
existait  dès  le  temps  des  Goths,  &  qu'il  ap- 
partenait à  l'ordre  de  Saint-Benoît.  C'est  ce 
qui  s'accorde  avec  ce  que  la  charte  dit  de 


Note 

RECTIF. 


Note 

JIECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


201 


ses  bienfaiteurs  :  «  qui  omnes  de  infidelium 
spoliîs  monasterium  suscitarunt,  »  Ces  paro- 
les peuvent  signifier,  en  effet,  qu'ils  ne 
firent  que  relever  le  monastère  de  ses  ruines, 
lorsqu'ils  y  installèrent  un  abbé  &  des  moi- 
nes tirés  de  l'abbaye  de  Saint-Pierre-de- 
Sirès.  » 

Telle  est,  en  résumé,  la  Notice  de  Dor- 
mer;  examinons  ce  qu'il  peut  y  avoir  de 
fondé  dans  ces  allégations. 

François  Compte,  notaire  à  lUe,  en  Rous- 
sillon,  avait  fait,  non  pas  une  Histoire  de 
Catalogne ,  mais  une  simple  géographie, 
rédigée  en  catalan,  des  comtés  de  Roussil- 
lon  &  de  Cerdagne.  On  en  connaissait  deux 
copies,  dont  l'une  avait  appartenu  au  chro- 
niqueur Jérôme  Pujades.  C'est  ce  dernier 
qui,  héritier  &  copiste  d'une  grande  partie 
des  manuscrits  de  Compte,  avait  fait,  lui, 
une  Histoire  de  Catalogne  dont  la  première 
partie  seulement  fut  imprimée,  la  seconde 
resta  manuscrite.  Selon  Marca  &  Baluze 
(Marca  Hispanica,  col.  l33,  211,  &c.),  Puja- 
des était  un  chroniqueur  sans  instruction, 
sans  jugement  &  sans  goût,  qui  avait  rem- 
pli son  livre  de  traditions  fabuleuses  &  de 
légendes  apocryphes.  Si  donc  il  y  avait  dans 
la  bibliothèque  du  marquis  de  Licherès  une 
copie  d'une  Histoire  de  Catalogne,  ce  ne 
pouvait  être  qu'une  copie  du  manuscrit  de 
Pujades.  Mais  qui  a  vu  ce  manuscrit,  &  qui 
dans  ce  manuscrit  a  vu  la  charte  en  ques- 
tion? Personne  autre  que  Dormer  ou  celui 
duquel  il  tenait  le  fait'. 


'  «  N'est-ce  point  là,  je  le  demande,  dit  à  ce  pro- 
pos M.  Rabanis  (p.  196),  l'éternelle  histoire  de 
toutes  les  falsifications  espagnoles?  Toujours  des 
textes  que  personne  n'a  vus,  toujours  des  prête- 
noms,  cherchés  parmi  des  auteurs  morts  depuis 
longtemps  &  que  les  faussaires  prennent  à  témoin 
de  leur  véracité.  »  Et  à  cette  occasion  M.  Rabanis 
fait  remarquer  les  analogies  que  présente  l'histoire 
de  la  charte  avec  celle  de  tous  les  documents  apo- 
cryphes dont  l'Espagne  fut  inondée  aux  seizième 
&  dix-septième  siècles.  Il  rappelle  qu'au  commen- 
cement du  dix-septième  siècle  Jérôme  Roman  de  la 
Higuerra  publia  une  Chronique  ou  Histoire  univer- 
selle attribuée  à  Dexter,  écrivain  mentionné  par 
saint  Jérôme  &  qui  vivait  dans  la  première  moi- 
tié du  cinquième  siècle;  que,  selon  l'éditeur,  cette 
chronique  avait  été  tirée  de  la  bibliothèque  du 
monastère  de  Fulde,  mais  que  le   manuscrit  origi- 


Quant  à  la  copie  vue,  dit-on,  dans  les 
papiers  de  don  Antonio  de  Yepes,  on  peut 
affirmer  qu'elle  n'a  jamais  existé,  ou  que  le 
savant  Yepes,  s'il  la  connaissait,  ne  l'a  pas 
jugée  digne  de  la  moindre  attention;  autre- 
ment il  n'eût  pas  manqué  de  la  citer  ou  d'y 
faire  allusion  dans  sa  Coronica  gênerai,  où 
sont  rapportées  avec  tant  de  soin  toutes  les 
fondations  bénédictines  de  l'Espagne.  Il 
faut  avouer  aussi  que  rien  ne  pouvait  être 
plus  maladroit  de  la  part  de  Dormer  que  de 
citer  dans  sa  Notice  D.  Juan  Bris  Martinez, 
abbé  de  San-Juan  de  la  Pena,  car  ce  der- 
nier ne  s'est  jamais  douté  de  l'existence  de 
la  charte,  &  cependant,  si  quelqu'un  devait 


nal,  qui  jusque-là  n'avait  été  vu  de  personne,  ne 
put,  malgré  toutes  les  recherches,  jamais  être  re- 
trouvé. Roman  de  la  Higuerra  prétendait  en  avoir 
reçu  une  copie  par  l'entremise  d'un  jésuite,  qui  lui- 
même  l'avait  transcrite  à  Worms  d'après  une  autre 
copie,  qu'un  particulier  qui  ne  fut  jamais  nommé 
avait  prise  dans  le  monastère.  La  vérité  est  que  don 
Roman  de  la  Higuerra  n'était  qu'un  imposteur  & 
que  VHistoire  de  Dexter  n'avait  jamais  existé.  Il 
ajoute  que  quelques  années  plus  tard  Lorenço  Ra- 
mires  de  Prado,  ami  de  la  Higuerra,  donnait  une 
autre  chronique  suivie  de  plusieurs  pièces  attri- 
buées à  Julien  Pérès,  archidiacre  de  Tolède  au  on- 
zième siècle.  La  copie  d'après  laquelle  l'édition  fut 
faite  avait  été  tirée  de  la  bibliothèque  du  comte 
d'Olivarès,  qui  la  tenait  lui-même  d'un  grand  per- 
sonnage, le  comte  de  Moxa  (Pedro  de  Sandoval), 
lequel  à  son  tour  l'avait  reçue  d'un  sien  frère.  Mais 
cette  copie  provenait  aussi  de  Roman  de  la  Higuerra, 
qui  l'avait  fabriquée  comme  la  chronique  de  Dexter. 
n  Vers  le  milieu  du  même  siècle,  ajoute  M.  Rabanis, 
Dom  Argais,  bénédictin,  publia  deux  chroniques, 
l'une  sous  le  nom  i'Hauthertus  de  Séville,  l'autre 
sous  celui  de  Liberatus,  abbé  de  Pampelune.  Mais 
l'éditeur  n'avait  eu  entre  lés  mains  que  des  copies 
de  ces  chroniques  &  ces  copies  lui  étaient  venues  de 
don  Antonio  Lupian  de  Zapata,  qui  prétendait 
avoir  tiré  l'histoire  d'Hautbertus  d'un  manuscrit 
de  Saint-Denis,  en  France,  &  celle  de  Liberatus 
d'un  manuscrit  du  monastère  de  RipoU.  Après 
vérification  ,  il  fut  prouvé  que  ces  manuscrits 
n'avaient  jamais  existé.  Ces  falsifications  n'étaient 
point  isolées,  mais  combinées  de  telle  sorte  qu'elles 
se  soutenaient  les  unes  les  autres.  Aussi  l'Académie 
de  Lisbonne  se  crut-elle  obligée,  en  1721,  de  se 
constituer  en  tribunal,  afiri  de  dénoncer  &  de  flé- 
trir ces  indignes  supercheries  qui  tendaient  à  dé- 
truire toute  la  moralité  &  toute  la  certitude  de  Ihis- 
toire.  )»  (Rabanis,  p.  187.} 


Note 

RECTIF. 


202 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


connaître  à  fond  les  titres  de  l'église 
d'Alaon,  c'était  certainement  ce  soigneux 
explorateur  des  archives  ecclésiastiques, 
qui,  avant  d'être  nommé  abbé  de  San-Juan 
de  la  Pena,  avait  été  prieur  d'Alaon,  &  qui 
écrivait  dans  le  même  temps  que  François 
Compte  (1590) ,  c'est-à-dire  à  l'époque  où 
l'on  veut  que  la  charte  eût  encore  existé 
parmi  les  papiers  de  l'église  d'Urgel.  Selon 
dom  Martinez,  qui  avait  travaillé  spéciale- 
ment sur  les  origines  des  royaumes  de  So- 
brarve ,  d'Aragon  &  de  Navarre,  le  plus 
ancien  titre  du  monastère  d'Alaon  était  une 
charte  de  Charles  le  Simple  datée  de  l'an 
908,  qu'il  analyse  en  ces  termes  :  «  Dans  le 
courant  du  mois  de  septembre  908,  le  roi 
Charles  de  France  appelé  le  Simple  (car 
c'est  lui  qui  régnait  à  cette  époque),  ac- 
corda au  monastère  de  Notre-Dame  d'Alaon, 
à  l'abbé  Frugello,  &  aux  moines  bénédic- 
tins de  cette  maison  un  grand  privilège  que 
l'on  conserve  encore  aujourd'hui  dans  ses 
archives.  Par  ce  privilège,  entre  autres  fa- 
veurs, il  accorda  au  monastère  les  proprié- 
tés &  maisons  de  Saint-Ramond  &  de  Saint- 
André  avec  les  mêmes  confronts  que  ces 
propriétés  ont  maintenant,  c'est-à-dire  une 
quarte  appelée  la  quarte  de  Saint-André 
depuis  les  Cent-Fontaines,  d'où  descend  la 
rivière  Noguera,  jusqu'au  défilé  ou  au  saut, 
œuvre  merveilleuse  de  la  nature  par  où 
elle  se  dirige  vers  le  monastère.  Il  accorda 
aussi  que  les  moines  bénédictins  qui  rési- 
daient dans  l'abbaye  eussent  la  faculté,  après 
la  mort  de  l'abbé  Frugello  ',  &  dans  tous  les 


'  Marca  prétend  que  Martinez  s'est  trompé  en 
attribuant  ce  diplôme  à  Charles  le  Simple  &  en  le 
rapportant  à  l'année  908;  il  l'attribue  à  Charles  le 
Chauve  (Marca  Hispanica,  col.  359,  ^i^i^'  872).  Sa 
conjecture  est  fondée  sur  ce  qu'un  privilège  plus 
ancien  de  trente-six  ans  (872)  &  accordé  au  même 
abbé  Frugello  par  le  marquis  de  Septimanie,  Ber- 
nard, paraît  faire  allusion  à  une  charte  ou  à  un 
diplôme  antérieur  délivré  par  Charles  le  Chauve 
(Voyez  ci-après,  aux  Preuves,  charte XCVII).  Dans 
cette  hypothèse,  le  privilège  mentionné  par  Mar- 
tinez aurait  été  cet  acte  primitif  accordé  au  monas- 
tère d'Alaon,  vers  l'année  870  environ.  L'opinion 
de  Marca  a  d'autant  plus  de  valeur  qu'il  n'est 
guère  supposable  que  l'abbé  Frugello,  qui  vivait  en 
872,  vécût  encore  en  908.  —  Ainsi  tombe  un  des 
moyens    extrêmes   employés    par  M.   Fauriel  pour 


cas  analogues  de  vacance  du  siège  abbatial, 
de  choisir  l'abbé  qui  les  dirigerait  sous  la 
règle  de  S.  Benoît".  »  Pas  un  mot  dans  cet 
acte  qui  rappelle  le  fameux  privilège  de 
Charles  le  Chauve.  Il  n'y  a  qu'une  manière 
d'expliquer  le  silence  de  Martinez,  c'est  que 
de  son  temps  la  charte  d'Alaon  n'était  pas 
plus  connue  qu'elle  ne  l'avait  été  dans  les 
temps  antérieurs  ,  mais  alors  elle  n'existait 
donc  pas  ? 

Aux  preuves  que  Dormer  avait  réunies  de 
l'existence  matérielle  de  la  charte,  M.  Fau- 
riel en  a  voulu  ajouter  d'autres  :  il  a  pré- 
tendu qu'elle  avait  été  citée,  avant  que 
Dormer  ne  l'eût  communiquée  au  cardinal 
d'Aguirre,  par  Melchior  de  Palau,  évêque 
d'Urgel,  quij  en  i665,  envoya  aux  frères  de 
Sainte-Marthe  un  catalogue  des  évêques  de 
son  diocèse.  Il  aurait,  dans  ce  catalogue,  à 
propos  de  Sizebut  I,  implicitement  cité  la 
charte  d'Alaon,  en  attribuant  la  fondation  de 
ce  monastère  au  comte  Wandregisile  &  à  sa 
femme  Marie.  Donc,  ajoute  M.  Fauriel, 
Melchior  de  Palau  avait  vu  la  charte  &  ce 
document  était  encore  à  cette  époque  dans 
les  archives  d'Urgel.  Melchior  de  Palau 
mentionne,  il  est  vrai,  la  fondation  du  mo- 
nastère d'Alaon  du  temps  de  l'évêque  Size- 
but I ,  il  nomme  le  comte  Wandregisile  &  sa 
femme  Marie  ;  mais  ce  n'est  point,  comme 
l'a  cru  M.  Fauriel,  dans  les  archives  d'Urgel 
qu'il  avait  puisé  la  connaissance  de  ces 
noms  ;  il  l'a  prise,  &  c'est  là  une  circons- 
tance importante  à  noter  pour  la  solution 
de  la  question  qui  nous  occupe,  dans  un 
ouvrage  imprimé,  d'où  les  frères  de  Sainte- 
Marthe  auraient  tout  aussi  bien  pu  la  tirer 
eux-mêmes,  &  que  plus  tard  ils  ont  con- 
sulté. Cet  ouvrage  est  le  NLartyrologîum  His- 
panum ,  compilation  due  au  fameux  don 
Juan  Tamayo  de  Salazar,  qui  fut  imprimée 
à  Lyon  entre  les  années  i65i  &  1659,  qua- 
torze ans  avant  la  communication  de  Mel- 
chior de  Palau  aux  frères  de  Sainte -Marthe. 
On  lit  en  effet  dans  cet  ouvrage,  sous  l'an- 


défendre  l'authenticité  de  la  charte  d'Alaon.  Il  pré- 
tendait que  c'était  à  cette  charte  que  faisait  allu- 
sion l'acte  du  marquis  Bernard.  [E.  M.] 

'  Dom  Bris  Martinez,  Historia  del  monasterio  de 
San-Juan  de  la  Pena,  &c.  1.  1 1,  c.  19,  passage  cité 
par  M.  Kàhanis,  passim. 


Note 

KECTIV 


Note 

KECTIK. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


20v3 


née  829  ;  «  Si'^ebutus  hujus  nomlne  I,  episco- 
pus  Urgellensis,  qui  cum  Bartholomeo  metropo- 
litano  Narbonensî  facultatem  concessit  Wan- 
dregïsilo  &  IVLariae  ejus  conjugî,  comitibus 
Vasconîae  trans  Garumnam,  construendi  mo- 
nasterîum  Alaonensïs  (sic)j  ejus  memorîa  ad 
annum  DCCCXXXII.  »  La  communication  de 
Melchior  de  Palau  n'est  que  la  traduction 
de  ce  passage  qui,  d'ailleurs,  a  été  copié 
par  les  frères  de  Sainte-Marthe,  car  ils  ci- 
tent pour  leurs  autorités  Melchior  de  Palau 
&  le  JVLartyrologîum  Hispanum. 


cryphes,  &  y  ajoutant  leurs  propres  men- 
songes, ont  rempli  l'histoire  ecclésiastique 
d'Espagne  de  faux  conciles,  de  fausses  hui- 
les pontificales,  de  faux  évêques  &  de  faux 
saints,  de  la  même  manière  que,  dans  l'his- 
toire civile,  ils  ont  supposé  des  rois,  des 
princes,  des  événements  qui  n'ont  jamais 
existé.  » 

Tel  est  l'homme  qui,  le  premier,  a  pro- 
noncé le  nom  de  ce  comte  de  la  Gascogne 
Transgaronnaise  Wandregisile,  &  de  sa 
femme  la  comtesse  Marie  5  qui,  le  premier, 


Note 

RECTIF. 


Voilà  donc  un  écrivain  qui,  bien  long-  a  rapporté  la  fondation  d'Alaon  au  règne 
temps  avant  la  publication  des  Conciles  de  Louis  le  Débonnaire;  qui,  enfin,  trente- 
d'Espagne,  connaissait  évidemment  la  charte  trois  ans  avant  que  Dormer  parlât  de  la 
puisqu'il  a  pu,  en  quelques  lignes,  en  résu-  charte,  semble  l'avoir  connue,  &  avoir  voulu 


mer  les  principales  assertions  :  le  nom  & 
l'existence  d'un  comte  de  Gascogne,  appelé 
Wandregisile,  le  nom  de  sa  femme,  la  date 
de  sa  mort,  &  enfin  la  fondation  du  monas- 
tère d'Alaon,  fondation  laissée  jusqu'alors 
dans  une  incertitude  complète  par  les  plus 
savants  hommes  de  la  péninsule.  Quel  est 
cet  écrivain  ?  Don  Juan  Tamayo  de  Salazar, 
qui  fut  l'un  des  plus  intrépides  faussaires  du 
dix-septième  siècle.  Digne  émule  de  Roman 
de  la  Higuerra  &  de  Zapata,s'il  ne  participa 
point  aux  falsifications  du  Pseudo-Dexter, 
d'Hautbertus,  &c.,  il  les  défendit  du  moins, 
&  fit  ses  preuves  dans  le  même  genre  au 
moyen  de  plusieurs  publications  dont  la 
plus  étonnante  était  intitulée  :  n  Aulî  Halî, 
Civis  Burdigalensîs,  poetae  Toletanï,  Carmen 
heroîcum  de  adventu  D.  Jacobï  in  Hispania, 
notis  illustratum,  &c.,  Matr/f/,  1648,  zn-4''.  » 
Il  affirmait  avoir  extrait  cet  ouvrage  d'un 
manuscrit  antique  ;  mais  l'auteur  de  la  Bi- 
bliothèque espagnole  prouva  que  le  poëme 
du  prétendu  Aulus  n'était  qu'un  centon 
pillé  dans  le  Talichristia  d'Alvaro  Gomez, 
écrivain  du  seizième  siècle.  Aussi,  Antonio, 
tout  en  rendant  justice  à  son  érudition  dont 
il  aurait  dû  faire  un  meilleur  emploi,  le 
met  sur  le  même  rang  que  l'auteur  du  Pseu- 
do-Dexter; il  ajoute  que  toutes  ses  compo- 
sitions ont  été  puisées  à  des  sources  impu- 
res, &  place  en  tête  le  célèbre  Martyroîo- 
gium  jH'zVpanum.  L'Académie  de  Lisbonne  ne 
le  traita  pas  moins  sévèrement  lorsqu'elle 
rappelait  «  cet  Argais,  ce  Tamayo  de  Sa- 
lazar &  tant  d'autres,  soit  espagnols,  soit 
portugais  qui,  propageant  des  récits  apo- 


en  révéler  l'existence  ou  en  préparer  la  pu- 
blication. 

L'Auteur  de  la  charte.  —  N'est-on 
pas  alors  amené  à  conclure  que  la  charte  a 
été  fabriquée  par  Tamayo  lui-même,  &  que 
c'est  de  lui  qu'elle  est  parvenue  directement 
ou  indirectement  entre  les  mains  de  Dor- 
mer? Si  celui-ci  affecte  de  n'avoir  pas  connu 
la  note  du  Martyroïogium ^  s'il  passe  sous 
silence  le  nom  de  Tamayo,  c'est  probable- 
ment parce  que,  dès  1672,  la  Bibliothèque 
espagnole  avait  signalé  cette  autorité 
comme  des  plus  suspectes.  Donc  il  savait 
lui-même,  en  produisant  cette  pièce,  qu'elle 
pouvait  ne  pas  être  d'un  bon  aloi,  &  c'est 
ce  qui  explique  les  détails  qu'il  donne  dans 
la  Notice  dont  il  a  cru  devoir  accompa- 
gner sa  copie  en  l'envoyant  au  cardinal 
d'Aguirre  '. 

'  Il  n'est  pas  douteux  que  la  charte  d'Alaon  ne 
se  rattache,  d'une  manière  incidente  il  est  vrai,  à 
la  querelle  qui,  renouvelée  du  seizième  siècle,  excita 
à  un  si  haut  degré  la  verve  des  érudits  du  dix-sep- 
tième siècle,  querelle  dont  l'objet  était,  comme  l'on 
sait,  de  décider  de  l'antiquité  relative  des  maisons 
souveraines  de  France  &  d'Espagne-Autriche,  &  à 
laqifelle  prirent  part  Du  Bouchet,  Chifflet,  Chan- 
tereau-Lefèvre,  Dominici  &  bien  d'autres  encore. 
(Voir  à  ce  sujet  la  dissertation  de  M.  de  Foncema- 
gne ,  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  des  Inscriptions 
&  Belles-Lettres,  ancienne  série,  t.  20.)  Tandis  que 
Du  Bouchet,  appuyé  sur  l'autorité  &  sur  les  notes 
de  Duchesne,  faisait  remonter  les  Capétiens  par 
Ansbert  &  Blithilde  jusqu'aux  préfets  du  prétoire 
de  la  famille  gallo  romaine  de  Tonantius  Ferréo- 
lus,    &  que   Chantereau-Lefèvre,  s'arrètani  à   mi- 


Note 

RECTIF. 


204 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Nous  conclurons  en  disant,  avec  M.  Ra- 
banis  ,  que  la  charte  d'Alaon  est  fausse  ; 
qu'elle  n'a  pu  être  fabriquée  au  moyen  âge  5 
qu'elle  n'a  été  rédigée  qu'après  la  publi- 
cation des  documents  sur  lesquels  elle  s'ap- 
puie,   chroniques,    légendes,    martyrolo- 


chemin,  se  contentait  de  les  faire  descendre  de  saint 
Arnulfe,  l'ancêtre  officiel  des  Carolingiens;  d'un  au- 
tre côté  Chifflet,  l'implacable  adversaire  de  la  loi 
salique,  leur  donnait  pour  auteur  un  cadet  de  la 
maison  des  Welf  de  Bavière,  réservant  les  honneurs 
du  droit  de  primogéniture  pour  la  maison  de  Habs- 
bourg, qui  descendait  de  l'aîné. 

C'est  alors  qu'on  exhuma  tous  les  documents  qui 
pouvaient  servir  à  rattacher  les  Carolingiens  aux 
Mérovingiens  &  les  Capétiens  aux  Carolingiens. 
Dans  cette  lutte,  les  érudits  d'Espagne  faisaient 
tous  leurs  efforts  pour  établir  l'antériorité  de  leur 
monarchie  &  surtout  celle  de  la  dynastie  d'Aragon, 
qui  s'était  fondue  par  les  femmes  dans  la  maison 
d'Autriche.  Déjà  les  généalogistes  du  parti  autri- 
chien avaient  trouvé  le  moyen  de  relier  la  famille 
des  Habsbourg  à  la  race  de  Clovis  par  un  prétendu 
fils  de  Clodion.  Il  pouvait  paraître  intéressant,  & 
ce  devait  être  une  tentation  bien  forte  pour  les 
antiquaires  espagnols,  de  rattacher  également  aux 
Mérovingiens  leurs  princes  nationaux  ,  de  telle 
sorte  que  l'alliance  des  maisons  d'Autriche  &  d'Es- 
pagne, par  le  mariage  de  Philippe  le  Beau  avec 
Jeanne  la  Folle,  n'eût  été  que  la  réunion  de  deux 
branches  longtemps  séparées  de  la  même  tige.  Il 
n'est  pas  impossible  que  cette  considération  fût  en- 
trée pour  quelque  chose  dans  la  rédaction  de  la 
charte  d'Alaon.  Il  est  bon  de  rappeler  à  ce  sujet 
que  Tamayo  s'était  précisément  occupé  des  origines 
des  maisons  souveraines.  Il  accusa  même  Chifflet 
d'avoir  pillé,  sans  nommer  l'auteur,  une  de  ses  dis- 
sertations généalogiques  dans  les  additions  aux  Vin- 
diciae  Hispanicae.  La  concordance  des  dates  donne  à 
cette  conjecture  une  certaine  apparence  de  vérité. 
Le  travail  de  DuBouchet  avait  été  publié  en  1646, 
celui  de  Chifflet  en  1647,  la  réfutation  des  Vindi- 
c'iae,  par  Blondel,  en  1664,  &  c'est  au  milieu  de 
cette  guerre,  en  i658,  que  parut  le  volume  du  Mar- 
tyrologium,  dans  lequel  il  est  question  de  Wandre- 
gisile  &  du  monastère  d'Alaon.  Si  la  charte  n'a  pas 
fait  plus  de  bruit  lors  de  sa  publication,  c'est 
qu'elle  fut  publiée  trop  tard  &  que  les  raisons  qu'on 
aurait  eues  de  s'en  servir  n'existaient  plus.  En  effet, 
par  l'avènement  de  la  maison  de  Bourbon  au  trône 
de  Charles-Quint,  la  jalousie  qui  avait  porté  tant 
d'écrivains  dévoués  à  l'Espagne  à  rechercher  pour 
leurs  souverains  une  origine,  qui  les  mît  au  moins 
de  niveau  avec  les  rois  de  France,  n'avait  plus 
de  raison.   (Rabanis,  passim,  p.  210.) 


ges,  &c.,  c'est-à-dire  dans  la  première  moi- 
tié du  dix-septième  siècle.         ■    [E.  M]. 


NOTE  LXXXIV 

Epoque  des  diverses  irruptions  des 
Sarrasins  dans  les  Gaule  s ,  sous  le 
gouvernement  de  Charles  Martel.  — 
Circonstances  de  quelques-unes  de 
ces  irruptions . 

I.-Q  lEN  n'est  si  difficile  que  de  fixer  pré- 
Iv  cisément  l'époque  des  différentes  ir- 
ruptions que  les  Sarrasins  firent  dans  les 
Gaules  du  temps  de  Charles  Martel.  L'em- 
barras de  nos  meilleurs  critiques,  &  le  par- 
tage où  ils  sont  là-dessus,  en  est  une  bonne 
preuve.  Nous  croyons  qu'il  faut  reconnoître 
cinq  principales  excursions  de  ces  infidèles 
dans  les  diverses  provinces  du  royaume, 
depuis  l'an  719,  jusqu'à  l'an  789.  Nous 
allons  tâcher  de  développer  chacune  de  ces 
époques. 

II.  Nous  avons  déjà  parlé  '  de  la  première 
qui  doit  être  rapportée  aux  années  719, 
720  &  721,  &  qui  se  termina  par  la  défaite 
du  général  Zama  devant  Toulouse. 

III.  La  seconde  expédition  ou  irruption 
des  Sarrasins  dans  les  Gaules  arriva  cinq 
ans  après 5  car  nous  apprenons"  des  Anna- 
les de  Moissac  ou  d'Aniane,  qu'Ambiza  gé- 
néral de  ces  infidèles  assiégea  Carcassonne, 
la  cinquième  année  après  cette  défaite.  Ce  fut 
par  conséquent  en  726,  puisque  la  bataille 
de  Toulouse  où  Zama  fut  tué  se  donna 
l'an  72r,&  que  l'an  726  finissoit  la  quatrième 
&  commençoit  la  cinquième  année  après 
cette  bataille.  D'ailleurs,  nos  anciens  anna- 
listes parlent  d'une  nouvelle  irruption  des 
Sarrasins'  sous  l'an  725,  après  avoir  déjà 
fait  mention  de  celle  de  721.  L'auteur  des 
Annales  d'Aniane ''  rapporte  dans  un  autre 

'  Note  LXXXII. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  dans  les  chro- 
niques, VExtrait  des  Annales  d'Aniane. 

'  Duchesne,  t.  2,  p.  3  &  7. 

■*  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  dans  les  chro- 
niques, VExtralt  des  Annales  d'Aniane. 


Note 

HECTIF. 


Note 
84 

Éd.orig. 

t.  I, 
p.  694. 


Note 
84 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2o5 


ad  orig. 

t.  I. 
P  6qS. 


endroit  que  ces  infidèles  prirent  la  ville 
d'Autun  un  mercredi  22  du  mois  d'août  de 
l'an  725,  ce  qui  convient  avec  la  plus  exacte 
chronologie,  &  fait  voir  qu'ils  firent  le  siège 
de  Carcassonne  &  qu'ils  prirent  Au  tun  dans 
la  même  année. 

IV.  Il  paroît  cependant,  par  les  mêmes 
Annales,  que  ces  deux  événemens  durent 
arriver  en  diverses  années  ,  car  elles  font 
mention  du  siège  de  Carcassonne  dans  un 
endroit  différent  de  celui  où  il  est  parlé  de 
la  prise  d'Autun.  Que  si  l'Annaliste  d'A- 
niane  sépare  ces  deux  événemens,  ou  pour 
mieux  dire  s'il  en  est  fait  mention  en  deux 
endroits  différens,  c'est  qu'ayant  entrepris, 
dans  le  premier,  de  parler  de  la  conquête 
de  l'Espagne  &  de  la  Septimanie,  qui  en 
étoit  une  dépendance,  par  les  Sarrasins,  il 
a  rapporté  de  suite  ce  qui  regarde  cette 
dernière  province. 

V.  Il  est  donc  certain  que  les  Sarrasins 
prirent  Autun  en  726,  &  c'est  sans  doute  de 
cette  seule  expédition  dans  les  Gaules  que 
quelques  anciens  annalistes  '  ont  voulu  par- 
ler, lorsqu'ils  ont  dit  que  ces  infidèles  vin- 
rent pour  la  première  fois  en  72$,  Saraceni 
venerunt  primitus  ;  car  ces  auteurs  ne  peu- 
vent par  là  avoir  eu  en  vue  le  premier  pas- 
sage des  Sarrasins  en  deçà  des  Pyrénées, 
puisqu'ils  attestent  que,  l'an  721,  le  duc  Eu- 
des les  chassa  de  l'Aquitaine  ou  de  ses  Etats 
(de  terra  ^ufl).Ils  ont  donc  voulu  dire  que, 
l'an  725,  ces  infidèles  vinrent  pour  la  pre- 
mière fois  dans  les  pays  qui  étoient  soumis 
au  roi  Thierry  IV,  &  gouvernés  par  Charles 
Martel,  c'est-à-dire  en  France  j  par  où  ils 
donnent  à  entendre  que  ce  prince  ne  ré- 
gnoit  pas  alors  sur  l'Aquitaine,  &  que  cette 
province  qui  appartenoit  à  Eudes,  n'étoit 
pas  censée  en  ce  temps-là  faire  partie  du 
royaume  de  France. 

VI.  Si  nous  en  croyons  les  PP.  le  Cointe 
&  Pagi,  les  Sarrasins  soumirent,  l'an  725, 
l'Albigeois,  le  Querci,  le  Rouergue  &  une 
grande  partie  du  reste  de  l'Aquitainej  mais 
ils  n'ont  que  des  conjectures  fort  incertai- 
nes à  nous  donner  là-dessus.  Il  paroît,  au 
contraire,  que  ces  pays  furent  alors  à  l'abri 

'  Duchesne,  t.  2,  p.  3  &  7. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  726,  n.  8  &  seq.  —  Pagi, 
ad  ann.  716,  n.  4. 


Note 


des  incursions  des  infidèles,  puisque,  sui- 
vant l'Annaliste  d'Aniane,  Ambiza  après  la 
prise  de  Carcassonne  tourna  vers  le  Rhône, 
&  c'est  sans  doute  de  ce  côté-là  qu'il 
pénétra  en  Bourgogne.  Ces  mêmes  criti- 
ques ne  sont  pas  mieux  fondés,  lorsqu'ils 
avancent  qu'Eudes  livra  alors  la  bataille 
aux  Sarrasins,  &  qu'il  les  défit  de  nou- 
veau. Il  est  vrai  qu'ils  se  servent  de  l'au- 
torité de  Paul  Diacre  &  â'Anastase  le  Bi- 
bliothécaire' pour  prouver  cette  seconde 
défaite  dans  cette  même  année  :  mais  il 
paroît  que  ce  que  rapportent  ces  deux 
anciens  écrivains  regarde  la  bataille  de 
Toulouse,  où  les  Sarrasins  furent  entière- 
ment défaits  par  Eudes.  Si,  cependant,  ce 
duc  leur  livra  bataille  dans  cette  occasion, 
elle  dut  se  donner  plutôt  du  côté  du  Rhône, 
au  retour  de  leur  irruption  en  Bour- 
gogne, ou  bien  après  la  prise  de  Nimes, 
qu'en  Aquitaine  ,  puisque  ces  infidèles 
ayant  pris  Carcassonne,  tournèrent"  vers 
ce  fleuve,  selon  l'Annaliste  de  Moissac, 
&  non  du  côté  d'Aquitaine  où  il  n'y  a  au- 
cune preuve  qu'ils  aient  pénétré  alors.  Ce 
qui  a  trompé,  sans  doute,  le  P.  le  Cointe 
&  l'a  obligea  placer  cette  prétendue  action 
dans  le  Querci  ou  dans  le  Périgord,  c'est 
qu'il  a  cru  qu'Eudes  ne  possédoit  rien  aux 
environs  du  Rhône;  mais  outre  le  diocèse 
d'Uzès  dont  il  s'étoit  emparé  depuis  long- 
temps, selon  M.  de  Valois  %  il  y  occupoit 
encore  le  diocèse  d'Arles,  ainsi  que  nous 
l'avons  déjà  prouvé  :  ce  qui  fait  voir  qu'il 
avoit  un  égal  intérêt  à  disputer  le  passage 
de  cette  rivière  aux  Sarrasins.  Soit  donc 
que  ce  duc  les  ait  battus  dans  cette  occa- 
sion ,  avant  ou  après  leur  entrée  en  Bour- 
gogne où  ils  passèrent  certainement  cette 
année"*,  il  ne  paroît  pas  qu'ils  aient  rien 
entrepris  alors  en  Aquitaine;  &  quoique 
nos  anciens  annalistes  rapportent  sous  cette 
année  que  les  Sarrasins  entrèrent  pour  la 
^première'  fois  en  France,  ce  n'est  pas  une 


'  Le  Cointe,  ad  ann.  725,  n.  16  &  seq. 

'  Anastase,  Fit.  Greg.  IL 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  24, 
p.  446  &  479. 

t  Voyez,  aux  Preuves  de  ce  volume,  l'Extrait  des 
Annales  d'Aniane, 

^  Duchesne,  t.  2,  p.  3. 


Note 
84 


106 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


conséquence  qu'ils  aient  alors  ravagé  l'A- 
quitaine, comme  le  prétend  le  P.  leCointe. 
VII.  Le  vénérable  Bède'  fait  mention, 
sous  l'an  729,  d'une  irruption  des  Sarrasins 
dans  les  Gaules;  d'autres"  la  rapportent  à 
l'an  728,  mais  ils  se  trompent'.  Comme  cet 
historien  écrivoit  dans  ce  temps-là,  on  ne 


trois  années  de  gouvernement'  jusqu'à  sa 
défaite  &  à  sa  mort,  qui  arrivèrent  au  mois 
d'octobre.  Or ,  suivant  le  calcul  de  ce 
même  historien,  ces  trois  années  peuvent 
être  comptées  depuis  le  commencement  de 
l'an  780,  ce  qu'il  est  aisé  de  supputer  par 
le   temps   du  gouvernement  qu'il   donne  à 


sauroit  révoquer  son  autorité  en  doute.  C'est      chacun  des  prédécesseurs  de  ce  gouverneur 
donc  la  troisième  irruption  des  infidèles  en      d'Espagne. 


deçà  des  Pyrénées  :  mais  nous  en  ignorons 
le  détail;  il  y  a  seulement  lieu  de  croire 
que  ce  fut  alors  qu'ils  coururent  l'Aquitaine, 
&  qu'ils  ravagèrent  les  frontières  de  cette 
province  du  côté  de  la  Septimanie,  comme 
le  Vêlai,  le  Gévaudan,  le  Rouergue,  &c. ,  car 
Bède  ajoute  qu'ils  furent  battus  peu  de  temps 
après,  dans  la  même  province.  Or,  si  cela 
doit  s'entendre  de  la  bataille  de  Poitiers, 
ainsi  que  le  prétend  le  P.  Pagi,  il  n'y  a  pas 
lieu  de  douter  qu'ils  n'aient  couru  &  ravagé 
l'Aquitaine  ou  les  États  d'Eudes  en  729. 
Nous  savons,  d'ailleurs,  que  ce  duc"*  acheta 
bientôt  après  la  paix  de  ces  infidèles  par  le 
mariage  de  sa  fille  avec  le  général  Munuza. 
L'inaction  où  demeurèrent  les  Sarrasins 
jusqu'en  782  fut  le  fruit  de  cette  paix,  & 
c'est  sans  aucune  autorité  que  le  P.  le 
Cointe'  rapporte  sous  l'an  731  le  ravage  de 
la  Bourgogne  par  ces  infidèles. 

VIII.  La  quatrième  &  la  plus  fameuse 
irruption  des  Sarrasins  en  deçà  des  Pyré- 
nées fut  celle  qu'ils  entreprirent  en  782 , 
sous  la  conduite  d'Abdérame.  Presque  tous 
nos  modernes  conviennent  de  cette  épo- 
que, &  elle  n'a  rien  de  contraire  à  la  chro- 
nologie marquée  dans  Isidore  de  Béja, 
quoi  qu'en  disent"  le  P.  le  Cointe  &  M.  de 
Marca,  qui  prétendent  que,  suivant  cet 
historien,  la  bataille  de  Poitiers,  où  ce  gé- 
néral arabe  fut  tué,  dut  se  donner  l'an  784. 
Il  paroît,  au  contraire,  si  on  examine  le 
texte  d'Isidore,  qu'Abdérame  dut  finir  ses 
jours    en    782.    Cet    historien    lui    donne 


'  Bède,  H'ist.  eccles.  gent.  Anglorum ,  1.  5,  c.   24. 

"Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum  1.  4, 
p.  491.  —  Mabillon,  ad  ann,  729,  n.  5. 

'  Voyez  Pagi,  ad  ann.  729,  n.  5. 

■*  Chron'icon  Isidori  Pacensis,  p.   i8. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  731,  n.  i. 

"  Le  Cointe,  ad  ann.  782,  n.  71 .  —  Marca  H'is- 
pan'ica,  c.  235. 


Nous  avons  déjà  montré"  que  Zama  suc- 
céda à  Alahor  en  718,  &  qu'il  fut  tué  devant 
Toulouse ,  vers  le  mois  de  mai  de  l'an  721  ; 
qu'Ambiza,  qui  prit  la  place  du  premier  un 
mois  après,  mourut  l'ère  768  ou  l'an  725, 
après  avoir  administré  l'Espagne  pendant 
quatre  ans  &  demi.  Jahic,  successeur  immé- 
diat d'Ambiza,  gouverna,  suivant  Isidore', 
près  de  trois  ans,  ou  comme  l'explique  Ro- 
deric'*  de  Tolède,  deux  ans  &  demi.  Il  fut 
donc  relevé  au  plus  tard  vers  le  milieu  de 
l'an  728'  par  Codoyffa,  son  successeur  im- 
médiat; ce  dernier,  après  six  mois*  de  gou- 
vernement, eut  pour  successeur  pendant 
quatre  mois  Attuman,  qui,  par  conséquent, 
ne  gouverna  les  Etats  des  Sarrasins  en  Es- 
pagne que  jusque  vers  la  fin  du  mois  d'a- 
vril de  l'an  729.  Or,  Alcuta ,  successeur 
d'Attuman  &  prédécesseur  immédiat  d'Ab- 
dérame, ne  fut  en  place  que  pendant'  dix 
mois.  Ce  dernier  aura  donc  été  nommé  Éd.orig 
gouverneur  d'Espagne  en  780,  suivant  Isi-  pl'gg^ 
dore,  &  au  plus  tard  au  mois  de  mars  de  la 
même*  année. 

On  devroit  même  rapporter  la  défaite  & 
la  mort  de  ce  général  à  l'an  781,  si  on  vou- 
loit  suivre  scrupuleusement  l'autorité  d'Isi- 
dore de  Béja;  car  si  cet  auteur  parle  sous 
cette  année  du  commencement  du  gouver- 
ment  d'Abdérame  en  Espagne,  il  parle  aussi 
en  même  temps  de  sa  fin  &  par  conséquent 
de  sa  défaite  &  de  sa  mort  à  la  bataille  de 
Poitiers;  il   lui  donne  cependant,  dans  le 


'  Chron'icon  Isidori  Pacensis,  p.  17. 
^  Note  LXXXII,  n.  9. 

'  Chronicon  Isidori  Pacensis,  p.  F  5  &  16. 
^  Roderic  de  Tolède,  Hist.  arab.  c.  1  1 . 
5  Chronicon  Isidori  Pacensis,  p.  17.  —  Voyez  Pagi, 
ad  ann.  728,  n.  2. 

^  Chronicon  Isidori  Pacensis,  p.  17. 

7  Ihid. 

*  Ferreras,  Histoire  d'Espagne,  t.  4,  p.  46. 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


207 


Note 


même  endroit,  trois  années  d'administra- 
tion 3  ce  qui  fait  voir  que  cet  historien  a 
rapporté  sous  une  même  époque  tout  ce 
qui  regarde  ce  gouverneur  d'Espagne  ,  sa- 
voir sous  l'an  781,  temps  auquel  la  révolte 
du  général  Munuza  lui  donna  occasion  de 
se  mettre  en  armes  &  de  venir  l'année  sui- 
vante dans  les  Gaules,  où  il  mourut.  D'ail- 
leurs Isidore  fait  mention  d'Abdérame  sous 
l'ère  767  ou  l'an  729  deJ.-C.  au  sujet  delà 
déposition  d'Alcuta,  son  prédécesseur.  Il  est 
vrai  qu'il  ne  parle  d'Abdelmélec,  successeur 
d'Abdérame  que  sous  l'an  784  de  J.-C; 
mais  comme  il  donne  à  celui-là  quatre  an- 
nées de  gouvernement,  &  qu'il  lui  fait  suc- 
céder Aucupa  en  787,  il  faut  par  consé- 
quent qu'Abdelmélec  ait  commencé  de  gou- 
verner avant  l'an  784,  &  vers  les  premiers 
mois  de  l'an  733,  ce  qui  convient  parfaite- 
ment avec  l'époque  de  la  mort  d'Abdérame, 
tué  en  octobre  de  l'an  782  ,  car  il  dut 
s'écouler  quelques  mois  avant  que  le  calife 
ne   le  remplaçât. 

IX.  Si  nos  modernes  sont  d'accord  sur 
l'époque  de  la  défaite  du  général  Abdérame 
auprès  de  Poitiers,  ils  ne  le  sont  pas  de 
même  sur  les  circonstances  de  son  irrup- 
tion dans  les  Gaules. Le  P.  le  Cointe",  suivi 
de  quelques  autres,  trompé  par  Roderic 
de  Tolède',  la  fait  commencer  en  731.  Il 
prétend  qu'Abdérame  vainquit  alors  les 
François  auprès  du  Rhône;  qu'il  ravagea 
ensuite  tout  le  royaume  de  Bourgogne  des 
deux  côtés  de  ce  fleuve;  que  l'année  sui- 
vante' il  agit  avec  deux  corps  d'armée, 
savoir  vers  le  Rhône  &  la  Bourgogne  par 
ses  lieutenans,  &  en  personne  dans  l'Aqui- 
taine, où  il  fut  défait  par  Charles  Martel. 
Le  P.  Daniel ■*  assure  d'un  autre  côtéqu'y4^- 
dérame  ayant  passé  les  Pyrénées,  partagea  ses 
troupes;  qu  une  partie  courut  la  Bourgogne  & 
la  Provence,  &■  se  saisit  d'Arles  où  les  Fran- 
çois reçurent  un  grand  échec  ;  que  ce  géné- 
ral traversa  toute  la  nouvelle  Gascogne , 
prit  avec  son  corps  d'armée  Bordeaux ,  passa 
la  Garonne  S-  la  Dordogne ,  &  défit  Eudes 
campé  au  delà  de  cette  rivière  ;  qu'après  avoir 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  78 1 ,  n.  i . 

'  Roderic  de  Tolède,  Hist.  arab.  c.  i3. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  782,  n.  21  &  48. 

^  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  1,  p.  862  &  seq. 


réuni  toutes  ses  forces,  il  continua  sa  marche 
par  la  Saintonge  &  le  Périgord;  qu'il  prit 
Poitiers,  pilla  &  brûla  plusieurs  petites  villes, 
&  s'empara  de  la  plupart  de  celles  du  Rhône 
&  de  la  Saône  ;  qu'il  vint  ensuite  jusqu'à  Sens 
qu'il  assiégea  &  qu'il  ne  put  prendre;  qu'il 
marcha  enfin  vers  Tours,  &  qu'il  rencontra 
Charles  M.artel  entre  cette  ville  &  Poitiers  ou 
se  donna  la  bataille.  Mais  la  plupart  de  ces 
circonstances  paroissent  fabuleuses. 

1°  Il  est  faux  qu'Abdérame  ait  pris  Poi- 
tiers :  M.  de  Valois  '  qui  l'avoit  cru  d'abord, 
s'est  rétracté  dans  les  errata  de  son  troisième 
volume.  Ce  général  ne  s'empara  que  des 
faubourgs  de  cette  ville  où  étoit  l'église  de 
Saint-Hilaire  à  laquelle  il  mit  le  feu.  2°  Ni 
Abdérame,  ni  ses  lieutenans  ne  coururent' 
la  Bourgogne  &  n'assiégèrent  la  ville  de 
Sens  en  781  ou  en  782.  La  seule  narra- 
tion d'Isidore'  de  Béja,  auteur  contempo- 
rain, suffit  pour  démontrer  l'impossibilité 
de  ces  prétendues  courses  des  Sarrasins 
dans  cette  occasion.  Suivant  ^  cet  historien,' 
ce  général  ne  passa  qu'une  seule  fois  les 
Pyrénées,  &  n'alla^  alors  que  dans  la  Gas- 
cogne &  l'Aquitaine  où  il  fut  défait  &  tué. 
D'ailleurs,  Isidore,  non  plus  que  le  Conti- 
nuateur de  Frédégaire*  &  l'auteur  des 
Annales  d'Anianeoude  Moissacqui  parlent 
assez  au  long  de  l'expédition  d'Abdérame, 
ne  disent  rien  ni  de  la  prise  de  Poitiers,  ni 
du  siège  de  Sens  par  ce  général.  Ils  parlent 
encore  moins  du  ravage  de  la  Bourgogne 
&  des  pays  situés  aux  environs  du  Rhône 
par  les  infidèles  durant  cette  irruption.  Il 
est  vrai  que  le  chronographe^  de  Bèze  place 
la  désolation  de  cette  abbaye  par  les  Sarra- 
sins en  731,  mais  il  dit  en  même  temps  que 
cet  événement  arriva  la  même  année  que 
les  infidèles  ruinèrent  la  ville  d'Autun.  Or, 
il  est  certain  par  les  Annales  d'Aniane  qu'ils 
prirent  cette  ville  l'an  726,  ce  qui  fait  voir 
qu'ils   entrèrent  alors   en   Bourgogne,  & 


'  Adrien    de  "Valois,    errata    ad    lib.    24    Rerum 
Francicarum  p.  486. 
'  Ihid. 

'  Chronicon  Isidori  Pacensis,  p.  17  &  18. 
^  Ihid. 

^  Marca  Hispanica,  p.  235. 
^  Continuateur  de  Frédégaire,  c.  107  &  suiv. 
'  Spicilegium,  t.   1,  p.  627. 


Note 


208 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


qu'on  doit  reporter  à  cette  époque  la  plu- 
part des  ravages  qu'ils  firent  à  droite  de  la 
Saône  &  du  Rhône,  &  que  plusieurs  de  nos 
modernes  mettent  en  ySi. 

X.  Le  P.  Daniel",  trompé  par  Roderic 
de  Tolède  ou  par  Mariana,  qu'il  a  suivi 
trop  aveuglément,  nous  donne  encore  plu- 
sieurs circonstances  de  la  défaite  d'Abdé- 
rame  qui  ne  sont  pas  plus  certaines.  Il 
dit  :  «  Que  Charles  Martel  avoit  rassem- 
«  blé  une  armée  composée  non-seulement 
«  des  troupes  d'en  deçà  du  Rhin,  mais  en- 
'(  core  de  ses  sujets  delà  Germanie j  sujets, 
«  dit-il,  qu'on  n'appeloit  jamais  que  dans 
«  les  pressantes  nécessités  de  l'Etat.  »  U 
compare  la  taille  gigantesque  de  ces  Ger- 
mains avec  la  petitesse  des  Arabes.  Mais  si 
cet  historien  avoit  eu  recours  à  l'original 
d'où  Roderic  a  pris  ce  fait  qu'il  a  mal  en- 
tendu, c'est-à-dire  à  la  Chronique  d'Isi- 
dore de  Béja,  il  auroit  vu  que  ce  dernier  ne 
nous  dit  rien  des  soldats  germains  qu'il 
prétend  avoir  été  appelés  par  Charles 
Martel  dans  cette  occasion  j  &  qu'Isidore 
ne  fait  qu'opposer  la  valeur  &  la  force  des 
peuples  du  Nord,  c'est-à-dire  des  François, 
à  la  faiblesse  &  à  la  petite  taille  de  ceux  du 
Midi  ou  des  Arabes.  Atque  dum  acrîter  dimi- 
cant,  dit  cet  auteur  %  gentes  septentriona- 
les in  ictu  ocult,  ut  paries,  immobiles  perma- 
nentes... Arabes  gladio  enecant,  &c.  Il  s'agit 
ici  non  pas  des  troupes  germaniques,  mais  de 
toutes'  celles  dont  l'armée  de  Charles  Mar- 
tel étoit  composée,  &  à  qui  Isidore  dans  le 
même  endroit  donne  le  nom  de  Gens  Aus- 
triae  ou  à'Europenses ,  par  opposition  aux 
Asiatiques,  ou  Arabes,  &  aux  Africains,  ou 
Maures,  qui  formoient  l'armée  d'Abdérame. 
On  n'oseroit  dire  qu'il  n'y  avoit  que  des 
Germains  dans  celle  de  Charles  :  Roderic 
n'a  donc  pas  entendu  son  original  dont  il 
rapporte  plusieurs  phrases  entières,  &  il  a 
entraîné  dans  son  erreur  ceux  qui  se  sont 
contentés  de  le  copier,  au  lieu  d'avoir  re- 
cours à  la  source.  Comment  dans  une  ir- 
ruption si  subite,  à  laquelle  Charles  Martel 
ne  s'attendoit  pas,  &  qu'il  ne  se  mit  en  état 


'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i ,  p.  363. 
'  Chronicon  Isidori  Pacensis,  p.  1  8. 
^  Adrien    de  Valois,  Rerum    Francicarum 
p.  487. 


24» 


de  repousser'  qu'après  qu'Eudes  eut  été  dé- 
fait auprès  de  la  Dordogne  &  qu'il  l'eutprié 
de  le  secourir,  ce  prince  auroit-il  pu  faire 
passer  le  Rhin  &  appeler  du  fond  de  la 
Germanie  des  troupes  étrangères  pour  ve- 
nir combattre  auprès  de  Poitiers  contre  une 
armée  qui  s'étoit  répandue  tout  à  coup  en 
France  ?  Ne  sait-on  pas  d'ailleurs,  que  pour 
lors  les  nations  germaniques  refusoient  de 
reconnaître  l'autorité  de  Charles  &  d'obéir 
à  ses  ordres  ?  Mais  ce  qui  met  la  méprise  de 
Roderic  de  Tolède  dans  tout  son  jour,  c'est 
que  l'auteur  contemporain  '  de  la  Vie  de 
S.  Eucher,  évèque  d'Orléans,  parlant  de 
cette  même  irruption  des  Sarrasins  (les- 
quels, selon  lui,  ne  pénétrèrent  alors  qu'en 
Aquitaine),  dit  que  dès  que  Charles  en  fut 
averti,  il  assembla  promptement  une  armée 
de  François  &  de  Bourguignons  pour  aller  à 
leur  rencontre,  &  qu'il  remporta  sur  eux 
une  mémorable  victoire.  Interea  gens  nefanda 
Ismaëlitarum  ex  propriis  cubicuUs  egressa,  ad 
depopulandam  provinciam  AquitANIAM  in- 
gressa ,  imminenti  periculo  sui  exercitus  cunc- 
tam  vastans  supellectilem,  civitates  vel  cas- 
tella  nititur  expugnare.  Audiens  haec  Carolus 
princeps ,  collectis  gentibus  Burgundionum 
Francorumque,  obviam  illis,  &c.  On  voit  par 
ce  passage  que  l'armée  de  Charles  n'étoit 
composée  que  de  François  &  de  Bourgui- 
gnons sans  aucun  mélange  de  Germains. 

XI.  Nous  n'ignorons  pas  que  les  PP.  le 
Cointe'  &  Pagi,  après  les  BoUandistes , 
prétendent  que  l'auteur  de  la  Vie  de  S.  Eu- 
cher parle  dans  cet  endroit  de  la  défaite 
des  Sarrasins  par  Charles  Martel  auprès  de 
Narbonne  l'an  767  &  non  de  la  bataille  de 
Poitiers,  parce  que,  disent-ils,  le  saint,  sui- 
vant l'auteur  de  sa  vie,  fut  exilé  la  seizième 
année  de  son  épiscopat,  &  qu'il  avoit  été 
élu  par  l'autorité  de  Charles  Martel  ;  or,  con- 
tinuent-ils, si  S.  Eucher  fut  exilé  en  782, 
après  la  bataille  de  Poitiers ,  il  devoit 
avoir  été  élu  en  716,  mais  Charles  Martel 

'  Chronicon  Isidori  Pacensisj  p.   18. 

'  BoUandistes,  20  févr.  p.  218.  —  Mabillon , 
Acta.  Sanctorum  ordinis  S.  Benedicti,  saec.  3,  part,  i , 
p.  598. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  737,  n,  3i,  &  seq.  —  Pagi, 
ad  ann,  731,  n.  16  &  seq.  —  BoUandistes,  20  févr. 
p.  218. 


Note 
84 


Éd.  orig. 

t.  I,'' 

p.  697. 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


209 


Note 


n'avoit  alors  aucun  pouvoir  dans  le  royaume 
de  Neustrie.  Son  élection  étant  donc  posté- 
rieure à  l'an  716,  son  exil  doit  être  arrivé 
longtemps  après  l'an  ySi.  Il  est  aisé  de  ré- 
pondre à  cette  objection. 

1°  S.  Eucher  peut  avoir  été  élu  par  le 
crédit  de  Charles  Martel  peu  de  temps 
après  le  mois  de  mars  de  l'an  717  que  ce 
maire  du  palais  se  rendit  maître  de  la  Neus- 
trie',  après  la  bataille  de  Vinci.  Suivant 
ce  calcul,  il  pouvoit  être  dans  la  seizième 
année  de  son  épiscopat  au  mois  d'octobre 
de  l'an  732.  Il  est  vrai  que  le  roi  Chilpéric 
rentra  quelque  temps  après  dans  la  posses- 
sion d'une  partie  de  ses  Etats,  &  que  Char- 
les ne  l'en  dépouilla  entièrement  que  l'an- 
née suivante;  mais  il  est  constant,  selon 
l'Annaliste  de  Metz,  que  ce  maire  du  palais 
poursuivit  Chilpéric  jusqu'à  Paris  après  la 
bataille  de  Vinci,  &  qu'alors  il  se  rendit 
maître  de  la  Neustrie,  cunctaque  regione  llla 
subacta,  &c.,  ce  qui  suffit  pour  qu'il  ait  pu 
contribuer  en  ce  temps-là  à  l'élection  de 
S.  Eucher. 

2°  On  peut  supposer  que  ce  prélat  ne 
fut  élu  qu'en  718,  peu  de  temps  après  la 
fuite  du  roi  Chilpéric  en  Aquitaine  &  l'en- 
tière soumission  de  la  Neustrie  à  Charles  , 
&  qu'il  ne  fut  exilé  qu'en  733,  quelques 
mois  après  la  bataille  de  Poitiers  :  car  l'au- 
teur de  sa  vie  ne  dit  pas  qu'il  ait  été  exilé 
d'abord  après  cette  bataille  qui  se  donna  au 
mois  d'octobre.  Nous  savons,  en  effet,  que 
l'auteur"  des  Annales  du  monastère  deSaint- 
Tron,  où  S.  Eucher  fut  inhumé,  assure  qu'il 
ne  fut  envoyé  en  exil  qu'en  733. 

3°  Le  P.  Mabillon  %  quia  vu  les  mêmes 
difficultés,  soutient,  après  M.  de  Valois*, 
que  S.  Eucher  fut  exilé  en  732,  quoiqu'il 
ne  mette  son  élection  que  vers  l'an  720. 
Il  fait  voir  que  c'est  là  le  véritable  sens  de 
l'auteur  de  sa  vie,  selon  lequel  ce  prélat 
mourut  la  sixième  année  de  son  exil  :  or, 
s'il  n'avoit  été  relégué  qu'en  737,  après  la 
bataille    de    Narbonne,    il  auroit  survécu 


'  Annal,  Mettens.  ad  ann.  717. 

'  BoUandistes,  20  febr.  p.  210  &  seq. 

^  Mabillon,  Acta  SS,  Ordtnis  S.Benedict'i,  p,  697, 
ad  ann.  532,  n,  i  3  ;  ad  ann.  738,  n.  ^j\. 

^  Adrisn  de  Valois,  Rcrum  Francicarum  1.  24, 
p.  480. 

II. 


longtemps  à  Charles  Martel,  &  les  enfans  de 
ce  prince  l'auroient  infailliblement  rétabli 
dans  son  évéché;  on  sait  cependant  qu'il 
mourut  exilé.  Sa  mort  dut  donc  précéder 
l'an  741,  &  son  exil  l'an  737  :  c'est  le  rai- 
sonnement de  D.  Mabillon. 

4°  Enfin  ceux  qui  prétendent  que  S.  Eu- 
cher ne  fut  exilé  qu'en  737,  après  la  ba- 
taille de  Narbonne,  sont  obligés  de  dire 
que  l'auteur  de  sa  vie  a  voulu  désigner  la 
Narbonnoise  par  le  mot  Aquitanîam.  Mais 
il  est  sans  exemple  qu'on  ait  ainsi  confondu 
dans  ce  temps-là  ces  deux  provinces;  au 
lieu  qu'en  supposant  que  cet  auteur  veut 
parler  des  ravages  que  les  Sarrasins  commi- 
rent dans  l'Aquitaine  propre,  avant  la  ba- 
taille de  Poitiers,  tout  s'accorde  parfaite- 
ment. 

XII.  Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  dis- 
cuter les  autres  circonstances  de  la  bataille 
de  Poitiers  rapportées  par  quelques  moder- 
nes, comme  la  perte  prodigieuse  qu'ils  at- 
tribuent aux  Sarrasins,  dans  cette  occasion, 
de  trois  cent  soixante-quinze  mille  hommes 
des  leurs,  tués  sur  la  place,  tandis  qu'ils 
prétendent  que  les  François  ne  perdirent 
que  quinze  cents  soldats  ;  ce  qui  n'est  ap-. 
puyé  que  sur  l'autorité  de  Paul  Diacre' 
&  d'Anastase  le  Bibliothécaire",  laquelle 
ne  peut  s'appliquera  la  victoire  de  Charles 
Martel  sur  ces  infidèles  à  la  bataille  de 
Poitiers.  Le  témoignage  de  ces  deux  histo- 
riens est  à  peu  près  le  même  :  or,  selon 
Anastase,  qui  ne  dit  rien  de  Charles  Martel, 
Eudes  envoya  la  relation  de  la  défaite  des 
Sarrasins  au  pape  Grégoire  II,  qui  mourut 
au  mois  de  février  de  l'an  731.  Cet  auteur 
ne  peut  donc  avoir  voulu  parler  de  la  ba- 
taille de  Poitiers  donnée  au  mois  d'octobre 
de  l'année  suivante.  Aussi  nos  plus  habiles 
critiques'  sont  obligés  de  supposer  une 
bataille  antérieure  à  celle-là,  où  ils  préten- 
dent que  ce  duc  fit  un  si  horrible  carnage 
des  infidèles;  ce  qui  doit  s'entendre,  sans 
doute,  de  leur  défaite  devant  Toulouse, 
qui  est  le  seul  échec  qu'ils  aient  souffert 
de  la  part  d'Eudes,  dont  les  anciens  histo- 

'  Paul  Diacre,  Historia  Lang.  1.  6,  c.  46. 
'  Anastase,  Vita  Greg.  II. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  725,  n.  16  &  seq.}  ad  ann. 
782,  n.  68.  —  Pagi,  ad  ann.  jz5,  n.  4. 

'4 


Note 
84 


210 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  698. 


riens  fassent  mention.  M.  de  Valois'  révo- 
que en  doute  avec  raison  un  si  prodigieux 
nombre  de  morts. 

XIII.  Il  n'est  pas  bien  certain  si  Eudes  se 
trouva  en  personne  à  la  bataille  de  Poitiers. 
Il  est  vrai  que  Paul  Diacre'  prétend  que 
les  Sarrasins  furent  entièrement  défaits  par 
Charles  Martel  &  ce  duc  qui  s'étoient  joints, 
mais  il  paroît,  comme  nous  l'avons  déjà 
dit,  que  cet  historien  confond  la  bataille 
de  Toulouse  avec  celle  de  Poitiers.  Ainsi, 
on  ne  sauroit  s'appuyer  sur  son  témoignage 
ni  sur  celui  des  historiens  postérieurs  qui 
avancent  le  même  fait,  &  qui  l'ont  sans 
doute  pris  de  lui.  Ce  qu'il  y  a  de  certain  , 
c'est  qu'Isidore  de  Béja^  auteur  contempo- 
rain, n'en  dit  rien.  Il  semble,  d'ailleurs, 
qu'Eudes  ayant  été  déjà  entièrement  défait 
par  les  infidèles,  il  n'étoit  guère  en  état  de 
leur  tenir  tète. 

Suiva-nt  M.  deMarca',  ce  duc  perdit  du- 
rant cette  irruption  deux  batailles  consé- 
cvitives,  l'une  aux  bords  de  la  Garonne  & 
l'autre  en  deçà  ou  à  la  droite  de  la  Dordogne, 
ce  qu'on  peut  fonder  d'un  côté  sur  l'Anna- 
liste d'Aniane"*  qui  met  la  défaite  d'Eudes 
sur  les  bords  de  la  Garonne,  &  de  l'autre, 
sur  Isidore''  de  Béja,  suivant  lequel  ce  duc 
fut  battu  auprès  de  la  Dordogne.  Il  peut  donc 
se  faire  que  les  Sarrasins  lui  aient  livré 
deux  combats  différens,  à  moins  que  ces 
infidèles  ne  l'aient  attaqué  entre  ces  deux 
rivières,  ce  qui  pourroit  peut-être  concilier 
les  deux  historiens.  Quoi  qu'il  en  soit,  si 
Eudes  fut  défait  deux  fois  par  Abdérame,  il 
ne  le  fut  jamais  par  ce  général  du  côté^ 
d'Arles,  comme  Roderic  de  Tolède  l'avance 
mal  à  propos. 

XIV.  C'est  à  cette  irruption  qu'il  faut 
rapporter  la  désolation  de  la  Gascogne  &  de 
presque  toute  l'Aquitaine  par  les  Sarrasins 
qui  s'étoient  étendus,  avant  leur  défaite,  de- 
puis les  Pyrénées  jusqu'au  delà  de  Poitiers, 

'  Adrien  de  Valois,  Rerum  Franclcarum  1.  24, 
p.  490  &  seq. 

'  Paul  Diacre,  Historia  Lang.  1.  6,  c.  46. 

'  Marca  Hispan'ica,  p.  235. 

^  Voyez  dans  les  Preuves  de  ce  volume,  aux 
Chroniques,  les  Annales  d'Aniane. 

^  Ckronicon  Is'idori  Pacensis,  p.   18. 

"  Adrien  de  Valois,  Rerum  Franclcarum  1.  24, 
p.  490  Se  seq.  —  Marca  Hispan'ica,  p.  235. 


&  qui,  à  leur  retour,  ayant  pris  le  chemin 
de  la  Septimanie,  durent  passer  par  le  Li- 
mousin, le  Quercy,  le  Rouergue,  l'Albi- 
geois &  le  Toulousain  pour  arriver  dans 
cette  province. 

XV.  Le  P.  Pagi  '  suppose  que  ces  infi- 
dèles firent  une  nouvelle  irruption  en 
France,  l'an  ySS.  Il  donne  pour  garant  de 
ce  fait  le  Continuateur'  de  Frédégaire,  qui 
rapporte  à  la  vérité  que  Charles  Martel  se 
rendit  alors  en  Bourgogne  pour  pacifier 
les  troubles  qui  s'y  étoient  élevés,  mais  qui 
ne  parle  pas  des  Sarrasins.  Il  paroît  que  ce 
prince  n'entreprit  ce  voyage  que  pour 
étouffer  les  semences  de  révolte  qui  com- 
mençoient  déjà  à  se  former  dans  ce  royaume 
ou  en  Provence,  où  le  duc  Mauronte  & 
quelques  autres  gouverneurs  méditoientde 
se  soustraire  à  son  autorité  pour  se  rendre 
indépendans.  Il  est  vrai  que  cette  révolte, 
qui  éclata  quelques  années  après,  donna 
lieu,  dans  la  suite,  aux  Sarrasins  avec  les- 
quels les  rebelles  se  liguèrent,  dépasser  le 
Rhône  &  de  s'établir  au  delà  de  ce  fleuve; 
mais  ce  ne  fut  qu'en  786 '. 

XVI.  Ce  fut  cette  même  année  que  ces 
infidèles  se  rendirent  maîtres'*  de  la  ville 
d'Arles,  après  avoir  été  appelés  par  le  même 
Mauronte,  gouverneur  d'une  partie  de  la 
Provence  qui  s'étoit  révoltée  de  nouveau. 
Ce  duc,  avec  quelques  autres  gouverneurs 
du  royaume  de  Bourgogne,  qui  crurent 
ne  pouvoir  se  soutenir  dans  leurs  entre- 
prises qu'en  s'unissant  avec  les  Sarrasins, 
les  appelèrent'  à  leur  secours,  leur  livrè- 
rent Avignon,  &  les  introduisirent  au  delà 
du  Rhône.  Ces  barbares  s'étendirent  alors 
dans  toute  la  province  d'Arles,  où  ils  cau- 
sèrent des  maux  infinis ,  pendant  quatre 
années  consécutives*  que  durèrent  leurs 
courses  de  ce  côté-là.  Ainsi,  c'est  principale- 
ment à  cette  époque  qu'il  faut  rapporter  la 
désolation  dé  la  Provence  &:  des  autres  pays 
situés  au  delà  du  Rhône  &  de  la  Saône'. 

'  Pagi,  ad  ann.  733,  n.  i. 
°  Continuateur  de  Frédégaire,  c.   109,  p.  ôyS. 
'  Annales  d'Aniane,  aux  Preuves  de  ce  volume. 
"  Ibld. 

^  Continuateur  de  Frédégaire,  c.  1 09,  p.  677  &  678. 
*"  Annales  d'Aniane,  aux  Preuves  de  ce  volume. 
'  Adrien    de    Valois,    Rerum  Francicarum    1.  24, 
p.  5oo  81  seq. 


Note 
84 


Note 
84 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


21 1 


Note 

ADDIT. 


Note 
85 


XVII.  La  cinquième  irruption  des  Sarra-      longtemps    sous    la  domination  Françoise, 


NOTB 

82 


sins  en  France  commença  donc  en  736'  & 
continua  les  années  suivantes.  Charles  Mar- 
tel étant  venu  au  secours  des  provinces  dé- 
solées chassa  ces  infidèles,  en  737,  d'une  par- 
tie de  la  Provence,  &  les  poursuivit  jusqu'à 
Narbonneoùil  les  défit  auprès  de  cette  ville. 
Tandis  que  ce  prince  étoit  occupé, l'an  738, 
à  des  guerres  étrangères,  Mauronte,  qui 
étoit  encore  maître  de  toutes  les  montagnes 
de  Provence  avec  les  Sarrasins  ses  alliés,  se 
révolta  de  nouveau,  &  ces  infidèles  recom- 
mencèrent leurs  excursions  jusqu'à  ce  que 
Charles  Martel,  secouru  de  Luitprand,  roi 
des  Lombards,  soumit  le  premier  &  chassa 
entièrement  les  autres  des  provinces  situées 
le  long  du  Rhône,  en  739.  Depuis  ce  temps- 
là  Ies_  Sarrasins  ne  tentèrent  plus  aucune 
excursion  en  France,  du  moins  pendant  la 
vie  de  Charles  Martel. 

[.Addition  des  nouveaux  éditeurs.'] 

[La  plupart  des  questions  discutées  dans 
cette  Note  par  dom  Vaissete  ont  déjà  été 
traitées  dans  les  notes  du  premier  volume. 
Voyez  plus  loin  la  Note  consacrée  au  même 
sujet  dans  le  présent  volume.] 


&  y  étoient  encore,  le  premier  depuis 
l'an  5o8,  &  l'autre  depuis  l'an  533.  Celui  de 
Lodève,  après  avoir  appartenu  aux  Fran- 
çois, avoit  été  repris  par  les  Visigoths,  ses 
anciens  maîtres,  vers  la  fin  du  sixième  siè- 
cle^  les  sept  autres  avoient  toujours  dé- 
pendu jusqu'alors  de  la  monarchie  gothi- 
que. 

II.  Suivant  la  Chronique  d'Uzès  donnée 
parCaseneuve,  les  Visigoths  dévoient  avoir 
repris  cette  ville  au  milieu  du  huitième 
siècle,  puisque  les  François  s'en  étoient 
déjà  alors  emparés  sur  ces  peuples'.  Anno 
Domini  BCCLVI ,  dit  cette  chronique,  in- 
trante  mense  Aprili,  in  Nemauso  ac  Ucessia 
jam  redactis  sub  Francorum  dominio,  cessante 
dominio  Gothorum,  intravit  cornes  Radulfus, 
prout  reperitur  in  archivis  S.  Theoderiti  Uti- 
censis.  Si  ce  fait  est  bien  certain,  il  faut  que 
les  Visigoths  qui  habitoientla  partie  orien- 
tale de  la  Septimanie,  après  s'être  soustraits 
à  la  tyrannie  des  Sarrasins,  vers  l'an  738, 
aient  pris  Uzès  ou  sur  ces  infidèles  qui 
pouvoient  s'en  être  emparés,  ou  sur  les  en- 
fans  d'Eudes,  duc  d'Aquitainej  car,  au  juge- 
ment d'un  habile  critique',  cette  ville  fut  du 
domaine  de  ce  duc,  qui  dut  s'en  rendre 
maître  lorsqu'il  envahit  l'Aquitaine  Austra- 
sienne,  dont  elle  faisoit  partie.  Dans  cette 
supposition  ,  Ansemond  ,  seigneur  goth  , 
qui  se  soumit  à  Pépin  le  Bref,  en  752,  avec 
Nimes  &  les  autres  villes  du  voisinage,  dut 
aussi  livrer  celle  d'Uzès  à  ce  prince,  qui  la 
Epoque   de  Vunïon    de   la  Septimanie      réunit  par  là  au  domaine  de  la  couronne. 


NOTE  LXXXV 


ou  Narbonnoise  première  à  la  cou- 
ronne. 

Lt  a  Septimanie  renfermoit  huit  diocèses 
■L' lorsque  les  Sarrasins  s'en  emparèrent 
Sur  les  Visigoths,  vers  le  commencement 
du  huitième  siècle,  savoir  :  ceux  de  Nar- 
bonne,  ville  métropole  de  la  province,  de 
Béziers,  Nimes,  Agde,  Lodève,  Maguelonne, 
Carcassonne  &  Elne.  Ces  huit  diocèses  ou 
cités,  avec  ceux  de  Toulouse  &  d'Uzès,  com- 
posoienttoutela  Narbonnoise  première.  Les  ziers,  &  Maguelonne  au  roi  Pépin.  Or ^  selon 
deux    derniers  avoient  alors  passé  depuis 

'  Caseneuve,  Le  Franc-Alleu,  p.  285  &  suiv. 
*  Adrien  de  Valois,  Rerum  Francicarum    1.    23, 
'  Le  Coime,  ad  ann.  736,  n.  22  p.  ^33. 


Il  faut  avouer,  cependant,  qu'on  ne  sau- 
roit  faire  beaucoup  de  fonds  sur  cette  chro- 
nique, qui  est  du  moins  fort  erronée  sur  la 
chronologie.  Elle  ne  consiste  qu'en  dix  à 
douze  articles  que  son  auteur  a  recueillis, 
ou  des  anciens  titres  de  la  cathédrale  d'U- 
zès, ou  des  Annales  d'Aniane,  qu'il  a  trans- 
crits de  suite  dans  un  ancien  manuscrit,  & 
dont  11  rapporte  la  plupart  sous  une  fausse 
date.  Il  dit  dans  le  premier,  tiré  des  Anna- 
les d'Aniane,  qu'Ansemond  (qu'il  appelle 
Misemont)  livra  en  743  Nimes,  Agde,  Bé- 


Éd.orig. 

t.  1, 
p.   699. 


Note 
85 


212 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ces  Annales,  cet  événement  arriva  en  762  '. 
D'ailleurs,  Pépin  n'étoit  pas  encore  roi 
en  743.  Il  est  fait  mention  dans  le  quatrième, 
&  sous  l'an  755,  du  comte  Guillaume,  fon- 
dateur de  l'abbaye  de  Gellone,  &  on  ajoute 
que  la  même  année  S.  Benoît  fonda  celle 
d'Aniane;  mais  il  est  certain  que  ces  deux 
faits  sont  fort  postérieurs.  On  fait,  dans  le 
huitième  article,  Nébridius  archevêque  de 
Narbonne  en  773,  tandis  que  nous  savons 
qu'il  ne  remplit  ce  siège  que  longtemps 
après.  Tout  cela  fait  voir  que  si  l'auteur 
de  cette  chronique  a  puisé  dans  de  bonnes 
sources  les  faits  qu'il  rapporte,  on  ne  sau- 
roit  du  moins  compter  sur  sa  chronologie, 
&  que  c'est  mal  à  propos  que  quelques-uns 
de  nos  modernes ,  &  entre  autres  le  P.  le 
Cointe,  se  sont  appuyés  sur  un  fondement 
si  peu  solide. 

III.  Nous  venons  de  dire  que  suivant  les 
Annales  d'Aniane,  les  villes  de  Nimes, 
Béziers,  Agde  &  Maguelonne  se  soumirent, 
en  752,  à  Pépin.  Ce  prince  les  unit  alors 
pour  la  première  fois  au  domaine  de  la 
couronne.  L'Annaliste  de  Metz"  confirme 
cette  époque 3  car,  selon  cet  auteur,  Pépin 
conduisit  une  armée  dans  la  Gothie,  en  762, 
forma  le  siège  de  Narbonne,  &  se  rendit 
maître  de  cette  ville  au  bout  de  trois  ans. 
Il  paroît  que  l'Annaliste  d'Aniane  convient 
avec  celui  de  Metz  de  l'époque  de  ce  siège 
par  Pépin,  puisque  après  avoir  rapporté  que 
les  villes  de  Nimes,  d'Agde,  &c. ,  se  soumirent 
à  ce  prince  en  762,  il  ajoute  sous  la  même 
année  :  Ex  eo  die  Franci  Narbonam  infestant; 
mais  il  n'est  pas  d'accord  avec  cet  auteur 
sur  celle  de  la  reddition  de  cette  place, 
qu'il  met  en  759.  Nous  avons  cru  devoir  pré- 
férer son  autorité  à  celle  de  l'Annaliste  de 
Metz,  tant  parce  qu'il  est  plus  ancien,  que 
parce  qu'écrivant  dans  le  pays,  il'devoit  être 
mieux  informé.  Ce  qu'il  dit  de  la  prise  de 
Narbonne  par  les  François  est  d'ailleurs 
confirmé  par  Gervais  deTilbéri'  ou  le  ma- 
réchal d'Arles  ,  auteur  qui  n'a  écrit  à  la  vé- 
rité qu'au  douzième  siècle  ou  au  commence- 
ment du  treizième,  mais  qui  étoit  parfaite- 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume  les  Annales 
d'Aniane. 

''  Annal.  Mettens.  p.  275. 
'  Gervais  de  Tilbéri,  p.  940. 


ment  instruit  de  ce  qui  s'étoit  passé  dans 
la  province  au  voisinage  de  laquelle  il  fit 
un  long  séjour,  &  qui  enfin,  au  jugement 
de  nos  meilleurs  critiques,  a  pris  dans  de 
bonnes  sources'  ce  qu'il  rapporte  touchant 
les  Sarrasins  &  la  prise  de  Narbonne  p»r 
les  François  sur  ces  infidèles. 

IV.  La  soumission  de  cette  capitale  fut 
suivie  de  celle  du  reste  delà  Septimanie" 
&  de  l'union  de  toute  cette  province  à  la 
couronne,  qui  par  là  tomba  enfin  pour  la 
première  fois  sous  la  domination  françoise. 
Si  donc  les  villes  de  Carcassonne  &  de 
Lodève  étoient  encore  alors  sous  l'obéis- 
sance des  Goths  ou  celle  des  Sarrasins,  ce 
que  nous  ignorons,  elles  durent  se  rendre 
aux  François  en  même  temps,  à  moins  que 
les  ducs  d'Aquitaine  ne  s'en  fussent  empa- 
rés. Dans  ce  dernier  cas,  ces  deux  villes 
n'auront  été  unies  à  la  couronne,  pour  la 
première  fois,  que  huit  à  neuf  ans  après, 
lorsque  Pépin  eut  achevé  de  soumettre 
tous  les  pays  possédés  par  Waïfre,  petit- 
fils  &  successeur  d'Eudes,  duc  d'Aquitaine. 


NOTE  LXXXVI 

Restitution  d'une  transposition  dans  le 
Continuateur  de  Frédégaire.  —  Epo- 
que de  la  bataille  qui  se  donna  entre 
Pépin  6*  Waijre. 


I.T  'exactitude  sur  la  chronologie  est 
i-'  si  nécessaire,  pour  ne  pas  se  tromper 
dans  la  narration  des  faits  historiques, 
qu'on  ne  sauroit  la  négliger  sans  tomber 
dans  des  fautes  considérables.  Nous  en 
avons  un  exemple  dans  plusieurs  de  nos 
modernes,  qui,  dans  ce  qu'ils  rappor- 
tent touchant  la  guerre  d'Aquitaine  entre 
Pépin  &  Waïfre,  ont  renversé  l'ordre  des 
faits  pour  n'avoir  pas  pris  garde  à  la  trans- 
position d'un  chapitre  dans  le  quatrième 
Continuateur  de  la  Chronique   de  Frédé- 


'  Adrien    de  Valois,   Rerum    Francicarum  1.   24, 
p.  5o5. 

*  Annal.  Mettens.  —  Gervais  de  Tilbéri,  p.  940. 


Note 
85 


Note 
86 


Note 
86 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2l3 


gaire,  ce  qui  leur  a  fait  inventer,  pour  lier 
les  faits,  plusieurs  circonstances  contraires 
à  la  vérité  de  l'histoire.  Ce  chapitre  est 
le  iSo*'  de  cette  Continuation  dans  l'édi- 
tion de  Dom  Ruinart'j  il  doit  être  placé 
immédiatement  après  le  chapitre  126  avec 
ces  trois  lignes  qui  le  précèdent  &  qui  ter- 
minent le  chapitre  129  :  Iterum,  eo  anno, 
cum  omni  exercitu  suo,  praedictus  rex  Pîppi- 
nus  ad  sedem  proprïam  reversas  est. 

II.  La  preuve  que  nous  donnons  de  cette 
transposition  est  que,  suivant  l'ordre  des 
faits  rapportés  dans  le  texte  du  Continua- 
teur de  Frédégaire,  tel  qu'il  est  imprimé, 
tout  le  chapitre  i3o  devroit  appartenir  à 
l'année  765,  que  Dom  Ruinart  a  aussi  mar- 
quée à  la  marge.  Or,  il  est  constant  que 
les  expéditions  attribuées  à  Pépin  dans  ce 
chapitre  se  passèrent  en  763,  &  que  ce 
prince  demeura  dans  l'inaction  &  ne  sortit 
pas  de  ses  Etats  pendant  tout  l'an  765,  ainsi 
que  l'attestent  tous  nos  autres"  anciens  his- 
toriens, entre  autres  EginhardSc  l'Annaliste 
de  Metz. 

Suivant  ce  qui  est  rapporté  dans  ce  cha- 
pitre, Pépin  s'étant  rendu  à  Nevers  y  tint 
l'assemblée  du  champ  de  Mai;  il  passa 
ensuite  la  Loire ,  entra  dans  le  Limou- 
sin, &  rencontra  enfin  le  duc  Waïfre  qui 
lui  présenta  la  bataille  &  qui  fut  entière- 
ment défait.  On  voit,  au  contraire,  dans  les 
mêmes  historiens,  que,  l'an  765, Pépin  tint' 
l'Assemblée  du  Champ  de  Mai  à  Attigny-sur- 
Aisne  &  non  pas  à  Nevers;  que  la  seule 
fois  qu'il  la  tint  dans  cette  ville,  pendant  la 
.guerre  d'Aquitaine  contre  Waïfre,  ce  fut  ^  en 
763  &  qu'aussitôt  après,  ayant  passé  dans 
l'Aquitaine,  il  s'avança  jusqu'à  Cahors,  pé- 
nétra jusqu'à  Limoges ,  &c.  Par  conséquent 
tout  ce  qui  est  contenu  dans  le  chapitre  i3o 
de  la  Continuation  de  Frédégaire,  ayant 
suivi  immédiatement  l'assemblée  de  Nevers, 
doit  être  rapporté  à  l'an  763,  &  ce  dut  être 
dans  la  mème^  année  que  Waïfre,  ayant 
présenté  la  bataille  à  Pépin,  fut  battu  par 

'  Continuateur  de  Frédégaire,  p.  698. 
'  Duchesne,  t.  2,  p.  i3,  27,  236. —  Éginhard. — 
Annal,  Mettens.   t.  3,  278. 
'  Eginhard  &  Annal.  Mettens. 
"  liid. 
'  Continuateur  de  Frédégaire,  c.   i3o. 


Note 
86 


ce  prince,  comme  il  est  dit  dans  le  même 
endroit  du  Continuateur  de  Frédégaire.  Il 
s'ensuit  de  ce  que  nous  venons  de  dire  que 
ce  ne  fut  pas  en  766  que  ce  duc  fit,  pour  ré- 
parer ses  pertes,  ce  qu'il  n'avoit  encore  osé  Éd.orig 
faire  depuis  le  commencement  de  la  guerre  en  p'^oo. 
présentant  la  bataille  à  Pépin,  comme  le  dit 
un  de  nos  historiens  modernes',  puisque 
cette  bataille  se  donna  trois  ans  auparavant. 

III.  Nous  pouvons  ajouter  une  autre 
preuve  après  laquelle  on  ne  sauroit  dou- 
ter que  tout  le  chapitre  i3o  de  la  Con- 
tinuation de  Frédégaire  n'appartienne  à 
l'an  763,  &  qu'il  ne  doive,  par  conséquent, 
suivre  immédiatement  le  chapitre  126,  & 
précéder  le  127*.  Il  est  dit  dans  ce  chapi- 
tre i3o  que  Blandiny  comte  d'Auvergne,  fut 
tué  dans  le  combat  que  Waïfre  livra  à 
Pépin.  Nous  voyons  cependant',  dans  le 
chapitre  128,  lequel,  comme  on  le  suppose, 
contient  les  faits  arrivés  en  764,  qu'alors 
Blandin  n'étoit  plus  comte  d'Auvergne,  & 
que  Chilping  lui  avoit  déjà  succédé.  Par 
conséquent  le  chapitre  i3o  ne  sauroit  con- 
venir à  l'an  765  &  doit  précéder  le  128'. 
Nous  savons,  d'ailleurs,  que  Blandin  fut 
comte'  d'Auvergne  depuis  le  commence- 
ment de  cette  guerre,  ou  l'an  761,  jusqu'à 
sa  mort. 

IV.  Il  nous  reste  à  prouver  que  les  trois 
lignes  qui  précèdent  le  chapitre  i3o  &  qui  ■> 
terminent  le  129^  appartiennent  au  126®. 
Elles  sont,  en  effet,  une  répétition  de  la 
conclusion  de  ce  dernier;  &  si  on  devoit 
les  rapporter  à  l'an  764,  suivant  la  chrono- 
logie du  P.  Ruinart,  elles  contiendroient 
une  fausseté,  savoir  que  cette  même  année. 
Pépin,  après  avoir  fait  la  guerre  hors  de  ses 
Etats,  retourna  en  France,  puisque  selon  nos 
anciennes  Annales,  &  entre  autres  celles 
d'Eginhard  &  de  Metz,  ce  prince  ne  fit  au- 
cune guerre  &  ne  sortit  point  de  France 
pendant  les  années  764  &  765.  Ainsi  tous 
les  chapitres  127, 128  &  129  de  la  Continua- 
tion de  Frédégaire  appartiennent,  au  moins 
depuis  la  dixième  "*  ligne  du  127®,  à  l'an  765, 

ce  qui  est  conforme  à  l'Annaliste  de  Metz, 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p.  416. 
'  Continuateur  de  Frédégaire,  c.  1 3o,  p.  697. 
'  Ibid.  p.  694  &  seq. 
*  Ibid.  c,  i3o,  p.  696. 


Note 
86 


214 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


Note 

87 


qui    rapporte  les    faits   contenus  dans  ces 
chapitres  sous  cette  dernière  année. 

V.  Nous  remarquerons  en  passant  que  le 
P.Daniel'  se  trompe  lorsqu'il  dit  que  le 
comte  Adalard,  qui  défit  Chilping,  comte 
d'Auvergne,  commandoit  dans  Cavaillon  pour 
Pépin.  Cet  historien  a  pris  Cavaillon  pour 
Châlons-sur-Saône.  On  lit,  dans  l'Annaliste 
de  Metz^  :  Adalardus  cornes  Cabîllonensis ,(\\x\ 
est  le  vrai  nom  de  Châlons-sur-Saône.  Pour 
faire  Adalard  comte  de  Cavaillon,  il  fau- 
droit  qu'il  y  eût  dans  le  texte  du  Continua- 
teur de  Frédégaire'  cornes  CabeUicencîs  : 
mais  il  y  a  Cavalonensis  qui  est  une  corrup- 
tion'* de  Cabillonensis. 


NOTE  LXXXVII 

Suite  des  ducs  de  Toulouse,  d'Aqui- 
taine ^  de  Septimanie  ;  des  marquis 
de  Gothie  ^  des  comtes  de  Toulouse, 
de  Narhonne ,  de  Barcelone  ,  de 
Carcassonne,  &c.,  durant  la  seconde 
race. 


Ï.y^->^U0IQUE  cette  matière  ait  été  déjà 
V^  traitée  avec  assez  d'étendue  par  plu- 
sieurs savans  écrivains  modernes,  elle  souf- 
fre encore  cependant  tant  de  difficultés 
que  nous  croyons  devoir  la  discuter  de 
nouveau.  Nous  nous  sommes  déterminés 
d'autant  plus  volontiers  à  cette  entreprise, 
que  les  divers  monumens  qui  ont  paru  de- 
puis, ou  que  nous  avons  découverts,  nous 
ouvrent  une  carrière  -presque  toute  nou- 
velle. 

II.  Avant  que  de  nous  engager  dans  cette 
discussion,  nous  ferons  ici  quelques  obser- 
vations préliminaires  :  i"  Sous  les  deux 
premières  races  de  nos  rois,  le  titre  de  duc 


'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p.  414. 

*  Annal.  Mettens.  éd.  Duchesne,  t.  3,  p.  279, 

'  Continuateur  de  Frédégaire,  c.  128. 

^  Voyez  la  Chronique  de  Moissac,  éd.  Duchesne, 
t.  3,  p.  148.  —  Adrien  de  Valois,  iVotir/a  Galliarum, 
p.   110. 


désignoit  ordinairement'  un  gouverneur 
de  province,  &  celui  de  comte,  un  gouver- 
neur de  diocèse  j  en  sorte  que  les  ducs 
avoient  plusieurs  comtés  ou  diocèses  dans 
leur  département  ou  sous  leur  autorité,  & 
que  les  comtes  étendoient  seulement  la  leur 
sur  tout  un  diocèse.  On  voyoit  cependant 
quelques"  comtes  qui  avoient  une  autorité 
indépendante  dans  leur  comté  ou  gouverne- 
ment. Enfin,  depuis  le  règne  de  Charle- 
magne,  on  donna  à  plusieurs  comtes  le  titre 
de  marquis  ,  parce  que  leurs  comtés  ou 
gouvernemens  étoient  situés  sur  les  marches 
ou  frontières  des  divers  royaumes  ou  pro- 
vinces qui  composoient  la  monarchie. 

2°  Les  ducs  ou  gouverneurs  généraux 
sont  désignés  indifféremment,  dans  les  au- 
teurs du  temps,  par  le  nom  de  la  province 
même  dont  ils  avoient  le  gouvernement  ou 
par  celui  de  la  ville  capitale  dont  ils  étoient 
en  même  temps  gouverneurs  particuliers. 
Par  exemple,  Adalbert,  qui  vivoit  sous  le 
règne  de  Charles  le  Chauve,  est  qualifié 
parNithard'  tantôt  duc  d'Austrasie,  tantôt 
comte  de  Mefî^,  parce  que  cette  ville  étoit 
capitale  du  duché  ou  gouvernement  d'Aus- 
trasie,  &  qu'outre  ce  duché,  Adalbert  pos- 
sédoit  encore  le  comté  particulier  de  Metz  : 
ou,  pour  mieux  dire,  c'étoit  ce  comté  même 
qui  lui  donnoit  une  autorité  supérieure  * 
sur  toute  l'Austrasie.  Les  historiens  con- 
temporains appellent  de  même  Folcrad  qui 
vivoit  alors,  tantôt  duc  d'Arles  &  tantôt  duc 
de  Provence,  parce  qu'il  étoit  comte  parti- 
culier de  cette  ville,  capitale  du  duché  ou 
gouvernement  général  de  Provence.  Ainsi, 
par  la  même  raison,  Bernard,  fils  de  S.  Guil- 
laume, fondateur  de  Gellone,  est  nommé 
par  les  historiens^  du  temps,  tantôt  duc 
de  Septimanie ,  &  tantôt  duc  ou  comte 
de  Barcelone  :  preuve  que  cette  ville  étoit 
alors  capitale  du  duché  ou  gouvernement 
général   de  Septimanie.  On   donnoit  donc 


'  Voyez  Valafrid  Strabon,  de  Reb,  eccles,  c.  3  1 . 
Bibl.  Patr.  t.  i5. —  Grégoire  de  Tours,  1.  8,  c.  18  ; 
1.  9,  c.  7.  —  Eginhard,  ad  ann.  748. 

'  Frédégaire,  c.  87. 

'  Nithard,  dans  Duchesne,  t.  2,  p.  367  &  368. 

''  Annal.  Mettens.  ad  ann.  840. —  Annales  Bertin, 
p.  20 I . 

5  Voyez  Annal.  Fuld.  &  Mett.  ad  ann.  844. 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


21.) 


Éd.orig. 

t.  I, 

p.  701. 


indifféremment  le  titre  de  duc  ou  de  comte 
aux  gouverneurs  généraux  de  province  : 
ils  ne  sont  même  désignés  très-souvent 
que  sous  l'une  ou  l'autre  de  ces  qualités 
jointe  à  leur  nom  de  baptême,  sans  expri- 
mer la  province  ou  la  ville  dont  ils  avoient 
le  gouvernement. 

3°  Les  grands  diocèses  du  royaume,  par- 
ticulièrement ceux  qui  étoient  situés  sur 
les  frontières,  &  qui  sous  Charlemagne  ne 
formulent  encore  qu'un  seul  comté,  com- 
mencèrent d'être  partagés  en  plusieurs,  vers 
la  fin  du  règne  de  ce  prince.  Ceux  qui 
avoient  moins  d'étendue  continuèrent  ce- 
pendant de  ne  former  qu'un  seul  comté  ou 
gouvernement  particulier. 

4°  Charlemagne'  ne  donna  jamais  à  une 
même  personne  qu'un  seul  comté  ou  gou- 
vernement particulier  dans  l'intérieur  du 
royaume.  S'il  se  relâcha  de  cette  maxime, 
ce  ne  fut  qu'à  l'égard  des  provinces  fron- 
tières ,  où  il  donna  quelquefois  à  un 
même  seigneur  plusieurs  comtés  ou  gou- 
vernemens  particuliers.  Il  paroît  que  Louis 
le  Débonnaire  n'observa  pas  toujours  ré- 
gulièrement cet  usage  :  il  est  du  moins 
certain  que  sous  le  règne  de  Charles  le 
Chauve,  il  étoit  permis  à  un  même  seigneur 
de  posséder  plusieurs  comtés  ou  gouver- 
.  nemens  particuliers  dans  l'intérieur  du 
royaume,  &  que  les  exemples  en  sont  fré- 
quens. 

5"  Les  comtes  particuliers  des  villes  mé- 
tropolitaines prises  suivant  l'ordre  ecclé- 
siastique, n'avoient  par  ce  titre'  aucune 
autorité  ou  prééminence  sur  les  autres 
comtes  de  leur  province,  à  moins  que 
leur  ville  ne  fût  d'ailleurs  capitale  de  quel- 
que royaume  ou  gouvernement  général. 
Nous  ne  voyons  pas,  en  effet,  que  les 
comtes  particuliers  de  Sens,  de  Trêves,  de 
Lyon,  de  Bourges,  &c.,  fussent  en  même 
temps  ducs  ou  gouverneurs  généraux  de 
France,  d'Austrasie,  de  Bourgogne  ou 
d'Aquitaine;  au  lieu  que  nous  trouvons 
que  les  comtes  particuliers  de  Paris,  de 
Metz,  de  Toulouse,  de  Poitiers,  &c.,  joi- 
gnoient  à  cette  dignité  celle  de  ducs  de 
France,   d'Austrasie,   d'Aquitaine,  &c.   1/a 

'  Moine  de  S.  Gall,  Fie  de  Charlemagne,  p.   112. 
*  Le  Cointe,  ad  aiin.  778,  n.  8. 


raison  en  est,  comme  nous  l'avons  déjà  dit, 
que  ces  dernières  villes  étoient  capitales 
de  divers  royaumes  ou  gouvernemens  géné- 
raux. Le  seul  droit  attaché  à  la  dignité  des 
comtes  particuliers  des  villes  métropoli- 
taines, étoit  d'envoyer  aux  autres  comtes 
des  villes  de  la  province  ecclésiastique  dont 
ils  dépendoient,  un  exemplaire  des  nou- 
veaux capitulaires  ou  ordonnances  de  nos 
rois  qui  leur  étoient  adressés  dans  ce  des- 
sein. 

6°  Quoique  sous  les  règnes  de  Charlema- 
gne &  de  Louis  le  Débonnaire  les  dignités 
de  duc  &  de  comte  ne  fussent  pas  encore 
héréditaires,  cependant  ces  princes,  pour  ré- 
compenser le  mérite  des  pères,  honoroient 
souvent  leurs  enfans  des  mêmes  charges 
qu'ils  avoient  occupées".  Cet  usage  fut 
plus  généralement  observé  sous  Charles  le 
Chauve,  qui  se  fit  une  loi'  de  laisser  aux 
enfans  les  dignités  de  leurs  pères^ou  à  leur 
défaut,  aux  plus  proches  parens.  Il  avoit 
tellement  prévalu  avant  cette  loi,  que 
l'Annaliste'  de  Saint-Bertin,  auteur  con- 
temporain, remarque  sous  l'an  867,  comme 
une  chose  singulière,  que  les  enfans  de  Ro- 
bert le  Fort  &  ceux  de  Rainulfe,  comte  de 
Poitiers,  eussent  été  privés  des  dignités  de 
leurs  pères.  C'est  aussi  au  règne  de  ce  prince 
qu'il  faut  rapporter^  le  commencement  de 
l'hérédité  des  bénéfices  ou  fiefs. 

7°  Il  est  aisé  de  remarquer  que,  sous  la 
seconde  race  &  bien  avant  dans  la  troi- 
sième, les  noms  se  perpétuoient  dans  les 
familles.  Cet  usage  peut  servir  à  connoître 
la  descendance  &  la  succession  de  divers 
comtes,  surtout  lorsqu'il  se  trouve  appuyé 
d'autres  circonstances.  Examinons  présen- 
tement la  suite  des  ducs  ou  comtes  de  Tou- 
louse sous  la  seconde  race. 

^  I.  —  Ducs  &■  comtes  de  Toulouse.  — 
Duché  d'Aquitaine. 

III.  Toulouse,  après  avoir  été  ville  royale 

'  Ermoldus  Nigellus,  1.  2,  p.  43. 

'  Capitulaires,  t.  2,  p.  268,  269  &  suiv. 

3  Annal.  Bertin.  p.  23o. 

*  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume.  Chartes  & 
Diplômes,  n.  LXXII,  LXXIII,  LXXIV,  trois  Char- 
tes de  Charles  le  Chauve  en  faveur  de  ses  vassaux. 


Note 

87 


Note 
87 


216 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


sous  les  Visigoths,  qui  y  avoieiit  établi  le 
siège  de  leur  empire,  &  qui  en  avoient  fait 
la  capitale  de  leurs  Etats,  tant  en  deçà  qu'au 
delà  des  Pyrénées,  devint  ville  ducale  dès 
qu'elle  eut  passé  sous  la  domination  des 
François,  au  commencement  du  sixième 
siècle.  Il  est  fait  mention,  dans  les  anciens 
historiens,  de  Launebode,  de  Didier, d'Aus- 
trovalde,  &c.,  ducs  de  Toulouse  sous  les  suc- 
cesseurs de  Clovis,  ce  qui  prouve,  suivant 
les  principes  que  nous  avons  établis,  que 
comme  cette  ville  fut  censée  de  l'Aquitaine 
depuis  que  ce  prince  l'eut  enlevée  aux  Visi- 
goths, elle  fut  en  même  temps  capitale  d'un 
gouvernement  général  qui  comprenoit  une 
partie  de  ce  pays. 

Ce  gouvernement  devoit  s'étendre  dans  la 
partie  occidentale  de  l'Aquitaine,  car  après 
la  mort  de  Clovis  cette  portion  du  royaume 
fut  partagée  entre  les  princes  sesenfans,&. 


père,  en  titre  de  duché  héréditaire,  ainsi 
que  nous  l'avons  expliqué  ailleurs.  L'union 
qu'Eudes,  petit-fils  de  Charibert,  fit  à  son 
domaine  de  l'Aquitaine  austrasienne  ,  donna 
un  nouvel  éclat  à  la  ville  de  Toulouse  :  elle 
fut  la  capitale  de  tous  ses  États,  ce  qui  con- 
tinua sous  Hunold  &  Waïfre,  ses  succes- 
seurs, jusque  vers  la  fin  du  huitième  siècle. 
IV.  Waifre  ayant  été  vaincu  &  entière- 
ment dépouillé  de  son  duché  par  Pépin  le 
Bref,  Charlemagne,  fils  &  successeur  de  ce 
dernier,  érigea  l'Aquitaine  en  royaume, 
peu  de  temps  après  sa  réunion  à  la  couronne. 
Ce  royaume  "fut  d'abord  possédé  par  Louis 
le  Débonnaire  qui,  à  ce  qu'il  paroît,  éta- 
blit son  siège  à  Toulouse.  Car  nous  savons 
que  ce  prince  y  avoit  un  palais  '  &  qu'il  y 
tenoit"  ordinairement  l'assemblée  ou  la 
diète  de  ses  Etats  :  nous  voyons  d'ailleurs', 
que  cette  ville  conserva  toujours  le  titre  de 


Note 
87 


à  ce  qu'il  paroît,  entre  Childebert,  roi  de  ville  ducale,  &  que  ce  fut  la  seule  de  toute 
Paris  ou  de  Neustrie  &  Thierry,  roi  de  Metz  l'Aquitaine  qui  en  fut  honorée^  ce  qui  fait 
ou  d'Austrasie.  Or,  comme  il  est  certain  voir  sa  prééminence  sur  toutes  les  autres 
que  ce  dernier  posséda  la  partie  orientale  villes  de  ce  royaume,  &  que  les  ducs  de 
de  l'Aquitaine  qu'il  avoit  soumise  après  la  Toulouse  avoient  une  autorité  supérieure 
bataille  de  Vouglé,  il  s'ensuit  que  l'occi-  à  celle  de  tous  Içs  comtes  des  différens  pays 
dentale  devoit  dépendre  du  royaume  de  qui  le  composoient,  c'est-à-dire,  qu'ils  en 
Paris  ou  de  Neustrie;  ce  qui  nous  a  donné  avoient  le  gouvernement  général  *. 
occasion  de  diviser  l'Aquitaine    en   Neus-  Chorson.  —  V.  Le  premier  qui  fut  ho- 

trienne  &  Austrasienne.  La  première,  après  noré  du  titre  de  duc  de  Toulouse^  sous  la 
la  mort  de  Charibert,  roi  de  Paris,  à  qui  elle  seconde  race  de  nos  rois,  fut  Chorson  ou 
avoit  appartenu,  ayant  été  partagée  entre  Torsin,  que  Charlemagne  éleva  à  cette  di- 
ses trois  frères,  chacun  fit  gouverner  les  gnité  lorsqu'il  régla  le  gouvernement  d'Aqui- 
pays  qui  lui  échurent,  par  un  duc'  ou  gou-  taine,  en  778,  &  qu'il  établit  des  comtes 
verneur  général ,  &  Toulouse  continua  françois  dans  les  principales  villes  de  ce 
d'être  capitale  d'un  duché  ou  gouvernement  royaume.  C'est  le  seul,  entre  tous  ces  com- 
général  jusqu'au  règne  de  Clotaire  II,  qui 
recueillit  tous  les  Etats  qui  composoient  la 
monarchie  françoise  &  disposa  du  royaume 
d'Austrasie,  en  622,  en  faveur  de  Dagobert, 
son  fils  aîné.  Celui-ci  se  réserva  la  partie 
de  l'Aquitaine  qui  dépendoit  de  ce  royaume, 
&  céda  le  reste  au  roi  Charibert  son  frère, 
qui  établit  son  siège  à  Toulouse  :  preuve 
que  cette  ville  étoit  regardée  comme  la 
capitale  de  l'Aquitaine  neustrienne.  Elle 
redevint  ducale  bientôt  après  par  la  cession 
que  le  même  Dagobert  fit  aux  enfans  de 
Charibert,  ses   neveux,  des  Etats    de    leur 


Éd  orig. 

M, 
p-  702. 


'  Grégoire   de  Tours,  1.    6,    c.   12  j  1. 
ij5;  1.  9.  c.   17,  2;c. 


c.  26  Sa. 


tes,  à  qui  l'auteur  contemporain'  de  la  Vie 

'  Acta  Sanctorum  ordinîs  S.  Benedicti ,  saec.  4, 
part.  I,  p.  90,  —  Voyez  Mabillon,  de  Re  diplom. 

'  Astronome,  p.  288. 

3  Ibid. 

^  Il  est  admis  aujourd'hui  que  les  ducs  bénéfi- 
ciaires de  Toulouse  n'ont  jamais  eu  aucune  autorité 
sur  le  nord  de  l'Aquitaine.  C'est  pour  avoir  mé- 
corinu  ce  fait  que  dom  Vaissete  a  introduit  une  si 
grande  confusion  dans  la  succession  des  comtes  & 
des  ducs  de  Poitiers,  d'Auvergne  &  de  Toulouse,  & 
qu'il  a  cherché  à  rattacher  à  une  même  famille  des 
personnages  qui  n'ont  jamais  eu  aucune  alliance 
entre  eux.  C'est  ce  que  nous  montrerons  plus  loin. 
[E.  M.] 

'  Astronome,  p.  288. 


Note 

87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


217 


de  Louis  le  Débonnaire^  qui  rapporte  cette 
nomination,  donne  le  titre  de  duc.  Chorson 
avoitdonc  une  autorité  supérieure  sur  tout 
ce  pays.  Aussi  voyons-noiis  que  les  titres 
de  duc  de  Toulouse  &  d'Aquitaine  étoient 
alors  synonymes.  Nous  en  avons  une  preuve 
entre  autres  en  la  personne  de  Guillaume,  à 


Besse'  nous  a  donné  un  titre  de  l'an  796, 
dans  lequel  il  est  fait  mention  de  Torsin  ou 
Chorson,  prince  de  Toulouse  &  de  Narbonne  : 
l'époque  certaine  de  la  destitution  de  ce 
comte  prouveroit  toute  seule  la  fausseté  de 
ce  titre,  quand  il  ne  porteroit' pas  d'ail- 
leurs des  marques  évidentes  de  supposition. 


Non 
87 


qui  le  même  historien  donne'  le  titre  de      C'est  cependant  sur  un   fondement  si  peu 
'    ~     '  ~  "  '  assuré  que  cet  auteur' met  ce  seigneur  au 

nombre  des  comtes  particuliers  de  Nar- 
bonne ;  mais  nous  verrons  plus  bas  que  ce 
comté  étoit  alors  occupé  par  d'autres. 
D'ailleurs  la  police  du  royaume  ne  per- 
mettoit  pas,  sous  le  règne  de  Charlemagne, 
qu'un  même  seigneur  possédât  deux  comtés 
ou  gouvernemens  particuliers  dans  l'inté- 
rieur du  royaume,  comme  nous  l'avons  déjà 
remarqué. 

Il  est  vrai  qu'il  paroît  que  Chorson,  en 
qualité  àe  duc  ^e  TouZou^e,  avoit  une  auto- 
rité supérieure  sur  le  comté  de  Narbonne, 
sur  le  reste  de  la  Septimanie  &  sur  la  Mar- 
che d'Espagne,  qui  dépendoient  alors  du 
royaume  d'Aquitaine ,  car  ce  seigneur  est  le 
seul  que  nous  trouvons  honoré  du  titre  de 
duc,  entre  tous  les  comtes  de  ce  royaume. 
Il  est  rapporté,  d'ailleurs,  dans  une  ancienne 
chronique  citée  par  Catel*,  que  Charlema- 
gne rétablit  ce  cOmte  de  Toulouse  dans  le 
gouvernement  de  Bordeaux,  de  Narbonne  & 
de  la  province  que  ses  prédécesseurs  avoient 
possédée  auparavant  :  Comltem  Tolosae  prae- 
posuît  Torsinum,  oui  Burdîgalam,  Narbonam 
& provinciam  àsuls praedecessoribus,lîcet  în~ 
fideUbus,possessam  restîtuit;  d'où  Ton  doit 
conclure,  suivant  les  autres  circonstances, 
&  l'explication  d'Audigier%  queceprincelui 
donna  le  duché  ou  gouvernement  général 
d'Aquitaine.  Cetauteur  prétend  même  prou- 
ver par  là  que  Chorson  descendoit  d'Eudes  , 
duc  de  ce  pays.  Il  lui  donne  pour  père  le 
comte  Mancion,  proche  parent  &  de  la 
race  de  Waïfre,  petit-fils  &  successeur  de  ce 
duc.   Il  ajoute  que    le   terme  d'infidelîbus 


duc  de  Toulouse,  &  que  l'auteur'  de  sa  vie 
appelle  duc  de  toute  l'Aquitaine  '  ;  ce  qui 
nous  donne  l'origine  certaine  des  ducs 
d'Aquitaine,  qui  d'abord  ne  furent  pas  dif- 
férens  des  comtes  particuliers  de  Toulouse, 
parce  que ,  comme  nous  l'avons  déjà  dit, 
cette  ville  étoit  la  capitale  de  ce  royaume. 
Au  reste,  ceux  qui  étoient  pourvus  de  ces 
dignités  sous  le  règne  de  Charlemagne  ne 
les  possédoient  qu'à  vie,  &  pouvoient  en 
être  dépossédés  lorsqu'ils  avoient  commis 
quelque  faute  considérable. 

VI.  C'est  ce  qui  arriva  à  Chorson*.  On 
rapporte  communément  sa  destitution  à 
l'an  789,  mais  nous  croyons,  avec  le  P.  le 
Cointe%  qu'elle  arriva  en  790.  Il  est  cer- 
tain, en  effet,  qu'il  ne  fut  dépossédé^  du 
duché  de  Toulouse  qu'après  l'exil  d'Adalaric, 
duc  de  Gascogne ,  &  que  celui-ci  ne  fut 
exilé  qu'à  la  diète  ou  assemblée  générale 
que  Charlemagne  tint  à  Worms  au  prin- 
temps' de  l'an  790.  Le  P.  le  Cointe  se 
trompe  cependant  quand  il  avance  que 
Louis,  qui  y  assista,  n'alla  trouver  son  père 
que  pendant  l'été  de  l'an  790,  puisqu'il  est 
constant*  qu'il  avoit  passé  l'hiver  précédent 
avec  lui,  &  qu'il  retourna  en  Aquitaine  im- 
médiatement après  cette  diète,  pour  tenir 
celle  de  ses  Etats  à  Toulouse. 

'  Astronome,  p.  288. 

'  Fita  S.  Guillelm'i,  p.  74.  —  MabilloUj  p.  71, 
^  C'est  l'auteur  de  la  Vie  de  S.  Guillaume  qui  l'ap- 
pelle ainsi  ;  mais  on  sait  qu'il  ne  faut  jamais  pren- 
dre au  pied  de  la  lettre  les  assertions  des  biographes 
&  des  légendaires.  Guillaume  n'a  jamais  exercé 
d'autorité  que  sur  les  provinces  limitrophes  des 
Pyrénées.  [E.  M.] 

*  Astronome,  p.  288. 

*  Le  Cointe,  ad  ann,  789,  n.  176;  ad  ann.  790, 
n.  8  &  seq. 

*  Astronome,  p.  288. 

'  Egmhard,  Annal,  p.  246. —  Chronique  de  Mo'is- 
ioc,  p.  139. 

'  Eginhard,  Annal,  p.  246. —  Astronome,  p.  288. 


'  Besse,  Narh.  p.  435. 

*  Le  Cointe,  ad  ann.  782,  n.  1 3,  &  ad  ann.  790, 
n.  8  &  seq. 

^  Besse,  Nari,  p.  80. 

*  Catel,  Histoire  des  comtes  de  Toulouse,  p.  42.  — 
Cette  Chronique  a  été  rédigée  à  une  époque  très- 
récente  &  ne  mérite  aucune  confiance.  [E.  M.] 

'  Audigier,  Origine  des  François,  t.  2,  p.  241. 


Note 
87 


218 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


doit  s'entendre,  dans  cet  endroit,  de  la  ré- 
volte de  ces  ducs  contre  les  ancêtres  de 
Charlemagne,  ce  qui  prouveroit  que  le  du- 
ché d'Aquitaine,  possédé  par  Eudes  &  ses 
successeurs,  rentra  dans  sa  famille  en  la 
personne  de  Chorson  ;  mais  ce  ne  sont  que 
des  conjectures  dont  le  fondement  ne  paroît 
pas  bien  solide. 

S.  Guillaume  I"  du  nom.—  VII.  Quoi 
qu'il  en  soit,  si  Charlemagne  rendit  le  du- 
ché d'Aquitaine  à  la  postérité  d'Eudes  en  la 
personne  de  Chorson,  il  le  lui  ôta  en  790, 
par  la   proscription  de  ce  seigneur,  à   la 


par  Milon  ,  Magnarius  &  Sturmion  dont 
nous  avons  parlé  ailleurs  '  &  qui  se  succé- 
dèrent à  la  fin  du  huitième  siècle,  il  s'ensuit 
que  Guillaume  n'a  pas  été  comte  de  cette 
ville,  &  que  c'est  le  même  qui  fut  nommé 
au  duché  ou  comté  de  Toulouse  par  Char- 
lemagne. Guillaume  ayant  donc  été  comte 
particulier  de  Toulouse,  il  ne  peut  l'avoir 
été  en  même  temps  de  Narbonne,  suivant 
le  principe  admis  par  M.  de  Marca. 

D'ailleurs,  l'auteur"  de  la  Fie  de  S.  Guil- 
laume, fondateur  de  Gellone,  le  qualifie 
duc  de  toute  V Aquitaine  &  non  duc  en  Aqui- 


NOTE 

87 


place  duquel  il  nomma  alors  Guillaume  au  taine^  Provence  &■  Languedoc,  comme  le  sup- 

duchè  de   Toulouse^  ou,  comme  l'explique  pose  M.  de  Marca  après  Catel.  L'auteur  de 

le  P.  Mabillon',  au  duché  d'Aquitaine.  On  cette  vie,  qui  est  grave  &  ancien,  &   dont 

ne  convient  pas  si  ce  dernier  est  le  même  Ordericus^  Vitalis -pd-Ae  avec  éloge  au  dou- 

que  le  saint  de  ce  nom  qui  fonda  l'abbaye  zième  siècle,  ne  dit  pas  un  mot  qui  puisse 

de  Gellone  au    diocèse  de  Lodève.  Catel,  faire  croire  que  Guillaume  ait  été  comte 

&  après  lui  les  PP.  Labbe^   &  Mabillon'',  de   Narbonne.  Il   doit   être  préféré,   sans 

&  presque  tous   nos  historiens  ou  généa-  doute,  au  roman  de  Guillaume,  quoi  qu'en 

logistes,  soutiennent  l'affirmative.   M.    de  dise  M.  de  Marca,  qui  fait  peu  de   cas  de 

Marca'^  prétend  au  contraire  que  S.  Guil-  son  témoignage,  parce  qu'il  prétend  qu'il 

laume,  fondateur  de  Gellone,  fut  seulement  n'est  pas  beaucoup  ancien  :  mais  il  l'est  pour 

comte  de  Narbonne  ou  duc  de  Septimaniej  le  moins  autant  que  l'autre.  Or,  Toulouse 

mais  il  ne  s'appuie  que  sur  le  roman  de  étant  la  capitale  du  royaume  d'Aquitaine, 

Guillaume  au  court  ne-^,  qui  fait  ce  seigneur  &  ses  gouverneurs  ayant  le  titre  de  duc,  ils 

comte  ou   marquis  de  Narbonne.  Ce  savant  dévoient  avoir  une  autorité  supérieure  à 

prélat  conclut  de  là  qu'il  ne  peut  avoir  été  celle  de  tous  les  simples  comtes  ou  gouver- 

en  même  temps  comte  de  Toulouse,  puis-  neurs  particuliers  des  différens  pays  qui  le 

que,  suivant  l'usage  alors  observé  dans  le  composoient,  &  S.  Guillaume  étoit  vérita- 

royaume,  une  même  personne  ne  pouvoit  blement  duc  d'Aquitaine.  L'auteur  de  sa  vie 

posséder  c?ew5c  comtés  de  deux  cités  qui  étaient  &  Ordericus  Vitalis  ont  eu  donc  raison  de 

assises  en  diverses  provinces.  lui  donner  ce  titre,   qui,  comme  nous   le 

Nous  convenons  de  cet  usage  ,  mais  il  est  prouverons    encore    ailleurs    par   d'autres 


Éd.orig 

t.  1, 
p.  703. 


aisé  de  l'opposer  à  M.  de  Marca;  car 
comme  ce  roman  n'est  d'aucune  autorité, 
&  qu'il  est  certain,  d'ailleurs, par  des  monu- 
mens*  incontestables,  que  le  comté  de  Nar- 
bonne fut  occupé  du  vivant  de  Guillaume 
au  court  ne^  par  d'autres  seigneurs,  savoir 

'  Astro'nome,  p.  288. 

'  Mabillon,  Annal,  ord.  S.  Ben.  ad  ann.  804, 
n,  32. 

'  Labbe,   Tables  généal.  p.  484. 

^  Mabillon,  ad  ann.  804,  n.  82. 

=  P.  de  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  685   &  seq. 

^  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume.  Chartes  &. 
Diplômes,  n.  V,  Jugement  des  commissaires  du  roi 
en  faveur  de  Daniel,  archevêque  de  Narbonne,  & 
n.  VII,  Limites  de  la  ville  de  Caunes ,  réglées  par 
l'autorité  de  Magnarius,  comte  de  Narbonne. 


témoignages,  signifioit  alors  la  même  chose 
que  celui  de  duc  ou  comte  de  Toulouse. 

VIII.  Saint  Guillaume  avoit  aussi,  par  ce 
titre,  une  autorité  supérieure  sur  le  comté 
particulier  de  Narbonne  &  sur  toute  la 
Septimanie,  parce  que  ces  pays  faisoient 
alors  partie  du  royaume  d'Aquitaine,  de 
même  que  la  Marche  d'Espagne.  Aussi 
voyons-nous,  par  le  témoignage  des  auteurs 
contemporains,  qu'il  commanda  non-seule- 
ment dans  l'Aquitaine  propre  &  la  Gasco- 
gne, mais  encore  dans  les  autres  provinces 

'  Mabillon,  Acta  Sanctorum  ordinis  S.  Benedicti, 
p.  74. 

"  Ibid.  saec.  4,  part.   1,  p.  70. 
^  Orderic  Vital,  1.  6. 


NOTB 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2  19 


c'est-à-dire  dans  tous  les  États  de  Louis  le 
Débonnaire,  non  en  qualité  de  duc  de  Sep- 
timanie,  puisque  ce  duché  n'étoit  pas  en- 
core alors  érigé,  &  qu'il  ne  le  fut'  qu'en  817, 
après  avoir  été  séparé  du  royaume  d'Aqui- 
taine, mais  comme  duc  de  Toulouse,  en 
sorte  que  l'étendue  de  l'autorité  des  ducs 
de  cette  capitale  d'Aquitaine  étoit  alors 
proportionnée  à  celle  du  même  royaume. 
Il  faut  cependant  en  excepter,  à  ce  qu'il 
paroît,  la  Gascogne,  qui,  quoique  dépen- 
dante du  royaume  d'Aquitaine,  fut  adminis- 
trée par  des  ducs  ou  gouverneurs  géné- 
raux indépendans'. 

Il  est  surprenant  qu'un  aussi  habile  cri- 
tique que  M.  de  Marca  ait  voulu  préférer 
l'autorité  d'un  roman  à  celle  d'un  historien 
beaucoup  plus  ancien  ,  qui ,  quoiqu'il  ait 
rapporté  quelques  faits  qui  paroissent  in- 
certains, est  appuyé  cependant ,  pour  la 
plupart  des  autres,  tant  sur  le  témoignage 
des  auteurs  du  temps  que  des  monumens 
les  plus  authentiques  ;  au  lieu  que  ce  ro- 
man n'est  qu'un  tissu  de  fables'  inventées 
au  plus  tôt  dans  le  onzième  siècle,  plus  de 
trois  cents  ans  après  la  mort  de  Guillaume. 
Pour  s'en  convaincre,  il  n'y  a  qu'à  compa- 
rer la  généalogie  de  Guillaume,  rapportée 
par  l'auteur  du  roman,  avec  celle  que  nous 
trouvons  dans  les  actes  originaux  &  les 
historiens  contemporains.  Suivant  le  pre- 
mier^, ce  duc,  qu'il  fait  natif  de  Narbonne, 
étoit  ^/5  d'Aymeri  &  d'Ermengarde  fille  d'un 
prétendu  Bonîface,  roi  de  Pavîe  ;  il  avoïtpour 
frère  Bernard  de  Brebant;  de  ses  quatre 
sœurs,  l'une,  appelée  Blanchefleur,  épousa 
Louis  le  Débonnaire ,  &c.  Nous  omettons 
plusieurs  autres  rêveries  semblables,  qu'il 
suffiroit  de  rapporter  pour  en  faire  sentir 
le  faux  &  le  ridicule.  D'un  autre  côté,  les 
monumens  du  temps  nous  apprennent  que 
Guillaume,  fondateur  de  Gellone,  étoit  fils 

•  Voyez  Note  XCIV. 

'  Il  faut  en  excepter,  comme  nous  l'avons  déjà 
dit,  le  Poitou,  le  Limousin,  le  Berry,  l'Auvergne 
&  le  Périgord  ;  en  somme,  le  duché  de  Toulouse  ad- 
ministré par  Guillaume  ne  renfermait  que  le  comté 
de  Toulouse,  la  Sepfimanie  &  les  provinces  con- 
quises en  Espagne.  [E.  M.] 

'  Voyez  Orderic  Vital,  1.  6. 

*  Catel,  Histoire  des  comtes,  p.  5o  &  suiv.  — 
Mémoires  de  l'histoire  de  Languedoc,  p.  567  &  siiiv. 


de  Théodoric  &  d'Aldane,  qu'il  n'avoitque 
deux  sœurs,  &c.,  en  sorte  qu'on  ne  voit 
rien  dans  les  anciens  monumens  qui  puisse 
convenir  avec  la  généalogie  fabuleuse  du 
roman.  Aussi  tous  nos  plus  habiles  généa- 
logistes n'en  font-ils  aucun  cas  :  mais  puis- 
qu'on ne  sauroit  s'appuyer  sur  une  si  foible 
autorité  pour  connoître  l'origine  de  Guil- 
laume, nous  ne  comprenons  pas  comment 
M.  de  Marca  &  quelques  autres'  après  lui 
s'en  servent  pour  admettre ,  sans  autre 
preuve,  un  Aymeri  au  nombre  des  comtes 
de  Narbonne. 

IX.  Ce  qui  les  a  peut-être  fait  donner 
dans  cette  erreur,  c'est  que,  suivant  le  ro- 
man auquel  ils  ont  ajouté  foi  trop  aisément, 
Guillaume  étant  né  à  Narbonne  d'un  père 
qui  étoit  d'une  naissance  illustre,  ils  au- 
ront cru  qu'il  étoit  comte  de  cette  ville. 
Mais  il  est  certain  que  Guillaume  étoit 
natif  &  originaire  de  France,  comme  le  té- 
moigne l'auteur  de  sa  vie',  en  parlant  du 
voyage  qu'il  fit  à  la  cour  de  Charlemagne 
avant  que  de  se  retirer  à  Gellone  :.  Causa 
extitit   ut  ipse,  dit  cet   auteur,...  Franciam 

accitus natale  solum  pair ii que  consulatus 

immo  sui  haereditatem  reviseret,  &c.  C'en  est 
assez  pour  faire  connoître  que  le  roman  de 
Guillaume  au  court  ne^  est  une  pure  fable 
qui  ne  mérite  aucune  attention 3  les  noms 
de  famille  qui  y  sont  employés  font  d'ail- 
leurs assez  connoître  que  l'auteur  ne  vivoit, 
au  plus  tôt,  qu'à  la  fin  du  onzième  siècle. 

X.  On  ne  doit  pas  faire  plus  de  fonds  sur 
l'autorité  du  faux  Turpin  &  de  l'historien 
Philomela,  qui  font  comte  de  Narbonne  le 
prétendu  Aymeri,  père  de  Guillaume  au 
court  ne\.  Les  fables  ridicules  de  ces  deux  ro- 
mans sont  aujourd'hui  trop  décriées,  pour 
pouvoir  être  apportées  sérieusement  en 
preuve  d'un  fait  historique.  Ainsi'  le  P.  le 
Cointe,  qui  admet  un  Aymeri,  comte  de 
Narbonne,  sous  le  règne  de  Charlemagne, 
différent  du  père  de  Guillaume,  ne  doit  pas 
être  écouté,  puisqu'il  n'a  d'autre  garant  que 
ces  auteurs  fabuleux}  il  convient''  d'ailleurs 


'  P.  de  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  685  &  seq. 
*  Vita  S.  Guillelmi,  p.  78. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  778,  n.  8,  &  ad  ann.  782, 
n.  I  I. 
-^  Ibid. 


Note 
87 


Note 
87 


220 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig 

t.  1, 
p.  704 


que  Théodorîc,  le  vrafi  père  de  Guillaume, 
ne  fut  jamais  comte  de  Narbonne.  Ce  pré- 
tendu Aymeri  est  donc  un  nom  supposé;  &à 
moins  qu'on  ne  donne  d'autres  preuves  ap- 
puyées sur  des  monumens  plus  solides  ,  il 
doit  être  rejeté  du  nombre  des  comtes  de 
Narbonne,  d'autant  plus  que  nous  avons 
déjà  prouvé  que  ce  comté  étoit  occupé  par 
d'autres  dans  le  temps  où  ce  prétendu  sei- 
gneur auroit  dû  en  être  revêtu. 

Au  reste,  nous  sommes  surpris  qu'un  au- 
teur aussi  judicieux  que  Catel'  après  avoir 
avoué  que  les  romans  dont  nous  venons  de 
parler  ne  contiennent  que  des  fables,  s'ap- 
puie cependant  sur  leur  autorité  pour  nous 
donner  Aymeri,  &  son  prétendu  fils  Guil- 
laume au  court  nc^,  pour  les  deux  premiers 
vicomtes  de  Narbonne.  On  pouvoit  laiss&r 
passer  tout  au  plus  de  pareils  contes  au 
siècle  de  Nicole  Gilles,  qui  les  a  adoptés  & 
dont  il  rapporte  le  témoignage;  mais,  dans 
des  temps  plus  éclairés,  il  faut  des  preuves 
plussolides.Nous  savons  d'ailleurs"  qu'il  n'y 
a  eu  des  vicomtes  en  France  que  bien  avant 
sous  l'empire  de  Louis  le  Débonnaire. 

XI.  Saint  Guillaume  fut  duc  ou  comte  de 
Toulouse  depuis  l'an  790  jusqu'en  806, 
qu'il  embrassa  l'état  monastique  dans  l'ab- 
baye de  Gellone  qu'il  avoit  fondée.  Il  laissa 
une  nombreuse  postérité.  Comme  nous  au- 
rons occasion  d'en  parler  souvent  dans  le 
cours  de  cette  Note,  que  le  duché  de  Septi- 
manie  dont  Bernard  son  fils  fut  revêtu 
passa  à  ses  descendans,  sous  le  titre  de  mar- 
quisat de  Gothie,  &  qu'eux  ou  leurs  proches 
possédèrent  dans  la  suite,  à  ce  qu'il  paroît, 
le  duché  ou  comté  de  Toulouse  &  divers 
autres  comtés  de  la  Province,  nous  avons 
cru  devoir  donner  ici  leur  généalogie  ;  elle 
servira  à  donner  une  idée  plus  nette  de 
plusieurs  faits  que  nous  serons  obligés  de 
discuter.  Nous  y  avons  distingué  ce  qui  est 
prouvé  par  les  anciens  monumens  d'avec  ce 
qui  n'est  pas  tout  à  fait  si  certain ,  ou  qui 
n'est  fondé  que  sur  des  conjectures  que 
nous  avons  formées  &  que  nous  dévelop- 
perons'. 

'  Catel ,    Mémoires    de    l'kistoire    de    Languedoc , 
p.  565  &  suiv. 

'  Note  LXXXlll,  n.  17. 

'  Peu  d'historiens  se   sont  montrés  aussi  hardis 


Raymond  Raphinel. —  XII.  Nous  igno- 
rons le   nom  de  celui  qui  succéda  immédia- 
tement à  Guillaume,  dans  le  comté  ou  du- 
ché de  Toulouse.  On  pourroit  croire  que 
ce  fut  un  seigneur  appelé  Raymond  Ra- 
phinel', qui,  sous  l'empire  de  Charlemagne, 
prend  le  titre  de  duc  d'Aquitaine  dans  une 
charte  '   dont  on  peut  fixer  la  date  à  l'an  810. 
Or,  comme  nous  l'avons   déjà  dit,  les  ducs 
d'Aquitaine    n'étoient  pas   alors   différens 
des  ducs  ou  des  comtes  de  Toulouse.  Cette 
date  est  telle  :  Actum  apud  Bîterrensem  civi- 
tatem  in  mense  TS/iartîo,  XII  cal.  Aprilis,  sub 
ferta  v.  régnante   domno   nostro  Ludovico  & 
anno  XXI  imperii  serenissîmi  imperatoris  Ca- 
rolî,  ce  qui  ne  sauroit  s'accorder  ;  mais  en 
lisant  anno  X,  au  lieu  de  XXI,  tout  convient 
avec  l'an  810.  Il  est  vrai  que  le  P.  Mabil- 
lon'  rapporte  cette  date  à  l'an  798,  à  cause 
de  la  lettre  dominicale  F.  Mais,  comme  cette 
date  est  de  l'empire  de  Charlemagne,  &  non 
de  son  règne  en  France  ou  en  Italie,  ainsi 
que  le  suppose  cet  auteur,  elle  doit  être 
postérieure  à  l'an  800,  &  il  est  plus  naturel 
de  la  rapporter  à  l'an  810,  avec  lequel  la 
même  lettre  dominicale    s'accorde.    D'ail- 
leurs, cet    habile  historien  se  trompe,  en 
croyant  pouvoir  allier  l'année  798  avec  la 
vingt  &  unième  année  du  règne  de  Charle- 
magne en  Italie;  car  selon  lui ^  ce  règne 
commença  dès  le  mois  de  mai  de  l'an  774; 
par  conséquent,  le  3l  de  mars  de  l'an  798,  ce 
prince  n'étoit  encore  que  dans  la  dix-neu- 
vième année  de  son  règne  en  Italie,  &  non 
dans  la  vingt  &  unième.  Comme  on  ne  peu  t 
donc  accorder  cette  année  avec  l'an  798,  & 

que  dom  Vaissete  dans  leurs  conjectures,  &  c'est  là 
le  côté  faible  de  son  œuvre.  Il  a  admis  comme  des 
faits  vrais  de  pures  hypothèses,  surtout  quand  il  a 
voulu  rechercher  l'origine  &  la  filiation  des  comtes 
carlovingiens  du  Poitou,  de  l'Auvergne  &  de  Tou- 
louse. En  procédant  toujours  par  suppositions,  il 
a  rattaché  à  une  seule  &  même  famille,  celle  de 
saint  Guillaume,  des  personnages  qui  n'en  ont 
jamais  fait  partie  j  c'est  ce  que  nous  établirons 
plus  loin.   [E.  M.] 

'  L'existence  de  Raymond  Raphinel  ne  repose 
que  sur  une  charte  fausse.  Voyez  plus  loin  ce  que 
nous  disons  à  ce  sujet.    [E.  M.] 

'  Mabillon,  ad  ann.  798,  n.  24. 

3  Ihid. 

■•  Ihid.  ad  ann.  774,  n.  48. 


Note 
87 


Note 
87 

Éd.orig. 

t.  I, 
p.  705. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  221 

GÉNÉALOGJK  DE  LA  FAMILLE  DE  S.  GUILLAUME,  DUC  DE  TOULOUSE  OU  D'AQUITAINE'. 


NuTB 
87 


S.  Guil- 
laume ,  duc 
de  Toulouse 
ou  d'Aquitai- 
ne, moine  & 
fondateur  de 
l'abbaye  de 
Gellone  ,  é- 
p  o  u  s  a  :  i" 
Cunégonde, 
3°  Guitbur- 
ge.  Mourut 
vers  81 3. 


BÉRA,  comte  de  Ra- 
zès,  à  ce  qu'il  paroit, 
fonda  l'abbaye  d'AIct 
avec  son  énouse  Ru- 
niille  vers  1  au  8i3. 

Bernard,  duc  dej 
Septimanie  &  comte  | 
de  Barcelone  depuis 
l'an  820.  Ducde'rou- 
louse  ou  d'Aquitaine, 
en  835.  Epousa  Do-  ' 
dane  en  825.  Mourut 
en  84^. 

Gauzelme,  comte  dej 
Roussillon ,  mort  en' 
834.  ^ 

Witcharius. 

Adalelme. 

Herbert. 

Helimbruch  ou  Ger- 
bert;e,  épousa  le  com- 
te Wala,  qui  fut  en- 
suite abbé  de  Corbie. 


Argila,vraisemblab!e- 
1  ment  comte  de  Razès. 

Rotrude,  épouse  d'A- 
dalaric  ou  Alaric,  com- 
te de  Girone. 

Guillaume,  duc  de 
Toulouse  ou  d'Aqui- 
taine, né  en  827,  mort 
à  Barcelone  en  849. 

Bernard,  comte  d'Au- 
vergne, marquis  de  Go- 
thie    depuis   l'an  879 , 
épousa   Ermengarde. 
Mourut  en  886. 

N.,  épouse  de  \Vi- 
grin  ,  comte  d'Angou- 
lême. 


Béra,  comte  de  Razès 
&  peut-être  de  Rous- 
sillon en  844  &  846. 

Warin,  mort  jeune 

Guillaume  le  Pieux, 
comte  d'Auvergne,  mar- 
auis  de  Golhie  &  duc 
d'Aquitaine,  épousa  In- 
gelbergc,  fille  de  Boson, 
roi  de  Provence,  mou- 
rut en  gi8. 

Ave. 


Adelinde,épouse  d'Ac- 
fred  ou  Egfrid,  comte 
de  Carcassonne. 


....  Soniarius,  com- 
te d'Empurias  en  849, 
de  Roussillon  vers  85o. 


llieudoin. 


Borrel ,  créé  comte 
d'Ausone  en  798.  .  . 


SuNiFRED,  comte  de 
Girone  en  819,  mar- 
\  quis  de  Gothie  en  844. 
I  Épousa  Ermessinde. 
.  HuMFRiD,  comte  de 
.  Besalu  en  85o,  marquis 
.  de  Gothie  en  858,  pros- 
.  crit  en  S64  ;  est  peut- 
.  être  le  même  qu'Egtrid, 
.  comte  de  Toulouse  en 
.  842.  .  . 

Oliba,  comte  de  Car- 
.  cassonne  en  820,  épou- 
,  sa  :  i"  Elmetrude ,  2°  Ri- 
.  childe.  Delà  mort  en 
.  837 


/      Sesenande. 
Sunifred. 

WiFRED  le  Velu,  com- 
te de  Barcelone,  épousa 
Widinilde.  Mort  vers 
901. 

Radulfe  ,  comte  de 
Gonflant,  vivoit  en  888. 

Miron,  comte  de  Rous- 
sillon en  874&goi.  De 
lui  descendent  les  com- 
tes héréditaires  de  Rous- 
sillon &  de  Confiant. 

Humfrid,  moine. 

Egfrid  ou  Acfred,  fait 
comte  de  Bourges  en 
867.  Mort  en  868. 


Wifred,  comte  dej 
Bourges,  épousa  Ode  I 
&  fonda,  en  827, 1  ab- , 
baye  de  Strade.  Mort 
vers  l'an  838 &  avant/ 
l'an  840. 


Emenon ,  comte  de 
'  Poitiers,  proscrit  en 
839.  Epousa  une  fille 
:  de  Robert  le  Fort. 


Agane,  fille  unique, 
épousa  Robert,  comte 
de  Madrie. 


Adhémar,  comte  de 
Poitiers  depuis  893JUS- 
qu'en  902.  épousa  San- 
eia ,  fille  de  Guillaume, 
comte  de  Périgueux. 


Louis,  comte  de  Car- 
cassonne vers  l'an  85 1. 


Turpion ,     comte 
Adalelme... /'^'^"Soulême. 


Bernard  épousa  Bli- 
childe,  fille  de  Rori- 
con,  comte  du  Maine. 
^  Mort  en  844. 


G  érard ,  comte  d'Au- 
vergne en  839.  Epou- 
sa, en  secondes  no- 
ces. Mathilde,  fille  de 
Pépin  I ,  roi  d'Aqui- 
taine, mort  en  841. 


Guillaume ,    comte 

1  d'Auvergne  en  841, 
après  Gérard  son 
frère. 
Raynald,  comte 
d'Herbauges  &  de 
Nantes  en  843. 


Albane  & 
Berthe ,  reli- 
c ieuses  à 
Gellone. 


.     Aledran  ,  marquis 
'  de  Gothie  en  849. 


Adalelme  défendit  Pa- 
ris contre  les  Normands 
,en  885. 


Bernard  II,  marquis 
de  Gothie  depuis  865, 
proscrit  en  878.  Il  fut, 
I  à  ce  qu'il  paroît,  comte 
/de  Poitiers  depuis  867. 
Emenon,  rebelle,  878. 
Ebles ,  abbé  séculier 
'  de  Saint-Hilaire  de  Poi- 
tiers ,   de   Saint-Denis, 
,  &c.  Mort  en  893. 
Premier  lit. 
t     Rainulfe    I  ,   comte 
de  Poitiers  depuis  l'an 
)  839,  &  duc  d'Aquitaine, 
i  Mort  en  867. 

Second  lit. 
Gérard  ou  Géraud , 
.  comte  de  Limousin  en 
•  847,  épousa  Adeltrude. 
'  Hervé,  comte,  mort 
I  en  84.5. 

I  Rainon,  comte  d'Her- 
,  bauees  en  852. 
,  Tnéodoric  &  Aledran 
.  frères  défendirent  Paris 
.  contre  les  Normands  en 
.885. 


'  Waltharius,  comte,  se 
I  révolta  contre  le  roi  Eu- 
ides,  son  grand-oncle, 
en  892. 


Rainulfe  II,  comte 
de  Poitiers  &  duc  d'A- 
quitaine, prit  le  titre  de 
roi  d'Aquitaine  en  888, 
&  mourut  de  poison  en 
893 

Gauzbert. 

Divers  enfans  privés 
de  la  succession  aux 
dignités  de  leur  père. 

S.  Géraud  ,  comte 
d'Aurillac,  né  en  855. 
Fonda  l'abbaye  d'Au  • 
rillac  en  894.  Mort  en 

Ave  ou  Avigerne  , 
sœur  de  S.  Géraud , 
épousa  N. 


Boson,  mort  jeu- 
ne &  sans  postérité. 

WiFRED  II,  com- 
te &  marquis  de 
Barcelone  ,  épousa 
Garsinde.  Mort  en 
91 3,  sans  enfans. 

Miron,  comte  de 
Barcelone  après  son 
frère.  Mort  en  928, 


Soniarius,  comte 
d'Urgel  ,  mort  en 
o5o.  Epousa  Ri- 
childe. 

Radulfe  ,  moine 
de   Ripoll   en  888. 

Ensuite  évêque 
d'Urgel. 

Borrel. 


Oliba  II,  comte 
de  Carcassonne  & 
de  Razès  en  873, 
conjointement  avec 
son  frère  mort  après 
877. 


AcFRED  I,  comte 
de  Carcassonne  & 
de  Razès  en  873. 
Epousa  Adelinde  , 
sœur  de  Guillaume 
le  Pieux.  Mort  vers 
l'an  906. 


Ebles,  comte  de 
Poitiers  depuis  l'an 
I902,  &  ducd'Aqui-i 
,  taine  depuis  1  i 
'  928.  Né  aune  con- 
cubine. 


Rainald. 

Benoit  ,  vicomte 
de  Toulouse. 


Seniofred, 
comte  de  Barce- 
lone, épousa  Ade- 
lais.  Mort  sans 
enfans  en  9C7. 

Miron,  évêque 
|de  Girone. 

Oliba  Cabret- 
ta,  comte  de  Cer- 
dagne  &  de  Be- 
salu. Epousa  Er- 
mengarde, mort 
en  9Q0.  De  lui  des- 
cendent les  com- 
tes héréditaires  de 
Cerdagne  &  de 
Besalu. 

Wifred ,  comte 
\  de  Besalu. 

Borrel,  comte 
d'Urgel  &  ensuite 
de  Barcelone  en 
967,  après  la  mort 
de  son  cousin.  De 

[lui  descendent  les 
comtes  héréditai- 
res de  Barcelone 

'&  d'Urgel,  dont 

,  les  premiers  fu- 
rent dans  la  suite 
rois  d'Aragon,  de 

'  Majorque  ,  &c.. 
comtes  de  Pro- 
vence ,  seigneurs 
de  Montpellier 

Miron. 

.  Bencion,  com- 
.  te  de  Carcasson- 
.  ne  &  de  Razès 
'  vers  l'an  900. 

Acfred  II  , 
comte  de  Carcas- 
sonne &  de  Razès 
en  934. 

Bernard. 

Guillau.me  II, 
duc  d'Aquitaine 
&  comte  d'Auver- 
gne. Mort  sans 
enfans  en  926. 

Acfred  ,  duc 
d'Aquitaine  & 
comte  d'Auver- 
gne après  son 
Irère,  mort  sans 
enfans   vers  l'an 

GuiLLAUJiE  Tête 
d'Etoupes,  comte 
de  Poitiers  & 
d'Auvergne ,  duc 
d'Aquitaine  de- 
puis l'an  927.  De 
lui  descendent  les 
comtes  héréditai- 
res de  Poitiers, 
ducs  d'A/juitaine 
jusqu'à  Eléonor, 
épouse  du  roi 
Louis  le  Jeune. 


*  On  a  marqué  avec  des  points  les  filiations  dont  on  n'a  pas  une  preuve  certaine. 


Note 
87 


222 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


qu'il  s'est  glissé,  sans  doute,  quelque  faute 
dans  ce  diplôme  qui  ne  paroît  qu'une  copie 
interpolée,  nous  croyons,  sans  avoir  égard 
aux  années  du  règne  qu'il  faut  nécessaire- 
ment abandonner,  que  cette  date  doit  être 
reportée  à  l'an  810,  d'autant  plus  que 
S.  Guillaume  posséda  le  duché  d'Aquitaine 
ou  de  Toulouse  jusqu'à  l'an  806.  Raymond 
Raphinel  peut  donc  lui  avoir  succédé  dans 
cette  dignité. 

BÉRENGER.  —  XIIL  Le  premier  comte 
ou  duc  de  Toulouse  après  Guillaume,  dont 
nous  ayons  une  connoissance  certaine,  c'est 
Bérenger,  qui  étoit  parent  de  l'empereur  Louis 
le  Débonnaire  &  qui  étoit  déjà  revêtu  de 
cette  dignité  en  819.  Les  annales  d'Egi- 
nhard'  &  l'Astronome'  ne  lui  donnent  que 
le  titre  de  comte.  Mais  il  a  celui  de  duc  dans 
Thegan',  auteur  contemporain;  ce  qui  mon- 
tre qu'il  avoit,  comme  ses  prédécesseurs, 
une  autorité  supérieure  à  celle  des  comtes 
dans  le  royaume  d'Aquitaine.  Il  est  vrai 
qu'elle  fut  moins  étendue  depuis  que  la 
Septiraanie  &  la  Marche  d'Espagne,  qui 
avoient  dépendu  de  ce  royaume  depuis  l'an 
781,  en  eurent  été  séparées  en  817,  pour 
former  un  duché  ou  gouvernement  général 
indépendant. 

XIV.  Nous  voyons  en  effet  que  Bernard, 
fils  deS.  Guillaume,  fondateur  de  Gellone, 
qui  fut  pourvu  de  ce  duché  du  vivant  de 
Bérenger,étendoitson  autorité  sur  ces  deux 
provinces;  car  il  est  qualifié  indifférem- 
ment^ par  les  auteurs  contemporains  duc 
ou  comte  de  Barcelone,  comte  de  la  Marche 
d'Espagne  &  duc  de  Septimanie.  Les  ducs 
de  Toulouse  ou  d'Aquitaine  perdirent  donc, 
par  cette  séparation,  une  partie  considéra- 
ble de  leur  gouvernement  qui  ne  s'étendit 
plus  que  sur  l'Aquitaine  propre  St  sur  la 
portion  de  la  Narbonnoise  qui  demeura 
unie  au  royaume  d'Aquitaine,  &  qui  com- 
prenoit  le  Toulousain,  avec  les  comtés  de 
Carcassonne  &  de  Razès,  comme  nous  le 
prouverons*  ailleurs.  Il  est  vrai  queBéren- 

'  Egiiihard,  Annales,  p.  262. 
'  Astronome,  p.  3oo. 
'  Thegan,  c.  54  &  57,  p.  284  &  seq. 
*  Eglnhard,   Annales,  p.   271. — Nithard,  1.    i, 
p.  36o,  —  Annales  Berlin.  &  Fuld.  &c. 
5  Note  XCIV. 


ger  posséda  dans  la  suite  le  duché  ou  gou- 
vernement de  la  Septimanie  conjointement 
avec  celui  de  Toulouse  ou  d'Aquitaine,  & 
qu'il  paroît  qu'après  sa  mort  Bernard,  duc 
de  Septimanie,  lui  succéda  dans  celui  de 
Toulouse.  Mais  si  l'un  &  l'autre  de  ces  sei- 
gneurs possédèrent  ces  deux  duchés  depuis 
l'an  817,  ou  après  la  séparation  de  la  Sep- 
timanie du  royaume  d'Aquitaine,  &  ren- 
trèrent par  là  dans  la  même  autorité  dont 
les  ducs  de  Toulouse,  leurs  prédécesseurs  , 
avoient  joui  sur  toutes  ces  provinces,  ils  ne 
les  possédèrent  que  comme  deux  duchés  ou 
gouvernemens  généraux  séparés  &  indépen- 
dans. 

XV.  Il  est  toutefois  assez  vraisemblable 
que  la  dépendance  où  avoient  été  la  Sep- 
timanie &  la  Marche  d'Espagne  du  duché 
de  Toulouse  avant  cette  séparation,  fut  un 
des  motifs  qui  engagèrent  Bérenger  à  re- 
mettre '  ces  deux  provinces  sous  son  auto- 
rité, après  que  Bernard  eut  été  dépouillé  de 
leur  gouvernement  en  832.  Sans  doute,  il  se 
crut  d'autant  mieux  fondé  à  faire  cette 
réunion  que  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  avoit 
été  aussi  dépossédé'  alors  de  ce  royaume, 
&  qu'ainsi  le  partage  de  l'an  817,  qui  sépa- 
roit  la  Septimanie  de  l'Aquitaine,  ne  subsis- 
toit  plus.  Enfin,  il  paroît  que  Bérenger 
étoit  déjà  duc  de  Toulouse  dans  le  temps 
de  cette  séparation,  &  qu'elle  avoit  été 
faite  par  conséquent  à  son  préjudice;  ce 
qui  nous  fait  conjecturer  qu'il  ne  fut  peut- 
être  pas  nécessaire  que  Louis  le  Débonnaire 
le  nommât,  en  832,  au  duché  de  Septimanie, 
comme  l'a  cru  le  P.  Labbe,  pour  faire  va- 
loir ses  prétentions  sur  ce  duché  '.  Il  lui 
suffisoit  qu'il  fût  alors  vacant,  &  qu'il  eût 
auparavant  fait  partie  de  celui  de  Toulouse 
qu'il  occupoit  actuellement.  Aussi  voyons- 
nous  que,  même  après  que  Bernard  eut  été 
rétabli  dans  ses  dignités,  Bérenger^  lui  dis- 
puta toujours  le  duché  ou  gouvernement 
de  Septimanie,  &  qu'il  porta  cette  affaire  à 
la  diète  de  Crémieux  de  l'an  835,  où  il  l'au- 
roit  emporté,  selon  toutes  les  apparences, 

'  Astronome,  p.  Sop  &  3i5.  —  Voyez  au  tome  I 
de  cette  édition,  livre  IX,  n.  cxx. 
'  Astronome,  p.  Sop. 
'  Labbe,  Tahles  gèn.  p.  486. 
*  Astronome,  p.  3i5. 


Note 
87 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


123 


Édorig. 

t.  I, 
p.  706. 


sur  son  concurrent,  s'il  ne  fût  mort  dans  le 
même  temps;  ce  qui  mit  fin  à  la  dispute. 
Bernard  demeura  non-seulement  par  là  pai- 
sible possesseur  du  duché  de  Septimanie, 
mais  il  succéda  encore  à  Bérenger  dans  ce- 
lui de  Toulouse. 

Bernard  I.  —  XVI.  Nous  n'avons  à  la 
vérité  aucune  autorité  bien  précise  dans  les 
historiens  du  temps  sur  ce  dernier  article  ; 
mais  il  y  a  d'ailleurs  de  fortes  présomptions 
&  diverses  autres  preuves  qui  ne  permettent 
guère  de  douter  que  Bernard  n'ait  été  in- 
vesti du  duché  de  Toulouse,  après  la  mort 
de  Bérenger.  Que  s'il  n'y  fut  pas  nommé 
en  806,  après  son  père,  c'est  qu'il  étoit  alors 
sans  doute  trop  jeune,  &  en  effet  il  ne  fut 
pourvu  du  duché  de  Septimanie  qu'en  820. 
C'est  ce  qui  est  aisé  à  prouver,  par  le  prin- 
cipe que  nous  avons  déjà  établi,  &  qui  est 
appuyé  du  témoignage  de  tous  les  auteurs 
&  de  tous  les  monumens  du  temps  :  savoir 
que  les  titres  de  comte  de  Barcelone  &  de 
duc  de  Septimanie  ont  toujours  signifié  la 
même  dignité,  depuis  l'érection  de  ce  duché 
jusqu'à  la  séparation  de  la  Septimanie  pro- 
pre d'avec  la  Marche  d'Espagne.  Or,  il  est 
certain  que  Bernard  ne  succéda,  au  plus  tôt, 
qu'en  820,  au  comté  de  Barcelone,  puisque 
Béra",  son  prédécesseur,  ne  fut  proscrit  & 
dépouillé  de  ce  comté  que  cette  année. 
Il  n'aura  été  par  conséquent  duc  de  Septi- 
manie que  depuis  ce  temps-là.  Aussi  ne 
voyons-nous  pas  qu'aucun  ancien  historien 
lui  ait  donné  l'un  ou  l'autre  de  ces  titres 
avant  l'an  820.  Il  s'ensuit  de  ce  que  nous 
venons  de  dire,  que  Béra  doit  avoir  été  duc 
de  Septimanie  depuis  Tan  817  jusqu'à  sa 
proscription,  puisqu'il  est  certain,  d'un 
côté,  que  cette  province  fut  érigée  cette 
année  en  duché  ou  gouvernement  indépen- 
dant de  celui  d'Aquitaine;  &  que  de  l'autre, 
les  titres  de  duc  de  Septimanie  &  de  comte 
de  Barcelone  furent  synonymes  depuis  ce 
temps-là. 

XVII.  S'il  fallait  cependant  s'en  rappor- 
ter à  Gariel',  auteur  de  l'histoire  des  évê- 
ques  de  Maguelonne,  le  duché  de  Septi- 
manie &  le  comté  de  Barcelone  dévoient 

'  Eginhard,  p.  262. 

'  Gariel,  Séries  praesulum  Magalonensium,  p.  5i 
&  seq. 


être  séparés  en  818,  dans  le  temps  de  l'élec- 
tion d'Argemire,   évoque  de  Maguelonne, 
dont  il  raconte  l'histoire,  puisqu'il  prétend 
que  Bernard  étoit  alors  duc  de  Septimanie, 
&  que  Béra,  comte  de  Barcelone,  vivoit  dans 
ce  temps-là.  Mais  ce  n'est  qu'une  pure  sup- 
position; &  tout  ce  que  cet  auteur  rapporte 
touchant  la  prétendue  élection  d'Argemire 
est  entièrement  fabuleux.  En  effet,  Arnaud 
de  Verdale,  évêque  de  Maguelonne,  qui  a 
écrit  au  quatorzième  siècle  l'histoire  de  ses 
prédécesseurs,  garde  un  profond  silence  là- 
dessus';  &  Aimoin,  que  Gariel  se  contente 
de  citer  sur  cela  en  général,  n'en  dit  pas  un 
mot.  Il  suffit   d'ailleurs  de  remarquer  que 
cet  auteur  fait  Bernard  %  duc  de  Septimanie, 
espagnol  de   naissance,  pour  se  persuader 
qu'il  nous  donne  une  histoire  fabriquée  à 
plaisir.  Nous  ne  disconvenons  pas  cepen- 
dant, avec  lui,  que  les  peuples  de  la  Septima- 
nie n'aient  porté  des  plaintes  contre  Ber- 
nard ,    de   ce  qu'il  avoit  envahi  les  biens 
ecclésiastiques  &  séculiers  de  la  province; 
mais  ce  ne  fut^  qu'à  la  diète  de  Kiersi  de 
l'an  838,  &  par  conséquent  longtemps  après 
l'an  818.  Enfin,  l'ancien   historien  qui  fait 
mention  de  ces  plaintes   ne  dit  pas  un  mot 
d'Argemire,  &  elles   n'ont  aucun   rapport 
avec  les  prétendues  circonstances  de  l'élec- 
tion de  ceprélatàl'évêché  de  Maguelonne. 
XVIII.  Pour  revenir  à  Bernard,  il  paroît 
certain,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  qu'il 
succéda  en  835  à  Bérenger  dans  le  duché 
ou  comté  de  Toulouse.  Catel"*,  &  après  lui 
nos  meilleurs  critiques ,  comme  Baluze,  les 
PP.   Labbe,    le  Cointe,    Mabillon,   Pagi , 
Ange ,  &c.,  n'en  doutent  point.  Nous   ne 
connoissons  que  M.  de  Marca^  qui  ait  dit 
le  contraire,  car  La  Faille®  qui  avoit  d'abord 

'  Arn.  de  Verdale,  LabbCj^iiZ.  nova,  1. 1,  p.  795. 

^  Gariel,  Séries  praesulum  Magalonensium,  p.  5i 
&  seq. 

'  Astronome,  p   3 16. 

■^  Catel,  Histoire  des  comtes,  p.  64.  —  Baluze, 
Marca  Hispanica.  —  Lahhe^  Tables  gén.  p.  .'Î41. 
—  Le  Cointe,  ad  ann.  835,  n.  80.  — Mabillon, 
ad  ann.  806,  n.  48.  —  Pagi,  ad  ann.  844,  n.  9.  — 
Histoire  gènéologi<]ue  de  la  maison  de  France,  t,  I, 
p.  680. 

'  P.  de  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  686  &  693. 

^  La  Faille,  Annales  de  Toulouse,  t.   i,  p.  58  & 
suiv.;  add.  p.  8. 


Note 
87 


Noric 
«7 


224 


NOTES  SUll  L'HISTOIRE  DE  1,AN(;UE1)0C. 


adopté  le  scntiiiic-iit  de  ce  jirélat,  jiaroît 
s'<}itrf  rétracté  dans  ses  additions  au  prc-micr 
volimio  des  Annales  Je  Toulouse.  Aussi 
L'St-il  tiés-vraisoniblablc  qu'après  la  mort  de 
Bérengor,  Bernard  se  servit  du  crédit  (|u'il 
avoit  h  la  cour  pour  rriiu;ttre  dans  sa  la- 
inillc  &    réunir  en  sa  ])c'rsonne  le  gouver- 


vain  fort  postérieur  au  neuvième  siècle;  & 
c|uu  les  ])rétendus  caractères  en  chiffres 
dont  Odo  Aribcni  dit  s'être  servi  pour 
écrire  les  circonstances  de  la  mort  de  Ber- 
nard, 8c  qui  ne  paroisscnt  pas  cependant 
dans  son  ouvrage,  ressentent  la  fable.  Quoi 
(|u'il  en  soit,  si   c'est  Ih   le   fragment  d'une 


NoTL 


nenient  général  d'A([uitaine  &  celui  de  Sep-      Chronique    écrite    du    temps,    comme    le 


timanie,  possédés  au|)aravant,  sous  le  seul 
titre  de  duclié  de  Toulouse,  par  le  duc 
(Juillaume,  son  père.  Les  étroiti\s  liaisons 
((u'il  avoit  déjà  formées  avec  Pépin  I,  roi 
d'A(|uitaine,qui  disposa  sans  doute  de  cette 
dignité  en  sa  faveur,  du  consentement  de 
l'empereur  son  père,  peuvent  encore  nous 
le  faire  croire j  il  y  a  d'ailleurs  d'autn^s 
preuves  qui  nous  le  persuadent. 

XIX.  Nous  eu  avons  une  complète,  si  on 
peut  ajouter  foi  h  un  fragment  histori(|ue 
(|ui  a  été  donné'  par  Pierre  Borel,  comme 
tiré  d'une  ancienne  chronic[ue,  dont  M.  Ba- 
luzo  atteste  avoir  vu  le  manuscrit.  Bernard 
y  est  qualifié  expressément  comte  de  Tou- 
louse^ ainsi  ([u'on  le  peut  voir  dans  nos 
preuves'.  Il  faut  avouer,  cependant,   que 


croit'  M.  Balu/.e,  elle  doit  avoir  été  inter- 
polée dans  la  suite,  non-seulement  dans 
l'épitaplie  de  Bernard,  (|ui  y  a  été  visible- 
ment ajoutée  de  l'aveu  même  de  cet  auteur, 
mais  encore  dans  quelques  autres  endroits. 
XX.  Nous  avons  lieu  de  soupçonner  d'au- 
tant plus  cette  Chronique  d'avoir  été  inter- 
polée, pour  ne  pas  dire  d'être  entièrement 
supposée,  qu'un  autre  fragment  que  le  même 
Borel*  en  a  donné  nous  confirme  dans  nos 
soupçons.  Ce  dernier  fragment,  (|ui  paroît 
être  la  suite  de  l'autre,  est  conçu  en  ces  ter- 
mes :  Interea  Carolus  rex  in  sylvam  Vau- 
renscm  £•  pagum  Albïensem  illî  adjacentem 
mittît  mille  quingentos  équités  &  quinquc  mil- 
lia  pediium^  qui  casas,  mansos,  villas,  oppida 
multa  &  aliquas  curtcs  funditus  cvcrtcrunt^  £• 


quelque  autorité  qu'ait  voulu  donner*  le      sine  deîectu  viras  &jacminas  trucidarunt;  cap- 


célèbre  M.  Balu/.e  i\  ce  fragment,  il  nous 
paroît  un  peu  suspect.  L'auteur  y  prend  le 
titre  d'O./o  Aribcrti  <k  entre  dans  un  fort 
grand  détail  des  circonstances  de  la  mort 
de  Bernard,  qu'il  prétend  avoir  été  tué  à 
Toulouse  par  Charles  le  Chauve  même.  La 
Faille  %  qui  a  rapporté  aussi  ce  fragment 
dans  ses  Annales  de  Toulouse^  en  a  donné 
en  même  temps  la  critique.  Il  avoue  que  le 
respect  qu'il  avoit  pour  les  décisions  de 
M.  Balu/e,  faisoit  tju'il  ne  le  rejctoit  pas 
entièrement.  Aux  raisons  de  supposition 
que  cet  annaliste  a  données  do  ce  fragment, 
&  qu'on  peut  voir  dans  son  ouvrage,  nous 
ajouterons  cjue  le  terme  de  Vicarius  rcgius 
(|ui  y  est  employé,  &  les  cinq  cents  sols 
toulousains  d'amende  que  Saniucl,  évêque 
do  Toulouse,  fut  obligé  de  payer  pour 
avoir  fait  inhumer  Bernard,  sont  d'un  écri- 


'  Borel,  Antiquités  de  Castres,   p.    i{   &  Origlna 
.gauloUts,  p.  4x1. 

•  Voytx   aux    Preuves  de   ce   volume,  n.    LXIV, 
Ktlatitin   de  la  mort  Je  Bernard,  duc  de  Sept'tman'te, 

•  Bnluxi,   Not,  Sn  AgoharJ,   —   Marca  Hisp^tulea, 

•  La  Faille,  Annales  de  Toulouse,  8c  add.  p.  8. 


tivos  tanquam  perduclles  patibulo  afjixcrunt  ; 
&  dum  magna  stragc  reditum  parabant,  & 
Baldoinus  cpiscopus  Albicnsis  junctls  coptis 
cum  Alphonso  Vabrcsio,  seniore  M.andebur- 
gîco  Castrensi  Montanorum,  in  Carlovienses 
vagantes  &  incautos  irrupscrunt  £-  in  transita 
vadi  Morinijluminis  Acuti,  ad  intcrnecionem 
deleverunt  ;  ita  ut  pêne  omnes  aut  ferro  aut 
fluvio  aut  suspenJio  pcrierint,  &  exinde  vadum 
Morinurn  novam  accepit  denominationem,  & 
hodie  in  memoriam  suspcnsionis  nostrorum 
vocatur  Vadum  Talionis.  Ex  Manuscripto 
Odonis  Aribertî  anno  844. 

Nous  convenons  que,  suivant  la  Ciironi- 
que  de  Castres,  imprimée  dans  le  septième 
volume  du  Spicilége ,  Baudoin  étoit  évêque 
d'Albi  en  8443  mais  qui  est  cet  Alphonse  de 
ï'abres,  seigneur  Niandeburgique  des  mon- 
tagnes de  Castres,  dont  Odo  Aribcrti  fait 
mention  dans  la  sienne,  &  n'est-il  pas  évi- 
dent que  c'est  un  nom  supposé?  On  sait 
([uc  les  noms  propres  &  les  titres  de  sei- 
gneuries étoient  inconnus  sous  le  règne  do 

'  La  Fuilla,  Annales  de  Toulouse,  &  add.  p.  8. 
■  Borel,  Antiquités  de  Castres,  t.  a,  p.  yy. 


t.  1 

p.  707. 


«7 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2  2.') 


Charles  le  Chauve.  Nous  ne  disons  rien  du 
mot  Carlovienses  qui  ne  l'est  pas  moins, 
sans  parler  de  l'étymologie  du  lieu  de  Gui- 
talens,  que  Borel  a  voulu  faire  dériver,  sur 
l'autorité  de  cette  Chronique,  de  ces  deux 
termes  gué  &  talion^  ce  qui  est  une  pure 
chimère,  car  ce  lieu  se  nomme  dans  les  an- 
ciens monumens  Gultalentiae.  Nous  savons 
d'ailleurs  que  Borel,  qui  a  donné  les  frag- 
niens  de  cette  Chronique,  n'avoit  pas  beau- 
coup de  critique,  &  qu'il  a  adopté  fort  légè- 
rement bien  des  fables  dans  ses  Antiqui- 
tés de  Castres,  sur  l'autorité  de  mémoires 
peu  fidèles  &  de  monumens  suspects.  C'est 
ce  qui  fait  que  nous  n'avons  osé  faire  usage 
des  diverses  épitaphes  ou  autres  monumens 
qu'il  rapporte,  &  dont  plusieurs  nous  ont 
paru  contraires  à  la  vérité  de  l'histoire. 

Pour  revenir  à  OJo  Ariberti  dont  le  nom, 
qui  est  moderne,  ne  convient  point  au  siè- 
cle de  Charles  le  Chauve  ni  môme  au  suivant, 
cet  auteur  peut  avoir  composé  sa  Chroni- 
que sur  une  plus  ancienne,  ou  en  avoir 
pris  le  fond  dans  quelque  auteur  contem- 
porain •  car  il  faut  avouer,  d'un  autre  côté, 
que  nous  trouvons  plusieurs  choses  dans  sa 
narration,  par  rapport  aux  personnes,  aux 
lieux  &  aux  circonstances  de  la  mort  de 
Bernard,  qui  sont  conformes  aux  monu- 
mens du  temps'.  L'Annaliste  de  Metz  sem- 
ble assurer',  par  exemple,  que  Charles  le 
Chauve  tua  de  sa  propre  main  ce  duc,  dans 
le  temps  qu'il  ne  pensoit  à  rien  moins  qu'à 
périr  par  la  main  de  ce  prince.  Carolus  Ber- 
nardum  Barcilonensem  ducem  incautum  &  nihil 
mali  ab  eo  suspicantem  occîdit.  Nous  savons 
encore  que  Samuel,  évéque  de  Toulouse, 
vivoit  en  844.  L'autorité  de  cet  écrivain, 
quel  qu'il  soit,  jointe  à  ce  que  nous  savons 
d'ailleurs,  suffit  donc  pour  nous  persuader 
que  Bernard  fut  duc  de  Toulouse,  depuis 


'  La  chronique  attribuée  à  Odo  Ariherti  est  une 
œuvre  supposée  à  laquelle  on  ne  doit  avoir  au- 
cune confiance.  Il  suffit  de  lire  avec  attention  les 
différents  fragments  publiés  par  les  Bénédictins, 
pour  s'en  convaincre,  &  dom  Vaissete  n'avait  pas 
besoin  d'en  discuter  si  longuement  l'authenticité. 
Ce  point  établi,  il  est  bon  de  remarquer  qu'aucun 
auteur  contemporain  ne  donne  à  Bernard  le  titre 
de  duc  ou  de  comte  de  Toulouse.  [E.  M.] 

*  Annal.  Mettons,  p.  3o2. 

II. 


la  mort  de  Bérenger,  soit  cju'il  ait  uni  alors 
le  comté  particulier  de  Toulouse  à  celui 
de  Barcelone,  qu'il  possédoit  déjà,  contre 
l'usage  observé  sous  l'empire  de  Charleiiia- 
gne,  soit  qu'il  ait  seulement  ajouté  à  sa  di- 
gnité de  duc  de  Septimanie  celle  de  duc  ou 
gouverneur  général  du  royaume  de  Tou- 
louse ou  d'Aquitaine,  sans  avoir  été  comte 
particulier  de  cette  dernière  ville.  Nous  sa- 
vons enfin  qu'il  avoit  assez  d'ambition  pour 
aspirer  à  ces  grandes  dignités,  &  assez  d'in- 
trigue &  de  crédit  pour  les  obtenir. 

XXI.  On  pourroit  objecter  que  Bernard  , 
duc  de  Septimanie,  ne  peut  avoir  été  duc  ou 
comte  de  Toulouse  après  la  mort  de  Béren- 
ger, puisque  Warin  &  Egfrid  '  possédoient 
cette  dignité  vers  l'an  842,  &  de  son  vivant. 
Mais,  comme  il  est  certain  que  ces  seigneurs 
tenoient  le  parti  de  Charles  le  Chauve  & 
Bernard  celui  de  Pépin,  son  compétiteur 
au  royaume  d'Aquitaine,  il  y  a  lieu  de 
croire  que  le  premier  de  ces  deux  princes 
donna  le  duché  de  Toulouse  ou  gouverne- 
ment général  d'Aquitaine  à  Warin,  après 
la  mort  de  l'empereur  Louis  le  Débonnaire , 
&  que  Bernard  conserva  la  même  dignité 
au  nom  de  l'autre,  avec  lequel  il  étoit  fort 
lié.  Pour  ce  qui  est  d'Egfrid,  il  est  qualifié 
seulement  comte  de  Toulouse,  dans  le 
temps  que  Warin  est  appelé  duc  de  la  même 
ville.  Ainsi,  il  est  fort  vraisemblable  qu'il 
étoit  subordonné  à  ce  dernier,  &  qu'il  n'en 
étoit  que  gouverneur  particulier  sous  ses 
ordres.  Ceci  est  confirmé  par  la  conduite 
que  tint  Bernard,  à  l'égard  de  Charles  le 
Chauve,  après  la  mort  de  Louis  le  Débon- 
naire j  car  quoiqu'il  eût  affecté  de  de- 
meurer neutre  entre  ce  prince  &  Pépin,  son 
concurrent,  il  se  déclara  cependant  entiè- 
rement pour  le  dernier,  après  la  bataille 
de  Fontenay  donnée  au  mois  de  juin  de 
l'an  841,  ce  qui  porta  enfin  Charles  à  le 
faire  mourir,  trois  ans  après,  comme  cri- 
minel de  lèse-majesté. 

XXII.  Nous  savons  en  général  que  ce  duc 
fut  mis  à  mort  en  844'.  Il  paroît  que  ce  fut 
avant  la  fin  du  mois  de  juin  de  la  même  an- 
née; car  on  voit  une  charte'  de  Charles  le 

'  Nithard,  1.  4,  p.  878. 
•  Annal.  Berlin,  p.  200. 
'  Cap'itulaires,  append.  t.  2,  p.  1450  &  seq. 


Note 
87 


NoTf 

87 


226 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  708. 


Chauve,  donnée  au  siège  de  Toulouse  le 
onze  du  même  mois  de  l'an  844,  dans  la- 
quelle il  est  parlé  de  certains  biens  situés 
dans  la  Marche  d'Espagne,  que  feu  Bernard 
comte  (quondam  Bernardus  cornes)  avoit 
usurpés  sur  l'église  de  Girone.  Or,  comme 
nous  ne  connoissons  d'autre  Bernard  qui  ait 
exercé  avant  ce  temps-là  quelque  autorité 
dans  cette  Marche,  &  que  nous  savons, 
d'ailleurs,  que  ce  duc  fut  accusé"  d'avoir 
envahi  les  biens  des  Eglises  de  son  gouver- 
nement, nous  ne  doutons  point  qu'il  ne 
soit  le  même  dont  il  est  fait  mention  dans 
cette  charte^  ce  qui  prouve  qu'il  étoit  déjà 
mort  dans  le  temps  de  sa  date.  Il  paroît 
même  qu'il  l'étoit  déjà  dès  le  mois  de  mai 
de  la  même  année,  par  ce  que  nous  dirons 
plus  bas  "  touchant  Sunifred,  son  succes- 
seur dans  son  gouvernement. 

EcFRiD  ou  AcFRED. —  XXIII.  On  voit, 
par  ce  que  nous  venons  de  rapporter,  que 
Bernard  peut  avoir  été  duc  de  Toulouse  en 
841  &  842,  quoique  Warin  eût  alors  le 
même  titre  &  qu'Egfrid  fût  aussi  qualifié 
comte  de  la  même  ville  en  842,  car  il  est 
certain  que  les  deux  derniers  étoient  atta- 
chés au  parti  de  Charles  le  Chauve,  quoi- 
que quelques  modernes  '  fassent  Egfrid  par- 
tisan de  Pépin,  pour  n'avoir"*  pas  bien  com- 
pris le  texte  de  Nithard''.  D'autres*  préten- 
dent qu'Egfrid  n'a  jamais  été  comte  de  Tou- 
louse, &  qu'il  faut  substituer  à  son  nom 
celui  de  Bernard  dans  le  texte  de  cet  histo- 
rien qui  lui  donne  ce  titre;  mais,  comme 
cette  conjecture  n'est  appuyée  d'aucune 
autorité,  nous  ne  saurions  l'adopter.  Egfrid 
aura  donc  été  véritablement  comte  de  Tou- 
louse, &il  en  aura  possédé  le  gouvernement 
particulier  sous  l'autorité  de  Warin,  qua- 
lifié en  même  temps  duc  de  cette  ville. 

On  prétend  qu'Egfrid  est  le  même  que 
Wifred,  comte  de  Bourges,  qui  vivoit  sous 


'  Astronome,  Vie  de  Louis    le  Débonnaire,    1,  2 
n.  7  &  i5,  p.  3i6. 

•■  Page  284  de  ce  volume,  n.xxxiii  de  cette  Note. 

'  La  Faille,  Abrégé,  p.  60.  —  Mémoires  de  Tré- 
voux, décembre  1727,  p.  2176. 

*  Voyez  Labbe,  Tables  généal.  p.  485  &  486. 

5  Nithard,  1.  4,  p.  378. 

«  Le  Ceinte,  ad  ann.  842,  n.  i8,  &  ad  ann.  844, 
n.  33. 


le  règne  de  l'empereur  Louis  le  Débon- 
naire, &  qu'Acfred,  comte  de  Carcassonne 
à  la  fin  du  neuvième  siècle.  C'est  ce  qu'as- 
surent en  particulier  les  Journalistes  '  de 
Trévoux  qui  nous  ont  donné  depuis  peu  la 
suite  de  la  vie  du  même  comte  Egfrid,  qu'ils 
disent  avoir  tracée  d'après  les  historiens  &  mo- 
numens  anciens.  Mais  il  est  évident  qu'ils 
confondent  trois  ou  quatre  comtes  de  même 
nom,  comme  nous  allons  le  faire  voir  en 
examinant  ce  qu'ils  avancent  là-dessus  :  cela 
nous  écarte  d'autant  moins  de  notre  sujet 
qu'ils  prétendent  que  ce  seigneur,  qu'ils  font 
mourir  en  867,  étoit  comte  de  Toulouse. 

«  Acfred,  disent  ces  écrivains  (nous  con- 
«  venons  avec  eux  que  les  noms  d'Acfred, 
«  de  Wifred  &  d'Egfrid  sont  les  mêmes)_, 
<<  étoit  encore  jeune  lorsqu'il  fut  comte  de 
«  Bourges  &  qu'il  épousa  en  premières  no- 
«  ces  la  comtesse  Oda,  issue  comme  lui  du 
«  sang  royal.  Pour  s'attirer  la  bénédiction  du 
«  ciel  au  commencement  de  son  mariage  & 
«  de  l'administration  de  sa  comté,  il  fonda, 
«  en  828,  le  monastère  de  Saint-Genou. 
«  Il  eut  de  sa  première  épouse  la  princesse 
«  Agane ,  &  profita  de  la  paix  conclue 
«  en  834  entre  Louis  le  Débonnaire  &  ses 
«  enfans,  pour  marier  sa  fille  avec  le  prince 
«  Robert  qui  sortoit  aussi  de  la  race  de  nos 
«  rois.  Le  même  comte  ou  duc  de  la  pre- 
'(  mière  Aquitaine  fut  toujours  constam- 
«  ment  attaché  dans  les  guerres  civiles  au 
«  parti  de  Pépin,  roi  d'Aquitaine,  lequel, 
«  après  la  mort  de  Bérenger,  lui  donna, 
«  en  837,  la  comté  de  Toulouse  qui  dépen- 
«  doit  de  ses  États.  Il  se  déclara  dans  la  suite 
«  pour  le  jeune  Pépin,  fils  du  roi  son  bien- 
ci  faiteur,  contre  Charles  le  Chauve  à  qui 
u  l'empereur  Louis  le  Débonnaire  donna 
«  le  royaume  de  ce  jeune  prince.  Il  se  re- 
«  trancha  sur  les  montagnes,  &  s'y  maintint 
«  contre  les  forces  impériales  jusqu'en  l'an- 
«  née  840,  que  Louis  le  Débonnaire  mou- 
ci  rut.  Il  fut  dépouillé  de  sa  comté  de  Bour- 
«  ges  par  Charles  le  Chauve,  qui,  s'étant 
«  rendu  maître  de  presque  toute  l'Aqui- 
«  taine,  mit  à  sa  place  le  comte  Gérard;  il 
«  se  trouva  en  841 ,  avec  Emenon  &  les  autres 
«  partisans  du  jeune  Pépin,  à  la  fameuse 
«  bataille   de  Fontenay,  &  en  843,  il  défit 


Non 
87 


Mém. 


de    Trévoux f  déc.  1727,  p.  2174  &  suiv. 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


227 


«  dans  une  embuscade  un  corps  de  troupes 
((  que  Charles  le  Chauve  avoit  envoyées 
«  pour  le  surprendre.  Il  continua  Pannée 
«  suivante  à  combattre  pour  le  jeune  Pépin 
«  qui  fît  la  paix,  en  845,  avec  Charles  le 
«  Chauve. 

«  Acfred  ,  après  la  mort  de  sa  première 
«  épouse,  n'ayant  au  plus  que  cinquante- 
«  deux  ans,  paroît  avoir  épousé  vers  l'an 
«  860  Adelinde  ,  fille  de  Bernard  ,  comte 
«  d'Auvergne,  nièce  deRanulfe,  duc  de  la 
«  seconde  Aquitaine  &  sœur  de  Guillaume 
«  le  Pieux,  comte  &  duc  de  la  première 
«  Aquitaine  &  comte  d'Auvergne.  La  com- 
«  tesse  Adelinde  étoit  fort  jeune,  &  survé- 
«  eut  longtemps  à  son  mari.  On  voit  par  le 
('  testament  qu'elle  fait  à  sa  rnort,  arrivée 
«  l'an  906,  qu'Acfred  laissa  d'elle  trois  en- 
('  fans  :  Guillaume  II,  qui  fut  duc  d'Aqui- 
«  taine  &  mourut  sans  postérité,  Acfred  II 
('  aussi  duc  d'Aquitaine,  entre  lequel  &  son 
"  père ,  faute  de  faire  attention  à  la  suite 
«  de  l'histoire  &  delà  chronologie,  on  a 
((  mal  à  propos  inséré  un  autre  Acfred, 
«  de  sorte  qu'on  a  fait  deux  degrés  généa- 
<(  logiques  où  il  n'y  en  a  qu'un ,  &  que  du 
«  même  Acfred  II,  mort  sans  postérité,  on 
«  a  fait  deux  personnes.  Le  troisième  fils 
«  d'Acfred  I  fut  Bernard  II,  comte  d'Auver- 
«  gne. 

«  Acfred  resta  fidèle  à  Pépin  jusqu'en 
«  l'année  864,  que  ce  prince  fut  arrêté  & 
(<  enfermé  à  Senlis  dans  une  étroite  prison. 
«  Alors  Acfred  qui,  pour  le  service  de  son 
«  roi  avoit  auparavant  engagé  Louis,  fils  de 
«  Charles  le  Chauve,  à  se  déclarer  contre 
«  son  père  ,  se  voyant  sans  aucune  res- 
«  source,  prit  le  parti  de  mettre  bas  les 
«  armes.  Il  alla  se  rendre  près  de  Robert  le 
«  Fort  qui  le  présenta,  la  même  année  864, 
«  à  Charles  le  Chauve  &  lui  obtint  sa  grâce 
«  &  la  bienveillance  de  Charles.  Depuis  ce 
«  temps,  Acfred  tâcha  de  mériter  de  plus 
«  en  plus  les  bonnes  grâces  du  roi,  qui  lui 
«  donna  l'abbaye  de  Saint-Hilaire  de  Poi- 
«  tiers  ,  &  trois  ans  après  lui  rendit  sa 
«  comté  de  Bourges^  mais  le  comte  Gérard 
«  qui  en  étoit  en  possession  ne  voulant  pas 
«  la  lui  céder  ,  on  combattit  de  part  & 
«  d'autre.  Acfred  eut  le  malheur,  l'année 
«  suivante,  868,  d'être  vaincu  &  de  perdre 
«  la    vie    dans    cette   guerre.    Charles    le 


Note 
84 


«  Chauve  vint  en  Berry  pour  venger  sa 
«  mort  ,  y  fit  de  terribles  dégâts  &  fut 
«  obligé  de  s'en  retourner  sans  avoir  pu 
«  chasser  Gérard  de  sa  comté,  qui  revint 
«  dans  la  suite  aux  enfans  d'Acfred.  C'est 
«  ce  que  nous  apprenons  d'Acfred  dans  les 
«  histoires  de  la  translation  de  S.  Genou 
«  &de  la  vie  de  S.  Jacques,  dans  les  livres 
«  de  Nithard,  dans  les  Annales  de  Saint- 
«  Bertin  &  dans  les  divers  monumens.   » 

Examinons  présentement  ,  suivant  ces 
monumens  ,  les  circonstances  de  la  vie  du 
comte  Acfred,  après  avoir  remarqué  que 
les  Journalistes  de  Trévoux  ne  l'ont  com- 
posée que  pour  la  mettre  en  parallèle  avec 
celles  de  Robert,  gendre  du  même  comte,  & 
de  Robert  le  Fort  qu'ils  prétendent  être 
petits-fils  de  ce  dernier  par  Agane  sa  fille, 
épouse  de  l'autre,  &  s'en  servir  pour  prou- 
ver que  les  uns  &  les  autres  '  étoient  de  la 
race  de  Pépin  &■  de  Charlemagne. 

1°  Nous  convenons  d'abord  qu'Egfrid  ,  ou 
Acfred,  comtede  Bourges  qui,  l'an 828,  fonda 
l'abbaye  de  S.  Genou,  conjointement  avec 
son  épouse  Oda^  étoit  de  la  race  royale  de 
Pépin  &  de  Charlemagne  j  qu'il  eut  de  son 
mariage  avec  cette  dame  une  fille  appelée 
Agane,  laquelle  épousa  un  seigneur  de  la 
même  race ,  que  les  uns  font  comte  de 
Madrie  &  les  Journalistes  comte  de  Sesseau, 
en  Berry.  Les  auteurs  qui  ont  écrit  la 
translation  des  reliques  de  S.  Genou  ^  & 
la  vie  de  S.  Jacques  l'ermite,  ne  nous  per- 
mettent pas  d'en  douter^  mais  nous  igno- 
rons si  ce  comte  Egfrid  étoit  jeune  ou  vieux 
lorsqu'il  fut  comte  de  Bourges  &  qu'il 
fonda,  en  828,  le  monastère  de  S.  Genou,  &■ 
s'il  fit  cette  fondation  pour  s'attirer  la  béné- 
diction du  ciel  au  commencement  de  son  ma- 
riage &  de  l'administration  de  sa  comté.  Il 
paroît,  au  contraire,  par  ce  que  disent  les 
Journalistes  ,  qu'en  828  Acfred  étoit  marié 
depuis  longtemps ,  puisqu'ils  prétendent 
quildonna  sa  fille  Agane  en  mariage,  Van  834, 
à  Robert,  comte  de  Sesseau;  à  moins  qu'ils 
ne  veuillent  qu'Agane  ait  été  mariée  à  l'âge  Éd  orif 
de  six  ans.  De  plus,  ce  que  nous  allons 
dire  touchant  l'époque  de  la  mort  d'Acfred 

'  Mémoires  de  Trévoux,  décembre  1727,  p.  2174 
&  suiv. 

"  Acta  SS.  or'dinis  S.  Benedicti ,  saec.  4,  part.  2. 


t.  1, 
p.  709. 


Note 
87 


228 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


prouve,  ce  semble,  qu'en  828  il  devoit  être 
dans  un  âge  assez  avancé. 

2°  Il  paroît  certain  que  ce  comte  de 
Bourges  n'eut  point  d'autre  femme  qu'Oc/a. 
Ainsi  il  ne  l'épousa  point  en  premières  noces. 
L'auteur  de  la  translation  des  reliques  de 
S.  Genou,  qui  parle  de  la  mort  de  tous  les 
deux  ,  ne  dit  rien  du  second  mariage  d'Ac- 
fred  ,  &  il  le  fait  mourir  avec  son  épouse, 
Ode,  à  peu  près  en  même  temps.  D'ailleurs, 
cet  auteur  fixe  l'époque  de  leur  mort  envi- 
ron à  l'an  838  ,  &  on  ne  sauroit  différer 
celle  d'Acfred  après  l'an  846  ;  par  consé- 
quent il  n'a  pu  épouser,  vers  Van  860  ,  à 
l'âge  de  cinquante-deux  ans,  Adelinde,  sœur 
de  Guillaume  le  Pieux,  comte  d'Auvergne. 

3°  Venons  aux  preuves  de  l'époque  de 
la  mort  de  ce  comte  de  Bourges  ;  cet  article 
est  d'autant  plus  essentiel  qu'il  fait  voir 
d'abord  que  la  vie  de  ce  seigneur,  composée 
par  les  Journalistes,  n'est  qu'un  vrai  roman  , 
&  qu'ils  l'ont  confondu  avec  un  autre  comte 
de  Bourges  de  même  nom,  tué  l'an  868,  & 
avec  un  troisième  Acfred,  comte  de  Garcas- 
sonne  ,  mort  vers  l'an  906.  L'auteur  de  la 
translation  des  reliques  de  S.  Genou,  après 
avoir  employé  quelques  pages  à  rapporter 
l'histoire  de  la  fondation  de  l'abbaye  du 
même  nom ,  parlant  de  la  mort  d'Acfred  & 
d'Ode  ',  dit  positivement  qu'ils  moururent 
peu  de  temps  avant  Pépin  I ,  roi  d'Aqui- 
taine ,  qui  décéda  certainement  l'an  838. 
Hi  fidelissimi  conjuges, postquam  à  terres- 
tri  domo  non  manufactam  aeternam  in  coelis 
promeruisse  digne  credendi  sunt  :  circa  quod 
tempus  domnus  etiam  Pippinus  Aquitaniae  rex, 
biennio  ante  patris  sui  obitum ,  ultimam  vitae 
sortitus  diem  ,  Pictavis  apud  sanctam  Rade- 
gundem  sepultus  est.  Domnus  vero  Ludovt- 
cus....  anno  ab  incarnatione  Domini  octin- 
gentesimo  quadragesimo  féliciter  obiit.  On 
voit,  par  le  récit  historique  &  la  chrono- 
logie de  cet  écrivain ,  que  la  mort  du  comte 
Acfred  &  d'Ode,  son  épouse,  précéda  celles 
de  Pépin,  roi  d'Aquitaine,  &  de  l'empereur 
Louis  le  Débonnaire.  Cette  époque  a  paru 
si  certaine  au  P.  Mabillon,  qu'il  n'a  pas  fait 
difficulté'  de  reporter  la  mort  de  ce  comte 

'  Acta  SS.  ord'inis  S.  Benedict'i,  saec.  4,  part.  2, 
p.  228. 

"  Mabillon,  Annal,  ad  ann.  828,  n.  12, 


&  celle  de  son  épouse,  immédiatement 
après  la  date  d'une  charte  du  même  Pépin, 
donnée  la  vingt-quatrième  année  de  son 
règne,  ou  l'an  838,  pour  confirmer  la  fon- 
dation qu'ils  avoient  faite  de  l'abbaye  de 
S.  Genou.  Sub  idem  tempus  decessere  Vicfre- 
dus  &  Oda,  &c.  Enfin,  suivant  le  même 
historien  de  la  translation  des  reliques  de 
S.  Genou,  Acfred  &  son  épouse  avoient  déjà 
fait  leur  testament  '  &  disposé  de  leurs 
biens  dans  le  temps  de  cette  fondation'. 

4°  On  peut  encore  prouver  que  la  mort 
d'Acfred  doit  avoir  précédé  l'an  846  par 
l'auteur  de  la  vie  de  S.  Jacques  l'Ermite', 
qui,  ayant  rapporté  que  ce  solitaire  alla 
trouver  le  prince  Robert,  se  sert  de  ces 
termes  en.  parlant  d'Agane  son  épouse  : 
Agana  ex  pâtre  Vivichfrido  comité  QUON- 
DAM  Bituricensi;  car  le  motquondam  prouve 
qu'Acfred  étoit  alors  déjà  mort,  suivant  le 
style  ordinaire  des  chartes  &  des  auteurs 
du  moyen  âge.  Or,  les  Journalistes  con- 
viennent que  S.  Jacques  alla  trouver  Ro- 
bert l'an  846,  &  ce  fut  même  plus  tôt  sui- 
vant le  P.  Mabillon,  qui  rapporte  cet  évé- 
nement "*  sous  l'an  841.  Il  est  donc  certain 
qu'Acfred,  comte  de  Bourges  &  fondateur 
de  l'abbaye  de  Saint-Genou,  ne  sauroit  être 
le  même  qu'Egfrid ,  comte  de  Toulouse 
en  842,  comme  les  Journalistes  Fassurent 
positivement.  Quant  à  la  qualité  de  duc  de 
la  première  Aquitaine  que  ces  auteurs  lui 
donnent  libéralement,  on  n'a  aucune  preuve 
qu'il  l'ait  prise. 

5°  Les  mêmes  monumens  ne  nous  ap- 
prennent rien  touchant  l'époque  du  mariage 
d'Agane,  fille  d'Acfred,  avec  Robert  comte 

■  Acta  Sanctorum  ord'inis  S.  Benedicti ,  saec.  4, 
part.  2,  p.  226  &  227. 

*  La  discussion  à  laquelle  se  livrent  ici  les  Béné- 
dictins n'a  plus  aujourd'hui  aucun  intérêt.  Il  n'y 
a  jamais  eu  en  83o  ou  840  de  comte  de  Bourges  du 
nom  d'Acfred.  Ce  personnage  apocryphe  a  été  in- 
venté par  l'auteur  de  la  Translation  des  reliques  de 
saint  Genou,  récit  légendaire  dont  la  rédaction  n'est 
pas  antérieure  au  onzième  siècle,  &  qui  n'a  par 
conséquent  aucune  autorité  pour  les  faits  qui  nous 
occupent  ici.  Voyez  plus  loin,  dans  la  Note  addi- 
tionnelle, ce  que  nous  disons  à  ce  sujet.  [E.  M.] 

'  Acta  Sanctorum  ordinis  S.  Benedicti ,  saec,  4, 
part.  2,  p.   1  5i . 

^  Mabillon,  Annal,  ad  ann.  841,  n.  40. 


Note 
87 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2  2f, 


de  Madrie,  que  les  Journalistes  rappor- 
tent de  leur  chef  à  l'an  884,  &  immédiate- 
ment après  la  paix  conclue  entre  Louis  le 
Débonnaire  &  ses  enfans.  On  n'a  non  plus 
aucune  preuve  que  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine, 
ait  donné  au  même  Acfred,  en  837,  la  comté  de 
Toulouse  après  la  mort  de  Bérenger  qui  dé- 
céda en  835,  &  non  en  837. 

6"  L'époque  de  la  mort  d'Acfred  I,  comte 
de  Bourges,  arrivée  certainement  en  838, 
fait  voir  le  faux  de  tout  ce  que  les  Journa- 
listes avancent  au  sujet  de  ce  comte,  qu'ils 
font  partisan  du  jeune  Pépin,  roi  d'Aqui- 
taine. Il  est  vrai,  comme  nous  l'avons  déjà 
remarqué  ,  que  quelques  modernes  préten- 
dent, par  un  passage  mal  entendu  de  l'His- 
toire de  Nithard,  qu'Egfrid,  comte  de  Tou- 
louse en  842  étoit  attaché  au  parti  de  ce 
prince  ;  mais  le  P.  Labbe  "  a  fait  voir  qu'on 
n'a  pas  bien  compris  ce  passage  ,  &  qu'il 
prouve  au  contraire  qu'Egfrid,  comte  de 
Toulouse,  fut  toujours  partisan  de  Charles 
le  Chauve,  compétiteur  de  Pépin.  Voici  le 
texte  de  Nithard,  comme  il  est  ponctué  dans 
l'édition  de Duchesne,  ponctuation'  qui  est 
cause  de  l'erreur  :  Insuper  Egfridus  cornes 
Tolosae  e  Pippini  sociis,  qui  ad  se  perdendum 
missi  fuerant ,  quosdam  in  insidiis  cepit , 
quosdam  stravit.  Il  n'y  a  qu'à  ôter  la  vir- 
gule qui  est  après  sociis  &  la  mettre  après 
Tolosae,  8i  le  passage  sera  clair:  au  lieu 
qu'il  est  embarrassé  de  la  manière  qu'on 
le  lit.  Il  prouve  qu'Egfrid  défit  les  troupes 
que  Pépin  avoit  envoyées  pour  le  faire 
périr. 

7°  Nous  n'avons  aucune  preuve  qu'un 
Egfrid,  comte  de  Bourges  ou  de  Toulouse, 
se  soit  retranché  sur  les  montagnes  S-  se  soit 
maintenu  en  faveur  du  jeune  Pépin  contre  les 
troupes  impériales  jusqu'à  Van  S^o ,  ni  que  le 
roi  Charles  le  Chauve  l'ait  dépouillé  de  la 
comté  de  Bourges  pour  la  donner  au  comte 
Gérard.  Nous  savons',  au  contraire,  que  ce 
prince  en  dépouilla  ce  dernier  pour  en  re- 
vêtir un  Acfrid  ou  Acfred.  Il  ne  paroît  pas 
non  plus  qu'aucun  seigneur  de  ce  nom  se 
soit  trouvé  à  la  bataille  de  Fontenay,  en  841, 
&  encore  moins  qu'il   fût  du    nombre    des 

'  Labbe,    Tables  gén.  p.  4.35. 
'  Nithard,  1.  4,  p.  378. 
^  Annal.  Berlin,  p.  219. 


partisans  du  jeune  Pépin.  Pour  ce  qui  est  de 
l'embuscade  de  l'an  843,  ou  plutôt  de  l'an 
842 ,  nous  venons  de  voir  qu'Egfrid  défit, 
dans  cette  occasion,  un  corps  de  troupes 
que  Pépin  ,  &  non  pas  Charles  le  Chauve  , 
avoit  envoyées  pour  le  surprendre. 

8"  Cet  endroit  de  Nithard  est  le  seul  mo- 
nument que  nous  ayons  d'Egfrid  ,  comte  de 
Toulouse  ,  &  il  n'en  est  plus  parlé  depuis 
ni  dans  cet  historien  ni  dans  aucun  autre. 
Ainsi,  c'est  sans  aucune  autorité  que  les 
Journalistes  disent  qu'il  continua,  l'année 
suivante,  à  combattre  pour  le  jeune  Pépin  ; 


Note 

87 


Éd. 


&  si  Robert  le  Fort  faisoit  alors  la  guerre,   ^«lor'g- 
ou  les   années   suivantes,  en  faveur   de    ce    p  710. 
prince ,  ce  ne  fut  pas  sans  doute  à  l'exem- 
ple  d'Acfred. 

9"  Nous  avons  déjà  prouvé  qu'Acfred  I, 
comte  de  Bourges,  mourut  l'an  838  j  ainsi  il 
ne  sauroit  avoir  épousé,  vers  l'an  860,  &■ 
à  l'âge  de  cinquante-deux  ans,  Adelinde,  fille 
de  Bernard  j  comte  d'Auvergne ,  nièce  de 
Kadulfe,  duc  de  la  seconde  Aquitaine^  &sœur 
de  Guillaume  le  Pieux,  comte  &  duc  de  la  pre- 
mière Aquitaine  &  comte  d'Auvergne.  C'est 
un  autre  Acfred  qui  épousa  cette  dame  & 
qui ,  comme  nous  le  prouverons  plus  bas, 
étoit  comte  de  Carcassonne.  On  verra  aussi 
qu'elle  n'étoit  point  nièce  de  Ranulfe,  duc 
d'Aquitaine.  Les  Journalistes  avouent  que 
l'an  860  Adelinde  étoit  fort  jeune ,  &  ils 
prétendent  qu'elle  survécut  longtemps  à 
son  mari.  Pour  ce  qui  est  de  son  âge,  il  est 
certain  qu'il  devoit  être  alors  fort  tendre, 
supposé  même  qu'elle  fût  déjà  au  monde j 
car  nous  prouverons  aussi  que  Bernard, 
comte  d'Auvergne,  son  père,  ne  naquit  que 
l'an  841.  Il  est  vrai  qu'elle  survécut  au 
comte  Acfred  son  mari  ;  mais  nous  ne  sa- 
vons pas  si  ce  fut  longtemps;  car  on  n'en  a 
aucune  preuve. 

10"  Suivant  les  Journalistes,  on  voit,  par 
le  testament  qu  Adelinde  fit  à  sa  mort.,  l'an  906, 
qu'Acfred  laissa  d'elle  trois  enfans,  Guil- 
laume II  qui  fut  duc  d'Aquitaine  &  mourut 
sans  postérité  ;  Acfred  II,  aussi  duc  d'Aqui- 
taine, entre  lequel  &  son  père ,  faute  de  faire 
attention  à  la  suite  de  l'histoire  &  de  la  chro- 
nologie, on  a  mal  à  propos  inséré  un  autre 
Acfred  ;  de  sorte  qu'on  a  fait  deux  degrés  gé- 
néalogiques où  il  n'y  en  a  qu'un,  &  du  même 
Acfred  II,  mort   sans   postérité,    on   a  fait 


Note 
87 


280 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


deux  personnes.  Le  troisième  fils  d'Acfred 
fut  Bernard  II,  comte  d'Auvergne.  ]>ions  ne 
connoissons  d'autre  testament  de  la  com- 
tesse Adelinde  que  l'exécution  qu'elle  fit, 
l'an  906,  de  celui  d'Acfred  son  mari  mort 
depuis  peu,  &  c'est  sans  doute   de  cet  acte 


Acfred,queles  Journalistes  confondent  avec 
le  comte  de  Bourges  de  ce  nom  qui  vivoit 
en  828,  étoit  partisan  de  Pépin  II ,  &  s'il 
l'avoit  été  jusqu'alors,  c'est-à-dire  jusqu'à 
l'an  864.  Ces  auteurs  ajoutent  qu'Ac/red,  se 
voyant   alors  sans  aucune  ressource ,  prit  le 


Note 
87 


que  veulent  parler  ces  écrivains.  Or,  dans  parti  de  mettre   bas  les  armes ,  &■  quil  alla  se 

ce  titre  qui  a  été  donné  par  le  P.  Mabillon'  rendre  près  de  Robert  le  Fort  qui  le  présenta 

&  par  M.  Baluze ,  il  n'est  mention  que  d'un  la  même  année,  864,  à  Charles  le  Chauve  &  lui 

Acfred,  fils  d'un  autre  Acfred  qui  l'a  signé,  &  obtint  sa  grâce.   Il  est  bon  de  rapporter  là- 

qui  étoit  sans  doute  fils  du  testateur;  mais  dessus  le  texte  même  de  l'Annaliste  de Saint- 

il  n'y  est  pas  dit  un  mot  ni  de  Guillaume,  ni  Bertin  :  Egfridus  ',  qui  transactis  temporibus 

de  Bernard.  Ceci  fait  voir  qu'Acfred,  mari  cum  Stephano  filium  fi-  aequivocum  régis  ab 

d'Adelinde,  mort  vers  l'an  906,   ne  sauroit  obedientia  paterna    subtraxerat,    à   Roberto 

être  le  même  qu'Acfred,  comte  de  Bourges  capitur ,  &   régi  in  eodem  placito  praesenta- 

en  828.  Nous  savons  d'ailleurs  que  le  pre-  tatur  :  cui  rex,  deprecatione  ipsius  Rodberti 

mier  vivoit^  certainement  en  883  &  884,  &  caeterorumque  suorum  fidelium,  quod  in  eum 

les  Journalistes  avouent  que  l'autre  mourut  commiserat  perdonavit.  On  peut  juger,  par 

en  868.  Ce  n'est  donc  pas  mal  à  propos  qu'on  ce  passage,  si  Egfrid  se  rendit  de  lui-même 


a  inséré  un  autre  Acfred  entre  Acfred  II,  duc 
d'Aquitaine,  &  Acfred  I,  comte  de  Bourges , 
que  ces  auteurs  prétendent  être  son  père  , 
&  ceux  qui  l'ont  dit  ont  fait  attention  à  la 
suite  de  l'histoire  &  de  la  chronologie.  Par 
conséquent,  on  doit  faire  deux  degrés  généa- 
logiques au  lieu  d'un,  supposé  qu'Acfred  II, 
duc  d'Aquitaine,  mort  après  l'an  927,  descen- 
dît en  ligne  directe  d'Acfred,  comte  de  Bour- 
ges, mort  en  838,  à  quoi  il  n'y  a  cependant 
aucune  apparence;  car  il  paroît  que  ce  der- 
nier ne  laissa  qu'une  fille  unique  ,  quoique 
vraisemblablement  ils  fussent  l'un  &  l'autre 
de  la  même  race. 

1 1°  Les  Annales  de  S.  Bertin  font  mention 


près  de  Robert  ou  plutôt  si  ce  dernier  ne 
le  fit  pas  prisonnier  pour  le  présenter  au 
roi  à  l'assemblée  de  Pistes.  Les  Journalistes 
prétendent  qu'Acfred  étoit  aïeul  maternel 
de  Robert  le  Fort  :  l'Annaliste  de  Saint- 
Bertin  n'auroit  pas  manqué  de  l'observer 
dans  une  pareille  circonstance. 

12''  Enfin  ces  écrivains  avancent  qu'Ac- 
fred ,  après  avoir  obtenu  la  grâce  &  la 
bienveillance  de  Charles  le  Chauve,  tâcha 
depuis  de  mériter  de  plus  en  plus  les  bon- 
nes grâces  de  ce  prince,  qui  lui  donna  l'ab- 
baye de  Saiht-Hilaire  de  Poitiers,  &■  trois  ans 
après,  c  est-à-dire  l'an  Sôy,  lui  rendit  sa  comté 
de  Bourges;  mais   il   est   constant,  par  les 


d'Egfrid,  qui  avoit   engagé  un    des    fils   de      Annales  de  Saint-Bertin  %  que  lorsque  Rai- 


Charles  le  Chauve  à  se  déclarer  contre  le 
roi  son  père,  mais  elles  ne  disent  pas, 
comme  ajoutent  les  Journalistes,  qu'Egfrid 
ou  Acfred  ait  fait  cette  démarche  pour  le  ser- 
vice de  son  roi  (Pépin  II).  Ces  auteurs  pré- 
tendent d'ailleurs  qu'il  s'agit  ici  de  Louis,  fils 
de  Charles  le  Chauve,  mais  c'est  de  Charles, 
roi  d'Aquitaine  &  fils  de  ce  dernier  qu'il 
est  parlé  dans  cet  endroit ,  &  non  de  Louis  : 
Filium^  &  aequivocum  régis  ab  obedientia  pa- 
terna subtraxerat.  Ainsi  nous  ignorons  si  cet 

'  Mabillon,  Annales,  t.  3,  p.  696.  —  Baluze, 
Histoire  génèal.  de  la  maison  d'Auvergne,  t.  2,  p.  14. 

'  Baluze,  Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, t.  2,  p.   I  3  8c  seq. 

'  Annal.  Bertin,  p.  222. 


nulfe  I,  comte  de  Poitiers,  mourut  l'an  867, 
il  possédoit  cette  abbaye.  Il  est  vrai  qu'Eg- 
frid s'en  mit  en  possession  après  la  mort  de 
ce  comte;  mais  il  paroît  qu'il  s'en  empara 
de  sa  propre  autorité  ,  &  que  ce  ne  fut  qu'à 
force  de  présens  qu'il  obtint  enfin  du  roi 
Charles  le  Chauve  la  liberté  de  la  posséder. 
C'est  par  la  même  voie  qu'il  obtint  le  comté 
de  Bourges,  qui  lui  fut  donné,  mais  non  pas 

rendu.    Carolus ab   Acfrido    abbatiam 

S.  Hilarii  habente....  sicut  quidam  dîxerunt, 

exenia   non  modica  suscipiens comitatum 

Bituricum-..  a  Gerardo  comité  abstulit  & prae- 
fato  Acfrido  dédit. 

'  Annal,    Bertin.  p.  222. 
^  lèid,  p.  226,  229  &  seq. 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


!3l 


Il  résulte  de  tout  ce  que  nous  venons  de 
dire  qu'Acfred,  comte  de  Bourges,  en  828, 
est  différent  d'Acfred,  comte  de  Toulouse, en 
842,  &  non  en  S^o;  que  ce  dernier  est  peut- 
être  le  même  que  celui  qui  fut  établi  comte 
de  Bourges  en  867  ,  mais  qu'il  n'y  a  rien  de 
certain  là-dessus;  qu'enfin  Acfred,  comte  de 
Carcassonne  &  mari  d'Adelinde,  sœur  de 
Guillaume  le  Pieux,  comte  d'Auvergne  ,  est 
différent  des  précédens  ,  quoique  les  au- 
teurs des  Mémoires  de  Trévoux  n'aient  fait 
qu'un  seul  comte  de  ces  trois  ou  quatre. 
Il  est  cependant  vraisemblable  qu'ils  étoient 
Ed.orig.  Je  la  même  race;  mais  s'ils  étoient parens,  ce 
p.yi'i,  n'étoit  qu'en  ligne  collatérale,  comme  nous 
verrons  plus  bas,  où  nous  proposerons  les 
conjectures  qui  peuvent  faire  croire  qu'ils 
étoient  tous  de  la  race  de  S.  Guillaume,  duc 
de  Toulouse  ou  d'Aquitaine  &  fondateur 
de  l'abbaye  de  Gellone. 

Quant  à  la  postérité  d'Acfred  I,  comte  de 
Bourges  ,  nous  savons  seulement  qu'il  laissa 
une  fille,  &  l'ancien  auteur  de  l'Histoire  de 
la  translation  des  reliques  de  S.  Genou  té- 
moigne qu'il  ignoroit  si  ce  comte  eut  d'au- 
tres enfans  :  Quitus  alïi  '  praeter  filiam  fue- 
rintne  liberî  parum  comperimus.  Si  le  même 
Acfred  eût  épousé  Adelinde  en  secondes 
noces  vers  l'an  860,  &  en  eût  eu  des  en- 
fans,  cet  auteur,  qui  écrivoit  longtemps 
après,  ne  l'auroit  pas  ignoré.  Ainsi,  Agane, 
épouse  de  Robert,  comte  de  Madrie,  étoit 
fille   unique   d'Acfred,  comte  de  Bourges. 

Du  reste,  il  est  très-incertain  si  Robert, 
mari  d'Agane  ,  fut  père  de  Robert  le  Fort, 
quoi  qu'en  disent  les  Journalistes  de  Tré- 
voux. On  ne  peut  former  là-dessus  qu'une 
légère  conjecture  ,  en  supposant  que  le 
père  de  Robert  le  Fort  s'appeloit  Robert  ; 
mais  on  n'a  aucune  preuve  qu'il  fût  fils  d'un 
seigneur  de  ce  nom  ,  &  la  charte  que  ces 
auteurs  '  citent  ne  le  dit  pas.  C'est  ce  qu'at- 
teste le  P.  Mabillon  ',  témoin  non  suspect, 
il  n'y  a  qu'à  copier  ses  propres  paroles  :  AJ 
hune  annum  897  revocanda  vîdetur  charta 
Rotberti  comitis ,  &  abbatis  S.  Martini  Tu- 
ronensis Hujus  vero   pênes  Deum   meriti 

Acta  Sanctorum  ord'tnis  S.   Bénédictin  saec.  4, 
part.  2,  p,  226. 

^  Mémoires  de  Trévoux^  décembre  1727,  p.  2182. 
^  Mabillon,  Annal,  ad  ann.  897,  n.   16. 


participem  vult  esse  Dominum  &  sentorem  ac 
Germanum  suum  Odonem  reç^em ,  necnon  & 
Dominum  ^enitorem  suum  Rotbertum  glorio- 
sum  dum  vixit  in  terris  comitem  &  ejusdem 
loci  abbatem.  Postquae  verba  nonnulli recen- 
tiores  ,  qui  Rotberti  cognomento  Fortis  pa- 
trem  Rotbertum,  Madriacensem  comitem,  esse 
volunt,  haec  addunt  :  Adelaidem  quoquegeni- 
tricem& Rotbertum  comitem  avum  nostrum, 
quae  verba  in  pancharta  nigra  Alartiniana 
desunt.  Similem  interpolationem  initio  libri 
primi  Aimoini  de  miracuUs  S.  Benedicti  obser- 
vavimus.  Aimoin  est  si  éloigné  de  donner 
pour  père  à  Robert  le  Fort,  Robert,  comte 
de  Madrie,  qu'il  dit  nettement  que  le  pre- 
mier étoit  d'origine  saxonne.  Supererant  ' 
autem  duo  fiUi  Roberti  comitis  Andegavorum 
qui  fuit  saxonici  generis  vir.  Revenons  à 
Warin,  duc  de  Toulouse  ou  d'Aquitaine  & 
contemporain  d'Egfrid,  comte  de  la  même 
ville. 

Warin.  —  XXIV.  On  donnoit  à  Warin 
le  titre  de  duc  ^  de  Toulouse,  dès  le  mois  de 
juin  de  l'an  841  qu'il  se  trouva  à  la  ba- 
taille de  Fontenay,  où  il  combattit  pour 
Charles  le  Chauve  contre  Pépin,  à  la  tête 
des  Toulousains  &  des  Provençaux.  Ni- 
thard',  en  parlant  de  lui,  sous  l'an  842,  dit 
que  le  premier  de  ces  deux  princes  lui 
confia  le  gouvernement  de  l'Aquitaine,  ou  le 
soin  d'y  commander  pendant  son  absence, 
ce  qui  fait  voir  que  le  duché  de  Toulouse 
étoit  alors  la  même  chose  que  le  gouverne- 
ment général  de  l'Aquitaine,  &  confirme 
ce  que  nous  avons  déjà  dit  là-dessus.  Au 
reste,  nous  ne  doutons  pas  que  Charles  le 
Chauve  n'eût  nommé  Warin  au  duché  de 
Toulouse,  aussitôt  après  la  mort  de  l'em- 
pereur Louis  le  Débonnaire,  c'est-à-dire 
en  840,  pour  l'opposer  au  duc  Bernard, 
dont  la  fidélité  lui  fut  toujours  suspecte. 
C'est  tout  ce  que  nous  savons  de  ce  duc  de 
Toulouse,  qui  survécut  sans  doute  au  même 
Bernard,  mais  nous  ignorons  le  temps  de 
sa  mort.  Nous  parlerons  encore  de  lui  dans 

'  Aimoin,  1.  5,  c.  41. 

'  Vita  S.  Genulphi,  Bibl.  Floriac.  t.  2,  p.  87,  & 
Duchesne,  t.  3,  p.  460.  — Voyez  Adhémar,  Chro- 
nicon,  dans  hahhe,  Bibl.  nova,  t.  2,  p.  161. —  Chro- 
nicon  S.  Maxentii,  Labbe,  Bibl.  nova,  p.  200. 

3  Nithard,  1.  4,  p.  378. 


Note 
87 


Note 
87 


232 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


la  suite,  &  nous  examinerons  s'il  est  le 
même  que  le  comte  d'Auvergne  de  ce  nom 
qui  vivoit  en  819. 

XXV.  Il  paroît  qu'il  conserva  le  duché 
de  Toulouse,  ou  gouvernementd'Aquitaine, 
jusqu'à  l'an  845,  que  Charles  le  Chauve, 
ayant  fait  sa  paix  avec  le  jeune  Pépin  , 
lui  céda",  par  le  traité  de  Saint-Benoit-sur- 
Loire,  tout  le  royaume  d'Aquitaine,  à  l'ex- 
ception du  Poitou,  de  la  Saintonge  &  de 
l'Angoumois  qu'il  se  réserva.  Warin  &  Eg- 


tant  que  Guillaume,  fils  de  Bernard,  fut  un 
des  plus  zélés  partisans  du  jeune  Pépin,  & 
qu'il  est  certain',  d'ailleurs,  qu'il  prit  les 
armes  contre  Charles  le  Chauve,  compéti- 
teur de  ce  prince,  après  qu'ils  eurent  rompu 
la  paix  qu'ils  avoient  conclue,  ce  qui  arriva 
bientôt  après,  nous  ne  doutons  pas  que 
Pépin  ne  l'ait  nommé  au  duché  de  Tou- 
louse ou  d'Aquitaine,  possédé  auparavant 
par  le  père  &  l'aïeul  de  ce  seigneur,  dont  le 
premier  s'étoit  sacrifié  pour  ses  intérêts  & 


frid  n'eurent  plus   depuis  aucune  autorité      avoit  subi  le  dernier  supplice,  parce  qu'il 
dans  la  ville  de  Toulouse,  qui  demeura  à      avoit  embrassé  son  parti. 
Pépin.  Ce  prince   en   donna  le    duché    ou  XXVII.    Il    faut    avouer  toutefois    qu'on 

gouvernement  à  un  autre,  avec  celui  du  peut  révoquer  en  doute  une  circonstance 
reste  de  l'Aquitaine,  dont  il  devint  paisible  qu'ajoute  Adhémar*,  savoir  que  Wlgrin 
possesseur  par  le  même  traité,  ce  qui  donna  s'empara  du  comté  d'Agenois  pour  les  droits 
occasion  à  la  division  de  ce  royaume  en  de  son  épouse,  sœur  de  Guillaume  :  Agin- 
deux   duchés,  comme  nous   le   dirons   plus       num  quoque   urbem  habebat,  quam  assumens 

vindicavit  propter  sororem  WillelmiTolosanî, 
quam  in  matrïmonium  acceperat  ;  ce  qui  est 
contre  l'usage  des  fiefs  observé  sous  le  rè- 
gne de  Charles  le  Chauve  :  car  quoique  les 
comtés  fussent  déjà  alors  héréditaires,  il  ne 
paroît  pas  que  les  femmes  succédassent  à 
ces  dignités.  Nous  ne  voyons  pas ,  d'ailleurs, 
que  le  comté  d'Agenois  ait  été  alors  dans  la 
maison  des  comtes  de  Toulouse.  On  ne 
peut  donc  faire  que  peu  de  fonds  sur  une 


bas. 

Guillaume  II.  —  XXVI.  Il  y  a  lieu  de 
croire  que  Pépin  disposa  alors  de  ce  duché 
en  faveur  de  Guillaume,  fils  aîné  de  Ber- 
nard,  duc  de  Septimanie,  s'il  ne  l'avoit 
déjà  fait  en  844,  aussitôt  après  la  mort 
du  dernier,  tant  à  cause  que  ce  seigneur 
avoit  épousé"  ses  intérêts  à  l'exemple  de 
son  père,  que  parce  que  nous  savons  d'ail- 
leurs qu'il  y  eut,  vers  le  même  temps,  un 


Note 
87 


Guillaume  duc  OU  comte  de  Toulouse.  C'est  pareille  circonstance,    quoique    quelques 

ce  qui  paroît  par  Adhémar^   de  Chabanois  auteurs    postérieurs'   aient    suivi  en   cela 

ou  de  Chabannes,  qui  rapporte  que  Wlgrin,  cet  historien,  qui  ne  vivoit  qu'au  commen- 

comte  d'Angoulême,  épousa  une  sœur  de  cernent  du  onzième  siècle. 

Guillaume  le   Toulousain.  On  convient  que  XXVIII.   M.  Marca''  prétend  que    Guil-   Éd.orig 

ce  Guillaume  étoit  comte  de  Toulouse,  &  laume,  fils  de  Bernard,  fut  duc  de  Septima-    p.  712. 

qu'il  vivoit  vers  le  milieu  du  neuvième  siè-  nie  ou  marquis  de  Gothie,  &  qu'il  succéda 

clej   mais    on  est  partagé  sur  son   extrac-  immédiatement  à  son  père  dans  cette  di- 

tion.    Les   uns,    après   Catel  ■•    &    le    P.    le  gnité;  mais  il  n'en  donne  aucune  preuve. 

Cointe,  croient  que  c'est  le   même  que  le  II  est  vrai  que  ce  seigneur  s'empara',  en  848, 

fils  aîné  de  Bernard,  duc  de  Septimanie  3  les  des  villes  d'Empurias  &  de  Barcelone  sur 

autres,  avec  M.  de  Marca%  sont  persuadés  Aledran  qui  en  étoit  gouverneur,  &  de  la 

qu'il  est  différent.  Comme  il  paroît  cons-  Marche  d'Espagne;   mais  ce  n'est  pas   une 


'  Annal.  Bert'in,  p,  201. 

'  Voyez  le  Cointe,  ad  ann,  844,  n.  39.  — Da- 
niel, Histoire  de  France,  t.   i,  p.  676,  678,  693. 

^  Adhémar  de  Chabanais,  Labbe,  Bibl,  nova,  t.  2, 
p.    i63,  &  Duchesne,  t.  2,  p.  632  &  seq. 

■*  Catel,  Histoire  des  Comtes,  —  Le  Cointe,  ad 
ann.  844,  n.  39.  — Voyez  Labbe,  Tables  gén. 
p.  429,  487  &  seq. 

^  P.  de  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  693. 


'  Annal,  Bertin,  p.  2o3  &  seq.  —  Chronicon  Fon- 
tanellensis  monasterii ,  p.  388.  —  Epist,  Eulog. — 
Duchesne,  t.  2,  p.  399. 

^  Adhémar  de  Chabanais,  Labbe,  Bièl.  nova,  t.  2, 
p.   i63,  &  Duchesne,  t.  2,  p.  682  8c  suiv. 

^  Historia  Pontificum  Engolismensium ,  p.  262. 

^  P.  de  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  686. 

^  Annal,  Bertin.  p.  2o3  &  suiv.  &  Chron,  Fonta- 
nellensis  monasterii,  p.  388. 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


conséquence  que  Charles  le  Chauve,  qui 
fut  toujours  le  maître  de  la  Septimanie  & 
de  cette  frontière  depuis  la  mort  de  Louis 
le  Débonnaire,  son  père,  lui  en  ait  confié 
le  gouvernement  en  844.  Quelle  apparence 
que  ce  prince  eût  disposé  de  cette  dignité 
en  faveur  du  fils  de  celui  qu'il  venoit  de 
faire  mourir  pour  son  attachement  au  parti 
de  Pépin,  &  qui  étoit  lui-même  un  des  plus 
zélés  partisans  de  ce  prince?  Il  est  donc 
beaucoup  plus  vraisemblable  que  ce  dernier 
nomma  Guillaume  en  844,  après  la  mort 
de  Bernard,  au  duché  de  Toulouse  ou  gou- 
vernement des  pays  de  l'Aquitaine  qui  lui 
étoient  soumis,  ou  du  moins  en  845,  lors- 
qu'il eut  obtenu  la  plus  grande  partie  de  ce 
royaume  par  un  traité  solennel.  Comme 
Charles  le  Chauve  rompit  '  ce  traité  peu  de 
temps  après,  &  que  les  Aquitains  le  reconnu- 
rent de  nouveau  pour  leur  roi  en  848,  ce  fut 
alors  que  Guillaume,  sans  doute  pour  se 
maintenir  dans  son  gouvernement,  alla  dans 
la  Marche  d'Espagne,  s'unit  avec  les  Sarra- 
sins &  s'empara  de  Barcelone  5  &  non 
en  858,  ainsi  que  le  suppose  M.  de  Marca'. 
Si  donc  ce  seigneur,  qui  fut  tué  au  com- 
mencement de  l'an  85o,  a  été  duc  de  Septi- 
manie ou  marquis  de  Gothie,  ce  n'aura  été 
que  par  usurpation,  peu  de  temps  avant  sa 
mort  &  non  pas  dès  l'an  844. 

Frédélon  et  ses  successeurs.  — 
XXIX.  Le  siège  que  Charles  le  Chauve  fut 
obligé  de  mettre  devant  Toulouse,  en  849, 
peut  encore  fortifier  notre  conjecture  & 
nous  faire  croire  que  Guillaume  étoit  alors 
duc  ou  principal  gouverneur  de  cette  ville 
au  nom  de  Pépin.  Car  il_  paroît  que  Fré- 
délon qui  la  défendit  contre  Charles  n'en 
avoit  pas  le  gouvernement  en  titre,  &  qu'il 
n'étoit  que  le  lieutenant  de  Guillaume;  ou 
du  moins  qu'à  l'exemple  d'Egfrid,  dont  nous 
avons  déjà  parlé,  il  n'en  étoit  alors  que 
simple  comte  ou  gouverneur  particulier  sous 
l'autorité  de  ce  duc,  occupé  dans  le  même 
temps  à  faire  révolter  la  Marche  d'Espagne 
contre  ce  prince.  C'est  ce  que  nous  avons 
lieu  d'inférer  des  termes  de  la  Chronique 
de  Fontenelle'  qui  nous  apprend  le  détail 

Annal.  Berlin,  p.  2o3  8c  seq. 

P.  de  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  694. 

Chronicon  Fontanellensis  monasteriij  p.  388. 


de  ce  siège,  &  qui  ne  donne  à  Frédélon  que 
le  nom  de  gardien  de  Toulouse,  custos  urbïs. 

XXX.  Charles  le  Chauve  ayant  pris  alors 
cette  ville  qu'il  conserva  dans  la  suite,  en 
rendit  le  gouvernement'  au  même  Frédélon 
qui  l'avoit  défendue  contre  lui.  Ce  seigneur 
fut  depuis  ce  temps-là  comte  de  Toulouse; 
&  comme  lui  &  ses  successeurs  prirent"  le 
titre  de  duc  conjointement  avec  ceux  de 
comte  &  de  marquis,  &  quelquefois  même 
de  duc  ou  de  prince  d'Aquitaine,  c'est  une 
preuve  qu'ils  conservèrent  dans  ce  royaume 
la  même  autorité  que  leurs  prédécesseurs 
y  avoient  exercée,  &  que  la  ville  de  Tou- 
louse continua  d'être  capitale  d'une  pro- 
vince ou  gouvernement  général.  Il  fut 
moins  étendu  à  la  vérité  depuis  la  mort  de 
Louis  le  Débonnaire  qu'il  ne  l'avoit  été 
sous  le  règne  de  ce  prince  &  de  Charlema- 
gne,  à  cause  de  la  division  de  l'Aquitaine 
en  deux  duchés  ou  gouvernemens  qui  se  fit 
alors,  comme  nous  le  dirons  plus  bas. 

De  Frédélon,  ou  plutôt  de  son  frère 
Raymond  I,  qui  lui  succéda  immédiatement 
dans  le  comté  de  Toulouse,  descendent  les 
comtes  héréditaires  de  cette  ville  jusqu'au 
dernier  Raymond,  qui  mourut  au  milieu 
du  treizième  siècle.  Leur  succession  est 
assez  connue  &  ne  souffre  aucune  difficulté 
jusque  vers  le  milieu  du  dixième,  mais  elle 
est  très-obscure  &  très-embarrassée  depuis 
ce  temps-là  jusqu'au  milieu  du  onzième. 
Nous  tâcherons  de  l'éclaircir  dans  une  "Sote 
du  tome  IV.  Venons  présentement  à  la  suite 
des  ducs  de  Septimanie  ou  marquis  de  Go- 
thie, sous  la  seconde  race. 

^  II.  —  Ducs  de  Septimanie  ou  marquis  de 
Gothie,  comtes  de  Barcelone. 

BÉRA.  —  XXXI.  Nous  avons  dit  que  le 
duché  de  Septimanie  fut  érigé  l'an  817,  par 
Louis  le  Débonnaire,  dans  le  temps  qu'il 
démembra  cette  province  du  royaume  d'A- 
quitaine; que  ce  gouvernement  général  fut 

'  Chronicon  Fontanell,  p.  388. 

*  Voir  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  nu- 
méro XCVI,  Charte  de  Bernard,  duc  &  marquis,  en 
faveur  de  l'abbaye  d'Alaon,  &  sous  le  numéro  C, 
Donation  faite  aumonastèrc  de  Vabres,  &c.  —  Catel, 
Histoire  des  comtes,  p,  6^,  70,  74,  77,  &c. 


Note 
87 


Note 
87 


284 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 
p.713. 


composé  de  la  Septimaiiie  propre  &  de  la 
Marche  d'Espagne,  &  que  Barcelone  en  fut 
la  capitale.  Nous  avons  dit  aussi  que  les 
comtes  particuliers  de  cette  ville  furent  en 
même  temps  ducs  de  Septimanie  j  que  ces 
deux  dignités  furent  jointes  ensemble  jus- 
qu'à l'an  865,  &  qu'ainsi  Béra,  qui  étoit 
comte  de  Barcelone  dans  le  temps  de  l'érec- 
tion de  ce  duché,  le  posséda  &  en  fut  le 
premier  duc  jusqu'à  sa  proscription,  arri- 
vée en  820. 

Bernard  I  ,  Bérenger,  Sunifred.  — 
Bernard  ,  fils  de  S.  Guillaume  fondateur 
de  Gellone,  lui  succéda  cette  même  année 
&  posséda  paisiblement  ce  gouvernement 
jusqu'en  832,  qu'il  en  fut  dépouillé  à  la 
diète  de  Joac  en  Limousin.  Béranger,  duc  de 
Toulouse,  fut  alors  mis  à  sa  place,  &  quoi- 
que Bernard  fût  rentré  en  grâce  deux  ans 
après,  &  qu'il  eût  été  rétabli  dans  ses  di- 
gnités, il  lui  disputa  cependant  le  duché  de 
Septimanie.  Mais  le  premier  étant  décédé 
en  835,  Bernard  le  posséda  ensuite  jusqu'en 
844,  qu'il  fut  exécuté  à  mort  par  ordre  de 
Charles  le  Chauve.  Comme  la  Septimanie 
appartenoit  à  ce  prince,  il  disposa  alors,  ce 
semble,  du  gouvernement  de  cette  province 
en  faveur  d'un  seigneur  appelé  Sunifred 
qui  le  poss'éda  sous  le  titre  de  marquisat  de 
Gothie  5  car  depuis  la  mort  de  Bernard  tous 
ses  successeurs  ne  prirent  plus  que  la  qua- 
lité de  marquis. 

XXXII.  Besse  "  &  le  P.  le  Cointe  après 
lui  prétendent  que  le  comté  de  Barcelone 
ou  Marche  d'Espagne  &  le  marquisat  de 
Gothie  ou  Septimanie  furent  séparés  aus- 
sitôt après  la  mort  de  Bernard  pour  for- 
mer deux  gouvernemens  différens ,  dont  le 
dernier  futdonné  ,  disent-ils,  à  Sunifred  & 
l'autre  à  Soniarius.  Mais  la  charte  de  Char- 
les le  Chauve,  sur  laquelle  le  P.  le  Cointe 
s'appuie  pour  prouver  cette  séparation, 
n'en  dit  rien,  &  c'est  par  une  supposition 
manifeste  qu'il  ajoute  de  lui-même  le  nom 
de  Gothie  au  titre  de  marquis  qui  est  donné 
simplement  à  Sunifred  ,  &  celui  de  Barce- 
lone à  la  qualité  de  comte  qu'on  donne 
en  général  à  Soniarius  dans  cette  charte. 
Nous  savons,  d'ailleurs,  qu'en  858  la  Septi- 

'  Besse,  Hist.  de  Narhonne,  p.  1  10  &  suiv,  —  Le 
Cointe,  adann.  844,  n.  41. 


manie  propre  &  la  Marche  d'Espagne  '  ou 
le  comté  de  Barcelone  ne  composoient' 
encore  qu'un  même  gouvernement  occupé 
alors  par  Humfrid. 

XXXIII.  Nous  ne  disconvenons  pas  ce- 
pendant que  Sunifred  n'ait  succédé  immé- 
diatement à  Bernard  dans  le  duché  de  Sep- 
timanie ou  marquisat  de  Gothie;  mais  nous 
sommes  persuadés  que  ce  gouvernement 
avoit  alors  la  même  étendue  que  sous  ce 
dernier  ,  par  la  raison  que  nous  avons  déjà 
dite.  Il  paroît  en  effet,  par  la  charte  dont 
nous  venons  de  parler,  que  le  marquis  Su- 
nifred étendoit  son  autorité  sur  la  Septi- 
manie. Il  devoit  donc  avoir  déjà  succédé  à 
Bernard;  ce  qui  prouve  que  si  celui-ci  con- 
serva ce  duché  jusqu'à  sa  mort,  il  dut  dé- 
céder avant  la  date  de  cette  charte  qui  est 
du  8  du   mois  de  mai  de  l'an  844. 

XXXIV.  Il  est  fait  mention  dans  une  au- 
tre charte,  datée  de  l'an  829',  d'un  seigneur 
nommé  Sunifred  qui  étoit  fort  avant  dans 
les  bonnes  grâces  de  l'empereur  Louis  le 
Débonnaire ,  &  auquel  ce  prince  donna 
alors  le  lieu  de  Fontcouverte  dans  la  Sep- 
timanie :  nous  conjecturons  que  c'est  le 
même  que  notre  marquis  de  Gothie.  Il  est 
rapporté  dans  ce  diplôme  que  ce  seigneur 
étoit  fils  de  Borrel ,  lequel  possédoit  de 
grands  biens  dans  le  même  pays.  Nous 
trouvons  un  comte  appelé  Borrel  à  qui 
Louis  le  Débonnaire  *,  alors  roi  d'Aqui- 
taine, donna  en  798  le  comté  ou  gouverne- 
ment d'Ausone,  de  Cardone  &  de  plusieurs 
autres  places  de  la  Marche  d'Espagne  qu'il 
avoit  fait  rétablir.  Ce  comte  est  vraisembla- 
blement le  même  que  le  père  de  Sunifred. 
Nous  verrons  bientôt  que  le  père  de  Wifred 
le  Velu,  tige  des  comtes  héréditaires  de  Bar- 
celone, s'appeloit  aussi  Sunifred  :  comme 
les  temps  conviennent  parfaitement,  que 
nous  savons,  d'ailleurs,  que  sous  Charles 
le  Chauve  les  dignités  étoient  déjà  héré- 
ditaires ou  qu'elles  passoient  aux  plus  pro- 


'  Capitul,  Append.  t.  2  ,  p.  1444. 

'  Acta  Sanctorum  ordinis  S.  Bened'ict'i ,  saec.  4, 
part.  2,  p.  46  &  seq. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  nu- 
méro XLVI,  la  Charte  de  Louis  le  Débonnaire  en 
faveur  d'un  de  ses  vassaux  appelé  Sunifred, 

'^  Astronome,  p.  289  &  seq.j  p.  293. 


Note 
87 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


23: 


ches ,  &  qu'enfin  il  est  certain  que  les  mê- 
mes noms  se  perpétuèrent  dans  la  famille 
(les  comtes  de  Barcelone,  nous  avons  lieu 
de  croire  que  tous  ces  seigneurs  étoient 
de  la  même  race  ,  &  qu'ils  étoient  proches 
parens  de  S.  Guillaume,  fondateur  de  Gel- 
loue,  qui  avoit  eu  le  gouvernement  général 
de  tout  ce  pays.  Ainsi,  si  Charles  le  Chauve 
priva  Guillaume,  fils  de  Bernard,  duc  de  Sep- 
timanie,  de  la  succession  à  ce  duché,  il  pa- 
roit  qu'il  le  conserva  dans  sa  famille  en  la 
personne  de  Sunifred. 

XXXV.  Au  reste,  c'est  par  une  erreur 
manifeste  que  Besse  '  a  confondu  Sunifred, 
marquis  de  Gothie,  dont  nous  venons  de 
parler  ,  avec  Humfrid  revêtu  de  la  même 
dignité  &  du  comté  particulier  de  Barce- 
lone l'an  858  %  puisque  nous  trouvons  en- 
tre eux  deux  autres  marquis  de  Gothie  & 
comtes  de  Barcelone. 

Aledran. —  Le  premier  est  Aledran  qui 
commandoit  sur  cette  frontière  en  849%  & 
qu'une  ancienne  chronique '' qualifie  custos 
Barcinonae  &  lîmîtis  Hispanici.  Aledran  étoit 
donc  gouverneur  de  Barcelone  &  de  la 
Marche  d'Espagne  :  or  ,  comme  la  Septi- 
manie  propre  fut  unie  avec  la  Marche  d'Es- 
pagne &  le  comté  particulier  de  Barce- 
lone ,  &  qu'ils  ne  formèrent  ensemble , 
jusqu'en  l'année  865  ,  qu'un  même  gou- 
vernement général ,  il  faut  qu'Aledran  ait 
été  marquis  de  Gothie  &  qu'il  ait  égale- 
ment étendu  son  autorité  &  sur  la  Septi- 
manie  propre  &  sur  la  Marche  d'Espagne  j 
il  aura  donc  succédé  à  Sunifred  sans  que 
nous  en  sachions  précisément  le  temps. 
Nous  ignorons  aussi  l'origine  de  ce  sei- 
gneur; cependant,  comme  il  paroît  que 
le  duché  de  Septimanie  ou  marquisat  de 
Gothie  fut  toujours  dans  la  famille  de 
S.  Guillaume,  fondateur  de  Gellone,  jus- 
qu'au commencement  du  dixième  siècle,  on 
pourroit  conjecturer  qu'Aledran  étoit  fils 
de  Théodoric  ou  de  quelqu'un  des  autres 
frères   de  ce  duc,  &  que  les  deux^  frères 


'  Besse,  Hist.  de  Narhoniie,  p.  120  &  suiv. 
'  Acta  Sanctorum  ordinis  sanct'i  Benedict't,  saec  4, 
part.  2,  p.  46  8c  seq. 

^  Annal.  Bertin,  p,  204. 

*  Chronicon  Fontanell.  p.  i88. 

^  Abbon,  de  Bello  urb'is  Paris.  I.  2,  p.  5 18. 


Théodoric  &  Aledran,  qui  aidèrent  l'an  886 
le  comte  Eudes  à  défendre  Paris  contre  les 
Normands,  descendoient  de  lui. 

UdaLRIC.  —  XXXVL  L'autre  marquis  de 
Gothie,  qui  se  trouve  entre  Sunifred  & 
Humfrid,  est  Udalric  ou  Odalric  qui  occu- 
poit'  déjà  ce  marquisat  vers  l'an  852.  Nous 
voyons,  en  843%  un  Adalaric,  comte  de  Gi- 
rone,  d'Empurias  &  de  Pierrelatte  dans  la 
Marche  d'Espagne,  lequel  épousa  Rotrude, 
fille  du  comte  Béra  fondateur  de  l'abbaye 
d'Alet,  &  il  étoit  peut-être  parent  de  notre 
marquis  Odalric.  Quoi  qu'il  en  soit ,  ce 
dernier  possédoit'  encore  le  marquisat  de 
Gothie  au  commencement  de  février  de 
l'an  856,  &  il  est  certain  qu'il  exerçoit  une 
autorité  supérieure  dans  le  diocèse  de  Nar- 
bonne  &  le  Roussillon,  &  par  conséquent 
sur  la  Gothie  propre  ou  Septimanie. 

Humfrid. — XXXVU.  Humfrid, qui  avoit 
déjà  succédé  ''  à  Udalric  dans  le  marquisat  de 
Gothie  au  commencement  de  l'an  858,  fut 
proscrit  &  dépouillé'  de  ses  dignités  en  864, 
pour  s'être  emparé,  de  son  autorité  pri- 
vée, l'année  précédente,  de  la  ville  de  Tou- 
louse. Il  est  certain  qu'il  étoit  alors  comte 
particulier  de  Barcelone  &  gouverneur^  de 
la  Septimanie^  &  de  la  Marche  d'Espagne 
sous  le  titre  de  marquis  de  Gothiej  mais 
après  sa  proscription,  ces  deux  provinces 
furent  séparées  &  partagées  en  deux  mar- 
quisats ou  gouvernemens  généraux,  comme 
nous  le  verrons  bientôt. 

XXXVIII.  Les  auteurs  catalans  &  espa- 
gnols ont  débité  bien  des  fables  au  sujet 
d'Humfrid,  que  Besse'  a  adoptées,  tandis 
qu'il  révoque  en  doute   l'entreprise  de  ce 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le 
n,  LXXVI,  Plaid  tenu  a  Crespian  sous  Udalric,  mar- 
quis de  Gothie,  &  sous  le  n.  LXXVIII,  Charte  de 
Charles  le  Chauve,  où  il  est  fait  mention  d'Udalric, 
marquis  de  Gothie. 

"  Marca  Hispanica ,  c.  J-JC)  &  seq.;  c.  SSy.  — 
Voyez  Note  XCI,  n.  6. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le 
n.  LXXXI  j  Charte  de  Charles  le  Chauve,  en  faveur 
de  Frédol,  archevêque  de  Narbonne. 

^  Acta  Sanctorum  ordinis  sancti  Bénédictin  saec.  4, 
part.  2,  p.  46  &  seq. 

5  Annal.  Bertin.  p.  216,  218,  222  &  suiv. 

«  Act.  SS.  O.  S.  Ben.  saec.  4,  part.  2,  p.  46  &  seq. 

'  Besse,  Hist.  de  Narbonne,  p.  1  20  &  129. 


Noie 
«7 


Note 
87 


236 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.oriîî. 
t.  I. 

P  714- 


marquis  sur  la  ville  de  Toulouse.  Il  n'a  pas, 
sans  doute,  pris  garde  que  ce  fait  est  attesté 
par  l'auteur  contemporain  des  Annales  " 
de  Saint-Bertin  ;  ce  qui,  joint  à  quelques 
autres  circonstances^  nous  donne  lieu  de 
croire  qu'il  étoit  de  la  même  famille  que 
S.  Guillaume,  duc  de  Toulouse  &  fonda- 
teur de  Gellone,  sur  quoi  nous  allons  don- 
ner nos  conjectures. 

XXXIX.  Nous  supposons  d'abord,  comme 
une  chose  dont   on  convient^  &  qu'il  est 


maison,  ce  seigneur  aura  voulu  par  cette 
entreprise  remettre  dans  la  sienne  le  du- 
ché ou  comté  de  Toulouse,  dont  Charles  le 
Chauve  avoit  disposé  en  faveur  d'une  autre 
famille,  &  qui  avoit  été  possédé  succes- 
sivement par  S.  Guillaume,  par  Bernard, 
son  fils,  &  Guillaume  ,  son  petit-fils.  On 
pourroit  ajouter  qu'Humfrid  avoit  possédé 
vraisemblablement  ce  comté,  &  qu'il  est 
peut-être  le  même  qu'Acfred  ou  Egfrid , 
comte  de  Toulouse  en  842,  &  partisan  de 


très-aisé  de  prouver,  que  les  noms  d'Hum-  Charles  le  Chauvej  que  ce  prince  ayant  fait 

frid,  Egfrid,  Wifred,    Guifred,    Aiguifred  ,  la  paix  avec  Pépin  trois   ans  après,  &  lui 

Ananfred  &  Acfred  sont  les  mêmes,  ainsi  ayant  cédé  la  ville  de  Toulouse   avec  une 

que    ceux'   d'Alphonse,  Adephonse,  Ilde-  grande  partie  de  l'Aquitaine  ,  il  peut  avoir 

fonse,  Anphous,  Amphos,  Amphuxus,  An-  donné  alors  à  Humfrid,  pour  le  dédommager 


fossus,  &  que  ce  ne  sont  que  différentes 
terminaisons  d'un  même  nom.  Les  noms 
d'Humfrid  &  de  Wifred  étant  donc  les  mê- 
mes, &  étant  certain  d'ailleurs  que,  dans 
le  neuvième  siècle  &  les  suivans,  les  noms 
se  perpétuoient  dans  les  familles,  nous  ne 
doutons  pas  qu'Humfrid,  marquis  de  Gothie, 
ne  fût  de  la  race  de  Wifred,  comte  de  Bour- 
ges, sous  Louis  le  Débonnaire.  Or,  il  est 
certain  que  ce  dernier  étoit  du  sang  (re- 
gali  prosapîa  exorto)  de  Charlemagne'*,  & 
nous  avons  déjà  remarqué  que  S.  Guil- 
laume, fondateur  de  Gellone,  étoit  proche 
parent  de  ce  prince,  &  qu'ils  avoient  une 
tige  commune.  Enfin,  nous  voyons  qu'Hum- 
frid, marquis  de  Gothie,  possédoit  de  grands 
biens  en  Bourgogne^  &  que  le  duc  Ber- 
nard *,  fils  de  S.  Guillaume  de  Gellone,  avoit 
plusieurs  terres  dans  ce  pays. 

XL.  Par  là  on  peut  expliquer  la  raison 
pour  laquelle  Humfrid  s'empara,  l'an  863, 
de  la  ville  de  Toulouse  sur  le  comte  Ray- 


de  la  perte  de  ce  gouvernement,  quelque 
comté  particulier  dans  la  Marche  d'Espa- 
gne, &  enfin  le  marquisat  de  Gothie.  Nous 
trouvons  '  en  effet  un  Wifred ,  comte  de 
Girone  de  Besalu  en  85o,  &  rien  n'empê- 
che de  croire  que  celui-ci  ne  soit  le  même 
qu'Humfrid,  marquis  de  Gothie,  puisqu'il 
portoit  le  même  nom. 

XLI.  Quoiqu'il  en  soit  de  ces  conjectures, 
il  est  du  moins  certain  que  ce  marquis  fut 
proscrit  l'an  864%  &  que  le  roi  Charles  le 
Chauve  le  priva  de  ses  dignités  à  cause  de 
son  entreprise  sur  la  ville  de  Toulouse. 
Ce  prince  disposa  l'année  suivante  du  mar- 
quisat de  Gothie  &  le  partagea  en  deux 
gouvernemens  généraux,  dont  l'un  fut  com- 
posé des  pays  situés  en  deçà  des  Pyrénées, 
&  l'autre  de  la  Marche  d'Espagne.  Il  paroît 
que  Charles  le  Chauve  conserva  l'un  & 
l'autre  dans  la  famille  de  S.  Guillaume  de 
Gellone  ou  dans  celle  d'Humfrid.  On  pré- 
tend' même  que  Wifred  le  Velu,  comte  de 


moud  I  du  nom.  Comme  les  dignités  étoient      Barcelone  &  marquis  d'Espagne,   qui  suc- 


alors  héréditaires,  ou  que  du  moins  elles 
ne  sortoient  pas  ordinairement  d'une  même 


'  Annal.  Bertïn.  p.  216  &  suiv. 

"  Mabillon,  ad  ann.  862,  n.  io5.  —  Mémoires 
de  Trévoux,  décembre  \']2.'j,  p.  2266. 

'  Catel,  Histoire  des  Comtes,  p.  184. 

■*  Translat.  S.  Genulph.  Acta  Sanctorum  ordinis 
sancti  Benedicti ,  saec.  4,  part.  2,  p.  228  &  apud 
Diich.  t.  3.  p.  453.  —  Vit.  S,  Jacob,  Erem.  Acta 
Sanct.  ord.  sancti  Benedicti ,  saec,  4,  part.  2,  p.  i5i. 

^  Acta  SS.  0.  S.  Ben.  saec,  4,  part.  2,  p.  47  &  5i . 

«  Nithard,  1.  3,  p.  371. 


céda  au  dernier  dans  cette  dignité  ,  étoit 
son  fils 5  mais  nous  ferons  bientôt  voir  le 
contraire.  Si  donc  Humfrid  laissa  des  en- 
fans,  ce  que  nous  ignorons,  ils  ne  succé- 
dèrent pas  à  ses  dignités''.  On  pourroit  con- 
jecturer qu'Egfrid  ou  Acfred,  qui  fut  abbé 


'  Preuves  àe  ce  volume.  Chartes  &  Diplômes,  ^cfe 
de  consécration  de  l'église  deN.-D.  de  Riondegario  au 
diocèse  de  Girone.  —  Marca  Hispanica,  p.  783. 

^  Annal.  Bertin,  p.  216  &  seq. 

'  Besse,  Histoire  de  Narbonne,  p.  128  &  suiv» 

''  Voyez  au  tome  I,  livre  x,  n.  94. 


Note 
87 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


237 


séculier  de  Saînt-Hilaire  de  Poitiers,  &  à  qui 
le  roi  Charles  le  Chauve  donna,  l'an  867  ', 
le  comté  de  Bourges,  étoit  fils  de  ce  mar- 
quis, &  qu'ayant  été  privé  d'abord  des  di- 
gnités de  son  père,  il  rentra  depuis  en 
grâce  auprès  de  ce  prince. 

^  III.  —  Epoque  de  la  séparation  de  la  Mar- 
che d'Espagne  &  du  marquisat  de  Gothie. 
—  Origine  de  JVifred  le  Velu,  successeur 
d'Humfrid,  dans  le  comté  de  Barcelone  ou 
marquisat  d'Espagne,  &  tige  des  comtes  hé- 
réditaires de  cette  ville. 

XLII.  La  Marche  d'Espagne  &  la  Septi- 
manie  propre,  après  avoir  été  unies  en  817 
pour  ne  faire  qu'un  seul  duché  ou  gouver- 
nement général,  furent  séparées  en  865,  & 
composèrent  depuis  ce  temps-là  deux  mar- 
quisats différens.  M.  de  Marca'  prétend 
que  cette  séparation  se  fit  en  849,  mais 
comme  il  est  constant  par  l'Histoire  de  la 
translation'  des  reliques  des  SS.  George , 
Aurèle  &  Nathalie,  écrite  par  un  auteur 
contemporain,  qu'en  858  Humfrid,  mar- 
quis de  Gothie  &  comte  de  Barcelone, 
étendoit  alors  également  son  autorité 
sur  la  Septimanie  propre  &  sur  la  Marche 
d'Espagne,  il  faut  que  cette  séparation  soit 
postérieure  à  cette  année.  L'époque  en  est 
d'ailleurs  marquée  par  l'Annaliste  de  Saint- 
Bertin''  qui,  après  avoir  rapporté,  sous 
l'an  864,  qu'Humfrid,  marquis  de  Gothie^ 
fut  proscrit  &  dépouillé  de  ses  dignités, 
dit,  sous  l'année  suivante,  que  le  roi  Charles 
le  Chauve  donna  alors  à  Bernard  une  partie 
de  ce  marquisat,  partem  ipsius  marchiae  illi 
committit;  ce  qui  marque  un  véritable  par- 
tage &  un  démembrement  du  gouvernement 
d'Humfrid.  M.  de  Marca  ^  convient  que  ces 
termes  doivent  s'entendre  ou  de  la  sépara- 
tion de  la  Marche  d'Espagne  d'avec  la  Septi- 
manie, ou  du  démembrement  qui  fut  fait  des 
comtés  de  Carcassonne  &  de  Razès  d'avec 
cette   dernière  province  j  mais  il   est  per- 

'  Annal.  Berlin,  p.  22  &  suiv. 
"  Marca  Hispanica,  p.  829  &  seq. 
^  Acta  Sanctorum  ordin'is  sancti  Benedicti,  saec.  4, 
part.  2,  p.  46  &  seq. 

■*  Annal.  Berlin,  p.  218,  221  &  222. 
'  Marca  Hispanica,  p.  33o. 


suadé  que  le  texte  de  l'Annaliste  de  Saiiit- 
Bertin  doit  être  entendu  de  ce  dernier 
démembrement.  Comme  nous  faisons  voir 
ailleurs'  que  les  comtés  de  Carcassonne 
&  de  Razès  furent  séparés  de  la  Septima- 
nie ou  Gothie  dès  l'an  817,  &  qu'ils  con- 
tinuèrent d'être  unis  au  royaume  d'Aqui- 
taine, on  doit  conclure,  selon  M.  de  Marca 
même,  que  le  partage  que  le  roi  Charles  le 
Chauve  fit  en  865  du  marquisat  de  Gothie, 
&  qui  est  marqué  dans  l'Annaliste  de  Saint- 
Bertin,  regarde  la  séparation  de  la  Marche 
d'Espagne  d'avec  la  Septimanie  j  d'autant 
plus  que  nous  avons  déjà  fait  voir  qu'Hum- 
frid étendoit,  en  858,  son  autorité  sur  ces 
deux  provinces,  &  qu'il  en  étoit  gouver- 
neur général. 

XLIIl.  Nous  ajouterons  à  cela  qu'en  861' 
la  Marche  d'Espagne  étoit  encore  comprise 
sous  le  nom  général  de  Septimanie,  au  lieu 
qu'après  l'an  865  ces  deux  provinces  furent 
toujours  distinguées  par  des  noms  différens. 
C'est  ce  qui  paroîtpar  plusieurs  monumens 
qui  prouvent  que  le  nom  de  Gothie  ou  de 
Septimanie  fut  restreint  depuis  ce  temps-là 
à  la  partie  de  la  Narbonnoise  première  qui 
portoit  le  nom  de  Septimanie,  &.  que  la 
Marche  d'Espagne  fut  toujours  appelée 
dans  la  suite  ^  Espagne.,  Espagne  citérieure  ^ 
Marche  d'Espagne,  &  enfin  comté  ou  Mar- 
che de  Barcelone  &  connue  seulement  sous 
ces  noms^  au  lieu  qu'auparavant,  elle  étoit 
comprise  sous  le  nom  général  de  Septima- 
nie, de  Gothie  ou  de  duché  de  Barcelone. 
C'est  ainsi  que  ces  deux  provinces  sont 
distinguées  dans  un  décret  "•  du  concile  de 
Troyes  de  l'an  878,  judicibus  in  Hispania 
&■  Gothia  PROVINCIIS,  &c.  Sur  quoi  il  faut 
remarquer  que  par  le  nom  d'Espagne  on  ne 
doit  pas  entendre  seulement  ici,  comme  l'a 
cru  M.  Baluze%  la  partie  de  ce  royaume  si- 
tuée en  delà  de  la  rivière  de  Lobregat  & 
soumise  aux  François  (supposé  même  que 


•  Voyez  Note  XCIV. 

'  Capitulaîres,  t.  2,  Append,  p.   1482. 

'  Voyez  iWarca  Hispanica,  p.  358,  401,  iiii.  — 
Aux  Preuves  du  tome  V,  Chartes  &  Diplômes, 
Actes  des  conciles  de  la.  province  de  Narhonne,  tenus 
a  Barcelone  &  à  Saint-Tibéri, 

^  Conciles,  t.  9,  p.  314. 

^  Baluze,  Not.  in  Capitul.  t.  2,  p.  1287. 


Note 
87 


Éd.orig. 

t.  1, 
p.  715. 


Note 
87 


:38 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ses  peuples  étendissent  alors  leur  domina- 
tion au  delà  de  cette  rivière,  ce  qui  n'est 
pas  bien  certain)  mais  encore  tous  les 
pays  situés  entre  cette  même  rivière  &  les 
Pyrénées,  puisque  tout  ce  qui  appartenoit 
aux  François  au  delà  de  ces  montagnes 
dépendoit  d'une  même  province,  &  a  tou- 
jours fait  partie  du  même  gouvernement. 
Cette  distinction  est  encore  confirmée  par 
un  diplôme'  du  roi  Charles  le  Simple,  de 
l'an  899,  par  lequel  ce  prince  accorde  à 
Riculfe,  évêque  d'Elne,  la  liberté  d'acheter 
des  biens-fonds  dans  son  royaume  de  Go- 
thie  &  d'Espagne,  in  regno  nostro  Gothicae 
sive  Hispaniae,  car  la  particule  sive  a  dans 
cet  endroit  la  même  force  que  la  conjonctive 
d- ,  ce  qui  est  expliqué  dans  les  actes  du 
concile  tenu  à  Atùlian^  au  diocèse^  de  Nar- 
bonne,  l'an  902,  par  les  évoques  de  Gothie 
&  d'Espagne,  pays  qui  composoient  alors 
la  province  ecclésiastique  de  Narbonne  & 
ne  formoient  auparavant  qu'un  seul  gou- 
vernement général,  auquel  divers  anciens 
monumens  donnent  le  titre  de  royaume'. 
Chacune  de  ces  deux  provinces  gouvernées 
auparavant  conjointement  par  Humfrid , 
comte  de  Barcelone  &  marquis  de  Gothie, 
furent  donc  administrées  désormais  sépa- 
rément, l'une  par  Bernard  qui  lui  succéda 
dans  le  marquisat  de  Gothie  ou  Septima- 
nie  propre,  &  l'autre  par  Wifred  le  Velu 
qui  fut  pourvu  du  comté  de  Barcelone  & 
du  gouvernement  ou  marquisat  de  la  Mar- 
che d'Espagne.  Comme  il  paroît  que  l'un 
&  l'autre  de  ces  seigneurs  étoient  parens 
d'Humfrid,  &  que  Charles  le  Chauve  con- 
serva ces  dignités  dans  sa  famille  qui  étoit 
la  même,  comme  nous  le  conjecturons,  que 
celle  de  S.  Guillaume  de  Gellone,  cela  nous 
engage  à  discuter  leur  origine  jusqu'ici 
assez  obscure.  Nous  commencerons  par 
celle  de  Wifred  le  Velu. 

XLIV.  Il  est  très-vraisemblable  que  ce 
seigneur  succéda  immédiatement  à  Hum- 
frid dans  le  comté  de  Barcelone  &  le  mar- 
quisat d'Espagne,  ou  du  moins  qu'il  obtint 

'  Marca  Hispan'ica.,  p.  832. 

'  Voyez  au  tome  V  de  cette  édition^  aux  Preu~ 
ves,  sous  le  numéro  XXVIII  :  Concile  tenu  a  Atti- 
lian,  dans  le  diocèse  de  Narhonne. 

^  Baluze,Not.  in  Capital,  t.  2,  p.  1108. 


ce  gouvernement  peu  d'années  après  la 
proscription  de  ce  marquis,  puisqu'il  vivoit 
sous  l'épiscopat  de  Frédold,  archevêque  de 
Narbonne,  lequel  mourut  vers  la  fin  de 
l'an  872.  Nous  trouvons",  en  effet,  un 
Wifred  comte  ou  marquis,  qui  fit  un  échange 
de  quelques  biens  avec  ce  prélat,  de  qui  il 
reçut  l'église  des  SS.  Pierre  &  Paul,  située 
dans  l'île  de  Lac  ou  de  Lee,  au  territoire  de 
Narbonne,  dont  le  même  Wifred  fit  ensuite 
donation  à  l'abbaye  de  la  Grasse.  Or,  il 
paroit  que  ce  seigneur  est  le  même  que 
Wifred  le  Velu^,  comte  de  Barcelone,  puis- 
que celui-ci  fut  bienfaiteur  de  ce  monas- 
tère &  qu'il  lui  donna  divers  fiefs  dans  le 
comté  de  Girone,  sous  le  règne  du  roi  Eu- 
des. Nous  savons'  enfin  que  les  comtes 
Wifred  &■  Miron  frères  vivoient  au  commen- 
cement de  l'épiscopat  de  Sigebode,  arche- 
vêque de  Narbonne  &  successeur  immé- 
diat de  Frédold  sous  le  règne  de  Charles  le 
Chauve,  c'est-à-dire  vers  l'an  878.  Or,  nous 
verrons  plus  bas  que  Miron  ,  comte  de 
Roussillon  à  la  fin  du  neuvième  siècle, 
étoit  frère  de  Wifred  le  Velu,  comte  de 
Barcelone. 

XLV.  Le  plus  ancien  auteur  qui  ait  parlé 
de  l'origine  de  ce  dernier  est  celui  qui  a 
écrit'  les  Gestes  des  comtes  de  Barcelone  à 
la  fin  du  treizième  siècle,  &  qui,  quoique 
fabuleux  dans  les  commencemens  de  son 
ouvrage,  au  sentiment  des  meilleurs  criti- 
ques*, ne  dit  rien  cependant  dans  la  suite 
qui  ne  soit  conforme  à  la  vérité  de  l'his- 
toire &  aux  monumens  les  plus  authen- 
tiques :  «  Wifred  le  Velu,  comte'  de  Barce- 
«  lone,   étoit   fils,    dit   cet   auteur,    d'un 

'  Voyez  au  tome  V  de  cette  édition  ,  sous  le 
numéro  XXII  ,  Charte  de  Charles  le  Simple  en  fa- 
veur del'ahhaye  de  la  Grasse  (899),  &  sous  le  nu- 
méro XXXIV,  une  Charte  du  même  roi  en  faveur 
de  la  même  abbaye  (908). 

^  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  nu- 
méro XCIX,  Consécration  de  l'église  de  N.-D,  de  For~ 
miguera,  dans  le  Capcir. 

^  Gesta  comlt,  Barcin.  —  Marca  Hispanica,  p.53o 
&  seq. 

''  Baluze,  Praef,  Marcae  Hispanicae,  &  p.  400.  — 
Pierre  de  Marca,  ièi^.  p.  332  &suiv. —  Caseneuve, 
Catal.  Franc,  c.  5. 

^  Gesta  comit.  Barcin. — Marca  Hispanica,  p  53p 
&  seq. 


Note 
87 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


*; 


«  autre  Wifred,  comte  de  la  même  ville  & 
«  originaire  du  château  d'Arrian,  dans  le 
'<  Gonflant  ou  le  Roussillon.  Le  dernier 
«  étant  un  jour  allé  à  Narbonne,  avec  son 
«  fils  de  même  nom,  pour  y  saluer  les  en- 
ce  voyés  du  roi,  il  s'éleva  tout  à  coup  une 
<(  émeute  parmi  les  soldats,  dont  l'un,  qui 
'<  étoit  François  de  nation,  prit  ce  seigneur 
((  &  le  traîna  par  la  barbe.  Wifred  indigné 
<(  de  cette  insulte  tira  son  épée  &  tua  le 
«  soldat,  mais  en  même  temps  il  fut  arrêté 
'(  lui-même  prisonnier.  On  le  conduisoit 
u  au  roi  lorsque  ses  conducteurs  s'étant 
>(  aperçus  qu'il  cherchoit  à  s'échapper,  lui 
i<  coupèrent  la  gorge,  auprès  du  Puy-Saînte- 
«  M.arie.  Le  jeune  Wifred,  son  fils,  fut 
«  ensuite  présenté  au  roi,  qui  apprenant 
«  les  circonstances  de  la  mort  funeste  de 
«  son  père,  en  témoigna  publiquement  du 
('  chagrin,  &  la  crainte  qu'il  avoit  que  cette 
((  affaire  n'eût  de  fâcheuses  suites  pour 
«  les  François.  Ce  prince  confia  au  comte 
«  de  Flandre  l'éducation  du  jeune  Wifred 
«  qui  débaucha  la  fille  de  ce  comte.  La 
«  mère,  instruite  de  cet  accident,  tint  la 
«  chose  secrète  pour  sauver  l'honneur  de  sa 
«  fille,  &  fit  jurer  à  ce  seigneur  qu'il  l'é- 
«  pouseroit  solennellement,  s'il  pouvoit 
«  parvenir  un  jour  à  la  dignité  de  son  père 
«  &  entrer,  dans  la  possession  du  comté 
«  de  Barcelone.  Wifred,  après  avoir  pro- 
«  mis  tout  ce  qu'on  voulut,  se  revêtit 
«  d'un  habit  de  pauvre  que  la  comtesse  de 
«  Flandre  lui  donna ,  &  s'étant  mis  en 
«  chemin  sous  la  conduite  d'une  vieille 
«  femme,  il  arriva  aux  environs  de  Barce- 
«  lone  &  fut  reconnu,  nonobstant  le  mau- 
((  vais  équipage  où  il  étoit,  par  la  com- 
«  tesse  sa  mère,  parce  qu'il  étoit  velu  pres- 
«  que  par  tout  le  corps.  S'étant  ensuite 
((  fait  connoître  aux  principaux  du  pays , 
«  ceux-ci  le  reconnurent  pour  leur  comte 
«  &  pour  leur  seigneur.  Il  tua  enfin  de  sa 
«  propre  main  le  comte  Salomon,  François 
«  (Gallicus')  de  nation,  à  qui  le  roi  avoit 
«  donné  le  comté  de  Barcelone  après  la 
«  mort  de  Wifred  I.  Wifred  le  Velu,  fils  de 
«  ce  dernier,  régna  par  là  paisiblement 
«  sur  tout  le  comté  de  Barcelone  depuis 
«  Narbonne  jusqu'en  Espagne.  Il  n'oublia 
«  pas  d'envoyer  chercher  la  fille  du  comte 
«  de  Flandre  qu'il  épousa  suivant  sa  pro- 


NOTE 

87 


«  messe  &  dont  les  parens  lui  obtinrent 
«  les  bonnes  grâces  du  roi ,  lequel  lui  ac- 
«  corda  le  domaine  du  comté  de  Barcelone 
((  en  hérédité  pour  lui  &  pour  ses  suc- 
ci  cesseurs,  après  qu'il  eut  chassé  les  Sar- 
«  rasins  de  la  Marche  d'Espagne,  où  ces 
i<  infidèles  avoient  fait  beaucoup  de  pro- 
ie grès.  Ce  comte  fonda  ensuite  le  monas- 
«  tère  de  Ripoll  en  888,  &c.   » 

XLVI.  Quoiqu'il  y  ait  beaucoup  de  fables  Éd. on;;, 
dans  tout'  ce  récit  adopté  par  la  plupart  p. "7,(5. 
des  auteurs  espagnols,  qui  ont  même  en- 
chéri par  dessus,  nous  avons  voulu  cepen- 
dant le  rapporter  en  entier,  parce  que  les 
histoires  les  plus  apocryphes  sont  fondées 
quelquefois  sur  des  vérités,  &  qu'il  paroît 
que  celle-ci  n'est  point  destituée  de  tout 
fondemCiit.  Il  est  certain,  en  effet  :  1°  qu'il 
y  a  eu  un  comte  ou  marquis  de  Wifred,  qui 
a  fondé'  en  888  l'abbaye  de  Ripoll  en 
Catalogne,  &  qui  est  mort  au  commence- 
ment du  dixième  siècle  5  2°  il  est  très-vrai- 
semblable'que  lui  ou  ses  ancêtres  tiroient 
leur  origine  du  château  d'Arrian  dans  le 
Roussillon,  &  qu'ils  y  avoient  fait  ancien- 
nement leur  résidence,  puisqu'il  est  certain 
qu'il  leur  avoit  appartenu  5  caries  comtes 
de  Barcelone,  descendans  de  Wifred,  don- 
nèrent cette  terre  à  l'abbaye  de  Cuxa  en 
Roussillon,  au  commencement  du  dixième 
siècle''.  Nous  savons  d'ailleurs  qu'ils  possé- 
doient'  plusieurs  autres  terres  ou  fiefs  dans 
ce  pays 5  3°  il  est  fort  probable  que  Wifred 
le  Velu  succéda  dans  le  comté  de  Barcelone 
à  un  autre  seigneur  appelé  Wifred  ou  Hum- 
frid  (nous  avons  déjà  remarqué  que  c'est 
le  même  nom),  soit  immédiatement  après 
que  ce  dernier  eut  été  proscrit  &  que  le 
roi  Charles  le  Chauve  eut  disposé  de  ses 
dignités  en  865,  soit  médiatement  après  la 
mort  de  Salomon  que  nous  savons  avoir  été 
comte  de  Cerdagne  l'an  863*,  &  qui  paroît 
avoir  commandé'  dans  la  Marche  d'Espagne 

'  Marca  Hispan'ica,  c.  332. 
'  Ihii.  c.  382,  817  8iseq. 
'  Ibid,  C.  394  &  400. 
"  Ibid.  c.  848. 

5  Capital,  t.  2,  Appeni.  p.  i522. 
^  Acta  Sanct.  0.  S.  Ben.  saec.  4,  part.   I ,  p.  647. 
'  Marca  Hispanicaj  c.  358.  —  Capital,  t.  2,  Ap- 
pend.  tit.  98- 


Note 
87 


240 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


eu  869.  Ainsi  Charles  le  Chauve  aura  donné 
le  comté  de  Barcelone,  après  la  révolte 
d'Humfrid,  à  Salomon,  comte  de  Cerda- 
gne,  &  après  la  mort  de  celui-ci,  il  aura 
investi    de   cette    dignité  Wifred  le   Velu , 


ou  rétablit  l'abbaye  d'Arles,  en  Roussillon. 
M.  Baluze,  qui  en  a  donné  la  preuve,  ignore 
le  nom  de  ce  frère  de  Wifred  le  Velu  ;  mais 
il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  que  ce  ne  soit 
le   même  que  Miron,  comte  de  Roussillon, 


Note 
87 


neveu  ou  proche  parent  d'Humfrid  ou  Wi-  qui  vécut  du  moins'  depuis   l'an   874   jus- 

fred,  mais  non   pas   son  fils,   comme  nous  qu'en  901,  &   que  nous  savons'  d'ailleurs 

verrons  bientôt;  4°  nous  savons'  que  le  roi  avoir  fait  beaucoup   de  bien  à  l'abbaye  de 

Charles  le  Chauve,  après  la  révolte  d'Hum-  Cuxa  dans  le   même  pays.  Or,  Miron  étant 

frid,  marquis  de  Gothie,  envoya  par  deux  d'un  côté  fils  de  Sunifred  &  frère  de  Wifred 

fois  des  commissaires  dans  cette  province  le  Velu,  &  del'autre  étant  certain  qu'il  étoit 


&  à  Toulouse  pour  s'en  saisir  sur  ce  sei- 
gneur &  les  remettre  sous  sa  main;  &  que 
la  seconde  fois,  Humfrid,  pour  prévenir  les 
suites  funestes  qu'il  avoit  à  craindre  de  sa 
désobéissance,  prit  la  fuite  par  la  route 
d'Italie.  Ce  marquis  peut  donc  avoir  été 
tué,  dans  cette  occasion,  par  les  officiers 
du  roi,  du  côté  du  Puy ,  en  Vêlai.  C'est  ce 
qui  peut  avoir  donné  sujet  à  la  relation 
fabuleuse  que  fait  l'historien  des  comtes 
de  Barcelone  de  la  manière  dont  Wifred 
le  Velu  fut  élevé  à  la  cour  ou  auprès  d'un 
comte  de  Flandre ,  dont  il  peut  avoir 
épousé  la  fille,  sans  que  nous  soyons  obli- 
gés d'ajouter  foi  a.  toutes  les  circonstances 
romanesques  de  son  mariage. 

XLVII.  Nous  venons  de  dire  que  Wifred 
le  Velu  n'étoit  point  fils  de  Wifred  I,  ou 
d'Humfrid,  fondés  sur  un  ancien  titre'  de 
l'abbaye  de  la  Grasse,  au  diocèse  de  Carcas- 
conne,  qui  paroît  nous  donner  la  véritable 
origine  de  ce  comte  de  Barcelone.  Cette 
pièce  est  datée  de  la  première  année  après  la 
mort  de  Vempereur  Charles  le  Gros  ou  de 
l'an  888.  Elle  est  donnée  au  nom  de  Sese- 
nande,  de  Sunifred  &  des  comtes  Wifred, 
Raoul  ou  Radulfe  &  Miron,  lesquels  font 
tous  ensemble  une  donation  à  ce  monastère 
pour  le  soulagement  (propter  remedium)  de  Su- 
nifred leur  père  &  d'Ermessinde  leur  mère.  Le 
comte  Wifred  dont  il  s'agit  ici  ne  paroît 
point  différent  de  Wifred  le  Velu,  comte  de 
Barcelone,  qui  vivoit  l'an  888,  &  qui  avoit 
en  effet  plusieurs'  frères  dont  l'un*  fonda 

'  Annal.  Bertin.  p.  216,  218,  221. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  nu- 
méro CXII,  Donation  faite  a  l'ahbaye  de  la  Grasse. 

^  Concile  de  Barcelone,  ann  906. —  Baluze,  Mis~ 
cell.  t.  7,  p.  5i. 

^  Marca  Hispanica,  p.  400  &  894. 


comte  de  Roussillon,  dans  le  temps  du  ré- 
tablissement 'de  l'abbaye  d'Arles  dans  le 
même  pays,  c'est  à  lui  qu'on  doit  attribuer 
ce  rétablissement. 

Il  est  fait  aussi  mention  des  trois  comtes 
Wifred,  Radulfe  &  Miron  dans  une  autre 
charte'  de  l'an  898,  donnée  en  faveur  de 
l'abbaye  de  Cuxa,  en  Roussillon,  dans  la- 
quelle le  comte  Wifred  ou  Guifred  souscri- 
vit (sans  doute  comme  l'aîné)  avant  les  deux 
autres.  Cette  dernière  charte  parle  d'une 
comtesse  Ermessinde  qui  vivoit  alors  &  qui, 
selon  les  apparences,  n'étoit  pas  la  même 
que  la  mère  de  ces  trois  comtes,  puisque  la 
charte  de  la  Grasse ,  donnée  dix  ans  aupa- 
ravant, parle  de  cette  dame  d'une  manière 
à  faire  croire  qu'elle  étoit  déjà  morte  : 
mais  comme  cela  n'est  pas  bien  clair,  nous 
ne  saurions  dire  si  la  comtesse  Ermes- 
sinde, dont  il  est  fait  mention  dans  le  di- 
plôme de  Cuxa,  étoit  la  mère  ou  la  sœur 
aînée  de  ces  trois  comtes,  ou  plutôt  la  femme 
de  quelqu'un  d'entre  eux.  Quant  à  la  com- 
tesse Quixilo,  qui  est  nommée  dans  la  même 
charte,  M.  Baluze*  conjecture  qu'elle  étoit 
femme  du  comte  Miron,  &  il  croit  très- 
vraisemblable  que  Radulfe  étoit  comte  de 
Confiant  au  pays  du  Roussillon.  Nous  avons 
déjà  fait  mention  d'une  autre  charte  don- 
née vers  l'an  878,  qui  porte  encore  que  les 
comtes  Wifred  &  Miron  étoient  frères. 

XLVIII.  Tout  ceci  est  confirmé  '  par  la 
suite  de  la  généalogie  de  Wifred  le  Velu, 
comte  de  Barcelone,  donnée  par  l'auteur 
des  Gestes  des  comtes  de  cette  ville,  &  est 

'  Marca  Hispanica,  p.  36o,  363,   796,    83 1,    835. 
'  Ibid.  p.  363,  802,  8o3  &  seq. 
'  Ihid.-p.  83 1. 
*  Ibid.  p.  376. 
'  Ibid.  p.  796. 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


241 


Ed.orig. 

t.  1, 
p.  717. 


conforme  aux  titres  les  plus  authentiques  '. 
On  voit  par  ces  monumens  que  Wifred  le 
Velu,  comte  de  Barcelone,  eut  plusieurs 
enfans;  qu'il  fut  père  d'un  autre  Wifred  & 
de  Miron  qui  lui  succédèrent  l'un  après 
l'autre  dans  le  même  comté,  &  de  Raoul  ou 
Radulfe,  moine  de  Ripoll;  que  Miron, 
comte  de  Barcelone,  son  fils,  fut  père  de 
Sunifred,  comte  de  Barcelone  &  de  Miron, 
évèque  de  Girone,  &c.  Les  noms  de  Suni- 
fred, de  Radulfe,  de  Miron,  &c.,  se  perpé- 
tuèrent donc  dans  la  famille  des  comtes  de 
Barcelone,  de  même  que  celui  de  Wifred, 
Guifred  ou  Humfrid,  dans  celle  des  comtes 
héréditaires  de  Roussillon,  descendans  de 
Miron,  ce  qui  sert  à  confirmer  que  Wifred 
1«  Velu,  comte  de  Barcelone,  étoit  fils  du 
comte  ou  du  marquis  Sunifred ,  puisque, 
suivant  l'usage  observé  assez  communément 
dans  ce  siècle,  Sunifred  son  fils  s'appeloit 
comme  son  père.  Miron,  comte  de  Roussil- 
lon, &  Wifred  le  Velu  avoient  un  frère'  ap- 
pelé Humfrid,  ce  qui  peut  servir  à  prouver 
leur  parenté  avec  le  marquis  de  Gothie  de 
ce  nom.  Wifred  le  Velu  fut  a'ieul  d'Oliba 
surnommé  Cabretta,  comte  de  Cerdagne  & 
de  Bésalu,  comme  Sunifred,  son  aîné,  le  fut 
de  Barcelone.  Oliba  avoit  épousé  Ermen- 
garde,  ce  qu'on  sait  par  deux  chartes  que 
M.  Baluze  a  données  à  la  fin'  des  Capitu- 
laires,  mais  dont  l'une  doit  être  rapportée 
à  l'an  988  &  l'autre  à  l'an  994,  &  non  pas 
à  l'an  888  &  à  l'an  893,  comme  cet  auteur 
le  suppose^  car,  dans  l'une,  il  est  fait  men- 
tion de  la  première  année  du  roi  Hugues  & 
dans  la  seconde,  de  la  sixième  année  du  règne 
du  même  prince;  ce  que  nous  avons  cru 
devoir  remarquer  en  passant. 

XLIX.  Au  reste,  les  auteurs  catalans  se 
sont  trompés  en  rapportant  l'époque  de  la 
mort  de  Wifred  le  Velu  à  l'année  914''  ou 
aux  deux  précédentes  j  l'erreur  vient  de  ce 
qu'ils  l'ont  confondu  avec  Wifred  III,  comte 
de  Barcelone,  son  fils.  Il  est  aisé  de  le 
prouver,  puisque  Wifred  le  Velu  n'a  pas 
vécu  jusqu'à  l'an  907,  ce  qui  paroît  par 
une  charte  du  mois  de  février  de  cette  an- 

'  Marca  Hispanica,  p.  §40  &  seq.  p.    835    &  seq. 

Conciles,  t.  9,  p.  82. 
'  Capitul.  t.  2,  Append.  p.   i5i5  &  i5zz. 
*  Marca  Hispanica,  p.  382. 

II. 


née,  dans  laquelle  le  comte  Miron,  sou 
fils,  parle  de  lui  comme  étant  déjà  mort. 
Et  nuper'  à  quondam  progenitore  meo  do- 
mino Guifredo  illustrissimo  marchione,  fi-c. 
M.  Baluze  s'est  trompé  encore  en  donnant 
dans  ce  temps-là  à  Miron  le  titre  de  comte 
de  Barcelone,  car  il  est  certain  qu'il  ne  le 
fut  qu'après  la  mort  de  Wifred,  son  frère, 
qui  succéda  dans  ce  comté  à  Wifred  le  Velu, 
son  père  \  L'intronisation  de  Guignes,  évè- 
que de  Girone,  datée  du  20  novembre 
de  l'an  908,  fut  autorisée  par  le  marquis 
Wifred.  Extitit  quoque  inibi  princeps  maxi- 
mus  marchio  Fifredus,  &c.  Ce  dernier  devoit 
être  le  fils  de  Wifred  le  Velu,  puisque  son 
père  étoit  alors  déjà  mort,  &  il  devoit  avoir 
succédé  au  titre  de  prince  &  de  marquis  que 
les  actes  du  concile  de  Barcelone  de  l'an  906 
donnent  à  l'un  &  à  l'autre,  sans  autre  addi- 
tion, de  même  que  l'acte  dont  il  s'agit.  Il  pa- 
roît d'ailleurs  que  le  dernier  autorisa  par 
sa  présence  ce  concile  de  Barcelone;  ce  qui 
prouve  son  autorité  dans  cette  ville.  Il  est 
parlé,  en  effet,  dans  les  Actes' du  même 
concile,  du  marquis  Vifred,  qui  avoit  rétabli 
l'évèché  d'Ausone,  comme  d'un  seigneur 
différent  du  marquis  Wifred  qui  autorisa 
ce  concile.  Le  premier,  qui  est  le  même 
que  Wifred  le  Velu,  étoit  donc  mort  avant 
l'an  906,  mais  il  étoit  encore  en  vie  en  901, 
puisqu'il  se  dif  mari  de  Widinilde  dans  une 
charte  de  cette  année  comme  dans  une  au- 
tre' de  l'an  889,  &  nous  avons  déjà  vu  qu'il 
vivoit  encore  en  898. 

L.  Wifred,  fils  de  ce  dernier,  ne  survécut 
pas  longtemps  à  son  père.  Il  fut  empoi- 
sonné* &  il  étoit  déjà  mort  au  mois  de  dé- 
cembre delà  quatorzième  année  ^  de  Charles 
le  Simple.  M.  Baluze  rapporte  cette  qua- 
torzième année  à  l'an  911,  parce  qu'on  ne 
doit  compter  les  années  de  ce  prince  dans 
la  Marche  d'Espagne  &  à  la  gauche  de  la 
Loire,  que  depuis  la  mort  d'Eudes;  mais 
comme  il  paroît  que  dans  ces  provinces  on 


'  Marca  Hispanica,  p.  838. 

'  Martène,  Thesaur.  anecd.  t.   i,  p.  6l. 

'  Baluze,  Miscellan.  t.  7,  p.  5i  &  seq. 

^  Marca  Hispanica,  p.  836. 

5  liid.  p.  817. 

*  Ihid.  p.  540. 

'  Ibid.  p.  839. 


NOTB 
87 


16 


Note 
87 


142 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC, 


a  compté"  aussi  quelquefois  les  années  du 
règne  de  ce  prince  d'une  époque  encore 
postérieure,  c'est-à-dire  depuis  l'an  900  : 
cela  a  donné  peut-être  occasion  aux  divers 
auteurs  cités'  par  M.  Baluze,  lesquels  con- 
fondent ce  seigneur  avec  Wifred  le  Velu, 
son  père,  de  fixer  sa  mort  à  l'année  914  ou 
à  la  suivante,  ce  que  M.  Baluze  n'a  pas 
assez  compris.  Wifred  II,  comte  de  Bar- 
celone, à  qui  Miron  son  frère  succéda, 
mourut  donc  au  plus  tard  en  914. 

LI.  Pour  ce  qui  est  du  comte  Sunifred  ou 
Seniofred,  père  de  Wifred  le  Velu,  comte  de 
Barcelone,  de  Radulfe,  comte  de  Gonflant, 
&  de  Miron,  comte  de  Roussillon ,  nous 
ne  saurions  marquer  précisément  la  dignité 
dont  il  fut  revêtu.  Nous  trouvons  deux  sei- 
gneurs de  ce  nom  dans  la  Marche  d'Espa- 
gne, au  neuvième  siècle,  dont  l'un  qui  fut 
marquis  de  Gothie  &  comte  de  Barcelone, 
l'an  844,  succéda  dans  ces  dignités  à  Ber- 
nard, duc  de  Septimanie,  comme  nous  l'a- 
vons déjà  dit.  L'autre  étoit  vicomte  de  Bar- 
celone l'an  858,  sous  l'autorité  d'Humfrid, 
marquis  de  Gothiej  l'un  ou  l'autre  fut  sans 
doute  le  père  des  trois  comtes  dont  nous 
venons  de  parler.  Il  paroît  plus  vraisem- 
blable que  ce  fut  Sunifred,  marquis  de 
Gothie 'j  car,  selon  les  apparences,  le  roi 
Charles  le  Chauve  prit  le  successeur  de 
Bernard  au  duché  de  Septimanie  ou  mar- 
quisat de  Gothie  dans  la  famille  de  ce  duc. 
Or,  il  paroît  que  Sunifred,  père  de  Wifred 
le  Velu,  comte  de  Barcelone,  étoit  proche 
parent  d'Humfrid,  marquis  de  Gothie,  s'il 
n'étoit  son  frère  aîné,  &  que  ce  dernier 
étoit  de  la  race  de  S.  Guillaume,  fonda- 
teur de  Gellone,  comme  nous  l'avons  déjà 
observé.  Reprenons  la  suite  de  nos  mar- 
quis de  Gothie,  &  tâchons  de  développer 
l'origine  de  Bernard,  successeur  d'Humfrid, 
dans  une  partie  du  marquisat  de  Gothie  , 
c'est-à-dire  dans  le  gouvernement  de  la 
Septimanie  propre. 


'  Voyez  Note  VI,  tome  IV  de  cette  édition. 

*  Marco.  H'tspanica,  p.  382  &  640, 

'  Sunifred,  père  de  Wifred  le  Velu,  était  fils  du 
comte  Borrel,  qui  fut  nommé  à  Ausone,  en  798, 
par  Louis  le  Débonnaire.  Il  vécut  jusqu'en  85o  au 
moins.  11  fut  le  successeur  de  Bernard  I  au  mar- 
quisat de  Gothie  ou  de  Septimanie.  [E.  M.] 


^  IV.  —  Suite  des  marquis  de  Gothie  depuis  la 
séparation  de  cette  province  d'avec  le  comté 
de  Barcelone  &  la  Marche  d'Espagne. 


Note 
87 


Bernard  II.  —  LU.  Les  Annales  de 
Saint- Bertin ',  qui  nous  apprennent  la 
proscription  d'Humfrid,  nous  apprennent 
aussi  que  le  roi  Charles  le  Chauve  disposa, 
l'an  865,  d'une  partie  de  sa  dépouille  ou  du 
marquisat  de  Gothie  en  faveur  de  Bernard, 
fils  d'un  autre  Bernard  &■  de  la  fille  du  comte 
Roricon.  Besly'  &  Baluze  après  lui  préten- 
dent que  le  dernier  Bernard  que  nous  ve- 
nons de  nommer  fut  comte  de  Poitiers  &; 
aïeul  paternel  de  Guillaume  le  Pieux,  duc 
d'Aquitaine  :  mais  ils  se  trompent  certaine- 
ment, ce  qui  nous  engage  à  traiter  ici  de  la 
véritable  origine  de  ce  duc.  Cette  matière 
est  d'autant  moins  éloignée  de  notre  sujet, 
que  Guillaume  fut  marquis  de  Gothie,  de 
même  que  Bernard,  comte  d'Auvergne,  son 
père,  qu'on  a  confondu  mal  à  propos  avec 
Bernard,  successeur  immédiat  d'Humfrid 
dans  le  même  marquisat. 

LUI.  Il  est  hors  de  dispute  que  Guil- 
laume le  Pieux  étoit  fils  de  Bernard,  comte 
d'Auvergne  &  d'Ermengarde',  &  que  ce 
dernier  étoit  fils  d'un  autre  Bernard  ^j  mais 
il  n'est  rien  moins  que  certain  que  Bernard, 
aïeul  de  Guillaume  le  Pieux,  ait  été  comte 
de  Poitiers  &  mari  de  Bilichilde  ou  Bli- 
childe,  comme  l'assurent  Besly,  le  P.  Labbe  ' 
&  M.  Baluze  ;  car  Bernard,  fils  de  Bernard 
&  de  Blichilde,  que  nous  appellerons  Ber-  Éd.  cri?. 
nard  II,  fut  nommé  marquis  de  Gothie,  p  Vii^. 
l'an  865,  après  Humfrid,  &  Bernard,  comte 
d'Auvergne,  père  de  Guillaume  le  Pieux, 
ne  parvint  à  ce  marquisat  que  l'an  878®, 
après  que  Bernard  II  en  eut  été  dépouillé 
au  concile  de  Troyes.  Ainsi  ce  ne  peut  être 
la  même  personne.  Développons  encore 
d'une  manière  plus  claire  tout  ce  que  la 
ressemblance  &  l'équivoque  des  noms  ont 

'  Annal,  Bertin,  p.  222  &  seq. 

"  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou, -p,  i3. —  Ba- 
luze, Histoire  gén.  de  la  maison  d'Auvergne,  1. 1 ,  p.  4. 

'  Baluze,  Histoire  généal,  de  la  maison  d'Auvergne, 
t.  I,  p.  4  &  7}  t.  2,  p.  12. 

''  Ibid.  t.  2,  p.  3. 

'  Lahhe,  Tables  généal,  p.  383  &  suiv. 

*  Annal.  Bertin,  p.  256. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 

87 


.43 


causé   de   confusion  dans  ces   généalogies. 

LIV.  Bernard,  fils  d'un  autre  Bernard  & 
de  Blichilde,  fille  du  comte  Roricon,  nommé 
au  marquisat  de  Gothie  en  865",  après  la 
proscription  d'Humfrid  ,  est  le  même'  con- 
tre lequel  le  concile  de  Troyes  '  de  l'an  878 
rendit  une  sentence  d'excommunication,  & 
que  le  roi  priva  de  cette  dignité  pour  la 
donner  à  un  autre  Bernard.  Or,  ce  dernier 
n'est  pas  différent  de  Bernard,  père  de 
Guillaume  le  Pieux.  Par  conséquent  celui- 
ci  n'étoit  pas  petit-fils  de  Bernard,  pré- 
tendu comte  de  Poitiers  &  de  Blichilde. 

LV.  Ces  faits  appuyés  sur  des  preuves 
certaines  une  fois  supposés,  examinons  à 
présent  d'où  pouvoit  descendre  Bernard  , 
comte  d'Auvergne&  marquis  de  Gothie,  père 
de  Guillaume  le  Pieux.  Il  est  fait  mention, 
sous  l'an  864,  dans  les  Annales  de  Saint-Ber- 
tin^,  d'un  Bernard,  fils  de  Bernard,  que  Char- 
les le  Chauve  avoit  fait  mourir  pour  crime 
de  rébellion  par  le  jugement  des  François. 
Voici  les  paroles  de  cet  historien  qu'il  est 
bonde  rapporter  :  Bernardus  Bernardi  quon- 
dam  tyrannî  carne  &  moribus  filius,  Ucentîa 
régis  accepta  j  de  eodem  placito  (Pistensi), 
quasi  ad  honores  suos  porrecturus,  super  noc- 
tem  armata  manu  regreditur,  &  in  sylva  se  oc- 
culens,ut  quidam  dicebant,  regem,  qui  patrem 
suum  Francorum  judicio^  occidijusserat, 
&  ut  quidam  dicebant,  Rodbertum  &  Ranul- 
fum  régi  fidèles  malitiis  occidere  locum  & 
horam  expectat.  Quod  régi  innotuit,  &  mittens 
qui  eum  caperent  &  ad  praesentiam  illius  ad- 
ducerent,  fuga  sibi  consuluit,  unde  judicio 
suorum  fidelium,  honores  quos  ei  dederat  rex 
recepit,  fi-  Rodberto  fideli  suo  donavit.  On 
voit  manifestement,  &  nos  meilleurs* criti- 
ques en  conviennent,  qu'il  s'agit  ici  du 
second  fils  de  Bernard,  duc  de  Septimanie, 
qui  naquit  à  Uzès  à  la  fin  de  l'an  840,  qui 

'  Annal.  Bertin,  p.  222  &  seq. 

'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  12 
&  i3. 

'  Conciles,  t.  9,  p.  83  &  suiv.  p.  89.  —  Annal, 
Bertin.  p.  256.  —  Duchesne,  t.  3,  p.  888,  890 
&891. 

■*  Annal,  Bertin,  p.  221. 

*  Ibid.  p.  200. 

*  Mabillon,  ad  ann.  864,  n.  i3.  —  Caseneuve, 
Catal.  Franc,  c.  3,  n.  9,  p.  46.  —  Labbe,  Tahles 
jért.  p.  4.18,  £<.c. 


n'étoit'  pas  encore  baptisé  en  841,  lorsque 
Dodaiie,  sa  mère,  écrivit  son  Manuel,  & 
({ui  fut  appelé  Bernard,  comme  son  père. 
Ainsi  ce  seigneur  pouvoit  avoir  vingt-quatre 
ans  en  864.  Or,  nous  avons  déjà  prouvé, 
d'un  côté,  que  Bernard,  comte  d'Auvergne 
&  père  de  Guillaume  le  Pieux,  étoit  fils 
d'un  Bernard  différent  du  mari  de  Blichilde  j 
&  nous  voyons  de  l'autre,  non-seulement 
les  mêmes  noms  perpétués  dans  les  descen- 
dans,  suivant  l'usage  du  siècle,  mais  encore 
que  Bernard,  comte  d'Auvergne  &  Guil- 
laume le  Pieux,  son  fils,  furent  revêtus  suc- 
sessivement  de  la  dignité  de  marquis  de 
Gothie,  possédée  auparavant,  sous  le  titre 
de  duché  de  Septimanie,  par  Bernard,  fils 
de  S.  Guillaume,  fondateur  de  Gellone, 
comme  nous  le  prouverons  bientôt  ;  &  cela 
sous  le  règne  de  Charles  le  Chauve,  qui 
s'étoit  fait  une  loi  de  conserver  les  digni- 
tés dans  les  familles.  Il  paroît  donc  que 
Bernard,  qui  fut  proscrit  à  la  diète  de 
Pistes,  &  qui  étoit  certainement  fils  de 
Bernard,  duc  de  Septimanie,  n'est  pas  dif- 
férent de  Bernard,  comte  d'Auvergne,  père 
de  Guillaume  le  Pieux.  On  peut  ajouter 
que  Bernard,  duc  de  Septimanie,  avoit  plu- 
sieurs terres  ou  fiefs  en  Bourgogne  dont  il 
fit  demander'  la  confirmation  ou  l'investi- 
ture à  Charles  le  Chauve,  l'an  841,  par 
Guillaume,  son  fils  aîné  5  &  que  Bernard , 
comte  d'Auvergne  &  Guillaume  le  Pieux, 
son  fils,  possédoient  aussi  de  grands  biens' 
dans  la  même  province. 

LVI.  Venons  présentement  à  la  généa- 
logie de  Bernard  II,  marquis  de  Gothie  :  on 
a  déjà  vu  qu'il  étoit  fils  d'un  autre  seigneur 
appelé  Bernard  &  de  Blichilde,  fille  du 
comte  Roricon.  Besly^  assure  que  cette 
dame  épousa  un  comte  de  Poitiers  nommé 
Bernard,  qui  fut  tué  en  844  en  combattant 
contre  Lambert,  comte  de  Nantes^  mais  il 
se  trompe  :  Bernard,  mari  de  Blichilde,  ne 
fut  jamais  comte  de  Poitiers,  ainsi  qu'on  le 
verra  dans  peu.  Nous  trouvons  seulement 
qu'Emenon,  comte  de    cette  ville,  &  son 

'  ActaSS.  Ord.  S.' Ben.  saec.  4,  part.  1,  p.  75o. 
"  Nithard,  1.  3,  p.  371 . 

'  Baluze,    Histoire  généalog,  de  la  maison  d'An- 
vergv-e,  Preuves,  p.  9  &  11. 

■*  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.   12. 


NoTB 

87 


Note 
87 


■44 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


frère  Bernard  '  encoururent,  en  889,  la  dis- 
grâce de  l'empereur  Louis  le  Débonnaire, 
&  que  le  même  Bernard  s'étant  retiré  alors 
auprès  de  Raynald,  comte  d'Herbauges , 
son  parent,  il  fut  tué  en  844  dans  un  com- 
bat contre  Lambert,  comte  de  Nantes.  Or, 
nous  savons"  d'ailleurs  que  Bernard  II, 
marquis  de  Gothie,  fils  de  Blichilde  &  d'un 


Note 
87 


toute  sa  vie  cette  dignité,  ne  décéda  qu'en 
866,  vingt-deux  ans  après  la  mort  du  rqème 
Bernard.  Enfin  les  Annales'  de  Saint-Bertin 
ne  donnent  pas  le  titre  de  comte  à  Bernard, 
mari  de  Blichilde,  au  lieu  qu'elles  donnent 
ce  titre  à  Roricon,  père  de  cette  dame  : 
Bernardum  ex  quodam  Bernardo  &  filia  Ro- 
rîgonis  comitls  natum  in  Gothîam  mîttens, 
seigneur  appelé  Bernard,  avoit  un  frère  partem  îpsîus  marchiae  illi  committit.  On  ne 
nommé  Emenon,  qui  se  révolta  avec  lui  doit,  par  conséquent,  avoir  aucun  égard  à  Ed-o^'g 
contre  Charles  le  Chauve  &  Louis  le  Bègue.  la  même  faute  qui  s'est  glissée  dans  la  Chro-  p.  7'9- 
Ainsi,  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  que  Ber-  nique  de  Saint-Maixent%  dont  l'auteur  vi- 
nard,marideBlichilde&  père  de  Bernard  II,  voit  au  douzième  siècle,  &  plus  de  cent  ans 
marquis  de  Gothie,  ne  soit  le  même  que  après  Adhémar  de  Chabannes.  Ce  qui  a 
Bernard,  frère  d'Emenon,  comte  de  Poi-      donné  occasion  à  cette  erreur,  c'est  qu'Eme- 

non,  frère  de  Bernard,  fut  comte  de  Poi- 
tiers, &  que  nous  trouvons'  un  comte  ap- 
pelé Bernard  qui  étoit  peut-être  leur  père, 
lequel  possédoit,  à  ce  qu'il  paroît,  ce 
comté  l'an  81 5,   car   son  envoyé  rendit  la 


tiers  en  889.  Besly,  pour  avoir  ignoré  que 
ce  dernier  avoit  été  comte  de  cette  ville  & 
qu'il  avoitun  frère  appelé  Bernard,  qui  est 
le  même  que  le  mari  de  Blichilde,  a  con- 
fondu   celui-ci   avec  le  père    de   Bernard, 


comte  d'Auvergne,  &  par  conséquent  ce 
même  comte  avec  Bernard  II,  marquis  de 
Gothie,  contre  l'autorité  des  historiens  du 
temps  qui  les  distinguent  très-bien'.  Il  a 
jeté  parla,  &  par  diverses  autres  erreurs 
dans  lesquelles  il  est  tombé  &  que  nous 
relèverons  dans  la  suite,  une  étrange  con- 
fusion dans  la  généalogie  des  premiers 
comtes  de  Poitiers,  &  a  entraîné  tous  ceux 
qui  ont  écrit  après  lui  sur  cette  matière 
sans  se  donner  la  peine  de  l'examiner. 

Il  est  vrai  que  le  manuscrit*  de  la  Chro- 
nique d'Adhémar  de  Chabannes ,  dont 
Besly  s'est  servi,  qualifie  comte  de  Poitiers 
Bernard,  tué  en  844  en  combattant  contre 
Lambert,  comte  de  Nantes^  mais  c'est  une 
faute  qu'on    ne    trouve^    point    dans   tous 


justice  à  Poitiers  le  mercredi  20  de  juin, 
la  seconde  année  de  Louis  ^mpereur,  ce  qui 
s'accorde  très-bien  avec  cette  année  :  mais 
ce  Bernard  est  différent  du  frère  d'Emenon. 
Du  reste,  nous  donnerons  plus  bas  les  con- 
jectures qui  nous  font  croire  que  ces  deux 
seigneurs  étoient  de  la  même  famille  que 
S.  Guillaume,  duc  de  Toulouse  ou  d'Aqui- 
taine, fondateur  de  l'abbaye  de  Gellone. 
Telle  est  l'origine  paternelle  de  Bernard  II, 
marquis  de  Gothie  ■*. 

LVII.  Quant  à  son  origine  maternelle, 
voici  ce  que  les  monumens  du  temps  nous  en 
apprennent  :  Bernard  II  étoit  petit-fils,  par 
Blichilde  sa  mère,  comme  on  l'a  déjà  dit,  du 
comte  Roricon,  que  M.  Baluze  ^  &  le  P.  Ma- 
billon  font  comte  de  Tours  :  mais  il  paroît 


les  autres  manuscrits  de  cette  Chronique.  que  ces  deux  célèbres  auteurs  se  sont  trom- 
D'ailleurs,  ce  seigneur  ne  sauroit  avoir  pés,  ou  plutôt  que  le  premier  a  induit  l'au- 
possédé  le  comté  de  Poitiers,  puisque  tre  en  erreur;  car  si  on  examine  attentive- 
son  frère  Emenon  en  ayant  été  dépouillé  ment  les  Gestes  ^  des  évêques  du  Mans,  on 
l'an  839,  Rainulphe  I,  qui  succéda''  immé- 
diatement à   ce   dernier,   &  qui   conserva 


'  Adhémar    de    Chabanais,    p.     i6o   &  suiv.   

Chronicon  S.  Maxent.  p.   107. 

'•'  Conciles,  t.  9,  p.  83  &  suiv. 

'  Annal.  Bertin,  p.  266. 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  177. 

'  Labbe,  Bibl.  nova,  p.    i5i,  16t. 

«  Annal.  Bertin.  p.  zz().  —  Adhémar  de  Chaba- 
nais, p.  162. 


'  Annal,  Bertin,  p.  222  &  seq. 

'  Chronicon  S,  Maxent  — Labbe,  Bihl.nova,  t.  2. 
p.  197. 

'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.    176. 

■*  Il  n'y  avait  aucun  lien  de  parenté  entre  la  fa- 
mille d'Emenon,  comte  de  Poitiers,  &  celle  de  saint 
Guillaume.  Voyez  ci-après  la  Note  additionnelle, 

^  Baluze,  Miscell,  t,  3,  in  indice,  —  Mabillon, 
ad  ann.  824,  n.  62. 

"  Acta  Alderici  Cen,  episc,  dans  Baluze,  Mise,  t.  3. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


245 


conclura  aisément  que  Roricon  devoit  être 
comte  du  Maine.  C'est  le  même  qui  ',  avec 
son  épouse  Blichilde,  rétablit,  l'an  824, 
l'abbaye  de  Saint-Maur-des-Fossés.  Ils  vi- 
voient  encore  l'un  &  l'autre  en  839.  Le 
comte  Roricoi\  Jtoit  déjà  mort  l'an  841,  & 
Blichilde,  sa  veuve,  ayant  pris  l'habit  re- 
ligieux, fut  ensuite  abbesse.  Roricon,  dans 
une  charte,  fait'  mention  de  Goslin  & 
d'Adeltrude,  ses  père  &  mère;  de  Gauzbert 
son  frère,  moine  de  Saint-Maur-des-Fossés, 
&  de  Goslin,  son  fils,  moine  de  Saint-Maur- 
sur-Loire.  Ce  dernier  est  le  même  que 
Goslin ,  abbé  de  Saint-Germain-des-Prés 
&  ensuite  abbé  de  Saint-Denis  &  chance- 
lier de  France,  lequel  étoit  oncle  de  Ber- 
nard II,  marquis  de  Gothie,  comme  nous 
l'apprenons'  par  une  lettre  qu'Hincmar, 
archevêque  de  Reims,  lui  écrivit,  à  la  fin 
de  l'an  877,  pour  le  détourner  de  prendre 
parti  contre  Louis  le  Bègue  &  pour  l'en- 
gager à  ramener  à  leur  devoir  Bernard, 
son  neveu,  &  Gosfrid ,  son  frère ,  qui 
s'étoient  révoltés.  Nous  savons  d'ailleurs 
que  Bernard  II,  marquis  de  Gothie,  fut  du 
nombre  des  seigneurs*  qui  se  révoltèrent 
contre  Charles  le  Chauve  peu  de  temps 
avant  la  mort  de  ce  prince,  &  qu'il  persista 
dans  sa  révolte  sous  Louis  le  Bègue;  au 
lieu  que  Bernard,  comte  d'Auvergne,  qui 
étoit  aussi  du  nombre  des  rebelles,  se  sou- 
mit' avant  le  couronnement  de  ce  dernier 
prince.  La  lettre  d'Hincmar,  dont  nous  ve- 
nons de  parler  doit  être  rapportée  à  la  fin 
de  l'an  877,  peu  de  temps  après  le  couronne- 
ment de  Louis  le  Bègue,  &  non  à  l'an  879, 
&  au  règne  de  Louis  &  de  Carloman,  comme 
quelques-uns^  le  conjecturent,  parce  que 
Hincmar  n'y  parle  que  d'un  roi  &  non 
pas  de  deux.  Gosfrid,  dont  il  est  fait  men- 
tion dans  la  même  lettre,  n'est  pas  diffé- 
rent de  Gausfrid  ,  comte    du  Maine ,   qui 


'Mabillon,  adann.  824,  n.62  &ann.  841,11.  36. 
—  Gesta  Alder'ici,  ihid,  p.  5. 

'  Ibid. 

^  Flodoard,  H'ist.  Rem,  1.  3,  c.  24. —  Mabillon, 
ad  ann.  871,  n.  23. 

*  Annal.  Berlin,  p.  261 ,  264,  2.56,  268.  —  Hinc- 
mar dans  Duchesne,  t.  2,  p.  476. 

'  Jnnal,  Berlin,  p.  268. 

'  Mabillon,  ad  ann.  870,  n.  23. 


possédoit  déjà  ce  comté  dès  l'an  874,  &  dont 
il  est  parlé'  dans  une  charte  de  la  même 
année,  ainsi  que  de  l'abbé  Goslin,  son  frère. 
Nous  apprenons  des  Annales  de  Saint- 
Bertin  '  qu'il  se  révolta  avec  ses  enfans 
contre  Charles  le  Chauve,  &  qu'ils  furent 
également  rebelles  à  Louis  le  Bègue.  L'abbé 
Goslin  &  Gosfrid,  comte  du  Maine,  son 
frère,  étoient  donc  fils  de  Roricon  &  on- 
cles de  Bernard  II,  marquis  de  Gothie.  Il 
est  fait  mention  dans  les  mêmes  Annales, 
sous  l'an  866,  d'un  comte  Roricon  qui  fut 
tué'  alors  en  combattant  avec  son  frère, 
le  comte  Gosfrid ,  contre  les  Normands. 
Nous  ne  doutons  pas  que  ce  dernier  ne 
soit  le  même  que  notre  comte  du  Maine, 
ce  qui  fait  voir  que  Roricon  I  doit  avoir 
eu  de  son  épouse  Blichilde,  Roricon  II, 
qui  lui  succéda  sans  doute  dans  le  comté 
du  Maine,  &  Gausfrid  successeur  de  ce 
dernier  en  866  dans  le  même  comté. 

LVIII.  Il  reste  une  difficulté  à  résoudre, 
c'est  que  suivant  l'Annaliste  de  Saint-Ber- 
tin,  Louis,  abbé  de  Saint-Denis  &  chance- 
lier de  France,  mort  en  867,  étoit*  frère  de 
Goslin,  abbé  de  Saint-Germain-des-Prés, 
qui  succéda  à  ses  dignités.  Or,  il  est  certain 
par  le  même  annaliste'  que  Louis,  abbé 
de  Saint-Denis ,  étoit  fils  de  Rotrude,  fille 
aînée  de  Charlemagne.  Ainsi,  si  l'abbé  Gos- 
lin a  eu  la  même  mère  que  Louis,  il  ne 
sauroit  être  fils  du  comte  Roricon  &  de 
Blichilde,  mais  ces  deux  frères  peuvent 
avoir  eu  différentes  mères.  Nos  généalo- 
gistes conviennent  que  Roricon  eut  Louis, 
abbé  de  Saint-Denis,  de  Rotrude,  fille  de 
Charlemagne  qu'il  épousa  clandestine  - 
ment  &  qui  mourut  en*  810.  Rien  n'em- 
pêche donc  qu'après  sa  mort  il  ait  épousé 
Blichilde  en  secondes  noces  &  qu'il  en  ait 
eu  les  comtes  Roricon  &  Gosfrid,  l'abbé 
Goslin  &  plusieurs  autres  enfans,  comme 
il  est  aisé  de  le  voir  dans  la  généalogie 
suivante  qui  l'expliquera  encore  mieux. 


'  Mabillon,  ad  ann.  874,  n.  55. 
'  Annal.  Berlin,  p.  254  &  258. 
'  Ibid.  p.  224. 

^  Ihid.  ad  ann.    858,  p.  210.   —  Mabillon,    ad 
ann.  85o,  n.  8  ;  858,  n.  33}  870,  n.  23. 
'  Annal.  Berlin,   ad  ann.  867,  p.  227. 
^  Annal.  Mstlcns.  p.  2y5. 


Note 
87 


Note 
87 


246 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Ed.  orig. 
1. 1, 

p.  720. 


Gosl'm,  mari  d'Adeltrude 


Roricon  I,  comte  du  Maine, 
épousa  :  1°  Rotrude,  fille  de  Cliar- 
lemagne  ;  2°  Bliciiilde.  11  mourut 
vers  l'an  841. 


Gauzbert,  moine  de  Saint-Maur- 
des-Fossés ,  &  ensuite  abbé  de 
Saint-Maur-sur- Loire,  mort  vers 
l'an  845. 


Premier  lit. 


Second  lit. 


Louis,  abbé  de  Saint- 
Denis  &  chancelierde 
France,  mourut  l'an 
867. 


Roricon  11,  comte 
du  Maine,  tué  en  com- 
battant contre  les  Nor- 
mands, en  866. 


Gosfrid,  comte  du 
Maine,  se  révolta  en 
877  &  878. 


LIX.  Il  paroît  que  Bernard  II,  marquis 
de  Gothie,  fut  pourvu  du  comté  de  Poitiers 
en  867  après  la  mort  de  Rainulphe  I',  comme 
nous  le  dirons  plus  bas,  où  nous  parlerons 
des  ducs  héréditaires  d'Aquitaine,  ses  suc- 
cesseurs dans  ce  comté,  dont  il  y  a  lieu  de 
croire  qu'il  a  été  la  tige.  Nous  avons  déjà 
remarqué  qu'il  fut  proscrit  &  dépouillé  de 
ses  dignités  en  878,  que  Bernard,  comte 
d'Auvergne,  lui  succéda  alors  dans  le  mar- 
quisat de  Gothie,  &  qu'enfin  ce  dernier 
est  le  même  que  Bernard,  fils  puîné  du  duc 
de  Septimanie  de  ce  nom*. 

Bernard  III.  —  LX.  Comme  Bernard, 
comte. d'Auvergne,  fut  le  troisième  de  son 
nom  qui  posséda  le  marquisat  de  Gothie 
ou  gouvernement  de  Septimanie,  nous  l'ap- 
pellerons Bernard  III.  Il  n'occupa  le  comté 
d'Auvergne  qu'après  l'an  870,  &  non  pas  au- 
paravant. M.Baluze'  qui  l'a  confondu  avec 
un  autre  comte  d'Auvergne  de  même  nom, 
son  prédécesseur ,  prétend  qu'il  épousa 
Liudgarde  en  premières  noces,  &  qu'Er- 
mengarde,  mère  de  Guillaume  le  Pieux  ne 
fut  que  sa  seconde  épouse.  Il  ajoute  que 
cette  dernière  étoit  fille  de  Warin,  ou  Gué- 
rin,  comte  d'Auvergne  en  819,  mort  vers 
l'an  856,  8c  qu'enfin  Warin,  fils  de  Bernard 
&  d'Ermengarde  &  frère  aîné  de  Guil- 
laume  le  Pieux ,    après   avoir   succédé    à 

'  Il  n'y  a  pas  eu  de  comte  de  Poitiers  du  nom  de 
Bernard,  après  867.  Ce  que  dom  Valssete  avance  à 
ce  sujet  ne  repose  que  sur  des  conjectures.  Ra- 
nulfell  succéda  directement  à  son  père  Ranulfe  I. 
Voyez  ci-après  la  Note  additionnelle.  [E.  M.] 

"Bernard  II,  comte  d'Auvergne  &  père  de  Guil- 
laume le  Pieux,  n'est  pas  le  même  que  Bernard,  fils 
de  Dodane.  Voyez  la  Note  additionnelle.  [E.  M.] 

^  Baluze,  Histoire  généal,  de  la  maison  d'Auver- 
gne, t.   I,  p.  4  &  suiv. 


Goslin,  moine  & 
abbé  de  Saint-Maur- 
sur-Loire  en  845,  suc- 
cessivement abbé  de 
Saint-Germain  -des  - 
Prés  &  de  Saint-De- 
nis ,  chancelier  de 
France  &  évêque  de 
Paris,  mort  en  886. 


Blichilde,  épouse  de 
Bernard,  frère  d'Eme- 
non,  comte  de  Poi- 
tiers. 

Bernard  II ,  mar- 
quis de  Gothie,  dé- 
pouillé de  ses  digni- 
tés en  878,  au  concile 
de  Troyes. 


Etienne  dans  le  comté  d'Auvergne,  posséda 
cette  dignité,  du  moins  depuis  l'an  ^6%  jus- 
qu'au commencement  du  roi  Eudes.  La  discus- 
sion de  tous  ces  faits  nous  engage  à  rap- 
porter ici  la  succession  des  comtes  d'Auver- 
gne pendant  le  neuvième  siècle.  Nous  l'ap- 
puierons uniquement  sur  les  anciens  histo- 
riens &  les  monumens  du  temps. 

LXI.  Nous  trouvons  d'abord  un  Warin', 
comte  d'Auvergne,  qui  en  819  agit  de  con- 
cert avec  Bérenger,  comte  de  Toulouse,  con- 
tre les  Gascons  révoltés.  Gérard  %  qui  lui 
avoitdéjà  succédé  dans  ce  comté,  en  889, 
fut  tué  à  la  bataille  de  Fontenai  l'an  841; 
Guillaume  succéda'  la  même  année  à  ce 
dernier,  &  il  paroît  qu'il  étoit  son  frère. 
Besly"*,  sur  l'autorité  d'une  chronique  ma- 
nuscrite, prétend  qu'Hervé,  fils  de  Rainald 
comte  d'Herbauges, étoit  comte  d'Auvergne 
lorsqu'il  fut  tué  en  844,  ce  qui  prouveroit 
qu'il  avoit  succédé  à  Guillaume  dans  ce 
comté  j  mais  comme  la  Chronique^  d'Adhé- 
mar  de  Chabannes  &  celle  de  Maillesais  ne 
donnent  pas  à  Hervé  la  qualité  de  comte 
d'Auvergne,  il  est  fort  incertain  s'il  occupa 
jamais  ce  comté  j  le  P.  Labbe®  croit  qu'il 
n'y  a  aucune  apparence.  Quoi  qu'il  en  soit, 
nous  trouvons  ensuite  un  Bernard,  mari  de 
Liudgarde,  comte  d'Auvergne',  pendant  les 

'  Eginhard,  Annales,  p.  262. 

"Adhémar  de  Chabanais,  t.  2.  —  Labbe,  Bibl, 
nova,  p.   160  &  161 . 

3  Ihid. 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  177. 

^  Adhémar  de  Chabanais,  p.  161  &  197.  — 
Labbe,  Bibl.  nova,  p.  97. 

«  Labbe,   Tabl.  gén.  p.  382. 

'  GalliaChristiana,  nov.  edit.  t.  2,  p.  471.  — "Qa- 
\uze.  Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auvergne, -preu- 
ves,  p.  2.  —  M.ahillon,  De  Re  Diplomatica,  p.  53o. 


Note 
87 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


247 


années  846,  849  &  867.  Ce  même  Bernard 
étoit  décédé  avant  l'an  869,  selon  une 
charte'  de  cette  année  où  il  est  appelé 
quondam  Bernardus  cornes.  Il  paroît  qu'il 
mourut  vers  l'an  858,  car  nous  voyons  cette 
dernière  année  &  en  862,  un  Guillaume' 
comte  d'Auvergne',  qui  étoit  en  même  temps 
abbé  séculier  ou,  comme  on  disoit  alors, 
abj^é  chevalier  de  Brioude.  En  864,  Etienne  \ 
comte  d'Auvergne,  qui  occupoit  ce  comté 
depuis  quelque  temps,  fut  tué  en  combat- 
tant contre  les  Normands.  Warin  ,  succes- 
seur de  ce  dernier,  possédoit  ce  comté  '  eu 
868  &  869. 

Il  résulte  de  ce  que  nous  venons  de  dire  : 
1°  que  Bernard,  comte  d'Auvergne  &  mari 
de  Liudgarde  ,  est  différent  de  Bernard , 
comte  du  même  pays  &  mari  d'Ermengarde, 
puisque  ce  dernier  ne  posséda  cette  dignité 
qu'après  l'an  870,  &  que  l'autre  qui  en  étoit 
déjà  pourvu  dès  l'an  846,  étoit  déjà  décédé 
avant  l'an  869;  2°  que  le  même  Bernard , 
mari  d'Ermengarde  &  père  de  Guillaume  le 
Pieux,  ne  peut  avoir  été  pourvu  du  comté 
d'Auvergne  qu'après  cette  dernière  année; 
car  ce  comté  étoit  occupé  les  précédentes 
par  Warin  &  ses  prédécesseurs;  3°  que 
celui-ci  ne  peut  être  le  même  que  Warin, 
fils  de  Bernard  &  d'Ermengarde,  puisqu'il 
auroit  été  comte  d'Auvergne  avant  son 
père,  ce  qui  n'est  pas  naturel.  D'ailleurs, 
les  titres*  qui  sont  rapportés  ou  cités  par 
M.  Baluze,  &  qui  peuvent  servir  à  prouver 
que  Bernard  &  Ermengarde  eurent  un  fils 
appelé  Warin  ou  Guérin,  ne  donnent  pas 
à  ce  dernier  la  qualité  de  comte,  preuve 
qu'il  mourut  jeune  &  qu'il  ne  parvint  ja- 
mais à  cette  dignité.  Tous  les  autres    mo- 

'  Baluze,  Histoire  généaî.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, p.  8. 

'  Il  n'y  a  pas  eu  de  comte  d'Auvergne  du  nom  de 
Guillaume,  de  858  à  862.  Deux  chartes  mal  datées 
par  la  Gallia  Christiana  ont  donné  lieu  aux  généa- 
logistes d'inventer  ce  personnage.    [E.  M.] 

'  Gallia  Christiana,  nov.  edit.  t.  2,  p.  471. 

*  Annal,  Bertin,  p.  218.  —  Chronique  de 
S.  Maixent,  p.  198.  —  Epist,  Nicolai,  1,  66.  — 
Conciles,  t.  8,  p.  466. 

'  Baluze,  Histoire  généal,  de  la  maison  d'Auver- 
gne, Preuves,  p.  7  &  8. 

^  Ibid.  p.  i^,  19  &  21.  — Mabillon,  ad  ann. 
910, n.  61. 


numensoù  il  est  fait  mention'  d'un  Warin, 
comte  d'Auvergne,  regardent  le  prédéces- 
seur de  Bernard.  Enfin,  suivant  le  système 
de  M.  Baluze,  Bernard,  mari  d'Ermengarde, 
n'auroit  jamais  possédé  le  comté  d'Auver- 
gne, puisque,  de  son  aveu,  Warin  son  fils 
l'occupa  depuis  l'an  868  jusqu'au  commen- 
cement du  roi  Eudes  ou  à  l'an  888.  Or,  il  est 
certain,  &  cet  historien  en  convient,  que 
Bernard,  mari  d'Ermengarde,  mourut  au 
plus  tard  en  886.  Comme  il  est  qualifié 
comte  d'Auvergne  dans  les  auteurs  con- 
temporains, du  moins  depuis  l'an  876  jus- 
qu'à sa  mort,  il  succéda  par  conséquent 
dans  ce  comté  à  Warin,  &  ce  dernier,  dont 
on  ne  trouve  aucun  monument  qui  le  qua- 
lifie comte  d'Auvergne  après  l'an  869,  ne 
peut  avoir  été  son  fils. 

LXII.  Quant  à  ce  qu'avance  M.  Baluze, 
qu'Ermengarde,  épouse  de  Bernard,  comte 
d'Auvergne,  étoit  fille  de  Warin,  comte  du 
même  pays  en  819',  il  n'en  donne  aucune 
preuve.  Tout  ce  qu'on  peut  faire,  c'est  de 
conjecturer  que  Warin  I  &  Warin  II  du 
nom,  comtes  d'Auvergne,  étoient  parens 
de  cette  comtesse  parce  qu'elle  eut  un  fils 
de  même  nom;  mais  nous  ignorons  leur 
degré  de  parenté. 

LXIII.  Il  est  également  vraisemblable 
que  ces  deux  comtes  d'Auvergne  de  même 
nom  étoient  de  la  même  famille  aussi  bien 
que  Warin,  duc  de  Toulouse  en  842,  dont 
nous  avons  déjà  parlé  &  qui  paroît  diffé- 
rent de  l'un  &  de  l'autre.  Si  celui-ci  étoit 
le  même  que  Warin ,  comte  d'Auvergne 
en  819,  il  auroit  conservé  cette  dignité.  Or, 
depuis  l'an  819  jusqu'en  842,  nous  trou- 
vons ce  comté  rempli  par  Gérard  qui  fut 
tué  à  la  bataille  de  Fontenai  en  841,  &  par 
Guillaume,  successeur  de  ce  dernier.  Wa- 
rin, duc  de  Toulouse,  ne  peut  non  plus 
être  le  même  que  Warin  II,  comte  d'Auver- 
gne, qui  vivoit  en  868  &  869,  puisque  de- 
puis l'un  jusques  à  l'autre,  nous  trouvons 
quatre  seigneurs  qui  se  sont  succédé  im- 
médiatement dans  ce  comté.  Il  y  a  lieu  de 
croire"  que  Warin  II  étoit  fils  de  Bernard, 
son  prédécesseur  &  mari  de  Liudgarde. 

'  Baluze,    Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, p.  7  &  suiv. 
»  Ibid.  t.  2,  p.  8. 


Note 

87 


Note 
87 


248 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


LXIV.  M.Baluze'  prétend,  sur  l'autorité 
de  Duchesne,  dans  sou  Histoire^  de  la  mai- 
son de  Vergy^  que  Warin  ou  Guérin,  comte 
d'Auvergne  en  819,  ne  mourut  que  l'an  856  j 
mais  le  comté  d'Auvergne  étant  occupé  dès 
Éd.orig.  l'j^j^  839  par  Gérard,  Warin  devoit  être  mort 
p.  72\.  auparavant.  Ces  deux  célèbres  auteurs  ont 
été  trompés,  sans  doute,  sur  la  ressem- 
blance des  noms,  &  il  paroît  qu'ils  ont 
confondu  Warin  I  du  nom,  comte  d'Auver- 
gne, avec  Warin  ou  Guérin,  comte  ou  mar- 
quis de  Mâcon  en  85o  ^  &  en  856,  lequel 
mourut  sous  le  règne  de  Charles  le  Chauve, 
&  avec  un  autre  Warin  qui  étoif  aussi 
comte  de  Mâcon  &  qui  vivoit  encore  sous 
le  règne  de  Louis  le  Bègue.  De  là  vient, 
sans  doute,  que  M.  Baluze  fait  vivre  Wa- 
rin II,  comte  d'Auvergne,  jusqu'au  commen- 
cement du  règne  du  roi  Eudes,  sans  prendre 
garde  qu'il  apporte  '  des  titres  qui  prouvent 
qu'en  876  &  883  Bernard  occupoit  cette 
dignité,  &  que  Guillaume  le  Pieux,  son  fils, 
lui  avoit  déjà  succédé  dès  l'an  886^.  Ainsi, 
si  Warin  II  eût  été  comte  d'Auvergne  depuis 
l'an  868  jusqu'à  l'an  888,  il  y  auroit  eu 
deux  comtes  d'Auvergne  en  même  temps , 
contre  l'usage  de  ce  temps-là. 

L'erreur  vient  de  ce  qu'il  fait^  comte 
d'Auvergne  Warin,  fils  de  Bernard  &  d'Er- 
mengarde  &  frère  de  Guillaume  le  Pieux. 
Il  est  vrai*  que  le  même  Bernard  eut  un 
fils  appelé  Warin,  mais  il  n'y  a  aucune 
preuve  que  celui-ci  ait  jamais  été  comte 
d'Auvergne  :  il  paroît,  au  contraire,  qu'il 
mourut  jeune  &  avant  son  père  dont  il 
étoit  le  fils  aîné,  car  outre  que  Guillaume 
le  Pieux  succéda®  immédiatement  à  Ber- 
nard son  père,  il  est  nommé  après  Warin 
dans  la  plupart  des  actes'"  où  il  est  fait 
mention  de  l'un  &  de  l'autre.  Il  n'est  donc 

'  Baluze,  Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, t.  I,  p.  8. 

'  Duchesne,  Histoire  de  la.  maison  de  Vergy,  p.  25-. 

3  Ibid.  Preuves,  p.  6,  8  &.  25. 

"  Ibid.  p.  7. 

'  Baluze,  Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, Preuves,  p.  3. 

«  Ibid.  p.  4. 

'  Ibid.  t.    I,  p.  5. 

8  Ibid.  t.  2,  Preuves,  p.   14. 

»  Ibid.  p.  4. 
'"  Ibid.  p.  5  &  14. 


pas  nécessaire  d'effacer  le  mot  defuncto- 
rum,  comme  le  prétend  M.  Baluze",  dans 
l'endroit  de  la  charte  de  fondation  de  l'ab- 
baye deBlesle,  où  il  est  dit  que  la  comtesse 
Ermengarde,  mère  de  Guillaume  le  Pieux, 
fit"  cette  fondation  pro  animabus  fiUorum 
suorum  DEFUNCTORUM,  Warini  scîlîcet  S» 
Willelmî;  puisque  si  cette  dame  fonda  ce 
monastère  du  vivant  de  Bernard,  comte 
d'Auvergne,  son  époux,  comme  il  y  a  ap- 
parence, elle  peut  fort  bien  avoir  fait 
mention  de  son  fils  Warin,  déjà  mort,  & 
d'un  autre  de  ses  fils  appelé  Guillaume, 
mort  aussi  &  différent  de  Guillaume  le 
Pieux.  Nous  voyons,  en  effet,  que  ce 
dernier  témoigne^  qu'il  avoit  eu  plusieurs 
frères,  dans  la  charte  de  fondation  du  mo- 
nastère de  Soucill'anges,  datée  de  l'an  916  : 
Et  pro  absolutione  anîmarum  fratrum  meo- 
rum.  Rien  n'empêche  qu'il  en  ait  eu  un  de 
son  nom. 

LXV.  Quoique  Bernai  d,  mari  d'Ermen- 
garde,  n'ait  possédé  le  comté  d'Auver- 
gne qu'après  l'an  869,  on  lui  donnoit 
cependant  la  qualité  de  comte  longtemps 
auparavant,  sans  que  nous  connoissions 
en  particulier  le  pays  ou  le  diocèse  dans 
lequel  il  exerçoit  son  autorité.  Il  est  qua- 
lifié comte  dans  un  échange  "*  qu'il  fit  au 
mois  de  janvier  de  l'an  864,  conjointement 
avec  Ermengarde  son  épouse.  Il  prend  la 
même  qualité'  avec  celle  d'abbé  séculier 
de  Saint-Julien-de-Brioude,  en  866  &  868 
&  il  est  sans  doute  le  même  que  Bernard, 
comte  par  la  grâce  de  Dieu,  dont  il  est  fait 
mention  dans  une  charte^  de  l'église  de 
Brioude,  datée  du  mois  de  mai,  la  sixième 
année  du  règne  de  Charles,  roi  d'Aquitaine, 
fils  de  Charles,  roi  des  François;  ce  qui  re- 
vient à  l'an  861. 

Tout  cela  prouve  :  1°  que  Bernard  pos- 
sédoit  déjà  quelque  comté  avant  que  d'être 


'  Baluze,  Histoire  généal,  de  la  maison  d'Auver- 
gne, t.  I,  p.  5. 

'  Mabillon,  ad  ann.  910,  n.  61. 

'  Mabillon,  De  Re  Diplomatica,  p.  569. 

*  Capitulaires,  t.  2,  p.  1483.  —  Baluze,  Histoire 
généal.  de  la  maison  d'Auvergne,  preuves,  t.  2,  p.  3. 

^  Gallia  Christiana,  nov.  edit.  t.  2,  p.  471  2-4 
seq. 

®  Capitulaires,  t.^z,  p.    1474. 


Note 
87 


Note 

87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


249 


proscrit  à  la  diète  de  Pistes,  vers  le  milieu 
de  l'an  864;  2°  que  Charles  le  Chauve  lui 
rendit  dans  la  suite  ses  bonnes  grâces,  & 
au  plus  tard  dès  l'an  866,  aussitôt  après  la 
mort  de  Robert  le  Fort  &  de  Rainulfe  I, 
comte  de  Poitiers,  ses  ennemis;  3"  que  ce 
prince  le  rétablit  alors  dans  le  comté  dont 
il  l'avoit  dépouillé  à  la  diète  de  Pistes,  ou 
qu'il  lui  en  donna  quelque  autre;  4"  qu'il 
disposa  en  sa  faveur,  après  l'an  869,  de 
celui  d'Auvergne,  possédé  certainement  par 
Bernard,  du  moins  depuis  l'an  876  jusqu'à 
sa  mort. 

LXVI.  Louis  le  Bègue  lui  donna  le  mar- 
quisat de  Gothie,  en  878,  après  la  proscrip- 
tion de  Bernard  II,  fils  de  Blichilde,  ainsi 
que  nous  l'avons  déjà  dit.  C'est  ce  qu'at- 
teste l'Annaliste  de  Saint-Bertin  en  ces  ter- 
mes :  Ludovicus  rex'...  disperdtus  est  hono- 
res Bernardi  Gothiae  marchionis  per  Theu- 
doricum  camerarlum  &  Bernardum  comitem 
Arvernicum,  &€.  On  voit  par  là  que  Thierry 
chambellan,  &  Bernard,  comte  d'Auvergne, 
partagèrent  les  dépouilles  de  Bernard  II, 
marquis  de  Gothie.  Or,  il  n'y  a  pas  lieu  de 
douter  que  ce  dernier  gouvernement  ne  soit 
échu  à  Bernard;  car  outre  que  Thierry  eut 
pour  sa  part  de  ces  dépouilles  le  comté  d'Au- 
tun',  où  Bernard  II,  marquis  de  Gothie, 
se  fortifia  après  avoir  été  proscrit,  nous 
savons  d'ailleurs  que  Guillaume  le  Pieux 
posséda  le  marquisat  de  Gothie,  dont  il  de- 
voit  avoir  hérité  de  son  père,  comme  il  hé- 
rita de  lui  du  comté  d'Auvergne.  Jean,  dis- 
ciple de  S.  Odon,  abbé  de  Cluny,  auteur 
contemporain,  nous  apprend,  en  effet,  que 
Guillaume  le  Pieux,  duc  d'Aquitaine  & 
comte  d'Auvergne ,  étoit  en  même  temps 
marquis  de  Gothie  :  Guillelmum^  robustis- 
s'imum  comitem  qui  eo  tempore  Aquitaniam 
GUTIAMQUE  suo  jure  tenebat. 

LXVII.  Il  est  surprenant,  après  cela,  que 
M.  Baluze,  qui  a  fait  de  si  grandes  recher- 
ches sur  la  famille  de  Guillaume  le  Pieux, 
ne  se  soit  pas  aperçu  que  ce  duc  &  Bernard 
son  père  avoient  été  marquis  de  Gothie. 


'  Annal.  Bertin.  p.  266. 
Ihid.  p.  258.  —  Voyez  Duchesne,  Histoire  de 
la  maison  de  Vergy,  p.  28. 

'  Vita  S.  Odon.  1.  1 ,  Acta.  Sanctorum  ordinis  S.  Be- 
nedicti,  saec.  5,  p.  i52. 


Note 
87 


Duchesne  '  l'avoit  reconnu  avant  lui  dans 
ses  notes  sur  la  Vie  de  S.  Géraud  d'Aurillac. 
Il  faut  avouer  cependant  que  ce  dernier 
confond,  en  cet  endroit,  Bernard,  comte 
d'Auvergne,  avec  Bernard,  duc  de  Septima- 
nie,  décédé  l'an  844,  &  Guillaume  le  Pieux 
avec  Guillaume,  fils  du  dernier  Bernard. 
M.  de  Marca"  ne  fait  pas  non  plus  de  dif- 
ficulté d'admettre  Bernard,  comte  d'Auver- 
gne &  Guillaume  le  Pieux,  son  fils,  au  nom- 
bre des  marquis  de  Gothie,  sur  l'autorité 
de  l'Annaliste  de  Saint-Bertin  &  de  l'auteur 
de  la  Fie  de  S.  Odon^  qui  s'expliquent  mu- 
tuellement. Il  est  vrai  que  le  P.  Labbe'  pré- 
tend qu'on  peut  justement  débattre  la  qualité 
de  marquis  de  Gothie  à  Guillaume  le  Pieux, 
fondée,  dit-il ,  sur  un  passage  mal  assuré  de 
Jean  l'Italien,  auteur  de  la  Vie  de  S.  Odon  ; 
mais  il  auroit  dû  faire  voir  en  quoi  ce  pas- 
sage est  mal  assuré. 

LXVIII.  Si  nous  en  croyons  M.  Baluze*, 
Bernard,  comte  d'Auvergne  &  père  de 
Guillaume  le  Pieux,  est  le  même  que  Ber- 
nard surnommé  Plantevelue  (Plantapilosa), 
à  qui  le  roi  Carloman  donna  ïinvestiture  de 
la  comté  de  Mâcon  en  l'année  DCCCLXXXIV. 
Mais  d'abord  Bernard  Plantevelue  fut' 
pourvu  du  comté  de  Mâcon  en  880  &  non 
pas  en  884  &  il  n'est  rien  moins  que  certain 
que  ce  soit  le  même  que  Bernard,  comte 
d'Auvergne  &  père  de  Guillaume  le  Pieux.  Éd.orig. 
L'Annaliste  de  Saint-Bertin,  qui  rapporte  ce  p^'-ll 
fait,  a  soin  partout*  où  il  parle  de  Bernard, 
comte  d'Auvergne,  de  le  désigner  par  ce 
titre;  ce  qui  fait  voir  qu'il  le  distingue  de 
Bernard  Plantevelue,  &  que  ce  sont  deux 
seigneurs  différens.  M.  Baluze  les  a  con- 
fondus, selon  les  apparences,  parce  qu'il 
savoit  que  Guillaume  le  Pieux,  fils  de 
Bernard,  comte  d'Auvergne,  possédoit  des 
terres  dans  le  comté  de  Mâcon  où  il  fonda 
l'abbaye  de  Cluny  :  mais  ce  n'est  pas  une 
conséquence  que  Bernard,  comte  d'Au- 
vergne, ait  été  aussi  comte  de  Mâcon.  Guil- 


'  Duchesne,  Bièl.  Cluniac.  p,  32. 
'  Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  687  &  694. 
^  Labbe,  Tables  généal.  p.  489. 
*  Baluze,  Histoire  généalog.  de  la  maison  d'Au- 
vergne, t.  I ,  p.  4.  ' 
'  Annal.  Bertin,  p.  260. 
«  nid.  p.  256,  258,  &c. 


Note 
87 


2  5o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


laume  le  Pieux  possédoit  sans  doute  ses 
terres  du  chef  de  Bernard,  duc  de  Septi- 
manie,  son  aïeul,  qui  avoit  plusieurs  fiefs 
en  Bourgogne,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà 
remarqué  '. 

LXIX.  Cette  confusion  est  cause  que 
M.  Baluze  attribue  à  Bernard,  comte  d'Au- 
vergne, des  enfans  d'un  premier  mariage 
qu'il  prétend  que  ce  seigneur  contracta  avec 
Liudgarde,  &  d'où  sortit,  dit-il,  Raculfe, 
comte  de  Mâcon.  Mais  comme  nous  avons 
déjà  fait  voir  que  le  mariage  de  Bernard, 
père  de  Guillaume  le  Pieux,  avec  Liudgarde 
est  sans  aucun  fondement,  il  s'ensuit  que 
Raculfe,  fils  de  Bernard ,  comte  de  Mâcon, 
n'étoit  pas  frère  de  Guillaume  le  Pieux. 
Et  en  effet,  suivant  les  preuves  rapportées 
par  M.  Baluze"  même,  Bernard  Plantevelue 
fut  comte  de  Mâcon  pendant  sept  ans  :  or, 
comme  il  ne  fut  investi  de  ce  comté  qu'a- 
près le  mois  de  juillet  de  l'an  880%  il  ne 
dut  mourir,  par  conséquent,  que  l'an  887. 
Mais  il  est  constant,  &  M.  Baluze "*  en  con- 
vient, que  Bernard ,  comte  d'Auvergne  & 
père  de  Guillaume  le  Pieux,  étoit  déjà  mort 
au  mois  d'août  de  l'an  886.  Ainsi,  il  est 
évident  que  Bernard  Plantevelue  est  diffé- 
rent de  Bernard,  comte  d'Auvergne.  D'ail- 
leurs, M.  Baluze^  convient  qu'il  n'est  fait 
aucune  mention  de  Raculfe  dans  les  diver- 
ses chartes  que  nous  avons,  &  dans  les- 
quelles il  est  parlé  j  dit-il,  dans  un  grand 
détail  des  descendans  &  des  proches  du 
même  Bernard,  comte  d'Auvergne. 

LXX.  Nous  avons  déjà  dit  que  ce  der- 
nier mourut  en  886.  Il  est  certain  qu'il  étoit 
décédé  dès  le  18  du  mois  d'août  de  la  même 
année,  &  que  Guillaume,  son  fils,  lui  avoit 
alors  succédé,  comme  il  est  porté  dans  une 


'  Baluze  a  raison.  Bernard  II,  comte  d'Auvergne, 
nommé  marquis  de  Gothie  en  878,  est  le  même  que 
Eetnarà  Plantevelue,  fait  comte  de  Mâcon,  en  880, 
Mais  il  fait  erreur  quand  il  lui  attribue  une  posté- 
rité qu'il  n'a  point  eue.  Voyez  la  Note  addition- 
nelle. [E.  M.] 

'  Baluze,  Histoire  'généal.  de  la  maison  d'Auver- 
gne,  Preuves,    t.  2,  p.  4  &  5. 

^  Annal,  Berlin,  p    266,  268. 

^  Baluze,  Histoire  géaéal.  de  la  maison  d'Auver- 


g«e, 


Ibid. 


p.  9. 
p.  i5. 


charte  '  de  l'empereur  Charles  le  Gros.  L'au- 
teur' de  la  nouvelle  histoire  généalogique 
des  anciens  pairs  de  France  prétend  que 
Bernard  fut  tué  en  881^  dans  un  combat  donné 
en  Auvergne  durant  le  siège  de  Vienne,  £•  non 
en  886,  comme  Balw^e  Va  écrit  :  mais  il  n'en 
apporte  aucune  preuve.  Ce  qu'il  y  a  de  cer- 
tain, c'est  que  Bernard,  comte  d'Auvergne, 
&  Ermengarde  son  épouse,  vivoient  '  encore 
en  883.  Ce  comte  ne  paroît  pas,  d'ailleurs, 
différent  du  marquis  Bernard ,  dont  il  est 
fait  mention  comme  vivant,  dans  une 
charte*  de  l'empereur  Charles  le  Gros,  du 
mois  de  mai  de  l'an  885.  Ainsi,  l'époque 
de  sa  mort  doit  être  rapportée  au  plus  tôt  à 
la  fin  de  cette  année. 

Guillaume  le  pieux.  —  LXXI.  Guil- 
laume le  Pieux,  son  fils,  lui  succéda  dans 
le  comté  d'Auvergne  &  dans  le  marquisat 
de  Gothie.  Nous  avons  déjà  prouvé,  par  le 
témoignage  de  Jean,  disciple  de  S.  Odon  & 
auteur  contemporain,  que  Guillaume  pos- 
séda ce  marquisat.  On  peut  le  prouver  en- 
core par  une  charte'  de  Charles  le  Simple, 
suivant  laquelle  ce  prince  donne  à  un  évé- 
que  appelé  En/onj,  les  biens  possédés  aupa- 
ravant par  les  Juifs,  aux  environs  de  Nar- 
bonne,  à  la  prière  de  Guillaume  son  grand 
marquis^  ce  qui  montre  que  ce  seigneur 
étendoit  son  autorité  dans  la  Gothie.  Cette 
charte  est  datée  de  la  trente-deuxième  année 
du  règne  de  Charles  le  Simple,  dans  l'édi- 
tion de  Catel,  &  paroît,  par  conséquent, 
postérieure  à  la  mort  de  Guillaume  le  Pieux 
arrivée  l'an  918  ou  au  plus  tard  l'an  919. 
Nous  ferons  voir  ailleurs®  que  cette  date 
doit  être  rectifiée,  &  que  ce  diplôme  est 
antérieur  à  l'an  920.  Il  peut  donc  regarder 
Guillaume  le  Pieux. 

Il  est  encore  parlé  d'un  comte  appelé 
Guillaume  dans  une  autre  charte  de  Char- 
les le  Simple  de  l'an  906,  par  laquelle  ce 

'  Baluze,  Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, t.  2,  p.  4. 

^  Le  P.  Ange,  Histoire  généalogique  de  la  maison 
de  France,  t.  2,  p.  5i  i. 

^  Baluze,  Histoire  généal,  de  la  maison  d'Auver- 
gne, Preuves,  t.  2,  p.  3. 

"•  Baluze,  Miscellan,  t.  2,  p.  i5o. 

^  Catel,  Mémoire  sur  l'Histoire  de  Languedoc,  p.  77  • 

^  Voyez  au  tome  ÎV  de  cette  édition,  Note  VII. 


Note 
87 


N0T"E 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2bi 


prince  accorde  à  l'abbaye  tfe  Saint-Denis 
le  lieu  de  Patriacum  in  pago  Limosino  ;  ce 
qui  devant  s'entendre,  suivant  le  P.  Ma- 
billon",  de  Limoux,  au  diocèse  de  Nar- 
bonne,  pourroit  confirmer  que  Guillaume 
le  Pieux  étendoit  son  autorité  dans  la  Go- 
thie  ou  Septimaniej  mais  il  est  évident, 
comme  l'a  remarqué  Doublet'  qui  a  donné 
cette  charte,  qu'il  s'agit  ici  du  lieu  de  Patri 
dans  le  Limousin.  D'ailleurs,  il  n'y  a  jamais 
eu  dans  le  Languedoc  de  pays  appelé  Lîmo- 
sinus  pagus.  Limoux  a  toujours  fait  partie 
du  Razès,  dont  cette  ville  est  aujourd'hui  la 
capitale. 

LXXII.  M.  Baluze'  prétend  que  Guil- 
laume le  Pieux  hérita  de  Bernard,  son  père, 
du  marquisat  de  Neversj  mais  il  n'y  a  au- 
cune preuve  qu'aucun  de  ces  deux  seigneurs 
ait  jamais  possédé  ce  marquisat  non  plus 
que  celui  de  Mâcon  :  la  charte  de  l'empe- 
reur Charles  le  Gros  que  cet  historien  cite 
là-dessus  ne  le  dit  pas.  Il  est  vrai  qu'elle 
leur  donne  la  qualité  de  comte  &  de  mar- 
quis, &  que  ce  prince  confirme,  à  la  recom- 
mandation de  Guillaume,  la  cathédrale  de 
Nevers  dans  la  possession  de  deux  églises, 
dont  l'une  étoit  située  dans  le  comté  d'Au- 
tun  &  l'autre  dans  celui  de  Nevers^  mais 
comme  il  est  certain  que  Bernard  ou 
Guillaume  le  Pieux,  son  fils,  furent  comtes 
d'Auvergne  &  marquis  de  Gothie,  cela 
suffit  pour  justifier  le  titre  de  comte  & 
de  marquis  qui  leur  est  donné  conjointe- 
ment dans  ce  monument. 

LXXIII.  M.  Baluze^  soutient  encore  après 
Besly  que  Guillaume  le  Pieux  fut  comte  de 
Bourges,  fondé  sur  ces  vers  d'Abbon  dans 
son  Histoire  du  siège  de  Paris  par  les  Nor- 
mands : 

Inde  Lemovicas  *  adiens  (Odo  rex)  Arvernicaque  arvn, 
Praevalidas  Willelmi  acies  secura  videt  hostis, 
Ni  congressuras  fluvius  medio  prohiberet. 
Perdidit  ergo  suos  illic  Willelmus  honores, 
Hugoni  régnante  datos,  qui  Bituricensis 

'  Mabillon,'  ad  ann.  poS,  n.  29. 
'  Doublet,  p.  81 3. 

'  Baluze,  Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, t.   I,  p.  9. 

'•  Ibid.  t.   I,  p.  9  &  10. 

*  Abbon,  l.  10.  —  Duchesne,  t.  2,  p.  622. 


Princeps  extiterat  consul;  quare  fuit  actum 
Hos  inter  geminos  comités  immane  duellum 
Mille  super  centum  defleverat  inclitus  archos 
Claromontensis  Willelmus  Hugone  negatos,  &c. 


Note 
87 


Si  ces  mots  qui  Bituricensis  princeps  exti- 
terat doivent  se  rapporter  à  Guillaume,  on 
ne  peut  pas  disconvenir  qu'il  n'ait  été  comte 
de  Bourges  avant  sa  révolte  contre  le  roi 
Eudes  ;   mais  il  doit  s'ensuivre  aussi  qu'il 
ne  l'étoit  plus  lorsqu'il  se  révolta  :  extiterat. 
Ainsi,  ce  prince  n'a  pu  le  dépouiller  alors 
du  comté  de  Bourges,  comme  le  prétendent 
ces  auteurs,  pour  disposer  de  cette  dignité    ^'{•°'''^- 
en  faveur  du  comte  Hugues.  C'est  donc  du    P-  72'3- 
comté  d'Auvergne,  possédé  alors  par  Guil- 
laume, que  le  roi  Eudes  l'aura  dépouillé 
pour  en  revêtir  Hugues  ,  ainsi  que  l'a  en- 
tendu le  P.  Mabillon ',&  non  pas  du  comté 
de  Bourges.   Mais  il  n'est  pas  certain  que 
ces  mots  qui  Bituricensis  princeps  extiterat , 
doivent  se  rapporter  à  Guillaume  :  ils  con- 
viennent plus  naturellement  à  Hugues  qui 
est  nommé  le  dernier.  Dans  ce  sens,   qui 
nous  paroît  le  plus  naturel ,  il  ne  reste  au- 
cune preuve  que  Guillaume  le  Pieux  ait  été 
comte  de  Bourgesj  car  ce  qu'ajoute  M.  Ba- 
luze ,  que  l'acte  de  la  fondation  de  l'abbaye 
de  Cluny  par  ce   comte  est  daté  de  cette 
ville,  est  une  preuve  trop  foible.  Si  Guil- 
laume le   Pieux  eût  été  comte  de  Bourges 
dans  le  temps  de  ses  démêlés  avec  le  comte 
Hugues,  il   seroit  demeuré   paisible  pos- 
sesseur de  ce  comté  par  la  mort  de  ce  com- 
pétiteur &  par  sa  réconciliation  avec  le 
roi  Eudes  qui  suivit  de  près  ,  de  même  qu'il 
demeura  en  possession  du  comté  d'Auver- 
gne &  de  ses  autres  dignités;   mais  nous 
n'avons  aucun  monument  qui  fasse  men- 
tion d'un  Guillaume,  comte   de  Bourges 
dans   ce  temps-là.  Enfin,    M.  Baluze  '   se 
contredit     lui-même,    puisqu'il     prétend 
qu'Acfred  ,  beau-frère  du  même  Guillaume, 
étoit  alors  comte  de  Bourges.  Comme  Guil- 
laume,   fils    d'Acfred,   comte   de    Carcas- 
sonne,  &  neveu  de  Guillaume  le  Pieux, 
s'empara^  du  comté  de  Bourges  l'an  919,  & 

'  Mabillon,  ad  ann.  892,  n.  70. 
'  Baluze,   Histoire  génial,  de  la  maison    d'Auver- 
gne, t.  I,  p.  16  &  18. 

^  Chron.  Masc.  Labbe,  Bibl.  nova,  t.  2,  p.  733. 


Note 
87 


252 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


qu'il  le  posséda  '  dans  la  suite ,  cela  a  peut- 
être  donné  occasion  à  quelques  auteurs, 
qui  ont  confondu  l'oncle  avec  le  neveu, 
de  dire  que  Guillaume  le  Pieux  avoit  été 
comte  de  Bourges. 

LXXIV.  Il  est  donc  seulement  certain 
quç  Guillaume  le  Pieux  fut  comte  d'Auver- 
gne &  marquis  de  Gothie;  il  fut  encore 
duc  d'Aquitaine  dont  il  prit  le  titre  depuis 
la  mort  de  Rainulfe  II  jusqu'à  la  sienne, 
arrivée  vers  l'an  918  ,  après  laquelle  le  mar- 
quisat de  Gothie  passa  aux  comtes  de  Tou- 
louse, qui  se  qualifioient  aussi  ducs  d'Aqui- 
taine, &  qui  étendirent  par  là  leur  auto- 
rité sur  presque  tous  les  pays  qui  com- 
posent aujourd'hui  le  Languedoc.  Nous 
discuterons,  dans  une  Note  de  l'un  des 
volumes  suivans,  l'époque  de  cette  union 
&  nous  en  examinerons  en  même  temps 
les  raisons  avec  la  suite  des  marquis  de 
Gothie ,  de  la  maison  de  Toulouse  ,  jusqu'à 
Raymond  de  Saint-Gilles  qui,  le  premier, 
au  lieu  de  ce  titre,  prit,  vers  la  fin  du 
onzième  siècle,  celui  de  duc  de  Narbonne, 
lequel  passa  à  ses  successeurs.  Comme  cette 
matière  est  très-obscure  &  pleine  de  diffi- 
cultés ,  nous  avons  cru  devoir  la  renvoyer 
à  une  discussion  particulière.  Nous  nous 
contenterons  d'ajouter  ici  quelques  ré- 
flexions sur  le  titre  de  duc  d'Aquitaine 
que  prenoit  Guillaume  le  Pieux  &  sur  la 
division  de  ce  royaume  en  deux  duchés  ou 
gouvernemens  généraux. 

^  V. —  Division  de  l'Aquitaine  en  deux  du- 
chés. —  Comtes  de  Poitiers  ou  d'Auvergne, 
ducs  d'une  partie  de  l'Aquitaine  depuis  cette 
division  jusqu'à  Guillaume  le  Pieux. 

LXXV.  Nous  avons  déjà  vu  que  sous  le 
règne  des  empereurs  Charlemagne  &  Louis 
le  Débonnaire  ,  les  comtes  de  Toulouse 
étoient  ducs  ou  gouverneurs  généraux  de 
tout  le  royaume  d'Aquitaine  ,  à  l'exception 
de  la  Gascogne  qui  avoit  ses  ducs  particu- 
liers, &  que  les  titres  de  duc  de  Toulouse  & 
de  duc  d'Aquitaine  étoientalors  synonymes'. 

'  Frodoard,  Chronicon,  ad  ann.  924. 

'  VoyeZj  au  sujet  de  l'étendue  du  duché  de  Tou- 
louse sous  les  Carlovingiens,  la  Note  rectificative. 
[E.  M.] 


Le  duché  ou  gouvernement  d'Aquitaine  fut 
partagé  entre  les  comtes  de  Toulouse  & 
ceux  de  Poitiers  peu  de  temps  après  la 
mort  de  Louis  le  Débonnaire.  Voici  com- 
ment :  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  étant  mort 
l'an  838,  &  ses  deux  fils  Pépin  &  Charles 
ayant  été  privés  de  la  succession  à  ses  États 
par  Louis  le  Débonnaire,  leur  aïeul ,  cet 
empereur  disposa  de  ce  royaume  en  faveur 
de  Charles  le  Chauve  son  quatrième  fils  ; 
mais  comme  le  jeune  '  Pépin  avoit  son  parti 
dans  ce  pays,  Emenon,  comte  de  Poitiers, 
qui  en  étoit  le  chef,  le  fit  proclamer,  &  ce 
jeune  prince  fut  reconnu  par  une  partie 
des  Aquitains. 

LXXVI.  Pépin  II  tâcha  de  se  maintenir 
sur  le  trône  ,  &  Louis  le  Débonnaire  ,  son 
a'ieul,  étant  mort  l'an  840 ,  il  fit  tous  ses 
efforts  pour  augmenter  son  parti.  11  fut 
favorisé  entre  autres  par  le  fameux  Bernard, 
duc  de  Septimanie,  qui  avoit  épousé  les  in- 
térêts du  roi  Pépin  I ,  son  père ,  &  qui 
étant  en  même  temps  duc  de  Toulouse  ou 
d'Aquitaine,  pouvoit  lui  être  d'un  grand 
secours.  Ce  duc  affecta  d'abord ,  à  la  vé- 
rité, de  paroître  neutre  entre  les  deux 
compétiteurs  au  royaume  d'Aquitaine,  mais 
on  vit  bientôt  qu'il  étoit  tout  à  fait  dévoué 
à  Pépin  dont  il  soutint  enfin  ouvertement 
les  intérêts  :  ce  qui  fut  la  principale  cause 
de  la  mort  ignominieuse  que  Charles  le 
Chauve  lui  fit  souffrir  en  844. 

LXXVII.  Comme  Bernard  étoit  pourvu 
du  duché  de  Toulouse  %  ce  prince,  à  qui 
sa  fidélité  avoit  toujours  été  suspecte,  crut 
devoir  nommer  à  cette  dignité,  après  la  mort 
de  l'empereur  son  père,  un  seigneur  qui  lui 
fût  entièrement  attaché.  Il  donna%en  effet, 
l'administration  du  royaume  d'Aquitaine  à 
Warin,  qui  est  qualifié  duc  de  Toulouse  ou 
à' Aquitaine  en  841  &  en  842 ,  du  vivant 
de  Bernard,  comme  nous  l'avons  déjà  dit. 
Ainsi,  on  vit  alors  deux  ducs  de  Toulouse 
ou  d'Aquitaine,  dont  l'un  étoit  partisan  de 
Pépin  II ,  &  l'autre  de  Charles  le  Chauve, 

'  Adhémar  de  Chabanais.  —  Labbe,  Bihl.  nov. 
t.  2,  p.  160. 

'  Voir,  au  sujet  de  Bernard,  la  Note  rectificative 
où  il  est  établi  qu'il  n'a  jamais  été  duc  de  Tou- 
louse. [E.  M.] 

^  Voyez  Nithard,  I.  4,  p.  378. 


Note 
87 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


253 


Éd.  orig. 

t.  I, 
p.  724. 


son  concurrent;  ce  qui  occasionna  le  pre- 
mier partage  de  l'Aquitaine  en  deux  du- 
chés. 

LXXVIII.  Ces  deux  princes  en  vinrent 
enfin  à  un  traité',  l'an  845,  suivant  lequel 
tout  le  royaume  d'Aquitaine  demeura  à 
Pépin,  à  l'exception  du  Poitou,  de  la  Sain- 
tonge  &  de  l'Angoumois  que  Charles  se 
réserva.  Chacun  fit  ensuite  gouverner  les 
pays  qui  lui  échurent  par  un  duc  ou  gou- 
verneur général,  ce  qui  confirma  la  division 
de  ce  royaume  en  deux  duchés,  laquelle 
subsista  toujours  depuis,  quoique  Charles 
le  Chauve  eût  repris  sur  Pépin  les  pays  qu'il 
lui  avoit  cédés^  car  les  comtes  de  Tou- 
louse, ville  capitale  des  Etats  de  ce  dernier, 
continuèrent  de  prendre  le  titre  de  duc, 
ainsi  que  nous  l'avons  déjà  remarqué,  &  les 
comtes  de  Poitiers  ,  ville  principale  de  la 
partie  que  Charles  s'étoit  réservée,  com- 
mencèrent seulement,  dès  lors,  à  se  quali- 
fier ducs  d'Aquitaine.  Aussi,  voyons-nous 
qu'il  y  avoit  plusieurs  ducs  dans  ce  pays 
en  889,  comme  il  paroît  par  une  épître  ' 
du  pape  Nicolas  I,  de  cette  année,  adressée 
aux  ducs  d'Aquitaine,   ad  duces  Aquîtanîae, 

RAINULFE   I,    COMTE  DE  PoiTIERS   ET 

DUC  d'Aquitaine.  —  LXXIX.  Rainulfe  I, 
comte  de  Poitiers  depuis  l'an  889  jusqu'en 
866,  est  en  effet  le  premier  comte  de  cette 
ville  auquel  les  anciens  monumens'  don- 
nent le  titre  de  duc  d'Aquitaine.  Besly  "*,  suivi 
en  dernier  lieu  par  le  P.  Ange  %  prétend 
qu'il  fut  institué  premier  duc  de  Guienne  par 
Charles  le  Chauve,  en  864,  lorsque  ce  prince 
fut  oint&  couronné  roi  de  Guienne,  en  la  ville 
de  Limoges ,  le  6  de  juin  de  la  même  année. 
Il  se  contente  de  citer  en  général  Aymar  ou 
la  chronique  d'Adhémar  de  Chabannes  pour 
preuve  de  cette  institution  :  mais  cet  auteur 
n'en  dit  rien,  non  plus  que  la  Chronique 


'  Annal.  Bertin.  p.  201  &  seq. 

'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  190. 

^  Annal.  Mettens.  ad  ann.  867,  p.  Sop.  —  Régi- 
non,  ad  ann.  867.  —  Sigebert,  ad  ann.  866.  — 
Chron'icon  Malleac.  p.  196.  —  Besly,  Histoire  des 
comtes  de  Poitou,^.  187  &  suiv. —  Hauteserre,  Re- 
rum  Aquit,  1.  8,  c.   I4' 

*  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  i  5  &suiv. 

^  Le  P.  Ange,  Hist.  gén.  de   la  maison  de  France, 

t.  2,   p.   5l2. 


de  Maillesais  &  le  Catalogue  des  abbés  de 
Saint-Martial  cités  parle  P.  Ange.  Adhémar, 
suivi  par  les  autres  ,  rapporte  seulement  ' 
que  le  roi  Charles  se  fit  couronner  roi  à  Li- 
moges la  quin'^ième  année  après  la  bataille  de 
Fontenay.  En  quoi  il  s'est  trompé  grossière- 
ment, comme  le  P.  Labbe  '  l'a  remarqué, 
puisque  ce  fut  Charles,  fils  puîné  de  ce 
prince,  qui  fut  couronné  roi  d'Aquitaine 
à  Limoges,  suivant  l'Annaliste  de  Saint-Ber- 
tin  '  auteur  contemporain,  &non  pas  Char- 
les le  Chauve  lui-même.  D'ailleurs,  cet  évé- 
nementarrivaen  855  &  non  en  854.  Si  donc 
ce  dernier  prince  institua  duc  d'Aquitaine 
Rainulfe  premier  du  nom,  comte  de  Poi- 
tiers, ce  fut  plus  vraisemblablement  en  845, 
après  le  traité  de  Saint-Benoît-sur-Loire,  par 
lequel  il  se  réserva  le  Poitou,  l'Angoumois  & 
la  Saintonge.  Il  lui  donna  sans  doute  alors 
le  duché  ou  gouvernement  général  de  cette 
partie  de  l'Aquitaine  ,  tant  à  cause  de  son 
attachement  à  ses  intérêts  (car  Louis  le 
Débonnaire  l'avoit  établi  comte  de  Poitiers 
en  839 ,  après  avoir  dépouillé  de  cette  di- 
gnité Emenon  partisan  de  Pépin  )  ,  que 
parce  qu'il  étoit ,  à  ce  qu'il  paroît,  delà 
famille  &  proche  parent  de  S.  Guillaume  , 
duc  de  Toulouse  ou  d'Aquitaine ,  comme 
nous  le  dirons  bientôt.  Or,  comme  les  des- 
cendans  en  ligne  directe  de  ce  dernier  sui- 
voient  alors  le  parti  du  jeune  Pépin  au  nom 
duquel  Guillaume  II,  fils  de  Bernard,  duc 
de  Septimanie,  possédoit  le  duché  de  Tou- 
louse, il  y  a  lieu  de  croire  que  Charles  le 
Chauve  ,  qui  étoit  dans  l'usage  de  conser- 
ver les  dignités  dans  les  familles,  transféra 
alors  dans  la  ligne  collatérale  le  duché  de  la 
partie  de  l'Aquitaine  qui  demeura  sous  sa 
domination. 

LXXX.  Quoi  qu'il  en  soit ,  nous  savons 
certainement,  sur  le  témoignage  d'Adhémar 
de  Chabannes  *,  que  Rainulfe  I ,  comte  de 
Poitiers,  étoit  fils  de  Gérard  ,  comte  d'Au- 
vergne. En  quoi  l'on  voit  combien  nos  gé- 
néalogistes modernes,  trompés  par  Besly, 
qu'ils  ont  suivi  trop  aveuglément,  s'égarent, 

'  Adhémar  de  Chabanais,  p.  162.  —  Labbe,  Bihl. 
nova,  t.  2, p.  198  &  271. 

'  Labbe,  Bihl,  nova,  t.  2,  p.  162. 

'  Annal.  Bertin,  p.  208. 

^  Adhémar  de  Chabanais,  p.  160. 


NOTB 
87 


Note 
87 


i54 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


lorsqu'ils  assurent  sans  preuve  qu'il  étoit  fils 
de  Bernard  &  de  Blichilde  dont  nous  avons 
déjà  parlé,  &  qu'ils  le  font  frère  aîné  de 
Bernard,  comte  d'Auvergne,  père  de  Guil- 
laume le  Pieux.  Ces  auteurs  ne  se  trompent 
pas  moins  lorsqu'ils  lui  donnent  pour  fils 
Rainulfell,  comte  de  Poitiers,  &  ses  frères'. 
Il  est  vrai  que  Rainulfe  I  laissa  des  enfans, 
qui,  selon  l'Annaliste'  de  Saint-Bertin,  fu- 
rent privés  de  la  succession  aux  dignités  de 
leur  père,  après  que  celui-ci  eût  été  tué 
en  856,  ou  selon  d'autres'  en  867,  dans  un 
combat  contre  les  Normands;  mais  il  est 
certain  que  Rainulfe  II  n'étoitpas  son  fils, 
quoiqu'il  fût  son  proche  parent.  La  charte 
que  Besly  rapporte'*  pour  prouver  cette  fi- 
liation, dit  tout  le  contraire.  Suivant  cette 
charte,  les  chanoines  de  Saint-Martin-de- 
Tours  donnent  à  Rainulfe^  comte  d'Aqui- 
taine &  à  Ebles  son  fils,  du  consentement  de 
Robert,  leur  abbé,  le  lieu  de  Douzi  (,Docia- 
cum  villam)^  dans  le  Poitou,  pour  le  tenir 
par  précaire  pendant  leur  vie,  sous  une 
certaine  redevance.  Or,  cette  charte,  qui  est 
sans  date,  est  certainement  postérieure  à 
la  mort  de  Rainulfe  I,  arrivée  en  866,  & 
est  par  conséquent  de  Rainulfe  II,  ce  qu'il 
est  aisé  de  prouver. 

1°  L'abbé  Robert,  dont  elle  fait  mention, 
ne  peut  être  que  Robert,  frère  du  roi  Eudes, 
qui  ne  posséda^  l'abbaye  de  Saint-Martin 
qu'après  l'an  888  ;  2°  il  est  faux,  comme 
nous  le  prouverons  plus  bas,  qu'Ebles  pre- 
mier du  nom  fût  fils  de  Rainulfe  I,  mais 
nous  savons  certainement  que  Rainulfe  II 
fut  père  d'Ebles  II.  C'est  donc  de  ces  deux 
derniers  qu'il  s'agit  ici;  3°  cet  acte  est 
relatif  à  un  autre  de  l'an  892  ®,  où  il  est 
parlé  d'Ebles,  fils  de  Rainulfe,  en  ces  ter- 
mes :  Ebolus  juvenili  aetate  adhuc  florens; 


'  Quoi  qu'en  dise  dom  Vaissete,  Ranulfe  II  est 
bien  fils  de  Ranulfe  I.  Voyez  la  Note  rectificative, 
[E.  M.] 

"  Annal.  Berlin,  p.  226  &  23o. 

'  Annal,  Mettens.  p.  3ofj. 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  201  & 
suiv. 

5  Mabillon,  ad  ann.  887,  n.  i8,&adann.  897, 
n.  16,  &c. 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  200  & 
Suiv. 


ces  deux  actes  regardent  donc  les  mêmes 
personnes.  Or, 'en  892,  Ebles  I  étoit  alors 
avancé  en  âge,  &  il  est  d'ailleurs  fait  men- 
tion de  lui  dans  les  deux  titres  en  tierce 
personne;  ce  qui  prouve  qu'ils  regardent, 
l'un  &  l'autre,  Ebles  II  &  Rainulfe  II,  son 
père;  4°  il  est  parlé  aussi  en  tierce  per- 
sonne dans  les  deux  chartes  de  Rainulfe  I, 
comme  nous  le  verrons  bientôt;  5°  enfin  , 
Robert,  abbé,  Fulrad,  doyen,  &  Bernon, 
trésorier  de  Saint-Martin-de-Tours,  sont 
nommés  &  stipulent  également  dans  les 
deux  chartes  :  elles  sont  donc  à  peu  près 
du  même  temps  ;  &  l'une  étant  de  l'an  892, 
l'autre  ne  sauroit  être  antérieure  à  la  mort 
de  Rainulfe  I,  ou  à  l'an  866,  temps  auquel 
les  dignités  de  Saint-Martin-de-Tours 
étoient  occupées  par  d'autres. 

Il  est  donc  évident  que  la  charte  citée 
par  Besly  regarde  Rainulfe  II,  comte  de 
Poitiers  :  or,  il  est  marqué  dans  cette 
charte,  comme  dans  celle  de  892,  que  ce 
comte  n'étoit  que  parent  de  Rainulfe  I. 
In  '  recompensatione  tanti  meriti,  disent  dans 
la  première  les  chanoines  de  Saint-Martin 
en  parlant  du  comte  Rainulfe,  père  d'Ebles, 
partibus  S.  Martini  ac  fratrum  contraderet, 
per  seriem  chartarum  A  Ramnulfo  EJUS 
CONSANGUINEO  impetratum,  &c.  Ebles  II 
parlant  en  892  de  Rainulfe,  son  père,  dans 
la  seconde,  au  sujet  du  même  lieu  de  Douzi, 
se  sert  de  ces  termes  :  Per""  auctoritatem  char- 
tarum a  genitore  meo  Ramnulfo  datis  suis 
pretiis  acquisitum  A  RAMNULFO  EJUS  PRO- 
PINQUO,  &c.  Il  s'agit  donc  dans  ces  deux 
chartes  du  même  alleu,  acquis  par  Rai- 
nulfe II,  de  Rainulfe  I,  son  proche  parent, 
consanguineo.  Par  conséquent,  ce  dernier 
n'étoitpas  son  père'. 

LXXXI.  Besly''  met  Ebles  I  au  nombre 
des  comtes  de  Poitiers;  mais  les  titres  qu'il 
rapporte  ne  prouvent  nullement  que  ce 
seigneur  ait  jamais   possédé    le  comté  de 


'  Toute  cette  argumentation  de  dom  Vaissete 
tombe  devant  l'énoncé  des  chartes  que  nous  don- 
nons à  la  fin  de  nos  pièces  justificatives.  Voyez  la 
Note  rectificative.  [E.  M.] 

'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  202  & 
suiv. 

'  Ihid,  p.  210. 

''  Ihid.  p.   200. 


Note 
87 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2.)J 


Éd.oiig. 

t.  I, 
p.  723. 


cette  ville,  &  l'acte  dont  nous  venons  '  de 
parler  regarde  certainement  Ebles  II,  fils 
de  Rainulfe  II.  Cet  auteur  convient',  d'ail- 
leurs, que  depuis  la  mort  de  Rainulfe  I, 
ou  l'an  867,  jusqu'à  l'an  888,  que  Rainulfe  II 
prit  le  titre  de  roi  d'Aquitaine  &  se  révolta 
contre  le  roi  Eudes,  nous  n'avons  d'autre 
Mémoire  sur  les  comtes  de  Poitiers,  qu'une 
seule  chronique  qui  qualifie  de  comte  de 
Poitiers  le  comte  Bernard  d'Auvergne ,  frère 
de  Rainulfe,  Il  ajoute  que  le  même  Bernard 
prit  la  tutelle  de  ses  neveux,  fils  de  ce  dernier, 
lesquels  pour  leur  bas  âge  ne  furent  inconti- 
nent confirmés  aux  Etats  &  honneurs  de  leur 
père  ;  en  quoi  il  a  été  suivi  par  tous  nos  gé- 
néalogistes. Si  cet  historien  avoit  rapporté 
les  paroles  de  cette  Chronique,  nous  pour- 
rions juger  s'il  y  a  eu  effectivement  un  sei- 
gneur nommé  Bernard,  qui  ait  succédé  à 
Rainulfe  I  dans  le  comté  de  Poitiers,  &  si 
c'est  le  même  que  Bernard,  comte  d'Au- 
vergne, père  de  Guillaume  le  Pieux,  comme 
Besly  le  prétend;  mais  nous  pouvons  as- 
surer hardiment  que  le  même  Bernard  , 
comte  d'Auvergne,  n'étoit  pas  frère  de  Rai- 
nulfe I,  comte  de  Poitiers,  puisque  nous 
avons  vu  d'un  côté  que  celui-ci  étoit  fils  de 
Gérard,  comte  d'Auvergne,  &  que  de  l'au- 
tre, nous  avons  montré  que  Bernard,  père 
de  Guillaume  le  Pieux,  étoit  fils  de  Bernard, 
ducdeSeptimanie.  S'il  y  a  eu  donc  un  Ber- 
nard, comte  de  Poitiers,  entre  l'an  867  & 
l'an  888,  nous  ne  doutons  pas  qu'il  ne  soit 
le  même  que  Bernard  II,  marquis  de  Go- 
thie ,  dont  nous  avons  déjà  parlé  j  car 
comme  l'Annaliste  de  Saint-Bertin  nous 
apprend  que  Charles  le  Chauve  priva  les  en- 
fans  de  Rainulfe  I  de  la  succession  aux  di- 
gnités de  leur  père,  il  est  d'autant' plus 
vraisemblable  que  ce  prince  remit  alors  le 
comté  de  Poitiers  dans  la  famille  d'Eme- 
non,  qui  en  avoit  été  dépouillé  en  889, 
&  qu'il  en  investit  Bernard  II,  marquis  de 
Gothie,  neveu  de  ce  dernier,  que  nous  sa- 
vons que  le  même   Bernard''  fut  père  de 

Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  201  & 
suiv. 

'  Ibld.  p.  21. 

'  Annal.  Uert'in,  p,  280. 

*  Il  n'y  a  point  eu  de  Bernard,  comte  de  Poitiers, 
en  %^^-j.  Voyez  la  Note  rectificative.  [E.  M.] 


Rainulfe  II,  comte  de  Poitiers,  duquel  des- 
cendent, comme  l'on  en  convient,  les  com- 
tes héréditaires  de  cette  ville. 

Rainulfe  II,  comte  de  Poitiers  et 
DUC  d'Aquitaine.  —  LXXXII.  C'est  ce 
qu'il  est  aisé  de  prouver  par  l'origine  de 
l'abbé  Ebles,  que  Besly  appelle  Ebles  I,  & 
qui  étoit  certainement  oncle  ou  plutôt 
grand  oncle  paternel  d'Ebles  II,  fils  de 
Rainulfe  II.  On  a  déjà  vu'  que  Bernard  II, 
marquis  de  Gothie,  étoit  neveu  par  sa  mère 
Blichilde  de  l'abbé  Goslin,  mort  évèque  de 
Paris'  en  886.  Or,  l'abbé  Ebles  ou  Ebles  I 
étoit  aussi  neveu  du  même  Goslin,  suivant 
le  témoignage  d'Abbon',  auteur  contempo- 
rain, dans  son  Poëme  sur  le  siège  de  Paris 
par  les  Normands. 


Note 
87 


illic 


Pontificisque  nepos  tbolus  ibrtissimus  abba, 

Antistes  Gozlinus  erat  primas  super  omnes 
Huic  erat  Ebolusque  nepos,  raavortius  abba,  &c. 

Comme  nous  savons  d'ailleurs  que  cet 
abbé  &  Bernard  II,  marquis  de  Gothie, 
étoient  de  la  maison  des  comtes  de  Poitiers, 
ils  dévoient  être  frères.  Bernard  II  dut  être, 
par  conséquent,  père  de  Rainulfe  II,  car 
on  convient^  que  l'abbé  Ebles  mourut  sans 
postérité. 

LXXXIII.  Nous  n'ignorons  pas  que  selon 
Besly  %  suivi  par  nos  généalogistes,  Ebles  I 
étoit  frère  de  Rainulfe  II,  comte  de  Poi- 
tiers, &de  Gausbert;  mais  ils  n'endonnent 
aucune  preuve.  Réginon^,  auteur  contem- 
porain, parlant  de  la  révolte  de  ces  troià 
seigneurs  contre  le  roi  Eudes,  dit,  à  la  vé- 
rité, que  Rainulfe  II  &  Gausbert  étoient 
frères,  mais  il  ne  le  dit  pas  de  l'abbé  Ebles, 
ce  qu'il  n'auroit  pas  oublié.  Post  haec  Odo 
rex  in  Aquîtaîiiam  proficiscitur  contra  Ram- 
nulphum  &  fratrem  ejus  Gosbertum^  Ebulo- 


'  Voyez  supra,  n.  58. 

'  Mabillon,  ad  ann.  886,  n.  1. 

^  Abbon ,  de  Bello  urbis  Paris.  1.  i,  p.  5o2  , 
5o5  &c. 

"•  Histoire  générale  des  Provinces  de  France,  t.  2, 
p.   5l2. 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  26. 

*  Réginon,  ad  ann.  892. 


Note 
87 


.56 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


nem  abbatem  de  Sancto  Dîonysîo  &  alïos 
nonnullos,  &c.  Sur  quoi  il  faut  remarquer 
qu'on  voit  ici  le  frère  de  Raiuulfe  II  por- 
ter le  nom  de  Gausbert,  de  même  que 
l'oncle  paternel  de  l'abbé  Goslin.  Or,  ce 
dernier  étant  oncle  d'Ebles  &  de  Bernard  II, 
marquis  de  Gothie,  on  peut  confirmer  par 
là  ce  que  nous  venons  de  dire  touchant  la 
descendance  de  Rainulfe  II  de  ce  dernier'. 

LXXXIV.  On  pourroit  objecter  qu'E- 
bles  II,  comte  de  Poitiers  &  fils  de  Rai- 
nulfe II,  faisant  mention  dans  la  charte  de 
l'an  892,  d'Ebles  I  &  de  Gausbert,  il  les 
appelle  ses  oncles  &  les  met  dans  un  égal 
degré  de  parenté ,  pro  remedio  animae  geni- 
torîs  mei  Ramnulphi,  cujus  ratîonis  exordia 
obtînui  ac  avunculorum  meorum  Gausberti  & 
Eboli;  &  conclure  de  là  que  Gausbert  & 
Ebles  dévoient  être  frères  de  Rainulfe  II, 
mais  le  mot  avunculus  peut  s'entendre  éga- 
lement du  grand  oncle  &  de  l'oncle  3  ainsi 
le  jeune  Ebles  pouvoit  donner  ce  nom  com- 
mun à  Ebles  I  &  à  Gausbert,  quoique  l'un 
fût  son  grand  oncle,  &  l'autre  son  oncle 
seulement. 

LXXXV.  Nous  ne  savons  pas  si  Ber- 
nard II,  marquis  de  Gothie,  prit  le  titre  de 
duc  d'Aquitaine,  à  l'exemple  de  Rainulfe  I, 
comte  de  Poitiers,  son  prédécesseur  dans  ce 
comté  5  mais  nous  avons  déjà  vu  que  Rai- 
nulfe II,  comte  de  Poitiers,  son  successeur, 
est  qualifié  comte  d'Aquitaine  dans  un  an- 
cien titre j  &  comme  nous  savons  d'ail- 
leurs qu'il  usurpa  l'autorité  souveraine  dans 
ce  pays,  lorsque  Eudes  eut  été  élevé  sur  le 
trône,  nous  ne  doutons  pas  qu'il  n'ait  été 
revêtu  auparavant  de  la  dignité  ducale.  Il 
est  incertain  s'il  succéda  immédiatement, 
en  878,  à  Bernard  II,  marquis  de  Gothie, 
son  père,  dans  le  comté  de  Poitiers,  après 
que  ce  dernier  eût  été  proscrit  au  concile 
de  Troyesj  nous  savons  seulement  qu'il 
possédoit  cette  dignité,  du  moins  en  887. 

Besly  prétend"  que  Gérard,  comte  de 
Bourges,  Boson,  son  successeur,  &  le  roi 

'  Dom  Vaissete  paraît  avoir  confondu  ici  Eble, 
abté  de  Saint-Hilaire  de  Poitiers,  qui  était  bien 
frère  de  Ranulfe  II,  &  Eble,  abbé  de  Saint-Ger- 
main-des-Prés  &  de  Saint-Denis.  Ce  sont  deux 
personnages  différents.  [E.  M.] 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  ]^   2i&suiv 


Eudes  avant  son  élévation  sur  le  trône, 
furent  pourvus  du  duché  de  Guienne,  &  que 
Boson  succéda  à  Gérard  dans  cette  dignité, 
en  871,  mais  il  n'en  apporte  aucune  preuve, 
&  le  Continuateur  d'Aimoin,  qu'il  cite  par 
rapport  aux  deux  derniers,  n'en  dit  rien. 

Quant  au  roi  Eudes,  il  est  vrai  qu'Adhé- 
mar  de  Chabannes  &  l'auteur  de  la  Vie  de 
S.  Genou,  abbé  de  Strade,  le  qualifient  duc 
d'Aquitaine  avant  son  élévation  sur  le 
trône j  mais  il  n'y  a  qu'à  rapporter  leurs 
propres  paroles  pour  voir  le  peu  de  fond 
qu'il  y  a  à  faire  sur  leur  témoignage.  At' 
vero,  dit  ce  dernier,  Ludovico  decedente 
Balbo,  filius  ejus  Karolus  cognomine  M.inor 
post  eum  regnavit,  contra  quem  Franci  conju- 
rantes, eum  de  regno  expulerunt,  fi*  Odonem 
Aquitaniae  ducem  pro  eo  regnare  constitue- 
runt,  qui  nec  integris  etiam  in  regno  duobus 
substitit  annis,  cui  filius  successit  Arnulfus  in 
ipso  pêne  initio  regni  sui  jam  semivivus,  &c. 
Adhémar%  qui  s'exprime  à  peu  près  dans 
les  mêmes  termes,  ajoute  :  Hic  Odo  fuit 
filius  Raimundi  comitis  Lemovicensis ,  fi-c.^ 
passages  qui  contiennent  autant  d'erreurs 
que  de  mots. 

Le  roi  Eudes  fit  mourir  Rainulfe  II,  dont 
la  fidélité  kxi  étoit  suspecte.  Nos'  généalo- 
gistes prétendent  que  ce  dernier  étoit  déjà 
décédé  au  mois  d'octobre  de  l'an  892,  sui- 
vant la  charte  du  jeune  Ebles,  son  fils,  que 
nous  avons  citée  &  dont  la  date  est  ainsi 
conçue  ;  Actum*  Pictavis....  anno  incarna- 
tionis  892,  indictione  IX,  die  X  mensis  octobris, 
régnante  domno  Odone  rege  anno  lii;  mais 
il  est  certain  que  Rainulfe  II  ne  mourut 
qu'après  le  i5  d'octobre  de  l'an  893.  En 
voici  les  preuves  : 

1°  L'année  de  l'Incarnation  a  été  ajou- 
tée à  cette  charte  :  elle  doit  appartenir  au 
10  octobre  de  l'année  891,  &  non  de  la  sui- 
vante, puisqu'elle  est  datée  de  l'indiction  IX 
&  de  la  troisième  année  du  règne  du  roi 
Eudes.  Or,  suivant  les  Annales'  de  Réginon 

'  Vita  S.  Genulfi,  l.z,  c.  17. —  Bibl.  Floriacensls, 
t.  2,  p.  42  &  seq. 

'  Adhémar  de  Chabanals,  p.  i63. 

'  Labbe,  Tables  gén.  p.  386.  —  Histoire  générale 
des  Provinces  de  France,  t.  2,  p.  5i3. 

"*  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  211. 

'  Réginon,  ad  ann.  892. — Annal.  Mettens.  p.  327. 


Note 
87 


Ed.orig. 
p.  720. 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


207 


&  de  Metz,  Rainulfe  II  étoit  encore  en 
vie  au  mois  de  juillet  de  l'an  892,  ce  qui 
fait  voir  l'erreur  de  la  Chronique  de  Saint- 
Maixent'  qui  rapporte  la  mort  de  ce  sei- 
gneur à  l'an  890". 

2"  Nous  savons'  qu'incontinent  après  la 
mort  violente  de  Rainulfe  II,  le  jeune 
Ebles,  son  fils,  se  réfugia  en  Auvergne  au- 
près de  Guillaume  le  Pieux,  son  parent. 
Or  ce  jeune  seigneur  étoit  encore  à  la 
cour  &  auprès  du  roi  Eudes,  le  i5  d'octo- 
bre de  l'an  898,  comme  il  paroît  par  une 
charte  "*  datée  du  même  jour,  suivant  la- 
quelle ce  prince  lui  donna  quelques  fiefs 
dans  la  Touraine. 

3°  Il  est  certain  que  Rainulfe  II  étoit 
encore  en  vie  l'an  893,  puisqu'il  se  récon- 
cilia seulement  cette  année  ^  avec  le  roi 
Eudes,  qui  le  fit  mourir  quelque  temps 
après.  Il  est  vrai  que  le  jeune  Ebles  est 
qualifié  comte  dans  la  charte  de  892,  &  qu'il 
paroît  avoir  contracté  en  son  nom  &  sans 
être  autorisé  par  son  pèrej  mais  cela  ne 
prouve  nullement  que  son  père  dût  alors 
être  mort,  comme  on  le  prétend^.  Tout  ce 
qu'on  peut  inférer  de  là,  c'est  que  comme 
cette  charte'  est  datée  de  Poitiers  &  que 
Rainulfe  II  était  encore  alors'  rebelle  à 
Eudes,  il  pouvoit  avoir  confié  le  comté 
ou  gouvernement  particulier  de  cette  ville 
au  jeune  Ebles,  son  fils.  Nous  savons^, 
d'ailleurs,  que  le  roi  Eudes  disposa  du 
comté  de  Poitiers,  aussitôt  après  la  mort 
de  Rainulfe  II,  en  faveur  d'Adhémar,  &  que 
le  jeune  Ebles,  qui  étoit  alors  dans  cette 

'  Chronique  de  Saint-Maixent.  —  Labbe,  B'ihl, 
nova,  t.  2,  p.   199. 

'  Ce  sont  au  contraire  les  Annales  de  Réginon 
&  de  Metz  qui  se  trompent,  &  la  Chronique  de 
Saint-Maixent  qui  a  raison.  Ranulfe  II  mourut 
en  890.  Voyez  la  Note  rectificative.  [E.  M.j 

'  Adhémar  de  Chabanais,  p.  i63.  —  Clironicon 
Malleac.  p.  201 . 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  211  & 
suiv. 

'Réginon,  ad  ann.  893,  —  Annal.  Mettens. 
p.  328. 

®  Histoire  générale  des  Provinces  de  France,  t.  2, 
p.  5i3. 

'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  211. 

*  Annal.  Mettens.  p.  328. 

'  Adhémar  de  Chabanais,  p,  i63. 


ville,  se  retira  incontinent  en  Auvergne  où 
il  demeura  plusieurs  années  avant  que  de 
la  recouvrer  :  preuve  que  Rainulfe  II  étoit 
encore  en  vie  dans  le  temps  de  cette  charte. 
Que  si  le  jeune  Ebles  contracta  en  son  nom, 
c'est  qu'il  étoit  sans  doute  émancipé.  Enfin, 
il  est  certain'  que  l'abbé  Ebles  ne  mourut 
que  le  10  d'octobre  de  l'an  898  :  ainsi  on. 
ne  sauroit  conclure'  de  ce  que  le  jeune 
Ebles  fait  don,  dans  cette  charte,  à  Véglise 
de  Saint-Martîn-de-Tours,  pour  y  prier  Dieu 
pour  lui,  pour  Vâme  de  Rainulfe,  son  père, 
&  de  ses  oncles  Gaw^bert  £■  Ebles,  qu'ils 
étoient  morts  alors;  car  outre  que,  suivant 
l'usage,  on  faisoit  ces  donations  pour  l'âme 
des  vivons  comme  pour  celle  des  morts,  on 
devroit  en  conclure  que  le  jeune  Ebles 
étoit  mort  aussi,  puisqu'il  fait  cette  dona- 
tion pour  son  âme,  pro  retributione^  animae 
meae. 

LXXXVI.  Adhémar,  à  qui  le  roi  Eudes 
donna  le  comté  de  Poitiers  en  898,  après 
la  mort  de  Rainulfe  II,  étoit  fils"*  d'Emenon, 
qui  avoit  été  dépossédé  de  cette  dignité 
en  839.  Par  là,  le  comté  de  Poitiers  rentra 
dans  cette  branche  ;  car  nous  avons  déjà 
observé  qu'Emenon,  père  d'Adhémar,  étoit 
frère  de  Bernard,  aïeul  de  Rainulfe  II.  Le 
roi  Eudes  s'en  tint  donc  à  l'usage  déjà  établi 
de  conserver  les  dignités  dans  les  familles  \ 

Guillaume  le  Pieux,  comte 
d'Auvergne  et  duc  d'Aquitaine. 
—  LXXXVII.  Adhémar  ne  succéda  pas  ce- 
pendant au  duché  d'une  partie  de  l'Aqui- 
taine, possédé  par  Rainulfe  II.  Cette  dignité 
fut  conservée véritablementdans  sa  famillej 
mais  elle  passa  sur  la  tète  de  Guillaume  le 
Pieux,  marquis  de  Gothie  &  comte  d'Auver- 
gne, qui  se  qualifia  duc  d'Aquitaine,  après 
l'an  893,  &  depuis  la  mort  de  Rainulfe  II, 
mais  non  pas  auparavant.Guillaume  prit  ce 
titre  ou  parce  qu'il  prétendoit  lui  apparte- 


'  Réginon,   ad   ann.   893.   —  Annal.    Mette 
p.  328.  —  Mabillon,  ad  ann.  892,  n.  6. 

'  Histoire  générale  des  Provinces  de  France,  t.  2 
p.  5i 3. 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  209. 

"*  Adhémar  de  Chabanais,  p.  i63. 

*  Il  n'y  avait  aucun  lien  de  parenté  entre  la 
famille  d'Emenon  &  celle  des  Ranulfe;  ces  deux 
familles  étaient  au  contraire  ennemies.    [E.  M.] 


NoTG 
87 


II. 


«7 


Note 
87 


258 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


nir  en  qualité  de  descendant  en  ligne  directe  Ramnulfus  consanguîneus  erat  WilUJmi  nohî- 
&  plus  proche  héritier  de  S.  Guillaume,  Uss'imi  comîtis  Arvernorum.  Il  est  rapporté 
fondateur  de  Gellone,  son  bisaïeul,  de  Ber-  dans  l'un  &  dans  l'autre  que  Raintilfe,  se 
nard,  son  aïeul  &  de  Guillaume,  son  oncle,  voyant  mourir  par  le  poison  qu'on  lui 
successivement  ducs  de  Toulouse  ou  d'A-  avoit  donné,  recommanda  son  fils  Ebles  à 
quitaine;  ou  parce  que  le  roi  Eudes,  qui  S.  Géraud,  fondateur  de  l'abbaye  d'Aurillac, 
avoit  alors  fait  la  paix  avec  lui  &;  qui  avoit  qui  l'emmena  secrètement  en  Auvergne  au- 
intérêt  à  le  ménager,  le  lui  déféra  après  la  près  de  Guillaume  le  Pieux,  lequel,  en  qua- 
mort  de  Rainulfe  II.  Ainsi  le  duché  d'Aqui-  lité  déparent  de  ce  jeune  seigneur,  prit 
taine,  dont  le  roi  Charles  le  Chauve  avoit  soin  de  son  éducation.  Regressusque'  a 
dépouillé  la  branche  aînée  pour  le  trans-  palatîo  sanctus  GeralJus,  clam  subductum 
férer  dans  la  ligne  collatérale,  en  la  per-  fiîium  Ramnulfi  a  Pictavîs,  Willelmo  duel 
sonne  de  Rainulfe  I,  comte  de  Poitiers,  ren-  Aquîtanîae  comîti  Arvernîs  credîdït  nutrien- 
tra  par  là  dans  la  première.  Guillaume  le  dum,  cul  consanguîneus  erat. 
Pieuxétant  mort  sans  enfans,  ce  duché  passa  XC.  Nous  avons  plusieurs  raisons  qui  ne 
dans  une  autre  branche,  qui  ayant  égale-  nous  permettent  pas  de  douter  qu'Adhé- 
ment  manqué,  il  revint  dans  celle  des  com-  mar,  à  qui  le  roi  Eudes  rendit  le  comté  de 
tes  de  Poitiers  î  en  sorte  que  cette  dignité  Poitiers,  possédé  auparavant  par  son  père 
demeura  toujours  dans  la  même  famille,  Emenon,  ne  fût  de  la  même  famille  que  le 
du  moins  depuis  le  milieu  du  neuvième  siè-  jeune  Ebles,  fils  de  Rainulfe  II,  &  de  la 
cle  jusqu'au  milieu  du  douzième.  C'est  ce  race  de  S.  Guillaume  de  Gellone  ,  bisaïeul 
que  nous  allons  tâcher  de  développer  en  de  Guillaume  le  Pieux.  Nous  nous  fondons 
faisantvoir  l'union  de  toutes  ces  branches  '.  1°  sur  l'usage  constamment  observé  sous  le 
LXXXVIII.  Il  paroît  certain,  par  les preu-  règne  du  roi  Eudes  de  conserver  les  di- 
ves  que  nous  avons  déjà  rapportées,  que  gnités  dans  les  mêmes  familles  3  2°  sur  la 
Guillaume  le  Pieux  descendoit  en  ligne  conformité  des  noms.  Nous  savons,  d'un 
directe  de  S.  Guillaume  de  Gellone,  &  nous  côté,  que  S.  Guillaume,  fondateur  de  Gel- 
savons,  d'ailleurs,  qu'il  étoit  consanguin ,  lone,  avoit  un  frère  appelé  Adalelme%  & 
c'est-à-dire   de    la    même   famille  que   le  nous  trouvons  de  l'autre  qu'Adhémar  avoit 


Note 
87 


Hd.orl-. 

t.  1, 
p.  727. 


jeune  Ebles,  fils  de  Rainulfe  II,  d'où  il 
s'ensuit  que  celui-ci  étant  également  con- 
sanguin de  Rainulfe  I,  comte  de  Poitiers  & 
duc  d'Aquitaine,  ainsi  que  nous  l'avons 
déjà  vu,  tous  ces  seigneurs  dévoient  être 
de  la  même  race. 

LXXXIX.  Il  est  fait  mention  dans  divers' 
auteurs  de  la  parenté  qu'il  y  avoit  entre 
Rainulfe  II  &  Guillaume  le  Pieux,  Sum- 
mamque  habuit  amîcltiam,  dit  Adhémar  de 
Chabannes'  ,  (Ramnulfus)  cum  propinquo 
sua  Willelmo  comité  Arvernis ,  ou  comme 
s'exprime  la  Chronique''  de  Maillezais  :  qui 

'  Voyez  la  Note  rectificative  où  nous  avons  cherché 
à  déiiéler  l'écheveau  généalogique,  si  étrangement 
embrouillé  ici  par  les  savants  Bénédictins.  [E.  M.] 

"  Fragm.  hist.  apud  Marten.  Thésaurus  anecd. 
t.  3,  p.  1 2 1 1 .  —  Labbe,  Bihl.  t.  2,  p.  ySô.  —  Besly, 
Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  199. 

'  Adhémar  de  Chabanals,  p.   i63. 

^  Chronicon  Malleac.  Bihl.  nova,  t.  2,  p.  201.  — 
Voyez  Martène,  Collectio  ampliss.  t.  5,  p.   i  166. 


aussi  un  frère'  de  même  nom.  Ainsi  Ada- 
lelme,  frère  de  S.  Guillaume  de  Gellone, 
fut  vraisemblablement  aïeul  d'Adhémar  &: 
d'Adalelme,  fils  d'Emenon'*,  comte  de  Poi- 
tiers. Nous  voyons  encore  que  ce  dernier 
avoit  un  frère  appelé  Bernard^  comme  le 
fils  de  S.  Guillaume  de  Gellone;  3°  sur  ce 
que  le  jeune  Ebles,  dans  la  charte^  de 
l'an  891  ou  de  l'an  892  dont  on  a  déjà  parlé, 
fait  mention  du  même  Adhémar  qu'il  appelle 
son  parent ,  per  încrementa  chartarum  ab 
Adalardo  filio  Ededonis  nostro  propinquo  obti- 
nuit  pater  meus,  où  il  faut  lire  sans  doute , 
ab  Ademaro  filio  Emenonis ;  4°  nous  savons 


'  Adhémar  de  Chabanals,  p.   i63. 

^  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  Chartes  & 
Diplômes,  n.  XII,  Donation  du  comte  Guillaume  a 
l'abbaye  de  Gellone. 

5  S.  Odon,  Vita  S.  Geraldi,  Bibl.  Cluniac.  p.   84, 

■•  Adhémar  de  Chabanals,  p.  162  &  sulv. 

5  Ibid.  p.  160. 

**  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  210. 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2.)f 


enfin  qu'Adhémar  prétendoit  que  le  comté 
de  Poitiers  lui  appartenoit,  comme  étant 
plus  proche  héritier  d'Emenon,  son  père, 
qui  en  avoit  été'dépouillé  l'an  889,  ce  qui 
lui  attira  l'inimitié  de  Rainulfe  II,  &  du 
jeune  Ebles,  son  fils,  comme  le  remarque 
une  ancienne  chronique'  :  Ramnulfus  quo- 
que  Pictavensis  &  Ademarus  filius  Emenonis 
inimici  erant  pro  urbe  Pictavîs  quant  Ade- 
marus conabatur  sibi  vîndicare  pro  pâtre  suo 
Emenone.  Toutes  ces  raisons  confirment, 
ce  semble,  ce  que  nous  avons  déjà  avancé, 
savoir  que  Bernard,  mari  de  Blichilde  & 
frère  d'Emenon,  comte  de  Poitiers,  fut 
aïeul  paternel  de  Rainulfe  II,  comte  de  la 
même  ville  &  duc  d'Aquitaine,  &  que  tous 
ces  seigneurs  descendoientde  la  même  tige. 
XCI.  Il  est  fait  mention  des  deux  frères 
Adhémar  &  Adalelme  en  plusieurs  endroits 
du  poëme  d'Abbon  '  sur  le  siège  de  Paris 
par  les  Normands.  Cet  auteur  rapporte' 
qu'Adalelme  étoit  neveu  (nepos)  du  roi 
Eudesj  Duchesne  a  ajouté  ces  mots  à  la 
marge  :  Adalelmus  nepos  ex  sorore  Odonîs  ; 
ce  qui  prouveroit  qu'une  fille  de  Robert 
le  Fort  avoit  épousé  Emenon ,  comte  de 
Poitiers,  père  de  ces  deux  seigneurs.  Ce- 
pendant'' Réginon,  sous  l'an  898,  explique 
différemment  la  parenté  qui  étoit  entre  le 
roi  Eudes  &  Adalelme.  Il  dit  que  le  dernier 
étoit  oncle  de  ce  prince  ,  quoiqu'il  assure 
en  même  temps  que  le  comte  Waltharius  , 
fils  du  même  Adalelme,,  étoit  neveu  d'Eudes  : 
Waltharius  cornes  nepos  Otthonîs  régis,  filius 
scilicet  avunculi  ejus  Adalelmi  ;  ce  que  nous 
ne  comprenons  pas,  à  moins  qu'on  ne  doive 
lire  nepotis  ejus  ou  sororis  ejus,  au  lieu  à' avun- 
culi. Car  si  Adalelme  étoit  neveu  du  roi 
Eudes  par  la  sœur  de  ce  prince,  Waltharius 
aura  été  petit-neveu  de  ce  dernier,  ce  qui 
pourroit  concilier  Abbon  avec  Réginon , 
tous  les  deux  auteurs  contemporains.  Le 
dernier  peut  donc  avoir  donné  la  qualité 
de  neveu  ,  nepos ,  à  Waltharius  à  l'égard  du 
roi  Eudes,  quoiqu'il  fût  son  petit-neveu  :* 
car  si  la  leçon  de  Réginon  subsiste  ,  Wal- 

'  Adhémar  de  Chabanais,  p.    i63. 
'  Atbon,  de  Bello  urhïs  Paris,  p.  609,   5 16,   52  i 
&  seq. 

^  Ihii.  p.  509. 

*  Réginon,  Chronicon,  p.  63. 


tharius  n'aura  été  que  cousin  germain  de 
ce  prince.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  du 
moins  certain  qu'Adhémar,  comte  de  Poi- 
tiers, frère  d'Adalelme,  étoit  parent  du  roi 
Eudes;  ce  qu'Abbon'  assure  positivement  : 

Consul  Ademarus  régi  copulatus  eidem 

Progenie   

consanguineus  sua  prétérit  arma, 

XCII.  Nous  avons  lieu  de  croire  que 
Raynald  ,  comte  d'Herbauges  (Herbalicien- 
sis),  doit  entrer  aussi  dans  la  généalogie 
de  S.  Guillaume  de  Gellonej  car  outre  que 
Bernard,  mari  de  Blichilde  &  frère  d'Eme- 
non ,  comte  de  Poitiers  ,  se  retira  '  auprès 
de  lui  ,  après  sa  disgrâce  arrivée  en  889, 
il  est  rapporté  d'ailleurs,  dans  un  ancien 
historien',  que  Ranulfe  I,  comte  de  Poi- 
tiers, &  Rainon  ,  comte  d'Herbauges  ,  son 
parent  (consanguineus  ejus),  combattirent 
en  852  contre  les  Normands.  Or,  il  paroît  * 
que  le  même  Rainon  étoit  fils  de  Ray- 
nald &  frère  puîné  d'Hervé  qui  étoit  cer- 
tainement fils  de  ce  dernier,  &  qui  mourut 
en  845.  Raynald  étoit  peut-être  frère  de 
Gérard,  comte  d'Auvergne,  père  de  Rai- 
nulfe I,  comte  de  Poitiers,  &  ils  pouvoient 
être  fils  l'un  &  l'autre  de  quelqu'un  des 
frères  de  S.  Guillaume ,  duc  de  Toulouse 
&   fondateur  de   Gellone. 

XCîII.  Nous  n'ignorons  pas  que  Besly  ' 
&  tous  nos  modernes  rapportent  d'une  ma- 
nière différente  la  généalogie  de  Raynald , 
comte  d'Herbauges,  qu'ils  font  a'ieul  pater- 
nel du  même  Rainulfe  I ,  par  Bernard  son 
fils  puiné  :  mais  comme  il  est  certain  que  ® 
Rainulfe  I  étoit  fils  de  Gérard  ,  comte  d'Au- 
vergne &  non  de  Bernard,  prétendu  fils  de 
Raynald,  comte  d'Herbauges;  &  n'y  ayant 

'  Atbon,  de  Bello  urhis   Paris,   p.  522. 

"  Adhémar  de  Chabanais,  p.  160. 

'  Ihid,  p.  162.  —  Chronique  de  Saint-Maîxent, 
p.   198. 

t  Adrevald.  Mirac.  S.  Ben.  1.  i ,  c.  33.  —  Adhé- 
mar de  Chabanais,  p.  161. 

5  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou.  —  Labbe, 
Tables  gén.  p.  38i  &  suiv.  —  Baluze,  Histoire  gé- 
néal.  de  la  maison  d'Auvergne.  —  Histoire  générale 
des  Provinces  de  France,  t.  2,  p.  5iO  &  suiv. 

6  Adhémar  de  Chabanais,  p.  160. 


NOTB 

87 


Note 
87 


260 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  728. 


d'ailleurs  aucune  preuve  'que  ce  dernier 
ait  eu  un  fils  appelé  Bernard ,  tout  le  sys- 
tème de  ces  auteurs  qui  se  sont  copiés  les 
uns  les  autres,  tombe  entièrement.  Besly 
prétend  '  encore  que  Rainon,  comte  d'Her- 
bauges,  qu'il  appelle  Raimon,  étoit  petit- 
fils  de  Raynald  par  Hervé,  fils  aîné  de  ce 
dernier  •  mais  on  ne  sait  pas  si  Hervé  fut 
marié  &  s'il  laissa  aucune  postérité.  Rainon 
devoit  être  plutôt  fils  de  Raynald  qui  laissa 
plusieurs  '  enfans  ,  &  à  qui  il  succéda  im- 
médiatement dans  le  comté  d'Herbauges. 

XCIV.  Nous  venons  de  dire  qu'il  n'y  a  au- 
cune preuve  que  Raynald,  comte  d'Herbau- 
ges, ait  eu  un  fils  appelé  Bernard.  Besly  qui 


Nous  savons  qu'il  étoit  fort  lié  d'amitié  ' 
avec  Guillaume  le  Pieux  &  avec  Rainulfe  II, 
comte  de  Poitiers,  &  que  ce  dernier  lui  re- 
commanda en  mourant  son  fils  Ebles.  S.  Gé- 
raud,  d'une  famille  très-illustre,  étoit  fils' 
d'un  autre  comte  appelé  Géraud  ou  Gérard 
comme  lui  &  d'Adeltrude  ,  &  il  étoit  petit- 
fils  '  de  Mathilde,  fille  de  Pépin  I,  roi 
d'Aquitaine''.  Or,  nous  avons  déjà  vu  que 
Gérard,  comte  d'Auvergne  &  père  de  Rai- 
nulfe I,  comte  de  Poitiers,  épousa  une  fille 
de  ce  prince.  Ainsi ,  S.  Géraud  étoit  vrai- 
semblablement petit-fils  de  Gérard,  comte 
d'Auvergne,  qui  devoit  avoir  eu  Rainulfe  I, 
comte  de  Poitiers  ,  d'un  autre  lit  ;  car  nous 


Note 
87 


l'a  cru  a  été  trompé  par  un  manuscrit  fautif     savons,  d'un  côté,   que   celui-ci  obtint  ce 


de  la  Chronique  d'Adhémar  de  Chabannes 
où  il  est  dit  qu'Hervé  &  Bernard,  qui  mou- 
rurent l'an  844  dans  un  combat  contre  les 
Normands,  étoient  fils  de  Raynald,  comte 
d'Herbauges  :  mais  dans  l'édition  correcte 
que  le  P.  Labbe  nous  a  donnée  de  cet  au- 
teur ^  sur  plusieurs  manuscrits  ,  il  est  rap- 
porté seulement  qu'Hervé  étoit  fils  de  Ray- 
nald; &  en  effet,  les  chroniques  ^  posté- 
rieures à  celle  d'Adhémar ,  lesquelles  l'ont 
copiée,  donnent  au  seul  Hervé  la  qualité  de 
fils  de  Raynald.  Une  semblable  faute  s'est 
glissée  dans  l'édition  de  la  vie  de  Louis  le 
Débonnaire  par  l'Astronome,  dont  Besly 
s'est  ®  servi  au  sujet  de  Gérard,  comte  d'Au- 
vergne ,  père  de  Rainulfe  I  &  gendre  du 
roi  Pépin.  On  lit  dans  l'édition  de  Besly  : 
Reginardus  cornes  S- gêner  quondam  Pîpplni; 
au  lieu  qu'il  faut  lire 'avec  Duchesne  :  Re- 
gînardus  cornes ,  Gerardus  îtidem  cornes  &  gê- 
ner quondam  Pîppîni ,  &c. ,  ce  qui  fait  un 
sens  différent. 

XCV.  Il  paroît  encore  que  S.  Géraud , 
fondateur  de  l'abbaye  d'Aurillac ,  descen- 
doit  de  Gérard  ,  comte  d'Auvergne  ,  &  père 
de  Rainulfe  I,  &  qu'il  étoit  par  conséquent 
de  la  famille  de  S.   Guillaume  de  Gellone. 


'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.   i3. 
'  Adrevald.  Mirac.  S.  Ben.  1.  i ,  c.  33. 
'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  169. 
"*  Adhémar  de  Chabanais,  édit.  Labbe,  p.  161. 
'  Chronicon  Malleac.  -p.   197. — Chronicon  Thuan, 
apud  Besly,  169. 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.   169. 
'  Duchesne^  t.  2,  p.  317. 


comté  en  889  ,  &  que  de  l'autre  Pépin  I  ne 
s'étant  marié  qu'en  822  ,  il  ne  put  avoir  eu 
une  fille  nubile  que  longtemps  après. 

XCVI.  Géraud  ou  Gérard,  père  de  S.  Gé- 
raud d'Aurillac  ,  est  sans  doute  le  même 
que  Gérard ,  comte  de  Limousin  ,  dont  il 
est  fait  '  mention  dans  le  cartulaire  de  l'é- 
glise de  Limoges  &  qui  vivoit  la  huitième 
année  du  règne  de  Charles  le  Chauve.  Ce 
qui  nous  porte  à  le  croire ,  c'est  qu'il  pa- 
roît que  Gérard,  comte  d'Auvergne,  qui  fut 
tué  l'an  841  à  la  bataille  de  Fontenai,  étoit 
parent  ®  de  Ratharius  ,  comte  du  Limou- 
sin ,  qui  fut  tué  aussi  dans  la  même  action. 
Or,  comme  nous  savons  que  le  successeur 
de  ce  dernier  s'appeloit  Gérard  ,  &  que 
c'étoit  déjà  l'usage  sous  le  règne  de  Charles 
le  Chauve  de  conserver  les  dignités  dans  les 
familles ,  il  est  assez  vraisemblable  que  Gé- 
rard, comte  du  Limousin,  étoit  fils  du 
comte   d'Auvergne  de  même  nom. 

XCVII.  On  peut  confirmer  ce  que  nous  ve- 
nons de  dire  touchant  la  descendance  com- 
mune des  comtes  de  Poitiers  &de  Guillaume 
le  Pieux,  comte  d'Auvergne,  par  un  endroit 
de  Guillaume'   de  Malmesbury,  que  Besly 


'  S.  Odon,  Vita.  S.   Geraldi,  p.  67,  83,  99,  100. 

'  Ihid.  p.  67. 

'  Acta  Sanctorum  ordinis  S.  Benedicti,  saec.  5,  p.  6. 

^  Il  est  bon  de  remarquer  que  saint  Odon,  qui  a 
écrit  la  vie  de  S.  Géraud,  ne  dit  absolument  rien 
qui  puisse  donner  au  saint  cette  origine.  [E.  M.] 

^  Baluze,  Hist.  Tutellens.  p.  9. 

^  Adhémar  de  Chabanais,  p.   161. 

'  GuillaumedeMalmesbury,£r;jt.  1.  2,c.  6,  p.  28. 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


261 


n'a  pas  su  comprendre  '.  L'historien  anglois 
rapporte  que  Louis,  duc  ou  prince  d'Aqui- 
taine, qui  épousa  au  commencement  du 
dixième  siècle  une  fille  d'Edouard  I  ,  roi 
d'Angleterre,  étoit  de  la  race  de  Charlema- 
gne.  Mais  comme  on  ne  connoît  aucun  mem- 
bre de  la  famille  des  comtes  de  Poitiers, 
ducs  d'Aquitaine  ,  qui  portât  alors  le  nom 
de  Louis  ,  Besly  est  persuadé  que  cet  au- 
teur a  voulu  parler  d'Ebles  ,  comte  de  Poi- 
tiers &  duc  d'Aquitaine,  dont  le  nom  peut 
avoir  été  altéré  par  les  copistes,  &  qui 
épousa  en  effet  Adèle ,  fille  d'Edouard  I  , 
roi  d'Angleterre.  Or,  S.  Guillaume  de  Gel- 
lone  étant  de  la  race  de  Charlemagne  %  il 
s'ensuit  qu'Ebles,  comte  de  Poitiers,  qui 
étoit  de  la  même  race,  devoit  avoir  une 
descendance  commune  avec  Guillaume  le 
Pieux,  arrière-petit-fils  de  S.  Guillaume  de 
Gellone.  Aussi  le  roi  Lothaire ,  parlant  du 
même  Ebles  dans  une  charte  de  l'an  962  , 
l'appelle-t-il  '  son  cousin. 

XCVIII.  Un  généalogiste  moderne  donne 
une  interprétation  différente  "*  aux  paroles 
de  Guillaume  de  Malmesbury  :  il  prétend 
que  Louis  ,  prince  d'Aquitaine  ,  dont  cet 
historien  fait  mention  ,  est  le  même  que 
Louis  l'Aveugle ,  fils  de  Boson ,  roi  de 
Provence.  Il  appuie  son  sentiment  sur  ce 
que,  suivant  Chorier,  les  écrivains  de  ce 
temps-là  confondent  souvent  l'Aquitaine 
avec  la  Provence,  &  sur  ce  que  Louis 
l'Aveugle  étoit  fils  de  Boson  qui  avoit 
été  comte    de    Bourges    en    Aquitaine. 

Mais  1°,  quand  il  seroit  vrai  que  Louis 
l'Aveugle  eût  épousé  une  fille  d'Edouard  I, 
roi  d'Angleterre,  ce  qui  n'est  fondé  que  sur 
les  conjectures  très-incertaines  de  Cho- 
rier %  il  ne  s'ensuit  nullement  que  la  fille 
d'Edouard,  dont  parle  Guillaume  de  Mal- 
mesbury ,  ait  été  son  épouse ,  puisque 
nous  savons  ®,&  que  ce  même  généalogiste^ 

'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  40, 

'  Voyez  Thegan.  c.  36,  p.  281. 

'  Gallia   Christiana,  nov.  éd.  t.  2,  Instr,  p,  36 1. 

^  Histoire  généalogique  de  la  maison  de  France, 
t.  I,  p.  61 . 

'  Chorier,  Hist,  duDauph.  p.  716. 

'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  40,  225 
&  suiv. 

'  Histoire   généalogique   de    la    maison  de    France, 

t.  tj  p.  5i3. 


en  convient,  qu'Ebles  épousa  une  des  filles 
de  ce  roi  du  troisième  lit.  Or,  Chorier  pré- 
tend que  cette  fille  d'Edouard  du  troisième 
lit  est  la  même  que  la  femme  de  Louis 
l'Aveugle.  D'ailleurs,  le  sens  de  Guillaume 
de  Malmesbury  n'est  pas,  comme  l'explique 
Chorier,  que  le  prince  d'Aquitaine  qui 
épousa  la  fille  du  roi  d'Angleterre  ,  ne  fût 
de  la  race  de  Charlemagne  que  par  fem- 
mes. Tertîam....  sortitus  est  Ludovicus  Aqui- 
tanorum  princeps  de  génère  Caroli  M.agni 
superstes ;  ce  qui  marque  plutôt,  à  ce  qu'il 
paroît,  une  descendance  par  mâles.  Si  le 
prince  d'Aquitaine,  gendre  d'Edouard,  ne 
descendoit  de  la  race  de  Charlemagne  que 
par  femmes  ,  il  n'y  avoit  rien  là  de  fort 
extraordinaire  &  qui  ne  fût  commun  à  plu- 
sieurs familles  du  royaume. 

2°  C'est  avec  raison  que  Besly'  croit  ou 
que  le  nom  de  Louis  a  été  substitué  par  les 
copistes  à  celui  d'Ebles,  Ebolus^  dans  le  texte 
de  Guillaume  de  Malmesbury,  ou  qu'ils  ont 
corrompu  ce  nom.  Il  leur  a  été  en  effet 
plus  aisé  de  l'estropier  &  de  prendre  l'un 
pour  l'autre,  qu'il  ne  l'a  été  à  Guillaume  de 
Malmesbury  &  à  Ingulphe,  qui  dit  la  même 
chose,  d'ignorer  si  Louis  l'Aveugle  étoit 
roi  d'Aquitaine  ou  de  Provence,  &  de  se 
tromper  sur  le  nom  de  la  principauté  de 
celui  qui  épousa  la  fille  d'Edouard.  Il  est 
vrai  que  Chorier  prétend  que  les  auteurs 
du  temps  ont  confondu  la  Provence  avec 
l'Aquitaine  :  mais  il  n'en  apporte  d'autre 
témoignage  que  celui  de  Léon  d'Ostie'  qui 
parlant  d'Hugues,  comte  de  Provence,  le- 
quel vivoit  dans  un  temps  fort  éloigné  du 
sien,  l'appelle  comte  d'Aquitaine 3  sur  quoi 
cet  auteur  s'est  trompé  certainement.  Il 
faudroit  faire  voir  que  les  historiens  an- 
glois du  douzième  siècle  ont  véritablement 
confondu  la  Provence  avec  l'Aquitaine  qui 
devoit  alors  leur  être  fort  connue,  ce  que 
Chorier  ne  fait  pas.  Pour  ce  qui  est  de 
Boson,  père  de  Louis  l'Aveugle,  il  est  vrai 
qu'il  fut  comte  de  Bourges  :  mais  on  sait  que 
ce  comté  ne  passa  pas  à  son  fils,  &  qu'il  en 
jouit  lui-même  très-peu  de  temps  à  cause  do 
sa  révolte  qui  suivit  de  près;  en  sorte  que 

'  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  40,  225 
&  suiv. 

'Léon  d'Ostie,  Chronicon  Cassin.  n.  8(7. 


Note 
87 


Note 
87 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  729. 


262  NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

ni  lui  ni  son  fils  Louis  ne  possédèrent  plus  &  au  sentiment  de  plusieurs  de  nos  criti- 
rien  depuis  en  Aquitaine.  ques,  descendoit  de  Wifred  ou  Acfred,  comte 
XCIX.  Nous  pouvons  appuyer  ce  que  nous  de  Bourges  en  828  '.  Or,  nous  avons  déjà  vu 
venons  de  dire  touchant  la  descendance  que  ce  dernier  étoit  de  la  famille  de  Char- 
commune  de  Guillaume  le  Pieux,  comte  lemagne,  de  même  que  S.  Guillaume,  fon- 
d'Auvergne  &  d'Ebles,  comte  de  Poitiers,  dateur  de  Gellonej  2°  suivant  l'acte^  de 
sur  ce  que  S.  Guillaume  de  Gellone  eut  plu-  consécration  de  l'église  de  Formiguera  , 
sieurs'  frères  qui,  à  ce  qu'il  paroît,  eurent  dans  le  Capcir,  le  comte  Acfred  étoit  frère 
des  enfans.  Ce  duc   fait  mention  dans  son  du  comte  Oliba,  &   cet  Acfred  doit  être  le 


testament,  en  l'an  804,  de  son  neveu  Ber- 
trand, &  nepote  meo  Bertranno.  Or,  celui-ci 
devoit  être  fils  d'un  des  frères  de  Guillaume, 
puisque  Bernard  son  fils  aîné  ne  se  maria"" 
qu'en  825,  &  que  ses  deux  sœurs  uniques' 


même  que  l'époux  d'Adelinde,  sœur  de 
Guillaume  le  Pieux,  puisqu'il  étendoit  son 
autorité  sur  les  comtés  de  Carcassonne  & 
de  Razès,  &  que  les  temps  y  conviennent. 
Or,  il  est  fait  mention  en  même  temps,  dans 


moururent  vierges.  Il  ne  paroît  pas,  d'ail-  cet  acte,  des  deux  frères,  les  comtes  Wifred 

leurs,  que  ce  duc  eût  alors  quelqu'une  de  &  Miron  qui  avoient  fait  bâtir  cette  église, 

ses   filles  mariée.  Reprenons   la  suite  des  conjointement  avec  les   deux  autres,  pour 

ducs  d'Aquitaine  depuis  Guillaume  le  Pieux.  eux  &  pour  leurs  parens  ;  d'où  on  doit  con- 
clure que  ces  quatre  comtes  avoient   une 

(?  VI. — Suite  des  ducs  d'une  partie  de  VAqui-  descendance   commune.    Ainsi,  Wifred    le 

taine  depuis  Guillaume  le  Pieux. —  Comtes  Velu  &   Miron,  comte  de  Roussillon,  qui 


de  Carcassonne  &  de  Rao^^ès. 

Guillaume  II,  comte  d'Auvergne  , 
DUC  d'Aquitaine  ,  fils  d'Acfred  , 
COMTE  de  Carcassonne.  —  Acfred  , 
DUC  d'Aquitaine  ,  frère  de  Guil  - 
LAUME  II.  —  C.  Guillaume  le  Pieux  étant 
mort  sans  enfans  l'an^  918,  ses  deux  neveux, 
Guillaume  &  Acfred,  fils  de  sa  sœur  Ade- 
linde,  lui  succédèrent  l'un  après  l'autre  dans 
le  duché'  d'Aquitaine,  non  pas  tant  parce 
qu'ils  étoient  ses  plus  proches  parens  & 
qu'ils  dévoient  lui  succéder  naturellement. 


sont  ces  deux  frères,  étant  de  la  race  de 
S.  Guillaume,  fondateur  de  Gellone,  comme 
nous  l'avons  déjà  vu,  il  s'ensuit  que  les 
deux  comtes  Oliba  &  Acfred  en  étoient 
aussi. 

Cil.  Cet  acte  prouve  qu'Acfred,  beau- 
frère  de  Guillaume  le  Pieux,  avoit  déjà  le  ti- 
tre de  comte  vers  l'an  878,  &  c'est  à  peu  près 
à  cette  année  qu'il  faut  le  rapporter;  car  il 
est  certain  qu'on  ne  sauroit  faire  aucun 
usage  de  sa  date  telle  qu'on  la  lit'  dans  la 
copie  qui  a  été  tirée  des  archives  de  l'église 
de  Narbonne,   où  l'original  ne  se   trouve 


que  parce  qu'ils  étoient,  ce  semble,  comme  plus,  puisqu'elle  est  fautive  pour  l'année 
lui  de  la  race  de  S.  Guillaume  de  Gellone,  de  l'Incarnation  &  celle  du  règne  de 
duc  de  Toulouse  ou  d'Aquitaine.  Voici  les      Charles  le  Chauve,  qui  ont  été  sans  doute 


raisons  qui  nous  le  persuadent  : 

CI.  1°  Ces  deux  frères  étoient  fils  d'Acfred 
comte  de  Carcassonne  qui,  à  ce  qu'il  paroît" 

'  Voyez  dans  les  Preuves  de  ce  volume,  aux 
Chartres  &  Diplômes,  n.  XII,  Donation  du  comte 
Guillaume  a  Vabhaye  de  Gellone.  —  Acta  Sancîo- 
rum  ordinis  S.  Benedicti,  saec.  4,  part,  i,  p.  88. 


altérées  dans  cette  copie,  &qui  ne  peuvent 
s'accorder  entre  elles,  ni  avec  l'indiction. 
Tout  ce  qu'on  en  peut  conclure  de  certain, 
c'est  que  Sigebode,  archevêque  de  Nar- 
bonne, ayant  fait  la  consécration  de  l'église 

'  Acfred  ou  Aifroi  était  frère  d'Oliba  II,    comte 


Dodane,  Manuale.  —  Acta  Sanctorum  ordinis      de  Carcassonne,   &  fils  d'Oliba,   premier  du    nom. 

Acfred,  comte  de  Bourges,  est  un  personnage  apo- 
cryphe, inventé  par  l'auteur  de  la  légende  de  saint 
Genou.  [E.  M.] 

'  Voyez  dans  les    Preuves   de   ce    volume ,    aux 
Chartes    &   Diplômes,  n.    XCIX  ,    Consécration    de 
l'église  de  Notre-Dame  de  Formiguera  dans  le  Capcir. 
*  lèid. 


sancti  Benedicti ,  p.  710. 

'  Acta    Sanctorum    ordinis    S.     Benedict 
&  77. 

■*  Chronicon  Malleac.  p.  201, 

'  Baluze,  Histoire  généah 
vergne,  t.   1,  p.  20  &  suiv. 

^  Ibid.  t.   I ,  p.   i5  &  suiv. 


p.    72 


de  la  maison  d'Au- 


NOTE 

87 


I 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2  63 


de  Formiguera,  suivant  cet  acte  le  21  de 
septembre,  indiction  VI,  sous  le  règne  du  roi 
Charles  le  Chauve,  cet  événement  dut  arri- 
ver entre  l'an  872,  que  ce  prélat  succéda  à 
Frédold  son  prédécesseur  &  l'an  876,  que 
Charles  le  Chauve  prit  le  titre  d'empereur. 
Ainsi,  comme  l'indiction  vi,  supputée  de- 
puis le  mois  de  janvier,  convient  avec 
l'an  873,  cette  consécration  dut  se  faire 
le  21  de  septembre  de  la  même  année. 

cm.  Acfred,  mari  d'Adelinde,  étoit  donc 
déjà  comte  dès  l'an  873,  &  il  est  certain 
d'ailleurs  qu'il  fut  comte  de  Carcassonne  ou 
de  Razès,  du  moins  depuis  l'an  883  jusque 
vers  l'an  906.  Mais  comme  nous  voyons  d'ail- 
leurs qu'Oliba,  son  frère,  prenoit'  encore 
le  titre  de  comte  de  Carcassonne  l'an  877, 
cela  nous  donne  lieu  de  croire  ou  que  l'un 
étoit  comte  de  Carcassonne  &  l'autre  de 
Razès,  comtés  qui  demeurèrent  toujours 
réunis  dans  la  même  famille  en  la  personne 
de  leurs  successeurs  j  ou  plutôt  qu'ils  pos- 
sédèrent ces  deux  comtés  par  indivis,  de 
quoi  il  y  a  d'autres  exemples. 

CIV.  Nous  trouvons'  un  autre  comte 
de  Carcassonne  appelé  Oliba  qui  vivoit 
l'an  820  &  l'an  835,  &  qui  étoit  déjà  décédé 
en  837,  ce  qui  nous  donne  lieu  de  conjec- 
turer qu'il  étoit  père  ou  plutôt  aïeul 
d'Oliba  II  &  d'Acfred  ;  car  nous  voyons 
qu'il  est  fait  mention  dans  un  ancien  monu- 
ment' d'un  Louis,  comte  de  Carcassonne, 
vers  le  milieu  du  neuvième  siècle,  &  qui,  à 
ce  qu'il  paroît,  étoit  fils  d'Oliba  I,  comte 
de  la  même  ville*.  Nous  savons  du  moins 
qu'en  820^  un  seigneur  appelé  Louis  signa 
un  acte  après  Oliba  I,  &  avant  Elmetrude, 

'  y  oyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  aux  Chartes 
&  Diplômes,  sous  le  n.  CVII ,  Charte  de  l'empereur 
Charles  le  Chauve  en  faveur  d'Oliha,  comte  de  Car- 
cassonne. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  n.  XXXVI, 
Donation  faite  par  Oliba,  comte,  &  Elmetrude,  sa 
femme,  a  Adalric.abbé,  &  au  monastère  de  la  Grasse; 
n.  IV,  Donation  faite  par  R'ichilde,  femme  d'Oliba,  & 
comte,  au  monastère  de  la  Grasse. 

^  De  Vie,  Histoire  de  Carcassonne,  p.  5o. 

■*  Il  faut  supprimer  ce  comte  Louis  de  la  liste  des 
comtes  de  Carcassonne,  parce  qu'il  n'a  jamais  existé. 
Oliba  II  était  fils  d'Oliba  I.  [E.  M.] 

*  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  n.  XXXVI, 
Donation   faite  par  Oliba,    comte,  &  Elmetrude,    sa 


épouse  de  ce  dernier;  ce  qui  nous  donne 
lieu  de  croire  qu'il  étoit  leur  fils.  Quoi 
qu'il  en  soit,  si  Acfred,  mari  d'Adelinde, 
étoit  de  la  même  famille  que  Wifred  le  Velu, 
comte  de  Barcelone,  ainsi  qu'il  est  très- 
vraisemblable,  &  s'il  descendoit  d'Oliba  I, 
comte  de  Carcassonne,  ce  dernier  pou- 
voit  être  frère  de  Sunifred,  marquis  de 
Gothie,  père  du  même  Wifred  le  Velu. 

CV.  Charles  le  Simple,  par  un  diplôme 
du  3  de  novembre  de  l'an  908  ,  confirme  ' 
l'abbaye  de  la  Grasse  dans  la  possession  de 
l'église  de  Saint-Etienne  dans  le  Carcas- 
ses, conformément  à  la  donation  que  le  comte 
Bencion  de  bonne  mémoire  lui  en  avoit  faite, 
£•  de  la  même  manière  que  le  comte  Oliba  avoit 
possédé  cette  église.  Nous  savons  d'ailleurs 
que  le  roi  Charles  le  Chauve  l'avoit  don- 
née au  comte  Oliba  II',  l'an  870.  Nous 
concluons  de  là  :  1°  que  le  comte  Bencion 
vivoit  après  l'an  899,  puisque  l'église  de 
Saint -Etienne  n'appartenoit  pas  encore 
alors  à  l'abbaye  de  la  Grasse;  car  il  n'en 
est  rien  dit  dans  une  autre  charte'  de 
Charles  le  Simple  datée  de  cette  dernière 
année,  dans  laquelle  on  trouve  l'énuméra- 
tion  des  biens  qui  appartenoient  à  ce  mo- 
nastère; 2°  que  le  même  comte  Bencion 
devoit  être  mort  au  mois  de  novembre  de 
l'an  908,  puisque  Charles  le  Simple,  dans  la 
charte  de  cette  année,  l'appelle  de  bonne 
mémoire;  3°  enfin  qu'il  devoit  être  fils 
d'Oliba  II,  &  lui  avoir  succédé  dans  les 
comtés  de  Carcassonne  &  de  Razès,  puis- 
qu'il possédoit  les  mêmes  biens  que  ce 
dernier,  qui  laissa  certainement  des  enfans. 

CVI.  C'est  ce  qui  paroît  par  un  autre  mo- 
numenf*  de  l'abbaye  de  Montolieu,  au  dio- 

femme,  a  Adalric,  abbé,  &  au  monastère  de  le 
Grasse. 

'  Voyez  dans  le  tome  V  de  cette  édition.  Chartes 
&  Diplômes,  n.  XXXIV,  Charte  de  Charles  le  Sim- 
ple en  faveur  de  l'abbaye  de  la  Grasse. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume.  Chartes  & 
Diplômes,  n.  XCIV,  Charte  de  Charles  le  Chauve  en 
faveur  d'Oliba,  comte  de  Carcassonne. 

^  Voyez  dans  le  tome  V  de  cette  édition.  Chartes 
&  Diplômes,  n.  XXII,  Charte  de  Charles  le  Simple 
en  faveur  de  l'abbaye  de  la  Grasse. 

^  Voyez  aussi  au  tome  V,  Chartes  &  Diplômes, 
n.  LÎX,  Donation  faite  a  l'abbaye  de  Montolieu  par 
Acfred  //,  comte  de  Carcassonne. 


Note 
87 


Note 
87 


264 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  730. 


cèse  de  Carcassonne,  de  l'an  984,  lequel  con- 
tient une  donation  faite  alors  à  ce  monas- 
tère par  un  comte  appelé  Acfred,  qui  se  dit 
fils  d'Oliba.  Nous  croyons  donc  qu'Oliba  II 
fut  père  de  Bencion,  &  que  celui-ci  étant 
mort  sans  postérité,  son  frère  Acfred  II  lui 
succéda  avant  l'an  908.  Au  reste,  ce  comte 
Bencion  est  différent  du  comte  de  même 
nom  qui  possédoit  par  indivis'  avec  Gaus- 
bert,  son  frère,  le  comté  de  Roussillon,  au 
commencement  du  dixième  siècle;  car  le 
dernier  Bencion  vivoit  encore  l'an  giS"  &  il 
est  certain  que  le  comte  de  Carcassoiane  de 
ce  nom  étoit  déjà  mort  en  908.  Cette  con- 
formité de  noms  peut  servir  cependant  à 
confirmer  ce  que  nous  avons  déjà  dit  de  la 
descendance  commune  de  ces  comtes.  Nous 
ignorons  si  Acfred  II,  comte  de  Carcassonne 
&  fils  d'Oliba  II,  laissa  des  enfans;  &  si 
Arnaud,  que  nous  trouvons  avoir  possédé 
ce  comté  avec  celui  de  Razès,  vers  l'an  949, 
&  duquel  descendent  les  autres  comtes 
héréditaires  de  ces  deux  pays,  étoit  de  sa 
famille.  L'hérédité  des  dignités  qui  étoit 
alors  établie  peut  seulement  donner  lieu 
de  croire  que  ces  derniers  étoient  tous  de 
la  même  race  que  les  autres. 

CVII.  On  peut  confirmer  la  descendance 
commune  des  Acfred ,  comtes  de  Carcas- 
sonne ,  &  d'Acfred,  comte  de  Bourges  sous 
Louis  le  Débonnaire,  &  leur  parenté  avec 
les  comtes  de  Poitiers,  ducs  d'Aquitaine  , 
parce  que  nous  voyons  que  l'abbaye  de 
Saint-Hilaire ,  de  Poitiers  ,  fut  possédée 
comme  héréditairement'  au  neuvième  siècle 
par  quelqu'un  de  leur  famille.  Rainulfe  I , 
comte  de  Poitiers  &  duc  d'Aquitaine,  jouis- 
soit  ■*  de  cette  abbaye  l'an  867  ,  lorsqu'il 
mourut ,  &  le  comte  Egfrid  ou  Acfred 
s'en  empara  ^  après  sa  mort  comme  d'un 
bien  appartenant  à  sa  maison.  Ce  dernier 
ayant  été  tué  un  an  après,  Charles  le  Chauve 
disposa  *  de  l'abbaye  de  Saint-Hilaire  en 
faveur  de  Frotaire  ,  archevêque  de  Bor- 
deaux ,  &  l'ôta  ,  comme  rapporte  un  ancien 


'  Marco.  Hispanica,  p.  383,  840  &  seq. 

'  nu. 

'  Gallia.  Christiana,  nov.  edit.  t.  2,  p.  i  225  &.  seq. 
■*  Annal.  Bert'in.  p.  226. 
'  Ib'iâ.  p.  229 
«  Ibid.  p.  23o. 


historien  ,  aux  fils  de  Rainulfe  I,  &  non 
aux  enfans  de  Robert  le  Fort  ,  ainsi  que  le 
veulent  quelques  modernes  '.  Les  parens 
de  Rainulfe  I  rentrèrent  bientôt  après  dans 
la  possession  de  cette  abbaye  ,  car  l'abbé 
Ebles  la  posséda  jusqu'à  l'an  898  qu'il  mou- 
rut;  le  roi  Eudes  la  donna  alors  à  Acfred, 
évêque  de  Poitiers  ,  qui  paroît  avoir  été 
de  la  même  famille  ,  &  cette  abbaye  de- 
meura^ toujours  depuis  dans  la  maison  des 
comtes  de  Poitiers,  ducs  d'Aquitaine. 

CVIII.  Il  ne  paroît  pas  que  Guillaume 
&  Acfred,  fils  d'Acfred  &  d'Âdelinde ,  aient 
succédé  à  leur  père  dans  les  comtés  de 
Carcassonne  ou  de  Razès  :  ils  en  abandon- 
nèrent sans  doute  la  possession  à  leurs 
cousins  Bencion  &  Acfred  pour  se  retirer 
en  Auvergne  auprès  de  Guillaume  le  Pieux, 
leur  oncle,  dans  l'espérance  de  recueillir 
sa  succession.  Guillaume  succéda  en  effet 
à  ce  duc ,  qui  mourut  sans  enfans ,  tant 
dans  le  duché  d'Aquitaine  que  daiis  le  comté 
d'Auvergne.  Il  décéda  en  927  ,  suivant  la 
Chronique'  de  Frodoard.  M.  Baluze ''ajoute, 
on  ne  sait  sur  quelle  autorité ,  que  ce  fut 
le  16  de  décembre  de  la  même  année;  mais 
cela  n'est  pas  possible  ,  puisque  ,  suivant 
deux  titres  rapportés  par  cet  auteur  %  Ac- 
fred son  frère  qui  lui  succéda  après  sa  mort 
dans  le  duché  d'Aquitaine,  étoit  déjà  revêtu 
de  cette  dignité  le  11  octobre  de  l'an  927. 
Il  faut  donc,  ou  que  M.  Baluze  se  trompe 
sur  le  jour  de  la  mort  de  Guillaume  II,  ou 
si  ce  duc  est  mort  effectivement  le  16  de 
décembre  ,  que  ce  soit  en  926  ,  ce  qu'on 
peut  appuyer  sur  la  Chronique  de  Massay  ® 
qui  rapporte  sa  mort  sous  cette  année. 

Quoi  qu'il  en  soit ,  Acfred  son  frère  lui 
survécut  sans  doute  fort  peu  :  nous  ne 
trouvons  du  moins  aucune  preuve  qu'il  ait 
vécu  après  l'an  927.  M.  Baluze'  pré- 
tend qu'il  y  a  un  titre   de  cette  année  dans 

'  Mabillon,  ad  ann.  868,  n.  86. —  Gallia  Chris- 
tiana, nov,  edit.  t.  2,  p.  3o  &  i225. 

'  Gallia  Christiana,  nov.  edit.  t.  2,  p.  1226. 
'  Duchesne,  Hlst.  t.  2,  p.  597. 

*  Baluze,  Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, t.  1,  p.  21. 

5  Ibld.  t.  2,  p.    19  &  suiv. 

*  Labbe,  Blhl.  nova^   t.  2,  p.  733. 

'  Baluze,  Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, t.   I,  p.  22. 


Note 
87 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


265 


lequel  II  prend  la  qualité  de  comte  d'Auvergne 
&  d'abbé  de  Brioude,  comme  son  oncle  Guil- 
laume le  Pieux  &  Guillaume ,  son  frère, 
Vavoient  aussi  été;  ce  qui  prouveroit  qu'Ac- 
fred  succéda  à  son  frère  dans  le  comté 
d'Auvergne,  comme  il  est  certain  qu'il  lui 
succéda  dans  le  duché  d'Aquitaine.  Mais 
ce  seigneur  n'est  pas  qualifié  comte  d'Au- 
vergne dans  le  titre'  cité  par  M.  Baluze  ni 
dans  aucun  autre.  On  peut  inférer  seule- 
ment de  cet  acte,  daté  du  11  d'octobre  de 
l'an  926,  &  par  conséquent  du  vivant  de 
Guillaume,  son  frère,  qu'il  possédoit  alors 
les  comtés  de  Brioude  &  de  Gévaudan. 
D'ailleurs  Adhémar  de  Chabannes'  assure 
positivement  qu'après  la  mort  de  ce  dernier, 
Charles  le  Simple  donna  à  Ebles  le  comté 
d'Auvergne.  M.  Baluze'  ajoute  qu'il  y  a  lieu 
de  croire  que  ce  prince  s'en  repentit,  &  qu'il 
révoqua  le  don  quil  avoit  fait  à  Ebles  ;  car 
Acfred  se  maintint  dans  la  possession  de  la 
comté  d'Auvergne  &  de  la  duché  d'Aquitaine 
jusqu'à  son  décès.  Mais  il  n'y  a  aucune  ap- 
parence que  ce  prince,  qui  ne  peut  avoir 
fait  ce  don  qu'en  927,  lorsqu'il  eut  été  dé- 
livré de  prison,  s'en  soit  repenti,  puisqu'il 
y  fut  remis  bientôt  après,  &  que  Raoul  son 
compétiteur  étoit  ennemi  d'Acfred  ;  &  on 
a  déjà  dit  qu'il  n'y  a  aucune  preuve  que  ce 
duc  se  soit  maintenu  dans  la  possession  du 
comté  d'Auvergne. 

Ebles,  comte  de  Poitiers  et  duc 
d'Aquitaine.  —  CIX.  Guillaume  II  &  Ac- 
fred son  frère  étant  morts  sans  postérité, 
Ebles,  comte  de  Poitiers,  leur  succéda  dans 
le  duché  d'Aquitaine  qui  demeura  depuis 
dans  sa  famille  &  qui  avoit  été  possédé 
auparavant  par  Rainulfe  II  son  père.  Quel- 
ques annalistes  des  douzième  &  treizième 
siècles^  prétendent  qu'Ebles  succéda  im- 
médiatement dans  cette  dignité  à  Guillaume 
le  Pieux  &  comme  son  plus  proche  héri- 
tierj  mais  ils  se  trompent,  du  moins  pour 
le  premier  article.   Ebles   étoit   né  d'une 

'  Baluze,  Histoire  généalog.  de  la  maison  d'Au- 
vergne, t.  2,  p.   19  &  suiv. 

'  Adhémar  de  Chabanais,  p.  i65.  —  Chronicon 
Malleac,  p.  202. 

'  Baluze,  Histoire  généalog.  de  la  maison  d'Au- 
vergne, t.    I ,  p.   25. 

^  Martène,  Ampliss.  Coll.  t.  5,  p.  1  147  &  1  167. 


NOTB 
87 


concubine";  &  il  est  certain  qu'il  ne  fut 
surnommé  M.an':^er*,  qui  Veut  dire  bâtard  % 
que  parce  qu'il  étoit  né  d'un  mariage  illé- 
gitime, quoi  qu'en  dise  le  P.  Labbe^,  suivi 
parle  P.  Ange',  qui  prétend  qu'il  étoit  fils 
d'Adélaïde,  fille  du  roi  Louis  le  Bègue,  la- 
quelle avoit  épousé,  selon  lui,  Rainulfe  II, 
comte  de  Poitiers  :  mais  ce  mariage  est 
avancé  sans  preuve;  il  paroît  cependant 
que  Rainulfe  II  eut*  une  épouse  légitime 
dont  il  n'eut  point  d'enfans. 

ex.  Quoique  Ebles  ne  fût  que  bâtard, 
cependant,  comme  il  étoit  fils  unique  de 
Rainulfe  II,  il  prétendit  lui  succéder  dans  le 
comté  de  Poitiers,  dont  il  s'empara  en  902^ 
sur  Adhémar  son  compétiteur,  &  dans  la 
possession  duquel  il  fut  confirnié%  après  la 
mort  de  ce  dernier,  par  le  roi  Charles  le 
Simple,  à  qui  il  avoit  rendu  des  services^ 
considérables.  Nous  ne  trouvons  à  la  vérité 
aucun  titre  où  il  prenne  la  qualité  de  duc 
d'Aquitaine  :  mais  il  est  certain  par  les 
anciens  historiens  '"  &  par  divers  monumens 
du  dixième  siècle,  postérieurs  à  sa  mort 
arrivée  vers  l'an  935,  qu'il  parvint  à  cette 
dignité".  Le  roi  Lothaire,  parlant  d'Adèle, 
sa  veuve,  s'exprime  en  ces  termes  :  Conso- 
brini  ducisque  potentissimi  Eblonis  conjux 
illustris  Adela  ;  ce  qui  fait  voir  que  le 
P.  Ange  "  a  eu  tort  de  lui  refuser  le  titre 
de  duc  d'Aquitaine  &  de  traiter  d'erreur  le 
sentiment  de  Besly  qui  croit  que  Guillaume 
son  fils  hérita  de  lui  de  ce  duché.  Or  il  ne 
parvint  à  cette  dignité  que  sur  la  fin  de  ses  Éd.orig. 
jours  &  après  la  mort  d'Acfred,  neveu  de  ^.'-ji^ 
Guillaume  le  Pieux,  puisqu'en  926  &  les 

'  Adhémar  de  Chabanais,  p.  i63. 

'  Ibid.  p.   i65. 

'  Voyez  Geoffroi  du  Vigeois. — Labbe,  Bihl,  nova, 
t.  2,  p.  328.  — Marca,  Histoire  de  Béarn,  p.  2o5. 

t  Labbe,  Tabl.  gén.  p.  3o  &  386. 

^  Le  P.  Ange,  Hist.  gén.  t.  i ,  p.  35  j  t.  2,  p.  5 1 3. 

"  Adhémar  de  Chabanais,  p.   i63. 

'  Chronicon  Malleac,  p.  202. 

*  Adhémar  de  Chabanais,  p.  i65. 

^  Labbe,  Bibl.  nova,  t.  i,  p.  325. 

'"  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  p.  244 
&  25  I.  —  Chronicon  Malleac,  p.  202.  —  Martène, 
Ampliss.  Coll.  t.  5,  p.  I  147  8c  1  167.  —  Chronicon 
Rotom.  —  Labbe,  Bibl.  nova,  t.   1 ,  p.  365. 

"  Gallia  Christiana,  nov.  edit,  t.  2,  imtr.  p.  36  I 

"  Le  P.  Ange,  Hist.  gén.  t.  2,  p.  5i3  &  suiv. 


Note 
87 


166 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


années  précédentes  ',  il  ne  portoit  encore 
que  le  simple  titre  de  comte. 

Guillaume  Tète-d'Étoupes,  comte 
DE  Poitiers  et  duc  d'Aquitaine,  et 
SES  successeurs.^ —  Ebles  fut  père  de 
Guillaume  Tète-d'Etoupes,  comte  de  Poi- 
tiers, que  le  roi  Louis  d'Outre-mer  con- 
firma' dans  la  possession  du  duché  d'Aqui- 
taine. Du  même  Guillaume  descendent  les 
autres  comtes  de  Poitiers,  ducs  héréditaires 
d'Aquitaine  dont  la  famille,  après  avoir 
subsisté  jusque  vers  le  milieu  du  douzième 
siècle,  finit  en  la  personne  d'Eléonor , 
héritière  de  ce  duché. 

CXI.  Le  roi  Louis  d'Outre-mer  donna  ^ 
aussi  à  Guillaume  Tète-d'Etoupes  les  comtés 
de  Poitou,  de  Limousin,  de  Vêlai  &  d'Au- 
vergne, ou  le  confirma  dans  leur  posses- 
sion. Les  comtes  de  Poitiers  n'étendoient 
alors  l'autorité  ducale  que  sur  une  partie 
de  l'Aquitaine;  caries  comtes  de  Toulouse, 
qui  exerçoient  dans  ce  temps-là  la  même 
autorité  sur  une  autre  partie  de  cette 
province,  continuèrent  de  se  qualifier  de 
leur  côté  ducs  ou  princes  d'Aquitaine  jusque 
vers  la  fin  du  dixième  siècle.  Ceux-ci 
possédoient  entre  autres  le  Querci,  l'Albi- 
geois &  le  Rouergue,  qui  avoient  tou- 
jours fait  partie  de  l'Aquitaine  propre  , 
outre  le  marquisat  &  comté  de  Toulouse, 
compris  anciennement  dans  ce  royaume. 

CXII.  Il  résulte  de  ce  que  nous  venons 
de  dire  :  1°  que  c'est  avec  raison  que  les 
comtes  de  Toulouse  prirent  anciennement 
le  titre  de  ducs  d'Aquitaine,  dont  ils  étoient 
en  possession  longtemps  avant  que  les  com- 
tes de  Poitiers  ne  se  l'attribuassent;  que 
s'ils  paroissent  l'avoir  abandonné  au  on- 
zième siècle,  ce  ne  fut  que  pour  y  substituer 
celui  de  ducs  de  Narbonne,  &  qu'ainsi  ils 
ont  toujours  joui  de  l'autorité  ducale; 
2°  que  c'est  sans  fondement  qu'un  généalo- 
giste'' moderne  a  avancé  que  Charles  le 
Chauve  supprima  le  royaume  d'Aquitaine 
érigé  par  Charlemagne,  &  qu'il  y  établit  des 

'  Besly,  Hist.  des  comtes  de  Poitou,  p.  218  &  suiv. 

'  Adhémar  de  Chabanais,  p.  166.  —  Chronicon 
Malleac.  p.  202. 

^  Chronicon  Mall/'ac.  p.  202. 

*  Histoire  générale  des  provinces  de  France,  t.  2, 
p.  5io. 


ducs  à  vie.  Car  outre  qu'il  est  certain  que 
Louis  le  Bègue  étoit  actuellement  roi  d'A- 
quitaine lorsque  Charles  le  Chauve,  son 
père,  mourut,  &  que  la  suppression  de  ce 
royaume  par  ce  dernier  n'a  aucun  fonde- 
ment, nous  avons  vu  d'ailleurs  qu'il  y  eut 
toujours  des  ducs  en  Aquitaine,  depuis 
Charlemagne;  3°  que  Guillaume  le  Pieux, 
comte  d'Auvergne,  &  les  comtes  de  Poitiers 
ne  prirent  le  titre  de  ducs  d'Aquitaine  que 
parce  qu'ils  descendoient  de  S.  Guillaume, 
fondateur  de  Gellone  &  duc  de  Toulouse 
ou  d'Aquitaine;  qu'ils  appartenoient  à  sa 
famille,  &  qu'ils  regardoient  ce  duché 
comme  héréditaire  '. 

Il  est  vrai  que,  s'il  faut  en  croire  quelques 
modernes,  Guillaume  le  Pieux  ne  prit  le 
titre  de  duc  d'Aquitaine  que  parce  que 
l'Auvergne,  dont  il  possédoit  le  comté  ou 
gouvernement,  est  qualifiée  duché  dans 
quelques  monumens,  savoir  :  dans  un  di- 
plôme de  Louis  le  Débonnaire  "  de  l'an  825, 
&  dans  une  charte  '  de  l'an  869.  Mais  on 
voit  assez,  par  la  suite  &  le  sens  de  ces  mo- 
numens, que  le  mot  ducatus  y  est  pris  pour 
un  pays  ou  un  gouvernement  particulier  : 
situmin  ducatum  Arvernico  ;  obtinente  ducatum 
ipsius  regionis  JVarino,  &c.  Aussi  voyons- 
nous  qu'entre  ceux  qui  ont  possédé  ce  comté 
sous  la  seconde  race  &  dont  nous  avons  une 
assez  longue  suite,  Guillaume  le  Pieux  & 
Guillaume,  son  neveu,  sont  les  seuls  qui 
aient  pris  ou  à  qui  on  ait  donné  le  titre  de 
ducs.  D'ailleurs,  comme  il  est  certain  qu'il  y 
eut  quelques  comtes  d'Auvergne  qui  furent 
ducs  de  l'Aquitaine  austrasienne  ou  orien- 
tale sous  la  première  race,  le  terme  de 
duché  peut  être  demeuré  à  ce  pays  pendant 
la  seconde;  c'est  ainsi  que  le  Poitou  est 
appelé  iuché  dans  quelques  titres  posté- 
rieurs au  neuvième  siècle,  parce  que  ses 
comtes  étoient  ducs  d'une  partie  de  l'Aqui- 
taine. 


'  Nous  avons  déjà  signalé  à  plusieurs  reprises 
l'erreur  dans  laquelle  les  Bénédictins  étaient  tom- 
bés au  sujet  de  la  descendance  de  S.  Guillaume  de 
Gellone.  Voyez  la  Note  addit.  suivante.  [E.  M.] 

^  Mabillon,  ad  ann.  825,  n.  70. 

^  Justel,  Histoire  des  comtes  d'Auvergne,  p.  10,  & 
Preuves,  p.  11.  —  Baluze,  Histoire  généalog,  de  la. 
maison  d'Auvergne,  Preuves,  p.  8. 


Note 
87 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE. LANGUEDOC. 


.267 


[Note  rectificative  ajoutée  par  les  nouveaux: 
éditeurs.} 

LE   ROYAUME  D'AQUITAINE,  SES   COMTES, 
SES    DUCS    ET    SES    MARQUIS. 

Nous  avons  vu  comment  la  charte  d'Alaon 
avait  surchargé  l'histoire  du  huitième  siè- 
cle de  personnages  apocryphes  &  d'évé- 
nements imaginaires.  Dom  Vaissete,  qui, 
sur  la  foi  de  ce  trop  célèbre  document,  ad- 
mettait que  l'Aquitaine  avait  été  érigée  en 
fief  par  les  rois  mérovingiens  &  que  depuis 
Charibert  elle  n'avait  cessé  d'être  possédée 
à  ce  titre  par  la  famille  du  duc  Eudes,  n'a 
vu  pendant  toute  la  période  carlovingienne 
que  la  continuation  du  même  ordre  de 
choses.  Il  veut  que  le  duché  dont  Toulouse 
était  la  capitale  renfermât  sous  Charle- 
magne  &  Louis  le  Débonnaire  l'Aquitaine 
tout  entière,  depuis  les  Pyrénées  jusqu'à  la 
Loire.  «  Sous  Charlemagne  &  Louis  le  Dé- 
«  bonnaire,  dit-il,  les  comtes  de  Toulouse 
V  étoient  ducs  ou  gouverneurs  généraux  de 
«  tout  le  royaume  d'Aquitaine,  à  l'excep- 
«  tion  de  la  Gascogne,  qui  avoit  ses  ducs 
«  particuliers,  car  les  titres  de  ducs  deTou- 
«  louse  &  de  ducs  d'Aquitaine  étoient  alors 
«  synonymes.  »  Plus  tard,  après  la  mort  de 
Louis  le  Débonnaire,  il  prétend  que  ce 
duché  fut  divisé  en  deux  :  celui  de  Tou- 
louse proprement  dit,  qui  renfermait  les 
provinces  méridionales,  &  celui  de  Poitiers 
qui  comprenait  les  provinces  du  nord.  Au- 
jourd'hui on  sait  combien  les  institutions 
germaniques  ont  été  modifiées  par  l'avéne- 
-ment  des  carlovingiens,  &  il  est  aisé  de  voir 
que  ces  divisions  sont  arbitraires  &  qu'elles 
ne  reposent  sur  aucune  base  solide. 

L'idée  préconçue  d'un  duché  de  Tou- 
louse, embrassant  toute  l'Aquitaine,  a  eu 
pour  conséquence  de  forcer  les  auteurs  de 
VHistoire  de  Languedoc  à  attribuer  dès 
l'origine  aux  ducs  de  Toulouse  une  qualité 
&  des  prérogatives  qu'ils  n'ont  jamais  pos- 
sédées. Elle  les  a  entraînés  aussi  à  com- 
prendre dans  la  série  de  ces  ducs  des  per- 
sonnages qui  n'ont  exercé  aucune  autorité 
sur  ce  pays. 

Il  faut  toutefois  le  dire  à  leur  décharge, 
c'est  comme  malgré  eux  que  les  savants 
Bénédictins  paraissent  s'être  engagés  dans 


Note 

cette  voie,  &  leur  hésitation  se  trahit  sou-    '^^^V^- 
vent  par  les  expressions  qu'ils  emploient  ; 
«  Il  y  a  lieu  de  croire,  »  —  k  il  est  toute- 
fois  assez  vraisemblable,  »   —  «  il   y   a  de 
fortes  présomptions,  »  &c. 

Une  remarque  faite  par  dom  Vaissete,  & 
qu'il  a  eu  le  tort  de  vouloir  ériger  en  règle 
trop  absolue,  a  été  pour  lui  une  autre 
source  d'erreur.  Il  dit  que,  sous  les  règnes 
de  Charlemagne  &  de  Louis  le  Débon- 
naire, les  dignités  de  duc  &  de  comte,  quoi- 
que non  héréditaires,  étaient  néanmoins 
presque  toujours  accordées  par  le  prince 
aux  enfants  de  ceux  qui  les  avaient  déjà 
occupées,  ou,  à  leur  défaut,  à  leurs  plus 
proches  parents;  remarque  qui  peut  être 
vraie,  mais  à  la  condition  qu'on  n'en  tire 
pas  trop  de  conséquences  &  qu'on  tienne 
compte  des  nombreuses  exceptions  que 
constate  l'histoire.  C'est  ce  que  n'a  point 
fait  dom  Vaisçete,  qui,  après  avoir  formulé 
ce  qu'il  croyait  être  une  des  lois  de  l'admi- 
nistration carlovingienne,  s'est  trouvé  pour 
ainsi  dire  forcé,  pour  rester  conséquent 
avec  lui-même,  de  rattacher  à  la  famille  de 
S.  Guillaume  de  Gellone  la  plupart  des 
comtes  qui,  au  neuvième  siècle,  ont  gou- 
verné l'Aquitaine  &  la  Septimanie.  Non- 
seulement  pour  lui  les  marquis  de  la  Mar- 
che d'Espagne  &  les  comtes  nommés  en 
Septimanie  descendent  de  S.  Guillaume, 
mais  les  comtes  de  Poitou  &  ceux  d'Auver- 
gne se  rattachent  à  la  même  famille  par  un 
lien  collatéral. 

Le  savant  Bénédictin,  par  cette  fiction, 
était  parvenu  à  créer,  pour  l'époque  carlo- 
vingienne, un  système  analogue  à  celui 
qu'avait  enfanté,  pour  la  période  mérovin- 
gienne, la  charte  d'Alaon.  L'Aquitaine  du 
neuvième  siècle  se  trouvait  aux  mains  d'une 
même  famille,  comme  celle  du  huitième 
siècle  avait  été  le  domaine  des  descendants 
de  Caribert.  On  conçoit  tout  ce  qu'il 
peut  y  avoir  d'exagéré  dans  un  pareil 
système  qui,  ne  reposant  que  sur  des  con- 
jectures, ne  peut  être  accepté  par  la  criti- 
que moderne. 

Il  faut  avouer  du  reste  que  dom  Vaissete, 
en  abordant  l'étude  de  ces  questions  de  gé- 
néalogies &  de  succession  des  comtes,  a  eu 
à  lutter  contre  des  difficultés  presque  in- 
surmontables.  Il  n'avait  pas  à   sa  disposi- 


Note 

RECTIF. 


168 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


tioii  l'ensemble  des  textes  que  nous  possé- 
dons aujourd'hui;  il  a  cru  pouvoir  accepter 
souvent  les  opinions  de  ceux  de  ses  devan- 
ciers dont  la  réputation  parfaitement  éta- 
blie devait,  à  ce  qu'il  croyait  du  moins,  le 
dispenser  de  recourir  aux  sources  origi- 
nales, &  la  critique  historique  n'avait  pas 
atteint  de  son  temps  le  degré  de  précision 
scientifique  qu'elle  a  acquis  de  nos  jours. 
L'historien  faisait  peu  de  différence  entre 
les  diverses  sources  :  il  mettait  sur  le  même 
rang  la  Légende  de  S.  Genou  &  la  Chroni- 
que d'Eginhard.  Ne  soyons  donc  pas  éton- 
nés de  ce  qu'il  n'est  pas  toujours  arrivé 
juste  au  but. 

Peut-être  trouvera-t-on  que  nous  mettons 
trop  d'insistance  à  signaler,  chez  les  auteurs 
de  l'Histoire  de  Languedoc,  des  erreurs  qui 
ne  sont  après  tout  que  des  imperfections  de 
détail  &  qui  n'affectent  guère  l'ensemble 
de  leur  oeuvre.  Si  nous  agissons  ainsi,  c'est 
parce  que  l'histoire  du  Midi  de  la  France 
antérieure  au  onzième  siècle  n'a  été  l'objet 
d'aucune  étude  nouvelle,  après  la  publica- 
tion de  VHistoire  de  Languedoc.  La  plupart 
des  ouvrages  d'érudition  publiés  depuis  plus 
d'un  siècle  n'ont  fait  que  reproduire  celui 
des  savants  Bénédictins.  L'An  de  vérifier  les 
dates,  quand  il  a  voulu  donner  la  chrono- 
logie des  comtes  d'Auvergne,  de  ceux  du 
Poitou,  &  du  Languedoc,  s'est  borné  à  le 
copier;  c'est  d'après  lui  que  dom  Bouquet 
&  ses  continuateurs  ont  rédigé  celles  de 
leurs  annotations  qui  se  rapportent  aux 
événements  de  l'Aquitaine.  De  leur  recueil 
ces  annotations  sont  passées  dans  celui  de 
M.  Pertz.  Une  nouvelle  étude  de  ces  ques- 
tions, entreprise  au  point  de  vue  d'une 
saine  critique,  peut  donc  avoir  quelque 
intérêt;  quant  à  son  utilité,  elle  est  incon- 
testable. Mais  une  semblable  étude  ne  peut 
avoir  de  valeur  que  si  elle  est  faite  exclusi- 
vement d'après  les  sources  originales,  &  à  la 
condition  de  ne  tenir  compte  des  faits  allé- 
gués par  les  auteurs  précédents  qu'autant 
qu'ils  auront  été  comparés  avec  ces  sources 
&  reconnus  dignes  de  foi;  c'est  la  méthode 
que  nous  comptons  employer.  Nous  ne 
nous  dissimulons  point  les  difficultés  que 
nous  devons  rencontrer  sur  notre  route, 
mais  quand  même  nous  ne  les  surmonte- 
rions pas  toutes,  nous  croyons  cependant 


que  ce  travail  offrira  des  faits  nouveaux, 
&  que,  sur  quelques  points,  nous  appro- 
cherons plus  près  de  la  vérité  que  n'ont  pu 
le  faire  les  auteurs  de  VHistoire  de  Langue- 
doc; non  pas  que  nous  ayons  la  prétention 
de  les  surpasser  en  sagacité,  mais  parce  que 
la  critique  moderne  est  un  instrument  très- 
perfectionné  &  qui ,  par  cela  même,  doit 
conduire  à  de  meilleurs  résultats. 

Pour  introduire  un  peu  de  clarté  dans 
un  sujet  si  compliqué,  nous  exposerons 
d'abord  en  quelques  lignes  quelle  était 
l'organisation  politique  de  l'Aquitaine  sous 
les  carlovingiens  &  quelles  ont  été  ses 
principales  divisions.  Nous  tracerons  en- 
suite la  généalogie  des  familles  qui  ont 
joué  un  certain  rôle  dans  les  événements 
de  ce  pays,  puis  nous  donnerons,  pour 
chaque  ville,  la  liste  chronologique  des  com- 
tes &  des  marquis  qui  les  ont  gouvernées. 

I 

LE   ROYAUME   D'AQUITAINE. 

(778-877) 

La  véritable  conquête  de  l'Aquitaine  par 
les  carlovingiens  ne  date  que  de  778,  épo- 
que où  Charlemagne,  après  son  expédition 
d'Espagne,  résolut,  avant  de  retourner  dans 
le  Nord,  de  donner  à  ce  pays  une  organisa- 
tion qui  pût  le  garantir  contre  les  révoltes 
continuelles  de  ses  habitants  &  permettre 
aux  institutions  germaniques  de  s'implanter 
sur  le  sol  d'une  manière  définitive.  Il  crut 
qu'en  flattant  les  idées  d'indépendance,  qui 
ont  toujours  fait  le  fond  du  caractère  des 
Aquitains,  il  rallierait  plus  facilement  ce 
peuple  à  sa  domination.  Pour  atteindre  ce 
but,  il  érigea  l'Aquitaine  en  royaume  avec 
un  gouvernement  particulier,  &  donna  ce 
nouveau  royaume  à  son  jeune  fils  Louis, 
qu'il  venait  de  faire  baptiser  au  palais  de 
Casseuil.  Les  Aquitains  pouvaient  suppo- 
ser, grâce  à  cette  adroite  combinaison^ 
qu'ils  se  gouverneraient  eux-mêmes  &  qu'ils 
auraient  une  certaine  autonomie.  En  réa- 
lité Charlemagne  conservait  le  pouvoir, 
c'était  lui  qui  administrait  sous  le  nom  de 
son  fils.  Il  commença  par  confier  toutes 
les  fonctions  du  gouvernement  qu'il  insti- 


NOTE 
RECTIF. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


tuait  en  Aquitaine  à  des  hommes  de  race 
franque;  il  choisit  pour  régent  un  homme 
dans  lequel  il  avait  toute  confiance,  Arnoul. 
En  793,  quand  il  dut  lui  trouver  un  succes- 
seur, ce  fut  Meginarius,  homme  sage  & 
profond  politique,  qu'il  investit  de  ces 
délicates  fonctions. 

Sous  les  mérovingiens ,  l'organisation 
germanique  n'avait  pu  être  appliquée  en 
Aquitaine  qu'en  partie  seulement,  &  d'une 
manière  intermittente;  elle  reçut  dès  lors 
une  assiette  plus  stable.  Les  domaines  ap- 


269 

rer  dans  cette  liste  dressée  par  l'auteur  de  la 
Vie  de  Louis  le  Débonnaire  des  villes  comme 
Angouléme,  Rodez  &  Cahors,  qui  avaient 
eu  des  comtes  sous  les  mérovingiens  &  qui 
en  ont  eu  au  neuvième  siècle,  ont  prétendu 
qu'elle  était  incomplète  &  que  la  division 
de  l'Aquitaine  faite  parCharlemagne  en  778 
devait  comprendre  un  plus  grand  nombre 
de  comtés j  qu'il  était  à  présumer  que  l'As- 
tronome ne  nous  avait  transmis  que  les 
noms  des  comtes  qui  étaient  parvenus  à 
sa  connaissance.   Mais  il  ne  peut  en  être 


Note 

KECTIF. 


partenant  au  fisc  furent  donnés  en  bénéfice  ainsi  ;  l'Astronome  est  trop  bien  instruit  des 

à  des  leudes  qui  s'établirent  dans  le  pays  ;  choses  qui  regardent  l'Aquitaine,  pour  ne 

des  Francs  furent  nommés   aux  fonctions  nous  avoir  pas  donné  une  liste  complète  ; 

d'abbés,   qui,  dans  les   riches    monastères,  s'il   n'a   cité    que  neuf  comtés,    c'est   que 

constituaient  aussi  d'importants  bénéfices.  l'organisation  du  premier  royaume  d'Aqui- 

Puis  l'Aquitaine  proprement  dite,    bornée  taine  n'en  comportait  pas  davantage, 

par  la  Loire  au  nord,  la  Loire  &  les  mon-  Quelques-unes    de    ces    circonscriptions 

tagnes  de  l'Auvergne  à    l'est,  la  Garonne  pouvaient,  il  est  vrai,  renfermer,  à  l'exem- 

au  sud-ouest,  fut  divisée  en  neuf  comman-  pie  de  la  Marche  de  Toulouse,  plusieurs 

déments  ou  comtés,  dont  chacun  fut  confié  comtés  proprement  dits;  mais  y  eut-il,  dès 

à  un  homme  brave  &  expérimenté,  choisi  778,  un  comte  à  la  tète  de  chacun  de  ces 

parmi  les  principaux  chefs  francs.  Ces  com-  comtés  particuliers,  comme  il  y  en  eut  un 

tes  furent  :  en  Poitou,  Abbon;   en  Berry,  plus  tard;  &   ce  comte  était-il  placé  sous 

Humbert,  qui  peu  après  fut  remplacé  par  l'autorité  immédiate  du   comte  principal, 

Sturmion;  dans  le  Limousin,  Roger;  dans  comme  ceux  de    la   Marche  se  trouvaient 


l'Auvergne  proprement  dite,  Itier;  en  Vêlai, 
Bull;  en  Périgord,  Wilbod  ou  Guibaud  ; 
dans  l'Albigeois  ,  Haimon  ;  à  Bordeaux , 
Seguin.  La  défense  de  la  Marche  de  Tou- 
louse fut  confiée  à  Chorson'. 

Quelques  historiens'  ne  voyant  pas  figu- 

'  «  Sciens  autem  rex  Carolus  regnum  esse  veluti 
corpus  quoddam  &  nunc  isto,  nunc  illo  incommode 
jactari,  nisi  consilio  &  fortitudine,  velut  quibus- 
dam  raedicis,  sanitas  accepta  tutetur...  ordinavit 
autem  per  totam  Aquitaniam  comités,  abbatesque 
necnon  aiios  plurimos  quos  vassos  vulgo  vocant, 
ex  gente  Francorum ,  quorum  prudentiae  &  forti- 
tudini  nulla  calliditate,  nulla  vi  obviare  fuerit 
tutum,  eisque  commisit  curam  regni  prout  utile 
judicavit,  finium  tutamen  villarumque  regiarum 
ruralem  provisionem.  Et  Biturigae  civitatis  primo 
Humbertum,  paulo  post  Sturmium  praefecit  comi- 
tem  :  porro  Pictavis  Abbonem,  Petragoricis  autem 
Wilbodum,  sed  &  Arvernis  Iterium,  necnon  Valla- 
giae  BuUum,  sed  &  Tholosae  Chorsonem,  Bur- 
digalis  Siguinum,  Albigensibus  vero  Haimonem , 
porro  Lemovicis  Rothgarium.  »  Vita  Hludovici  Pu, 
Pertz,  t.  2,  p.  608. 

'  Notamment  Pierre  de  Marca,  Marca  Hispanica, 

C.    252. 


sous  celle  du  marquis  de  Toulouse?  c'est 
ce  que  nous  ne  saurions  décider.  Ce  qui 
paraît  certain ,  c'est  que  l'Aquitaine  fut 
alors  divisée  en  neuf  circonscriptions  prin- 
cipales, dont  la  plus  considérable  était  le 
duché  ou  Marche  de  Toulouse. 

Ce  duché  était  borné  à  l'ouest  &  au  sud- 
ouest  par  les  Gascons  rendus  tributaires, 
mais  non  encore  soumis,  &  au  sud-est  par 
les  Sarrasins  d'Espagne,  qui  occupaient 
toutes  les  montagnes.  C'était  un  gouverne- 
ment essentiellement  militaire,  qui  renfer- 
mait huit  comtés,  savoir  :  ceux  de  Toulouse, 
de  Carcassonne',  de  Narbonne*,  de  Ma- 
guelonne%    d'Agde^,    de    Nimes',    d'Elne 

'  Le  premier  comte  carlovingien  connu  de  Car- 
cassonne s'appelait  Dellonj  il  vivait  vers  l'an  800 
environ,  &  peut-être  avant. 

"  Le  plus  ancien  comte  carlovingien  de  Nar- 
bonne  est  cité  en  781;  il  s'appelait  Milon, 

'  Amicus,  comte  de  Maguelonne,  est  cité  en  791. 

■*  Leibulfe  était  comte  d'Agde  en  812. 

'  Un  comte,  nommé  Raoul,  fut  institué  à  Nimes 
par  Pépin,  en  759.  On  ignore  les  noms  de  ses  suc- 
cesseurs. 


Note 

RECTIF. 


270 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


&  de  Fezensac'.  Nous  ne  faisons  pas  figu- 
rer Béziers  dans  cette  liste,  parce  que  nous 
croyons  qu'Agde  &  Béziers  faisaient  partie 
du  même  comté,  &  qu'il  n'y  avait  qu'un 
comte  pour  gouverner  ces  deux  villes  \ 
Ces  comtés  étaient  administrés  par  des  com- 
tes ;  celui  de  Toulouse  prenait  le  titre  de 
duc  ou  de  marquis. 

Cette  première  organisation  du  royaume 
d'Aquitaine  resta  à  peu  près  la  même 
jusqu'en  806.  Cependant  la  Marche  de 
Toulouse  avait  subi,  avant  cette  époque, 
d'importantes  modifications  :  elle  s'était 
augmentée  des  comtés  d'Ausone,  de  Girone, 
d'Ampurias,  d'Urgel,  de  Barcelone  &  de 
Besalu,  dont  les  territoires  conquis  sur  les 
Sarrasins  lui  furent  annexés.  Charlemagne, 
par  le  partage  de  ses  Etats,  qu'il  fit  à  Thion- 
ville,  en  806,  entre  ses  enfants',  augmenta 
considérablement  l'étendue  du  royaume 
d'Aquitaine,  qui  appartenait  à  son  fils 
Louis.  A  l'Aquitaine  proprement  dite,  s'é- 
tendant  depuis  la  Loire  jusqu'aux  Pyrénées 
&  renfermant  la  Gascogne,  la  Septimanie 
&  la  Marche  d'Espagne  ou  de  Toulouse, 
furent  ajoutés  le  Nivernais,  l'Avalonnais, 
l'Auxois,  le  Châlonnais,  le  Maçonnais,  le 
Lyonnais,  la  Savoie  &  la  Provence,  jus- 
qu'aux Alpes  &  à  la  mer. 

L'Aquitaine  subit  une  modification  plus 
importante  encore,  lorsque  Louis  le  Débon- 
naire, en  817,  associa  son  fils  Lothaire  à 
l'empire^.  Par  le  partage  qui  suivit  cet  acte 
solennel,  fait  à  Aix-la-Chapelle  le  trentième 
jour  de  juin,  Pépin  devait  avoir  l'Aquitaine 

'  L'Astronome,  auteur  de  la  Fie  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire,  rapporte  qu'en  801  Burgund,  comte  de 
Fezensac,  mourut,  «  Burgundio  cornes  Fedentia- 
cus,  »  que  Liutard  fut  nommé  à  sa  place,  &  que  les 
Gascons  supportèrent  difficilement  ce  changement. 
Le  comitatus  Fedentiacus  est  le  comté  de  Fezensac. 
Depuis  la  ruine  d'Eause,  le  château  de  Fezensac 
était,  à  ce  qu'il  paraît,  devenu  la  capitale  de 
VElusaticus  pagus j  que  l'on  trouve  encore  cité 
néanmoins  sous  ce  dernier  nom  dans  des  chartes 
du  huitième  siècle.  Le  comté  de  Fezensac  fut  con- 
quis sur  les  Gascons  indépendants  par  Guillaume, 
en  791.  Cette  contrée  fit  alors  partie  de  la  Marche 
de  Toulouse.  (Pertz,  t.  2,  p.  612.) 

'  Voyez  ci-après  $  xv,  les  comtes  d'Jgde, 

'  Divisio  imp.  an  no  806,  Pertz,  Leges,  t.  1 ,  p.  iç3. 

*  Ihid.  anno  817,  Peitz,  Leges^  t.  i,  p.   198. 


proprement  dite,  la  Gascogne,  toute  la 
Marche  de  Toulouse  &  quatre  comtés, 
savoir  :  Carcassonne,  en  Septimanie,  Autun, 
Avallon  &  Nevers,  en  Bourgogne.  L'empe- 
reur se  réserva  pour  sa  part,  qui  était  aussi 
celle  de  Lothaire,  la  Provence  &  la  Gothie 
ou  Septimanie,  à  l'exception  du  comté  de 
Carcassonne  donné  à  Pépin.  La  Marche  de 
Toulouse  fut  donc,  en  817,  séparée  en 
deux  parties  dont  chacune  eut  son  marquis 
particulier. 

Par  suite  de  cet  accord,  la  Marche  de 
Toulouse  proprement  dite  se  trouva  ré- 
duite au  territoire  du  Toulousain,  à  celui 
de  Fezensac  &  au  comté  de  Carcassonne. 
La  Marche  d'Espagne  ou  Gothie  avait  Bar- 
celone ou  Narbonne  pour  capitale.  Outre 
les  comtés  placés  au  delà  des  monts,  elle 
renfermait  toute  la  Septimanie,  à  l'excep- 
tion du  comté  de  Carcassonne,  &  se  trouvait 
composée  des  comtés  de  Narbonne,  de  Ra- 
zès,  de  Maguelonne,  d'Agde,  de  Nimes, 
d'Elne  ou  de  Roussillon,  d'Ausone,  de 
Girone,  d'Ampurias,  d'Urgel,  de  Barcelone 
&  de  Besalu. 

Dans  le  partage  fait  en  83o  par  Louis  le 
Débonnaire  au  détriment  de  Lothaire,  par- 
tage qui  n'eut  pas  d'effet,  le  royaume  d'Aqui- 
taine reçut  une  augmentation  considérable 
au  nord,  par  l'addition  de  vingt-huit  pagi 
situés  entre  la  Loire  &  la  Seine  ;  mais  au 
sud  rien  ne  fut  changé  aux  limites  de  817. 
La  Gothie  continua  à  n'en  pas  faire  partie". 

Il  n'en  fut  pas  ainsi  dans  le  partage  défi- 
nitif fait  par  l'empereur  en  889,  entre  ses 
fils  Lothaire  &  Charles'.  La  Septimanie, 
avec  ses  Marches,  fit  retour  au  royaume 
d'Aquitaine,  qui  était  le  lot  de  Charles. 
Mais  cette  disposition  n'eut  pas  un  effet 
immédiat,  parce  qu'après  la  mort  de  Louis 
le  Débonnaire,  arrivée  en  840,  Charles  le 
Chauve  ne  fut  pas  immédiatement  reconnu 
en  Septimanie  pour  le  souverain  légitime, 
comme  plusieurs  chartes  le  constatent.  Ce 
ne  fut  qu'en  848  que  Lothaire  &  Charles, 
étant  parvenus  à  s'entendre  entre  eux, 
firent  un  nouveau  partage,  en  vertu  duquel 
les  limites  de  l'Aquitaine  furent  encore  re- 

'  Divisio  imperii,  anno  83o,  Pertz,  Leges,  t.  i, 
p.  356. 

*  Ibid.  anno  SSp,  Pertz,  Leges,  t.  i,  p.  434. 


N0T8 

RECTir. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


271 


maniées.  Le  Vivarais  &  le  diocèse  d'Uzès  après  il  mourut  en  prison.  A  partir  de  cette 
furent  retranchés  de  ce  royaume,  &  ces  époque,  le  fils  de  Charles  le  Chauve  régna 
provinces  avec  le  Lyonnais  &  les  pays  limi-  sans  compétiteur,  mais  il  mourut  peu  après, 
trophes  du  Rhône  échurent  à  Lothaire.  A  le  29  septembre  866.  Le  royaume  d'Aqui- 
la  mort  de  celui-ci,  arrivée  en  855,  le  Viva-  taine  passa  alors  à  Louis  le  Bègue,  son  frère, 
rais  &  le  diocèse  d'Uzès  furent  compris  dans  qui  fut  couronné  '  roi  en  867. 
le  royaume  de  Provence.  Ces  deux  provin-  Ces  changements  de  prince  ne  purent 
ces  rentrèrent  en  la  possession  de  Charles  s'effectuer  sans  apporter  de  nouvelles  mo- 
le Chauve,  en  870,  en  vertu  du  partage  des  difications  aux  limites  de  l'Aquitaine.  En 
États  de  Lothaire  II  fait  alors  entre  ce  855,  lorsque  ce  royaume  fut  attribué  au 
prince  &  son  frère  Louis,  roi  de  Germanie".  jeune  Charles,  le  Poitou,  l'Angoumois  &  la 

Depuis  l'année  848  jusqu'en  865,  l'état  Saintonge  n'en,  furent  plus  séparés  comme 
politique  de  l'Aquitaine  subit  de  nom-  après  le  traité  de  845.  On  lui  rendit  aussi 
breuses  vicissitudes.  Pépin  II,  que  Louis  le  les  comtés  situés  entre  la  Loire  &  la  Seine, 
Débonnaire,  dans  le  partage  de  889,  avait  Autun,  Nevers,  Tonnerre,  Auxerre,  Aval- 
privé  de  la  succession  paternelle,  n'avait  Ion,  Châlons  &  Mâcon,  en  un  mot,  tout  ce 
pas  tardé,  après  la  mort  de  cet  empereur,  à  qui  en  853  formait  les  circonscriptions  du 
réclamer  ses  droits;  il  les  soutint  les  armes  onzième  &  du  douzième  missatîcum\ 
à  la  main,  &  ses  tentatives  ayant  été  quel-  En  865,  après  la  retraite  définitive  de  Pc- 
quefois  couronnées  de  succès,  Charles  le  pl"?  il  y  eut  une  réorganisation  complète 
Chauve  lui  rendit  l'Aquitaine'  en  845,  par  'le  la  Septimanie  ou  Marche  d'Espagne.  Le 
le  traité  de  Fleuri-sur-Loire;  mais  par  le  comté  de  Razès  en  fut  distrait  &  réuni  au 
même  traité  il  en  restreignit  considérable-  duché  de  Toulouse'.  La  Gothie  fut  alors 
ment  les  limites.  Les  comtés  d'Autun,  de  divisée  en  deux  parties*  :  la  première  con- 
Mâcon,  de  Châlons,  de  Nevers,  de  Ton-  tinua  à  porter  le  nom  de  Gothie;  elle  se 
nerre,  d'Auxerre  &  d'Avallon,  c'est-à-dire  composa  des  comtés  de  Narbonne,  d'Elne, 
toute  la  portion  de  la  Bourgogne  située  en-  d'Agde,  de  Maguelonne  &  de  Nimes;  la 
tre  la  Seine  &  la  Loire  qui  en  avait  autre-  seconde,  à  laquelle  fut  réservée  plus  parti- 
fois  fait  partie,  en  furent  distraits;  il  y  culièrement  la  qualification  de  Marche 
manquait  déjà  le  Vivarais  &  rUzège;  Char-  d'Espagne,  renferma  les  comtés  de  Barce- 
les  en  retrancha  encore  les  comtés  de  Poi-  ^one  &  d'Ampurias,  d'Ausone,  de  Girone, 
tiers,  d'Angoulème  &  de  Saintes,  qu'il  se  d'Urgel  &  de  Besalu  \ 
réserva  spécialement^  Telles  furent  les  différentes  vicissitudes 

Ce  traité  n'eut,  par  le  fait,  qu'une  durée  P^^-  lesquelles    passa    le    royaume   d'Aqui- 

éphémère;    Pépin   n'ayant  pas   tardé   à  se  taine,  depuis  sa  première  organisation  en 

brouiller    de    nouveau     avec    Charles     le  778  jusqu'à   l'année  877,   où  par    l'avéne- 

Chauve,    fut  dépossédé  en   848    &    rétabli  ment  de  Louis  le  Bègue  au  trône  de  France, 

plusieurs  fois,   en    sorte    que    l'Aquitaine  il  se  trouva  définitivement  réuni  au  reste 

eut  pour   rois,    de   848  à  85o,   Charles    le  de  la  monarchie. 
Chauve;  de  85o  à  852,  Pépin;  de  852  à  853, 

Charles  le  Chauve;  en  854,  Louis,  fils  de  '  'S.ieWailly,  Élém. de  Paléographie, t.  i, -p. i^g. 

Louis,  roi  de  Germanie,  &  Pépin;   en   855,  "  Ce  qui  prouve  que  ces  comtés  furent  retranchés 

Charles,  fils  de  Charles  le  Chauve,  qui  fut  ^^  l'Aquitaine  depuis  840  jusqu'en  855,  c'est  qu'ils 

ensuite    deux    fois    remplacé    par  Pépin     &  forment  deux  des  douze  missatica  qui  composaient 

deux  fois  rétabli.  Enfin,  en  865,   Pépin  'fut  ^^  royaume^ de  Charles  en  853.  Voyez  Pertz,  Leges, 
livré  à  Charles  le  Chauve,  &  peu  de  temps 


Noie 

RFCTir. 


'  Divïiio  regni  Hlotharii,  Pertz,  Leges,  t.  i ,  p.  5 1 7. 
'  Annal.    Berlin.    —    Recueil    des    Historiens    de 
France,  t.  7,  p.  63. 

'  Annales     Bertiniani     &    Annales     Trecenses.  — 
Pertz,  t.  1,  p.  441. 


t.  I,  p.  428. 

^  Hincmar,  Annales  Remenses.  —  Pertz,  t.  i, 
p.  493. 

■*  lèid.  p.  467. 

'  La  Marche  d'Espagne  ne  renferma  d'abord  que 
ces  six  comtés;  plus  tard  elle  en  comprit  un  plus 
grand  nombre,  par  suite  de  la  subdivision  de  plu- 
sieurs d'entre  eux. 


Note 

RECTIF. 


272 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


II 


ORIGINE  DE  S.    GUILLAUME  DE  GELLONE. 
HISTOIRE   DE    SA    FAMILLE. 

Guillaume,  plus  connu  sous  le  nom  de 
S.  Guillaume  de  Gellone ,  était  fils  de 
Théodoric  ou  Thierry  &  d'Aldane.  Son 
père  était  allié  à  la  famille  de  Charlemagne, 
propinquus  erat  régis,  dit  Eginhard';  il  avait 
des  terres  en  Bourgogne,  dans  l'Auxois  & 
le  pays  d'Autun,  ce  qui  fait  supposer  qu'il 
était  originaire  de  ce  pays.  Il  assista  en  778 
à    la    rédaction   du   testament   par    lequel 


révoltés,  en  employant  tour  à  tour  la  force 
&  la  persuasion";  c'est  alors  que  fut  créé 
&  annexé  à  la  Marche  le  comté  de  Fezen- 
sac,  dont  Burgund  fut  le  premier  comte\  Il 
organisa  ensuite  plusieurs  expéditions  con- 
tre les  Sarrasins,  qui  avaient  tenté  d'envahir 
de  nouveau  la  Septimanie,  aida  à  conquérir 
sur  eux  les  comtés  d'Ampurias,  de  Girone, 
d'Ausone  &  de  Barcelone,  &  se  démit  en 
806  de  ses  fonctions,  pour  prendre  l'habit 
monastique  dans  l'abbaye  de  Gellone,  qu'il 
avait  fondée  &  à  laquelle  il  devait  donner 
son  nom.  Il  mourut  en  812  '. 

Guillaume,  dans  l'acte  par  lequel  il  dote, 


Note 

RECTIF. 


Fulcrad,  abbé  de  Saint-Denis,  légua  tous  ^'^  ^°4,  l'abbaye  de  Gellone%  nous  apprend 

ses  biens  à  cette  abbaye,  y  compris  ceux  ^^'^^    ^^ait    plusieurs    frères  ,   Theudoin  , 

que  Théodoric  lui-même  lui  avait  cédés  \  Théodoric    &    Adalelme    ou    Aleaume,   & 

Théodoric  prit  une  part  active  aux  guerres  ^^^^  sœnrs,  Albe  &  Berthe.  Ce  que  nous 

contre  les  Saxons,  il  commandait  en   782  ^^""^'^^   ^^^  Theudoin,   Adalelme,    Albe   & 


une  expédition  contre  ces  peuples';  en  791 
il  fit  la  guerre  en  Pannonie,  sur  les  bords 
du  Danube.  Surpris  par  les  Saxons  en  798, 
le  sixième  jour  de  juillet,  au  dire  des  An- 
nales de  Saint-Amand'',  il  périt  dans  le 
combat,  &  les  troupes  qu'il  commandait 
furent  massacrées  ^ 

Guillaume,  son  fils,  avait  été  élevé  à  la 
cour  de  Charlemagne,  parmi  les  jeunes 
Francs  que  ce  prince  faisait  instruire  sous 
ses  yeux  dans  la  pratique  des  armes  &  de 
l'administration®.  Lorsqu'en  790,  à  la  diète 
de  Worms,  Chorson,  duc  de  Toulouse, 
eut   été    révoqué    de    ses    fonctions,   pour 


Berthe,  se  borne  à  cette  simple  mention, 
&  ce  n'est  qu'à  l'aide  de  conjectures  peu 
dignes  de  l'histoire,  que  dom  Vaissete  a  pu 
supposer  qu'ils  avaient  laissé  de  nombreux 
descendants.  La  charte  que  nous  venons  de 
citer  nous  apprend  encore  que  Guillaume 
avait  été  marié  deux  fois,  qu'il  avait  d'abord 
épousé  Cunégonde  &  ensuite  Guitberge 
ou  Witberge;  elle  nomme  aussi  ses  fils 
Bernard,  Witcharius  ou  Witchaire,  Gau- 
celme  ou  Gauscelin,  &  sa  fille  Helimbruch; 
mais  elle  est  loin  de  mentionner  tous  les 
enfants  de  Guillaume.  Un  autre  document, 
dont  l'importance  est  capitale,  le  Manuel 


s'être  laissé  battre  par  les  Gascons,  Guil-      ^^  DoJane,  entre  à  cet  égard  dans  de  plus 


laume  fut  chargé  de  défendre  contre  eux 
la  Marche  d'Espagne,  dont  Toulouse  était 
alors  la  capitale,  &  qui,  avec  le  Toulou- 
sain, renfermait  toute  la  Septimanie'.  Le 
premier  soin  de  Guillaume,  en  prenant 
possession  de  ce  commandement,  fut  de 
faire  rentrer  dans  le    devoir  les   Gascons 


'  «  Quitus  in  ipsa  Saxonia  obviavit  Theodo- 
ricus  cornes  propinquus  régis  cum  his  copiis.  » 
Eginhard,  Annales,  ad  ann.  782.  —  Pertz,  Monum. 
t.   I,  p.   169. 

*  Mabillon,  Acta  Sanctorum  ordinis  S.  Benedicti, 

'  Eginhard,  ^n«aZe5,  — Pertz,  t.  1 ,  p.  169. 

^  Pertz,  t.  2,  p.  14. 

^  Eginhard,  Annales,  —  Pertz,  t.   i,  p.   172. 

^  Vita  S.  Guillelmi  Gellonensïs, 

'  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  ci-dessus,  J  1. 


grands  détails.  Dodane,  qui  écrivait  en  842, 
nomme  parmi  les  parents  de  son  mari, 
morts  pour  la  plupart  à  cette  époque , 
Guillaume,  son  père,  Cunégonde  &  Wit- 
berge,  femm'es  de  ce  dernier,  Théodoric, 
frère  de  Guillaume,  Gaucelme,  Guarnarius 
ou  Warnarius,  Aribertus  ou  Héribert,  ses 
fils,  Gariberge  &  Rodlinde,  ses  filles,  frè- 
res &  sœurs  de  son  mari  Bernard  ^  Warna- 


'  Vita  Hludov'ici  imp.  Pertz,  t.  2,  p.  609. 

'  Vita  Hludovici ,  Recueil  des  Histor.  de  France^ 
t.  6.  p.  91 . 

'  Vita  S.  Guillelmi  Gellonensis, 

^  Voyez  ci-après,  aux  Preuves ^  Chartes  8c  Di- 
plômes, n.  XII. 

^  «  Nomina  defunctorum  quos  de  quibusdam 
praedictis  supra  praetermissis  personis  his  brevia- 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


273 


rius  doit  être  évidemment  le  même  que  celui 
qui  est  appelé  dans  la  charte  Witcharius,  & 
nous  savons  d'ailleurs  qu'Héribert,  qui  eut 
les  yeux  crevés  en  83o',  &  Gerberge  qui  fut 
noyée  dans  la  Saône  en  834,  par  ordre  de 
Lothaire% étaient  l'un  fils  &  l'autre  fille  de 
Guillaume.  D'un  autre  côté,  quoique  Béra, 
qui,  avec  sa  femme  Romille,  fonda  l'abbaye 
d'Alet,  vers  l'an  8i3,  ne  soit  mentionné 
ni  dans  la  charte  de  804,  ni  dans  le  Manuel 
de  Dodane,  nous  avons  tout  lieu  de  croire 
qu'il  étaitfils  de  Guillaume  j  Béra  se  dit  lui- 
même,  dans  la  charte  de  fondation  d'Alet, 
fils  de  feu  le  comte  Guillaume'.  Or,  le 
comte  Guillaume  était  mort  en  812,  ce  qui 
s'accorde  parfaitement. 

Nous  n'avons  aucun  renseignement  sur 
Warnier(ouWitchaire),  qui  mourut  proba- 
blement en  combattant  avec  ses  frères  con- 
tre Lothaire.  Nous  ne  sommes  pas  mieux 
renseignés  sur  le  sort  d'Helimbruch  &  de 
Rodlinde,  filles  de  Guillaume  :  l'une  des 
deux  épousa,  à  ce  qu'il  paraît,  le  comte 
"Wala  qui  depuis  fut  abbé  de  Corbie.  Il 
en  est  autrement  de  Bernard ,  d'Héribert 
de  Gaucelme  &  de  Gerberge^  ces  personna- 
ges ont  tous  joué  un  rôle  important  dans 
les  dissensions  de  Louis  le  Débonnaire  & 
de  ses  enfants. 

Mais  avant  de  nous  étendre  sur  le  compte 
de  ces  derniers,  nous  devons  rapporter  ici 

tos  agnoscè.  Id  sunt  Willelmus,  Cuhngundis,  Ga- 
riberga  ,  Witburgis,  Theodoricus,  Gothzelmus , 
Guarnarius,  Rodlindis.  Sunt  namque  ex  praedicta 
genealogia,  Deo  auxiliante,  jungentes  in  saeculô, 
quorum  vocatio  illi  manet  percuncta  qui  eos  crea- 
vit,  ut  voluit. 

«  Quisquis  de  tua  migraverit  stirpe,  quod  non 
est  aliud  nisi  in  potestate  Dei ,  quando  jusserit, 
ipse  similiter  &  de  domino  Ariberto  avunculo  tuo, 
rogo  tu,  si  superstes  fueris,  nomen  illius  cum 
praescriptis  personis  supra  jubé  transcribi,  orando 
illum.  »  Manuale  Dodanae.  — Mabillon,  Acta  Sanc- 
torum  ordinis  S.  Benedicti,  saec.  4,  t.  i,  p.  ySS.  — 
Il  existe  à  la  Bibliothèque  impériale  une  copie  du 
Manuel  de  Dodane.  C'est  celle  dont  s'est  servi  Ma- 
billon pour  imprimer  les  extraits  de  cet  ouvrage. 
Ce  qui  est  inédit  peut  avoir  un  certain  intérêt  au 
point  de  vue  de  la  littérature  théologique,  mais 
n'en  a  aucun  pour  l'histoire. 

'  Annal.  Bertin.  Pertz,  t.  i,  p.  425. 

*  Nithard,  Hist.  dans  Pertz,  t.  2,  p.  6z3. 

'  Preuves^  Chartes  &  Diplômes,  n.  XVII. 

II. 


ce  que  l'histoire  nous  apprend  au  sujet  de 
Théodoric,  frère  de  S.  Guillaume.  Ce  comte 
occupait  un  rang  élevé  près  de  Louis  le 
Débonnaire.  Dodane  parle  de  lui  comme 
d'un  personnage  considérable,  pour  lequel 
elle  avait  une  estime  toute  particulière.  Il 
exerça  les  fonctions  de  mîssus  ou  de  com- 
missaire impérial  dans  les  comtés  d'Autun, 
de  Nevers  &  d'Auxerre,  depuis  l'an  816  au 
moins,  jusqu'en  820.  Nous  avons  plusieurs 
notices  des  plaids  qu'il  tint  en  cette  qualité  ' 
&  dans  lesquels  il  prononça  sur  des  diffé- 
rends relatifs  au  fisc  ou  domaine  impérial 
de  Perreci.  Les  biens  dont  il  avait  hérité  du 
duc  Théodoric,  son  père,  étaient  situés  dans 
le  même  pays.  En  826,  il  tint  sur  les  fonds 
de  baptême  son  petit- neveu  Guillaume, 
fils  de  Bernard  &  de  Dodane  %  &  dut  mou- 
rir entre  les  années  828  &  83o.  Comme  il 
n'avait  pas  d'enfants,  il  légua  tous  ses  biens 
à  Guillaume,  son  filleul  &  son  petit-ne- 
veu, &  comme  celui-ci  n'était  pas  en  âge 
de  recevoir  ces  biens,  il  pria  l'empereur, 
auquel  il  en  confia  la  garde,  d'être  son  exé- 
cuteur testamentaire  &  de  remettre  à  Guil- 
laume, quand  il  serait  temps,  les  domaines 
qu'il  lui  léguait,  pour  en  jouir  comme  il 
en  avait  joui  lui-même.  Louis  le  ^Débon- 
naire mourut  avant  d'avoir  rempli  les  in- 
tentions du  comte  Théodoric.  Après  la  ba- 
taille de  Fontenay,  Guillaume  vint  trouver 
Charles  le  Chauve  &  lui  demanda  de  le 
mettre  en  possession  des  biens  qui  avaient 
appartenu  à  sa  famille  en  Bourgogne, 
à  la  condition  qu'il  se  recommanderait  à 
lui  ,  c'est-à-dire  qu'il  se  déclarerait  son 
homme'.  Charles  le  Chauve  acquiesça  à  la 

'  Cartulaïre  de  Perreci,  Chartes  3,  5,  7,  8  &  9, 
&  Recueil  de  Pérard. 

*  «  Nec  hoc  praetereundum  est,  fili,  de  illo,  qui 
te  ex  meis  suscipiens  brachiis,  per  lavacrum  rege- 
nerationis  filium  adoptavit  in  Christo.  Nomen 
autem  ejus  appellatum  est,  dum  vivit,  domnus 
Theodoricus,  nunc  vero  quondam  nutritor,  etiam 
atque  amator  tuus  fuerat  in  cunctis,  si  ei  licuisset. 
Suscepit  eum,  ut  credimus,  Abrahae  sinus,  te  quasi 
primogenitum  parvulum  relinquens  in  saeculo,  sua 
cuncta  domno  &  seniori  nostro,  ut  prodesse  tibi 
valerent  in  omnibus  remanserunt.  »  Manuale  Do- 
danae. —  Mabillon,  Acta  Sanctorum  ordinis  sancti 
Benedicti,  saec.  4,  t.  i,  p.  ySS. 

'  «  Nam   Bernardus   dux  Septimaniae...  filium 

18 


Note 

KECTIF. 


Note 

RECTir. 


274 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


demande  du  jeune  Guillaume  &  l'appela 
auprès  de  lui  pour  achever  son  éducation 
militaire.  C'est  ce  dernier  événement,  la 
résidence  de  Guillaume  auprès  du  roi,  qui 
détermina  Dodane  à  adresser  à  son  fils  son 
Manuel,  dzns  lequel  il  pourrait  trouver  une 
règle  de  conduite  pour  ses  nouvelles  fonc- 
tions'. Revenons  maintenant  aux  fils  de 
S.  Guillaume. 

Bernard,  qui  passe  pour  l'aîné,  est  le  plus 
connu;  il  fut  nommé  comte  de  Barcelone 
après  la  révocation  du  ducBéra.  Il  ne  paraît 
pas  cependant  avoir  succédé  immédiatement 
à  ce  dernier  comme  marquis  de  Gothie, 
&  peut-être  n'obtint-il  ce  titre  qu'en  827, 
lorsque  son  frère  Gaucelme  eut  été  révo- 
qué de  ses  fonctions  par  l'empereur  pour 
avoir  mal  dirigé  la  guerre  contre  les  Sarra- 
sins'. Ce  n'est  en  effet  que  l'année  sui- 
vante, en  828,  qu'on  trouve  Bernard  qua- 
lifié pour  la  première  fois  par  l'auteur 
de  la  Vie  de  Louis  le  Débonnaire  de  co- 
rnes limitum  &  partium  Hispaniae^  ^  titre 
équivalant  à  celui  de  marquis  ou  de  duc  qui 
lui  est  attribué  dans  la  suite.  Bernard  avait 
épousé  le  premier  jour  de  juillet  de  l'année 
822,  au  palais  d'Aix-la-Chapelle,  Dodane, 
qui  était  peut-être  sœur  de  Louis  le  Débon- 
naire ''.  S'il  était  réellement  le  beau-frère 
de  l'empereur,  on  pourrait  ainsi  expli- 
quer tout  à  la  fois  sa  fortune  rapide,  les 
jalousies  qu'il  excita  parmi  les  Francs  & 
son  attachement  inviolable  pour  la  per- 
sonne de  Louis  le  Débonnaire,  attache- 
ment qui  le  porta  à  sacrifier  toute  sa  fa- 
mille pour  la  défense  de  ce  prince  &  à  s'at- 

suum  Willelmum  ad  illum  direxit,  &  si  honores 
quos  idem  in  Burgundia  habuit,  eidem  donare 
vellet,  ut  se  illi  commendaret  praecepit.  Quam  le- 
gationem  bénigne  excepit  &  sicut  postulaverat, 
per  omnia  concessit.  »  Nithard,  Pertz,  t.  2,  p.  662. 

'  «  Audivi  enim  quod  genitor  tuus  Bernardus  in 
manus  domini  te  commendavit  Caroli  régis,  admo- 
neo  te  ut  hujus  negotii  dignitatem  usque  ad  per- 
fectum  voluntati,  operam  des.  »  Manuale  Dodanae, 
—  Mabillon  ,  Acta.  Sanctorum  ordin'is  sancti  Bene- 
dicti,  saec.  4,  t.  I,  p.  755. 

'  Eginhard,  Annales,  ad  ann.  827.  —  Pertz,  t.  1 , 
p.  359. 

'  Vita    Hludovîci  tmperatoris,  Pertz,  t.  2,  p.  632. 

^  Manuale  Dodanae,  dans  les  Acta  Sanctorum  or- 
dieis  sancti  Benedicti,  saec,  4,  t.  2,  p.  756. 


tirer,  de  la  part  de  Lothaire  &  de  Charles 
le  Chauve,  une  haine  qui  ne  s'éteignit  qu'à 
la  mort  du  dernier  de  ses  descendants'. 
Bernard  eut  de  sa  femme  Dodane  deux  fils  : 
Guillaume,  né  le  29  novembre  826,  &  Ber- 
nard ,  né  à  Uzès  le  22  mars  841  '.  Révo- 
qué en  844,  il  fut  jugé  par  ses  pairs  & 
condamné  à  être  décapité  pour  crime  de 
rébellion  &  pour  excès  de  pouvoir  '. 

D.  Vaissete  veut  qu'après  la  mort  de  Ber- 
nard, Guillaume  son  fils  aîné  ait  été  pourvu 
du  duché  de  Toulouse;  mais  il  n'allègue 
d'autre  preuve  de  ce  fait  qu'un  passage  de 
la  Chronique  d'Adhémar  de  Chabanais  qui 
est  loin  d'être  explicite  &  qui  renferme  de 
telles  erreurs  qu'on  ne  peut  y  ajouter  la 
moindre  confiance'*.  Il  est  plus  vraisembla- 
ble de  croire  qu'après  la  mort  de  son  père, 
Guillaume  se  retira  dans  les  terres  que  son 
grand-cncle  lui  avait  léguées  dans  le  comté 
d'Autun  &  dont  il  était  entré  en  jouissance 
après  la  bataille  de  Fontenay,  en  841.  Ce- 
pendant, en  849,  Guillaume  voulut  s'empa- 
rer sur  le  comte  Isembert,  fils  de  Warin,  & 
sur  Aledran,  comte  de  Barcelone,  de  cette 
dernière  ville,  à  laquelle  probablement  il 
prétendait  avoir  des  droits.  Il  fit  d'abord 
Aledran  prisonnier  &  se  rendit  momentané- 
ment maître  des  comtés  de  Barcelone  & 
d'Ampurias;    mais  Aledran  ayant  recouvré 

'  Manuale  Dodanae,  dans  les  Acta  Sanctorum  or- 
dinis  sancti  Benedicti,  saec.  4,  t.  2,  p.  766. 

'  Baluze  prétend  que  c'est  à  tort  que  Mabillon  a 
imprimé  ainsi  ce  passage  du  testament  de  Dodane  : 
Inchoatio  hujus  lihelli  secundo  anno  ohitus  Ludovici 
quondam  mei  fratris.  II  dit  avoir  vu  le  manuscrit 
dont  le  fragment  publié  par  le  savant  bénédictin 
avait  été  tiré,  &  que  ce  manuscrit  portait  fort  lisi- 
blement :  Inchoatio  hujus  lihelli  secundo  anno  ohitus 
Ludovici  condam  imperatoris ,  II  kal.  decemhris. 
Cela  peut  être;  néanmoins  la  copie  dont  s'est  servi 
Mabillon,  car  c'est  bien  une  copie  &  non  un  ex- 
trait, existe  encore  aujourd'hui  à  la  Bibliothèque 
nationale  &  elle  est  conforme  à  l'imprimé.  D'ail-, 
leurs,  si  Dodane  n'avait  pas  été  la  sœur  de  Louis 
le  Débonnaire,  pourquoi  se  serait-elle  attachée  à 
nous  faire  savoir  que  c'était  au  palais  d'Aix-la- 
Chapelle,  in  Aquisgrani  palatio,  qu'elle  avait  épousé 
Bernard,  &  pourquoi  ce  mariage  aurait-il  eu  lieu 
dans  le  palais  impérial,  s'il  ne  se  fût  agi  d'une 
princesse?  Voyez  Marca  Hispanica,  p.  349. 

'  Ann.  Bertin.  ad  ann.  844. 

''  Labbe,  Bihliotheca  nova  mss.  t.  2,  p.  162. 


NOTK 
RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


la  liberté,  les  choses  changèrent  de  face; 
Guillaume,  fait  à  son  tour  prisonnier,  fut 
condamné  à  mort  en  85o,  &  exécuté  comme 
rebelle".  Il  n'avait  guère  plus  de  vingt-qua- 
tre ans  &  ne  paraîtpas  avoir  été  marié;  du 
moins  ne  laissa-t-il  pas  de  postérité. 

Bernard  ,  son  frère,  que  nous  appelle- 
rons Bernard  fils  de  Dodane,  n'avait  alors 
que  neuf  ans.  C'est  lui  qui ,  selon  dom 
Vaissete,  fut  comte  d'Auvergne,  marquis  de 
Gothie  après  le  fils  de  Blichilde,  &  père 
de  Guillaume  le  Pieux.  Mais  le  savant  bé- 
nédictin a  confondu  ici  Bernard  ,  fils  de 
Dodane,  avec  Bernard,  fils  de  Letgarde  ou 
Liutgarde,  comte  d'Auvergne  %  dont  il  n'a 
pas  soupçonné  l'existence.  La  première 
fois  qu'il  est  fait  mention  de  Bernard,  fils 
de  Dodane,  c'est  en  864;  il  avait  alors  vingt- 
trois  ans  &  se  trouvait  le  dernier  survivant 
de  sa  famille.  Charles  le  Chauve  était  à  la 
diète  de  Pistres  &  l'avait,  à  ce  qu'il  paraît, 
confirmé  dans  la  possession  des  biens  tenus 
jadis  en  bénéfice  par  son  frère  Guillaume  en 
Bourgogne.  Au  nombre  de  ces  bénéfices  se 
trouvait  peut-être  le  comté  d'Autun.  Mais 
le  jeune  Bernard  était  loin  de  se  montrer 
reconnaissant  de  ce  que  le  roi  ne  l'avait 
pas  entièrement  privé  des  biens  de  sa  fa- 
mille; il  ne  pouvait  oublier  que  Charles  le 
Chauve  avait  été  l'ennemi  de  tous  les  siens, 
qu'il  avait  ordonné  la  mort  de  son  père  & 
celle  de  son  frère  Guillaume  &  il  ne  son- 
geait qu'à  la  vengeance.  Ayant  obtenu,  sous 
prétexte  de  retourner  dans  ses  terres  ,  l'au- 
torisation de  quitter  la  diète  avant  sa  con- 
clusion, il  partit  de  nuit  &  se  cacha  avec 
une  troupe  de  gens  armés  dans  une  forêt 
voisine  de  Pistres.  Il  s'y  mit  en  embuscade 
dans  le  but ,  disent  les  uns  ,  de  surprendre 
le  roi;  pour  tuer,  selon  les  autres ,  Ro- 
bert le  Fort,  comte  d'Anjou,  &  Ranulfe  I, 
comte  de  Poitiers,  les  principaux  conseillers 
du  roi  &  les  ennemis  de  sa  famille.  Le 
roi  ayant  eu  connaissance  de  ce  complot , 
envoya  des  gens  pour  s'emparer  de  sa  per- 
sonne ,  mais  Bernard  put  s'échapper  & 
prendre  la  fuite.  Charles  fit  immédiate- 
ment instruire  son  procès  à  la  diète  de  Pis- 
tres &  il  fut  condamné  à  perdre  ses  hon- 

'  Chronicon  Fontanell.  Pertz,  t.  2,  p.  3o2. 
*  Voyez  ci-après  5  VI  de  cette  Note. 


neurs  &  ses  dignités,  dont  le  roi  disposa 
en  faveur  de  Robert  le  Fort,  à  la  vie  du- 
quel Bernard  avait  voulu  attenter'. 

Bernard  tint  peu  de  compte  de  la  sen- 
tence prononcée  contre  lui;  il  se  main- 
tint à  main  armée  dans  le  comté  d'Autun; 
&  soit  que  Robert  le  Fort  ,  auquel  ce 
comté  avait  été  donné,  n'ait  pu  réussir  à 
s'en  emparer,  soit  qu'il  en  ait  été  em- 
pêché par  les  Normands  qui  exigeaient 
sa  présence  sur  les  bords  de  la  Loire  ,  il 
fut  le  premier  à  conseiller  au  roi,  en  866, 
de  donner  à  son  fils  Louis  un  bénéfice  dont 
il  ne  pouvait  jouir'.  Charles  suivit  son 
conseil ,  mais  cette  nouvelle  disposition  ne 
fit  point  abandonner  à  Bernard  la  voie 
dans  laquelle  il  était  entré;  il  fallut  em- 
ployer la  force  pour  le  contraindre  à  céder. 
Surpris,  en  872,  après  une  longue  résis- 
tance, par  une  bande  d'hommes  armés  que 
Bernard,  fils  de  Blichilde,  avait  envoyés  con- 
tre lui,  il  périt  dans  la  mêlée'.  Charles,  en 
apprenant  sa  mort,  donna  le  comté  d'Autun 
au  marquis  de  Gothie  en  récompense  du 
service  qu'il  lui  avait  rendu.  Ainsi  finit, 
sans  laisser  de  postérité,  le  dernier  des- 
cendant de   Guillaume  de  Gellone. 

Arrivons  aux  autres  enfants  de  Guillaume 
dont  nous  n'avons  pas  encore  parlé. 

'  864.  Bernardus  Bernardi  quondam  tyranni 
carne  &  moribus  filius,  licentia  régis  accepta  de 
eodem  placito,  quasi  ad  honores  suos  perrecturus, 
super  noctem  armata  manu  regreditur  &  in  sylva 
se  occulens,  ut  quidam  dicebant,  regem  qui  patrem 
suum  Francorum  judicio  occidi  Jusserat,  &  ut  qui- 
dam dicebant,  Rodbertum  &  Ramnulfum  régis  fidè- 
les malitiis  occidere  locum  &  horam  exspectat.Quod 
régi  innotuit  &  mittens  qui  eum  caperent  &  ad 
praesentiam  illius  adducerent,  fuga  slbi  consuluit; 
unde  judicio  suorum  fidelium  honores  quos  ei  de- 
derat  rex  recepit  &  Rodberto  fideli  suo  donavit. 
(Hincmar,  Annal.  Remenses.  —  Pertz,  t.  ! ,  p.  466.) 

'  866.  Carolus  Rodberto  comiti  abbatiam  S.  Mar- 
tini donat  &  ejusconsilio  honores  qui  ultra  Sequa- 
nam  erant  per  illius  complices  dividit,  comitatum 
quoque  Augustidunensem,a  Bernardo  filio  Bernardi 
super  Rodbertum  occupa  tum,  Hludowico,  filio  suo, 
ipsius  Rodberti  consilio,  ad  eum  ditandum  commit- 
tit,  (Hincmar,  Annal.  Rem.  —  Pertz,  t.  i ,  p.  471 .) 

'  872.  Wibaudus  autem  ad  pontem  Liudi  ad 
Carolum  venit;  nam  illuc  pro  quibusdam  in  Bur- 
gundia  causis  componendis  perrexerat;  ubi  nun- 
tiatur  ab  hominibus  Bernardi   filii   Bernardi,  Ber- 


NoTE 
KECTIF. 


Note 

«ECTIFt 


276 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


TABLEAU  GENEALOGIQUE  DE  LA  FAMILLE  DE  S.  GUILLAUME. 


Théodoric,  duc 
des  Francs,   tué 
par  les  Saxons  en, 
793,  épousa   Al-\ 
dane,  dont  il  eut  : 


Guillaume  de  Gel- 
lone,  duc  ou  mar- 
quis de  Toulouse  en 
790,  se  fit  religieux 
en  806,  mourut  en 
812.  Epousa  Cuné- 
gonde  &  Guitberge, 
dont  il  eut  : 

Teudoin ,  cité  en 


Adalelme  ou  A- 
leaume,  cité  en  804. 

Théodoric,  com- 
missaire impérial 
en    Bourgogne 


Bernard ,  comte  de  Barcelone  en  820, 
marquis  de  Septimanie  en  828;  épouse,  en 
824,  Dodane,  sœur  de  Louis  le  Débon- 
naire; nommé  camérier  en  829;  décapité 
en  844;  eut  deux  enfants,  Guillaume  & 
Bernard. 

Héribert  a  les  yeux  crevés  en  83o  ;  vi- 
vait encore  en  842,  au  dire  de  Dodane. 

Witcharius  ou  Guarnier,  cité  en  804, 
était  mort  en  842. 

Gaucelme  ou  Gaucelin,  comte  de  Rous- 
sillon,  cité  en  807,  en  812  &  en  829,  mis 
à  mort  en  834,  après  la  prise  de  Châlons. 

Gariberge  ou  Gerberge,  religieuse,  noyée 
dans  la  Saône,  en  834,  par  ordre  de  Lo- 
thaire. 

Helimbruch. 

Rodlinde,  morte  en  842. 


Béra  L  comte  de  Carcassonne  &  de  Ra- 
„  „  ,  zès,  se  dit  fils  de  Guillaume  en  8i3  ;  avait 

816  &  821.    Mort    épousé  Romille,  dont  il  eut  : 
sans    enfants  vers  , 
828  ,    après  _  avoir 
légué  ses   biens    à 
Guillaume,  son  pe- 
tit-neveu. 
Albe ,    citée    en 


Berthe,  citée  en 
804. 


(?)  N.,  frère  de 
Théodoric". 


Hildebrand,  com- 
ite  d'Autun  de  796 
à  827.  (Voyez  ci- 
'  après  la  descendan- 
,  ce  de  ce  comte.) 


Guillaume,  né  le  29  novembre  826,  dé- 
capité en  85o,  à  Barcelone. 

Bernard,  né  le  22  mars  841,  obtient  le 
comté  d'Autun  en  864,  veut  attenter  à  la 
vie  de  Charles  le  Chauve,  est  banni,  & 
s'empare  de  force  du  comté  d'Autun;  est 
tué  en  872. 


Argilla  vivait  en  844,  ( 
eut  pour  fils  :  | 

Rotrude  épousa  Ala-l 
rie,  comte  d'Ampurias,| 
qui  eut  pour  enfants  :    / 


Béra  II ,  comte 
de  Razès  en  846. 

Anna,  citée  en 


Auriols. 


'  Nous  faisons  précéder  d'un  point  d'interrogation  (?)  les  degrés  ou  les  personnages  dont  l'existence  ne  nous  est  pas  attestée 
positivement  par  les  textes. 


Note 

KECTIF. 


1°  Gaucelme  ou  Gaucelin  est  un  des 
huit  comtes  auxquels  Charlemagne  adressa, 
en  812,  son  diplôme  en  faveur  des  Goths 
établis  en  Septimanie ,  qui  avaient  fui  de- 
vant les  persécutions  des  Sarrasins  d'Espa- 
gne'5  il  était  alors  comte  de  Roussillon 
&  le  fut  un  peu  plus  tard  d'Ampurias.  Les 
chartes  lui  donnent  le  titre  de  marquis  \ 
Il  paraît  en  effet  avoir  succédé,  comme 
marquis  de  Septimanie  ou  de  Gothie,  à 
Béra  le  Goth;  mais  en  827  ou  828,  il  fut 
probablement  révoqué  de  ses  fonctions  , 
ainsi  que  plusieurs  comtes  de  la  Marche 

nardus,  qui  Vitellus  cognominabatur,  occisus  & 
ejus  honores  praedicto  Bernardo  sunt  dati.  (Hinc- 
mar,  Annal.  Remenses.  —  Pertz,  t.  i,  p.  494.) 

'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XVI. 

*  Marco.  Hispanka,  Append.  n,  12,  &  Recueil  des 
historiens  de  France,  t.  8,  p.  465. 


d'Espagne,  pour  avoir  mal  dirigé  la  guerre 
contre  les  Sarrasins'.  En  829,  c'est  à  son 
frère  Bernard  qu'on  donna  le  titre  de  mar- 
quis, &  celui-ci  le  garda  jusqu'en  844. 

Gaucelme,  quoique  révoqué  de  ses  fonc- 
tions de  marquis,  resta  néanmoins  posses- 
seur du  comté  de  Roussillon.  Attaché  à  la 
fortune  de  son  frère,  il  prit  part  à  ses  dif- 
férentes expéditions  contre  les  enfants  de 
Louis  le  Débonnaire.  Fait  prisonnier  dans 
Châlons-sur-Saône,  par  Lothaire,  en  884,  il 
eut  la  tète  tranchée  par  ordre  de  ce  prince, 
tandis  que  Gerberge ,  sa  sœur,  qui  était 
religieuse,  &  qui  fut  prise  en  même  temps 
que  lui,  fut  enfermée  dans  un  tonneau  & 
noyée  dans  la  Saône'. 

'  Eginhard,  Annales,  ad  ann.  827.  —  Pertz,  t.  2, 
p.  217. 

'  Nithard,  Hist.  —  Pertz,  t.  2,  p.  633. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


277 


2°  Un  autre  fils  de  Guillaume,  Héribert , 
était  déjà  tombé,  en  83o,  entre  les  mains 
des  partisans  deLothaire,  &  malgré  l'in- 
térêt que  lui  portait  l'empereur,  il  eut  les 
yeux  crevés  '. 

3°  Quant  à  Béra,  le  dernier  dont  il  nous 
reste  à  parler,  il  était  comte  de  Razèsj  c'est 
lui  qui,  dans  la  charte  par  laquelle  il  fonde, 
vers  8i3,  avec  sa  femme  Romille,  l'abbaye 
d'Alet,  nous  apprend  qu'il  était  fils  de  Guil- 
laume de  Gellone  '.  Il  eut  un  fils  nommé 
Argilla,  qui  probablement  fut  son  succes- 
seur au  comté  de  Razès,  &  une  fille  appelée 
Rotrude,  qui  épousa  Alaric,  comte  d'Ampu- 
rias  \  Argilla  eut  un  fils  nommé  Béra  comme 
son  père ,  qui  fut  aussi  comte  de  Razès. 
Béra  deuxième  du  nom  est  cité  en  844  &en 
846  \  Il  avait  un  successeur  en  85o,  ce  qui 
fait  supposer  qu'à  cette  époque  il  ne  vivait 
plus.  On  ne  sait  s'il  eut  des  enfants,  car  les 
chartes  &  les  chroniques  n'en  font  point 
mention  &  ils  ne  lui  succédèrent  pas  au 
comté  de  Razès. 

Dom  Vaissete  s'est  donc  livré  à  de  pures 
hypothèses  quand  il  a  prétendu  que  la  plu- 
part des  comtes  de  la  Septimanie  &  ceux 
d'une  partie  de  l'Aquitaine  tiraient  leur 
origine  de  la  famille  de  S.  Guillaume,  & 
il  a  commis  une  grave  erreur  quand  il  a 
considéré  Bernard,  fils  deDodane,  comme 
le  père  de  Guillaume  le  Pieux ,  fondateur 
de  Cluny.  C'est  ce  que  fera  mieux  com- 
prendre le  tableau  précédent,  qui  offre  la 
généalogie  de  toute  la  famille  de  Guillaume 
de  Gellone. 


III 


HILDEBRAND,  PREMIER  COMTE  D'AUTUN. 
—  HISTOIRE  DE  SA  FAMILLE. 

Si  l'on  tenait  absolument  à  retrouver  une 
branche  collatérale  de  la  famille  de  S.  Guil- 
laume de  Gellone,  ce  n'était  point  en  Aqui- 
taine, ni  en  Poitou,  qu'il  fallait  aller   la 

'  Hlotarius  de  Italia  perveniens,  placituin  illic 
hatuit,  &  Herebertum  fratrem  Bernard!  excaecari 
jussit.  — Annal.  Bert.  Pertz,  t.   r,  p.  425. 

'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n,   XVII. 

^  Marco.  Hispanica,  append.  n.   18  &  19. 

*  Ibii.  Ibïd. 


chercher,  mais  en  Bourgogne.  Nous  avons 
signalé  ce  pays  comme  ayant  été  le  berceau 
de  la  famille  de  S.  Guillaume;  nous  avons 
vu  que  Théodoric,  frère  de  ce  dernier, 
avait  longtemps  exercé  les  fonctions  de 
commissaire  impérial  ou  de  mîssus,  dans 
le  pays  d'Autun  &  dans  l'Auxois,  &  qu'il  y 
possédait  des  biens  considérables,  qu'il  lé- 
gua en  mourant  à  Guillaume,  son  filleul  & 
son  petit-neveu. 

Le  plus  ancien  comte  carlovingien  d'Au- 
tun, dont  le  nom  soit  parvenu  jusqu'à  nous, 
est  Hildebrand  ou  Childebrand,  qui  figure 
pour  la  première  fois  comme  comte  & 
comme  commissaire  du  roi,  dans  un  plaid 
tenu  en  796'.  Nous  avons  lieu  de  croire 
que  Hildebrand  appartenait  à  la  même  fa- 
mille que  S.  Guillaume,  &  que  son  père 
pouvait  être  le  frère  du  duc  Théodoric  qui 
fit  la  guerre  aux  Saxons.  Dans  ce  cas,  il  se- 
rait cousin  germain  de  S.  Guillaume  &  de 
son  frère  Théodoric,  qui  fut  commissaire 
de  Louis  le  Débonnaire  dans  la  province  de 
Bourgogne.  Plusieurs  raisons  nous  portent 
à  faire  cette  supposition  :  d'abord  la  per- 
sistance du  nom  de  Théodoric  porté  à  cha- 
que génération  par  un  membre,  au  moins, 
de  la  famille  de  Hildebrand,  puis  cette  con- 
sidération que  S.  Guillaume  &  ses  frères 
étaient  originaires  du  pays  d'Autun;  qu'ils 
possédaient  dans  ce  pays  des  biens  en  bé- 
néfices, &  qu'il  paraît  y  avoir  toujours  eu 
une  étroite  union  entre  les  descendants  de 
S.  Guillaume  &  la  famille  du  premier  comte 
d'Autun. 

Les  généalogistes,  qui  ont  voulu  rattacher 
les  Capétiens  aux  Carlovingiens,  ont  pré- 
tendu que  Hildebrand  descendait  de  Nebe- 
lung  ou  Nevelong,  qu'ils  font  petit-fils 
de  Pépin  le  Gros  &  neveu  de  Charles 
Martel;  mais  cette  filiation  ne  s'appuie  que 
sur  une  charte  dont  la  fausseté  est  évi- 
dente". Le  nom  du  père  de  Hildebrand, 
comte  d'Autun,  reste  donc  incertain,  &  rien 
n'empêche  qu'il  ne  puisse  être  le  frère  du 
duc  Théodoric,  tué  par  les  Saxons  en  793. 

Le  comte   Hildebrand  %    qui    vécut    au 

'  Cartul.  de  Perreci,  n.  4. —  Voyez  aussi  le  Re- 
cueil de  Pérard. 

*  Gallia  Chr'ist'tana,  t.  4,  Instr.  coL  46. 
^  Recueil  de  Pertz,  Leges,  t.  i,  p.  256. 


Note 

RECTIF. 


Note 

RECTIF. 


278 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


GENEALOGIE   DE  LA   FAMILLE   D'HILDEBRAND ,  COMTE   D'AUTUN. 


Note 

JIECTIF, 


Eckard  reçut,  en  838,  en  bénéfice  le  fisc 
impérial  de'Perrcci;  est  cité  comme  7nis- 
stis  en  85g,  fait  son  testament  en  876  ;  il 
avait  épousé  Aldegonde  &  Richilde,  &  mou- 
rut sans  enfants. 


'  Hildebrand,  com- 
te d'Autun,  796- 
827,  épousa  Dyna- 
me,  &  eut  entre  au- 
tres enfants  : 


(?)  N.,  frère  de 
Théodoric,  père 
de  S.  Guillaume 
de  Gellone  '. 


\     N. 


Richard ,  mort  jeune. 


Théodoric  exerça  les  fonctions  de  »a»s- l     Théodoric  rendit,  en  885,  aux  religieux 
sus  sous  Charles  le  Chauve;   nommé  ca-  1  de  Fleuri-sur-Loire  des  biens  qui  avaient 
mérier  de  Louis  le  Bègue  &  comte  d'Autun  <  été  injustement  retenus  par  son  père, 
en  878,  mourut  en  879.  11  eut  pour  en-  1 

fants  :  /     N.,  fille  mariée  à  Ursus,  qui  renonce,  eu 

[  885,  avec  son  beau-trère  Théodoric,  aux 

Adane,  religieuse  ;  vivait  encore  en  876.  \  biens  retenus  par  son  beau-père. 


(?)  N. 


Gerberge,  que  le  comte  Eckard  appelle 
sa  nièce  dans  son  testament. 


i     Eckard,  cité  par  le  comte  Eckard  dans 
son  testament. 
N. 


(?)  Nevelong   ou  Nebelung,    comte  de 
Nevers  en  818. 

1     (})  Bertrade,  abbesse  de  Faremoustier. 
(?)  Tetberge,  femme  de  Lothaire. 


Théric,  cité,  en  876,  dans  le  testament 
I  d'Eckard. 

'     Adhémar,  cité,  en  876,  dans  le  testament 
d'Eckard. 


Vinetius,  cité  comme  neveu 
d'Eckard  en  876. 


Vinetius. 


'  Nous  faisons  précéder  d'un  point  d'interrogation  (?)  les  degrés  ou  les  personnages  dont  l'existence  n'est  pas  positivement 
établie  par  les  textes. 


moins  jusqu'en  827,  eut  de  sa  femme 
Dyname,  deux  fils,  Eckard  ou  Heccard  & 
Théodoric,  plus  une  fille,  Adane,  religieuse 
à  Faremoustier". 

Eckard,  cité  pour  la  première  fois  en  838, 
dans  un  diplôme  de  Pépin  I,  roi  d'Aqui- 
taine, par  lequel  ce  prince  lui  accorde  le 
fisc  de  Perreci  en  bénéfice'  eut  deux  fem- 
mes, Aldegonde  &  Richilde;  il  mourut  sans 
enfants,  vers  l'année  876,  comme  on  peut  le 
présumer  d'après  son  testament'.  Il  était 
certainement  parent  du  comte  Eckard,  tué 
en  844  à  la  bataille  d'Angoulème,  où  pé- 
rirent Hugues,  abbé  de  Saint-Bertin,  fils 
naturel  de  Charlemagne,  &  Richbaut,  abbé 
de  Saint-Riquier,  neveu  de  Louis  le  Débon- 

'  Cartul.  de  Perreci,  n.  14.  — Voyez  aussi  le 
Recueil  de  Pérard,  p.  23. 

'  Cartul.  de  Perreci^  n.    10. 

'  Nunc  vero  peto  karitati  vestrae  ut  istiusmodi 
nostram  consubstantiam  dispensetis,  ea  vero  ratione 
ut  si  Deus  nobis  filium  aut  filiam  intérim  non  de- 
derit,  in  prlmis  donate  Deo  &  S.  Mariae  &  S.  Be- 
nedicto  &  Floriaco  monasterio...  villam  quae  voca- 
Xur  Patriciacus,  &c.  (Testament  du  comte  Eckard, 
Cartul.  de  Perreci,  n.    14.)  —  C'est   la  raison  pour 


naire";  mais  nous  ne  pouvons  préciser  quel 
était  leur  degré  de  parenté.  Le  dernier 
avait  deux  fils  qui  furent  faits  prisonniers 
à  la  même  bataille;  un  d'eux  s'appelait 
aussi  Eckard  ,  il  est  mentionné  dans  le  tes- 
tament d'Eckard,  comte  d'Autun,  sous  le 
nom  d'Eckard,  fils  d'Eckard  '. 

Théodoric,  frère  d'Eckardj  comte  d'Au- 
tun, fut  employé  comme  commissaire  par 
Charles  le  Chauve  dans  plusieurs  affaires 
importantes'.  En  877,  il  fut  pourvu  des 
ionctions  de  camérier  ou  garde  du  trésor 
royal;  il  devint  comte  d'Autun  la  même 
année,  lors  de  la  révocation  de  Bernard, 
marquis  deSeptimanie,  &  mourut  en  879*. 
Il  laissa  deux  fils  &  une  fille,  Richard,  qui 
mourut  peu  de  temps  après  lui,  &  Théo- 
doric, qui  figure  en  885  dans  une  renon- 
ciation qu'il  fit  avec  Ursus,  son  beau-frère, 


laquelle   le  domaine    de    Perreci    est    devenu    un 
prieuré  de  Saint-Benoît-sur-Loire. 

'  Recueil  des  Hlst.  de  Fr.  t.  7,  p.  487. 

'  Cartul.  de  Perreci,  n.   14. 

^  Pertz,  Leges,  t.   1 ,  p.  462. 

^  Cartul.  de  Perreci,  n.  17. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


79 


entre  les  mains  de  Théotbert,  abbé  de 
Fleuri-sur-Loire ,  des  biens  que  le  feu 
comte  Eckard  avait  donnés  par  son  testa- 
ment à  ce  monastère  pour  le  repos  de 
son  âme  &  de  celles  de  ses  parents,  biens 
que  le  comte  Théodoric,  leur  père,  avait 
retenus  injustement  en  prétendant  qu'ils 
devaient  lui  revenir  par  droit  de  succes- 
sion". 

La  famille  du  comte  Hildebrand  se  con- 
tinua probablement  encore  pendant  plu- 
sieurs degrés,  mais  les  documents  ne  nous 
ont  rien  révélé  sur  le  sort  de  ces  derniers 
descendants.  Faire  de  plus  amples  recher- 
ches à  ce  sujet  serait  d'ailleurs  sortir  des 
limites  que  nous  nous  sommes  tracées.  Nous 
avons  résumé  ce  qui  vient  d'être  dit  dans  le 
tableau  placé  en  tète  de  la  page  278. 


IV 


EMENON,    COMTE    DE  POITIERS.  — 
HISTOIRE   DE  SA   FAMILLE. 

C'est  en  838  qu'on  trouve  mentionnés 
pour  la  première  fois  par  les  chroniqueurs 
Emenon,  comte  de  Poitiers,  &  ses  frères 
Turpion  &  Bernard'.  Ces  trois  personna- 
ges étaient-ils  fils  du  comte  Bernard,  qui 
administra  pendant  près  de  vingt  ans  le 
comté  de  Poitou  &  auquel  Emenon  suc- 
céda, étaient-ils  Aquitains  d'origine?  C'est 
ce  qu'on  ne  saurait  décider  avec  certitude. 
Il  se  peut,  néanmoins,  qu'ils  soient  les  fils 
du  comte  Bernard,  nommé  à  Poitiers  par 
Louis  le  Débonnaire  en  814  ou  8i5.  Eme- 
non est  un  nom  d'origine  germanique , 
comme  Bernard  &  Turpion. 

Quoique  cité  en  838  seulement,  il  y  a 
apparence  qu'à  cette  époque  Emenon  était 
déjà  comte  de  Poitiers  depuis  plusieurs 
années 5  créature  de  Pépin  I,  roi  d'Aqui- 
taine, lorsque  ce  prince  mourut,  il  resta 
fidèle  à  sa  famille,  &  se  mit  à  la  tête  des 
Aquitains,  qui  demandaient  pour  roi  son 
fils,  le  jeune  Pépin  II.  Ce  fut  la  cause  de  sa 
perte  :  révoqué  en  839  par  l'empereur  Louis 
le  Débonnaire,    qui  était   venu  à  Poitiers 


'  Cartul,  de  Perreci,  n.   17. 
'  Hincinar,  Annal.  Rem. 


Pertz,  t.  1 


.  P- 


5u. 


pour  faire  couronner  son  fils  Charles,  il  dut 
quitter  le  Poitou.  Emenon  avait  deux  frè- 
res, Turpion,  comte  d'Angoulème,  tué  en 
863,  &  qui  mourut  sans  enfants',  &  Ber- 
nard, dont  nous  parlerons  plus  bas.  Il  mou- 
rut en  866'  &  laissa  deux  fils  encore  jeunes, 
Adhémar'  &  Adalelme  ou  Aleaume^. 

Adhémar,  qui  pendant  près  de  vingt  ans 
fut  l'ennemi  irréconciliable  de  Ranulfe  II, 
comte  de  Poitou,  s'empai-a  de  ce  comté 
en  893  après  en  avoir  chassé  le  jeune  Eble, 
fils  de  Ranulfe  11%  &  se  fit  confirmer 
dans  cette  usurpation  par  le  roi  Eudes  aux 
intérêts  duquel  il  s'était  toujours  montré 
fort  dévoué.  Il  fut  comte  de  Poitou  pen- 
dant neuf  ans  seulement ,  de  893  à  902  , 
Eble  étant  parvenu  cette  année-là  à  recou- 
vrer ses  domaines®.  Adhémar  avait  épousé 
Sancie  ou  Sanche ,  fille  de  Guillaume  ï, 
comte  de  Périgord,  &  comme  il  nen.  eut 
pas  d'enfant',    en  lui  s'éteignit  le   dernier 

'  Anno  863.  Turpio  cornes  Engolismensis  cum 
Normannis  congressLis,  occidens  eorum  regem  no- 
mine  Maurum  &  ab  eo  ipse  occiditur.  {^Chron'icon 
Adhem.  —  Rec,  des  hist.  de  Fr.  t.  7,  p.  227.  —  Anno 
863,  4  non.  octob.) — Turpio  cornes,  miles  fortissi- 
muscum  Normannis  congreditur  &  occiditur.  {Chro- 
nicon  Engol.  —  Rec.  des  hist,  de  Fr.  t.  7,  p.  222-223.) 

'  Voici  comment  la  Chronique  d'Adhémar  de 
Chabanais  rapporte  ces  différents  événements  sous 
l'année  889  : 

«  Idem  imperator,  audita  morte  Pipini  filii  sui, 
decrevit  Pipinum  filium  ejus  parvum  educari  pênes 
se  in  Francia.  Emeno  vero  cornes  Pictavinus  con- 
tra voluntatem  imperatoris  voluit  éleva re  in  regem 
Aquitaniae  filium  Pipini.  Hac  de  causa  imperator 
motus  ira  Pictavis  venit  &  inde  Emenonem  expulit 
&  fratrem  ejus  Bernardum,  &  Ramnulfum,  filium 
Girardi  comitis  Arvernensis,  nepotem  Willelmi 
fratris  Girardi,  comitem  Pictavis  praefecitTurpio- 
nem  vero  comitem  constituit  Egolismae  &  Raterium 
comitem  praeposuit  Lemovicae.  Emeno  quoque  ad 
Turpionem  fratrem  suum  se  contulit,  Bernardus 
vero  ad  Rainaldum  comitem  Arbatilicensem.  Impe- 
rator vero  filium  SLUim  Carolum  Calvum  in  Aqui- 
tania  regnare  fecit  &  Pipinum  Parvulum  secum 
addaxit  in  Franciam  ad  nutriendum.  (^Recueil  des 
historiens  de  France,  t.  7,  p.  224.) 

'  Chronicon  S.  Maxentii  Pictayensisj  édition  Mar- 
chegay  8c  Mabille,  p.  369. 

"*  Odo  Cluniacensis,  Fita  S.  Geraldi. 

^  Chronicon  S.  Maxentii  Pictav.  p.  372. 

«  Uid. 

^  Ibid.  p.  375. 


Note 

RECTIF. 


Note 

RECTIF. 


180 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


représentant  de  la  famille  du  comte  Eme- 
non.  Il  mourut  en  926'. 

Aleaume  ou  Adalelme,  son  frère,  n'est 
connu  que  par  la  Vie  de  S.  Géraud,  écrite 
par  Odon,  abbédeCluny\  Selon  ce  biogra- 
phe, il  périt  dans  une  attaque  qu'il  avait 
dirigée  contre  le  château  d'Aurillac. 

Bernard,  le  plus  jeune  des  deux  frères 
d'Emenon,  partagea  sa  disgrâcej  chassé  de 
Poitiers  en  889,  il  se  retira  auprès  de  Rai- 
naud,  comte  d'Herbauges,  &  périt  en  844 
dans  une  rencontre  avec  Lambert,  comte 
de  Nantes.  Il  avait  épousé  Blichilde,  fille 
de  Roricon  I,  comte  du  Maine  &  nièce 
de  Gauzbert,  mort  en  862  en  combattant 
également  contre  Lambert.  Il  laissa  deux 
enfants  en  bas  âge,  l'un  appelé  comme  lui 
Bernard  &  l'autre  Emenon. 

Bernard,  fils   de  Bernard,  que  nous  ap- 


contre  Charles  le  Chauve,  fut  excommunié 
en  878  au  concile  de  Troyes  &  révoqué  de 
ses  fonctions.  Il  mourut  en  879  ou  en  880, 
sans  laisser  de  postérité,  quoique  dom 
Vaissete  prétende,  mais  à  tort,  comme  nous 
le  prouverons  au  chapitre  suivant,  qu'il  est 
le  père  de  Ranulfe  II  &  de  Gauzbert,  sou 
frère. 

Emenon,  frère  de  Bernard,  fils  comme 
lui  de  Blichilde,  a  été  confondu  par  plu- 
sieurs historiens,  notamment  par  les  édi- 
teurs du  huitième  &  du  neuvième  volume 
du  Recueil  des  historiens  de  France,  &  par 
M.  Pertz',  avec  Emenon,  comte  de  Poitou, 
son  oncle.  Mais  ce  dernier  mourut  en  866, 
&  ce  n'est  qu'après  cette  époque,  que  son 
neveu  commence  à  jouer  un  rôle  dans  l'his- 
toire. Attaché  à  la  fortune  d'Hugues,  fils  na- 
turel de  Lothaire,  il  prit  part  à  la  révolte  de 


Note 

RECTIF. 


pellerons   Bernard  ,   fils    de   Blichilde,  du      ce  prince.  En  878,  il  s'empara  par  surprise 


nom  de  sa  mère,  pour  le  distinguer  des 
nombreux  personnages  de  même  nom  qui 
ont  vécu  à  la  même  époque,  fut  nommé 
marquis  de  Gothie  par  Charles  le  Chauve, 
en  865.  C'est  celui  que  dom  Vaissete  appelle 
Bernard  II,  marquis  de  Gothie,  &  qu'il 
prétend  à  tort  avoir  été  nommé  comte  de 
Poitou,  en  866,  à  la  mort  de  Ranulfe  I. 
Bernard,  fils   de  Blichilde,  s'étant  révolté 


de  la  ville  d'Evreux  &  commit  aux  environs 
de  tels  excès,  qu'il  fut  excommunié  par  le 
pape  Jean  VIU,  dans  le  concile  de  Troyes, 
en  même  temps  que  son  frère  Bernard  & 
le  duc  Hugues  \  Il  n'est  plus  fait  mention 
de  lui  après  cet  événement.  Voici  un  ta- 
bleau de  la  généalogie  d'Emenon  &  de  sa 
famille  qui  rendra  plus  sensible  aux  yeux 
ce  que  nous  venons  d'avancer  : 


ÎAdhémar  épousa  Sanche,  fille  de  Guillaume  I, 
comte  de  Périgord.  Parvient  au  comté  de  Poitou 
en  893 ,  le  perd  en  902,  &  meurt  en  926  sans  lais- 
ser d'enfants. 
Adalelme,  tué  au  siège  d'Aurillac. 
Bernard,  comte  de  Poitou  en  814  &  (  en  8^9  ;  tué  en  863. 
826.  1  [      Bernard ,  fils  de  Blichilde,  marquis  de  Gothie  en 

Bernard,  chassé  de  Poitiers  en  \  864  ;  mort,  en  880,  sans  enfants. 
SSg,  épousa  Blichilde,  fille  de  Ro-  < 

ricon  I,  comte  du  Maine.  Tué  en  /     Emenon  prend  Evreux  en  878,  &  est  excommu- 
,  844.  V  nié,  la  même  année,  au  concile  de  Troyes. 


GÉRARD,    COMTE    D'AUVERGNE.  — SA  FA- 
MILLE. —  LES   RANULFE. 

Lorsque  le  roi  Pépin  I  mourut,  en  838, 
il  se  forma  deux  partis  chez  les  Aquitains  : 
celui  de  l'indépendance  qui  voulait  avoir 
pour  roi  le  jeune  Pépin,  fils  de  Pépin  I, 

'  Chronïcon  S.  Maxentii,  édit.  de  la  Société  de 
l'Histoire  de  France,  p.  SyS. 

"  Odo  Cluniacensis,  VitaS.  Geraldi. 


&  à  la  tête  duquel  se  trouvaient  Emenon, 
comte  de  Poitou,  &  son  frère  Bernard',  & 

'  Conf.  Hincmar,  Annal,  Rem,  —  Pertz,  t.  i, 
p.  S06,  &  la  table  du  volume.  —  Nous  avons  déjà 
eu  l'occasion  de  remarquer  que  les  éditeurs  du  Re- 
cueil de  M.  Pertz  avaient  eu  trop  souvent  recours 
aux  annotations  de  dom  Bouquet  &  de  ses  successeurs 
&  qu'ils  étaient  tombés  dans  les  mêmes  erreurs  au 
sujet  des  personnages  de  l'époque  carlovingienne. 

'  Conciles,  t.  8.  p.  3o6. 

^  Chronïcon  Adhemar'i  Cahan.  —  Recueil  de  dom 
Bouquet,  t.  7,  p.  224.  — Consultez  aussi  le  récit  de 
l'Astronome,   Vlta  Hludovici,  Pertz,  t.  i,  p.  644. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2«I 


celui  des  hommes  ralliés  à  la  conquête, 
qui  avait  pour  chefs  Ebrouin,  évoque  de 
Poitiers,  Gérard,  comte  d'Auvergne,  &  le 
comte  Ratier.  Ce  dernier  parti  était  le 
moins  nombreux;  il  ne  se  composait  guère 
que  des  leudes  &  des  Francs  qui  avaient  ob- 
tenu des  bénéfices  en  Aquitaine;  aussi  la 
révolte  contre  l'autorité  impériale  devenait- 
elle  sérieuse,  &  ilfallutpourla  conjurer  que 
Louis  le  Débonnaire  fît  une  expédition  en 
Aquitaine  &  vînt  aux  fêtes  de  Noël  de  l'an- 
née 839,  à  Poitiers,  faire  couronner  roi 
son  fils  Charles.  Ebrouin,  évêque  de  Poi- 
tiers, &  Gérard,  comte  d'Auvergne,  furent 
les  hommes  qui  le  servirent  le  plus  utile- 
ment en  cette  occasion. 

C'est  en  834  qu'apparaît  pour  la  première 
fois  le  «  noble  &  fidèle  Gérard,  »  comme 
l'appellent  ordinairement  les  chroniqueurs. 
Il  était  un  des  deux  ambassadeurs  que  Louis 
le  Germanique  envoya  alors  à  Aix-la-Cha- 
pelle, pour  voir  son  père  retenu  prison- 
nier par  Lothaire'.  Peu  de  temps  après, 
lorsque  Louis  le  Débonnaire  eut  été  rendu 
à  la  liberté,  le  fidèle  Gérard  est  encore  cité 
comme  un  des  plus  intimes  conseillers  de 
ce  prince'.  Laissé  en  Aquitaine  après  le 
couronnement  du  roi  Charles,  avec  un 
corps  d'armée,  il  fut  chargé  de  maintenir 
la  tranquillité  dans  le  Limousin  &  dans  les 
provinces  limitrophes.  Il  prit  part  à  la  ba- 
taille de  Fontenay,  &  y  trouva  la  mort  parmi 
les  plus  fidèles  défenseurs  de  Charles  le 
Chauve'. 

Le  duc  Gérard  avait  un  frère  appelé 
Guillaume,  qui  fut  son  successeur  au  comté 
d'Auvergne*;  il  avait  épousé  une  fille  de 
Pépin  I ,  roi  d'Aquitaine ,  mais  c'est  d'un 
premier  lit  qu'il  eut  Ranulfe,  nommé,  en  889 
par  Louis  le  Débonnaire,  comte  de  Poitou 
à  la  place  d'Emenon  révoqué^.  On  voit  par 
un  diplôme  de  Charles  le  Chauve  que 
Ranulfe  était,  en  862  ^,  abbé  laïc  de  Saint- 
Hilaire  de  Poitiers  ;  il  fut  tué  avec  Robert 

'  Thegan,  Pertz,  t.  2,  p.  600. 

'  Ibidem,  Pertz,  t.  2,  p.  602. 

'  Astronome,  Pertz,  t.  i,  p.  646. 

*  Chronicon  Adhemari.  — Recueil  de  dom  Bouquet, 

t.    8,    p.  223. 

^  Recueil  de  dom  Bouquet,  t.  8,  p.  224. 
«  Uid.  p.  576. 


le  Fort  en  867,  à  la  bataille  de  Brissarthe, 
livrée  contre  les  Normands.  Dom  Vaissete, 
s'appuyant  sur  un  passage  assez  obscur 
d'Hincmar',  prétend  qu'après  la  mort  de 
Ranulfe  I,  ses  fils  furent  privés  des  bé- 
néfices de  leur  père,  &  que  le  comté  de 
Poitiers  fut  donné  par  le  roi  à  Bernard  , 
fils  de  Blichilde,  nommé  marquis  deGothie 
depuis  deux  ans.  Mais  cette  assertion  du  sa- 
vant historien  de  la  province  de  Languedoc 
est  contraire  à  la  vérité,  &  cette  première 
erreur  l'a  conduit  à  en  commettre  une  autre 
plus  grave.  Il  prétend  que  Ranulfe  II  & 
Eble,  abbé  de  Saint-Hilaire  de  Poitiers, 
étaient  l'un  fils  &  l'autre  frère  de  Bernard, 
&  que  Ranulfe  II  succéda  à  ce  dernier 
en  880  seulement ,  confondant  ainsi  deux 
familles  bien  distinctes,  deux  familles  en- 
nemies ,  celle  d'Emenon  &  celle  de  Ranulfe. 
De  telle  sorte  que,  d'après  son  système, 
c'est  de  Bernard,  frère  d'Emenon,  &  non 
du  comte  Gérard,  que  descend  la  puissante 
famille  qui  a  possédé  le  Poitou  pendant 
près  de  quatre  siècles ,  en  se  continuant 
jusqu'à  la  reine  Eléonore  d'Aquitaine.  Nous 
verrons  plus  loin  le  cas  qu'il  faut  faire  du 
passage  d'Hincmar,  où  il  est  dit  que  les  en- 
fants de  Ranulfe  II  furent  privés  de  la  suc- 
cession de  leur  père.  Cet  auteur  n'a  pas 
toujours  été  bien  renseigné  sur  les  hommes 
&  les  choses  de  l'Aquitaine. 

Il  est  certain  que  Ranulfe  II  n'est  pas 
fils  de  Bernard  ,  qui  mourut  en  879  ou  en 
880  sans  enfants.  Deux  chartes  transcrites 
dans  la  Pancarte  noire  de  Saint-Martin"  éta- 
blissent sa  véritable  origine  :  il  était  fils 
de  Ranulfe  I.  La  première  de  ces  char- 
tes est  une  donation  faite  vers  l'an  888 
par  Ranulfe  II  à  Saint-Martin  de  Tours , 
de  certains  biens  situés  dans  le  pays  de 
Briou  sur  la  Charente ,  &  dans  laquelle 
il  se  dit  fils  de  Ranulfe  I,  &  nomme 
ses  frères  Gauzbert  &  Eble  :  Ego,  Ram- 
nulfus  cornes,  tractans  cotidie  molem  mea- 
rum  nequitiarum,  pro  remedio  animae  geni- 
taris    mei    Ramnulfi  ac   genitricis    meae    ac 


'  Hincmar,  dans  Pertz,  t.  i,  p.  476. 

'  Voyez  l'ouvrage  que  nous  avons  publié  sous  le 
titre  :  La  Pancarte  noire  de  Saint-Martin  de  Tours, 
brûlée  en  1793,  restituée  d'après  les  textes  imprimés 
&  manuscrits.  Paris,  Hénaux,  1866,  i  vol.  in-8. 


NOTB 
RECTIF. 


Note 

KECTIF. 


282 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


fratrum  meorum  Gau'{berti  S'EboU,  offero  om- 
nîpotenti  Deo  &  sancto  JSAartlno....  proprium 
alodum  meum  noncupatum  Aleriacum,  situm- 
que  înpago  Briocense,  in  vîcarîaSaviniacense, 
super  Jluvium  Carantum,  cum  ecclesia  quae 
fuit  constructa  in  honore  sancti  Pétri,  &c.  '  » 
La  seconde  est  une  confirmation  de  cette 
donation  faite  le  10  octobre  890  ou  891 
par  le  jeune  Eble ,  fils  de  Ilanulfe  II ,  dans 
laquelle  il  nomme  son  père  Ranulfe  I  , 
&  ses  oncles  Gauzbert  &  Eble.  «  £g"o, 
Ebolus,  juvenili  adhuc  aetate  florens...  qua- 
tenus  propitium  habere  merear  Creatorem 
meum,  ejusque  omnes  sanctos ,  maximeque 
beatum  JVLartinum  adjutorem,  pro  remedio 
animae  genîtoris  mei  Ramnulfi,  cujus  mer- 
cede  hujus  rationis  exordia  obtinui,  ac  avun- 
culorum   meorum  Gaw^^berti  &■    Eboli  6-  pro 

remedio  animae  meae offero    omnipotenti 

Deo  &  sancto  TAartino  ,  donatumque  in 
perpetuum  esse  volo  alodum  meum  proprium, 
quem  hereditate  paternali  hereditavi,  nuncu- 
patum  Aleriacum  in  pago  Briocense,  in  vi- 
caria  Saviniacense ,  super  fiuvium  Caran- 
tum, &c'. 

Ainsi  Ranulfe  II  ne  descendait  point  de 
Bernard,  fils  de  Blichilde,  comme  le  disent 
dom  Vaissete  &  les  auteurs  de  VArt  de  véri- 
fier les  dates. 

Gauzbert  &  Eble,  l'abbé,  étaient  ses  frè- 
res^ donc  ce  dernier  n'était  point  frère  de 
Bernard,  fils  de  Blichilde,  ainsi  que  le  croit 
dom  Vaissete. 

Ranulfe  II  mourut  en  890,  comme  le  mar- 
que du  reste  la  Chronique  de  Saint-Maixent; 
il  ne  fut  donc  pas  empoisonné  en  893,  ainsi 
que  l'affirment  tous  les  historiens  ,  sur  la 
foi  d'Adhémar  de  Chabanais;  tels  sont  les 
faits  établis  par  les  deux  chartes  que  nous 
venons  de  citer. 

Eble,  dit  l'abbé,  a  été  l'objet  d'une  au- 
tre méprise  de  la  part  des  auteurs  de  l'His- 
toire de  Languedoc.  Ils  l'ont  confondu  avec 
Eble,  abbé  de  Saint-Germain  des  Prés  &  de 
Saint-Denis ,  chancelier  de  France  ,  sous 
le  roi  Eudes,  mort  à  peu  près  vers  le  même 
temps.  Il  est  vrai  que  dom  Vaissete  n'est 
pas  l'auteur  de  la  confusion  dont  il  s'agit  : 

'  Voyez   ci-après,  aux    Preuves,   Chartes   81  Di- 
plômes. 
'  Ibid. 


c'est  Réginon  qui,  le  premier,  dans  sa  Chro- 
nique ,  n'a  fait  qu'un  seul  personnage  des 
deux  abbés  de  Saint-Hilaire  &  de  Saint- 
Denis.  «  Post  haec  in  Aquitaniam ,  dit-il, 
proficiscitur  contra  Ramnulfum  &  fratrem  ejus 
Go-^^bertum,  &  Ebulonem  abbatem  de  Sancto 
Dyonisio  £•  alios  nonnullos ,  qui  ejus  imperiis 
obtemperare  renuebant ,  ut  eorum  insolentiam 
reprimeret\  »  Et  plus  loin  :  »  Ebulo  abbas 
de  Sancto  Dyonisio,  cum  quoddam  castrum 
in  Aquitania  situm  ardentius  expugnaret,  ictu 
lapidis  periit  \  Mais  il  est  facile  de  voir 
que  Réginon  s'est  trompé  ou  que  les  ma- 
nuscrits qui  nous  restent  de  cet  auteur  ont 
été  interpolés  en  cet  endroit.  L'auteur  des 
Annales  de  Saint-Waast,  bien  mieux  rensei- 
gné ,  dit  qu'en  892  Ranulfe  II  était  déjà 
mort;  qu'Eble  &  Gauzbert,  son  frère, s'étant 
révoltés  contre  le  roi  Eudes,  celui-ci  fit 
une  expédition  en  Aquitaine  pour  les  ré- 
duire à  l'obéissance  ;  qu'Eble  ,  apprenant 
son  arrivée  ,  prit  la  fuite  &  mourut  devant 
un  château  ,  atteint  par  une  pierre  ,  &  que 
Gauzbert  ,  serré  de  près,  mourut  aussi. 
«  Franci  vero,  qui  dudum  Odoni  régi  infesti 
fuerant,  sociatis  sibi  aliisj  ut  passent  cam- 
phre quae  volebant,  suaserunt  régi,  ut  relicta 
Francia,  hiemandi  gratia  peteret  Aquitaniam, 
ut  Francia,  quae  tat  annis  afflicta  erat  reçu- 
perari  posset  ;  &  quia  Ramnulfus  obierat,  &■ 
quia  Ebulus  &  Goc^bertus  ab  illo  desciverant , 
eos  aut  sibi  resociaret  aut  de  regno  suo  pelle- 
ret,  aut  vitaprivaret.  Ille  credulus  factus  can- 
silio  adquievit  eorum,  nescius  quae  sibi  para- 
bant.  At  ubi  fines  attigitAquitaniae,  Ebulus 
ejus  adventum  praesciens  in  fugam  versus ,  in- 
terfectus  est  juxta  quoddam  castellum  lapide  ; 
frater  ejus  Go^bertus,  post  haec  obsessus,  at- 
que  in  brevi  vitam  finivit^ .  Comme  on  le  voit, 
il  n'est  nullement  question  ici  de  l'abbé 
de  Saint-Denis. 

Eble,  fils  de  Ranulfe  II,  succéda  à  son 
père  en  890J  c'est  ce  qui  est  prouvé  par  la 
charte  que  nous  avons  citée  plus  haut. 
Chassé  de  Poitiers  par  Adhémar,  en  898%  il 

'  Chron'icon  Reg'inonis,  Pertz,  t.   i ,  p.  604. 

"  Ihid.  Pertz,  t.   1,  p.  6o5. 

'  Annales  Veiastin.  Pertz,  t.   i,  p.  628. 

^  Chron'icon  Adiiemari, — Recueil  de  dom  Bouquet, 
t.  6,  p.  236.  — Voyez  aussi  Chron'icon  S,  Maxentii, 
à  la  page    872  des    Chroniques    des    églises  d'Anjou, 


Note 

RECTIF. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


TABLEAU    DE  LA    DESCENDANCE    DE   GÉRARD    &    DE   GUILLAUME,    COMTES    D'AUVERGNE. 


Note 

RECTIF. 


/     Gérard  ,   appelé  le  , 
/  duc  Gérard  en  834, 1 
I   était  comte  d'Auver- 
gne  en  839,   épousa 
N.,  puis  une  fille  de 
Pépui  I,  roi  d'Aqui- 
taine. Tué  eu  8.41  à 
la  bataille  de  Foute-  i 
nay. 


Guillaume,  frère  de 
Gérard,  lui  succéda 
au  comté  d'.'Xuvergne 
en  841.  Etait  mort  en 
846. 


Ranulfe  I,  fils 
de  Gérard,  nom- 
mé comte  de  Poi- 
tiers en  839  ;  fi- 
dèle de  Charles  le 
Chauve,  tué  à  la 
bataille  de  Bris- 
sartlic  en  667. 


f  Bernard,  coniic 
d'Auvergne  de- 
Ipuis  l'année  846 
I  jusqu'au  mois  d'a- 
,  vril  868  ;  épou- 
Isa  :  i"  Luitgarde, 
'dont  il  eut  deux 
fils  ;  2°  Ermen- 
garde. 


Ranulfe  II  succéda  à 
son  pire,  Ranulfe  I,  en 
867  ;  signe  une  charte  de 
Gausbert,  son  frère,  en 
878,  &  meurt  en  890,  ne 
laissant  qu'un  fils  jeune 
encore. 

Gausbert  fait  unedona- 
1  tion  en  878  ;  fait  opposi- 
tion au  roi  Eudes  en  Aqui- 
taine. Tué  en  893. 

Eble,  abbé  de  Saint-Hi- 
laire  de  Poitiers;  se  ré- 
volte avec  son  frère  Gaus- 

,  bert  en   892  ;  est  tué  ca 

;893. 


Bernard  II»  du  nom , 
appelé  Bernard  Planteve- 
lue,  successivement  comte 
d'Auvergne  &  de  Vêlai, 
marquis  de  Vêlai  &  com- 
ité de  Maçon,  épousa  Er- 
mengarde,dont  il  eut  cinq 
'enfants.  Appelé  fils  de 
1  Luitgarde  pour  le  distin- 
guer des  autres  Bernard. 
.Mort  en  885  ou  au  com- 
'  mencement  de  886. 

Warin,  comte  de  Vêlai  I 
en  868  &  869.  Mort  pro-| 
bablement  en  869.  l 


Eble  succède,  jeune  en- 
core,  à  son  père,  en  890  j 
ou  891.  Il  est  chassé  del 
1  Poitiers  en  893  par  Adhé-  | 
'  mar,  &  recouvre  son  com- 
I  té  en  902.  Il  eut  trois  lem- 
I  mes  :  Arcmberge,  Emilia- 
ne  et   Adèie.    H   prit   en  1 
927  le  titre  de  ducd'Aqui-  | 
,  taine  et  mourut  eu  935. 


Guillaume 
Téte-d'Etou- 
pes  succède  à 
son  père  en 
935. 


Maison  des 
comtes  de 
'  Poitou  jus- 
I  qu'à  Eléono- 
re  d'Aquitai- 
ne. 


Eble,  dit  l'Abbé,  abbé  de 
Saint-Hilaire  de  Poitiers  & 
de  Saint-Maixcnt ,  évcque 
de  Limoges. 


Guillaume,  dit  le  Pieux,  / 
comte  d'Auvergne  et  mar- 
quis de  Gothie  de  886  à 
918.  Meurt  sans  laisser 
de  descendants,  le  6  juil- 
let 918.  Il  avait  épousé 
Ingelberge,  sœur  de  Louis 
l'Aveugle. 

Garin,  mort  jeune. 

Guillaume,  mort  jeune.  | 

Adalinde,  mariée  à  Ac- 
fred,  comte  de  Carcasson- 
ne,  d'où  : 

Ave,  religieuse,  donne 
à  son  frère  le  domaine  de 
Cluny  pour  y  fonder  une 
abbaye. 


Boson ,  mort  avant  son 
I  père. 


Bernard,  mort  jeune. 

Guillaume  III  succéda  à 
son  oncle  au  comté  d'Au- 
vergne, &  mourut  sans  en- 
fants en  927. 

Acfred  ,  comte  de  Gevau- 
dan,  succéda,  en  927, dans  le 
comté  d'Auvergne,  à  son  frè- 
re Guillaume  III  ;  il  mourut 
à  la  fin  de  la  même  année 
\  sans  laisser  de  postérité. 


ne  put  recouvrer  son  comté  qu'en  902",  & 
mourut  en  çSS  ;  il  avait  été  marié  trois  fois. 
Sa  première  femme  s'appelait  Aremberge, 
la  seconde  Emiliane,  la  dernière  fut  Adèle, 
fille  de  Rollon,  duc  de  Normandie,  dont  il 
eut  deux  fils,  Guillaume  &  Eble'. 

Guillaume  ,  surnommé  Tète-d'Etoupes  , 
fut  son  successeur  aux  comtés  de  Poitiers, 
de  Limoges ,  d'Auvergne  &  de  Vêlai.  Il 
prit  le  titre  de  duc  d'Aquitaine.  Eble,  son 
frère ,  fut  abbé  de  Saint-Hilaire  de  Poi- 
tiers &  de  Saint-Maixent ,  puis  évèque  de 
Limoges  3  il  entoura  de  murs  la  ville  de 
Limoges  &  le  bourg  de  Saint-Hilaire  de 
Poitiers  &  reconstruisit  le  monastère  de 
Saint-Michel-en-l'Herm,  qui  avait  été  ruiné 
par  les  Normands. 


publiées  pour  la  Société  de  l'Histoire  de  France,  par 
MM.  PaulMarchegay  &  Emile  Maèille.  Paris,  1869, 
in-8. 

•  liid.  p.  373. 

'  Ibid.  p.  376, 


VI 


GUILLAUME,    FRERE     DU     DUC    GERARD, 
COMTE  D'AUVERGNE.  —  SA  FAMILLE. 

Rien  n'est  plus  confus  que  l'origine  & 
la  filiation  des  comtes  d'Auvergne  avant 
Guillaume  le  Pieux,  telles  qu'elles  ont  été 
établies  par  Justel,  par  Baluze,  par  dom 
Vaissete  &  par  les  auteurs  de  l'Art  de  véri- 
fier les  dates.  Les  ouvrages  de  ces  historiens 
sont  remplis  d'assertions  contradictoires 
ou  d'allégations  qui  ne  comportent  point 
l'examen  ni  le  contrôle  des  textes.  La  pu- 
blication du  Cartulaîre  de  Saint-Julien  de 
Brioude  '  est  venue  depuis  lors  jeter  quel- 


'  Ce  cartulaire  a  été  publié  en  1861,  dans  les 
Mémoires  de  l'Académie  des  Sciences  de  Clermont- 
Ferrand.  Consultez  aussi  VEssai  sur  la  chronologie 
du  cartulaire  de  Brioude,  publié  par  M.  Bruel, 
dans  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  Chartes,  volume 
de  I  866,  p.  4.ij5 


Note 

KECTIF. 


284 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


que  lumière  sur  cette  question,  &  grâces 
aux  textes  de  ce  recueil,  nous  pouvons 
aujourd'hui  mettre  un  peu  d'ordre  dans 
la  suite  de  ces  comtes  &  nous  faire  une 
idée  plus  exacte  de  leur  origine. 

Les  premiers  comtes  d'Auvergne  descen- 
dent de  Guillaume,  nommé  comte  d'Au- 
vergne par  Charles  le  Chauve,  à  la  place  de 
son  frère  Gérard,  tué  à  la  bataille  de  Fon- 
tenay.  Guillaume  était  oncle  de  Ranulfe  I, 
comte  de  Poitiers'.  Ainsi  s'expliquent  na- 
turellement les  liens  de  parenté  signalés 
par  différents  chroniqueurs  comme  exis- 
tant entre  Ranulfe  II  &  Eble  son  fils,  d'une 
part,  &  Guillaume  le  Pieux,  comte  d'Auver- 
gne, de  l'autre.  Ils  étaient  cousins. 

Il  paraît  que  Guillaume  I  ne  vécut  pas 
longtemps.  On  voit  qu'il  était  remplacé,  dès 
le  mois  de  mai  846,  par  un  comte  nommé 
Bernard  \  Aucun  texte  ne  dit  expressément 
que  ce  Bernard  soit  son  fils,  mais  s'il  ne  l'é- 
tait pas,  on  ne  pourrait  expliquer  la  parenté 
de  ses  descendants  avec  les  comtes  de  Poi- 
tou, à  moins  de  confondre  des  familles  très- 
distinctes,  comme  l'a  fait  dom  Vaissete,  ou 
de  recourir  à  des  suppositions  qui  ne  peu- 
vent être  admises.  Bernard  premier  du  nom 
est  le  successeur  immédiat  de  Guillaume  j  ses 
descendants,  à  ce  qu'affirment  les  auteurs 
contemporains,  ont  une  communauté  d'ori- 
gine avec  les  comtes  de  Poitou 'j  un  de 
ses  fils  nommé  Bernard  comme  lui  se  si- 
gnala par  sa  fidélité  envers  Charles  le 
Chauve  &  Louis  le  Bègue,  vertu  qui  était 
héréditaire  dans  la   famille   de   Gérard,  & 


'  Et  Ramnulfum,  filium  Girardi  comitis  Arver- 
nensis,  nepotem  Willelmi  fratris  Girardi  comitera 
Pictavis  praefecit.  [Chronicon  Adhemari.  — Recueil 
de  dom  Bouquet,  t.  6,  p.  224.) 

*  Cartulaire  de  Saint- Julien  de  Brioude  publié 
par  l'Académie  des  sciences,  belles -lettres  &  arts 
de  Clermont-Ferrand,  1861,  Charte  172. 

^  Hic  vero  Ramnulfus  ex  conjuge  légitima  cum 
non  haberet  prolem,  suscepit  ex  concubina  filium 
Eblumnomine;  summamque  habuit  amicitiam  cum 
propinquo  suo  Willelmo ,  comité  Arverni  j  cum 
Rolo  principe  Rodumi  pactum  firmavit,  propter 
metum  Adhemari.  —  Il  s'agit  dans  ce  texte  de  Ra- 
nulfe II  &  de  Guillaume  le  Pieux.  [Chronicon 
Adhemari  dans  Labbe,  Biblioth.  nova  mss,  t.  2, 
p.  i63.  —  Voyez  aussi  Chronicon  S.  Maxentii,  dans 
les  Chroniques  des  églises  d'Anjou,  p.  372.) 


fort  rare  à  une  époque  où  les  comtes  de 
l'Aquitaine  étaient  presque  tous  en  révolte 
ouverte  contre  le  pouvoir  royal,  ou  en 
guerre  les  uns  avec  les  autres;  lui  &  ses 
descendants  furent  toujours  les  défenseurs 
de  la  royauté  en  Aquitaine  &  les  alliés  des 
Ranulfe  qui  soutenaient  la  même  cause  j 
toutes  ces  raisons  nous  portent  à  regarder 
Bernard  I,  comte  d'Auvergne,  comme  le 
fils  de  Guillaume. 

Bernard  I  est  cité  pour  la  première  fois 
dans  une  charte  du  mois  de  mai  846  '  ;  il 
fut  marié  deux  foisj  il  fit  avec  sa  première 
femme  Liutgarde  ou  Letgarde,  au  mois  de 
mai  849 ,  une  donation  à  Saint-Julien  de 
Brioude'.  Ermengarde,  sa  seconde  femme, 
figure  avec  lui  dans  un  acte  d'échange  du 
mois  de  janvier  864%  fait  entre  les  religieux 
de  Saint-Julien  de  Brioude  &  ceux  de  Mau- 
say,  près  de  Riom.  Il  vivait  encore  au  mois 
d'avril  868^,  mais  il  était  mort  au  mois  de 
septembre  de  la  même  année  '  &  était  rem- 
placé à  cette  époque  ,  comme  abbé  de 
Saint-Julien,  par  le  comte  Warin  que  nous 
croyons  être  son  fils.  Warin,  du  reste,  ne 
porta  le  titre  de  comte  qu'un  ou  deux  ans 
tout  au  plus  j  il  est  cité  seulement  par  trois 
chartes  :  en  septembre  &  octobre  868^  &  en 
mars  869^5  il  eut  pour  successeur,  comme 
abbé  de  Saint-Julien  de  Brioude,  Frothaire, 
archevêque  de  Bourges  %  &  comme  comte 
Bernard  deuxième  du  nom,  comte  d'une  par- 
tie de  l'Auvergne  %  qui  devait  être  son  frère 
&  qui,  dans  tous  les  cas,  est  bien  certaine- 


'  Cartul.  de  Saint  Julien  de  Brioude,  Charte  176. 
'  Idid.  Charte  95. 
3  Ibid.  Charte  172. 
•*  Ihid.  Charte  804. 
^  Ibid.  Charte  267. 

6  Ibid.  Charte  267  &  \5z. 

7  Ibid.  Charte  56. 

8  Ibid.  Charte  182. 

^  Il  est  cité  en  668  par  Hincmar,  en  ces  termes  : 
Sed  &  eodem  placito  rex  markiones  Bernardum 
scilicetTholosae  &iterum  Bernardum  Gothiae, item- 
que  Bernardum  alium  suscepit.  (Pertz,  t.  i,  p.  480.) 
—  Et  en  869  :  Ipse  rex  ad  Conadam  vicum  perrexit, 
ubi  quosdam  Aquitanos  obvios  habuit,  sed  markio- 
nes très  videlicet  Bernardos,  quos  sibi  occurrere 
putavit  non  habens  obvios...  ad  Silvanectem  rediit 
(Hincmar,  Annal.  Remens.  Pertz,  t.  i,  p.  481.)  — 
Ces  trois  Bernard  étaient  Bernard,  comte  de  Tou- 


NOTE 

RECTIF. 


NoTn 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


285 


ment  le  fils  de  Bernard  I^  nous  en  trouvons 
la  preuve  dans  une  charte  du  mois  de  juin 
883,  par  laquelle  un  nommé  Pierre  donne 
au  monastère  de  Saint-Julien  une  vigne 
située  dans  le  comté  de  Brioude,  pour  le 
repos  de  l'âme  du  glorieux  comte  Bernard 
&  de  celles  du  comte  Bernard  actuelle- 
ment vivant  &  de  sa  femme  Ermengarde. 
«  Cedo  supranominato  loco,  pro  remedio  ani- 
marum.  Bernardi  glorîosîssîml  comîtîs  nec 
non  exîmli  atque  praeexcellentîssîmi  superstitis 
Bernardi  comitîs,  ejusque  conjugis  Imengar- 
dis,  gratta  Dei  comîtissae  horumque  prolîs, 

sîve    pro   me vîneam    unam,    fi-c'   »  Le 

comte  Bernard,  que  l'on  dit  ne  plus  exister, 
est  Bernard  premier  du  nom,  mort  en  868. 
Celui  que  l'on  dit  vivant  &  mari  d'Ermen- 
garde,  est  le  père  de  Guillaume  le  Pieux, 
que  dom  Vaissete  a  confondu  avec  le  fils  de 
Dodane,  mais  qui,  comme  nous  l'avons  vu, 
doit  en  être  distingué,  Bernard,  fils  de  Do- 
dane, surnommé  le  Veau,  VitelluSj  n'ayant 
jamais  eu  de  possessions  en  Auvergne,  & 
ayant  été  tué  en  872  par  les  soldats  de  Ber- 
nard, fils  de  Blichilde,  marquis  de  Gothie. 
Bernard  II_,  comte  d'Auvergne,  est  donc  fils 
de  Bernard  I. 

Lorsque  Charles  le  Chauve,  en  872,  confia 
l'administration  de  l'Aquitaine  à  son  fils 
Louis,  Bernard  II,  comte  d'Auvergne,  fut 
un  de  ceux  qui  furent  chargés  de  l'accom- 
pagner dans  son  nouveau  royaume  avec  la 
mission  de  lui  servir  de  conseil  &  d'appui'. 
En  878,  il  fut  nommé,  par  Louis  le  Bègue, 
marquis  de  Gothie  à  la  place  de  Bernard, 
fils  de  Blichilde,  privé  de  tous  ses  bénéfices 
pour  crime  de  félonie',  tandis  que  le  comte 

louse,  Bernard,  fils  de  Blichilde,  marquis  de  Gothie, 
&  Bernard,  fils  de  Letgarde,  comte  d'Auvergne. 

'  Cartul.  de  Saint  Julien  de  Brioude^  Charte  i3r. 

'  Carolus  autem  filio  suo  Hludovico  Bosonem 
fratrem  uxoris  ejus,  camerarium  &  hostiariorum 
magistrum  constituens,  cui  &  honores  Girardi  co- 
mitis  Bituricensis  dédit,  eum  cum  Bernardo,  itemque 
cum  alio  Bernardo  markione  in  Aquitaniam  misit, 
&dispositionem  ipsius  regni  ei  commisit:_Bernardo 
autem  Tholosae  comiti,  post  praestita  sacramenta 
Carcassonem  &  Redas  concedens,  adTolosam  remi- 
sit.  (Hincmar,  Ann.  Remens.  —  Pertz,  t.  i ,  p.  493.) 

^  878.  In  crastina  (id.  septemb.)  Ludovicus  rex, 
invitatus  a  Bosone  ad  domum  illius  perrexit,  cum 
quibusdam  primoribus  consiliariis  suis,  &  pastus 


Théodoric,  qui  partagea  avec  lui  les  dé- 
pouilles du  marquis  de  Gothie,  eut  pour 
sa  part  le  comté  d'Autun,  possédé  par  le 
fils  de  Blichilde  depuis  l'année  872,  c'est-à- 
dire  depuis  la  mort  de  Bernard,  fils  de 
Dodane.  C'est  à  lui  &  à  Boson  que  ce 
prince  confia,  avant  de  mourir,  la  tutelle  de 
son  fils,  le  jeune  Louis";  &  lorsque,  à  la 
fin  de  l'année  879  ,  les  rois  Louis  &  Carlo- 
man  se  brouillèrent  avec  Boson,  roi  de 
Provence,  Bernard  II  embrassa  leur  parti , 
il  les  accompagna  dans  l'expédition  qu'ils 
dirigèrent,  en  880,  contre  ce  prince  &  les 
aida  à  s'emparer  de  la  ville  &  du  comté  de 
Màcon  \  Après  la  prise  de  cette  ville,  le 
comté  de  Mâcon  lui  fut  donné  pour  ré- 
compense. 

Ainsi  donc  Bernard  II,  comte  d'Auver- 
gne, marquis  de  Gothie  en  878,  est  le  même 
que  Bernard  Plantevelue ,  nommé  comte 
de  Mâcon  en  880  ;  il  doit  être  distingué 
de  Bernard,  fils  de  Dodane,  comte  d'Au- 
tun, qui  n'eut  jamais  aucun  bénéfice  en 
Auvergne  ni  en  Septimanie,  &  qui  fut  tué 
en  872;  il  était  fils  de  Bernard  I  &  de  Let- 
garde. Nous  croyons  que  le  comte  Warin, 
qu'on  voit  figurer  en  868  &  en  869  dans  les 
chartes  %  était  son  frère.  Il  est  probable, 

&  honoratus  ab  illo,  sed  &  ab  uxore  ipsius,  des- 
ponsavit  filiam  Bosonis  Carlomanno,  filio  suo,  & 
cum  consilio  ipsorum  consiliariorum  suorum  dis- 
partitus  est  honores  Bernardi  Gothiae  markionis, 
per  Theodericum  camerarium,  &  Bemardum  comi- 
tem  Arvernicum ,  &  per  alios  secreto  dispositos. 
(Hincmar,  Ann.  Remens.  Pertz,  t.  i,  p.  5o8.) 

'  Ludovicus..,  volens  ire  in  partes  Augustoduni 
ad  comprimendam  rebellionem  Bernardi  markio- 
nis... longius  ire  non  potuit,  filium  &  aequivocum 
suum  Ludovicum  bajulationi  Bernardi,  comitis 
Arvernici  specialiter  committens...  (Hincmar.  — 
Pertz,  t.  I,  p.  5io.) 

'  880.  Reges  Ludovici  quondam  filii,  ordinatis 
qui  regnum  suum  contra  Nortmannos  in  Gante 
résidentes  custodirent,  in  Burgundiam  versus  Bo- 
sonem per  mensem  julium  a  Trecas  civitate  per- 
rexerunt,  Carolo  rege  illuc  cum  exercitu  suo  in 
Bosonem  venturo,  in  quo  itinere,  ejectis  de  castro 
Matiscano  Bosonis  hominibus,  ipsum  castellum 
coeperunt  &  eum  comitatum  Bernardo  cognomento 
Planta  Pilosa  dederunt  &  perrexerunt  ad  obsiden- 
dam  Viennam.  (Hincmar.  —  Pertz,  t.  i,  p.  5i3.) 

^  Cartul.  de  Saint-Julien  de  Brioude,  Chartes  25/, 
i52  &  56. 


Note 

RECTir. 


Note 

RECTIK. 


•  86 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


en  effet,  qu'à  la  mort  de  Bernard  I,  ses 
deux  fils  Bernard  &  Warin  se  partagèrent 
l'Auvergne;  Warin  eutpour  sa  part  le  comté 
de  Brioude  ou  du  Puy,  c'est-à-dire  l'ancien 
comté  de  Vêlai,  avec  l'abbaye  de  Saint- 
Julien,  &  Bernard  le  comté  de  Clermont  ou 
de  Iliom.  C'est  ce  que  paraît  vouloir  dire 
Frodoard  dans  son  Histoire  de  l'église  de 
Reims.  Il  appelle  Bernard,  tantôt  comte 
d'Auvergne,  tantôt  comte  de  Riom  «  cornes 
Rodomensis  ou  Rodonensis\  »  Dom  Vais- 
sete  n'a  pas  compris  ce  passage;  il  a  cru 
qu'il  s'agissait  ici  d'un  comte  de  Rouen, 
mais  indépendamment  de  ce  qu'on  ne  voit 
guère  ce  qu'aurait  pu  faire  un  comte  de 
Rouen  dans  la  circonstance  à  laquelle 
Hincmar  fait  allusion,  il  n'y  a  pas  eu  à 
cette  époque,  à  Rouen,  de  comte  du  nom 
de  Bernard. 

La  femme  de  Bernard  II  s'appelait  Er- 
mengarde%  comme  la  seconde  femme  de  son 
père,  &  cette  circonstance  n'a  pas  peu 
contribué  à  jeter  de  la  confusion  entre  ces 
deux  personnages.  Quelques  auteurs,  en- 
tre autres  Baluze,  veulent  que  la  femme 
de  Bernard  II  soit  la  fille  de  Warin,  comte 
de  Vêlai  ou  d'Auvergne  en  819,  qu'ils 
identifient  avec  Warin,  comte  de  Mâcon, 
mort  en  854.  Mais  ils  n'appuient  cette  allé- 
gation d'aucune  preuve  &  se  trompent 
certainement,  car  les  temps  ne  sauraient 
s'accorder.  Il  ne  serait  pas  impossible  ce- 
pendant qu'une  fille  du  comte  Warin  eût 
épousé  un  Bernard,  comte  d'Auvergne, 
mais  alors  ce  serait  Bernard  I  &  non  Ber- 
nard II.  La  présence  du  nom  de  Warin, 
porté  successivement  par  plusieurs  des- 
cendants de  Bernard  I,  donne  un  certain 
poids  à  cette  hypothèse.  Dans  ce  cas ,  la 
fille  du  comte  Warin  ne  serait  pas  Er- 
mengarde,  mais  Letgarde  ;  car  ni  Bernard  II, 

'  Scripsit  [Hincmarus]  Bernardo  comiti  Tolo- 
sano,  propinquo  suo,  pro  rébus  ecclesiae  in  Aqui- 
tania  conjacentibus,  quas  ille  in  praestariam  sibi 
concedi  petebat...  unde  alteri  quoque  Bernardo 
comiti  Rodomensi  [alias  Rodonensi]  scribit,  ut 
loquatur  cum  hoc  Bernardo,  ne  res  ejusdem  eccle- 
siae suis  hominibus  in  beneficium  donet.  —  Fro- 
doard, Hlstor'ia  Kemcnsis  ecclesiae,  1.  3,  c.  26. 

'  Cartul.  de  Saint-Julien  de  Brioude,  Chartes  i3i 

&    l32. 


ni  Warin,  son  frère,  ne  peuvent  être  les 
fils  de  la  seconde  femme  de  Bernard  I. 
Letgarde  vivait  encore  en  849,  &  quand 
bien  même  elle  serait  morte  cette  année-là, 
ce  qui  n'est  pas  prouvé,  Bernard,  s'il  était 
fils  d'Ermengarde,  n'aurait  pu  naître  qu'en 
85o  ou  85i  au  plus  tôt.  Il  aurait  donc  eu 
moins  de  dix-huit  ans  en  868,  époque  où  il 
occupait  en  Aquitaine  une  position  trop 
importante  pour  cet  âge'. 

Bernard  II  eut  plusieurs  enfants  de  sa 
femme  Ermengarde,  savoir  :  Garin  &  Guil- 
laume, morts  jeunes;  Guillaume  dit  le  Pieux 
qui  lui  succéda;  Adalinde ,  qui  épousa 
Acfred  ou  Aifroi  ,  comte  de  Razès  ,  fils 
d'Oliba  ï  &  frère  d'Oliba  II,  &  Ave  qui  se 
fit  religieuse.  Il  mourut  en  885.  En  886% 
il  était  remplacé  dans  le  comté  d'Auvergne 
&  dans  le  marquisat  de  Gothie  par  Guil- 
laume le  Pieux,  son  fils  ,  qui  prit  le  titre 
de  duc  d'Aquitaine  en  898  &  épousa,  vers 
l'année  898,  Ingelberge,  sœur  de  Louis 
l'Aveugle,  roi  de  Provence;  il  n'en  eut 
qu'un  fils,  mort  jeune,  nommé  Boson.  A  sa 
mort,  arrivée  le  6  juillet  918,  le  duché  d'Au- 
vergne passa  à  son  neveu,  Guillaume  dit  le 
Jeune,  fils  de  sa  sœur  Adalinde.  Quant  au 
marquisat  de  Gothie,  ce  fut  la  maison  des 
comtes  de  Toulouse  qui  en  hérita'. 

VII 


Note 

RECTIF. 


OLIBA,  COMTE   DE   CARCASSONNE. 
TOIRE   DE    SA   FAMILLE. 


HIS- 


On  ne  sait  quelle  est  l'origine  d'Oliba  I, 
comte  de  Carcassonne  depuis  l'année  817 
jusqu'en  887. Les  Bénédictins  ont  conjecturé 
qu'il  était  de  la  famille  de  S.  Guillaume  de 
Gellone  ;  mais  cette  conjecture  ne  repose 
sur  aucun  fondement  solide  ,  comme  il  est 
facile  de  s'en  convaincre  par  la  généalogie 
de  ce  dernier  que  nous  avons  donnée  plus 
haut.    Oliba   fut  marié   deux  fois.    Elme- 


'  Hincmar,  Ann.  Rem.  ad  ann.  868  &  869.  — 
Pertz,  t.  I,  p.  480  &  481. 

'  Diplôme  de  Louis  le  Gros,  ann.  886.  —  Ba- 
luze, Histoire  généal.  de  la  maison  d'Auvergne,  t.  2, 
p.  4. 

3  Voyez  au  tome  IV  de  cette  édition  la  Note  VI. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

TABLEAU  GÉNÉALOGIQUE  DE  LA  FAMILLE  D'OLIBA  I ,  COMTE  DE  CARCASSOXXE. 


287 


Note 

RECTIF. 


Oliba  I ,  comte  de  Carcassonnc  en 
820  &  S35.  Epousa  lilmetruJe  &  Ri-  ' 
childc. 


Bencion ,  comte  de  Carcassonnc,  mort  avant  908. 

Oliba  II,  comte  de Carcassonne,  )  Acfrcd,  dit  Acfrcd  II,  comte  de  Carcassonnc, 
cil^  en  873  &  en  877.  Mort  vers  \  mort  en  ^34  ou  ^35  ;  eut  peut-être  une  fille  nom- 
880.  /  mco  Arsinde,  qui  épousa  Arnaud,  successeur  d'Ac- 

fred. 

Bernard,  mort  jeune. 

Guillaume  succéda,  en  918,  à  son  oncle  Guillau- 
Acfroi  ou  Acfred,  comte  de  Ra-  ]  me  le  Pieux  dans  le  comté  d'Auvergne.  Mort  en 
zès,  cité  en  873.  Epousa  Adelinde,  {927. 
sœur  de   Guillaume  le  Pieux.  &  j 

mourut  en  906.  f     Acfred,  comte  de  Gevaudan,  succéda  à  son  frère 

Guillaume  dans  le  comté  d'Auvergne,  mais  mourut 
la  même  année  ou  au  commencement  de  928. 


trude,  sa  première  femme,  vivait  en  820'  ; 
Richilde  ,  la  seconde  ,  lui  survécut  ;  elle  se 
disait  veuve  enSSy'.  Dom  Vaissete  prétend 
qu'Oliba  I  laissa  un  fils ,  appelé  Louis, 
qui  lui  succéda  dans  le  comté  de  Car- 
cassonne. Il  allègue,  comme  preuve  de  ce 
fait ,  que  dans  la  charte  de  l'année  820 
où  est  nommée  sa  première  femme ,  ce 
Louis  a  signé  avant  Elmetrude  ,  &  qu'ainsi 
il  ne  pouvait  être  que  son  fils.  A  pren- 
dre ce  raisonnement  au  pied  de  la  lettre, 
ce  n'est  pas  seulement  un  fils  qu'aurait 
eu  Oliba  I,  mais  bien  deux;  car  dans  la 
charte  en  question  ,  à  côté  de  ce  Louis  , 
&  avant  Elmetrude  ,  on  voit  aussi  figurer 
un  Arnulfe.  Mais  la  copie  de  cette  charte 
qui  a  été  envoyée  aux  auteurs  de  VHîstoire 
de  Languedoc^  &  dont  ils  se  sont  servi,  était 
fautive.  Dans  l'original,  qui  existe  encore 
aux  archives  du  département  de  l'Aude,  le 
nom  d'Elmetrude  suit  immédiatement  celui 
de  son  mari,  comme  on  peut  le  voir  dans 
le  texte  que  nous  donnons  ci-après  de  cet 
acte,  parmi  nos  preuves. 

Les  véritables  fils  d'Oliba  I  doivent  être 
Oliba  II  &  Aifroi  ou  Acfred  ,  l'un  &  l'autre 
comtes  de  Carcassonne  &  de  Razès,  &  ses 
successeurs  immédiats.  Les  comtes  Oliba  II 
&  Acfred  sont  dits  frères  dans  l'acte  de 
consécration  de  l'église  de  Notre-Dame  de 
Formiguera  dans  le  Capcir ,  à  laquelle  ils 
assistèrent  en  878  ^  Oliba  II  est  nommé 
pour  la  dernière  fois  en  Syy"*;  il  dut  mourir 


'Voyez    aux    Preuves,    Chartes    &    Diplômes, 
n.  XXXVI. 
'  nu.  n.  L. 

»  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XCIX. 
*  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n,  CVII. 


avant  l'année  880.  Aifroi,  son  frère ,  qui  est 
dit  comte  de  son  vivant,  était  probablement 
comte  particulier  du  Razès  :  on  en  peut 
trouver  la  preuve  dans  ce  fait,  qu'Acfred 
ayant  vécu  jusqu'en  906,  &  ayant  exercé 
les  fonctions  de  comte  jusqu'à  sa  mort,  le 
comté  de  Carcassonne  fut  occupé  de  sou 
vivant  par  un  comte  nommé  Bencion,  qui 
paraît  avoir  succédé  directement  à  Oliba  II 
&  qui  devait  être  son  fils.  Ce  comte  Bencion 
était  remplacé  en  908'  par  Acfred  II  qui, 
dans  une  charte  de  l'année  984  %  se  dit  fils 
du  comte  Oliba  II,  d'où  l'on  doit  conclure, 
comme  l'a  très-bien  remarqué  dora  Vais- 
sete, qu'Oliba  II  eut  deux  fils  qui  furent 
l'un  &  l'autre  ses  successeurs  :  Bencion , 
mort  avant  l'année  908,  &  Acfred  II.  Celui- 
ci  figure  dans  plusieurs  chartes  avec  le  titre 
de  comte  de  Carcassonne;  il  vécut  jusqu'en 
934  ou  935  environ.  On  croit  qu'Arsinde, 
femme  d'Arnaud,  comte  de  Carcassonne  & 
successeur  d'Acfred  II,  était  fille  de  ce  der- 
nier. 

Acfred  I ,  frère  d'Oliba  II ,  avait  épousé 
Adelinde  j  sœur  de  Guillaume  le  Pieux , 
comte  d'Auvergne,  &  fille  de  Bernard  Plan- 
tevelue.  Il  en  eut  trois  fils  :  Bernard,  qui 
mourut  jeune,  Guillaume  &  Acfred'.  Ces 
deux  derniers  succédèrent  à  leur  oncle, 
Guillaume  le  Pieux  ,  dans  le  comté  d'Au- 
vergne. Guillaume  prit ,  à  l'exemple  de 
sou  oncle ,  le  titre  de  duc  d'Aquitaine  & 


'  Voyez  au  tome  V  de  cette  édition,  Chartes  & 
Diplômes,  n.  XXXIV. 

"  Ibld.  n.  LIX. 

'  Cartulaire  de  Saux'illanges  dans  les  Mémoires  de 
l'Académie  des  Sciences  de  Clermont-Ferrand ,  t.  3, 
1861 ,  Charte  i3. 


Note 

RECTIF. 


288 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


mourut  sans  laisser  d'enfants ,  entre  les 
mois  d'avril  &  d'octobre  de  l'année  927  '. 
Acfred  ,  son  frère,  qui  avait  déjà  le  titre 
de  comte  de  son  vivant  &  qui  probablement 
était  comte  de  Gevaudan  ,  hérita  de  toutes 
ses  possessions.  Il  se  qualifia  aussi  comte 
d'Auvergne  &  duc  d'Aquitaine  \  On  n'a  pas 
de  preuves  qu'il  fût  encore  en  vie  après 
l'an  927.  Il  ne  survécut  donc  que  peu  de 
mois  à  son  frère  ,  &  comme  il  mourut 
sans  laisser  de  postérité ,  les  comtés  d'Au- 
vergne &  de  Vêlai  ,  avec  le  titre  de  duc 
d'Aquitaine,  passèrent  à  Eble ,  comte  de 
Poitiers  \ 

VÏII 

BORREL,  COMTE  D'ÂUSONE.  —  HISTOIRE 
DE  SA  FAMILLE.  —  ORIGINE  DES  ROIS 
D'ARAGON. 

Les  villes  d'Ausone  &  de  Cardone  ayant 
été  conquises  sur  les  Sarrasins,  en  798  *, 
Louis  le  Débonnaire  les  fit  reconstruire  & 
en  confia  la  défense  au  comte  Borrel.  Bor- 
rel ,  comte  d'Ausone,  figure  au  nombre  des 
principaux  chefs  qui  accompagnèrent  en 
809  le  roi  d'Aquitaine,  lorsqu'il  pénétra  en 
Espagne,  à  la  tète  d'une  nombreuse  armée, 
&vint  mettre  le  siège  devant  Tortose^  Nous 
ne  connaissons  pas  l'époque  exacte  de  sa 
mortj  elle  est  certainement  antérieure  à 
l'année  8195  il  y  a  même  beaucoup  d'appa- 
rence que  ce  comte  ne  vivait  plus  en  812  ®. 

'  Conf.  sur  Acfred,  la  Charte  i3  du  Cartula'ire 
de  Sauxillanges,  &  les  Chartes  167,  3i5  &  SSy  du 
Cartula'ire  de  Saint-Julien  de  Brioude  dans  les  mê- 
mes Mémoires. 

'  Cartulaire  de  Sauxillanges,  Charte  i3. 

'  Son  fils  Guillaume  Tête-d'Etoupes  s'intitule 
princeps  Arvernorum  dans  une  donation  faite  au 
prieuré  de  Sauxillanges.  Cartulaire  de  Sauxillanges, 
n.  571. 

^  Ordinavit  autem  illo  in  tempore  (Hludovicus) 
in  finibus  Aquitanorum  circumquaque  firmissi- 
mam  tutelam  (contra  Sarracenos);  nam  civitatem 
Ausonam,  castrum  Cardonam,  Castaserram  &  reli- 
qua  oppida  olim  déserta,  munivit,  habitarl  fecit  & 
Burrello  comiti  cum  congruis  auxiliis  tuenda  com- 
misit.  —  Vita  Hludoyici  PU,  dans  leRec.  des  Hist. 
de  Fr.  t.   6,  p.  91. 

5  Ibid.  t.  6,  p.  93. 

*  En   819    il   était   certainement   remplacé    par 


Il  laissa  un  fils,  nommé  Sunifred,  que 
l'empereur  Louis  le  Débonnaire  confirma 
en  829  dans  la  possession  du  lieu  de  Font- 
couverte,  situé  en  Septimanie,  donné  autre- 
fois par  Charlemagne  à  Borrel,  son  père'. 
En  819  Sunifred  était  comte  d'Urgelj  il 
assista  cette  même  année  à  la  consécration 
de  l'église  de  cette  ville,  qu'il  avait  aidé 
l'évéque  Sisebut  I;,  à  reconstruire,  &  à  la- 
quelle il  donna  de  grands  biens  \  Il  est  en- 
core mentionné  en  840,  avec  le  titre  de 
comte'.  Mais  il  porte  celui  de  marquis  dans 
le  diplôme  de  Charles  le  Chauve,  donné  en 
844,  en  faveur  des  Espagnols  réfugiés  en 
Septimanie*.  Il  avait  succédé  dans  cette  di- 
gnité à  Bernard  I,  révoqué  peu  de  temps 
auparavant. 

Sunifred,  comte  d'Urgel  &  marquis  de 
Septimanie,  mourut  vers  l'année  85o  ou 
85i,  au  plus  tard'.  Il  laissa  d'Ermesinde,  sa 
femme,  cinq  fils,  savoir  :  Sunifred,  Wifred 
dit  le  Velu ,  Miron ,  Raoul  &  Humfrid. 
Cette  filiation  est  établie  par  un  grand 
nombre  de  chartes,  parmi  lesquelles  nous 
mentionnerons  seulement  les  suivantes  : 
En  873  le  comte  Miron  (comte  de  Rous- 
sillon)  assista  avec  Wifred,  son  frère,  à  la 
dédicace  faite  par  Sigebode,  archevêque  de 
Narbonne,  de  l'église  de  Notre-Dame  de 
Formiguera  dans  le  Capcir,  qu'ils  avaient 
fait  construire  avec  les  comtes  Oliba  &  Ai- 
froy  ^ 

Dans  un  jugement  rendu  au  Vernet,  en 
Conflans,  l'an  874,  il  est  dit  que  le  comte 
Miron  était  fils  de  Sunifred.  Le  tribunal 
rendit  un  arrêt  suivant  les  lois  visigothi- 

Sunifred,  son  filsj  il  est  à  remarquer  qu'on  ne  voit 
pas  son  nom  figurer  au  nombre  des  comtes  aux- 
quels Charlemagne  adressa,  en  812,  son  diplôme 
en  faveur  des  Espagnols. 

'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XLVI. 

'  Marca  Hispanica,  append.  n.  i  &  2. 

'  Charte  du  3  janvier  840  par  laquelle  Sunifred 
donne  à  l'église  de  Notre-Dame  d'Urgel,  reconstruite 
par  l'évéque  Sisebut  I,  certaines  terres  situées  dans 
les  faubourgs  de  la  ville  d'Urgel,  près  de  l'église 
Saint- Pierre  &  Saint-Paul.  Voyez  ci-après  aux 
Preuves. 

"  Ihid.  n.  LXV. 

^  Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour  Saint- 
André  de  Sorède,  Rec.  des  Hist.  de  Fr.  t.  8,  p.  5i5. 
— -  En  852  il  était  remplacé  par  Udalric. 

«  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XCIX. 


Note 

nECTlF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

ques  sur  ringénuité  du  nommé  Laurent,  naça  de  l'excommunier  s'il  ne  réparait  les 
que  le  procureur  du  comte  Miron  préten-  maux  qu'il  avait  causés".  On  croit  c[ue  la 
dait  avoir  été  serf  d'un  fisc,  ainsi  que  ses  comtesse  Quixilo,  mentionnée  dans  la  do- 
parents  &  ses  frères,  sous  le  comte  Suni-  nation  de  l'année  885,  était  la  femme  de 
fred,  père  de  Miron  :  «  Servitium  fecerunt  Miron.  Ce  comte  mourut  sans  laisser  de 
domno  SeniefreJo  comité^  genhore  seniore  postérité  en  SçS.  C'est  à  tort  que  dom 
meo  IVlirone'.  »  C'est  ce  qu'établit  encore  Vaissete  le  considère  comme  père  de  Su- 
la  donation  de  la  ville  de  Prades,  dans  le  niaire  II,  son  successeur.  Aucun  texte  n'au- 
Conflans,  faite  au  mois  de  mai  878  à  l'ab-  torise  une  pareille  supposition, 
baye  de  la  Grasse,  par  le  même  comte  Mi-  Sunifred,  mentionné  dans  le  même  acte' 
ron  à  ses  frères,  les  comtes  Wifred  &  comme  un  des  enfants  de  Sunifred  I,  mar- 
Raoul,  où  on  lit  :  Propter  remedium  dominî  quis  de  Gothie,  &  qui  fut  évèque  de  Gi- 
Suniefredi  genitorîs  nostri  vel  dominae  Er-  rone,  est  cité  en  944'. 

mensendae  genitricis  nostrae".  Raoul,  nommé  dans  le  même  document. 

Le  premier  jour  de   décembre   885,   le  fut  comte  de  Conflans;  il  figure  comme  tel 

comte   Miron,  la  comtesse  Ermesinde,  sa  dans  des  actes  de  876  &  de  903''.  Sa  femme 

mère,   Raoul,   son    frère,  &  la   comtesse  se  nommait  Ralinde;  ils  eurent  un  fils  ap- 

Quixilo,  qui  devait  être  sa  femme,  firent  pelé  Oliba,  qui  vivait  encore  en  904%  mais 

donation  à  l'abbaye  de  Cuxa  de  l'église  de  qui  paraît  n'avoir  pas  survécu  à  son  père. 

Saint-Vincent  du  Vernet,  dans  la  vallée  de  Raoul  mourut  en  914.  C'est  à  tort  que  les 

Conflans,  avec  toutes  ses  dépendances  &  auteurs    de   l'Art   de   vérifier  les  dates   ont 

notamment  de  l'alleu  appelé  Champlong  &  avancé  qu'il  avait  été  comte  de  Roussillon. 

de  la  paroisse  de  Saint-Pierre  dels  Forçats,  Humfrid  ,  frère  de   Miron  Se  de  Raoul, 

dans  la  Cerdagne,  avec  les  dîmes  &  autres  était  diacre  &  avait  embrassé  la  vie  reli- 

dépendances'.  Le  comte  Wifred  souscrivit  gieuse.  Il  sortit  de  son  cloître  en  878  & 

le  premier  cette  donation,  que  Baluze  &  commit  en  Septimanie  de  si  grandes  in- 

dom  Vaissete  ont  eu  le  tort  de  rapporter  à  justices  que  le  pape  Jean  VIII  le  menaça 

l'année  898,  première  année  du  règne  de  d'excommunication*,  s'il   ne  rentrait  dans 

Charles   le   Simple.    L'acte   de    délivrance  une  voie  plus  conforme  à  son  état.  Il  est  à 

faite  à  Riculfe,  évêque  d'Elne,  par  les  exé-  croire  qu'Humfrid  reprit  l'habit  monasti- 

cuteurs  testamentaires  du  feu  comte  Miron  que,  car  il  nest  plus  fait  mention  de  lui 

des    biens   qu'il   possédait    dans    le    terri-  par  la  suite. 

toire   d'Elne  &  qu'il  avait  légués  à  cette  Wifred,  qui  était  vraisemblablement  le 

église*,  prouve  que  le  comte  Miron  était  second  des  cinq  fils  de  Sunifred  I,  est  le 

mort  le  12  mars  895  &  que  par  conséquent  célèbre   Wifred    le   Velu,    d'abord   comte 

la  charte  en  question  doit  être  antérieure  d'Urgel  &  d'Ausone,  puis  comte  de  Bar- 

à  cette  époque.  Avant  d'être  le  bienfaiteur  celone. 

de  l'église  d'Elne  &  de  l'abbaye  de  Cuxa,  Les   historiens    catalans   ne    rapportent 

le  comte  Miron  avait  encouru  les  rigueurs  qu'à  l'année  874  le  commencement  de  la 

de  l'Eglise;  il  avait  commis  avec  son  frère  domination  du  comte  Wifred  sur  le  comté 

Humfrid,  diacre,  de  tels  excès  dans  la  Sep-  de  Barcelone,  &  ils  paraissent  avoir  raison, 

timanie  qu'en  870  le  pape  Jean  VIII  me-  puisqu'il  ne  put  devenircomtede Barcelone 

'  Marca  Hispan'ica,  append.  n.  34.  '  Conciles,  t.  9,  p.  Syy. 

'  Preavei,  Chartes  &  Diplômes,  n.  CXII.  —  C'est  '  Marca  H'ispanicit,  append.  n.  56. 

par  erreur  que  les  Bénédictins  ont  attribué  la  date  *  Ibid.  n.  80. 

de  l'année  888   à  cette  charte  ;   elle  doit  être  fixée  '^  Cartul.  d'Elne,  (°  289,  &  copie  dans  la  collect. 

à  l'année  878,  pendant  laquelle  Louis  le  Bègue  ne  Moreau,  t.  2,  p.   i  5i .  —  Charte  de  l'année  908. — 

fut  pas  reconnu  en  Languedoc.  Au  tome  V  de  notre  édition,  Chartes  &  Diplômes, 

'  Marca  Hispanica,  append.  n.  56.  n.  XXX. 

♦  Cartul.  d'Elne,  f"  193,  &  collée.  Moreau,  t.  3,  '  Ihld. 

P-  9'»  '^  Conciles,  t.  9,  p.  577. 

II.  19 


Note 

RECTIF. 


290  NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

qu'après  la  mort  du  comte  Salomon,  chargé  ecclésiastique  :  «  Guîdfredus  Pîlosî  cornes  er. 

du  commandement  de  la  Marche  d'Espa-  predicta  uxore  quatuor  habuîtfiUos  Rudulfum 

gne,  en  864,  en  remplacement  d'Humfrid.  scilicet  &  Guîfredum,  ISdironem  &  Sunïarium. 

Or  il  est  certain  que  Salomon  était  encore  Primus  îtaque  Radulfus  fuit  monachus  Rivi- 

en  vie  en  868,  époque  où  il  tint  un  plaid'  pulli  &  epîscopus  Urgellensis'.  »  Raoul  était 

dans  le  Conflans,  pays  dépendant  alors  du  encore  enfant,  lorsque  le  comte,  son  père, 

comté  de  Cerdagne,  qui  n'était  pas  encore  &  la  comtesseWidinille,  sa  mère,  l'offrirent 

séparé  de  celui  de  Barcelone.  On  aurait  pour  religieux,  en  888,  au  monastère  de  Ri- 

même  une  preuve  certaine  qu'il  vivait  en-  poil,  avec  son  héritage.  On  lit  dans  l'acte 

core  en  878  si  l'on  admettait,  comme  nous,  de  la  dédicace  de  l'église  de  ce  monastère  : 

que  c'est  lui  qui  rendit  cette  même  année,  «  Et  tradîmus  ibi  filîo  nostro  Radulfo  cum 

sous  le  titre  de  mîssus,  un  jugement  en  fa-  omnî  hereditate  sua''.  »  Raoul  souscrivit  en 

veur  de  l'abbaye   de   Caunes\  Wifred  le  l'an  911  les  dernières  dispositions  de  son 


Note 

RECTIF. 


Velu  fut  le  fondateur  du  monastère  de  Ri- 
poll  dont  il  dota  richement  l'église  en  888'. 
Il  mourut  en  906  &  non  en  911,  comme  le 
dit  l'auteur  des  Gestes  des  comtes  de  Barce- 
lone. Wifred  le  Velu  est  le  premier  comte 
héréditaire  de  Barcelone;  sa  femme  s'ap- 
pelait Widinille  ■•,  il  en  eut  cinq  fils  :  Wi- 
fred II  qui  lui  succéda  au  comté  de  Barce- 


frère  Wifred  II.  Etant  devenu  évêque  d'Ur- 
gel ,  il  présida  la  deuxième  dédicace  du 
monastère  de  RipoU,  faite  en  gSS'.  En  948, 
il  consacra  l'église  de  Saint-Michel  de  Pons 
située  dans  son  diocèse*. 

Miron,  frère  de  Wifred  II  &  de  Raoul, 
doit  être  distingué  de  Miron,  comte  de 
Roussillon.  Celui-ci  mourut  en  896  &  le 


lone,  Raoul,  moine  de  Ripoll,  puis  évêque  premier  vécut  jusqu'en  928.  Il  avait  épousé 
d'Urgel,  Miron,  comte  de  Barcelone,  après  Ave,  &  fut  comte  de  Barcelone  après  son 
Wifred    II,    son    frère,    Suniaire,    comte      frère  Wifred  II.  Un  jugement  rendu  en  fa- 


d'Urgel,  &  Borrel,  comte  d'Ausone. 

Wifred  II,  comte  de  Barcelone,  est  dit 
fils  du  feu  comte  Wifred  I,  dans  l'acte 
d'exécution  de  ses  dernières  volontés'.  Il 
est  distingué  de  son  père  dans  les  actes 
du  concile  de  Barcelone  de  l'année  906' 


veur  du  monastère  de  Cuxa  en  901,  établit 
qu'il  était  alors  comte  de  Conflans'.  Dans 
une  charte  de  l'année  907,  il  se  dit  fils  du 
feu  comte  Guifred  ou  Wifred  *,  illustre  mar- 
quis; il  laissa  en  mourant  quatre  fils  :  Suni- 
fred,  Guifred  ou  Wifred,  Oliba,  surnommé 


Wifred  II  avait  épousé  Garsinde'.  Il  n'eut  Cabreta  &  Miron'.  Nous  reviendrons  plus 

pas   d'enfants    &  mourut   empoisonné  en  tard  sur  ces  quatre  personnages. 

914,  si  l'on  en  croit  l'auteur  des  Gestes  des  Suniaire,  le  quatrième  fils  de  Wifred  le 

comtes  de  Barcelone.  Velu,  comte  d'Urgel,  donna,  le  11  juillet 

Une  vente  faite  par  Bonnemire  &  son  937,  au  monastère  de  la  Grasse  la  terre  de 

épouse  Ermesinde  à  Raoul,  prêtre,  fils*  Ridauradansle  comtédeBesaluavecl'église 

du  comte  Wifred,  en  date  du  29  août  908,  de  Notre-Dame*.  Il  eut  l'administration  du 

prouve  lavérité  de  ce  qu'avance  l'auteurde  comté  de  Besalu  ainsi  que  de  tous  les  autres 

ces  Gejfcj,  que  le  comte  Wifred  le  Velu  laissa  domaines  de  son  père  pendant  la  minorité 
un  fils  appelé  Raoul,  qui  embrassa  l'état 


■  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  LXXXVIII. 

*  Baluze,  Cap'itulaires,  t.  2,  p.   1490. 

'  Marca  Hispan'ica,  append.  n.  40,  46  &  5o. 

*  Voyez,  sur  la  comtesse  Widinille,  Marca  His- 
pan'ica, append.  n.  ^5,  46,  5o,  5i,  61,  71,  &c. 

5  Ibid.  n.  64. 

^  Voyez  au   tome  V  de   cette  édition,   dans  les 
Preuves,  n.  XXXII. 

'  Marca  Hispan'ica,  append.  n.  64. 

*  Archives  de  la  cathédrale  de  Vie  &  copie,  dans 
Moreau,  t.  3,  p.  233. 


'  Gesta  com'itum  Barcinonensium.  — Marca  His- 
panica,  p.  640. 

'  Marca  Hispan'ica,  append.  n.  45. 
3  Ib'id.  p.  386. 

^  Ibid.  p.  892. 

^  Ibid.  append.  n.  60. 

^  Ibid.  n,  63. — Voyez  encore  sur  Miron,  comte 
de  Barcelone,  &  sur  Ave,  sa  femme,  les  n°*  74,  y6, 
90,  96,  &c. 

'  Marca  Hispanica,  append.  n.  90. 

*  Archives  du  monastère  de  Camprodon,  copie 
dans  la  Collect.  Moreau,  t.  6,  p.  55. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


291 


des  enfants  du  comte  Miron  son  frère  & 
il  mourut  l'an  954'.  Richilde,  sa  veuve, 
donna  en  cette  même  année  954,  à  l'abbaye 
de  la  Grasse,  une  autre  partie  de  l'alleu  de 
Ridaura,  avec  les  églises  de  Notre-Dame, 
de  Saint-Pierre  &  de  Sainte-Marguerite". 
Un  diplôme  interpolé  &  attribué  à  Charles 
le  Chauve,  avec  la  date  du  28  juillet  855%  a 
induit  dom  Vaissete  en  erreur.  Ce  savant 
historien  a  confondu  Suniaire,  fils  de  Wi- 
fred  le  Velu,  avec  Suniaire  I,  comte  d'Am- 
purias  &  de  Roussillonj  mais  les  docu- 
ments que  nous  venons  de  citer  démontrent 
qu'avant  987  l'abbaye  de  la  Grasse  n'avait 
aucune  possession  dans  le  territoire  de 
Ridaura;  ce  sont  là  les  titres  primitifs  de 
cette  abbaye  sur  ces  domaines;  mais  les 
religieux  n'ont  pu  être  confirmés  dans 
leur  possession  par  le  prétendu  diplôme  de 
Charles  le  Chauve  du  28  juin  855,  comme 
l'ont  cru  dom  Mabillon"*,  dom  Vaissete  & 
les  éditeurs  du  Gaîlia  Christîana^ . 

D'après  cette  fausse  supposition,  les 
auteurs  de  VHistoire  de  Languedoc  ont 
également  confondu  Richilde,  veuve  de 
Suniaire,  comte  d'Urgel  &  administrateur 
des  domaines  des  enfants  de  Miron,  comte 
de  Besalu,  son  frère,  qui  fit  en  954  ladite 
donation  de  Ridaura,  avec  Richilde,  veuve 
d'Oliba  I,  comte  de  Carcassonne,  qui  re- 
nouvela, l'an  837,  un  bail  en  précaire  fait 
à  son  mari,  dans  son  comté,  par  l'abbé  de 
la  Grasse®.  De  nombreux  documents  éta- 
blissent que  la  femme  de  Suniaire,  comte 
d'Urgel,  s'appelait  Richilde',  mais  un  in- 
tervalle d'un  siècle  sépare  l'existence  des 
deux  comtesses,  qui  n'eurent  de  commun 
que  le  nom. 

Les  auteurs  de  VArt  de  vérifier  les  dates 
ont  aussi  confondu  Suniaire,  comte  d'Ur- 
gel &  mari  de  Richilde,  avec  Suniaire  II, 
comte  d'Ampurias  &  de  Roussillon.  La 
femme  de  celui-ci  s'appelait  Ermengarde', 

'  Archives  du  monastère  de  Camprodon,  copie 
dans  la  collect.  Moreau,  t.  6,  p.  85. 

'  Ih'td.  t.  6,  p.  87,  &  Marco.  H'ispanica,  col.  S^o. 
'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  LXXIX. 
^  Annal.  Bened.  t.  3,  append.  p.  770. 

*  Gallla  Chr'ntiana,  t.  6,  p.  pSS. 

^  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  IV. 

'  Voyez  Marca  Hispanica,  n.  80,  8  i,  178  &  ipS. 

*  Ibïd.  n.  70. 


&  Suniaire  II  est  la  souche  des  comtes 
héréditaires  de  Roussillon. 

Suniaire,  comte  d'Urgel,  laissa  trois  en- 
fants, Borrel,  Ermengaud  qui  mourut  bien 
avant  son  père,  &  Miron.  Nous  revien- 
drons bientôt  à  ces  derniers. 

Borrel,  le  cinquième  fils  de  Wifred  le 
Velu,  était  comte  d'Ausone;  il  avait  épousé 
Arsinde  qui  était  morte  en  936'.  Lui- 
même  était  décédé  avant  l'année  944%  & 
ne  laissa  qu'une  fille  nommée  Richilde, 
qui  épousa  Eudes,  vicomte  de  Narbonne'. 

Revenons  aux  enfants  de  Miron,  comte 
de  Barcelone.  De  ses  quatre  fils,  Suniofred, 
l'aîné,  fut  son  successeur.  «  Cui  successif  in 
comitatu  Barchinonae  Seniofredus  filius  ejus 
primus,  »  dit  l'auteur  des  Gestes  des  comtes  de 
Barcelone^.  Une  donation  faite  en  941  au 
monastère  de  Saint-Michel  de  Cuxa,  par  la 
comtesse  Ave,  veuve  du  comte  Miron  &  ses 
fils  Suniofred,  Guifred  ,  Oliba  &  Miron, 
lévite,  atteste  la  véracité  du  chroniqueur, 
lorsqu'il  nous  donne  les  noms  de  trois  des 
fils  de  Miron'.  En  937,  Suniofred  envoya 
son  frère  Wifred  vers  le  roi  Louis  d'Ou- 
tremer, pour  lui  demander  l'autorisation 
d'aliéner  certains  domaines  situés  en  Rous- 
sillon &  en  Conflans,  en  faveur  du  monas- 
tère de  Saint-Michel  de  Cuxa®,  ce  qui  lui 
fut  accordé.  Il  assista,  en  953,  à  la  dédicace 
de  la  nouvelle  église  de  ce  monastère  qu'il 
avait  aidé  à  construire  &  dont  il  était  un 
des  principaux  bienfaiteurs'.  En  957,  il  fit 
une  donation  au  monastère  de  Ripoll'.  Par 
son  testament,  daté  du  premier  jour  d'oc- 
tobre 966%  il  partagea  ses  biens  entre  les 
différentes  églises  de  la  Marche  d'Espagne 
&   de   la  Septimanie.  Ce  testament  nous 


'  Marca  Hispanica,  n.  72. 

»  Ibid.  n.  80. 

^  Ibid.  n.  72. 

^  Ibid.  p.  540. 

'  Ibid.  append.  n.  76.  —  Cet  auteur  se  trompe 
cependant  quand  il  ne  donne  que  trois  fils  à  Mi- 
ron ;  il  oublie  le  quatrième,  Miron,  qui  fut  prêtre. 

^  Quod  Seniofredus  comes  direxit  ad  nostram 
praesentiamquemdamGuifredum  fratrem  suum,  &c. 
Diplôme  de  Louis  d'Outremer,  Marca  Hispanica, 
append.  n.  7$. 

'  Marca  Hispanica ,  append.  n.  90. 

'  Ibid.  n.  92. 

®  Ibid.  n.   I  04. 


NoTB 
RCCTIF. 


2()2 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


apprend  qu'il  n'avait  plus  alors  que  deux 
frères  vivants,  Oliba  &  Miron,  ce  que  nous 
savions  d'ailleursj  qu'il  avait  fait  le  voyage 
de  Jérusalem,  &  qu'il  n'avait  pas  d'enfants. 
Il  est  douteux  qu'il  ait  jamais  été  marié. 
Suniofred  mourut  l'année  même  où  il  fît 
son  testament,  comme  le  prouve  une  dona- 
tioii  faite  par  ses  exécuteurs  testamentaires, 
le  3o  octobre  966,  au  monastère  de  Saint- 
Pierre  de  Camprodon,  en  Catalogne".  Cette 
donation  démontre  aussi  l'erreur  de  l'au- 
teur des  Gestes  des  comtes  de  Barcelone,  qui 
fait  mourir  le  comte  Suniofred  en  964,  & 
celle  de  la  Chronique  de  RipoU  qui  place 
la  mort  de  ce  prince  en  l'année  967.  Après 
la  mort  de  Suniofred,  le  comté  de  Barce- 
lone passa  à  son  cousin  germain  Borrel, 
fis  de  Suniaire,  comte  d'Urgel. 

Wifred,  second  fils  de  Miron,  était  comte 
de  Cerdagiie  ;  il  a  été  passé  sous  silence  par 
l'auteur  des  Gestes  des  comtes  de  Barcelone. 
C'est  le  fondateur  du  monastère  de  Cam- 
prodon,dans  le  comté  de  Besalu\  Il  mourut 
avant  son  frère  Suniofred,  puisque  celui-ci, 
au  dire  d'une  ancienne  charte,  fut  son  suc- 
cesseur en  Cerdagne  :  «  Contïglt  ut  Idem  co- 
rnes Wifredus  mîp;raretur  a  saeculo,  acclpiente 
vero  dominatum  illius  fratre  suo  domno  Sunio- 
fredo^.  »  Il  ne  dut  pas  néanmoins  s'écouler 
un  long  laps  de  temps  entre  la  mort  des 
deux  frères,  puisque,  par  un  acte  du  3o  oc- 
tobre 965,  Wifred  donna  au  monastère 
d'Arles  différents  biens  qu'il  possédait  en 
Cerdagne,  aux  territoires  dels  Forçats  & 
de  Volquera.  Il  est  dit,  dans  la  charte,  qu'il 
tenait  ces  propriétés  en  vertu  de  la  dona- 
tion à  lui  faite  par  la  comtesse  Ave,  sa  mère. 
On  peut  conclure  de  la  teneur  de  cette 
pièce  qu'Ave  avait  fait  un  égal  jjartage  des 
biens  énoncés  entre  ses  fils  Wifred  &  Su- 
niofred ,  de  telle  sorte  qu'ils  paraissent 
avoir  été  l'un  &  l'autre  co-propriétaires  du 
comté  de  Cerdagne''.  Wifred  fut  assassiné 
par  Adalbert,  un  de  ses  vassaux  \ 

Oliba,  surnommé  Cabre  ta,  est  cité  comme 

'  Cartul.   du   monastère   de  Saint-  Pierre  de  Cam- 
prodon, (°  53,  &  copie  dans  Morenu,  t.  10,  p.  65. 
'  Marca  Hispanica,  p.  SpS,  &  append.  n.  85. 
'  Ihid.  append.  n.   loo.  Voyez  aussi  n.  112. 
^  Collection  Moreau,  t.  10,  p.  26, 
'  Marca  Hispanica,  p.  896  &  400. 


Note 

fils  de  Miroji  &  d'Ave  dans  la  donation  faite  ^p'^it- 
par  cette  dernière  en  l'an  941  '.  Il  était  comte 
de  Besalu  &  il  le  devint  de  Cerdagne  à  la 
mort  de  Suniofred,  son  frère  aîné,  en  966. 
Le  pape  Jean  XIII  nous  apprend,  dans  une 
lettre  de  968,  que  le  comte  Oliba  Cabreta 
ayant  fait  le  voyage  de  Rome,  lui  demanda 
de  prendre  sous  sa  protection  spéciale'  l'ab- 
baye d'Arles,  fondée  parle  frère  de  son  aïeul. 
Oliba  mourut  en  988'  ;  il  laissa  de  sa  femme 
Ermengarde  quatre  fils  &  non  trois  comme 
le  dit  l'auteur  des  Gestes  des  comtes  de  Bar- 
celone^ :  1°  Bernard,  surnommé  Taillefer, 
qui  fut  son  successeur  au  ct)mté  de  Besalu  & 
auteur  de  la  branche  des  comtes  de  Besalu 
qui  finit  en  l'année  un  avec  Bernard  III, 
comte  de  Besalu  ;  2°  Guifred  ou  Wifred,  qui 
hérita  de  son  père  du  comté  de  Cerdagne, 
auteur  de  la  branche  des  comtes  de  Cer- 
dagne' qui  finit  avec  Bernard-Guillaume, 
com  te  de  Cerdagne,  mort  en  1 1 17  ;  3°  Oliba, 
religieux,  puis  abbé  de  Ripoll,  qui  devint 
évèque  d'Ausone  ou  de  Vie,  &  mourut  en 
1047^5  4°  Béranger,  premier  du  nom,  évèque 
d'Elne,  dit  fils  du  comte  Oliba  &  de  la  com- 
tesse Ermengarde  dans  une  donation  faite 
par  cette  dernière  à  l'abbaye  d'Arles  en  993'. 
Miron,  le  quatrième  fils  de  Miron,  comte 
de  Barcelone,  est  cité  dans  la  donation  de 
sa  mère  de  l'année  941';  il  porte  le  titre 
de  prêtre  dans  le  testament  de  son  frère 
Suniofred,  de  l'année  966';  il  devint  en- 
suite évèque  de  Girone. 


'  Marca  Hispanica,  append.  n.  76. 

'  Ibid.  append.  n.   i  ro. 

^  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Arles. 

■*  Marca   Hispanica,  p.  542. 

'  Guifred,  comte  de  Cerdagne,  mourut  en  i  o5o  ou 
io5i,  à  la  fin  du  mois  de  j  uillet,  dans  l'abbaye  du 
Canigou,  où  il  s'était  fait  moine  depuis  quelques 
années.  C'est  ce  qu'a  établi  M.  Léopold  Delisle,  en 
publiant  le  Rouleau  mortuaire  de  Guifred.  C'est 
donc  à  tort  que  les  auteurs  de  VArt  de  vérifier  les 
dates  ont  placé  la  mort  de  ce  comte  en  1026  (t.  2, 
p.  333).  —  Voyez  Rouleaux  des  morts  du  neuvième 
au  quinzième  siècle,  recueillis  &  publiés  pour  la 
Société  de  l'Histoire  de  France,  par  Léopold  De- 
lisle, Paris,  Renouard.  i865,  1  vol.  in-o°. 

^  Ibid.  p.  445. 

'  Collection  Moreau,  t.   1  5,  p.  56. 

*  Marca  Hispanica,  n.  76. 

'  Ibid.  n.  104. 


Note 

RECTiF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


TABLEAU  GÉNÉALOGIQUE  DE  LA  FAMILI-E  DE  BORREL,  COMTE  D'AUSONE. 


293 


Note 


"ts 


es' 


Sunifred,  comte 
j  d'Urgel  en  819  , 
'  marquis  de    Sepli- 

manie  en  844,  mort 
1  en  85o  ou  83i.  A- 

vait  épousé  Ermes- 
I  sinde,  dont  : 


I     Sunifred,  cité  en  888, 

I  religieux  .    fut    probable- 
ment évêque  de  Girone. 
Wifred  le  Velu,  d'abord 
comte  d'Urgel,  puis  comte  . 
de  Barcelone  en  874,  &/ 
marquis   de    la    Marche) 
I  d'Espagne,  épousa  Widi- 
nille,  &  mourut  en  907. 

Miron,  comte  de  Rous- 
I sillon  ,  cité  comme  tel  en 

873,  874,  878,  885,  mou- 
frut  en   895.  Sa  femme  se 

nommait  Quixilio;  il  n'eut 
1  pas  d'enfants. 

Raoul,  com- 
te   de    Con- 
Hans,  cité  en  1      Oliba  vi 
885  &  904.  \  vait  encore 
vécut  )us-|en    904; 
qu'en    914.  (mais     ilj 
De  sa  femme  \  mourut  a- 
Ralinde,  il/vant  son 
n'eut     qu'un  [père, 
fils,  mort  a- 1 
vant  lui.         \ 


■Wifred  II,  comte  de 
Barcelone ,  épousa  Gar- 
sinde,  &  niourut  sans  en- 
fants en  914.  I 

Raoul,  moire  de  Ri- 
poll,  puis  évêque  d'Urgel, 
vivait  encore  en  944. 

Miron,  comte  de  Besalu, 
se  dit  fils  de  Wifred,  déjà 
décédé  en  907,  devint 
comte  de  Barcelone  à  la  • 
mort  de  son  Irèrc  Wi- 
fred H.  Il  épousa  Ave, 
dont  il  eut  quatre  enfants, 
&  mourut  en  928. 


Suniaire  I",  comte  d'Ur- 
gel, épousa  Richilde,&j 
eut  l'administration  du 
comté  de  Besalu  &  de| 
tous  les  autres  domaines 
de  son  père  pendant  la^ 
minorité  des  enfants  de> 
son  frère  Miron  ;  il  mou-  , 
rut  en  95o.  j 

Borrel ,  comte  d'Auso-I 
ne,  épousa  Arsinde,  morte  ' 
en   936 ,  dont  il  eut  une 
fille  nommée  Richilde.  Il 
mourut  avant  l'année  944. 


Suniofred,  comtede  Bar- 
celone, mourut  sans  en- 
fants en  966  ou  967. 

Guifred  ou  Wifred, com-j 
te  de  Besalu,  fonda  le  mo- 
nastère de  Camprodon,  & 
mourut  en  965  sans  lais-l 
ser  d'enfants. 

Oliba  Cabrcta,  comte 
de  Cerdagne  &  de  Besalu 
mort  de  Suniofred: 
épousa  Ermcnçarde,  dont 
il  eut  quatre  fils,  &  mou- 
rut en  988. 

Miron ,  évêque  de  Gi- 
irone 


Borrel ,  comte  d'Urgel 
en  954;  comte  de  Barce- 
lone en  967,  après  la  mort 
de  Suniofred,  son  cousm 
germain;  mort  le  24  sep- 
tembre 993. 

Ermengaud,  mort  avant  I 
l'année  944. 

.Miron,  comtede  Girone 
en  947  &  g68. 


Bcrnîird  l'aille- 
fer,  auteur  de  la 
branche  des  com- 
tes de  Besalu. 

Guifred  ou  Wi- 
fred, mort  en 
io5o,  comte  de 
iCerdagne,  auteur 
de  la  branche  des 
comtes  de  Cerda- 
Igne. 

Oliba,  abbé  de 
Ripoll,  puis  évê- 
que d'Ausone. 

Béren|zerl«''du 
nom,évequed'EI- 


Raymond  Bor- 
rel, comtede  Bar- 
celone &  auteur 
1  de  la  branche  des 
I  comtes  de  Baice- 
loiie. 

Ermengaud, 
comted'Urge!, au- 
teur de  la  bran- 
che des  comte» 
d'Urgel. 


Humfrid,  diacre. 


Nous  terminerons  cette  notice  en  don- 
nant les  noms  des  enfants  de  Suniaire, 
comte  d'Urgel,  auteur  de  la  branche  de 
cette  famille  qui  a  eu  la  plus  longue  durée 
&  qui  a  donné  naissance  aux  rois  d'Aragon. 

Nous  avons  déjà  dit  que  Suniaire  avait 
eu  trois  fils,  Borrel,  Ermengaud  &  Miron. 
Ermengaud  mourut  bien  avant  son  père. 
Borrel,  qui  était  l'aîné,  hérita  du  comté 
d'Urgel  à  la  mort  de  son  père,  en  l'an- 
née 950.  Treize  ans  après,  il  devint  comte 
de  Barcelone,  par  la  mort  de  Suniofred, 
son  cousin  germain;  il  mourut  le  24  sep- 
tembre 993',  laissant  deux  fils  :  Raimond- 
Borrel,  qui  fut  comte  de  Barcelone,  & 
Ermengaud,  qui  fut  comte  d'Urgel  &  au- 
teur de  la  branche  des  comtes  de  ce  nom. 

Quant  à  Miron,  frère  de  Borrel,  il  pa- 

Marca    fiispanici,    p.    j^^o    &    coUett.    Moreau, 
t.  I  5,  p.  55. 


raît  avoir  été  comte  de  Girone.  Il  assiste 
en  947  à  la  dédicace  du  château  de  Fenes- 
trelle  J  il  prend  le  titre  de  comte  &  même 
de  marquis  dans  deux  donations  qu'il  fit 
en  968  à  l'église  de  Girone'.  On  ignore 
l'époque  de  sa  mort,  &  il  ne  paraît  pas 
avoir  laissé  d'enfant.  Il  ne  doit  pas  être 
confondu  avec  Miron,  son  cousin,  évéquo 
de  Girone. 


IX 


SUNIAIRE  II,  COMTE  DE  ROUSSILLON. — 
SA  FAMILLE.  —  LES  COMTES  DE  ROUS- 
SILLON. 

On  ne  connaît  pas  l'origine  de  Suniaire  II, 
qui  fut  comte  d'Ampurias  depuis  l'année 
884  au  moins  jusqu'à  916,  &  de  Roussillon 

'  Marca  Hn^panica,  append.  n.   1  c6  &   107. 


Note 

RECTIF. 


294 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


depuis  895  jusqu'à  915.  Était-il  fils  ou  pe-  Elmerade,  frère  des  comtes  Bencion  &: 

tit-fils  de  Suniaire  I,  comte  de  Roussillon,  Gauzbert,  fut  évêque  d'Elne  de  916  à  920'. 

mort  en  85o?  Appartenait-il  à  une  branche  Wadalde,    le    quatrième,   qui    avait    aussi 

collatérale  de  la  famille  de  Borrel,  comte  embrassé  l'état  ecclésiastique,  fut  le  suc- 

d'Ausone?C'est  ce  qu'en  l'absence  de  textes  cesseur  immédiat   d'Elmerade;    il   occupa 

décisifs  on  ne  saurait  affirmer.  Les  auteurs  le  siège  d'Elne  depuis  l'année  920  jusqu'à 

de  VArt  de  vérifier  les  dates  se  sont  trompés  l'année  947^  Peu  de  temps  avant  sa  mort, 

quand  ils  ont  prétendu  qu'il  était  neveu  de  le    29   janvier   947,  il  fit  donation   à   son 

Raoul,  comte  de  Conflans,&  fils  de  Miron,  église  d'un  alleu  qu'il  possédait  en  Rous- 

comte  de  Roussillon'.  Aucune  preuve  ne  sillon'. 

peut  être  donnée  de  ce  fait.  Suniaire  II,  Guifred  ou  Gausfred  I,  fils  de  Gauzbert, 

comte  de  Roussillon,  ne  doit  pas  être  con-  succéda  à  son  père  vers  l'année  940,  &  fut 

fondu  avec  Suniaire,  comte  d'Urgel,  fils  de  comte  d'Ampurias  &  de  Roussillon.  Il  est 

Wifred  le  Velu,  mort  en  960  seulement  :  il  cité  pour  la  première  fois  avec  le  titre  de 

était  mort  le  5  juin  916 '  &  avait  épousé  comte,  dans  une  charte  de  l'année  942.  Il 

Ermengarde,  dont  il  eut  quatre  fils  :  Ben-  fut  présent,  le  24  décembre  946,  à  la  con- 

cion,  Elmerade,  Gauzbert  &  Wadalde.  Cette  sécration    de   l'église   de  Saint-Martin  de 

filiation  est  établie  par  un  certain  nombre  Bautices  faite  par  Ermengaud,  archevêque 

de  chartes'.  de  Narbonne,  assisté  des  évèques  d'Elne  & 

Bencion  paraît  avoir  été  comte  d'Ampu-  ^q  Girone.  Dans  l'acte  qui  fut  dressé  de 

fias  du  vivant  même  de  son  père;  c'est  du  cette  cérémonie,  il  porte  le  titre  de  comte 

moins  ce  qui  ressort  d'un  acte   de  vente,  d'Ampurias,   de    Pierrelate    &    de    Rous- 

fait  entre  particuliers,  d'un  fonds  de  terre  sillon  \  Ce  comte  &  Ave,  sa  femme,  firent 

confinant,  est-il  dit  dans  l'acte,  à  un  autre  ^^  échange  de  quelques  domaines  avec  une 

appartenant  à  la  comtesse  Godlane,  femme  femme  appelée  Hermentrude,  le  20  juin 

du  comte  Bencion,  Ce  comte  fit  une  dona-  959'.  Gausfred  était  mort  au  mois  de  mars 

tion  à  l'église  d'Elne "*,  le  4  mars  916,  pour  ^g  p^n  991,  ainsi  qu'il  ressort  de  l'acte  de 

le  repos  de  l'âme  desafemmejil  mourut  délivrance  faite  à  l'église   d'Elne,  par  la 

la  même  année  sans  laisser  de  postérité,  comtesse  Guisle,  sa  bru,  &  par  ses  autres 

comme  il  est  établi  par  une  autre  donation  exécuteurs  testamentaires,  des  alleux  qu'il 

faite  le  i"  septembre  916,  à  l'église  d'Elne,  possédait  au  territoire  de  Cabannes  dans 

par  Elmerade,  évêque  de  cette  ville,  dans  jg  comté  de  Pierrelate^  Il  eut  quatre  fils 

laquelle  il  rappelle  la  donation  faite  à  la  gj.  j^^j^  ^j-^jg  comme  l'avancent  les  auteurs 


Note 

EECTir. 


même  église  par  son  frère,  le  comte  Ben- 
cion d'heureuse  mémoire'. 

A  la  mort  de  Bencion,  Gauzbert,  son 
frère,  qui  avait  hérité  de  son  père  du  comté 
de  Roussillon,  hérita  également  du  comté 
d'Ampurias.  Il  avait  épousé  Trutgarde,  ci- 
tée en  922*,  &  qui  vivait  encore  en  980'. 


de  VArt  de  vérifier  les  dates\ 

1°  Hugues,  qui  fut  son  successeur  au 
comté  d'Ampurias,  &  qui  épousa  Guisle 
ou  Guillemette; 

2°  Guilabert,  qui  hérita  du  comté  de 
Roussillon  &  qui  donna  en  1007  avec  Hu- 
gues, son  frère,  au  monastère  de  Rodes, 


Il  laissa  un  fils  nommé  Guifred  ou  Gausfred      ^^^^  champs  situés  au  comté  de  Pierrelate, 
sur  lequel   nous  reviendrons.   On   ignore 
l'époque  exacte  de  la  mort  de  Gauzbert, 

elle  peut   être  fixée  à  l'année  940  environ.  '  Marca  Hlspanlca,  append.  n.  65.  —  Conférez 

la   Note  VI   de  dom  Vaissete,  t.  IV  de  cette  édi- 


'  Art  de  vérifier  les  dates,  édit.  in-fol.  t.  2,  p.  329. 

'  Histoire  de  Languedoc,  t.  III,  1.  XI,  n.  lxxviii. 

'  Marca  Hispanica,  n.  70  &  seq. 

^  Ibid.  n.  66. 

'  Ibid.  n.  70. 

«  Ibid.  n.  67. 

'  Cartul.  de  l église  d'Elne,  f  88. 


'  Cartul.  d'Elne,  collect.  Moreau,  t.  7,  p.   126. 
'  Ibid.  t.  7,  p.  118. 

'•  Charte  citée  par   Fessa.  —  Art  de  vérifier  les 
dates,  in-fol.  t.  2,  p.  829. 

'  Cartul.  d'Elne,  collect.  Moreau,  t.  14,  p.  216. 

«  Ibid. 

"'  Art  de  vérifier  les  dates,  t.  2,  p.  329. 


Note 

RECTir. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


TABLEAU  GENEALOGIQUE  DE  LA  FAMILLE  DE  SUNIAIRE  II,  COMTE  DE  ROUSSILLON. 


293 


NoTr 

BECTir. 


Bention  ou  Bencion ,  comte 
d'Ampurias  ,  épousa  Codiane,  & 
mourut  en  916,  sans  laisser  d'en- 
fants. 

Suniairell,!  Gauzbert,  comte  de  Roussillon 
comte  d'Ampu-  ]&  d'Ampurias  à  la  mort  de  Ben- 
rias  &  de  Rous- /cion,  son  Irère;  épousa  Trutj^arde 
sillon,  mort  cn\&  laissa  un  fils.  Il  mourut  vers 
l'année  940. 


91  3.  Epousa  Er- 
mengarde ,    dont , 
il  eut  quatre  fils  :| 


Elmerade,  évêqued'Elne,  de  916 1 
à  920. 

Wadalde,  évêque  d'Elne,  de  920 
à  947. 


Guifred  ou| 
Gausfred  l"; 
comte  d'Ampu- 
rias &  de  Rous- 
si! Ion , épousa 
Ave,  dont  il  eut 
quatre  enfants,  & 
mourut  avant  le 
mois  de  mars] 
991. 


Hugues,  comted'Ampurias,  épou- 
sa Guisie  ou  Guillette.  Mort  en 
1040  au  plus  tard. 

Guilabert  I ,  comte  de  Roussil- 
n  ,  mort  sans  enfants  avant  le 
7  août  ioi3. 

Gausfred  II,  succéda,  en  ioi3, 
à  son  frère  Guilabert  dans  le  com- 
té de  Roussillon.  Mort  vers  l'an- 
née 1060. 

Suniaire,  évêque  d'Elne. 


'  Pons  !•' du  nom, 
I  comte  d'Ampu- 
rias &  de  Pierrc- 
'  late ,  mort  vers 
.l'année  1079. 


Guilabert  II  ou 
Guislebert,  com- 
te de  Roussillon, 
vécut  jusqu'en 
\  1 102. 


près  de  la  ville  de  Castillon ,  mort  sans 
enfants  avant  le  7  août  de  l'année  lOiS"; 

3°  Gausfred  II,  qui  succéda  en  ioi3  à  son 
frère  Guilabert  au  comté  de  Roussillon 5 

4°  Suniaire,  qui  fut  évêque  d'Elne  de 
967  à  978. 

Il  paraît  qu'en  mourant  Gausfred  I  avait 
partagé  ses  domaines  entre  ses  deux  fils 
aînés  Hugues  &  Guilabert,  &  que  Gausfred 
le  plus  jeune  n'eut  point  d'apanage.  C'est 
du  moins  ce  qui  paraît  établi  par  l'acte  en 
vertu  duquel  les  exécuteurs  testamentaires 
de  son  père  délivrent  à  l'église  d'Elne  les 
biens  que  Guilabert  avait  légués  à  cette 
église  dans  le  comté  de  Pierrelate,  &  où  il 
signe  sans  prendre  aucune  qualité '5  d'ail- 
leurs jusqu'en  ioi3  Hugues  &  Guilabert 
agissent  toujours  ensemble,  l'un  comme 
comte  d'Ampurias,  &  l'autre  comme  comte 
de  Roussillon,  &  ce  n'est  qu'après  la  mort 
de  Guilabert  que  Gausfred  apparaît  en 
Roussillon  avec  l'autorité  de  comte.  Les 
auteurs  de  VArt  de  vérifier  les  dates  ont  pré- 
tendu que  Gauzbert  II  était  fils  de  Guila- 
bert, c'est  une  erreur.  Il  est  constant  que 
Hugues,  Guilabert,  Gausfred  II  &  Suniaire 
étaient  frères.  C'est  ce  qui  ressort  notam- 
ment d'une  vente  faite  à  l'abbé  &  aux  reli- 
gieux de  Saint-Pierre  de  Rodes,  par  le 
comte  Hugues  &  la  comtesse  Guisie,  sa 
femme,  Pons  leur  fils,  Gausfred,  comte  de 
Roussillon,  &  Suniaire,  évêque  d'Elne,  leur 
frère,  du  i5  janvier  1029^5  d'une  autre  vente 
faite  à  la  comtesse  Guisie,  par  le  comte 

'  Cartul.  d'Elne,  f"  70,  collect.  Moreau. 
'  Dissertation  de  Fossa  ,  collect.   Moreau  ,  t.  14, 
p.  216. 

Marco.  Hispanica,  append.  n.  zoz. 


Hugues,  son  mari,  le  17  décembre  io36, 
dans  laquelle  le  comte  Hugues  &  la  com- 
tesse, sa  femme,  reconnaissent  que  l'abbaye 
de  Saint-Pierre  de  Rodes  avait  la  propriété 
de  la  terre  de  Kanouas,  en  Roussillon,  &  de 
l'église  de  Saint-Cyr,  en  vertu  d'une  dona- 
tion qui  lui  avait  été  faite  par  l'évêque  Su- 
niaire &  qu'il  tenait  de  Guifred  I,  son  père, 
&  d'Ave,  sa  mère  :  de  Guîfredo  comité,  pâtre 
suo,  &  de  matre  sua  nomine  Ava  comitissa'. 
Il  est  donc  certain  que  Suniaire,  évêque 
d'Elne,  était  frère  de  Gausfred  II,  comte  de 
Roussillon,  &  comme  lui  fils  de  Gausfred  I 
&  de  la  comtesse  Ave'.  D'ailleurs,  le  3  août 
968,  ce  prélat  souscrivit  le  jugement  rendu 
par  le  comte,  son  père,  en  faveur  de  l'ab- 
baye de  Saint-Pierre  de  Rodes  :  Guifredus 
gratia  Dei  cornes,  filiusque  ejus  Suniarius 
religiosissimus  episcopus^'j  &  fit  donation  le 
3o  juillet  972,  conjointement  avec  la  com- 
tesse Ave,  sa  mère,  à  l'église  d'Elne,  de  la 
terre  de  Truillas,  dans  le  Roussillon*. 


SUITE  CHRONOLOGIQUE  DES   COMTES 
DE  TOULOUSE. 

(778-918) 

I.  Chorson.  —  Cborson  est  le  seul  des 
neuf  cbefs  nommés  en  Aquitaine  par  Char- 

'  Marca  Hispanica,  n.  21  5.  —  C'est  à  tort  que 
Baluze  attribue  à  cette  charte  la  date  de  l'an  ç35. 

'  Marca  Hispanica,  append.  n.  109,  &  Capital, 
des   rois  de  France,  t.  2,  p.    1640. 

^  Capitulaires.  tit.  144,  col.  [5^^■ 

^  Dissertation  de  Fossa,  déjà  citée. 


Note 

RECTIF. 


296 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


lemagiie',en  778  auquel  les  auteurs  contem- 
porains donnent  le  titre  de  duc  ;«  Chorso  dux 
Tolosanus^  »  S'étant  laissé  prendre  en  789" 
par  Adalaric,  duc  des  Gascons,  &  n'ayant 
recouvré  la  liberté  qu'en  s'imposant  des 
conditions  honteuses  pour  le  nom  franc,  il 
fut  déposé  en  790,  par  Charlemagne,  qui 
nomma  à  sa  place  le  duc  Guillaume'. 

II.  Guillaume,  dit  de  Gellone. — 
Guillaume  fut  duc  ou  marquis  de  la  Marche 
de  Toulouse  depuis  l'an  790  jusqu'en  806. 
En79o, cette  Marcheétaitcomposéedu  pays 
deToulouse  &  de  la  Septimauie  ou  Gothie. 
Le  premier  soin  de  Guillaume,  en  prenant 
possession  de  ce  gouvernement,  fut  de  faire 
rentrer  les  Gascons  révoltés  dans  le  devoir^ 
il  y  parvint  en  employant  tour  à  tour  la 
force  &  la  ruse''.  Il  soumit  définitivement 
ceux  qui  habitaient  le  pays  de  Fezensac, 
c'est-à-dire  l'ancien  territoire  d'Eausej  il 
érigea  ce  petit  pays  en  comté  &  y  mit  un 
comte  nommé  Burgund  ou  Bourguignon. 
Grâce  à  son  activité  &  à  l'impulsion  qu'il 
sut  donnera  la  guerre  contre  les  Sarrasins, 
Guillaume  étendit  encore  les  limites  de 
son  gouvernement.  En  798  il  repoussa  les 
Sarrasins  qui  avaient  tenté  de  faire  une  des- 
cente en  Septimauie.  En  799,  il  dirigea  l'ex- 
pédition faite  contre  Barcelone  &  assista  à 
la  prise  de  cette  ville  qui  eut  lieu  en  801. 
Enfin,  il  agrandit  la  Marche  de  Toulouse 
en  y  ajoutant  successivement  les  comtés 
d'Ausone,  de  Girone,  d'Ampurias,  de  Bar- 
celone, d'Urgel  &  de  Besalu  conquis  sur 
les  Sarrasins  ^  En  806,  Guillaume  se  retira 
du  monde  &  se  fit  religieux  dans  l'abbaye 
de  Gellone  qu'il  avait  fondée  depuis  quel- 
ques années,  &  qui  était  placée  sous  la 
direction  d'un  parent  de  Charlemagne, 
l'abbé  Juliofred  "'.  La  vie  religieuse  que 
Guillaume  mena  d<ans  cette  abbaye  lui  mé- 
rita le  nom  de  saint.   Il  mourut  en  812'. 


'   Fita   Hludovici  Iivp.  —  Pertz,   t.  2,  p.  608. 

'  lèid.  p.  609. 

'  Ihld. 

'  Ibid. 

'■"  Ibid.  t.  2,  p.  6  I  o  &  6  I  I  . 

*  Vita  S.  Guillelmi,  dans  les  Acta  Sanctorum  or~ 
dlnis  S.  Bent'd'icti,  saec.  2,  t.  2,  &  Preuves,  Chartes 
&  Diplômes,  n.  XIII. 

'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XVII, 


Raimond  Raphinel.  —  Dom  Vaîssete, 
qui  du  reste  n'a  fait  que  suivre  Mabillon, 
n'est  pas  éloigné  de  croire  que  le  succes- 
seur de  S.  Guillaume  au  duché  de  Tou- 
louse fut  un  personnage  nommé  Raimond 
Raphinel,  auquel  une  charte,  dont  on  est 
fort  embarrassé  de  déterminer  exactement 
la  date,  donne  le  titre  de  duc  d'Aquitaine, 
dux  Aquîtanorum.  Comme  cette  charte  est 
le  seul  document  qui  nous  révèle  l'exis- 
tence de  Raimond  Raphinel  &  que  Ma- 
billon, qui  l'a  signalée  le  premier,  n'en  a 
imprimé  que  quelques  lignes",  nous  la  don- 
nons ici  en  entier  d'après  une  copie  qui 
nous  a  été  conservée  par  dom  Estiennot.  Il 
sera  facile  de  se  convaincre  par  une  simple 
lecture  que  cette  pièce  est  supposée. 

In  nomine  sanctae  &  îndlvîduae  Trinïta- 
tîs ,  Ego  Raimiindus  Raphinel,  gratin  Dei 
dux  Aquitanorum,  constitutus  in  confessione 
cathoUcae  veritatis  &  tuitione  ûdelium,  con- 
siderans  diem  extremum,  cernens  me  validis- 
simis  sceleribus  involutum ,  perpendens  reos 
V astis  flammarum  inferni  trader e  cruciatibus, 
&  justos  praemia  Paradisi  possidere  sine  de- 
fectione,  vel  ad  extremum  de  maie  actis  poeni- 
tudinem  gerens  ut  fugitivus  misericordiam  per 
domesticos  Dei  expostulans,  ad  fontem  pietatis 
pro  ablutione  meorum  accurrens  criminum, 
cedo  vel  dono  locum  qui  appellatur  Lumbers, 
situm  in  territorio  Tolosano ,  super  rivulum 
Savae,  in  quo  est  ecclesia  consecrata  in  honore 
genitricis  Dei  Nlariae,  &■  oratorlum  non  longe 
positum,  in  quo  requiescit  Christi  confessor 
ISAajanus ;  £■  in  alio  loco,  in  comitatu  vel  epi- 
scopio  Nemausensi,  non  procul  a  littore  maris, 
fiscum  qui  Poscarias  dicitur,  in  quo  simili 
modo  est  constructa  ecclesia,  in  honore  virgi- 
nis  lAariae.  Has  supradictas  ecclesias  &  loca 
praenominata ,  cum  omnibus  adjacentiis  vel 
appendieiis  suis,  terris  cultis  &  incultis,  &  om- 
nibus ad  se  pertinentibus,  ab  integro  cum  ter- 
minis  suis,  ego  Raimundus  suprascriptus  pro 
aeterna  remuneratione,  sicut  supradixi,  cum 
adjutorio  Jesu  Christi,  redemptoris  nostri&sal- 
vatoris,  cedo  vel  dono  Deo  omnipotenti  &  filio 
ejus  Jesu  Christo  fi-  Spiritui  sancto  £■  genitrici 
Dei  Mariae,  &  sancto  Tyberio,  6-  Attilioni  ab- 
bati  &  sancto  conventui  fratrum,  &  monasterio 
quod  Caesarion  dicitur;  quod  est  constructum 

'  Mabillon,  Annal.  Bened.  ad  ann.  796. 


Note 

RECTir. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


297 


în  territorto  Bîterrensi^  in  suburbîo  Agathensï, 
in  quo  sacrata  est  ecclesia  in  honore  proto- 
martyris  Stephani ,  in  qua  requiescit  corpus 
supradicti  martyris  Tiberii,  &  Attilion  ibidem 
pater  monachorum  secundum  regulam  S.  Be- 
nedicti  praesse  videtur  ;  &•  hoc  donum,  in  ali- 
moniapauperumvel  stipendia  monachorum-jibi- 
dem  Deo  servientium,  fixum  &  firmum  maneat 
în  perpetuum,  ut  pro  nobis  &■  pro  salute  ipsius 
domni,  senioris  nostri Karoïi,  serenissimi  impe- 
ratoris,divinam  clementiam  eos  exorare  delec- 
tet.  Siquis  vero  post  discessum  meum,suasione 
maligna,  hoc  donum  suprascriptum  dîsrumpere 
temptaverit,  iraDei  maneat  super  eum  &  cum 
Cain  fratricida  sit  portio  ejus,  &  cum  Datan  ۥ 
Abiron  &  cum  Juda  traditore,  qui  sacrum  cor- 
pus Domini  vendidit ,  donec  ad  emendationem 
reniât,  £■  non  valeat  vindicare  quod  cupit,  sed 
componat,  det  &■  insuper  dicto  monasterio  auri 
libras  XX.  Insuper  donum  suprascriptum  pe- 
renni  tempore  sit  stabilitum,  sine  ulla  inquietu- 
dine  féliciter.  Scripta  carta  donationis  hujus, 
rogante  Raimundo  principe,  in  mense  martio, 
XII  kalendas  aprilis,  sub  feria  V,  apud  Biterris 
civîtate,  régnante  domino  \_Ludovico'],anno  xxi 
imperii  serenissimi  imperatoris  Karoli.  Serenus 
levita  scripsit  ' . 

Tout  dans  cet  acte  concourt  à  en  dénoter 
la  fausseté  :  la  formule  gratia  Dei  dux  Aqui- 
tanoruMy  qui  n'était  pas  en  usage  à  cette 
époque,  le  protocole  même  de  la  charte, 
qui  rappelle  celui  usité  au  dixième  siècle, 
la  date  dont  les  synchronismes  sont  contra- 
dictoires. Il  faut  donc  effacer  le  nom  de  Rai- 
mond  Raphinel  de  la  liste  des  ducs  ou  com- 
tes de  Toulouse  &  nous  résigner,  comme  le 
remarque  dom  Vaissete,  à  ignorer  le  nom 
de  celui  qui  succéda  immédiatement  à 
Guillaume  dans  le  duché  de  Toulouse. 

III.  BÉRANGER.  —  Béranger,  comte  de 
Toulouse  en  819%  &  parent  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire, était  fils  de  Hugues,  comte  de 
Tours  ';  il  était  par  conséquent  de  la  famille 
de  Robert  le  Fort.  Il  est  probable  que  ce 
fut  en  817  qu'il  fut  nommé  marquis  de 
Toulouse,  lorsque  cette  Marche  fut  sépa- 
rée  de  la  Gothie  ou  Septimanie.  L'auteur 

Recueil    de     dom     Est'iennct  ,     manuscrit    lat. 
12760,   f.  387. 

Vita  Hludovici  pii,  Pertz,  t.   2,  p.   624. 
'  Ihid.  p.  642. 


de  la  Vie  de  Louis  le  Débonnaire  ne  lui 
donne  que  le  titre  de  comte  ;  mais  il  a  celui 
de  duc  dans  Thegan'.  Outre  la  Marche  de 
Toulouse,  Béranger  possédait  encore  le 
Vêlai.  Deux  actes  datés  de  l'année  825,  &  ti- 
rés du  cartulaire  de  Saint-Julien  de  Brioude, 
nous  apprennent  qu'après  avoir  reçu  ce 
comté  en  bénéfice  de  Louis  le  Débonnaire, 
il  reconstruisit  le  château  de  Vitri  ,  près 
Brioude,  qui  avait  été  autrefois  détruit  par 
les  Sarrasins". 

Béranger  était  très-attaché  à  Louis  le  Dé- 
bonnaire. Les  auteurs  du  temps  célèbrent 
sa  prudence  &  sa  haute  sagesse,  &  disent 
que  lorsqu'il  mourut,  il  fut  fort  regretté 
de  l'empereur  &  de  ses  trois  fils,  dont  il 
avait  également  su  se  faire  bien  venir '.Ber- 
nard, duc  de  Septimanie,  ayant  été  déposé 
en  832,  Béranger  fut,  à  ce  qu'il  paraît, 
nommé  à  sa  place.  Nous  avons,  en  effet, 
la  notice  d'un  plaid  tenu  à  Elne  qui  cons- 
tate qu'il  exerça,  en  cette  année^,  les  fonc- 
tions de  marquis  en  Septimanie.  Bernard 
rentra  en  grâce  avant  la  fin  de  l'année  833, 
&  reprit  possession  de  son  gouvernement  ; 
mais  Béranger  ne  voulut  pas  s'en  dessaisir, 
&  comme  chacun  des  deux  compétiteurs 
avait  en  Septimanie  de  nombreux  partisans, 
leur  querelle  menaçait  d'exciter  une  guerre 
civile,  lorsque  Béranger  mourut  subitement, 
en  835,  en  se  rendant  à  la  diète  de  Crémieu^ 
Il  faut  noter  toutefois  au  sujet  de  la  date 
de  cette  mort,  fixée  par  dom  Vaissete  d'après 
les  indications  des  chroniqueurs,  notam- 
ment de  l'auteur  de  la  Vie  de  Louis  le  Débon- 
naire^ qu'un  diplôme  de  Pépin  I,  roi  d'Aqui- 
taine, mentionne  Béranger,  comte  de  Vê- 
lai, comme  mort  en  833*. 

Bernard  I.  — Dom  Vaissete  a  prétendu 

'  Thegan.  —  Pertz,  t.  2,  p.  6o3. 

'  Cartulaire  de  Saint-Julien  de  Brioude,  n.  SSp. 

'  Eodem  anno,ipso  in  itlnere  obiitBerengarius, 
dux  fidelis  &  sapiens,  quem  imperator,  cum  filiis 
suis,  luxit  multo  tempore.  —  Thegan,  Vita  Hludo- 
vici. —  Pertz,  t.  2,  p.  6o3. 

'•  Cartul.  de  l'ahbaye  d'Arles.  —  Preuves,  Chartes 
&  Diplômes,  Charte  du  5  avril  832. 

5  Vita  Hludovici,  Pertz,  t.   2,  p.  642. 

*  Recueil  des  Historiens  de  France,  t.  8.  —  Fau- 
drait-il admettre, d'après  ce  diplôme, que  Béranger, 
comte  de  Vêlai,  n'est  pas  le  même  que  Béranger, 
comte  de  Toulouse  ? 


Note 

RECTIF. 


Note 

KECTir. 


298 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


que  Bernard  I,  fils  de  Guillaume,  marquis 
de  Septimanie,  avait  succédé  à  Béranger,  en 
835,  dans  la  Marche  de  Toulouse.  Il  avoue 
cependant  qu'il  n'existe  aucune  preuve  de  ce 
fait,  mais  qu'il  y  a  pour  le  croire  de  fortes 
présomptions.  Comme  les  principaux  argu- 
ments fournis  par  le  savant  historien  de  la 
province  de  Languedoc  à  l'appui  de  cette 
thèse,  sont  tirés  d'une  chronique  fort  sus- 
pecte, attribuée  à  Odo  Aribertl,  chronique 
qui  ne  mérite  aucune  confiance,  nous  ne 
nous  arrêterons  pas  à  réfuter  une  assertion 
démentie  par  le  témoignage  de  tous  les 
chroniqueurs  contemporains.  Aucun  d'en- 
tre eux  ne  donne  à  Bernard  le  titre  de  comte 
ou  de  duc  de  Toulouse j  au  contraire, 
toutes  les  fois  qu'il  est  fait  mention  de  lui, 
c'est  par  le  titre  de  cornes  Barcinonae,  de 
dux  Septimanîae,  de  cornes  Marcae  Hispa- 
niae  ou  Barcinonae,  qu'il  est  désigné',  c'est 
à  Barcelone  qu'il  réside,  c'est  en  Septima- 
nie qu'il  agit.  Bernard,  fils  de  S.  Guil- 
laume, n'a  donc  exercé  aucune  fonction 
dans  la  Marche  de  Toulouse ,  &  son  nom 
doit  être  effacé  de  la  liste  des  gouverneurs 
de  cette  province. 

Warin.  —  Un  autre  personnage  qui  ne 
doit  pas  figurer  non  plus  au  nombre  des 
comtes  de  Toulouse  est  le  duc  Warin.  Nous 
croyons,  avec  dom  Vaissete,  que  le  duc 
Warin  ne  peut  être  identifié  avec  Warin, 
comte  d'Auvergne,  qui  en  819  aida  Béran- 
ger, duc  de  Toulouse,  à  repousser  les  Gas- 
cons^j  il  était  comte  de  Mâcon.  C'est  en 
cette  qualité  qu'en  825  il  échangea  avec 
Hilbaud,  évêque  de  Mâcon,  la  terre  de 
Cluny  qui  lui  appartenait.  L'acte  d'échange 
est  daté  de  Mâcon,  le  14  juillet  825.  Louis 
le  Débonnaire  confirma  cette  disposition 
par  un  diplôme  donné  à  Aix-la-Chapelle, 
à  la  prière,  dit-il,  de  son  fidèle,  le  comte 
Warin'. 

Warin  fut  un  des  défenseurs  les  plus  zélés 
de  Louis  le  Débonnaire  contre  son  fils 
Lothaire.  En  884,  aidé  de  Bernard,  marquis 
de  Septimanie,  il  souleva  les  populations 
de  la  Bourgogne  en  faveur  de  l'empereur, 

'  Voyez  Pertz,  Monum.  t.  1 ,  p.  216,218,860,364, 
423,  8tc. 

*  Pertz,  t.  2,   p.  624. 

^  Cartul,  lit:  Saint-Vincent  de  Mâcon. 


&  au  printemps  les  deux  chefs  s'avancèrent 
jusqu'à  la  Marne  pour  réclamer  sa  liberté. 
Mais  la  fortune  ayant  favorisé  Lothaire, 
Warin  dut  revenir  en  Bourgogne  ;  il  se 
renferma  dans  Châlons  avec  les  principaux 
partisans  de  Louis  le  Débonnaire.  Lothaire 
ayant  fait  le  siège  de  cette  ville,  &  l'ayant 
forcée  à  se  rendre,  Warin,  plus  heureux  que 
ses  compagnons  de  captivité  mis  à  mort 
par  le  vainqueur,  eut  la  vie  sauve.  Lorsque 
Charles  le  Chauve  parvint  à  la  couronne, 
Warin  suivit  son  parti";  c'est  à  lui  &  aux 
Bourguignons  mêlés  aux  Provençaux  qui 
marchaient  sous  ses  ordres,  que  ce  prince 
dut  le  succès  de  la  bataille  de  Fontenay 
livrée  le  25  juin  841  \ 

Ce  qui  a  donné  lieu  aux  savants  auteurs 
de  YHîstoïre  de  Languedoc,  d'affirmer  que 
Warin  avait  été  duc  de  Toulouse,  c'est  que 
la  Chronique  d'Adhémar  de  Chabanais  & 
d'autres  chroniques  plus  récentes,  disent 
qu'à  cette  bataille  Warin  marchait  à  la 
tête  des  Toulousains  &  des  Provençaux. 
Sed  subito  Garlnus  dux,  cum  Toîosanis  & 
Provîncîanîs  supervenîens ,  bellum  restauravit 
&  fugatus  est  Lotharîus\  C'est  là  le  seul  pas- 
sage sur  lequel  puisse  s'appuyer  le  duché 
toulousain  de  Warin.  Cet  exemple  prouve 
une  fois  de  plus,  avec  quelle  prudence  il 
faut  faire  usage  des  chroniqueurs  du  on- 
zième &  du  douzième  siècles  pour  écrire 
l'histoire  du  neuvième.  Ce  qui  ressort  de 
tous  les  textes  contemporains,  chroniques 
ou  chartes,  c'est  que  Warin  était  comte  de 
Mâcon,  de  Châlons  &d'Autun;  qu'il  prenait 
le  titre  de  duc,  parce  qu'il  exerçait  égale- 
ment son  autorité  sur  le  Lyonnais,  le  Vi- 
varais  &  le  comté  de  Vienne.  Il  n'a  jamais 
été  duc  de  Septimanie  ni  de  Toulouse,  & 
on  ïie  le  voit  pas  agir  une  seule  fois  dans 
l'Aquitaine  proprement  dite.  Il  mourut  en 


'  Vita  Hludovici  Imp.  Peitz,  t.  2.  p.  687,  638. 

"  ïhid.  t.  2,  p.  624. 

'  Chronicon  Adhemari.  —  Labbe  ,  Bibliotheca 
nova  mss.  t.  2.  —  Chronicon  Malleacense,  dans  le 
Recueil  des  Chroniques  des  églises  d'Anjou,  publié 
pour  la  Société  de  l'Histoire  de  France  par  MM.  P. 
Marchegay  &  E.  Mabille,  p.  302.  —  Le  rédacteur 
du  Chronicon  Aquitanicum,  mieux  renseigné,  l'ap- 
pelle tout  simplement  dux  Provinciae.  Pertz,  t.  2, 
p.  253. 


Note 

RECTIF. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


299 


853  ou  854  &  laissa  un  fils  nommé  Isem- 
bert,  qui  paraît  avoir  été  comte  d'Autun  en 
854',  après  avoir  exercé  en  849  &  85o  un 
commandement  dans  la  Marche  d'Espagne. 
Il  faut  donc  retrancher  le  nom  de  Warin  de 
la  série  des  comtes  de  Toulouse. 

IV.  EcFRiD  ou  AcFRED.  —  Mais  si  Ber- 
nard I,  marquis  de  Septimanie,  &  si  Warin 
n'ont  pas  été  comtes  de  Toulouse,  quel  a 
donc  été  le  successeur  immédiat  de  Béran- 
ger  ?  Nous  avons  tout  lieu  de  croire  que  ce 
fut  Acfred,  qui  est  dit  comte  de  cette  ville 
en  842,  &  qui,  selon  Nithard,  sut  déjouer 
les  manœuvres  des  émissaires  de  Pépin  en- 
voyés pour  le  perdre".  Les  Bénédictins  ont 
parfaitement  établi,  contre  l'opinion  des 
auteurs  du  Journal  de  Trévoux,  qu'Acfred, 
comte  de  Toulouse,  n'était  pas  le  même  que 
Wifred  ou  Acfred,  prétendu  comte  de  Bour- 
ges de  828  à  840.  Il  n'était  pas  nécessaire 
d'engager  à  ce  sujet  une  discussion  en  règle; 
car  Wifred,  comte  de  Bourges,  est  un  per- 
sonnage apocryphe  inventé  par  le  récit  de 
la  translation  des  reliques  de  S.  Genou  pour 
doter  d'une  illustre  origine  le  monastère 
d'Estrée.  Ce  récit  purement  légendaire  a 
été  écrit  au  commencement  du  onzième 
siècle  ,  &  certainement  après  l'année  990  ; 
il  ne  mérite  aucune  confiance  pour  les 
faits  qui  se  sont  accomplis  près  d'un  siècle 
&  demi  avant  l'époque  de  sa  rédaction.  Il 
n'y  a  donc  pas  eu  de  Wifred  ou  d'Acfred, 
comte  de  Bourges.  Quant  à  celui  de  Tou- 
louse ,  on  ne  connaît  pas  son  origine;  tout 
ce  qu'on  sait  de  positif  à  son  égard  se 
borne  à  la  citation  de  Nithard  sous  l'an- 
née 842.  Nous  croyons  cependant  qu'il  fut 
nommé  à  Toulouse,  après  la  mort  de  Bé- 
ranger,  &  qu'il  fut  révoqué  en  845,  lors  du 
traité  de  Fleuri-sur-Loire. 

Pépin,  qui,  par  suite  de  ce  traité,  était 
devenu  tout-puissant  en  Aquitaine,  ne  pou- 
vait laisser  à  Toulouse  un  des  plus  chauds 
partisans  de  Charles  le  Chauve,  un  de  ceux 
qui  lui  avaient  toujours  fait  le  plus  d'oppo- 
sition; &  en  effet,  lorsqu'en  849  Charles  le 
Chauve,  voulant  reprendre  l'Aquitaine  sur 
Pépin,  vint   mettre  le    siège  devant  Tou- 

Gallia  Christiana,   eccîesia    ^duensis ,  Instrum, 
t.  i3,  col.  5o,  n.  I  1. 

'  Nithard,  Pertz,  t.   i,  p.  3io. 


louse,  Frédclon,  le  comte  qui  défendait 
cette  ville,  était  un  fidèle  de  Pépin. 

Depuis  sa  sortie  de  Toulouse,  jusqu'en 
855  ou  856,  on  ne  saurait  dire  ce  que  de- 
vint Acfred.  Il  paraît  cependant  que  Char- 
les le  Chauve  ,  pour  le  dédommager  de  la 
perte  de  son  comté,  lui  avait  donné  quel- 
ques bénéfices;  mais  Acfred,  peu  sensible 
à  ces  bienfaits,  avait  cherché,  de  concert 
avec  le  comte  Etienne,  à  entraîner  le  jeune 
Charles,  roi  d'Aquitaine,  à  se  soustraire 
à  l'autorité  paternelle".  Il  était  parvenu 
même  à  exciter  une  sédition,  &  en  864,  Ro- 
bert le  Fort  dut  marcher  contre  les  mé- 
contents. Il  prit  les  principaux  parmi  les- 
quels était  Acfred  &  les  présenta  au  roi. 
Celui-ci,  à  la  prière  de  Robert  &  de  quel- 
ques autres  comtes,  pardonna  à  Acfred  sa 
conduite  passée,  &  le  renvoya  après  lui 
avoir  fait  jurer  qu'à  l'avenir  il  lui  serait 
fidèle.  Il  y  a  lieu  de  croire  qu'Acfred  tint 
son  serment;  car,  en  867, Charles  leChauve 
joignit  aux  bénéfices  dont  il  l'avait  déjà 
gratifié,  l'abbaye  de  Saint-Hilaire  de  Poi- 
tiers &  le  comté  de  Bourges  qui  n'était 
point  vacant,  &  cela,  sans  que  le  comte 
Gérard,  qui  en  était  le  possesseur,  eût 
donné  au  roi  aucun  sujet  de  plainte  contre 
lui.  Gérard,  justement  irrité,  défendit  son 
comté  contre  Acfred  qui  tenta  de  s'en  em- 
parer par  la  force.  Or,  un  jour  que  les 
soldats  de  Gérard  l'avaient  contraint  à  se 
retirer  dans  un  château  dont  il  ne  voulait 
pas  sortir,  ils  y  mirent  le  feu,  prirent  le 
comte  Acfred,  lui  coupèrent  la  tête  &  jetè- 
rent son  corps  dans  le  brasier  qu'ils  avaient 
allumé \  Ainsi  périt  Acfred  ou  Ecfrid  , 
comte  de  Toulouse. 

V.  Frédelon.  —  Dom  Vaissete  croit 
qu'en  849  Frédelon  n'était  pas  véritable- 
ment comte  de  Toulouse ,  parce  que  la 
Chronique  de  S.  Wandrille,  qui  raconte  le 
siège  de  Toulouse  par  Charles  le  Chauve, 
ne  lui  donne  que  le  titre  de  custos  urbîs; 
mais  le  mot  custos,  dans  les  monuments  de 
cette  époque,  est  souvent  synonyme  de 
ceux  de  cornes  &  de  marchio.  En  effet,  Ber- 

■  Annal.  Bertin.  ad  ann.  864.  —  Rec.  des  Hist. 
de  France,  t.  7,  p.  88. 

'  Annal.  Eertin.  ad  ann.  867.  —  Rcc.  des  Hist. 
de  France,  t.  7,  p.  97. 


Note 

HECTIF. 


Note 

RECTIF. 


3oo 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Il  ressort  de  ce  que  nous  venons  de  dire 
que  la  série  des  premiers  comtes  de  Tou- 
louse doit  être  établie  de  la  manière  sui- 
vante : 

Chorson,  778-790; 

Guillaume,  790-8063 


DÉRANGER,   817-835  î 
ECFRID,   835-845; 
FrÉDELON,     845-852  ; 

Raimond  ,  852-864,- 
Bernard,  864-875; 
Eudes,  875-918. 


nard  I,  marquis  de  Septimanie,  est  appelé 
par  Nithard,  custos  limitum  Hispanîae. 

Frédelon  ,  qui  avait  été  nommé  comte 
par  le  roi  Pépin,  rendit,  en  849,  la  ville 
de  Toulouse  à  Charles  le  Chauve,  &  ayant 
prêté  serment  de  fidélité  à  ce  prince,  il  fut 
confirmé  dans  ses  fonctions  &  demeura  en 
possession  de  son  comté  '. 

VI.  Raimond.  —  Au  comte  Frédelon, 
dont  la  famille  était  alliée  à  celle  d'Hinc- 
mar,  archevêque  de  Reims  %  succéda,  en  852, 
son  frère  Raimond  :  c'est  de  ce  dernier  que 
descendent  les  comtes  héréditaires  de  Tou- 
louse, dont  la  filiation  s'est  continuée  jus- 
qu'au milieu  du  treizième  siècle. 

Guillaume,  fils  de  Dodane. —  Les 
auteurs  de  VHistoire  de  Languedoc  ont  pré- 
tendu que  Guillaume,  fils  de  Dodane,  avait 
été  comte  de  Toulouse,  &  qu'il  avait  suc- 
cédé au  comte  Warin.  Nous  avons  fait  voir 
que  c'était  en  Bourgogne,  dans  le  pays 
d'Autun,  qu'étaient  situés  les  bénéfices  de 
Guillaume,  que  les  domaines  qu'il  y  possé-  de  S.  Guillaume  de  Gellone,  figure  comme 
dait  avaient  appartenu  à  sa  famille  &  qu'ils  comte  d'Autun  &  commissaire  du  roi,  mîs- 
lui  avaient  été  légués  par  Théodoric,  son  sus  ^  dans  la  Notice  d'un  plaid  tenu  à  Bote- 
grand  oncle.  Il  est  douteux  qu'il  ait  ja-  dono  en  796,  au  sujet  d'un  serf  nommé 
mais  obtenu  un  commandement  dans  la  Dodon  que  son  avoué  réclamait  comme 
Marche  d'Espagne,  &  ce  n'était  pas  au  mo-  dépendant  du  domaine  du  roi'.  Il  récla- 
ment où  Charles  le  Chauve  venait  de  faire  mait  d'autres  serfs  en  818  &  819  au  tri- 
mourir  le  père  pour  crime  de  haute  trahi-  bunal  des  missï,  par  la  voix  de  Frédal,  son 
son,  qu'il  eût  donné  tout  ou  partie  de  sa  avoué,  serfs  qui  appartenaient  au  domaine 
succession  au  fils.  Ce  qu'on  ne  saurait  nier,  impérial  de  Perreci  &  qui  se  prétendaient 
cependant,  c'est  que  Guillaume  se  crut  libres'.  Il  y  eut  contre  lui,  en  826,  une  es- 
lésé  dans  ses  intérêts,  qu'il  prétendait  avoir      pèce  de  soulèvement  des   habitants  de  son 


XI 


suite    chronologique    des     PRKMIKRS 
COMTES     D'AUTUN. 

(796-921) 

Hildebrand,  que  nous  croyons  être  cousin 


des  droits  sur  le  comté  de  Barcelone,  & 
qu'en  849,  il  vint  disputer  ce  comté  au  comte 
Aledran,  successeur  de  Bernard.  Après  s'être 
emparé  de  la  ville  de  Barcelone  &  du  comté 
d'Ampurias,  il  fut  fait  prisonnier  au  com- 


comté  ;  ils  refusaient  de  lui  fournir  les  che- 
vaux de  service  auxquels  ils  étaient  tenus. 
L'empereur  prescrivit  aux  mîssi  ,  dans  le 
département  desquels  se  trouvait  le  comté 
d'Autun,  de  faire  une  enquête   sur  les  faits 


mencement  de  l'an  85o,   jugé  &  condamné      &  de  rendre  sur  ce  différend  une  sentence 

définitive'.  Il  esta  présumer  que  les  habi- 
tants n'avaient  pas  précisément  tort,  8c  que 


à  être  décapité  pour  crime  de  félonie  '. 

'  Chronicon  Fontcincll.  —  Pertz  ,  Monum.  t.  2  , 
p.  3o3. 

'  Scripsit  (Hincmarus)  Bernardo  comiti  Tolosano, 
propinquo  suo,  pro  rébus  ecclesiae  Remensis  in 
Aquitania  conjacentibus.  Frodoard,  Historia  eccle- 
siae Remensis,  1.  3,  c.  26. 

'  Ce  qui  a  donné  lieu  à  l'erreur  de  dom  Vaissete 
est  un  passage  d'Adhémar  de  Chabanais,  où  on  lit 
eue  Vulgr  in  épousa  la  sœur  de  Guillaume,  comte 
de  Toulouse  ;  mais  c'est  probablement  de  Guil- 
laume, comte  de  Bordeaux,  qu'il    a    voulu  parler. 


pour  leur  donner  satisfaction,  on  déplaça 
le  comte  Hildebrand;  toujours  est-il  que 
l'année  suivante,  en  827,  nous  voyons  un 
Hildebrand,  que  nous  croyons  être  le  même 
que  le  comte  d'Autun,  envoyé  comme  com- 
missaire   impérial,  avec  le    comte   Donat, 

'  Cartul.  de  Perreci,  n.  4,  &  Recueil   de    Pérard. 

'  nid.  n.  3,  7  &  8. 

'  PertZj  LegeSj  t.  1,  p.  255. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'PIISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3oi 


dans  la  Marche  d'Espagne,  pour  mettre 
ordre  aux  affaires  de  ce  pays,  compromises 
par  l'incapacité  ou  la  mauvaise  intelligence 
des  comtes  qui  y  étaient  préposés '. 

Eckard,  son  fils,  fut-il  son  successeur  au 
comté  d'Autun?  C'est  ce  qu'on  ne  saurait 
affirmer.  Il  est  fait  mention  de  lui  pour  la 
première  fois  dans  un  diplôme  de  Pépin  I, 
daté  de  Vouneuil,  le  29  juin  838,  par 
lequel  ce  prince  lui  donne  en  bénéfice  le 
domaine  de  Perreci,  situé  dans  le  pays 
d'Autun,  avec  l'église  de  Saint-Pierre  &  ses 
dépendances'.  L'année  suivante,  Louis  le 
Débonnaire  qui  faisait  couronner  à  Poitiers 
son  fils  Charles,  roi  d'Aquitaine,  confirma 
cette  donation  faite  au  comte  Eckard,  par 
un  diplôme  daté  du  vingt-huitième  jour  de 
décembre  \  Il  fut  envoyé  en  859,  comme 
commissaire,  dans  la  Senonnaise  avecThéo- 
doric,son  frère  %  &  testa  vers  l'année  876'. 
Voilà  tout  ce  qu'on  sait  de  positif  à  son 
égard. 

De  827  à  864,  l'histoire  des  comtes  d'Au- 
tun est  fort  obscure,  &  il  est  à  craindre 
malheureusement  qu'elle  ne  soit  jamais 
éclaircie  d'une  manière  satisfaisante.  Il  est 
certain  que  le  comte  Eckard  possédait  de 
grands  biens  dans  le  pays  d'Autun;  mais 
était-il  aussi  en  possession  du  comté?  Là 
commence  le  doute. 

Il  paraît,  d'après  une  Notice  du  cartulaire 
de  Perreci,  que  ce  fut  un  comte  Eudes  qui 
aurait  succédé  à  Hildebrand^.  Il  fautpro- 
bablement  reconnaître  dans  ce  comte  Eu- 
des celui  qui  fut  comte  d'Orléans  &  de 
Nevers,  depuis  828  environ  jusqu'en  884, 
&  dont  le  fils,  nommé  Guillaume,  tenait 
encore  des  bénéfices  en  Bourgogne,  lors- 
qu'il fut  décapité  par  ordre  du  roi. 

Le  duc  Warin,  comte  de  Mâcon  &  de 
Châlons  ,  paraît  aussi  avoir  été  comte  d'Au- 
tun. En  85o,  il  était  abbé  de  Flavigni,  en 
Auxois';  une  charte  publiée  par  M.  Gé- 
raud   lui  attribue  en  852  un  rôle  qui   ne 


'  Fita.  Hludovici,  Pertz,  t.  2,  p.  63o. 

*  Cartul,  de  Perreci,  n.  lo. 

'  Ihid.  n.   II. 

•♦  Pertz,  Leges,  t.   i,  p.  463. 

^  Cartul.  de  Perreci,  n.    12. 

«  Ibid.  n.  5. 

'  Cartul.  de  Flavigni,  Charte  i. 


peut  appartenir  qu'au  comte  d'Autun  '  : 
En  854  Warin  était  mort,  &  son  fils  Isem- 
bert  lui  avait  probablement  succédé  j  car 
on  le  voit,  cette  même  année,  posséder  dans 
la  ville  d'Autun  des  biens  qui  paraissent 
faire  partie  du  domaine  des  comtes  de  cette 
ville'.  Isembert  avait  obtenu  avant  cette 
époque  une  mission  dans  la  Marche  d'Espa- 
gne. Peut-être  gouverna-t-il  le  comté  d'Am- 
purias  pendant  quelques  années?  En  849,  il 
défendit  ce  comté  contre  Guillaume,  fils  de 
Dodane,  qui  réussit  à  s'en  emparer  momen- 
tanément. Fait  prisonnier  avec  Aledran , 
comte  de  Barcelone,  il  recouvra  peu  de 
temps  après  la  liberté.  Il  est  probable  qu'il 
fut  rappelé  à  la  suite  de  cette  campagne  mal- 
heureuse, &  qu'il  revint  en  Bourgogne.  Il 
n'est  plus  fait  mention  de  lui  par  la  suite. 

En  865,  nous  trouvons  Robert  le  Fort 
titulaire  du  comté  d'Autun;  il  le  possédait 
déjà  depuis  un  an  au  moins,  car  Charles  le 
Chauve,  en  865,  avait  ajouté  le  comté  de 
Nevers  &  celui  d'Auxerre  aux  bénéfices 
que  Robert  possédait  déjà  en  Bourgogne. 
Ces  bénéfices,  il  les  tenait  en  vertu  de  la 
donation  qui  lui  avait  été  faite  l'année 
précédente  (864)  des  biens  confisqués  sur 
Bernard,  fils  de  Dodane,  &  il  y  a  lieu 
de  croire  que  parmi  ces  biens  se  trouvait 
le  comté  d'Autun  ,  que  Robert  possédait 
en  866  '. 

Bernard,  fils  de  Dodane,  peut  donc  avoir 
été  nommé  comte  d'Autun  en  864,  ou  un 
peu  auparavant.  Il  fut  privé  la  même  an- 
née de  tous  ses  bénéfices,  &  le  comté  d'Au- 
tun fut  donné  à  Robert  le  Fort.  L'année 
suivante,  Robert  joignit  à  ce  comté  ceux 
d'Auxerre  &  de  Nevers;  mais  Bernard  ayant 
réussi  à  se  maintenir  par  la  force  dans  la 
possession  des  biens  dont  il  avait  été  privé, 
le  roi,  sur  le  conseil  de  Robert  le  Fort, 
donna  le  comté  d'Autun  à  son  fils  Louis  ^. 
Cette  mesure  n'arrêta  point  les  prétentions 
de  Bernard,  qui  persévéra  dans  sa  révolte 
&  se  défendit  les  armes  à  la  main;  surpris 
en  872  par  une  des  bandes  envoyées  contre 
lui  par  Bernard,  fils  de  Blichilde,  marquis 


'  Bihlioth.  de  VÈcole  des  Chartes,  t.    r,  p.    2o5. 
'  Gallia  Christiana,  t.  1 3,  instrumerita,  col.  5o. 
'  l^mcmar.  Annales  Remens.  —  Pertz,  t.  i,p.47l. 
*  Pertz,  t.  I ,  p.  470. 


Note 

RECTIF. 


Note 

RECTIF. 


3o2 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

XII 


de  Gothie,  il  fut  tué  dans  la  mêlée.  Le  roi 
voulant  reconnaître  le  service  que  venait 
de  lui  rendre  le  marquis  de  Gothie,  lui 
donna  les  biens  laissés  vacants  par  la 
mort  du  fils  de  Dodane,  c'est-à-dire  le  comté 
d'Autun  &  ses  dépendances".  C'est,  en  effet, 
par  le  titre  de  Dux  Augustidunensium  que 
le  rédacteur  des  Annales  de  S.  Waast  dési- 
gne le  fils  de  Blichilde,  lorsqu'il  raconte 
comment  il  fut  condamné,  en  878,  pour 
crime  de  haute  trahison^ 

Après  la  condamnation  de  Bernard  ,  fils 
de  Blichilde,  les  biens  qu'il  possédait  fu- 
rent partagés  entre  les  fidèles  du  roi.  Ber- 
nard, fils  de  Luitgarde,  comte  d'Auvergne, 
eut  la  Gothie  pour  sa  part.  Théodoric, 
frère  du  comte  Eckard,  camérier  de  Louis 
le  Bègue,  fut  pourvu  du  comté  d'Autun'.  A 
la  mort  de  ce  dernier,  arrivée  en  879,  ce 
comté  passa  entre  les  mains  de  Boson, 
qui,  s'étant  fait  couronner  roi  de  Provence 
le  i5  octobre  879,  donna  le  comté  d'Au- 
tun à  son  frère  Richard  ^.  Celui-ci,  connu 
sous  le  nom  de  Richard  le  Justicier,  est, 
en  effet,  qualifié  duc  d'Autun  dès  l'an- 
née 880.  Il  mourut  en  921  &  fut  père  du 
roi  Raoul.  Sauf  réserves,  nous  croyons  donc 
qu'on  peut  établir  de  la  manière  suivante 
la  liste  des  comtes  carlovingiens  d'Autun  : 

HiLDEBRAND,  796-827  -, 

Eudes,  de  83o'  environ  à  884  j 
Warin,  jusqu'en  854  j 

ISEMBERT,  854J 

Bernard,  fils  de  Dodane,  804-872  j 
Robert  le  Fort,  864-866^ 
Louis,  fils  de  Charles  le  Chauve,  866  ; 
Bernard,  fils  de  Blichilde,  872-878  ; 
Théodoric,  frère  d'Eckard,  878  &  879^ 
BosoN,  marquis  de  Provence,  879  j 
Richard  le  Justicier,  880. 


'  Pertz,  t.  I,  p.  494. 

*  Annales  Veiast.  —  Pertz,  Monam.  t.  2,  p.  ipy. 
'  Hincmar,  Annales,  ad  ann.  878. 

*  Pertz,  t.  I ,  p.  5 12. 

'  Eudes  est  cité  comme  comte  d'Orléans  &  de  Ne- 
vers  dès  828.  Il  est  possible  qu'il  ait  été  comte 
d'Autun  à  partir  de  la  même  époque.  Nous  croyons 
que  c'est  le  même  comte  Eudes,  qui  est  dit  cousin 
de  Bernard  I,  marquis  de  Gothie. 


Note 
r.F.cTir. 


COMTES    DE   POITOU. 
(778-935) 

Selon  VArt  de  vérifier  les  dates,  dont  les 
auteurs  se  sont  contentés  de  copier  Besly 
en  apportant  à  leur  œuvre  quelques-unes 
des  rectifications  indiquées  par  Dom  Vais- 
sete,  la  série  des  premiers  comtes  de  Poitou 
doit  être  fixée  de  la  manière  suivante  : 

Depuis  8x5  jusqu'en  835  environ,  Ricuin 
&  Bernard; 

Depuis  cette  dernière  date  jusqu'en  839, 
le  même  Bernard  &  Emenon  son  frère; 

En  839,  Ranulfe  I; 

En  867,  Bernard  II,  marquis  de  Gothie 
&  de  Septimanie  ; 

En  880,  Ranulfe  II ,  fils  de  Bernard, 
marquis  de  Gothie  ; 

En  893,  Adhémar,  fils  d'Emenon; 

En  902,  Eble,  fils  de  Ranulfe  M  : 

En  935,  Guillaume  I,  Téte-d'Étoupes, 
fils  du  précédent,  &c.,  &c. 

Nous  prouverons  dans  cette  note  :  qu'il 
n'y  a  pas  eu  de  comte  de  Poitou  du  nom 
de  Ricuin; 

Que  Bernard,  comte  de  Poitou  en  8i5, 
n'était  pas  le  frère  d'Emenon;  que  tout  au 
plus  pouvait-il  être  son  père; 

Qu'en  867,  il  n'y  a  pas  eu  de  Bernard, 
comte  de  Poitou,  deuxième  du  nom; 

Que  Ranulfe  II  était  fils  de  Ranulfe  I 
&  non  de  Bernard,  duc  de  Septimanie; 

Qu'il  succéda  directement  à  son  père  en 
867,  &  non  en  880  seulement; 

Qu'Eble  succéda  à  Ranulfe  II  en  890, 
qu'il  fut  chassé  en  893  par  Adhémar  &  ré- 
tabli en  902. 

I.  Abbon.  —  Nous  avons  vu  plus  haut 
que  le  comte  auquel  Charlemagne  confia, 
en  778,  le  gouvernement  du  Poitou,  s'ap- 
pelait Abbon.  C'était,  au  dire  de  l'Astro- 
nome, auteur  de  la  Vie  de  Louis  le  Débon- 
naire^ un  de  ses  chefs  les  plus  habiles.  En 
sa  qualité  de  comte,  Abbon  présida,  la 
treizième  année  du  règne  de  Charlemagne 
qui  correspond  à  l'an  780  de  l'ère  chré- 
tienne, deux  plaids  tenus  à  Poitiers.  Dans 
le  premier,  qui  eut  lieu  le  dimanche  dix- 
huitième  jour  de  novembre,  il  termina  le 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3o3 


différend  qui  existait  entre  les  religieux 
de  Noaillé  &  Abolomiérus,  abbé  de  Saint- 
Hilaire  de  Poitiers,  au  sujet  de  certains 
biens  sur  lesquels  les  deux  abbayes  pré- 
tendaient avoir  également  droit'.  Dans  le 
second,  tenu  peu  de  temps  après,  le  pre- 
mier jour  du  mois  de  décembre,  il  pro- 
nonça sur  un  autre  différend  qui  divisait 
les  mêmes  communautés  au  sujet  d'un  acte 
d'échange,  autrefois  passé  à  Poitiers,  en 
présence  du  prince  Waïfre  &  sous  son 
autorité'.  Le  nom  du  comte  Abbon  figure 

Novembre  780. 

'  Notitia  quibus  praesentibiis  veniens  Arembertus 
clericus,  die  sabbati,  Pictavis  civitate,  qualiter  fuit 
praesens  in  mensis  november,  dies  x  &  octo,  coram 
Abbone  comité,  vel  seniore  suo  Jeprone  abbate,  re- 
petebat  adversus  alios  homines  Abolomieri  ;  dicebat 
quod  mansio  Sancti  Helarii  in  villa  Luciago  de 
ratione  Novaliacense,  ubi  Dodina  colona  Sancti 
Helarii  visa  [est  manere],  malo  ordine  possederint 
in  rébus,  in  aquis,  8ic.  Eoque  praesente  quaesita 
respondit,  quod  ipsa  in  corte,  nec  suos  heredes  non 
debere  [rem]  habere,  sed...  dixit  quod  de  super  Cas- 
tro légitima  initio  habebant,  per  quod  ipsa  mansa 
faciebant  &  in  ipso  initio,  in  dies  xv,  &  eveniat 
dies  sabbathus,  in  ipsa  civitate  coram  ipso  comité 
confirmaverunt  etiam  &  ipsi  Arembertus  ipso  Abo- 
lomiere,  quod  villa  Sancti  Helarii  de  ipsa  ratione 
Novaliacinse...  Luciago  modo  redderet,  possederet 
similiter  initium  legitimum  ad  ipsa  placita,  ac 
firmaverunt  per  quid  ipsa  villa  possederint.  His 
praesentibus  factum  fuit.  Sig.  Thodoenus,  advo- 
catus  Abbonis  comitis.  S.  Matheo,  S.  Thodoleno, 
Hludovicus,  S.  Gonadelo,  S.  Wannigo,  &c. 

Data  in  anno  xiii  régnante  domno  Karolo  rege, 
in  mense  november.  Nathem  scripsit.  (Recueil  d'Es- 
tiennot,  ms.  latin,  n.  12767,  f  253.) 
2  Décembre  780. 

Notitia  ubi  veniens  Abolomiérus,  sexta  feria,  ipsa 
die  kalendis  decembris,  Pictavis  civitate,  inter  duas 
ecclesias,  ante  Abbonem  comitem  seu  &  Jepronem 
abbatem,ad  placitum  illum,quem  contra  Hermem- 
bertum  ex  cellula  Nobiliaco  habebat  Gratianus; 
unde  ipsa  die  scripturae  initium  legitimum  prae- 
sentare  deberet,  per  quod  locellum  nuncupatum 
Jaciacus,  de  ratione  Novaliacensi  possederit.  Ad 
praesens  Abolomiérus  advenit  &  concambium  de 
nominato  Gratiano  ibidem  praesentavit,  quomodo 
decessor  ipsius  Abbomiere  abba  prout  Gratiano 
ipsum  locellum  concamiaverat,  &  Hermenbertus  ad 
praesens  notitias  ostendit  ad  relegendum,  quomodo 
clerici  Sancti  Hilarii,  postquam  ipse  concamius 
fuit  factus  Gratiano,  ante  Waifarium  principem 
miserunt  in  rationes  pro  cellula  Novaliaci,  quod 


encore  au  bas  d'une  sentence  prononcée 
à  Poitiers  le  27  avril  790,  par  le  tribunal 
des  mïssi  dominici'^  &  dans  un  diplôme 
donné  en  792  par  Louis  le  Débonnaire 
en  faveur  du  monastère  de  Noaillé'.  Il 
est  probable  que  ce  comte  vivait  encore 
en  811,  &  que  c'est  lui  qui  est  cité  parmi 
les  douze  principaux  chefs  francs  qui  ga- 
rantirent l'exécution  du  traité  que  Louis 
le  Débonnaire  conclut  cette  année-là  avec 

malo  ordine  ipse  Gratianus  ipsam  cum  appenditiis 
possidebat,  &  testamentum  de  nominato  Hermen- 
berto  ante  cessionem  ipsius  Waifario  principi, 
nomine  Unegarius,  praesentaverat,  quomodo  ipse 
Jaciacus  ad  partes  Sancti  Hilarii  pervenerat,  ins- 
pectoque  ipso  testament©,  ipse  Gratianus  ipsum 
Jaciacum  tentare  non  potuerat,  &  per  suos  vadios 
ipsam  cellam,  cum  reliquis  appenditiis  suis  parti- 
bus  Sancti  Hilarii  reddiderat,  &  Unegario  pro  ipsa 
cella  fidejussores  donaverat.  Relicta  ipsa  notitia, 
taliter  ipsi  viri  dixerunt,  ad  quando  probi  homi- 
nes judicantes  ante  ipsum  comitem  adveniebant 
ad  alias  causas  judicandura,  tune  ita  causa  melius 
judicata  esse  poterat,  vel  ab  ipso  comité,  vel  vene- 
rabili  viro  Jeprone  abbate.  Etiam  &  ad  invicem 
litigatores  convenit,  ut  quando  ipse  comes  in 
ipsam  civitatem  adventaret,  &  missus  ab  ipso  co- 
mité apud  missum  ipsius  Hermenberti  ipse  Abolo- 
miérus denuntiabit,  in  legitimo  placito  ante  ipsum 
comitem  ipse  Abolomiérus  advenisse  deberet,  ad 
hanc  causam  ratiocinandum  apud  ipsum  Hermen- 
Lertum  vel  missum  de  partibus  Sancti  Hilarii, 
taliter  ipse  Abolomiérus  visus  fuit  spondere  :  His 
praesentibus  actum  fuit.  Sig.  Abbone  comité.  Sign. 
Mathaeo.  Sig.  Sideberto.  Sig.  Dolinus.  Sig.  Er- 
medrinus.  Sign.  Ermentreus.  Sign.  Theodrode. 
Sign.  Dodone.  Sign.  Gacilone.  Sign.  Emerigo. 
Sign.  &c.  Data  in  mense  decembri  in  anno  decimo 
tertio  régnante  Karolo  rege.  (Archiv.  de  Noaillé, — 
Recueil  de  dom  Estiennot ,  izjSj,  f.  289.  —  Ma- 
billon,  Annal.  Bened.  t.  2,  p.  716.) 

27  avril  790. 

'  Notitia  qualiter  veniens  Odaseira,  die  lunis, 
v  kalendis  maii,  Pictavis  civitate,  in  aede  domni 
Helari,  coram  Alebaldo  &  Hermingaude  misse 
domno  Hloduvicho,  rege  Aquitanorum ,  vel  aliis 
venerabilibus  viris  qui  cum  eis  jderant...  repetebat 
adversus  alicos  istos  nomine  Faresmundo...  alode 
suo  in  pago  Adrasinse  in  villa  qui  dicitur  Pino... 

Actum  fuit  a  Frialdo  in  advocatione  Adelbaldi 
Hermengaudi  missos.  S.  Dodone.  S.  Abbonis  comitis. 
S.  Rotberto.  S.  Ermemberto.  S.  Regemberto.  Data 
in  mense  aprili,  anno  xxii  régnante  Karolo  rege. 
(Recueil  de  dom  Estiennot,  ms.  latin  12757,  f.  255.) 

'  Mabillon,  Annal.  Bened.  t.  2,  p.  71 5. 


Note 

RECilF. 


Note 

RECTIF. 


3o4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


les  Normands  ';  Il  aurait  eu  alors  pour  suc- 
cesseur immédiat  le  comte  Bernard,  cité 
dans  un  acte  de  8i5  comme  comte  de 
Poitou. 

II.  Bernard.  —  Ce  dernier,  en  tous  les 
cas,  ne  succéda  point,  comme  le  veulent 
Besly,  Dom  Vaissete  &  les  auteurs  de  VArt 
de  vérifier  les  dates,  au  comte  Ricuin,  pré- 
tendu successeur  d'Abbon.  Ricuin,  qu'on  a 
fait  à  tort  comte  de  Poitou,  était  comte 
de  Padoue.  C'est  Besly  qui,  trompé  par  la 
leçon  fautive  des  manuscrits  de  la  Vie  de 
Louis  le  Débonnaire,  a  le  premier  commis 
cette  erreur.  L'Astronome,  auteur  de  cette 
vie,  rapporte  qu'en  814  le  comte  Ricuin 
fut  chargé  avec  Norbert,  évèque  de  Reggio, 
en  Italie,  d'accompagner  à  Constantinople 
les  ambassadeurs  grecs  qui  étaient  venus 
trouver  Louis  le  Débonnaire  à  Aix-la- 
Chapelle  &  renouveler  le  traité  d'alliance 
des  deux  Empires.  Les  éditeurs  de  cet 
auteur  donnent  à  ce  comte  le  titre  de  Cornes 
Pîctavinus".  Mais,  indépendamment  du  peu 
de  probabilité  qu'il  peut  y  avoir  à  ce  qu'on 
ait  choisi  un  comte  de  Poitou  &  un  évêque 
d'Italie  pour  composer  cette  ambasssade, 
nous  avons  le  texte  d'Eginhard  qui ,  rap- 
portant le  même  fait ,  donne  à  Ricuin  la 
qualification  de  Cornes  Patavinus  '.  Cette 
autorité  est  d'autant  plus  grande  pour  le 
point  qui  nous  occupe,  que  les  manuscrits 
d'Eginhard  sont  en  général  plus  anciens 
que  ceux  de  la  Vie  de  Louis  le  Débonnaire 
&  beaucoup  plus  nombreux.  Il  faut  donc 
restituer  à  Padoue  le  comte  Ricuin  &  le 
retrancher  de  la  liste  des  comtes  de  Poitou''. 

'  Eg'tnhardl  Annales,  Pertz,  t.   i,  p.  198. 

•  Vita  Hludovici  imper,  ad  ann.  814.  —  Recueil 
des  Historiens  de  France,   t.  "6,  p.   174. 

^  Quibus  susceptis  atque  dimissis,  domnus  Hlu- 
dovicus  legatos  suos,  Nordbertum  Regiensem  epis- 
copum  &  Richowinum  Patavinum  comttem  ad 
Leonem  imperatorein  direxit.  Eginhard,  Annales  , 
Pertz,  t.  1,  p.  201. 

^  La  Vie  de  S.  Cowion  fait  mention  d'un  comte 
Ricuin  comme  vivant  en  832.  Les  auteurs  de  VArt 
de  vérifier  les  dates  attribuent  cette  mention  au 
comte  Ricuin,  cité  en  814,  &  en  concluent  que 
celui-ci  fut  comte  de  Poitiers  depuis  814  jusqu'en 
832  au  moins,  concurremment  avec  Bernard,  qui 
seul  figure  dans  les  actes  authentiques.  Mais  faire 
du  Ricuin  cité  en  832  par  la  Vie  de  S.  Cowion  un 


Bernard  ,  successeur  d'Abbon  ,  qualifié 
d'homme  illustre,  vir  illuster,  est  nommé, 
dans  la  Notice  d'un  plaid  tenu  à  Poitiers,  le 
mercredi  20  juin  8i5,  par  Godilus,  son 
missus,  ou  lieutenant,  au  sujet  de  deux  serfs 
qui  furent  convaincus  d'avoir  fait  fabriquer 
de  fausses  lettres  d'affranchissement.  Nous 
rapportons  ici  cet  acte  intéressant  à  plus 
d'un  titre. 

Cum  advenisset  Godilus,  missus  illustri  viro 
Bernardo  comiti,  die  mercoris  Pictavis  civi- 
tate,  XII kalendas  julias,ad  justiciasfaciendas, 
ibique  adveniens  alicus  homo  nomine  Ramnul- 
fus ,  advocatus  Sancti  Juniani  seu  Dadeno 
abbate,  repetebat  aliquo  homini  Allafredo  & 
germano  Allifredo.  Dicebat  quod  genitor 
eorum,  nomine  Leofredus,  servusfuerat  Sancti 
Juniani  ex  villa  Teciaco,  &  ipse  in  postmodum 
illo  servitio,  quod  de  eorum  debuerat,  malo 
ordine  reddere  contemnebat.  Qui  jamdicti  ho~ 
mines  ad  présente  adstabant  &  charta  ibi- 
dem ostenderunt ,  cum  alicus  homo  nomine 
Alifredus  ipsus  (sic)  ante  eos  dies  ingenuus 
relaxasset ,  reddita  ipsa  charta;  taliter  fuit 
inventum  quod  falsa  in  omnibus  aderat.  In- 
terrogatus  fuit  ipsus  Allefredus  &  germano 
suo  AUfredo,  ut  si  ipsa  charta  ver  a  aderat, 
aut  si  ipsa  adprobare  potebant  aut  non;  taliter 
dixerunt  quod  ipsa  charta  adverare  non  po- 
tebant, sed  falsa  in  omnibus  aderat  £•  ipsa 
comscribere  rogaverant,  nec  per  nullo  modo 
ad  ingenuitatem  se  tensare  non  potebant.  Sic 
ad  présente  ipsa  falsitione  per  ipsa  charta 
rewadiaverunt  &  in  servitium  Sancti  Juniani  de 
parte  genitore  eorum  Allifredo  se  cognoverunt, 
&  ad  pedes  ipsius  Ramnulphi  se  prostrade- 
derunt,  &  wadios  de  omnibus  ei  dederunt,  per 
quid  ipsa  falsitione  presentaverunt  vel  per 
quid  illo  servitio  contenderunt. 

Godilus  missus,  S.  Warachione,  S.  Asone, 
S.  Monario,  S.  Gestario,  S.  Gravimarus, 
S.  Theodaldo,  S.  Didone,  S.  Dotone,  S. 
DavoUngo,  S.  Bartholomeus,  S.  Gertuno, 
S.  Adulfo,  S.  Luveldori. 

Data  in  anno  secundo,  régnante  domno 
Lhodovico  rege  '. 

Ce  comte  est  proljablement  le  même  per- 

comte   de   Poitiers  est  une  hypothèse  qui  ne  peut  se 
justifier. 

'  Collect.  Fontencau,  t.  21,  p.  çS. —  Besly,  His- 
toire des  comtes  de  Poitou,  p.   1  76. 


Note 

V.ECTIF. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3o5 


sonnage  que  le  comte  Bernard,  mentionné 
en  8ii  avec  Abbon  au  nombre  des  fidéjus- 
seurs  qui  jurèrent  le  traité  fait  avec  les 
Normands  '.  Dom  Vaissete  suppose  qu'il 
était  fils  d'Adalelme,  trère  de  S.  Guillaume 
de  Gellone,  mais  c'est  là  une  simple  alléga- 
tion qu'aucun  texte  ne  vient  justifier.  Ber- 
nard vivait  encore  le  22  décembre  826,  ainsi 
qu'il  ressort  des  termes  d'un  diplôme  de 
Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  confirmant  la 
donation  faite  par  ce  comte  à  l'abbaye  de 
Saint-Maixent  d'un  domaine  qu'il  possé- 
dait en  Poitou  %  Quelle  est  l'époque  de  sa 
mort  ?  Besly,  Dom  Vaissete  &  les  auteurs 
de  l'Art  de  vérifier  les  dates,  qui  veulent  voir 
dans  ce  comte  Bernard  un  frère  d'Emenon, 
comte  de  Poitiers  en  887  &  838,  le  font 
mourir  en  844.  Mais  les  dates  rendent  la 
chose  impossible^  Bernard,  frère  d'Emenon 
&  Bernard,  successeur  d'Abbon,  sont  deux 
personnages  différents.  Ce  n'est  qu'à  partir 
de  l'année  838  que  les  chroniqueurs  font 
mention  pour  la  première  fois  des  trois  frè- 
res :  Emenon,  comte  de  Poitiers,  révoqué  en 
839,Turpion,  nommé  comte  d'Angoulème  la 
même  année,  &  Bernard,  le  plus  jeune.  Ils 
ne  désignent  ordinairement  ce  dernier  que 
sous  le  titre  de  frère  du  comte  Emenon  '. 

'  Annales  Eg'inhardi,  Pertz,  t.   i,  p.  198. 

"  Pipinusgratia  Dei  rex  Aquitanorura  &c.  Idcirco 
notum  fieri  volumus  omnium  fidelium  sanctae  Dei 
ecclesiae  nostrorumque  praesentium  scilicet  &futu- 
rorum  solertia,,  quia  ob  deprecationem  Bernardico- 
mitis,  placuit  nobis  quamdam  villam,  quae  vocatur 
Titiacus,  quam  ipse  Bernardus  in  beneficio  habuit, 
quod  est  in  pago  PictavensijCum  omnibus  rébus  ad 
se  praesenti  tempore  juste  &  legaliter  aspicientibus 
&pertinentibus,ad  monasterium  quod  diciturSancti 
Maxentii,  ubi  praesenti  tempore  venerabilis  vlr 
Rainardusabba  praeesse  videtur,  reddere  &  de  nos- 
tro  jure  in  jus  &  dominatione  praedicti  monasterii 
&  monachis  ibidem  Deo  famulantibus  conferre. 
Hanc  itaque  villam...  praedicto  venerabili  monas- 
terio  S.  Maxentii  ..  concessimus. 

Data  X  kalendas  januarii,  anno  XII  imperii 
domni  Ludovici  serenissimi  augustl.  Actum  ad  illa 
Warda  prope  Andiaco.  [Recueil  des  Historiens  de 
France,  t.  6,  p.  664.) 

'  Anno  844.  Bernardus,  frater  Emenonis  &  Her- 
veus,  filiusRainaldi,  congressi  cum  Lantberto  Nam- 
netensi  comité  ambo  occiduntur.  {Chron'tcon  Adhe- 
mari    Caban.  —  Recueil   des    Historiens    de  France, 

t.    7,  p.    225.) 

IT. 


Un  auteur  dit  même  en  parlant  de  lui  :  «  Un 
certain  Bernard,  quidam  Bernardus.  »  Ce 
n'est  pas  d'une  manière  aussi  vague  qu'on, 
eiit  désigné  un  des  anciens  compagnons 
d'armes  de  Charlemagne,  un  homme  déjà 
âgé,  un  comte  qui  avait  administré  le  comté 
de  Poitou  pendant  près  de  vingt  ans.  Les 
trois  trères  Emenon,  Turpion  &  Bernard, 
qui  n'apparaissent  qu'en  838,  &  qui  mou- 
rurent tous  trois  les  armes  à  la  main,  c'est- 
à-dire  d'une  mort  prématurée,  le  premier 
en  866,  le  second  en  863',  &  le  dernier  en 
844,  appartiennent  évidemment  à  une  géné- 
ration autre  que  celle  de  Bernard,  succes- 
seur d'Abbon.  Peut-être  étaient-ils  ses  fils. 

III.  Emenon.  —  Quoi  qu'il  en  soit,  à  la 
mort  de  Bernard,  arrivée  après  l'année  83o, 
c'est  Emenon  qui  devint  comte  de  Poitiers. 
Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  étant  mort  en  838, 
Emenon  se  mit,  avec  son  frère  Bernard, 
à  la  tête  de  ceux  qui  voulaient  lui  donner 
pour  successeur  son  fils  Pépin,  encore 
enfant.  C'était  agir  contre  la  volonté  de 
Louis  le  Débonnaire,  qui  avait  l'intention 
de  faire  nommer  roi  d'Aquitaine  son  fils 
Charles.  Apprenant  ce  qui  se  passait,  l'em- 
pereur vint  en  839  célébrer  les  fêtes  de 
Noël  à  Poitiers.  Sa  présence  suffit  pour  dis- 
siper les  conjurés.  Il  fit  proclamer  son  fils 
roi  d'Aquitaine,  priva  Emenon  de  ses  fonc- 
tions, l'exila  ainsi  que  son  frère  Bernard, 
&  donna  le  comté  de  Poitou  à  Ranulfe  I, 
fils  de  Gérard,  comte  d'Auvergne  &  neveu 
du  comte  Guillaume,  successeur  de  ce  der- 
nier '. 

Emenon  se  retira  auprès  de  Turpin  ou 
Turpion,  son  frère,  que  Louis  le  Débon- 
naire venait  de  nommer  comte  d'Angou- 
lème, pour  le  récompenser  sans  doute  de  ce 
qu'il  n'avait  pas  pris  part  à  la  révolte  de  ses 
frères.  Turpion  ayant  été  tué  en  863  dans 
un  combat  contre  les  Normands  &  n'ayant 
point  laissé  de  postérité,  Emenon  lui  suc- 
céda dans  son  comté  &  mourut  le  22  juin  866 
des  suites  des  blessures  qu'il  avait  reçues 
dans  un  combat  livré  le  14  du  même  mois 
contre  Landri,  comte  de  Saintes  '. 

'  Chronicon  Adhemarij  ibid.  t.  7,  p.  25p. 
'  Ibïd.  t.  7,  p.   224. 

'  Turpio  cornes  Engolismensis  cum  Nortmannis 
congressus,  occidens  eorum  regem  nomineMaurum 


NOTR 
r.  ECTI  F. 


Note 

RECTIF. 


3o6 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


IV.  Ranulfe  I.  —  Ramnulfe  ou  Ranulfe, 
fils  de  Gérard,  comte  d'Auvergne,  fut  nommé 
comte  de  Poitou  aux  fêtes  de  Noël  de  l'an- 
née 839.  Il  fut,  comme  son  père,  un  des  par- 
tisans les  plus  dévoués  à  la  politique  &  aux 
intérêts  de  Charles  le  Chauve,  qui  à  son 
titre  de  roi  d'Aquitaine  ne  tarda  pas  à  join- 
dre celui  de  roi  de  France.  Lorsqu'en  845 
Charles  le  Chauve,  par  le  traité  de  Fleuri- 
sur-Loire  ',  eut  rendu  au  jeune  Pépin  II  le 
royaume  d'Aquitaine,  il  en  excepta  les  trois 
comtés  de  Poitiers,  de  Saintes  &  d'Angou- 
lême  qu'il  se  réserva  expressément.  Ra- 
nulfe prit  alors  un  rôle  important  dans 
les  différentes  querelles  qui,  pendant  la 
plus  grande  partie  du  règne  de  Charles, 
divisèrent  les  comtes  de  l'Aquitaine,  que- 
relles qui  trouvaient  un  aliment  tout  natu- 
rel dans  les  réclamations  que  ne  cessait 
d'élever  le  jeune  Pépin  sur  les  trois  comtés 
qu'il  soutenait  avoir  été  retenus  par  son 
oncle  au  mépris  de  ses  droits.  Ce  prince 
s'étant  sauvé  en  865  de  Saint-Médard  de 
Soissons,  où  il  était  en  prisan,  &  étant  re- 
tourné en  Aquitaine ,  tomba  entre  les 
mains  de  Ranulfe  qui  le  livra  à  Charles  le 
Chauve'. 

Ranulfe  prit  une  part  active  aux  guerres 
contre  les  Normands.  Aidé  de  son  parent, 
Rainaud,  comte  d'Herbauges ,  il  gagna  sur 
eux  la  bataille  de  Brillac,  qu'il  leur  livra 
le  4  novembre  852.  En  867,  ayant  réuni 
ses  forces  à  celles  de  Robert  le  Fort,  comte 
d'Anjou  &  de  Touraine ,  il  voulut  couper 
la  retraite  à  ceux  qui  venaient  de  piller  le 
Mans,  mais  il  fut  tué  dans  le  combat  donné 
près  de  Brissarthe. 

Dom  Vaissete  &  les  auteurs  de  l'Art  de 
vérifier  les  dates  ont  prétendu  qu'un  des  ef- 
fets du  traité  de  Fleuri-sur-Loire  avait  été  de 

ab  eo  ipse  occiditur.  Et  Emeno  fraterejus,  dudum 
cornes  Pictavinus,  tune  Engolismae  cornes  extitlt, 
&  ipse  post  biennium  cum  Landrico  Sanctoniensi 
comité  confligenr,  interempto  Landrico,  in  castrum 
Runconlam  reducitur  saucius  &  octavo  die  mori- 
tur,  sepultus  juxta  basilicam  S.  Eparchii.  (Chroni- 
con  Adhemari.  —  Recueil  des  Historiens  de  France, 
t.  7,  p.  227.  — Voyez  aussi  Chronicon  Aqu'itanicum, 
ibid.  p.  223.) 

'  Prudentii  Annales  Trecenses,  Pertz,  Monum, 
t.  1,  p.  141. 

'  Ibid,  p.  470, 


partager  l'Aquitaine  en  deux  duchés,  celui 
deToulouse  &  celui  de  Poitiers,  &  que  cette 
division  fut  stable  &  persista  même  après 
que  Charles  le  Chauve  eut  réuni  toute 
l'Aquitaine  sous  ses  lois.  Rien  de  sembla- 
ble n'est  résulté  de  l'exécution  de  ce  traité  ; 
Ranulfe,  de  son  vivant,  n'exerça  aucune 
autorité  sur  l'Angoumois  où  commandèrent 
successivement  les  comtes  Turpion  &  Eme- 
non,  ni  à  Saintes  où  il  y  avait  un  comte 
du  nom  de  Landri.  Son  autorité  s'étendait 
encore  moins  sur  les  comtés  de  l'Aquitaine 
méridionale,  qui  n'était  pas  soumise  à 
Charles  le  Chauve.  L'idée  où  étaient  les 
auteurs  que  nous  venons  de  citer,  que 
le  duché  de  Toulouse  avait  compris  dès 
l'origine  l'Aquitaine  tout  entière,  est  ce 
qui  a  causé  leur  erreur.  Il  est  certain  que 
les  ducs  de  Toulouse  n'ont  pris  le  titre 
de  ducs  d'Aquitaine  qu'à  partir  du  dixième 
siècle. 

V.  Ranulfe  II.  —  Les  auteurs  de  VArt 
de  vérifier  les  dates,  d'après  Besly  &  dom 
Vaissete,  prétendent  que  le  successeur  de 
Ranulfe  I  fut  Bernard  ,  fils  de  Blichilde  , 
marquis  de  Gothie.  C'est  une  erreur  :  Ber- 
nard, fils  de  Blichilde,  n'a  jamais  été  comte 
de  Poitiers,  &  Ranulfe  II  fut  le  succes- 
seur immédiat  de  son  père.  Le  passage 
suivant  d'Hincmar  a  pu  en  faire  douter  ; 
Ablatis  denique  a  Rotberti  filio,  his  quae  post 
mortem  patris  de  honoribus  ipsîus  ei  concesse~ 
rat  &  per  alios  divisis,  sed  &  a  filiis  Ram- 
nulfi  tultis  paternis  honoribus,  &  data  S.  Hi- 
larii  abbatia,  quant  isdem  habuitj  Frotario, 
Burdegalensium  archiepiscopo,  caput  jejunîî 
ante  sanctum  quadragesima,  ad  monasterium 
Sancti  Dyonisii  rediit'.  Mais  il  est  certain 
qu'on  ne  peut  prendre  ce  passage  au  pied 
de  la  lettre  &  qu'il  renferme  plus  d'une 
erreur.  Ainsi,  lorsque  Charles  le  Chauve 
donna  les  honneurs  de  Robert  le  Fort  à 
Hugues  l'abbé ,  ce  ne  fut  pas  au  détri- 
ment du  fils,  comme  le  dit  le  Chroniqueur, 
mais  des  fils  de  Robert  le  Fort,  puisque  ce 
duc  en  avait  deux,  Eudes  &  Robert.  Ce  n'est 
pas  non  plus  à  Frotaire  que  l'abbaye  de 
Saint-Hilaire  fut  donnée  aussitôt  après 
la   mort    de    Ranulfe   I ,   mais    à    Acfred , 


Note 

RECTIF. 


'  Hincmari 
t.  I,  p.  476. 


Remensis    Annales,    Pertz,    Monum 


Note 

BECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3o7 


l'ancien  comte  de  Toulouse.  Frotaire  ne 
l'eut  qu'après  la  mort  de  ce  dernier. 
On  voit  donc  qu'il  est  permis  de  n'avoir 
pas  une  confiance  absolue  dans  le  témoi- 
gnage d'Hincmar,  quand  il  nous  dit  que 
Charles  le  Chauve  priva  les  fils  de  Ra- 
nulfe  des  biens  paternels.  Ce  qui  paraît 
vrai ,  &  c'est  le  sens  qu'il  faut  donner  au 
passage  que  nous  venons  de  citer,  c'est  que 
Charles  le  Chauve  enleva  aux  enfants  de  Ra- 
nulfe  certains  bénéfices  que  leur  père  avait 
possédés,  entre  autres  l'abbaye  de  Saint-Hi- 
laire,  donnée  d'abord  à  Acfred,  puis  à  Fro- 
taire,  &  celle  de  Charroux,  donnée  égale- 
ment à  Frotaire.  Quant  au  comté,  Ranulfe  II 
n'en  fut  pas  privé 5  nous  en  avons  la  preuve 
dans  une  charte  donnée  au  mois  d'avril  878 
par  le  comte  Gauzbert,  frère  de  Ranulfe  II , 
charte  que  celui-ci  signa  en  qualité  de 
comte  de  Poitou'.  Ranulfe  II   était   donc 

'  Voici  cette  charte  que  n'a  pas  connue  Besly  & 
qui  est  si  importante  pour  l'histoire  des  comtes  de 
Poitou  : 

Avril  878. 

Dura  lux  ista  festinanter  discurrit,  &dies  nostri 
timbra  praetereunt,  ideoque  opportet  nobis  ut  de 
futuro  debeamus  tractare  judicium,  ut  quando  qui- 
dem  transquisitio  mortis  casus  invenerit,  non  nos 
inveniat  insperatos.  Igitur  ego  in  Dei  nomine 
vir  venerabilis  Gauzbertus  comes  tractans  de  Dei 
timoré  vel  eterna  retributione,  ut  mihi  pius  ac 
misericors  dominus  in  die  ultima  magni  judicii 
veniam  largire  dignetur,  idcirco  pro  animae  meae 
remedium  concedo  ad  basilicam  praecellentissimi 
Hilarii  confessoris  atque  Pontificis,ubi  ipse  precio- 
sus  timato  corpore  requiescit,  ad  luminaria  conti- 
nenda  ad  ipsum  sepulchrum,  ubi  Cercuelus  castus 
praeesse  videvur,  hoc  est  mansus  meus  indominica- 
tus  qui  est  situs  in  pago  Santonico,  infra  illa 
quinta  civitatis,  in  villa  nuncupante  Dorodonno 
tam  in  ipsa  villa  seu  etiam  infra  murum  civitatis, 
tectis,  domibus,  aediiîciis  cunctisque  supra  positis 
terris,  vineis,  silvis,  pratis,  pascuis,  exenis,  exitis, 
adjacentiis,  aquis,  aquarumve  decursibus,  mobilibus 
&  immobilibus...  cum  mancipiis  meis  ibidem  com- 
manentibus  vel  aspicientibus,  Gislarde  servo,  cum 
uxore  &filiis&filiabus,  &  Armaldo  servo,  cum  uxore 
Siinfantibus  eorum  &  omnibus  aliunde...  &  taliter 
hanc  cessione  placuit  mihi  inserere,  ut  quamdiu 
ego  advixero  tenere  &  usurpare  faciam  &  ad  festi- 
vitatem  Sancti  Hilarii,  ad  illo  lumen  solides  v  in 
censum  per  singulos  annos  reddere  faciam,  &  post 
quoque  meum  discessum  ipsas  res  emelioratas  sine 
ulla  tarditate    recipere  faciant.    Si  quis  vero,  quod 


comte  de  Poitiers  avant  la  mort  de  Bernard, 
fils  de  Blichilde,  arrivée  en  879  ou  880,  & 
même  avant  la  condamnation  de  ce  dernier 
au  concile  de  Troyes,  puisque  cette  con- 
damnation n'eut  lieu  qu'au  mois  de  sep- 
tembre 878.  Si  Bernard  avait  été  comte  de 
Poitiers,  Ranulfe  n'aurait  pu  prendre  cette 
qualité.  Donc  Bernard  n'a  pas  été  comte  de 
Poitiers,  &  Ranulfe  II  a  succédé  directe- 
ment à  son  père. 

Frotaire  mourut  en  888j  Eble ,  frère  du 
comte  Ranulfe,  fut  alors  pourvu  de  l'abbaye 
de  Saint-Hilaire  de  Poitiers.  A  sa  demande, 
le  roi  Eudes,  par  un  diplôme  en  date  du 
3o  décembre  890,  confirma  les  chanoines  de 
Saint-Hilaire  dans  la  possession  des  biens 
affectés  à  leur  mense  '.  Quant  à  Gauzbert , 
le  troisième  frère  de  Ranulfe ,  nous  avons 
vu  qu'il  prenait  le  titre  de  comte  du  vivant 
de  son  frère,  mais  nous  ne  savons  s'il  exer- 
çait son  autorité  sur  un  territoire  déter- 
miné. 

Ranulfe  II ,  suivant  la  politique  tradi- 
tionnelle de  sa  famille,  qui  était  de  res- 
ter fidèle  aux  Carlovingiens ,  ne  recon- 
nut jamais  l'autorité  du  roi  Eudes.  Il  se 
posa  même  comme  son  adversaire,  prit  le 
titre  de  comte  ou  de  duc  d'Aquitaine,  & 
pour  tenir  tête  au  roi,  fit  alliance  avec 
Guillaume  le  Pieux,  comte  d'Auvergne,  son 
cousin.  On  ne  sait  quelle  aurait  été  l'is- 
sue de  l'inimitié  des  deux  princes,  si  Ra- 
nulfe  ne  fût  mort  en   890   &  non  en  898, 

futurum  minime  credo,  si  fuerit  ego  ipse  aut  ullus 
de  heredibus  meis  seu  quislibet  homo  vel  opposita 
personna,  qui  contra  hanc  cessionem  istam  aliquid 
agere  aut  inquietare  praesumpserit,  auri  libras  VI 
argenti  pondéra  decem  coactus  exsolvat  &  quod 
petit  nullatenus  valeat  vindicare,  sed  praesens  haec 
cessio  a  me  facta  perennis  temporibus  valeat  per- 
durare  cum  stipulatione  subnixa,  manu  mea  pro- 
pria subterfirmavi  &  qui  post  me  firmaverunt  ad 
roborandum  decrevi. 

S.  Gausberto  comité  cessione  a  me  facta.  Ram- 
nulfus  comes.  S,  Ermengarde.  S.  Ermenarius.  S.  A- 
cardo.  S.  Ricpotoni.  S.  Ricardi.  S.  Anstario.  S.  Al- 
berico,  S.  Gauzileno.  S.  Amalfredo.  S.  Isembardo. 
S.  Samuel.  S.  Adalramno.  S.  Mainardo.  Data  in 
mense  aprile  anno  primo  post  obitum  Caroli  impe- 
ratore,  régnante  Clodovico  rege.  Gauscelmus  clericus. 
(^Archiv.  de  S.  Hila'ire  de  Poitiers.  —  Collect.  Moreau, 
t.  2,  p.   179.) 

'  Recueil  des  Hist.  de  France,  t.  9,  p.  45o. 


Note 

RCCTir. 


Note 

KECTIF. 


3oB 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


comme  le  disent  les  auteurs  de  ïArt  de  vé- 
rïer  les  dates  sur  la  foi  d'Adhémar  de  Cha- 
banais'. 

VI.  Eble.  —  Eble,  fils  bâtard  de  Ra- 
nulfe  II,  fut  son  successeur  immédiat.  Besly 
&  les  auteurs  de  VArt  de  vérifier  les  dates 
prétendent  le  contraire;  mais  une  charte 
donnée  à  Poitiers  par  Eble,  le  lo  octo- 
bre 890  ou  891,  par  laquelle  il  confirme  une 
donation  faite  par  son  père  à  Saint-Martin 
de  Tours ,  prouve  qu'aussitôt  la  mort  de 
Ranulfe  il  prit  possession  de  l'héritage 
paternel.  Il  était  encore  fort  jeune.  Gauz- 
bert  &  Eble,  abbé  de  Saint-Hilaire,  ses  on- 
cles ,  ayant  pris  les  armes  contre  Eudes , 
celui-ci  vint  en  Aquitaine  pour  les  faire 
rentrer  dans  le  devoir;  ils  périrent  l'un  & 
l'autre  pendant  cette  expédition'.  Aban- 
donné à  ses  propres  forces,  le  jeune  Eble 
ne  put  résister  longtemps  aux  attaques 
d'Adhémar,  fils  d'Emenon,  qui,  avec  l'appui 
d'Eudes,  parvint,  en  893,  à  s'emparer  de  la 
ville  de  Poitiers''.  Il  se  réfugia  en  Auver- 
gne auprès  de  son  cousin  Guillaume  le 
Pieux,  qui,  à  raison  de  l'étendue  de  ses 
possessions ,  se  trouvant  le  plus  puissant 
prince  de  l'Aquitaine,  prit  dès  lors  le  titre 
de  duc  de  ce  pays. 

VII.  AdhémaR.  — Adhémar,  fils  d'Eme- 
non, s'étant  emparé  du  comté  de  Poitiers,  en 
resta  maître  jusqu'en  902.  Ce  qu'on  sait  de 
son  administration  se  borne  à  peu  de  chose, 
car  tout  ce  que  rapportent  de  lui  les  au- 
teurs de  VArt  de  vérifier  les  dates  est  rempli 
d'erreurs.  Sur  sa  demande,  le  roi  Eudes 
accorda  en  894  l'abbaye  de  Saint-Hilaire 
à  Ecfroid ,  évêque  de  Poitiers.  En  898, 
Adhémar  assista  à  la  donation  que  firent 
de  leurs  biens  à  l'abbaye  de  Beaulieu  Go- 
defroi  &  Godèle  sa  femme,  &  il  mit  son 
nom  au  bas  de  l'acte  qui  en  fut  dressé  ^ 
Eble  ayant  réussi  en  902  à  rentrer  dans  la 
ville  de  Poitiers,  en  chassa  Adhémar,  qui 


'  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  ci-devant  $  V. 

^Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  Charte  d'Eble 
de  l'année  890  ou  891. 

^  Annales  Vedast.  ad  ann.  892,  Pertz,  t.  i  , 
p.  528. 

^  Adhémnr,  Chronicon,  dans  Labbe,  Bihliotheca 
nova,  t.  2. 

^  Carîul.  de  l'abhaye  de  Beaulieu,  n.  29. 


vécut  encore  longtemps,  puisqu'il  ne  mou- 
rut que  le  21  mars  926  '. 

Eble  rétabli.  —  La  jeunesse  d'Eble,  telle 
qu'elle  est  racontée  par  Besly,  dom  Vais- 
sete,  &  les  auteurs  de  VArt  de  vérifier  les 
dates,  n'est  qu'une  pure  légende.  Chassé 
de  Poitiers  en  898,  après  trois  ans  de  pou- 
voir, Eble  vécut  en  Auvergne,  retiré  auprès 
de  son  parent  Guillaume  le  Pieux,  qui  l'aida 
en  902  à  rentrer  en  possession  du  comté 
de  Poitiers.  Voilà  ce  qui  paraît  certain. 
A  partir  de  902,  Eble  prit  part  à  plusieurs 
des  événements  de  l'Aquitaine  :  son  nom 
figure  dans  un  grand  nombre  de  chartes. 
Ayant  hérité  en  927  ou  928  du  comté  d'Au- 
vergne, par  suite  de  la  mort  du  comte  Ac- 
fred  II,  il  prit  alors  le  titre  de  duc  d'Aqui- 
taine, concurremment  avec  Raimond  III, 
comte  de  Toulouse,  qui  le  prenait  aussi;  il 
mourut  en  935  &  laissa  ses  domaines  à  son 
fils  Guillaume  I,  dit  Tète-d'Étoupes  '. 

XIII 

CHRONOLOGIE   DES    COMTES    D'AUVERGNE 
SOUS    LA    SECONDE   RACE. 

(839-935) 

Ce  que  nous  avons  dit  à  propos  de  la 
descendance  de  Guillaume,  frère  du  duc 
Gérard ,  facilitera  singulièrement  notre 
tâche  pour  établir  la  suite  des  comtes 
d'Auvergne  pendant  la  période  carlovin- 
gienne. 

I.  GÉRARD.  —  Nous  avons  vu  que  le  duc 
Gérard  avait  été  nommé  comte  d'Auvergne, 
en  839,  par  Louis  le  Débonnaire,  lorsqu'il 
vint  en  Aquitaine  pour  faire  couronner  roi 
son  jeune  fils  Charles;  Gérard  fut  tué 
en  841,  à  la  bataille  de  Fontenay. 

II.  Guillaume  I.  —  Au  duc  Gérard  suc- 
céda en  842  Guillaume,  son  frère.  Ce  der- 
nier ne  vécut  pas  longtemps;  au  mois  de 
mai  846,  il  était  remplacé  par  le  comte  Ber- 
nard ^ 


'  Chronique  de  Saint-Maixent  dans  le  Recueil 
des  chroniques  des  églises  d'Anjou,  publié  par  la 
Société  de  l'Histoire  de  France. 

^  Besly,  Histoire  des  comtes  de  Poitou. 

3  Cartul.  de  Saint-Julien  de  Brioude,  n.   172. 


Note 

RECTir. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3of) 


III.  Bernard  I.  —  Bernard  figure  en 
qualité  de  comte  d'Auvergne  &  d'abbé  de 
Saint-Julien  de  Brioude,  dans  des  chartes 
des  mois  de  mai  846,  juin  847,  mai  849,  fé- 
vrier 867,  mars  858,  mai  860,  janvier  864 
&  mai  866  '.  Il  vivait  encore  au  mois  d'avril 
868,  mais  il  était  mort  au  mois  de  septembre 
de  la  même  année".  Il  eut  deux  femmes: 
Luitgarde,  la  première  ,  est  citée  en  849; 
Ermengarde,  la  seconde,  en  864  \ 

Les  auteurs  du  Gallia  Chrîstîana  &  de  VArt 
de  vérifier  les  dates  font  mourir  Bernard  I 
en  857  &  lui  donnent  pour  successeur  un 
comte  nommé  Guillaume,  auquel  succède 
en  860  un  autre  comte  nommé  Etienne. 
Etienne  ayant  été  tué  en  864,  ils  placent  en 
cette  année  un  autre  comte  qu'ils  appellent 
Bernard  II 5  mais  ce  comte  Guillaume  est  le 
produit  d'une  erreur  &  n'a  jamais  existé. 
Ces  auteurs  s'appuient,  pour  justifier  la 
présence  de  ce  Guillaume,  sur  une  donation 
faite  aux  chanoines  de  Brioude  par  Anas- 
tase,  doyen,  des  terres  qu'il  avait  in  loco 
qui  dicitur  de  Casellis,  charte  donnée  ,  di- 
sent-ils, tempore  Willelmi  comitis  seu  ab- 
batis,  mense  marcio^  anno  XX  régnante  Pipino 
rege.  Ces  détails  permettent  parfaitement 
de  reconnaître  la  charte  dans  le  cartulaire 
imprimé  de  Saint-Julien  de  Brioudej  elle  y 
occupe  le  numéro  282.  Mais  dans  ce  cartu- 
laire, cette  charte,  à  laquelle  doit  être  assi- 
gnée la  date  du  mois  de  mars  858,  au  lieu 
de  mentionner  le  comte  Guillaume,  nomme 
le  comte  Bernard  :  JJbi  Bernardus  cornes  vel 
abbas  S.  Juliani  praeesse  videtur.  Il  n'y  a 
donc  pas  eu  de  comte  d'Auvergne  du  nom 
de  Guillaume  entre  858  &  862. 

Quant  au  comte  Etienne,  il  y  a  bien  eu 
un  comte  de  ce  nom,  mais  rien  ne  prouve 
qu'il  fut  comte  d'Auvergne.  La  première 
fois  qu'il  est  fait  mention  de  lui,  c'est 
en  860.  Il  est  dit  que  Raimond,  comte  de 
Toulouse,  cita  au  concile  de  Tusei  le  comte 
Etienne,  fils  du  comte  Hugues,  qui,  après 
avoir  fiancé  sa  fille  en  mariage ''j  refusait  de 
l'épouser.   Hincmar    rapporte  qu'en   862 , 

'  Cartulaire   de   Saint-Julien  de  Brioude,  n.    172, 
190,  95,  77,  282,  I  10,  176  8c  210. 
'  Ibid,  ri.  304. 
î  Ibid.  n.  95  &  176. 
■♦  Recueil  des  Hist.  de  Fr.  t.  7,  p.  624  &  525. 


Etienne  persuada  au  jeune  Charles,  fils  de 
Charle^|,le  Chauve,  d'épouser  contre  la  vo- 
lonté paternelle  la  veuve  du  comte  Her- 
bert '.  Enfin,  en  864,  les  Normands  s'étant 
avancés  jusqu'à  Clermont  en  Auvergne  tuè- 
rent le  comte  Etienne  &  se  retirèrent  sans 
encombre  \  Mais  il  est  à  remarquer  qu'au- 
cun des  auteurs  qui  nous  ont  rapporté  les 
faits  que  nous  venons  de  citer  n'appelle 
Etienne  comte  d'Auvergne.  Cette  qualifica- 
tion ne  lui  est  donnée  que  par  Adhémar 
de  Chabanais  &  par  l'auteur  de  la  Chro- 
nique de  Saint-Maixent  ,  qui  vivait  au 
douzième  siècle'.  Or,  comme  nous  savons 
qu'en  858,  en  860  &  en  janvier  864,  Ber- 
nard I  était  encore  en  vie,  il  paraît  cer- 
tain qu'il  n'y  a  pas  eu  de  comte  d'Auver- 
gne du  nom  d'Etienne,  pas  plus  qu'il  n'y  a 
eu  en  858  de  comte  du  nom  de  Guillaume. 
De  ce  qui  précède  il  résulte  aussi  que  la 
distinction  établie  par  les  auteurs  du  Gallia 
Christiana  entre  Bernard  I  &  Bernard  II  ne 
peut  subsister,  &  que  ces  deux  personnages 
n'en  font  qu'un.  Bernard  I  ne  mourut , 
en  effet,  qu'après  le  mois  d'avril  868. 

IV.  Bernard  II, — Warin.  —  Au  mois 
de  septembre  868,  Bernard  I  était  remplacé 
comme  abbé  de  Saint-Julien  de  Brioude  par 
le  comte  Warin  ^,  que  nous  croyons  être  son 
fils.  Warin  était  abbé  de  Saint-Julien,  en 
qualité  de  comte  de  Vêlai.  Le  comté  de 
Clermont,  ou  l'Auvergne  proprement  dite, 
était  alors  occupé  par  un  autre  Bernard, 
fils  de  Bernard  I,  que  nous  nommerons 
Bernard  II. 

Ce  Bernard  est  le  même  que  Bernard 
Plantevelue,  celui  qui  fut  marquis  de  Go- 
thie  en  878,  &  qu'Hincmar  appelle  cornes 
Rodonensis.  En  869  ou  870,  à  la  mort  de 
Warin,  il  hérita  de  la  partie  de  l'Auvergne 
occupée  par  ce  dernier,  mais  il  n'hérita  pas 
de  l'abbaye  de  Brioude  dont  s'empara  Fro- 


'  Hincmari  Remensis Annales,  Pertz,  t.  i.  p.  467 
&  ^66. 

'  Ibid.  p.  462. 

'  Chronicon  Adhemari  dans  Labbe  ,  Bibltotheca 
nova,  t.  2,  &  Chronique  de  S,  Maixent  dans  le 
Recueil  des  chroniques  des  églises  d'Anjou,  publié 
par  la  Société  de  l'Histoire  de  France. 

•♦  Cartulaire  de  Saint-Julien  de  Brioude,  n,  267. 
—  Voyez  aussi  les  n.  56  &  i52. 


Note 

RECTlf. 


Note 

BECTIF. 


3lO 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


taire,  archevêque  de  Bordeaux".  Dès  868 
il  est  fait  mention  de  lui  comme  dUin  des 
principaux  dignitaires  de  l'Aquitaine.  Il  alla 
trouver  le  roi  à  la  diète  de  Pistre  avec 
Bernard,  marquis  de  Gothie,  &  Bernard, 
marquis  de  Toulouse  '.  L'année  suivante, 
en  869  ,  il  devait  aller  trouver  le  roi  à 
Cosne-sur-Loire,  pour  conférer  avec  lui 
sur  les  affaires  de  l'Aquitaine'. 

Il  fut  un  de  ceux  auxquels  Charles  le 
Chauve  confia,  en  872,  la  direction  de  son 
fils  Louis  le  Bègue  en  l'envoyant  en  Aqui- 
taine"*. Bernard  fut  toujours  un  des  plus 
zélés  défenseurs  de  ce  prince,  qui  le  choi- 
sit pour  être  le  tuteur  de  ses  fils  en  877, 
lorsqu'il  se  sentit  près  de  sa  fin\  En  878, 
Bernard  fut  nommé  marquis  de  Gothie^. 
Il  ne  cessa,  depuis  cette  époque  jusqu'à  sa 
mort,  de  s'opposer  aux  entreprises  de  Bo- 
son,  roi  de  Provence,  &  de  l'empêcher  d'en- 
vahir les  États  des  fils  de  Louis  le  Bègue. 
Bernard  Plantevelue  perdit  la  vie  dans  un 
combat;  il  était  mort  au  mois  d'août  886'. 
De  sa  femme  Ermengarde  il  avait  eu  trois 
fils.  Un  seul,  Guillaume,  lui  survécut  & 
fut  son  successeur. 

V.  Guillaume  le  Pieux.  —  Guillaume 
succéda  en  885,  ou  au  plus  tard  avant  le  mois 
d'août  886,  à  Bernard  son  père,  dans  les  com- 
tés d'Auvergne  &  de  Vêlai ,  &  dans  le  mar- 
quisat de  Gothie,  ainsi  que  nous  l'apprenons 


'  Frotaire  fut  abbé  de  Saint-Julien  de  Brioude 
de  879  à  888  ;  Adalgisus,  évêque  d'Autun,  fut  son 
successeur  de  889  à  892.  Guillaume  le  Pieux  devint 
abbé  du  monastère  en  893.  On  lui  donne  ce  titre 
dans  un  grand  nombre  de  chartes  depuis  cette  épo- 
que jusqu'en  91 1.  En  918  &  919,  c'est  Guillaume  le 
Jeune,  successeur  de  Guillaume  le  Grand  ou  le  Pieux, 
Guillelmus  Major,  qui  est  abbé  de  Saint-Julien  de 
Brioude.  Acfroi  occupa  ces  fonctions  du  vivant  de 
son  frère  en  922  &  en  923.  Voyez  le  Cartulaire  Je 
Brioude,  publié  par  l'Académie  des  Sciences  de 
Clermont-Ferrand  en  1861,  &  la  Chronologie  du 
Cartulaire  de  Brioude,  publiée  par  M.  Bruel.  — 
Bibliothèque   de  l'Ecole    des    Chartes,   1866,  p.    446. 

'  Hincmari  Annales,  Pertz,  t.   i,  p.  480. 

3  Ibid.  p.  481. 

^  Ibid.  p.  493. 

^  Ibid.  p.  5o3. 

«  Ibid.  p.  5o8. 

^  Baluze,  Histoire  génial,  de  la  maison  d'Auver- 
gncy  t.  2,  preuves,  p.  3. 


d'un  diplôme  de  Louis  le  Gros  en  faveur 
de  l'église  de  Nevers,  dans  lequel  ce  prince 
fait  l'éloge  de  la  fidélité  de  Bernard,  &  re- 
connaît les  services  qu'il  n'a  cessé  de  ren- 
dre à  ses  souverains  légitimes  '.  Abbon,  dans 
son  poëme  sur  le  siège  de  Paris  par  les 
Normands,  donne  à  Guillaume  le  titre  de 
comte  de  Clermont\  Le  même  auteur  nous 
apprend  qu'il  prit  parti  contre  le  roi  Eudes. 
Ce  prince  lui  ayant  enlevé,  pour  le  punir, 
le  Berry  &  l'Auvergne,  &  ayant  donné  ces 
provinces  au  comte  Hugues,  il  en  résulta 
une  guerre  entre  ce  comte  &  Guillaume, 
guerre  dans  laquelle  Hugues  perdit  la  vie'. 
Débarrassé  de  son  compétiteur,  Guillaume 
devint  plus  puissant  qu'il  ne  l'avait  encore 
été.  Il  est  probable  qu'il  fit  alors  la  paix 
avec  Eudes  &  qu'il  finit  par  le  reconnaître 
pour  roi,  car  on  trouve  le  nom  de  ce  prince 
associé  avec  ceux  de  ses  propres  parents 
dans   plusieurs  de  ses   fondations  pieuses. 

En  910,  Guillaume  fonda  le  prieuré  de 
Sauxillanges,  en  Auvergne,  pour  le  repos 
de  l'âme,  est-il  dit  dans  la  charte,  de  son 
père  Bernard,  de  sa  mère  Ermengarde  & 
de  ses  frères  ,  d'Adelinde  sa  sœur  &  des 
enfants  de  cette  dernière  ,  c'est-à-dire 
de  Guillaume  III  &  d'Acfred,  ses  neveux 
&  futurs  successeurs^.  Ce  fut  aussi  en  910 
qu'il  fonda  l'abbaye  de  Cluny  sur  un  fonds 
de  terre  qui  lui  fut  donné  par  sa  sœur, 
l'abbesse  Ave.  Par  l'acte  de  fondation,  daté 
du  II  septembre  910,  il  soumit  le  nouveau 
monastère  directement  au  Saint-Siège  ^ 

En  912,  il  fit  une  nouvelle  fondation;  ce 
fut  celle  du  prieuré  de  Maissac,  en  Auver- 
gne. Cette  fondation  fut  encore  faite,  est- 
il  dit  dans  l'acte,  pour  le  repos  de  son  âme, 
de  celles  d'Eudes  son  seigneur,  de  ses  père 
&  mère,  de  Louis  l'Aveugle,  son  beau-frère, 
&  de  sa  femme  Ingelberge®.  Il  fit  confirmer 
cet  établissement  par  le  pape  Jean  X. 


'  Baluze.  Histoire  génial,  de  la  maison  d'Auver- 
gne,  t.   2,  preuves,  p.  3. 

"  Abbon,  de  Bello  Paris.  Pertz,  t.  2,  p.  810. 

3  Ibid. 

■*  Baluze,  Histoire  ginial.  de  la  maison  d'Auver- 
gne, preuves,  t.  2,  p.    12. 

'  Bibliotheca.  Cluniacensis,  p.  2. 

"  Acta  Sanctorum  ordinis  sancti  Benedicti  ,  t.  6, 
p.  248  &.  254. 


Note 

RECriF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3ii 


Guillaume  le  Pieux  qui,  dans  un  de  ses 
testaments  fait  en  faveur  de  l'abbaye  de 
Sauxillanges,  s'intitule  prince  de  la  Marche, 
princeps  Marchiae',  &  qui  avait  pris  en  898, 
lorsque  Adhémar  avait  chassé  le  jeune  Eble 
de  Poitiers,  le  titre  de  duc  d'Aquitaine, 
mourut  le  6  juillet  918  \  Il  n'avait  eu  qu'un 
fils  de  sa  femme  Ingelberge,  &  ce  fils  nommé 
Boson  mourut  avant  lui.  Guillaume  fut 
enterré  dans  l'abbaye  de  Saint-Julien  de 
Brioude  dont  il  est  regardé  comme  un  des 
principaux  bienfaiteurs. 

VI.  Guillaume  III. —  Guillaume,  dit  le 
Jeune,  fils  d'Acfred,  comte  de  Razès,  & 
d'Adelinde,  sœur  de  Guillaume  le  Pieux, 
succéda  à  son  oncle  dans  les  comtés  d'Au- 
vergne &  de  Vêlai  seulement';  Raimond, 
comte  de  Toulouse,  ayant  hérité  à  titre  de 
proche  parent  du  marquisat  de  Gothie.  Le 
nom  de  Guillaume  figure  au  bas  de  l'acte 
de  fondation  de  l'abbaye  de  Cluny,  &  dans 
une  donation  faite  en  916,  par  son  oncle, 
au  prieuré  de  Sauxillanges  qu'il  venait  de 
fonder.  Guillaume  III  eut  de  longs  démêlés 
avec  le  roi  Raoul,  qui  fit  deux  expéditions 
contre  lui,  dans  le  but  de  l'expulser  du 
comté  de  Bourges.  Guillaume,  battu  en  926, 
fut  forcé  de  se  retirer  en  Auvergne;  il  mou- 
rut la  même  année,  le  seizième  jour  de  dé- 
cembre, suivant  l'obituaire  de  Brioude,  & 
ne  laissa  pas  d'enfants;  on  ne  sait  pas  même 
s'il  avait  été  marié. 

Vil.  AcFRED.  —  Acfred  ,  fils  d'Acfred, 
comte  de  Razès  &  frère  de  Guillaume  III,  fut 
le  successeur  de  ce  dernier  dans  les  comtés 
d'Auvergne  &  de  Vêlai;  il  portait  déjà  le  ti- 
tre de  comte  du  vivant  de  son  frère,  &  était 
abbé  de  Saint-Julien  de  Brioude.  Ce  fut 
lui  qui,  en  926,  défendit  Nevers  contre  le 
roi  Raoul.  Devenu  comte  d'Auvergne,  il  ne 
voulut  jamais  reconnaître  ce  prince,  &  nous 
avons  plusieurs  chartes  de  lui  ainsi  datées  : 
Anno  IV  (vel  anno  V)  quo  infidèles  Franci 
deshonestaverunt    regem    suum*    Carolum   & 

'  Cartulaire  de  Sauxillanges,  n.   1^6. 

'Guillaume,  son  neveu,  s'intitule  Guillclmus 
cornes,  successor  Guillelmi  Majoris  dans  une  Charte 
du  3o  septembre  918.  Cartulaire  de  Saint-Julien 
de  Brioude,  n.  3 18. 

'  Ibid. 

''Voyez    Cartulaire    de    Sauxillanges,   n.     i3,    & 


Note 

Kodulphum  în  prïncipem  elegerunt.  Acired  fit  '*^"*^' 
son  testament  au  mois  d'octobre  927  ;  il 
mourut  la  même  année  ou  au  commence- 
ment de  928  sans  laisser  d'enfants.  Après 
sa  mort,  Eble,  comte  de  Poitiers,  hérita 
comme  son  plus  proche  parent  du  comté 
d'Auvergne  &  du  Limousin  &  prit  le  titre 
de  duc  d'Aquitaine.  A  cette  époque,  de 
toutes  les  familles  dont  nous  avons  retracé 
l'histoire,  quatre  seulement  subsistaient  & 
se  trouvaient  en  présence  :  celle  des  Ra- 
nulfe  &  celle  des  Raimond  de  Toulouse,  les 
descendants  deBorrel,  comte  d'Ausone,  & 
ceux  de  Suniaire  II,  comte  de  Roussillon. 

XIV 

CHRONOLOGIE    DES    COMTES    DE    CARCAS- 
SONNE    ET    DE    RAZÈS. 

(800-944) 

Il  y  a  un  peu  de  confusion  dans  ce  que 
dom  Vaissete  a  rapporté  au  sujet  des  com- 
tes de  Carcassonne  &  de  Razès  ;  il  n'a 
pas  réussi  à  distinguer  assez  nettement  les 
uns  d'avec  les  autres.  Pour  mettre  un  peu 
d'ordre  dans  cette  matière  ,  nous  rappelle- 
rons d'abord  que  le  comté  de  Carcassonne 
&  celui  de  Razès  ont  toujours  été  sépa- 
rés. Celui  de  Carcassonne  avait  la  même 
étendue  que  le  diocèse  de  cette  ville.  Quant 
au  Razès,  il  faisait  partie  du  diocèse  de 
Narbonne.  On  fit  au  neuvième  siècle  une 
tentative  pour  l'en  séparer  &  l'ériger  en 
diocèse  particulier;  mais  cette  tentative 
échoua  devant  les  réclamations  des  arche- 
vêques de  Narbonne  qui,  dans  le  but  d'af- 
firmer leurs  droits  sur  ce  petit  territoire, 
ajoutèrent  à  leur  titre  celui  d'évéques  de 
Razès,  episcopus  Narhonensis  &  Redensis '. 
Plus  heureux  sous  le  rapport  civil ,  le  Ra- 
zès eut  longtemps  ses  comtes  particuliers, 
différents  de  ceux  de  Narbonne  &  de  ceux 
de  Carcassonne.  On  sait  d'ailleurs  qu'à  par- 

Cartulaire    de    Saint- Julien    de    Brioude,   n.   167  &, 
3i5. 

'  Un  Léon,  évêque  de  Razès,  est  nommé  en 
878.  (Voyez  Mainardj  t.  1,  pièces  justificatives, 
ann.  878.)  Il  y  eut  donc  au  neuvième  siècle  un 
évèché  de  Razès  qui  eut  une  durée  éphémère. 


Note 

RECTIF. 


3i 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


tir  de  l'année  817,  le  comté  de  Carcassonne 
fut  distrait  de  la  Septimanie  &  réuni  à  la 
Marche  de  Toulouse.  Nous  nous  occupe- 
rons d'abord  des  comtes  de  Carcassonne; 
nous  donnerons  ensuite  la  liste  des  comtes 
de  Razès. 

$  I 

Comtes  de  Carcassonne. 

I.  Dellon.  —  Le  plus  ancien  comte  de 
Carcassonne  qui  nous  soit  connu,  s'appe- 
lait Dellon.  Il  est  mentionné  dans  un  titre 
de  l'an  838  comme  ayant  autrefois  fixé,  à 
la  demande  des  religieux  de  la  Grasse,  les 
limites  du  territoire  de  Saint-Couat,  dans 
le  comté  de  Carcassonne  '.  Le  même  docu- 
ment nous  apprend  que  Dellon  était  le  père 
de  Gislefroi  ou  Gisclafred ,  comte  de  Car- 
cassonne en  812;  il  a  donc  dû  précéder  ce 
dernier  dans  ces  fonctions. 

II.  Gislefroi. — Gislefroi  ou  Gisclafred, 
fils  de  Dellon  ,  est  un  des  huit  comtes  aux- 
quels Charles  le  Chauve  envoya,  en  812,  son 
diplôme  en  faveur  des  Espagnols  réfugiés 
en  Septimanie  \  Il  est  rappelé,  en  828,  dans 
un  diplôme  de  Pépin  I ,  comme  ayant  fait 
autrefois,  avec  Louis  le  Débonnaire,  un 
échange  de  terrains  situés  dans  le  comté  de 
Carcassonne',  &  en  838,  comme  étant  fils 
du  comte  Dellon.  Il  dut  mourir  avant  l'an- 
née 817. 

III.  Oliba  I.  —  Il  est  fort  présumable 
que  le  comté  de  Carcassonne,  qui  à  cette 
époque  fut  séparé  de  la  Septimanie,  fut 
alors  donné  au  comte  Oliba  que  nous 
y  trouvons  installé  en  820.  Oliba  &  sa 
femme  Elmetrude,  par  une  charte  en  date 
du  12  septembre  de  cette  même  année'', 
donnent  à  l'abbaye  de  la  Grasse  un  alleu 
appelé  Favarios ,  situé  dans  le  comté  de 
Carcassonne.  Pépin  I ,  par  un  diplôme  du 
27  septembre  827  ,  confirma,  à  la  demande 
du  comte  Oliba,  les  religieux  de  la  Grasse 
dans  la  possession  de  plusieurs  domaines 
que  ce  comte  leur  avait  donnés  dans  son 

'  Preuves,  Charles  &  Diplômes,  n.  LU. 

»  Ibld.  n.  XVI. 

'  Baluze,  Capituîaires,  t.  2.  p.  1429. 

*  Preuves,  Chai  ces  &.  Diplômes,  n.  XXXVI. 


comté  '.  Oliba  I  vivait  encore  le  i^""  novem- 
bre 835,  comme  le  prouve  un  autre  di- 
plôme de  Pépin  I,  donné  en  faveur  de  l'ab- 
baye de  Montolieu'.  Il  mourut  avant  le 
mois  de  mai  837  j  car,  à  cette  date  ,  Ri- 
childe ,  sa  seconde  femme,  faisant  une 
donation  à  l'abbaye  de  la  Grasse  ,  se  dit  sa 
veuve  '. 

IV.  Oliba  II.  —  Quoiqu'on  ne  trouve  la 
mention  d'Oliba  II  pour  la  première  fois 
qu'en  870  '',  il  y  a  lieu  de  croire  qu'il  fut 
le  successeur  immédiat  d'Oliba  I.  Oliba  II 
n'était  que  comte  de  Carcassonne  &  non  de 
Razès  ,  comme  l'a  cru  dom  Vaissete.  C'est  ce 
qui  est  établi  par  un  diplôme  de  Charles  le 
Chauve  du  20  juillet  870,  par  lequel  ce  prince 
lui  donne  en  bénéfice  certains  biens  situés 
dans  le  pays  de  Carcassonne,  &  par  le  di- 
plôme du  même  prince,  du  11  juin  877, 
qui  accorde  au  comte  Oliba,  qualifié  de 
comte  de  Carcassonne  ,  les  domaines  situés 
dans  son  comté,  qui  avaient  appartenu  à 
Miron,  fils  de  Béra,  &  qui  avaient  été  confis- 
qués sur  lui  pour  cause  de  trahison  '.  C'est 
le  dernier  acte  où  il  soit  fait  mention 
d'Oliba  II.  Ce  comte  dut  mourir  peu  de 
temps  après;  il  n'était  certainement  plus  en 
vie  en  880. 

V.  Bencion.  —  Il  eut  pour  successeur  un 
comte  du  nom  de  Bencion,  que  dom  Vais- 
sete, avec  assez  de  raison,  croit  être  son  fils. 
Bencion  était  mort  en  908 '',  peut-être  même 
l'était-il  quelques  années  plus  tôt,  mais  nous 
manquons  de  documents  pour  déterminer 
plus  exactement  l'époque  de  sa  mort. 

VI.  AcFRED.  —  Bencion  eut  pour  succes- 
seur son  frère  Acfred,  que  dom  Vaissete 
appelle  Acfred  deuxième  du  nom ,  pour  le 
distinguer  de  son  oncle  Acfred,  comte  de 
Razès.  Acfred  ,  comte  de  Carcassonne,  par 
un  acte  du  24  mai  934,  donna  à  l'abbaye  de 
Montolieu  plusieurs  alleux,  situés  dans  le 
comté  de  Carcassonne",  qui  lui  venaient  de 


'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XLV. 
'  Uid.  n.  XLIX. 
'  Ihid.  n.  L. 
"  IhU.  n.  XCIV. 
'  Ihld.  n.  CVII. 

^  Tome   V,   Preuves,   Chartes  81  Diplômes,  nu- 
méro XXXIV. 
'  Ibid.  n.  LÎX. 


Note 

RECTIF, 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


31.1 


son  père  le  comte  Oliba  II,  auquel  le  roi 
Charles  le  Chauve  les  avait  donnés.  Il  paraît 
qu'Acfred  hérita  de  ses  cousins  Guillaume 
&  Acfred,  comtes  d'Auvergne,  du  comté  de 
Razès,  &  qu'il  joignit  ce  comté  à  celui  de 
Carcassonne.  Il  mourut  sans  descendants 
mâles.  On  croit  qu'Arsinde,  femme  d'Arnaud 
qui  était  comte  de  Carcassonne  &  de  Razès 
en  944,  était  sa  fille,  &  que  par  son  ma- 
riage elle  porta  ces  deux  comtés  dans  la  fa- 
mille des  comtes  de  Comminges  &  de  Cou- 
serans. 

?  II 
Comtes  de  Ka'{hs. 

I.  BÉRA.  —  Béra  était  comte  de  Razès 
en  8i3  lorsqu'il  fonda  dans  son  comté,  avec 
sa  femme  Romille,  l'abbaye  d'Alet  '  ^  il  a  été 
souvent  confondu  avec  Béra,  comte  de  Bar- 
celone, qui  vivait  dans  le  même  temps.  On 
a  même  prétendu  que  le  comte  de  Razès  & 
celui  de  Barcelone  ne  faisaient  qu'un  même 
personnage.  Mais  Béra,  comte  de  Barcelone, 
était  Goth  d'origine  &  le  comte  de  Razès 
se  dit  fils  du  comte  Guillaume;  le  premier 
eut  un  fils,  nommé  Willemond,  qui  périt 
misérablement  après  s'être  allié  avec  les 
Sarrasins  dans  le  but  d'expulser  Bernard, 
fils  de  Guillaume,  de  la  Marche  d'Espagne, 
&Béra,  comte  de  Razès,  eut  un  fils  appelé 
Argila  &  une  fille  nommée  Rotrude.  Il  y  a 
donc  lieu  de  distinguer  ces  deux  comtes.  Il 
faut  avouer  toutefois  qu'on  ignore  l'épo- 
que précise  de  la  mort  du  comte  de  Razès 
&  qu'il  est  difficile  de  décider  si  c'est  à  lui 
ou  au  comte  de  Barcelone  que  fut  adressé, 
en  812,  le  diplôme  de  Charlemagne,  en  fa- 
veur des  Espagnols  réfugiés  en  Septimanie. 

II.  Argila.  —  Dans  une  charte  du  3o  juil- 
let 844,  Argila  se  dit  fils  du  comte  Béra; 
il  vend  à  son  fils  Béra  certains  domaines 
situés  dans  le  pays  de  Razès  \  Quoiquedans 
cet  acte  il  ne  prenne  pas  le  titre  de  comte, 
il  y  a  lieu  de  croire,  néanmoins,  qu'il  était 
ou  qu'il  avait  été  comte  de  Razès,  car  il 
ne  donne  pas  non  plus  ce  titre  à  son  fils 

■  Voyez  ci-après,  Preuves,  Chartes  &  Diplômes, 
n.  XVII. 

'  Marca  Hispanica;  append.  n.   i8. 


Béra  qui,  dix -huit  mois  plus  tard,  prend  la 
qualification  de  comte,  dans  un  acte  de 
donation  '.  Argila  dut  mourir  à  la  fin  de 
l'année  844  ou  en  846. 

III.  BÉRA  II.  —  Béra,  fils  d'Argila,  devint 
comte  de  Razès  en  845.  Le  24  février  de 
l'année  suivante,  il  donna  plusieurs  alleux 
au  monastère  de  Saint-André  d'Exala,  pre- 
mière origine  de  l'abbaye  de  Cuxa'.  Nous 
n'avons  pas  d'autre  renseignement  sur  ce 
personnage  ,  que  les  Bénédictins  ont  eu  le 
tort  de  mettre  au  nombre  des  comtes  de 
Roussillon.  Il  paraît  qu'il  eut  un  fils  nommé 
Miron.  Nous  ne  saurions  affirmer  que  ce 
fils  ait  succédé  à  son  père  ni  qu'il  ait  hé- 
rité du  comté  de  Razès.  Une  charte  de  l'an- 
née 870'  nous  apprend  qu'il  avait  pris  parti 
avec  plusieurs  autres  habitants  de  la  Gothie 
contre  Charles  le  Chauve,  &  que  ce  prince, 
l'ayaivt  traité  comme  rebelle,  le  priva  de 
tous  ses  biens  &  bénéfices  dont  il  gratifia 
Oliba  II,  comte  de  Carcassonne. 

IV.  ACFROI I. — Acfroi  était  frère  du  comte 
Oliba.  En  878,  il  assista,  avec  ce  dernier, 
en  qualité  de  comte  de  Razès,  à  la  dédicace 
de  l'église  de  Notre-Dame  de  Formiguera, 
dans  le  Capcir  ^  Il  est  à  présumer  qu'il  y 
avait  déjà  plusieurs  années  qu'il  était  en 
possession  de  ce  comté.  En  883,  il  tint  un 
plaid  à  Carcassonne  où  fut  jugée  une  cause 
intéressant  l'abbé  Recamond  &  l'abbaye 
de  Saint-Hilaire,  située  dans  le  diocèse  de 
Carcassonne  '.  On  voit  par  un  diplôme  du 
roi  Carloman,  donné  en  884,  qu'il  avait 
présidé  une  enquête  faite  au  sujet  de  cer- 
tains biens  que  l'église  de  Narbonne  possé- 
dait dans  le  Razès  %  &  il  est  rappelé  en  908, 
dans  un  diplôme  de  Charles  le  Simple, 
comme  ayant  autrefois  donné  à  l'abbaye 
de  la  Grasse  quelques  possessions  dans 
le  même  pays'.  Acfred  avait  épousé  Ade- 
linde,  fille  de  Bernard  Plantevelue,  comte 


■  Marca  Hispanica,  append.  n.    19. 
'  Ihid. 

3  Voyez  ci-après,     Preuva,   Chartes   8c    Diplô- 
mes, n.  XCIV. 

■♦  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XCIX. 

5  Voyez  au  tome  V,  Preuves,   Chartes   &  Diplô- 
mes, n.  V. 

6  Ibid.  n.  VIT. 

'  Ibid.  n.  XXXIV. 


Nm  B 

KECTIf. 


Note 

ClECTir. 


3i4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

XV 


d'Auvergne";  il  était  beau-frère  de  Guil- 
laume le  Pieux,  marquis  de  Gothie.  Il  mou- 
rut vers  la  fia  de  l'année  905  ou  au  com- 
mencement de  l'année  suivante,  comme  il 
paraît  par  la  délivrance  que  firent  le  19  fé- 
vrier de  l'an  906 ,  Adelinde,  sa  veuve,  & 
ses  autres  exécuteurs  testamentaires  à  Ra- 
nulfe,  abbé  de  Montolieu,  du  lieu  &  de  l'é- 
glise de  Saint- Martin ,  situés  près  de  la 
montagne  de  Bassera,  dans  le  comté  de 
Razès  &  de  quelques  autres  domaines 
qu'Acfred  avait  légués  à  ce  monastère  par 
ses  dernières  dispositions".  L'acte  est  sous- 
crit par  Acfred,  un  de  ses  fils  -,  il  en  avait 
eu  trois,  Guillaume,  Bernard  ^  &  Acfred. 

V.  Acfred  II.  —  Il  y  a  lieu  de  croire 
qu'Acfred,  qui  signa  l'acte  d'exécution  du 
testament  de  son  père,  lui  succéda  dans  le 
comté  de  Razès,  &  qu'à  la  mort  de  Guillaume 
le  Jeune,  son  frère,  arrivée  en  926,  il  trans- 
mit ce  comté  à  son  cousin  Acfred  ,  fils  d'O- 
liba,  comte  de  Carcassonne,  qui  réunit  ainsi 
les  deux  comtés  sur  sa  tête.  Néanmoins,  la 
chose  est  incertaine  "*.  Il  se  peut  qu'Acfred  , 
fils  d'Acfred,  n'ait  pas  été  comte  de  Razès 
&  que  ce  comté  soit  passé  entre  les  mains 
du  comte  de  Carcassonne  aussitôt  après  la 
mort  d'Acfred  I.  C'est,  du  reste,  l'opinion 
de  dom  Vaissete. 

Par  suite  de  la  réunion  des  deux  comtés 
de  Carcassonne  &  de  Razès  sur  la  tête 
d'Acfred,  comte  de  Carcassonne,  le  Razès 


Note 

RECTIF. 


COMTES    DE     NARBONNE  ,    DE    NIMES  ,    DE 
MAGUELONNE     ET    D'AGDE. 

^   I 

Comtes  de   Narbonne. 

MiLON.  —  Le  plus  ancien  comte  carlo- 
vingien  de  Narbonne  dont  le  nom  soit 
parvenu  jusqu'à  nous  est  Milon,  qui  con- 
firma &  fit  exécuter,  en  781,  un  jugement 
rendu  par  les  missi  domînîci  à  Narbonne, 
en  faveur  de  Daniel ,  archevêque  de  cette 
ville".  Il  est  mentionné  en  794  dans  un  di- 
plôme de  Charlemagne  comme  ayant  été  un 
des  fondateurs  de  l'abbaye  de  Cannes  ". 

MagnaRIUS.  —  En  791,  Magnarius  était 
comte  de  Narbonne;  il  fixa  cette  année-là 
les  limites  d'un  territoire  qui  appartenait 
à  l'abbaye  de  Cannes  '. 

Sturmion.  —  Sturmion,  comte  de  Nar- 
bonne, depuis  800  jusqu'en  810  ou  811 
environ,  est  rappelé  dans  un  jugement  de 
l'année  834'',  comme  ayant  reçu  un  rescrit 
de  Louis  le  Débonnaire,  lorsque  ce  prince 
n'était  encore  que  roi  d'Aquitaine. 

Ce  sont  là  les  seuls  comtes  particuliers 
de  Narbonne  dont  les  noms  nous  ont  été 
conservés.  Il  y  a  beaucoup  d'apparence 
qu'il  n'y  en  a  guère  eu  davantage.  Par  suite 


passa  avec  le  premier  dans  la  famille  des      de   la   création    de   la    Marche    d'Espagne 


comtes  de  Comminges  &  de  Couserans. 


'  Cartulaire  de  Sauxlllanges,  n.  |3,  &  Cartulaire 
de  Saint-Julien  de  Brloude,  n.  3i5. 

*  Voyez  tome  V,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XXXI. 

'  C'est  de  ce  Bernard  que  Justel  &  Baluze  ont 
voulu  faire  descendre  les  la  Tour  d'Auvergne,  mais 
toutes  les  chartes  sur  lesquelles  ils  s'appuient  pour 
établir  cette  filiation  ont  été  fabriquées  pour  les  be- 
soins de  la  cause.  Bernard,  fils  d'Acfred,  comte  de  Ra- 
zès, ne  paraît  avoir  joué  aucun  rôle  dans  l'histoire, 
&  il  mourut  certainement  sans  enfants.  A  l'aide 
des  chartes  fausses  fournies  par  de  Bar,  Baluze,  qui 
les  croyait  authentiques, a  prétendu  que  ce  Bernard 
avait  épousé  Blitsende  &  avait  eu  pour  fils  un  se- 
cond Bernard,  mari  de  Berthilde  &.  père  de  Géraud 
de  la  Tour.  Tous  ces  personnages  sont  apocryphes. 

^  Acfred  était  abbé  de  Saint-Julien  de  Brloude, 
&  par  conséquent  comte  de  Velai  en  çiz  &  en 
023,  c'est  à-dire  du  vivant  de  son  frèrs. 


OU  Gothie,  en  817,  les  domaines  affectés 
au  comte  de  Narbonne  devinrent  un  des 
apanages  du  marquis  qui  commandait  la 
Marche.  Il  en  fut  probablement  de  même 
pour  les  domaines  des  comtés  de  Nimes  & 
de  Maguelonne,  &  pour  quelques  autres, 
dans  lesquels  on  ne  voit  résider  aucun 
comte  après  l'an  820;  mais  comme  le  mar- 
quis ne  pouvait  se  trouver  à  la  fois  dans 
tous  les  comtés  &  remplacer  tous  les  com- 
tes dont  il  s'était  réservé  les  fonctions, 
ces  fonctions  furent  exercées  par  des  vi- 
comtes qui  relevaient   directement  de  son 

'  Voyez   ci-après,  aux    Preuves,   Chartes  &  Di- 
plômes, n.  V. 
'  Ibid.  n.  VIII. 
3  Ibid.  n.  VIÏ. 
'^  Ibid.  ad  ann.  834. 


Note 

RECTIF 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

$    IV 


autorité.  C'est  ce  qui  nous  fait  penser 
qu'après  l'année  820,  les  comtes  particu- 
liers de  Narbonne  furent  remplacés  par  de 
simples  vicomtes. 

?  II 

Comtes  de  Nîmes, 

Raoul.  —  De  même  ,  à  Nimes,  après 
Raoul,  comte  franc  institué  en  759  par 
Pépin ,  après  la  prise  de  cette  ville,  on 
ne  trouve  aucun  comte  mentionné  jus- 
qu'en 890  '.  Il  est  probable  cependant  que, 
sous  Charlemagne  &  Louis  le  Débonnaire, 
Nimes  fut  administrée  par  un  comte,  mais 
ensuite  il  n'y  eut  plus  qu'un  vicomte  placé 
sous  l'autorité  du  marquis  de  Gothie. 

$   III 

Comtes  de  NLaguelonne. 

Le  plus  ancien  comte  de  Maguelonne 
qui  nous  soit  connu  est  le  père  de  S.  Be- 
noît d'Aniane  dont  nous  ignorons  le  nom. 
Il  était  Goth  d'origine  &  fut  confirmé  dans 
ses  fonctions  par  Pépin,  &  par  Charlema- 
gne en  778'. 

Amicus  —  Amiens  fut  peut-être  son  suc- 
cesseur. Ce  comte  de  Maguelonne  est  cité 
dans  les  actes  du  concile  de  Narbonne 
de  891  ;  il  était  alors  un  des  juges  nom- 
més par  Charlemagne  pour  examiner  la 
cause  pendante  entre  l'archevêque  de  Nar- 
bonne &  l'évêque  d'Elne,  au  sujet  des  li- 
mites du  Razès  ^ 

Robert.  —  Un  autre  comte ,  nommé 
Robert,  est  cité  dans  un  diplôme  de  819 
comme  ayant  autrefois  délimité  le  terri- 
toire de  Villeneuve,  dans  le  comté  de  Ma- 
guelonne \  Robert  a  pu  être  comte  de 
Maguelonne  entre  les  années  796  &  812. 

Après  Robert ,  nous  ne  trouvons  plus  de 
comtes  de  Maguelonne  mentionnés  dans  les 
documents. 

'  En  SpOjRaimond  était  comte  de  Nimes. 
Vita  S,  Bened'ict't  Anian,  Acta  Sanctorum  ordinis 
sancti  Benedieti,  saec.  i^,  t.  2. 

'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  VI. 
*  Recueil  des  Hïst.  de  France,  t.  6,  p.  5 17. 


Note 

BECTir. 


Comtes  d'Agde  &  de  Bé\lers.    . 

On  ne  connaît  le  nom  d'aucun  comte  de 
Béziers  pendant  la  période  carlovingienne, 
&  il  esta  croire  que  cette  ville  n'a  jamais 
eu  de  comtes  particuliers.  Nous  nous  fon- 
dons, pour  arriver  à  cette  conclusion,  sur 
ce  que,  dans  plusieurs  chartes,  le  territoire 
de  Béziers  est  dit  être  dans  le  suburbïum 
d'Agde  &  sur  ce  qu'en  897  il  n'y  avait  qu'un 
même  vicomte  pour  Agde  &  pour  Béziers: 
Boso  vicecomes  Blterrensis  &  Agatensïs  '.  Nous 
croyons  donc  que  le  comte  d'Agde  était  en 
même  temps  comte  de  Béziers.  ^ 

Il  y  a  eu  des  comtes  à  Agde,  dès  le  sixième 
siècle,  &  Grégoire  de  Tours  nous  a  con- 
servé le  nom  de  l'un  d'entre  eux,  nommé 
Gomacharius. 

Leibulfe.  — Le  premier  qui  soit  men- 
tionné sous  les  Carlovingiens  est  Leibulfe. 
C'est  un  de  ceux  auxquels  Charlemagne 
envoya,  en  812,  son  diplôme  en  faveur  des 
Espagnols  réfugiés.  Ilestcitéen822,comme 
ayant  autrefois  délimité  des  salines  situées 
sur  le  territoire  d'Agde  &  de  Narbonne,  8c 
qui  avaient  été  données  à  l'abbaye  d'Aniane'. 
Nous  ne  saurions  dire  si  ce  Leibulfe  est  le 
môme  que  celui  qui  reçut  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire, en  825%  des  domaines  situés  dans 
la  ville  d'Arles.  Si  c'est  le  même  ,  il  faut 
admettre  alors  que  du  comté  d'Agde,  Lei- 
bulfe était  passé  à  celui  d'Arles. 

Arnaud.  —  Arnaud  est  également  men- 
tionné en  822  ,  comme  ayant  été  comte 
d'Agde  &  de  Béziers.  Il  avait  donné  à  l'ab- 
baye d'Aniane  un  domaine  qu'il  avait  acheté 
dans  le  territoire  de  Béziers^.  Il  ne  vivait 
plus  en  822.  Aucun  autre  comte  n'est  cité 
avant  848. 

Apollonius.  —  Apollonius  était  comte 
d'Agde  en  848  ^  11  vivait  encore  en  872, 
puisque  Charles  le  Chauve,  par  un  diplôme 
en  date  de  cette  année*,   lui  donna  une 

'  Voyez  tomeV,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XVIII, 

'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XL. 

'  Ihid. 

^  Ibid.  n.  XLI. 

5  Ibid.  n.  LXXI  &LXXII. 

«  Ibid.  n.  CVII. 


Note 

RECTir. 


3i6 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


partie  du  domaine  de   la  ville  d'Agde  qui 
lui  appartenait. 

XVI 

SUITE     CHRONOLOGIQUE      DES      MARQUIS 
DE  SEPTIMANIE    OU    DE    GOTHIE. 

Nous  avons  dit  que  la  Septimanie  ou 
Gothie  fut  séparée  de  la  Marche  de  Tou- 
louse en  817,  &  érigée  en  gouvernement 
particulier.  Ce  gouvernement  était  composé 
de  la  Marche  d'Espagne  proprement  dite 
&  de  la  Septimanie  ,  moins  le  comté  de 
Carcassonne  qui  fut  réuni  à  la  Marche 
de  Toulouse. 

I.  BÉRA. —  Le  premier  marquis  ou  duc  bé- 
néficiaire de  Septimanie  fut  Béra,  qui  avait 
été  nommé  comte  de  Barcelone  en  801,  lors 
de  la  prise  de  cette  ville  par  les  Francs.  Ce 
comte  était  Goth  de  naissance.  L'an  820, 
à  la  diète  d'Aix-la-Chapelle  tenue  au  mois 
de  janvier,  il  fut  accusé  de  félonie  par  un 
autre  goth  nommé  Sanila.  L'accusateur , 
au  défaut  de  preuves,  ayant  offert  le  duel, 
Béra  fut  vaincu  &  sa  défaite  emportant  la 
conviction  du  crime  ,  selon  les  lois  visi- 
gothiques  ,  il  fut  dépouillé  de  ses  hon- 
neurs &  relégué  à  Rouen  '.  Les  auteurs 
de  VArt  de  vérifier  les  dates  disent  que  de 
Romille,  sa  femme,  Béra  laissa  un  fils 
nommé  Argila  ,  qui  fut  père  de  Béra,  &c. , 
mais  ils  ont  confondu  le  premier  marquis 
de  Septimanie  avec  Béra,  comte  de  Razès  , 
fils  de  Guillaume  de  Gellone  qui  effecti- 
vement fut  père  d'Argila  &  dont  la  femme 
s'appelait  Romille. 

II.  Bernard.  —  Bernard,  fils  de  S.  Guil- 
laume, fut  nommé  à  la  place  de  Béra  au 
comté  de  Barcelone;  il  n'est  pas  certain  qu'il 
lui  ait  succédé  immédiatement  comme  mar- 
quis de  Septimanie.  On  croit  que  Gau- 
celme,  son  frère,  fut  d'abord  investi  de  ces 
fonctions';  mais  en  827,  Bernard  s'étant 
signalé  contre  Aison,  qui  avait  fait  révolter 
la  Marche,  fut  nommé  marquis  de  Septi- 
manie ou  de  la  Marche  d'Espagne'.  On  a 

'  Fita  Hludov'ui  Imp,  Pertz,    t.  2,  p.  63o  &  seq. 
'  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  à  cet  égard,  5  11. 
'  Voyez  pour  tous  ces  faits  la  Vie  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire dans  Pertz,  t.  2,  p.  682  &  seq. 


vu  ailleurs  la  part  qu'il  prit  aux  événe- 
ments du  règne  de  Louis  le  Débonnaire; 
nous  n'y  reviendrons  pas.  Nous  rappellerons 
seulementque  les  ennemis  de  Bernard  ayant 
fini  par  l'emporter  dans  les  conseils  de  l'em- 
pereur, il  perdit  tout  pouvoir  à  la  cour  & 
fut  exilé  dans  son  gouvernement.  Il  se  lia 
alors  avec  Pépin,  roi  d'Aquitaine,  &  l'em- 
pereur auquel  cette  alliance  fut  présentée 
sous  un  jour  défavorable,  le  dépouilla  de 
ses  honneurs,  en  832,  à  la  diète  de  Joac,  en 
Limousin.  Le  duché  de  Septimanie  fut 
alors  donné  à  Béranger,  duc  de  Toulouse, 
qui  y  exerça  son  autorité  pendant  quelques 
mois  '.  Bernard,  retiré  en  Bourgogne  où  il 
avait  encore  des  biens  qui  provenaient  de 
sa  famille,  travailla,  de  concert  avec  Warin, 
à  faire  rétablir  l'empereur  que  ses  enfants 
avaient  déposé.  Les  services  qu'il  rendit 
alors  le  firent  rentrer  en  possession  de  son 
marquisat  en  833,  dix-huit  mois  environ 
après  en  avoir  été  privé.  Les  auteurs  de 
VHistolre  de  Languedoc  ont  prétendu  que 
Bernard  avait  été  duc  de  Toulouse;  nous 
avons  fait  voir  que  cette  assertion  était  er- 
ronée. Bernard  s'étant  révolté  contre  l'au- 
torité de  Charles  le  Chauve,  fut  déposé 
dans  les  premiers  mois  de  l'année  844,  jugé 
par  ses  pairs,  &  eut  la  tête  tranchée  par 
ordre  du  roi. 

III.  Sunifred.  —  Sunifred  ,  fils  de  Bor- 
rel  comte  d'Ausone,  fut  nommé  marquis 
de  Septimanie  aussitôt  après  la  mort  de 
Bernard;  il  est  cité  sous  ce  titre  dans  le 
diplôme  de  l'année  844  ,  donné  par  Charles 
le  Chauve  en  faveur  des  Espagnols  réfugiés 
en  Septimanie  \  Sunifred  mourut  en  85o 
ou  85i  au  plus  tard.  Il  n'a  pas  été  comte 
de  Barcelone  ,  &  c'est  ce  qui  renverse  la 
théorie  des  savants  historiens  de  VHistoîre 
de  Languedoc ,  qui  ont  prétendu  que  les 
titres  de  comte  de  Barcelone  &  de  mar- 
quis de  Septimanie  avaient  toujours  été 
synonymes. 

UAn  de  vérifier  les  dates  donne  pour 
successeur  à  Sunifred,  marquis  de  Gothie, 
Aledran,  qui    figure   dans  les   événements 

'Voyez  la  notice  d'un  plaid  tenu  àEIne,au  nom 
de  Béranger,  en  832.  Preuves,  Chartes  &  Diplômes, 
charte  du  5  avril  832. 

"  Baluze,  Capitul.  t.  2,  p.  1452. 


Note 

BECTIF. 


Note 

RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3i7 


dont  la  ville  de  Barcelone  a  été  le  théâtre 
en  849  &  85o.  Mais  Aledran  était  simple- 
ment comte  de  Barcelone.  Le  successeur 
de  Sunifred  au  marquisat  de  Gothie  fut 
Udalric. 

IV.  Udalric.  —  Udalric  ou  Odalric  tint 
un  plaid  à  Crépian,  dans  le  diocèse  de  Nar- 
bonne,  en  qualité  de  marquis  de  Septima- 
nie,  le  10  septembre  852  '.  Il  figure  encore 
avec  le  titre  de  marquis  dans  un  acte  de 
853  '.  On  croit  qu'il  mourut  vers  857. 

V.  HuMFRiD.  — On  trouve  Udalric  rem- 
placé en  859  par  Humfrid  ou  Unifred,  qui 
peut-être  appartenait  à  la  famille  de  Bor- 
rel,  comte  d'Ausone.  Humfrid  était  comte 
de  Besalu,  avant  que  de  succéder  à  Odalricj 
il  paraît  avec  le  titre  de  marquis  dans  plu- 
sieurs actes  de  859  &  de  862  ^  En  863,  il  s'em- 
para de  la  Marche  &  de  la  ville  de  Tou- 
louse, &  en  chassa  le  comte  Raimond. 
Charles  le  Chauve,  informé  de  cette  entre- 
prise, le  dépouilla  l'année  suivante  de  ses 
honneurs  &le  condamna  à  l'exil  ■*.  Humfrid, 
obligé  de  se  cacher,  s'enfuit  en  Italie  ^ 

Ce  fut  alors  que  Charles  le  Chauve 
partagea  la  Septimanie  en  deux  gouverne- 
ments particuliers  :  la  Marche  d'Espagne 
qui  eut  Barcelone  pour  capitale,  &  la  Sep- 
timanie propre  ou  Gothie. 

VI.  Bernard  II.  —  Bernard,  fils  de  Do- 
dane,  fut  le  premier  marquis  de  la  Gothie 
ainsi  réduite.  Nommé  en  864,  il  gouverna 
cette  province  jusqu'en  878.  Dom  Vaissete 
prétend  qu'il  fut  nommé  comte  de  Poitiers 
en  867,  après  la  mort  de  Ranulfe  I^ 
nous  avons  fait  voir  ailleurs  l'erreur  du 
savant  historien.  En  sa  qualité  de  marquis 
de  Gothie,  Bernard  figure  dans  un  certain 
nombre  de  chartes,  notamment  en  870, 
en  871  &  en  875®.  Charles  le  Chauve  ayant 
passé  les  Alpes  en  877  pour  aller  s'opposer 
aux  entreprises  de  son  frère  Carloman, 
Bernard  se  ligua  contre  lui  avec  d'autres 
comtes,  qui  tous  refusèrent    de  lui  ame- 


'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  LXXVI. 
»  Ihid.  n.  LXXVIII. 

3  Ihld.  n.  LXXXII,  LXXXIII  &  LXXXVIII,  & 
Collection  Moreau,  t.  2,  p.  24. 

^  Annales  Bertin.  Pertz,  Monum.  t,  i,  p.  467. 

5  Ihld. 

«  Preuves,  Chartes  &.  Diplômes,  XCV,  XCVI  &  CI. 


ner  les  troupes  qu'il  leur  avait  demandées. 
Le  roi  étant  mort  la  même  année,  les 
conjurés  se  réconcilièrent  pour  la  plupart 
avec  son  fils  Louis  le  Bègue,  mais  Bernard 
persista  dans  sa  révolte.  En  878,  il  s'empara 
de  Bourges  &  du  Berry  sur  Boson,  roi  de 
Provence,  qui  possédait  ce  comté  depuis 
quelques  années,  en  vertu  d'une  donation 
de  Charles  le  Chauve;  il  commit  dans  ce 
pays  de  tels  excès  qu'il  fut  excommunié  au 
concile  de  Troyes,  tenu  aux  mois  d'août  & 
de  septembre  878,  &  privé  de  toutes  ses 
dignités".  Indépendamment  de  la  Gothie, 
Bernard  possédait,  depuis  872,  le  comté 
d'Autun  qui  lui  avait  été  attribué  après  la 
mort  de  Bernard,  fils  de  Dodane  \ 

Se  voyant  proscrit,  il  se  retira  dans  le 
comté  de  Mâcon,  que  Boson,  avec  le- 
quel il  s'était  réconcilié,  lui  donna.  Mais 
assiégé  dans  Mâcon  par  les  rois  Louis  & 
Carloman,  il  y  fut  probablement  pris  à  la 
fin  de  l'an  879  ou  au  commencement  de  880, 
&  puni  du  derniersupplice. Toujours  est-il 
que  depuis  lors  on  n'en  entend  plus  parler. 

VII.  Bernard  III.  —  Bernard  Planteve- 
lue,  comte  d'Auvergne,  fut  nommé  marquis 
de  Gothie  à  la  fin  de  l'année  878,  après  la 
proscription  &  la  condamnation  de  Ber- 
nard II.  Louis  le  Bègue  auquel  il  avait  rendu 
de  grands  services  &  qui  connaissait  par  ex- 
périence son  extrême  fidélité,  le  nomma  en 
mourant  tuteur  de  son  fils  aîné.  Bernard  se 
hâta  de  faire  couronner  ce  prince,  ainsi  que 
son  frère  Carloman,  pour  prévenir  les  des- 
seins des  mécontents  ;  ce  qui  n'empêcha 
point  Boson,  un  des  principaux,  de  se  faire 
déclarer  roi  de  Provence  le  i5  octobre  879, 
Se  de  se  soustraire  entièrement  à  l'autorité 
des  fils  de  Louis  le  Bègue.  En  880,  les  deux 
rois  s'étant  mis  en  marche,  sous  la  conduite 
de  Bernard  Plantevelue,  pour  faire  rentrer 
Boson  dans  le  devoir,  firent  d'abord  le  siège 
de  Mâcon,  prirent  cette  ville  &  la  donnè- 
rent à  Bernard.  Ils  allèrent  ensuite  assiéger 
Vienne,  mais  cette  cité  fit  une  plus  longue 
résistance.  Tant  qu'il  vécut ,  Bernard  ne 
cessa  d'avoir  les  armes  à  la  main  contre  Bo- 
son; il  périt,  dans  un  combat  que  lui  livra 
ce  prince,  avant  le  mois  d'août  886,  &  laissa 

'  Annales  Vedast.  Pertz,  t.   1,  p.  5 17. 
'  Hlncmar,  dans  Pertz,  t.   r,p    5i3. 


NOTB 
BECTIF. 


Note 

RECTIF. 


3i8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


toutes  ses  possessions  à  son  fils  Guillaume 
dit  le  Pieux. 

VIII.  Guillaume  le  Pieux.  —  Guil- 
laume le  Pieux  fut  comte  d'Auvergne  & 
marquis  de  Gothie.  Nous  avons  quelques 
chartes  où  il  figure  en  cette  dernière  qua- 
lité. A  sa  mort,  arrivée  le  6  juillet  918,  ses 
domaines  furent  partagés  entre  Guillaume 
le  Jeune,  son  neveu,  &  Raimond  II,  son 
parent.  Celui-ci  était  déjà  comte  de  Nimes 
depuis  l'année  890  au  moins.  Tous  les  faits 
relatifs  à  ce  prince  ont  été  parfaitement 
établis  par  dom  Vaissete,  ce  qui  nous  dis- 
pense de  nous  y  arrêter  davantage. 

XVII 

chronologie  des  comtes  et  des  mar- 
quis de  BARCELONE  OU  DE  LA  MAR- 
CHE D'ESPAGNE. 

(801-864  &  864-994) 

C'est  en  864,  après  l'exil  d'Humfrid,  que 
la  Marche  d'Espagne  fut  séparée  de  la 
Gothie  par  Charles  le  Chauve.  Cette  pro- 
vince eut  Barcelone  pour  capitale.  A  partir 
de  cette  époque,  les  comtes  de  Barcelone 
prirent  le  titre  de  marquis,  &  leur  autorité 
fut  supérieure  à  celle  de  tous  les  autres 
comtes  de  la  Marche,  ce  qui  n'avait  pas 
toujours  eu  lieu  auparavant. 

Nous  donnerons  d'abord  les  noms  des 
comtes  de  Barcelone  depuis  801,  date  de  la 
conquête  de  cette  ville  sur  les  Sarrasins, 
jusqu'en  864,  puis  ceux  des  marquis  de 
Barcelone. 

801-820.  BÉRA.  Voir  son  article  aux  mar- 
quis de  Gothie. 

820-844.  Bernard,  fils  de  saint  Guil- 
laume. Voir  son  article  aux  marquis  de 
Gothie. 

844-862.  Aledran  était  comte  de  Bar- 
celone en  848;  il  défendit  cette  ville  contre 
Guillaume,  fils  aîné  du  comte  Bernard,  qui 
prétendait  que  ce  comté  devait  lui  revenir 
par  droit  d'héritage.  Le  sort  des  armes  ne 
lui  fut  pas  d'abord  favorable,  il  fut  fait  pri- 
sonnier &  Guillaume  lui  enleva  les  villes 
de  Barcelone  &  d'Ampurias.  En  85o,  il  ren- 
tra en  possession  de  ces  deux  places.  Les 
Sarrasins    s'étant    emparés   de    Barcelone 


en  852,  on  suppose  qu'Aledran  périt  en 
cette  occasion  ,  car  il  i\qi\  est  plus  fait 
mention  par  la  suite. 

Les  savants  historiens  de  la  province  de 
Languedoc  prétendent  qu'Odalric  ou  Udal- 
ric,  marquis  de  Septimanie,  fut  le  succes- 
seur d'Aledran  au  comté  de  Barcelone. 
Aucun  document  ne  vient  attester  ce  fait 
qui  toutefois  n'est  pas  impossible.  Quant  à 
Humfrid ,  successeur  d'Odalric,  il  était 
comte  de  Besalu,  &  il  n'est  pas  non  plus 
prouvé  qu'il  ait  été  comte  particulier  de 
Barcelone.  Il  peut  donc  y  avoir  du  doute 
sur  les  noms  des  successeurs  d'Aledran,  au 
moins  jusqu'en  864,  époque  de  l'érection 
du  comté  de  Barcelone  en  marquisat. 

I.  Salomon.  —  Ce  n'est  point  Wifred  le 
Velu  qui  fut  le  premier  marquis  de  la  Mar- 
che d'Espagne,  comme  le  disent  les  auteurs 
de  VArt  de  vérifier  les  dates  ^  mais  un  comte 
franc  du  nom  de  Salomon.  Charles  le 
Chauve,  mécontent  des  révoltes,  continuel- 
les dont  les  Marches  d'Aquitaine  étaient  le 
théâtre,  après  avoir  divisé  la  Septimanie  en 
deux  gouvernements  pour  rendre  ceux  qui 
en  seraient  chargés  moins  puissants,  confia 
la  direction  de  ces  gouvernements  à  des 
hommes  nouveaux  qui,  n'ayant  pas  de  ra- 
cines dans  le  pays,  lui  seraient,  à  ce  qu'il 
croyait,  plus  fidèles.  Ces  hommes  furent 
Bernard,  fils  de  Blichilde,  pour  la  Gothie, 
&  Salomon  pour  la  Marche  d'Espagne.  Les 
Gestes  des  comtes  de  Barcelone  constatent 
fort  bien  l'antipathie  qu'excita ,  chez  les 
seigneurs  établis  plus  anciennement  dans 
la  Marche,  la  présence  du  comte  franc. 
L'auteur  de  ces  Gestes  raconte  que  Salomon 
mourut  poignardé  par  "Wifred  le  Velu'.  On 
ne  saurait  cependant  ajouter  foi  à  ce  récit 
par  trop  romanesque,  dont  l'inexactitude 
nous  est  révélée  d'ailleurs  par  d'autres  cir- 
constances. La  seule  conclusion  que  nous 
en  voulions  tirer,  c'est  que  Salomon  fut 
nommé  comte  de  Barcelone  &  qu'il  fut 
considéré  comme  un  usurpateur  par  la 
famille  la  plus  puissante  de  la  Marche, 
celle  de  Wifred  le  Velu. 

Salomon  tint  un  plaid  en  868,  dans  le 
Conflans,  au  sujet  de  domaines  qui  avaient 
été  donnés  à   l'abbaye  de  Cuxa  par  Anne, 

'  Gesta  com'itum  Barc'in.  — Marca  Hispan'tca,  8cc. 


Note 

KECTIJ--. 


NOTB 
RECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


fille  de  Béra  &  de  Rotrude'.  Il  vivait  encore 
en  873,  si  l'on  admet  comme  nous  que 
c'est  lui  qui  est  désigné,  sous  le  titre  de 
mîssus,  dans  un  jugement  rendu  en  son  nom 
en  faveur  de  l'abbaye  de  Cannes'. 

II.  WiFRED  LE  Velu,  fils  de  Sunifred 
&  d'Ermessinde,  comte  d'Ausone,  fut  le 
successeur  de  Salomon.  Les  auteurs  espa- 
gnols prétendent  que  ce  n'est  qu'en  874  que 
Wifred  devint  comte  de  Barcelone.  Leur 
opinion  paraît  très-vraisemblable,  puisque 
Salomon  vivait  encore  en  873.  En  888 , 
Wifred  fonda  l'abbaye  de  RipoU  dans  le 
comté  d'Ausone  '.  On  voit  par  la  charte  de 
fondation  de  cet  établissement  que  le  mar- 
quis de  Barcelone  reconnaissait  alors  l'au- 
torité du  roi  Eudes.  Elle  est  datée  du  xii 
des  calendes  de  mai,  anno  primo  Odonis 
régis.  En  890,  Wifred  &  sa  femme  Widi- 
nille  donnèrent  à  cette  abbaye  différents 
objets  mobiliers  &  assistèrent  à  la  dédicace 
de  l'église  "*.  Wifred  le  Velu  mourut  en  806 
au  plus  tard  ;  il  fut  enterré  dans  l'abbaye 
de  Ripoll.  L'auteur  des  Gestes  des  comtes 
de  Barcelone,  &  les  autres  écrivains  cata- 
lans après  lui,  placent  la  mort  de  ce  comte 
en  812,  parce  qu'ils  l'ont  confondu  avec 
son  fils  aîné,  Wifred  II  \ 

III.  Wifred  II,  fils  de  Wifred  le  Velu, 
succéda  à  son  père  dans  le  comté  de 
Barcelone  &  dans  le  marquisat  de  la  Mar- 
che d'Espagne.  Il  fut  le  restaurateur  de 
l'église  d'Ausone  ou  de  Vie ,  &  mourut 
sans  enfants  en  914''. 

IV.  MiRON,  son  frère,  fut  son  succes- 
seur. Il  épousa  Ave,  dont  il  eut  cinq  fils, 
&  mourut  en  928,  laissant  le  comté  de 
Barcelone  à  son  fils  aîné  '. 

V.  Sunifred.  —  Sunifred,  fils  aîné  de 
Miron,  posséda  le  comté  de  Barcelone  de- 


'  BaluzCj  Capitul.  t.  2,  append.  p.  1490. 

'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  XCVIII. 

^  Marca  Hispan'ica,  append.  n.  ^5  &  46. 

*  Ihîd.  n.  5o. 

^  Voyez  à  ce  sujet  la  Note  précédente  de  dom 
Vaissete. 

®  Archives  de  la  cathédrale  de  Vie,  dans  la  Col- 
lect.  Moreau,  t.  3,  p.  264. 

'  Sur  la  comtesse  Ave,  voyez  Marca  Hispanica, 
append. n.  90,  92,  96,  io5,  122  &  127,  &  Collect. 
Moreau,  t.  6,  p.  2. 


puis  la  mort  de  son  père  jusqu'en  967,  date 
de  sa  mort.  En  9  j3,  il  assista  à  la  dédicace 
de  la  nouvelle  église  de  Saint-Michel  de 
Cuxa  qu'il  avait  aidé  à  construire.  En  967, 
il  donna  plusieurs  domaines  à  l'abbaye  de 
Ripoll,  &,  comme  il  ne  laissait  point  d'en- 
fants,, il  légua  par  son  testament,  en  date 
du  i"  octobre  966,  tous  ses  biens  aux  dif- 
férentes églises  de  la  Marche  d'Espagne  & 
de  la  Septimanie '.  A  sa  mort,  le  comté  de 
Barcelone  passa  à  son  cousin  germain  Bor- 
rel,  comte  d'Urgel. 

VI.  BoRREL.  —  Borrel,  comte  d'Urgel  & 
frère  de  Suniaire,  succéda  en  967  à  Sunio- 
fred,  son  cousin,  dans  le  comté  de  Barce- 
lone. Il  se  rendit  plus  puissant  qu'aucun 
de  ses  prédécesseurs.  En  971,  voulant  sous- 
traire les  évêchés  de  ses  Etats  à  la  juridic- 
tion de  l'archevêque  de  Narbonne ,  il  se 
rendit  à  Rome ,  accompagné  du  fameux 
Gerbert,  alors  religieux  d'Aurillac,  &  ob- 
tint une  bulle  du  pape  Jean  XII  pour 
ériger  Ausone  en  archevêché.  Mais  cette 
bulle  fut  sans  effet  par  l'opposition  d'Ai- 
mery,  archevêque  de  Narbonne.  En  985,  les 
Sarrasins  pénétrèrent  dans  la  Marche  d'Es- 
pagne, le  défirent  &  lui  enlevèrent  momen- 
tanémentla  capitale  de  son  comté.  Borrel  fit 
son  testament  le  24  septembre  993  &  mourut 
peu  après  j  son  corps  fut  inhumé  dans  le  mo- 
nastère de  Ripoll.  Il  fut  marié  deux  fois  j 
Leutgarde,  sa  première  femme,  lui  donna 
deux  fils  :  Raimond,qui  lui  succéda  dans  le 
comté  de  Barcelone,  &  Ermengaud,  qui  fut 
comte  d'Urgel. 

XVIIl 

CHRONOLOGIE   DES  COMTES   DE 
ROUSSILLON. 

(812-991) 

I.  Gaucelme  ou  Gaucelin.  —  Gau- 
celme,  fils  de  S.  Guillaume,  était  comte  do 
Roussillon  en  812.  Il  exerça,  à  ce  qu'on 
croitjles  fonctions  de  marquis deSeptimanie 
depuis  la  déposition  de  Béra,  arrivée  en  820, 
jusqu'en  827.   A  cette  époque  ,  il  fut  rem- 

'  Marca  Hispan'ica,  n.  104,  81  Moreau,  t.  10, 
p.  65. 


Note 

RECTIF. 


Note 

EECTIF. 


:)20 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


placé  comme  marquis  par  son  frère  Bernard  ; 
Gaucelme  resta  néanmoins  comte  de  Rous- 
sillon  jusqu'en  884;  il  figure  en  cette  qua- 
lité dans  un  diplôme  de  l'année  829,  par 
lequel  Louis  le  Débonnaire,  à  sa  demande, 
prend  le  monastère  de  Sorède  sous  sa  pro- 
tection". Gaucelme  seconda  son  frère  Ber- 
nard dans  sa  lutte  contre  les  enfants  de 
Louis  le  Débonnaire  j  fait  prisonnier^ 
en  834,  à  la  prise  de  Chalon-sur-Saône, 
il  eut  la  tête  coupée  par  ordre  de  Lo- 
thaire. 

IL  SUNIAIRE  I. —  Un  jugement  rendu  par 
Alaric,  comte  d'Ampurias  ,  le  20  août  848, 
prouve  que  ce  comte  avait  succédé  à  Su- 
niaire  dans  le  comté  d'Ampurias j  celui-ci 
était  en  même  temps  comte  de  Roussillon. 
Il  est  fait  mention  de  lui  dans  l'édit  de 
Charles  le  Chauve,  donné  l'an  844,  en  fa- 
veur des  Espagnols  qui  s'étaient  réfugiés 
en  Septimanie.  On  ne  connaît  pas  exacte- 
ment l'époque  de  sa  mort  5  néanmoins,  il 
vivait  encore  en  85o,  &  c'est  à  sa  prière 
que  Charles  le  Chauve  accorda  un  privilège 
à  l'abbaye  de  Sorède  en  Roussillon\  Dom 
Vaissete  &  les  auteurs  de  VArt  de  vérifier 
les  dates  ont  cru,  sur  la  foi  d'un  diplôme 
interpolé',  que  Suniaire  I  avait  été  aussi 
comte  de  Besalu  ^  mais  ils  ont  confondu  Su- 
niaire I,  comte  de  Roussillon,  avec  un  au- 
tre Suniaire,  qui  effectivement  a  été  comte 
de  Besalu  ,  mais  qui  vivait  près  d'un  siècle 
plus  tard. 

III.  MiRON.  — Miron,  fils  de  Sunifred, 
fut  le  successeur  de  Suniaire  I.  Il  assista, 
avec  son  frère  Wifred  le  Velu,  en  878,  à  la 
dédicace  de  l'église  de  Notre-Dame  de  For- 
miguera,  dans  le  Capcir,  faite  par  Sigebode, 
archevêque  de  Narbonne.  Il  fut,  en  878,  un 
des  auteurs  de  la  donation  de  la  ville  de 
Prades,  dans  le  Conflans,  faite  à  l'abbaye  de 
la  Grasse.  Il  donna  en  885 ,  de  concert 
avec  sa  mèreErmessinde  &  son  frère  Raoul, 
à  l'abbaye  de  Cuxa,  l'église  de  Saint-Vincent 
du  Vernef.  En  882,  il  acheta  d'un  par- 
ticulier appelé  Qualefonsus,  la  terre  de 
Palan   en    Roussillon.    Le    comte    Miron 

'  Marca  Hispanica,  append.  n.    12. 
'  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  LXV. 
'  Recueil  des  Hist.  de  France,  t.  8,  p.  Si  5. 
^  Preuves,  Chartes  &  Diplômes,  n.  LXXVI. 


Note 

était  mort  le  12  mars  8955  par  un  acte  ^'''^ctif. 
de  ce  jour,  ses  exécuteurs  testamentaires 
délivrèrent  à  Riculfe  ,  évéque  d'Elne  ,  dif- 
férents biens  situés  dans  le  Roussillon, 
qu'il  avait  légués  à  l'église  d'Elne  '.  Cet 
acte  fournit  une  preuve  incontestable  de 
la  domination  du  comte  Miron  sur  le 
Roussillon  j  car  on  y  voit,  parmi  les  biens 
dont  il  avait  disposé  en  faveur  de  l'église 
d'Elne,  ceux  que  ses  procureurs  avaient 
judiciairement  revendiqués  &  fait  rentrer 
dans  ses  domaines,  pro  judîciali  causa  sui 
mandatar'ii  conquîsierunt'' .  Le  comte  Miron, 
fils  de  Sunifred,  ne  figure  pas  au  nombre 
des  comtes  de  Roussillon  dont  les  auteurs 
de  VArt  de  vérifier  les  dates  ont  donné  la 
liste.  Il  ne  doit  pas  être  confondu,  comme 
l'ont  fait  quelques  auteurs,  avec  Miron, 
comte  de  Barcelone,  son  neveu.  Miron  , 
comte  de  Roussillon,  était  mort  en  895, 
&  le  comte  de  Barcelone  vécut  jusqu'en  928. 

Raoul,  comte  de  Conflans.  —  Les 
auteurs  de  VArt  de  vérifier  les  dates,  qui  ont 
confondu  Suniaire  II ,  premier  comte  hé- 
réditaire de  Roussillon,  avec  Suniaire  I, 
comte  d'Urgel,  quatrième  fils  de  Wifred  le 
Velu  ,  prétendent  que  Raoul  ,  frère  de  ce 
dernier  &  de  Miron  ,  a  été  comte  de  Rous- 
sillon ,  mais  ils  se  sont  trompés  :  Raoul, 
frère  de  Wifred  le  Velu,  était  comte  de 
Conflans  seulement  j  c'est  en  cette  qua- 
lité qu'il  figure  avec  ses  frères  en  878, 
dans  l'acte  de  donation  de  la  ville  de  Pra- 
des faite  à  l'abbaye  de  la  Grasse,  &  qu'il 
prend  part  en  885  à  la  donation  de  l'église 
duVernet  faite  à  l'abbaye  de  Cuxa.  D'ail- 
leurs, Raoul,  comte  de  Conflans,  ne  mourut 
qu'en  914,  &  deux  chartes  de  l'année  900, 
relatives  à  une  enquête  faite  par  les  juges 
du  comté  de  Roussillon,  au  sujet  de  la  terre 
de  Baho  ,  prouvent  qu'à  cette  époque  Su- 
niaire II   était  comte  de  Roussillon'. 

IV.  Suniaire  IL  —  Suniaire  II,  comte 
d'Ampurias  depuis  880 ,  devint  comte  de 
Roussillon  en  895.  Il  n'était  pas,  comme 
le  disent  les  auteurs  de  VArt  de  vérifier  les 
dates,  neveu  de  Raoul  j  on  ne  sait  pas  quelle 
était   son  origine.    Il  vécut   jusqu'en  915 

'  Marca  Hispanica,  append.  n.  56. 

'  Collect.  Moreaii,  t.  3,  p.  91. 

'  Notes  de  M.  deFossa,  Collect.  Moreau^  t.  3,  p. 91. 


Note 

HECTIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


321 


&  laissa  d'Ermengarde,  sa  femme,  quatre 
fils  :  Hilmerade  &  Wadalde,  qui  furent 
successivement  évéques  d'Elne ,  Bencion 
&  Gauzbert,  qui  lui  succédèrent  dans  les 
comtés  de  Roussillon  &  d'Ampurias".  Su- 
niaire  II  est  le  premier  comte  héréditaire 
de  Roussillon. 

V.  Bencion  &  Gauzbert.  —  Les  deux 
fils  de  Suniaire  se  mirent  en  possession  du 
comté  de  Roussillon  après  la  mort  de  leur 
père.  Le  premier  avait  épousé  Godlane  , 
comme  on  le  voit  par  une  donation  qu'il 
fit  à  l'église  d'Elne  le  4  mars  916,  pour 
le  repos  de  son  âme  &  de  celle  de  Godlane, 
sa  femme  '.  Il  mourut  dans  le  cours  de  cette 
même  année.  Après  sa  mort,  Gauzbert,  son 
frère ,  se  trouva  seul  en  possession  des 
comtés  d'Ampurias  &  de  Roussillon  5  il  as- 
sista à  la  consécration  de  la  nouvelle  église 
d'Elne,  qui  eut  lieu  au  mois  de  septem- 
bre 916'.  On  a  de  lui  &  de  la  comtesse 
Trutgarde,  sa  femme,  deux  chartes,  l'une 
du  25  janvier  922,  l'autre  de  l'an  980. 
En  981,  il  fit  une  donation  à  l'église  d'Elne, 
de  concert  avecl'évêque  Wadalde  son  frère. 
Il  laissa  en  mourant  un  fils  appelé  Gui- 
fred   ou   Gausfred. 

VI.  GuiFRED.  —  Guifred  ou  Gausfred 
succéda  à  son  père  entre  les  années  982  &: 
942.  Il  est  en  effet  prouvé  qu'il  était  comte 
de  Roussillon  en  cette  dernière  année.  Il 
fut  présent,  le  24  décembre  956,  à  la  con- 
sécration de  l'église  de  Saint-Martin  de 
Bautices  faite  par  Ermengaud,  archevêque 
de  Narbonne,  assisté  des  évêques  d'Elne 
&  de  Girone.  Dans  l'acte  qui  fut  dressé  de 
cette  cérémonie,  il  est  qualifié  comte  d'Am- 
purias, de  Pierrelate  &  de  Roussillon.  Ce 
comte  &  Ave  son  épouse  firent  un  échange 
de  certains  domaines  avec  une  femme , 
nommée  Hermentrude  ,  le  19  juin  959. 
En  981,  Guifred  obtint  du  roi  Lothaire  un 
terrain  inculte  entre  Collioure  &  Bagnols. 
Il  mourut  en  991,  comme  il  est  établi  par 
l'acte  d'exécution  de  ses  dernières  volon- 
tés \ 

A  sa  mort,    Hugues,  son  fils  cadet,  eut 

'  CoUsct.  Morenu,  t.  3,  p.   129  &  161. 

'  Marca  Hispanica,  n.  66. 

'  Ihld.  n.  65. 

^  CoUect.  Moreau,  t.  14,  p.  216. 


le  comté  d'Ampurias,  &  Guilabert  celui  de 
Roussillon;  Gausfred,  le  plus  jeune  de  ses 
fils,  n'eut  aucun  apanage. 

VII.' Guilabert.  —  Guilabert  &  Hu- 
gues, son  frère,  firent  ensemble,  le  5  novem- 
bre 1006, donation  à  l'abbaye  de  Saint-Pierre 
de  Rodes  de  certains  biens  situés  dans  le 
comté  de  Pierrelate  &  d'un  étang  dans  le 
comté  d'Ampurias.  Guilabert  est  dénommé 
le  premier  dans  cet  acte  qu'il  souscrivit 
aussi  le  premier  ;  il  était  sans  doute  l'ainé. 
Un  acte  d'échange  consenti  le  i5  mars  1001 
entre  Béranger,  évêque  d'Elne  &  Scintil- 
lus,  abbé  d'Arles  &  ses  religieux,  de  biens 
respectivement  situés  dans  les  comtés  de 
Roussillon  &  de  Cerdagne  ,  prouve  qu'il 
était  comte  de  Roussillon.  On  peut  ti- 
rer la  même  conclusion  de  la  délivrance 
faite  par  ses  exécuteurs  testamentaires  , 
le  4  |avril  ioi3,  de  la  terre  de  Pia  en  Rous- 
sillon ,  qu'il  avait  léguée  en  alleu  à  l'église 
d'Elne  '. 

Guilabert  mourut  sans  enfants  en  ioi3. 

VIII.  Gausfred  II.  —  Gausfred  n'était 
point  fils  de  Guilabert,  comme  le  disent  les 
auteurs  de  VArt  de  vérifier  les  dates ^  mais 
bien  son  frère  \  En  991,  il  signa,  sans  pren- 
dre le  titre  de  comte,  l'acte  par  lequel  les 
exécuteurs  testamentaires  de  son  père  déli- 
vrèrent certains  biens  qu'il  possédait  au 
territoire  de  Cabanes,  dans  le  comté  de 
Pierrelate.  Il  succéda  à  son  frère  Guilabert, 
&  ses  enfants  possédèrent  après  lui  le  comté 
de  Roussillon,  jusqu'à  Gérard  ou  Gui- 
nard  II,  mort  en  juillet  1172^ 

XIX 

CHRONOLOGIE  DES   COMTES   D'AMPURIAS. 
(812-1040) 

Ermengaire  ou  Irmengarius.  —  Er- 
mengaire  fut  un  des  huit  comtes  auxquels 
fut  adressé  le  diplôme  de  Charlemagne, 
donné  le  2  avril  812  en  faveur   des  Espa- 

'  Cartul.  de  l'église  d'Elne,  CoUect.  Moreau,  t.  i^, 
p. 216. 

'  Voyez  pour  tous  ces  faits  les  Notes  de  Fossa, 
Collect.  Moreau,  t.   14,  p.  216. 

3  léid. 


II. 


Note 

RECÏIF. 


322 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


gnols  réfugiés  en  Septimanie.  L'année  sui-      &  de  Dodaae,  paraît  avoir  été  comte  d'Ain- 


vante  ce  comte,  apprenant  que  les  Sarra- 
sins venaient  de  piller  l'île  de  Corse,  alla 
les  attendre  à  leur  retour  près  de  l'île  de 
Majorque  &  ayant  surpris  leur  flotte,  il 
leur  enleva  huit  vaisseaux,  dans  lesquels 
il  fît  plus  de  cinq  cents  prisonniers'. 

Gaucelme. — Après  la  mort  d'Ermen- 
gaire,  Gaucelme  joignit  au  comté  de  Rous- 
sillon  celui  d'Ampurias.  11  en  resta  pos- 
sesseur jusqu'à  sa  mort,  arrivée  en  834. 


punas,  puisque  c'est  sur  ces  deux  comtes 
que  Guillaume  s'empara  des  villes  de  Bar- 
celone &  d'Ampurias.  Isembert  était  fils  du 
comte  Warin'.  Depuis  cette  époque,  jus- 
qu'en 880,  on  ne  sait  quels  furent  les  comtes 
d'Ampurias. 

VI.  SuniaIReII.  —  En  884,  le  comte  Su- 
niaire,  assisté  du  vicomte  Pierre,  tint  en  la 
ville  de  Portus,  au  comté  d'Ampurias,  un 
plaid    touchant  certaines  terres  réclamées 


Suniaire. — 11  y  a  lieu  de  croire  que  Su-  par   Estremin  ,  archiprétre  de  Girone.    Il 

niaire  I  fut  son  successeur  immédiat  dans  les  est  encore  fait  mention  de  lui  dans  un  au- 

deux  comtés  d'Ampurias   &   de  Roussillon,  tre  plaid  tenu  en  Roussillon,  le  5  juin  915, 

car  il  paraît  certain  que  Suniaire  fut  comte  touchant  la  propriété  d'un  ténement  dans 

d'Ampurias  avant  843.  A  partir  de  cette  épo-  le   territoire   d'Elne  ,    in  adjacentïïs    vilîae 

que,  il  fut  remplacé  dans  ce  dernier  comté  Tresmalos,   que  Daniel,   avocat  du  vicomte 

par  Alaric  8c  resta  seulement  comte  de  Rous-  Richelme,    réclamait  contre  Recimir.   Les 

sillon.  C'est   ce   que   prouve   un  jugement  témoins  entendus  dans  l'enquête  ordonnée 

rendu  par  Alaric,  le  20août  843,  dans  lequel  ^  ce  sujet  déposèrent  avoir  ouï  dire  que 

il  est  dit  que  l'évèque  de  Girone  avait  été  Wademir,  aïeul   de   Recimir   &   son  père 

investi  d'un  certain  droit  de  tonlieu,  par  le  Witigius  ,   avaient     possédé    ce    ténement 

comte  Suniaire,   dans  la  ville  d'Ampurias  :  jusqu'à    ce  que  le    comte  Suniaire  en  eut 

Suniario  comité  hic  in  Impurias  civitate\  dépossédé  Witigius   par  violence,  pour   le 

Alaric. — Alaric  était  comte  d'Ampurias  donner  en  bénéfice  à  Tructérius.  Le  téne- 
en  843,  puisque  par  suite  du  jugement  cité  ment  contesté  fut  adjugé  à  Recimir,  du  chef 
plus  haut,  il  fut  obligé  en  cette  qualité  de  de  son  aïeul'.  Il  est  à  croire  que  Suniaire 
délaisser  à  l'église  de  Girone  un  fonds  qu'il  n'était  plus  alors  vivant, 
détenait  injustement.  Il  avait  épousé  Ro-  Suniaire  II,  comte  d'Ampurias,  était  en 
trude,  fille  de  Béra  I,  comte  de  Razès,  qui  même  temps  comte  de  Roussillon.  Les  au- 
lui  survécut  &  lui  donna  une  fille  nommée  teurs  de  VArt  de  vérifier  les  dates  l'ont  con- 
Anne  &  un  fils  appelé  Auriole'.  Rotrude  fondu  avec  Suniaire,  comte  d'Urgel,  qui- 
était  morte  avant  l'année  868.  Elle  avait  trième  fils  de  Wifred  le  Velu,  &  dom  Vais- 
donné  une  partie  de  ses  biens  à  l'abbaye  de  sete  a  cru  qu'il  était  fils  de  Miron,  fils  de 
Cuxa,  du  consentement  de  sa  fille,  qui  elle  Sunifred,  comte  de  Roussillon.  Il  n'y  a  au- 
aussi  fit,  en  876,  une  donation  des  domai-  cune  preuve  de  ce  fait,  &  nous  sommes  rê- 
nes qu'elle  possédait  dans  les  comtés  du  duits  à  ignorer  quelle  était  l'origine  du 
Roussillon,  de  Conflans  &  de  Pierrepertuse  comte  Suniaire  II.  Une  charte  du  10  avril 
à  Raoul,  frère  de  Wifred  le  Velu  &  à  sa  çSi,  &  non  930,  comme  le  marque  dom 
femme  Ralinde  "*.  Vaissete,  atteste  que  le  comte  Suniaire  avait 

Le  comte  Alaric  mourut  en  844.  Auriole,  pour  femme  Ermengarde^  Il  laissa  quatre 

son  fils,  ne  paraît  pas   lui   avoir  succédé,  fils.  Foyei^  aux  comtes  de  Roussillon. 


puisqu'il  ne  porte  pas  le  titre  de  comte  dans 
le  document  qui  nous  révèle  son  existence, 
Isembert.  —  Isembert,  qui  en  849  aida 
le  comte  Aledran  à  défendre  la  ville  de  Bar- 
celone contre  Guillaume,  fils  de  Bernard 

'  Eglnhard,  Annales.  —  Peitz,  t.  1,  p.  200. 
'  Marca  Hispanica,  append.  n.  16. 
3  Ibid.  n.  18. 
''  Ibid.  n.  6z. 


Vil.  Bencion  &  Gauzbert.  —  On  ne 
sait  si  Bencion  &  Gauzbert,  fils  de  Suniaire, 
se  partagèrent  les  comtés  de  leur  père  ou  les 
gouvernèrent  par  indivis.  Il  est  vrai  que  le 
premier  ne  survécut  pas  longtemps  à  son 
père,  car  il  mourut  dans  le  courant  de  l'an- 

'  Voyez  plus  haut,  J  IX  de  cette  Note. 
^  Marca  Hispanica,  append.  n.   i63. 
^  Baluze,  Capital,  t.  2,  p.  i5ii. 


Note 

JRECIIF. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


323 


Note 


Ed.orig. 

t.  I, 
p.  73i. 


née  916.  On  trouve,  en  effet,  dans  le  cartu- 
laire  d'Elne,  une  charte  de  l'évèque  Hilme- 
rade,  datée  du  i"  septembre  916,  dans  la- 
quelle il  rappelle  une  donation  faite  à  sou 
église  par  le  comte  Bencion,  son  frère,  d'heu- 
reuse mémoire  :  SimiUter  quoque  scripturam 
donatîonîs  benignae  recorJadonis  germant  mei 
Bentionis.comitis  '. 

Après  la  mort  de  Bencion,  Gauzbert  son 
frère  régna  seul.  Il  laissa  en  mourant  un 
seul  fils,  Guifred. 

VIIl.  Guifred  ou  Gausfred.  —  Gaus- 
fred  succéda  à  Gauzbert,  son  père,  dans  les 
comtés  d'Ampurias  &  de  Roussillon.  Nous 
ne  pouvons    que    renvoyer  à  ce  que  nous 


Il  soutient  que  ce  prince  donna  une  égale 
étendue  à  l'un  &  à  l'autre,  8c  que  comme 
la  Septimanie  ou  province  ecclésiastique 
de  Narbonne  fit  alors  partie  de  ce  royaume, 
les  archevêques  de  Bourges  prétendirent 
dès  ce  temps-là  qu'elle  devoit  être  soumise 
à  leur  juridiction.  Il  ajoute,  enfin,  que 
Charlemagne  institua  cette  primatie  par 
des  vues  de  politique  pour  accoutumer  in- 
sensiblement au  joug  françois  les  Aqui- 
tains soumis  auparavant  à  una  domination 
étrangère,  soit  par  le  moyen  des  fréquentes 
assemblées  du  clergé  d'Aquitaine  qui  dé- 
voient se  tenir  à  Bourges,  ville  voisine  de 
France,   soit  parce  qu'on  y  devoit  porter 


Note 
83 


avons  déjà  dit  sur  ce  comte.  Voye'{  aux  corn-      p^j.  appel  toutes  les  affaires  ecclésiastiques 


tes  de  Roussillon. 

IX.  Hugues.  —  Hugues,  fils  cadet  de 
Gausfred,  lui  succéda  dans  le  comté  d'Am- 
purias. Il  fit,  avec  sa  femme  Guisle  &  Pons, 
son  fils,  une  vente  à  l'abbé  &  aux  religieux 
de  Saint-Pierre  de  Rodes,  des  biens  situés 
enRoussillon,le  i5  janvier  1029'.  Le  17  jan- 
vier io36,  il  reconnut  que  l'abbaye  de  la 
Grasse  avait  la  propriété  de  la  terre  de  Ka- 
nouas  &  de  l'église  de  Saint-Cyr,  situées  en 
Roussillon'.  Hugues  mourut  vers  l'année 
1040.  Il  est  l'auteur  de  la  famille  des  comtes 
d'Ampurias,  qui  finirent  en  i3o8  ^.   [E.  M.] 


des  différens  diocèses  qui  étoient  compris 
dans  le  royaume  d'Aquitaine. 

II.  La  principale  autorité  sur  laquelle 
cet  illustre  prélat  se  fonde,  pour  prouver 
l'institution  de  cette  primatie,  est  celle 
d'Adrevald',  moine  de  Fleury,  qui,  parlant 
des  ravages  causés  par  les  Normands  dans 
l'Aquitaine  bien  avant  dans  le  neuvième  siè- 
cle, donne  à  la  ville  de  Bourges  le  titre  de 
capitale  de  cette  province.  Mais  il  ne  s'en- 
suit nullement  de  là,  que  la  prétendue 
primatie  de  Bourges  sur  Narbonne  ait 
commencé  dès  le  règne  de  Charlemagne; 
&  quand  il  seroit  vrai  que  la  première  de 
ces  deux  villes  eût  été  capitale  de  l'Aqui- 
taine pour  le  civil,  vers  la  fin  du  neuvième 
siècle,  lorsque  Adrevald  écrivoit,  ce  n'est 
pas  une  conséquence  que  le  métropolitain 
de  Bourges  ait  dû  prétendre  la  primatie  sur 
la  Septimanie  qui,  dans  ce  temps-là,  ne  fai- 
soit  plus  partie  du  royaume  d'Aquitaine'. 
Il  paroît,  d'ailleurs,  par  le  titre  de  capitale 
LquivANT  m.  de  Marca%  le  roi  Charle-  que  cet  auteur  donne  à  la  ville  de  Bourges, 
^  magne  établit  la  primatie  de  Bourges      qu'il  entend  seulement  qu'elle  étoit  métro- 


NOTE  LXXXVIII 

Si  les   archevêques    de  Narhonne  ont 
été  soumis  à  la  primatie  de  Bourges. 


lorsqu'il    érigea  l'Aquitaine   en    royaume. 

'  Marco.  Hispanlca,  appeiid,  n.  65. 

'  CoUect.  Moreau,  t.   18,  p.  101. 

'  Ibid.  t.  21,  p.  82. 

^  Voir  dans  la  Collection  Moreau,  t.  28,  p.  i65, 
un  jugement  rendu  le  7  avril  1044,  au  nom  des 
comtes  Pons  &  Gausfred  III,  en  faveur  de  l'abbé  & 
du  monastère  de  Rodes,  duquel  il  résulte  que 
Pons I,  comte  d'Ampurias,  &  Gausfred  III,  comtï 
de  Roussillon,  étaient  petits-fils  de  Gausfred  I,  Si 
arrière  petits  fils  du  comte   Gauzbert. 

*  Marca,  de  Primat,  p.    14$  &seq. 


pôle  de  la  première  province  ecclésiasti- 
que d'Aquitaine,  ce  qu'on  ne  discute  pas. 
Cet  argument  ne  prouve  donc  rien  contre 
la  Narbonnoise  première,  province  tou- 
jours distincte  &  séparée  de  l'Aquitaine,  du 
moins  pour  le  spirituel,  comme  M.  de 
Marca  en  convient  lui-même. 

III.  Ce  prélat  nous   fournit  encore  des 

'  Adrevald,  Miracuî.  S.  Bened.  1.  ! ,  c.  33,  B'ibl'io- 
theca  Flor.  t.   i,  p.  65. 
'  V^oyez  Note  XCI. 


Note 


324 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


Éd.orig. 

t.  1, 
p.  732. 


armes  contre  lui  en  avouant,  dans  le  même      la  mort  de  ce  pape,  arrivée  en  867,  piiis- 
endroit",  que  la  primatie  de  Bourges  n'étoit      que  Frédol,  son  prédécesseur,  étoit  encore 


pas  encore  établie  en  786,  ce  qu'il  prouve 
fort  bien.  Elle  n'a  donc  pas  été  instituée 
dans  le  temps  de  l'érection  du  royaume 
d'Aquitaine  par  Charlemagne. 

IV.  Les  principes  établis  par  M.  de 
Marca'  nous  conduisent  à  la  véritable  ori- 
gine de  cette  primatie,  &  il  ne  faut  pas 
la  chercher  ailleurs  que  dans  les  fausses 
décrétales  d-'Isidore  Mercator.  Or,  comme 
elles  ne  furent'  reçues  au  plus  tôt  en 
France  que  vers  le  milieu  du  neuvième 
siècle,  du  temps  d'Hincmar,  archevêque  de 
Reims,  il  s'ensuit  que  la  Septimanie  ne 
dépendant  plus  alors  du  royaume  d'Aqui- 
taine, les  archevêques  de  Bourges  n'ont  pu 


en  place  l'an  871  '  &  même  en  873. 

Ces  raisons  ont  engagé  nos  plus  habiles 
critiques,  entre  autres  le  P.  Sirmond% 
M.  Baluze  &  le  P.  Mabillon,  à  regarder 
cet  article  de  la  lettre  du  pape  Nicolas  I 
comme  faux  &  supposé.  Il  aura  été  fabri- 
qué, sans  doute,  par  quelque  partisan  du 
prétendu  patriarcat  de  Bourges,  &  aura 
été  ensuite  inséré  dans  le  décret  d'Yves', 
de  Chartres  &  dans  celui  de  Gratien  où  il 
se  trouve.  Il  y  a  lieu  de  s'étonner  qu'un 
aussi  habile  critique  que  M.  de  Marca  ne 
se  soit  pas  aperçu  de  cette  supposition  ,  lui 
qui  a  si  bien  défendu,  d'ailleurs,  le  droit 
des  anciens   métropolitains  contre   les  en- 


avoir  aucune   raison  solide   pour  étendre      trepriscs    &    la    nouvelle    juridiction   des 
leur  juridiction  sur  cette  province,  quand      primats. 


même  leur  ville  auroit  été  dans  ce  temps- 
là  capitale  du  même  royaume  pour  le  civil; 
de  quoi  il  n'y  a  aucune  preuve.  Il  paroît, 
au  contraire,  comme  on  l'a  déjà  vu,  que  la 
ville  de  Toulouse  fut  toujours  le  principal 
siège  des  rois  d'Aquitaine. 

V.  Ce  qui  fait  voir  évidemment  que  les 
archevêques  de  Bourges  n'ont  jamais  pré- 
tendu avoir  une  autorité  primatiale  que 
depuis  les  fausses  décrétales,  c'est  qu'on 
ne  sauroit  produire  aucun  monument  an- 
térieur qui  favorise  leurs  prétentions.  Le 
seul  qu'on  cite  par  rapport  à  la  province 
de  Narbonne,  estun  article  d'une  épître  du 
pape  Nicolas  I,  où  ^  il  est  parlé  des  plaintes 
que  lui  avoit  faites  Sigebode,  archevêque 


VI.  On  pourroit  peut-être  opposer  le 
témoignage  de  Théodulphe'*,  qui,  dans  un 
poëme  qu'il  adresse  à  Agiulphe,  archevêque 
de  Bourges,  prédécesseur  de  Raoul,  se  sert 
de  ces  termes  : 

Es  patriarchali  primae  praelatiis  honore 

Sedis,  &  aima  patriim  est  subdita  tiirba  tibi. 

Mais  il  est  aisé  de  voir  que  Théodulpho 
parle  ici  seulement  de  l'autorité  métropo- 
litaine d'Agiulphe  qui,  étant  archevêque  du 
premier  siège  d'Aquitaine,  avoit  sous  lui 
plusieurs  suffragans,  ce  qu'on  ne  conteste 
pas.  Mais  de  ce  que  Théodulphe  a  em- 
ployé dans  un  poëme   le   mot  patriarchali 


de    Narbonne,    contre    les   entreprises    de      au  lieu  d'archiepiscopaîi,  dont  la  quantité 


Raoul,  archevêque  de  Bourges,  qui  vouloit 
exercer  dans  sa  province  une  autorité 
patriarcale  -,  mais  cet  article  est  visible- 
ment supposé  &  fabriqué  longtemps  après. 
Il  y  en  a  deux  preuves  certaines  :  la  pre- 
mière, qu'il  ne  se  trouve  pas  dans  les  an- 
ciens manuscrits'  des  lettres  de  Nicolas  Ij 
l'autre,  que  Sigebode  ne  fut  archevêque 
de  Narbonne  que  plusieurs  années   après 

'  Marca,  de  Primat,   p.  i^S  &  seq. 

»  Ihid. 

'Constant,    Ep'ist.    Sanct.     Pontif.    praof.  t.     i, 

p.   CXXXVIII. 

*  Conciles,  t.  8,  p.  5o5. 

5  Sirmond,  Concil.  Gall,  t.  3,  p.  683  &  seq. 


ne  sauroit  convenir  aux  vers  hexamètres 
&  pentamètres,  on  veuille  conclure  que, 
dans  ce  temps-là,  les  archevêques  de  Bour- 
ges étendoient  leur  juridiction  primatiale 
non-seulement  sur  toute  l'ancienne  Aqui- 
taine, mais  encore  sur  la  Narbonnoise 
première,   province   étrangère   &  séparée, 

'  Le  P.  d'Achery,  Spicilegium,  t.  8,  p.  349  &  seq, 

'  Sirmond,  Concil.  Gall.  t.  3,  p.  683  &  seq.  — 
Baluze,  Marca  Hispanica,  c.  36o,  —  Mabillon,  ad 
ann.  871,  n.  27,  ad  ann.  873,  n.  48. 

^  Yves,  part.  5,  c.  56.  —  Gratian.  Cap.  conquetus, 
q.  9. 

''Théodulphe,  Carmina  ,  1.  4,  n.  4,  vers  277, 
p.  1084. 


Note 
88 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


on  n'en  voit  pas  la  conséquence.  Il  est 
cependant  très-vraisemblable  que  ces  vers 
mal  entendus  sont  la  principale  source  du 
prétendu  patriarcat  de  Bourges. 

VII.  On  doit  en  dire  de  même  du  titre 
de  patriarche  donné  au  septième  siècle 
par  S.  Didier,  évoque  de  Cahors,  dans  une 
de  ses  lettres'  à  Sulpice,  évêque  de  Bour- 
ges, son  métropolitain.  Comme  le  nom 
d'archevêque  n'étoit  pas  encore  alors  en 
usage,  Didier'  s'est  servi  de  celui  de  pa- 
triarche qui,  dans  son  sens,  répond  à  celui 
d'évèque  du  premier  siège  de  la  province  , 
primas  sedis  antistitem,  comme  il  s'exprime 
lui-même  dans  cette  lettre.  Mais  ce  qui 
prouve  évidemment  qu'on  ne  sauroit  faire 
aucun  usage  de  l'autorité  de  Théodulphe 
&  des  lettres  de  S.  Didier  que  nous  venons 
de  citer,  en  faveur  de  la  prétendue  prima- 
tie  de  Bourges,  c'est  que  d'Hauteserre%  l'un 
de  ses  plus  zélés  défenseurs,  n'en  fait  aucun 
cas;  qu'il  convient  qu'à  la  mort  de  Char- 
lemagne  l'église  de  Bourges  n'étoit  encore 
que  simple  métropolitaine,  &  qu'il  donne 
pour  principal  fondement  à  sa  primatie  la 
lettre  de  Nicolas  I,  dont  nous  avons  déjà 
montré  la  fausseté  ^  d'où  il  s'ensuit  que 
cette  primatie  n'est  appuyée  sur  aucun 
fondement  solide. 

VIII.  Le  P.  le  Cointe%  qui  paroît  favo- 
riser le  système  de  M.  de  Marca'  sur  la 
dépendance  de  Narbonne  de  la  primatie  de 
Bourges  dès  le  règne  de  Charlemagne,  se 
sert,  après  ce  prélat,  pour  appuyer  son  sen- 
timent, du  testament  de  cet  empereur,  de 
l'an  8ii.  Il  prétend  que  comme  il  n'est 
point  parlé  des  métropoles  de  Narbonne  , 
d'Eause  &  d'Aix,  dans  l'énumération*  de  tou- 
tes celles  des  Gaules  auxquelles  ce  prince 
veut  qu'on  distribue  une  partie  de  ses  bi- 
joux, on  doit  distinguer  deux  sortes  de  mé- 
tropoles; les  unes  qu'il  appelle  autocépha- 
Ics ,  qui  s'étoient  maintenues  dans   toute 


'  Didier,  Epist,  i  2. 
Basnage,  Praef.  in  ep'ist.   DesUeriij  t.   1    lectio- 
num  ant.  Canis.  p.  633. 

^  Hauteserre  ,     Rerum    Aqukaiiiae    1.    ^ ,   c,    ^j 
1.  8,c.  2. 

■•  Le  Cointe^  ad  ann.  811,  n.  8. 

*  Marca,  i?e«eam.  1.   1 ,  c.  29. 

*  CapituUireSj  t.   i,  p.  ^87. 


leur  autorité,  &dont  quelques-unes,  comme 
Bourges  &  Arles,  l'avoient  même  éten- 
due sur  d'autres.  Il  appelle  les  autres  : 
métropoles  du  second  ordre  (imminutae  auc- 
toritatis)  ou  d'une  autorité  subordonnée,  parce 
qu'elles  dépendoient  de  quelque  autre  mé- 
tropolitain'; mais  tout  ce  système  se  dé- 
truit aisément. 

1°  C'est  vouloir  deviner  pourquoi  ces 
trois  métropoles  sont  omises  dans  le  testa- 
ment de  Charlemagne  &  une  pure  pétition 
de  principe;  il  n'y  a  qu'à  nier  que  la  rai- 
son pour  laquelle  ces  églises  ne  sont  pas 
comprises  dans  cet  acte  est  qu'elles  étoient 
soumises  à  d'autres,  &  on  ne  pourra  don- 
ner aucune  preuve  de  cette  soumission. 

2°  Les  archevêques  de  Bourges  avoient 
certainement  moins  de  droit  sur  la  pro- 
vince de  Narbonne  que  sur  celle  de  Bor- 
deaux ,  puisque  cette  dernière  avoit  tou- 
jours été  de  la  province  civile  d'Aquitaine, 
&  avoit  fait  même  anciennement  partie  de 
la  province  ecclésiastique  de  Bourges;  au 
lieu  que  Narbonne  étoit  la  plus  ancienne 
métropole  de  la  Narbonnoise  ,  qui  avoit 
toujours  fait  un  corps  séparé  dans  les  Gau- 
les. Cependant  la  métropole  de  Bordeaux 
qui  devoitétre  dépendante,  suivant  le  prin- 
cipe du  P.  le  Cointe,  est  nommée  dans  le 
testament  de  Charlemagne,  tandis  que  celle 
de  Narbonne  est  omise. 

3°  Nous  avons  des  preuves  que  sous  les 
règnes  de  Charlemagne  &  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire, Narbonne  étoit  métropole  indé- 
pendante &  du  nombre  de  celles  que  le 
P.  le  Cointe  appelle  autocéphales.  Daniel, 
archevêque  de  Narbonne,  présida'  au  con- 
cile qui  fut  tenu  dans  cette  ville  l'an  791, 
en  présence  d'Elipand,  archevêque  d'Arles. 
Or,  ce  dernier  étoit  archevêque  autocéphale, 
de  l'aveu  du  P.  le  Cointe;  Daniel  qui  avoit 
la  préséance  sur  lui  devoit  l'être  aussi  à 
plus  forte  raison. 

4°  Si  lorsque  Charlemagne  ordonna,  l'an 
8i3  ,  qu'on  tiendroit  en  même  temps  cinq 
conciles  dans  différentes  villes  du  royaume, 
Narbonne  n'eût  été  que  métropole  du  se- 
cond ordre  ,  soumise  à  celle  de  Bourges  ;  & 
si  toute  la  dépendance  des  métropoles  du 
second  ordre  consistoit   à   se  trouver  aux 

'  Conciles,  t.  7,  p.  964. 


Éd.orig. 

t.  1 , 
p.  733 


Note 


326 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


conciles  des  principales  métropoles,  comme 
l'avance  M.  de  Marca",  les  évêques  de  la 
Narbonnoise  première  auroient  dû  se  ren- 
dre alors  au  concile  où  assista  l'archevêque 
de  Bourges.  Cependant,  de  l'aveu  du  P.  le 
Cointe%  ce  dernier  prélat  se  trouva  avec 
les  évêques  de  sa  province  au  concile  de 
Tours,  tandis  que  ceux  delà  Narbonnoise 
première  ou  de  la  Septimanie  assistèrent  à 
celui  d'Arles. 

5°  Par  la  même  raison,  lorsqu'en  829, 
Louis  le  Débonnaire  ordonna'  la  convoca- 
tion de  quatre  conciles  dans  les  Gaules, 
ce  prince  ne  devoit  pas  nommer  l'arche- 
vêque de  Narbonne  parmi  les  quatre  mé- 


IX.  Le  testament  de  Charlemagne  fait 
mention  des  métropoles  de  Tarentaise  & 
d'Embrun  ,  &  il  ne  dit  rien  de  celle  d'Aix. 
Le  P.  le  Cointe  '  conclut  de  là  que  les  deux 
premières  étoient  du  premier  ordre  ou  au- 
tocéphales ,  &  que  la  dernière  étoit  sou- 
mise à  celle  d'Arles.  Le  huitième  canon  ' 
du  concile  de  Francfort,  de  l'an  794,  con- 
firme cependant  la  décision  des  anciens 
papes  touchant  la  soumission  de  quatre 
évêchés  ,  du  nombre  desquels  étoit  celui  de 
Tarentaise,  à  la  métropole  de  Vienne j  ce 
qui  fait  voir  que  quoique  l'église  de  Taren- 
taise fût  déjà  alors  devenue  métropole , 
elle  relevoit   néanmoins  toujours  de   celle 


tropolitains  qui  dévoient  se  trouver  à  celui  ^^  Vienne.  Ainsi ,  selon  les  principes  du 

de  Toulouse  ,  puisque  ce  prélat,  suivant  le  P*  ^^  Cointe,  elle  ne  pouvoit  être  comprise 

système  de  M.  de  Marca  &  du  P.  le  Cointe,  ^'^^^s  le   testament  de   Charlemagne.   Il  est 

devoit  suivre  de  droit  le  métropolitain  de  vrai  que  ce  concile  ne  voulutpas  prononcer 

Bourges,  son  supérieur.  Mais   non-seule-  ^"   particulier,   au   préjudice  de   l'arche- 

ment  Louis  ordonna  nommément  à  Barthé-  vêque  de  Vienne  ,  sur  la  requête   du   mé- 

lemy,  archevêque  de  Narbonne  ,  d'assister  tropolitain    de  Tarentaise    qui  demandoit 

au    concile   de   Toulouse  ,     mais    encore  d'avoir  une  autorité  indépendante  sur  les 

Agiulphe,  archevêque  de  Bourges,  qui  de-  évêques  de  sa  province  ,  &   qu'il   renvoya 

voit  s'y  trouver  aussi,    n'est   nommé  qu'a-  '^^  ^  pape   la   décision   de    cette    demande; 

près  lui  &  après  Adalelme  d'Eause  qui  n'é-  ™^*s  le  jugement  du  souverain  pontife  fut 

toit  encore  que   métropolitain  du  second  lavorable  aux  droits  de  l'église  de  Vienne, 

ordre,    suivant    le    P.   le   Cointe.   Quelle  ^'^st    ce    qui    paroît  par    une    épitre    de 

étoit  donc  alors  la  prétendue  primatie  de  Léon  III  à  Volférius  de  Vienne,  laquelle 

Bourges,  puisque  son  archevêque  avoit  le  ^  ^^^^  les   caractères  de  vérité.  Le  P.    le 

dernier  rang  parmi  les  métropolitains  qui  Comte   la  rejette    sans   autre  raison    que 

assistèrent  à  ce  concile  ?  parce  qu'elle  est  contraire  au  système  qu'il 

Nous  venons  de  dire  qu'Adalelme  étoit  ^  inventé  sur  la  différence  des  métropoles 

archevêque  d'Eause  ,    quoique  les  derniers  ^^^^s  le  siècle  de  Charlemagne.  Mais  comme 

éditeurs   du  Gall'ia  Chrïstlana  ^  prétendent  ce  système  n'est  appuyé  d'ailleurs  d'aucune 

qu'il  l'étoit  de  Bordeaux  ;  ce  qui  est  indif-  preuve  ,  &   qu'il  est  détruit  par  les  monu- 

férent  pour  la  question  présente.  Cepen-  "^^ns  que  nous  venons  de  rapporter,  il  faut 

dant ,  comme  nous  ne  connoissons  le  siège  que   ce  soit  pour  toute  autre  raison  que 

de  ces  quatre  métropolitains  que  par  les  mo-  nous  ignorons  ,    que   les   trois  métropoles 

numens  qui  nous  restent,  &  que  le  siège  de  de  Narbonne  ,   d'Eause  &  d'Aix  aient  été 

Bordeaux  se  trouve  rempli  vers  ce  temps-là  omises  dans  le  testament  de  ce  prince, 
par  Sicharius  qui  siégeoit  sous  Louis  le  Dé-  Le  P.  le  Cointe  '   se  sert  encore  du  té- 

bonnaire,  il  nous  a   paru  plus  vraisembla-  nioignage  d'Hincmar,  archevêque  de  Reims 

ble  qu'Adalelme,  qui  n'est  pas  connu  d'ail-  qui,  écrivant  aux  archevêques  de  Bourges 

leurs,  devoit   être  plutôt  métropolitain  de  &  de  Bordeaux,   les  appelle  les  évêques  des 

la  Novempopulanie  que  de  la  seconde  Aqui-  premiers  sièges  du  royaume  d'Aquitaine.  Mais 

taine.  i°  cette  épître  détruit  la  prétendue  primatie 


'  P.  de  Marca,  Histoire  de  Béarn,  1.   i ,  c.  2p. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  8i3,  n.  3  &  33. 

^  Conciles,  t.  7,  c.  iSpi. 

*  Gall'ia.  Christianaj  nov.  edit.  t.  2,  p.  796. 


'  Le  Cointe,    ad    ann.    8 1 3,    n.    3   8t  33,  &  ad 
ann.  794,  n.  48  &  seq. 
"  Conciles,  t.  7,  p.  loSp. 
'  Le  Cointe,  ad  ann.  011,  n.  8. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


827 


Édoric. 
p.  734. 


de  la  métropole  de  Bourges  sur  toute  l'Aqui- 
t^iae,  puisqu'elle  met  celle  de  Bordeaux  de 
niveau  avec  elle;  2"  la  Septimanie  ou  pro- 
vince de  Narbonne  ,  du  vivant  d'Hincmar  , 
éloit  séparée  depuis  longtemps  du  royaume 
d'Aquitaine.  Ainsi  l'archevêque  de  Bourges 
pouvoit  être  alors  évéque  d'un  des  premiers 
sièges  de  ce  royaume,  sans  que  la  métro- 
pole de  Narbonne  fût  soumise  à  sa  pri- 
matie. 

X.  M.  Baluze'  suit  un  système  opposé  à 
celui  de  M.  de  Marca  &  du  P.  le  Cointe, 
touchant  l'omission  des  métropoles  de  Nar- 
bonne, d'Eause  &  d'Aix  dans  le  testament 
de  Charlemagne.  Il  nie  ,  par  rapport  à  la 
première ,  que  ce  soit  à  cause  de  sa  dé- 
pendance de  celle  de  Bourges  ,  &  prouve 
fort  bien  qu'elle  a  toujours  été  indépen- 
dante de  cette  dernière  qui  n'a  point  pré- 
tendu exercer  sa  primatie  sur  elle  ni  pen- 
dant le  règne  de  ce  prince  ,  ni  sous  celui 
de  Louis  le  Débonnaire.  Il  avoue  cepen- 
dant qu'il  ignore  la  raison  qui  l'a  fait  ou- 
blier dans  cet  acte  &  soutient  enfin  que 
les  deux  autres  n'ont  été  omises  que  parce 
qu'elles  ne  subsistoient  plus  alors  ;  en  quoi 
il  se   trompe. 

Il  prétend  que  celle  d'Eause  avoit  été 
éteinte  après  la  destruction  de  cette  ville 
par  les  Vandales 3  que  depuis  ce  temps-là 
les  évêques  de  la  Novempopulanie  étoient 
demeurés  sans  métropolitain ,  &  avoient 
été  soumis  à  celui  de  Bordeaux ,  ville  , 
ajoute-t-il,  nommée  capitale  de  la  Novem- 
populanie dans  la  Chronique  de  Fontenelle. 
Mais  M.  Baluze  n'a  pas  assez  examiné  ce 
qu'il  avance  ici  ;  car,  soit  que  la  ville  d'Eause 
ait  été  détruite  par  les  Vandales  ou  non , 
il  est  certain  qu'elle  subsistoit  au  sixième 
&  au  septième  siècles,  &  que  nous  avons 
une  suite'  des  métropolitains  d'Eause  pen- 
dant tout  ce  temps-là.  Rien  n'empêche 
donc  qu'il  n'y  eût  un  archevêque  dans  le 
temps  du  testament  de  Charlemagne.  Nous 
savons 3  d'ailleurs  que  cette  ville  fut  ruinée 
par  les  Normands,  au  neuvième  siècle, 
longtemps  après  la  mort  de  ce  prince;  elle 
pouvoit  donc  avoir  alors  un  évéque.  Aussi 

Baluze,  not.  in  Capital,  t.  2,  p.   1071   8c  seq. 
Galha  Christiana,  nov.  edit.  t.   i ,  p.  3o2. 
'  Ibid. 


voyons-nous  que  l'église  d'Auch  ne  devint 
métropolitaine  qu'après  la  ruine  de  celle 
d'Eause  par  les  Normands.  Pour  ce  q^ui  est 
du  témoignage  pris  de  la  Chronique  de  Fon- 
tenelle, nous  convenons  que  dans  le  temps 
qu'elle  a  été  écrite  ,  Bordeaux  étoit  capi- 
tale du  duclié  de  Gascogne;  mais  l'auteur 
n'en  parle  que  par  rapport  au  civil. 

M.  Baluze'  prétend  prouver  qu'il  n'y 
avoit  point d'évêque  à  Aixdans  le  temps  du 
testament  de  Charlemagne  :  1°  parce  qu'on 
n'en  connoît  aucun  depuis  l'an  596  jus- 
ques  en  l'an  866.11  avoue  cependant  qu'il  y 
en  avoit  un  en  828;  mais  si  cette  raison 
doit  avoir  lieu,  il  faudra  dire  que  les  siè- 
ges épiscopaux  ont  été  supprimés  autant 
de  fois  que  nous  trouvons  des  lacunes  dans 
le  catalogue  de  leurs  évêques;  2"  suivant 
cet  auteur,  l'église  d'Aix  demanda  de  ren- 
trer dans  les  droits  de  métropole  au  concile 
de  Francfort  de  l'an  794  ,  ce  qui  fait  voir, 
dit-il  ,  qu'elle  étoit  alors  sans  évéque  : 
nous  concluons,  au  contraire,  de  cette 
demande,  qu'elle  devoit  en  avoir'  un.  Or, 
si  cet  évéque  obtint  ce  qu'il  demandoit,  il 
étoit  donc  métropolitain  en  811  dans  le 
temps  du  testament  de  Charlemagne;  &  s'il 
ne  l'obtint  pas,  les  évêques  d'Embrun  &  de 
Tarentaise  ,  qui  avoient  fait  avec  lui  la 
même  demande  à  ce  concile,  ne  durent  pas 
l'obtenir,  puisqu'ils  étoient  dans  le  même 
cas.  Cependant  les  églises  de  ces  derniers 
sont  nommées  parmi  les  métropoles  dans 
ce  testament;  ce  qui  montre  qu'on  ignore 
la  véritable  raison  de  l'omission  de  celle 
d'Aix  &  des  deux  autres. 


NOTE  LXXXIX 

Origine  des  abbayes  de  Cannes  ^  de 
Saint-Chinian. 

I.tL  est   certain'  que,  l'an  794  ,  Anian, 

1  abbé  ,  gouvernoit  dans   le   diocèse  de 

Narbonne  deux  monastères  qu'il  avoit  fon- 

'  Baluze,  not.  in  Capital,  t.  2,  p.    1071   &  seq. 
'  Gallia  Christiana,  nov.  edit,  t.  i,  p.  3o2  &  seq. 
'  Voyez  aux   Preuves  de  ce  volume,  sous  le  nu- 
méro VIII ,  Charte  de  Charlemagne  pour  l'ahhaye  de 


Note 


Note 

89 


Note 
89 


328 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


dés,  dont  l'un  portoit  le  nom  de  Saint-Jean 
in  Extorio  ,  l'autre  ,  celui  de  Saint-Laurent 
in  Olibegio.  Nous  connoissons  la  situation 
du  premier  par  une  charte'  de  l'an  791  où  il 
est  appelé  S.  Johannis  Exequariensis ,  &  où 
il  est  dit  qu'Anian  l'avoit  construit  dans  le 
lieu  de  Caunes  sur  la  rivière  d'Argendou- 
ble.  Comme  nous  savons  '  d'ailleurs  que 
l'abbé  Daniel  avoit  donné  au  même  Anian 
le  monastère  des  Saints-Pierre-&-Paul  de 
Caunes  qu'il  avoit  fait  bâtir,  il  n'y  a  pas 
lieu  de  douter  que  ces  deux  monastères 
n'aient  été  unis  dans  la  suite  &  qu'ils 
n'aient  donné  l'origine  à  l'abbaye  de  Saint- 
Pierre  de  Caunes  qui  subsiste  encore  dans 
le  diocèse  de  Narbonne.  Il  paroît  seule- 
ment que  le  monastère  de  Saint-Jean  & 
celui  de  Saint-Pierre  de  Caunes  ,  étoient 
encore  distingués  '  l'an  791  ,  quoique  gou- 
vernés par  Anian-  ce  qui  prouve  que  Da- 
niel lui  avoit  cédé  dès  lors  le  gouverne- 
ment du  dernier.  Il  paroît  d'un  autre  côté 
que  ces  deux  abbayes  étoient  tout  à  fait 
réunies  &  qu'elles  ne  formoient  qu'un  seul 
monastère  sous  le  nom  de  Saint-Pierre  de 
Caunes  en  817  &  en  821  :  car  il  n'est  fait 
mention''  que  d'un  seul  monastère  de  Cau- 
nes au  concile  d'Aix-la-Chapelle  en  817. 

II.  Il  n'est  pas  si  aisé  de  déterminer  la  si- 
tuation du  monastère  de  Saint-Laurent  in 
Olibegio.  Le  P.  Mabillon  ,  dans  sa  Diplo- 
matique', prétend  que  c'est  le  même  qu'on 
appela  dans  la  suite  Saint-Laurent  de  Ver- 
nosoubre  ,  Vernaduprensis ,  d'une  petite 
rivière  du  même  nom,  lequel  subsistoit  * 
en  897,  &  qu'il  n'est  point  différent  de  l'ab- 
baye de  Saint-Chinian.  Mais  cela  n'est  pas 
possible  ,   puisque  le  monastère  de  Saint- 


P.  Mabillon  l'a  prouvé  lui-même  dans  ses 
Annales".  Aussi  ce  savant  religieux  rétracte- 
t-il  dans  cet  ouvrage  ce  qu'il  avoit  dit  dans 
la  Diplomatique,  &  prétend-il  que  le  mo- 
nastère de  Saint-Laurent  in  Olibegio  étoit 
situé  à  Citou",  lieu  situé  environ  à  une 
lieue  de  Caunes,  vers  le  nord,  sur  la  ri- 
vière d'Argendouble ,  de  quoi  il  ne  donne 
aucune  preuve. 

Rien  ne  nous  empêche  donc  de  croire 
que  le  monastère  de  Saint-Laurent  in  Oli- 
begio ne  soit  le  même  que  celui  de  Saint- 
Laurent  de  Vernosoubre  ;  mais  dans  ce 
cas-là,  ce  dernier  doit  avoir  été  différent 
de  celui  de  Saint-Chinian  ,  du  moins  dans 
son  origine.  On  peut  confirmer  cette  dif- 
férence en  ce  qu'il  est  fait  mention  du  mo- 
nastère de  Vernosoubre  dans  le  concile  de 
Port  de  l'an  897%  sous  le  simple  nom  de 
S.  Laurentii  Vernaduprensis  ^  &  de  l'abbé 
Fro'ia  qui  le  gouvernoit  alors;  tandis  que 
celui  de  Saint-Chinian  est  désigné  deux 
ans  après  sous  le  nom  de  Monasterium  ^ 
S.  Aniani  confessoris  &  S.  Laurentii  martyris, 
dans  un  diplôme  de  Charles  le  Simple, 
dans  lequel  il  est  fait  mention  de  Béra  qui 
en  étoit  alors  abbé.  Or,  c'est  la  première 
fois  qu'on  trouve  dans  les  monumens  le 
nom  de  Saint-Laurent  joint  à  celui  de  Saint- 
Chinian  pour  désigner  ce  dernier  monas- 
tère ;  ce  qui  nous  fait  conjecturer  que  ces 
deux  abbayes,  différentes  dans  leur  origine, 
furent  unies  vers  l'an  898,  après  la  mort  de 
Fro'ia,  abbé  de  la  première.  Il  paroît  cepen- 
dant qu'elles  étoient  encore  séparées  en  899, 
quoique  soumises  à  un  même  abbé;  car  on 
lit  ces  mots  à  leur  sujet  dans  la  charte  Me 
Charles  le  Simple,  quod  siti  sunt  in  territorio 


Note 
89 


Laurent /«  0/zieg^zo  subsistoit  déjà  l'an  '  794      Narbonense.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  paroît, 


&  que  celui  de  Saint-Chinian  ne  fut  cer- 
tainement    fondé    qu'en    826 ,   comme    le 

Caunes.  —    Mabillon,  de  Re  d'iplomatica,  p.  5c3  & 
seq. 

'  Voyez  aux  Preuves,  même  Charte. 

'  Mabillon,  de  Re  d'iplomatica.,  p.  5^5. 

3  Voyez  aux  Preuves,  la  Charte  citée   plus  haut. 

*  Mabillon,  ad   ann.    817,  n.  64;  ad  ann.  821, 
n.  12. 

^  Mabillon,  de  Re  d'iplomatica,  not.  p    004. 

*  Baluze,  Conc'il.  Narb.  p.  2. 

^  Voyez  aux  Preuves,  la  Charte  déjà  citée. 


suivant  ce  que  nous  venons  de  dire  ,  qu'on 
aura  confondu  d'autant  plus  aisément  le 
monastère  de  Saint-Laurent  de  Vernosoubre 
ou  in  Olibegio  avec  celui  de  Saint-Chinian  ou 
Agnan,  qu'on  aura  pris  le  saint  évêque  d'Or- 
léans ,  patron  de  ce  dernier,  pour  Anian , 


'  Mabillon,  Annal.  Bened.    t.    2.    ad   ann.  826, 
.  77,  &.  p.  724  &  seq. 
"  Mabillon  ,  ad  ann.  780,  n.  3. 
^  Baluze,  Conc'il.  Narb.  p.  2. 
"*  Spicilegium,  t.  i3,  p.  265. 
5  Ibid. 


Note 
89 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


329 


Éd.  orig. 

t.  I, 
p.   735. 


Note 
90 


abbé  &  fondateur  de  l'autre;  &  que  ces 
deux  abbayes  étoient  d'ailleurs  situées  sur  la 
rivière  de  Veniosoubre,  au  voisinage  l'une 
de  l'autre,  &  dans  le  même  diocèse. 

III.  M.  Baluze'  distingue,  à  ce  qu'il  pa- 
roît,  le  monastère  de  Saint-Laurent  de  Ver- 
nosoubre  de  celui  de  Saint-Chinian;  il  se 
trompe  cependant  quand  il  prétend  que  le 
premier  fut  uni  à  l'église  de  Narbonne  sous 
le  règne  de  Louis  le  Bègue.  C'est  celui  de 
Saint-Laurent  sur  la  rivière  de  Nielle,  & 
non  pas  sur  celle  de  Vernosoubre,  qui  fut 
uni  alors  à  cette  église  ,  comme  cet  auteur 
nous  en  fournit  lui-même  la  preuve'. 


NOTE  XC 

Si  Guillaume,  premier  porte-enseigne, 
qui  se  trouva  au  siège  de  Barce- 
lone y  est  le  même  que  S.  Guil- 
laume, duc  de  Toulouse.  —  Epoque 
du  siège  de  cette  place  par  Louis 
le  Débonnaire ,  6^  des  expéditions 
de  ce  prince  dans  la  Marche  d^Es- 
pagne,  jusques  à  Van  814^. 


L'auteur  de  la  vie  de  Louis  le  Débon- 
naire, connu  sous  le  nom  de  l'Astro- 


nome^, parlant  du  siège  de  Barcelone  par 
Louis  le  Débonnaire  ,  roi  d'Aquitaine , 
met  parmi  les  généraux  qui  s'y  trouvèrent, 
Guillaume  ,  premier  porte-enseigne  (primus 
signifer).  On  est  en  peine  de  savoir  si  ce 
seigneur  est  le  même  que  le  duc  de  Tou- 
louse de  ce  nom  ,  fondateur  de  l'abbaye 
de  Gellone.  Le  P.  le  Cointe  %  suivi  du 
P.  Pagi^,  tient  pour  l'affirmative  ,   &  le  P. 

'  Baliize,  Not.  in.  Concil.  Narh.  p.  3. 

'  Voyez  ci-après  la  Note  CI,  &  au  tome  IV  de 
cette  édition,  Note  LXXXIX,  la  suite  chronolo- 
gique des  abbés  de  Caunes,  &  Note  CIII  celle  des 
abbés  de  Saint-Chinian, 

^  IhU.  p.  i5  &  seq.  &  append.  p.  68  &  74,  Ca- 
pital, append.  t.  2,  p.   1491. 

^  Astronome,  p.  290. 

^  Le  Cointe,  ad  ann,  807,  n.  4. 

*  Pagi,  ad  ann.  801,  n.  10. 


Mabillon',  pour  la  négative.  La  concilia- 
tion de  ces  célèbres  annalistes  dépend  de 
la  fixation  de  l'époque  du  siège  de  Barce- 
lone. Le  P.  le  Cointe  la  met  en  807 ,  & 
prétend  '  en  même  temps  que  S.  Guillaume 
ne  prit  l'habit  religieux  qu'en  808  j  mais 
nous  ne  pouvons  pas  douter  que  ce  comte 
ne  se  soit  retiré  à  Gellone  l'an  806.  Outre 
les  preuves  que  le  P.  Mabillon  en  a  don- 
nées ,  nous  pouvons  y  ajouter  encore  le 
témoignage  des  Annales  de  l'abbaye  d'A- 
niane  '  qui  l'assurent  positivement. 

Comme  le  P.  Mabillon  ne  fait  difficulté 
d'admettre  Guillaume,  -premier  porte-ensei- 
gne, &  S.  Guillaume,  fondateur  de  Gellone, 
pour  la  même  personne ,  que  parce  qu'il 
a  bien  voulu  Supposer,  après  le  P.  le  Cointe 
&  sans  examiner  ses  raisons,  que  le  siège 
de  Barcelone  arriva  l'an  807 ,  toutes  les 
difficultés  s'évanouissent  si  nous  faisons 
voir  que  le  dernier  se  trompe  dans  sa  chro- 
nologie ,  &  qu'on  doit  rapporter  ce  siège 
à   l'an   801,  ou  au  plus  tard  à  l'an  8o3. 

II.  La  première  source  de  l'erreur  vient 
de  ce  que  l'Astronome  n'ayant  pas  marqué 
dans  son  ouvrage  l'époque  des  faits  ,  les 
éditeurs  qui  ont  voulu  la  fixer  à  la  marge 
de  cet  historien,  comme  on  le  voit  dans 
l'édition  de  Duchesne,  se  sont  trompés.  Eu 
effet,  cette  chronologie  marginale,  du 
moins  jusqu'à  l'an  814,  est  contraire  à 
celle  des  Annales  d'Eginhard  &  de  tous  les 
autres  anciens  annalistes  qui  rapportent 
les  mêmes  faits  sous  une  époque  différente 
qui  est  la  véritable,  comme  M.  de  Marca* 
&  le  P.  Pagi  l'ont  fait  voir.  Le  P.  le  Cointe 
avoue'  lui-même  qu'on  ne  doit  faire  aucun 
fonds  sur  la  première. 

III.  Aussi  ce  critique  ^,  sans  s'embarras- 
ser de  cette  chronique  marginale  ,  donne- 
t-il  l'époque  qu'il  lui  plaît  aux  faits  rap- 
portés par  l'Astronome.  Il  prétend  seule- 
ment que  tout  y  est  marqué  de  suite  & 
suivant  l'ordre  chronologique  ;  en  quoi  il 
se  trompe,  &  c'est  ce  qui,  en  particulier, 

'  Mabillon,  ad  ann.  806,  n.  48. 
"  Le  Cointe,  ad  ann.  807,  n.  4. 
^  Annales  d'Aniane,  dans  les  preuves. 
^  Marca  Hispanica,  p.  284.  —  Pagi,  ad  ann.  801, 
n.   12. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  804,  t.  6,  n.;9. 
^  lèid.  ad  ann.  807,  n.  4  &  seq. 


Note 
90 


Note 
90 


33o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l'a  induit  en  erreur  au  sujet  de  l'époque  du 
siège  de  Barcelone. 

IV.  Suivant  la  narration  de  l'Astronome', 
Louis  le  Débonnaire  ne  prit  cette  ville 
qu'environ  deux  ans  après  le  voyage  que 
Charlemagne,  son  père,  fit  sur  les  côtes  de 
France,  à  Rouen,  à  Tours,  &c.  Or,  Charle- 
magne,selon  le  même  historien,  n'entreprit 
ce  voyage  qu'un  an  après  avoir  terminé  la 


vés  &  qu'ils  sont  rapportés  confusément' 
&  sans  ordre,  du  moins  jusqu'en  814, 
ainsi  que  le  P.  Pagi  l'a  fait  voir,  ou  que  si 
l'Astronome  a  suivi  l'ordre  des  faits,  comme 
le  prétend  le  P.  le  Cointe  ,  il  faut  qu'il  y  ait 
une  transposition  dans  le  texte  de  cet  au- 
teur. 

Cette  transposition  peut  venir  originai- 
rement de  la  faute  des  copistes;  c'est  pour- 


-  j    o'   T. —   "r ■  —    '    -  —  _  "I ,~-->...j^v^i»t- 

guerre  de  Saxe,  laquelle  finit  en  804.    Par  quoi   nous  avons  rectifié  &  rangé  la  suite 

conséquent,  la   prise    de  Barcelone    doit  de  ces  faits  dans  le  texte  de  cet  historien , 

être  postérieure  de  trois  ans  à  la  fin  de  la  conformément  aux   époques   certaines  que 

guerre  de  Saxe  &  appartenir  à  l'an  807.  Tel  nous  en  avons  dans  les  Annales  d'Eginhard 

est  le  raisonnement  du  P.  le  Cointe.   D'un  &  dans  les  autres  anciens  annalistes  de  la 

autre  côté,  comme  Eginhard'  &  nos  anciens  manière  suivante  : 

annalistes  rapportent  le  voyage  de  Charle-  V.  Hieme   (799)  '  transacta  misît  ad  ïllum 

agne  sur    les  côtes  de  l'Océan ,    à  Tours  pater  rex,  ut  ad  se  contra  S  axones  euntem , 

in l'O-^  __.-»?  1  .  ^     ^ 7„ .         • y^      •      • 


m 


&  à  Rouen,  sous  l'an  800,  ce  critique'  est 
obligé  de  supposer  que  ce  prince  fit  deux 
fois  ce  voyage  ,  savoir  cette  dernière  an- 
née,  &  l'an  8o5.  Mais  il  est  évident  que 
ce  n'est  qu'un  seul  &  même  voyage  5  car 
1°  suivant  l'Astronome  ''  &  tous  les  autres 
anciens  historiens,  Charlemagne  ne  parcou- 
rut qu'une  seule  fois  le  dedans  du  royaume 
depuis  l'an  799  jusqu'à  sa  mort,  &  ils  rap- 


cum  populo,  quo  posset,  venir  et.  Qui  ire  non 
differens,  ad  eum  Aquisgrani  venit,  &  cum 
ipso  ad  Fremersheim,  ubi  placitum  générale 
habuit,  super  ripam  Reni  perrexit.  In  Saxo- 
nia  cum  pâtre  usque  ad  missam  S.  M.artinl 
perduravit.  Inde  a  Saxonia  cum  pâtre  exiit, 
&  in  Aquitaniam,  magna  hiemis  exacta  parte, 
concessit. 

Hieme  (800)  '  porro  transacta  Carolus  îm- 


portent  tous  les  mêmes  circonstances  de  perator,  tempus  opportunum  nactus,  utpote  ab 
ce  voyage;  2°  par  les  années  marquées  à  externis  quiescens  bellis,  coepit  circumire  loca 
la  marge  de  l'Astronome,  ce  voyage  de-  sui  regnimari  contigua.  Quod  dumLudovicus 
vroit  appartenir  à  l'an  802  ,  &  il  ne  peut  ''^^  comperisset  Rothomagum  misso  legato 
être  rapporté  à  l'an  8o5,  puisqu'il  est  cer-  Hademaro,  petiit  eumin  Aquitaniam  divertere, 
tain,  par  cet  historien  même,  que  Char- 
lemagne le  commença  à  la  fin  de  l'hiver 
&  qu'il  le  continua  au  printemps.  Or, 
Eginhard  atteste  que  ce  prince  demeura'  à 
Aix-la-Chapelle,  en  8o5,  depuis  le  commen- 
cement de  l'année  jusqu'au  mois  de  juillet. 
Le  voyage  de  Charlemagne  sur  les  côtes 
de    l'Océan  ,    rapporté    par  l'Astronome  , 


5-  regnum  quod  sibi  dederat  invisere  &  ad  lo- 
cum  qui  Cassinogilus  vocatur  venire.  Cujus 
petitionem  pater  honorabiliter  suscepit  5-  filio 
gratins  egit  ;  petita  tamen  negavit  &  ut  sibi 
Turonum  occurreret  mandavit:  Quo  fdius  ve~ 
niens  gratulabunde  ab  eo  nimis  susceptus,  & 
in  Franciam  redeuntem  Vernum  usque  prose- 
cutus  est.  A  quo    digrediens   in   Aquitaniam 


Note 
90 


ae    1  wcean  ,    rapporte    par  1  Astronome  ,       ^"■'■"■^  ^■"-  ^  •/""    ui^h^ulcih    m   jiquuamam 
n'est  donc  pas  différent  de  celui    que    ce      regressus  est.  Succedente^  vero  aestate ,  Rex 


prince  entreprit  en  800,  comme  M.  de 
Marca^en  convient;  ce  qui  prouve  que  les 
faits  de  la  Vie  de  Louis  le  Débonnaire  ne 
sont  pas  marqués  de  suite  dans  l'ouvrage  de 
cet  historien,  &  à  mesure  qu'ils  sont  arri- 

'  Astronome,  p.  250. 

"  Eginhard,  p.  26  1. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  806,  n.  60. 

*  Astronome,  p.  290. 

^  Eginhard,  Annales,  p.  2.53. 

^  Marca  Hispanica,  p.  284. 


Carolus  ad  eum  misit,  mandans  ut  secum  in 
Italiam  proficiscereiur  ;  sed'  mutato  consilio 
jussus  est  domi  manere. 

Rege  autem  Romam  pergente  ,  ibidemquc 
infulas  imperatorias  suscipiente ,  rex  Ludovi- 
cus  Tolosam  abiit  iterum ,  atque  inde  in  His~ 

'  Pagi,  ad  ann.  801,  n.   12. 

*  Astronome,  dans  Duchesne,  t.  2,  p.  290,  lig.  i 
fcs  suiv.  &  Pertz,  t.  2,  p.  61  i  &  suiv. 

^  Ihid.  lig.  3o  &  suiv.   &  Pertz,  t.  2,  p,  (5i2. 

*  Ibid.  lig.  6  £«.  suiv.  &  Pertz,  t.  2,  p.  611, 


on-T. 

7J0. 


Note 
90 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


33 1 


paniam  contendit.  Cui  Barcînnonae  appropin- 
quanti  Zaddo  dux  ejusdem  civîtatîs  tamquam 
subjectus  occurrit,  nec  tamen  civitatem  dedi- 
dit  ;  quam  trans^rediens  rex  &•  Hillerdae  su- 


On  voit  par  là  que  les  deux  seules  trans- 
positions qui  se  trouvent  manifestement 
dans  cet  endroit  de  la  Vie  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire étant  remises  à  leur  place,   tous 


Noie 
90 


perveniens   subegit  illam  atque  subvertït les  faits  se   suivent    &   sont  conformes  à  la 


consumpta.    Quibus   expletis   imminente  jam 
hieme  ad  propria  rediit. 

JEstate  (801)  '  hanc  sequente  Zaddo  dux 
Barcinonensis  suasus  est  a  quodam  sibi ,  ut 
putabat ,  amico ,  Narbonam  usque  procedere. 
Qui  comprehensus ,  Ludovico  régi  est  adduc- 
tus ,  &■  patri  Carolo  itidem  perductus.  Ipso 
tempore  Ludovicus  rex  coacto  populo  regni 
sui  Tolosae,  de  his  quae  agenda  videbantur 
tractans  deliberabat.  Burgundione  namque 
mortuo  ,  &c....  igni  conjlagrarent.  His  perac- 
tis  succedente  tempore  visum  est  Régi  &  con- 
siliariis  ejusut  ad  Barcinnonam  oppugnandam 

ire   deberent erant   autem  ibi    Willelmus 

primus  signifer cogitantes  quod  Franci 

hiemis  asperitate  a  civitatis  cohiberentur  ob- 
sidione...  quum  enim  longa  fessam  obsidione 


chronologie  de  tous  les  autres   historiens 
du  temps. 

VI.  Cela  posé  ,  rien  ne  nous  empêche  de 
rapporter  la  prise  de  Barcelone  par  Louis  lo 
Débonnaire  à  l'an  801,  avec  Eginhard,  tous 
les  autres  anciens  '  annalistes  &  nos  meil- 
leurs '  critiques  ;  &  quoique  l'auteur  Je  la 
Chronique  de  Moissac  ^  parle  de  cette 
prise  sous  Tan  8o3,  on  peut  le  concilier 
avec  les  autres,  en  supposant  qu'il  n'en 
parle  dans  cet  endroit  que  comme  d'une 
chose  passée  depuis  quelque  temps.  En 
effet,  après  avoir  dit  un  mot  de  Charle- 
magne  &  remarqué  que  durant  l'an  8o3  il 
n'y  eut  aucune  guerre  ,  il  vient  ensuite  au 
siège  &  à  la  prise  de  Barcelone  ,  mais  sans 
rien  marquer  de  positif  sur  son  époque;  il 


nostri  tenerent  urbem Regem  vocant dit  seulement  que  cette  ville  fut  prise  sous 


F'enit  ergo  ad  exercitum  suum  urbem  vallan- 
tem,  atque  indesinenti  oppugnatione  sex  heb- 
domadibus  perduravit,  6-  tandem  superata  vie- 

fcri  manus   dédit Porro  posthaec...  hi?- 

mandi  gratia  ad  propria  rediit...  est  reversus. 

Redeunte  (804)  "  porro  tempore  aestivo,  im- 
perator  gloriosissimus  Carolus Saxoniam petiit^ 
mandans  filio  ut  &  ipse  tanquam  in  eadem 
terra  hiematurus,  se  subsequeretur.  Quod  ipse 

agere  festinans  ad  Neusciam  venit Finito 

tandem  diutino  atque  cruentissimo  Saxonico 
hello ,  quod,  ut  ferunt  ,  triginta  trium  anno- 
rum  tempus  occupavit,  Ludovicus  rex  a  pâtre 
dimissus  in  regnum  proprium  ad  hiberna  sese 
cum  suis  collègit. 

Rege  (809)  ^ porro  Ludovico  in  Aquitania  hi- 
bernum  exigente  tempus, paterRex  eum  manda- 
vit  venire  ad  suum  colloquium  Aquisgrani  in 
purificatione  sanctae  TAariaegenitricisDei.  Cui 
occurrens  &  quousque  plaçait  cum  eo  commo- 
rans  quadragesimae  tempore  rediit.  At  succe- 
dente aestate  cumquantovisumest  ei  bellico  ap- 
paratuin  Hispaniam  proficiscitur,  profectusque 
per  Barcinnonam  &  veniens  Tarraconam,  &c. 

■  Astronome,  dans  Duchesne,  t.  2,  p.  2(,o,  lig.  37 
&  suiv.  81  p.  3i. 

^  Ihid,  p.  290,  lig.  17  &  suiv. 
'  Ibid.  p.  291,  lig.  3o  &suiv. 


le  règne  d'Abulas  ,  régnante  in  Hispania 
Abulas ,  lequel  monta  sur  le  trône  en  793* 
&  régna  fort  longtemps.  On  peut  donc  rap- 
porter en  801  le  siège  de  Barcelone  dont 
parle  le  Chronographe  de  Moissac  sous 
l'an  8o3. 

Il  est  vrai  qu'il  n'est  pas  d'accord  avec 
Eginhard  touchant  la  durée  de  ce  siège,  & 
qu'il  assure  que  cette  ville  fut  prise  par 
Louis  le  Débonnaire  après  sept  mois  d'at- 
taque; au  lieu  que  l'autre  la  fait  durer 
deux  ans  :  mais  ces  historiens  peuvent  en- 
core être  conciliés  là-dessus,  en  supposant 
que  Louis  fit  investir  Barcelone  par  ses 
troupes  en  799,  qu'elles  la  bloquèrent  jus- 
qu'en 801^  &  que  ce  prince  l'ayant  a^ttaquée 
dans  les  formes  cette  dernière  année,  il  la 
prit  dans  l'espace  de  sept  mois.  Aussi  est-il 
certain  ^  que  Louis  ne  peut  pas  avoir  con- 
tinué en  personne  le  siège  de  Barcelone 
pendant  deux  ans,  puisque  ce  prince  servit 

'  Eginhard,  Annales,  p.  253.  —  Chronicon  apud 
Marcam  Hispanicantj  c.  758. 

"  Pagi,  ad  ann.  801,  n.   10  8c  12. 

^  Chronique  de  Moissac,  p.   144  &.  seq. 

■•  Roderic  de  Tolède,  c.  22. 

^Eginhard,  Annales,  p.  253.  —  Astronome, 
p.  296.  —  Le  Cointe,  ad  ann.  799,  n.  24. 


Note 
9° 


33: 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


en  Saxe  en  799,  &  ne  revint  en  Aquitaine 
qu'après  la  Saint-Martin;  &  que  l'an  800 
il  alla  rejoindre  son  père  à  Tours.  Il  aura 
donc  envoyé  seulement  des  troupes  dès 
l'an  799  pour  bloquer  la  ville  de  Barcelone 
en  attendant  qu'il  pût  l'assiéger  lui-même 
dans  toutes  les  formes,  ce  qu'il  n'aura  fait 
qu'après  l'assemblée  générale  du  royaume 
d'Aquitaine  qu'il  tint  à  Toulouse  au  com- 
mencement de  l'an  801 ,  &  c'est  seulement 
depuis  cette  dernière  époque  que  le  Chro- 
nographe  de  Moissac  aura  compté  le  temps 
du  siège,  qu'Eginhard  aura  calculé  d'un  au- 
tre côté  depuis  la  première. 

VII.  On  pourroit  trouver  encore  un  autre 
moyen  de  concilier  ces  deux  historiens,  en 
supposant  que  la  place  ne  fut  investie  que 
l'an  801 ,  &  qu'elle  se  rendit  en  8o3  ,  après 
deux  ans  de  siège,  ce  qui  nous  obligeroit 
de  dire  qu'Eginhard  a  rapporté  l'époque  de 
la  prise  de  Barcelone  sous  l'année  où  elle 
avoit  commencé  d'être  attaquée.  Mais  le 
texte  de  cet  auteur  est  trop  clair  pour  pou- 
voir souffrir  une  telle  interprétation  :  ainsi 
nous  ne  faisons  pas  de  difficulté  de  rappor- 
ter avec  plusieurs  de  nos  historiens  moder- 
nes '  la  prise  de  Barcelone  à  l'an  801. 
Mais  quand  même  elle  ne  seroit  arrivée 
que  l'an  8o3j  il  sera  toujours  vrai  qu'elle 
a  précédé  l'entrée  de  S.  Guillaume  dans  le 
cloître ,  &  que  le  P.  le  Cointe  n'a  aucune 
raison  de  placer  cette  prise  sous  l'an  807. 
On  voit  par  là  en  même  temps  que  c'est 
mal  à  propos  que  quelques-uns  multi- 
plient" les  sièges  &  les  prises  de  Barce- 
lone sous  Louis  le  Débonnaire,  de  même 
que  le  P.  le  Cointe  a  multiplié  sans  néces- 
sité la  prise'  de  Zade,  gouverneur  de  cette 
ville. 

VIII.  Sur  ces  raisons,  nous  ne  doutons 
pas,  avec  plusieurs  de  nos  historiens'*,  que 
S.    Guillaume,  fondateur   de  Gellone,   ne 


'  Marca  Hispanica,  p.  284  &  seq.  —  Pagi,  ad 
ann.  801,  n.  10  &  12. 

'  Coràemoy,  Histoire  de  France,  t.  i^p.  592,601, 
6o5,  606,  610  &  seq. 

3  Le  Cointe,  ad  ann.  807,  n.  3o  ;  ad  ann.  806, 
p.  68  &  seq. 

^  Cordemoy,  Histoire  de  France,  t.   1,  p.  61  1.  

Le  Cointe,  ad  ann.  807,  n.  3oj  ad  ann.  806,  n.  68 
&  seq.  —  Labbe,  Taèl.  ^én.  p.  ^21 


se  soit  trouvé  au  siège  de  cette  place,  & 
qu'il  ne  soit  le  même  que  le  premier  porte- 
enseigne  de  la  couronne  qui  commanda  un 
corps  d'armée  dans  cette  occasion.  Nous 
savons  d'ailleurs  que  ce  duc  exerça  les  pre- 
mières charges  de  l'État  :  Petente  domno 
Guillelmo  monacho,  qui  in  AULA  genitoris 
nostri  Caroli  Augusti  cornes  extitit  claris- 
simus ,  dit  Louis  le  Débonnaire  ,  dans 
une  charte  '  en  faveur  de  l'abbaye  de 
Gellone,  ou  comme  s'exprime  l'auteur" 
contemporain  de  la  Vie  de  S.  Benoît 
d'Aniane  :  Guillelmus  cornes,  qui  in  aula 
imperatoris  prae  cunctis  erat  clarior.  Enfin, 
un  ancien  martyrologe  de  l'abbaye  de 
Gellone  le  qualifie  comte  palatin',  &  sui- 
vant l'auteur  de  sa  vie  ^,  il  fut  capitaine  de 
la  première  cohorte,  dux  primae  cohortis. 
Nous  savons,  d'ailleurs',  qu'après  avoir  fait 
longtemps  la  guerre  aux  Sarrasins,  il  ne  son- 
gea à  se  retirer  dans  le  cloître  que  lors- 
qu'il eut  entièrement  délivré  la  Septimanie 
de  la  crainte  de  ces  infidèles,  dont  les  cour- 
ses dans  cette  province  ne  cessèrent  entiè- 
rement qu'après  la  prise  de  Barcelone.  Il 
paroît  donc  certain  que  ce  seigneur  se 
trouva  au  siège  de  cette  place. 

IX.  L'époque  de  la  retraite  de  ce  duc  ar- 
rivée en  806  fait  voir  d'un  autre  côté,  con- 
tre le  P.  le  Cointe,  que  le  siège  de  Barce- 
lone est  antérieur  à  cette  année.  Il  est 
constant,  en  effet,  que  S.  Guillaume  étoit 
déjà  profès  de  Gellone  à  la  fin  de  l'an  807, 
ce  qui  paroît  par  une  charte  ^  que  Louis, 
roi  d'Aquitaine ,  donna  alors  en  sa  fa- 
veur. Le  P.  le  Cointe  %  pour  éluder  cette 
autorité,  réforme  à  sa  fantaisie  la  date  de 
cette  charte  qu'il  rapporte  à  l'an  809,  sous 
prétexte  quel'indiction  x  ne  convient  pas 
à  l'an  807  ,    ce  qui  est  vrai  ;  mais  elle   ne 

'  Voyez  aux  Preuves,  sous  le  n.  XIV,  Charte 
de  Louis  le  Débonnaire  en  faveur  de  Vabhaye  de 
Saint-Guillem  du  Désert, 

'  Acta  Sanctorum  ordinis  sancti  Benedicti,  saec.  4, 
part.   I ,  p.  207. 

^  Ihid.  p.  71 . 

'^  Ibid.  Vita  S.  Guill.  p.  74  &  seq. 

'^  Ibid. 

^  Voyez  aux  Preuves,  la  Charte  n.  XIV  citée  plus 
haut.  —  Mabillon,  Acta  Sanctorum  ordinis  S,  Be- 
nedicti, Vita  S.  Guill.  p.  90,  &  ad  ann.  807,  n.  6. 

'  Le  Cointe,  ad  ann    8z4,  n.  8. 


Note 

90 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  737. 


Note 
90 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


333 


convient  pas  non  plus  à  l'an  809;  il  n'y  a 
qu'à  lire  îndictîon  XV  au  lieu  de  X,  &  tout 
s'accorde  parfaitement.  Aussi  est-il  plus 
aisé  de  croire  que  le  copiste  a  omis  un  V 
après  le  x,  que  de  supposer,  avec  le  P.  le 
Cointe,  qu'il  faut  lire  indiction  u,  ce  qui 
l'oblige  d'ailleurs  à  renverser  toutes  les  au- 
tres notes  chronologiques  qui  s'accordent 
très-bien  avec  l'indiction  XV  ou  avec  la  I. 
X.  S'il  y  a  de  la  difficulté  à  fixer  l'époque 
de  la  prise  de  Barcelone ,  il  n'y  en  a  pas 
moins  à  déterminer  celle  des  autres  événe- 
mens  qui  sont  rapportés  par  l'Astronome 
jusqu'à  l'an  814,  entre  autres  la  prise  de 
Tortose  par  Louis  le  Débonnaire.  Suivant 
la  chronologie  marginale  ajoutée  à  l'ou- 
vrage de  cet  auteur,  les  François  durent 
se  rendre  maîtres  de  cette  ville  en  808  ', 
mais  nous  avons  cru  devoir  en  fixer  l'épo- 
que à  l'an  811.  En  voici  les  raisons  :  1°  se- 
lon l'Astronome  ,  Louis  ne  prit  Tortose 
que  la  seconde  campagne  après  avoir  levé 
le  siège  de  cette  ville.  Or,  les  Annales  d'E- 
ginhard"  &  les  autres  historiens  du  temps 
nous  apprennent  que  ce  prince  le  leva 
en  809,  par  conséquent  il  ne  prit  cette  place 
qu'en  811  ;  2°  un  ancien  historien'  de 
Charlemagne  assure  que  lorsque  Louis  leva 
le  siège  de  Tortose  l'an  809,  il  avoit  été  un 
mois  entier  devant  cette  place.  Or,  ce  prince 
demeura  à  peu  près  le  même  temps  ,  sui- 
vant l'Astronome  *,  lorsqu'ill'assiégea  pour 
la  première  fois  &  qu'il  fut  obligé  d'en 
abandonner  le  siège  deux  ans  avant  que  de 
la  soumettre.  C'est  donc  sous  la  même 
époque,  c'est-à-dire  sous  l'an  809,  qu'il 
faut  placer  ce  qui  est  rapporté  de  la  levée 
du  siège  de  Tortose,  &  dans  les  historiens 
de  Charlemagne,  &  dans  celui  de  Louis 
le  Débonnaire  j  &  comme  ce  dernier  prince 
s'en  empara  deux  ans  après,  ce  dut  être 
en  811.  On  doit  conclure  de  là  que  c'est 
sans  aucun  fondement  que  la  plupart  de 
nos  historiens  modernes  ,  trompés  par  la 
fausse  chronologie  marginale  ajoutée  à 
l'ouvrage   de  l'Astronome  ,  multiplient  les 


'  Astronome,  p.  292. 
'  Eginhard,  Annales,  p.   255. 
magne,  édit.  Duch.  t.  2,  p,  63. 
'  Diichesne,  ibid.  p.  84. 
*  Astronome,  p.  292. 


—  Vie  de  Charîc- 


siéges   &  la  prise  de  cette  ville ,   &   qu'ils 
se  contredisent  les  uns  les  autres. 

XI.  M.  de  Marca  '  qui  n'a,  avec  raison  , 
aucun  égard  à  cette  chronologie  marginale, 
après  avoir  fixé  la  prise  de  Barcelone  à 
l'an  801 ,  rapporte  à  l'année  suivante  la  le- 
vée du  siège  de  Tortose,  &  sa  prise  deux 
ans  après,  ou  l'an  804.  Mais  comme  il  est 
constant  ,  par  les  Annales  d'Eginhard  ,  que 
Louis  n'étoit  pas  encore  maître  de  cette 
ville  l'an  809,  ce  prélat,  pour  se  tirer  de 
cette  difficulté  ,  suppose ,  sans  aucune 
preuve  ,  que  les  Sarrasins  reprirent  cette 
place  l'an  808,  que  Louis  l'assiégea  de  nou- 
veau l'an  809,  &  qu'ensuite,  sans  marquer 
l'année,  elle  se  rendit  aux  Françoise 

XII.  Le  P.  Pagi',  après  avoir  réfuté  M.  de 
Marca ,  prétend  que  Louis  le  Débonnaire 
assiégea  Tortose  trois  diverses  fois ,  savoir  : 
En  806,  en  808  &  en  809,  &  que  ce  prince 
leva  chaque  fois  le  siège,  &  il  ne  dit  rien  de 
la  soumission  de  cette  place  aux  François. 

XIII.  Le  P.  Daniel  ■•  ne  multiplie  pas 
moins  les  entreprises  de  Louis  contre  cette 
même  ville.  Il  prétend  ,  sans  aucune  auto- 
rité, que  ce  prince  la  prit  d'abord  en  808, 
que  les  Sarrasins  la  reprirent  peu  de  temps 
après,  &  que  Louis  l'assiégea  de  nouveau 
en  809. 

XIV.  M.  de  Cordemoy'  rapporte  la  pre- 
mière attaque  &  la  levée  du  siège  de  Tortose 
à  l'an  806;  il  fait  prendre  ensuite  cette  ville 
par  Louis  le  Débonnaire  en  808  ,  &  pour 
se  tirer  d'embarras,  il  ne  dit  rien  du  siège 
de  la  même  place  par  ce  prince  ,  rapporté 
par  Eginhard  sous  l'an  809. 

XV.  Enfin  le  P.  le  Cointe  ®  prend  une 
voie  toute  différente ,  & ,  sans  s'arrêter  à 
la  chronologie  marginale  de  la  vie  de  Louis 
le  Débonnaire,  il  fait  assiéger  Tortose 
l'an  808,  par  Louis  en  personne,  &  lui 
en  fait  lever  le  siège  la  même  année.  Il 
ajoute   que    les  François  l'assiégèrent   de 

'  Marca  Hispan'ica,  p.  298  &  seq. 

'  Voyez  la  Note  CI. 

^  Pagi,  ad  ann.  806,  n.  i5,  &  808,  n.  i3,  809, 
n.  10. 

^  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p-  541. 

'  Cordemoy,  Histoire  de  France,  t.  1,  p.  621 
&  63i. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  808,  n,  5  ;  ad  ann.  809, 
n.  i;  ad  ann.  Sic,  n.  53. 


Note 
90 


Note 
90 


334 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig, 

t.  1, 
p.  738. 


nouveau  l'année  suivante  en  l'absence  de  ce 
prince,  ce  qui  est  contre  le  témoignage 
d'Eginhard;  mais  qu'enfin  Louis  l'ayant 
encore  assiégée  en  810,  il  s'en  rendit  alors 
le  maître. 

XVI.  Toutes  ces  contrariétés  disparois- 
sent  en  supposant,  comme  nous  l'avons 
déjà  fait  voir,  qu'il  n'y  a  aucun  fonds  à 
faire  sur  les  années  ajoutées  à  l'ouvrage  de 
l'Astronome,  &  qu'il  faut  fixer  l'époque  des 
faits  qui  y  sont  énoncés  par  la  chronologie 
certainedes  autres  historiens  ou  annalistes. 
Ainsi  l'époque  de  la  levée  du  siège  de  Tor- 
tose  par  Louis  le  Débonnaire  en  personne, 
dont  l'Astronome  fait  mention,  doit  être 
rapportée  à  l'an  809,  suivant  Eginhard,  qui 
la  fixe  cette  année.  Et  comme  l'Astronome 
assure  d'un  autre  côté  que  cette  ville  fut 
prise  par  Louis  deux  ans  après  qu'il  en  eut 
levé  le  siège,  il  s'ensuit  qu'elle  tomba  au 
pouvoir  des  François  vers  l'an  811. 

Selon  ce  dernier  historien,  l'expédition 
de  Louis  le  Débonnaire  contre  les  Gas- 
cons révoltés  &  son  voyage  à  Pampelune 
sont  postérieurs  à  la  prise  de  Tbrtose  & 
antérieurs  à  l'association  de  ce  prince  à 
l'empire,  laquelle  arriva  enSiS.  Or  comme 
nous  savons  que  Louis  passa  tout  Tété  de 
cette  dernière  année  avec  l'empereur  son 
père, il  fautque  cette  expédition&ce  voyage 
appartiennent  à  l'an  812.  Par  là  nous  assu- 


[AJdîtions  &■  corrections  pour  quelques  endroits 
du  IX'^  livre  &  des  Notes  LXXXVII  &  XC] 


Note 

ADUIT. 


I. 


T  'impression  de  ce  volume  étoit  près-   Éd  orig. 
moldus    Nigellus  ,    qui     a    écrit    en     qua- 


que  finie  ,    quand    le   poëme    d'Er-    p;"^5^ 


tre  livres,  vers  l'an  826,  les  guerres  de 
Louis  le  Débonnaire  &  les  principaux 
événemens  de  la  vie  de  ce  prince  jusqu'à 
cette  année,  est  tombé  entre  nos  mains. 
M.  Muratori  qui  l'a  donné  depuis  peu 
dans  sa  collection  des  écrivains'  de  l'His- 
toire d'Italie  ,  &  qui  l'avoit  éclairci  par 
de  savantes  notes,  croit  que  cet  auteur 
n'est  pas  différent  de  l'abbé  Ermoldus  que 
Louis  le  Débonnaire  envoya  en  884  à  Pé- 
pin, son  fils,  pour  l'engager  à  restituer  les 
biens  qu'il  avoit  usurpés  sur  l'église  d'Aqui- 
taine; &  d'Ermenaldus,  abbé  d'Aniane  en 
835  &  837.  Il  fonde  son  sentiment,  1°  sur 
la  ressemblance  des  noms  &  l'autorité  de 
dom  Mabillon;  2"  sur  ce  qu'Ermoldus,  qui 
étoit  actuellement  en  exil  à  Strasbourg, 
lorsqu'il  écrivoit  son  poëme,  témoigne  en 
plusieurs  endroits  qu'il  souhaite  de  re- 
tourner dans  les  Etats  de  Pépin,  roi  d'Aqui- 
taine, son  maître  :  or,  ajoute  M.  Muratori, 
l'abbaye  d'Aniane  dépendoit  alors  des  Etats 
de  ce  prince;  3"  enfin,  sur  les  grands  éloges 
que  cet  auteur  donne  à  S.  Benoît  d'Aniane 
dont  il  décrit  une  partie   de  la  vie  &  dont 


rons  la  suite  des  autres  faits  rapportés  par      n  paroît  même  qu'il  étoit  disciple  par  les 
le   même   historien   jusqu'à  l'an  814,   sur      yQj.^  suivans,  qui    terminent   le    troisième 
l'époque  desquels    nos  modernes    ne  sont      livre  : 
pas  plus  d'accord  que  sur  celle  du  siège  de 
Tortose.    Il   est    vrai   qu'il  faut  admettre 
nécessairement    un    vide    dans   la  Vie   de 
Louis  le  Débonnaire  par  l'Astronome,  de- 
puis l'an  804  jusques  à  l'an  809,  mais  cela 
ne  souffre  aucune  difficulté,   puisqu'il  y  en 
a  de  semblables  dans  le  même  historien  ; 
soit  parce  que  Louis  demeura  en  paix  &  qu'il 
ne  se  passa  rien  de  considérable  pendant 
cet  intervalle,   soit  que   cet  auteur  ayant 


Jam  Bénédicte,  tuum  complesti  ex  ordine  cursum, 
Servastlque  fidem,  Paulus  ut  ore  tonat. 

Nunc  paradisiaca  residens  laetanter  in  aula 
yEquivocum  sequeris,  quem  hic  imitatus  eras  , 

Tertius  in  vestro  finem  tenet  ecce  libellus 
Nomine,  ut  Ennoldi  sis  memor  aime  tut. 

Nous  adopterions  volontiers  la  conjec- 
ture de  M.  Muratori,  si  la  seconde  raison 
écrit  son  ouvrage  sur  le  rapport  d'autrui  '  ,  dont  il  se  sert  pour  l'établir  ne  la  détrui- 
ainsi  qu'il  l'atteste  lui-même,  jusqu'à  ce  soit  entièrement;  car  il  est  certain  que  la 
que  Louis  prît  la  couronne  impériale,  il  Septimanie,  où  l'abbaye  d'Aniane  étoit  si- 
ait  omis  de  faire  mention  de  quelques  faits  tuée,  ne  dépendoit  plus  du  royaume  d'A- 
de  moindre  importance  ou  qui  n'étoient  pas  quitaine  en  826  &  qu'elle  en  avoit  été 
venus  à  sa  connaissance. 

'  Rerum    Italicarum    script,    t.    2,    part.  2,    p.  3 
'  Astronome,  p.  207.  _  &  seq. 


Note 

séparée  '  par  le  partage  de  l'an  817.  Ainsi 
Ermoldus  aura  été  abbé  de  quelque  autre 
monastère  situé  dans  les  Etats  de  Pépin; 
il  y  en  avoit  plusieurs  dans  le  royaume  d'A- 
quitaine que  S.  Benoît  avoit  réformés,  & 
où  il  avoit  envoyé  des  disciples  :  peut-être 
Ermoldus  aura  été  tiré  immédiatement 
d'Aniane,  pour  être  abbé  de  quelque  mo- 
nastère d'Aquitaine  :  ou  bien  il  l'étoit  de 
celui  de  Conques"  en  Rouergue,  dont  il 
décrit  la  fondation  fort  au  long.  Il  peut 
avoir  succédé  à  Anastase  qui  gouvernoit 
cette  dernière  abbaye'  en  823. 

II.  Cetauteur  emploie  la  plus  grande  par- 
tie du  premier  livre  à  décrire  le  siège  &  la 
prise  de  Barcelone,  par  Louis  le  Débon- 
naire. Il  parle  entre  autres  de  la  diète  qu3 
ce  prince  tint  pour  délibérer  sur  cette  ex- 
pédition, &  qui,  selon  l'Astronome^,  s'as- 
sembla à  Toulouse.  Voici  ce  qu'il  en  dit  : 

Tempore  vernali  '  cum  rus  tepefacta  virescit, 

Brumaque  sidereo  rore  fugaate  fugit , 
Pristinus  ablatos  remeans  fert  annus  odores; 

Atque  humore  novo  fluctuât  herba  recens  ; 
Regni  jura  movent,  renovantque  solentia  reges 

Quisque  suos  fines  ut  tueantur  adit. 
Nec  minus  accito  Francorum  more  vetusto 

Jam  satus  a  Carolo  agmina  nota  vocat, 
Scilicet  electos  populi,  seu  culmina  regni  , 

Quorum  consiliis  res  peragenda  manet. 
Occurrunt  celeres  primi  parentque  volendo  , 

Quos  sequitur  propius  vulgus  inerme  satis. 
Considunt  moniti.  Solium  rex  scandit  avitum  ; 

Caetera  turba  foris  congrua  dona  parât. 
Incipiunt  fari  :  Coepit  tune  sic  Carolltes, 

Haec  quoque  de  proprio  pectore  verba  dedlt  : 
Magnanimi  proceres,  meritls  pro  munere  digni, 

Limina  quos  patriae  praeposuit  Carolus, 
Ob  hoc  cunctipotens  apicem  concessit  honoris 

Nobis,  ut  populo  rite  feramus  opem. 
Annuus  ordo  redit  cum  gentes  gentibus  instant , 

Et  vice  parti  ta  Ma  rtis  in  arma  ruunt. 
Vobis  nota  satis  res  haec  incognita  nobis  : 

Dicite  consilium,  quo  peragamus  iter. 
Haec  rex;  atque  Lupus  fatur  sic  Santio  contra, 

Santio,  qui  prapriae  gentis  agebat  opus, 
Wasconum  princeps,  Caroli  nutrimine  frétas, 

'  Voyez  Note  XCIV. 

'  Ermoldus  Nigellus,  p.   12  &  seq.  vers.  io5. 

'  Gall'ia  Chriitiana,  nov.  edit.  t.   i,  p.  233. 

^  Astronome,  p.  290. 

'  Ermoldus  Nigellus,  p.   19  &  seq. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


33: 


Ingenio  atque  fide  qui  superabat  avos  : 
Rex,  censura  tibi  nobis  parère  necesse  est  , 

Haustus  consilii  cujus  ab  ore  fluit. 
Si  tamen  à  nostris  agitur  modo  partibus  haec  res, 

Parte  mea,  testor,  pax  erit  atque  quies, 
Duxque  Tolosana  fatur  If^illelmus  ai  urbe  , 

Poplite  flexato  lambitat  ore  pedes  : 
O  lux  Francorum,  rex,  &  pater,  arma,  decusque, 

Qui  meritis  patres  vincis  &  arte  tuos, 
Virtus  celsa  tibi,  &  rector  sapientia,  magne 

Concordi  voto  patris  ab  amne  meant. 
Rex  âge,  consiliis,  si  dignor,  consule  nostris 

Atque  meis  votis,  rex  pietate  fave. 
Gens  est  tetra  nimis  Sarae  de  nomine  dicta, 

Quae  fines  nostros  depopulare  solet, 
Fortis,  equo  fidens,  armarum  munere  necnon  , 

Quae  mihi  nota  nimis,  &  sibi  notus  ego. 
Moenia,  castra,  locos,  seu  caetera  saepe  notavi  ; 

Ducere  vos  possum  tramite  pacifico. 
Est  quoque  praeterea  saeva  urbs  in  finibusillis, 

Causa  mali  tanti  quae  sociata  manet. 
Si  pietate  De.i,  vestro  faciente  labore, 

Haec  capiatur,  erit  pax  requiesque  tuis. 
Illuc  tende  gradum  rex,  infer  munera  maitis. 

Et  Willelmus  erit  praevius,  aime,  tuus. 
Tum  rex  adridens  verbis  ita  fatur  amicis, 

Amplectens  famulum,  oscula  datque  capit  : 
Gratia  nostra  tibi,  Caroli  sit  gratia  patris  ; 

Dux  bone,  pro  meritis  semper  habebis  honos. 
Haec  quoque  quae  recinis,  jam  dudum  pectoris  arce 

Ponere  cura  fuit;  nunc  recitata  placent. 
Consulo  consiliis,  ut  poscis,  consulo  votis  5 

Adventum  citius  credito,  France,  meum. 
Namque  unum  fateor,  cogor  tibi  dicere.  Wilhelm, 

Tu  modo  mente  avida  suscipe  verba  mea. 
Si  mihi  vita  comes  domino  tribuente  supersit. 

Ut  reor,  atque  meum  prosperet  ipse  itiner, 
Possim  aut  Barchinona  tuos  fera  cernere  muros, 

Quae  tôt  bella  meis  laetificata  canis, 
Testor  utrumque  caput  (humeris  fortasse  recumbens 

Wilhelmi  comitis,  haec  quoque  dicta  dabat) 
Aut  mihi  Maurorum  contra  stet  turba  profana, 

Seque  suosque  tegens  praelia  Martis  agat, 
Aut  tu  Barchinona  volens  nolensque  vetata 

Pandere  claustra  jubés',  &  mea  jussa  petes. 
Hoc  dicto,  proceres  vario  sermone  fremebant, 

Almificis  pedibus  basia  stricta  dabant. 
Tum  rex  Bigonem  verbis  compellat  amatum , 

Auribus  in  cujus  dulcia  verba  sonat  : 
Ito,  celer  Bigo  ;  haec  nostrorum  edicito  turbis, 

Atque  tuo  nostra  pectore  verba  tene. 
Virginis  ut  primum  Titan  conscenderit  astrum, 

Et  soror  in  propria  sede  sequetur  iter, 
Agmine  densato  praefatae  exercitus  urbis 

Moenia  noster  ovans  occupet  arma  tenens,  &c. 

'  Pro  juleb'ts. 


Note 

AUDIT. 


Éd.orig, 
t.  I. 

-P-  757- 


Note 

ADDIT. 


336 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


On  voit  par  ces  vers  que  Guillaume ,  duc 
de  Toulouse^  détermina  Louis  le  Débon- 
naire à  entreprendre  le  siège  de  Barcelone^ 
&  par  lessuivans',  qu'il  se  trouva  non- 
seulement  en  personne  à  ce  siège,  mais  en- 
core qu'après  le  roi,  il  y  exxt  le  principal 
commandement,  &  qu'il  s'y  distingua  par 
divers  exploits.  Outre  le  titre  de  duc  de 
Toulouse,  Ermoldus  donne  à  Guillaume 
celui  de  prince  des  Goths",  &  fait  entendre, 
en  plusieurs  endroits  de  son  ouvrage  que 
ce  seigneur  avoit  le  commandement  ordi- 
naire dans  la  Marche  d'Espagne  où  il  avoit 
entrepris  diverses  expéditions^  ce  qui  con- 
firme ce  que  nous  avons  dit  ailleurs  %  sa- 
voir, que  Guillaume,  duc  de  Toulouse,  est 
le  même  que  S.  Guillaume,  fondateur  de 
Gellone,  &  Guillaume,  premier  porte-ensei- 
gne ,  qui  se  trouva  au  siège  de  Barcelone  5 
&  qu'enfin  en  qualité  de  duc  de  Toulouse, 
il  avoit  une  autorité  supérieure  dans  toutes 
les  provinces  qui  composoient  le  royaume 
d'Aquitaine,  excepté  dans  la  Gascogne  qui 
avoit  ses  ducs  particuliers. 

III.  Il  est  parlé ,  en  effet,  au  même  en- 
droit, de  Loup  Sanche,  prince  des  Gascons, 
qui  se  trouva  ■*  à  la  diète  de  Toulouse  &  en- 
suite au  siège  de  Barcelone.  C'est  à  ce  seul 
monument  que  nous  devons  la  connoissance 
de  ce  seigneur  qui  étoit  sans  doute  de  la 
famille  d'Adalaric,  duc  de  Gascogne,  pros- 
crit à  la  diète  de  Worms  de  l'an  790.  Il  n'en 
est  pas  parlé',  à  la  vérité,  dans  la  Charte 
d'Alaon  où  la  généalogie  de  cette  maison 
est  rapportée  jusqu'à  l'an  845,  mais  comme 
cette  charte  nous  apprend^  que  le  père 
d'Adalaric  s'appeloit  Loup,  &  qu'après  la 
révolte  de  ce  dernier,  en  778,  Charlemagne 
accorda  à  l'autre  une  partie  de  la  Gascogne , 
il  est  assez  vraisemblable  que  Loup  San- 
che obtint  alors  l'autre  partie,  &  qu'il 
étoit  frère  puîné  d'Adalaric.  On  peut  con- 


'  Ermoldus  Nigellus,  p.  24,  26,  26,  27,  28. 

'  Ibid.   p.    25. 

3  Voyez  Note  LXXXVII,  n    7  Scsalv.  Note  XC. 

^  Ermoldus  Nigellus,  p.  24. 

5  Voyez  Note  LXXXIII. 

^  Voyez  aux  Preuves,  sous  le  n.  LXIII,  Charte 
de  Charles  le  Chauve,  en  faveur  de  l'église  de  Tou- 
louse &  des  monastères  de  la  Daurade  &  de  Saint- 
Sernin, 


firmer  cette  conjecture  parce  que,  sui- 
vant Ermoldus  l^igellus,  ce  prince,  pour 
s'assurer  sans  doute  de  sa  fidélité,  avoit 
appelé  Loup  Sanche  à  sa  cour  pour  le 
faire  élever  sous  ses  yeux,  &  que  ce  poète 
le  loue  d'être  plus  fidèle  que  ses  ancêtres; 
ce  qui  s'accorde  avec  la  Charte  d'Alaon.  Il 
paroît'  que  ce  seigneur  fut  père  d'Asna- 
rius  &  de  Sanche  Sancion,  comtes  ou  ducs 
de  la  Gascogne  Citérieure.  Asnarius  étant" 
mort  rebelle  à  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine, 
son  frère  Sanche  Sancion  s'empara  de  la 
Gascogne  en  836,  &  il  en  jouissoit  paisi- 
blement en  852.  Arnaud,  son  neveu,  fils 
d'Ymon,  comte  de  Pèrigord  lui  avoit  déjà 
succédé  dans  ce  duché  en  864. 

IV.  Nous  venons  de  voir  que  la  diète 
d'Aquitaine,  qui  précéda  le  siège  de  Barce- 
lone, se  tint'  au  printemps,  &  que  Louis 
le  Débonnaire  ordonna  ensuite  au  comte 
Bigon  de  rassembler  les  troupes,  de  pren- 
dre les  devans  &  d'investir  la  place  lorsque 
le  soleil  entreroit  dans  le  signe  de  la  Vierge , 
c'est-à-dire  vers  la  fin  du  mois  d'août.  Cet 
auteur  ajoute  dans  un  autre^  endroit  que 
les  travaux  du  siège  n'étoient  guère  avan- 
cés au  bout  de  vingt  jours; 

Haec  quoque  bis  denos  per  contraria  soles 
Accidit, 

&  qu'enfin  la  place  se  rendit  un  samedi  à 
la  seconde  lune  : 


Altéra  luna  suos  compleverat  in  ordine  soles,  8cc. 

Il  paroît  qu'on  peut  concluçe  de  là  que 
Barcelone  se  rendit  vers  la  fin  du  mois  d'oc- 
tobre; ce  qui  s'accorde  assez  avec  Eginhard  % 
qui  assure  que  Louis  le  Débonnaire  conquit 
cette  place  pendant  Vété  de  l'an  801.  Il  est 
vrai  que  ce  dernier  historien  fait  durer  le 
siège  pendant  deux  ans  :  Ermoldus  ^  semble 


'  Voyez  Note  LXXXIII,  n.  1 1. 
°  Duchesne,   t     2,   p.  899    &  400  ;  t.  3,  p.    19a 
&  206. 

'  Ermoldus  Nigellus,  p.  22. 

^  Ih'id.  p.  27, 

'  Eginhard,  p.  25i . 

'^  Ermoldus  Nigellus,  p.   i8  &  19. 


Note 

ADDIT. 


■% 


Note 

ADUIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


337 


dire  la  même  chose;  car  outre  que,  suivant 
l'interprétation  de  M.  Muratori,  les  vingt 
soleils  dont  nous  venons  de  parler  peuvent 
s'entendre  de  vingt  mois,  ce  poëte  dit  au- 
paravant que  les  François  avoient  tenté  inu- 
tilement, l'année  quiavoit  précédé  la  diète 
de  Toulouse,  de  se  rendre  maîtres  de  Bar- 
celone aux  environs  de  laquelle  ils  avoient 
fait  le  dégât.  Ce  calcul  ne  sauroit  s'accorder 
cependant  avec  celui  de  l'Annaliste  de  Mois- 
sac",  suivant  lequel  le  siège  de  Barcelone, 
entrepris  par  Louis  le  Débonnaire,  en 
personne,  dura  sept  mois;  d'où  l'on  devroit 
conclure  que  cette  place  ne  se  rendit  que 
vers  le  mois  de  mars  de  l'an  802,  à  moins 
qu'elle  n'eût  été  assiégée  dès  le  mois  d'a- 
vril de  l'an  801.  On  pourroit  concilier,  ce 
semble,  tous  ces  historiens  par  le  témoi- 
gnage de  l'Astronome'  qui,  après  avoir  dit 
que  le  siège  de  Barcelone  fut  très-long, 
rapporte  que  les  assiégeans  voyant  qu'il 
ne  pouvoit  durer  encore  longtemps  appe- 


la dernière  extrémité,  contre  les  efforts 
de  Louis  le  Débonnaire,  sortit  une  nuit 
pour  aller  demander  du  secours  à  Cor- 
doue,  &  qu'ayant  été  pris  dans  le  camp  des 
François,  &  emmené  à  Louis,  ce  prince 
l'envoya  à  Charlemagne,  son  père.  L'Astro- 
nome, que  nous  avons  "  d'abord  suivi,  pré- 
tend au  contraire  que  Zade  fut  fait  pri- 
sonnier à  Narbonne,  avant  la  diète  de 
Toulouse  &  le  siège  de  Barcelone  par 
Louis,  dans  le  temps  qu'il  alloit  se  soumet- 
tre à  ce  prince;  que  les  Sarrasins  élurent 
à  sa  place  Hamur  pour  leur  gouverneur, 
&  que  celui-ci  défendit  cette  ville  pendant 
tout  le  siège.  Nous  croyons  la  narration 
d'Ermoldus  d'autant  plus  fidèle  &  plus 
exacte,  qu'outre  qu'il  écrivoit  dans  un 
temps  peu  éloigné  de  cet  événement,  elle 
est  confirmée  par  Eginhard  &par  l'Anna- 
liste de  Moissac,  qui  rapportent  la  même 
chose.  Ainsi  Hamur  n'aura  été  élu  gouver- 
neur de  Barcelone  à  la  place  de  Zade,  que 


Note 

ADOIT. 


lèrent  Louis  le  Débonnaire,  campé  dans  le  sur  la  fin  du  siège  de  cette  place. 
Roussillon,  pour  lui  faire  honneur  de  la  VI.  Notre  poëte'  fait  mention   de  plu- 
conquête  de  cette  place  qui  se  rendit  enfin  sieurs  comtes  ou  généraux  qui  se  trouvè- 
au  bout  de  six  semaines  après  l'arrivée  de  rent  au  siège   de    Barcelone,   &   dont  les 
ce  prince;  ce  qui  est  confirmé  par  l'Anna-  autres  historiens  ne  disent  rien, 
liste  de  Moissac.  Ainsi,  on  pourroit  suppo- 


ser, comme  nous  l'avons  remarqué  ailleurs, 
^I.T^  que  Barcelone  fut  d'abord  investie  pendant 
P-758  l'été  de  l'an  799,  que  les  troupes  fran- 
çoises  en  continuèrent  le  blocus  en  800 , 
que  Louis  le  Débonnaire  en  fit  commencer 
le  siège  dans  les  formes,  dès  le  mois  d'avril 
de  l'an  801,  &  qu'ayant  ensuite  marché 
avec  toutes  ses  forces  au  mois  d'août  de 
cette  dernière  année,  il  campa  d'abord 
pendant  quinze  jours  avec  une  partie  de 
l'armée  dans  le  Roussillon,  d'où  il  se  ren- 
dit devant  la  place,  qui  se  soumit  vers  la 
fin  du  mois  d'octobre  de  la  même  année  & 
au  bout  de  six  semaines. 

V.  Ermoldus'  raconte  d'une  manière  dif- 
férente de  l'Astronome^  la  prise  de  Zade  , 
gouverneur  de  Barcelone  pour  les  Sarra- 
sins. Il  rapporte  que  ce  seigneur  maure. 


Interea,  dit  cet  auteur,   régis  proceres,  populique 
phalanges 

Dudum  comraoniti,  jussa  libenter  agunt. 
Undique  conveniunt  Francorum  more  catervae, 

Atque  urbis  mures  densa  corona  tenet. 
Convenit  ante  omnes  Carolosatus  agmine  pulchro; 

Urbis  ad  exitium  congregat  ille  duces. 
Parte  sua  princeps  Willelm  tentoria  figit, 

Heripretli,  Liuthard,  Bigoque,  sive  Bero, 
Santio,  Libulfus,  Hllthibret,  atque  Hisimbard, 

Sive  alli  plures,  quos  recitare  mora  est. 
Coetera  per  campos  stabulat  diffusa  juventus, 

Francus,  Wasco,  Getha  sive  Aquitana  cohors. 
It  fragor  ad  coelum,  &c. 

Lieutard   étoit  comte  de  Fezensac,  Béra 
fut  nommé    comte  de  Barcelone  après  la 
prise  de  cette  place  ;  nous  avons  parlé  ail- 
leurs de  Leibulfe  &    d'Isembard   dont   le 
après  avoir  défendu   Barcelone  jusques  à      premier  étoit,  à  ce  qu'il  paroît,  comte  de 

Narbonne  &  l'autre  de  quelque  comté  dans 
'  Annales  de  Moissac,  p.  ,44.  ^^  Marche  d'Espagne. 

*  Astronome,  p.  290. 
'  Ermoldus  Nigellus,  p.  28.  «  Voyez  au  tome  T,  livre  IX,  n.  xcv. 

*  Astronome,  p.  290.  a  Ermoldus  Nigellus,  p.  24. 


I 


II. 


22 


Note 
9' 


338 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  l, 
p.  738. 


■  qu'il    se  trompe  &  qu'elles  appartiennent 

également  à   celui   de  Charles  le  Chauve, 
NOTE   XCi  ^^'"  ^^   est  fait  mention  d'Anne,   fille  de  la 

même  Rotrude  &  petite-fille  du  comte  Béra, 

»  .  ,  ,  dans    un    jugement'    rendu  par   Salomon, 

Epoque  de    la  fondation   de   Vahhaye      comte  de  Roussillon ,   au   mois  d'août  de 

d'Alety    aujourd'hui  évêché.  —    Gé-      la  vingt-neuvième  année  du  règne   de  ce 

néalogîe  du  comte  Béra,  fondateur      prii^ce  ou   de  l'an  868,  &  il  paroît  par  cet 

de  ce  monastère.  ^^^^   ^^^  ^^'"^  ^  ^^  ^^^^  Rotrude  étoient 

déjà  morts  dans  ce  temps-là.  Le  comte  Béra, 

mari  de  Romille,  étant  donc  décédé  avant 

I.  X  TOUS  apprenons  d'une  charte'  qui  est      l'an  844,  il  ne  peut  avoir  fondé  le   monas- 

IN   sans  date,  que    le  comte  Béra    &■  son      tère  d'Alet  sous  le  pontificat  de  Léon  IV, 

épouse  Romille  fondèrent  le  monastère  de  No-      &  il  faut  rapporter  cette  fondation  à  celui 

ire-Dame  d'Alet  dans  leur  propre  fonds,  que  ce      de    Léon    III    qui    siégea  depuis   l'an    793 


comte  avoît,  ou  hérité  de  son  père,  le  comte 
Guillaume,  mort  depuis  peu,  ou  acquis  des  li- 
béralités de  l'empereur  Charles,  son  seigneur, 
&  que  Béra  offrit  ce  monastère,  avec  le  village 
d'Alet,  à  l'église  de  Saint-Pierre  de  Rome,  au 
pape  Léon  &  à  ses  successeurs,  &c.  Il  est 
aisé  de  conclure  de  là  que  le  monastère 
d'Alet  fut  fondé  après  l'an  800  &  avant 
l'an  814.  En  voici  la  preuve  : 

1°  Cette  fondation  ne  peut  être  rapportée 
au  pontificat  de  Léon  IV,  comme  l'a  fait 
l'éditeur"  du  cinquième  volume  des  Annales 
du  P.  Mabillon,  puisque  le  même  Béra 
étoit  mort  avant  l'an  844,  &  que  Léon  IV 
ne  commençaà  siéger  que  l'an  847.  Il  est  fait 


jusqu'en  816. 

2"  L'acte  de  cette  fondation  doit  être  pos- 
térieur à  l'an  800,  &  antérieur  à  l'an  814, 
puisqu'il  y  est  parlé  de  l'empereur  Charle- 
magne  comme  vivant,  a  domno  imperatore 
meo  seniore  Carolo  :  on  ne  sauroit  d'ail- 
leurs entendre  ces  paroles  de  Charles  le 
Chauve,  qui  ne  fut  point  empereur  sous 
le  pontificat  d'aucun  des  papes  du  nom  de 
Léon. 

3"  On  peut  fixer  encore  d'une  manière 
plus  précise  l'époque  de  la  fondation  de 
l'abbaye  d'Alet,  en  supposant  que  le  comte 
Guillaume,  père  du  comte  Béra  &■  mort  de- 
puis peu,  dont  il  est  fait  mention   dans   cet 


mention,  en  effet;,  du  comte  Béra,  mari  de  acte,  est  le  même  que  le  comte  Guillaume, 
Romille,  comme  étant  déjà  mort,  dans  deux  fondateur  de  l'abbaye  de  Gellone  5  car, 
chartes  datées  delà  cinquième  année  du  règne  comme  ce  dernier  mourut  vers  l'an  812% 
de  CAarZej,  ce  qui  doit  s'entendre  de  Char-  il  s'ensuit  que  la  fondation  du  monastère 
les  le  Chauve.  L'une'  est  d'Argila,  fils  de  ce  d'Alet,  qui  est  antérieure  à  la  mort  de  Char- 
comte,  où  il  s'exprime  en  ces  termes  ;  Ego  lemagne,  aura  été  faite  vers  l'an  81 3. 
Argila,  qui  sum  filius  QUONDAM  Berani  co-  H-  On  pourroit  conjecturer  aussi  que  le 

mitis,  venditor  tibi  Berane  filio  meo  ,  &c.  comte  Béra,  fondateur  de  ce  monastère^,  est 
L'autre^  est  une  vente  faite  par  Rotrude  le  même  que  le  comte  de  Barcelone  de  ce 
veuve  du  comte  Alaric,  &  fille  du  feu  comte  nom  qui  vivoit  alors',  &  qu'ainsi  S.  Guil- 
Béra  &  de  Romille,  à  son  fils  Auréole.  Il  est  laume,  fondateur  de  Gellone,  étoit  son  père, 
vrai  que  M.  Baluze,  qui  nous  a  donné  ces  H  est  rapporté  dans  la  vie  de  ce  dernier, 
deux  chartes,  rapporte  la  dernière  au  règne  qu'après  qu'il  se  fut  retiré  à  Gellone,  en  806, 
de  Charles  le  Simplej  mais  il  est  évident  ses  fils  qui  lui  avoient  succédé  dans  ses  com- 
tés l'aidèrent  à  bâtir  cette  abbaye  :  adju- 
vantibus''  quoque  eum  filiis  quos  suis  comita- 
tibus  praefecerat.  Ce    duc  avoit  donc  alors 


•  Voyez  aux  Preavci,  Chartes  &  Diplômes,  sous 
le  n.  XVII  :  Acte  par  lequel  le  comte  Béra  soumet 
Vahhaye  d'Alet,  qu'il  avait  fondée,  au  pape  Léon  III 
&  a  l'Eglise  de  Rome, 

'  Mabillon,  ad  ann.  t  1  16,  n.  iç. 

3  Marca  Hispanica,  p.  781. 

^  Ibid.  p.  837  ^  seq. 


'  Capitulaires,  t.  2,  p.    1489  &.  seq. 
'  Mabillon,  ad  ann.  812,  n.  5. 
'  Vita    S.    Ben,   Anian.    Act.x    Sanctorum 
sancti   Benedicti,  saec  4,  part,   i,  p.  208. 


Note 
9' 


ordinii 


Note 
9' 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


339 


des  fils  en  élat  de  posséder  des  dignités,  & 
nous  trouvons  en  effet  que  Gaucelme,run 
d'entre  eux,  étoit  déjà  pourvu   de    son   vi- 
vant du  comté  de  Roussillon.  Or,  comme 
il  paroît  d'un  autre  côté  que  Bernard,  fils 
du  même  Guillaume,  ne  parvint  à  la  dignité 
de  comte   ou  de  duc  que   l'an  820,  il  faut 
qu'il   ait  eu   des  frères  plus  âgés  que  lui. 
S.  Guillaume,  qui  fut  marié  deux  fois  eut 
peut-être  du  premier  lit  Béra  &  Gaucelme, 
&  Bernard  peut  avoir  été  l'aîné  du  second. 
On  peut  ajouter  que  Charlemagne  &  Louis 
le    Débonnaire,   son   fils,   qui  après  avoir 
enlevé   Barcelone  aux  Sarrasins,  l'an  811, 
donnèrent  le  comté   ou  gouvernement  de 
cette  ville  à  Çéra,  choisirent  probablement 
ce  seigneur  pour  cette  dignité,  parce  qu'il 
étoit  fils   de  S.  Guillaume,  qui   avoit   fort 
contribué  à  cette  '  prise,  qui  avoit  la  prin- 
cipale autorité  dans  la  Marche  d'Espagne 
&  qui  délivra  cette  frontière  de  la  crainte 
des  infidèles 3  &  qu'enfin  cela  est  d'autant 
plus  vraisemblable,  que  l'empereur  Louis 
le  Débonnaire  ayant  disposé,   en  820,   du 
comté  de  Barcelone  en  faveur  de  Bernard, 
fils  de  S.  Guillaume,  après  la  proscription 
de  Béra,  il  paroît  avoir  voulu  par  là  con- 
server cette  dignité  dans  la  même  famille. 
Il  est  vrai  que  S.  Guillaume,  faisant  men- 
tion de  ses  enfans  dans  les  deux  chartes  de 
dotation'  de  l'abbaye  de  Gellone,  ne  dit  rien 
du  comte  Béra.  Mais  ce  duc  ne  parle  pas 
de   tous   ses    enfans    dans    ces  monumens 
où  il  omet  un  fils  &  une  fille,  dont  il  étoit 
certainement  le  père,  comme   dom   Mabil- 
lon'  l'a  fait  voir.  D'ailleurs,  il  y  en  a  qui 
sont  nommés  dans  l'une  &  qui  sont  oubliés 
dans  l'autre. 

Il  faut  avouer  cependant  qu'il  y  a  de  la 
difficulté;  car,  suivant  le  témoignage  de 
l'Astronome  *  &  d'ErmoldusNigellus,  auteur 
contemporain,  Béra,  comte  de  Barcelone, 
étoit  Goth  de  naissance,  Si  nous  savons  que 


'  Ermoldus  Nigellus,  1.   i,  p.  20  &  seq- 

*  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le 
n,  XII,  Donation  du  comte  Guillaume  à  Vahhaye  de 
Gellone.  —  Acta  Sanctorum  ordinis  sancti  Benedicti, 
ilid.  p.  89  &  seq. 

5  Ibid.  p.  71. 

*  Astronome,  p.  3oi.  —Ermoldus  Nigellus,  I.  3, 
p.  53. 


S.  Guillaume  étoit  François  8c  même  de  la 
famille  royale,  à  moins  que,  parle  terme  de 
Goth,  on  ne  doive  entendre  seulement  que 
le  premier  étoit  né  ou  établi  dans  la  Go- 
thie.  Si  donc  le  comte  Béra,  fondateur  de 
l'abbaye  d'Alet,  étoit  fils  de  S.  Guillaume 
de  Gellone,  il  doit  être  différent  de  Béra, 
comte  de  Barcelone;  &  si  au  contraire  ce 
dernier  est  le  même  que  le  fondateur  de 
l'abbaye  d'Alet,  le  comte  Guillaume,  son 
père,  doit  être  différent  de  S.  Guillaume  de 
Gellone. 

III.  Quoi  qu'il   en  soit,  il  est  du  moins 
fort  vraisemblable  que  le  comte  Béra,  fon- 
dateur de  l'abbaye  d'Alet,  étoit  proche  pa- 
rent du  comte  de  Barcelone  de  ce  nom;  & 
que   lui,  Guillaume,   son  père,  Argila  son 
fils  &  Béra,  son  petit-fils,  possédèrent  suc- 
cessivement le  comté  deRazés,  dans  lequel 
cette  abbaye  étoit  située,  &  où  ils  avoient 
divers  biens  '  :  ce  qui  nous  donne  la  suite  des 
comtes  de  ce  pays  jusqu'à  ce  que  ce  comté 
passa  dans  la  maison  des  comtes  de  Carcas- 
sonne  qui  l'unirent  à  leur  domaine.  Comme 
Béra,  fils  d'Argila,  vivoit  en  844,   il  paroît 
qu'il  n'est  pas  différent  du  comte  de  ce  nom 
qui  fit  une  donation  en  846'  au  monastère 
d'Exalade  dans  le  comté  de  Conflans.  Nous 
ne  savons  rien  des  descendans  de  ce  dernier  : 
nous  l'avons'  mis  au  nombre   des    comtes 
de  Roussillon,  parce  que  lui  &  ses  ancêtres 
possédoient  de  grands  biens  dans  ce  pays*. 
IV.  Nous  avons  '  cru  d'abord  que  le  comte 
Alaric,  mari  de   Rotrude,  fille   du    comte 
Béra,  &  qui,  à  ce  qu'il  paroît,  étoit  comte 
de   Girone  &  d'Empurias  dans  la   Marche 
d'Espagne,  étoit   peut-être   le    même  que 
Odalric  ou  Adalaric,  marquis   de    Gothie 
en    852  &  856.  Mais    cela   n'est  pas  pos- 
sible, car  Alaric,  mari  de  Rotrude,   étoit 
déjà  mort  en  844. 


'  Voyez  aux  Preuves,  sous  le  n.  XII,  la  donation 
citée  plus  haut.  — Marca  Hispanica,  p.  781. 

"  Ibid.  p.  782. 

'  Voyez  au  tome  I  de  cette  édition,  livre  IX, 
n.  c. 

*  Béra,  deuxième  du  nom,  était  comte  de  Razès 
&  non  de  Roussillon.  Voyez  ci-dessus  l'addition  à 
la  Note  LXXXVII.  [E.  M.] 

'  Voyez  aussi  tome  I,  livre  X,  n.  LVii,  &  dans 
ce  volume,  Note  LXXXVII,  n.  36. 


Note 
9" 


Kd.  orî-T. 
t.  1 

p.  73q. 


Note 
9^ 


340 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


NOTE  XCII 

Époque  de  Vépiscopat  d'Ariherty 
archevêque  de  Narbonne. 


CATEL'  nous  a  donné  le  fragment  d'une 
lettre  du  pape  Etienne  adfessée  à  Ari- 
bert,  archevêque  de  Narbonne,  dans  la- 
quelle ce  pontife  se  plaint  du  privilège 
qu'avoientles  Juifs  de  la  Septimanie  dépos- 
séder des  biens  aHodiaux.  Cet  auteur  prend 
de  là  occasion  de  placer  l'épiscopat  d'Ari- 
bert  entre  celui  de  S.  Théodard,  qui  mourut 
l'an  893,  &  celui  d'Arnuste,  qui  vécut  jus- 
que vers  l'an  912,  supposant  que  la  lettre 
dont  on  vient  de  parler  est  du  pape  Etienne, 
successeur  immédiat  de  Formose,  auquel 
il  donne  le  nom  d'Etienne  VII,  &  que  les 
éditeurs  des  conciles  appellent  Etienne  VI. 
L'autorité  de  cet  historien  a  entraîné  Mes- 
sieurs de  Sainte-Marthe  %  qui  ont  mis  aussi 
Aribert  parmi  les  archevêques  de  Nar- 
bonne entre  S.  Théodard  &  Arnuste  ,  mais 
c'est  mal  à  propos  ,  car  la  lettre  dont  on 
vient  de  parler  n'est  pas  du  pape  Etienne, 
successeur  de  Formose,  puisque  celui-là 
élu  seulement  vers  le  mois  de  mai  '  de 
l'an  896,  écrivit  au  mois  d'août ''  de  la 
même  année  une  lettre  en  réponse  à  Ar- 
nuste, archevêque  de  Narbonne,  ce  qui 
prouve  que  ce  dernier  occupoit  déjà  le 
siège  de  Narbonne  dans  le  temps  de  l'élec- 
tion de  ce  pape,  &  qu'Aribert  ne  peut 
l'avoir  rempli  sous  son  pontificat.  Messieurs 
de  Sainte-Marthe  prétendent' d'ailleurs  que 
Arnuste  assembla  un  concile  à  Jonquières, 
au  diocèse  de  Maguelonne ,  l'an  894,  ce 
qui  prouveroit  encore  qu'il  étoit  archevê- 
(jue  de  Narbonne  avant  l'élection  du  pape 
Etienne,  successeur  immédiat  de  For- 
mose j   mais  cette  preuve  est  inutile,  puis- 

'  Catel ,    Mémoires    de   l'histoire    de    Languedoc, 
p.  771. 

'  Gallia  Christiana,  t.    i,  p.  371. 
3  Annales  Fuld.  p.  682. 
■*  Conciles,  t.  9,  p.  476  &  seq. 
'  Gallia    Christiana,  t.    1,  p.  371, 


qu'il  est  constant  que  le  concile  de  Jon- 
quières '  ne  fut  tenu  que  l'an  909. 

Il  faut  donc  chercher  quelque  autre  pape 
Etienne  à  qui  la  lettre  écrite  à  Aribert 
puisse  convenir.  Catel  prouve''  très-bien 
qu'elle  ne  peut  être  d'Etienne  VII  ,  élu 
l'an  929,  ni  des  autres  papes  de  ce  nom  ses 
successeurs,  puisque  les  Juifs  de  la  Septi- 
manie n'avoient  plus  alors  la  liberté  de 
posséder  des  biens  allodiaux.  Le  P.  Cos- 
sart%  après  avoir  attribué  cette  lettre  à 
Etienne  VI,  avec  cet  historien,  conjecture  en- 
suite qu'elle  est  d'Etienne  V,  prédécesseur 
immédiat  de  Formose,  ce  qui  n'est  pas  possi- 
ble j  car  Etienne  V  n'ayant  siégé  que  depuis 
l'an  885  jusqu'à  l'an  890,  ce  t^mps  se  trouve 
rempli  par  l'épiscopat  de  S.  Théodard,  qui 
mourut  l'an  893.  Enfin  cette  lettre  ne  peut 
convenir  à  Etienne  IV,  élu  en  816  &  mort 
l'année  suivante,  puisque  Nébridius  occu- 
poit alors  le  siège  épiscopal  de  Narbonne. 

Il  paroît  d'un  autre  côté,  par  la  même 
lettre,  que  les  Juifs  possédoient  alors  des 
biens  allodiaux  dans  la  Septimanie  en  vertu 
des  privilèges  que  des  rois  de  France  leur 
avoient  accordés  :  per  quaedamregum  Fran- 
corum  praecepta  ;  ce  qui  fait  voir  que  l'épis- 
copat d'Aribert  doit  être  postérieur  au 
règne  de  Pépin  le  Bref,  car  1°  ce  prince  ne 
fut  maître  de  Narbonne  que  l'an  759"*^  ainsi 
cette  lettre  ne  peut  être  rapportée  au  pape 
Etienne  II,  mort  en  764;  2°  Pépin  fut  le 
premier  roi  françois  qui  régna  dans  la  Sep- 
timanie, &  il  paroît  par  cette  lettre  que  plu- 
sieurs rois  français  avoient  déjà  maintenu 
les  Juifs  de  cette  province  dans  le  privi- 
lège de  posséder  des  biens  allodiaux  :  pri- 
vilège dont  ils  jouissoient^  certainement 
sous  l'empire  de  Louis  le  Débonnaire.  Il 
ne  reste  donc  que  le  pape  Etienne  III,  élu 
au  mois  d'août  de  l'an  768,  à  qui  cette  let- 
tre puisse  convenir. 

Ce  pape  doit  l'avoir  écrite  à  la  fin  de  la 

'  Baluze,  Not.  in  conciL  Narh,  p.  4  &  seq. 

'  Catel,  Mémoires  de  l'histoire  de  Languedoc, 
p.  771. 

^  Conciles,  t.  9,  p.  478. 

"  Voyez  Note  LXXXV,  n.  3. 

'Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  n.  LIV, 
Charte  de  Louis  le  Débonnaire  en  faveur  de  quelques 
Juifs  de  la  Seftimanie. 


Note 
02 


I 


Note 
92 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


341 


Éd.orig. 

t.  I, 
p.  740. 


Note 
o3 


même  année  ou  au  commencement  de  la 
suivante,  sous  le  règne  de  Charlemagne  & 
de  Carloman,  son  frère,  qui  en  montant  sur 
le  trône  peuvent  avoir  confirmé  les  Juifs 
de  la  Septimanie  dans  le  même  privilège  j 
Pépin  le  Bref  le  leur  accorda  sans  doute 
après  la  soumission  de  cette  province, 
parce  qu'ils  y  étoient  très-puissans  &  en 
grand  nombre.  Le  siège  de  Narbonne  pou- 
voit  alors  être  occupé  par  Aribert,  car  nous 
n'avons  aucune  connoissance  des  évêques 
de  cette  ville  depuis  la  fin  du  septième  siè- 
cle jusques  au  mois  d'avril  de  l'an  769,  que 
Daniel  qui  en  étoit  archevêque  assista"  à 
un  concile  romain.  Ce  dernier  succéda  donc 
à  Aribert;  car  ceux  qui  prétendent  qu'il  fut 
élu  immédiatement  après  Nébridius  se  trom- 
pent, &  nous  avons  déjà  remarqué  ailleurs 
qu'on  a  confondu  celui-ci  avec  Nébridius, 
successeur  du  même  Daniel. 

Il  reste  une  difficulté,  c'est  que  la  lettre 
du  pape  Etienne  est  adressée  aussi  aux  puis- 
sances Je  la  Septimanie  &  de  l'Espagne  ;  ce 
qui  doit  s'entendre,  ce  semble,  des  comtes 
qui  commandoient  dans  la  partie  de  l'Es- 
pagne soumise  à  la  domination  françoise, 
&  il  ne  paroît  pas  qu'il  y  eût  encore  des 
comtes  françois  dans  ce  pays  en  768.  Mais 
cela  peut  s'entendre  aussi  des  évêques  de  la 
Marche  d'Espagne  qui  se  soumirent  à  Pé- 
pin, après  que  Solinoan,  gouverneur  sarra- 
sin de  Barcelone  &  de  Girone,  eut  reconnu 
la  souveraineté  de  ce  prince,  vers  l'an  760,  & 
quoiqu'il  n'y  eût  pas  encore  des  comtes  fran- 
çois dans  les  villes  de  cette  frontière,  il  pou- 
voit  y  en  avoir  pour  la  garder,  ce  qui  suffit. 


NOTE   XCIII 

Epoque  de  la  fondation   des   abbayes 
de  Figeac  «S-  de  Gaillac. 

I.QUIVANT  une  charte  du  roi  Pépin  %  ce 

O  prince  après    avoir  fondé  l'abbaye  de 

Figeac,  en  Querci,  lui  soumit  le  monastère 

'  Conciles,  t.  9,  p.   1721. 

'  Spicilegium,t.  i3,  p.  255  &  seq.  —  Voyez Ma- 
billon,  ad  ann.  812,  n.  3. 


de  Saint-Quentin  de  Gaillac,  qu'il  avoit  fait 
constuire.  Cette  charte  est  datée  de  Figeac, 
le  8  de  novembre  de  l'an  755.  Datum  in  eodem 
loco,  VI  idus  novembris,anno  ab  Incarnations 
Domini  DCC  l^V^indictione  nona.  Ainsi,  si  elle 
est  de  Pépin  le  Bref,  ce  prince  doit  être  re-* 
gardé  pour  fondateur  de  ces  deux  abbayes. 

II.  Nous  n'entrerons  pas  dans  la  discus- 
sion critique  de  cette  pièce  :  on  peut  la 
voir  ailleurs'.  Il  nous  suffit  de  remarquer 
que  la  date  en  est  fausse,  puisqu'en  755* 
Pépin  le  Bref,  bien  loin  de  se  trouver  en 
Querci,  demeura  toute  cette  année  en  Ita- 
lie. D'ailleurs,  ce  prince  ne  possédoit  en- 
core alors  rien  en  Aquitaine;  il  n'en 
dépouilla  Waïfre  qu'après  l'an  760,  &  lors- 
qu'il en  eut  achevé  la  conquête  au  mois  de 
juin  de  l'an  768,  il  revint  promptement  en 
France  où  il  mourut  peu  de  temps  après. 
Cette  charte  qui  vraisemblablement  '  a  été 
interpolée,  ne  peut  donc  appartenir  à  Pépin 
le  Bref,  comme  quelques  auteurs  *  le  pré- 
tendent; elle  est  plutôt  de  Pépin  I,  roi 
d'Aquitaine,  son  arrière  petit-fils,  ainsi  que 
le  croit^  le  P.  le  Cointe. 

III.  Il  est  marqué,  en  effet,  que  le  prince 
qui  fonda  l'abbaye  de  Figeac  lui  imposa  ce 
nom  à  la  place  de  celui  de  Junant  (Convallis 
Jonantis),  que  ce  lieu  portoit  auparavant, 
&  dont  il  fit  la  donation  à  ce  nouveau 
monastère.  Or,  la  vallée  de  Junant  appar- 
tenoit  encore  à  l'église  de  Cahors  au  com- 
mencement du  règne  de  Pépin  I,  roi  d'Aqui- 
taine, comme  il  est  marqué  dans  l'échange" 
qu'en  fit  cette  église  avec  ce  prince  l'an  819, 
la  sixième  année  de  l'empire  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire, sous  Vépiscopat  d'Angarius  ou  Agar- 
nus,  éveque  de  Cahors,  qui  ne  commença  de 
siéger  qu'après  l'an  770'  &  par  conséquent 
depuis  la  mort  de  Pépin  le  Bref.  L'ancien 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  752,  n.  164,  &  ad  ann.  83^, 
n.  68  &  seq. 

^  Annal.  Mettens.  p.  271. 

^  Voyez  Mabillon,  ad  ann.  812,  n.  3. 

''  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  i ,  p.  171. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  762,  n.  i54,  &  ad  ann. 
884,  n.  68  &  seq. 

^  De  la  Croix  ,    Acta  episc.  Cadurcensium,    p.  48. 

—  Dominicy,    Hist.     mss.     des  comtes  de    Cahors. 

—  Gallia    Christiana,   nov.  cd.  t.    i,  p.   123.  —  Le 
Cointe,  ad  ann.    820,  n.  27. 

'  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  i,  p.  I23, 


Note 
93 


Noie 
ç3 


34: 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


auteur"  qui  nous  a  donné  l'histoire  de  cette 
abbaye  témoigne  d'ailleurs  qu'elle  ne  fut 
rétablie  que  sous  l'empire  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire. 

IV.  On  pourroit  opposer  une  bulle  d'E- 
tienne II,  où  il  est  rapporté'  que  ce  pape 
consacra  lui-même  l'église  de  Figeac,  après 
que  ce  monastère  eut  été  bâti  par  Pépin  le 
Bref,  &  qu'ainsi  ce  prince  doit  l'avoir  fondé 
ou  rétabli;  mais  la  seule'  lecture  de  cette 
bulle  en  fait  assez  connoître  la  supposition 
sans  parler  de  sa  date  conçue  en  ces  ter- 
mes :  Actum  publiée  in  eodem  monasterio  VII 
îd.  Novembr.  anno  Dominicae  incarnationis 
BCCLV,  anno  veroiv.  D.  Stéphanie  papaell. 
Data  per  manum  Pétri  S.  R.  E.  diaconi  car- 
dinalis.  Le  pape  Etienne  II  ne  fut  point  en 
France  durant  toute  l'annéeySS.  Il  avoitdéjà 
repassé  les  monts  l'année  précédente  ■*,  après 
avoir  couronné  Pépin,  &  il  demeura  depuis 
au  delà  des  Alpes  jusques  à  sa  mort.  On  ne 
doit  pas  faire  plus  de  fonds  sur  une  autre 
bulle  du  pape'  Pascal  I  qui  rappelle  la  pré- 
cédente &  qui  est  datée  du  21  d'avril  de 
l'an  822  :  Pontijlcatus  autem  domini  Pascalis 
papae  quarto  qui  in  numéro  Pontificum  cente- 
simus  habetur.  Le  pape  Pascal  létoitdansla 
cinquième  année  de  son  pontificat,  &  non 
dans  la  quatrième,  le  21  d'avril  de  l'an  822. 

V.  Enfin  il   est  dit,  dans  la  charte  attri- 


ou  par  quelque  autre  prince  de  la  première 
race,  &  elle  aura  été  détruite  dans  la  suite 
par  les  Sarrasins,  au  huitième  siècle;  mais 
elle  n'aura  été  rétablie  ou  nouvellement 
fondée  qu'après  l'an  819,  par  Pépin  I,  roi 
d'Aquitaine.  Aussi  n'est-elle  pas  comprise 
dans  la  Notice  des  monastères  d'Aquitaine 
fondés  ou  rétablis  par  des  princes  de  la  race 
de  Charlemagne,  dont  l'état  fut  dressé  au 
concile  d'Aix-la-Chapelle  de  l'an  817.  Il  ré- 
sulte de  ce  que  nous  venons  de  dire  que 
Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  ayant  fondé  le  mo- 
nastère de  Figeac,  il  doit  aussi  avoir  fondé 
celui  de  Saint-Quentin  de  Gaillac. 

VII.  Le  P.  Mabillon'  est  persuadé  que 
ce  dernier  monastère  n'est  pas  différent  de 
celui  de  Saint-Michel  de  Gaillac,  en  Albi- 
geois, connu  par  divers  monumens  du 
dixième  siècle.  Le  P.  de  Sainte-Marthe* 
prétend,  au  contraire,  que  celui-ci  paroît 
plus  moderne,  qu'ainsi  l'autre  devoit  être 
situé  en  Querci  :  mais  on  n'a  aucune  preuve 
qu'il  y  ait  jamais  eu  un  monastère  de  Saint- 
Quentin  de  Gaillac  dans  ce  pays.  Nous  sa- 
vons d'ailleurs  que  S.  Didier,  évêque  de 
Cahors,  donna  au  milieu  du  septième  siècle 
le  lieu  de  Gaillac  en  Albigeois  à  son  église, 
qui  peut,  par  conséquent,  en  avoir  disposé 
dans  la  suite  en  faveur  de  l'ancienne  ab- 
baye de  Junant,  située  dans  le  même  pays. 


Note 
93 


buée  à  Pépin  le  Bref,  que  ce  prince  établit      oul'avoir    échangé  avec    elle.   Il   est   donc 


à  Figeac  Anastase  pour  premier  abbé.  Or, 
nous  voyons  un  abbé  de  Conques  de  ce 
nom  qui  vivoit  en  828  sous  Pépin  I,  roi 
d'Aquitaine,  &  il  est  certain*  que  ces  deux 
monastères  furent  unis  &  gouvernés  par  un 
même  abbé  jusques  au  pontificat  d'Urbain  II 
qui  les  sépara.  C'est  donc  Anastase,  abbé  de 
Conques  &  de  Figeac,  dont  cette  charte 
a  voulu  parler;  aussi  c'est  à  Pépin  I ,  roi 
d'Aquitaine,  qu'il  faut  la  rapporter. 

VI.  L'abbaye  de  lavallée  de  Junant'',  <iura. 


vraisemblable,  supposé  que  cette  dernière 
abbaye  ait  subsisté  sous  la  première  race 
&  qu'elle  ait  été  détruite  au  huitième  siècle 
par  les  Sarrasins,  que  ses  religieux  établi- 
rent d'abord  un  monastère  sous  sa  dépen- 
dance, à  Gaillac  en  Albigeois ,  &  que  ce 
monastère  ayant  eu  le  sort  de  celui  de 
Junant,  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  qui  réta- 
blit celui-ci  sous  le  nom  de  Figeac,  rebâtit 
aussi  l'autre  sous  l'invocation  de  S.  Quen- 
tin,  martyr.  Le  monastère   de   Gaillac   fut 


donc  été  fondée  en  Querci  par  le  roi  Clovis  détruit,  selon  les  apparences,  par  les  Nor- 
mands, au  neuvième  siècle,  car  nous  le 
voyons    reparoître  sous  le  nom  de  Saint- 

'  Baluze,    Miscellan.   t.    2,  p.  208.  —  Mabillon  »>r-    i.    1  m*  1       j-    •»  o     m  i_i 

^  '  ^  '  i      -^  iduiiiun,  Michel  au  milieu  du  dixième  &  il  semble, 

ad  ann.  816,  n.  5o.  j.   -n  1  *         j       t»      1 

1  ,^  »»•    /"t  •  .•  j  •  o  d  ailleurs ,     que    les   comtes    de     1  oulouse 

GalLa  Lhristiana,  nov.  éd.  t.  2,  mstrum.  p.  43.  ,,         ,  ,-       w      1 

3  Le  Ceinte,  ad  ann.  764  &  884,  n.  68  &  seq.  ^  avoient  fonde  alors  de  nouveau. 

*  Mabillon,  ad  ?inn.  754,  n.  6. 

'  Gallia  Christlana,  nov.  éd.  t.   i,  instrum.  p.  48. 

«  Ihid.  p.  171,  &  seq.  instrum.  p.  5;.  '  Mabillon,  ad  ann.  7.54,   n.  6. 

''  Le  Cointe,  ad  ann.  764  &  884,  n.  67  &  seq.  '  Gallia.  Christiana,  nov.  éd.  p.  5z. 


Note 
94 


NOTE  XCIV 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  348 

II.   Ce   fameux   critique'  donne  le  nom 

de  diplôme  9  cette  pièce  &  la  déclare  fausse 

sur  ce   qu'elle  est  datée,   dans  la  préface 

suivant  l'année  de  l'Incarnation  ;   préten- 

Ed.ong.    <ç^^^  l'époque  de  la  désunion  de  la  Sep-      dantque  l'usage  de  dater  ainsi  les  diplômes 

P-^^''-         timanie    du     royaume    d'Aquitaine      ^^t  fort  postérieur  au  règne  de  Louis  le 

Cl  >       ^'  j     -L'      z  Débonnaire  :   c'est  là  son  principal  arîm- 

6*  de  son  érection  en  duché;  g»  sur  .    ,,  ,      ,    ,         ,     /     l"*'  ^rgu- 

,,  1  /-       7/      o  ment,  mais  d  abord  c  est  plutôt  un  capitu- 

lacte  de  partage  que  fit,  l  an ^  817,  laire  qu'un  diplôme.  Le  premier  est  un  rè- 
V empereur  Louis  le  Débonnaire  de  glement  fait  &  autorisé  dans  une  assemblée 
ses  Etats  entre  ses  enfans.  ou   diète    générale  de  la   nation,  ce  qui 

convient  parfaitement  à  l'acte  de  partage 
Baluze  nous  a  donné,  sur  un  ma-      de  l'an  817  ,  au  lieu  qu'un  simple  diplôme 

est  une  charte  donnée  ordinairement  hors 
le  temps  de  ces  assemblées  &  de  la  seule 
Débonnaire  de  ses  Etats  entre  les  trois 
princes  ses  fils  à  la  diète  d'Aix-la-Chapelle 
tenue  au  mois  de  juillet  de  l'an  817.  Ce 
monument  qui  est  très-détaiilé  &  très- 
intéressant  pour  l'histoire,  nous  apprend 


Note 
94 


IVi  •  nuscrit  de  la  bibliothèque  de  Col- 
bert,  l'acte'  de   partage  que    fit  Louis  le 


en  particulier  :  1°  que  la  Septimanie  fut 
alors  séparée  du  royaume  d'Aquitaine  dont 
elle  avoit  dépendu  auparavant;  ainsi  c'est 
là  l'époque  de  l'érection  de  cette  province 
en  duché  ou  gouvernement  général  indé- 
pendant; 2°  que  le  comté  de  Carcassonne, 
qui  jusques  alors  avoit  fait  partie  de  cette 
même  province,  en  fut  séparé,  &  qu'il  de- 
meura uni  au  royaume  d'Aquitaine. 

Cet  acte  a  tous  les  caractères  de  vérité  & 
est  appuyé  du  témoignage  des  historiens  ' 
du  temps  qui  en  font  mention  &  qui  nous 
apprennent  que  Louis  le  Débonnaire  asso- 
cia alors  à  l'empire  Lothaire,  son  fils  aîné, 
&  qu'il  fit  reconnoître  Pépin  &  Louis,  les 
puînés,  l'un  pour  roi  d'Aquitaine  &  l'autre 
pour  roi  de  Bavière.  Malgré  un  témoignage 
si  précis,  le  P.  le  Cointe',  qui  a  entrepris 
la  critique  de  ce  monument,  prétend  faire 
voir  qu'il  est  faux  &  supposé.  Examinons 
ses  raisons,  &  voyons  si  elles  sont  assez 
fortes  pour  prouver  cette  supposition  \ 


autorité  du  prince.  Or,  il  n'est  pas  sans 
exemple  qu'avant  l'an  817  &  la  mort  de 
Louis  le  Débonnaire,  on  ait  inséré  l'année 
de  l'Incarnation  dans  la  préface  ou  dans 
le  corps  des  capitulaires.  Sans  faire  de  gran- 
des recherches,  on  n'a  qu'à  ouvrir  le  pre- 
mier volume  de  la  collection  de  Baluze 
on  trouvera  cette  année  marquée  dans  le 
capitulaire  de  Pépin  le  Bref  de  l'an  744% 
dans  ceux  de  Charlemagne  dressés  à  Aix- 
la-Chapelle  en  789^  &  797^,  &  sans  sortir 
de  l'assemblée  tenue  dans  ce  palais  en  817  ', 
dans  la  préface  du  capitulaire  qu'on  y  dressa 
pour  la  réforme  de  l'ordre  monastique, 
ainsi  que  dans  le  statut*  fait  au  sujet  des 
services  dus  par  différens  monastères.  Le 
P.  le  Cointe  ne  soupçonne  de  fausseté  au- 
cun de  ces  capitulaires. 

Mais  quand  l'acte  de  partage  de  l'an  817 
ne  seroit  qu'un  diplôme  ,  il  est  certain  , 
par  ceux  mêmes  dont  le  P.  le  Cointe  re- 
connoît  la  vérité,  qu'avant  cette  année  on 
employoit  quelquefois  l'année  de  l'Incar- 
nation dans  ces  monumens.Onvoit,dans  le 
même  volume  des  capitulaires,  un  diplôme 
de  Charlemagne  pour  l'institution  des  évê- 
chés  de  Saxe,  daté  de  l'an  789   de  l'Incar- 


'  Capitulaires,  t.   i ,  p.  SyS  &.  seq. 

'  Eginhar(l,p.264.  —  Agobard,  Epist.  dans  Dii- 
cliesne.t.  2,p.33o. —  Chronique  Je  Moissac,  p.    147. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.   817,  n.  335  &  seq. 

^  Quoique  dom  Valssete  dise  de  fort  bonnes  cho- 
ses dans  cette  note,  la  longue  discussion  à  laquelle 
il  se  livre  pour  réfuter  l'opinion  du  P.  le  Cointe 
peut  être  regardée  aujourd'hui  comme  superflue. 
Personne  ne    songe    à  attaquer    l'authenticité    de 


l'acte  de  partage  de  817,  édité  d'abord  par  Baluze, 
&  publié  depuis  par  M.  Pertz,  dans  le  premier 
volume  des  Leges. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  817^  n.  335  &  seq. 

^  Capitulaires,  t.   1,  p.   i55. 

3  Ihid.  p.  242. 

^  Ihid.  p.  275. 

'  Ihid.  p.  579. 

«  Ibid.  p.  585. 


Note 
94 


344 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


nation'.  Ce  prince  date  de  la  même  année 
une  charte  qu'il  donna' en  favetir  du  comte 
Trutman  :  l'acte  qu'il  fit  du  partage  de 
ses  meubles  &  de  ses  bijoux  est  daté  de 
l'an  811  '  3  c'est  donc  mal  à  propos  que  le 
P.  le  Cointe  rejette  comme  faux  l'acte  de 
partage  de  l'an  817,  parce  qu'il  est  daté  de 
l'année  de  l'Incarnation. 

III.  Uneautre  raison  de  ce  critique^,  pour 
prouver  la  fausseté  de  cette  pièce,  c'est  que 
Louis  le  Débonnaire  s'y  sert  indifférem- 
ment des  termes  d'empire  &  de  royaume 
pour  signifier  la  même  chose.  Il  prétend 
que  ces  termes  diffèrent  entre  eux,  que  le 
premier  n'est  qu'un  simple  nom  de  dignité 
&  ne  marque  aucun  domaine ,  &  que  le 
second  signifie  l'uii  &  l'autre.  Il  est  vrai 
qu'à  prendre  ces  deux  mots  à  la  rigueur, 
ils  peuvent  avoir  une  signification  diffé- 
rente, &  nous  convenons,  avec  le  P.  le 
Cointe  ,  que  Charlemagne,  en  prenant  la 
couronne  impériale,  n'ajouta  pas  un  pouce 
de  terre  à  son  domaine;  mais  il  est  vrai  aussi 


unîversum  IMPERIUM  suum  cum  suis  ipse  dî- 
vîderet....  sîn  aliter  vero ,  partitionem  IMPE- 
RII  Imperatori  &  Carolo  faciendam  magis  cen- 
seret.  Itaque  Lotharius  cum  suis  divisionem 
REGNI  domino  imperatori  pro  suo  libitu  co- 
mittunt ,  &c.  On  pourroit  encore  citer  d'au- 
tres exemples;  mais  ceux  que  nous  venons 
de  rapporter  sont  plus  que  suffisans  pour 
détruire  les  foibles  raisons  du  P.  le  Cointe. 

IV.  Cet  annaliste'  ne  peut  goûter  que 
Louis  le  Débonnaire,  par  l'acte  de  partage 
de  l'an  817,  ait  voulu  assujettir  ses  deux 
fils  puînés  à  Lothaire  leur  aîné.  Il  prétend 
que  cet  empereur  n'a  pu  se  proposer  en 
cela,  comme  il  le  marque  dans  cet  acte, 
l'exemple  de  Pépin  &  de  Charlemagne  ses 
prédécesseurs,  qui  d'ailleurs,  ajoute-t-il, 
partagèrent  également  leurs  Etats  entre  leurs 
enfans.  Mais  :  1°  Louis  le  Débonnaire  ne 
parle  pas  de  Pépin  en  particulier  ,  il  ne 
nomme  que  ses  prédécesseurs  en  général. 

2°  Il  est  certain  que  le  partage'  que 
Charlemagne  fit,  en  806,  de  ses  Etats  entre 


Note 
94 


que  du  temps  de  ce  prince  &  de  ses  succès-  ses  enfans  ne  fut  pas  égal,  puisque  ce  prince 

seurs,on  employoitindifféremmentlesmots  destina   alors  la  plus   grande  partie-  de  la 

regnum  &/mpenumpour  signifier  la  monar-  monarchie  au  roi  Charles,  son  aîné,  &  que 

chie  françoise.  C'estainsi  que  Charlemagne,  de  six  royaumes  dont  elle  étoit  alors  com- 

dans  le  partage  qu'il  fit  de  ses  États  en  806,  posée,  il  lui  donna   ceux   de    Neustrie  & 

partage  dans  lequel   il  ne  s'agissoit  point  d'Austrasie  en  entier  avec  la  meilleure  partie 

de  la  dignité  impériale,  se  sert  indifférem-  de  ceux  de  Bourgogne  &  de  Germanie,  &  à 

ment   des  termes  d'empire   &  de  royaume  :  chacun  des  deux  cadets  un  royaume   avec 

Divisiones^  vero  a  Deo  conservati  atque  con-  quelques    provinces    de    l'un    des    autres 

servandi  imperii  vel  regni  nostri  taies  facere  royaumes.  Par   ce   partage    la    portion  de 


placuit,  Nithard,  parlant  du  partage  que 
Louis  le  Débonnaire  fit  entre  ses  enfans, 
l'an  817,  &  dans  lequel  Lothaire  fut  seul 
déclaré  empereur,  dit  cependant  que  Louis 
partagea  Vempire  entre  ses  enfans  :  Univer- 
sum^  imperiuminter  filios  divisit,  ce  qui  fait 
voir  que  le  mot  imperium  est  pris  ici  pour 
regnum.  Enfin,  l'auteur  de  la  Fie  de  Louis 
le  Débonnaire^  parlant  du  nouveau  partage 
que  ce  prince  fit  l'an  838,  emploie  indiffé- 
remment les  mêmes  termes.  Intantum''  ut,,. 


»  Cap'itulaires,  t.  i,  p.  248. 

*  Ihid.  p.  260. 

3  Uii.  p.  487. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  817,  n.  336  &  340. 

s  Cap'itulaires,  t.  1,  p.  441. 

s  Nithard,  1.  1,  p.  36o. 

'  Astronome,  p.  3 16. 


l'aîné  fut  donc  plus  forte  de  la  moitié  que 
celles  des  deux  autres. 

3"  Louis  le  Débonnaire  pouvoit  se  pro- 
poser l'exemple  de  l'empereur,  son  père, 
en  assujettissant  ses  deux  fils  cadets  à  leur 
frère  aîné.  Comme  la  monarchie  se  trouva 
trop  étendue  après  les  conquêtes  de  Char- 
lemagne pour  être  gouvernée  par  un  seul 
roi,  ce  prince  fit  administrer  pendant  sa 
vie  par  ses  enfans,  mais  sous  son  autorité, 
les  royaumes  d'Italie,  de  Bavière  &  d'Aqui- 
taine, qu'il  érigea  en  leur  faveur  comme 
autant  de  fiefs  mouvans  de  la  couronne  de 
France.  Ses  vues  étoient  qu'il  y  eût  un 
chef  dans  la  famille  royale,  auquel  tous  les 
autres    princes  françois  fussent  soumis   & 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  817,  n.  338. 
'  Cap'itulaires,  t.   i,  p.  441   &  suiv. 


Éd.  ori". 
t.  I,' 

p.  742. 


£ 


Note 
94 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


345 


([u'ils  regardassent  comme  leur  supérieur. 
Louis  le  Débonnaire  suivit  le  même  plan, 
comme  le  P.  Daniel'  l'a  fait  voir.  C'est 
ainsi  qu'après  la  mort  de  Pépin,  roi  d'Ita- 
lie, Charlemagne  donna  ce  royaume  à  Ber- 
nard, fils  de  ce  prince,  qui  le  reconnut' 
pour  son  seigneur. 

Mais  ce  qui  met  ce  que  nous  venons 
d'établir  dans  tout  son  jour,  c'est  que  le 
même  Bernard,  roi  d'Italie,  qui  n'étoit  que 
neveu  de  Louis  le  Débonnaire  &  qui  natu- 
rellement devoit  être  indépendant  dans  ses 
Etats,  vint  cependant  trouver  ce  prince  à 
Aix-la-Chapelle  aussitôt  après  la  mort  de 
Charlemagne,  le  reconnut  pour  son  sou- 
verain &  lui  prêta  serment  de  fidélité  :  Con- 
tradid'it^  semetipsum  ad  procerem,  &  fidelita- 
tem  ei  cum  juramento  promîsit.  De  plus,  Louis 
le  Débonnaire  lui  fit  faire  le  procès  comme 
à  sonvassaV^  lorsqu'il  eut  manqué  de  fidé- 
lité, &  confisqua  sur  lui  le  royaume  d'Italie. 
Le  P.  le  Cointe,  qui  fait  difficulté  d'admettre 
cette  autorité  supérieure  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire sur  le  royaume  d'Italie,  est  obligé 
d'en  convenir,  puisqu'il  reconnoît  pour 
vrai  le  diplôme  '  que  ce  prince  accorda,  pen- 
dant la  vie  de  Bernard  &  avant  sa  révolte, 
en  faveur  de  l'Église  romaine.  Louis  con- 
firma par  ce  diplôme  non-seulement  tou- 
tes les  donations  que  ses  prédécesseurs 
avoient  faites  à  cette  église  de  divers  biens 
situés  dans  les  provinces  d'en  delà  des  Al- 
pes ,  mais  il  en  ajouta  encore  de  nouvelles 
dans  le  même  pays.  Si  Bernard,  roi  d'Italie, 
eût  été  alors  indépendant,  c'eût  été  à  lui  de 
faire  cette  confirmation  &  non  à  Louis  le 
Débonnaire,  son  oncle,  qui  auroit  fait  le 
libéral  à  ses  dépens.  Enfin  ce  qui  prouve 
l'autorité  suzeraine  de  Louis  sur  les  royau- 
mes possédés  par  ses  enfans,  c'est  que  lors- 
qu'il voulut  les  ramener  à  leur  devoir  pen- 
dant leur  rébellion,  il  leur  rappela  moins 
le  devoir  filial  que  leur  qualité  de  vassaux 
8t  le  serment  de  fidélité  qu'ils  lui  avoient 


prêté  :  iVIemen^ote  '  quod   meî  vassali   esiU. 

4"  Outre  le  témoignage  des  historiens 
modernes  qui  attestent"  que,  selon  le  premier 
projet  de  Louis  le  Débonnaire,  Lothaire  devoit 
avoir  les  mêmes  droits  à  l'égard  de  ses  frères 
que  Louis  avoit  eus  &  avoit  exercés  à  l'é- 
gard de  Bernard,  roi  d'Italie,  nous  avons  ce- 
lui des  auteurs  contemporains.  Ils  assu- 
rent que,  par  l'acte  de  partage  de  l'an  817, 
Lothaire  devoit  avoir  la  supériorité  sur  ses 
frères,  &  que  ce  fut  le  motif  de  leur  mé- 
contentement' :  Supradictus  vero  imperator 
denominavit  filium  suum  Lotharium,  ut  post 
obitum  suum  OMNIA  REGNA,  quae  ei  tradidit 
Deus  per  manus  patris  sui  susciperet,  atque 
haberet  nomen  &  imperium  patris,  &  ob  hoc 
caeteri  filii  indignati  sunt.  C'est  ainsi  que 
s'exprime  Thegan,  ce  qui  est  confirmé  par 
Paschase  Radbert  qui,  dans  la  Vie  de  l'abbé 
Walla*,  se  sert  de  ces  termes  :  Consortem  im- 
perii,...  &  successorem  totius  monarchiae  fe- 
cerat.  Agobard%  archevêque  de  Lyon,  par- 
lant de  ce  partage  solennel  dans  une  lettre 
qu'il  adresse  à  Louis  le  Débonnaire,  se 
plaint  fortement  de  ce  que  cet  empereur 
l'avoit  révoqué,  &  il  fait  assez  entendre  que 
l'intention  de  ce  prince,  en  le  faisant, avoit 
été  de  soumettre  les  cadets  à  Lothaire, 
leur  aîné  :  Caeteris  filiis  vestris  designastis 
partes  regni  vestri  ;  SED  UT  UNUM  regnum 
ESSET,  NON  TRIA_,  praetuUstis  eum  (Lotha- 
rium) illis  quem  participem  nominis  vestri  fe- 
cistis.  Enfin  Adon,  dans  sa  Chronique^, 
témoigne  que  Lothaire ,  par  ce  partage  , 
de^'oit  exercer  une  autorité  supérieure  sur 
tous  ses  frères.  Huic  (Lothario)  pater  impe- 
rium post  mortem  decreverat PRO  INTE- 

GRITATE  vix  partem  regni  obtinere  meruit. 
Peut-on  rien  voir  de  plus  précis  } 

Que  si  Lothaire  ne  jouit  pas  dans  la 
suite  de  cette  autorité  supérieure  sur  toute 
la  monarchie,  c'est  que  le  partage  de  l'an 
817  n'eut  pas  lieu  à  son  grand  regret,  à 
cause  de  sa  révolte  &  des  divers   troubles 


Note 
94 


'  Danielj  Histoire  de  France,  t.  i,  p.  647  &  seq.  '  Adrien  de  Valois,  1.  2,  c.  17,    p.  5i2.   —  Acta 

*  Annales  Lo'isel.  p.  249.  —   Eginhard,  Annales,  Sanctorum  oriinis  sancti  Beneiict'i,  saec.  4,  part.    1. 
p.  258.  ^Daniel,  Histoire  de  France,  t.   i,  p.  647   &  s^q. 

'  Thegan,  c.  21.  3  xhegan,  c.  21 . 

*  Eginhard,  Annales,   p.    261    &    seq.    —  Astro-  ■•  Vita  Vallae,  1.  i,  n.   10,  p.  5o2. 
nome,  p.  299.  — Thegan,  c.  22.  ''  Agobard,  Epist.  t.  2,  p.  4.5. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  817,  n.  6  84  seq.  *  Adon,  Chronifon,  Bibl.  Patrum,  t.   16,  p.  809. 


Note 
94 


346 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orii:; 

t.  I, 
p.  74 j. 


qu'il  excita  dans  l'État  avant  la  mort  de 
l'empereur  son  père,  ce  qui  obligea  ce 
dernier  à  le  priver  de  l'empire  &  à  l'en  dé- 
clarer déchu.  Ainsi,  contre  les  premières 
vues  de  cet  empereur,  &  conformément  à 
ses  dernières   dispositions,  ses  fils  &  leurs 


&  prétend-il  s'inscrire  en  faux  contre  tous 
les  diplômes  où   il  ne  prend   que   le  titre 


d'em 


pereur 


VII.  Pépin,  continue  cet  annaliste', 
ayant  été  déclaré  roi  d'Aquitaine  dès  l'an  814 
par  son  père  Louis   le  Débonnaire,  régna 


successeurs  régnèrent  après  sa  mort,  sans  dès  lors  sur  la  Septimanie.  Cette  province 

aucune  dépendance  les  uns  des  autres,  sur  étoit  par  conséquent  de  son  partage:  mais 

les   provinces  qui    leur  échurent,  &  ils  y  on   voit   tout  le    contraire   dans  l'acte  de 

gouvernèrent  leurs  États   de  la  même  ma-  l'an  817.  Nous   convenons,  avec   ce   savant 

nière   que   les   princes    françois    l'avoient  Oratorien,  que  la  Septimanie  fut  d'abord 

fait  sous  la  première  race  de  nos  rois,  c'est-  du  partage  de  Pépin,  parce  qu'en  814  elle 


à-dire  avec  une  autorité  souveraine  &  in- 
dépendante. 

V.  Le  P.  le  Cointe'  critique  la  disposi- 
tion que  Louis  fait  de  ses  Etats  dans  l'acte 
de  partage  de  l'an  817.  Il  prétend  que  ce 
prince  auroit  dû  le  faire  égal  &  d'une  ma- 
nière plus  convenable  3  mais  est-ce  une  rai- 


étoit  encore  dépendante  du  royaume  d'A- 
quitaine qui  fut  donné  alors  à  ce  prince  : 
mais  cela  empèche-t-il  qu'elle  n'ait  pu  être 
démembrée  de  ce  royaume  par  un  partage 
postérieur?  Il  s'ensuivroit  du  raisonnement 
du  P.  le  Cointe  que  cette  province  fut 
toujours    unie     au     royaume     d'Aquitaine 


son  qui  doive  le   faire  passer  pour  faux  &      pendant  la  vie  de  Pépin,  parce  qu'elle  en 
supposé  ?  D'ailleurs,  l'inégalité  de  ce  par-      faisoit    partie    en  814.  Nous    voyons^   ce- 


tage  est  attestée  par  les  auteurs"  contem- 
porains. Ils  assurent  tous  que  Louis  ne 
donna  que  l'Aquitaine  à  l'un,  la  Bavière  à 
l'autre,  &  qu'il  réserva  tout  le  reste  de  la 
monarchie  pour  l'aîné. 

VI.  Le  même  historien  rejette  encore  '  cet 


pendant  que  les  évèques  de  ce  pays,  entre 
autres  Barthélemi  de  Narbonne  &  Etienne 
deBéziers,  reconnoissoient  l'autorité  de 
Lothaire  en  833,  lorsque  Pépin,  qui  étoit 
parfaitement  uni  avec  ce  prince,  régnoit  pai- 
siblement sur  tout  le  royaume  d'Aquitaine  : 


acte,  parce  que  l'empereur  n'y  parle  que  preuve  que  la  Septimanie  en  avoit  été  déjà 

de  sa    puissance    impériale,  au    lieu  qu'à  séparée  pour  entrer  dans  le  partage  de  Lo- 

l'exemple  du   partage   de   Charlemagne   de  thaire.   Mais  ce   qui  fait   voir  évidemment 

l'an  806,  il  auroit  dû  aussi  faire  mention  que  cette  province  ne  dépendoit  plus  du 

de  sa  puissance  royale^  mais  il  est  constant  royaume  d'Aquitaine  sous  le  règne  de  Pé- 

que  ces  deux  termes  signifioient  la  même  pin  I,  c'est  que  lorsque  Louis   le  Débon- 

chosedans  la  personne  de  Louis  le  Débon-  naire  fit  un  nouveau  partage'  de  ses  Etats, 

naire,    parce    que  la  puissance   impériale  en  835,  entre  ses  trois  fils  puînés  &  qu'il 

comprenoit  éminemment  la  royale  &   non  laissa  à  Pépin  le   royaume   d'Aquitaine    en 


pas  celle-ci  l'autre.  Aussi  voyons-nous  que 
quoique  Charlemagne  ait  toujours  ajouté 
dans  ses  diplômes  le  titre  de  roi  des  Fran- 
çois à  celui  d'empereur,  après  avoir  reçu  la 
couronne  impériale,  Louis  le  Débonnaire, 
depuis  qu'il  lui  eut  succédé  à  l'empire,  ne 
prit  jamais  cependant  que  le  titre  d'empe- 
reur dans  toutes  ses  chartes,  dont  il  nous 
reste  un  très-grand  nombre.  Le  P.  le  Cointe 
veut-il  disputer  l'autorité  royale  à  ce 
prince  depuis  qu'il  fut  parvenu  à  l'empire, 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  817,  n.  840. 
'  Eginhard,    Annales  ,    p.     261.  —  Astronome  , 
p.  298.  —  Chronique  de  Moissac,  p.    147. 
^  Le  Cointe,  ad  ann.  817,  n.  841. 


entier  auquel  il  ajouta  même  plusieurs  pro- 
vinces, il  disposa  en  même  temps  de  la 
Gothie  ou  Septimanie  en  faveur  de  Charles 
le  Chauve. 

VIII.  Il  est  fait  mention  dans  le  partage 
de  l'an  817  des  deux  villes  de  Luttraof  & 
d'Ingolstad,  que  l'empereur  donna  alors 
nommément  à  Louis  avec  le  royaume  de 
Bavière.  Le  P.  le  Cointe  ^  ne  peut  compren- 


'  Le  Cointe,  ad  ann.  817,  n.  343. 

'  Spicilegium  ,   t.    2.    p.   5jç.   —  Le 
ann.  833,  n.  07   &  seq.  &  n.  70. 

'  Capituîaires ,    t.     1,    685     &    690. 
Cointe,  ad  ann.  8i5,  n.  26  &  seq. 

■*  Le  Cointe,  ad  ann.  817,  n.  344. 


Cointe,   ad 
-  Voyez    le 


Note 
94 


Note 
94 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


347 


dre  cette  disposition,  parce  que,  dit-il,  ces 
deux  villes  dépendoient  de  ce  royaume  : 
mais  si  ce  critique  avoit  fait  attention  à 
l'article  du  testament  de  Charlemagne  qu'il 
cite  en  sa  faveur,  il  auroit  trouvé  la  raison 
de  cette  disposition.  Dans  le  partage  '  que 
cet  empereur  fit  en  806,  entre  les  princes 
ses  enfans,  il  donna  entre  autres  la  Bavière  à 
Pépin,  roi  d'Italie,  de  la  même  manière  que 
le  duc  Tassîllon  en  avoit  joui.  Il  en  excepta 
les  deux  villes  de  Luttraof  &  d'Ingolstad, 
dans  le  NorgaAV,  que  ce  duc  avoit  possédées 
en  bénéfice.  Ainsi  Louis  le  Débonnaire  en 
donnant  la  Bavière  à  son  fils  Louis,  par 
l'acte  de  partage  de  l'an  817,  devoit  spéci- 
fier nommément  ces  deux  villes  qui  avoient 
été  exceptées  par  le  partage  de  l'an  806  & 
qui  étoient  situées  dans  un  pays  particulier. 
De  plus ,  le  duc  Tassillon  les  avoit  pos- 
sédées d'une  manière  différente  de  celle  du 
reste  de  ses  Etats.  Ainsi  la  conformité  de 
ces  deux  actes  de  partage  confirme  au  con- 
traire la  vérité  de  celui  de  l'an  817.  Le  P.  le 
Cointe,  qui  admet  pour  vrai  celui  de  806, 
avoue'  d'ailleurs  que  l'un  &  l'autre  con- 
tiennent plusieurs  articles  semblables  en- 
tre eux.  Il  doit  donc  admettre  l'autorité  de 
l'un,  puisqu'il  ne  doute  nullement  de  l'au- 
thenticité de  l'autre. 

IX.  Enfin  cet  auteur^  objecte  que  Louis 
le  Débonnaire  ne  peut  avoir  ordonné,  dans 
l'acte  de  partage  de  l'an  817'',  que,  si  après 
sa  mort  quelqu'un  des  rois  ses  fils  venoit  à 
mourir  &  qu'il  laissât  plusieurs  descen- 
dans  légitimes,  on  éliroit  l'un  d'entre  eux, 
à  l'exclusion  des  autres,  pour  régner  à  la 
place  de  son  père,  puisque  cet  empereur 
lui-même  partagea  ses  Etats  entre  tous  ses 
enfans.  Mais  cette  disposition  n'a  rien  que 
de  conforme  à  celle  que  fit'  Charlemagne 
en  806.  La  suite  de  l'histoire  nous  fait  voir, 
d'ailleurs,  que  telle  dut  être  la  volonté  de 
Louis  le  Débonnaire,  puisqu'il  l'exécuta 
de  son  vivant,  &  qu'après  la  mort  de  Pé- 
pin I,  roi  d'Aquitaine,  Charles  son  fils 
puîné  fut  exclu  de  tout  partage  &  de  toute 

'  Capitulaires,  t.    i,  p.  441. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  817,  n.  35i   &  356. 

5  Ihid.  n.  356. 

^  Capitulaires,  t.    1,  p.   077  &  seq. 

'  Ihid.  p.  4^2. 


succession  aux  États  de  son  père,  sans  par- 
ler de  Pépin  II,  son  frère,  que  Charles  le 
Chauve  dépouilla  de  ses  Etats,  quoiqu'une 
partie  des  Aquitains  l'eussent  élu  pour 
leur  roi. 

X.  Ce  sont  là  les  principales  raisons  dont 
se  sert  le  P.  le  Cointe  pour  infirmer  l'acte 
de  partage  de  l'an  817;  nous  croyons  les 
avoir  suffisamment  réfutées  &  avoir  par 
conséquent  établi  la  vérité  de  ce  monu- 
ment. Que  si  nos  derniers  historiens  (Ze 
P.  Daniel,  le  Gendre,  &c.)  qui  auroient  pu 
en  parler,  ne  l'ont  pas  fait,  il  y  a  lieu 
de  croire  que  c'est  par  omission  &  par  in- 
advertance. 

Nous  pouvons  ajouter  enfin,  pour  confir- 
mer la  vérité  de  cet  acte,  que  parmi  plu- 
sieurs diplômes  qui  nous  restent  de  Pépin  1, 
roi  d'Aquitaine,  on  n'en  trouve  aucun  qui 
regarde  la  Septimanie  ou  la  Marche  d'Es- 
pagne :  preuve  qu'après  l'an  817,  ces  deux 
provinces  ne  furent  plus  soumises  à  son 
autorité.  Cette  raison  est  d'autant  plus  forte 
que  nous  trouvons  depuis  diverses  chartes 
de  ce  prince  en  faveur  des  églises  ou  de 
particuliers  du  diocèse  ou  comté  de  Car- 
cassonne',  lequel,  suivant  le  même  acte, fut 
détaché  de  la  Septimanie  &  demeura  uni 
au  royaume  d'Aquitaine.  On  peut  encore 
opposer  au  P.  le  Cointe  le  suffrage  du 
P.Pagi%qui  reconnoît  l'authenticité  de  cet 
acte  de  partage,  quoiqu'il  se  trompe  en 
supposant  que  la  Septimanie  tout  entière 
fut  donnée  alors  à  Pépinj  car  ce  monument 
dit  tout  le  contraire. 

XI.  La  vérité  de  cet  acte  une  fois  établie, 
on  explique  aisément  l'origine  des  préten- 
tions de  Bernard,  comte  de  Toulouse,  sur 
les  comtés  de  Carcassonne  &  de  Razès, 
dont  Charles  le  Chauve  lui  accorda  l'inves- 
titure en  872,  suivant  l'Annaliste  de  Saint- 
Bertin  :  Bernardo^  autemTolosae  comiti  post 
praestita  sacramenta  Carcassonam  &  Rhedas 
concedens ,  ad  Tolosam  remisit.  Ce  ne  fut 
pas   une  autorité  immédiate   que  Bernard 

'  Capitulaires^  t.  2,  append.  p.  1427  &  seq.  — 
Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  n.  LUI, 
Charte  de  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  en  faveur  de 
l'abbaye  de  la  Grasse. 

'  Pagi,  ad  ann.  817,  n.  1. 

'  Annal,  Bertin.  p.  240. 


No  11: 
94 


Note 
94 


348 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


reçut  sur  ces  deux  comtés,  car  ils  étoient 
possédés  alors  paisiblement  par  Oliba  II, 
reconnu'  pour  comte  de  Carcassonne  par 
Charles  le  Chauve  lui-même,  en  870  &  877. 
Il  faut  donc  que  ce  prince  lui  ait  donné  une 
autorité  supérieure  sur  ces  pays,  qu'ils  fis- 
sent partie  du  marquisat  de  Toulouse,  que 
ce  marquisat  comprît  par  conséquent  plu- 
sieurs comtés  particuliers,  &  composât  un 
gouvernement  général.  Aussi  voyons-nous 
Éd.orig.  que_,  SOUS  le  règne  de  Charles  le  Chauve,  le 
p.  744.  titre  de  marquis  désignoit  ordinairement  un 
gouvernement  de  province,  comme  il  paroît 
par  le  titre  de  marquis  de  Gothîe  qu'on  don- 
noit  alors  aux  gouverneurs  de  la  Septima- 
nie.  Or,  comme  le  comté  de  Carcassonne 
fut  démembré  de  cette  dernière  province 
par  le  partage  de  l'an  817,  il  dut  être  uni 
dans  le  même  temps  au  marquisat  de  Tou- 
louse, distingué  dans  cet  acte,  &  dans  quel- 
ques autres  monumens  du  temps,  du  reste  du 
royaume  d'Aquitaine,  par  le  nom  de  Mar- 
che de  Toulouse.  Le  comté  de  Razès  dut  être 
aussi  détaché  alors  de  la  Septimanie,  ou 
du  moins  peu  de  temps  après,  pour  être 
uni  au  même  royaume  &  faire  partie  du 
marquisat  de  Toulouse".  Ainsi  les  comtes 
de  cette  ville,  en  qualité  de  marquis,  exer- 
çoient  leur  autorité  sur  les  pays  de  la 
Narbonnoise  première,  qui,  après  le  par- 
tage de  l'an  817,  demeurèrent  dépendans  du 
royaume  d'Aquitaine;  savoir  une  autorité 
immédiate  sur  le  comté  particulier  de  Tou- 
louse, &  une  autorité  médiate  ou  supé- 
rieure sur  les  comtés  de  Carcassonne  &  de 
Razès  possédés  par  des  comtes  particuliers. 


'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  nu- 
méro XCIV,  Charte  de  Charles  le  Chauve,  en  faveur 
d'Oliha,  comte  de  Carcassonne,  &  sous  le  nu- 
méro CVII ,  une  autre  Charte  datée  de  877,  en 
faveur  du  même  comte. 

*  Les  comtés  de  Carcassonne  &  de  Razès  furent 
réunis  au  comté  ou  Marche  de  Toulouse,  le  pre- 
mier en  817,  &  le  second  en  864.  En  817,  la  Mar- 
che de  Toulouse  était  composée  du  Toulousain 
proprement  dit,  déterminé  par  l'étendue  de  l'ancien 
diocèse  de  Toulouse,  du  comté  de  Fezensac,  ou  de 
l'ancien  pays  d'Eause,  &  du  Carcassonnais.  A  ces 
contrées  fut  ajouté,  en  864,  le  pays  de  Razès.  Voyez 
ci-dessus  IVoîe  additionnelle  à  la  A^ore  LXXXVII , 
l  I.  [E.  M.J 


NOTE  XCV 

Sur  les  évêques  de  la  Septimanie  qui 
se  déclarèrent  en  faveur  de  Lothaire 
6*  contribuèrent  à  la  déposition  de 
l'empereur  Louis  le  Débonnaire. 


Note 
95 


I.  jL  est  certain,  suivant  le  témoignage  de 
1  Frodoard  ',  que  Barthélémy,  archevê- 
que de  Narbonne,  fut  un  des  prélats  qui  se 
déclarèrent  avec  plus  de  chaleur  en  faveur 
de  Lothaire  contre  l'empereur  Louis  le 
Débonnaire,  son  père,  durant  les  troubles 
qui  désolèrent  le  royaume  en  833.  Cela 
paroît  d'ailleurs  par  la  souscription  de  ce 
prélat  au  privilège  '  qu'Aldric,  archevêque 
de  Sens,  accorda  la  même  année  en  faveur 
de  l'abbaye  de  Saint-Rémi,  située  dans  sa 
ville  épiscopale,  &  qui  ne  fut  souscrit  que 
par  les  évêques  partisans  de  Lothaire. 

II.  On  trouve  parmi  ceux-ci  un  évêque 
appelé  Etienne,  dont  la  souscription  ^  est 
ainsi  conçue  :  Stephanus  Biturlcensium  în- 
dîgnus  episcopus  subscripsî  ;  ce  qui  prouve, 
ce  semble,  qu'Etienne  étoit  alors  archevê- 
que de  Bourges.  Nous  sommes  persuadés 
cependant,  avec  le  P.  le  Cointe'',  qu'il  y  a 
une  faute  de  copiste  dans  cet  endroit,  & 
qu'il  faut  lire  Biterrensîum  ou  Biterrensîs, 
au  lieu  de  Biturlcensium  ou  Bituricensis. 
Voici  les  raisons  sur  lesquelles  nous  nous 
appuyons  : 

1°  Cette  faute  n'est  pas  la  seule'  que 
les  copistes  aient  faite  dans  cet  acte; 
2°  si  Etienne  eût  été  archevêque  de  Bour- 
ges, il  n'auroit  pas  souscrit  en  son  rang, 
puisque  son  nom  ne  se  trouve  qu'après 
celui  de  six  ou  sept  évêques;  3°  cette 
souscription  étant  de  l'an  833,  Etienne  ne 
peut  avoir  été  alors  archevêque  de  Bour- 
ges, puisque  Agiulphe,  qui  vécut  jusques  à 

'  Frodoard,  Hist.  Rem.  1.  2,  c.  20. 

'  Spicllegium,  t.  2,  p.  579. —  Le  Cointe,  ad  ann. 
833,  'n,  54  8c  67.  —  Mabillon  ,  ad  ann.  833, 
n.  1  3. 

'  Spicilegium,  t.  2,  p.  ^79. 

^  Le  Cointe,  ad  ann,   833,  n.  70. 

5  Ihid.  n.  70  &  78, 


Note 
95 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


349 


l'an  *  840,  occupoit  ce  siège  dans  le  même 
temps.  Il  est  certain  en  effet  que  cet  acte 
est  antérieur  à  la  mort  de  Louis  le  Débon- 
naire ;  car  ce  prince  le  confirma  l'an  835,  ou 
le  16  Je  novembre  de  la  vîngt-deuxïème  année 
de  son  empire,  indîctîon  XIII.  Nous  voyons 
d'ailleurs  que  tous  les  évèques  qui  le  sous- 
crivirent vivoient  en  833,  &  il  n'est  pas  cer- 
tain' que  Fulconin,  évêque  de  Worms,  le 
seul  dont  le  P.  Mabillon  '  semble  douter, 
ne  fût  pas  alors  en  place  j  4°  aucun  Etienne, 
archevêque  de  Bourges,  n'a  pu  souscrire  à 
ce  privilège  depuis  la  mort  d'Agiulphe  & 
du  vivant  d'Aldric,  archevêque  de  Sens, 
puisque  Radulphe  ou  Raoul,  successeur  im- 
médiat d'Agiulphe, vécut  jusqu'à  l'an  866'', 
longtemps  après  la  mort  d'Aldric^  5°  les 
évêques  qui  souscrivirent  à  ce  privilège 
reconnoissoient  non  seulement  l'autorité 
de  Lothaire,  mais  encore  leurs  villes  épis- 
copales  étoient  comprises  dans  la  portion 
du  royaume  qui  étoit  échue  à  ce  prince.  In 
ditione''  Domini  imper atoris  Hlotarîi  serenîs- 
simi  Augusti  constîtuti.  Or,  en  833,  Pépin 
étoit  paisible  possesseur  de  l'Aquitaine,  & 
par  conséquent  de  la  ville  de  Bourges,  &  il 
vivoit  en  bonne  intelligence  avec  Lothaire, 
avec  lequel  il  étoit  alors  ligué  contre  l'em- 


qu'ils  étoient  alors  à  la  suite  de  l'empereur 
Louis  le  Débonnaire,  objecte,  pour  prou- 
ver qu'il  s'agit,  dans  ces  souscriptions, 
d'Etienne,  archevêque  de  Bourges,  qu'il 
n'est  pas  vraisemblable  qu'un  évêque  de 
Béziers  ait  assisté  à  ce  concile  à  cause  de  la 
trop  grande  distance  des  lieux.  Mais, 
1°  quand  cela  seroit,  onpeutformer  la  même 
objection  contre  un  archevêque  de  Bour- 
ges, &  il  n'y  a  pas  plus  d'inconvénient 
qu'un  évêque  de  Béziers  ait  assisté  à  un 
concile  de  Worms  que  Barthélémy,  arche 
vêque  de  Narbonne  ,  son  métropolitain  , 
qui  se  trouve  souscrit  dans  le  même  pri- 
vilège •  2°  il  n'y  a  aucune  preuve  que  les 
évêques  qui  le  souscrivirent  fussent  alors  à 
Worms  &  à  la  suite  de  Louis  le  Débon- 
naire, comme  le  P.  Labbe  le  prétend; 
l'Astronome  &  l'auteur  des  Annales  de 
Fulde,  que  cet  auteur  cite  en  sa  faveur, 
n'en  disent  rien;  3"  mais  ce  qui  prouve 
évidemment  que  ces  évêques  ne  peuvent 
avoir  été  assemblés  à  Worms  &  avoir  été 
alors  à  la  suite  de  Louis  le  Débonnaire, 
c'est  qu'ils  reconnoissoient,  comme  nous 
l'avons  déjà  remarqué,  l'autorité  de  Lo- 
thaire qui  l'avoit  détrôné.  Il  est  donc  plus 
vraisemblable  qu'ils  s'étoient  assemblés  à 


Note 
95 


pereur  leur  père;  6°  enfin,  ce  qui  paroît      Sens  même,  peu  de  temps  avant  ou  après  la 


ôter  toute  la  difficulté,  c'est  que  nous  trou- 
vons la  souscription  ^  d'un  Etienne,  évêque, 
qui  ne  paroît  pas  différent' de  celui  qui 
souscrivit  au  privilège  du  monastère  de 
Saint-Rémi,  jointe  à  celle  d'Agiulphe, 
archevêque  de  Bourges,  à  l'assemblée  de 
Kiersi  de  l'an  838. 


diète  de  Compiègne,  dans  laquelle  Lothaire 
leur  fit  faire  tout  ce  qu'il  voulut  contre 
l'empereur  son  père. 

Le  P.  de  Sainte-Marthe  '  objecte  encore 
qu'on  ne  trouve  aucun  évêque  de  Béziers 
du  nom  d'Etienne,  dans  le  neuvième  siècle, 
parmi  les  monumens  de  cette  Eglise.  Mais 


Le  P.  de  Sainte-Marthe*  qui   suppose,      on  n'en  trouve  pas  non  plus  qui  prouvent 


après  le  P.  Labbe  %  que  les  évêques  qui 
souscrivirent  ce  privilège  étoient  assemblés 
à  un  concile  de   Worms,  tenu   en  833,  & 


'  Conciles,  t.  7,  p.   1697.  —  Mabillon,   ad   ann. 
840,  n.  24. 

'  Le  Colnte,  ad  ann.  833,  n.  76. 
'  Mabillon,  ad  ann.  833,  n.  11. 

*  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.   2,  p.   ij. 
^  Spicilegium,  t.  2,  p.  579. 

Gesî.  Aldrici  eplscopi  Cenom.    c.  5o.  —  Baluze, 
Miscellan.  t.  3,  p.  1  36  &  seq. 

Le  Cointe,  ad  ann.  837,  838. 

*  Galha  Christiana,  nov.  éd.   t.  2,  p.  23. 
^  Labbe,  Conciles,  t.  7,  p.  1678. 


qu'il  y  ait  eu  un  archevêque  de  Bourges  de 
ce  nom  dans  le  même  temps.  Nous  connois- 
sons,  au  contraire,  la  succession  de  ces  ar- 
chevêques pendant  cet  intervalle  ,  &  nous 
ignorons  celle  des  évêques  de  Béziers  de- 
puis la  fin  du  huitième  siècle  jusque  bien 
avant  dans  le  neuvième.  Etienne  qui  sous- 
crivit le  privilège  d'Aldric,  archevêque  de 
Sens,  &  qui  fut  par  conséquent  un  des 
prélats  qui  embrassèrent  le  parti  de  Lo- 
thaire contre  l'empereur  Louis  le  Débon- 
naire, étoit  donc    évêque   de   Béziers,   & 

'  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  2,  p.  23. 


Éd.orig. 

t.  J, 
p.  7^5. 


Note 
95 


35o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ceux  qui  l'ont  fait  archevêque  de  Bourges 
se  sont  trompés.  Aussi  tous  '  ceux  qui  ont 
fait  imprimer  ce  privilège  l'ont  tiré  d'un 
seul  &  même  manuscrit. 

III.  On  voit  aussi  que  Salomon,  évéque 
d'Elne,  étoit  partisan  de  Lothaire,  par  une 
charte  *  que  ce  prince  lui  accorda,  &  qui 
est  datée  du   lieu   de  Clunac,  le  7    du  mois 


sur  le  siège  d'Elne  pendant  les  années  832 
&  836",  ce  qui  détruit  l'épiscopat  de  Ram- 
non  sous  l'an  833.  Cet  auteur  a  été  encore 
trompé  parla  chronologie  d'un  diplôme  de 
l'empereur  Louis  le  Débonnaire  qu'il  a 
rapporté  à  l'an  833,  au  lieu  de  le  fixer  à 
l'an  821.  Ce  diplôme"  fut  donné  par  ce 
prince  k  Aix-la-Chapelle  en  faveur  de  Ram- 


NOTE 

95 


d'avril,  la  première  année  de  Lothaire,  em-  non,  évêque  d'Elne,  h  cinquième  du  mois 
pereur  en  France,  &  la  huitième  année  de  son  de  mars,  la  vingtième  année  de  l'empire  de 
règne  en  Italie,  indiction  XII.  Ces  notes  font  Louis,  indictionXlV.  Or  cette  indiction  con- 
voir  évidemment  qu'on  doit  rapporter  la  vient  à  l'an  821  &  non  à  l'an  833.  D'ail- 
date  de  cette  charte  à  l'an  834,  &  par  consé-  leurs,  le  5  du  mois  de  mars'  de  cette  der- 
quent  au  temps  que  Lothaire,  après  avoir  nière  année,  ce  prince  étoit  à  Worms,  où 
dépouillé  son  père  de  l'empire,  s'en  étoit  il  étoit  arrivé  avant  le  commencement  du 
emparé  j  car  elles  ne  peuvent  convenir  à  carême,  &  non  pas  à  Aix-la-Chapelle.  Il 
l'an  840  &  à  la  première  année  de  l'empire  faut  donc  corriger  l'année  de  l'empire  dans 
de  Lothaire,  prise  depuis  la  mort  de  Louis  cette  dernière  charte  &  lire  la  huitième  au 
le  Débonnaire,  comme  M.  Baluze  '  le  lieu,  àe  la  vingtième, 
suppose,  puisque  le  7   du  mois   d'avril  de 

l'an  840,  cet  empereur  n'étoit  pas  encore      

décédé  5  que  Lothaire  étoit  pour  lors  en 
Italie  &  qu'on  comptoit  l'indiction  XIII  & 
non  la  XII  qui  est  marquée  dans  la  charte. 
Cette  dernière  indiction  convient  au  con- 
traire à  l'an  834.  Nous  savons  d'ailleurs  que 
Lothaire  étoit  alors  en  France  &  qu'il  pre- 
noit  le  titre  d'empereur  depuis  la  déposi- 
tion de  Louis  le  Débonnaire  son  père.  Il 
est  vrai  que  la  huitième  année  du  règne  de 
Lothaire  en  Italie  ne  sauroit  s'accorder 
avec  l'an  834,  mais  elle  convient  encore 
moins  avec  l'an  840.  Il  faut  donc  lire  in 
Italia  XIII  au  lieu  de  VIII,  car  le  change- 
ment de  la  lettre  X  en  V  peut  être  aisé- 
ment arrivé  par  la  faute  des  copistes.  Par  là 
toutes  les  notes  de  cette  date  s'accordent 
parfaitement. 

On  pourroit  objecter  qu'il  paroît  que 
l'an  834,  Ramnon  étoit  évéque  d'Elne,  & 
non  pas  Salomon,  &,  en  effet,  M.  Baluze'' 
place  l'épiscopat  du  premier  au  mois  de 
mars  de  l'an  833;  mais  quand  cela  seroit, 
Salomon  auroit  pu  lui  avoir  succédé  vers  la 
fin  de  ]a  même  année;  mais  M.  Baluze  se 
contredit  lui-même,  puisqu'il  met  Salomon 


NOTE  XCVI 

Epoque  de  la  mort  de  Pépin  I ,  roi 
d^ Aquitaine f  6*  de  Béranger,  duc  de 
Toulouse. 


I. 


'  Voyez    Tavellier,   Ep'isc.  Senon.  —  Spicilegium, 

2,  p.  579. 

'  Marca  Hispanlca,  Append.  776  &  seq. 

3  Ibid. 

"•  Ihid.  p.   35o. 


LA  fixation  de  ces  deux  époques  sert 
beaucoup  à  établir  celle  des  prin- 
cipaux événemens  arrivés  durant  les  cinq 
dernières  années  du  règne  de  Louis  le 
Débonnaire,  &  qui  sont  rapportés  assez 
confusément  dans  la  vie  de  ce  prince  écrite 
par  l'Astronome.  Cette  confusion  a  passé 
dans  la  plupart  de  nos  historiens  modernes 
qui  ont  été  trompés  par  la  fausse  chrono- 
logie marginale  qu'on  a  mise  à  l'ouvrage  de 
cet  auteur,  &  qui  n'ont  pas  fait  assez  d'at- 
tention qu'il  a  bien  plus  d'autorité  "*  pour 
la  vérité  des  faits  qu'il  rapporte,  que  pour 
l'ordre  &  l'arrangement  qu'il  leur  donne. 
Commençons  par  l'époque  de  la  mort  de 
Béranger,  duc   de  Toulouse.  Ce  seigneur 

'  Marca  Hispanlca,  p.  35o  8c  seq.  &  in  indic.  — 
Marca  H'tspan'ica  ,  verbo  Salomon. 

'  Ihii.  Append.  p.  70. 

'  Annal.  Berlin,  p.    189. 

■•  Voyez  Pagi,  ad  ann.  836,  n.  4  &  seq.  &  supra. 
Note  LXXXIX, 


Note 
96 


Note 
96 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


35 1 


décéda'    durant    la    diète    que   l'empereur  Nous  savons  d'ailleurs  par  le  témoignage' 

Louis  le  Débonnaire  tint  à  Crémieu,  dans  de  l'Astronome  &  par  la  date  de  diverses 

le  Lyonnois,  &  que   les   uns  rapportent  à  chartes    dont     nous    parlerons    plus    "bas, 

l'an  835  &  les  autres  à  l'année  suivante;  qu'elle  fut  nîsemhlée  pendant  Vété  au  mois 

ainsi,  en  fixant  le  temps  de  cette  diète,  nous  de  juin  &  de  Juillet.  Les  Annales  de  Saint- 

apprenons   celui  de  la  mort  de  ce  duc.  Bertin'  &  celles  de  Fulde,  suivies   par  nos 

II.  Au  mois  de  février  &  au  commence-  plus   habiles'  critiques,    rapportent  aussi 

ment  de  mars  de  l'an  835,  Louis  le  Débon-  au  mois  de  juin  de  l'an  835  l'assemblée  de 

naire  tint  une  assemblée  à  Thionville,  où  Crémieu.   Nous    pouvons   encore   prouver 

Ebles,  archevêque  de  Reims,  fut    déposé.  cette  époque  par  d'autres  témoignages. 
Personne  ne  disconvient  de  cette  époque  IV.  1°  Suivant  le  supplément  de  Thegan, 


qui  est  fondée  sur  les  actes  originaux  de 
cette  assemblée.  Il  faut  lire  cependant,  dans 
l'édition  du  P.  Labbe',  la  vingt-deuxième 
année  de  l'empire  de  Louis  le  Débonnaire 
&  non  la  vingt-troisième,  pour  faire  accorder 
cette  année  avec  le  quatrième  du  mois  de 
mars  &  l'indiction  xiii. 

C'est'  à  cette  même  diète  de  Thionville, 


que  Lambecius  ^  a  donné,  Louis  le  Débon- 
naire tint  une  assemblée  à  Thionville  au 
mois  de  mai  de  la  vingt-troisième  année  de  son 
empire,  &  après  la  diète  de  Crémieu  qui, 
comme  nous  l'avons  observé, se  tint  pendant 
l'été.  Or,  le  mois  de  mai  de  la  vingt-troi- 
sième année  de  l'empire  de  ce  prince  répond 
à    l'an  836.  Ainsi  l'assemblée  de   Crémieu 


ou  au  plus  tard*  à  celle  de  Crémieu  qui  la  ayant  précédé,   elle   doit   par   conséquent 

suivit,  que  nos  meilleurs  critiques  rappor-  avoir  été  tenue  pendant  l'été  de  l'an  835; 
tent  le  nouveau  partage^  que  fit  l'empe-  2"  Le  P.  le  Cointe^  prouve,  par  la  date  de 

reur  de  ses  Etats  entre  ses  trois  fils  Pépin,  plusieurs  chartes  de  Louis  le  Débonnaire, 

Louis  &  Charles,  à  l'exclusion  de  Lothaire,  qu'il  tint  la  diète  de  Crémieu  durant   l'in- 

&  que  d'autres®  rapportent  à  une  préten-  diction  xiii,  qui  ne  peut  convenir  qu'à  l'an 

due  assemblée  tenue  à  Aix-la-Chapelle  au  835.  Nous  avons  encore®  une  autre  charte 

mois  de  février  de  l'an  837.  Mais  il  ne  pa-  de    ce    prince,    donnée  à  Lyon  la  vingt- 

roît   pas  que  ce  prince   ait    tenu   aucune  deuxième  année  de  son  empire,  ou   l'an  835, 

assemblée   à   Aix-la-Chapelle   pendant   ce  ce  qui  prouve  qu'il  étoit  alors  au  voisinage 

temps-là.  Nous  savons  seulement  que  dans  de  Crémieu.  Il  est  vrai  que  cette  dernière 

celle  qu'il  tint  dans  ce  palais  à  la  fin  de  la  charte  est  datée  du  mois  de  décembre,  in- 

mème  année  %  il  disposa  en  faveur  du   roi  diction  XV,  mais   il  faut  dire  kal.  junii  ou 

Charles,  son  fils,  de  toute  la  partie  de    la  plutôt  julii   au  lieu  de  januarias,  &  indic- 

Neustrie,  située  à  la    droite  de    la  Seine,  <zo«e  xili,  au  lieu  de  XV,  comme  M.  Baluze' 


qu'il  avoit  déjà  donnée  à  Pépin  par  le  par- 
tage précédent  ou  de  l'an  835. 

III.  L'époque  de  la  diète  de  Thionville, 
tenue  au  commencement  de  l'an  835,  nous 
donne  celle  de  la  diète  de  Crémieu  ;  car 
selon  Thegan%  auteur  du  temps,  l'empe- 
reur alla  la  même  année  dans  le  Lyonnois 
où  il  tint  cette  dernière  diète;  elle  doit 
être  rapportée,  par  conséquent,  à  l'an  835. 


'  Astronome,  p.  3i5.  —  Thegan,  c.   67  &  seq. 

'  Conciles,  t.  7,  p.  \0^i. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  635,  n.  26  &  seq. 

*  Pagi,ad  ann.  838,  n.  4. 

'  Capitulaires,  t.    i,  p.  685  &  seq. 

"  Baluze,  Not.  in  Capital,  t.  i,  p.   i  i  17  &  seq. 

'Nithard,  ].    I,  p.  ^67.  — Annal.  Bcrùn.  p.    19 

'  Thegan,  c.  57  8c  seq. 


l'a  remarqué  ; 

3"  Il  ne  paroît,  au  contraire,  par  au- 
cun monument  que  l'Empereur  Louis  le 
Débonnaire  fût  à  Lyon  ou  aux  environs, 
pendant  les  mois  de  juin  ou  de  juillet  de 
l'an  836,  si  l'on  excepte  la   fausse  chrono- 


'  Astronome,  p.  3  i5. 

^  Annal.  Bertïn.  p.    191.  — Annal.    Fuli,  p.  5^6. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  835,  n.  80  &  seq.  —  Pagi, 
ad  ann.  835,  n.  80  &  seq-;  Lambecius,  ad  ann.  836, 
n.  7  &  8. 

^  Lambecius,  B'ihl,  Caes.  \.  2,  c.  5,  p.  39 r. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  835,  n.  80  &seq.  —  Voyez 
Gesta  Aldr'ic'i  Cenom.  dans  Baluze,  Miscellan.  t.  3  , 
p.   167. 

"  Marco.  Hispanica,  p.  7/5. 

'  IhiJ.  p.   352. 


NOTB 
96 


Éd.orig. 

t.  I, 
P-746. 


Note 
96 


352 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


logie  ajoutée  à  la  marge  de  la  vie  dç  ce 
prince,  composée  par  l'Astronome^ 

4°  On  peut  joindre  à  ces  autorités  deux 
raisons  de  convenance  :  la  première,  qu'é- 
tant constant  qu'Ebles,  archevêque  de 
Reims,  fut  déposé  à  l'assemblée  de  Thion- 
ville,  tenue  au  mois  de  février  de  l'an  835, 
la  diète  de  Crémieu  où  ses  deux  complices, 
Agobard  de  Lyon  &  Bernard  de  Vienne, 
furent  jugés,  dut  suivre  de  près,  &  qu'il  est 
plus  vraisemblable  que  ce  fut  la  même  an- 
née plutôt  que  la  suivante.  La  seconde  que 
Bernard,  duc  de  Septimanie,  ayant  été  réta- 
bli dans  ses  dignités  à  la  fin  de  l'an  884,  il  est 
également  vraisemblable  que  les  différends 
qu'il  eut  à  cette  occasion  avec  le  duc  Béran- 
ger,  suivirent  de  près  ce  rétablissement,  & 
que  comme  ces  différends  pouvoient  avoir 
de  grandes  suites,  ils  furent  terminés  en 
835  plutôt  qu'en  836. 

V.  On  pourroit  peut-être  concilier  la 
contrariété  qui  se  trouve  entre  les  moder- 
nes au  sujet  de  l'époque  de  l'assemblée  de 


d'un  comte  appelé  Hugues^  ce  qui  pour- 
roit peut-être  donner  lieu  de  croire  que 
l'épouse  de  Lothaire  étoit  sœur  de  Béran-. 
ger;  mais  ce  qui  prouve  qu'on  doit  distin- 
guer le  père  de  ce  dernier  d'avec  le  beau- 
père  de  Lothaire,  c'est  que  Hugues,  beau- 
père  de  ce  prince,  ne  mourut  que  l'an  836', 
au  lieu  que  le  père  de  Béranger  étoit  déjà 
mort  pendant  la  diète  de  Crémieu  % /avore 
Berengarîi  H.  Turonîci  quondam  comitisfiUî. 
Nous  connoissons  un  troisième  comte'  , 
appelé  Hugues,  qui  vivoit  après  l'assemblée 
de  Crémieu  &  qui  avoitun  gouvernement 
aux  environs  de  la  Loire;  peut-être  étoit-ce 
à  Tours  même  :  ainsi  on  peut  conjecturer 
que  celui-ci  étoit  frère  de  Béranger,  duc 
de  Toulouse. 

VII.  Quant  à  l'époque  de  l'assemblée  de 
Worms  que  l'Astronome  "•,  suivi  par  le  P.  le 
Cointe',  place  immédiatement  après  l'as- 
semblée de  Thionville  de  l'an  835  &  avant 
celle  de  Crémieu,  &  qui  devroit  appartenir 
par  conséquent  au  mois  de  mai  de  cette  der- 


Crémieu,  en  supposant,  avec  le  P.  Mabil-  nière  année,  le  P.  Pagi  a  fait  voir®  qu'elle 

Ion",  que  Louis  le  Débonnaire  tint  deux  as-  ne  fut  tenue  qu'en  836,  postérieurement  à 

semblées  dans  le  même  lieu,  l'une  en  835  celle  de  Crémieu;  nouvelle  preuve  qu'on 

&  l'autre  deux  ans  après;  mais  il  est  cons-  ne  sauroit  s'appuyer  sur  la  chronologie  de 

tant  par  les  anciens  historiens  qu'il  n'y  en  l'Astronome,  comme  plusieurs  de  nos  plus 

eut  qu'une,  &,  en  effet,  Thegan  &  l'Astro-  savans  ^  modernes  en  sont  persuadés  ou  que 


nome  ne  parlent  que  d'une  seule  diète 
tenue  dans  cet  endroit,  &  durant  laquelle 
mourut  Béranger,  duc  de  Toulouse,  ce  qui 
fait  voir  que  c'est  la  même  diète.  Aussi   la 


son  texte  a  été  transposé,  ainsi   que  nous 
l'avons  déjà  observé  ailleurs. 

VIII.    Après  avoir   fixé   l'époque  de    la 
mort  de   Béranger,   duc  de  Toulouse,   tâ- 


foule  des   historiens  &  des    critiques    mo-  chons  d'établir  celle  de  Pépin  I,  roi  d'Aqui- 

dernes  n'en  admettent-ils  qu'une,  que   les  taine,  sur  laquelle  tous  nos  historiens  sont 

uns' rapportent  à  l'an  836,  &  les  autres' à  fort  partagés.    Il    est  fait    mention   de  ce 

l'an  835.  prince  dans  les  actes  du  concile*  que  l'em- 

VI.  L'époque  de  cette  diète,  fixée  à  cette  pereur  Louis  le  Débonnaire  convoqua  à  Aix- 

dernière  année,    détruit   par   avance    une  la-Chapelle,  au  mois  de  février  de  l'an  836, 

conjecture  qu'on  pourroit  former  touchant  &  qui  se  tint  la  vingt-troisième  année^  de  son 

la  famille  du   même  Béranger.  Il  est  mar-  empire,  indiction  XIV.  La  même  année,  l'em- 

qué  dans  l'Astronome''  que  ce  duc  étoit  fils  pereur,  après  avoir  tenu  une  diète  àThion- 
d'Hugues,  comte  de  Tours^  &  nous  savons 


d'ailleurs  que  Lothaire  avoit  épousé  la  fille 

'  Mabillon,  ad  ann,  835,  n.  29,  8c  ad  ann.  887, 
n.  67. 

*  Sirmond  &  Labbe,  Conciles,  t.  7,  c.  1768.  — 
Marca  Hispanica^  p.  3i5.  —  Labbe,  Tabl.  gén. 
p.  43o,  &c. 

'  Le  Cointe  &  Pagi,  ad  ann.  835,  n,  80  &  seq. 

''  Astronome,  p.  3i5.  —  P.  de  Marca,  Histoire 
de  Béarn,  p.  685. 


'  Annal.  Berlin,  p.  191. 
'  Astronome,  p.  3i5. 
'  Mabillon,  ad  ann.  835,  n.  3i. 
''  Astronome,  p.  3i3. 
''  Le  Cointe,  ad  ann.  835,  n.  78  &  seq, 
'^  Pagi,  ad  ann.  835,  n.  4. 
^  Ihii.  ad  ann.  836,  n.  7. 
*  Conciles,  t.  7,  p.   1703. 

®  Thegan,  apud  Lambecium,  Bihl.  Ca.es.  1.  2,  c.  5, 
.  391. 


Note 
96 


Note 
96 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


353 


Éd.orig 

t.  1, 

P-  747- 


ville  après  Pâques,  ou  au  mois  de  mai  de  la 
vingt-troisième  année  de  son  empire^  en  con- 
voqua '  une  nouvelle  à  Worms  au  mois  de 
septembre  suivant,  à  laquelle  les  rois  Pé- 
pin &  Louis  se  trouvèrent  &  qui  fut  suivie 
peu  de  temps  après  de  la  mort  de  l'abbé 
Wala  &  de  plusieurs  autres  partisans  de  Lo- 
thaire.  Les  anciens  &  les  modernes'  con- 
viennent de  cette  dernière  époque,  excepté 
l'Astronome  %  qui  met  cette  assemblée  de 
Worms,  &  la  mort  de  Wala  &  des  autres  par- 
tisans de  Lothaire,  avant  le  concile'*  d'Aix- 
la-Chapelle  dont  nous  venons  de  parler  & 
qui  fut  tenu  certainement  au  mois  de  février 
de  l'an  836;,  autre  preuve  du  peu  de  fonds 
qu'on  peut  faire  sur  la  suite  chronologi- 
que des  faits  rapportés  par  cet  historien. 
L'empereur  se  préparoit  pour  son  voyage 
d'Italie  au  commencement  de  l'an  887,  mais 
il  en  fut  détourné  parles  courses  des  Nor- 
mands. C'estce  qui  estmarqué  expressément 
dansThegan%  dont  le  supplément  donné 
par  Lambecius  finit  au  commencement  de 
cette  année,  la  vingt-quatrième  de  Vempereur 
Louis  le  Débonnaire^  &  à  l'assemblée  que 
ce  prince  tint  à  Nimègue,  après  le  mois  de 
mai*.  Ceci  fait  voir  que  l'assemblée  d'Aix-la- 
Chapelle  où  l'empereur  donna  à  Charles  le 
Chauve,  son  fils,  une  grande  partie  de  la 
Neustrie,  fut  postérieure  à  celle  de  Nimè- 
gue, puisque  Thegan  qui  écrivoit  alors 
n'auroit  eu  garde  d'omettre  un  fait  si  im- 
portant. Or  comme  nous  savons,  sur  le  té- 
moignage de  Nithard^,  que  cette  assemblée 
d'Aix-la-Chapelle  se  tint  pendant  l'hiver, 
elle  doit  appartenir  par  conséquent  ou  à  la 
fin  de  l'an  887,  comme  l'insinue  l'Annaliste  ^ 
de  Saint-Bertin,  ou,  au  plus  tard,  au  com- 
mencement de  l'année  suivante,  ainsi  qu'il 
estmarqué  dans  les  Annales  de  Fulde'.  Le 

'  Thegan,  apud  Lambecium,  Bibl.Caes,  1.  2,  c.  5, 
p.  391. — Annal.  Berlin.  Tp.3^i, 

'  Mabillon,  ad  ann.  836,  n.  42. —  Le  Cointe,  ad 
ann,  835,  n.  78  &  seq. —  Pagi,  ad  ann,  836,  n.  7. 

^  Astronome,  p.  3j3,  ligne  28. 

*  Ibid.  p.  3i5,  lignes  i  &  suiv. 

'  Thegan,  apud  Lambecium,  Bièl.  Caes.  1.  2, 
c.  5,  p.  391. 

^  Annal.  Berlin,  p,   191. 
"  Nithard,  1.  I,  p.  362. 

*  Annal.  Berlin,  p.    191. 
»  Annal.  Fuld.  p.  546. 


premier  assure  positivement  que  Louis 
roi  de  Bavière,  assista  à  cette  assemblée  en 
personne,  &  Pépin  par  ses  députés.  La 
disposition  qu'y  fit  l'empereur  en  faveur 
de  Charles  ne  fut  donc  pas  un  secret  pour 
ces  princes,  comme  l'avance  le  P.  Daniel', 
qui  exclut  l'un  &  l'autre  de  cette  assem- 
blée. 

IX.  Il  est  aisé  de  fixer  sur  cette  époque 
celle  du  colloque  qu'eurent  ensemble  à  la 
mi -carême,  immédiatement  après  cette 
assemblée,  dans  les  montagnes  du  Tre»- 
tin  %  Lothaire  &  Louis,  roi  de  Bavière,  & 
que  les  Annalistes  de  Saint-Bertin  &  de 
Fulde  rapportent  en  effet  à  l'an  838.  Or, 
comme  cette  conférence  précéda'  la  mort 
de  Pépin,  c'est  une  preuve  que  ce  prince 
étoit  encore  en  vie  peiidant  le  carême  de 
cette  année.  Le  P.  Daniel*  prétend  même 
qu'il  se  trouva  au  rendez-vous  j  mais  il  est 
constant  qu'il  n'y  assista  pas.  Nithard  & 
les  Annales  de  Saint-Bertin  &  de  Fulde  ne 
parlent  que  de  Lothaire  &  de  Louis,  & 
puisque,  de  l'aveu  même  du  P.  Daniel, 
l'empereur  faisoit  garder  avec  tant  de  soin 
le  passage  des  Alpes,  qu'il  étoit  impossible 
à  Lothaire  d'entrer  en  France,  comment 
Pépin  auroit-il  pu  se  dérobera  sa  vigilance 
&  aller,  à  son  insu,  d'Aquitaine  jusques 
à  l'extrémité  de  la  Germanie?  D'ailleurs 
cet  auteur  n'a  pas  fait  attention  au  témoi- 
gnage de  tous  les  historiens  contemporains^ 
qui  assurent  que  Pépin  consentit  non- 
seulement  par  ses  envoyés  durant  l'as- 
semblée d'Aix-la-Chapelle,  qui  précéda  le 
colloque  du  Trentin,  &  ensuite  par  lui- 
même  durant  celle  deKiersi,qui  le  suivit, 
à  l'augmentation  du  partage  de  Charles 
le  Chauve,  son  frère,  mais  qu'il  se  déclara 
encore  protecteur  de  ce  jeune  prince  par 
l'entremise  de  l'empereur,  son  père.  Pépin 
n'avoit  donc  garde  *  de  se  liguer  alors  avec 
ses  deux  autres  frères  contre  ce  prince. 

X.  Il  est    certain   que    l'assemblée    de 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.  i,  p.  640. 
"  Annal.  Berlin,  p.  191.  —  Annal,  Fuld.  p.  546. 
'  Nithard,  1.  i ,  p.  362. 
"•  Daniel,  Hisloire  de  France,  t.   1 ,  p.  640. 
*  Astronome,    p.  3  16. —  Nithard,  1.  i,p.  362.— • 
Annal.  Berlin,   p.   191. 

<•  Le  Cointe,  ad  ann.  837,  n.  zi. 


Note 
96 


II. 


23 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Kiersi,  dont  nous  venons  déparier,  se  tint 
au  mois  de  septembre  après  le  colloque  du 
Trentin  &  avant  la  mort  de  Pépin.  Elle 
doit  appartenir,  par  conséquent,  au  mois  de 
septembre  de  838.  Ce  prince  ne  dut  donc 
décéder  au  plus  tôt  que  vers  la  fin  de  cette 
dernière  année. 

XI.  Quelques  auteurs ',  trompés  par  la 
chronologie  arbitraire  qu'on  a  ajoutée  à  la 
marge  de  la  Vie  de  l'empereur  Louis  le 
Débonnaire  composée  par  l'Astronome, 
f©nt  mourir  Pépin  au  commencement  de 
l'an  838  j  d'autres  mettent  sa  mort  un  peu 
plus  tard.  Pour  nous,  nous  la  fixons  avec 
les  Annales  de  Saint-Bertin  au  mois  de 
décembre  de  l'an  838  ou  au  plus  tôt,  avec 
celles  de  Fulde,  au  mois  de  novembre  pré- 
cédent. En  voici  de  nouvelles  preuves  : 

1°  Le  P.  le  Cointe"  ne  fixe  la  mort  de 
Pépin  au  commencement  de  l'an  838  que 
parce  que  ce  prince  étant  déjà  décédé  dans 
le  temps  de  la  diète  de  Worms  qui  suivit 
celle  de  Kiersi ,  il  prétend  que  la  première 
se  tint  au  mois  de  mai  de  l'an  838,  mais  la 
suite  nous  fera  voir  que  ce  fut  en  8395 

2°  L'Annaliste  de  Saint-Bertin  '  rapporte 
immédiatement  avant  la  mort  de  Pépin  une 
éclipse  de  lune  qui  arriva  le  5  du  mois  de 
décembre.  Or,  cette  éclipse  ne  peut  con- 
venir qu'au  5  du  mois  de  décembre  de 
l'an  838,  puisque  cette  planète  étoit^  ce 
jour-là  dans  son  plein  &  non  pas  l'année 
précédente; 

3°  Nous  savons  certainement  par  deux 
chartes  de  Pépin  que  ce  prince  vivoit  en- 
core au  mois  de  septembre  de  l'an  838.  Il 
donna  la  première  en  faveur^  de  l'abbaye 
de  Corméri  en  Touraine,  située  à  la  gau- 
che de  la  Loire,  &,  par  conséquent,  dans 
le  royaume  d'Aquitaine.  Cette  charte  est 
datée  du  dernier  du  mois  d'août,  indiction  I,  la 
vingt-cinquième  année  de  l'empire  de  Louis  & 
la  vingt-quatrième  du  règne  de  Pépin,  ce  qui 
ne  peut  convenir  qu'à  l'an  833.  La  seconde  % 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  838,  n.  i. 

'  Uid. 

'  Annil.  Berlin,  p.   193. 

^  Vecchietti,  Tabl,  ma),  ad  ann.  838. 

^  Mabillon,  ad  ann.  838,  n.  1 Martène,  t.  i 

?•  29, 

*■  Voyez    aux    Preuves    de    ce    volume,    n.    LUI, 


que  nous  avons  prise  sur  l'original,  est 
datée  du  3  du  mois  de  septembre  de  la  même 
indiction  &  des  mêmes  années  de  règne.  Il 
est  donc  incontestable  que  Pépin  n'étoit 
pas  décédé,  du  moins  avant  le  3  du  mois  de 
septembre  de  l'an  838,  &  l'Astronome,  le 
seul  ancien  historien  qu'on  pourroit  oppo- 
ser, ne  dit  rien  de  contraire  à  cette  épo- 
que, comme  le  P.  Mabillon'  l'a  fait  voir  5 

4°  Nous  avons  encore  une  preuve  de 
l'époque  de  la  mort  de  ce  prince  dans  la 
supputation  des  années  du  règne  de  Pé- 
pin II,  son  fils,  que  ce  dernier  comptoit 
seulement  depuis  la  fin  de  l'an  838.  C'est 
ce  qu'on  voit  entre  autres  par  une  de  ses 
chartes  datée"  du  26  du  mois  de  juin,  indic- 
tion X,  la  neuvième  de  son  règne,  ce  qui  ré- 
pond à  l'an  847.  Si  Pépin  II  eût  compté  les 
années  de  son  règne  depuis  le  18  du  mois 
de  janvier  de  l'an  838,  comme  le  prétend  ' 
le  P.  le  Cointe,  il  auroit  dû  dater  cette 
charte  de  la  dixième  &  non  pas  de  la  neu- 
vième de  son  règne;  par  conséquent,  il  n'en 
comptoit  le  commencement  que  depuis  la 
fin  de  l'an  838.  Une  autre  charte'' du  même 
prince  est  datée  du  iB  du  mois  de  février,  in- 
diction XI,  la  dixième  année  de  son  règne,  ce 
qui  répond  à  l'an  848.  Si  Pépin  II  avoit 
commencé  de  régner  le  18  de  janvier,  il 
auroit  dû  compter  alors  la  on'{ième  &  non 
pas  la  dixième  année  de  son  règne.  Une 
troisième  charte'  de  ce  prince  donnée  en 
faveur  de  l'abbaye  de  Manlieu,  en  Auver- 
gne, est  datée  du  4  d'octobre ,  indiction  X, 
la  huitième  de  son  règne.,  ce  qui  répond  au 
4  d'octobre  de  l'an  846,  en  comptant  l'in- 
diction  depuis  le  commencement  de  sep- 
tembre; mais  ce  calcul  ne  peut  convenir 
en  prenant  le  règne  de  Pépin  le  Jeune  de- 
puis le  commencement  de  l'an  838.  Enfin, 
le  P.  Mabillon*  fait  mention  d'une  qua- 
trième charte  de  ce  prince  donnée  le  27  da 
mois  de  mai,  la  neuvième  de  son  règne,  indic- 


Charte  de  Pépin    I,  roi    d'Aquitaine,  en  faveur   <?e 
l'abhaye  de  la.  Grasse. 

'  Mabillon,  ad  ann.  838,  n.   1. 

'  Ib'id.  847,  n.  5. 

^  Le  Cointe,  ad  ann.  838  n.  i. 

■*  Gallia  Christiana,  nov.  éd.  t.  2,  p.  5i3. 

'  Ibid.  p.    119. 

*  Mabillon,  ad  ann.  847,  n.  5i. 


Note 
96 


Note 
96 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


355 


dénies  le  croient.  Outre  le  témoignage 
des  Annales  de  Saint-Bertin  '  qui  font  com- 
mencer cette  assemblée  à  la  mi-août  de 
l'an  838,  nous  avons  encore  celui  des  Ges- 
tes *  d'Aldric,  évêq-ue  du  Mans,  qui  font 
voir  qu'elle  étoit  actuellement  assemblée 
le  6  du  mois  de  septembre  de  l'an  838  & 
les  jours  suivants. 

XII.  Nous  n'ignorons  pas  que  le  P.  le 
Cointe  ',  pour  se  débarrasser  d'une  si  grande 
autorité,  suppose  sans  preuve  qu'il  faut 
lire  dans  ces  Gestes  l'an  837,  ^^  li^u  de 
l'an  838  &  qu'il  renverse  d'ailleurs  à  sa 
fantaisie  toutes  les  autres  notes  chrono- 
74.8.    Pépin  à  la  fiii  de  l'année  838,  &  au  18  du      logiques  pour  les  appliquer  à  l'an  837.  Il 


Ed.orig 
t.  I. 


tion  X,  ou  l'an  847.  Or  si  Pépin  avoit  com- 
mencé de  régner  au  mois  de  janvier  de 
l'an  838  ,  il  auroit  dû  dater  alors  de  la 
dixième  &.  non  de  la  neuvième  année  de  son 
règne. 

Le  P.  le  Cointe',  pour  prouver  son  sen- 
timent sur  l'époque  de  la  mort  de  Pépin  I, 
cite  les  notes  chronologiques  de  deux 
chartes  de  Pépin  II,  son  fils,  rapportées 
par  Besly.  L'une  est  datée'  du  11  du  mois  de 
janvier^  indiction  XI,  la  dixième  année  du 
règne  de  ce  prince^  c'est-à-dire  de  l'an  848. 
Mais  ces  notes  s'accordent  également  en 
fixant  le  commencement  du  règne  du  jeune 


mois  de  janvier  précédent.  Dans  la  se- 
conde', ce  prince  date  du  18  de  janvier, 
indiction  VIII,  la  huitième  année  de  son  règne, 
ce  qui  reviendroit  à  l'an  846  &  prouveroit 
que  Pépin  I  dut  mourir  avant  le  i"  jan- 
vier 838.  Mais  outre  que  cette  date  est 
contraire  à  celle  des  autres  chartes  que 
nous  avons  déjà  citées  &  qui,  se  trouvant 
en  plus  grand  nombre,  doivent  prévaloir, 
il  est  certain  d'ailleurs  qu'elle  n'est  pas 
exacte,  puisque  le  18  de  janvier  de  l'an  845 
Pépin  II  n'étoit  pas  encore  paisible  pos- 
sesseur du  royaume  d'Aquitaine,  &  que 
nous  n'avons  des  chartes  de  ce  prince  que 


prétend  :  1°  que  la  vingt-cinquieme  année 
de  l'empire  de  Louis  le  Débonnaire  qui  y  est 
marquée,  doit  se  prendre  depuis  le  pre- 
mier du  mois  de  septembre  de  l'an  8i3, 
que  selon  lui  ce  prince  fut  associé  à  l'em- 
pire par  l'empereur  Charlemagne  son  père, 
&  se  contredisant  lui-même,  il  dit  ail- 
leurs"*,  au  sujet  d'une  autre  charte,  datée 
de  Kiersi  avec  les  mêmes  notes,  qu'il  faut 
lire  la  vingt-quatrième  &  non  la  vingt- 
cinquième  de  l'empire  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire. Mais  quand,  pour  accommo- 
der la  date  de  ces  deux  chartes  à  l'opi- 
nion de   ce   critique,    on  devroit  compter 


depuis  la  cession  que  lui  fit  de  ce  royaume  les  années  de  Louis  le  Débonnaire  depuis' 

le    roi    Charles    le  Chauve,  son  oncle,  au  son  association  à  l'empire  &  non  depuis  la 

commencement   du    mois  de  juin    de    l'an  mort  de  Charlemagne,  contre  l'usage  ordi- 

845''.  Ainsi    ce  diplôme  est    plutôt  du   18  naire,  il  paroît  au  moins  que  la  cérémonie 

janvier  de  l'an  846,  où  Pépin  étoit  en  effet  de    cette   association,  n'ayant   été   faite  au 

dans  la  huitième  année  de  son  règne.  Peut-  plus  tôt  que  vers  la  fin  du  mois  de  septem- 

ètre  que  Besly  ayant  vu  l'indiction  IX  aura  bre*  de  l'an  8x3,  Louis  ne  pouvoit  compter 

par  mégarde  omis  un  chiffre  &  changé  le  IX  les  années  de  son  empire  que   depuis   ce 

du  chiffre  romain  en  8  de  chiffre  arabe;  temps-là   &    non  auparavant;  2°  le   P.  le 

5"  Il  est  certain  que   Pépin   I   assista  à  Cointe'   prétend  que  l'indiction  I,  qui  est 

l'assemblée  de  Kiersi-sur-Oise  où   Charles  marquée  dans   les  mêmes  Gestes,  doit  être 

le  Chauve,  son  frère,  fut  déclaré  une   se-  comptée  depuis  le  commencement  du  mois 
conde  fois  roi  de  Neustrie.  Or  cette  diète 
se  tint  au  mois  de  septembre  de  l'an  838  & 
non  pas  au  mois  de  septembre  de  l'année 
précédente  %  comme  la  plupart  de  nos  mo- 


'  Le  Cointe,  ad  ann.  838,  n.  1 . 

Besly,  Histoire  des  rois  de  Guienne,  p.  28. 
'  Ibid.  ibid. 

*  Annal.    Berlin,   p.    201    &  seq.  —    Mabillon, 
ad  ann.  845,  n.  22. 

*  Le  Cointe,  ad  ann.  83;,  n.  28,  &c. 


'  Annal.  Berlin,  p.  201  &  suiv.  —  M.ibillon, 
ad  ann.  846,  n.  22. 

'  Gesta  Aldrici ,  dans  Baluze,  Miscellan.  t.  3, 
c.  37,  p.  94j  c.  5o,  p.   i32  8c  seq. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  837,  n.  37  &  seq. 

<  Ihid.  n.  39. 

^  Ibid.    n.  39. 

^  Chronique  de  Moissac,  p.  146.  —  Astronome, 
p.  294.  —  Thegan,  c.  6. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  837,  n.  3o. 


Note 
96 


Note 
96 


356 


NOTES  SUR   L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


de    septembre ,    &    cela    sur   le    faux   sys-  peratorîs,   îndictione  duodecima.  Actum  Att'i- 
tème  qu'il  s'est  fait",  que  Louis  le  Débon-  nîaco   palado,  &c.  Il   est  évident  que  cette 
naire  a  toujours  employé  l'indiction  grec-  date  ne  peut  convenir  qu'au  2   du  mois  de 
que  dans  ses  cbartes  &  que  les  princes,  ses  décembre  de  l'an  884,  ainsi  que  le  marque 
enfans,    sont    les     premiers    qui    se     sont  le  savant  M.  Baluze.  Il  s'ensuit  de  là  qu'à 
servis  indifféremment  de  cette  indiction  &  la  fin  de   la   même   année  884,  &    après  le 
de  la  romaine  qu'il  appelle  royale,  laquelle  premier  de  septembre,  l'empereur  Louis  le 
commençoit  au  premier  de  janvier.  Le  P.  le  Débonnaire     employoit     l'indiction    com- 
Cointe  a    été  suivi  dans  ce  système  par  le  mune  ou  romaine,  &  qu'il  ne  comptoit  les 
P.  Pagi'j  mais  il  est  aisé  de  faire  voir  que  années  de  son  empire  que   depuis  la  mort 
ces  deux  célèbres  annalistes    se    trompent  de  l'empereur  Charlemagne  son  père. 
&  que  Louis  le  Débonnaire  a  usé  indiffé-  ■       Il  ne  faut  donc  rien  changer  dans  la  date 
remment  de  l'une  &  l'autre  indiction,  de  d'une    autre   charte  ■   du    même   empereur 
même  que  ses  enfans,  ou  plutôt  qu'il  s'est  donnée   à  Kiersi  le  7  du  mois  de  septembre, 
servi,   comme  eux,  plus  communément  de  indiction  I,  la  vingt-cinquième   année   de   son 
l'indiction    romaine    qui    commençoit   au  empire,  dont  nous  avons  déjà  parlé,  &   qui 
premier  de  janvier,  que  de  l'impériale  ou  prouve  manifestement  que  cette  assemblée 
de    la  grecque  qu'on  comptoit   depuis    le  se  tint  au  mois  de  septembre  de  l'an  838.  Et 
premier  de  septembre.  c'est  mal-à-propos  que  le  P.  le  Cointe  "  altère 
XIII.  Nous  pourrions  citer  là-dessus  plu-  cette  date,  à  son  ordinaire, pour  l'accommo- 
sieurs  chartes  qui  prouvent  en  même  temps  der  selon  son  système  à  l'an  887,  prétendant 
que   Louis   le   Débonnaire   comptoit  tou-  qu'il   faut  lire  la   vingt-quatrième  année   de 
jours  les  années  de  son  empire  depuis    la  Louis  &  non  la  vingt-cinquième ,  sous  pré- 
mort de  l'empereur  Charlemagne  son  père  :  texte  que  toutes  les  chartes  de  Louis  qui  sont 
nous   nous    contentons    de    les    indiquer^  rapportées  dans  les  Gestes  d'Aldric,  évêque 
pour   nous  arrêter   à    une  preuve   qui    est  du  Mans,  &  qui  sont  du  mois  de  septembre 
sans  réplique.   Il   est   constant,  &  le  père  avec  l'indiction  i,  doivent   être  rapportées 
le  Cointe  n'en    disconvient  point,    qu'au  à  l'an  887,  ce  qui  est  une  pétition  de  prin- 
mois  de   décembre"*   de  l'an   833,  Louis  le  cipe.    Il    est   constant  d'ailleurs    qu'il   y  a 
Débonnaire,  après  avoir  été  honteusement  plusieurs   autres   chartes  de  cet  empereur 
dépouillé   de  l'empire,  étoit  actuellement  rapportées  dans  les  mêmes  Gestes  ^  où  l'in- 
prisonnier  de   Lothaire,  à  Aix-la-Chapelle,  diction  romaine  est  évidemment  employée 
&  qu'il    n'exerçoit    alors  aucune  autorité  après  le  i""  de  septembre,  &   où  les  anjiées 
dans  le   royaume.   Cela    supposé,  le  P.  le  de    l'empire    de  ce  prince    ne  se  comptent 
Cointe  ne  sauroit  rapporter  à  ce  temps-là  que  depuis  la  mort  de  Charlemagne.  C'est 
la  date  d'une  charte  de  cet  empereur  qui,  ce  qu'on  voit,  entre  autres,  dans  un  diplôme 
suivant  son  système,  devroit  avoir  été  don-  de  Louis    le  Débonnaire  donné  en  faveur 
née  par   ce  prince   au   palais  d'Attigni,  le  de   l'église   du  Mans  &   daté   de   Poitiers, 
second  du  mois  de  décembre  de  l'an  833,  &  le  16''  du  mois  de  novembre,  la  vingt-sixième 
qui    est    ainsi    datée  :  Z)<afa'    quarto   nonas  année   de   son  empire,  indiction   11,  Or  cette 
decembris,  anno     Christo   propicio    vicesimo  charte  appartient  certainement  à  l'an  889, 
primo  imperii  domni  Lodovici  serenissimi  im-  puisque    nous  savons'  qu'il    étoit  alors   à 

Poitiers,   &    que  l'année  précédente  il  ne 

,  T    /-  •   .      j          ^o            ^  s'y  trouvoit  pas  dans  le  même  temps.  C'est 

'  Le  Comte,  ad  ann.  840,  n.  6i.  ^                     '^                                             ^^          ^o,. 

"  Pagi,  ad  ann.  840,  n.  3,  &  843,  n.  12. 

3  Marca  Hhpanka,  p.  767.—  Capitulaires,   t.  2,  ■  Gesfi   AUncl,    dans    Baluze,    MlsccUan.    t.  3 

append.    p.    1406,    1407,    1426.  —  Mabillon,   ad  c.   Sy,  p.  94.                                                                      ' 

ann.  836,   n.   46;   ad  ann.    837,    n.    83;  ad  ann.  '  Le  Cointe,  ad  ann.  837,  n.  3o. 

839,  n.  14,  &c.— De  Re  diplomatica,  l.  2,  c.  24,  &  ^  Gesta   Aldrlci,   dans    Baluze,    MisciUan.   t.  3, 

=-^^'  "•  '3-  p.  32,99,  io3,  &c, 

■•  Le  Cointe,  adann.  833,  n.  55  &se(j.  *  Ibid.  c.  -ji , -p.   ij3. 

^Marca  Hlspunica,  p.  773.                                      '  5  j^^d.  Berlin,  p.   193  &  secj. 


Note 
96 


Kd.orîg. 

t.  I, 
p.  749. 


NctTK 
96 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


357 


donc  un   second  exemple  qui  prouve  ma-  reur  Louis    le    Débonnaire  se  réconcilia 

nifestement  que  Louis  le    Débonnaire  se  avec  Lothaire  &  fit  un  nouveau  partage  de 

servoit  dans  ses  chartes  de   l'indiction  ro-  ses  Etats,  doit  appartenir  '  à  l'an  839  con- 

maine  ou  royale,  comme    il  plaît  au   P.  le  formément  à    la  chronologie  des   Annales* 

Cointe  de  l'appeler,  &  qu'il  comptoit  les  de  Saint-Bertin   &  de  Fulde.   Nous   avons 

années  de  son  empire  depuis  la   mort    de  encore    d'autres   preuves  qui    démontrent 

Charlemagne,  &   non  depuis  son  associa-  que  cette  dernière  diète  s'assembla  en  839  : 

tion  à  l'empire,  comme  le  veut"  cet  auteur,  1°  H  est   certain'  que    l'empereur   étoit 

puisqu'il    auroit    dû    dater  cette    dernière  encore  à   Aix-la-Chapelle    le    3o  du    mois 

charte  de  la  vingt-septième  année  Si  non  de  la  d'avril  de   l'an  838,  &  que    cette  année  le 

v/ng-Nj/xzème  de  son  empire,  ce  qui  n'est  pas  jour    de    Pâques    tomba    le    14   du     même 

ainsi.  Ce  critique  est  obligé  encore  de  ren-  mois.  Or  il  est  marqué  dans  l'Astronome* 

verser  ici    toute  la    chronologie  de   cette  que  l'empereur    partit     pour   la  diète    de 

charte  pour  l'accommoder  à  ses  idées  con-  Worms    aussitôt    après    cette    solennité: 

tre  la  foi  des  actes  &  sans  aucune  autorité,  Fenit  ergo  juxta  Condictum  ad   Wormaciam 

au  lieu  qu'on  l'explique  très-aisément  sans  post  Paschae  solemnitatem,  &c.  Ce  fut  donc 

y  rien  changer.  ^11  8393 

XIV.  Pour  ne  laisser  rien  à  désirer  sur  2°  Cette  diète  ne  lut  tenue  qu'après^  la 

cette  matière,  nous  préviendrons  une  ob-  révolte    de   Louis,    roi  de  Bavière,  &  que 

jection.  On  pourroit  dire    qu'il  paroît  par  l'empereur,  son  père,  ayant  passé  le  Rhin  à 

plusieurs'  chartes  du  roi  Charles  le  Chauve  Mayence,  au  commencement  de  l'année,  il 

que  ce   prince    comptait  quelquefois   les  l'eut  chassé  de  Francfort,   où  il  séjourna 

années  de  son  règne  depuis  la  fin   de  l'an  ensuite  quelque  temps,  ce  qui  n'arriva  qu'au 


837.  Or,  comme  il  fut  déclaré  roi  deNeus- 
trie  à  la  diète  de  Kier^i,  on  pourroit  con- 
clure de  là  que  cette  diète  fut  tenue  en  837. 
Mais  Charles  ne  fut  que  confirmé  alors 
dans  la  possession  de  ce  royaume  qui  lui 
avoit  été  déjà  donné  à  l'assemblée  d'Aix-la- 
Chapelle  tenue  à  la  fin  de  l'an  837,  comme 
nous  l'avons  déjà  montré;  ce  qui  suffit 
pour  expliquer  le  calcul  des  années  du 
règne  de  ce  prince  depuis  l'an  837. 

XV.  Nous  observerons  au  sujet  de  l'as- 
semblée de  Kiersi  dont  nous  venons  de 
parler,  que  le  P.  Daniel  '  se  trompe  lors- 


commencement  de  l'an  839".  Nous  avons 
d'ailleurs'  des  preuves  que  Louis  le  Débon- 
naire étoit  à  Francfort  le  18  du  mois  de 
février  de  l'an  839,  au  lieu  que  si  l'on  s'ar- 
rètoit  à  la  suite  des  faits  rapportés  par 
l'Astronome  %  ce  prince  auroit  dû  être 
pour  lors  à  Aix-la-Chapelle; 

3"  Il  est  certain  que  Nithard,  auteur  con- 
temporain &  préférable  à  l'Astronome,  rap- 
porte cette  assemblée  de  Worms  à  l'an  839, 
car  il  parle  immédiatement  après  du  dé- 
part de  l'empereur  pour  la  diète  de  Châ- 
lons-sur-Saône    qui    fut    tenue    au    mois 


qu'il  avance  que  Louis,  roi  de  Bavière,  s'y      de  septembre    de   la   même  année  839,  de 
trouva  en  personne,  &   que  Pépin  n'y  as-      l'aveu  de  tous  nos  historiens.  Quàpropter^ 
sista  pas,  car  c'est  tout  le  contraire*.  Cet 
historien   a     confondu,  sans    doute,   cette 
diète  avec  la  précédente  d'Aix-la-Chapelle, 
où  Pépin  n'assista  que  par  ses  députés. 

XVI.  L'époque  de  la  diète  de  Kiersi  & 
celle  de  la  mort  de  Pépin  que  nous  venons 
d'établir  prouvent  que  la  diète  tenue  à 
"Worms,  au  mois  de  mai  ou  de  juin,  qui 
tut  postérieure,  &  durant  laquelle  l'empe- 


'  Le  Cointe,  ad  ann.  839,  n.  5  &  seq. 

"  Mabillon,  ad  ann.  856,  n.   i3  &  seq. 

'  Daniel,  Histoire  de  France,  t.   i,  p.  640  &  suiv. 

*  Nithard,  1.  1 ,  p.  3o2.  —  Astronome,  p.  3 1  j. 


'  Marca  Hispanica,  p.  3  18. 

*  Annal.  Berlin,  p.  195  &  seq.  —  Annal.  Fuld. 
p.  547. 

^  Gesta  Aldrici ,  dans  Baluze,  Miscellan.  t.  3  , 
c.  47,  p.  126.  — Le  Cointe,  ad  ann.  838,  n.  82, 
p.  I  17  &  seq. 

■•Astronome,  p.  3 16. 

'  Nithard,  1.   i,  p.  862  Sisuiv. 

^  Annal.  Berlin,  p.   194. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  nu- 
méro LIV,  Charle  de  Louis  le  Débonnaire  en  faveur 
de  quelques  Juifs  de  la  Septimanie. 

*  Astronome,  p.  3 16  &  suiy. 
9  Nithard,  I.  1,  p.  363. 


NOTB 
96 


Note 
96 


358 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


his  îta,  ut  praefatum  est,  cum  Lothnrio  per- 
fectisj  collecta  manu  valida  per  Cavillonem 
Clarummontem...  petit,  &c. 

XVII.  Nous  relèverons  ici,  par  occasion, 
une  faute  du  P.  Ange',  augustin  déchaussé, 
qui  applique,  après  d'Hauteserre',  à  Pé- 
pin I,  ce  que  l'Annaliste  de  Metz'  rapporte 


en  822  ',  &  par  là  hors  d'état  d'entrer  dans 
la  cléricature  sous  l'épiscopat  de  ce  prélat. 
Il  est  vrai  que  suivant  l'Annaliste  de  Metz, 
le  père  de  Pépin  voyant  qu'il  ne  pouvoit 
le  dévouer  à  l'Eglise,  lui  laissa  dans  la  suite 
la  province  d'Aquitaine,  &  que  nous  ne 
trouvons  pas  que  Pépin  I  ait  disposé  de  ses 


de  Pépin  II  son  fils;  savoir  que  son  père      Etats  avant  sa  mort  :  mais  cela  doit  s'en- 
voulut  le  faire  tonsurer  lorsqu'il  étoit  en-      tendre  que  Pépin   II,  son  fils,  lui  succéda 
core  enfant  &  le  mettre  sous  la  discipline      dans  le  royaume  d'Aquitaine,   dont  il  pos- 
de  Drogon,  évêque  de  Metz,  jon  oncle  ;  mais      séda,  en  effet,  une  grande  partie, 
que  Lothaire,  oncle  paternel  de  ce  jeune 

prince,  voyant  qu'il  étoit  très-bien  fait,  s'y      — — 

opposa.  Voici  les  paroles  de  l'annaliste  qui 
ne  laissent  aucune  équivoque  quand  on  les 
examine  attentivement  :  Fuit  vero  iste  Pip- 
pinus  filius  Pippini  filii  Ludovici  imperatoris. 
De  quo  ferunt  quod  cum  PATER,  dum  adhuc 
puerulus  esset,  voluerit  ad  clericatus  officium 
promovere,  ac  Drogoni  episcopo  Met- 
TENSI  AVUNCULO  SUO  commendare  erudien- 
dum  liberalibus  simul  5*  ecclesiasticis  disci- 
plinis  ;  sed  paternis  vocibus  Lotharius  ejusdem 
pueri  PATRUUS  obvians,  non  permisit  eum 
attondi,  sed  vi  abstraxit  de  manu  patris  :  erat 
enim  isdem  puer,  ut  aiunt,  ingentis  pulchritu- 
dînis.  Cui  postmodum  pater  Aquitaniam  tan- 
tum  provinciam  concessit  ;  sed  non  ei  in  pros 


I. 


NOTE  XCVII 

Epoques  des  d'ijjerens  sièges  de  Tou- 
louse, par  Charles  le  Chauve. 

ON  ne  peut  pas  douter  que  Charles  le 
Chauve  n'ait  assiégé  Toulouse  l'an 
844.  Outre  l'Annaliste  de  Saint-Bertiu* 
qui  l'assure  positivement,  nous  avons  en- 
core plusieurs  chartes  de  ce  prince  da- 
tées' de  la  quatrième  année  de  son  règne  & 
de  la  VlV  indiction  lorsqu'il  faisait  le  siège 
de  cette  ville  ;  ce  qui  convient  parfaitement 
perum  cessit,  quod  a  Dei  servitio  revocatus  avec  l'an  844.  Suivant  ces  chartes,  ce  prince 
est.  Ebrietatibus  enim  &  comessationibus  die      f\it  occupé  à  ce  siège  du  moins   depuis  le 


noctuque  vacans,  ad  ultimum  mente  captus , 
in  amaniacam  incidit  passionem,  &  praesen- 
tem  vitam  cum  dedecore  finivit. 

On  voit  par  là,  i"  qu'il  s'agit  ici  de  Pépin, 


19  de  mai  jusqu'au  25  juin  delà  même  année. 

II.  D'un  autre  côté,  un  grand  nombre  de 

diplômes'*  qui   nous  restent  de  ce   prince 

sont  datés  de  devant  Toulouse,  depuis  la  fin 


fils^de  Pépin,  fils  de  Louis  le  Débonnaire,  &  du  mois  d'avril  jusques  à  la  fin  du  mois  de 
par  conséquent  de  Pépin  II;  2°  que  le  juin  Je  Za  VI"" /nc/zVtion,  laquelle  convient  à 
père  de  Pépin  dont  il  est  parlé  dans  cet      l'an  843.  Charles  le  Chauve  auroit-il  donc 


endroit  étoit  neveu  de  Drogon,  évêque  de 
Metz;  il  ne  s'agit  donc  pas  de  Louis  le  Dé- 
bonnaire dont  ce  prélat  étoit  frère  natu- 
rel ;  3°  que  Lothaire  étoit  oncle  paternel 
du  jeune  Pépin  qu'on  vouloit  tonsurer.  Or, 
Pépin  I  étoit  frère  &  non  pas  neveu  de 
Lothaire  ;  4°  enfin,  ce  qui  lève  toute  la  dif- 
ficulté, c'est  que  Drogon,  de  l'aveu  même  du 
P.  Ange,  ne  fut  évêque  de  Metz  qu'en  823, 
&  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  étoit  déjà  marié 

■  Histoire  généalogique   de   la    maison  de   France, 
1    I,  p.  44. 

^  Hauteserre,  Rerum  Aquitanlae  1.  -7,  c.   17. 
'  Annal.  Meîtens.  —  Duchesn;,  t.  3,  p.  304. 


fait  le  siège  de  cette  ville  à  deux  diverses  re- 
prises &  pendant  deux  années  consécutives, 
ou  faut-il  supposer  que  tous  les  diplômes 
de  ce  prince  donnés  devant  Toulouse,  & 
datés  de  la  vi^  indiction,  doivent  être  cor- 
rigés, 8c  qu'il  faut  y  lire  îndiction  vil,  pour 


'  Histoire  généalogique  de  la  maison  de  France, 
t.  I,  p.  3i. 

'  Annal.  Berlin,  p.  20  1. 

^  Capitulaires,  t.  x,  appeild.  p.  1444,  1448  £t 
suiv. 

■*  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  les  nu- 
méros LIX,  LX,  LXI,  &.C.,  plusieurs  chartes  dç 
Charles  le  Chauve. 


Note 
96 


Note 
97 

Éd. cria 

t.  I, 
p.  75o. 


1 


Note 
97 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


359 


les  rapporter  à  l'an  844?  On  pourroit  faire 
cette  supposition  si  Vindiction  VI  ne  se  trou- 
voit  que  dans  une  ou  deux  de  ses  chartes, 
comme  l'a  cru  le  P.  le  Cointe  '  qui  n'en  con- 
noissoit  pas  davantage.  Mais  il  n'est  pas 
vraisemblable  que  la  même  erreur  se  soit 
glissée  dans  sept  ou  huit  diplômes  dont 
nous  avons  vu  plusieurs  en  original ,  &  que 
ceux  qui  portent  Vindiction  VII  soient  les 
seuls  hors  d'atteinte.  C'est  ce  qui  nous  dé- 
termine à  croire  que  Charles  le  Chauve 
assiégea  Toulouse  pendant  deux  années 
consécutives,  savoir  en  848  &  en  844;  il 
n'y  a  rien,  d'ailleurs,  dans  les  monumens 
du  temps  qui  ne  favorise  notre  sentiment. 

III.  Nous  savons,  en  effet, que  ce  prince, 
après  la  célébration  de  ses  noces  à  Kiersi, 
vint  en  Aquitaine'  au  commencement  de 
l'an  843,  qu'il  parcourut  ce  royaume,  & 
qu'il  n'étoit  de  retour  en  France  que  le 
5  du  mois  de  juillet'  de  la  même  année.  Il 
peut  donc  avoir  fait  le  siège  de  Toulouse 
pendant  cet  intervalle.  La  dernière  charte 
qu'il  donna  devant  cette  ville  durant^  Z'/n- 
Jzca'on  VI  est  du  20  de  juin.  Or,  depuis  ce 
jour-là  jusques  au  5  de  juilletsuivant,  qu'il 
étoit  à  Attigni,  il  paroît  avoir  eu  suffisam- 
ment du  temps  pour  se  rendre  de  Toulouse 
dans  ce  palais.  On  peut  même  supposer 
que  parmi  tous  les  diplômes  qui  sont  datés 
de  Vindiction  VI,  il  y  en  a  peut-être  quel- 
qu'un où  on  a  mis  cette  indiction  au  lieu 
de  la  VII,  &  si  ce  dernier  étoit  du  nombre, 
il  y  auroit  encore  plus  de  temps  pour  le 
voyage  de  Charles,  d'Aquitaine  en  France. 

IV.  Il  reste  cependant  une  difficulté, 
c'est  que  les  chartes  datées  de  l'indiction  VI 
sont  toutes  de  la  quatrième  année  du  règne 
de  ce  prince,  au  lieu  de  la  troisième  année 
qu'il  auroit  fallu  compter  en  prenant  le  com- 
mencement de  son  règne  depuis  la  mort  de 
Louis  le  Débonnaire,  son  père.  Mais  il  est 
certain  que  Charles  le  Chauve  comptoit  de 
différentes  époques  les  années  de  son 
règne;  outre  le  calcul  pris  depuis  l'an  887 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  8^3,  n.  10. 

'  Annil.  Berlin,  p.  200. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  8^3,  n.  1 1. 

■*  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  nu- 
méro LXTI,  Charte  de  Charles  le  Chauve  en  faveur 
de  l  église  de  Narbonn:, 


qu'il  fut  reconnu  roi  deNeustrie"  dont  nous 
avons  déjà  parlé,  il  se  servoit  communé- 
ment de  deux  autres:  l'un  depuis  la  mort 
de  l'empereur  son  père ,  ou  depuis  le  20  de 
juin  de  l'an  840,  &  l'autre  qui  n'est  guère 
moins  ordinaire,  depuis  la  fin  de  l'an  889 
qu'il  fut  reconnu  roi  d'Aquitaine  à  Cler- 
mont  &  à  Poitiers.  Or,  suivant  ce  dernier 
calcul,  ce  prince  étoit  dans  la  quatrième 
année  de  son  règne  au  mois  d'avril  &  de 
juin  de  l'an  843,  &  les  dates  des  chartes  qu'il 
donna  l'année  suivante  devant  la  même  ville 
de  Toulouse  &  dans  lesquelles  la  quatrième 
année  de  son  règne  est  jointe  avec  Vindic- 
tion VII,  doivent  être  calculées  en  prenant 
le  commencement  de  son  règne  depuis  la 
mort  de  Louis  le  Débonnaire  :  c'est  donc 
proprement  l'indiction  qui  doit  déterminer 
la  différence  du  calcul  &  fixer  la  chronolo- 
gie de  ces  diverses  chartes.  Nous  avons  plu- 
sieurs autres'  diplômes  de  ce  prince  qui  ne 
nous  permettent  pas  de  douter  qu'il  ne 
comptât  souvent  le  commencement  de  son 
règne  depuis  la  fin  de  l'an  839.  Tel  est  en 
particulier  l'un  de  ces  diplômes  daté  ^  duBde 
mars,  indiction  V,  la  troisième  année  de  son 
règne,  ce  qui  revient  à  l'année  842.  C'eût  été 
seulement  la  deuxième  à  compter  depuis  le 
20  du  mois  de  juin  840,  ou  depuis  la  mort  de 
Louis  le  Débonnaire.  Charles  le  Chauve 
s'étant  donc  servi  indifféremment  de  ces 
deux  manières  décompter,  on  doit  rappor- 
ter à  l'an  843  toutes  les  chartes  de  ce  prince 
où  l'indiction  vi  est  jointe  avec  la  qua- 
trième année  de  son  règne. 

V.  Si  la  date  d'un  diplôme  que  ce  prince 
donna''  à  Compiègne  le  11  de  mai,  indic- 
tion IV,  la  quatrième  année  de  son  règne,  en 
faveur  de  l'abbaye  de  Saint-Riquier,  étoit 
bien  sûre,  elle  devroit  être  rapportée  à  l'an 
843,  ce  qui  prouveroit  que  Charles  ne  pou- 
voit  être  alors  devant  Toulouse.  Mais  il  est 
bien  plus  vraisemblable  '  qu'il  s'est  glissé 


■  Voyez  Note  XCVII,  n.  i3. 

'  Capitulaires,  t.  2,  append.  p.  1467,  1460,  1^61, 
1466.  — Mabillon,  Annales,  p.  748,  749,  &c.  — 
Martène,  Ampliss.  collect.  t.   i,  p.  106,  ii3.&c. 

'  Mabillon,  ad  ann.  843,  n.  7-1. 

^  Chronicon  Centul.  —  Spicilegium,  t.  z.  éd.  in- 
tbl.  p.  3i5. 

*  Le  Cointe,  ad  ann.  843,  n.   10. 


Note 

97 


Noxn 
97 


36o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


une    erreur  dans  le   chiffre  de  .l'indiction  le  25  du  mois  de  juin  de  la  quatrième  année 

de  ce  diplôme  que  dans  sept  ou  huit  autres,  de  son  règne,  indiction  VII,  ce  qui  répond  à 

qui,   outre  qu'ils   doivent    l'emporter   par  l'an  844.  Il  paroît  cependant  qu'il  faut  lire 

leur  nombre,  subsistent  encore    en  origi-  dans  cet  endroit  Kal.  Junii  au  lieu  de  Juliî^ 

nal;  au   lieu    que  nous  n'avons  qu'une  co-  puisque  le  25  du  mois  de  juin  de  l'an  844, 

pie  du  premier  donnée  par  un  auteur  qui  Charles  devoit  être  dans  la  cinquième  an- 

vivoit  près  de  trois  siècles  après  sa  date,  &  née  de  son  règne,  de  quelque  manière  qu'on 

qui  l'a  inséré  dans  sa  Chronique.  prenne  le  commencement,  &  non  dans  la 

VI.  Le  capitulaire"  qui  fut  dressé  à  Tou-  quatrième,  comme  il  est  marqué  dans  cette 
louse  en  présence  de  Charles  le  Chauve  charte,  à  moins  qu'il  ne  faille  corriger  l'an- 
étant  daté  de  Za  quatrième  année  du  règne  de  née  du  règne  commele  croitleP.leCointe ', 
ce  prince  ,  au  mois  de  juin  de  l'indiction  VI ,  &  lire  la  cinquième  au  lieu  de  la  quatrième, 
nous  avons  cru,  pour  les  raisons  que  nous  Dans  ce  dernier  cas,  Charles  étant  encore 
venons  de  donner,  qu'il  doit  être  rapporté  occupé  au  siège  de  Toulouse  à  la  fin  du 
à  l'an  843.  Nous  voyons,  d'ailleurs',  qu'il  mois  de  juin  de  l'an  844,  il  ne  sauroit  avoir 
est  antérieur  au  concile  de  Beauvais  qui  dressé  dans  la  même  ville  le  capitulaire 
fut  tenu  au  mois  d'avril  de  l'indiction  Vil  ^  ou  dont  nous  avons  parlé.  D'ailleurs,  le  privi- 
de  l'an  844,  nouvelle  preuve  que  Charles  lége'  que  ce  prince  accorda  aux  Espagnols 
le  Chauve  étoit  devant  Toulouse  au  mois  réfugiés  dans  la  Septimanie,  &  qui  fut  sans 
de  juin  de  l'année  précédente.  Aussi  le  doute  donné  dans  la  même  assemblée,  est 
P.  Sirmond*  &  les  derniers  compilateurs  daté  du  monastère  de  Saint-Saturnin,  près 
des  conciles^  rapportent-ils  ce  capitulaire  de  Toulouse,  le  u  du  mois  de  juin  delaqua- 
à  la  même  année  848.  trième  année  de  son  règne.  Ainsi  Charles  le 

VII.  Quant  à  l'induction  que  quelques  Chauve  n'aura  été  maître  de  cette  ville  que 
auteurs  tirent®  delà  date  de  ce  capitulaire,  l'an  849,  après  l'avoir  assiégée  de  nouveau  j 
que  Charles  le  Chauve  étoit  alors  déjà  maître  ce  qui  fait  voir  qu'il  en  entreprit  le  siège 
de  Toulouse,  nous  ne  voyons  aucune  né-  trois  diverses  fois. 

Ed.orig.   cessité  de  l'admettre,  puisque  l'assemblée 

p.  751.  où  il  fut  dressé  peut  avoir  été  tenue  dans  iNote  additionnelle  ajoutée  par  les  nouveaux 
le  camp  &  hors  de  la  ville,  &  selon  toutes  éditeurs.} 
les  apparences,  au  monastère  de  Saint- 
Saturnin  où  ce  prince  avoit  son  quartier  Les  auteurs  de  VHistoire  de  Languedoc 
lorsqu'il  assiégea  Toulouse.  Nous  n'avons,  prétendent  que  Charles  le  Chauve  assiégea 
d'ailleurs,  aucune  preuve  que  Charles  se  soit  deux  fois  la  ville  de  Toulouse,  unepremière 
rendu  maître  de  cette  ville,  ni  en  848,  ni  fois  en  848,  &  une  seconde  en  844.  Nous 
l'année  suivante  ;  nous  avons,  au  contraire,  croyons  qu'ils  se  sont  trompés  &  que  leur 
sujet  de  croire  qu'il  en  abandonna  le  siège  opinion  ne  peut  être  soutenue  en  présence 
ces  deux  années,  puisque,  selon  les  histo-  de  dix-sept  diplômes  de  Charles  le  Chauve 


Note 
97 


riens  du  temps,  il  eut  alors  plusieurs  échecs 
en  Aquitaine,  &  que  suivant  une  charte',  il 
étoit  encore  occupé  au  siège  de  Toulouse 


'  Capîtataires,  t.  2,  p.   22. 

'  Ibid. 

'  Il'id,  p.   19. 

*  Sirmond,  Not.  in  Cap'itul.  t.  2,  p.  730. 

*  Conciles,  éd.   Labbe,    t.  7,    p.  178^;   éd.    Har- 
douin,  t.  4,  p.   1458. 

*  Baluze  ,   Not,    in    Capital,    t.    2,   p.     1262.    

Catel,  Mémoires  de  l'Histoire  de  Languedoc,  p.  56o. 
—  Le  Cointe,  ad  ann.  844,  n.  55. 

'  Capitulaires,  t.  2,  p.   1449. 


dont  voici  les  dates  rangées  par  ordre  chro- 
nologique : 

1.  Data  nonis  aprilis,  anno...  dictionevî... 
Airancus  villa  super fiuvium  Tarni.  —  5  avril 
844  ^ 

2.  Data  ïll.  kalend.  M.aii,  indict.  VI^  anno 
IV  régnante  Karolo.  Actum  Ferrucius  villa* 
—  29  avril  844''. 

'  Le  Cointe,  ad  ann.  844,  n.  52. 
'  Capitulaires,  t.  2,  p.  26  &  seq. 
^  Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour  Saint-Ser- 
nin  de  Toulouse.   Preuves,  n.  LXIII. 

^  Diplôme  en' faveur  des  enfants  de  quelques  ré- 


NOTE 
ADDIT. 


Note 

ADDIT. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  36 1 

l3.  Data    II   idus  junii ,  înd'tct.    VI,    anno 


3.  Data  II  kalend.  maiî,  indict.  VI,  anno 
IV...  Actum  Ferrucius  villa. —  3o  avril  844'. 

4.  Data  V  idus  maii,  indict.  VII ,  anno 
IV...  Actum  in  monasterio  S.  Saturnini  prope 
Tolosam.  —  10  mai  844'. 

5.  Data  m  idus  maii,  indict.  VI,  anno 
IV...  Actum  in  monasterio  S.  Saturnini  prope 
Tolosam.  —  i3  mai  844 ^ 

6.  Data  II  idus  maii,  indict.  VI,  anno 
IV...  Actum  in  monasterio  S.  Saturnini  prope 
Tolosam. —  14  mai  844''. 

7.  Data  XIV  kal.  junii,  indict.  VII,  anno 
IV...  Actum  in  monasterio  S.  Saturnini,  dum 
obsideretur  Tolosa.  —  19  mai  844  \ 

S.  Data  XIII  kal.  junii,  indict.  VU,  anno 
IV..,  Actum  in  monasterio  S.  Saturnini  prope 
Tolosam.  —  20  mai  844^. 

9.  Data  nonis  junii,  indict.  VII,  anno  IV... 
Actum  in  monasterio  S.  Saturnini,  prope  To- 
losam.—  5  juin  844'. 

10.  Data  nonis  junii,  indict.  VII,  anno 
IV...  Actum  in  monasterio  S.  Saturnini,  dum 
obsideretur  Tolosa.  —  5  juin  844*. 

11.  Data  V  idus  junii,  indict.  VII,  anno 
IV...  Actum  in  monasterio  S.  Saturnini  prope 
Tolosam.  —  11  juin  844^. 

12.  Data  III  idus  junii,  anno  IV...  Actum 
in  monasterio  S.  Saturnini  prope  Tolosam.  — 
i3  juin  844'°. 

fugiés  espagnols  dans  le  pays  d'Agde.  Preuves, 
n.  LVII. 

'  Don  fait  à  Hildricus  de  quelques  biens  situés 
en  Minervois.  Ibid.  n.  LVIII. 

"  Donation  faite  à  Domnolus,  abbé  de  Saint- 
Pierre  de  Besaudun.  Recueil  des  Historiens  de  France, 
t.  8,  p.  455. 

^  Diplôme  en  faveur  de  l'abbaye  de  la  Grasse. 
Preuves  y  n.  LIX. 

^  Diplôme  en  faveur  du  monastère  de  Cuperia. 
Ibid.  n.  LX. 

5  Edit  en  faveur  des  Espagnols  réfugiés  en  Sep- 
timanie.  Ibid.  n.  LXV. 

^  Diplôme  en  faveur  de  l'abbaye  de  Saint-Lau- 
rent en  Narbonnais.  Capitulaires,  t.  2,  p.   1452. 

'  Diplôme  confirmant  Theofroid  dans  la  posses- 
sion de  Fonjoncouse.  Preuves,  n.  LXVI, 

*  Diplôme  en  faveur  de  Richefroid  ,  abbé  de 
Saint-Chinian.  Recueil  des  Historiens  de  France, 
t.  8,  p.  459. 

'  Diplôme  pour  l'église  de  Sainte-Grate,  diocèse 
d'Urgel,  Ibid.  p.  461. 

'°  Autre  Diplôme  en  faveur  des  Espagnols  fugi- 
tifs. Ibid.  p.  463. 


Note 

ADDIT. 


IV...  Actum  in   coenobio   S.   Saturnini  juxta 
Tolosam.  —  14  juin  844'. 

14.  Data  XII  kalend.  julii,  indict.  VI,  anno 
IV...  Actum  in  coenobio  S.  Saturnini  martyris 
juxta  Tolosam  —  20  juin  844 \ 

15.  Datum  vu  kalend.  julii,  indict.  vil, 
anno  IV...  Actum  in  monasterio  S.  Saturnini 
dum  obsideretur  Tolosa.  —  25  juin  844'. 

16.  Data  II  kal.  julii,  indict.  VII,  anno  V... 
Actum  in  monasterio  S.  Saturnini.  —  3o  juin 
844\ 

ij.Data régnante    gloriosissimo    rege, 

indict.  VII.  Actum  Tolosa  civitate.  —  844  ^ 

Ces  diplômes,  à  l'exception  du  seizième, 
ont  tous  été  donnés  pendant  la  quatrième 
année  du  règne  de  Charles  le  Chauve,  quoi- 
que les  uns  soient  datés  de  la  sixième  indic- 
tion &  les  autres  de  la  septième;  c'est  là  ce 
qui  a  déterminé  dom  Vaissete  à  attribuer  les 
premiers  à  l'année  843  &  les  derniers  à  l'an- 
née 844,  &  à  admettre  que  Charles  le  Chauve 
avait  assiégé  deux  fois  Toulouse;  mais  pour 
faire  accorder  ces  deux  dates  avec  la  qua- 
trième année  du  règne  de  Charles  le  Chauve, 
il  est  obligé  de  supposer  que  pour  les  diplô- 
mes marqués  de  la  sixième  indiction,  cette 
quatrième  année  était  comptée  à  partir  de 
son  règne  en  Aquitaine,  25  décembre  839, 
&  que  pour  ceux  marqués  de  la  septième, 
son  règne  était  compté  à  partir  de  la  mort 
de  Louis  le  Débonnaire,  20  juin  840.  C'est 
là  une  distinction  purement  hypothétique 
qui  n'est  pas  suffisamment  justifiée. 

Nous  croyons  que  tous  ces  diplômes  ap- 
partiennent à  la  même  année,  &  que  ce 
sont  les  indictions  qui  sont  fautives.  Il  ne 
faut  donc  pas  en  tenir  compte,  &  ne  s'ap- 
puyer que  sur  la  date  du  règne  du  prince, 
&  alors  tous  ces  actes  auront  été  don- 
nés en  844,  année  où,  selon  les  Annales  de 
Saint-Bertin,   Charles   le  Chauve  fit  effec- 


'  Diplôme  en  faveur  de  l'église  de  Narbonne. 
Preuves,  n.  LXI. 

^  Autre  Diplôme  en  faveur  de  l'église  de  Nar- 
bonne. Preuves,  n.  LXII. 

^  Sauvegarde  pour  l'abbaye  d'Arles.  Recueil  des 
Historiens  de  France,  t.  8,  p.  458. 

■'Diplôme  pour  Psalmodi.  Ibid.  p.  466. 

'Diplôme  pour  l'abbaye  de  Saint-Polycarpe. 
Ibid.  p.  465. 


Note 

ADDIT. 


362 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


Note 
98 


tivement  le  siège  de  Toulouse.  On  voit  par 
ces  documents  que  Charles  le  Chauve  ar- 
riva sur  les  bords  du  Tarn  le  5  avril  844, 
que  le  29  &  le  3o  du  même  mois,  il  était 
à  Castel  Ferrus.  Le  10  mai  il  était  devant 
Toulouse,  logé  dans  le  monastère  de  Saint- 
Sernîn.  Il  y  resta  depuis  cette  époque  jus- 
qu'au 3o  juin  suivant,  au  moins.  Le  iS 
du  même  mois,  il  paraît  que  la  ville  n'était 
pas  encore  prise,  puisqu'un  diplôme  en 
date  de  ce  jour  fut  donné  dans  le  monas- 
tère de  Saint-Sernin,  dum  obsîderetur  To~ 
Zojû^  pendant  qu'on  assiégeait  Toulouse  3 
ce  qui  s'accorde  avec  le  témoignage  de  plu- 
sieurs auteurs  qui  disent  que  pendant  ce 
siège  Charles  le  Chauve  ne  se  rendit  pas 
maître  de  cette  ville. 

Il  ressort,  dans  tous  les  cas  de  ce  que 
nous  venons  dédire,  que  Charles  le  Chauve 
ne  mit  le  siège  devant  Toulouse  qu'une 
seule  fois,  en  844.  [E.  M.] 


NOTE  XCVIII 

Epoque  de  la  prise   de    Toulouse  par 
les  Normands. 

IL  est  certain  que  cette  ville  fut  prise  par 
les  Normands  vers  le  milieu  du  neuvième 
siècle.  L'abbé  '  Armentaire,  qui  écrivoit 
alors  l'histoire  de  la  translation  des  reli- 
ques de  S.  Philibert,  l'assure  en  termes 
exprès     :     Crescît     innumerablUs     numerus" 

Northmannorum Capîuntur  quascumque 

adeunt  civitates ,  nemîne  resistente  :  capitur 
Burdegalensïum,  Petrocorium,  Santonum,  Le- 
movicensium,  Engolisma  atque  Tolosa  civi- 
tas  ;  Andecavensïum,  Turonensium  perinde,  & 
Aurelîanensium  civitates  pessumdantur ,  &c. 
On  trouve  à  peu  près  les  mêmes  termes  dans 
l'auteur  qui  a  compilé  '  au  onzième  siècle 
la  Chronique  de  S.  Bénigne  de  Dijon,  dans 
celui  qui  a  continué   celle   de  l'abbaye  de 

'  Acta  Sanctorum  orâinis  sancti  Bened'icti,  saec.  4, 
part.   I ,  p.  557. 

'  Ibid.  p.  555  &  seq. 

^  Chronicon  S.  Benigni  D'ivionens'ts,  Spic'ilegium, 
t.  i,p.  410. — Voyez  Le  Long,  Bibl.  kistor.  n.  5i33. 


Bèse,  &  dans  l'histoire'  que  Thibaud,  reli- 
gieux de  ce  dernier  monastère,  nous  a  donnée 
au  commencement  du  douzième  siècle  de 
la  translation  des  reliques  de  S.  Prudent, 
martyr  de  Narbonne,  dans  son  abbaye.  Ce 
dernier  ajoute  seulement  que  les  Normands 
prirent  aussi  la  ville  de  Narbonne. 

Aucun  de  ces  auteurs  ne  fixe  l'époque 
précise  de  la  prise  de  Toulouse  par  ces 
peuples  :  mais  il  paroît  par  la  suite  du 
discours  de  l'abbé  Armentaire  que  cet  évé- 
nement dut  arriver  vers  l'an  85o,  ou  du 
moins  entre  l'an  848  &  la  fin  de  l'an  85i. 
Cet  auteur  place,  en  effet,  la  prise  de  Tou- 
louse par  les  Normands,  d'un  côté  après 
qu'ils  eurent  pris  les  villes  de  Bordeaux,  de 
Périgueux,  Saintes,  Limoges  &  Angoulême, 
&  de  l'autre  avant  qu'ils  ne  s'emparassent 
d'Angers,  de  Tours,  de  Rouen,  de  Paris, 
de  Beauvais  &  d'Orléans.  Or,  les  auteurs 
du  temps  ^  nous  apprennent  que  ces  pirates 
se  rendirent  maîtres  de  Bordeaux  &  de  Pé- 
rigueux en  848,  de  Rouen  &  de  Beauvais 
en  85i,  d'Angers  &  de  Tours  en  853,  d'Or- 
léans en  855,  &  enfin  de  Paris  en  857.  Par 
conséquent,  à  suivre  cet  ordre,  ils  auront 
pris  Toulouse  entre  l'an  848  &  l'an  85i, 
c'est-à-dire  vers  l'an  85o. 

Nous  ne  disons  rien  sur  ce  que  le  P.  Ma- 
billon%dans  ses  Annales,  semble  fixer  la 
prise  de  cette  dernière  ville  par  ces  pirates 
à  l'an  848,  parce  qu'il  est  visible  que  c'est 
une  faute  d'impression,  &  qu'il  faut  lire 
dans  cet  endroit  Burdegala  au  lieu  de  To- 
losa :  mais  nous  croyons  devoir  remar- 
quer que  CateP  se  trompe  lorsqu'il  rap- 
porte à  l'an  855,  sous  l'autorité  d'Aimoin, 
le  siège  &  la  prise  de  Toulouse  par  les 
Normands,  &  qu'il  assure'  que  les  reli- 
gieux de  Castres  y  avoient  transféré  alors 
les  reliques  de  S.  Vincent,  martyr;  car, 
outre  que  le  siège  de  cette  ville  par  les 
Normands,  dont  parle  Aimoin  dans   l'his- 


'  Labbe,  Bihl.  nova,  t.  2,  p.  608. 

^  Chronique  de  Normandie,  —  Duchesne,  t.  2, 
p.  525.  — Annal.  Bertïn.  p.  200.  —  Annaliste  ds 
Metz,  Duchesne,  t.  3,  p.  804. 

^  Mabillon,  ad  ann.  848,  n.  62. 

■•  Catel  ,  Mémoires  de  l'histoire  de  Languedoc, 
p.  5io. 

^  Ihid.  p.  553. 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


363 


Note 

ADDIT. 


toire  de  la  translation  des  reliques  de  ce 
saint  martyr,  doit  être  rapporté  à  l'an  863, 
cet  auteur  ne  dit  point  d'ailleurs  que  les 
religieux  de  Castres  aient  jamais  transféré 
le  corps  de  ce  saint  à  Toulouse,  ni  que 
ces  peuples  se  soient  emparés  alors  de  cette 
ville;  il  assure",  au  contraire,  qu'ils  furent 
obligés  d'en  lever  le  siège  dans  cette  oc- 
casion. Ainsi  ce  que  cet  historien  dit  de  ce 
siège  est  différent  du  siège  &  de  la  prise 
de  la  même  ville  dont  parle  l'abbé  Armen- 
taire. 

Les  Annales  de  Saint-Bertin' font  men- 
tion d'une  course  que  firent  les  Normands 
l'ail  844  jusqu'aux  portes  de  Toulouse;  ce 
qui  pourroit  faire  croire  que  ce  fut  alors 
que  ces  pirates  s'en  emparèrent.  Mais  nous 
avons  déjà  fait  voir  que  la  prise  de  cette 
ville,  dont  parle  Armentaire,  est  posté- 
rieure à  l'an  848.  D'ailleurs,  l'Annaliste  de 
Saint-Bertin  témoigne  que  les  Normands 
ne  firent  alors  que  ravager  les  environs  de 
Toulouse  &  qu'ils  se  rembarquèrent  in- 
continent pour  aller  tenter  de  nouvelles 
entreprises  sur  les  côtes  de  la  Galice,  &  il 
ne  dit  point  qu'ils  aient  pris  cette  ville,  ce 
qu'il  n'auroit  pas  oublié.  Ainsi  nous  nous 
en  tenons  à  l'époque  de  l'an  85o. 

[Note  additionnelle  ajoutée  par  les  nouveaux 
éditeurs.'] 

Le  Midi  de  la  France  a  eu  autant  à  souf- 
frir des  invasions  des  Normands  que  les 
provinces  du  Nord.  Si  ceux-ci  ont  pénétré 
plus  tardivement  dans  les  contrées  méridio- 
nales, ils  n'en  ont  pas  moins  fait  de  très- 
longs  séjours  dans  la  Loire  &  la  Gironde. 
Nombre  de  villes,  de  monastères  ont  été 
détruits  par  eux,  &  cependant  c'est  à  peine 
si  on  peut  recueillir  quelques  renseigne- 
ments sur  la  manière  dont  les  faits  se  sont 
passés  dans  l'Aquitaine  &  la  Septimanie. 
Voici  un  court  résumé  de  ces  événements 
tels  que  nos  recherches  ont  pu  nous  les 
faire  connaître. 

Dès  les  premières  années  du  neuvième 
siècle,   les  Normands    avaient   doublé   la 

Acta  Sanctorum  ordinis  sancti   Benedicti,  saec.  3, 
part.  1,  p.  65o  &  768. 
'  Annal,  Berlin,  p.  201. 


pointe  du  Finistère  &  avaient  visité  les 
côtes  de  la  Bretagne;  ils  étaient  arrivés  jus- 
qu'à l'île  de  Noirmoutier.  En  819,  les  reli- 
gieux de  Saint-Philbert ,  qui  habitaient 
cette  île,  faisaient  fortifier  leur  monastère 
dans  le  but  de  se  mettre  à  couvert  de  leurs 
incursions.  En  820,  une  flotte  normande  , 
composée  de  treize  vaisseaux ,  détruisit  la 
ville  de  Bouin,  située  dans  la  baie  à  la- 
quelle Bourneuf  a  depuis  donné  son  nom. 
En  83o,  ils  ravagèrent  entièrement  l'île  de 
Noirmoutier,  à  l'exception  du  monastère 
de  Saint-Philbert,  protégé  par  ses  mu- 
railles. Néanmoins  comme  leurs  incur- 
sions étaient  de  plus  en  plus  fréquentes, 
&  qu'ils  avaient  failli,  en  884,  se  rendre 
maîtres  du  monastère  ,  les  religieux  quit- 
tèrent l'île  en  836  pour  se  réfugier  sur  le 
continent.  En  848,  les  Normands  pénétrè- 
rent pour  la  première  fois  dans  la  Loire; 
ils  s'avancèrent  jusqu'à  Nantes,  qu'ils  brû- 
lèrent, après  avoir  ravagé  toute  la  vallée 
aux  environs.  L'année  suivante,  ils  se  divi- 
sèrent en  deux  bandes  ;  l'une  se  dirigea 
vers  les  côtes  de  la  Galice  &  l'autre  entra 
dans  la  Gironde  au  mois  d'octobre.  Cette 
dernière  remonta  la  Garonne  &  arriva  jus- 
qu'à Toulouse;  mais  il  n'est  pas  certain 
qu'elle  se  soit  alors  emparée  de  cette  ville. 
Vers  l'année  846,  une  flotte  normande  qui 
avait  pénétré  dans  la  Charente  prit  Sain- 
tes. En  847,  les  Normands,  revenus  dans 
la  Gironde,  firent  le  siège  de  Bordeaux 
qu'ils  ne  prirent  cependant  qu'en  848, 
après  avoir  tué  Guillaume,  duc  de  cette 
ville;  ils  remontèrent  de  nouveau  jusqu'à 
Toulouse  qu'ils  prirent.  Ils  s'emparèrent 
de  Melle  en  848  &  de  Périgueux  en  849. 
En  85o,  ils  prirent  une  seconde  fois  Bor- 
deaux &  s'y  établirent  pendant  deux  ou 
trois  ans.  C'est  dans  cette  ville  qu'ils  orga- 
nisaient leurs  expéditions  pour  l'Espagne. 
En  855  on  les  voit  reparaître  à  Bordeaux 
qu'ils  avaient  abandonné  depuis  deux  ans. 
En  856  ils  prirent  Poitiers.  En  858  ils  firent 
le  tour  de  l'Espagne,  ravagèrent  le  Roussil- 
lon&  toutes  les  villes  du  littoral  méditerra- 
néen, &  entrèrent  dans  le  Rhône.  Nimes 
&  Arles  notamment  tombèrent  entre  leurs 
mains  ;  ils  s'établirent  dans  la  Camargue  & 
y  restèrent  jusqu'au  commencement  de 
l'année   860.  Après  s'être  avancés  jusqu'à 


Note 

AODIT. 


Note 

ADDIT. 


364 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
99 


Éd.  orig. 

t.  I, 
p.  752, 


Valence ,  ils  quittèrent  enfin  le  Rhône 
pour  se  diriger  en  Italie.  Poitiers  les  vit 
de  nouveau  sous  ses  murs  en  863^  ils 
détruisirent  de  fond  en  comble  le  monas- 
tère de  Saint-Hilaire,  situé  aux  portes  de 
la  ville,  envahirent  la  même  année  l'An- 
goumois,  &  la  suivante,  ils  s'avancèrent 
jusqu'à  Clermont  en  Auvergne,  où  ils  tuè- 
rent le  comte  Etienne;  ils  revinrent  à  Poi- 
tiers en  865  &  s'en  emparèrent  j  ils  y  re- 
vinrent encore  en  867,  tandis  que  ceux  qui 
résidaient  dans  la  Charente  reprenaient 
Saintes.  Ceux  qui  séjournaient  dans  la  Gi- 
ronde vinrent  camper  à  Bordeaux  dont  ils 
étaient  encore  maîtres  en  876 ,  puisque 
l'archevêque  Frotaire  se  plaignait  alors  de 
ne  pouvoir  séjourner  dans  sa  ville  épisco- 
pale.  A  partir  de  cette  époque  leurs  excur- 
sions devinrent  moins  fréquentes.  [E.  M.] 


NOTE  XCIX 

t^poque  de  l'union  des  comtés  de 
Querci  6*  de  Rouergue  au  domaine 
des  comtes  de  Toulouse. 


I.T-'ROTAIRE,  archevêque  de  Bourges, 
-T  donne,  vers  l'an  876',  à  l'abbaye  de 
Beaulieu,  située  dans  le  bas  Limousin  sur 
les  frontières  du  Querci,  le  lieu  ou  village 
à''Orbassac,  situé  dans  le  même  pays  sur  la 
rivière  de  Vezère,  qu'il  avoit  acquis  du 
comte  Eudes.  Ce  prélat  ajoute  qu'il  fait 
cette  donation  pour  l'âme  de  Raimond  & 
de  ses  enfans  Bernard,  Eudes  &  Arbert  : 
Pro  anima  Regimundi,  fiUorumque  ejus  Ber- 
nardi  &  Odonîs  atque  Arbertî,  ut  in  expia- 
tionem  proveniant  nostrorum  delictorum.  La 
conformité  de  ces  noms  avec  ceux'  de 
Raimond  I,  comte  de  Toulouse  &  dé  ses 
enfans,  Bernard,  Eudes  &  Arbert  ou  Be- 
noît, prouve  que  c'est  d'eux  qu'il  s'agit  dans 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  nu- 
méro cm,  Donation  faite  a  l'abbaye  de  BeauUeUj 
en  Limousin,  par  Frotaire,  archevêque  de  Bourges. 

'  Voyez  aux  Preuves  de  ce  volume,  Chartes  8i 
Diplômes,  n.  XC,  C,  CXI. 


cette  charte,   comme   M.    Baluze'  l'a   fait 
voir. 

II.  Justel%  qui  le  premier  a  donné  cet 
acte,  prétend'  que  Raimond  dont  nous 
venons  de  parler  est  le  même  que  le  comte 
de  Limoges  de  ce  nom  qui  vivoit  l'an  845 
&  qui,  ajoute-t-il,  défit  les  Normands  dans 
le  Limousin,  l'an  923,  avec  Guillaume  le 
Pieux,  comte  d'Auvergne;  mais  il  se  trompe 
doublement.  Car  1°  Raimond  ,  comte  de 
Limoges  en  845,  étoit  déjà  mort  en  848  , 
comme  nous  le  prouverons  plus  bas;  2°  le 
comte  Raimond,  qui,  l'an  923,  se  joignit 
contre  les  Normands  à  Guillaume,  comte 
d'Auvergne  &  duc  d'Aquitaine,  neveu  de 
Guillaume  le  Pieux  (&  non  pas  à  Guillaume 
le  Pieux  lui-même  alors  déjà  décédé),  étoit 
comte  de  Toulouse,  comme  nous  le  ferons 
voir  aussi,  &  non  pas  comte  de  Limoges. 
D'ailleurs,  quelle  apparence  que  le  Limou- 
sin ait  été  gouverné  par  un  même  comte 
pendant  l'espace  de  près  d'un  siècle?  Il 
s'agit  donc,  dans  cette  charte,  d'un  Rai- 
mond différent  du  comte  de  Limoges  de  ce 
nom,  &  ce  ne  peut  être  que  Raimond  I, 
comte  de  Toulouse. 

III.  Nous  pouvons  confirmer  ce  que  nous 
venons  de  dire  en  faisant  voir  que  le  comté 
de  Querci,  limitrophe  du  Limousin,  étoit 
déjà  alors  du  domaine  des  comtes  de  Tou- 
louse, &  que  Raimond  I,  &  après  lui  Ber- 
nard &  Eudes,  ses  enfans,  le  possédèrent 
successivement;  ce  qui  nous  engage  à 
examiner  dans  quel  temps  ce  comté  entra 
dans  leur  maison.  JusteP  convient  que 
Raimond  II,  comte  de  Toulouse,  étoitaussi 
comte  de  Querci  dès  l'an  932.  Mais  il 
avance  sans  preuve  que  les  prédécesseurs 
de  ce  seigneur  s'en  étoient  emparés  sur  un 
certain  Robert,  qu'il  qualifie  comte  de 
Querci  &  de  Turenne;  car  M.  Baluze'  a 
prouvé  que  ce  Robert  ne  fut  pas  comte  de 
ces  pays,  &  qu'il  ne  porta  même  jamais  le 
titre  de  comte  ;  qu'à  la  vérité  Godefroy, 
son  père,  fut  comte  &  seigneur  du  pays  do 

'  Baluze,  Hist.  Tutel.  p.  9, 
'  Justel,  Maison  de  Turenne,  Preuves,  p.   11. 
^  Ibid.  p.  7,  &  Histoire  de  la.  maison  d'Auvergne^ 
p.  8. 

■*  Ihid.  Maison  de  Turenne ,  p.    \6, 
'Baluze,  Hist.  Tutel.  p.  lo&seq. 


Note 
99 


Note 
99 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Turenne,  mais  que  ni  celui-ci,  ni  aucun 
de  ses  descendans,  ne  furent  point  comtes 
de  Querci. 

IV.  Marc-Antoine  Dominicy,  professeur 
en  droit  dans  l'Université  de  Cahors,  a  suivi 
à  peu  près  le  même  système  dans  son  his- 
toire manuscrite  des  comtes  de  Querci 
dont  il  a  recherché  l'origine.  N'ayant  pu 
trouver  qu'un  certain  Autricus,  qu'il  pré- 
tend avoir  été  comte  de  Querci  &  avoir 
vécu  la  sixième  année  de  l'empire  de 
Louis  le  Débonnaire,  il  suppose  avec  Jus- 
tel  ,  que  Rodolphe,  Godefroy  &  Adhémar 
qui  étoient  de  la  même  race,  furent  suc- 
cessivement comtes  du  Querci  à  la  fin  du 
neuvième  siècle  &  au  commencement  du 
dixième.  Mais  M.  Baluze  a  montré,  comme 
nous  l'avons  déjà  dit,  que  ces  seigneurs 
étoient  seulement  comtes  ou  vicomtes  de 
Turenne,  dans  le  bas  Limousin.  Ainsi,  c'est 
sans  aucun  fondement  que  Dominicy  sup- 
pose que  Ra  imond  II  s'empara  du  comté 
de  Querci  après  la  mort  d'Adhémar  qui 
mourut  sans  enfans'  légitimes.  Et  en  effet, 
ajoute  M.  Baluze,  si  les  comtes  de  Tou- 
louse se  fussent  emparés  du  Querci  sur  les 
seigneurs  de  Turenne,  ils  se  seroient  empa- 
rés aussi  des  terres  que  ces  derniers  possé- 
doient  dans  le  même  pays  &  qui  faisoient 
une  partie  considérable  de  leur  domaine  : 
mais  nous  voyons,  continue-t-il,  que  les 
vicomtes  de  Turenne,  successeurs  d'Adhé- 
mar, jouirent  tranquillement  de  toutes  les 
terres  qu'ils  possédoient  en  Querci,  tandis 
que  les  comtes  de  Toulouse  étoient  d'un 
autre  côté  paisibles  possesseurs  de  ce  comté. 

V.  Il  n'y  a  donc  pas  lieu  de  douter  que  les 
comtes  Raimond,  Bernard  &  Eudes  ses  en- 
fans,  dont  il  est  fait  mention  dans  plusieurs 
titres  de  l'abbaye  de  Beaulieu,  ne  soient 
les  mêmes  que  les  comtes  de  Toulouse  de 
ce  nom,  &  qu'ils  n'aient  été  en  même  temps 
comtes  de  Querci,  pays  limitrophe  du  bas 
Limousin,  dans  lequel  cette  abbaye  est 
située,  comme  l'a  cru  M.  Baluze  qui  a 
examiné  cette  matière  attentivement.  Pro- 
hant  îsta' ^  dit  cet  auteur,  au  sujet  de  la 
charte  de  Frotaire,  archevêque  de  Bourges, 
dont  nous  venons  de  parler,  comitatum  Ca- 

'  Baluze,  Hln.  TuteL  p.  i6. 
'  Ihid.  p.   ,o. 


Jurcensem  &  alïquam  partempagî  Lemovicen- 
sis,  quae  vicîna  erat  DorJoniae,  fuisse  tum  in 
potestate  comitum  Tolosanorum.  Nous  pou- 
vons appuyer  la  remarque  de  M.  Baluze 
par  d'autres  monumens  qui  prouvent  que 
le  comté  de  Querci  étoit  déjà  dans  la  mai- 
son des  comtes  de  Toulouse,  du  moins  sous 
Raimond  I,  qui  vécut  depuis  l'an  85i  jus- 
que vers  l'an  865. 

VI.  Il  est  fait  mention  de  ce  comte  dans 
la  charte  de  fondation  de  la  même  abbaye 
de  Beaulieu,  fondée  par  Rodolphe,  arche- 
vêque de  Bourges.  Cette  charte,  qui  a  été 
donnée  d'abord  par  Justel  '  &  ensuite  par 
le  P.  Mabillon%  est  datée  de  la  manière 
suivante  :  Data  donatione  in  mense  novembri 
anno  VI,  régnante  Carolo  rege  serenissimo, 
indictione  XV.  Ces  deux^  auteurs  rapportent 
cette  date  à  l'an  846  ou  à  la  sixième  année 
du  règne  de  Charles  le  Chauve;  mais  ils  se 
trompent,  elle  doit  être  de  la  sixième  an- 
née du  règne  de  Charles,  roi  d'Aquitaine, 
qui  étoit  fils  de  ce  prince  &  qui  fut  cou- 
ronné à  Limoges  au  mois  d'octobre  de  l'an 
855.  Ainsi  cette  charte  doit  être  de  l'an  860. 
Voici  des  raisons  qui  le  prouvent  manifes- 
tement : 

1°  Rodolphe  ou  Raoul,  archevêque  de 
Bourges,  y  fait  donation  à  Chunibert ,  abbé 
de  SoUgnac,  du  lieu  de  Beaulieu  pour  y  éta 
blir  des  religieux.  Or  Sylvius,  prédécesseur 
de  Chunibert,  fut"*  abbé  de  Solignac,  du 
moins  depuis  l'an  841  jusques  à  l'an  852. 
Cette  charte  doit  donc  être  postérieure  à 
cette  dernière  année; 

2°  Adhémar^  de  Chabannes,  dans  son 
Histoire  des  abbés  de  Saint-Martial  de 
Limoges,  parlant  de  la  même  abbaye  de 
Beaulieu,  en  met  la  fondation  plusieurs 
années  après  l'an  848,  &  par  conséquent 
après  la  sixième  année  du  règne  de  Charles 
le  Chauve.  Suivant  son  calcul,  cette  fonda- 
tion  dut  être  faite  la    sixième  année   du 


'  Justel,  Maison  de  Garenne,  Preuves,  p.  7  8c  su iv. 

'Mabillon,  Acta.  Sanctorum  ordinis  sancti  Bene- 
d'ict'i,  saec.  4,  part.  2,  p.  161  &  seq. 

^  Justel,  Maison  de  Turenne,  p.  7. —  Mabillon, 
Acta  Sanctorum  ordinis  sancti  Benedicti,  saec.  4, 
part.  2,  p.  i6i,  &  ad  ann.  846,  n.  43. 

^  Voyez  Gallia  Christiana,  nov.  eJ.  t.  2,  p.  563. 

*  Adhémar  de  Chabanais,  p.  271. 


Note 
99 


Note 
99 


366 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.  orig. 

t.  I," 
p.  753. 


règne  du  jeune  Charles,  roi  d'Aquitaine  & 
fils  de  Charles  le  Chauve,  comme  nous  le 
ferons  voir  plus  bas; 

3°  Le  P.  de  Sainte-Marthe'  a  fait  im- 
primer la  même  charte  de  fondation  de 
l'abbaye  de  Beaulieu  ou  testament  de  Ro- 
dolphe, archevêque  de  Bourges,  avec  cette 
date  différente  :  Factum  autem  testamentum 
hoc  anno  XVI,  régnante  Carolo  minore  ;  ce  qui 
prouve  que  cette  fondation  fut  faite  sous  le 
règne  du  jeune  Charles.  Mais  comme  ce 
prince  ne  régna  que  onze  ans  en  Aqui- 
taine, il  est  évident  qu'il  faut  lire  anno  vi 
au  lieu  de  anno  XVI.  Ainsi  c'est  dans  la 
sixième  année  du  règne  du  jeune  Charles 
en  Aquitaine  que  l'abbaye  de  Beaulieu  fut 
fondée  ,  car  l'indiction  XV,  marquée  dans 
les  copies  données  par  Justel  &  le  P.  Ma- 
billon,  doit  avoir  été  ou  ajoutée  au  cartu- 
laire  de  Beaulieu,  ou  altérée  par  les  co- 
pistes, puisqu'elle  ne  convient  ni  à  l'an  846, 
ni  à  l'an  86oj 

4°  On  voit  enfin,  par  plusieurs  autres 
chartes  données  par  Justel  &  Baluze,  que 
l'abbaye  de  Beaulieu  n'étoit  pas  encore 
entièrement  fondée  l'an  859  8c  que  l'ar- 
chevêque Rodolphe  avoit  seulement  com- 
mencé alors  d'en  faire  jeter  les  fonde- 
mens.  C'est  ce  qui  paroît  entre  autres  par 
une  charte'  datée  de  la  cinquième  année 
du  jeune  Charles,  Carolî  mïnorîs ,  par  la- 
quelle Rotrude,  belle-sœur  de  ce  prélat, 
donne  le  lieu  de  Béliac,  en  Limousin,  aux 
moines  qui  bâtissoient  alors  le  monastère 
de  Beaulieu,  monachis  qui  monasterium  con- 
struunt  in  orbe  Lemovicino,  &c.  Justel  & 
Baluze  rapportent'  avec  raison  cette  charte 
&  quelques  autres  semblables,  au  règne  du 
jeune  Charles;  ils  dévoient  aussi  y  rappor- 
ter plusieurs  autres  qui  sont  datées  de 
même  :  régnante  Carolo  Minore  &  qu'ils  met- 
tent cependant^  sous  le  règne  de  Charles 
le  Chauve,  son   père,    ce  qui   a  induit   le 

'  Gatlid.  Chfistiana,  nov.  éd.  t.  2,  p.  568,  8c 
Instfum.  p.   188  &  seq. 

*  Justel,  Maison  de  Turenne^  Preuves,  p.  8. —  Ba- 
luze, Hist.  Tutel.  append.  p.  3 16. 

'Justel,  Maison  de  Turenne,  p.  12.  —  Baluze, 
Hist.  Tutel.  p.  38. 

^  Justel,  Maison  de  Turenne,  p.  7  &  suiv.  —  Ea- 
luze,  Hist.  Tutel.  p.  3io  &  suiv. 


P.  Mabillon  en  erreur  &  lui  a  fait  croire 
que  le  monastère  de  Beaulieu  subsistoit 
déjà  l'an  848  '  &  avant  la  charte  de  sa  fon- 
dation qu'il  rapporte  à  l'an  846. 

Entre  ces  chartes',  datées  du  règne  du 
jeune  Charles,  il  y  en  a  deux  de  la  qua- 
trième année  de  son  règne,  anno  IV  Caroli 
minoris  ^  que  M.  Baluze  rapporte  mal  à 
propos  à  l'an  844,  &  dans  lesquelles  l'ar- 
chevêque Rodolphe  s'exprime  de  manière 
à  faire  voir  que  l'abbaye  de  Beaulieu  n'é- 
toit pas  alors  encore  fondée ,  mais  qu'il 
travailloit  seulement  à  sa  construction. 
Cedo  ad  monasterium,  quod  Bellus  locus  dici- 

tur quod,  Christo  propitio,  infundo  juris 

mei  construo,  fi*c.,  sancto  Petro  Bellilocencis 
monasterii  quod  ego,  Christo  propitio,  infundo 
juris  mei  aedificare  censui,  &c.  Ainsi  au  mois 
de  juillet  de  l'an  869,  qui  est  la  date  de  ces 
chartes,  ce  monastère  n'étoit  pas  encore 
bâti.  Or,  si  sa  fondation  avoit  été  consom- 
mée dès  l'an  842,  ou  du  moins  dès  l'an  846, 
comme  on  le  prétend,  ce  prélat  n'auroit  pas 
dit  en  869  qu'il  avoit  dessein  de  le  bâtir. 
Nous  savons  d'ailleurs'  que  cet  archevêque 
ne  demanda  qu'en  869  au  roi  Charles  le 
Chauve  la  confirmation  de  sa  fondation  : 
peut-on  croire  qu'il  eût  attendu  si  long- 
temps si  cette  abbaye  eût  été  fondée  dès 
les  premières  années  du  règne  de  ce  prince? 

VIL  II  se  présente  cependant  une  dif- 
ficulté :  c'est  que  dans  la  charte  de  fonda- 
tion ou  testament  du  même  prélat,  que  nous 
avons  dit  devoir  être  de  l'an  860,  Gairulfe 
n'est  nommé  que  parmi  les  religieux  du 
monastère  de  Solignac  qui  furent  introduits 
dans  celui  de  Beaulieu ,  tandis  qu'il  est 
qualifié  abbé  de  ce  dernier  monastère  dans 
d'autres  chartes,  qui,  suivant  notre  sys- 
tème, sont  antérieures  à  ce  testament.  Mais 
comme  on  voit  par  cet  acte  que  Rodolphe 
chargea  Chunibert,  abbé  de  Solignac,  d'avoir 
la  principale  administration  du  nouveau 
monastère  de  Beaulieu,  il  ne  convenoit  pas 
sans  doute  que  Gairulfe  en  fût  qualifié 
abbé  conjointement  avec  Chunibert  auquel 
il  étoit  soumis  &  qui  lui  avoit  confié  le 
gouvernement  de  ce  monastère.  D'ailleurs 

'  Mabillon,  ad  ann.  840,  n.  24. 
'  Baluze,  Hist.  Tutel.  p.  3oç  &  scq. 
'  Mabillon,  ad  ann.  8Ô9,  n.  64. 


Note 
99 


Note 
99 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


367 


la  même  difficulté  se  rencontre,  en  sup- 
posant que  l'abbaye  de  Beaulieu  fut  fondée 
l'an  846  &  que  le  testament  de  Rodolphe, 
archevêque  de  Bourges,  est  daté  de  cette 
dernière  année. 

En  effet,  le  P.  Mabillon',  &  après  lui 
le  P.  de  Sainte-Marthe  citent  une  charte 
datée  de  la  première  année  du  règne  du  roi 
Charles,  qu'ils  rapportent  à  l'an  841  &  dans 
laquelle  il  est  fait  mention  du  même  Gai- 
rulfe,  abbé  de  Beaulieu.  Ainsi,  soit  que  cette 
dernière  charte  soit  du  règne  de  Charles 
le  Chauve  ou  de  celui  de  Charles,  roi 
d'Aquitaine,  son  fils,  il  paroît  toujours  que 
Gairulfe  avoit  le  titre  d'abbé  avant  le  tes- 
tament de  l'archevêque  Rodolphe,  dans 
lequel  il  n'est  qualifié  cependant  que  sim- 
ple religieux  de  Solignac,  &  nommé  parmi 
ceux  de  ce  monastère  que  l'abbé  Chunibert 
avoit  envoyés  pour  établir  celui  de  Beau- 
lieu.  Il  est  vrai  que  cette  même  charte 
peut  être  rapportée  à  l'an  899  ou  à  la  pre- 
mière année  du  règne  de  Charles  le  Sim- 
ple en  Aquitaine,  car  nous  savons  que  le 
même  Gairulfe  étoit  encore'  abbé  de  Beau- 
lieu  l'an  897,  &  nous  ignorons  l'époque  de 
sa  mort;  mais  ce  seroit  une  nouvelle 
preuve  que  le  testament  de  Rodolphe  est 
fort  postérieur  à  l'an  846  ,  puisqu'il  est 
bien  moins  vraisemblable  que  Gairulfe  ait 
été  abbé  de  Beaulieu  pendant  près  de 
soixante  ans  de  suite,  que  pendant  qua- 
rante seulement.  Enfin,  Rodolphe  ayant 
vécu  jusques  à  l'an  866,  il  est  beaucoup  plus 
probable  que  son  testament,  qui  contient  la 
dotation  du  monastère  de  Beaulieu,  est  de 
l'an  860  plutôt  que  de  l'an  846,  &  que  ce 
prélat  disposa  de  ses  biens  vers  la  fin,  plu- 
tôt qu'au  commencement  de  son  épiscopat. 

VIII.  Nous  avons  dit  qu'il  est  aisé  de 
concilier  avec  notre  époque  celle  qu'Adhé- 
mar  de  Chabannes  donne  de  la  fondation 
de  l'abbaye  de  Beaulieu  &  que  ce  qu'il  rap- 
porte là  dessus  ne  sauroit  convenir  avec 
la  sixième  année  de  Charles  le  Chauve.  Cet 
auteur',  qui  écrivoitau  commencement  du 
onzième   siècle  &  qui    étoit  Aquitain,  dit 

'  Mabillon,  ad  ann.  840,  n.  24. —  Gallia  Chris' 
tiana,  nov.  éd.  t.  2,  p,  601, 
•  Justel,  Preuves,  p.  24. 

'  Adhémnr  de  Cliabanais,  p.  271. 


NOTB 

99 


que  l'état  monastique  ayant  été  introduit 
dans  l'église  de  Saint-Martial  de  Limoges 
l'an  848,  Dodon,  qui  fut  le  premier  abbé 
de  ce  monastère,  le  gouverna  pendant 
trois  ans;  qu'Abbon  lui  succéda  &  fut  abbé 
durant  onze  ans;  &  que  la  cinquième  an- 
née du  gouvernement  de  ce  dernier,  Char- 
les le  Chauve  (ou  plutôt  Charles  son  fils) 
fut  sacré  roi  d'Aquitaine,  à  Limoges,  &c. 
Adhémar  ajoute  :  Hoc  anno  coenobium  Bel- 
lolocum  a  Radulpho  archiepiscopo  fundatum 
&■  consecratum.  Si  on  rapporte  les  mots 
hoc  anno  à  la  cinquième  année  du  gouver- 
nement de  l'abbé  Abbon,  ce  calcul  revient 
à  l'an  856  où  il  paroît,  en  effet,  que  Rodol- 
phe jeta  les  premiers  fondemens  de  l'ab- 
baye de  Beaulieu.  Que  si  les  mots  hoc 
anno  doivent  être  rapportés  à  la  onzième 
année  du  gouvernement  d'Abbon,  comme 
il  est  naturel,  puisque  Adhémar  rapporte 
immédiatement  après  la  mort  de  cet  abbé 
&  qu'il  parle  de  son  successeur,  son  calcul 
est  entièrement  conforme  au  nôtre,  car 
Abbon,  l'an  860,  étoit  dans  la  onzième 
année  de  son  gouvernement  '. 

IX.  On  doit  conclure  de  ce  que  nous  Éd.orig, 
venons  de  dire  que  le  testament  ou  fonda-  p.  754. 
tionde  l'abbaye  de  Beaulieu  par  Raoul  ou 
Rodolphe,  archevêque  de  Bourges,  étant 
de  l'an  860,  le  comte  Raimond  qui  le  signa 
ne  peut  être  le  comte  de  Limoges  de  ce 
nom,  car  Gérard  avoit  déjà  succédé  à  ce 
dernier  la  huitième  année  du  roi  Charles  le 
Chauve,  comme  l'atteste'  M.  Baluze.  Prae- 
sertim,  dit  cet  auteur,  cum  anno  octavo  rég- 
nante Karolo  serenissimo  Aquitanorum  rege, 
tempore  Stodili  episcopi ,  Geraldum  fuisse 
comitem  Lemovicensem  reperiamus  in  char- 
tulario  ecclesiae  Lemovicensis.  Or  cette  hui- 
tième année  du  règne  de  Charles  ne  peut 
regarder  que  Charles  le  Chauve ,  puis- 
qu'elle est  jointe  à  l'épiscopat  de  Stodilus, 
évêque  de  Limoges,  qui  ne  s'étend  pas  au 
delà  de  l'an  860,  &  que  la  huitième  année 

'  M.  Deloche  a  emprunté  une  partie  de  cétt3 
note  à  dom  Vaissete,  8c  l'a  insérée  dans  sa  préfaça 
du  Cartula'ire  de  Beaulieu,  Voyez  cet  ouvrage,  où 
l'époque  de  la  fondation  de  Beaulieu  est  de  nou- 
veau discutée,  ainsi  que  la  date  des  plus  anciennes 
chartes  de  ce  cartulaire.  [E.  M.J 

*  Baluze,  Hist.  Tutel.  p.  9. 


Note 
99 


368 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


du  règne  du  jeune  Charles  ne  peut  con- 
courir qu'avec  la  fin  de  l'an  862  &  l'an  863'. 
Ainsi  le  comte  Raimond,  qui  étoit  présent 
à  la  charte  de  fondation  de  l'abbaye  de 
Beaulieu,  doit  être  le  comte  de  Toulouse 
de  ce  nom  qui  vivoit  alors. 

X.  Il  est  fait  encore  mention  de  ce  sei- 
gneur dans  plusieurs  autres  titres"  de 
l'abbaye  de  Beaulieu,  &  eii  particulier 
dans  une  donation  faite  à  ce  monastère, 
par  l'archevêque  Rodolphe,  du  lieu  de 
Beliac,  en  Limousin,  dont  il  avoit  fait  un 
échange  avec  lui,  quem  cum  Raîmundo 
comité  concambiavi.  Cette  charte,  qui  est 
datée  du  mois  de  mai,  la  quatrième  année  du 
règne  du  jeune  Charles,  c'est-à-dire  de  l'an 
859,  ne  peut  convenir  à  Raimond  ,  comte 
de  Limoges  ;  elle  confirme  au  contraire 
l'époque  de  la  fondation  de  l'abbaye  de 
Beaulieu  que  nous  venons  d'établir. 

XI.  Mais  ce  qui  prouve  évidemment  que 
le  comte  Raimond,  dont  il  est  fait  si  sou- 
vent mention  dans  les  titres  de  l'abbaye  de 
Beaulieu  du  neuvième  siècle,  est  le  même 
que  Raimond  premier  du  nom,  comte  de 
Toulouse,  c'est  que  nous  savons  d'ailleurs 
que  celui-ci  étoit  comte  de  Querci,  comme 
il  paroît  par  le  témoignage  d'un  auteur  qui 
a  écrit  au  onzième  siècle  l'Histoire  abré- 
gée de  l'abbaye  de  Figeac,  &  qui,  parlant 
d'Aymar  %  premier  abbé  de  ce  monastère 
depuis  son  rétablissement,  dit  qu'il  mourut 
l'an  852,  indiction  xv,  du  temps  de  Rai- 
mond, comte  de  Toulouse.  Or,  comme  cet 
auteur  ajoute  que  ce  dernier  est  le  premier 
des  comtes  de  Toulouse  qui  prêtèrent  ser- 
mentde  fidélité  aux  abbés  de  Figeac,  &  que 
nous  savons  d'ailleurs  que  ces  seigneurs  ne 
le  prêtèrent  qu'en  qualité  de  comtes  de 
Querci,  il  s'ensuit  que  Raimond  devoit 
posséder  ce  comté.  Obiit  autem,  dit  cet  au- 
teur, temporibus  Raimundi  Tolosani  comitis 
&  Stephani   episcopi   Cadurcensis     anno    ab 

incarnatione  Domini  852,   indictione  XV 

Hic  vero  Raimundus  supradictus  cornes  pri- 
mus  per  sacramentum  fidelitatem  Fiacensi 
abbati  juravit. 

XII.  Cette  preuve,  jointe  à   un    grand 

'  Gallia  Chr'istiana,  nov.  ed,  t.  2,  p.  5o8. 

■  Justel,  Maison  de    Tur.  Preuves,  p.  12,  i3,   i5. 

'  Baluze,  Miscellun,  t.  2,  p.  298  Se  sc;j. 


nombre  de  titres  de  l'abbaye  de  Beaulieu, 
qui  font  mention  conjointement  ou  sépa- 
rément du  comte  Raimond  &  de  ses  en- 
fans  ,  les  comtes  Bernard  &  Eudes ,  ne 
nous  permet  plus  de  douter  que  ces  sei- 
gneurs ne  soient  les  mêmes  que  les  comtes 
de  Toulouse  de  ce  nom  qui  vivoient  dans 
le  même  temps  ;  d'où  il  est  aisé  de  conclure 
qu'ils  dévoient  posséder  dès  lors  le  comté 
de  Querci  &  qu'il  étoit  déjà  dans  leur 
maison  du  moins  dès  l'an  852. 

XIII.  A  Raimond  I ,  comte  de  Toulouse, 
succéda  son  fils  Bernard.  Ce  dernier  est 
nommé  avec  son  frère  Eudes  dans  la  charte 
de  Frotaire,  archevêque  de  Bourges,  de 
l'an  876,  en  faveur  de  l'abbaye  de  Beau- 
lieu  dont  nous  avons  déjà  parlé.  Il  est 
encore  connu  par  d'autres  titres  '  du  même 
monastère  &  n'est  point  différent  du  comte 
Bernard  qui,  tenant  %q.%  assises"  dans  un 
lieu  appelé  Semmarium,  situé  sans  doute 
en  Querci,  y  rendit  un  jugement  en  faveur 
de  la  même  abbaye,  sur  laquelle  on  avoit 
usurpé  quelques  biens.  Ce  jugement  est 
daté  du  mois  d'août,  la  quatrième  année  du 
règne  du  roi  Louis,  fils  du  roi  Charles,  c'est- 
à-dire  de  l'an  870,  temps  auquel  vivoit 
Bernard,  comte  de  Toulouse.  Car  c'est  de 
Louis  le  Bègue,  qui  étoit  roi  d'Aquitaine 
du  vivant  de  Charles  le  Chauve,  son  père, 
qu'il  s'agit  dans  cette  charte,  &  Justel,  qui 
a  voulu  la  rapporter  à  l'an  838,  s'est  trompé 
grossièrement,  puisque,  outre  que  l'abbaye 
de  Beaulieu  n'étoitpas  encore  fondée  dans 
ce  temps-là,  c'étoit  Pépin  &  non  pas  Louis 
qui  régnoit  alors  en  Aquitaine. 

XIV.  Eudes  succéda  à  Bernard,  son  frère, 
dans  le  comté  de  Toulouse.  Il  est  parlé 
d'un  comte  Eudes  dans  plusieurs  titres  '  du 
cartulaire  de  l'abbaye  de  Beaulieu,  entre 
autres  dans  l'acte  de  vente  que  fit  ce  comte 
à  Frotaire ,  archevêque  de  Bourges ,  du 
lieu  d'Orbassac  en  Limousin,  que  ce  prélat 


'  Mabillon,  ad  ann.  91 1 ,  n.  76. 

"  Justel,  Maison  de  Turenne,  Preuves,  p.  \i.  8t 
aux  Preuves  de  ce  volume,  sous  le  n.  XCV,  Juge- 
ment rendu  par  Bernard,  comte  de  Toulouse, 

^  Voyez  aussi  aux  Preuves  ,  sous  le  n.  Cil  , 
Echange  fait  entre  Eudes,  comte  de  Toulouse,  &  Fro~ 
taire,  archevêque  de  Bourges,  &  autres  titres  cités  à 
la  suite. 


Note 
99 


Note 
99 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


369 


donna  ensuite  à  cette  abbaye.  Cet  acte  est  dans  le  même    dessein,   la    sixième  année 

sans  date  j  mais  comme  il  doit  être  antérieur  de   son  empire,  il   est  à  présumer  que    ce 

à  cette  donation,  laquelle  est  au  plus  tard  dernier  est  la   confirmation   de  l'autre  & 

de  l'an  876  comme  nous  le  ferons  voir  dans  qu'ils  furent   donnés    à  peu  près    dans  le 

la  No<e  suivante,   cette  vente  dut  se  faire  même  temps;  d'où  il  s'ensuit  que  Gilbert 

vers  la  fin  de  l'an  875  ou  au  commencement  n'étoit  plus  comte  de  Rouergue  en  820. 
de  l'année  suivante.  Il  est  à  remarquer  que  XVI.  Le  premier  comte  de  ce  pays  que 

le  comte  Eudes  fit  cette  vente  '  du  consente-  Bonal  trouve  après  Gilbert  est  Raimond  , 

ment  de  son  frère  Arbert;  ce  qui   confirme  qui  vivoit  en  950.  Comme  il  est  certain  que 

qu'il  s'agit  ici  d'Eudes,  comte  de  Toulouse,  ce  dernier  étoit  de  la   maison   des  comtes 

qui  avoit"  en  effet  un  frère  appelé  Arbert,  de    Toulouse,  ainsi   que    nous   le  verrons 

lequel  fut  surnommé  Benoît.  On  convient  ailleurs,  c'est  une  preuve  que  le  comté  de 

que  Raimond  II,  fils  d'Eudes,  &  ses  suc-  Rouergue   étoit   au  moins    dès  lors    dans 

cesseurs,  furent  comtes  de  Querci.  Nous  en  cette  maison.  Et  comme  les  fiefs  de  dignité 


Éd.orlg, 

M, 
p.  755. 


apporterons  dans  la  suite  diverses  preuves. 
Ce  comté  demeura  donc  dans  la  maison 
des  comtes  de  Toulouse  depuis  le  milieu 
du  neuvième  siècle  jusques  à  l'an  1271 
qu'il  fut  réuni  à  la  couronne  après  la  mort 
de  Jeanne,  dernière  comtesse  de  Toulouse 
&  de  Querci. 


étoient  alors  héréditaires  depuis  long- 
temps, elle  devoit  le  posséder  plusieurs 
années  auparavant.  Il  paroît,  en  effet, 
qu'elle  l'occupoit  déjà  depuis  le  règne  de 
Louis  le  Débonnaire,  car  nous  trouvons  un 
comte  '  appelé  Fulcoald  qui  étoit  com- 
missaire sur  les  frontières  de  ce  pays  avant 


XV.  Pour  ce  qui  est  du  comté  de  Rouer-  l'an  887  &  qui  en  étoit  vraisemblablement 

gue,  nous  trouvons  que  les  comtes  de  Tou-  comte.   Or,  Frédelon    &   Raimond    I,  son 

louse  en  ont  été  maîtres  &qu'ilspossédoient  frère,  qui  se  succédèrent  dans  le  comté  de 

de  grands  biens  dans  ce  pays,  soit  en  alleu,  Toulouse  depuis  l'an  849,  étoient  fils  d'un 

soit  en  bénéfice,  dès  le  commencement  du  seigneur  appelé  '  Fulguald  :  ainsi  Fulcoald 

neuvième  siècle. Bonal,  juge  des  montagnes  ou  Fulguald,  comte  de  Rouergue,  est  sans 

de  Rouergue,  qui  a  fait  de  grandes  recher-  doute    le   même   que  le  père  do  ces  deux 

ches  sur  les  anciens  comtes  de  ce  pays  dont  comtes  de  Toulouse    à  qui  il   dut    trans- 

il  a  laissé  une  histoire  manuscrite,  n'a  pu,  mettre  ce   comté.  Aussi  voyons-nous   que 

malgré  tous  ses  soins,  en   trouver   qu'un  Frédelon,  fils  de  Fulguald,  possédoit' déjà 

seul  depuis  le  règne  de  Charlemagne  jus-  quelque  comté  dans  l'Aquitaine  vers  l'an 

ques  au    milieu    du   dixième    siècle.  C'est  845,  avant  qu'il  fût  pourvu  de  celui  deTou- 


Gilbert,  dont  il  est  fait  mention  dans  un 
diplôme  de  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  en  fa- 
veur de  l'abbaye  de  Conques,  dont  cet 
auteur  rapporte  un  fragment.  Notum  sît,  dit 
ce  prince,  qualiter  olim  venerabilis  Dado, 
quemdam  îocum  qui  dicïtur  Conquas  desertum 
atque  a  Saracenis  depopulatum  in  pago  Ru- 
tenicOj  per  licentiam  Gilberti  quondam  comitîs 
de  ratione  fisci  régis  accepit,  &  monasterium 
a  fundamentis  construxit ,  &c.  Bonal  ne  rap- 
porte point  la  date  de  ce  diplôme;  mais 
comme  il  est  assez  conforme  à  celui'  que 
l'empereur  Louis    le  Débonnaire    donna 

'  Voyez  aux  Preuves,  le  n.  Cil. 

'  Voyez  aux  Preuves,  n.  CXI,  Donation  Je  Ber- 
tei\,  comtesse  de  Toulouse,  au  monastère  Je  Vahres. 

'  Capitulaires,  Append.  p.  i^i6,  &  Gall.  Christ. 
noY.  éd.  t.  i,p.  236. 


louse,  &  comme  nous  savons  d'ailleurs* 
qu'il  domina  sur  le  Rouergue,  de  même 
que  Raimond  &  Bernard  ses  successeurs, 
il  devoit  posséder  dès  lors  ce  comté.  Nous 
savons  enfin  que  le  même  Raimond  avoit 
des  biens  considérables  dans  ce  pays  où  il 
fonda  l'abbaye  de  Vabres. 

On  peut  ajouter  à  toutes  ces  raisons  que 


'  Voyez  aux  Preuves,  sous  le  n.  LIT,  Charte  Je 
Louis  le  Débonnaire  en  faveur  Je  l'ahhayc  J'Aniane, 

'  Voyez  aussi  aux  Preuves,  n.  LXXXVII,  Charte 
Je  fonJation  de  l'ahhaye  Je  Vahres,  par  Raimond, 
comte  Je  Toulouse. 

'  Frodoa rd, /fiir.  Rem.  I.  3,  c.  20. 

*  Voyez  aux  Preuves,  sous  le  n.  C,  Donation, 
faite  au  monastère  Je  Vahres,  pour  le  soulagement 
Jes  âmes  Jes  Jucs  &  marquis  FréJelon,  RaimonJ  & 
BernarJ. 


Note 
99 


II. 


24 


Syo 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 

100 


nous  ne  connoissons,  depuis  Gilbert,  aucun 
comte  de  Rouergue  qui  soit  différent  des 
comtes  de  Toulouse,  lesquels  possédoient 
certainement  ce  comté  au  commencement 
du  dixième  siècle.  Ainsi  il  demeura  tou- 
jours dans  la  maison  de  ces  comtes  depuis 
eiiviron  l'an  83o  jusques  à  l'an  1271  qu'il  fut 
réuni  à  la  couronne  avec  les  autres  do- 
maines de  cette  maison. 

On  voit,  par  ce  que  nous  venons  de  dire, 
que  Frédelon  succéda  d'abord  à  son  père 
Fulguald  dans  le  comté  de  Rouergue  &  que 
le  roi  Charles  le  Chauve  lui  ayant  donné, 
en  849,  le  comté  de  Toulouse,  il  posséda 
conjointement  ces  deux  comtés  qui  passè- 
rent à  son  frère  Raimond  &  à  ses  succes- 
seurs ;  que  ce  dernier  qui  fut  pourvu  du 
comté  de  Querci  que  ce  prince  lui  avoit 
donné  vraisemblablement,  le  joignit  aux 
deux  autres,  &  qu'ainsi,  dès  le  milieu  du 
neuvième  siècle,  Raimond  posséda  le  Tou- 
lousain, le  Rouergue  &  le  Querci  &  les 
transmit  à  ses  descendans  qui  les  conser- 
vèrent toujours  depuis  dans  leur  famille, 
outre  plusieurs  autres  fiefs  de  dignité  qu'ils 
ajoutèrent  dans  la  suite  à  leur  domaine. 


NOTE  C 

Epoque    de    la    mort  de   Bernard  II, 
comte  de  Toulouse ,  frère  6  prédé- 


cesseur d'Eudes, 


I. 


l'an  876.  C'est  ce  qui  paroît  '  par  la  charte 
de  Frotaire  dontnous  avons  déjà  parlé  dans 
la  Note  précédente  &  par  laquelle  ce  pré- 
lat donne  à  l'abbaye  de  Beaulieu  le  lieu 
d'Orbassac  dans  le  Limousin  qu'il  avoit 
acquis  du  comte  Eudes,  lequel  n'est  pas  dif- 
férent de  notre  comte  de  Toulouse,  comme 
nous  l'avons  déjà  prouvé. 

III.  Cet  acte  est  daté  de  la  manière  sui- 
vante dans  le  cartulaire  de  cette  abbaye  : 
Datum  huîc  cessionîs  cartulae  în  mense  Au~ 
gusto,  anno  IV,  împerante  Karolo  III  in  Gal- 
Uis ;  mais  cette  date  ne  peut  se  soutenir, 
puisque  la  quatrième  année  de  l'empire 
de  Charles  le  Gros,  supposé  que  ce  soit  de 
lui  qu'on  a  voulu  parler  dans  cette  date, 
comme  le  prétend  le  P.  Mabillon",  ne 
sauroit  s'accorder  avec  la  troisième  année 
du  règne  de  ce  prince  en  France  ou  dans 
les  Gaules.  Aussi  ce  savant  annaliste,  pour 
concilier  ces  deux  époques,  a-t-il  cru  qu'il 
falloit  lire  anno  VII  împerante  au  lieu 
à' anno  IV,  &  rapporter  cette  date  à  l'an  887. 
Mais  outre  que  c'est  contre  l'autorité  du 
cartulaire  de  Beaulieu,  il  est  certain  d'ail- 
leurs que  cette  donation  doit  avoir  été 
faite  du  vivant  de  Charles  le  Chauve. 

IV.  En  effet  ce  prince  la  confirma  par 
un  diplôme  '  du  mois  de  juillet  de  l'an  876, 
parce  que,  suivant  un  acte  de  l'an  1 164  %  le 
lieu  à'Orbassac  dépendoitdu  fisc  ou  du  do- 
maine royal.  Karolus  rex  Francorum  prae- 
dîctae  ecclesîae  concessît  quia  de  jure  illîus 
dinoscebatur  ;  ce  qui  fait  voir  que  la  charte 
de  Frotaire  doit  être  du  règne  de  Charles 
le  Chauve,  que  le  comte  Eudes  ou  ses  pré- 
décesseurs avoient  possédé  le  lieu  d'Orbas- 


NOTE 

100 


BERNARD  II,  comte  de  Toulouse,  dut 
mourir  vers  la  fin  de  l'an  875;  en  voici      sac  en  bénéfice,  &  qu'enfin  la  vente  =  qu'en 
uve.  Suivant  une  lettre'  qu'Hincmar      fit  ce  seigneur  à  Frotaire.  archpv^miR  Ha 


la  preuve,  ouivani  une  iettre"  qu 
lui  écrivit  peu  de  temps  avant  le  départ  de 
Charles  le  Chauve  pour  l'Italie,  ou  avant  le 
mois  d'août  de  l'an  875,  il  étoit  alors  en- 
core en  vie,  &  il  est  fait  mention  de  lui 
comme  étant  déjà  décédé  dans  une  charte' 
du  mois  de  décembre  de  la  même  année. 


fit  ce  seigneur  à  Frotaire,  archevêque  de 

'  Voyez  aux  Preuves,  sous  le  n.  Cil,  Echange 
fait  entre  Eudes^  comte  de  Toulouse,  &  Frotaire,  ar- 
chevèque  de  Bourges. 

'  Mabillon,  ad  ann.  827,  n.  21. 

^  Voyez  aux  Preuves   de   ce   volume,  sous  le  nu- 


II.  On   peut  confirmer    cette  époque   eu       "^"^  ^^^'    ^^'"'^^  ^^  l'empereur  Charles  le  Chauve 


faisant  voir  qu'Eudes,  son  frère  &  son  suc 
cesseur,  étoit  déjà  qualifié  comte  dès  l'an 
875  ou,  au  plus  tard,  au  commencement  de 

'Frodoard,  ^iir.  Rem.  1,  3,  c.  26. 

*  Voyez  aux  Preuves,  le  n.  C,  déjà  cité. 


en  faveur  de  l'ahhaye  de  Beaulieu,   en  Limousin, 
^  Voyez   aux    Preuves,    sous    le  numéro   CXIII, 

Echange  de  l'église  de  Tudel  avec  le  lieu  d'Orbassac, 

en  Limousin, 

*  Preuves,    n.    Cil,    Echange  fait   entre   Eudes , 

comte    de    Toulouse  j    &    frotaire ,    archevêque    de 

Bourges. 


Note 

100 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3/1 


Note 

IQI 


NOTE  CI 


Éd.orig. 
1. 1, 

p.  756. 


Bourges,  de  même  que  la  donation  de  ce 
prélat  à  l'abbaye  de  Beaulieu,  sont  anté- 
rieures au  diplôme  de  Charles  le  Chauve. 
On  peut  appuyer  ce  que  nous  venons 
de  dire  par  une  charte"  du  roi  Carloman 

de  l'an  882,  qui  confirme  cette  abbaye  dans      Sur    quelques    événemens    arrivés    du   ^-'^  «rig 
la   possession    du    même   lieu   d'Orbassac ,  temps  des  Sarrasins^  &  sous  le  règne    P-  <5'7- 

conformément  à  la  charte  de    Charles   le  ^^  ^^^ -^  ;^  Débonnaire. 

Chauve.  D  ou  1  on  doit  conclure  que  la 
date  de  la  donation  de  Frotaire ,  telle 
qu'on  la  lit  dans  le  cartulaire  de  Beaulieu, 

ne  peut  être  rapportée  au  règne  de  l'empe-      ^^^  •  dont  il  a  accompagné  l'Histoire  d'Es- 
reur  Charles  le  Gros  &  qu'elle  doit  avoir     pflg'nc  de  don  Juan  de  Ferreras ,  qu'il  a  tra- 


Tv  «•    d'Hermilli  ,  dans  les  savantes  notes 


été  ajoutée.  Aussi  est-il  évident  que  les 
trois  ou  quatre  lignes  où  elle  est  ren- 
fermée depuis  ces  mots  secundum  manda- 
tum,  &  que  nous  avons  fait  imprimer"  en 
italique,  n'appartiennent  pas    au  corps  de 


duite  en  françois,  prend  la  défense  de  cet 
habile  historien  ou  annaliste,  dans  toutes 
les  occasions  où  il  est  contredit  par  les  mo- 
dernes :  il  nous  a  fait  l'honneur  en  par- 
ticulier de  comparer  les  divers  endroits  do 


l'acte,  lequel  étant  par  conséquent    sans      notre   histoire,   où    nous   ne    sommes    pas 


date,  on  doit  la  régler  par  celle  de  la 
charte  de  Charles  le  Chauve  qui  en  fait 
mention.  Or,  comme  il  paroît,  d'un  autre 
côté,  qu'Eudes  ne  peut  avoir  été  comte  de 
Toulouse  que  vers  la  fin  de  l'an  ByS,  il  faut 
que  cet  acte',  de  même  que  celui  par  le- 
quel ce  seigneur  vendit  le  lieu  d'Orbassac 
à  l'archevêque  Frotaire,  dans  lequel  il 
prend  le  titre  de  comte  par  la  grâce  de 
Dieu,  &  qui  est  sans  date,  appartiennent  à 
la  fin  de  cette  année  ou  au  commence- 
ment de  la  suivante*  ;  ce  qui  confirme  l'épo- 
que de  la  mort  de  Bernard,  comte  de  Tou- 
louse, &  de  l'avènement  de  son  frère  Eudes 
à  ce  comté  dont  nous  avons  parlé  au  com- 
mencement de  cette  Note. 


'  PreuveSj  n.  CX,  Charte  du  roi  Carloman  en  fa- 
veur de  l'ahhaye  de  Beaulieu,  en  Limousin. 

'  Preuves,  n.  CIII,  Donation  faite  en  faveur  de 
l'abhaye  de  Beaulieu,  en  Limousin,  par  Frotaire,  ar- 
chevêque de  Bourges. 

'  Voyez  aux  Preuves,  sous  le  n.  Cil,  Echange  fait 
tntre  Eudes,  comte  de  Toulouse,  &  Frotaire,  archevê- 
que de  Bourges. 

*  M.  Oeloche  (Introduction  au  cartulaire  de  Beau- 
lieu,  p.  236),  contrairement  à  ropinion  de  dom 
Vaissete,  a  fixé,  comme  Mabillon,  à  l'année  887  la 
date  du  privilège  de  Frotaire  pour  le  village  d'Or- 
bassac (appelé  depuis  Le  Saillant),  &  à  l'année  88(5 
l'acte  de  vente  du  même  lieu,  par  le  comte  Eudes,  à 
Frotaire.  Les  raisons  qu'il  donne  à  l'appui  de  son 
opinion  sont  convaincantes.  [E.  M.] 


d'accord  avec  Ferreras  &  où  nous  avons 
cru  devoir  l'abandonner,  &  il  décide  tou- 
jours en  sa  faveur.  On  doit  attribuer  sans 
doute,  avec  les  Journalistes  de  France',  le 
zèle  de  M.  d'Hermilli  pour  l'historien  es- 
pagnol, à  la  vive  estime  qu'il  a  conçue 
pour  lui;  &  nous  n'avons  garde  de  blâmer 
cette  estime  qui  est  très-bien  fondée  : 
mais  oserons-nous  lui  dire  avec  les  mê- 
mes Journalistes ,  après  l'avoir  remercié 
des  termes  polis  &  obligeans  dont  il  use 
à  notre  égard  «  qu'il  paroît  n'avoir  pas 
«  toujours  été  assez  en  garde  contre  la 
«  prévention  si  naturelle  aux  traducteurs 
«  en  faveur  de  leur  auteur.  «  Au  reste , 
nous  n'entreprenons  pas  de  répondre  à 
toutes  ses  réflexions  3  plusieurs  sont  trop 
vagues  ou  trop  peu  développées  :  nous 
nous  contenterons  de  quelques  observa- 
tions. 

I.  Nous  avons  dit  dans  notre  premier 
volume  (livre VIII, n.  LXVii)queles  Maures 
d'Espagne,  à  l'exemple  de  ceux  d'Afrique, 
se  soulevèrent  contre  Ocba  ou  Aucupa, 
leur  gouverneur,  le  destituèrent  de  son 
gouvernement  l'an  742,  tirèrent  Abdel- 
melec,  son  prédécesseur,  de  la  prison  où  il 
l'avoit  enfermé,  &  rétablirent  ce  dernier 
dans  son  ancienne  dignité.  M.  d'Hermilli 
fait"  à  ce  sujet  la  réflexion  suivante  :  Par 

'  Janvier,  1744. 

"  Hist.  gén.  d'Espagne,  t.  2,  p.  474. 


Note 


372 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.V, 
p.  072. 


la   suite   néanmoins    de    V histoire,  il  paraît  que,  d'ailleurs,    le    texte  de    la   Chronique 

que  c'est   une  faute    contre  la    vérité  &  con-  d'Isidore  de  Béja   est  fort   obscur,   à   cause 

tre    la    chronologie.     Nous    avons    cité    en  de  sa   corruption,  ainsi  que  M.  d'Hermilli 

note  la  Chronique  d'Isidore  de  Béja',  qui  en  convient  lui-même.  Mais  quelque  obs- 

rapporte    la    destitution    d'Abdelmelec    &  curité  qu'il  y  ait  dans   cette   chronique,  il 

l'élection   d'Aucupa  à  l'an  787  de  J.-C.  Cui  y  est  marqué  clairement  que  Belgi,  s'étant 

&    mox  post    modicum    in    aéra    DCCLXXV  rendu  maître  de  Cordoue,  fit  mourir  Ab- 

an.  Leonis  imperii  XVII   &  Arabum    CXVIIII  delmelec,  qui  étoit  du  parti  du   kalife  Is- 

Iscam    XV    successor  venit  nomine  Aucupa,  cam,  opposé  aux  rebelles.  Par  conséquent 

qui  dum  potestate  praecelsa,  genealogiam  &  Belgi  étoit  du  parti  de  ces  derniers,  &   op- 

legîs  suae  custodiam,  cuncta  tremet  Hispania  :  posé  au  kalife.  Or,  Roderic  de  Tolède  ayant 

praedecessorem  vinculo  aligans  judices  ab  eo  mis  Belgi  à  la  tête  des  rebelles  dès  le  com- 

praepositos  fortiter  damnât,   &c.  Isidore  dit  mencement  de  la  révolution,  nous  avons  eu 

ensuite  quelques  lignes  plus  bas,   parlant  lieu  de  croire  que,  de  son  temps,  il  y  avoit 

du  même  Aucupa  :  Qui  &  post  paulum,  PE-  des   copies    de   la   Chronique   d'Isidore    de 


RACTO  QUINQUENNIO  ,  Abdelmelic  prae- 
facto  régna  restaurons  infirmitate  correptus, 
mox  languor  ad  vitalîa  rediit,  &■  saeculo  mi- 
grât.,.. Abdelmelic  vero  consensu  omnium 
in  aéra  DCCLXXX,  anno  imperii  Leonis  XXII, 
Arabum  CXXIV,  Iscam  XX  eligitur  in  régna 
Arabum,  &c.  Si  l'on  ajoute  cinq  ans  à 
l'an  735,  il  en  résultera  qu'Aucupane  mou- 


Béja  moins  obscures  &  plus  intelligibles 
qu'elles  ne  le  sont  aujourd'hui,  &  qu'il 
aura  trouvé  ce  qu'il  avance  dans  cette  même 
chronique  :  mais  c'est  trop  s'arrêter  à  des 
minuties. 

III.  Nous  avons  rapporté,  sous  l'an  809, 
livre  tX,  n.  LXII,  le  récit  de  ce  qui  se  passa 
au  seul  siège   de  Tortose  entrepris   par  le 


rut  qu'en  742,   &   il  n'y  a  aucune  preuve      roi  Louis  le  Débonnaire,  &  nous  avons  fait 
qu'il  n'ait  pas  régné  au  delà  de  l'an  740.  Ce      voir  dans  la  Note  XC  que  tous  les   moder- 


n'est  donc  une  faute,   ni  contre  la  vérité, 
ni  contre  la  chronologie. 

II.  M.  d'Hermilli  prétend  que  nous 
avons  eu  tort  de  refuser"  à  Belgi  la  qualité 
de  neveu  &de  lieutenant  général  de  Culta, 


nés  qui  ont  multiplié  cette  expédition, 
trompés  par  une  transposition  évidente 
du  texte  de  l'Astronome  dans  la  vie  de 
ce  prince,  n'étoient  pas  fondés.  Ferreras, 
qui   est   de    ce    nombre,   a   rapporté   sous 


général  du  calife.  Il   ajoute  «  que  l'expli-      l'an  802  &  sous  l'an   809  la  même  expédi- 


«  cation  que  nous  donnons  au  texte  de 
«  la  Chronique  d'Isidore  de  Béja  ou  de 
«  Badajoz,  fait  que  nous  rapportons  une 
«  partie  des  actions  de  Belgi  d'une  autre 
«  manière  que  Ferreras,  quoique  le  détail 
«  où  est  entré  cet  écrivain  &  les  circons- 
«  tances  qu'il  rapporte  sous  les  années 
«  741  &  742  eussent  dû  nous  déterminer  à 
«   ne   s'en  point  écarter,   sans    en   donner 


tion  de  Louis  contre  la  ville  de  Tortose. 
M.  d'Hermilli',  après  avoir  d'abord  ren- 
voyé à  cette  Note,  sous  l'an  802,  dit  sous 
l'an  809  :  «  Il  paroît  que  les  nouveaux  his- 
«  toriens  du  Languedoc  ont  confondu  cette 
«  campagne  de  Louis  (en  809)  avec  celle 
«  que  ce  prince  fit  en  802,  suivant  Ferre- 
«  ras;  rapportant  les  événemens  de  l'une 
«  &  de  l'autre  sous  l'an  809.   «  Il  pouvoit 


«  du  moins  quelque  raison.  »  Nous  croyons  dire  plus  véritablement  que  c'est  Ferre- 
avoir  suffisamment  donné  les  raisons  qui  ras  qui  a  confondu  les  événemens  de  la  vie 
nous  ont  fait  écarter  de  Ferreras,  en  citant  de  Louis  le  Débonnaire,  &  qui  les  a  multi- 
dans  nos  notes  Roderic  de  Tolède  qui,  dans  plies  sans  nécessité  ,  ou  bien  M.  d'Hermilli 
scn  Histoire  des  Arabes  \  c[U2L\ifie  Belgi  gé-  devoit  faire  voir  que  nous  nous  sommes 
aérai  des  rebelles;  &  c'est  ce  qui  nous  a  trompés,  en  supposant  la  transposition  qui 
fait  écarter  du   récit   de    Ferreras,  parce      se  trouve  dans  l'Astronome. 

Il  ajoute  que  nous  n'avons  appuyé  d'au- 
cune autorité  ancienne  les  faits  que  nous 
avons  rapportés  sous  la  même  année  809, 


'  Chronicon  Isidorl  Pacensis,  p.  19  &  seq. 

*  Hist.   gcn.    de   Languedoc,   tome   I,  livre  VIII, 
n.  XLVii. 

*  Hiit.  gcn.  d'Espagne,  t.  2.  p.  547. 


Note 
loi 


'  H'ist.  gén.  d'Espagne,  t.  2,  p.  55 1. 


Note 

lOI 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


373 


savoir  que  dans  le  temps  que  le  roi  Louis  qui  a  engagé  un  anonyme,  partisan  du  Vi- 
le Débonnaire  entreprit  le  siège  de  Tor-  gan,  à  nous  adresser  une  dissertation,  dans 
tose,  «  un  autre  corps  de  troupes  fran-  laquelle  il  réfute  les  raisons  de  M.  de  Man- 
«  çoises  agissoit  contre  Amoroz,  gouver-  dajors,  &  se  fonde  principalement  sur  l'o- 
«  neur  sarrasin  de  Saragosse  &  d'Huesca,  piniou  commune.  Quant  au  défaut  de  con- 
«  qui  refusoit  l'obéissance  à  Louis  5  que  ce  venance  des  deux  noms,  il  prouve  fort  bien 
«  corps    étoit     commandé    par    le    comte  qu'elle  n'est    d'aucun   poids ,    à   cause    de 


Note 
102 


NOTB 

102 


«  Auréole,  qui  avoit  fait  bâtir  plusieurs 
«  châteaux  aux  environs  de  ces  deux 
«  places,  pour  en  resserrer  les  garnisons.  » 
M.  d'Hermilli  pouvoit  consulter  les  garans 
que  nous  avons  cités  en  note,  &  tous  nos 
anciens  annalistes",  entre  autres  les  Anna- 
les de  Loisel  &  de  Metz  où  on  lit  les  paroles 
suivantes  :  Aureolus  cornes,  qui  in  confinio 
Hispaniae  atque  Galliae,  trans  Pyrenaeum , 
contra  Oscam  &  Caesar-Augustam  residebat, 
defunctus  est;  &  Amoro^  praefectus  Caesar- 
Augustae  atque  Oscae  ministerium  ejus  invasit, 
&  in  castellis  illius  praesidia  dispos uit;  mit- 
tensque  ad  imperatorem  legationem,  se  cum 
suis  omnibus  ejus  obsequio  traditurum  pro- 
mittit.  On  voit  dans  la  suite  de  ces  histo- 
riens, qu'Amoroz  ne  tint  pas  sa  promesse 
&  qu'il  refusa  de  se  soumettre  à  Charle- 
magne. 


NOTE  Cil 


Éd.orig,  ^nj-  i^  situation  de  Vindomagus  6*  du 
V'^(i2.  Castrum  Latera. 


diverses  vicissitudes  arrivées  dans  les  chan- 
gemens  des  noms.  Il  appuie  son  sentiment 
sur  les  ruines  de  quelques  anciens  bâti- 
mens  trouvées  au  Vigan,  sur  ce  qu'on 
trouve  quelquefois  des  médailles  dans  l'an- 
cienne enceinte  de  cette  ville,  &  sur  ce 
qu'on  y  a  découvert,  en  creusant  des  aque- 
ducs &  autres  ouvrages  qui  marquent  son 
ancienneté. 

M.  Astruc,  dans  son  Essai  sur  Vhistoire 
naturelle  de  Languedoc  ',  a  employé  plu- 
sieurs pages  pour  chercher  la  situation 
du  même  lieu  de  Vindomagus.  Il  rejette 
toutes  les  opinions  précédentes  &  s'étend 
sur  les  raisons  qui  lui  font  croire  que 
Vindomagus  est  la  ville  de  Sauve,  dans  les 
Cévennes  &  le  diocèse  d'Alais.  On  peut 
croire  que  l'amour  de  la  patrie  a  beaucoup 
contribué  à  lui  faire  préférer  cette  posi- 
tion à  toutes  les  autres.  M.  de  Mandajors 
pourroit  lui  opposer  le  peu  d'analogie  du 
nom  ancien  avec  le  moderne  ;  &  en  suppo- 
sant l'exactitude  des  positions  marquées 
dans  Ptolémée,  on  ne  sauroit  trouver  un 
demi  degré  de  longitude  de  distance  de 
Sauve  à  Nimes.  D'ailleurs  Ptolémée  mar- 
que que  la  latitude  de  Nimes  &  celle  do 
Vindomagus  soiit  les  mêmes.  Or,  M.  Astruc 
convient  que  celle  de  Sauve  est  plus  sep- 
tentrionale que  celle  de  Nimes  de  quelques 
minutes.  Comme  celle  du  Vigan  est  encore 


I.  Ti /r  DE  Mandajors  *  parlant  de  la  situa- 
IVi  •  tion  de  Vindomagus,  ville  des  Vol- 
ces  Arécomiques,  fait  voir  qu'elle  ne  sauroit  plus  septentrionale,  ce  serait  une  objection 
convenir  à  Uzès,  en  supposant  l'exactitude  à  faire. à  ceux  qui  prétendent  que  cette 
des  positions  marquées  dans  Ptolémée,  dernière  ville  est  le  Vindomagus  de  Ptolé- 
puisque,  suivant  ce  géographe,  Vindomagus  mée  :  mais  il  faut  convenir  que  la  dis- 
étoit  plus  occidental  que  Nimes  d'un  demi  tance  du  Vigan  à  Nimes  est  beaucoup  plus 
degré.  Il  rejette  aussi  le  sentiment  de  ceux  grande  que  celle  de  Sauve  à  Nimes  &  que 
qui  croient  que  la  situation  de  Vindoma-  par  conséquent  la  position  du  Vigan,  par 


gus  convient  au  Vigan,  dans  les  Céven- 
nes, &  il  se  fonde  sur  ce  qu'il  n'y  a  au- 
cune   analogie   entre  les    deux  nomsj    ce 

'  Annales  Loisel.  &  Met.  —  Recueil  des  Historiens 
de  France^,  p.  355  &  suiv. 

•  Hist.eritiq.  de  la.  Gaule  Harbonn.  p.  S^l  Scsuiv. 


rapport  à  la  longitude,  cadre  beaucoup 
mieux.  Enfin,  si  la  distance  de  Sauve  à 
Nimes  paraissoit  suffisante,  nous  aimerions 
mieux  croire  que  l'ancien  Vindomagus  est  le 

'  Mémoire  pour  l'Hist.  naturelle  de  Languedoc , 
p.  6i  &  suiy. 


Note 

102 


374 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


raire,  en  ait  fait  mention 5  4°  que  Lates 
étant  situé  à  l'embouchure  de  la  rivière 
de  Lez,  Mêla  en  a  parlé  après  avoir  nommé 
cette  rivière.  Mais  ce  qui  doit  décider  en- 
tièrement la  question,  est  que  Pline'  fait 
mention  de  l'étang  de  Lates,  Stagnum  La- 
tera.  Or,  comme  il  y  avoit  alors  certaine- 
ment aux  environs  un  château  du  même 
nom,  c'est  de  ce  château  que  l'étang  aura 
pris  son  nom;  ainsi  il  devoit  être  situé  vers 
ses  bords,  au  lieu  que  la  citadelle  de  Mont- 
pellier en  est  éloignée  de  deux  lieues. 


village  de  Vendargues,  situé  à  deux  lieues 
de  Montpellier,  vers  le  levant  ,  &  à  peu 
près  sur  la  route  de  Montpellier  à  Nimes. 
On  trouve  dans  Vendargues  l'analogie  des 
deux  noms,  &  la  distance  de  Vendargues  à 
Nimes  est  la  même  que  celle  de  Sauve  à 
Nimes.  Tout  ce  qu'on  pourroit  objecter, 
c'est  que  la  situation  de  Vendargues  est  un 
peu  plus  méridionale  que  celle  de  Nimesj 
mais  elle  n'est  pas  plus  méridionale  que 
celle  de  Sauve  n'est  septentrionale  à  l'égard 
de  la  même  ville  de  Nimes.  Nous  ne  nous 
arrêterons  pas  davantage  sur  ces  discus- 
sions, qui,  comme  le  dit  fort  bien  M.  As- 
truc,  ne  sont  que  des  conjectures  :  c'est  au 
public  à  préférer  celles  qui  lui  paroîtront 
les  plus  vraisemblables. 

II.  M.  Astruc'  prétend  que  le  Castellum 
Latera  de  Pomponius  Mêla  ne  sauroit  être 
le  château  de  Lates.  Il  conjecture  que  ce 
château  devoit  être  situé  dans  l'endroit  où 
on  a  construit  la  citadelle  de  Montpellier. 
Ses  raisons  sont  :  i"  que  le  bourg  de  Lates 
est  trop  nouveau  pour  que  Pomponius 
Mêla  en  ait  pu  faire  mention-  2"  que  l'en- 
droit où  il  est  bâti  devoit  être  couvert  de 
son  temps  des  eaux  de  l'étang,  puisque  ce 
n'étoit  encore  qu'un  marais  en  1 121  ;  3"  que 
Pomponius  Mêla,  en  décrivant  le  Langue- 
doc, ne  parle  que  des  lieux  situés  sur  la 
route  de  Rome  en  Espagne,  &  que  le  village 
de  Lates  n'étoit  pas  situé  sur  cette  route  j 
4"  que,  suivant  la  méthode  suivie  par  ce 
géographe,  Castellum  Latera  dévoit  être  plus 
occidental  que  la  rivière  de  Lez.  On  pour- 
roit répondre  à  ces  raisons  :  1°  qu'il  ne  s'agit 
pas  dans  PomponiusMéla  du  bourg  moderne 
de  Lates,  mais  d'un  ancien  château  de  ce 
nom  qui  subsistoit  de  son  temps,  8t  d'où  le 
bourg  aura  pris  son  nom  dans  la  suite; 
1°  que  la  côte  de  Languedoc  ayant  éprouvé 
diverses  vicissitudes,  les  environs  du  châ- 
teau de   Lates  pouvoient   n'être   que   des 

rtiarais  au  douzième  siècle,  &:  avoir  été  bours,  on  y  a  ajouté  une  figure  où  l'on  les 
moins  marécageux  onze  siècles  auparavant'  verra  dans  le  même  ordre  que  présente  l'o- 
3*  qu'il  suffit  que  le  château  de  Lates  n'ait      riginal,  qui  est  pour  le  moins  aussi  net  & 


NOTE  cm 

Sous  le  règne  de  Théodebert,  la  ville 
d'Uzès  avoit  une  monnoie.  Nous  ne  sau- 
rions mieux  le  prouver  que  par  la  savante 
dissertation  qui  nous  a  été  communiquée, 
&  que  nous  insérons  ici.  Elle  est  de 
M.  Abausit,  originaire  d'Uzès,  &  établi  de- 
puis longtemps  à  Genève.  Nous  avojis  fait 
graver  l'empreinte  de  la  pièce  d'or  dont  il 
s'agit  parmi  les  monnoies  que  nous  don- 
nons dans  la  dernière  planche  à  la  suite 
des  sceaux  de  l'ancienne  noblesse  de  la 
province. 

Dissertation  sur  une  pièce  d'or  frappée 
à  U';^ès. 

AU  mois  de  mai  1718,  il  a  été  trouvé  sous 
un  vieux  ravelin,  à  Genève,  une  pièce 
d'or  frappée  à  Uzès  &  qui  est  revenue  de 
droit  à  la  bibliothèque  publique  de  Genève. 
On  joint  ici  l'empreinte  de  cette  monnoie  j 
&  comme  les  caractères,  à  cause  de  leur  peu 
de  relief  bien  qu'ils  soient  fort  distincts , 
n'ont  pas  également  bien  réussi  sur  l'em- 
preinte &  qu'elle  n'a  pu  les  tracer  qu'à  re- 


NOTE 

io3 

Ed.orig. 

t.V, 
p.  669. 


pas  été  éloigné  de  la  grande  route  de 
Rome  en  Espagne ,  pour  que  Pomponius 
Mélâ,  qu\  n'a  pas  prétendu  faire  un  itiné- 

*  Mémoire  pour  i'Hht.  nntùrelîe  it  Luii^utdoCi 
p.  34&suiY. 


aussi  lisible  que  la  copie. 

La  tête  du  roi  est  couverte  d'un  diadème, 
ou  espèce  de  petit  bonnet  avec  les  lam- 
beaux   ou   lambrequins    qui    pendent    au 

•  Pline,  1.  9,  c.  t. 


Éd.orig. 

tV, 
p.  070. 


Note 
io3 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


375 


derrière  de  la  tête.  Immédiatement  au- 
dessus  est  une  petite  croix,  &  au-dessous 
deux  figures  dont  l'une  ressemble  au  fer 
d'un  javelot,  &  l'autre  à  un  petit  bâton  ou 
sceptre  avec  une  espèce  de  ruban  qui  y  est 
attaché.  La  Légende  est  VCECIE  CIT.  à 
la  ville  d'Usés.  CIT.  est  une  abréviation 
pour  Civîtas ,  titre  qui  ,  sur  toutes  les 
monnoies  de  la  première  race  ,  est  toujours 
donné  aux  villes  épiscopales,  pour  les  dis- 
tinguer des  autres  lieux,  comme  M.  le  Blanc, 
qui  avoil  fort  étudié  toute  cette  matière,  le 
remarque  dans  un  bel  ouvrage  des  mon- 
noies de  France,  pag.  129,  édit,  de  Holl. 

Sur  le  revers  est  une  grande  croix  ap- 
puyée sur  un  piédestal,  avec  ces  mots  tout 
autour,  ALDERICVS  FECET.  Alderic  est 
le  nom  du  monétaire  qui  a  fait  frapper  la 
pièce.  Fecet  est  mis  pour  Fecît;  l'E  &  l'I 
qui  se  prononçoient  presque  de  même  étant 
souvent  mis  l'un  pour  l'autre,  comme 
CIVET  pour  Civitas  dans  une  monnoie  de 
ce  temps-là.  Il  nous  reste  quantités  de  piè- 
ces d'or  de  la  première  race,  où  le  moné- 
taire, ou  fermier  de  la  monnoie,  après 
avoir  mis  le  nom  de  la  ville  autour  de  la 
tête  du  roi,  faisoit  graver  le  sien  sur  le 
revers;  &  cet  usage  qui  immortalisoit  le 
monétaire  &  laissoit  le  prince  dans  l'obs- 
curité, si  peu  séant  à  la  majesté  royale 
qu'il  étoit  sans  exemple  partout  ailleurs, 
excepté  quelques  monnoies  d'Angleterre, 
déconcerte  aujourd'hui  les  savans,  presque 
toujours  embarrassés  à  nommer  l'auguste 
tête  qui  les  occupe. 

Tous  les  C  sont  ici  carrés,  comme  dans 
plusieurs  monnoies  de  ce  temps-là;  CLO- 
DOVE.  CLOTHARIVS.  CHARIBERTVS. 
&c.  La  petite  croix  ne  coupe  le  mot 
VEECtIE,  qu'afin  de  pouvoir  se  trouver 
immédiatement  sur  la  tête  du  prince,  de 
même  que  MASflLIE,  ROTOfMO  ,  &c., 
dans  de  pareilles  monnoies  de  la  première 
race,  frappées  à  Marseille,  à  Rouen,  &c., 
sur  lesquelles  la  croix  répond  au  dessus  de  la 
tête,  8c  qui  sont  rapportées  avec  plusieurs 
autres  de  même  nature  par  M.  le  Blanc. 

Les  noms  des  lieux  y  sont  d'ordinaire  si 
mal  orthographiés  &  tellement  défigurés 
par  l'ignorance  du  monétaire,  qu'on  a  de  la 
peine  à  ne  pas  les  confondre,  &  souvent  les 
plus  habiles  critiques  ne  savent  où  ils  en 


sont.  Il  n'y  a  pas  ici  le  moindre  doute  sur 
Uzès;  car  outre  qu'on  ne  connoît  point  de 
ville  dans  les  Gaules,  dont  le  nom  ait  quel- 
que rapport  &  puisse  être  confondu  avec  le 
sien,  il  y  est  écrit  Ucecîa,  comme  il  le  doit 
être,  &  comme  il  l'est,  en  effet,  dans  l'an- 
cienne Notice  des  Gaules,  publiée  par  le 
P.  Sirmond  à  la  tête  des  Conciles.  Le  pape 
Hilarus,  dans  une  lettre  écrite  l'an  462,  où 
il  ôte  à  l'évéque  de  Narbonne  la  présidence 
dans  les  conciles  provinciaux,  pour  la  don- 
ner à  Constantius,  évêque  d'Uzès,  orthogra- 
phie Uceticy  de  même  que  divers  évéques 
de  cette  ville  l'écrivirent  dans  leur  sous- 
cription aux  conciles.  Mais  la  différence 
est  très-légère,  c'est  au  fond  la  même  pro- 
nonciation; &  d'ailleurs,  outre  l'ancienne 
notice  ci-dessus  citée,  il  y  en  a  deux  autres 
encore  publiées  par  Duchêne  ,  qui  tien- 
nent pour  Ucecia,  aussi  bien  que  Grégoire 
de  Tours,  le  plus  ancien  de  nos  historiens, 
liv.  6,  chap.  7,  dans  lequel  il  fait  l'éloge 
de  Ferréol,  évêque  d'Uzès,  son  contempo- 
rain, &  mort  vers  l'année  58i. 

Voilà  ce  qui  regarde  l'extérieur  de  la 
pièce.  Reste  à  savoir  si  elle  est  d'un  roi 
des  François,  plutôt  que  d'un  roi  des  Vi- 
sigoths,  ou  d'un  roi  des  Bourguignons- 
Vandales,  puisque  ces  trois  puissances  ont 
assez  longtemps  partagé  l'empire  des  Gau- 
les, &  que  la  seconde  même  tenoit  encore 
le  Languedoc  &  le  Roussillon  vers  le  com- 
mencement du  huitième  siècle,  lorsqu'elle 
fut  détruite  par  l'arrivée  des  Sarrasins. 

On  exclut  d'abord  les  Bourguignons,  dont 
le  règne  finit  en  534.  L'étendue  de  leurs 
États  est  exactement  connue  :  on  sait  par 
les  souscriptions  des  conciles,  &  surtout 
de  celui  d'Epone,  le  nombre  de  leurs  villes 
épiscopales,  nom  par  nom,  &  il  est  bien 
certain  qu'ils  n'ont  jamais  été  les  maîtres 
d'Uzès. 

La  pièce  ne  sauroit  être  non  plus  d'un 
roi  des  Goths  ou  Visigoths,  quoiqu'ils  aient 
possédé  le  Languedoc  pendant  deux  cent 
cinquante  ans.  On  voit  dans  toutes  les  mon- 
noies qui  nous  restent  d'eux,  qu'ils  igno- 
roient  cet  usage  bizarre  &  tout^  fait  sin- 
gulier, de  substituer  le  nom  du  monétaire 
à  la  place  de  celui  du  roi;  &  parcourant 
celles  qui  sont  dans  le  cabinet  de  Sa  Ma- 
jesté,  &  le  type  de  celles  que  rapporte 


Note 
io3 


Note 
io3 


376 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Aiitoiiius  Augustiuus  dans  ses  dialogues  des 
médailles,  on  y  voit  constamment  le  nom 
du  roi  visigoth  &  jamais  celui  du  moné- 
taire. 

Il  faut  donc  que  cette  tête  sans  nom  ap- 
partienne à  un  roi  de  France  :  mais  ce  roi 
6toit-il  de  la  première  race,  ou  de  la  se- 
conde, ou  bien  de  la  troisième?  Rien  n'est 
plus  aisé  que  de  vider  la  question.  Sous  la 
seconde  race,  depuis  Pépin,  on  introduisit 
une   nouvelle    police  j   les    monétaires    ne 


glées  par  le  fameux  traité  de  l'an  536  qui 
assura  aux  François  la  possession  d'un 
grand  nombre  de  villes,  entre  autres  d'U- 
zès.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  qu'on  voit 
S.  Firmin  assister,  parmi  les  évéques  fran- 
çois,  dans  deux  conciles  tenus  à  Orléans 
en  541  &  559,  &  dans  le  deuxième  concile 
de  Paris  en  55i,  assemblés  sous  les  trois 
princes  françois  qui  régnoient  alors  en 
même  temps.  Cela  nous  explique  un  fait 
rapporté    dans    la   vie    de   S.    Firmin    que 


Note 
io3 


lirent  plus  leurs  noms  sur  les  espèces,  &      S.  Ferréol,son  successeur,  fut  ordonné  par 


au  lieu  de  la  tète  du  roi  que  l'on  voit  ici, 
on  ne  mettoit  presque  toujours  que  le 
monogramme  de  son  nom.  D'ailleurs,  la 
pièce  dont  il  s'agit,  comme  son  poids  le 
marque,  est  un  tiers  de  sol  d'or,  lequel 
pesoit  vingt-huit  grains  &  demi  de  notre 
poids  de  marc ,  le  sol  pesant  quatre-vingt- 
cinq  grains  &  un  tiers.  On  ne  trouve  plus 
do  ces  tiers  de  sol  d'or  sous  la  seconde 
race,  ni  sous  la  troisième.  C'étoitune  mon- 
noie  originairement  romaine  dès  le  temps 
de  Constantin,  imitée  par  les  François, 
depuis  leur  entrée  dans  les  Gaules,  &  de 
même  poids  chez  les  uns  &  chez  les  au- 
tres. Elle  étoit  fort  en  vogue  sous  la  pre- 
mière racej  &  M.  le  Blanc  (pag.  78)  rap- 
porte quatre-vingt-douze  de  ces  pièces  d'or, 
avec  ce  caractère  particulier,  conforme  à 
la  nôtre,  qu'on  n'y  voit  pas  le  nom  du  roi, 
mais  seulement  celui  de  la  ville  &  du  mo- 
nétaire. 

Pour  aller  pied  à  pied,  &  pour  débuter 
par  ce  qu'il  y  a  de  plus  sûr,  il  faut  commen- 
cer par  exclure  ceux  des  rois  de  la  première 
race  qui  ne  sauroient  réclamer  la  pièce 
dont  il  est  question;  car  elle  n'a  pu  être 
frappée  à  Uzès  qu'entre  l'an  536  &  l'an  674 
ou  environ,  ce  qui  est  à  peu  près  tout  le 
temps  que  ces  rois  ont  tenu  Uzès,  pendant 
que  tout  le  reste  de   la  province,  excepté 


le  métropolitain  d'Arles  &  non  par  celui 
de  Narbonne;  c'est  que, par  le  traité  de  536, 
Arles  avec  la  Provence  avoit  été  cédée  aux 
François  pendant  que  Narbonne  &  pres- 
que tout  le  Languedoc  étoient  restés  aux 
Visigoths;  &  la  défiance  des  princes  ne 
souffroit  point  alors  que  les  évéques 
de  leur  domination  eussent  des  liaisons 
avec  les  évéques  étrangers.  Uzès  fut  tou- 
jours sans  interruption  sous  les  rois  fran- 
çois, à  ce  qu'il  paroît  par  Grégoire  de 
Tours,  Hv.  6,  ch.  7 ,  par  un  fragment  des 
Gestes  de  Dagobert  /,  mais  surtout  par  un 
vieux  catalogue  des  suffragans  de  Nar- 
bonne où  Uzès  n'est  pas  nommé.  Enfin, 
on  voit  tout  d'un  coup  Potentin,  évêque 
d'Uzès,  souscrire  avec  celui  de  Narbonne 
&  ses  suffragans  dans  le  treizième  concile 
de  Tolède,  tenu  sous  Ervige,  roi  des  Visi- 
goths  en  682.  Apparemment  que  ce  chan- 
gement s'étoit  fait  dès  l'an  673  ,  lorsque 
Vamba,  son  prédécesseur,  vint  à  main  armée 
dans  le  Languedoc,  où  profitant  de  la  foi- 
blesse  de  ces  princes  qui  vivoient  dans  une 
molle  oisiveté,  il  trouvoit  une  occasion  favo- 
rable de  s'emparer  d'Uzès,  qui  revint  ainsi 
à  ses  premiers  maîtres,  sous  lesquels  elle 
demeura  depuis,  jusqu'à  ce  que  les  Visi- 
goths  ayant  été  chassés  par  les  Sarrasins, 
&  enfin  ceux-ci  par  les  François,  la  pro- 


Toulouse, étoit  soumis  aux  Visigoths  qui  vince  reconnut   Pépin,  premier  roi   de  la 

régnoient  en  Espagne.  En  voici  la  preuve  :  seconde  race,  l'année  755. 

Probatius,   évêque  d'Uzès,  paroît  l'an  5o6  Or,  dans    tout  cet  intervalle    de  temps, 

dans  le  concile  d'Agde  avec  les  autres  pré-  savoir  depuis  l'an  de  J.-C.  536  jusqu'en  673, 

lats  de  la  province,  sujets  d'Alaric,  roi  des  il  n'y  a  aucun  prince  françois  à  qui  la  pièce 

Visigoths;  mais  cette  ville  changea  bientôt  d'or  puisse  mieux  convenir  qu'à  Théode- 

de  maître,  par  les  guerres  qu'eurent  ceux-ci  bert  I,  petit-fils   du  grand    Clovis,   &   qui 

Éd.orig.   avec  les  François  tantôt  vainqueurs  &  tan-  outre    l'Austrasie    possédoit     encore    une 

p.Vi.    tôt  vaincus.  Les  bornes  des  deux  États  jus-  grande  lisière  de  pays,  voisine  de  l'Etat  des 

que-là  fort  incertaines,  furent   enfin  ré-  Visigoths  &  dans  laquelle  se  trouvoit  Uzès. 


NOTB 

io3 


NOTES  SUR  I/HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


377 


Note 
104 


La  raison  que  i'oii  er..  a,  ou  plutôt  la  con- 
jecture, est  tirée  des  deux  marques  qui  sont 
au-dessous  de  la  rête,  savoir,  le  sceptre  & 
le  fer  de  javelot.  Ce  prince  qui  étoit  natu- 
re'lerr.ent  fier,  d'un  grand  courage,  &  tou- 
jours à  la  tête  de  ses  troupes^  affectoit  dans 
ses  nionnoies  d'y  porter  toutes  les  marques 
de  sa  dignité;  &  à  ce  caractère  qui  lui  est 
particulier,  on  distingue  d'abord  ses  mé- 
dailles d'avec  celles  des  autres  princes  Fran- 
çois, dans  lesquelles  on  voit  une  parfaite 
&  uniforme  simplicité.  Il  nous  reste  de  lui 
deux  sols  d'or  où  il  est  représenté  avec  un 
javelot  dont  le  fer  paroît  derrière  la  tète.  Il 
commença  de  régner  en  534,  &  il  mourut 
vers  l'an  548,  âgé  d'environ  quarante-sept 
ans. 


NOTE  CIV 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Sur  les  populations  primitives  de  la 
Gaule, 

Voici  en  quels  termes  le  dernier  historien  de  la 
Gaule  narbonnaise,  M.  Ernst  Herzog,  a  résumé 
dans  le  prooemium  de  son  livre  (écrit  en  latin, 
comme  on  le  sait),  l'histoire  des  populations  pri- 
mitires  qui  ont  habité  le  sud  &  le  sud-ouest  de  la 
Gaule,  antérieurement  à  la  conquête  romaine.  A 
part  quelques  peints  de  détail  hasardés  ou  discu- 
tables, sur  lesquels  nous  nous  sommes  déjà  expli- 
qués, nos  lecteurs  seront  frappés  comme  nous  de 
la  solidité  de  cette  exposition,  où  les  témoignages 
anciens  sont  appréciés  &  mis  en  œuvre  avec  une 
sûreté  de  critique  qui  laisse  rarement  place  à  de 
sérieuses  objections,  même  au  point  de  vue  de  la 
chronologie,  si  délicate  en  pareille  matière. 

TOUS  les  écrivains  anciens,  qui  ont  tou- 
ché de  près  ou  de  loin  à  l'histoire 
des  premiers  temps  de  la  Gaule,  sont  una- 
nimes à  reconnaître  que  la  côte  maritime 
comprise  entre  les  Alpes  &  les  Pyrénées 
était  habitée,   avant   l'arrivée  des    Celtes, 


tosthène  &  par  Strabon',  plaçait  aux  ex- 
trémités de  la  terre  habitée  un  peuple  des 
Ligyes,  entre  les  Scythes  d'une  part  &  les 
iEthiopes  (les  Africains)  de  l'autre,  à  l'in- 
verse des  géographes  de  date  plus  récente 
qui  remplacent  dans  cette  énumération  le 
nom  des  l^igyes  par  celui  des  Cel  ;es  *. 
Hécatée,  de  Milet,  qui  écrivait,  comme  on 
le  sait,  au  sixième  &  au  cinquième  siècle 
avant  notre  ère  ,  bien  longtemps  après 
Hésiode,  par  conséquent',  était  tout  aussi 
explicite  que  lui  à  cet  égard,  puisqu'il 
signale  formellement  comme  une  popula- 
tion de  race  ligyenne  le  peuple  des  Êlésy- 
kes,  qui  habitait,  disent  tous  les  anciens, 
au  voisinage  de  Narbonne,  dans  le  sud- 
ouest  du  pays  qui  s'est  depuis  appelé  la 
Gaule. 

Quelques-uns  prétendent,  il  est  vrai,  que 
ce  pays  n'était  pas  possédé  exclusivement 
par  les  Ligures  &  qu'ils  y  étaient  mêlés 
de  très-bonne  heure  à  des  Ibères  venus, 
suivant  toute  apparence,  de  la  péninsule 
espagnole.  Ils  s'appuient,  à  ce  sujet,  sur 
un  texte  souvent  cité  de  Thucydide  qui, 
en  parlant  de  la  Sicile  &  des  Sicanes,  les 
habitants  primitifs  de  l'île,  les  signale  eux- 
mêmes  comme  un  peuple  ibérien  d'origine. 
Il  nous  les  montre,  en  effet,  établis,  avant 
leur  émigration,  sur  les  bords  d'un  fleuve 
Sicanus,  d'où  ils  auraient  été  refoulés  par 
les  Ligures  ^  ce  qui  semblait  indiquer  que 
ce  fleuve  Sicanus  était  lui-même  situé  dans 
la  Gaule,  où  quelques-uns  le  confondaient 
avec  la  Sequana  des  époques  plus  récen- 
tes \  Il  restait  à  savoir,  il  est  vrai,  ce  qu'é- 

'  Strabon,  vu,  p.  3oo,  Cas.  'Ha-looo;  [J^apTjp  h 
toî'ç  ut:'  'Epa-coaOÉvo'j;  r.a.aoi'zt^MV)  ïr.tmv. 

AiOfo-âî  T£  Aiyûç  T£  loi  ^LxûOai;  trnrjjjLoXyouç. 

La  leçon  Aiyûç  t£  a  été  rétablie  par  Cramer 
d'après  les  manuscrits,  dont  la  plupart  donnent 
Xiyu!JT\  5e. 

'  Comme  Scymnus  de  Chio,  par  exemple  :  Orb. 
description  YV.  170  &  suiv. 

'  Voir  ce  passage  chez  Etienne  de  Byzance  : 
'ILXIauxot,  l'Ovo?  Atfjwv.  'E/.STxroç  Eùoo)-r, .  (Klausen, 
Hecat.  Fragment.  20.) 

^  Thucydide,  vi ,  2  :  S'.xavof  —  o)?  tj  àXr^OEsa  £u- 
pÎT/ETOti,  "ISripe?  ovT£;  xai  àiCn  -ou  ilty.avo'j  t.o-wx/j  xoiî 


NoTB 
104 


par  un  peuple  que   les    Grecs   désignaient 

sous  le  nom  générique  de  Ai>£ç,  les  Latins  i^  'ig^^j-J^  {,-b  Ai-rû.ov'  ivaaTàvTE? 

sous  celui    de    Ligures.   C'est   ainsi    que   le  '  Carl    Mueller,    Geogr.     Graeci    minor.    p 

poëte  Hésiode,  dans  un  vers  cité  par  Éra-  {Not.  ai  ScyUeis  periplam,  ?  3.) 


«7- 


Note 
104 


Î78 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


taieut  réellement  ces  Ibères  des  bords  du  le  poëte  Silius  Italiens',  comme  l'historien 

Sicanus  &  si  le  fleuve   inconnu   dont   ils  Dion  Cassius  '  (sans  parler  de  Zonaras^  & 

avaient  pris  le  nom  appartenait  plutôt  à  des  Byzantins  qui  les  copient),  désignent 

la  Gaule  qu'à  l'Espagne,  ce  qui  n'allait  à  eux,  sous  le  nom  de  Bébrykes,  le  peuple 

rien  moins  qu'à  enlever  au  témoignage  de  historique   ou   fabuleux   qui    habitait,   au 

l'historien  grec,  quelque  grave  &  bien  in-  voisinage  de  Narbonne,  le  pays  compris 

formé  qu'on  le  suppose,  une  partie  de  son  entre  les  lagunes  &  les  Pyrénées,  particu- 

importance.  En  voyant  cependant,  à  une  larité    qui   ne   serait  pas  elle-même   sans 

époque  plus  récente,  Strabon'  affirmer  à  importance,  si  l'onadmet,  comme  l'assurent 

son  tour,  comme  Avienus  le  répète  après  Avienus''  &  Etienne  de  Byzance%  que  ces 

lui',  que  les  écrivainsanciensdonnaientle  Bébrykes  étaient  originaires  de  la  pénin- 

nom  d'Ibérie  à  la  partie  de  la  Gaule  située  suie  espagnole.  Il  ressortirait,  en  effet,  de 

à  la  droite  du  Rhône,  &  en   rapprochant  cette  indication,  qu'ils  représentaient  chez 

leurs   témoignages  de  ceux    d'Hésiode  &  nous  la  race  ibérienne  dont  ils  formaient  la 


d'Hécatée,  on  est  bien  tenté  d'en  conclure, 
avec  la  plupart  des  historiens  modernes, 
que  les  Ibères,  habitants  primitifs  de  l'Es- 


pagne, se   seraient  établis   de  vive  force 


principale  ou  l'une  des  principales  tribus, 
emportée  au  delà  des  Pyrénées  par  quel- 
que émigration  oubliée  &  établie  de  vive 
force  au  milieu  des  Ligures. 
dans  ce  pays  où  leur  souvenir  s'était  con-  On  s'est  demandé  plus  d'une  fois  si  ces 

serve  &  que,  refoulant  ou  pénétrant  les  Ligures,  qui  couvraient  ainsi,  aux  temps 
tribus  liguriennes,  ils  auraient  de  proche  primitifs,  toute  la  côte  méridionale  de  la 
en  proche  étendu  leur  domination  jus-  Gaule,  n'y  étaient  point  divisés,  suivant 
qu'au  bord  du  Rhône,  en  laissant,  il  est  l'usage  à  peu  près  constant  des  barbares, 
vrai,  aux  Ligures  une  partie  du  pays  qu'ils      en  tribus  distinctes,  &  si  quelqu'une  de  ces 


habitaient  avant  eux.  C'est  delà  même  ma- 
nière que  l'on  s'explique  comment  Scylax 
de  Caryande,  dans  un  périple  rédigé,  à  ce 
que  l'on  croit,  sous  le  règne  de  Philippe  II 


tribus  n'aurait  point  pris  de  l'ascendant 
sur  celles  qui  l'entouraient,  comme  l'avait 
fait  à  une  époque  plus  récente  le  peuple 
des  Bébrykes,  dont  le  souvenir  a  survécu 


de  Macédoine',  pouvait  affirmer  à  son  tour      ainsi  à  celui  des   Ibères.   Les  noms  d'Ar- 
qué le  pays  situé  entre  les  Pyrénées  &  le      baxanes,   d'Eubies,    d'Ipsicures,    qui   sont 


Rhône,  était  encore  habité  de  son  temps 
par  des  Ibères  mêlés  aux  Ligures,  tout  en 
désignant  ce  littoral  sous  le  nom  géné- 
rique de  Côte  des  Ligyes,  accrédité,  à  ce 
qu'il  paraît,  par  les  anciens  navigateurs 
grecs  *.  Des  écrivains  d'une  époque  plus 
récente,  comme  Scymnus  de  Chio  %  comme 


'Strabon,  m,  p.   166,  Cas.  :   Ikû  xa\  'I6r)p(av 

unb   \xh   TÔiv   npox^pwv   y.aXefaOai   r.à'Sa.^   Tr)v   l'Çw   Toy 

PoSavou  y.a\  tou  ?a6(xoû  toî  utco  tCjv  F'aXaTf/.wv  •/.6X7rwv 

çtpiYYOjiivou,  ot  û£  vSv  8piov  a-j-cî)?  xtOev-cai  xrjv  riup-rj- 

vrjv  X.  T.  X. 

*  Aviertus  :  Ota  maritlma,  vy.  608  &  suiv.  : 
Huius  [Rhodani)  alyeo  liera  tellus  atque  Ligyes  as- 
peri  intersccantur. 

'  Cari  Mueller  :  Geogr,  Graeci  mlnor.  prolegg, 
p.  xxxin  sqq. 

^  Scylacis  Car.  Peripl.  ?  3  :  àr.o  Bk  'I6r^pwv  è')f0VTat 
AïyuE;  y.oà  "16r)p£ç  |JitY*^^?  l-'-^/.P'  ~OTa[j.oij  'l'oûavou.  — 
<t  rFapcxTrXou;  Aiy^wv  ành  'Ep.7:op(ou  p-é/pi  'PoûavoO  nota- 
|j.ou  »  8uo  r)[X£pCiv  xai  [xiàç  vuxiéç. 

^  Scymnus  de  Chio,  vv.  199-202  :   sTt'  "ISrjps;  o^- 


parvenus  jusqu'à  nous  &  que  Théopompe, 


e;:fcixa  TrapaOaXdJtTioi  Y.i-:io  Afyucç  ^yovxat  xa\  7î6Xeiç 
'EXXrjvfôïç. 

'  Silius  Italicus  :  Punie,  m,  vv.  442  sqq. 

'  Tzetz  ad  Lycophr.  Cass.  5i6  :  Aftov  Se  Kox/.stat- 
vbç  Toù;  NapSwvrjafou;  BiSpuxa?  Xlyêt,  ypitcpwv  outwç  •  ttôv 
râXsti  \xh  B£5pûx(jDV,  vuv  oï  Nap6ovr,at'wv  laxl  tb  Ilopr]- 
vatov  Spoç.  Ce  que  dit  plus  loin  le  même  com- 
mentateur {ad  vers,  i3o5j,  au  sujet  des  Bébrykes, 
qu'il  appelle  cette  fois  un  peuple  gaulois  à'Ovo; 
raXaxwv,  qui  habitait,  dit-il,  entre  les  Pyrénées, 
les  Cévennes  &  l'Ibérie,  doit  s'entendre  plutôt  de 
la  position  de  leur  pays,  situé  chez  les  Galli,  que 
de  leur  nationalité  proprement  dite. 

'  Zona  ras,  8,21  :  xo  6'po5  touto  (xb  nuprjvatov)  h. 
T7)?  OaXa'JarjÇ  x^?  ::âXai  \}h  BsSpw.o)';,  uaxspov  Vz  Napêw- 
"iTpiuT)  (5pSa;j.svov  I?  xï)V  ^Çw  xr]v  [j.cyâXr]v  oiaxsIvE'.. 

^  Avienus,  Ora  maritime,  vv.  472-486. 

*  Etienne  de  Byzance  :  Bs6p'jzwv  I'Ovt)  Sûo,  xb  [aÈv 
Tcpbî  xw  n6yxt<),  h  xî)  'Aafa,  xb  oï  Txapà  tofs  "IS/ipaiv,  h 
T^  Eùpci)7:r). 


Note 
104 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEPOC. 


379 


d'après  Etienne  de  Byzance  ' ,  attribue  à 
certaines  tribus  liguriennes,  ne  répon- 
draient que  bien  imparfaitement  à  cette 
question,  puisque  l'historien  s'est  stricte- 
ment borné  à  nous  les  conserver,  sans  nous 


puisque  l'écrivain  les  distingue,  à  la  Ligu- 
rie  italienne. 

A  partir  d'Hérodote,  le  nom  des  Élésy- 
kes  disparaît  de  l'histoire  comme  nation 
distincte.  On   en   est    réduit   à    supposer 


apprendre   même   s'ils   appartenaient  aux  qu'elle  aura  été  déiruite  ou  refoulée  par 

Ligures  du  littoral  gaulois  ou   à  ceux  de  les  Celtes,  comme  la  partie  des  Bébrykes 

la  côte   italienne.    Hécatée,   qui  attribue  que  Dion    nous   montrait   tout  à  l'heure 

formellement  aux  Ligures  gaulois  le  peu-  assise  sur  le  versant  septentrional  des  Py- 

ple  des  Elésykes,  se  trouve  lui-même  en  rénées,  ou  qu'elle  aura  disparu  en  se  fon- 

contradiction  avec  le  poète  Avienus,  qui  dant   soit   avec    les    Galls,    soit   avec    les 

leur  donne  pour  capitale  la  ville  de  Nar-  Ibères  pyrénéens.  Aussi,  dès  le  temps  de 

bonne  %  fondée  ou  occupée  dès  cette  épo-  Polybe,  ne  trouve-t-on  plus  trace  de  mer- 

que  par  les  Celtes,  comme  nous  l'apprend  cenaires  elésykes  dans  les  armées  des  Car- 

Hécatée  lui-même.  On  concilierait,  il  est  thaginois  en  Sicile  où  ils  ont  fait  place  à 

vrai,  les  deux  opinions  en  admettant  que  des  Ibères,  à  des  Ligures  (Italiens)  &  à  des 

dès  le  temps  d'Hécatée  les  Celtes  étaient  Celtes',  ce  qui  semblerait  indiquer  que  les 

déjà  les  maîtres  de  la  ville  de  Narbonne  Celtes  avaient  déjà  remplacé  les  Elésykes, 

proprement  dite,  tandis  que  les  Elésykes,  c'est-à-dire  les  Ligures,  sur  les  côtes  de  la 

c'est-à-dire  les  débris  des  Ligures  vaincus  Gaule  comprise  entre  le  Rhône  &  les  Py- 

par  les  Celtes,  se  maintenaient  dans  l'in-  rénées.  Quant  au  caractère  &  aux  mœurs 

térieur  ou  sur  la  côte  maritime  voisine  de  de  ces  Ligures  primitifs,  il  est  presque  inu- 

la  ville.  Reste  à  savoir  pourtant  si  le  té-  tile  d'ajouter  qu'aucun  monument  écrit  ou 

moignage  d'Avienus,  quoiqu'il  puise  d'or-  figuré'  ne  nous  fournit  à  cet  égard  aucune 

dinaire    à    des    sources    respectables   (on  indication  digne  d'être  recueillie.  Tout  ce 

sait  que  son  poëme   a  été   écrit   au  qua-  que  l'on  peut  dire,  en  étendant  aux  Li- 

trième  siècle  de  notre  ère),  est  de  nature  gures  gaulois  le  peu  que  nous  apprennent 

à  balancer  celui  d'Hécatée,  qu'il  se  borne  les  anciens  sur  ceux  de  la  Ligurie  propre- 

peut-étre  à  reproduire,  en  altérant,  d'après  ment  dite,  c'est  qu'ils  étaient  guerriers, 


quelque  manuscrit  incorrect  ,  le  nom 
d'Élésyke,  qui  se  serait  trouvé  transformé 
ainsi  en  celui  de  Bébryke.  Ce  que  l'on 
peut  affirmer,  au  moins,  c'est  qu'ils  exis- 
taient encore  au  temps  d'Hérodote,  qui 
nous  les  montre  en  480,  figurant  en  Sicile 
à  titre  de  mercenaires  dans  l'armée  du  ty- 
ran Terillus  d'Himera  avec  des  Ibères  & 
des  Ligures  appartenant,  probablement', 

'  Etienne  de  Byzance  :  'Ap6aÇavo\,  e'Ovoç  AiyuaTt- 
Jt(5v.  TtapfrXsov  8à  ir)v  ytipav  triv  7:pt/)Tr)v  l'prjjjLov,  î^v 
IvéfjLovTO  'li]»(xoupot  Y.oà  'Ap6aÇavo(.  —  Id,  :  'I({/{xoupoi, 
ÏOvoç  AiY'j<JTiy.ov  6z6no^r.oi  -:£'3aapa-/.oaT(~)  xpltoi  ■  îjv  hi- 
(Aovco  'It{({-/.oypoi  xa\  'Ap6a$avo\  y.txX  Eù'6iot ,  A^yu^î  xb 
Y^voç.  —  Id.  :  Eu6'.oi,  l'Ovoç  \t.^Ma-ziy.6^ .  £tpr,Tai  Iv  tCj 
T:£p\  Twv 'ApSaÇavwv. 

'  Avienus,  Ora  marltlma,  p.  684  &  suiv.  Gens 
Elesycum  prias  îoea  kaec  tenebat^  atque  Nario  civi- 
tas   erat  ferocis   maximum   regni   caput.   (Voir,  au 

sujet  des  sources  où  puise  Avienus,   Uckert,  Geogr,       p.  229,  n.  24)  parle  bien  d'entassements  de  pierres, 
der  Griech  und  Roem.  ii.  4,  p.  473  &  suiv.  découverts  aux  environs  d'Aix,  &  que  l'on  croit,  à 

'  Hérodote,  vu,   i65.  Voir,  à  ce  sujet,  Forbiger,       cause   de  leur  forme,  l'ouvrage  des  Ligures;  mai* 
Handbuch  der  alten  Geogr.  i,  71,  N.  14,  ces  attributions  ne  sont  rien  moins  que  certaines. 


rusés  &  tellement  barbares,  que  leur  pays 
n'était  pas  sûr  même  pour  les  marchands 
étrangers  que  le  commerce  y  attirait. 

Plus  loin,  l'historien  fait  ressortir  ce  qu'il  y 
a  d'aventureux  ou  de  matériellement  faux  dans 
les  traditions  répétées  bien  des  fois,  qui  attri- 
buaient aux  Phéniciens  l'ouverture  de  la  grand» 
route  littorale  qui  s'est  appelée  depuis  la  Foie  Do- 
mitia,  la  découverte  &.  l'exploitation  des  plus  an- 
ciennes mines  de  nos  montagnes  dans  les  Pyrénées, 
les  Cévennes  ou  les  Alpes,  &  la  fondation  de  pré- 
tendues colonies  sur  les  côtes  &  dans  l'intérieur 
du  pays.  Il  rappelle  à  ce  sujet  les  travaux  tout 


'  Polybe,  I,  17  :  Ot  8è  Kapyr)86vtot  (anno  A.  C. 
263)  —  ÇsvoXoYTÎuavcEî  roXXoùç  (xèv  AiyuaTfvou;  xa\ 
KeXtoÛç,  lit  oï  nkzio'Ji  toûxtov  "IG/jpaç,  S;;avTa4  sî;  trjv 
SixeX£av  ànéaxEiXav. 

'  Uckert    (Geogr.  der  Griech   und  Roem.  il,   a, 


Note 
104 


38o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


récents  du  docteur  Morers,  l'homme  le  plus  com- 
pétent aujourd'hui  en  fait  de  langue  &  d'archéo- 
logie phéniciennes,  qui  ne  trouvait  sur  les  côtes 
méridionales  de  la  Gaule  qu'une  seule  ville,  celle 
de  Roskmo,  dont  le  nom  paraisse  phénicien  d'ori- 
gine ',  puis  il  ajoute  : 

C'est  à  ce  premier  âge  auquel  le  nom 
des  Ligures  &  celui  des  Ibères  sont  restés 
attachés,  qu'a  succédé  ce  qu'on  pourrait 
appeler  l'âge  ou  l'époque  celtique  où  nous 
allons  voir  figurer  d'un  côté  les  Celtes  ou 
Galls,  comme  les  appelaient  les  Romains, 
de  l'autre  les  Hellènes  ou  les  Grecs,  re- 
présentés par  les  Phocéens  de  Massilia. 
Le  poëte  Avienus,  qui  fait  allusion  à  ce 
grand  événement,  dans  le  passage  souvent 
cité  où  il  nous  montre  les  Ligures  de  la 
Gaule  centrale  refoulés  «  par  la  main  des 
Celtes  M  sur  les  côtes  de  la  Méditerranée', 
ne  nous  apprend  point  malheuresement 
à  quelle  époque  ou  dans  quel  siècle  se 
placerait  cette  révolution  oubliée.  Mais 
on  peut  l'induire,  approximativement  au 
moins,  en  la  rapprochant  des  plus  an- 
ciennes invasions  celtiques  dans  la  pénin- 


que  ou  quelque  temps  auparavant  que  se 
placeraient  les  invasions  des  Celtes  dans  la 
Gaule  méridionale,  où  leur  présence  nous 
est  attestée  par  des  inductions  d'un  autre 
genre,  parmi  lesquelles  nous  signalerons 
la  légende,  chronologiquement  fausse,  qui 
mettait  le  héros  celtique  Bellovèse  en  re- 
lations directes  avec  le  fondateur  de  la 
colonie  de  M.assaUa\  &  les  textes,  histo- 
riques cette  fois,  qui  nous  montraient  tout 
à  l'heure  les  débris  &  les  souvenirs  des  Li- 
gures disparaissant  par  degré  des  côtes  de 
la  Gaule  où  le  nom  des  Celtes  allait  domi- 
ner sans  partage. 

Quant  à  la  position  respective  de  ces 
diverses  populations  &  à  l'étendue  du  ter- 
ritoire occupé  par  chacune  d'elles,  on  peut 
affirmer,  en  s'autorisant  surtout  du  témoi- 
gnage précieux  d'Hécatée,  que,  dès  le  com- 
mencement du  cinquième  siècle,  la  pré- 
pondérance appartenait  sans  contestation 
aux  Celtes,  dont  les  tribus  descendues  du 
Nord,  avaient  pénétré  à  la  manière  d'un 
coin  entre  les  Ligures  &  les  Ibères,  refou- 
lant les  uns  vers  les  Pyrénées,  les  autres 
suie  espagnole,  car  il  y  a  toute  raison  de      ^"  ^^^^  '^^  Rhône,  dans  le  pays  monta- 


Note 
104 


croire  que  l'époque  où  les  Celtes  se  sont 
établis  au  sud  des  Cévennes  a  coïncidé, 
à  peu  de  chose  près,  avec  celle  où  ils  ont 
pénétré  dans  l'Espagne  centrale,  où  leur 
domination  aurait  immédiatement  succédé 
à  celle  des  Phéniciens,  comme  l'assurent 
unanimement  Strabon'  &  Pline \  A  défaut 
de  date  précise,  que  les  temps  primitifs 
comportent  rarement,  M.  Movers  a  établi, 
par  des  inductions  d'une  grande  vraisem- 


gneux  &  maritime  où  s'était  élevée  la  ville 
grecque  de  IVlassalia.  Il  est  à  remarquer, 
en  effet,  que  ce  n'est  point  exclusivement 
à  celle  de  Narbon  que  le  vieil  historien 
attribue  le  titre  de  ville  celtique,  devenu 
pour  nous  un  trait  de  lumière  au  milieu 
de  ces  obscurités,  mais  qu'il  désigne  sous 
le  nom  générique  de  Celtique  (f^  Ks^ti-/.-^, 
Celtlca,  Gallià)  tout  le  pays  qui  s'étend 
entre  les  Pyrénées  &  le   Rhône'  &  qu'il 


blance,  que  la  domination  des  Phéniciens      Y  signale,  indépendamment  de  Narbonne, 

une  ville  celtique  du  nom  de  Njpa;  dont 
on  ignore,  il  est  vrai,  l'emplacement'. 
Entre  le  Rhône  &  les  Alpes,  l'historien 
ne  paraît  connaître,  comme  les  naviga- 
teurs grecs,  que  la  partie  du  pays  la  plus 
rapprochée  de  la  mer.  Mais,  en  attri- 
buant, comme  il  le  fait,  à  la  A'.YucfTt/,Y)  les 
villes  de  Massalia  &  de  Monoecus  (Mo- 


en  Espagne  était  en  plein  déclin  dès  le 
commencement  du  septième  siècle  avant 
notre  ère'.  Ce  serait  donc  vers  cette  épo- 

'  Movers,  Die  Phoen'iiier,  11,  2,  p.  644  &  suiv.j 
654  &  suiv. 

'  Avienus,  Ora  maritima,  vv.  i33  à  145. 

'  Strabon,  m,  p.  i58j  Cas.  :  tl  auvdtaniXeiv  lèo-j- 

XoVTO    àXXl^XoiÇ    (o't  "I6ir)p£ç),    OUÏE    Kap/JjSùvfotÇ   UTÏ^pÇev 

ccv  /.aTaaxpÉ'^/aaOai  Ir-ikOauii  t/jv  ;:X£!aTr,v  aùiwv  ix  ji:£- 
pto'Jafa;,  /.ai  eti  npitepov  Tuplot?,  Etxdt  KsXtotç  z.  t.  X. 

*  Plin.  Histor.  natural.  m,  3  :  In  universam 
H'tspaniam,  M.  Varro  peryenisse  Iberos  &  Persas  & 
Phoeniees  Celtasque  &  Poenos  tradit. 

'  Movers,  Die  Phoeni\ier,  11,  2,  p.  654. 


'  Liv.  v,  34. 

'  Hécatée  :  Fragm.  19  (Klausen)  :  NapSwv,  l[x- 
7i6piov  ■Ao^  T.()k\%  KeXtixi^  —  Et  au  Fragm.  22  :  Maa- 
caXfa,  r6Xtî  -crj?  AiyuaTr/^ç,  xaià  Trjv  KeXti/.t^'v,  âno'.y.oî 
•l'w/.ai'wv. 

'  Hécatée  :  Fragm.  21  :  NûpaÇ,  î:6Xiç  K£Xxf/.T5. 


Note 
104 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


38 1 


naco)',  situées  l'une  &  l'autre  sur  les  con-  ne  faudrait  point  conclure  de  cette  parti- 
fins  de  la  Cisalpine  &  de  la  Transalpine,  cularité  que  les  Massaliotes  n'aient  point 
ne  nous  apprend- t-il  pas  implicitement  fréquenté  son  port,  où  ils  venaient,  en 
que  l'on  désignait  déjà  de  son  temps  sous  remontant  la  gouîe  de  VAtax,  acheter  les 
le  nom  de  Ligurie  toute  la  côte  maritime  métaux  &  les  productions  de  la  Gaule  cen- 
qui  s'étend  depuis  les  bouches  du  Rhône  traie,  qu'ils  exportaient  à  leur  tour  sur  les 
jusqu'à  la  Toscane  actuelle  (l'ancienne  côtes  &  dans  les  ports  du  voisinage.  [E.  B.] 
Étrurie)  >  Dans  l'intérieur  des  terres,  dont 

l'histoire,  à  cette  époque,  nous   est  com-  ~  '  ■ — 

plétement  inconnue,  on  peut  au  moins 
conclure  de  la  tradition  relative  à  Bello- 
vèse  (voir  plus  haut)  que  les  Celtes  avaient 
étendu  par  degrés  leurs  établissements, 
non-seulement  dans  la  vallée  du  Rhône 
dont  ils  occupaient  les  deux  rives,  mais 
dans  celles  de  l'Isère  &  de  la  Durance, 
par  lesquelles  ils  avaient  pénétré  jusque 
dans  les  profondeurs  de  la  chaîne  des  Al- 
pes, ne  laissant  aux  Ligures  que  les  défilés 
ou  les  montagnes  incultes  qui  s'étendent 
entre  la  Durance  &  la  mer. 

Il  ne  faut  point  oublier  d'un  autre  côté 
que  la  ville  de  Monoecus,  dont   nous  par 


NOTE  CV 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Le  temple  de  Delphes. 

I 

T  E  temple  de  Delphes,  dont  nous  n'avons 


point  la  prétention  de  refaire  ici  l'his- 
toire, à  peu  près  étrangère  à  celle  de  notre 
province",  est  un  des  rares  monuments  an- 
lions  tout  à  l'heure,  &  celle  d'Ampeîus  ciens  dont  l'origine  &  les  commencements 
dont  le  nom  complètement  grec  semble  nous  soient  connus  d'une  manière  à  peu 
indiquer  aussi  une  colonie  massaliote  %  pi'ès  certaine.  On  sait,  en  effet,  qu'il  a 
étaient  situées  l'une  &  l'autre  à  la  gauche  été  fondé  dans  les  premières  années  de  la 
du  Rhône,  qui  servait  lui-même  de  limite  soixante  &  unième  olympiade  (536  ou  535 
occidentale  à  la  AiYusT'.y.r,  de  l'historien.  avant  notre  ère),  à  une  époque  qui  ré- 
Ne  ressort-il  pas  de  ce  fait,  trop  peu  re-  pondrait  chronologiquement  au  règne  de 
marqué  jusqu'ici,  que  les  Phocéens,  nou-  Servius  TuUius  à  Rome  (578-53^),  &  à  la 
vellement  établis  sur  les  côtes  de  la  Gaule,  royauté  de  Pisistrate  à  Athènes  (56o-528). 
avaient  d'abord  senti  le  besoin  de  garantir  Assiégé  deux  siècles  &  demi  plus  tard 
leur  métropole  contre  les  barbares  du  par  des  bandes  gauloises  que  les  Béné- 
voisinage,  et  que  plus  tard  ils  auraient  dictins  croyaient  sorties  précisément  du 
fondé  quelques  comptoirs  sur  les  côtes  Languedoc  &  de  Toulouse,  il  leur  aurait 
liguriennes  pour  assurer  de  ce  côté  leurs  échappé  par  l'intervention  miraculeuse  des 
relations  commerciales  avec  l'Italie?  Mais  dieux  &  des  héros  protecteurs  de  la  ville, 
ils  s'étaient  soigneusement  abstenus  de  comme  il  avait  échappé  par  un  autre  mi- 
fonder  aucun  établissement  de  l'autre  côté  racle  aux  bandes  orientales  de  Xerxès,  qui 
du  Rhône,  ce  qui  les  aurait  brouillés  tout  avaient  déjà  envahi  la  Béotie  &  la  Pho- 
à  la  fois  avec  les  Celtes  &  avec  les  Ligures,  cide,  ruinant  les  villes  sur  leur  passage 
qu'il  fallait  contenir  au  moins  avant  de  &  emmenant  captives  des  populations  en- 
rien  entreprendre  du  côté  opposé.  Quant  tières.  Quoique  l'on  ignore  absolument  de 
à  Narbonne,  à  laquelle  Hécatée  donne  le  quelle  manière  &  à  quelle  époque  il  a  été 
nom  de  ville  ou  de  marché  celtique',  il  détruit,  tout  semble  indiquer  qu'il  est  resté 

debout,  survivant  il  est  vrai  à  sa  popula- 

'  Hécatée,  Fragm.  zi  :  M6vot/.oç,  riXtç  AiYuaTr/.r;  _  ^'^^  ^  ^  ^°"  prestig_e,  jusqu'à  la  chute  du 

pour  MaisaZ/a,  voyez  i«;>rà,  p.  38o,  col.  2,  note  2.  polythéisme   qui    coincidc,  dans   l'Empire 

'  Hécatée,  Fragm.  24  :  'AjjitzeXo;,  r.ùliq  t?,î  A'.vja-  d'Orient,  avec  la  seconde  moitié  du  qua- 
xixr,;. 

'  Voyez  supra,  p.  879,  col.    i,  note  2.  •  Voyez  toine  I,  p.  21,  note  2. 


Note 
'M 


NOT* 

io5 


Note 
io5 


382 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


trième  siècle  de  notre  ère.  Il  aurait  eu  ainsi 
la  bonne  fortune,  très-rare  elle-même,  de 
traverser  les  huit  ou  neuf  siècles  qui  sépa- 
rent le  règne  de  Servius  Tullius  de  celui 


d'un  siècle  après  l'incendie  dont  nous  ve- 
nons de  parler,  se  borne  à  quelques  détails 
intéressants,  il  est  vrai,  au  sujet  de  ce  si- 
nistre, sans    rien    nous  dire    de  l'édifice 


de  Théodose  &  de  ses  deux  fils,  sans  autre  détruit  qu'il  désigne  sous  le  nom  généri- 

remaniement  que  des  travaux  de  restaura-  que  &  vague  de  v/;o;  (ion.  p.  vadç),  comme 

tion  exécutés  probablement  aux  frais   de  le   temple   bien   connu  qui   avait    pris  sa 

l'empereur  Trajan,  comme  semble  l'indi-  place'.  Tout  ce  que  nous  apprennent  à  ce 

quer  une  monnaie  gréco-romaine,  frappée  sujet  les  écrivains  anciens,  c'est  qu'on  le 

à  Delphes  même  sous  le  règne  de  ce  prince  regardait  généralement   comme   l'ouvrage 

(98-117).  Mais  il  ne  faut  point  oublier,  si  de  deux  architectes  légendaires,  fils  d'un 


l'on  veut  se  faire  une  idée  à  peu  près  exacte 
de  cette  vie  séculaire  où  les  siècles  s'ajou- 
tent aux  siècles  comme  les  années  s'ajou- 
tent ailleurs  aux  années,  qu'il  avait  été 
précédé  lui-même  par  plusieurs  générations 
de  lieux  saints,  dont  le  dernier,  au  moins, 
appartiendrait  aux  époques  historiques, 
s'il  est  vrai,  comme  l'assurent  des  écri- 
vains dignes  de  toute  confiance,  qu'il  ait 
été  détruit  par  un  incendie,  la  première 
année  de  la  cinquante-huitième  olympiade 
(648  avant  notre  ère)'. 

A  en  juger  par  les  indications  que  nous 
ont  laissées  à  ce  sujet  les  écrivains  grecs 
&  romains,  ce  premier  temple  de  Delphes 
n'aurait  eu  rien  de  commun  avec  les  mo- 
numents mythiques  ou  légendaires  qui  l'a- 


roi  des  Minyens  d'Orchomènes,  que  con- 
naît &  cite  déjà  par  leur  nom  un  écrivain 
du  dixième  siècle  avant  notre  ère,  le  poète 
de  l'hymne  homérique  à  Apollon',  ce  qui 
prouve,  pour  le  remarquer  en  passant, 
que  cette  tradition  remontait  elle-même 
à  un  âge  très-respectable  : 

...Aâïvov  oùobv  £Orjy.sTpGço)v'.oç  ifi'  ^A^(a\j.'l]^riq^ 
'Jiésç  'EpYÎvcu,  çpiXot  dcOaviTotGi  OsoTatv 

("V[j.voç  eî;  ^Ar.àXk,  vv.  296-7.) 

«  Au-dessus  de  ces  fondements  le  seuil  do 
pierre  fut  posé  par  Trophonios  &  Agamé- 
dès,  fils  d'Erginus,  chers  aux  dieux  im- 
mortels. » 

Il  ressort,  en  effet,  de  tous  les  témoi- 
vaient  précédé  lui-même,  puisqu'il  ressort  gnages  relatifs  aux  deux  frères,  qu'on  les 
de  tous  les  témoignages  qu'il  était  bâti  regardait  en  Grèce  comme  les  fondateurs 
cette  fois  de  pierres  taillées,  superposées  de  l'architecture  proprement  dite,  à  la- 
dans  un  ordre  régulier.  On  le  regardait,  quelle  ils  passaient  pour  avoir  ouvert  & 
aux  époques  historiques,  comme  un  des  frayé  les  routes  qu'elle  a  parcourues  de- 
types  les  plus  anciens  de  l'art  religieux  puis  avec  tant  d'éclat.  Pausanias,  qui  ré- 
chez  les  Grecs,  &  tout  autorise  à  croire  sume  un  des  derniers  cette  opinion  accré- 
qu'il  a  tenu  au  moins  une  grande  place  ditée  longtemps  avant  lui,  les  cite  comme 
dans  le  développement  de  leur  architec-  les  premiers  des  Grecs  «  qui  eussent  bâti 
ture,  grâce  à  la  popularité  qui  entourait  des  palais  aux  rois  &  des  temples  aux 
dès  le  temps  d'Homère  l'oracle  &  le  sanc-  dieux  »  (Pausan.  1.  x,  c.  4).  On  leur  attri- 
tuaire  de  Pytho,  connus  depuis  sous  le  nom  buait  notamment  la  fondation  de  cons- 
de  Delphi  (AsXcpoî).  Mais  on  en  est  mal-  tructions  massives,  connues  dans  la  Grèce 
heureusement  réduit  à  des  inductions  sur  du  nord  sous  le  nom  générique  de  O-o^aupc!, 
la  forme  &  sur  l'âge  de  ce  monument  pri-  parce  qu'on  les  regardait  comme  l'ouvrage 
mitif,  qui  n'a  laissé  dans  l'histoire  qu'un 

nom  &  de  vagues  souvenirs.  Hérodote  lui- 

.  .  .^   ,  1      Tii       .  .       '    >  '  •••TÔv  h  ^îl^oiQi  vuv  loVTa  wô^,  ô  vàp  jipôispov 

même,  qui  voyageait  dans  la  Phocide  près      ?^  .      ^Uf.  „  00       ^     '   .'     '  '    .'^     "^ 

' /i  '    °  j^'^-vj       éojv...  (HÉROD.  II,   10c,  &  I,  5o,  voir  supra.) 

'  'TiAVOç   A  di   'A-6X).wva  (édit.  F.  Didot,  iSSy^ 


'  Iztl  TE  xaTExafeTO  5  Iv  AEXcpofat  vrjôî  (Hêrod. 

I,  5o,  II,  180  &  v,  62)  ...y.aT£/.aûôr;  81  'Ep^ixXsfôou 
plv  'A07ivî]atv  dfpy^ovTO?,  nptÛTW  5è  t%  ÔYOôrjç  oXu[j.7:td- 
80Ç  è'tsi  xat  7r£VT7]zoaT:^ç,  fjv  KpoTwv(aTr]ç  hiy.a.  AtÔYvr)- 
Toç  (Pausan.  x,  c.  5). 


p.  528  &  suiv.).  —  Tout  semble  indiquer  au 
moins  que  les  parties  principales  du  poëme  ont 
été  écrites  avant  la  Lxvii"  olympiade  (592),  près 
d'un  demi-siècle  par  conséquent  avant  l'incendie 
dont  nous  avons  parlé. 


Note 
io5 


Note 
io5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


383 


des  rois  de  l'époque  héro'ique  qui  s'en  ser-  d'ordinaire  ces  massives  constructions,  où 

vaient,  disait-on,  pour  abriter  leurs  riches-  l'on  ne  pénétrait  en  certains  cas  qu'en  des- 

ses  bien  ou  mal  acquises.  A  en  juger  par  cellant  la  pierre  qui  leur  servait  de  clé  de 

les  descriptions  que  nous  en  ont  laissées  voûte '.  Il  y  a  même  toute  raison  de  croire, 

quelques  écrivains  anciens,  qui  en  parlent  comme  nous  le  verrons  bientôt,  que  les 

souvent  en  témoins  oculaires,  ces  curieux  petits  édifices,  connus  depuis  à  Delphes 

monuments  auraient   été   bâtis   à  peu   de  sous    le  nom    de   Or,aaup2(    (les  trésors   du 

chose  près  de  la  même  manière  &  sur  le  temple   ou    du    dieu)   &   dont   la   plupart 

même  type.  Tous  affectaient  la  forme  d'une  existaient   encore    à    l'époque    impériale, 

coupole  ou  d'une  cloche,  fermée  au  som-  n'avaient  rien  de  commun,  comme  forme 

met  par  une  puissante  clé  de  voûte.  Ces  au  moins,  avec  le  monument  qui  leur  au- 

coupoles   massives  reposaient  à  leur  tour  rait  servi   de  point  de  départ  &  de  type 

sur  deux   massifs   de  fondation  qui  péné-  dans   l'hypothèse   que   nous   discutons.   Il 

traient  plus  ou  moins  profondément  dans  n'aurait  pas    ressemblé  davantage  à  celui 

le  sol,  &  un  archéologue   contemporain,  qui  l'a  remplacé  fort  peu  de  temps  après 

que  ces  indications  paraissent  avoir  frappé,  l'incendie    dont   nous    venons   de   parler, 

en  a  conclu  que  le  premier  temple  de  Del-  puisque  l'on  sait,  de  source  certaine  cette 

phes  n'aurait  été  lui-même  qu'un  de  ces  fois,  que  ce  nouveau  temple  était  hypaethre 

OY]'jaupo(,    analogue    comme    forme,   sinon  ou  à  ciel  ouvert,  comme  nous  le  dirions 

comme  taille,  au  célèbre  trésor  des  Atrides  aujourd'hui.  Il  l'était  au  moins  dans  la  par- 

à  Mycènes,  le  seul  de  ces  antiques  monu-  tie  de  la  cella  que  les  Grecs  désignaient 

ments  qui  nous  soit  parvenu  intact.  sous  le  nom  d'àBjTcv,  &  nous  trouverions. 

Ce  ne  serait  pas  ici  le  lieu  de  soumettre  pour  notre  part,  dans  cette  particularité 

à  une  discussion  en  règle  cette  assertion  trop   peu   remarquée,  plus   d'un  motif  de 

théorique  qui   remonte,  comme  point  de  croire  qu'il  en  était  de  même  du  temple 

départ,  à   Ottfried    Mueller  &  qui  a  été  antérieur',  qui    aurait  ainsi  rappelé,  aux 
reproduite  depuis  à  bien  des  reprises,  en 

deçà  comme  au  delà  du  Rhin,  sur  la  foi  de  ,  .          ,           ••      j    i-      r               •.  j 

'                                                    1                 r            1  i  '^'^  seule  manière  de  1  expliquer  serait  de  siip- 

l'historien    éminent   qui    lavait    formulée  ^^^^^  ^^^   l'incendie  aurait   été  l'ouvrage   d'une 

le  premier".  Mais    il   nous   sera  permis  au  malveillance  sacrilège  &  que  l'on  y  eût  mis  le  feu 

moins  de  remarquer  qu'elle  ne  se  concilie  par  la   porte  d'entrée,  à  peu  près  comme  nous  le 

pas  beaucoup  mieux  avec  la  description  du  mettons  aujourd'hui  dans  nos  fours  de  boulanger, 

poète,  contemporain  du  monument,  qu'a-  explication  repoussée  elle-même  par  le  témoignage 

vec  les  détails  circonstanciés    recueillis  à  d'Hérodote,  qui  affirme  que  le  temple  avait  brûlé 


KOTB 

io5 


Delphes  par  l'historien  Hérodote  sur  l'in- 
cendie de  548,  dont  la  violence  &  les  rava- 
ges deviennent  à  peu  près  inintelligibles 
dans  un  monument  sans  charpente,  sans 
toiture  &  sans  fenêtres,  comme  l'étaient 

'  Der  Xdttvo?  oùôôç  ^u  Delphi  war  ein  Thesauros 
(III,  IX,  404)  den  die  Minyeischen  Baumeister  aus 
kyklopischen  Felsmassen  errichtet  habcn  soUtcn 
{Hymn.  auf  Ap.  Pyth,  i  i5.  Steph.  B.  s.  v.  AeXjpoi 
Ottfried  Mueller,  Handbuch  der  Arehaol.  der 
Kunst,  p.  295  &  Orehomenos  und  die  Minyer,  c.  4, 
p.  95.  — Voir,  à  ce  sujet,  MM.  Max  Duncker, 
Gesch.  der  Alterthum.,  t.  iv,  pp.  597-8,  &  Preller 
qui  atténue,  lui,  &  corrige  dans  une  certaine  me- 
sure l'assertion  d'Ottfried  Mueller  :  tf^ahrschein- 
lieh  ein  in  eyclopischer  If^eise  gebautet  Kellerartigts 
Gesehoss  unter  den  Tempel  (Pauly^s  Real  Encyclop, 
t.  Il,  pp.  916). 


sans  cause  connue  :  'O  yào  7:p(5":Epov  Iwv  aùtéOt  aù- 
Toixatioç  x.aTExâr)  (Hérod.  1.  n,  c.  180).  Quant  aux 
Delphiens,  qui  savaient  8c  se  rappelaient  tant  de 
choses  sur  l'incendie  de  leur  temple,  que  tel  ou  tel 
de  leurs  vieillards  pouvait  avoir  vu  debout,  on 
s'expliquerait  plus  difficilement  encore  comment 
&  pourquoi  ils  auraient  négligé  d'apprendre  à 
Hérodote,  qui  ne  l'aurait  certainement  pas  oublié, 
que  le  monument  détruit  par  cet  incendie  différait 
non-seulement  de  celui  qui  l'avait  remplacé  à  Del- 
phes, mais  de  tous  les  temples  que  l'historien  avait 
vus  dans  ses  voyages  en  Grèce,  en  Asie  &  même  en 
Egypte. 

'  Il  y  aurait  d'autant  plus  de  raison  de  le  croire 
que  le  sol  de  cette  partie  du  vsti;  passait,  n  Del- 
phes, pour  un  débris  de  l'ancien  temple  :  !f.YOV 
'Aya;j.rîoouî  y.a\  Tpocptuvfou  (Stevh.  Byzantin  sui  voce 
AîX'io()  ,  dont  les  substructions  auraient  été  res- 
pectées par  l'architecte  du  nouveau  en  raison  de 
leur  caractère  sacré  (voyez  plus  loin). 


384 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


dimensions  &  à  l'ornementation  près,  les  ont  été  bâtis  depuis,  les  deux  temples  dont 

temples  hypaethres  de  l'ancienne  Egypte,  nous  venons  de  parler;  puisque  temples  & 

avec   laquelle    la   Béotie  primitive   parait  enceintes  avaient  ici  pour  point  de  départ 

avoir  eu    des   points    de  contact   de   plus  un  oracle  célèbre  dont  l'histoire  se  trouve 

d'un  genre".  ainsi  étroitement  mêlée  à  celle  du  temple 

Quant  aux  trois  générations  de  lieux  ou  des  temples  de  Delphes.  C'était  là,  en 
saints  qui  avaient  précédé  ces  deux  tem-  effet,  que  s'ouvrait,  au  pied  des  roches 
pies  &  sur  lesquels  on  racontait  à  Del-  phaedriades ',  dont  le  mur  circulaire  (Oea- 
phes  bien  des  fables,  ils  n'étaient,  suivant  Tpwslcrjç)  domine  &  encadre  les  croupes 
toute  apparence,  que  des  enceintes  à  ciel  culminantes  de  la  montagne,  l'espèce  de 
ouvert  (lepiv,  t£;j.£vo;),  dans  le  mur  des-  soupirail  ou  de  fissure  rocheuse  qui  paraît 
quels  s'ouvrait  une  de  ces  portes  sans  avoir  frappé  de  très-bonne  heure  les  imagi- 
linteau  le  plus  souvent,  que  les  poèmes  nations,  à  cause  de  l'air  vif  &  frais  qui  s'en 
homériques  désignent  sous  le  nom  carac-  échappait  par  bouffées  intermittentes', 
téristique  de  Aaîvoç  cjoc;  (seuil  de  pierre).  Les  pâtres  &  les  chevriers,  dont  les  trou- 
étendu  au  monument  tout  entier.  On  a  peaux  paissaient  en  liberté  sur  ces  hau- 
découvert  &  l'on  découvre  encore  de  loin  teurs  alors  désertes,  avaient  remarqué, 
en  loin,  au  sommet  des  hauteurs  qui  dé-  en  effet,  que  leurs  chèvres  ne  franchis- 
coupent  les  côtes  occidentales  de  la  Grèce,  saient  jamais  cette  espèce  de  fondrière 
depuis  les  golfes  de  Corinthe  &  de  Crissa  sans  rouler  sur  elles-mêmes  &  se  démener 
jusqu'au  golfe  d'Ambracie,  les  vestiges  plus  d'une  manière  insensée.  Les  hommes,  & 
ou  moins  effacés  de  ces  temples  primitifs,  les  femmes  plus  encore  que  les  hommes, 
formés  tantôt  par  un  mur  de  terre  rappor-  éprouvaient  comme  les  animaux  l'influence 
tée  avec  un  certain  art,  tantôt,  comme  chez  vertigineuse  de  ces  exhalaisons  souterrai- 
les  Celtes,  par  un  cercle  de  grandes  pier-  nés  qui  troublaient  l'esprit  en  décuplant 
res  fichées  dans  le  sol  par  la  base'.  Mais  il  sa  puissance  &  ouvraient  parfois  à  ses  re- 
faut supposer  au  moins  que  ces  enceintes,  gards  surpris  des  échappées  divines  dans 
si  elles  sont  réellement  distinctes,  se  se-  le  domaine  de  l'avenir  interdit  aux  mor- 
raient  succédé  en  s'élargissant  &  en  se  ré-  tels.  N'était-ce  point,  en  effet,  du  sein  do 
gularisant  par  degrés,  à  l'endroit  même  où  la   terre    que    jaillissait    cet    esprit   divin, 

comme    l'appelaient   les    gens   de    langue 

'Nous   songeons   ici  aux  antiques  traditions,  latine,    &    ne    savait-on    point    que    ces 

contestées,  il  est  vrai,  par  Ottfried  Mueller  (Ocho-  profondeurs  inconnues  étaient  le  royaume 

menas  pass.),  mais  admises  par  beaucoup  d'autres,  ou  le  domaine  de  divinités  puissantes  dont 

aujourd'hui  surtout  (voyez  pasi.  la  Symèoli^ue  de  ^  n'était  probablement  que   le  souffle  ou 


Note 
io5 


l'haleine  (-v£^t;,x,  halitus ,  spiritus ,  StrAB. 
DioD.  Justin,  pass.)  '  ? 


Kreuzer  traduite  par  M.  Guigniaut,  &c.),  qui  re- 
gardaient le  héros  Cadmus  (le  fondateur  de  la 
Cadmée)  comme  originaire  de  l'Egypte  suivant  les 
uns,  de  la  Phénicie  suivant  les  autres,  &  ratta- 
chaient ainsi  la  civilisation  primitive  de  la  Béotie  •  De  çatScôç,  poli,  brillant,  luisant, 
à  celle  de  ces  contrées  alors  florissantes,  dont  la  '  2t6[xiov  (Strab.)  —  xâcr|j.a  f^ç  {terrae  h'iatus. 
Grèce  aurait  reçu,  par  l'intermédiaire  des  grandes  DiOD.).  —  Profundum  terrae  foramen  {Jvsii}i  [Tkog. 
îles  du  sud,  sa  première  culture  &  ses  premiers  PoMP.j  liv.  24,  c.  6).  Strabon,  qui  en  parle  d'après 
arts,  l'écriture  notamment.  —  Ce  serait  de  l'Egypte  des  renseignements  assez  précis,  à  ce  qu'il  paraît, 
que  seraient  venu»  les  0/iaxjpo{  eux-mêmes,  si  l'on       ajoute  qu'il  était  étroit  d'orifice  telativement  à  sa 


prenait  au  pied  de  la  lettre  la  légende  du  roi 
Rhampsimit,  longuement  racontée  par  Hérodote, 
lir.  2,  ch.   121 . 

*  Voir  à  ce  sujet  le  voyage  de  Pouqueville  Çpass.), 
qui  confond  souvent,  il  est  vrai,  ces  enceintes  des- 
tinées à  servir  de  lieu  saint  (cromlech  chez  les  Celtes 
bretons;  ring  ou  hring  chezles  Germains)  avec  cel- 
les des  lieux  de  refuge  fortifiés  [oppida),  très-com- 
muns aussi  sur  les  côtes  montagneuses  de  l'Epire. 


profondeur  :  eivat  xb  [javxerov  àvTpov  zoîXov  xaià  ^â- 
Oou;,  où  [JLtiXa  EÙpiiaToiiov  (Stbab.  ix,  ?  3);  de  là  le 
mythe  très-simple  &  probablement  très-ancien  qui 
regardait  l'oracle  de  la  montagne  comme  un  oracle 
chthonien,  organe  de  la  déesse  Ft),  la  Terre,  ..."% 
r^î  eïvai  To  ypTja-rJptov  (Diod.  lib.  xvi,  26),  ...-à 
dp-/aiôxaia  F^ç  sTvai  to  ypr^air^ptov  (Pausan.  lib.  x, 
c.  5). 

'  nv$î3;j.a  IvOoujtaa-iy.ôv  (Strab.)  ..ito  ivOouutaaT'.x'^'j 


Note 
io5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


385 


Quant  à  l'âge  de  cet  oracle,  que  les  Del-  tière'.    Du  port  de  Krisa,  la  ville  sainte 

phiens   reculaient   jusqu'à  deux  ou    trois  alors,  KpTsâv  tî  uaOér^v  (Homère,  III.  ii, 

mille  ans,  on  peut  affirmer,  sans  rien  don-  v.  Szo),  qui  avait  succédé  à  celle  de  Kir- 

ner  aux  conjectures,  qu'il  était  au  moins  rha,  détruite  par  les  Crisséens',  les  pieuses 

contemporain  du  vieil  oracle  de  Dodone,  offrandes  étaient  charriées  à  dos  d'homme 

en  Épire,  où  un  collège  de  prêtres  bar-  ou  à  dos  de  mulet  jusqu'au  seuil  de  pierre 

bares,  les  SsXaoî,  prédisaient  aussi  l'avenir  de  l'icpcv.  On   les  y  déposait,  les  unes  à 

en  interprétant  les  murmures  variés  pro-  côté  des  autres,  sur  un  soubassement  de 

duits   par  le  vent   dans    les    rameaux   des  pierre  ou  de  bois,  en  les  garantissant  de 

grands  chênes  qui  entouraient  leur  sanc-  la  pluie  ou  de  la  neige  à  l'aide  d'un  toit  de 

tuaire,  resté,  lui,  à  l'état  d'ispbv  ou  de  lieu  chaume  ou  de  quelque  construction  légère 

saint.  Dès  le  temps  d'Homère,  dont  le  té-  qui  auront  plus  tard  donné  naissance  aux 

moignage    antérieur   de    quatre    ou    cinq  Or^saupci  en  forme  d'édicule,  construits  par 

cents    ans    à   l'histoire    proprement   dite,  les  rois  ou   par  les  villes  grecques,    dont 

prend  ici  une  importance  exceptionnelle,  ils  portaient  les  noms  gravés  sur  leur  lin- 

c'était  de  préférence  vers  l'oracle  de  Py-  teau. 

tho,  comme  on  l'appelait  alors,  que  se  On  comprend,  après  ce  que  nous  venons 
dirigeaient  les  rois  ou  les  princes  de  la  de  dire,  que  ces  richesses  lentement  accu- 
race  desAtrides,  quand  ils  avaient  quel-  mulées  aient  eu  le  privilège  d'exciter  à 
que  coup  de  main  à  tenter  sur  les  terres  plusieurs  reprises  les  convoitises  publi- 
de  leurs  voisins  ou  quelque  crime  utile  à  ques  ou  privées,  &  que  le  sanctuaire,  pen- 
commettre  dans  le  cercle  ensanglanté  de  dant  ses  huit  siècles  d'existence,  ait  changé 
leur  famille'.  plus  d'une  fois  de  prêtres,  de  culte  &  mémo 

Les  offrandes  (àvaOr,[j.aTa)  de  nature  &  de  de  dieu  avant  de  tomber  entre  les  mains 
forme  variées  qu'ils  emportaient  sur  leurs  du  divin  Apollon,  auquel  il  est  resté.  Dès 
vaisseaux  creux  (c'est-à-dire  sans  pont),  le  temps  d'Hérodote,  avec  lequel  coni- 
avec  leurs  gens  de  service  &  quelques  pa-  mence  l'âge  historique  du  monument,  les 
likares  bardés  d'armes  étranges,  comme  les  offrandes  y  étaient  si  nombreuses  &  si  va- 
vases  grecs  nous  les  représentent,  étaient  riées  que  l'historien  se  contente,  pour  en 
destinées  à  payer  quelquefois  d'avance,  le  donner  une  idée,  de  signaler  les  objets 
plus  souvent  après  échéance,  les  bons  con-  d'or  &  d'argent  qui  y  figuraient,  en  indi- 
seils  que  le  dieu  leur  avait  donnés  par  la  quant  minutieusement  le  poids  &  la  valeur 
bouche  de  son  dévia  ou  de  son  prophète.  de  chacun  de  ces  objets,  bijoux,  vases. 
Ce  n'est  que  plus  tard,  en  effet,  que  l'on  cratères  ou  statues,  dont  on  avait  dans  le 
voit  apparaître  le  trépied  prophétique  que  temple  des  inventaires  exacts,  auxquels  il 
l'on  dressait  au-dessus  du  soupirail  &  sur  emprunte  probablement  ses  chiffres.  On 
lequel  s'asseyait  à  son  tour  la  pythie  évaluait  à  plus  de  sept  mille  talents  atti- 
(vierge,  jeune  &  belle  dans  ces  premiers  ques  (quarante  ou  quarante  &  un  millions 
temps),  de  manière  à  recevoir,  à  sa  sortie  de  notre  monnaie)  la  valeur  des  présents 
du  rocher,  le  souffle  ou  l'esprit  divin  dont  envoyés  par   les   seuls  rois  de  Lydie,   les 


Note 
io3 


les  effluves   l'étreignaient   ainsi    tout  en- 

-vEuijia  (Plutarcii.  De  defect.  orac.  c.  58);  evOeot  Ia 
TOu  àtijLfjy  (Pausan.  1.  ix,  c.  5);  in  vecordiam  vertit. 
(Justin,  l.l.) 

'ûç  Y"P  oî  ypEiuv  [ijOr^aaro  <I>ot6oç  'AnôXXwv 
IluOor  h  fj-j-aOé/j,  80'  OnépSrj  Xdïvov  oùôbv 
XçTjaoïJLSvoç. 

(HoMÈR.  Odyss.  VIII,  79-81). 

On  disait  familièrement,  en  parlant  de  ce  pèleri- 
nage, aller  à  Pytho,  j;uOâ)0'  lp/o[j.évr)v  (...Odya.  xi, 
V.  58i). 


premiers  des  barbares  qui  eussent  dédié  à 
Delphes  (...àva-riOéva'.  e*!;  AeAçcûç),  après  le 
roi  Midas  de  Phrygie;  &  l'on  disait  pro- 
verbialement que  la  ville  &  le  temple,  car 

'  . . .  Sî/o;AÉvr,v  tÔ  T.^n\>[s.a  (SrnAii.  lib.  ix,  c.  3, 
Î5). 

'  Voir  sur  ces  révolutions,  dix  ou  douze  fois 
séculaires  dès  le  temps  d'Auguste,  les  curieux  dé- 
tails que  nous  ont  conservés  Strabon  (/•^),  Pau- 
sanias,  lib.  x,  c.  3;,  &  iEschin.  contr.  Ciésiph.  498, 
36. 


II. 


25 


Note 
]o5 


386 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


les  maîtres  de  l'une  étaient  les  propriétai- 
res de  l'autre,  possédaient  à  eux  seuls  plus 
d'or  &  plus  d'argent  que  tout  le  reste  de  la 
Grèce, 


II 


Le  vrai  temple  de  Delphes,  celui  que 
désignent  sous  ce  nom  (o  -^j^oq  twv  AsXcpwv) 
les  écrivains  grecs  ou  romains  qui  vont 
devenir  ici  nos  guides',  paraît  avoir  été 
commencé  dans  les  premières  années  de 
la  soixante  &  unième  olympiade  (536-533), 
douze  ou  treize  ans  après  l'incendie  qui 
avait  détruit,  à  quelques  substructions 
près,  le  vab;  de  Trophonios  &  d'Agamé- 
dês.  Il  existait  donc  depuis  près  d'un  siècle 
à  l'époque  où  le  visitait  l'historien  Héro- 
dote, qui  nous  a  laissé  de  précieux  détails 
sur  la  reconstruction  du  monument,  en- 
treprise, comme  on  le  sait,  par  l'initiative 
&  sous  la  surveillance  du  conseil  des  am- 
phictyons,  qui  tenait  à  Delphes,  depuis  la 
ruine  de  Crissa,  une  de  ses  deux  sessions 
annuelles,  celle  que  l'on  désignait  sous 
le  nom  d'èapivr,  ';:u7.aîa,  la  session  du  prin- 
temps". 

Les  dépenses  de  toute  nature  que  devait 
entraîner  ce  grand  travail  (matériaux, 
charrois  &  main-d'œuvre  compris),  avaient 
été  évaluées  par  les  hommes  de  l'art  au 
chiffre  approximatif  de  trois  cents  talents 
(seize  ou  dix-sept  cent  mille  francs  de  no- 
tre monnaie),  &  réparties  par  le  conseil 
entre  les  diverses  villes  de  la  confédéra- 
tion. Celle  de  Delphes,  dont  les  habitants 
avaient  un  intérêt  tout  particulier  à  la  re- 
construction du  monument,  avait  étééqui- 
tablement  taxée  au  quart  de  la  dépense 
totale'.  Mais  les  Delphiens,  en  gens  avisés, 

'  Le  monument  ayant  disparu  sans  laisser  d'au- 
tres traces  que  la  terrasse  rectangulaire  qui  lui 
servait  de  soubassement,  avec  quelques  fragments 
de  frises,  de  colonnes  8t  de  chapiteaux  sur  lesquels 
nous  allons  revenir. 

'  ...tÔv  o'  £9'  r);j.wv  tw  Oeo)  vabv  oV/.oBôtirjaav  aèv  àzo 
Twv  hpôJv  ol  'A<i.'-pr/.rjov£i;  ypT)ij.iTa)V  (Pausan.  lib.  x, 
c.  5). 

'  ...*AjX(piXTU(5viov  8à  [Ji'.oOtoaiivTtov  tov  Iv  AsX'^ofat 
vuv  l6vTa  V7]ôv  Tptrjxoafwv  taXdtVTwv  IÇspydaOai...  to'j; 
AeXçoù;  Se  l-Ké^oiXls  T£TapTr;;;/'p'.ov  tou  [j.taOo>[JiaToç  r.Oi- 
paa/sfv  (Héhod.  1,  11,  c,  180), 


avaient  trouvé  le  moyen,  dit  l'historien, 
de  rejeter  sur  d'autres  une  partie  de  la 
charge  qui  leur  était  imposée.  Ils  s'étaient 
adressés,  dans  ce  but,  aux  sentiments  de 
piété  qu'excitait  dans  toute  la  Grèce,  de- 
puis la  guerre  de  Crissa,  le  sanctuaire  & 
l'oracle  du  divin  Apollon,  &  l'on  avait 
vu  pendant  plusieurs  années  les  grandes 
villes  grecques  d'Europe  ou  d'Asie  en- 
vahies par  des  groupes  de  pèlerins",  qui 
allaient  de  maison  en  maison  implorant 
la  charité  publique  au  nom  de  leur  dieu 
&  acceptant  avec  reconnaissance  le  peu 
qu'on  leur  donnait,  sans  se  rebuter  si 
quelque  porte  se  fermait  à  leur  approche. 
Le  pays  où  les  quêteurs  avaient  été  le 
mieux  accueillis,  de  l'aveu  des  Delphiens 
eux-mêmes,  était  la  vieille  &  sainte  Egypte, 
où  régnait  alors  le  roi  Amasis.  Les  Grecs  le 
surnommaient  le  Philhellène,  parce  qu'il 
leur  avait  permis  de  s'établir  &  de  com- 
mercer librement  dans  une  des  villes  du 
Delta,  celle  de  Naucratis,  qui  avait  ainsi 
sa  population  &  son  quartier  grec,  comme 
les  villes  chinoises  ou  japonaises  de  Hong- 
Kong  &  de  Yeddo,  les  seuls  ports  de  la 
côte  ouverts,  il  y  a  quelques  années,  aux 
occidentaux,  avaient  chacune  leur  quar- 
tier &  leur  population  européenne.  Pieux 
&  riche,  comme  l'étaient  traditionnelle- 
ment les  rois  de  son  pays,  Amasis  avait 
fait  donner  aux  quêteurs  mille  talents  en 
sel  d'alun  %  tandis  qu'ils  avaient  eu  quel- 
que peine  à  en  tirer  vingt  mines  de  la 
colonie  grecque  de  Naucratis,  préoccupée 
avant  tout  de  son  commerce  &  de  ses  af- 
faires ^ 

Les  travaux,  commencés  vers  l'an  535 
avant  notre  ère,  ne  furent  terminés  que 
vingt  ans  plus  tard,  &  ils  auraient  proba- 
blement duré  plus  longtemps,  si  une  des 
grandes  familles  d'Athènes,  les  Alcméoni- 
des,  chassés  de  leur  patrie  par  la  faction 

'  nXavwasvot  03  01  AeXaot  r.îo\  xà;  -ôXt;,  iSwTfvaÇov. . , 
(HkHOD.  1.   II,  c.    180.) 

^  On  sait  que  les  Égyptiens  n'ont  frappé  mon- 
naie que  postérieurement  aux  conquêtes  de  Cam- 
byse  &  d'Alexandre. 

'  ...oùx  IXâyjaTov  1$  Aîyj;;:TOu  ^vsfxavTO  '  "AixaTt? 
[xàv  yâp  açi  èow/.E  yi'Xia  aTunTrjpiVjÇ  -râXavist,  oî  5s  Iv 
A'y'J'tw  oîx.fovie;  "KXXr,v£;  eiV.oci  jj.vsaç  (Hékod.  l.l.). 


Note 

io5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


087 


victorieuse  de  Pisistrate  &  de  ses  parti-  les  débris  de  colonnes  &  de  chapiteaux 
sans,  ne  s'étaient  rendus  adjudicataires  des  qui  jonchent  encore  le  sol  ou  les  abords 
travaux  que  le  conseil  des  amphictyons  du  village  de  Castri,  ])âti  tout  entier  sur 
avait  mis  à  l'enchère".  Riches  &  généreux,  le  soubassement  pélasgique  du  temple'.  Il 
comme  on  l'était  déjà  dans  leur  ville,  ils  aurait  ainsi  ressemblé,  dans  ses  grands 
mirent  à  les  exécuter  un  zèle  8c  un  luxe  traits  au  moins,  aux  plus  anciens  monu- 
que  n'expliquerait  pas  seule  la  piété  héré-  ments  religieux  des  Grecs  que  nous  re- 
ditaire  dans  leur  famille  comme  la  fortune.  présentent  aujourd'hui  les  temples  encore 
C'est  ainsi  que  le  péristyle  du  monument  debout  de  Paestum,  d'Agrigente,  de  Séli- 
(zpévaoç),  qui  frappait  de  prime  abord  l'at-  nonte,  &  le  célèbre  Parthénon  d'Athènes, 
tention  &  les  regards,  fut  construit  tout  fondé  une  ou  deux  générations  plus  tard 
entier  en  marbre  blanc,  apporté  à  grands  (postérieurement  à  la  LXXX*  olympiade, 
frais  des  carrières  de  Paros,  contrairement  460  avant  l'ère  chrétienne), 
aux  clauses  du  cahier  des  charges,  qui  ne  Quant  aux  dimensions  du  monument,  on 
stipulait  d'autres  matériaux  que  la  pierre  sait  par  le  témoignage  d'un  sophiste  grec 
calcaire  du  Parnasse,  exploitée  déjà  sur  du  troisième  siècle  qu'il  avait  cent  pieds 
plusieurs  points'.  Les  tympans  des  deux  de  longueur  sur  une  largeur  &  une  hau- 
frontons,  les  métopes  &  les  triglyphes  de  teur  proportionnelles',  &  qu'il  était  en- 
la  frise  furent  également  décorés  de  sculp-  touré  de  puissantes  colonnes  dont  on 
tures  ou  de  bas-reliefs  monumentaux  exé-  retrouve  les  tronçons  engagés  dans  les 
cutés  presque  tous  par  des  artistes  athé-  substructions  ou  dans  les  murailles  des 
niens,  &  le  poëte  Pindare,  qui  écrivait  ses  maisons  du  village.  Le  stuc  fin  &  blanc 
premières  odes  un  demi-siècle  après  la  dé-  dont  ces  débris  sont  encore  revêtus  de 
dicace  du  monument,  pouvait  dire,  sans  loin  en  loin,  avait  évidemment  pour  but 
exagération  cette  fois,  que  les  descendants  d'en  dissimuler  la  matière'  &  de  les  re- 
d'Erechthée  (un  des  héros  protecteurs  mettre  en  harmonie  de  contour  &  de  poli 
d'Athènes)  venaient  de  bâtir  à  Apollon  avec  celles  du  Trpfvaoç  du  temple  qui  aurait 
«une  maison  digne  de  lui,  dans  la  ville  été  octostyle,  comme  le  disaient  les  Grecs"*, 
sainte  de  Pytho,  sur  les  croupes  rocheuses  si  c'est  lui  que  représente  la  monnaie  ro- 
du  Parnasse.  »  (PiNDAR.  Pythie.  VII,  9.) 

L'architecte,  sur  les  plans  duquel  le  mo-  .  m.   Max    Duncker  assure,    sans    en    donner 

nument  avait  été   construit,   s'appelait  de  d'autre  preuve,  que  les  colonnes  de  l'intérieur  du 

son  nom  SpintharOS.  Tout  ce  que  l'on  sait  temple  étaient  d'ordre  ionique  {Gesch.  der  Alter- 

de  lui,  c'est  qu'il  éti\it  Corinthien  de  nais-  thum,  t.  iv,  pp.  597-98). 


NOTB 

io5 


sance'  &  qu'il  est  mort  avant  d'avoir  pu 
mettre  la  dernière  main  à  son  monument 
qui  nous  est  lui-même  assez  peu  connu, 
quoique  les  écrivains  anciens  le  désignent 
ou  en  parlent  à  tout  moment.  Mais  il  res- 
sort au  moins  de  ces  indications,  quelque 
laconiques  qu'elles  soient  le  plus  souvent, 
qu'il  était  d'ordre  ou  de  style  dorique, 
comme  nous  l'apprennent  d'un  autre  côté 


...Tîûtp'   'A|xçpixTu6v(i)v  Tov  vr/ov  [xtaOouvTat  tov  Iv 
AEX(poî'a(,  TÔv  vuv  lôvia..,  xouxov  êîoty.o8o[XTÎaat(HÉROD. 

1.  V,  C.  62). 

*  ...Tdv  TE  VT)bv  iÇspYf^^avro  toû  ;:apa5£{y{iaTOç  vAX- 
Xtov  ...ITap{o'j  ta  I';x-foa0î  aùtou  2f:-otV,axv  (Héhod. 
LU). 

'  Apx.tT^XTU)v  SI  X'.;  Sni'vOapo;  l-^vizxo  ajxou  Kopt'v- 

OlOÇ  (PAfS\N.  1.  X,  C.  5). 


' vabî   §y.aT6[X7:3ûOî  (^Philostrat.   vit.    Apollon. 

Tyan,  vi,   i  i). 

'  Puisque  le  temple  était  bâti  de  pierre  calcaire 
du  Parnasse  :  ..  .-wp(vou  XîOou  (Hékod.  1.  v,  c.  62); 
...h.  -î);  r.ixpxi  or.oTxi  z£p\  xbv  Ilapva^aôv  siaiv  al  roX. 
Xat  (Pausan.  1.  X,  c.  32,  2  1). 

^  t5/.i:!iaxuXos ,  soutenu  par  huit  colonnes  ali- 
gnées. —  Le  Parthénon,  qui  devait  avoir  plus 
d'un  point  de  ressemblance  avec  le  temple  de 
Delphes,  avait  aussi  huit  colonnes  de  face  sur 
dix-sept  de  côté,  en  tout  quarante-six  colonnes, 
car  il  était  périptère  comme  lui,  c'est-à-dire  en- 
touré de  colonnes  qui  flanquaient  les  latéraux  & 
soutenaient  les  deux  portiques  (àcTO-jç)  antérieur  & 
postérieur.  L'intérieur  du  temple  était  divisé  en 
trois  nefs  formées  par  deux  rangs  de  colonnes  su- 
perposées, destinées  à  supporter  la  toiture  de  l'édi- 
fice dont  les  saillies  reposaient  extérieurement  sur 
les  colonnes  alignées  qui  entouraient  la  nef  ou  la 
cella. 


Note 
j  o5 


388 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


rnaine  frappée  à  Delphes  sous  le  règne  de  amenées  en  Grèce  par  Xerxès,  les  seuls 
l'empereur  Trajan.  peuples,  disaient  les  Delphiens,  qui  eus- 
Les  sculptures  du  fronton  qui  servait  de  sent  osé  lever  la  main  sur  la  ville  sainte, 
couronnement  au  portique  antérieur  re-  défendue  par  le  dieu  lui-même  &  par  les 
présentaient  les  grands  dieux  de  la  triade  héros  protecteurs  du  temple, 
delphique,  Latone  (A'/]tw),  Diane  ("Ap^sp.'-ç)  A  l'époque  où  Pausanias  visitait  le  sanc- 
&  Apollon,  escortés  du  chaste  chœur  des  tuaire,  que  personne  n'a  décrit  d'une  ma- 
Muses  dont  ils  inspiraient  les  chants.  Au-  nière  aussi  exacte  &  aussi  détaillée,  an  ne 
dessus  du  divin  cortège  on  apercevait,  dans  voyait  plus  à  l'angle  du  xpcvaoç  le  grand 
l'angle  formé  par  le  fronton,  le  char  étin-  cratère  d'argent,  dont  les  Delphiens  se 
celant  du  Soleil,  conduit  par  le  dieu  lui-  servaient  au  temps  d'Hérodote  pour  y  mê- 
mème,  couronné  de  tous  ses  rayons,  comme  1er  le  vin  &  l'eau  aux  jours  de  grandes 
il  l'est  à  la  fin  du  jour,  &  foulant  du  fêtes.  Epargné  à  deux  reprises  par  les  bar- 
pied  de  ses  divins  coursiers  les  nuages  qui  bares  d'Europe  &  d'Asie,  le  sanctuaire  avait 
le  séparaient  de  la  terre  '.  Le  bas-relief  du  été  traité  avec  moins  d'égards  par  un  peu- 
fronton  postérieur  était  rempli  par  un  pie  de  race  grecque,  les  Phocidiens,  qui 
chœur  de  bacchantes  &  de  ménades,  grou-  s'étaient  emparés  de  la  ville  à  main  armée 
pées  aussi  dans  diverses  attitudes  autour  &  avaient  converti  le  temple  en  une  es- 
de  leur  A'.ivusoç  (le  Bacchus  de  la  Thrace),  pèce  de  forteresse  où  ils  résistèrent  pen- 
un  des  anciens  dieux  du  temple  &  de  la  dant  plusieurs  mois  aux  populations  du 
ville,  dépossédé  aussi  par  le  divin  Apollon.  voisinage,  coalisées  dans  une  sorte  de  croi- 
Commencés  par  l'Athénien  Praxias,  élève  sade  pour  reconquérir  les  lieux  saints, 
de  Calamis,  ces  deux  bas-reliefs  que  Pau-  Un  historien  contemporain,  Théopompe, 
sanias  décrit  avec  l'attention  qu'il  n'ac-  dont  les  ouvrages  sont  malheureusement 
corde  guère  qu'aux  œuvres  d'artistes  émi-  perdus,  consacrait  tout  un  chapitre  de  ses 
nents,  auraient  été  terminés  l'un  &  l'autre  Philippîca  à  énumérer  les  spoliations  que 
par  l'Athénien  Androsthènes,  élève  d'Eu-  le  temple  avait  subies  par  le  fait  de  ces 
cadmus,  car  Praxias  était  mort,  comme  profanateurs,  qui,  après  avoir  épuisé  les 
l'architecte  Spintharos,  sans  avoir  pu  met-  provisions  enfermées  dans  les  celliers,  en 
tre  la  dernière  main  à  son  œuvre'.  Sur  les  étaient  venus  à  porter  la  main  sur  les  ri- 
métopes  de  la  frise,  séparées  par  des  tri-  chesses  entassées  dans  le  temple  ou  dans 
glyphes  ornés  eux-mêmes  de  bas-reliefs,  se  les  trésors  qui  en  dépendaient,  depuis  les 
déroulaient  d'un  côté  les  scènes  variées  de  objets  d'or  &  d'argent  convertis  en  mou- 
la lutte  des  dieux  &  des  géants,  de  l'autre  naie  pour  salarier  les  mercenaires  dont  se 
celles  des  divers  travaux  d'Hercule,  associé  recrutaient  leurs  bandes  jusqu'à  ceux  de 
ici  à  d'autres  héros  bienfaiteurs  de  l'hu-  bronze  &  de  fer  qu'ils  avaient  fondus  ou 
manité,  puisque  l'on  y  voyait  l'irrépro-  forgés  pour  en  fabriquer  des  armes, 
chable  Bellérophon  attaquant  la  chimère  C'est  ainsi  qu'avaient  disparu  avec  le 
au  triple  corps,  telle  que  la  représen-  grand  cratère  dont  nous  venons  de  par- 
taient les  poètes  &  les  artistes  de  l'âge  1er,  une  foule  d'àvaOr,[j.aTa  ou  d'offrandes 
épique  ^.  L'architrave  était  décorée,  comme  d'un  grand  prix,  sauvés  non  sans  peine  par 
celle  du  Parthénon  à  Athènes,  d'un  cordon  les  Delphiens,  lors  de  l'incendie  du  pre- 
continu  de  boucliers  dorés,  provenant  les  mier  temple,  &  qu'Hérodote  avait  trouvé 
uns  des  bandes  gauloises  commandées  par  dispersés  dans  les  trésors  particuliers  des 
Brennus^,  les  autres  des  bandes  persanes  villes  grecques',  où  on  les  croyait,  à  cause 

de  cela,  mieux  gardés  que  dans  le  temple 
lui-même.  Le  seul  objet  qui  attirât  le 
regard,  sous  la  majestueuse  colonnade  un 
peu  vaste  &  nue  au  premier  siècle  de 
notre  ère,  était  une  statue  de  bronze  du 


Note 
io5 


'  ..."/.ai  [j.ouaai,  oiaiç  xz  7]Xîou...  (Pal'SAn.  lib.  x, 
c.  19,  5  4. 

^  Pausan.  l.l. 

^  Euripid.  Ion,  v.  i83  &  suiv. 

*  ...h  àpioTcpa  FaXaTÔiv  or)  o::Xa  (Pausan.  lib.  x, 
c.  19.  5  4)> 


'  Dans  celui  des  Corinthiens  notamment. 


Note 
io5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


389 


vieil  Homère,  le  premier  qui  eut  chanté  la 
puissance  sans  égale  du  dieu  â  l'arc  d'ar- 
gent &  les  miracles  de  sa  ville  sainte,  la 
rocheuse  Pytho,  où  l'on  venait  de  tous  les 
points  de  la  Grèce  consulter  son  oracle. 
Sur  les  murs  extérieurs  de  la  cella  étaient 
gravées  en  lettres  d'or  quelques-unes  des 
sentences  les  plus  célèbres  de  la  sagesse 
antique,  sans  en  excepter  le  FvwO'.  TsauTcv 
de  Socrate  avec  lequel  la  religion  menacée 
à  son  tour  avait  fini  par  se  réconcilier. 
Ces  aphorismes  philosophiques,  que  li- 
saient ou  qu'épelaient  les  pèlerins  avant 
de  pénétrer  dans  le  sanctuaire,  alternaient 
sur  le  fond  blanc  du  mur  avec  des  E  de 
diverse  taille  regardés  comme  des  allu- 
sions symboliques  au  culte  ou  à  l'histoire 
du  dieu".  Ils  n'étaient,  disait-on,  que  la 
reproduction  d'un  original  conservé  dans 
le  trésor  du  temple  qui  en  possédait  trois 
exemplaires,  l'un  de  bois,  donné  par  les 
Sept  Sages  de  la  Grèce  (venus  tous  les  sept 
à  Delphes  suivant  la  tradition,  &  tous  en- 
semble qui  plus  est);  un  autre  de  bronze 
envoyé  par  les  Athéniens,  8c  un  troisième 
d'or  massif,  offert  par  l'impératrice  Livie, 
une  des  dernières  bienfaitrices  du  temple, 
que  Néron  allait  dépouiller. 

Dans  le  vacç  où  les  pèlerins  ne  péné- 
traient qu'après  s'être  purifiés  dans  une 
des  fontaines  saintes  &  avoir  immolé  au 
moins  un  des  animaux  agréables  au  dieu 
(une  chèvre  ou  un  bouc  le  plus  souvent), 
les  premiers  objets  qui  frappaient  le  regard 
étaient  une  statue  d'Apollon  plus  grande 
que  nature,  dédiée,  disait-on,  par  le  con- 
seil des  Amphictyons,  &  un  groupe  allégo- 
rique de  cinq  figures,  dans  lequel  l'artiste 
avait  représenté  les  trois  Parques  (at  McTpat) 
conduites  par  Jupiter  &  par  Apollon  qui 
prenait,  à  ce  titre,  le  nom  de  [^-oipaYér^ç 
(guide  ou  conducteur  des  Parques).  Envi- 
sagé sous  ce  nouvel  aspect,  le  grand  dieu 
de  Delphes  n'était  plus  seulement  le  con- 
fident des  destinées  humaines,  il  en  deve- 
nait le  maître  &  l'arbitre,  &  les  sceptiques 
les  plus  obstinés  n'avaient  qu'à  s'incliner 
devant  ses  oracles  aussi  infaillibles  que 
ceux  de  Jupiter  dans  l'hiéron  de  Dodone. 
Mais  à  côté  de  ces  oeuvres,  relativement 

'  Plutarch.  de  Et  ap.  Delpli.  c.  2.   17. 


modernes,  car  Pausanias  se  contente  ici  de 
simples  indications,  sans  noms  propres  & 
sans  dates,  figuraient  quelques-unes  des  re- 
liques les  plus  vénérées  du  sanctuaire  dont 
elles  rappelaient  ou  explic[uaient  l'his- 
toire. C'était  à  ce  titre  que  les  périégètes 
(les  cîceroni  du  temple),  faisaient  remar- 
quer aux  visiteurs  un  autel  de  forme  ar- 
chaïque dédié  au  dieu  Poséidon  (Neptune) 
qui  avait  ])Ossédé,  jusqu'à  l'arrivée  d'Apol- 
lon, la  ville  sainte  &  le  temple  où  il  ren- 
dait ses  oracles  par  des  prêtres  ou  des  pro- 
phètes à  lui.  Un  endroit  du  sol,  jonché  de 
cendres  &  de  charbons  à  demi  calcinés  que 
l'on  évitait  soigneusement  de  balayer,  pas- 
sait, à  tort  ou  à  raison,  pour  le  foyer  où  le 
prêtre  d'Apollon  avait  immolé  de  sa  main 
le  héros  Néoptolème,  fils  d'Achille,  un  des 
premiers  profanateurs  du  sanctuaire.  Plus 
loin  on  voyait,  adossé  au  murale  siège  de 
fer  où  s'asseyait  le  poète  Pindare,  pen- 
dant les  longues  heures  qu'il  passait  dans 
le  temple  à  méditer  les  louanges  du  dieu 
ou  à  chanter  les  athlètes  qui  se  disputaient 
le  prix  de  ses  jeux  devenus  célèbres  dans 
toute  la  Grèce". 

La  partie  du  monument  spécialement 
affectée  au  service  de  l'oracle  était  connue 
à  Delphes  sous  les  noms  de  [j.avTîTov  l'oracle 
proprement  dit,  ou  sous  celui  d'àcuTov, 
parce  qu'elle  était  inaccessible  aux  femmes 
&  interdite  même  à  la  foule  des  visiteurs, 
que  les  serviteurs  du  temple  contenaient 
non  sans  peine  à  l'entrée  de  la  cella.  Pau- 
sanias, qui  devient  ici  réservé  &  sobre  de 
détails,  suivant  son  habitude,  ne  signale 
dans  cette  partie  du  sanctuaire  où  le  vul- 
gaire ne  pénétrait  plus,  qu'une  statue  du 
dieu  en  or  dont  il  ne  spécifie  ni  le  poids 
ni  la  taille,  ni  l'auteur,  ni  le  donateur. 
Tout  semble  indiquer  pourtant,  &  nous 
en  trouverions  au  besoin  une  nouvelle 
preuve  dans  la  phrase  sacramentelle  ...y.a- 
Tc'.G'.v  dq  10  xpr^tjTtjpiov  ...y.axéS-/]  ïq  xb  [jiavTsrov 
(descendre  à  ou  vers  l'oracle)  appliquée 
par  les  anciens'  à  la  Pythie  au  moment  où 

'  De  là  le  nom  de  IljOta  sous  lequelùl  désignait 
lui-même  ces  odes  d'un  mouvement  si  rapide  & 
d'un  style  si  élevé. 

'  Par  Plutarque  notamment  :  De  Pytit.  oracul. 
&  Je  defcct.  oracul.  pass. 


Note 
io5 


Note 
io5 


390  NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

elle  allait  prophétiser  que  le  sol  du  tem-  par  où  s'échappait  le  souffle  ou  l'esprit  di- 
ple  était  ici  surbaissé,  c'est-à-dire  infé-  vin  (divinus  afflatus;  -:b  7:vs5[j,a  èvOoucr'.as-:'.- 
rieur  au  sol  de  la  cella  dont  il  se  trouvait  -/.cv),  &  c'était  au  sommet  du  trépied,  sur 
ainsi  séparé  par  un  ou  plusieurs  degrés,  un  escabeau  assujetti  au  couvercle  que 
Un  géographe  de  date  récente,  il  est  vrai,  s'asseyait  à  son  tour  la  Pythie,  de  manière 
mais  qui  emprunte  volontiers  ses  rensei-  à  dominer  la  foule  silencieuse  &  émue  qui 
gnements  à  des  sources  anciennes,  Etienne  se  pressait  à  l'entrée  du  vacç  &  jusque  sur 
de  Byzance,  assure  formellement  que  cette  les  gradins  du  péristyle, 
portion  de  l'édifice  était  dallée  de  marbre  Depuis  l'esclandre  du  Thessalien  Eché- 

pentélique,  &  qu'elle  avait  fait  partie  du  cratès,  qui  avait  enlevé  de  vive  force,  as- 
monument  de  Trophonios  &  d'Agamédès,  sisté  de  quelques  amis,  une  des  Pythies 
respecté  &  conservé  ici  par  l'architecte  du  du  temple  '  dont  la  beauté  ,  relevée  par 
rfouveau  temple  en  raison  de  son  carac-  l'enthousiasme  divin,  l'avait  enivré  jusqu'à 
tère  sacré.  D'autres  inductions,  plus  con-      troubler  sa  raison,  il  avait  fallu  renoncer 

à  les  choisir,  comme  on  l'avait  fait  jus- 
qu'alors, parmi  les  jeunes  filles  les  plus 
nobles,  les  plus  riches  &  les  plus  belles 
de  la  ville'.  Les  seules  conditions  que 
l'on  exigeait  d'elles,  depuis  cette  réforme, 
étaient  d'être  encore  saines  de  corps  & 
d'esprit,  &  d'une  chasteté  à  l'abri  du  soup- 
çon^  Mais  il  était  rare  que  les  plus  robus- 
tes elles-mêmes  résistassent  longtemps  à  la 
vie  d'émotions  périodiques  à  laquelle  on 
les  condamnait.  Celle  que  Plutarque  avait 
vue  sur  le  trépied  &  qui  faisait  exception 
à  cette  règle,  car  elle  avait  atteint  un  âge 
presque  avancé,  devait  ce  privilège  à  un 


Note 
I  o5 


cluantes  encore,  ne  permettent  point  de 
douter  qu'elle  ne  fût  restée  hypaethre,  c'est- 
à-dire  à  ciel  ouvert  (jt:'  a?0ipOj  comme 
l'avaient  été  jusqu'à  la  naissance  de  l'ar- 
chitecture proprement  dite  les  sanctuai- 
res primitifs  dont  nous  essayions  tout  à 
l'heure  de  distinguer  les  âges  &  les  types. 
Mais  les  peintures  des  vases,  plus  expli- 
cites &  moins  scrupuleuses  ici  que  les 
écrivains  de  profession,  nous  ont  con- 
servé de  précieux  détails  sur  la  disposition 
&  l'ameublement  de  cette  partie  de  l'édi- 
fice dont  elle  passait  avec  raison  pour  le 
centre  &  le  lieu  saint  par  excellence". 
C'était  là,  en  effet,  que  se  trouvait  le  ce-  certain  calme  de  tempérament  sur  lequel 
lèbre  trépied  sur  lequel  montait  la  Pythie  s'émoussaient  les  impressions  divines  &  à 
pour  prédire  ou  pour  annoncer  l'avenir  une  égalité  d'humeur  qui  lui  avait  attiré 
de  par  le  dieu,  comme  on  le  disait  à  Del-  d'unanimes  sympathies  dans  la  ville  & 
phes  :  jAavxeûsaOat  èv.  toj  Osou.  Il  était  doré  même  dans  le  temple  où  l'on  parlait  d'elle 
&  analogue,  au  moins  par  la  forme,  aux      comme  d'une  femme  simple  &  sainte,  aussi 


trépieds  de  fer  ou  de  bronze  dont  on  se 
servait  de  toute  antiquité  dans  l'intérieur 
des  maisons  grecques;  avec  cette  diffé- 
rence seulement  qu'il  était  ici  d'une  taille 
exceptionnelle  ( -ptzoBa  u'|*/]Xév)  &  sur- 
monté au  sommet  d'une  sorte  de  couvercle 
circulaire  &  bombé  qui  lui  donnait  un 
aspect  particulier.  Ce  couvercle,  devenu 
lui-même  un  objet  de  vénération  pour  les 
croyants  qui  le  désignaient  sous  le  nom 
de  '6\\).oq  ou  de  •/.jxAcç  iJ.Tfzv/.éq  (le  cercle 
prophétique),  était  à  jour  &  formé  de  deux 
traverses  rivées  au  sommet  du  couvercle 
où  elles  se  coupaient  en  manière  de  croix. 
Le  trépied  était  dressé  au-dessus  de  la  cre- 
vasse, soigneusement  respectée  elle-même, 

'  XQ  àoutov  —  Tou  vaou  To  IjwTaTw  (pass.). 


régulière  dans  sa  conduite  que  circons- 
pecte dans  ses  discours  ■*.  Etrangère  aux 
choses  &  aux  plaisirs  du  monde  dont  elle 
n'avait  ni  l'habitude  ni  le  goût,  car  elle 
était  fille  de  pauvres  paysans  (...Yîopyôjv 
TTcVYi-wv,  Plutarch.  Z.L),  elle  était  tout 
entière  à  ses  devoirs  &  à  son  dieu  dont 


'  Car  il  y  en  avait  plusieurs  à  cette  époque 
de  foi. 

"  Diodore  de  Sicile  assure  que  l'on  s'était  arrêté 
à  rage  de  cinquante  ans  révolus  :  ...'Jaispov  r.vnr^- 
v.o^noi  Itwv  (Diod.  xvi,  26),  qui  avait  paru  offrir 
cette  fois  des  garanties  suffisantes. 

^  . . .  àyvrjv  5'.à  piou  (Plutarch.  De  oracul,  c.  46, 
defect.). 

^  . ..  vo[i.([j.u;  -/.al  xaXôJ;  xa\  p^SiW.ïv  rjTa/.xw;.  (Plu- 
tarch. De  Pyth.  oracul.  c.  22.) 


Note 
I  o5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


391 


elle  traduisait  les  pensées  les  plus  intimes 
sans  exagération  &  sans  effort,  «  comme 
le  ferait  une  chaste  épouse  pour  laquelle 
l'époux  n'aurait  point  de  secrets  '.  »  D'au- 
tres la  comparaient  à  l'archet  muet  ('itay;/.- 
Tpov)  qui  fait  vibrer  la  lyre  sans  en  parta- 
ger l'émotion  intime,  ou  à  la  pure  ^ôAyjvy) 
(la  Lune),  dont  la  lumière  douce  &  égale 
n'est  aussi  qu'un  reflet  de  celle  du  SoleiP. 
Mais  en  dépit  de  ses  cheveux  blancs  & 
de  ses  joues  amaigries  elle  était  restée  fi- 
dèle, comme  les  sibylles  qui  l'avaient  pré- 
cédée, au  costume  traditionnel  sous  lequel 
nous  les  représentent  les  peintures  des 
vases  grecs  &  qui  n'était  autre  chose  lui- 
même  que  le  costume  national  des  jeunes 
Phocidiennes  au  temps  de  la  croisade  de 
Crissa.  Vêtue  de  la  xystis,  espèce  de  tuni- 
que traînante  dont  la  laine  fine  &  souple 
accusait  sans  pitié  les  contours  ou  les  an- 
gles, elle  portait  les  cheveux  relevés  en 
boucles  sur  le  front  &  tombant  derrière  la 
tête,  où  ils  étaient  retenus  par  une  sorte 
de  résille  en  fil  d'or.  Ses  jambes  nues 
étaient  chaussées  du  cothurne  que  por- 
taient les  acteurs  tragiques  ou  comiques' 
dont  le  costume,  religieux  à  l'origine,  re- 
montait lui-même  aune  haute  antiquité; 
&  ce  n'était  jamais  sans  un  mouvement 
de  curiosité  respectueuse,  même  à  cette 
époque,  qu'on  la  voyait  monter  lente- 
ment sur  le  trépied,  entourée,  suivant 
l'usage,  des  saints  &  des  prêtres  du  tem- 
ple, la  main  pleine  de  farine  d'orge  (v,pi- 
O'.vov  àXsupov)  &  mâchant  les  feuilles  du 
laurier  sacré.  Au  bruit  de  son  apparition, 
porté  bientôt  de  groupe  en  groupe,  les 
oisifs  de  tout  âge  qui  passaient  leurs  jour- 
nées dans  le  temple  où  les  arrêtaient  des 
spectacles  de  plus  d'un  genre,  les  pèlerins 
&  les  touristes  que  les  périégètes  prome- 


'  , .  .wç  àXrjOôJî  T7)V  'l'>i'/Jl^)  tw  Oeo)  oûvcaTïV,  dit  Plu- 
tarque  (l.l.),  en  avouant  pourtant  qu'elle  n'avait 
plus  rien  d'une  épousée,  au  sens  habituel  du  mot  : 
. .  .iXây t'JTa  T'/jv  vy|j.cpr,v  toouoïtv. 

'  . . .  Ot'ov  y^p<ji[LViov  t^  ITuOîa  rpbç  à/.OTjv,  xaOù)?  ^Xioç 
ypiÎTai  aîXrjvrj  r.phç,  oitv  (Plutarch.  De  Pyth.  oracul. 
c.  21 .) 

'  . . .  xpojSûXou;  x£  /^paouç    /.ai  ^u-r-toaç  [;.aXa/.à; 

....^.xai  z6jj.?)v   aoSapwilpav    -/.at   -/.ôOopvov.   (Plu- 

T.VRCii.  De  Pyth.  oracul.  c.  24.) 


liaient  d'un  monument  à  l'autre  en  les 
étourdissant  de  leur  bavardage  érudit,  les 
philosophes  eux-mêmes  dont  le  ii\).vK<i 
était  resté  l'asile  &  qui  y  dissertaient  m^- 
tin  &  soir  de  choses  sacrées  ou  profanes, 
se  précipitaient  à  l'envi  vers  les  portes  du 
temple  toujours  ouvertes  ce  jour-là.  Les 
derniers  arrivés  se  hissaient  sur  des  esca- 
beaux ou  sur  des  pierres  apportées  du  voi- 
sinage, &  tous  écoutaient  l'oreille  dres- 
sée, dans  un  silence  religieux,  les  mots 
incohérents  &  les  phrases  entrecoupées 
que  prononçait  la  sibylle,  sur  une  mélo- 
pée lentement  accentuée  dont  la  mono- 
tonie contrastait  avec  l'éclat  de  ses  yeux 
qui  semblaient  percer  les  ténèbres,  avec 
le  tremblement  convulsif  dont  frémis- 
saient tous  ses  membres  &  avec  la  sueur 
qui  ruisselait  de  son  front  sans  qu'elle 
osât  l'essuyer. 

C'était,  suivant  toute  apparence,  en 
dehors  de  l'àcuTOv  &  même  du  va;ç  que  se 
trouvait  le  laurier  sacré  (?epâ, ';:'jOr/.r,  oxsvr,), 
qui  tremblait  aussi,  disaient  les  dévots,  au 
moment  où  se  manifestait  l'esprit  saint' 
&  dont  la  Pythie  mâchait  les  feuilles 
avant  de  monter  sur  le  trépied.  La  fon- 
taine Cassotis,  dont  elle  devait  boire  l'eau 
sainte  pour  achever  de  se  mettre  en  com- 
munion avec  le  dieu,  naissait  assez  loin 
du  temple  où  elle  était  amenée  par  un 
aqueduc  voûté,  de  manière  à  couper  trans- 
versalement le  va5ç  d'où  elle  ressortait  à 
ciel  ouvert  après  l'avoir  traversé.  Mais 
c'était  certainement  dans  le  temple  lui- 
même  ik  au  voisinage  de  l'àouTOV,  que  se 
trouvait  l'espèce  de  sacristie  où  l'on  enfer- 
mait les  pèlerins  Us  jours  d'oracle*  &  où 
ils  devisaient  de  choses  &  d'autres  en 
attendant  l'appel  de  leur  nom.  Plutarque, 
le  premier  &  le  seul  des  écrivains  an- 
ciens qui  en  parle,  assure  qu'elle  se  rem- 
plissait à  certains  jours  de  senteurs  parfu- 
mées, beaucoup  plus  délicates  que  celles 
de  l'encens  &  de  la  myrrhe,  &  qui  ne 
pouvaient  provenir  que  de  l'intérieur  du 
temple  au  moment  où  le  dieu  le  remplis- 
sait de  son  souffle. 

'  . . .  6 «IJoîGoç aùîbç  7:u0iy.fjv  ositiaç  oâov/jv.  (AniSTOrii. 
Plut.  V.  21  3,  Se  Schol.  ad  l.l.) 

"j....,Tou;   /pwpiÉvouî    XM   Oio).  (Plcxakcu.  f^«.) 


Note 
io5 


Note 
io5 


39: 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 
III 


&  les  mosquées  des  musulmans,  qui  sont 
restés  fidèles  à  ces  vieilles  habitudes,  pro- 
Pour  se  faire  une  idée  à  peu  près  exacte  bablement  orientales  d'origine,  sont  en- 
du  monument  que  nous  venons  de  décrire,  core  entourées  ou  précédées  d'une  vaste 
il  faudrait  se  le  représenter,  comme  nous  cour  fermée  (haram)  que  l'on  ne  distingue 
le  montrent  les  écrivains  anciens,  assis  au  point  en  orient  du  temple  proprement  dit. 
centre  d'une  terrasse  qui  dominait  à  son  Quelque  vaste  qu'elle  ait  été  à  l'origine 
tour  la  petite  ville  de  Delphi  (AeX^oO  &  la  ou  qu'elle  soit  devenue,  par  suite  de  re- 
vallée encaissée  du  Pleistos,  sur  les  flancs  maniements  ou  d'additions  successives,  la 
de  laquelle  elle  s'affaissait  «  en  talus  mosquée  n'occupe  généralement  que  le 
abruptes  de  tous  les  côtés  '.  »  Ce  que  l'on  fond  ou  le  centre  de  cette  enceinte  où  se 
appelait  à  Delphes  le  terne  nos  du  temple',  sont  élevés  à  diverses  époques  les  tom- 
n'était  autre  chose  que  l'aire  de  cette  ter-  beaux  de  saints  personnages,  des  colon- 
rasse,  circonscrite  extérieurement  par  un  nés  ou  des  stèles  votives,  quelquefois  de 
mur  d'enceinte  percé  de  nombreuses  issues  petites  mosquées  de  date  récente  bâties 
destinées  à  en  faciliter  l'accès  du  côté  de  sur  le  modèle  de  la  grande.  Les  vasques 
la  ville.  Tout  ce  qui  se  trouvait  à  l'inté-  des  fontaines  jaillissantes  qui  précèdent 
rieur  de  ce  mur  d'enceinte,  connu  ici  l'entrée  ou  les  entrées  du  monument,  en- 
comme  ailleurs  sous  le  nom  de  mur  sacré  tourées  de  cyprès  ou  de  palmiers,  dispa- 
(6  tîpbç  r.tp'.îoXoz) ,    était    regardé    comme  raissent  en  partie  au  milieu  de  ces  cous- 


Note 
io5 


appartenant  au   dieu   &  faisant  partie   de 
son  temple'.  Les  pagodes  des  bouddhistes 


'  Parnassi  in  rupe  undique  impendente...  (JuST. 
Epitom.  XXIV,  6).  —  AeXçoÎ'i;  os  t)  t.6Xiç,  à'vavcs;  oik 
r.i'^r\i  7:apé/£-at  o/f,tj.<x,  (Pausan.  x,  8,  5  9). 

'  ...IssXOovrt  5È  h  '0  t£[A£voç  (Pausan.  x,  9). 

'  OuTo;  Sa  (ô  Upbç  rspISoXoç  tou  'A7:6XXtovoç)  y.t~ 
Y^Oj'.  [Asyaç  y.cà  (JvwtâTOj  tou  icfTswç  laxi*  T^T(xr,VTat  8e 
xa\  è'^oooi  St'aÙTOu  ouve/sI'î  (Pausan.  x,  9).  —  La  ville 
qui  avait  son  organisation  politique  8c.  son  admi- 
nistration distinctes  de  celles  du  temple,  comme  le 
prouve  une  foule  d'actes  officiels  :  ...jûspl  xb  îepbv 
y.at  TTjv  roXiv  -wv  AsXçCJv  (Boeckii,  Corp.  Inscr.  Graec., 
n"  1693),  n'était  qu'une  petite  ville  de  montagne 
née  de  l'oracle  &  du  temple  dont  tout  le  monde 
vivait  de  près  ou  de  loin  dans  la  ville:  ihi  ciyita- 
tcm  frequent'ia  hominum  fecit  (Justin,  Epitom,, 
16,  xxi),car  elle  n'avait  d'autre  territoire  culti- 
vable :  ...-ETpwocî  ytopfov  (Strab.  ix,  m,  \  3),  que 
l'étroite  vallée  du  Pleistos  qui  bruissait  à  trois 
stades  au-dessous  :  ...où  -X^ov  .,.r\  xp;a  aidôta. 
(Pausan.  x,  8),  &  la  plaine  alluvionale  de  Crissa 
frappée  depuis  longtemps  d'interdit  par  un  décret 
des  amphictyons  (Voir  tome  I,  p.  22).  Au  temps 
de  Strabon  qui  la  décrit  d'une  manière  très-pittores- 
que, elle  n'avait  pas  plus  de  seize  stades  de  circuit  : 
...|y./.atosxa  araôfwv  /.u/.Xto  (Strac,  l.l.^  un  peu  moins 
de  trois  kilomètres),  pas  de  murailles  proprement 
dites,  grâce  aux  précipices  qui  en  tenaient  lieu 
[...non  mûri  sed  praecipitla  (Justin.  Epitom.  l.l.),  & 
elle  se  composait  de  deux  quartiers  bien  distincts 
dont  le  mieux  habité  qui  était  en  même  temps  le 
plus  élevé,  était  connu   sous   le   nom  poétique  de 


tructions  disparates,  &  l'on  s'explique,  en 
tenant  compte  ici  de  la  vie  séculaire  du 
temple,  comment  le  temenos  avait  fini  par 
se  trouver  encombré  aussi  de  monuments 


Napé  :  Nc<7:ri  ...'A;:oXXû>via  Ndnrj  (PiND.),à  cause  des 
nombreuses  fontaines  qui  le  traversaient  en  se  ren- 
dant au  Pleistos.  —  Le  temple,  qui  dominait  les 
deux  quartiers  de  la  ville  :  ...àvotitio  tou  aaTSw; 
Pausan.  Z.Z.),  était  orienté  de  l'est  à  l'ouest  comme 
la  vaste  terrasse  qui  lui  servait  de  soubassement  & 
encadré  du  côté  du  nord  par  l'hémicycle  des  roches 
phédriades:  .  ..OsaTpoêiorjç  xxTà  /.opu-iTnv  (Strau.  1.1, 
..  in  formam  theatri  (Justin,  l.l.)  qui  lui  formait 
comme  un  rempart  naturel  :  ...çpoûp'.ov  à-h/ytaç, 
(Héliod.  Aethiop.  II,  p.  I  10).  Il  présentait  ainsi 
son  flanc  droit  sur  la  vallée  et  avait,  du  côté  de 
l'est,  son  entrée  principale,  formée  par  un  escalier 
monumental  qu'ont  remis  au  jour  les  fouilles  pra- 
tiquées dans  ces  derniers  temps  aux  abords  du 
sanctuaire.  C'est  à  côté  de  cet  escalier  qu'a  été  dé- 
couverte la  plus  ancienne  des  inscriptions  gravées 
sur  les  murs  polygonaux  du  soubassement}  elle 
remonte  à  l'an  221  avant  notre  ère  &  serait  ainsi 
postérieure  d'un  demi -siècle  environ  à  l'exode, 
c'est-à-dire  à  la  déroute  des  bandes  gauloises  qui 
avaient  assiégé  le  temple  sans  y  pénétrer,  comme 
l'assurent  tous  les  historiens  grecs,  à  l'excep- 
tion d'un  seul,  qui  soutenait,  lui,  que  Brennus 
était  entré  dans  le  temple  où  il  n'avait  trouvé,  à 
son  grand  étonnement,  que  des  statues  de  bois  ou 
de  pierre  :  ...sic  vabv  2X0ù)V  àpYupoviv  [lèv  r\  ypuaouv 
oùoÈv  etosv  àvâOrj[j.a,  àYâX[j.ata  ôè  aôva  XtO'.va  za\  fûXivx 
(DiOD.   l.l.   XXII,  c.  4). 


Note 
io5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


d'âge,  de  taille  &  de  formes  diverses,  mêlés 
de  loin  eu  loin  à  des  reliques  en  renom 
comme  la  pierre  arrondie  (une  moraine 
probablement?)  sur  laquelle  montait  la  si- 
bylle Hérophile  ',  la  première  femme  qui 
ait  eu  l'honneur  «  de  chanter  les  oracles 
au  nom  du  dieu,  »  &  le  célèbre  ci;.^aAc;;  ^y^ç 
(umbilicus  terrae)^  dont  le  bas-relief  mysté- 
rieux avait  toujours  le  privilège  d'attirer 
la  foule'. 

Le  plus  connu  de  ces  monuments,  dont 
la  plupart  n'étaient  que  des  édicules  d'as- 
sez petite  dimension,  paraît  avoir  été  celui 
de  la  déesse  Pyj  (la  Terre),  qui  avait  pré- 
cédé tous  les  dieux  dans  la  possession  du 
sanctuaire  où  elle  avait  conservé  sous  cha- 


AsXço't  arîadtv  çacrtv  ajai  -cou;  y  pr,a[i.cu;  ovojjia  'llpoçt- 
Xr)v,  21{6uXXav  os  iTîly.Xrjitv  (Pausan.  x,  12).  On  la 
montrait  à  côté  du  portique  bâti  par  l'athénien 
Phormion,  à  l'occasion  d'une  bataille  navale  ga- 
gnée sur  les  alliés  des  Spartiates,  pendant  la  guerre 
du  Péloponèse. 

'  Ce  bas-relief,  que  nous  connaissons  aussi   par 
les   peintures  des   vases   grecs  où    il  est   représenté 
à   plusieurs   reprises  (voir  passim   les  ouvrages  de 
Broenstedt,  de  Mueller  &  de  O.  Jahn,  planches  & 
textes)  n'était,  en  réalité,  que  l'image  en  relief  de 
la  montagne  sainte  du  Parnasse,  regardée  à  Del- 
phes comme  le  centre  &  le  point  culminant  de  la 
terre.  Elle  y  était  représentée  sous  la  forme  d'une 
espèce  de  mamelle  cachée  en  partie,  comme  l'affirme 
Strabon,  sous  des  bandelettes  de  laine  ou  de  soie, 
&  accostée   à    ses   extrémités   de   deux    aigles  d'or 
massif  (d'autres  parlent  de  deux  $erpentsailés)dont 
les  images ,  arrachées  par  les  Phocidiens  au  temps 
de  la  guerre  sacrée,  n'étaient  plus  représentées  que 
par  les  trous  des  tenons  qui  avaient  servi  à  les  fixer 
sur  le  marbre.  Ces  deux  aigles,  lâchés  par  Jupiter 
des  deux  bouts  de  l'horizon,  comme  le  racontait  le 
poëte  Pindare  dans  une  de  ses  Pythiques  (IV,  4), 
s'étaient   précisément    rencontrés  au-dessus  de    la 
ville  &  du  temple,   dont  la  position  se  trouvait 
ainsi  déterminée  par  une  autorité  indiscutable.  — 
C'était  par  une  conception  du   même  genre    que 
la  montagne  sainte  de  Jérusalem,  sur  laquelle  se 
fixaient,  depuis  les  croisades,  les  regards  de  l'Eu- 
rope chrétienne,  était  devenue  par  degrés  un  point 
géographique  d'une  importance  exceptionnelle,  le 
centre  aussi    &  le  sommet  du  globe  terrestre,  que 
l'on  se  représentait,  au   temps  de  Christophe  Co- 
lomb, sous  la  forme  d'une  poire  élargie  &  aplatie 
par   la    base   (voir  passim   les  ouvrages    de  M.    de 
Humboldt). 


Il  était 


cun  d'eux  sa  place  &  ses  droits  '. 
bâti  tout  à  côté  <lu  grand  temple,  à  l'en- 
droit où  la  fontaine  Cassotis  en  ressortait 
à  ciel  ouvert  après  l'avoir  traversé  du  nord 
au  sud.  En  remontant  le  Lit  de  cette  fon- 
taine, cachée  ici  sous  un  aqueduc  qui  en 
amenait  les  eaux  à  Vadyton  du  temple,  on 
rencontrait,  à  quelque  distance  du  monu- 
ment, un  tombeau  d'apparence  archaïque, 
entouré  suivant  l'usage  d'un  mur  de  clô- 
ture peu  élevé  %  &  à  quelque  distance  du 
tombeau  une  relique  d'un  autre  genre,  qui 
avait  aussi  grand  besoin  d'explication,  car 
elle  n'était  autre  chose  qu'un  caillou  roulé 
de  taille  moyenne,  dit  un  écrivain  ancien 
(...)a'Ooç  ècTtv  c'j  t>iYaç,  Pausan.  X,  24),  & 
d'apparence  assez  insignifiante.  Le  tom- 
beau sur  lequel  les  Delphiens  venaient 
tous  les  ans  faire  des  libations  &  des  sa- 
crifices expiatoires,  était  celui  du  héros 
Néoptolème,  égorgé,  comme  nous  l'avons 
dit,  à  l'entrée  du  sanctuaire,  où  il  voulait 
pénétrer  de  vive  force.  Le  caillou  auquel 
le  poëte  Hésiode  avait  fait  l'honneur  d'une 
allusion,  passait  pour  la  pierre  qu'avait 
avalée  le  vieux  Saturne,  au  lieu  &  place  de 
son  fils  Jupiter,  sauvé  ainsi  par  miracle  '. 
Aussi  était- il  en  grande  vénération  au- 
près de  certains  dévots,  qui  le  frottaient 
d'huile  vierge  &  l'emmaillotaient  de  laine 
en  suint  aux  jours  de  fête,  comme  s'il  se 
fût  agi  du  divin  enfant  lui-même*. 


'    ...T%   F/)?    Etvat  TO    -/^pTjaTTÎptOV  (DiOD.    XVI,    26)} 

...Ta  (Jp/aiÔTata  Yr\ç,  eïvat  xb  yprjiTïîpiov  (Pausan.  x, 
5).  Un  ancien  poëte,  l'auteur  ànChant  Eumolpien, 
prétendait  même  qu'elle  l'aurait  possédé  en  pa- 
réage  avec  le  divin  Poséidon  (desCrisséens?);  ...IIo- 
GEtSwvoî  iv  xoivw  y.at  F^ç  Etvat  10  [xavTefov  (Pausan. 
l,l.)i  ce  qui  explique  le  crédit  qu'elle  avait  con- 
servé dans  le  temple  où  beaucoup  de  pèlerins  asso- 
ciaientson  nom  dans  leurs  prières  à  celui  du  divin 
Apollon  :  ...tw  Oew  y.at  x^  F^  xî)  Upà  (Aesch.  Adv. 
Ctesiphon.  p.  154). 

'  'EÇeXOôvxi  5è  xou  vaoû  xa\  xpariévxi  2ç  àptaxEpàv 
rEp(6oX6ç  liu  y.cà  Neo:ïxoX^{aou  tou  'AyiXXiwç  h  aùxio 
xâçoç...  (Pausan.  x,  24). 

'  . . .  xat  oj?  auO'.;  ^asaîv  aùxbv  ô  Kp6voç  (Pausan. 
I.I.'  ;  c'était  le  dieu  lui-même  qui  l'avait  depuis 
apporté  à  Delphes,  comme  le  racontait  le  poëte 
(HesiOD.  Theogon.  v,  498). 

*  ... y.x'.  /.axà  £opT»)V  É/,âoxr)v  è'pia  ?7;ixt0éaai  xôt  àpyot 
(Pausan.  l.L). 


NOTB 

io5 


Note 
io5 


*94 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


La  Lesché  des  Cnicliens,  que  l'on  ren- 
contrait plus  loin  encore  en  montant  vers 
les  roches  Phédriades,  d'où  descendent  les 
belles  eaux  qui  arrosaient  la  Napé,  n'é- 
tait, comme  son  nom  l'indique,  qu'une 
salle  de  repos  &  d'entretien",  bâtie  par 
les  gens  de  l'île  pour  ceux  de  leurs  com- 
patriotes qui  se  rendaient  aux  jexxx  &  aux 
fêtes  d'Apollon.  Mais  ce  lieu  solitaire  avait 
un  attrait  tout  particulier  pour  les  hom- 
mes de  goût  &  pour  les  artistes  qui  admi- 
raient là,  loin  de  la  foule  &  du  bruit,  un 
des  chefs-d'œuvre  de  la  peinture  antique. 
Nous  voulons  parler  des  fresques  célèbres 
où  le  peintre  Polygnote  de  Thasos  %  un 
contemporain  de  Phidias,  avait  retracé  les 
grandes  scènes  du  sac  &  de  l'incendie  de 
Troie  avec  une  justesse  de  pinceau  &  une 
hauteur  de  style'  que  n'auraient  point  dé- 
savouées le  grand  poëte  dont  il  aimait  à 
s'inspirer.  Elles  se  déroulaient  dans  une 
série  de  tableaux  sur  les  murs  latéraux 
d'un  portique  rectangulaire  qui  devait  res- 
sembler lui-même  au  célèbre  Campo  Santo 
de  Pise,  dont  tout  le  monde  connaît  les 
fresques  archaïques  &  l'élégante  déco- 
ration architecturale,  qui  remonte  aux 
premiers  temps  de  la  Renaissance  ita- 
lienne. 

Les  trésors  (OYjîa'jpoO  que  les  périégètes 
nommaient  chacun  par  leur  nom  aux  pèle- 
rins &  aux  touristes  (çév:i)  toucheraient 


'  ...8ti  IvraûOa  ouvbvTSî  tb  (Jpyafov  t4  te  crouBaio- 
tepa  BtEXéyovTO  xa\  érrôua  [j.uOtt)^r)  (Pausan.  x,  25)  •. 
elle  aurait  ainsi  ressemblé  au  célèbre  Szfaç  de 
Sparte,  l'un  des  plus  anciens  monuments  laïques 
de  l'art  grec,  qui  n'était  lui  aussi  qu'un  lieu  de 
promenade  &  de  causerie  abrité  du  soleil  auquel  il 
faut  toujours  songer  en  Grèce.  De  là  le  nom  de 
Sx(aç,lieu  ombragé,  à  l'ombre,  a  la  sumbra,  comme 
disent  les  Espagnols. 

'  ...  li-U  ol'y.r)[Aa  YP«9^?  ?Xov  toQ  noXuyvtiTou,  hi- 
Oijjjia  jjiÈv  KviS(tov...  (Pausan.  l.l,). 

'  .  .  .xa\  EÙTrpîTtsfaç  I?  tooouTov  larfv  rizouîa...  (Pau- 
san. X,  3i).  Aussi,  l'écrivain  qui  accorde  à  peine 
quelques  mots  ou  quelques  lignes  nux  ouvrages  les 
plus  émlnents  de  l'art  antique  a-t-il  consacré  sept 
chapitres  de  son  dixième  livre  à  la  description  des 
fresques  du  vieux  maître  qui  lui  rappelaient,  il 
est  vrai,  le  poëme  de  VIliade  &  les  mille  petits 
problèmes  d'érudition  que  soulevait  à  son  tour  ce 
texte  devenu  sacré. 


de  plus  près  encore  à  l'histoire  du  temple 
dont  ils  n'étaient  en  réalité  que  des  dé- 
pendances. On  sait  de  source  certaine,  en 
effet,  qu'ils  avaient  été  bâtis  aux  frais  des 
villes  grecques  ou  de  leurs  colonies,  & 
qu'ils  étaient  destinés  à  abriter  les  offran- 
des publiques  ou  privées'  que  chacune 
d'elles  envoyaient  aux  dieux,  comme  on  le 
disait  à  Delphes  d'un  mot  devenu  sacra- 
mentels A  en  juger  par  le  peu  que  nous 
en  apprennent  les  écrivains  anciens,  qui 
se  contentent  aussi  de  les  désigner  chacun 
par  leur  nom,  sans  en  excepter  Pausanias 
lui-même,  ils  étaient  alignés  l'un  à  côté 
de  l'autre  dans  l'aire  du  temenos,  à  peu  de 
distance  des  marches  du  naos,  qu'ils  au- 
raient ainsi  entouré  comme  une  sorte  de 
ceinture  '.  La  plupart  d'entre  eux  por- 
taient gravé  sur  le  linteau  de  leur  porte 
ou  sur  le  tympan  de  leur  fronton  le  nom 
du  peuple  ou  de  la  ville  qui  les  avait  bâtis. 
C'est  en  relevant  ces  noms  disséminés  chez 
des  écrivains  d'époques  diverses  que  l'on 
a  pu  en  dresser  des  listes  qui  nous  donnent 
une  grande  idée,  tout  incomplète  qu'elle 
soit  encore,  de  ce  que  nous  appellerions 
aujourd'hui  la  clientèle  du  dieu  &  de  la 
sphère  étendue  dans  laquelle  s'exerçait  son 
action  religieuse^.  Mais  on  en  est  à  peu 
près  réduit  à  des  conjectures  sur  la  forme 
de  ces  petits  monuments  dont  quelques- 
uns  paraissent  de  date  récente,  relative- 
ment parlant,  &  dont  les  plus  anciens 
eux-mêmes  n'auraient  eu  rien  de  commun 
avec  les  Or^cjaupoi  de  l'âge  héroïque,  s'il  faut 

'  AyjXouac  §'  ot  Oriaaupot  ou?  x.al  Èr)aoi  v.oiX  ouviarat 
'/aTEazeûaaav,  £t?  ou?  xal  y^pr^ijiaTa  àvETfOevro...  (Strab. 
IX,  c.  m,  2  4). 

(î;xécJT£iXav  le,  AsXcpO'jç  [pass.). 

*  Voir passim  Pausan.  lib.  x,  c.  9  &  suiv. 

*  A  en  juger  par  les  àvaOïJjj-aTa  plus  concluants  à 
notre  sens  que  les  Orjiaupof,  dont  le  nom  paraît 
avoir  changé  de  sens  d'époque  en  époque,  ce  cercle 
d'action  se  serait  étendu  de  la  petite  île  volcanique 
de  Lipari  &  des  côtes  méridionales  de  la  Gaule,  où 
nos  Massaliotes  dédiaient  de  très-bonne  heure  à 
Delphes,  jusqu'à  la  côte  d'Asie  &  à  celle  d'Afrique 
où  la  ville  de  Cnlde,  colonie  de  Lacédémone,  & 
celle  de  Cyrène,  colonie  de  Théra,  étalent  repré- 
sentées par  des  offrandes  d'une  importance  excep- 
tionnelle (Pausan.  l.l.). 


Note 
io5 


Note 

io5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


395 


en  juger  par  les  noms  vaguement  vulgaires 
sous  lesquels  les  désignent  les  écrivains  de 
l'époque  classique'  &  par  la  description 
que   nous  a  laissée  Pausanias   des   trésors 


du  dieu  (...Ospâxs;  zoj  Oéou,  Eurip.)  dé- 
posaient dans  le  temenos  après  les  avoir 
consacrés.  C'est  ainsi  que  les  marais  sacrés 
des  Tolosates  s'étaient  remplis  lentement 


de  l'Altis  à  Olympie  antérieurs  en  date  à      de   masses  d'or   &    d'argent  (^âpr, ,  massœ, 


ceux  du  temple  de  Delphes"  auxque^  ils 
ont  probablement  servi  de  modèle. 

Lors  de  l'incendie  de  648,  dont  les  sou- 
venirs étaient  encore  vivants  au  temps 
d'Hérodote,  c'était  dans  le  trésor  des  Co- 
rinthiens &  dans  celui  des  Clazoméniens, 
regardés  sans  doute  comme  les  mieux  fer- 
més &  les  plus  sûrs,  que  l'on  avait  déposé 
les  riches  offrandes  des  rois  de  Phrygie  & 
de  Lydie,  ce  qui  laisserait  supposer  que 
les  plus  anciennes  de  ces  constructions 
remontaient  au  moins  à  la  fondation  du 
second  temple,  si  elles  n'étaient  point 
contemporaines  du  premier.  Les  offrandes 


PosiDON.)  sur  lesquels  le  proconsul  Cé- 
pion  faisait  main  basse  lors  de  l'invasion 
des  Cimbres,  &  que  l'on  voit  à  l'époque 
romaine  tous  les  peuples  barbares  de  la 
Gaule  &  de  l'Italie  apaiser  leurs  génies 
(oa([j,ov£ç,  PosiDON.)  en  jetant  des  monnaies 
d'or,  d'argent  ou  de  bronze  dans  les  creux 
de  leurs  fontaines  &  dans  les  sources  de 
leurs  rivières  où  nous  les  retrouvons  en- 
core aujourd'hui'.  Mais  ces  vieilles  habi- 
tudes, restées  si  longtemps  vivaces  dans 
notre  Occident,  avaient  été  modifiées  8c 
transformées  de  très-bonne  heure  dans  la 
Grèce  antique,  où   l'on  voit  dès  le   hui- 


qu'elles  étaient  destinées  à  abriter  contre  tième  &  le  septième  siècle  avant  notre  ère, 

les  intempéries  des  saisons  ou  contre  les  les  métaux  précieux  revêtir  déjà  les  formes 

mains  avides  des  voleurs  que  la  sainteté  du  de  l'art,  comme  le  prouveraient  à  Delphes 

lieu  n'arrêtait  pas  toujours,  devaient  res-  même   les    riches    offrandes    des    rois    de 

sembler  elles-mêmes  aux  àvaOrjiJ.a-a  de  l'âge  Phrygie   &    de    Lydie   qui   ouvrent    pour 

héroïque,  dont   les  poèmes  d'Homère   ne  ainsi  dire  la  série  des  àvaOY)[j.aTa  du  temple, 

parlent,  il   est  vrai,  qu'en    termes    gêné-  Il  ressort,  erl.  effet,  des  descriptions  d'Hé- 

raux  &  convenus,  reproduits    religieuse-  rodote,  quelque  laconiques  qu'elles  soient 


ment  par  les  Aëdes  de  l'époque  suivante. 
Elles  n'étaient  dans  le  plus  grand  nombre 
de  cas  que  des  lingots  ou  des  disques  d'or 
&  d'argent  que  les  prêtres  &  les  serviteurs 

'  Otxoç,  oixïjfjux  (chez  Plutarch.  pass.)  &  par  les 
mots  tout  aussi  vngues  ...ttoiuv,  oixoôofAav  Orjaaupbv 
Tw  Oîw..,l?  AeXooû;  (Pausan.  &  Plvt.  pass,). 

'  Le  plus  ancien  de  ces  trésors  de  l'Altis  à 
Olympie  aurait  été,  selon  Pausanias,  celui  des 
Mégariens  de  l'Attiquequi  remontait,  dit-il,  à  une 
époque  antérieure  à  l'ère  des  Olympiades  (776  av. 
J.-C).  Il  induisait  le  fait  d'une  inscription  gra- 
vée sur  un  bouclier,  qui  couronnait  lui-même  le 
fronton  du  monument  ..  .àvâxEitat  oï  xat  oiiizlçf  uj^èp 
Toîj  dtETou  Touç  Mey^p^scç  àr.o  KopivOîwv  àvaOarvat  tov 
O/jaaupôv  XÉYouaa  (Pausan.  VI,  i5);  ce  qui  prouverait, 
si  le  monument  n'avait  point  été  rebâti  ou  rema- 
nié, qu'il  ressemblait  déjà,  comme  type  au  moins, 
aux  petits  édicules  à  fronton,  si  communs  à  l'épo- 
que classique  dans  le  temenos  des   grands  temples. 


le  plus  souvent,  que  les  métaux  précieux 
qui  en  font  toujours  la  matière,  s'y  pré- 
sentent, non  plus  sous  leur  forme  brute, 
comme  le  disaient  les  anciens  (;(p'jsouv  à'pYOv 
aurum  &  argentum  infecium^pass.)  mais  sous 
celle  de  bijoux  monumentaux,  de  vases  de 
toute  taille  &  de  toutes  formes,  distingués 
à  leur  tour  sous  des    noms  très-divers', 


'  Voir  dans  les  notes  ia  tome  I,  nos  études  sur 
les  Tolosates  &  les  Nemausenses. 

'  ...xà  àizh  T^?  S£ip9)5  r.oà  t«;  Zwvaç;  ...xa\  ycûiiaîa, 
àpyûpex  xuxXoxEpsa  (gtitti  argentei);  ..,xat  7:!0ou;  xâ 
àpyuplou;  (dolia  argentea);  .,.y.cà  repi^favTT^p'-a  Svo... 
xprjt^paç  ûûo  (j-ty^Os'.  [lEydXouç . . .  L'un  de  ces  deux 
cratère»,  qui  contenait  600  amphores  de  vin,  pas- 
sait à  Delphes  pour  être  l'ouvrage  de  Théodore  de 
Samos,  dont  l'école  (de  fondeurs  &  de  ciseleurs) 
la  plus  ancienne  de  la  Grèce,  était  alors  dans  tout 
son  éclat  :  ...wursX  Se  \i.h  AeXoo\  SeoSojpou  -cou  SajAi'ou 


Il  faut  ajouter  à  ces  points  de  ressemblance  que  les  È'pYov  eTvai  xal  lyw  ooxéw  (Hérod.  i,  5i);  un  cratère 

trésors  de  l'Altis  étaient  alignés,  comme  ceux  du  d'or,  d'or  pur  cette  fois,   dédié  au  dieu  par  le  roi 

temple  de  Delphes,  mais  celte  fois  en  ligne  droite,  Alyattès ,   un    des    prédécesseurs    de  Crésus,   avait 

sur  une  sorte  de  mur  ou  de  jetée  en  pierre  calcaire  pour  base  un    u;;oxpr]Tr,p(Siov  exécuté   par  Glaucus 

qui  s'étendait  entre  le  temple  de  Junon   au  nord  de  Chio  a  le  premier  des  hommes  qui  ait  trouvé  le 

&  le  mont  Kpéviov  au  sud  (Palsan.  /./.).  moyen  de  fondre  le  fer  &  de  le  travailler  en  œuvres 


NOTB 

ic5 


Note 
io5 


396 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


quelquefois  même  sous  la  forme  de  statues  de  l'âge  antérieur  à  Phidias'.  Un  groupe 

animales,  comme   le  lion   d'or  dont   nous  que  Pausanias  avait  remarqué,  dans  le  tré- 

avons  parlé,  ou  de  statues  humaines  comme  sor  des  Mégariens,  était  composé  de  figu- 

rimage  archa'ique  connue  à  Delphes  sous  rines  en  bois  de  cèdre  (Çmciol)  inscrustées 

le  nom  de  panetière  du  roi  Crésus,  à  cause  ou  revêtues  d'or  (yp'jaM  cir(VOia[jiva).  Il  re- 

sans  doute  de  quelque  corbeille  chargée  présentait  le  combat  du  divin  Hercule  & 

qu'elle  portait  sous  le  bras  ou  sur  la  tête  '.  du  fleuve  Achéloiis,  assistés  chacun  par  une 

A  Olympie,  qui  avait   ses  trésors  avant  divinité  amie  &  passait  pour  l'œuvre  d'un 

le  temple  de  Delphes  &  qui  les  avait  con-  sculpteur  de   Sparte,  Médon,  qui  aurait 

serves  intacts,  ou  peu  s'en  faut,  le  temple  fleuri  de  la  56"^  à  la  58*^  olympiade,  puisqu'il 

de  Jupiter  n'ayant  point  eu  à  subir  les  ava-  était  élève   de  Dipœnus  &  de  Scyllis,  les 

nies  des  bandes  mercenaires  de  Philomélos  fondateurs  de  l'Ecole  de  Sicyone'  (olymp. 

&  d'Onomarchus,  Pausanias  avait  retrouvé  5o).  Mais  le  moment  n'était  pas  éloigné  où 

dans  les  plus  anciens  d'entre  eux  quelques  ces  alliages  eux-mêmes,  restes  d'antiques 

échantillons  de  cet  art  archaïque  qu'il  dé-  habitudes,  allaient  tomber  en  désuétude  à 

crit  à  cause  de  cela,  sans  doute,  avec  une  leur  tour,  &  où  les  métaux  précieux,  sans 

attention  toute  particulière.  Comme  à  l'é-  être  formellement  exclus  des  sanctuaires, 

poque  précédente,  les  bijoux,  les  armes  &  allaient  y  céder  la  place  à  des  œuvres  d'art 

les  meubles  de  luxe  paraissent  y  tenir  tou-  proprement  dites,  à  des  images  sans  valeur 

jours  une   grande   place.    C'était   dans   le  intrinsèque,  puisqu'elles    étaient    le   plus 

trésor  des  Sicyoniens  qu'il  avait  vu  l'épée  souvent,  de  bronze  ou  de  marbre'  mais  qui 
courte  à  poignée  d'or,  que  l'on  attribuait 

au  héros  Pélops  8c  les  célèbres  OiXajJ.S'.  '  de  '  De   là,   la   sculpture   connue  sous  le  nom   de 

bronze  dédiés  parle  tyran  Myron  OrthagO-  chryséléphantine  (ivoire  &  or),  dont  il  avait  vu  à 

ride  (olymp.  33  —  648  avant  notre  ère)  qui  Olympie  de  rares  spedmina  ;  dans  le  trésor  des  Sé- 

offraient  une  des  plus  anciennes  applica-  li^^o^tiens  de  Sicile,  un  Bacchus  dont  la  tête,  les 

1         1           „„j i^„: .„  Q,  pieds  &  les  mains  étaient  d'ivoire;  dans  celui  des 

tions  connues  des  deux  ordres  dorique  &  i;, ,                      ,,^    ,.             r^    ,      • 

,     ^                                                        ,  Metapontiens ,   d  Italie,    un    tndymion ,  tout  en 

ionique'.  Les  statues,  encore  rares  a  cette  .     .            .   ,,,                  ,      ,         •     ,  ,,    ^,  , 

^                                     '  ivoire  aussi,  a  1  exception  des  draperies  (:;Ar]V  0£  £3- 

époque,  y  étaient  le  plus  souvent  de  petite  p-^^^^    y^  j„  anathemata  les  plus  récents  du  riche 

taille  ou  de  taille  moyenne,  fort  inférieure  ^^^^^^  jes  Sicyoniens,  était  une  corne  d'Amalthée, 

à  celle    de    la    panetière  du  roi  Crésus  qui  en  ivoire,  envoyée  par  Miltiade^  fils  de  Simon, 

atteignait,  dit  Hérodote,  trois  coudées  de  lorsqu'il  commandaitdans  la  ChersonèsedeThrace; 

hauteur    (I    mètre    35   ou  40  centimètres).  il  portait  gravé  sur  le  dos  de  la  corne,  en  carac- 

L'or,   pour   lequel    les   dieux   conservaient  tères  archaïques  (àp/a(otç 'ÂTTixor;  Ypai^l^ac^Ou^e '"«- 

une    prédilection    instinctive,    s'y    mêlait  cription  en  deux  vers  qui  ajoutait  une  valeur  de 
sous    des    formes    diverses    (incrustation, 
revêtement,  marqueterie)   à  des  matières 
précieuses  elles-mêmes,  à  l'ivoire  surtout, 
que  travaillaient  de  préférence  les  artistes 


Note 
io5 


d'art.  »  Ce  précieux  morceau,  qui  existait  encore 
au  temps  de  Pausanias,  veuf  de  son  cratère  d'or 
fondu  par  les  mercenaires  Phocidiens,  avait  été 
transporté,  au  temps  de  Plutarque,  dans  la  lesché 
des  Cnidiens. 

'  ...v.oà  orj  /.ai  YU''*»'-ôî  e'ÔwXov  ypjcjjov  z^'.r.r^yy  xb 
AeXcpoi  TÎiç  àpxo"/.6:;ou  ttJî  Kpotaou  tîy.civa  Xéyoyai  eïvai 
(Hérod.  U.). 

*  ...[jiayaipa  t)  IIéXotioç  ypuaou  xtjv  XaSrjv  n£;roir)[X£vr] 
(Pausan.  VI,  19). 

'  'Ev  Ô£  Tw  Orjaaupio  Y.cà  OaXâ[ji.ouç  Sûo  l3ïo{r)g£,  tov 
jiÈv  Awpiov,  TOV  0£  Ipyaaîaç  i^'ç  'Iwvwv.  XaXxovi  }J.èv  ot) 
«•JTOu;  Ewpwv  £ipYaa(j.évou?  (Pausan.  l.l.). 


plus  à  cet  ivoire  incomparable  :  «  Je  suis  l'image 
(aYaX[j.a)  dédiée  à  Jupiter  Olympien  par  les  Grecs 
de  la  Chersonèse,  après  qu'ils  eurent  escaladé  les 
murs  d'Aratus;  ils  étaient  commandés  par  Mil- 
tiade  »  (Pausan.  vi,  19). 

"  On  voyait  dans  le  trésor  des  Epidamniens,  un 
groupe  du  même  genre,  &  en  cèdre  aussi  (.../iôpou 
|j.£v  /.at  tayta).  Il  représentait  Atlas  supportant  le 
ciel  (avec  les  noms  des  deux  artistes  gravés  au- 
dessous  de  la  voûte  céleste  :  Théoclès  &  Hégylus, 
son  fils?)  &  à  côté  d'Atlas,  Hercule  avec  l'arbre 
aux  pommes  d'or  des  Hespérides ,  enlacé  par  un 
serpent  (Pausan.  l.l.). 

^  C'est  aux  sculpteurs  Dypoenus  &  Scyllis,  dont 
nous  venons  de  parler,  que  l'antiquité  attribuait, 
comme  on  le  sait,  l'invention  ou  tout  au  moins  la 
vulgarisation  de  la  sculpture  sur  marbre.  Mar- 
more  scalpenio  prim'i  omnium  inclaruerunt  Dypoe- 
nus &  Scyllis  (Pline,  lib.  xxxvi,  4)  (4,  l). 


Note 
io5 


NOTES  SUR  LlnSTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


397 


en  prenaient  une  très-grande  par  le  talent 
des  artistes  dont  elles  étaient  l'ouvrage. 
L'art  qui  sort  tout  entier  des  profondeurs 
de  l'âme  humaine,  sans  autres  instruments 
que  ceux  qu'il  sait  se  créer,  avait  donc 
aussi  le  don  de  changer  en  or  tout  ce  qu'il 
touchait  &  allait  frapper  ainsi  d'un  dis- 
crédit définitif  les  métaux  précieux,  regar- 
dés longtemps  comme  les  seuls  présents 
dignes  de  la  divinité,  comme  les  seuls  au 
moins  qui  lui  fussent  agréables.  Il  pou- 
vait même,  entre  les  mains  «  d'excellents 
artistes  »  comme  Myron,  Polyclète  &  Phi- 
dias', élever  l'humanité  au-dessus  d'elle- 
même,  &  devenir  le  médiateur  habituel 
entre  les  hommes  &  les  dieux  dont  il  rap- 
prochait les  essences  sans  avoir  la  pré- 
tention de  les  confondre. 


IV 

Si  nous  n'avions  pas  abusé  déjà  de  la 
patience  de  nos  lecteurs  qui  ne  s'intéres- 
sent pas  tous  également  aux  grandes  cho- 
ses de  l'art  antique,  nous  aurions  tenu  à 
les  accompagner  dans  l'intérieur  du  terne- 
nos  où  les  visiteurs  les  plus  instruits  eux- 
mêmes  ne  s'aventuraient  guère  sans  un 
guide.  A  défaut  de  descriptions  détaillées 
que  permettent  rarement  les  brèves  indi- 
cations des  écrivains  anciens,  auxquelles 
la  science  en  est  ici  réduite,  c'eût  été  un 
plaisir  pour  nous  que  de  leur  signaler  au 
moins,  chemin  faisant,  les  principales  de 
ces  œuvres  d'art  qui  se  substituaient  par 
degrés  aux  naïves  offrandes  de  Vâge  d'or\ 
comme  on  l'appelait  avec  raison  (dans  les 

'  Contemporains  tous  les  trois  ,  comme  on  le 
sait,  &  tous  trois  élèves  du  même  maître,  le  fon- 
deur Agéladas,  d'Argos  [Olymp.  70  à  80). 

'  Nous  sera-t-il  permis  de  constater  à  propos  de 
cette  révolution  trop  peu  remarquée  que  le  discré- 
dit des  métaux  précieux  dans  les  temples  coïncide 
à  peu  de  chose  près  avec  l'époque  de  l'invention 
de  la  monnaie  qui  allait  les  faire  servir  à  des  usages 
tout  laïques  &  tout  profanes.  Ajoutons  à  l'appui 
de  cette  remarque  que  les  plus  anciennes  monnaies 
connues  ont  commencé  sous  la  forme  de  lingots  ou 
de  disques  dans  la  série  de  bronze  (chez  les  Romains 
par  exemple),  &  probablement  dans  celle  de  l'or, 
où  le  tdXavTov  des  Grecs  n'a  jamais  été  qu'une 
monnaie  de  convention. 


temples  surtout),  &  dont  la  plupart  appar- 
tenaient à  la  statuaire,  le  plus  grec,  sinon 
le  plus  brillant  de  tous  les  arts  grecs.  . 

Ces  statues  de  marbre  ou  de  bronze  qui 
se  pressaient  aux  temps  historiques  dans 
l'enceinte  du  temenos  n'étaient  à  l'origine 
que  des  images  saintes,  de  petite  taille  le 
plus  souvent  &  d'un  style  hiératique  qui 
rappelait,  h  plus  d'un  égard ,  l'attitude  & 
la  pose  des  statues  égyptiennes.  Celle  que 
l'on  regardait  comme  la  plus  ancienne  à 
l'époque  où  Pausanias  le  visitait  était  un 
petit  Apollon  de  bronze  (.....  'A7:c)j,o)va 
[Jir/.p5v,  liv.  X.  16)  analogue  par  le  style, 
comme  il  l'était  par  la  taille,  à  la  célèbre 
figurine  de  l'ancienne  collection  Pourta- 
lès,  qui  portait  le  nom  du  dédicant  gravé 
en  toutes  lettres  sur  la  plinthe  de  l'àvaAy.a. 
L'historien  Théoponipe,  qui  écrivait  au 
quatrième  siècle  avant  notre  ère  &  qui 
parlait  du  temple  &  de  son  temenos  en 
homme  exactement  informé",  assure  que 
les  statues  y  étaient  encore  perdues  de  son 
temps  au  milieu  de  trépieds,  de  dolia  &  de 
cratères  de  bronze  (l'or  &  l'argent  ayant 
partout  disparu)  qui  formaient  toujours  le 
fond  de  la  décoration  du  temenos. 

Mais  ces  images  rigides  s'étaient  animées 
&  assouplies  à  mesure  que  l'art  grec  s'af- 
franchissait lui-même  de  l'esprit  hiérati- 
que qui  avait  présidé  h  sa  naissance.  Dès 
le  temps  de  Phidias,  qui  ne  sculptait  guère 
comme  on  le  sait  que  des  images  saintes, 
elles  se  distinguaient  par  l'harmonie  des 
proportions  &  par  la  justesse  des  attitudes 
alliée  à  l'élévation  sobre  des  mouvements 
ou  des  gestes.  Mais  on  les  trouve  déjà 
mêlées  à  Delphes,  comme  ailleurs;  à  des 
images  d'un  tout  autre  genre,  à  des  images 
tout  humaines  &  toutes  profanes,  comme 
nous  le  dirions  aujourd'hui,  car  quelques- 
unes  n'étaient  que  des  portraits  en  pied, 


'  Il  avait  consacré  un  chapitre  spécial  (probable- 
ment dans  son  Histoire  delà  guerre  sacrée)  à  l'énu- 
mération  des  objets  précieux  enlevés  ou  détruits 
dans  le  temple  par  les  Phocidiens:  ...::£pt  Jx  AeX^ôjv 
ouXrjOÉvTwv  yprjiJLâTwv  (Athen.  xii,  p.  532.  —  Diou. 
XIII,  p.  6i5j.  Plutarque  le  regardait  encore  comme 
l'écrivain  qui  avait  parlé  le  plus  exactement  de 
l'oracle  &  du  temple  :  ...oùoevb;  ^ttov  àvO^Mr.wi  h- 
nouoa/.w;  r.zpi  tb  )(priaT>5ptov  (Plut,  de  Pytii.  orac.  19). 


Note 
io5 


NOTB 

io5 


398 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


exécutés  à   l'occasion  de  quelque   service  tie,  qui  avait  eu  aussi  son  jour  de  prépon- 

rendu  au  dieu  ou  à  la  patrie".  D'autres  en  dérance,  étaient  exécutés  le  plus  souvent 

plus  grand  nombre  étaient  des  images  idéa-  sur  le  produit  de  la  dîme  que  chacune  des 

lisées,  les  images  des  villes  grecques  elles-  villes  alliées  ou  clientes  prélevaient  à  l'in- 

mêmes  (la  patrie  dans  le  monde  antique  tention  du  dieu  surtout  ce  qui  leur  arri- 

était  la  ville  natale)  représentées  poéti-  vait  d'heureux  :  sur  le  butin  d'une  bataille 

quement  sous  les  traits  de  leurs  fondateurs  gagnée  contre  les  barbares  &  même  contre 

(Y^pwç  y.TiaTYji;,  olyJ.cvr,q,  lr.6iYJ[j.ocy  ou  des  allu-  les  Grecs^  sur  la  découverte  de  mines  d'or 

sions  aux  grands  événements  de  l'histoire  &  d'argent  dont  le  dieu  réclamait  sa  part'  ; 

contemporaine  qui  venaient  ainsi  se  tra-  sur  le  produit  d'une  chasse  ou  d'une  pêche 

duire  d'époque  en  époque  dans  l'intérieur  miraculeuse;  sur  les  revenus  d'une  moisson 

du  sanctuaire,  quelquefois  sous  la  forme  ou  d'une  vendange  inaccoutumées,  &  que 

de  statues  isolées,  plus  souvent  sous  celle  la  plupart  d'entre  elles  acquittaient  reli- 

de  groupes  sculptés  composés  de  dix,  de  gieusement.  De  là  les  formules  :  èx,  cr/.âroç, 

douze  ou   de  quinze  figures  de  grandeur  — à-oov/dvrtq^ — aTcb  oî-/.â-*^;  MapaOa)v(oi>  IpY^u; 

naturelle.  Ces  groupes,  où  se  coudoyaient  —  àxb  Ipyou  tcutou...  (pass.)  que  portaient 

en  manière  de  tableaux  vivants,  les  dieux,  souvent    les    inscriptions    de    ces    riches 

les  demi-dieux  &   les   grands  hommes   de  àvaOYjixaxa  disparues   elles-mêmes   avec   les 

toutes  les  grandes  villes  de  la  Grèce,  de  chefs-d'œuvre  dont  elles  expliquaient  l'o- 

Miltiade'  à  Lysandre  &  de  Lysandre  aux  rigine\  Pour  détacher  ces  groupes  animés 

rois  de  Macédoine  en  passant  par  la  Béo-  de  la  foule  des  statues  qui  tes  entouraient 

&  leur  donner  en  même  temps  tout  l'effet 

•  Nous  citerons  comme  exemples  de  ces  statues-  monumental  qu'ils  pouvaient  produire,  les 

portraits  (àv8p(avt£î,  £ty.(SvE?  hùçi^r.iùv,  pass.)  l'image  villes  qui  les  dédiaient  faisaient  construire 

du  plongeur  Scyllis  de  Skioné  &  de  sa  fille  Hydna,  à  leurs  frais,  ici  de  petits  hémicycles  entou- 

commandées  &  exécutées  aux  frais  du  conseil  des  j-és  d'un  mur  de  marbre  (r.toiSoloq,  è^éopa), 

amphictyons,  en  y  joignant  celle  du  malade  amai-  ^^nieurs    de  légers  portiqueS  Cîxéa)  décorés 
gri,  sauvé  probablement  par  le   dieu   dont  parle  ^,    •  ^  j     ^         i  i        u  ^ 

°    '      .      / ,  >    -,  .   o   ,  11  extérieurement  de  trophées  d  armes  ou  de 

Pausanias  {[xiu.r,u.oi  vaÀxouv,  x,  2),  &  la  statue  de  la  ,  .  ...  , 

DU    '   '       •  •   j-       ■.    ■        c    A'       .  proues  de  navire:  ce  qui  explique,  pour  le 

courtisane  rhryne  qui   indignait  si  protondement  ^  ?         t  1      n       5  1 

les  philosophes  de  l'époque  classique,  quoiqu'elle  ^'^^^  ^n  passant,  de  quelle  manière  étaient 

fût  une  œuvre  de  Praxitèle,  charmante  au  point  tombés  en  désuétude   les  antiques  6rjjaypo( 

de  vue  de  l'exécution  comme  à  celui  de  la   réalité.  du    temple,    dont   noUS    cherchions   tOUt   à 

"  Voir  parmi  les  nombreuses  statues  de  ces  héros  l'heure   l'origine  &  l'usage.  Pausanias,  qui 

fondateurs  que  Pausanias  décrit  à  son  titre  de  pa-  s'était    fait    Ouvrir   par    CUriosité    Celui    deS 

triote  &  d'érudit,  celle  du  héros  'Avopsûç,  fonda-  Sicyoniens,  assure  qu'il  l'avait  trouvé  com- 

teur  de  la  ville  d'Andros  qu'on  signalait  aux  étran-  plétement  vide  &  qu'il   en   était  de  même 

de  tous  ceux  qui  existaient  encore  de  son 


Note 
io5 


gers,  à  cause  de  son  costume  archaïque  ou  national, 
car  il  était  armé  d'une  cuirasse  que  sa  chlamyde  re- 
couvrait :  . . .y^Xap-ûSa  liiX  xw  Oi&oaxt  (Pausan.  x,  i3). 
'  Le  groupe  dédié  aux  dieux  par  les  Spartiates 
&  leurs  alliés  après  la  désastreuse  victoire  d'iEgos- 
Potamos,  ne  comprenait  pas  moins  de  dix  statues 
divines  ou  humaines,  au  milieu  desquelles  se  trou- 
vait le  vainqueur  Lysandre  couronné  de  laurier 
par  les  mains  de  Neptune,  avec  Hermon,  le  pilote 
de  son  vaisseau,   &  le  devin   Abas  qui    lui    avait 


temps.  La  langue  avait  fini  par  changer 
elle-même,  comme  les  habitudes  &  les 
usages  qu'elle  traduisait,  &  il  suffit  de  lire 

'  Le  trésor  des  Siphniens  avait  été  bâti  tout 
exprès  pour  recevoir  la  dîme  de  cet  or  qu'il  avait 
exigé  :  ...i/IXeuasv  ô  Osôç  aTioçipeiv  OEy.ârrjv  I?  AsX- 
çoûç  (x,  II),  &  qu'ils  payèrent  régulièrement  jus- 
prédit  la  victoire.  Autour  de  ce  groupe  principal  qu'à  l'époque  où  les  filons  tarirent,  &  où  les 
s'alignaient  les  images  de  tous  les  chefs  alliés  qui  Delphiens  réclamèrent  à  leur  tour,  disant  qu'ils 
avaient  pris  part  à  la  bataille.  Ils  étaient  placés,  n'avaient  plus  de  dîme  à  payer  quand  le  bénéfice 
non   sans   intention,  à  peu    de   distance  du  beau       leur  manquait. 

groupe  élevé  par  les  Athéniens  après  la  victoire  de  '  xw  ^aOpw...  l:ii'Ypa;jL;j.a  [jlÉv  laxiv  à£o  Sey.dxr,;  xoîi 

Marathon^  aux  dieux  ou  aux  génies  tutélaires  de  MapaOwvi'ou  à'pyou  xtO^vat  xà;  £?-/6va?...  (Les  dieux 
la  ville,  &  au  stratège  Miltiade  qui  avait  eu  la  'AOï^vr)  &  'A7:6X).wv  8c  les  héros  d'Athènes,  xai  dtvrlp 
principale  part  au  combat  (Paysan,  x,  6  &  10).  xSv  CTxpaxrjyriaâvxwv  MiXx'.âô/i;  (Pausan.  x,  10). 


NOTB 

io5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


399 


avec  un  peu  d'attention  le  dixième  livre  mieux  l'Orient  &  la  Grèce'.  Pausanias,  qui 

de  Pausanias  pour  être  convaincu  que  l'on  décrit  en   termes  bien  laconiques,  il   est 

appliquait  de  son  temps  le  nom  de  Or]aaupG{  vrai,    ce    que    Pline   évaluait   en    chiffres 

à  ces  groupes  sculptés  qui  avaient  porté  ronds,    nous    eût    donné    une    idée    plus 

le  coup  de  grâce  aux  OY;aa'jpo(  de  l'âge  pri-  exacte  encore  de  ce  musée  sans  égal  où  se 

mitif  restés  debout,  comme  bien  des  cho-  reflétait  dans  tout  son  éclat  la  vie  de  la 


ses  restent  debout  dans  les  temples  après 
avoir  perdu  leur  caractère,  leur  destina- 
tion &  leur  sens. 

En   dépit   des   spoliations   que   le  sanc- 
tuaire avait  eu  plus  d'une  fois  à  subir  avant 


Grèce  antique,  &  dont  la  vue,  (r,  0£a),  la 
vista  des  Italiens,  était  devenue  toute  une 
affaire,  l'affaire  de  plusieurs  jours  sinon 
de  plusieurs  semaines.  Il  ressort,  en  effet, 
des  descriptions  du   touriste  grec,  accom- 


celle   de   l'empereur  Néron   qui   en   avait  pagnées,  comme  elles  le  sont  souvent  de 

enlevé  d'un  seul  coup  cinq  cents  statues  noms  d'artistes  %  qui  ont  chacun  leur  his- 

d'hommes  ou  de  dieux,  choisies  avec  un  toire  &  leur  date  approximative,  qu«  tou- 

certain  goût',  le  temple  de  Delphes  pas-  tes  les  écoles  de  l'art  grec,  à  partir  des 

sait   encore,  au   premier  siècle   de    notre  écoles  archaïques  de  Samos,  de  Sicyone  & 

ère,  pour  un  des  lieux  du  monde  les  plus  d'Egine,   y  étaient   représentées   par   des 

riches  en  œuvres   d'art.  Pline,   qui   écri-  œuvres  d'élite  qui  n'ont  rien  de  commun, 


vait  comme  on  le  sait  sous  Vespasien, 
quelque  temps  par  conséquent  après  la 
désastreuse  visite  de  l'archéologue  tout- 
puissant, 

...  Contemptor  d'ivum  Me^entlus, 

(ViRG.  jEn.  VII,  a^g.) 

évaluait  encore  à  trois  mille  le  nombre 
des  statues  du  sanctuaire,  qui  ne  le  cédait 


sauf  quelques  rares  exceptions,  avec  les 
statues  anonymes  &  restaurées  de  nos  mu- 
sées actuels  \ 

C'est  par  cet  ensemble  de  souvenirs  re- 
ligieux &  nationaux,  associés  ici  à  une 
profusion  &  à  une  variété  d'objets  d'art 
dont  les  écrivains  anciens  ne  nous  don- 
nent qu'une  idée  bien  incomplète,  que 
s'explique  l'attraction  singulière  que  le 
point  sous  ce  rapport  au  temple  toujours  sanctuaire  paraît  avoir  exercée  à  toutes  les 
vénéré  d'Olympie,  quoique  l'un  &  l'autre  époques  sur  les  hommes  de  race  grecque, 
eussent  perdu  depuis  longtemps  déjà  le  sur  ceux  au  moins  d'un  esprit  cultivé  & 
prestige  qui  entourait  leurs  fêtes  &  leurs  d'une  éducation  littéraire  qui  mouraient 
jeux.  Athènes  &  Rhodes,  les  deux  villes  rarement  sans  avoir  visité  le  temple  de 
artistes  de  cette  époque  de  décadence,  en  Delphes  &  celui  d'Olympie.  Les  monta- 
avaient  conservé  à  peu  près  le  même  nom-  gnes  sonores  qui  accidentent  ici  le  pay- 
bre,  disait  le  consulaire  Muciènus,  un  des  sage,  en  serrant  de  près  la  mer  que  l'on 
hommes  de  son   temps  qui  connaissait  le      n'oublie  jamais  complètement  en  Grèce, 

&  le  site  merveilleux  du  temple  où  l'on 


'  "Oç  Tov  'AîuoXXwva  (NÉpwv)  ::£VTa-/.oa(aç  Oewv  té 
(Jva[j.(?  àï-sfXeto  xa\  àvOptlJTCtov  £ix6va;  yaky.iç  (Patjsan. 
X,  7).  —  Parmi  ces  statues  toutes  de  bronze,  à  ce 
qu'il  paraît,  figurait  le  portrait  (etxtjjv,  àv8p(aç)  de 
la  plongeuse  Hydna,  fille  d'un  marin  ou  d'un  pê- 
cheurde  Skioné,  plongeur  lui-même  de  profession, 
&  qui  avait  sa  statue  dans  le  xéii-Evo;  à  côté  de  celle 
de  sa  fille.  Les  amphictyons  leur  avaient  décerné 
cet  honneur  pour  avoir  réussi,  pendant  une  nuit 
d'orage,  à  couper  les  amarres  des  vaisseaux  persans 
ancrés  au-dessous  du  mont  Pélion,  ce  qui  repor- 
terait l'événement  &  l'ouvrage  au  temps  des  guerres 
médiques,  c'est-dire  à  la  plus  belle  époque  de  l'art 
grec  :  ...Iv  8è  lotç  àvBpidéatv  OTîôaou;  Nipwv  IXâSsv  Ia 
AeXçôJv,  h  ToÛTOi;  tov  àp'.0(i.bv  xa\  xt]?  "Vovr-,?  àrsTzXvj- 
ptoaEv  f)  £?y.tiv  (Paysan,  x,  19). 


n'accédait,  même  à  l'est,  que  par  des  che- 
mins de   montagne  pénibles   à   gravir  en 

'  Rhodi  etiam  num  tria,  millia  slgnorum  esse 
Mucianus  ter  consul  prodidit,  nec  pauciora  Athe- 
nisj  Olympiae,  Delphis  superesse  creduntur  (Plin. 
1.  xxiii,  1). 

'  Pour  les  œuvres  dignes  de  remarque  (Xôyo'j 
{idtXtaTa  à'çta),  les  seules  dont  il  soit  décidé  à  s'occu- 
per, comme  il  le  répète  à  plusieurs  reprises  (Pausan. 
X,  9). 

'  Voir  à  ce  sujet  les  chapitres  vi,  ix,  x,  xi,  xiii, 
XIV,  XV,  XVI,  xvni,  XIX,  du  livre  x  de  Pausanias 
(<I>w/.i/.â)  qui  devient  ici  la  source  principale  en  y 
joignant  plusieurs  des  petits  traités  de  Piutarque 
[de  Pyth,  oracul.;  de  Defect.  oracul.,  &c.). 


NoTB 

io5 


Note 
io5 


400 


NOTES  5UR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


toute  saison',  ajoutaient  encore  à  cette  turaient  rarement  les  touristes  les  plus 
impression  de  respect  ou  de  crainte  à  intrépides,  fatigués  de  noms  propres  & 
laquelle  personne  ne  songeait  à  se  sous-  d'admiration  sous  un  soleil  ardent.  Pline, 
traire.  Tous  pensaient  au  dieu  en  gravis-  qtii  en  parle  pertinemment,  assure  que 
sant,  sous  un  soleil  ardent,  les  paliers  l'on  y  voyait  encore  de  son  temps  des 
étages  du  grand  escalier,  &  ce  n'était  ja-  lutteurs  de  bronze  du  célèbre  Myron,  un 
mais  «  sans  entendre  leur  cœur  battre  des  contemporains  de  Phidias  &  un  Pan- 
dans  leur  poitrine,  »  comme  le  dit  un  cratïaste  de  Pythagoras  de  Khegium,  que 
vieux  poète,  qu'ils  atteignaient  l'aire  du  beaucoup  de  connaisseurs  plaçaient  au- 
temenos,  où  le  temple  se  révélait  tout  à  dessus  de  Myron  pour  le  fini  des  détails 
coup  à  leurs  yeux  précédé  de  son  grand  &  pour  l'agencement  harmonieux  des  par- 
auteT,  dont  la  fumée  se  perdait  en  tour-  ties'. 

billons    moirés    entre    les    chapiteaux   du  Mais   nous    ne    voulons    point    oublier 

pronaas.  Si  tous  ne  se  prosternaient  point  tout  à  fait  que  cette  étude  du  temple  &  de 

en  s'agenouillant,  comme  le  faisaient,  dès  ses  dépendances,  ne   touche  qu'incidem- 

le  troisième  siècle,  beaucoup  de  pèlerins,  ment  aux  Gaulois  de  l'armée  de  Brennus, 

ceux  de  l'Orient  surtout,  tous  étaient  pro-  qui  n'auraient  eux-mêmes  rien  à  voir  avec 

fondement  frappés  de  l'aspect  majestueux  les  Volkes   de  Tolosa,  si   l'on  accepte  les 

du  monument,  dont  les  lignes  harmonieu-  conclusions    d'une   de   nos    études   précé- 

ses    se  détachaient  sur   les  parois  dorées  dentés.  Campés  comme  ils  devaient  l'être 

des  roches  phédriades  '   &  de  ces  milliers  au  delà   du    Pleistos,  sur  les   croupes  du 

de  statues  qui  se  pressaient  autour  du  dieu  mont  Kirphis,  fort  inférieures  à  celles  du 

en  manière  de  cortège.  Parnasse,  ils  n'apercevaient  guère  que  le 

Le  peuple  des  athlètes  &  des  agonîstes  mu-  faîte  &  les  chapiteaux  du  temple,  cachés 

s'icaux'',  qui  entourait  comme  une  arrière-  en  partie  par  les  monuments  de  toute  na- 

garde  celui  des  dieux,  des  demi-dieux  &  ture  dont  il  était  entouré.  Les  chevaux  & 

des  grands  hommes,   avait  lui-même   ses  les  chars   de  bronze  doré,  qui  frappaient 

œuvres   de   maître,   &   parfois   ses   chefs-  leurs  regards  au  soleil  levant  &  qui  exci- 

d'œuvre,  perdus  il  est  vrai  dans  les  rangs  talent   d'étranges    convoitises    dans    leurs 

serrés  de  cette  seconde  armée,  où  s'aven-  imaginations  ardentes  &  naïves  %  apparte- 
naient évidemment  à  l'armée  des  athlètes 

'  Cette  route  de  l'est  qui  reliait  la  Phocide  à  la  dont    Pausanias     ne    parle    même    point, 

Béotle  &  à  la  Thessalie  n'était  autre  que  la  route  parce   qu'il   n'y  avait  «  rien   trouvé,  dit-il, 

fourchue  (ax.iaTr)  ôld'^pass.),  où  Laïus  avait  été  tué  ^yj  f^j  digne  d'attention^  »  [E.  B.] 
par  son  fils  Œdipe,  &  qu'il  ne  faut  pas  confondre 
avec  la  route  de  Crissa  {Chalcoun  depuis)  ou  du 
sud  qui  menait  à  Delphes  en  remontant  la  vallée 
du  nXetatoî  :  aseendentibus  ad  tempîum  a  Cirrha , 
Liv.  XVII,  c.  i5). 

*  ...TiXrjdîov  Tùu  pw[iou  xou  [iz^^iD^it^...  (Pausan.  x, 

14.  ?)• 

'  Elles  dominent  de  deux  cents  pieds  l'aire  du 
tIjievoî  &  de  deux  mille  pieds  le  niveau  de  la  mer 
(Pkeller,  Pauly's  Encyclop.  sub  voce  Delphi). 

*  Ces  statues  d'athlètes,  comme  les  appelle  un 
peu  dédaigneusement  Pausanias  (x,  c.  9,  i),  prove- 
naient, comme  source  principale,  des  jeux  Pythiens 
dont  l'histoire  a  été  écrite  à  plusieurs  reprises,  & 
comme  source  accessoire,  des  jeux  de  la  délivrance 
(StoTï^pia)  établis  par  les  Athéniens  &  les  Phoci- 
diens  après  la  déroute  des  Gaulois.  L'histoire  de 
ces  jeux,  fort  obscure  jusqu'ici,  a  été  éclairée  dans 
ces  derniers  temps  par  les  découvertes  épigraphi- 
ques  accomplies  aux  abords  du  sanctuaire. 


Note 
io5 


'  ...fec'it  &  (Myron)  , ,  .Delphicos  Pentathlos, 
pancratiastas  (Plin.  lib.  xxxiv,  c.  8  (i5).  — vicit 
eum  [Myronem)  Pythagoras  Rheginus  ex  Italla  pan- 
crat'iaste  Delphis  posito.  —  eodetn  y'tcit  &  Leontiscum 
(Plin.  lib.  xxxiv,  c.  2  (5). 

'  , ..statuas  que  cum  quadr'tg'is  quorum  ingens 
copia  procul  visebatur  solido  auro  cusas  esse  (Justin, 
Epitom.  lib.  xxiv,  c.  8). 

'  ...C/ù  tAsm  Ti  T)You[Jia'.  (j-ouor]i;  àçi'ou;  (Pausan.  x, 
c.  9).  —  Il  ne  déroge  à  cette  règle  qu'en  faveur  du 
Crotoniate  Phayllos,  dont  il  a  tenu  à  sauver  le 
nom  de  l'oubli,  non  point  à  cause  de  ses  prix  au 
pentathle  &.  à  la  course,  mais  pour  avoir,  lors  de 
la  guerre  des  Mèdes,  construit  8c  armé  à  ses  frais 
une  galère  à  laquelle  il  donna  pour  équipage  tous 
les  Crotoniates  qui  se  trouvaient  en  Grèce. 


Note 

106 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


401 


NOTE   CVI 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Les  Volkes  Tectosages. 

C'est  à  l'antiquité  que  remonte,  comme 
point  de  départ,  l'histoire  ou  la  lé- 
gende des  émigrations  des  Volkes  Tectosa- 
ges en  Grèce  &  en  Asie.  Indépendamment 
de  cette  origine  respectable,  surtout  dans 
un  temps  où  l'on  acceptait  toutes  les  as- 
sertions des  anciens  avec  un  respect  à  peu 
près  égal,  elle  avait  encore  un  autre  genre 
de  mérite  aux  yeux  des  écrivains  &  des 
lecteurs  méridionaux ,  qui  ne  voyaient 
point  sans  un  certain  sentiment  de  vanité 
le  nom  &  le  drapeau  de  leurs  ancêtres  pro- 
menés triomphalement  du  rocher  fatidi- 
que de  Delphes  aux  murs  de  Pessinunte  & 
d'Ancyre  dans  l'ancienne  Phrygie.  L'exis- 
tence historique  de  Toulouse,  dont  la 
ville  d'Ancyre  n'était  qu'une  colonie,  si 
elle  avait  été  réellement  rebâtie  par  les 
Tectosages,  comme  on  l'affirmait,  se  trou- 
vait ainsi  reculée  de  près  de  deux  siècles, 
&  l'on  s'explique  à  ces  divers  titres  l'inté- 
rêt tout  particulier  avec  lequel  les  Béné- 
dictins ont  suivi  d'époque  en  époque,  &  de 
pays  en  pays,  ces  émigrations  aussi  étran- 
gères à  leur  sujet  que  les  établissements 
des  Gaulois  dans  l'Italie  du  nord,  &  leurs 
guerres  acharnées  contre  les  Romains'. 


'  Nous  tenons  à  rappeler  pourtant  qu'ils  avaient 
trouvé  cette  tradition  universellement  admise  à 
l'époque  où  nous  reporte  la  publication  de  leur 
premier  volume  (lySo).  Le  grand  tableau  de  la 
fondation  d'Ancyre  par  les  Tectosages,  que  le  cé- 
lèbre Antoine  Rivalz  avait  peint  quelques  années 
auparavant  (il  était  peintre  en  titre  de  l'Hôtel-de- 
Ville,  de  l'année  lyoS  à  l'année  lySS,)  était  des- 
tiné, comme  celui  de  la  défaite  de  Sosthène,  roi 
de  Macédoine,  à  décorer  les  murs  d'une  des  salles 
du  Capitule,  que  les  actes  contemporains  désignent 
sous  le  nom  de  troisième  galerie  (la  salle  du  Ban- 
quet depuis].  Il  y  avait  remplacé  une  grande  fres- 
que de  Pierre  Rivalz  représentant  le  même  sujet 
qui  remontait  à  l'année  1682  (elle  ne  fut  terminée, 
»  ce  qu'il  paraît,  qu'en  l'année  1694;  —  Archives 


Quelles  que  soient  les  remarques  de 
détails  &  les  objections  que  soulève  Sur 
plus  d'un  point  cette  longue  histoire  de 
guerres  dévastatrices,  d'impiétés,  de  cruau- 
tés ou  de  trahisons  sans  résultats,  car  on 
a  remarqué  avec  raison  qu'elles  n'ont  laissé 
que  des  ruines  &  des  souvenirs  d'effroi 
dans  la  plupart  des  pays  qu'elles  ont  tra- 
versés, nous  nous  serions  fait  scrupule 
d'interrompre  par  des  digressions  intem- 
pestives ces  beaux  &  simples  récits  où  nos 
lecteurs  auront  retrouvé  la  plupart  des 
qualités  qui  distinguent  le  livre  de  nos 
savants  historiens,  même  au  point  de  vue 
de  la  forme.  Mais  il  nous  sera  permis, 
avant  de  rentrer  sur  le  terrain  réel  &  so- 
lide qu'ils  ont  abandonné  pour  un  instant, 
de  soumettre  à  un  examen  impartial  la 
tradition  sur  laquelle  reposent  ces  longs 
prolégomènes  &  de  rechercher  par  qui,  à 
quelle  époque,  &  dans  quel  but  elle  a  été 
accréditée. 

En  faisant  abstraction  de  quelques  té- 
moignages secondaires  &  de  ([uelques  in- 
dications postérieures  en  date,  dont  nous 
discuterons  plus  loin  la  valeur  historique". 


de  l'hôtel  de  ville'),  &  qui  ne  faisait  elle-même 
que  traduire  une  opinion  depuis  longtemps  accep- 
tée, car  on  la  trouve  déjà  formulée  chez  Catel,  qui 
regardait  aussi  comme  des  compatriotes  les  Galates 
de  la  grande  Phrygie  &  les  désignait,  comme  les 
Bénédictins,  sous  le  nom  familier  de  «05  Tectosa- 
ges. (Catel,  Mém.  de  l'Hist.  du  Languedoc,  1.  3, 
p.  419,  Tolose,  i633.) 

'  Les  plus  importants  de  ces  témoignages  de  se- 
cond ordre  sont  :  1"  Celui  de  DioJore  de  Sicile, 
qui  décrit  assez  vivement  (1.  22,  Eclog.  i3)  la  com- 
position &  la  physionomie  de  l'armée  de  Brennus, 
que  suivait  une  foule  bariolée  de  valets,  de  mar- 
chands 8t  de  pourvoyeurs  de  toute  espèce  avec 
d'immenses  convois  de  chariots  «  au  nombre  de 
deux  mille  au  moins;  »  z°  celui  de  Polybe,  qui 
nous  a  laissé  de  précieux  renseignements  sur  le 
petit  royaume  de  Tylé  ou  Tyli,  fondé  par  les  Gau- 
lois sur  les  côtes  méridionales  de  la  Thrace  (1.  4), 
8c  sur  les  rapports  des  Galates  d'Asie  avec  les  rois 
de  Syrie,  de  Pergame,  de  Bithynie  &  de  Macé- 
doine (Hist.  1.  5.  —  Excerpt.  légat,  du  chap.  33 
au  chap.  121.);  3-^  Tite-Live,  qui  raconte  en  détail 
la  guerre  des  Romains  contre  Antiochus,  y  a  rat- 
taché, comme  Polybe,  l'invasion  8c  la  conquête  de 
la  Galatie  par  le  consul  Cn.  Manlius.  11  décrit 
incidemment  dans  cet  épisode  l'organisation  8c  le 


NOTB 
106 


II. 


'.6 


Note 
io6 


402 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


on  peut  (lire  que  les  sources  se  réduisent  pour  la  gravité  de  la  forme  qui  rappelait, 

ici  à  trois  témoignages  principaux  :  i" celui  disait-on,  quelque  chose  de  la  vieille  élo- 

de  Trogue  Pompée,  qui  embrassait  dans  quence.  (Auctor  severissimus,  Pline,  1.  ii, 

son    ensemble    l'histoire   des   émigrations      114.  — vîr  priscae  eloquentiae,  IvSTlî^. 

gauloises  en  Orient  depuis  leur  départ  de  tbid.)   Sa  famille,  originaire   du    pays  des 

la  Gaule  jusqu'à  l'établissement  des  Gala-  Voconces,   était   restée    obscure   jusqu'au 

tes  en  Phrygie;  2°  celui  de  Pausanias  qui  temps  de  Pompée,  qui  avait  accordé  à  son 

se  borne,  lui,  aux  expéditions  de  Cambau-  grand-père  le  droit  de  cité  romaine,  à  la 

les  dans    la   Thrace ,    de    Bolgius   dans  la  suite  de  services  rendus  pendant  la  guerre 

.Macédoine,  de  Brennus  dans  la  Phocide,  contre   les    Sertoriens    en    Espagne.    Son 

&  dont  le   récit  paraît  puisé  le   plus  sou-  père,  qui   avait   servi    sous    Jules    César, 

vent  (pour  le  siège  de  Delphes  notamment)  avait  été  chargé  de  diverses  missions  par 

à  la  môme    source  que   celui    de   Trogue  le  général  qui  lui   dictait   ses  lettres   les 

Pompée;  3"  celui  de  Strabon,  qui  diffère  plus  secrètes,  &   lui  avait  confié  la  garde 

de  l'un  &:  de   l'autre  sur  des  points   très-  de  son  anneau.  (Epistularum^ue  &  legatîo- 

graves,  comme   nous  allons  le  voir,  &  mè-  num  sîmul  &  anuli  curam  habuisse.  Trog. 

nerait  comme   résultat  à   des  conclusions  VoMP.  Histor.  philippic.  Epîtom.  \.  ^3,  c.  5.) 

à  peu  près  opposées.  Mais  rien  n'indique   qu'il   eût   recherché 

Nous  ne  savons  presque  rien  de  Trogue  lui-même    les    emplois   &   les   honneurs, 

Pompée,  si    ce    n'est   qu'il    était   Gaulois  quoiqu'il  ait  passé,  à   ce  qu'il  paraît,   la 

d'origine,  qu'il  vivait  du  temps  d'Auguste,  plus  grande  partie  de  sa  vie  à  Rome,  où 

comme  Tite-Live,  &  qu'il  avait  composé  le  calme  rétabli   par  degrés,  &  de  riches 

en   latin    aussi    (latino    sermone,    lusTiN.  bibliothèques  récemment  ouvertes  au  pu- 

Praefat.  p.  3,  édit.   de  Just.  leep.   Leips.  blic,  attiraient  de  toutes  les  provinces  des 

1869)  une  grande  histoire  que  l'on  citait  hommes  éminents,  amis  comme  lui  de  la 

longtemps  encore   après   lui  pour  l'éten-  retraite  &  de  l'étude. 

due  des  recherches  qu'elle  avait  exigées  &  Le  grand  livre  qui  avait  occupé  Trogue 

Pompée  pendant  les  meilleures  années  de 

.,.    .      ,  .    /.       ,  sa  vie,  ne  nous  est  connu  aujourd'hui  que 

peiire  de  vie  tout  militnire  de  ce  petit  Ltat  bar-  1     /     /    ,  ri    •  /  1'     / 

f  ,  ,     j    f   ^  P'ir  un  abrège  (tpitome),  rédige  au   temps 

bare,  cantonne,  comme  une  horde  de  Cosaques,  au'  .,  ,  "  ^  ' 

cœur  d'un  grand  pays  civilisé  &  amolli,  que  les  "^^^  Antonins,  a  ce  qu  il  parait,  par  un 
Gaulois  rançonnaient  de  diverses  manières,  en  compilateur  obscur,  dont  on  ne  sait  pas 
louant  leurs  services  aux  rois  du  pays  &  en  frap-      même  exactement  le  nom  '.  En  élaguant  du 

pant  les  peuples  &  les  villes  de  lourdes  contribu- 
tions de  guerre.  (L.  38,  c.  16  &  suiv.)j  4"  Thisto- 
rien  Memnon ,  qui  écrivit,  à  la  fin  du  premier 
siècle  de  notre  ère,  une  grande  histoire  de  la  ville 
d'Héraclée  (^Heracloa  Pontica)  avec  laquelle  les  Gau- 
lois s'étaient  trouvés  plusieurs  fois  en  querelle, 
comme  avec  les  Grecs  de  Byzance,  qui  leur  payaient 
le  tribut,  nous  a  conservé  les  clauses  (aï  auvO^zat) 
du  traité  conclu  par  le  roi  Nicomède  avec  les  Gau- 
lois de  la  Thrace,  le  seul  document  officiel  qui  ait 
survécu  à  cette  histoire  oubliée  dont  la  légende 
allait  s'emparer.  (Memnon,  Fragment.  1.  i3  &  14, 
c.  19  :  Cakl  Mueller  ,  Fragment.  Historié,  Graec. 
t.  3,  p.  536.)  —  A  l'exception  de  saint  Jérôme, 
sur  l»  témoignage  duquel  nous  reviendrons  plus 
loin,  les  autres  écrivains  auxquels  les  Bénédictins 
se  réfèrent  (Arrien,  l'historien  d'Alexandre  j  Appien 
d'Alexandrie,  Velléius  Paterculus,  Pline  l'Ancien, 
Polyen,  8ic.)  ne  leur  ont  fourni  souvent  qu'un 
mot,  un  trait,  un  détail,  une  anecdote  plus  ou 
moins  caractéristique. 


Note 

106 


'  La  biographie  de  ce  lustinus  (c'est  le  çognomcn 
plus  que  modeste  sous  lequel  il  se  désigne  lui- 
même)  est  contenue  tout  entière  dans  une  courte 
préface  (praefatio  lustini)  qui  sert  d'introduction 
à  son  Epitome.  Il  nous  y  apprend,  avec  une  con- 
cision tout  antique,  qu'il  l'avait  aussi  composé  à 
Rome  pour  mettre  à  profit  les  loisirs  dont  il  y 
jouissait,  sans  nous  dire  même  à  quelle  occasion  & 
à  quelle  époque  (per  otium  quo  in  urhe  versahamur  ; 
Praefat,  Iustini,  p.  3).  Le  nom  du  personnage 
auquel  l'ouvrage  était  dédié,  suivant  l'usage  du 
temps,  est  resté  en  blanc  dans  les  meilleurs  ma- 
nuscrits (quod  ad  te,  ,  non  tam  cognoscenJi 
quam  emendandi  causa  traiismisi ,  id.  ih.  —  Voir 
Iac.  Bongars  ad  editioncm  lustini)  &  l'on  peut  au 
moins  affirmer  qu'il  n'avait  rien  de  commun  avec 
l'empereur  Antonin,  dont  les  anciens  éditeurs  in- 
terpolaient ici  le  nom  (^imperator  Antonine)  ,  & 
confondaient  ainsi  notre  historien  avec  le  martyr 


Note 
106 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


4o3 


texte  de  l'historien  tout  ce  qui  lui   sem-  hleau.Elle  n'y  figure  que  comme  une  ville 

blait  sans    utilité',  il   était  parvenu   à   le  italienne  plus  puissante  ou  plus  heureuse 

condenser  dans   un  volume  qui   ne   devait  que  les  villes  étrusques  &  campauiennes, 

pas  excéder  de   beaucoup  les   dimensions  donf  le  nom  avait  déjà  franchi  l'Adriati- 

de  tel   ou   tel   des   quarante  livres   (volu-  que,  mais  tout  aussi  étrangère  qu'elles  h 

mina)  dont  se  composait   l'ouvrage   origi-  la  Grèce  proprement  dite.  L'historien  se 

nal%  Mais  il  en  avait  au  moins  respecté  contente  d'y  raconter  en  quelques  pages 

le  plan,  la  marche,  les  divisions,  les  digres-  (1.  48,  c.  i-3),  sa  naissance  &  ses  commen- 

sions  même,  que  l'on  retrouve  indiquées  céments  entourés  de  fables,  comme  ceux 

ou   résumées   assez  exactement   dans    son  de  la  ville  phocéenne  de  Massalia  qui  tient 

abrégé.  A  l'exemple  des  historiens  grecs,  une  plus  grande  place  que  Rome  dans  son 

dans  l'intimité  desquels  il  avait  longtemps  livre,   probablement    parce   qu'elle    était 

vécu,  Trogue   Pompée    y    paraît    surtout  grecque  d'origine'. 

préoccupé  du  monde  ancien  &  de  la  Grèce,  Après  la  chute  de  Thèbes,  qui  succédait 

qui  tient  par  tant  de  côtés  au  monde  anti-  elle-même  à  Sparte  &  à  Athènes,  un  ins- 

que,  au  sein  duquel  elle  était  née.  Quoi-  tant  maîtresse  de  la  Méditerranée  &  de  ses 

que  son  récit  s'étende  chronologiquement  côtes  orientales  (6 xAascjov.p xT(a ),  c'était  la 

jusqu'à  la  conquête  de  la  Macédoine  &  de  Macédoine  qui  était  devenue  le  vrai  cen- 

la  Grèce  par  les  Romains,  Rome  ne  jouait  tre  de  la  Grèce  par  la  politique  habile  ou 

qu'un  rôle  secondaire  dans   ce  vaste   ta-  heureuse  du  roi  Philippe,  plus  tard  celui 

de   l'Orient,  rattaché  à  la  Grèce   par  les 

lustlnus  qui  vivait  réellement  à  cette  époque  (voir  conquêtes    d'Alexandre  ,  &   les   regards  de 

EusEB.  Chronic.  suh  an.  143).  —  Quant  au  livre  l'historien  semblent  s'arrêter  avec  un  sen- 

de  Trogue  Pompée  que  l'abrégé  de  Justin  a  certai-  timent   d'admiratiou   involontaire    sur  ce 

nement   contribué    à  faire    oublier,    il    n'en    reste  foyer  de  civilisation  &  de  puissance  autour 

aujourd'hui  que  de  rares  fragments,  dont  le  plus  duquel  allaient  graviter  pendant  plusieurs 


important  à  tous  les  égards  est  le  grand  discours 
(fonc/'o)  adressé  par  Mithridate  à  ses  généraux  & 
à  ses  soldats  au  commencement  de  sa  longue  lutte 
contre  les  Romains.  Il  est  écrit  en  langage  indi- 
rect, suivant  l'habitude  de  l'historien,  qui  blâmait 
chez  ses  contemporains  les  discours  directs,  fort  à 
la  mode  à  cette  époque  {^quam  obViquam  Pompe'ius 
Trnpus  exposait,  quon'iam  in  Liv'io  &  in  Sallustio 
reprehcndit  quod  conciones  directas,  pro  sua  oratione, 
operi    suo    inserendo    historiae    modum    excesserint. 


siècles  les  intérêts  du  monde  civilisé.  Les 
généraux  &  les  successeurs  d'Alexandre , 
qui  se  partagent  ou  se  disputent  après  lui 
les  lambeaux  de  ce  vaste  empire,  ne  fai- 
saient que  continuer  dans  chacun  de  ces 
pays,  où  l'historien  les  suivait  à  son  tour, 
l'œuvre  d'assimilation  commencée  par  le 
conquérant,  &  qui   restera  son  éternelle 


gloire.  Mais,  à  cette  histoire  du  monde 
Ti\OG.  PoMP.  Epiiom.  1.  38,  c  3),  &  il  a  été  re-  grec,  racontée  à  la  manière  deThéopompe, 
produit  textuellement  cette  fois  par  l'abréviateur,  Tr02Ue  Pompée  avait  prise  pour  mo- 


qui  tenait  à  nous  donner  une  idée  du  talent  &  de 
la  manière  de  son  historien  [quant  orationem  dig- 
nam  duxi  cuius  exemplum  brevitaù  huius  operis 
inscrerem ,  Id,  ib.).  On  a  fait  aussi  honneur  à 
Trogue  Pompée  de  certains  morceaux  à  effet  qui  se 
détachent  par  leurs  dimensions  ou  par  leur  carac- 
tère du  texte  souvent  aride  de  l'abrégé,  comme 
le  retour  d'Alcibiade  à  Athènes  8^  le  parallèle  de 
Philippe  &  d'Alexandre,  auxquels  nous  sommes 
fort  tentés  d'ajouter  le  tableau  du  siège  &  du  désas- 
tre de  Delphes,  sur  lequel  nous  allons  revenir. 
Cognitione  quaeque  dignissima  excerpsi,  &  omis- 


)gU£ 

dèle%  il  rattachait  comme  lui,  sous  forme 

'  Breviter  igitur  initia  Romani  imperii  perstrinxît, 
ut  nec  modum  propositi  operis  excédât,  nec  utiquc 
origincm  urhis  quae  est  caput  totius  orbis  siîentio 
practermittat,  (Trog.  Pomp.  Epitom,  1.  ^3,  c.  i.) 

'  Théopompe  de  Chio,  qui  se  regardait  &  qu'on 
regardait  comme  un  continuateur  de  Tliucydide 
parce  qu'il  avait  écrit  sur  les  affaires  de  la  Grèce 
une  histoire  ('EX^r,v'.y.a\  'laropfat,  ii'jVTa^t;  'EXXr,viy.Civ) 
qui    faisait  chronologiquement  suite  à  celle  de  la 


sts  hii  quae  nec  cognoscendi  voluptate  iucunda    nec  guerre  du   Péloponèse,  avait  consacré  au   règne  du 

f^^cmplo  erant  necessaria,  brève  yeluti  florum  corpus-  roi    Philippe    un    autre    ouvrage    beaucoup    plus 

culumfeci.  {Praefat.  Iustin.  p.  3.)  étendu  que  le  premier  (en  cinquante-huit  livres), 

Horum   igitur  quaîtuor  &  quadraginta   volumi-  où  l'histoire  du  monde  gravitait  aussi  autour  de  la 

num,  nam  totidcm  edidit.  {Praefat.  lusTiN,  p.  3.)  Macédoine.  C'est  à  cet  ouvrage,  intitulé  <I>t?,ir7:ixà 


Note 
io6 


X 


Note 
io6 


404 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


de  digressions,  l'histoire  de  tous  les  peu-  uns,  de  Minerve  &  de  Diane;  suivant  les 
pies  civilisés  ou  barbares  avec  lesquels  les  autres,  de  trois  Génies  (Aat[j,ov£;)  protec- 
Grecs  s'étaient  trouvés  en  rapport  ou  en  teurs  de  la  ville.  Il  les  suit  de  la  Grèce  en 
contact  pendant  ce  mouvement  d'expan-  Asie-Mineure  (1.  25),  où  le  roi  Nicomèdc 
sion  féconde'.  C'est  ainsi  que  son  livre  de  Bithynié  s'était  chargé  de  les  intro- 
s'ouvrait  (1.  2,  c.  i-5)  par  une  histoire  des  duire,  &  où  ils  allaient  cette  fois  songer  à 
nomades  de  la  Scythie  que  leurs  incursions  eux  &  se  faire  leur  part  après  avoir  fait 
en  Asie  avaient  mis  successivement  aux  celle  des  autres.  Il  cararactérise  quelque- 
prises  avec  les  Egyptiens,  les  Assyriens  &  fois  avec  justesse  ces  invasions  de  jeunes 
les  Perses,  &  qu'il  se  terminait  (1.  48  &  44)  gens,  dont  les  bandes  armées  continuaient 
par  des  détails  historiques  ou  légendaires  à  franchir  de  loin  en  loin  les  frontières  de 
sur  les  Celto-Ligures  de  la  Gaule  &  les  la  Grèce  &  se  répandaient  de  là  comme  des 
Ibères  de  l'Espagne,  que  pénétraient  à  ejjûzmj  dans  tous  les  Etats  grecs  de  l'Europe 
l'occident  les  colonies  grecques  ou  car-  &  de  l'Asie,  où  on  les  trouve  mêlés,  sous 
thaginoises  de  Massalia  &  d'Emporiae,  à  des  noms  &  à  des  titres  divers  ([j/.sOw-a'!, 
Malaka  &  à  Gadir,  le  Gadès  des  géogra-  mercenaires;  ocpuçipoi,  gardes  du  corps  ou 
phes  grecs.  hallebardiers),  aux  intrigues  des  cours  & 
Les  Gaulois,  qu'une  bizarrerie  de  leur  aux  luttes  des  princes  qui  ne  savaient  plus 
destinée  allait  conduire  au  cœur  même  de  se  passer  d'eux'.  Quoique  leur  histoire  se 
cet  empire  en  déclin,  sous  les  successeurs  trouve  ainsi  subordonnée  à  celle  des  rois 
dégénérés  d'Alexandre,  devaient  tenir  une  d'Epire,  de  Bithynié,  de  Syrie  &  même 
place  considérable  dans  une  histoire  dont  d'Egypte,  l'historien  ne  les  perd  point  de 
la  Macédoine  formait  pour  ainsi  dire  le  vue  (l.  26,  27,  28)  au  milieu  des  intrigues 
centre.  Quoique  Justin  abrège  8c  condense,  égoïstes  dont  il  essaie  de   suivre   les   fils 

jusqu'à  le  dessécher  parfois,  le  récit  de  ces  enchevêtrés.  ( divisa  temporibus  &  série 

événements  oubliés  en  partie,  on  peut  rerum  J/g-ejffl_,  Prae/a^  lusTiNl,  p.  3.)  Leur 
dire  sans  exagération  qu'aucun  des  his-  nom  reparaît  dans  son  livre  à  côté  de  celui 
toriens  anciens  dont  les  ouvrages  sont  des  princes  qu'ils  servent  ou  qu'ils  trahis- 
parvenus  jusqu'à  nous,  ne  les  a  présen-  sent,  &  c'est  à  lui  que  les  historiens  mo- 
tés  d'une  manière  aussi  détaillée,  &  sur-  dernes  ont  emprunté  quelques-uns  des 
tout  aussi  suivie.  Il  ne  se  contente  point,  traits  qui  caractérisent  le  plus  vivement 
comme  Pausanias,  de  raconter  en  détail  cette  singulière  époque,  où  la  civilisation 
(1.  24)  l'expédition  de  Bolgius  en  Macé-  s'éteignait  par  degrés  sous  l'empire  de  la 
doine,  &  celle  de  Brennus  en  Phocide,  où  force  &  de  la  guerre  devenue  une  science 
la  ville  &  le  temple  de  Delphes  n'avaient  que  les  barbares  apprenaient,  à  leur  tour, 
échappé  à  la  furia  des  Barbares  que  par  pour  la  retourner  contre  leurs  nouveaux 
l'intervention  du  dieu'\  assisté,  suivant  les  maîtres. 

Il  ne  faut  point  oublier  pourtant,  si  l'on 

„       ,.,        .      .    ^,  ,  ...  veut  apprécier  les  choses  à  leur  juste  va- 

8c  qu  11  avait  mis  fréquemment  a  contribution,  que  *  *  ' 

Trogue   Pompée   avait   emprunté  le   titre  de    son  ^'^^'■'  importance  de  ces  renseignements 

livre:  Trogi  Pompei  HistoriaephiUppicae.  (Voir  sur  ^    ^^    ^^S^^    ^^    confiance    qu'ils   méritent, 

cette  question  de  détail  Meineke, /"ragmertt.  Poef,  que  Trogue    Pompée    écrivait    au    temps 


Note 
106 


comic.  t.  2,  part.  2,   p.   laSi,   &  Carl  Mueller, 
Fragment,  histor.  Graec.  intr.  p.  lxv  à  Lxxvn. 

'  Graecas  &  totius  orbis  historias  composuit...  cu'tus 
lihris  omnium  saeculorum,  regum,  nationum  populo- 
rumque  res  gestae  contïnentur,  (Praefat.  Iustin. 
p.  3.) 

*  On  y  désignait  Apollon  sous  Je  nom  générique 
du  dieuj,  comme  on  désigne  encore  à  Padoue  saint 
Antoine  sous  le  nom  du  Saint  [Il  Santo),  à  Lorette 
la  Vierge  locale  sous  le  nom  de  La  Madona  (Mm-        neque  pulsi  regno  ad  alios  quam  ad  Gallos  confugc- 
dona).  runt.  (Trog.  Pomp.  Histor.  pkilipp.  I.  25,  c.  2.) 


d'Auguste,  comme  nous  l'avons  déjà  re- 
marqué, c'est-à-dire  près  de  trois  siècles 
après    les  événements  qu'il    raconte.  Son 


'  Quamquam  Gallorum  ea  tempestate  tantae  fc- 
eunditatis  juventus  fuit,  ut  Asiam  omnem  vclut  exa- 
mine aliquo  implerent...  Ncque  reges  Orientis  sine 
mcrcenario   Gallorum    cxcrcitu   ulla    hclla  gesserunt, 


Note 
io6 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


4o5 


témoignage,  quelque  consciencieux  qu'on 
le  suppose,  ne  peut  donc  avoir  d'autre  va- 
leur que  celui  des  historiens  oubliés  aux- 
quels il  empruntait  ces  renseignements,  & 
il  suffit  de  parcourir  avec  un  peu  d'atten- 
tion les  fragments  de  ces  écrivains  (car 
leurs  ouvrages  sont  presque  tous  perdus 
aujourd'hui),  pour  être  convaincu  que  la 
plupart  d'entre  eux  ne  brillaient  ni  par 
l'esprit  d'exactitude  qui  recueille  scrupu- 
leusement les  faits,  ni  par  l'esprit  de  cri- 
tique qui  les  discute  ou  les  apprécie.  Phy- 
larque  de  Naucratis  ',  que  Trogue  Pompée 
paraît  avoir  suivi  de  préférence  dans  cette 
partie  de  son  histoire  (du  1.  24  au  1.  28)% 


'  M.  Cari.  Mueller,  le  dernier  éditeur  des  Frag- 
ments de  Phylarquc  (^Fragmenta,  h'nt.  Graec,  t.  i, 
p.  334-358),  conjecture,  non  sans  vraisemblance, 
qu'il  était  né  à  Naucratis  en  Egypte,  mais  qu'il 
avait  passé  la  plus  grande  partie  de  sa  vie  à  Athè- 
nes, ce  qui  lui  a  valu  les  deux  épithètes  de  'AOr^varo; 
T]  Nau/pa-cttr,;,  sous  lesquelles  on  le  trouve  désigné 
chez  Athénée,  1.  2,  §  5 1,  p.  58. 

'  Eum  autem ,  in  his  omnibus,  ex  scriptoribus 
modo  laudatis  Phylarcum  maxime  secutum  esse,  etsi 
certis  argumentis  prohari  nequeat,  gravis  tamen  ori- 
tur  suspicio,  Heeren,  qui  a  mis  le  premier  cette 
vérité  en  évidence  dans  sa  belle  dissertation  sur 
les  sources  de  Trogue  Pompée  [De  Trogi  Pompei 
fontihus  &  auctoritate  :  Mém,  Je  l'Acad.  de  Goettin- 
gue,  t.  i5,  p.  185-245),  ajoute  {ib.  p.  232)  au  nom 
de  Phylarque  ceux  de  Du  ris  de  Samos  (Aovpiç  6 
Sâu'.oç)  &  de  Jérôme  de  Cardie  ('l£pi{)Vu;i.o?  6  Kap- 
otav6;).  Mais  il  est  bien  évident  que  le  premier  de 
ces  historiens  n'a  pu  rien  lui  apprendre,  au  moins 
pour  ce  qui  touche  à  l'histoire  des  Gaulois  en 
Orient  {res  Gallicae),  puisque  son  histoire  ('laxoptai 
ou  Maxs^ovtxdt)  s'arrêtait  précisément  à  l'année  281, 
où  commencent  leurs  incursions.  h'Histoire  des 
successeurs  (d'Alexandre)  de  Jérôme  de  Cardie  (xwv 
Ata8(5-/^ojV  ou  tôjv  'E7ïfj'6viov  'laxopfa),  que  Diodore  & 
Plutarque  paraissent  avoir  mise  largement  à  con- 
tribution, allait,  elle,  jusqu'à  l'année  272,  date  de 
la  mort  du  roi  Pyrrhus,  8c  même  au  delà.  Mais 
rien  n'indique  que  l'historien  se  soit  occupé,  dans 
cet  ouvrage,  des  res  Gallicae  &  que  Trogue  Pompée 
nu  fait  de  sérieux  emprunts  à  son  livre,  presque 
entièrement  perdu  aujourd'hui.  (Voir  Brueckner  : 
De  vita  &  scriptis  Hieronym.  Card.  :  Zeitschrift  fur 
alterth  ml.  IVissenschaft,  1841,  p.  253  &  suiv.,  & 
Carl  Mueller,  Fragment,  historié.  Graec.  t.  2, 
p.  400-460.)  —  Restent  donc,  comme  source  prin- 
cipale, les  'la-copfai  de  Phylarque,  auxquelles  Tro- 
gue Pompée  paraît  avoir  emprunté,  non-seulement 


avec  quelques  autres  historiens  du  même 
temps,  ne  serait  pas  lui-môme  à  l'abri  des 
reproches  que  nous  venons  de  formuler, 
car  il  appartient  incontestablement  à  cette 
école  d'historiens  romanesques  &  déclama- 
toires ([j.uOoXsYoi,  p-/3Topty.sî),  qui  paraissent, 
comme  le  dit  Polybe  (en  parlant  de  lui 
précisément),  beaucoup  moins  préoccupés 
de  la  vérité  que  de  l'effet  à  produire  sous 
son  nom  chez  des  lecteurs  frivoles  &  bla- 
sés, dont  la  raison,  le  goût  &  les  lumiè- 
res allaient  baissant  tous  les  jours,  &  par 
les  mêmes  causes.  Postérieur'  de  près  d'un 
siècle  à  Théopompe,  il  avait  écrit  comme 
lui  une  histoire  de  son  temps  (272-220) 
qui  rappelait,  à  plus  d'un  égard,  le  livre 
toujours  célèbre  des  ^\^'X<.~r.v/.i ^  &  où  il 
mêlait,  comme  lui,  de  longs  discours  &  des 
tableaux  à  une  foule  de  digressions  desti- 
nées à  reposer  ou  à  réveiller  l'attention 
du  lecteur,  à  des  anecdotes  agréablement 
racontées,  à  des  descriptions  de  pays  &  de 
peuples  inconnus,  à  des  généalogies  qui 
se  perdaient  aussi  dans  les  nuages,  à  des 
récits  romanesques  ou  légendaires  relevés 
de  traits  merveilleux  dont  l'imagination 
était  devenue  friande'. 


une  partie  de  ce  qu'il  nous  apprend  dans  les  siîf 
livres  dont  nous  venons  de  parler,  mais  une  foule 
de  détails  &  de  faits  disséminés  dans  d'autres  par- 
ties de  ses  Historiae  philippicae ,  comme  l'histoire 
des  origines  fabuleuses  de  Cyrène  au  livre  i3,  c.  7, 
&  au  livre  i5  celle  du  roi  Sandrocottus,  le  libéra- 
teur de  l'Inde  après  la   mort  d'Alexandre  :  Auc- 

tor    libertatis   Sandrocottus  fuerat c.    4.    (Voir 

J.  Fr.  LuCHT,  Phylarchi  Fragm.  Lips.  i836,  in-8°.) 
—  C'est  en  resserrant  encore  le  cadre  de  ses  recher- 
ches &  en  les  réduisant  aux  res  Gallicae  propre- 
ment dites,  que  nous  sommes  parvenus  à  distin- 
guer la  légende  toute  récente  de  Timagène  du  récit 
déjà  légendaire  de  Phylarque  &  à  ajouter  ainsi  un 
nom  à  la  liste  déjà  longue  des  écrivains  mis  à  con- 
'tribution  par  Trogue  Pompée. 

'  ST^ouoi^wv  0'  £15  è'Xîov  i/.y.aXeî'aOai  xou;  àvayivcid- 
■/.ovTaç,  7.%i  cTjij.-aOEî's  7:ouî'v  toî"?  X£yo|j.£voiç  (Polyb. 
Hist.  1.  2,  c.  56). 

'Voir,  à  l'appui  de  ces  assertions,  les  Frag- 
ments de  Phylarque  publiés  par  J.  Fr.  Lucht,  par 
Aug.  Brueckner  (Phylarchi  historiarum  rcliquae , 
Breslau,  1839,  i-5i),  &  par  Carl  &  Théod.  Muel- 
ler (^Fragment,  hist.  Graec.  Paris,  Didot,  1841, 
t.  I,  p.  334-358).  Parmi  ces  anecdotes  (historiun- 
culae),  que  lui  ont  empruntées  des  écrivains  plus 


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106 


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106 


406 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Si  l'ieii  ne  prouve,  comme  Heeren  l'a  comme  on  le  dirait  aujourd'hui  :  un  ton 
remarqué  justement,  que  ce  soit  réelle-  qui  rappelait  à  plus  d'un  égard  celui  des 
ment  à  Phylarque  que  Trogue  Pompée  &  poëtes  tragiques,  auxquels  Polybe  le  com- 
Pausanias  aient  emprunté  leur  récit  en  parait  avec  raison",  une  intelligence  re- 
tableau du  siège  &  de  la  retraite  de  Del-  marquable  de  la  mise  en  scène  &  un  goût 
phes,  dont  nous  avons  déjà  signalé  les  du  merveilleux  qui  donnait  chez  lui  un 
points  de  ressemblance  ',  il  est  certain  au  air  surhumain  aux  choses  les  plus  simples 
moins  que  l'on  y  retrouve  quelques-uns  en  apparence.  Dans  un  autre  tableau  du 
des  traits  qui  distinguaient  sa  manière,  même  genre,  &  que  nous  croirions  vo- 
lontiers emprunté  au  même  ouvrage,  car 

/                            11             II   j  c -,<-^;^c  fa,v,;i;»^c  i^  6St  certain  que  Phylarque  s'y  occupait 

récents,  nous  rappellerons  celle  des  aspics  lamiliers  t               ;        n            j               i 

que   les   Égyptiens   appelaient  à  chacun  de  leurs  attentivement  des  Gaulois ,    &   surtout  des 

repas  en  faisant  claquer  leurs  doigts,  &  qui  ve-  Galates,  dont  le  nom  reparaît  à  plusieurs 

naient  en   rampant  manger  sur  la   table  des  molae  reprises  dans  ses  Fragmenta'' /Vrogue  Pom- 

de  farine  &  de  miel  pétries  à  leur  intention  (Phy-  pée  nous  montre  les  Barbares  en  guerre 

LARCH.  1.  12,  Frag.  26,  MuELLER,  p.  840),  &  Celle  avec  un  roi   de  Macédoine,  égorgeant  de 

du  dauphin  reconnaissant  qui,  sauvé  par  un  Mi-  leurs  propres  mains  leurs  femmes  &  leurs 

lésien  de  la  main  des  pêcheurs  qui  venaient  de  le  gnfants  pour  apaiser  leurs  dieux,  dont  les 

prendre,  le  sauva  à  son   tour  à  la   suite  d'un  nau-  ^^^^^^^^  annonçaient  une  défaite,  &  pOUr- 


frage  où  l'équipage  du  vaisseau  périt  tout  entier 
Quelques  années  plus  tard,  le  Milésien  étant  venu 
à  mourir,  on  ne  fut  pas  peu  surpris  de  voir  le 
port  &  la  rade  remplis  de  dauphins  que  l'ami  du 
défunt  avait  convoqués  de  lui-même  à  ses  funé- 
railles. (Phyl.  1.  iz,  Fragm.  25,  p.  340.)  Un  jeune 


suivis  pendant  le  combat,  où  ils  périrent 
presque  tous,  par  les  mânes  irrités  de  leurs 
victimes,  dont  les  larmes  &  le  sang  tom- 
baient en  ruisselant  sur  leurs  armes.  Les 
exagérations  que  repousse  ou  que  discute 


aigle,  qu'un  enfant  avait  élevé  &  nourri  avec  ten-      au  moins  l'histoire  digne  de  ce  nom,  les 
dresse,  poussa  plus  loin  encore  ce  sentiment  de      pieux  mensonges  que  l'esprit  national  ac- 


reconnalssance  &  se  fit  brûler  vif  dans  le  bûcher 
qui  consumait  les  restes  de  son  jeune  maître  (Phy- 
LARCii.  Fragm.  49,  p.  349-35o).  Quant  au  mer- 
veilleux dont  Phylarque  relevait  ses  récits,  &  que 
le  grave  Trogue  Pompée  ne  dédaignait  pas  à  son 
tour,  s'il  faut  en  juger  par  les  traits  dont  Justin  a 


cepte  sans  examen  &  que  la  tradition  exa- 
gère ou  poétise  encore  quand  elle  s'en  est 
une  fois  emparée,  étaient  assurés  de  trou- 
ver bon  accueil  chez  ces  écrivains  rede- 
venus légendaires  sans  la  grâce  de  la  jeu- 


émaillé  son  abrégé  {Brève  florum  corpusculum nesse,  &  nous  rappellerons  à  ce  sujet  que 

praefat.  p.  3),  on  en  trouve  des  traces,  non-seule- 
ment dans  les  généalogies  mythologiques  mises  à 
la  mode  par  Théopompe,  mais  dans  la  biographie 
de  ses  principaux  personnages,  dont  la  grandeur 
future  se  révèle  dès  leur  enfance  par  des  prodiges 
de  toute  espèce.  (Voir  nu  livre  i5,  c.  4,  le  lion 
qui  désaltère  Sandrocottus  de  ses  sueurs,  &  au 
livre  23,  les  abeilles,  le  loup  &  l'aigle  qui  prédi- 
sent de  diverses  manières  la  future  royauté  d'Hié- 
ron  à  Syracuse.)  Ces  niaiseries  légendaires  (dcT07:a),       prunté,  sans  s'en  douter,  l'anecdote  du   riche  Ga- 


les deux  historiens,  après  avoir  raconté  de 
la  même  manière  les  désastres  de  cette  re- 


osivà.......  y.aOxwp  01  tpaYowioYpatpou  (Polyb.  l.l.) 

'  Notamment  au  livre  2,  Fragm.  2}  —  au 
livre  6,  Fragm.  11,  —  &  au  livre  14,  Fragm.  3o, 
3i,  32.  C'est  à  lui   que   les   Bénédictins  ont   em- 


qul  déparaient  le  livre  de  Phylarque  aux  yeux  des 
écrivains  de  bon  sens  (Plutarch.  de  Iside  &  Orlslde, 
c.  29),  étalent  précisément  ce  qui  plaisait  chez  lui 
à  Calllsthène  de  Sybarls,  un  des  devanciers  de  Tl- 
magène,  à  Parthénius  de  Nlcée,  l'historien  roman- 
cier des  'EpwTixdc,  &  aux  écrivains  de  la  même  école. 
'  Fuisse  en'im.  hic  videtur,  quisquis  fueritj  idem 
cum  eo  quem  Pausanias  quoque  in  rehus  Gallicis, 
quas  passim  commémorât,  exscripsit.  Convenit  cnim 
plerumque  cum  Justine,  ium  in  nominihus  ducum, 
tum  in  reruni  gestarun  narratione  (HiiEHEN,  1,1. 
p.  23 1). 


late  Ariamnès,  «  qui  traita  pendant  un  an  toute 
sa  nation  avec  une  magnificence,  un  ordre  &  une 
abondance  incroyables  '.  »  [Athénée,  1.  4,  J  34, 
p.  i5o.)  —  Dans  un  autre  passage,  Phylarque 
nous  montre  les  Gaulois,  ces  mangeurs  de  pain, 
comme  les  appellent  encore  les  peuples  de  race 
germanique,  couvrant  de  viandes  empilées  &  de 
pains  brisés  par  morceaux  (à'p-ouç  îîoXXoI»;  -/.aTay.s- 
xXaafxdvouç)  la  table  royale  &  attendant  pour  man- 
ger que  le  roi  ait  commencé  à  manger  lui-même. 

'  Voyez  tome  I,  liv.  I,  ch.  xxxiit,  p.  70. 


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NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


407 


traite,  où  tout  semblait  se  réunir  contre  Trogue  Pompée  ne  se  seraient  certaine- 

les  profanateurs,  assuraient  presque  dans  ment  pas  contentés,  s'ils  en  avaient  trouvé 

les  mêmes  termes  qu'il  n'en  était  pas  sorti  de  plus  précises  chez  les  historiens  qu'ils 

un  seul  vivant  de  la  Grèce  :    Ut  nemo  ex  copiaient',  ne  disparaissent  que  dans  un 

tanto  exercîtu  vel  ad  memoriam  iantae  claclis  passage   du   livre  32,   dont   les   assertions 

superesset.    (TR-OG.   Pomp.    Hist.  phîlîpp.  inattendues  contredisent  sur  des  points  si 

Epitom.   1.  24,  c.  8)  :    wç   [j/r^Béva  oï-/.aos  graves  le  témoignage  des  deux  historiens, 

à^oswOyivai  (PausANIAS  :   Phocî.  p.  478)  'é  qu'il  est  encore  à  peu  près  impossible  de 

Il  est  à  remarquer  d'ailleurs  que,  dans  le  croire  emprunté  à  la  même  source.  Dans 
tous    les    passages    dont    nous    venons    de 

parler,  les  Gaulois  sont  constamment  dé-  .  l^s  id<:-es  de  Trogue  Pompée  à  ce  sujet  nous 
signés  sous  le  nom  de  Galli,  ou  de  Ta/J-Tat,  paraissent  résumées  fort  exactement  dans  un  pas- 
que  les  Grecs  appliquaient  indifférem-  sage  du  discours  de  Mithridate,  d'autant  plus  con- 
ment  aux;  Gaulois  de  l'armée  de  Brennus  cluant  qu'il  n'a  point  passé,  comme  nous  l'avons 
&  aux  Galates  de  l'Asie-Mineure.  Ces  ap-  "léjà  remarqué,  par  le  crible  toujours  suspect  de 
pellations    génériques,    dont   Pausanias    &  l'abréviateur  Justin.  L'historien  qui  parle  ici  des 

Gain  tes  d'Asie  les  désigne  encore  sous  le  nom  gé- 
nérique de   Gain    &  déclare    très-catégoriquement 

'  Voir  encore  Diodore  de  Sicile,  qui   reproduit  qu'ils    sont   de   la   même   race  que  les  Gaulois   de 

à  son  tour  l'assertion  des  deux  historiens  (anavis;  l'Italie    du    Nord,    devant    lesquels    les    Romains 

ois-iOlipriTav,  xal  oùiîî'iç  u-sî-sf^Or)  àr.zkM-^i  oTy.ov  :  Dio-  avaient    tremblé    si    longtemps    {Gallorum    nomen 

Don.  Sic.  1.  22;  Edog.  i3,  p.  870).  Pour  concilier  ?"o^  semper  Romanos  terrait.  Tj\og.  Pomp.  Epitom. 

cet  anéantissement  des  Gaulois  de  l'armée  de  Bren-  1-  ^8,  c.  4),  qu'ils  combattaient  de  la  même  ma- 

nus,  admis  par  la  plupart  des  historiens  anciens,  nière  &  qu'ils  étaient  venus,  comme   eux,  de  la 

avec  les  événements   postérieurs   de  leur  histoire,  Gaule    par    un    chemin    plus    long    seulement    & 

les  Bénédictins  sont  forcés  d'en  revenir  à  la  version  beaucoup   plus  pénible  (nam  hos  qui  Asiam  inco-^ 

de  Tite-Live  qui  suppose,  lui,  une  sécession  opérée  ^""^  Galles  ah  illis  qui  Italiam  occupaverunt  sedihus 

en  Dardanie  dans  l'armée  envahissante  8c  un  corps  tantum  distare  :  originem  quiiem  ac  virtutem  genus- 

de  vingt  mille  hommes  se  détachant,  sous  des  chefs  î"^  pugnae  idem  habere  :  tantoque  his  acriora  esse 

à   lui,   pour   aller  chercher    fortune   en  Thrace  &  quam  ilhs  ingénia,  quod  longiore  ac  difficiliore  spa- 

ailleurs  {Hi   Galli,  Brenno  duce,  in  Dardanos  per-  ■  ^'°-  P^''  IHyricum  Thraciamque  prodlcrint.  Id.  Ib.). 

venerunt,  Ibi  seditio  orta,  &  ad  yiginti  milia  homi-  —  Ce  rapprochement  des  deux  invasions  gauloises 

num ,    cum    Lonorio    &   Lutario    regulis ,    secessionc  «lans  l'Italie   &  dans  la  Grèce  du   Nord  se  retrouve 

facta,  a  Brenno  in  Thraciam  avertunt.  T.  Liv.  1.  38,  '^^    ^^^^  ^^   ^a    légende   des    émigrations   gauloises, 

c.  16,  édit.  W.  Weissenborn,  Lips.  i853).  Les  Tec-  telle  que  Justin  l'a   racontée  d'après  Trogue  Pom- 

tosages,  que  l'on   retrouve  peu  de  temps  après  éta-  P^^j  Si  doit   reposer  lui-même   sur   une  donnée  à 

blis  en  Galatie  avec  les  Trocmes  &  les  Tolistoboïes,  P*"  P»'"  exacte,  même  chronologiquement  parlant, 

figuraient  évidemment  dans  ces  bandes  dissidentes,  '^ar  il  y  a  toute   raison  de  croire,  comme  l'a  judi- 

à  moins  de  supposer  qu'ils  n'y  aient  pris  ce  nom  cieusement  remarqué  M.  Mommsen  [Roem.  Gesch. 

ou   ce   surnom   à   la    suite   de   leur   établissement.  ^'  i ,  Z.  3i  8,  *.  i),  que  les  plus  anciennes   inva- 

Mais  il  eût   fallu,  dans   cette  hypothèse,   que   le  slons  gauloises  en  Italie  ne  peuvent  guère  remon- 

texte  de   Justin    autorisait   d'ailleurs   ( pars    in  ter  au  delà  du   quatrième  siècle  avant  notre  ère. 

Jsiam,  pars  in  Thraciam,  1.  32,  c.  3),  renoncer  à  Le  ban  ou  l'essaim  oriental  auquel  la  légende 
l'idée  que  les  Tectosages  eussent  figuré,  soit  au  gauloise  donnait  pour  chef  le  fabuleux  Ségovèse, 
siège  de  Delphes,  soit  dans  la  grande  armée  de  aurait  mis  un  siècle  environ  à  franchir  ou  à  tour- 
Brennus,  où  l'on  tenait  à  honneur  de  citer  leur  ner  les  Alpes,  à  refouler  de  loin  en  loin,  pour  se 
nom,  &  les  savants  historiens,  pour  concilier  tout  faire  place  (comme  l'ont  fait  les  Boii,  les  Scor- 
cela,  se  sont  arrêtés  à  un  moyen  terme.  Ils  suppo-  disci ,  &c.),  les  populations  belliqueuses  du  fias- 
sent que  le  corps  des  Tectosages  dont  ils  vont  ra-  Danube,  où  Alexandre  les  aurait  trouvées,  s'il  faut 
conter  le  retour  en  Pannonie  8c  à  Toulouse,  fai-  en  croire  la  tradition,  8c  où  leur  mouvement  en 
sait  partie  du  corps  d'armée  laissé  par  Brennus  à  avant  allait  être  arrêté,  comme  le  remarque  judi- 
Héraclée,  à  la  garde  de  son  camp  8c  de  ses  trésors,  cieusement  Polybe,  par  la  forte  organisation  8c  les 
Se  que  c'était  de  là  qu'ils  s'étalent  débandés,  après  ressources  militaires  de  la  Macédoine,  devenue 
la  mort  du  général,  pour  se  répandre  en  Thrace  une  puissance  de  premier  ordre  depuis  Philippe  8c 
8c  sur  les  côtes  de  l'Hellespont,  où  la  légende  allait  Alexandre  (0  r.ol'kiy.'.ç  5v  auvÉoaivs  y'T'^^'^^^-)  ['■^i  "f°" 
de  nouveau  s'emparer  d'eux  8c  de  leur  nom.  -/.aOr.aÉvwv  INIxzE^ôvtov.  (Polyb.  Hist.  1.  9,  p.  567). 


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408 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ce  passage,  que  l'on  peut  regarder  comme  L'état  du  pays  qu'il  avait  sous  les  yeux  ne 
le  point  de  départ  de  la  théorie  que  nous  répondait  plus  évidemment  au  développe- 
discutons,  l'historien  assure  que  les  Gau-      ment  de  population   &  de  puissance  (y.al 


lois   de   l'armée   de  Brennus   (Gaîlî,   bello 

adversus  Deîphos  infeliciter  gesto Trog. 

PoMr.  Hist.  philipp.  1.  32,  c.  3),  fatigués 
de  la  vie  errante  qu'ils  menaient  depuis 
des  années  en  Thrace  &  en  Asie,  s'étaient 


Suva3T£U(ja{  ttots  y.at  cjavopY;7a'. ,  StraBON, 
Géogr.  1.  4,  c.  I,  ^  i3,  édition  de  Carl 
MuELLER  &  Fr.  Duebner.  Paris,  Didot, 
i853),  que  supposaient  des  émigrations 
aussi  considérables,  en    admettant  même 


décidés  à  quitter  la  Grèce  &  à  retourner  que  les  premières  bandes  aient  été  recru- 

chez  eux  par  le  chemin   qui   les  y  avait  tées  ou  grossies,  chemin  faisant,   par  des 

amenés  (per  eadem  vestigia  qua  vénérant...  contingents   étrangers,  &  il  en  concluait 

id.  ib.).  Une  partie  des  fugitifs  s'arrêta  au  qu'elles  avaient  eu  pour  résultat  d'appau- 

confluent  du   Danube    &   de    la   Save,    au  vrir  &  d'épuiser  la  ruche  d'où  elles  étaient 

pied  du  mont  Scardus  ou  Scordus,  dont  ils  sorties,  phénomène  dont  il  avait,  du  reste, 

prirent  le  nom  (Scordiscosque  se  appellarî  constaté   d'autres   exemples   chez   d'autres 

volutt...  id.  ib.)-  Les  Tectosages,  eux,  con-  peuples  barbares  &  même  civilisés. 


tinuèrent  leur  route  sans  se  laisser  dis- 
traire de  leur  but,  &  arrivèrent  non  sans 
peine,  il  est  vrai ,  à  Tolosa,  leur  ancienne 
patrie    (Tectosagi  autem   cum    in    andquam 


Quant  au  retour  des  Tectosages,  qui 
avaient  figuré,  disait-on ,  dans  l'armée  de 
Brennus  à  Delphes  (Tsy.-ocâYaç  cétpas'.  [XETas- 
•/îTv  rî;;  ir\  AîAîoùç  c-paisiaç,  id.  ib.)  &  que 


patriam  Tolosam  venissent in  Tolosensem  Timagène  ramenait  à  Toulouse  (èv  7::A£i  Tc- 

lacum...  id.  ib.).  A('o7t/),  id.  ib.)  chargés  de  trésors  mal  acquis 

Pour  apprécier  la  valeur  de  ce  nouveau  (wç  eipr,-/.-  Tiî^.aYévTjÇ,  id.  ib.)^  il  déclare  tout 

témoignage,  historiquement  parlant,  &  le  simplement  le  fait  invraisemblable,  sinon 

degré  de  confiance  qu'il  mérite  à  son  tour,  impossible,  &  il  oppose  au  récit  de  Tima- 

il  faut  revenir  au  passage  de  Strabon  dont  gène  la  version  de  Posidonius  [r.'.^Tiùy-.t^zq 

nous  avons  déjà  signalé  l'importance.  Ce  0  è^xlv  0  Iloaeiowviou  AÔyoç,  id.  ib.),  qui  pré- 


passage, qui  explique  assez  bien,  si  nous 
ne  nous  trompons,  les  contradictions  que 
Ton  aura  remarquées  entre  la  première  & 
la  seconde  partie  de  la  légende  que  nous 
venons  de  résumer,  se  trouve  dans  le  qua- 
trième livre  de  sa  Géographie,  consacré, 
comme  on  le  sait,  à  la  description  de  la 
Gaule,  &  qui  paraît  avoir  été  écrit  en  l'an 
18  ou  19  de  notre  ère.  En  quittant  le  ter- 


tendait,  lui,  que  les  Gaulois  n'avaient  pu 
rien  emporter  du  temple  de  Delphes,  dé- 
valisé parles  Phocidiens  pendant  la  guerre 
sacrée,  un  demi-siècle  auparavant.  Il  paraît 
même  convaincu,  comme  les  trois  histo- 
riens dont  nous  rappelions  tout-à-l'heure 
le  témoignage,  qu'il  iien  était  pas  revenu 
un  seul  vivant  dans  les  Gaules,  grâce  aux 
dissensions  intestines  qui  avaient  suivi  les 


ritoire  des  Volkes  Arécomiques  pour  en-      désastres  de  la  retraite  &  dispersé  les  ban- 


trer  dans  celui  des  Volkes  Tectosages, 
qu'il  décrit  l'un  &  l'autre  en  témoin  ocu- 
laire, avec  une  intelligence  &  une  sobriété 
de  langage  dont  les  anciens  ont  emporté 
le  secret,  le  souvenir  des  aventures  héroï- 
ques que  ce  nom  réveillait  à  cette  époque, 
chez  les  érudits  au  moins,  s'est  présenté  de 
lui-même  à  son  esprit.  Mais  les  formules 
dubitatives  &  les  réserves  de  toute  espèce 
dont  il  entoure  ici  chacune  de  ses  asser- 
tions (fast...  Tivé;  çaciv...  £Î/.b;  cï...  cjy.  lyoïJ.vi 


des  de  divers  côtés   (âXAcu;  èz'  àXXx  \).i^T^ 
y.ci-y.  c'./oîTaî-av,  id.  ib.). 

Ce  serait  donc  au  Syrien  Timagène  que 
remonterait,  comme  point  de  départ,  la 
tradition  relativement  récente  qui  regar- 
dait les  Tectosages  de  l'Asie-Mineure 
comme  les  descendants  des  Volkes  de  la 
Narbonnaise,  à  moins  de  supposer  que 
Timagène  ne  l'eût  empruntée  lui-même  à 
quelque  écrivain  plus  ancien.  Mais,  en 
admettant  que  Strabon,  dont  on   ne   con- 


çpâuc'.v...),    indiquent    suffisamment    qu'il  teste  pas  plus  le  savoir  que  la  probité,  lui 

n'acceptait  qu'avec  des   restrictions  nom-  ait    imputé    gratuitement     des    assertions 

breuses  les  traditions  plus  ou  moins  vrai-  erronées,  dont  il  ne  serait  que  l'écho,  dans 

semblables  que   l'on  racontait  à  ce  sujet.  cette  hypothèse  comprendrait-on  plus  fa- 


NOTB 

106 


Note 
106 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


409 


cilement  à  quel  titre  &  dans  quel  but  Tro- 
gue  Pompée  lui-même  aurait  laissé  dans 
l'ombre  uu  fait  aussi  considérable  que 
celui-là,  s'il  l'eût  trouvé  consigné  chez  les 
historiens  du  troisième  siècle  qu'il  a  mis 
à  contribution  dans  la  première  partie  de 
sa  légende'?  Il  est  impossible,  d'ailleurs, 
de  comparer  avec  un  peu  d'attention  le 
récit  de  Trogue  Pompée,  tel  que  nous  le 
trouvons  dans  VEpitome  de  Justin,  &  le 
fragment  de  Timagène,  dont  Strabon  nous 
a  conservé  la  substance  sinon  le  texte,  sans 
être  frappé  des  points  de  ressemblance  que 
présentent  les  deux  versions,  non-seule- 
ment pour  le  fond  des  choses,  mais  pour 
la  manière  dont  les  faits  s'y  succèdent  & 
s'y  enchaînent.  Toutes  les  deux,  en  effet, 
nous  montrent  les  Tectosages,  après  leur 
retour  à  Toulouse,  frappés  d'une  maladie 
contagieuse  &  forcés,  pour  apaiser  leur 
dieu,  de  déposer  dans  ses  temples  ou  dans 
les  lacs  qui  en  dépendaient,  cet  or  sacri- 
lège qui  devait  être,  cent  cinquante  ans 
plus  tard,  également  fatal  au  consul  Cé- 
pion,  dont  l'histoire  se  trouve  mêlée  des 
deux  côtés  à  celle  de  l'émigration  &  du 
retour  des  Tectosages'.  Si  Trogue  Pom- 


'  Ajoutons  à  ce  que  nous  venons  de  dire  que 
cette  nouvelle  légende  se  détache  bien  nettement, 
même  chez  Trogue  Pompée,  auquel  les  Bénédictins 
l'ont  empruntée,  du  récit  héroïque  ou  légendaire 
(expédition  de  Brennus,  siège  &  retraite  de  Del- 
phes, 8cc.)  que  l'on  attribue,  à  tort  ou  à  raison,  à 
l'historien  Phylarque.  Elle  figure,  en  effet,  dans 
le  trente-deuxième  livre  de  son  histoire,  qui  pa- 
raît emprunté  pour  le  fond  des  choses  à  Polybe, 
comme  plusieurs  des  livres  suivants,  &  le  règne  du 
roi  Persée,  dans  lequel  elle  paraît  avoir  été  inter- 
calée, après  coup  probablement,  nous  reporterait 
chronologiquement  à  une  époque  déjà  très-éloignée 
du  temps  des  invasions  (178-167),  quoique  l'histo- 
rien avoue  lui-même  qu'il  fait  ici  allusion  à  des 
événements  d'une  date  plus  ancienne. 

Nous  reproduisons  textuellement  les  versions 
des  deux  historiens  que  nos  lecteurs  pourront 
ainsi  rapprocher  &  comparer  de  point  en  point  : 
Kai  xou;  T£x.TO(jàYaç  Zi  cpocat  ixETaa/sîv  tt];  Izi  AeXspoùç 
aipa-reiaç,  (zx"t)  Toyç  te  Ori^aupou?  tùÙ;  EupsO^vraç  7:ap' 
a-JXoXi  unb  ï,/.t7:{wvoç  -ou  a-paTrjYoù  -rwv  'i'ii)[i.ai(ov  Iv 
T.(j\z\  ioXwaoT,  xôiv  È/.îîOev  yprii^.âTtov  [J.£p05  sTvat  «pacrt, 
rpoaQuvat  oà  xoli;  àvO&ior.ou;  -/.ai  t/.  xwv  îoîwv  ot'/.wv 
àvtepouvxaî  -/-ai  IÇtXaay.ouivou;  xbv  Osiv  •  zpoaa-^ajjievov 
3   aùxûv  xbv  Zy.mM^ta.  oià  xovJxo  h  oydxyyrîaaai  xaxaT- 


pée,  qui  écrivait  sous  Auguste,  n'a  fait, 
comme  tout  l'indique,  que  reproduire,  en 

Tpf|at  xbv  p(ov ,  wî  îep6TjXov  hfj}.ifii'nx  (y7;b)  xr;; 
raxpfôoç,   oia56youî   8'  ir.QXi-6-na.   naioaç,    5;    tjvéÇ») 

xaxaropv£u02(aaç ,    wç    £tpr,/.£    T'.jjiaY£vr-,î    àr.okén07.i 

(Strad.  1.  4,  c.  1,5  i3.)  ...Namijue  Galli  hcllo  ad- 
versui  Delphos  infeliciter  gesto,  in  quo  majorent  vim 
nutninis  quant  hostium  senscrant ,  amisso  Brenno 
duce,  pars  in  Asiam,  pars  in  Thraeiam  extorres  fu- 
gerant.  Inde  per  eadem  vestigia  qua  vénérant  anti- 

quam  patriam  repetivere Tectosagi  autem  cum  in 

antiquam  patnam  Tolosam  venissent  comprcfiensique 
pestifera  lue  essent,  non  prias  sanitatem  recipcravere, 
quant  haruspieum  responsis  moniti  aurunt  argentum- 
que  bellis  sacrilegiisque  quaesitum  in  Toloscnsent 
lacum  mergerent  :  quod  omne  magno  post  tcmpore 
Caepio  Romanus  consul  ahstulit,,.  Quod  sacrilcgiun 
causa  excidii  Caepioni  exercituique  eius  postea  fuit. 
(Tkog.  Pomp.  Epitom.  1.  82,  c.  3).  Quelle  que  soit 
la  part  à  faire  au  rhéteur  Timagène  dans  cette 
légende,  arrangée  &  publiée  par  lui,  il  y  a  plus 
d'une  raison  de  croire  qu'elle  reposait  aussi  sur 
une  tradition  indigène  ou  locale  (e/'/i  hcimische 
Sage  ou  JVandersage ,  cc»nme  diraient  les  Alle- 
mands), analogue  à  la  légende  nationale,  celle-là, 
des  grandes  émigrations  de  Bellovèse  &  de  Sigo- 
vèse,  oii  Tite-Live  &  Trogue  Pompée  paraissent 
avoir  puisé  simultanément  {^Haec  accepimus,T.  Liv. 
1.  5,  c.  33),  &  que  Trogue  Pompée  reproduit  plus 
poétiquement,  sinon  plus  exactement  que  Tite- 
Live  (CGC  milia  homini  veluti  ver  sacrum  mise- 
runt...  ducibus  avibus...  &c.  Troc.  Pomp.  Epitom. 
1.  24,  c.  4).  Mais  nous  ne  croyons  pas  nous  aven- 
turer beaucoup  en  affirmant  que  cette  tradition 
ne  remontait  point  au  delà  du  consulat  ou  du 
proconsulat  de  Cépion  (io6-io5),  dont  on  racon- 
tait à  Toulouse,  d'une  manière  toute  légendaire, 
les  malheurs  &  la  fin  tragique.  Elle  serait  née, 
comme  la  plupart  des  légendes,  du  sentiment  de 
vanité  que  l'on  avait  éprouvé  chez  les  Volkes  de 
la  Narbonnaise,  en  apprenant  qu'il  existait  en 
Orient,  chez  les  Galates  de  l'Asie-Mineure,  un 
peuple  de  Tectosages  assez  puissant  pour  avoir 
attiré  les  armes  des  Romains,  &  assez  respectable 
pour  avoir  été  maintenu  par  eux  dans  son  indé- 
pendance. Aux  objections  que  l'on  pouvait  oppo- 
ser &  que  l'on  opposait  probablement  à  ces  pré- 
tentions,  en  s'appuyant  sur  l'ancienneté  des 
émigrations  elles-mêmes  dont  le  temps  devait 
avoir  effacé  le  souvenir,  les  Tolosenses  répon- 
daient, sans  se  déconcerter,  que  leurs  ancêtres 
étalent  retournés  à  plusieurs  reprises  en  Illyrie 
&  en  Thrnce,  où  l'espoir  du  pillage  les  attirait 
(praedae  dulcedine j  Troc.  Pomp.  Epitom.  1.  32, 
c.  3),  &  que  c'était  une  bande  sortie  aussi  de  leur 
pays  (ex  gente  Tectosagorum  non  mediocris  populus. 


NOTB 
lOÔ 


Noté 
106 


410 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l'arrangeant  &  en  l'encadrant  historique- 
ment, le  récit  de  Timagène,  dont  les  ou- 
vrages paraissent,  en  effet,  antérieurs  aux 
siens,  nous    trouverions   dans  ce   fait  un 


riche  en  traits  merveilleux  &  en  légendes 
romanesques  ',  racontées  avec  un  air  d'as- 
tres   prisonniers    &  acheté    par    Faustiis,    fils   de 


nouvel   argument  à   l'appui    de   l'opinion  Sylla,  il  fut  plus  tard  affranchi  par  son  maître  & 

que    nous    venons    d'émettre  ,    &    il    serait  réduit  pour  vivre  à  toute  espèce  d'expédients  &  de 

à  peu  près  démontré,  au  moins  pour  nous,  métiers.  Quoique  Suidas  nous  apprenne  (dans  un 

que    c'était  Timagène    qui    avait  accrédité,  texte    corrigé    par    Reinesius)    qu'il    a    vécu    sous 

un  demi-siècle  avant  notre  ère,  la  légende  Pompée,  sous  César  &  sous  Auguste,  sa  réputation 

11...  •       „  o,  „^  i^„ „  ^„*  ^s  littérateur  &  d'homme  d'esprit  ne  dut  commen- 

que  les  historiens  anciens  &  modernes  ont  ,    .,         ^  ,,         •     , 

?  .         ,     ,    ,       1  .  1         r  •       ^'         ^       1    •  <^sr   qu  a    1  époque    ou    il    essaya,    en    desespoir    de 

depuis  répétée  bien   des   lois  d  après  lui.  ^    ,       ^  ^  ,    ■      o   /,       ■         11. 

r  r  1  cause,  de  monter  en  chaire  &  d  enseigner  la    rhe~ 

Elle   iisurait,  suivant    toute    apparence,  ^^  •  '  •      1  r         •  1 

5      1**1,    "  ,       ,  .  torique,  métier  lucratif   aussi    pour  quelques-uns. 

dans    un   de    ses    ouvrages    où    l'historien  Devenu  commensal  d'Asinius  Pollio  (un  Pompéien 

grec  avait  réuni  tous   les  renseignements  rallié,  comme  nous  dirions  aujourd'hui.  —  Voir 

qu'il  avait  pu  recueillir,  nous  dit  Ammien  Thorbecke  Comment,  de  C.  Asinii  PolUonis  yhd  & 

Marcellin    {collegit  ex   multîpUcïbus   librïs ,  stud.  Leyde,  1820),  &  introduit  par  lui  chez  Au- 

AmM.    Marcellin,  1.   l5,  c.  9),  sur   l'his-  g"ste,   qu'il   indisposa   bientôt  par  ses  bons  mots 

toire  ancienne    de    la  Gaule,  vers    laquelle  cavaliers  qui  n'épargnaient  personne  (homo  acidae 

se  reportait  l'attention  depuis  la  conquête  ^'""ê^"'  ^  «''«'^  ^'^^'■-  ^''''''''  ^«""^  ^  ^'""'  "  ?«" 

de  Jules  César.  Mais  quoique  ce  traité  soit  "^"^'-^  improhe  sedyenustc  drcta  :  Senec.  Controy.  34. 


—  Timagenls  aemula.  l'ingua  :  Horace,  Ep'ist.  1.  1, 
ep.  19,  V.  i5),  il  avait,  suivant  toute  apparence, 
précédé  dans  la  tombe  son  bienfaiteur,  qui  lui 
resta  fidèle,  même  après  sa  disgrâce  (in  contuhcrnio 
Asinii  PolUonis  consenuit  :  Senec.  de  Ira,  3-23.  — > 
Pollion  serait  mort,  suivant  Thorbecke,  en  l'an  3 


aujourd'hui  perdu,  comme  tous  les  ouvra- 
ges de  Timagène  dont  nous  connaissons  à 
peine  les  titres  ',  il  est  certain   qu'il  était 

id.  ib.)  qui  avait  chassé  plus  récemment  les  Histri 

de  la    Pannonie   (^spoliatisque   Histris   in   Pannonia  de  notre  ère),  ce  qui  nous   ramènerait  approxiona- 

conseditj  id.  ib.),  comme  Trogue  Pompée  le  raconte  tivement  aux  trente  dernières  années  du  siècle  qui 

dans  un  autre  passage  du  même  chapitre,  emprunté  a  précédé  l'ère  chrétienne,  de  l'an  35,  par  exem- 

évidemment  à  la  même  source,  pie,  à  l'an  5  avant  Jésus-Christ,  c'e^t-à-dire  à  une 

'  Un  de  ces  ouvrages,  assez  nombreux,  à  ce  qu'il  époque  antérieure  à  celle   de  Tite-Live,   dont   la 

paraît  (Timagenes ,  historiarum  scriptor...  Senec.  de  grande   histoire  paraît  avoir  été  écrite  de  l'an   20 

Ira,  c.  23.  —  P'.ëXfa  5'  lypa^is  roXXdt  :  Suidas,  sub  ou  25  avant  Jésus-Christ  à  l'an  i3  ou  14  de  notre 

yocé)^    était    une   histoire    de   l'empereur  Auguste  ère,  &  par  conséquent  à  celle  de  Trogue  Pompée, 


qu'il  avait  briilée  lui-même  à  la  suite  de  sa  dis- 
grâce (...at  combureret  kistoriant  rerum  ab  illo  ges- 
tarum,  Senec.  Controy.  34).  Urt  autre  avait  pour 
titre  le  mot  BaatXewv  (Etienne  de  Byzance,  sub 
yoce  Milyas),  ce  qui  ferait  songer  encore  à  une 
histoire  des  successeurs  d'Alexandre  ou  de  quel- 
qu'un de  ces  successeurs.  (Voir  Carl  Mueller, 
Fragm.  hist.  Graec.  t.  3,  p.  217.)  Mais  l'étendue  du 
morceau  résumé  par  Ammien  Marcellin  &  les  re- 
cherches considérables  qu'il  avait  exigées  (voir 
plus  haut)  indiqueraient  plutôt  un  ouvrage  ou  un 
traité  spécial,  comme  l'a  supposé  Bonamy  (Recher- 


qui  connaissait  la  grande  histoire  de  Tite-Live, 
comme  le  prouve  un  des  textes  quô  nous  avons 
cités  plus  haut...  quoniam  in  Livio  &  in  Sallustio 
reprehendit,  &c.  (Trog.  Pomp.  Epitom.  1.  38,  c.  3.) 
'  Il  y  racontait,  par  exemple,  que  les  premiers 
habitants  de  la  Gaule  étaient  aborigènes  &  qu'ils 
avaient  reçu  le  nom  de  Keltes  (c'est  la  vraie  pro- 
nonciation du  mot  latin  CeZfae),  d'un  prince  char- 
mant, comme  sa  mère,  qui  leur  avait  donné,  elle, 
celui  de  Galates  [Celtas  nomine  régis  amahilis  & 
matris  ejus  yocabulo  Galatas  dictas  :  Aaim.  Marcell. 
1.  10,  c.  9).  Ailleurs  il  reproduit,  avec  des  varian- 


ches  sur  Timagène,  Mém.  de  l'Acad,  des  Inscr.    &  tes  qui  lui  appartiennent,  la  légende  du  voyage  de 

B.  L.  t.    i3,  p.  46),  qu'une  digression  intercalée  l'Hercule  grec  dans  la  Gaule,  de  ses   expéditions 

dans  une  biographie   historique  comme  celles  de  contre  les  tyrans  Géryon   8c  Tau  risque,  &  de  ses 

Cornélius  Népos  ou  de  Plutarque.  La  chronologie  amours  avec  les  filles  ^u  pays  d'où  étaient  sorties 

de  ces  livres  oubliés  serait  encore  plus  difficile  à  des  générations  toutes  nouvelles.  (Id.  ib.)  L'intérêt 


rétablir  que  leurs  titres.  Mais  on  sait  positive- 
ment que  Timagène  était  arrivé  à  Rome  en  l'an 
54  avant  notre  ère,  après  la  prise  d'Alexandrie, 
où  son  père  exerçait  le  métier  lucratif  de  changeur 
ou  de  banquier.  Vendu  par  Gabinius  avec  les  au- 


de  ce  passage  qui  frappait  Ammieri  (...sed  postea 
Ttmagencs j  &  diligcntia  Graecus  &  lingua,  haec 
quae  dia  sunt  ignorata  collegit  ex  multiplicibus  li- 
bris,  cuius  fidem  secuti,  obscuritate  dimota...  Id.  ib.) 
à  cause  de  ces  légendes  &  de  ces  fables  repoussées 


Note 
io6 


Note 
io6 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


411 


surance  qui  impatientait  ses  contempo- 
rains, sans  en  excepter  Tite-Live  qui 
l'appelle,  dans  un  mouvement  de  mauvaise 
humeur,  le  plus  léger  des  Grecs  :  levissimi 
ex  Graecis.  (T.  Liv.  Hist.  1.  9,  c.  18) '. 

Le  seul  argument  sérieux  aux  yeux  du 
géographe  que  l'on  pût  invoquer  à  l'appui 
de  cette  prétendue  parenté,  dont  il  cher- 
chait vainement  les  preuves,  était  le  nom 
même  de  Tectosage  porté  jusqu'en  Asie 
par  une  fraction  des  Galates  (tcùtou  [;,ev  ojv 

l/_0(ASV    T£7,JAf,p'.CV     TOÙ?    ÏX'.    'ACÙ     v5v    Xf'fOlJ.hoUÇ 

Tey.TOîjâYa: ,  Strabon,  zV.  ib.,  ,..Tb  Tp-irov 
c'  7.7:0  Toî)  èv  KôAT'-y-Yi  sOvo'jç  Jzy.xc'7X'(tç,  id. 
1.  12,  c.  5,  ?  1),  car  il  remarque  avec  rai- 
son que  les  Trocmes  &  les  Tolistoboïes 
(TcX'.sTcSorf.sO  qui  formaient  les  deux  au- 
tres tribus  de  la  nation,  quoique  Gaulois 
aussi  d'origine  (cùij.ç'jAov,  îb.  1.  4,  c.  i,  ^  i3, 
—  ...  ofj.oYAwTTWv  '/.ai  -/.ax'  àXXo  ohovi  Vcr^^- 
AaY;;.Évov,  zV.  1.  12,  C.  5,  ^  i)  n'avaient  point 
laissé  d'homonymes  dans  la  Gaule,  pas  plus 


avec  raison  de  tous  les  livres  sérieux,  consiste  dans 
quelques  traditions  druidiques  qu'il  doit  avoir  em- 
pruntées à  quelque  écrivain  plus  ancien,  comme 
Callisthène  de  Sybaris,  qui  avait  écrit  aussi  sur  la 
Gaule  (VcCkxzv/A)  un  ouvrage  considérable  (par  ses 
dimensions  au  moins),  car  il  avait  plus  de  treize 
livres,  auquel  Timagène  paraît  avoir  fait  de  nom- 
breux emprunts.  C'est  au  moins  à  ce  Callisthèna 
que  remontait  (-/.aOwç  îa-copeT  KaXXtaOcvrj;  6  Suôaof-/]? 
Iv  lY  raXaif/.wv,  zap'  ou  tfjV  uTrôOeiiv  dV/^ev  TiaaYivr]{ 
ô  L'jpoç.  —  Pseudo-Plutarcii.  Libère  fluv.,  cité  par 
dom  Bouquet,  p.  pS.  —  Voir  aussi  Stocke,  scrm, 
98)  l'histoire  ou  la  légende  du  scolopide  (SzoXori- 
ooç,  Stobée  l'appelle  KXounwxa),  ce  poisson  fabuleux 
de  l'Arar  ou  du  Brigoulos,  nom  primitif  de  l'Arar, 
qui  blanchissait  pendant  les  premiers  quartiers  de 
la  lune,  devenait  complètement  noir  au  dernier, 
&  qui  mourait  en  se  perçant  lui-même  de  ses 
épines  quand  il  avait  atteint  toute  sa  grosseur. 
Une  petite  pierre  de  la  couleur  &  de  la  taille  d'un 
grain  de  sel  que  l'on  trouvait  en  la  cherchant  bien 
dans  l'intérieur  de  la  tête  de  ce  poisson  d'avril, 
passait  pour  guérir  la  fièvre  quarte  dans  la  méde- 
cine des  druides,  aussi  riche  en  recettes  bizarres 
(voir  Pline,  pass.)  que  la  médecine  superstitieuse 
du  moyen  âge. 

Ce  passage  obscur  par  la  suppression  du  nom 
propre  qui  eût  achevé  la  pensée  de  l'historien,  a  été 
expliqué  avec  beaucoup  de  sagacité  par  M.  Schwab, 
de  Livio  &  Timagène,  historiarum  icriptoribus,  Stutt- 
gard,  1834,  ?•  320  &  suiy. 


en  deçà  qu'au  delà  des  Alpes.  Mais  il  suf- 
fit d'examiner  avec  un  peu  d'attention  ce 
nom  de  Tectosage  pour  être  convaincu 
qu'il  n'a  rien  de  commun  avec  les  noms 
de  peuple  sous  lesquels  se  désignaient  les 
populations  gauloises  &  qui  les  suivaient 
quelquefois  dans  leurs  migrations,  comme 
le  prouvent  les  noms  de  Boi'i,  de  Senones, 
de  Ceziomanni;,  portés  évidemment  en  Italie 
par  les  bandes  sorties  de  ces  diverses  tri- 
bus. De  quelque  côté  qu'on  l'aborde,  il 
nous  paraît  impossible  d'y  voir  autre  chose 
qu'une  épithète  en  manière  de  sobriquet 
(Folcae  Tectosagae  ou  Tectosages),  emprun- 
tée à  l'un  des  traits  les  plus  connus  du 
costume  gaulois  &  qui  pouvait,  par  cela 
même,  s'appliquer  à  des  populations  très- 
distinctes  les  unes  des  autres.  C'est  ainsi 
que  les  aventuriers  de  tout  pays,  dont  les 
bandes  organisées  au  delà  des  Alpes  péné- 
traient encore  de  loin  en  loin  en  Italie, 
un  ou  deux  siècles  après  les  invasions  dont 
nous  venons  de  parler,  y  avaient  pris  ou 
plutôt  reçu  le  nom  de  Gaesatae,  emprunté 
cette  fois  à  un  détail  de  leur  armement 
(gaes  ou  gais,  sorte  d'épieu),  &  dont  on 
n'a  jamais  songé,  que  nous  sachions,  à 
faire  un  nom  de  peuple  '. 

Le  témoignage  de  César  sur  le  peuple 
gaulois  des  Tectosages  %  qui  habitaient  en- 
core de  son  temps  aux  environs  de  la  forêt 
Hercynia,  n'aurait  pas  beaucoup  plus  de 


'  Dans  un  cas  comme  dans  l'autre,  le  Gacsum  & 
le  Sagum  seraient  évidemment  deux  mots  celtiques, 
affublés  de  finales  latines.  Mais  il  ne  serait  nul- 
lement impossible  que  le  nom  deTectosages  (Tecto- 
sages, Tectosagae,  Tectosagl ,  car  les  trois  formes 
paraissent  usitées)  ne  fût  tout  simplement  un  so- 
briquet, comme  l'épithète  ou  le  surnom  des  Aréco- 
miques,  donné  probablement  à  l'autre  fraction  des 
Volkes  par  les  Grecs  de  Massalia.  Le  nom  des 
Gaulois  Scordisques  de  la  Dardanie,  celui  des 
Gaulois  Orobii  des  Alpc»  italiennes  ('Op66io!,  un 
peuple  gallo-ligure,  à  ce  qu'il  paraît),  n'étaient-ils 
pas  empruntés  aussi  à  des  idiomes  étrangers  & 
imposés  de  même  par  des  populations  étrangères 
avec  lesquelles  les  émigrants  s'étaient  trouvés  en 
contact  ou  en  rapport  i* 

'  Fuit  autem  tempus  tjuum  Germanos  Galli  vir- 
tute  superarent,  ultro  bella  inferrent,  propter  homi- 
num  multitudinem  agrique  inopiam  trant  Khenum 
colonias  mitterent,  (Caesar,  1.  6,  c.  24.) 


NOTB 

106 


Note 
io6 


412 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


valeur,  historiquement  parlant,  que  les  terait  à  prouver  que  les  Volkes  de  la  Gaule 
récits  légendaires  des  historiens  grecs  de  appartenaient  eux-mêmes  ou  avaient  ap- 
la  décadence,  auquel  il  paraît  lui-même  partenu  à  la  confédération  des  Belghes, 
emprunté.  Il  est  au  moins  singulier  de  dont  l'idiome,  transporté  par  eux  en  Asie, 
voir  l'historien  invoquer  ici,  contre  son  aurait  été  parlé  simultanément  par  les 
habitude,  le  témoignage  d'Eratosthène  &  Trocmes  &  les Tolistoboïes,  qui  formaient, 
des  écrivains  grecs  sur  l'étendue  de  cette  avec  les  Tectosages,  le  peuple  gallo-grec 
immense  forêt  dont  il  ne  parlait,  lui,  que      des  Galates. 

par  ouï-dire,  car  on  sait  que  sa  reconnais-  Ce  que  l'on  peut  affirmer  au  moins,  c'est 

sance  en  Germanie  n'a  guère  dépassé  la  que  les  peuples  volkes  de  la  Narbonnaise 
rive  droite  du  Rhin  qu'il  avait  franchi  le  sont  restés  complètement  inconnus  à  l'his- 
premier  à  la  tête  d'une  armée.  La  seule  toire  jusqu'à  des  époques  relativement 
chose  qui  lui  appartienne  dans  ce  témoi-  récentes,  puisque  ce  n'est  qu'au  temps 
gnage,  dont  on  s'est  exagéré  l'importance,  d'Annibal  que  leur  nom  apparaît  comme 
est  le  nom  des  Volkes  qui  s'associait  tout  une  réalité  dans  l'histoire  &  dans  la  géo- 
naturellement  à  celui  des  Tectosages  chez  graphie  de  la  Gaule.  [E.  B.] 
un  écrivain  qui  connaissait  les  populations 

de  la  Gaule  pour  s'être  trouvé  en  rapport  — 

avec  la  plupart  d'entre  elles  &  qui  tenait 
à  les  désigner  sous  leur  véritable  nom". 

Quant  aux  affinités  que  saint  Jérôme 
constatait  encore  au  cinquième  siècle  de 
notre  ère  entre  l'idiome  des  Galates  de 
l 'Asie-Mineure  &  la  langue  que  l'on 
parlait  au  bord  du  Rhin  dans  le  pays  des 
Trévires,  elles  prouveraient,  il  est  vrai, 
que  les  bandes  dévastatrices,  dont  le 
royaume  de  Galatie  était  sorti,  sortaient 
elles-mêmes  de  la  Gaule,  ce  que  l'on  n'a 
jamais  contesté  sérieusement,  &  de  diver- 
ses parties  de  la  Gaule,  ce  qui  est  au  moins 
vraisemblable'.  Mais  elles  ne  prouveraient 
rien  en  faveur  de  la  thèse  que  nous  com- 
battons, car,  en  admettant  même  que  les 
Tectosages  d'Ancyre  soient  originaires  de 


Note 
1 06 


NOTE  CVII 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Le  vicus  6»  le  pagiis  dans  la  Gaule 
romaine. 

Le  morceau  qu'on  va  lire  est  détaché  d'un  travail 
considérable  sur  l'état  des  campagnes  &  sur  les 
institutions  données  ou  laissées  par  les  Romains 
aux  populations  rurales  de  la  Gaule.  Le  fragment 
que  nous  en  publions  ici,  tout  incomplet  qu'il  est 
lui-même,  suffira  pour  donner  une  idée  de  l'intérêt 
qui  s'attache  à  ces  questions  négligées,  qui  éclai- 
rent de  lumières  inattendues  les  problèmes  les  plus 


graves  de  notre  ancienne  histoire,  celle  par  exem 
la    Gaule    Narbonnaise,   assertion    qui    ne       pie  de  la  naissance  &  de  l'organisation  des  villes 
repose  sur  aucun  témoignage  digne  de  foi,      *"  ^^"^^  {ciyltates),  qui  ne  sont  en  réalité  que 


comme  nous  venons  de  le  montrer,  il  res- 

'  Itaque  ea.  (juae  ferùlissima  Germaniae  sunt  loca, 
tircum  Hereyniam  silvam  (^quam  Erastostheni  &  eui- 
busdam  Graecis  fama  notant  esse  video,  quant  illi 
Oreyniam  appellant)  Voîcae  Tectosages  occupaverunt 
tttque  ibi  consederunt.  Quae  gens  ad  hoc  tempus  his 
sedibus  sese  continet  summuntque  habet  iustitiae  & 
bellicae  laud'ts  op'tnionem  (^id.  id.). 

'  Cunt  Galatae  non  de  illa  parte  terrarum  (Aqu'i- 
tania)  sed  de  ferocionbus  Gallis  sint  profecti,., 
Galatas j  excepto  sermone  graeco  quo  omnis  Oriens 
loquitur^  propriam  linguam  eamdem  pêne  habere 
quant  Treviros,  nec  referre  si  cliqua  exinde  corrupe- 
rint  (HiERONYM.  Prolog,  in  1.  2,  Commentar.  Epistol. 
ad  Galatas,  c.  3). 


des  agrégations  de  vici  &  de  pagi  gaulois  réunis, 
hiérarchisés  &  centralisés  municipalement  par  les 
Romains.  —  Le  travail  de  M.  Barry  devant  être 
complété  &  remanié  plus  tard,  nous  nous  sommes 
crus  en  droit  de  supprimer  les  textes  épigraphiques 
ou  autres,  sur  lesquels  notre  collaborateur  appuie 
chacune  de  ses  assertions.       [Note  de  la  Direction,] 


LE  pagus'y  que  les  écrivains  anciens  ne 
séparent  guère  du  vicus  avec  lequel  il 
a  des  points  de  contact  de  plus  d'un  genre 


'  Le  mot  latin  pagus,  que  les  glossateurs  grecs 
ou  romains  rattachaient  au  radical  T.T^'^r\,  TkrjY»? 
{nr[-^a.Qo()  ou  Traya  (^Dorice)  :  Pagi  à;;b  xSi'^  TïrjYwv 
appellantur   (Serv.    in    Virg.    Georg.    II,    v.    38 jj; 


NOTB 

107 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


4i3 


(vicl  pagîque per  vîcos  &  pagos vica-      dans  celui  du  Vercors  (arrondissement  de 

tim,  pagatim,  pass.),  paraît  avoir  joué  un  Die,  Vantique  Dea  Auguste)  :  &  Tite-Live 
rôle  considérable  aussi  dans  l'histoire  &  nous  en  fournirait  un  exemple  bien  autre- 
la  géographie  de  l'ancienne  Gaule,  où  il  ment  ancien  chez  un  des  peuples  les  plus 
avait  probablement  son  nom  indigène",  puissants  de  l'ancienne  Gaule,  s'il  faut 
supplanté  depuis  par  le  nom  latin  ou  ita-  prendre  au  sérieux  ce  qu'il  raconte  au 
lien  qu'il  a  conservé'.  sujet  des  premières  invasions  gauloises  en 

Ce  que  l'on  peut  affirmer  au  moins,  sans      Italie,  où  le  peuple  des  Hédues  aurait  été 
rien  donner  aux  conjectures,  c'est  que  l'on      représenté  par  un  de  ses  pagi  désigné  aussi 

désignait  sous  le  nom  de  pagus,   en  Gaule      sous  le  nom  pluriel  à'Insubres  ( Insubrl- 

comme  en  Italie,  une  circonscription  ter-      bus,  pago  Haeduorum Liv.,  1.  5,  c.  34.). 

ritoriale  supérieure  à  celle  du  vîcus  sous  La  ville  italienne  de  Novarîa,  fondée  par 
le  double  rapport  de  la  population  &:  de  ces  Vertacomacori,  comme  celle  de  Medio- 
l'étendue,  &  probablement  aussi  ancienne  lanum  l'avait  été  deux  ou  trois  cents  ans 
qu'elle,  puisque  César  l'avait  trouvée  tout  auparavant  par  les  Insubres,  devrait  ainsi 
établie  chez  la  plupart  des  populations  gau-  son  origine  non  point  aune  nation  gau- 
loises. Plus  d'un  siècle  avant  César,  le  loise  (eOvoç,  na/Zo),  mais  à  un  pagus,  c'est- 
vieux  Caton  signalait  chez  les  Voconces,  à-dire  à  une  fraction  de  nation  gauloise 
qui  habitaient  entre  le  Rhône  &  les  Al-  dont  les  contingents  restaient  distincts  au 
pes,  l'existence  d'un  pagus  des  Vertacoma-  delà  comme  en  deçà  des  Alpes  &  y  travail- 
corî,  dont  le  nom  est  resté  reconnaissable      laient  chacun  pour  leur  compte. 

C'est  à  dater  de  l'époque  impériale,  qui 
coïncide  elle-même  avec  la  nouvelle  orga- 
nisation donnée  par  Auguste  aux  provinces 
transalpines  (voir  à  ce  sujet  Pline  &  Ptolé- 
mée),  que  la  lumière  commence  à  se  faire 
sur  l'histoire  &  la  géographie  du  pagus, 
grâce  surtout  aux  inscriptions  antiques  qui 
nous  révèlent  tous  les  jours  l'existence  & 
les  noms  de  nouveaux  pagï,  disséminés  sur 
tous  les  points  de  notre  territoire".  A  l'in- 


—  Pagus   a  xriYij,    <{uOii  est  fons  (SciiOL.    in  luv. 

Sat.   XVI,   V.  33);  —  P^gi   dict't    a  fontibus,  quod. 

eadem  a<jua  uterentur  (Voir,  à  ce  sujet,  au  tome  I 

de  cette   édition,  notre  étude  sur  les  origines  de 

Nemausus),  a<juae  en'im  lingua  Dor'tca  r.x^ax  appel- 

lantur  {^KVh  DiAC.  p.  221J,  dériverait,  suivant  les 

étymologistes    contemporains,    du    verbe    pangere 

(j:'q^^\»[i.i  [r.'^i^oi],  ficher,  enfoncer,  hât'ir  :  Mommsen, 

Tribus,  p.  16,  &  Roem.  Gesch.  t.  i,  p.  37),  ou  du 

radical  pasco  (^paître,  faire  ou  mener  paître) ,  c{ui       verse   du    vïcus ,   aU-desSOUS    duquel    On    ne 

impliquerait  l'idée  de  dépaissances  ou  de  pâturages        trouve    guère    que    leS    propriétés    privées 


communs    :    pascui    communia    (Doedeulein,   Syn 
t.  8,  p.  6;  Facciolati  &  Freund,  sub  voce). 

'  Pourquoi,  en  effet,  le  pagus  &  le  vicus  n'au- 
raient-ils pas  eu  chez  nous  leurs  noms  à  eux 
comme  ils  les  avaient  en  Germanie  (Heim,  Haus, 
Hof;  Dorf.,..,  Gaue,  Marck),  surtout  si  l'on  admet, 
comme  tout  semble  l'indiquer,  qu'ils  existaient 
l'un  &  l'autre  à  une  époque  fort  antérieure  à  la 
conquête  romaine? 

'  Notre  vieux  mot  français  païs  ou  pays,  dont  le 


(villae,  vilîulae,  fundi,  praedia)^  entre  les- 
quelles s'intercalent  quelquefois  des  ha- 
meaux désignés  sous  des  noms  divers  (loci, 
vtcuîî,  vïcïn'iae,  dans  l'Espagne  du  Sud)  ou 
des  maisons  isolées  (aedificia,  casae,  casulae, 
Caes.),  bâties  de  torchis  &  couvertes  de 
chaume,  il  formait  alors  la  circonscription 
moyenne  des  territoires  gaulois,  celle  qui 
servait  d'intermédiaire  entre  le  vicus  &  la 


sens  répondrait  par  quelques  côtés  à  celui  du  mot  cîvîtas,  prise  au  seus  géographique  du  mot. 

pagus,  n'en  est  évidemment  qu'une  forme  altérée.  Comme  lucivitas,    dont   il  était  devenu   la 

dérivée  presque  sans  changement  des  cas  infléchis  subdivision  légale,  chaCUn  d'eux  avait  SOil 
du  mot  {pagi,  pagis),   prononcé  à  la  romaine.  — 
Les  adjectifs  pagartui  (au  pluriel  pagani),  pagani- 

cus^ /lagcrtsiî,  auraient  donné  naissance  à  une  autre  'Les  monuments   législatifs   qui    nous   en  font 

famille  de  mots  ou  de  noms  propres  [Pagan,  Payan,  connaître  d'une  manière  plus  complète  la  consti- 

paycn.   Pages,  pagèse,  Page^y,  &c.),    sous   lesquels  tution   &  l'organisation  intérieure  appartiennent, 

on  désignait  &  on  désigne  encore  dans  les  pays  de  pour  la  plupart,  aux  derniers  temps  de  l'Empire, 

langue  romane,  dans  le  Roussillon,  par  exemple,  c'est-à-dire  à  une  époque  de  décadence  continue 

les  habitants  du  pagut,  pour  U  pagus  comme  pour  la  civltas. 


Note 

107 


Note 

107 


414 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


territoire  distinct,  enclavé  dans  celui  de  la  les  désigne),  habités,  dit-il,  par  des  gens 
cité,  oùfil  conservait  son  nom,  circonscrit  de  la  même  nation  (7,wj;,a(  twv  c[xo£Ov(ov), 
comme  le  sien  par  des  limites  (fines,  termî-  &  dépendant  politiquement  de  la  ville  ro- 
nus),  qui  devaient  dans  plus  d'un  cas  re-  maine  de  Nemausus  (civîtas,  colonia  Ne- 
nionter  elles-mêmes  au  temps  de  l'indé-  mausus,  —  voir  les  notes  précédentes),  à 
pendance,  car  il  est  impossible  de  douter  laquelle  ils  payaient  les  impôts  qu'elle 
que  la  Gaule  n'ait  eu  dès  cette  époque  versait  à  son  tour  dans  les  caisses  du  trésor 
ses  agrimensores  &  son  système  métrique  impérial.  A  une  époque  plus  récente,  il 
à  elle.  Nous  en  trouverions  la  preuve  est  vrai,  les  Itinéraires  d'Antonin  &  de 
dans  une  foule  de  noms  celtiques,  comme  Théodose  signalent  dans  le  nord  de  la 
ceux  de  bonna,  d'où  le  français  bonnier,  Gaule,  chez  un  des  peuples  de  l'ancienne 
d'ûrzpenwzJ,  l'arpent,  de /eug-fl,  la  lieue,  &c.,  Belgique,  un  district  désigné  sous  le  nom 
qui  ont  traversé,  avec  les  mesures  qu'ils  significatif  de  Decevipagî,  &  dont  les  sub- 
représentent, non-seulement  l'époque  ro-  divisions  auraient  été  fort  inférieures  en- 
maine,  mais  le  moyen  âge  &;  la  renais-  core  à  celles  des /jag-z  de  la  Gaule  Narbon- 
sance.  naise,  puisque  le  district  désigné  sous  ce 
Rien  n'indique,  il  est  vrai,  quelles  étaient  nom  n'avait  pas  même  eu  l'honneur  d'être 
les  dimensions  habituelles  de  ces  circons-  érigé  en  civîtas,  lors  de  l'organisation  ter- 
criptions  géographiques,  dont  le  nombre  ritoriale  de  la  Gaule  &  qu'on  le  trouve 
&  l'étendue  auraient  varié  de  contrée  à  enclavé,  comme  le  serait  \tn  simple  pagus, 
contrée  &  même  de  territoire  à  territoire,  dans  le  territoire  d'une  cité  de  second  ou 
s'il  faut  en  juger  par  ce  que  nous  savons  de  troisième  ordre,  celle  des  Médioma- 
du  pays  des  Helvétiens  &  de  celui  des  Are-  trikes. 

comikes,  les  seuls  peuples  de  l'ancienne  Ces  anomalies,  dont  nous  pourrions  ci- 
Gaule,  malheureusement,  dont  l'organisa-  ter  d'autres  exemples,  en  Gaule  &  hors  de 
tion  territoriale  nous  soit  approximative-  la  Gaule  (en  Italie  surtout),  devaient  tenir 
ment  connue.  Il  ressort,  en  effet,  du  té-  dans  certains  pays  à  la  nature  &  à  la  confi- 
moignage  de  César,  qui  parle  ici>d'après  des  guration  du  sol  dont  le  pagus  représentait 
documents  statistiques  &  officiels  (deux  souvent  ce  que  nous  appellerions  aujour- 
choses  assez  rares  chez  les  écrivains  an-  d'hui  les  régions  naturelles.  Ailleurs  elles 
ciens),  que  le  pays  des  Helvétiens  limité,  s'expliqueraient  par  des  différences  de  po- 
comme  il  nous  le  montre  lui-même,  par  le  pulation,  dont  le  chiffre  absolu  ou  relatif 
Jura,  le  lac  Léman  &  les  deux  fleuves  du  devait  varier  lui-même  de  territoire  à 
Rhône  &  du  Rhin,  ne  comptait  pas  de  son  territoire,  suivant  l'âge,  l'étendue  &  le  dé- 
temps plus  de  quatre  pagi,  d'une  étendue  veloppement  des  cultures.  Il  faut  ajouter  à 
&  d'une  importance  considérable,  il  est  ces  causes  générales  d'inégalité  que  l'ins- 
vrai,  puisque  chacun  d'eux  (en  les  suppo-  titution  An  pagus,  quoique  commune  à  la 
sant  à  peu  près  égaux),  aurait  possédé  une  plupart  des  populations  primitives  de  l'oc- 
centaine  de  villages  (sans  compter  les  op-  cident,  paraît  avoir  varié  de  l'Italie  à  la 
pida  disséminés  au  milieu  de  ces  villages).  Gaule  &  même  du  sud  au  nord  de  la  Gaule, 
avec  une  population  moyenne  de  soixante-  dont  l'histoire  &  la  civilisation  présentent 


cinq  ou  soixante-six  mille  habitants. 
^  Chez  les  Volkes  Arécomiques,  au  con- 
traire,  dont   le   territoire   n'était   pas  de 
beaucoup  inférieur  à  celui  des  Helvétiens, 


à  toutes  les  époques  des  différences  bien 
tranchées.  Antérieures  souvent  à  la  con- 
quête romaine,  ces  différences  se  seraient 
maintenues,   même  à  l'époque   impériale. 


en  étendue  au  moins,  le  nombre  des  pagi      sous  l'apparente  uniformité  du  régime  mu- 


s'élève  brusquement  à  un  chiffre  cinq  ou 
six  fois  supérieur.  Strabon,  qui  avait  tra- 
versé leur  pays  lors  de  son  voyage  en  Gaule, 
dans  les  premiers  temps  du  règne  de  Ti- 
bère, n'y  distinguait  pas  moins  de  vingt- 


nicipal  imposé  par  les  Romains  à  toutes 
les  provinces  de  leur  vaste  empire;  &  si 
les  documents  ne  nous  faisaient  point  dé- 
faut, nous  aurions  certainement  plus  d'une 
dis,tinction  à  établir  sous  ce  rapport,  entre 


Note 

107 


quatre  y.wjxa'!  (c'est  le  nom  sous  lequel  il      la  Narbonnaise  où  le  pagus  était  devenu, 


Note 
107 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


41D 


longtemps  avant  Auguste,  un  détail  de  la 
clvïtas,  &  la  Gaule  d'outre-Loire  où  il  con- 
servait, comme  chez  les  Helvétiens,  une 
sorte  de  vie  distincte  à  côté  de  la  civîtas, 
plus  lente  ici  à  naître  ou  à  grandir'. 

Chez  les  Volkes  dont  l'organisation  ter- 
ritoriale, telle  que  la  décrit  Strabon,  rap- 
pellerait à  plus  d'un  égard  celle  de  l'an- 
cienne confédération  latine,  à  l'époque  où 
Rome  groupait  autour  d'elle  les  seize  ou 
dix-sept  tribus  rustiques  (^tribus  rusùcae, 
opposées  aux  quatre  tribus  urbanae  de  Ser- 
vius),  soumises  jadis  à  Albe  la  Longue, 
plusieurs  des  bourgades  qui  leur  servaient 
de  centre  avaient  déjà  l'importance  &  le 
rang  de  petites  villes,  comme  le  prouverait 
à  elle  seule  la  célèbre  inscription  géogra- 
phique du  musée  de  Nimes,  reproduite  & 
étudiée  par  nous  dans  une  note  spéciale'. 
Les  autres,  à  l'exemple  de  celle-là,  s'étaient 
entourées  de  murs  de  terre  ou  de  pierre, 
&  Pline,  qui  écrivait  un  demi-siècle  après 
Strabon,  pouvait,  sans  exagération,  qua- 
lifier du  nom  militaire  d'oppida  (...sicat 
XXIIII  loppida  îgnobîlîa'i  Nemausiensibus 
attrîbuta,  1.  3,  c.  4  [5]) ,  ces  petites  villes 
parentes  &  soumises,  à  l'aide  desquelles 
la  jeune  colonie  surveillait  &  administrait 
le  territoire  montagneux  dont  elle  était 
devenue  la  métropole.  —  Quant  aux  Be- 
cempagi  des  Médiomatrikes,  dont  il  ne  faut 
point,  du  reste,  s'exagérer  l'importance, 
puisque  nous  nous  trouvons  ici  en  pré- 
sence d'un  fait  isolé  représenté  par  un 
simple  nom  de  lieu,  il  nous  suffira  de  rap- 
peler, pour  l'expliquer  en  partie,  que  les 
feudistes  allemands  ont  quelque  peine  à 
distinguer  l'un  de  l'autre  le  Gaue  &  la 
lAarck,  auxquels  les  actes  anciens  parais- 
sent appliquer  indifféremment  le  nom  gé- 
nérique de  pagus  (Jacob  Grimm,  Deutsch. 


'  hes  pagl  nationaux  8t  autonomes  des  Helvct'iî, 
que  Strabon  désigne  cette  fois  sous  le  nom  carac- 
téristique de  cpîjXa  (ouXrJ,  çuXov,  lignée,  parenté), 
devaient  ressembler  à  plus  d'un  égard  aux  clans 
celtiques  du  Border  &  des  hautes  terres  d'Ecosse, 
dispersés  dans  un  pays  montagneux,  dont  ils  se 
partageaient  les  vallées  (waters)  boisées  encore  & 
incultes,  à  l'exception  des  bas-fonds  qui  entou- 
raient les  villages. 

"  Voir  au  tome  I  de  cette  édition,  p.  i5i  Si  suiv. 


Rechts  Alterthuem,  p.  532  &  suiv.).  Pris  au 
pied  de  la  lettre,  ce  mot  de  Decempagi  ré- 
veillerait alors  l'idée  d'un  de  ces  syndicats 
de  vicî,  que  les  Romains  avaient  trouvés 
tout  établis  chez  les  populations  barbares 
de  la  Gaule  &  qu'ils  paraissent  avoir  res- 
pectés dans  certains  cas,  tantôt  en  les  cons- 
tituant sous  le  nom  générique  de  saltus,  à 
la  façon  de  leurs  civitates,  avec  cette  diffé- 
rence'qu'elles  n'avaient  pas  de  chef-lieu  ou 
de  métropole  proprement  dite,  tantôt  en 
les  attribuant,  c'est-à-dire  en  les  annexant 
à  telle  ou  telle  civîtas,  dont  elles  deve- 
naient alors  une  dépendance,  au  sens  ter- 
ritorial comme  au  sens  politique  du  mot. 

Ce  que  l'on  peut  affirmer  au  moins  en 
s'autorisant  cette  fois  de  témoignages  ir- 
récusables, c'est  que  le  pagus  formait  en 
Gaule,  comme  partout,  la  subdivision  géo- 
graphique des  grands  territoires  délimités 
&  organisés  par  les  Romains  sous  le  nom 
de  civitates,  quoique  l'étendue  de  ces  cir- 
conscriptions inférieures  paraisse  avoir 
varié,  comme  leur  nombre,  de  civitas  en 
civitas.  A  en  juger  par  les  inductions  que 
nous  fournissent  à  ce  sujet  la  provenance- 
des  monuments  épigraphiques  qui  prend 
ici  une  importance  exceptionnelle  &  la 
perpétuité  de  certains  noms  de  lieu  qui 
ont  traversé  tout  le  moyen  âge,  ces  pagi, 
d'étendue  inégale,  auraient  été  situés  eux- 
mêmes  à  des  distances  inégales  de  la  civitas 
ou  de  la  ville  murée,  à  l'extrémité  quelque- 
fois de  son  territoire  dont  ils  formaient 
alors  les  frontières  ou  les  limites  (paganî 
pagi  Lucretii  qui  sunt  finibus  Areîate'nsium, 

loco    Gargario —  pagani  pagi  Farra- 

tici,  in  finibus  Cremonensium,  &c.  Inscript, 
pagan.  passim.).  Séparés  souvent  les  uns 
des  autres  par  une  chaîne  de  collines  (ju- 
gum),  par  une  lisière  de  forêts  (silva,  silva 
caedua,-çniS?..)  ou  par  un  cours  d'eau,  comme 
nous  l'apprend  dans  certains  cas  le  nom 
du  pagus  lui-même  (^pagani  pagi  Transul- 

mani, Translucani,  pass.),  on  les  trouve 

ailleurs  assis  sur  les  deux  rives  de  ce  cours 
d'eau  dont  ils  occupaient  &  possédaient 
toute  la  vallée,  à  la  façon  des  wàters  du 
Border  écossais  (compagani  rivi  Larensis, 
près  de  Tarragone  en  Espagne,  HuEB- 
NER,  4125).  Leurs  noms,  dont  un  assez 
grand  nombre  nous  Sont  connus  aujour- 


Note 

107 


416 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


d'hui,  grâce  aux  découvertes  continues  de 
l'épigraphie,  paraissent  le  plus  souvent 
indigènes  ou  Gaulois  d'origine,  quoiqu'on 
les  trouve  presque  toujours  écrits  au  sin- 
gulier, ce  qui  semblerait  indiquer  qu'ils 
étaient  à  cette  époque  de  véritables  noms 
de  lieu  &  non  plus  des  ethniques  ou  des 
noms  de  peuple,  comme  au  temps  de  l'in- 
dépendance. Il  n'y  aurait  d'exception  à 
faire  à  cette  règle  devenue  générale  sous 
l'empire,  qu'en  faveur  de  la  petite  cité 
des  Antessiodorenses  (municipium  Antessîo- 
dorense...  —  l'Auxerrois  depuis),  qui  dis- 
tinguait ses  pagi  par  des  numéros  d'ordre  : 
pagus  I  (primas),  pagus  II  (secundus),  pa- 
gus  III  (tertîus),  s'il  faut  prendre  au  pied 
de  la  lettre  le  texte  d'une  inscription  vo- 
tive découverte  à  Auxerre,  il  y  a  plus  d'un 
demi  siècle,  &  que  nous  reproduisons  ici 
textuellement  : 

DEC    APPOLLINI    R  -  P  '  PAGI  '  II  '  M  ♦  ANTESSIODVRI 

Deo  Apolliiii  r(es)  p(ublica)  p(agi)  secundi  m(unicipii) 
Antcssioduri. 

Ferrussac,  Bulletin  archéologique, 
aiiuiic  1821,  17,  20;  —  Orelli-Hen- 
ZEN,  1.  S.  52l5. 

Enclavées  &  disséminées  ainsi  dans  le 
territoire  des  civitates  auxquelles  la  con- 
quête les  avait  attribuées,  comme  le  di- 
saient durement  les  jurisconsultes  romains 
(ager  attrïbutus,  pagus  attrïbutus),  ces  anti- 
ques circonscriptions  allaient  se  trouver 
placées  à  l'égard  de  leur  métropole  dans 
des  rapports  de  dépendance  que  les  fau- 
tes &  les  malheurs  de  l'Empire  devaient 
aggraver  encore  en  les  resserrant  de  siècle 
en  siècle.  Non  contents  de  leur  enlever  les 
droits  de  souveraineté  que  plusieurs  d'en- 
tre eux  s'arrogeaient  avant  la  conquête 
&  qui  disparaissent,  chez  nous  au  moins, 
à  dater  de  l'époque  impériale,  les  Ro- 
mains s'étaient  crus  en  droit  de  soumettre 
à  une  sorte  de  révision  l'étendue  &  les 
limites  de  leur  territoire  que  les  agents 
impériaux  remaniaient  au  besoin,  aussi 
cavalièrement  que  leurs  institutions.  En 
Orient,  comme  en  Afrique  &  en  Espagne, 
on  les  voit  à  plusieurs  reprises  créer  ou 
organiser  de  nouveaux /Jag-i  qui  prenaient 
leur  place  ou  leur  rang  dans  Vager  à  côté 
des  anciens  dont  ils  ne   se  distinguaient 


que  par  leurs  noms  (d'hommes  ou  de 
dieux),  italiens  alors  ou  romains  d'appa- 
rence. C'était  de  la  même  manière,  il  est 
vrai,  que  les  nations  gauloises  elles-mêmes 
avaient  été  traitées  à  la  suite  de  la  con- 
quête par  les  nouveaux  maîtres  du  pays, 
que  l'histoire  nous  montre,  quand  elle 
daigne  descendre  à  ces  détails,  respectant 
ici  ce  qu'ils  démembraient  ou  divisaient 
ailleurs,  créant  à  l'occasion  des  territoires 
spéciaux  en  faveur  de  telle  ou  telle  ville 
privilégiée,  comme  la  jeune  colonie  de 
Lugdunum  qui  allait  devenir,  en  quelques 
générations,  la  métropole  des  trois  pro- 
vinces chevelues  &  la  plus  grande  ville  de 
la  Gaule. 

Mais  en  subordonnant  ainsi  les  pagl  à 
leurs  métropoles  sous  lesquelles  ils  s'effa- 
cent, comme  des  rouages  de  second  ou  de 
troisième  ordre  disparaissent  dans  le  jeu 
d'une  machine  bien  réglée,  la  conquête 
avait  tenu,  tout  l'indique,  à  leur  laisser 
leur  place  &  même  leur  rôle  dans  le  cercle 
de  la  clviias,  puisqu'on  les  y  retrouve  aux 
époques  historiques  avec  leur  territoire 
distinct,  comprenant  généralement  plu- 
sieurs villages,  &  leur  population  compo- 
sée en  majeure  partie  de  paysans  indigè- 
nes. Ce  n'est  que  par  exception,  en  effet, 
&  au  voisinage  des  grandes  villes  romaines, 
que  l'on  trouve  mêlés  à  ces  rusdci  à  demi- 
barbares  un  certain  nombre  d'affranchis, 
devenus  à  prix  d'argent  propriétaires  dans 
le  pagus  dont  ils  briguaient  à  ce  titre  les 
modestes  magistratures,  les  seules,  il  est 
vrai,  qui  leur  fussent  accessibles. 

Dans  l'ordre  politique,  où  la  dépen- 
dance du  pagus  paraît  plus  marquée  en- 
core, les  plus  importants  d'entre  eux  par 
l'étendue  comme  par  la  population  avaient 
conservé  de  même  une  sorte  de  vie  dis- 
tincte au  milieu  de  la  cîvitas,  &  nous 
allons  voir,  en  pénétrant  avec  un  peu 
d'attention  dans  le  mécanisme  de  leur  or- 
ganisation intérieure,  qu'ils  y  formaient 
encore  de  véritables  communautés,  ayant 
chacune  leur  religion  à  elle  &  adminis- 
trant leurs  propres  affaires  par  des  magis- 
trats électifs,  relevant  eux-mêmes  d'une 
assemblée  souveraine.  —  Un  texte  de  Pline 
l'Ancien,  dont  l'importance  &  le  vrai  sens 
ne  paraissent  point  avoir  été  généralement 


Note 

107 


Note 
107 


NOTES  SUR- L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  417   

compris,  semblerait  indiquer  que  ces  di-  pie,  que  les  inscriptions  désignent  tantôt      '°^ 

verses  communautés  avaient  en  Italie  une  sous  le  nom  de  templum,  tantôt  sous  celui 

organisation  commune,  réglée  par  une  loi  de   fanum,    était   desservi    aussi    par    une 

générale',   dont  chacune   d'elles    se   serait  confrérie  de  paysans  libres  ou  affranchis, 

approprié  les  dispositions  principales  :  ce  Mais   il   y   a   toute    raison   de   croire  que 

•qui  achèverait  d'assimiler,  dans  une  sphère  cette  confrérie  se  recrutait  cette  fois  dans 

inférieure,  il  est  vrai,  la  commune  rurale  les    divers    villages   de    la    circonscription 

du />ag"UJ  aux  communes  urbaines,  de  taille,  dont  elle  représentait  ce  que  nous  appel- 

de  rang  &  de  noms   très-divers  (colonîae  lerions  aujourd'hui  les  notabilités,  l'aris- 

cîvium  Romanorum,    Latînorum,   municipia,  tocratie  de  naissance  ou   de  parenté,  f(ue 

fora,  concïlîabula) ^  qu'avaient  organisées  les  peuples  de  race  celtique  plaçaient  au 

sur  un  type  uniforme  les  lois  municipales  moins  au  niveau  de  la  fortune.  Le  temple 

de  Jules  César,  dont  la  plus  importante,  la  du    dieu    lui-même,   s'il   n'avait  point  de 

lea  lulia  munîcipalîs,  nous  a  été  conservée  curateurs  spéciaux    (curatores  fani)  ,  était 

en  partie.  ordinairement  placé  sous  la  surveillance  & 

sous  la  direction  des  magistrats  du  pagus, 

1  que  l'on  voit  en  mainte  occasion  disposer 

de  ses   revenus  &  même  de   ses  offrandes 

La  religion  du  pagus,  que  nous  connaî-  (ex  redîtu  fanî ex   donîs  ' Inscript. 

trions  à  peine  sans  les  Inscriptiones  paga-  pass.),  pour  restaurer,  pour  agrandir  ou 
nîcae,  où  elle  tient  une  assez  grande  place,  pour  embellir  le  monument  confié  à  leur 
paraît  avoir  été  wne  religion  essentielle-  garde.  Nous  citerons,  à  l'appui  de  cette 
ment  topique,  comme  celle  du  vlcus,  avec  assertion,  une  belle  inscription  découverte 
laquelle  elle  aurait  plus  d'un  point  de  au  commencement  de  ce  siècle  chez  les 
ressemblance.  Il  ressort,  en  eïiet,  des  in-  VolkesTectosages,  sur  les  limites  des  deux 
dications  ou  des  renseignements  fournis  villes  romaines  de  NarZ^o  Mar//wj  fi- Je  Crtr- 
à  ce  sujet  par  les  inscriptions,  que  la  plu-  <^o^o  Folcarum  : 
part  des  pagi  avaient,  comme  les  vici,  leur 
dieu  protecteur  ou  tutélaire,  désigné  le 
plus  souvent  sous  le  titre  de  genius  ou  de 
genïus  pagî,  quelquefois  sous  quelque  nom 
de  dieu  romain  qui  se  substituait  lui-même 
à  ces  appellations  génériques,  quand  les 
idées  ou  les  croyances  des  pagani  s'éle- 
vaient h  leur  tour  au-dessus  du  cercle  étroit 
dans  lequel  elles  se  renfermaient  d'ordi- 
naire. C'est  ainsi  que  l'on  voit  en  Italie  les  lenus,  Vcicntonis  l(ibertus),  Phileros,  T(itus)  Airidius/r(iti) 

pay«ans  de  certains  pagî  dédier  des  autels 
au  divin  Jupiter,  le  grand  dieu  du  Pan- 
théon classique,  qui  prend  alors  l'épithète 
spéciale  de  Jupiter  compagus  ou  celle   de 

Jupiter  paganicus (lovi  paganico,  lovi 

compago :  Inscript,  pagan.  pass.). 

Comme  le  dieu  du  vicus,  dont  le  nom  se 
confondait    souvent    (dans    nos    Pyrénées,       relief  dont   se   composait   le   trésor   du  Mefcurius 
par  exemple)    avec    celui    du    village    où    il        Cannetonensis,  découverts  en   i83o,  à  Berthouville, 
■  —  près  de  Bernay,  en  Normandie  (aujourd'hui  à  la 

Bibliothèque  nationale),  consistaient  le  plus  sou- 
vent, dans  les  pays  pauvres,  en  autels  :  arae,  arulae 
inscrits  de  noms  barbares  (même  après  le  premier 
siècle)  &  dressés  par  les  confrères  (soJales)  ou  par 
les  dévots  du  dieu  {cultorei)  après  que  leurs  vœux 
avaient  été  exaucés  ...Votum  solv'it  libens  merito. 


T'VALERIVS''C»F»SENECIO 
P  '  VSVLENVS  '  VEIenToNIS  »  L 

PHILEROS 

T'ALFIDI'VS'T'L'STABILIG 

M  »  VSVLENVS  »  M  »  L*  CHAR  iTo 

M  A  G  I  STr  I'PAGI'EX'RED  iTv  'FANI 

LARRASONI'CELLAS'FACIVND 

CVRAVERVNT  IDEMQVE  PROBAVERVNT 

T(itus)  Valeiius,  C(aii)  f(ilius),  Scnccio,  P(ublius)  Usu- 


l(ibertus),  Stabilio,  M(arcus)  Usulenus,  M(arci)  l(ibcrtus), 
Charito,  magistri  pagi,  ex  reditu  faui  Larrasoiii  ccllas  ta- 
ciundas  curavcruut  iidcmque  probaverunt. 


celui   du  pagus,   ce  qui   devait   arriver  dans   plus 
d'un  cas. 

•  Ces  offrandes  de  nature  &  de  valeur  diverses, 
comme  le  prouveraient  les  beaux  vases  d'argent  à 


avait  son  culte  &  ses  fidèles,  le  dieu  du 
pagus  avait  son  temple  à  lui,  situé  d'ordi- 
naire dans  le  chef-lieu  du  pagus'.  Ce  tem- 

'  Qui  aurait  alors  deux  temples  &  deux  dieux, 
ù  moins  que  celui  du  vicus  ne  se  confondît  avec 


II. 


»7 


Note 

107 


41! 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Le  culte  du  reste  &  les  cérémonies  du  de  Mars,  les  trois  victimes  du  suovciaurUe, 

culte  paraissent  avoir  été  fort  simples  dans  une  truie,  une  brebis  &  un  taureau  {...hos- 

ces  sanctuaires  rustiques  où  l'on  ne  trouve  tîae   lustrales.  Inscrîp.  pagan.  pass.),  &  la 

jamais    trace    ni    de    prêtres    proprement  cérémonie  se  terminait,  comme  la  plupart 

dits,  ni  de  serviteurs  attachés  à  ces  prêtres  des  cérémonies  municipales,  par  un  repas 

sous  divers  noms  &  à  divers  titres.  La  prin-  public  (..:..  escae  paganicae,  ibid.)  où  les 

cipale  de   leurs  fêtes,  la  seule  dont  par-  pagani,  représentés  par  leurs  conseillers, 

lent  avec  un   certain   détail   les  écrivains  mangeaient  en  commun  sur  des  tables  de 

anciens,  était  connue  en  Italie  sous  le  nom  marbre  achetées  &   données  par  quelque 

de  paganalia  ou  de  paganicae  feriae  &  se  riche  pafronuj^  comme  le  portique  soutenu 

célébrait  chaque  été  à  des  époques  qui  pa-  de  colonnes  qui  les  abritait  ( porticus 

raisseiit  avoir  varié,  comme  la  moisson,  de  pagana,  paganica,  pass.)-  Au  second  &  au 

contrée  en  contrée'.  Elle  consistait  dans  troisième  siècle  de  notre  ère,  où  les  popu- 

une  procession  expiatoire  (lustratlo)  où  les  lations  des  campagnes  célébraient  encore 

magistri  pagî  (voyez  plus  loin)  faisaient  à  les  paganalia  sous  des  noms  qui  paraissent 

grands  pas  le  tour  du  pagus  en  appelant  la  avoir  varié  de  pays  en  pays,  comme  la  cé- 

protection  de  leur  dieu  «  sur  les  promesses  rémonie    elle-même,  c'était   souvent   aux 

de  la  terre  &  sur  les  espérances  des   fa-  indications  fournies  par  ces  usages  sécu- 

milles.    »    Ils    étaient    suivis   par    la    plus  laires  que  recouraient  les  ogr/menjorej  ro- 

grande  partie  de  leurs  administrés,  vêtus  mains  pour  retrouver,  en  cas  de  contesta- 

de  blanc  comme  eux,  succincti  comme  eux  tion,   les  vraies  limites   du  pagus  effacées 

pour   marcher   plus    vite    &    traînant   sur  souvent  par  le  temps  ou  par  l'incurie, 
quelque  chariot  tendu  de  draps  blancs  (là 

où  les  chemins  le  permettaient)  la  statue  tt 

de  leur  saint  patron  (tutela, patronus,  sanc- 

tus  patronus,  lar  publicus,  pass.),  comme  on  Dans  l'ordre  politique,  qui  ne  dépassait 

le  faisait  encore,  au  temps  de  Grégoire  de  guère,    depuis    la    conquête    romaine,    le 

Tours,  dans  certains  pdg-i  de  la  Gaule  cen-  cercle   restreint  des  intérêts  municipaux, 

traie  où  le  paganisme  s'est  longtemps  sur-  le  pagus  avait,  comme  toute  communauté 

vécu  à  lui-même.  Au  retour  de  cette  céré-  légalement  reconnue,  ses  magistrats  &  son 

monie,  assez  longue  &  assez  pénible  si  le  assemblée  dont  l'existence  nous  est  attes- 

territoire  était  coupé,  comme  il  l'était  sou-  tée  tout  à  la  fois  parles  écrivains  &  par 

vent,  de  collines  ou  de  montagnes  boisées  les   inscriptions   antiques.  Électifs  &  an- 


{saltus)^  on  faisait  des  libations  de  vin  ou 
de  lait  sur  l'autel  allumé  du  dieu  : 

Pagum  lustrale,  coîoni. 

Et  date  paganis  annua  liha  focis, 

(OviD.,  Fast.  I,  669-670.) 

Dans  certains  pagi  plus  riches  ou  mieux 
posés  que  les  autres,  on  immolait  comme 
à  Rome,  après  les  lustrations  du  Champ 

'  Le  type  de  ces  solennités  rustiques  paraît  avoir 


nuels,  comme  nous  allons  le  voir,  lès 
magistrats  du  pagus  n'étaient  en  réalité 
que  les  délégués  de  cette  assemblée  dont 
la  conquête  avait  restreint  &  précisé  les 
droits,  sans  lui  retirer  pourtant  l'admi- 
nistration &  le  gouvernement  de  ses  pro- 
pres affaires,  pour  tout  ce  qui  touchait  au 
moins  à  ses  intérêts  locaux. 

Mais  nous  en  sommes  malheureusement 
réduits  à  des  inductions,  quelquefois  même 
à  des  conjectures  sur  la  composition  & 
l'organisation  intérieure  de  ces  parlements 


été  la  fête  romaine  des  Arvalia  ou  AmbaryaUa,  que  j-UStiques  OÙ  figuraient  de  droit,  à  ce  qu'il 
célébrait  encore.,   au  quatrième  siècle  de  notre  ère.  "^     ^  1  -u    r      1      r       mi  •> 

-  ,  ■     ,•  ,  r  ■      ,     ,  ■  ,,  parait,  tous  les  chets  de  tamille,  propne- 

une  confrérie    dix    ou    douze   lois   séculaire,   celle  '    .  .  1      t.*  r       1      j 


des  frères  Arvales  (^fratres  Arvales),  dont  un  épi- 
graphiste  italien,  l'abbé  Gaëtano  Marini,  a  écrit 
l'histoire  dans  un  livre  célèbre,  devenu  très-rare 
malheureusement  :  Gli  atti  e  monumenti  de'i  fra- 
tcJli  Arvali,  Roma,  1793,  2  vol.  in-i^". 


taires  de  maisons  ou  de  biens-fonds  dans 
les  villages  du  ressort.  Les  séances  de 
l'assemblée,  qui  n'avaient  probablement 
rien  de  fixe  ni  de  régulier,  se  tenaient 
tantôt   en  plein  air,  tantôt   en  lieu  clos. 


Note 

107 


Note 

lOJ 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


419 


NOTC 

suivant    la    saison.    Elles    étaient    convo-  qui  présidait  l'assemblée  ou  par  le  no<arjuj      '°7 

quées,  ajoute  le  grammairien  auquel  nous  qui   lui  servait  de   greffier,  ces  décisions 

empruntons   quelques-uns   de  ces  détails,  étaient  transcrites  sur  les  registres  de  la 

au  son  du  cor  ou   de  la   trompe,  comme  communauté  qui  devait  avoir  ses  commen- 

l'étaieut  au  moyen  âge  les  assemblées  de  taria  cottiJiana  comme  les  curies  des  villes 

paysans  dans  les  petits  cantons  de  la  Suisse,  romaines.  Elles  devenaient  alors,  sous  les 

ce  pays  du  pagus  par  excellence,  &  prési-  noms  de  pagi  scîtus  ou  de  decretum  pagi, 

dées,  comme  les  curies  des  civitates,  par  un  des  actes  légaux,  analogues  pour  le   fond 

des  magistrats  de  la  communauté  qui  pa-  comme    pour  la   forme   aux    ordonnances 

raissent  avoir  joué  un  grand  rôle  dans  ces  rendues  par  les  magistrats  municipaux, 
assemblées  bruyantes   dont  ils  dirigeaient  De  ces  documents  officiels,  intéressants 

les  délibérations  &  probablement  les  vo-  à  plus  d'un  titre,  le  seul  qui  nous  ait  été 

tes,  s'il   s'agissait  de  nouveaux  magistri  à  conservé  intégralement  est  le  célèitre  pagi 

élire,  ou  d'uiv  patronus  à  remplacer.  A  en  scltus  du  pagus  Herculaneus ,  un  des  pagi 

juger  par  ce  qui  se  passait  dans  des  pays  urhani   ou    suburbani    de   Capoue   dont  la 

voisins  de  la  Gaule,  comme  les  montagnes  fondation    remontait,    il   est  vrai,    à   une 

de  la  Ligurie  ou  celles  du  nord  de  l'Es-  époque   relativement  ancienne,   mais  qui 

pagne,  les  décisions  y  auraient  été  prises  n'aurait  à  ce  titre  même  que  des  points  de 

à  la  majorité  des  suffrages,  comme  nous  contact  éloignés   avec  nos  pagi  rustiques^ 

le  dirions  aujourd'hui  (...  ex  majori  parte  de  la  Gaule  :  l'organisation  des  plébéiens 

Langensium  Veituriorum  :  Sententia  IS/Linu-  romains  établis   à  Capoue,  après  la  prise 

ciorum,  ex  senati  consulta,  de  Fin.  înter  Ge-  &  la  destruction  de  la  ville  campanienne, 

nuates  &  Langenses   Veiturios  :  Orelli,  i,  rappelant,  à  plus  d'un  égard,  celle  de  la 

3i2i).  Mais  il  y  a  toute    raison  de   croire  plèbe  romaine  avant  l'établissement  du  tri- 

qu'elles  s'énonçaient  ou  s'exprimaient  en-  bunat.  Dans  les  provinces  occidentales  de 

core,  comme  au  temps  de  l'indépendance,  l'Empire,  dont  nous  sommes  surtout  préoc- 

par  des  murmures  ou  des  clameurs  d'assen-  cupés  ici,  les  inscriptions  se  contentent  le 

timent,  car  il  n'est  jamais  question  dans  plus  souvent  d'indiquer  ou  de  résumer  eu 

les  Inscriptiones  paganicae  de  ces  tessères  quelques  mots  l'objet  ou  l'affaire  qui  avait 

inscrites,  en  ivoire  ou  en  os  (jtabellae)^  qui  donné  lieu  au  pagiscite  en  le  mentionnant 

jouent  un  grand  rôle  dans  les  inscriptions  lui-même  sous,  son  nom  légal ex  pagi 

municipales  des  villes  où  elles  rempla-  scitu...  décréta  ou  ex  décréta  paganarum, 
çaient  nos  bulletins  de  vote,  ni  de  la  cor-  pagi...  (Inscript,  pagan.  pass.),  sans  le  re- 
beille  d'osier  (ci^ffl)  destinée  à  les  recevoir,  produire  textuellement.  Mais  ces  brèves 
ni  des  praesepta  à  claire-voie  où  les  élec-  indications  suffisent  pour  nous  donner  au 
teurs  s'entassaient  en  attendant  leur  tour,  moins  une  idée  des  attributions  de  i'as- 
comme  à  la  queue  de  nos  théâtres,  ni  des  semblée  dont  la  compétence  s'étendait  à 
surveillants  d'origine  diverse  chargés  de  tous  les  actes  de  la  vie  publique  du  pag-uj;, 
contrôler  les  votes  &  le  scrutin,  les  uns  depuis  les  élections  proprement  dites  jus- 
au  nom  de  la  commune,  les  autres  au  nom  qu'aux  affaires  de  nature  très-diverse  aux- 
des  candidats  eux-mêmes  qui  faisaient  ainsi  quelles  il  se  trouvait  méléj  car  il  ne  faut 
la  police  de  leur  propre  élection.  Ce  que  point  oublier  que  les  pagi  avaient,  comme 
l'on  peut  affirmer  au  moins,  en  s'autori-  toute  corporation  constituée,  le  droit  de 
sant  de  témoignages  auss?'  nombreux  ici  propriété,  qui  implique  à  son  tour  une 
que  concluants,  c'est  que  rien  d'important  foule  d'autres  droits,  comme  celui  d'ac- 
ne  se  faisait  dans  le  pagus ,  sans  Tinter-  quérir  ou  d'aliéner  (par  vente  ou  autre- 
vention  de  cette  assemblée,  que  les  magis-  ment),  de  recevoir  des  donations  ou  des 
trats  étaient  tenus  de  consulter  sur  les  legs,  de  poursuivre  ou  de  défendre  en  jus- 
détails  les  plus  insignifiants  de  leur  admi-  tice,  &c.  Ce  serait  cette  assemblée  ou  le 
nistration  &  derrière  laquelle  on  les  voit  comité  chargé  de  la  représenter  pendant 
constamment  abriter  leur  responsabilité.  l'intervalle  des  sessions  (quoiqu'on  ne  le 
Libellées  séance  tenante  par  le  magistrat  trouve  nommé  ni  indiqué  nulle  part),  qui 


Note 
107 


420 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 
ic8 


aurait  disposé  souverainement  des  immeu-  cle  &  plus  de  recherches  &  de  travaux 
blés  de  la  communauté  comme  de  ses  ca-  dirigés  dans  ces  voies  récemment  frayées, 
pitaux  &  de  ses  revenus.  C'est  elle  que  les  on  est  forcé  de  reconnaître  qu'il  reste  en- 
inscriptions  nous  monfr^ent  à  tout  moment  core  énormément  à  faire  &  à  dire  sur  les 
engageant  ici  telle  ou  telle  parcelle  de  problèmes  de  tout  genre  qu'elle  soulève, 
terrain  (Loco  Dato  Décréta  Paganorum)  ou  souvent  sans  les  résoudre.  Mais  il  serait 
l'affectant  à  de  nouveaux  usages,  employant  injuste  d'oublier  les  services  qu'elle  a  déjà 
ailleurs  ses  capitaux  à  la  fondation  de  quel-  rendus  aux  premiers  temps  de  notre  bis- 
que monument  d'utilité  ou  d'agrément  pu-  toire,  pour  lesquels  elle  est  devenue, 
blic,  ou  à  l'agrandissement  de  ceux  qu'elle  comme  l'épigraphie,  qu'elle  devance  pres- 
possédait  déjà.  que  partout,  une  source  précieuse  de  ren- 

Nous  devons  ajouter  pourtant  que  l'on  seignements  &  de  lumières, 

ne  trouve  plus  trace,  au  moins  chez  nous.  Le  monnayage  de  la  Gaule  Narbonnaise, 

du   droit  qu'avaient  jadis  possédé  les  pa-  dont  nous  sommes  surtout  préoccupés  ici, 

ganî  d'admettre  un  étranger  à  la  résidence  paraît  être  né  sous  l'influence  de  la  viHe 

&  aux  privilèges  qu'elle  conférait,  ou  de  phocéenne  de  Massalia,  fondée  six  cents 

conclure  des  traités  d'hospitalité  récipro-  ans  avant  notre  ère,  sur  la   côte  monta- 

que  (hospitium)  avec  telle  ou   telle  popu-  gueuse  de  la  Méditerranée;  car  on  ne  ren- 

lation   du  voisinage   (gentiïitas'),  quelque-  contre  presque   jamais   dans   le   sud   de  la 

fois   même  avec   de   hauts   fonctionnaires  Gaule,  même  chez  les  Volkes  Tectosages, 

romains  dont  ils  devenaient  ainsi  les  amis  de  ces  belles  monnaies  d'or  ou  d'electrum 

&  les  protégés.  Ces  traités,  une  fois  con-  imitées   des    statères   macédoniens    du  roi 

dus,  étaient  gravés  en  double  exemplaire  Philippe  (36o-336),  qui  auraient  servi  de 

sur  de  petites  plaques  de  bronze  (tesserae  type,  suivant  une  opinion  très-accréditée, 

hospïtales ,    hospitalitatis)    qu'échangeaient  aux  plus  anciennes  monnaies  de  la  Gaule 

les  parties  contractantes  &  dont  quelques-  chevelue.   Dans   le   midi,   c'est  en   argent 


NoTV 
108 


unes  sont  ainsi  parvenues  jusqu  a  nous. 

[E.  B.] 


NOTE  CVIII 


AJOUTEE  PAR  LES   NOUVEAUX  EDITEURS. 


Numismatique  gauloise, 

IL  ne  faut  point  oublier  que  la  numisma- 
tique gauloise  n'était  pas  encore  née  à 
l'époque  où  les  Bénédictins  écrivaient  leur 
histoire'.  Aujourd'hui  même,  après  un  siè- 

'  Ce  n'est  même  qu'à  la  fin  du  siècle  que  la  nii- 
mismatique  proprement  dite  a  pris  le  caractère  8c 
l'autorité  d'une  véritable  science,  par  la  publica- 
tion du  grand  livre  d'Eckhel  :  Doctrina  nummorum 
veterum,  Viennae  (1792-98,  8  vol.  in-4'').  Les  in- 
génieuses recherches  de  Pellerin,  qui  reposaient, 
comme  on  le  sait,  sur  une  des  plus  belles  collec- 
tions de  médailles  qu'un  simple  particulier  ait 
réunies  [elle  a  été  acquise  depuis  par  le  cabinet 


que  paraissent  avoir  été  frappées  les  plus 
anciennes  espèces  monnayées,  à  l'exemple 
des  monnaies  de  Massalia,  qui  n'a  jamais 
émis  d'espèces  d'or,  &  n'a  adopté  le  bronze 
qu'à  des  époques  relativement  récentes, 
au  second  ou  troisième  siècle  avant  notre 


de  France,  au  prix  de  3oo  000  fr.],  avaient  paru 
quelques  années  auparavant  1762-1767,  sous  le 
titre  de  Recueil  de  médailles  de  rois,  de  peuples  & 
de  villes,  avec  plusieurs  suppléments,  9  vol.  in-4". 
—  Quant  à  la  numismatique  gauloise,  il  suffit  de 
citer  les  noms  diversement  célèbres  de  Pellerin,  Je 
Barthélemi,  de  Lelewel,  de  MM.  de  Lagoy,  de 
Crazannes,  Albert  de  Luynes,  Duchalais,  Lenor- 
mant,  de  Longpérier,  de  Witte,  Charles  Robert  & 
de  Saulcy,  pour  rappeler  tout  le  chemin  qu'elle  a 
parcouru  depuis  Paul  Petau  &  Bouteroue,  qui  lui 
avaient  ouvert  la  route  au  dix-septième  siècle 
(1610-1666).  La  plupart  de  ces  travaux,  ceux  au 
moins  qui  touchent  directement  ou  indirectement 
à  la  Gaule  méridionale,  ont  été  résumés,  discutés 
&  complétés  par  M.  de  La  Saussaye  dans  un  livre 
qui  rappelle  les  beaux  temps  de  l'érudition  fran- 
çaise par  la  solidité  du  savoir  8c  le  bon  sens  élevé 
de  la  critique  :  Numismatique  de  la  Gaule  narhon- 
naisc,  in-4°,  Paris,  Rollin,  1842, 


NOTR 
108 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


421 


ère.  Leurs  légendes,  quand  elles  en  ont, 
sont  écrites  en  caractères  grecs  assez  purs, 
comme  le  dialecte  dorien  qu'elles  parlent 
dé  préférence.  Leur  poids  &  leur  mode  de 
division  répondent,  autant  qu'il  est  pos- 
sible d'en  juger,  au  poids  &  au  système  de 
coupure  des  monnaies  de  Massalia;  toutes 
choses  qui  s'expliquent  assez  naturelle- 
ment par  les  relations  commerciales  que 
les  Massaliotes  paraissent  avoir  nouées  de 
très-bonne  heure  avec  les  populations  bar- 
bares du  littoral,  avec  celles  mêmes  de 
l'intérieur,  en  remontant  les  rivières  & 
les  fleuves  de  la  côte  (l'Atax,  l'Arauris,  le 
Rhodanos),  dont  les  anciens  avaient  re- 
marqué déjà  l'heureuse  disposition  géo- 
graphique '. 

Quant  à  leur  âge,  sur  lequel  il  serait 
difficile  de  rien  préciser,  il  y  a  toute  rai- 
son de  croire  qu'elles  sont  au  moins  con- 
temporaines des  plus  anciennes  monnaies 
de  la  Gaule  proprement  dite,  que  l'on  fait 
remonter,  sur  des  données  assez  plausi- 
bles, à  la  première  moitié  du  troisième 
siècle  avant  notre  ère.  Mais  cette  influence 
massaliote,  que  tant  de  témoignages  nous 
attestent,  ne  paraît  s'être  exercée  directe- 
ment que  dans  la  basse  vallée  du  Rhône, 
où  chaque  peuple  &  même  chaque  ville, 
grande  ou  petite,  ont  eu  leurs  monnaies 
autonomes,  frappées  à  l'imitation  des  mon- 
naies  contemporaines    de    Massalia'.   Au 


'  Voir,  au  sujet  de  ces  antiques  relations  com- 
merciales, le  chapitre  célèbre  de  Strabon  sur  les 
fleuves  de  la  Gaule  (1.  4,  c.  11,  $  14),  commenté 
d'une  manière  remarquable  pour  tout  ce  qui  tou- 
che à  la  Garonne  par  l'abbé  Audibert,  dans  sa 
Dissertation  sur  les  origines  de  Toulouse,  (Toulouse, 
1764,  p.  5o.) 

'  Les  plus  importantes  de  ces  villes  massaliotes, 
dont  un  numismatiste  éminent  a  retrouvé  les  titres 
(M.  DE  Lagoy  :  Attribution  de  quelques  monnaies 
médites  des  Gaules,  A'i-k,  1817,  in-4<'),  sont,  sur 
la  rive  droite  du  fleuve,  celle  de  Nemausus,  qui  a 
eu  momentanément  ses  monnaies  grecques,  quoi 
qu'en  dise  M.  Herzog,  avec  la  légende  NAMA- 
^ATwv  &  le  type  du  sus  gallicus;  —  sur  la  rive 
g'Tuche,  celle  A'Avcnio  chez  les  Cavares,  AOVEvuov 
(l.l.  pp.  19-21),  qu'Etienne  de  Byzance  appelle 
en  effet  une  ville  massaliote  (Aoucvi'wv,  rSh'.i,  Maa- 
aaXfaç,  Steph.  Byzant.  sub  voce);  celle  des  Samna- 
ges    ou    Samnugtnses ,    lAMNArilTtov    (trois     types 


delà  de  ce  cercle  assez  resserré,  c'est  par 
l'intermédiaire  de  ces  colonies  ou  de  ces 
comptoirs  intérieurs  qu'elle  agissait  sur 
les  populations  barbares  de  race  diverse 
dont  elle  était  devenue  l'institutrice.  Mais 
ces  comptoirs  eux-mêmes  deviennent  rares 
à  l'ouest  comme  les  ports  {Setlum,  A^atha, 
Leucas?)  sur  les  côtes  sabloneuses  de  la 
mer  des  Sardons  (}iap5oviy.cv  7:éAaYo<;,  Po- 
LYBE,  aujourd'hui  le  golfe  du  Lion),  bat- 
tues tour  à  tour  par  VAuster  &  par  VAfri- 
cus'.  Plus  loin  encore,  elle  paraît  avoir 
abandonné  ce  soin  à  d'autres  villes  grec- 
ques, ses  soeurs,  dont  quelques-unes  al- 
laient devenir  ses  rivales,  &  parmi  ces 
villes,  phocéennes  d'origine  pour  la  plu- 
part, l'attention  s'arrête  involontairement 
sur  celles  d'E[;,7;op(ov  (lat.  Emporiae)  &  de 

connus),  qui  paraît  répondre  au  bourg  de  Vieux- 
Sénas,  situé  sur  une  voie  antique,  à  égale  distance 
entre  Glanum  &  Cabelio  des  Cavares  (1,1,  pp.  28- 
29)5  —  celle  des  Glanici,  TAAMIvliiN',  dont  la  cu- 
rieuse monnaie  a  été  découverte,  en  effet,  dans  le 
sol  de  l'antique  Glanum,  Saint-Remy  aujourd'hui 
(1,1.,  pp.  17-24)5  —  enfin  celle  des  Caenicenses , 
KAINIKHTQN,  que  Pline  cite  comme  Glanum^ 
parmi  les  peuples  latins  de  la  Narbonnaise,  & 
qui  paraissent  avoir  emprunté  leur  nom  à  celui 
du  Caenus  (la  Touloubrei')  qui  tombe  dans  la  Mé- 
diterranée, au-dessous  de  Vernègues  (l.l.,  pp.  25- 
3i).  On  peut  y  ajouter  dans  les  Alpes  le  petit 
peuple  des  Tricorii,  qui  habitait  les  bords  fertiles 
du  Drac,  entre  Gap  8c  Grenoble,  OKIPT,  en  ca- 
ractères rétrogades  (Z.Z.,  pp.  29  &  suiv.),  &  celui 
des  Rigomagenses  :  PIKO  ou  PIKOM,  entre  Di- 
nia  &  Sollinium,  dont  l'attribution  appartient  à 
M.  de  la  Saussaye  (^Numismatique  de  la  Gaule 
Narbonnaise,  pp.  114-120),  comme  celle  des  Scgo- 
vii  :  CErOB  (Segouin  ou  Segovin,  près  de  Sé- 
sanne,  au  moyen  âge  Villa  SegoUna  ou  Scgovina, 
Walckenaer,  Géographie  des  Gaules,  t.  2,  p.  29), 
dont  le  nom  figure  à  côté  de  celui  des  Segusini... 
SECVVIORVM  SECVSINORVM...  dans  la  célè- 
bre inscription  de  l'arc  de  triomphe  de  Suze.  (Nu- 
mismatique  de  la  Narbonnaise,  pp.  1 20-1 25).  La 
plupart  de  ces  monnaies  appartiennent,  il  est  vrai, 
à  des  époques  relativement  récentes.  Elles  parais- 
sent se  rattacher  aux  accroissements  de  territoire 
accordés  par  les  Romains  aux  Massaliotes,  de  Ma- 
rins à  Pompée. 

'  Caeterum  rarae  urbcs,  quia  rari  portus  &  om- 
nis  plaga  (on  l'appelle  encore  la  Plage  dans  le 
Midi)  Austro   &  Africo   exposita   est.    (Mêla,    1.   z. 


NOTK 
108 


Note 
io8 


422 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


'Pôloq  (ou  'PéBï),  TToXf/v'.cv  'Rix-op'-rrov) '  fou-      rieniie,  que  le  commerce  attirait  aussi  dans 


Note 
108 


dées,  l'une  &  l'autre  au  delà  des  Pyrénées, 
sur  la  côte  orientale  de  la  Catalogne  ac- 
tuelle. Emporiae,  dont  l'histoire  nous  est 
mieux  connue  que  celle  de  Rhoda,  paraît 
avoir  atteint  d'assez  bonne  heure  (au  troi- 
sième ou  au  quatrième  siècle  avant  notre 
ère)  un  certain  degré  d'importance  &  de 
prospérité  commerciales,  qui  tenait  en 
partie  aux  relations  habituelles  de  ses  vais- 
seaux avec  les  grandes  villes  grecques  de 
la  Sicile  dont  elle  avait  adopté  le  système 
numismatique,  &  inondait  de  ses  colpor- 
teurs les  marchés  barbares  du  voisinage, 
au  delà  comme  en  deçà  des  Pyrénées,  où 
son  influence  se  faisait  sentir  jusqu'aux 
embouchures  de  la  Loire. 

C'est  un  fait  acquis  dès  aujourd'hui  à  la 
science,  que  la  plus  grande  partie  des 
monnaies  de  l'Aquitaine  &  de  la  Narbon- 
naise  occidentale  ont  été  frappées  sur  le 


type  des  monnaies  d'argent  ou  de  bronze      j 


ses  murs",  frappait  en  même  temps  des 
monnaies  grecques  d'argent  au  type  corin- 
thien du  Pégase  (légende  EMIIOPIÛIS,  en 
caractères  rétrogrades),  &  des  monnaies  de 
bronze  à  légende  ibérienne  (aux  revers  du 
Cheval  ailé,  de  l'Hippocampe  ou  du  Lion 
en  course),  ce  qui  expliquerait,  pour  le 
dire  en  passant,  le  mélange  singulier  de 
légendes  grecques  &  ibériennes,  que  l'on 
trouve  associées  sur  certaines  monnaies  de 


'  Strabon  (I.  3,  c.  4,  ^  8)  nous  la  montre,  en 
effet,  partagée  intérieuremetit  par  un  mur  qui  sé- 
parait les  populations  très-inégales  des  deux  villes, 
car  celle  des  Grecs,  qui  faisait  face  à  la  mer  (grae- 
cum  oppidum,  in  mare  expositum  :  TiTE-LiVE,  1.  34, 
c.  9),  avait  à  peine  quatre  cents  pas  de  longueur, 
tandis  que  le  mur  de  la  ville  espagnole,  plus  éloi- 
gnée du  rivage,  avait  trois  mille  pas  de  circuit. 
M.  Boudard,  qui  traduit  la  légende  des  monnaies 
ibériennes  d'Emporiae  par  le  mot  tonites  (littéra- 


d'Emporiae,  dont  le  système  numismatique 
n'a  plus  rien  de  commun,  comme  nous 
l'avons  remarqué  déjà,  avec  celui  de  Mas- 
salia  &  de  ses  colonies  orientales'.  Em- 
poriae, dont  la  population  grecque  vivait 
en  bons  rapports  avec  la  population  ibé- 

'  Tite-Live  regarde  les  Emporitains  comme  des 
colons  de  Phocée,  d'où  les  Massaliotes  sortaient 
eux-mêmes  :  Graeci...  a  Phocea  unde  &  Massalien- 
ses  oriundi...  (TiT.  Liv.  1.  24,  c.  9),  &  Pline  les 
appelle,  comme  Tite-Live,  des  descendants  des 
Phocéens  :  Qui  Phoceensium  fuere  soboles.  (Pline, 
1.  3,  c.  4.)  Agatha  elle-même  (Agde  aujourd'hui), 
qui  a  des  monnaies  grecques  de  type  massaliote 
(voir  M.  de  La  Saussaye,  Numismat.  de  la  Gaule 
Narbonnaise,  pp.  90-91),  aurait  été,  suivant  Scym- 
nus  de  Chio  {Orhis  descriptio,  v.  207),  une  ville 
phocéenne  &  non  point  massaliote  d'origine. 

'  Voir,  sur  les  rapports  commerciaux  &  numis- 
matiques  d'Emporiae  &  de  Syracuse,  une  remar- 
quable étude  de  M.  le  duc  de  Luynes,  publiée  en 
I  840  dans  la  Revue  de  numismatique  (p.  85  8c  suiv.), 
&  mise  à  profit  par  M.  Th.  Mommsen  dans  ^on 
Histoire  de  la  monnaie  romaine  (^Gesch,  des  roem. 
Mun^wesens,  z.  678,  und  Folg.).  II  faut  dire  pour-        que  des  monnaies  grecques,  quoiqu'on  parlât  aussi. 


ement  toni-^ocose,  toni--^oco-cose ,  Numismatique 
ibérienne,  pp.  285-89),  Suppose  avec  beaucoup  de 
vraisemblance  qu'elle  avait  emprunté  ce  nom  à 
l'étang  ou  à  la  lagune  de  Toni,  que  signale  Avie- 
nus  dans  un  passage  assez  obscur  de  son  Ora  mari- 
tima. 

Stagnum  inde  Toni  montium  in  radicibus... 

(AviE.NUS,  Ora  marit.  v.  54.) 

Mais  c'est  probablement  à  tort  qu'il  a  cru  recon- 
naître (l.l.  p.  25)  le  nom  inconnu  aussi  du  port 
de  la  ville  dans  la  légende  MVNICI  pium ,  que 
l'on  retrouve  en  caractères  ibéro-latins  au  revers 
des  monnaies  latines  d'Emporiae;  ce  qui  prouve 
seulement  que  la  langue  &  même  l'écriture  ibé- 
rienne se  sont  maintenues  dans  la  Tarragonaise 
assez  longtemps  après  la  conquête  &  l'organijation 
de  la  province.  On  sait,  en  effet,  que  c'est  à  des 
époques  relativement  récentes  q'ue  les  deux  villes, 
fondues  en  une  seule,  sont  devenues  romaines  : 
Hispanis  prias,  postremo  &  Graecis  in  civitatem  Ro- 
manam  adscitis  (Liv.  l.l.),  &  qu'elles  ont  com- 
mencé à  frapper  des  monnaies  à  légendes  latines  : 
mV^lClpium  EMPORr/ae,  ou  MV^lCïpium  EM- 
PORIfanHW,  plus  heureuses  ou  moins  heureuses, 
sous  ce  rapport,  que  Massalia,  qui  n'a  jamais  émis 


tant  que  M.  Aug.  Bœckh  avait,  dès  l'année  i838, 
rattaché  les  monnaies  d'argent  de  Rhoda  &  d'Em- 
poriae à  celles  de  Syracuse  &  indiqué  l'influence 
qu'elles  avaient  exercée  à  leur  tour  sur  le  mon- 
nayage des  villes  ibériennes.  (Metrologische  Uenter- 
suchungen,  Berlin,  i838,  1.  33,  z.  339-340.) 


dès  le  temps  de  Varron,  trois  langues  différentes 
sur  les  quais  de  son  port,  connu,  lui,  sous  le  nom 
de  Lacydôn ,  &  dans  les  magasins  en  forme  de 
hangars  qui  y  conduisaient  (^Kanabae  ou  Canabae, 
in  Kanabis  ou  Canabis,  d'où  Canabiarium,  en  fran- 
çais Canebière). 


Note 
108 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


423 


la  Narbonnaise,  parmi  lesquelles  nous  si- 
gnalerons celles  des  A0rr02TAAHT0l , 
avec  la  légende  ibérienne  PARP  ou  ÇTOP 
(suivant  la  lecture)  dont  l'attribution  est 
encore  incertaine,  malgré  ces  deux  indica- 
tions. Il  faut  dire  pourtant  que  l'on  ren- 
contre dans  tous  les  grands  centres  com- 
merciaux de  la  Gaule  méridionale  jusqu'à 
Vieille-Toulouse  &  au  delà,  un  très-grand 
nombre  de  monnaies  ibériennes  propre- 
ment dites,  mêlées  aux  moniwies  de  bronze 
d'Emporiae  ou  aux  monnaies  phéniciennes 
de  la  côte  espagnole  (type  du  Cabire)  & 
qu'il  est  à  peu  près  certain  aujourd'hui 
que  la  Gaule  elle-même  a  eu  des  monnaies 
ibériennes,  frappées,  suivant  toute  appa- 
rence, dans  les  villes  fondées  ou  coloni- 
sées chez  nous  par  des  populations  venues 
de  l'Espagne  actuelle,  car  elles  sont  aussi 
communes  de  ce  côté-ci  des  Pyrénées, 
qu'elles  sont  rares  dans  la  Tarraconaise ^ 
où  on  ne  les  rencontre  presque  jamais'. 
Au  courant  massaliote,  dont  nous  parlions 
tout  à  l'heure,  il  faudrait  donc  ajouter  un 
contre-courant  ibérien  ou  gréco-ibérien, 
venu  cette  fois  de  la  péninsule  espagnole, 
dont  la  civilisation  urbaine  a  certainement 
cïevancé  d'un  ou  deux  siècles  celle  de  la 
Gaule    méridionale.    Mais   ces   influences 

'  Ce  fait  intéressant,  qu'avaient  entrevu  &  pres- 
senti plus  d'une  fois  les  numismatistes  méridio- 
naux, a  été  mis  en  pleine  lumière  par  M.  Boudard, 
de  Béziers,  dans  ses  belles  recherches  sur  la  langue 
&sur  récriture  des  Ibères  (^Numismatique  ibérienne, 
Béziers,  pp.  76-80  &  235-205).  L'auteur  ne  s'est 
point  contenté  de  compléter,  de  rétablir  &  d'ex- 
pliquer, suivant  le  système  d'interprétation  adopté 
par  lui,  les  légendes  de  ces  monnaies  énigmatiques, 
écrites  en  consonnes  (quand  elles  ne  le  sont  point 
en  sigles),  dans  un  alphabet  perdu  comme  l'idiome 
à  peu  près  oublié  dont  ils  traduisent  les  mots,  il 
a  essayé  de  les  restituer  ou  de  les  attribuer,  comme 
on  dit  en  numismatique,  aux  anciennes  villes  de 
la  Gaule  méridionale,  dont  il  croit  y  retrouver  les 
noms,  mais  nous  sommes  forcés  de  reconnaître, 
malgré  notre  estime  pour  ce  livre  &  notre  amitié 
pour  l'auteur,  que  la  plupart  de  ces  attributions, 
à  commencer  par  celle  de  Nedhena  (le  Narho  de 
l'époque  grecque  ou  romaine  :  pp.  237-248)  8c  de 
Nemi  (le  Nemos  ou  Ncmaus  des  Volkes  Arécomi- 
ques  :  pp.  25i-255)  soulèvent  à  leur  tour  des  dif- 
ficultés &  des  objections  dont  l'examen  excéderait 
de  beaucoup  le  cadre  que  ces  notes  nous  imposent. 


étrangères  que  subissaient  alternativement 
les  populations  du  Midi,  ne  paraissent 
point  avoîr  effacé  complètement,  chez  cel- 
les de  race  gauloise  surtout,  les  souvenirs 
de  parenté  &  les  relations  de  toute  espèce 
qui  les  rattachaient  à  la  Gaule  du  Nord, 
&  que  la  domination  momentanée  des  Ar- 
vernes  au  second  siècle  avant  notre  ère, 
avait  eu  pour  résultat  de  resserrer  encore. 
C'est  probablement  ainsi  que  s'explique- 
raient la  fabrique  &  les  types  tout  gaulois 
(le  sus  gallîcus,  &c.),  des  plus  anciennes 
monnaies  des  Cavares  ou  des  Volkes  Aré- 
comiques,  si  distinctes  des  élégantes  mon- 
naies grecques  que  les  monétaires  de 
Massalia  allaient  frapper,  chez  ces  deux 
peuples,  un  demi-siècle  plus  tard.  Ce  ne 
sera  même  qu'avec  peine,  comme  nous 
allons  le  voir,  que  Rome,  devenue  maî- 
tresse de  la  Gaule  du  sud  &  de  ses  popula- 
tions hétérogènes  (121-118  avant  J.-C), 
parviendra  à  leur  imposer  son  système  8c 
ses  types  monétaires,  qui  brisaient  ici  des 
habitudes  prises  &  dérangeaient  des  rela- 
tions depuis  longtemps  établies. 

Quoique  les  monnaies  gauloises  de  la 
Narbonnaise  soient  anépigraphes  pour  la 
plupart,  &  que  leurs  légendes,  quand  elles 
en  ont,  présentent  des  abréviations,  des 
variantes  ou  des  anomalies  d'écritures  qui 
en  rendent  la  lecture  assez  difficile,  on  est 
à  peu  près  d'accord  dès  aujourd'hui  sur 
l'attribution  d'un  certain  nombre  de  ces 
monnaies,  parmi  lesquelles  nous  signale- 
rons la  monnaie  grecque  des  Namasates, 
frappée  sous  l'influence  &  probablement 
sous  ladomination  des  Massaliotes  (légende 
NAMA-2AT0JV,  de  NAMA2  ou  NAMA2A 
forme  dorienne  du  mot  gaulois  Nemoi 
ou  Nemause,  en  latin  Nemausus  Nimes), 
celle  des  Bettarates  (légende  BHTAPPA, 
BHTAPPATI2,  BHTAPPATIC,  BHTAPPTI2. 
dérivés  de  Br;Tappx,  en  latin  Bctarra,  Bae- 
terrae,  Beterrae,  Baeterra  Septimanorum,  &c., 
Béziers  aujourd'hui),  &  les  oboles  d'ar- 
gent au   type  de  la   roue'   que  l'on   ren- 

'  M.  de  Crazannes,  qui  a  publié  &  décrit  un 
assez  grand  nombre  de  ces  monnaies,  trop  dédai- 
gnées des  numismatistes,  avait  remarqué,  comme 
tout  le  monde,  qu'elles  présentent  souvent  des  dif- 
férences   très-marquées   de   fabrique,  de   dessin,  de 


Note 
108 


Note 
108 


424 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


contre  en  si  grand  nombre  dans  le  terri-  initiales  V,  VO,  VOL,  VOLC,  que  l'on 
toire  des  Volkes  Tectosages  ou  dans  les  trouve  quelquefois  intercalées  de  diverses 
pays  voisins   du   leur".  Les   sigles   ou   les      manières   entre   les  rayons  de   cette  roue 

ne  peuvent  guère  s'appliquer  qu'au  peuple 


forme  même,  quoique  leur  poids  reste  habituelle- 
ment le  même,  à  quelques  oscillations  près.  (Mém. 
de  la  Soc,  arch.  du  Midi  de  la  France,  t.  4,  pp.  76- 
99.)  Il  y  avait  donc  quelque  raison  de  croire 
qu'elles  avaient  été  frappées  ou  émises  à  des  épo- 
ques &  dans  des  localités  différentes,  chez  des  po- 
pulations alliées  ou  vassales  des  deux  grandes  tri- 
bus volkes.  Cette  conclusion  s'est  trouvée  confirmée 
tout  récemment  par  la  découverte  faite  aux  envi 


celtique  des  Volkes,  dont  l'autonomie  nu- 
mismatique remontait  certainement  au  delà 
de  l'époque  romaine  que  nous  indique- 
raient ces  légendes  toutes  latines.  Mais  il 
reste  toujours  à  déterminer  à  laquelle  des 
deux  fractions  des  Volkes  appartiendraient 
ces  monnaies»barbares,  &  il  y  a  toute  rai- 
son de  croire  qu'elles  ont  été  frappées  par 


rons  de  Rodez  d'un  atelier  de  monnayeur  celtique  les    Volkes    Arécomiques    dont    elles    nous 

où  l'on  a  trouvé,  à  côté  d'oboles  à  la  roue,  déjà  offrent    le    type    habituel    (le    Cheval   eu 

frappées  &  taillées,  des   fragments  de  lingots  d'ar-  ÇOUrse  à  gauche),  accompagné  quelquefois 

gent  qui  avaient  servi  à  leur  fabrication.  Ces  lin-  des  initiales  AR,  ARE   OU   AREC,  inscrites 

gots  n'étaient  autre  chose  que  des  lames  d'argent  ^u  droit  OU  au  revers  de  ces  monnaies)'. 

étroites   &  minces  que  l'on   estampillait  de  chaque  j^^^^^    l'Aquitaine,    que    les  VolkeS    enta- 


côté  sur  le  métal  à  demi  refroidi  &  que  l'on  taillait 
ensuite  par  fractions  égales;  ce  qui  explique,  pour 
le  dire  en  passant,  la  forme  carrée  de  la  plupart 
de  ces  pièces,  que  l'on  prenait  rarement  la  peine 
d'arrondir,  à  moins  que  le  poids  ne  le  demandât, 
&  le  désaccord  des  types  du  droit  &  du  revers  qui 
ne  se  correspondent  presque  jamais.  —  Les  Lusi- 
tains  de  l'Espagne  ultérieure,  où  le  commerce  se 
faisait  encore  au  temps  de  Strabon  par  voie  d'é- 
change, çopTt'tov  àjAO'.Ç^,  chez  les  populations  de 
l'intérieur  au  moins,  se  servaient,  dit-il,  en  guise 
de  monnaie,  de  ces  lamelles  d'argent  qui  ne  pa- 
raissent même  point  avoir  été  frappées  au  coin 
chez  eux  (cognate  en  italien)  &  taillées  comme 
chez  les  Volkes  (argentum  infectum?),  car  l'ache- 
teur en  coupait  lui-même  une  partie  &  la  donnait 
au  vendeur,  qui  l'acceptait,  après  l'avoir  pesée 
préalablement  :  t)  to3  àpvupou  l\i<j[xxxoi  à-o^c'uLvovTci; 
O'.o6aat.  (Strabon,  1.  3,  c.  3,  $  7.) 

'  Ces  curieuses   monnaies   que    l'on    trouve   dis- 
persées ou  enfouies,   en    très-grand   nombre  quel 


maient  à  l'orient,  &  que  les  Romains,  de- 
venus les  maîtres  de  la  Province,  étrei- 
gnaient  par  le  cours  de  la  Garonne,  dont 
ils  préteiidaient  posséder  les  deux  rives, 
les  attributions  deviennent  moins  nom- 
breuses &,  à  tout  prendre,  moins  certai- 
nes, quoique  l'on  ait  cru  reconnaître  le 
nom  des  Auscii  écrit  eu  abrégé  :  AVSC, 


vallées  des  Pyrénées,  de  Saint -Jean -de -Verges 
(Ariége)  jusqu'à  Bayonne.  Elles  paraissent  avoir 
été,  deux  ou  trois  siècles  avant  notre  ère,  la 
monnaie  de  cours  du  pays  ou  des  pays  dont 
nous  venons  d'indiquer  les  limites,  sans  autre 
raison  que  la  puissance  &  la  richesse  du  peuple 
conquérant  des  Volkes,  alors  à  son  apogée,  & 
l'influence  prépondérante  qu'il  exerçait  sur  les 
autres  populations  du  Midi,  devenues  ses  alliées 
politiques  81  commerciales,  quand  elles   n'étaient 


quefois   (à   Cox ,   par   exemple,    i836,  à   Drudas,       point   ses  sujettes   ou   ses  clientes.    Il   faut,   pour 


1837,  tout  récemment  [4000]  à  la  Cipière,  près  de 
Toulouse),  sur  tous  les  points  du  territoire  habité 
par  les  Volkes  Tectosages,  depuis  Vieille-Toulouse, 
où  le  sol  en  est  jonché,  jusqu'à  Bram  [Brocomagus) 
&.  Carcassonne  (^Carcaso  Volkarum),  sont  communes 
encore  cTiiez  les  Ausc'ii,  chez  les  Alblgenses ,  où 
l'on  en  a  découvert,  il  y  a  vingt  ou  vingt-cinq 
ans,  un  trîsor  considérable,  aux  environs  de  Cas- 
tres, chez  les  Kuthen'i  provinciales  &  cleuthcri,  chez 
les  Volkes  Arécomiques,  où  on  les  rencontre  quel- 
quefois seules  (trésor  de  Sauve)  quelquefois  mêlées 
aux  monnaies  du  pays  dont  le  type  est  très- 
distinct  du  leur.  Au  delà  du  Rhône,  M.  de  La- 
goy  les  a  trouvées  mêlées  aux  monnaies  de  Mas- 


bien  comprendre  tout  ceci,  se  reporter  par  la  pen- 
sée au  onzième  ou  au  douzième  siècle  de  notre 
ère,  où  le  Midi  se  trouvera  de  nouveau  partagé 
en  un  certain  nombre  d'Etats  distincts  &  autono- 
mes sous  la  souveraineté  nominale  des  roi^  capé- 
tiens de  l'Ile-de-France,  &  où  l'on  voit  la  mon- 
naie des  comtes  de  Toulouse  se  répandre  de  la  même 
manière  &  s'accréditer  par  les  mêmes  moyens,  non- 
seulement  dans  les  petits  Etats  de  leur  mouvance, 
mais  dans  des  Etats  étrangers  8c  voisins,  comme 
la  Provence  à  l'est  8<.  le  Béa  m  à  l'ouest. 

'  Voir  sur  cette  question  de  détail  les  travaux 
de  MM.  de  Lagoy  (passim),  de  Crazannes,  &c., 
résumés    &    complétés    par    M.    de    La    Saussaye. 


Note 
108 


salia     ou    des    villes    niassaliotes,    comme    on     les       (Numiimatique  de  la  Gaule  Narbonnaise,  pp,   i5o- 
trouve   mêlées   aux   monnaies    ibériennes  dans   les        '54.) 


Note 

108 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


420 


dans  les  compartiments  d'une  obole  d'ar- 
gent imitée  aussi  des  oboles  de  Massalia,  & 
celui  des  BELENI,  BELINI  ou  BELINDI 
(les  gens  du  pays  de  Belin,  dans  les  Lan- 
des), sur  une  petite  monnaie  d'argent  qui 
porte  au  droit  &  au  revers  le  nom  de 
BELINOC  ou  BIIINOS,  écrit  au  singulier 
il  est  vrai.  Les  Vasates  (Bazas  aujourd'hui), 
dont  la  ville  s'appelait  Coslo  ou  Cossîo  Va- 
satum,  auraient  eu  aussi  leurs  monnaies 
autonomes,  si  c'est  à  eux  qu'appartient, 
comme  le  veut  M.  de  Lagoy,  un  rare  de- 
nier d'argent  qui  porte  d'un  côté  l'ethni- 
que COSII,  de  l'autre  le  nom  de  CALITIX 
(le  nom  de  quelque  chef  local),  au  type  du 
cavalier  casque  &  armé  de  la  lance'.  Une 
petite  monnaie  d'argent,  qui  a  fait  long- 
temps partie  de  la  collection  de  M.  J.  Sou- 
lages, &  dont  le  type  rappelle  exactement 
celui  des  oboles  anépigraphes  des  Volkes 
Tectosages,  porte  très-distinctement  au 
revers  les  lettres  CO  VEN,  partagées  en 
deux  groupes  entre  les  rayons  inférieurs 
de  la  roue  &  qui  répondraient  assez  exac- 
tement à  l'ethnique  d.*iin  petit  peuple  qui 
a  eu  aussi  son  importance  &  sa  notoriété 
au  pied  des  Pyrénées.  Nous  voulons  par- 
ler des  Convenae  (archaïce  CO-VENae), 
dont  la  ville  (Lugdunum  Convenarum)  était 
la  plus  ancienne  en  date  &  l'une  des  plus 
monumentales,  avec  celle  des  Ausciî,  de 
toutes  les  villes  romaines  de  l'Aquitaine  : 
h  Y),  'jccXiç  AcÛYCouvov  •...  y.aAY)  Se  y.al  -f)  twv 
Aùcxtwv.  (Strabon,  1.  4,  c.  3,  ^  I.)  Mais  il 
n'y  a  plus  de  doute  possible  au  sujet  de 
l'attribution  de  la  petite  monnaie  d'argent 
ou  de  billon  des  Sotîates,  qui  porte  avec 
le  nom  du  peuple  écrit  en  toutes  lettres 
SOTIOT  ou  SOTIOTA,  le  nom  du  roi  qui 
gouvernait  ce  peuple  au  temps  de  l'expédi- 
tion du  jeune  Crassus  :  REX  ADIETVANUS 
(M.  DE  Crazannes,  Mém.  de  la  Soc.  arch. 
du  Midi  de  la  France,  années  1 832 -33, 
pp.  109-119;  &  M.  DE  Lagoy,  Attribution 


'  Voir,  sur  ces  diverses  attributions,  M.  de  La- 
goy, Deicript'ton  de  quelques  médailles  médites^ 
pp.  3i  &  suivantes,  &  Revue  numismatique,  an- 
née 1842,  p.  12,  année  1839,  p.  401.  —  M.  de 
La  Saussnye,  Conjectures  sur  la  numismatique  de  la 
Gaule  Aquitaine,  Revue  numismatique^  annés  i85i, 
p.    10  &  sniv.,  p.  ')8i   &  suiv. 


de  quelques  médailles  des  Gaules,  Aix,  1837, 
pp.  16-17.).  M.  de  la  Saussaye,  qui  attri- 
bue aux  Sotiates  \.n\  rare  denier  d'argent 
qui  porte  pour  légende  le  nom  de  Crassus 
lui-même  :  KPACCUS,  est  tenté  de  croire 
que  cette  monnaie,  historique  comme  la 
précédente,  aura  été  frappée  postérieure- 
ment à  l'expédition  dont  nous  venons  de 
parler  par  le  roi  barbare  lui-même,  resté 
en  possession  de  ses  Etats  &  rallié  à  la 
conquête,  comme  le  roi  Calitix  des  Cosii 
ou  des  Vasates,  ce  qui  expliquerait  assez 
bien  les  types  tout  romains  que  présen- 
tent leurs  monnaies  :  d'un  côté,  celui  de  la 
Louve  marchant,  emprunté  aux  deniers  de 
P.  Satrienus;  de  l'autre,  le  type  officiel 
des  Dioscures  qui  se  simplifie  sur  les  de- 
niers gaulois  &  s'y  transforme  en  une  sorte 
de  Mars  équestre,  sous  les  traits  duquel 
les  tribus  devenues  romaines  divinisaient 
leurs  dieux  protecteurs  (tutela,  patronus) 
de  l'époque  précédente  (M.  DE  LA  Saus- 
saye, Conjectures  sur  la  numismatique  de  la 
Gaule  Aquitaine  ;  Revue  numismatique,  an- 
née i85i,  pp.  16-18.). 

Ces  monnaies  de  l'Aquitaine  à  légendes 
toutes  latines  sont  évidemment  postérieu- 
res en  date  aux  monnaies  de  la  Narbon- 
naise  à  légendes  grecques,  dont  quelques- 
unes  remontent,  comme  nous  l'avons  dit,  h 
des  époques  relativement  anciennes.  Mais 
on  peut  regarder  comme  certain  qu'elles 
ont  été  frappées  chez  le  peuple  qui  les 
émettait,  par  des  ouvriers  (monetarii')  qui 
ne  faisaient  que  traduire  en  caractères 
grecs  ou  romains,  quelquefois  en  caractè- 
res grecs  &  romains  bizarrement  entre- 
mêlés, des  noms  qu'ils  entendaient  pro- 
noncer tous  les  jours,  &  l'on  entrevoit 
l'intérêt  que  doivent  prendre,  à  ce  titre 
seul,  ces  monnaies  à  légendes  qui  nous 
offrent  pour  la  première  fois  des  lectures 
indigènes,  sinon  officielles,  d'une  foule  de 
noms  de  peuple  &  de  ville  trop  souvent 
défigurés  par  les  écrivains  classiques  ou 
par  leurs  copistes.  C'est  ainsi,  pour  nous 
borner  à  quelques  exemples,  que  s'est 
trouvée  fixée  l'orthographe  du  nom  anti- 
que de  Béziers  :  BY;T2ppa,  Baetarra,  Bae- 
terra,  que  les  manuscrits  travestissaient  en 
Bitterra,  Blilerra,  Biherra,  &c.,  &  celle  du 
nom    des    Sotiates   de    l'Aquitaine   propre- 


NOTB 
108 


Note 
io8 


426 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


ment  dite,  qui  s'appelaient  certainement  Mais  n'est-il  pas  singulier  de  voir  tel  ou 
dans  leur  langue  Sotiotes  ou  Sotîota,  avec  tel  de  ces  types,  comme  le  trépied  massa- 
.une  finale  latine  qui  diffère  elle-même  de  liote  ou  phocéen,  associé  sur  les  monnaies 
celle  donnée  à  cet  ethnique  par  le  jeune  gréco-ibériennes  des  Longostaletî ,  dont 
Crassus.  La  curieuse  monnaie  des  Segobîî,  nous  avons  parlé  plus  haut,  à  la  tête  d'un 
dont  nous  avons  parlé  plus  haut,  est  venue  Mercure  jeune  &  grave,  aux  cheveux  bou- 
fort  à  propos  nous  attester  l'existence  d'un  clés  sous  le  petasus  (cîncinnatus),  comme  le 
petit  peuple  des  Alpes  qui  ne  nous  était  Mercure  de  Toûget,  dont  nous  avons  dé- 
connu que  par  l'inscription  de  l'arc-de-  crit  la  curieuse  figurine.  Les  oboles  à  la 
triomphe  de  Suze,  où  de  graves  érudits  roue  des  Volkes  Tectosages,  quoique  frap- 
proposaient  tout  simplement  de  l'effacer,  pées  sur  le  type  des  oboles  massaliotes  du 
à  cause  de  la  ressemblance  que  présente  quatrième  &  du  troisième  siècle,  nous 
cet  ethnique  avec  celui  des  Segusini  (ceux  offrent  de  même  une  foule  de  symboles 
de  Suze),  à  côté  duquel  il  est  gravé.  Il  n'y  variés,  intercalés  entre  les  jantes  de  la 
a  point  jusqu'aux  noms  propres  d'homme,  roue  divine,  rendus  avec  plus  de  soin  que 
écrits  souvent  au  revers  de  ces  noms  de  la  tète  du  dieu  devenue  méconnaissable 
peuples,  qui  ne  prennent  eux-mêmes  un  dans  le  plus  grand  nombre  de  ces  mon- 
cértain  intérêt  historique,  soit  par  la  phy-  naies,  &  qui  rappellent  involontairement 
sionomie  caractéristique  de  ces  appella-  les  types  accessoires  groupés  autour  du 
tions  elles-mêmes,  particulières  à  certaines  type  principal  dans  les  beaux  statères  de 
langues,  soit  par  le  rang  élevé  qu'occu-  ia  presqu'île  armoricaine  ou  dans  ceux  des 
paient  évidemment  ces  personnages  dans  villes  de  la  Confédération  belge. 
les  tribus  gauloises  ou  aquitaniques,  gou-  Ce  que  l'on  peut  affirmer  au  moins,  c'est 
vernées  le  plus  souvent  par  des  chefs  héré-  que  la  conquête  romaine  n'a  pas  mis  fin, 
ditaires,  dans  les  derniers  temps  de  l'ijidé-  comme  on  le  croyait  jadis,  au  monnayage 
pendance  au  moins'.  gaulois,  qui  se  serait  ainsi  survécu  jus- 
Les  types  c[ui  accompagnent  ces  légen-  qu'au  temps  d'Auguste,  en  traversant  &  en 
des  sont  beaucoup  moins  variés  dans  le  reflétant  les  diverses  influences  sous  les- 
midi  que  dans  le  nord  de  la  Gaule,  puis-  quelles  paraît  s'être  développée  la  civilisa- 
qu'ils  ne  sont  le  plus  souvent  que  l'imita-  tion  méridionale.  A  l'exception  des  villes 
tion  de  types  étrangers,  les  uns  Massa-  colonisées  parles  Romains  après  la  con- 
liotes  comme  le  xùy.Xo;  p.avTtxoç,  le  trépied,  quête,  &  dont  les  habitants,  restés  citoyens 
le  lion,  les  autres  emporitains  ou  ibé-  romains,  n'avaient  &  ne  pouvaient  avoir 
riens,    romains    ou    gaulois    d'apparence.  d'autre  monnaie  que  celle  de  Rome,  toutes 

les  villes  gauloises  de  la  Province  avaient 


'  Nous  citerons  parmi  ces  noms  propres  d'homme, 
presque  tous  gaulois  ou  celtiques  d'apparence,  même 
en  Aquitaine  (CALITIX,  &c.,voir  plus  haut), ceux 
de  BITOVIOC  &  de  PIFANTIC  que  nous  four- 
nissent les  monnaies   des   Baetarrates,  &  ceux  de 


conservé  le  droit  de  frapper  elles-mêmes 
les  monnaies  de  bronze.  &  même  d'argent 
dont  elles  avaient  besoin",  &  il  est  certain 
que  la  plupart  d'entre  elles  ont  usé  de  ce 
droit  en  restant  fidèles  le  plus  souvent  aux 


BmUOC,  AOVKOTIOC  &  KOTINNOS  (ancienne      habitudes    numismatiques    de    la    période 
collection   de   Lagoy)  qu'on    lit   distinctement   sur        précédente,  au    poids    &    aux    Symboles   deS 


les  curieuses  monnaies  des  AoyYOOxaXrjTOi.  En  Aqui- 
taine, celle  des  Sotiotes,  dont  nous  avons  déjà 
signalé  l'intérêt  historique,  est  venue  fort  à  pro- 
pos rectifier  le  nom  du  rix  ou  du  chef  de  la  tribu, 
que  les  anciens  éditeurs  des  Commentaires  appe- 
laient invariablement  Adcantuanus,  en  dépit  de 
deux  ou  trois  manuscrits  qui  donnaient  des  leçons 
moins  Inexactes.  M.  Nipperdeï  lui-même  altère 
encore  légèrement  le  nom  du  roi  qu'il  écrit  Adie- 
tunus  &  celui  du  peuple,  qu'il  transforme  en  Son- 
tiates  (César,  édlt.  de  Nipperdeï,  I.  3,  ce.  21,  22). 


monnaies  de  Massalia,  auxquels  commen- 
cent à  se  mêler  des  types  empruntés  à  la 
numismatique  romaine,  celui  des  Dioscu- 
res,  par  exemple,  réduit  souvent  à  un  seul 
cavalier  surmonté  de  l'étoile,  ou  celui  du 
magistrat    togatus ,    debout    à    côté   d'une 

'  Voir  M.  Mommsen,  Gesch.  des  rcem.  Mùn^~ 
we'^ens^  p.  674  &  suiv.,  &  M.  Herzog,  Gallia  Nar- 
hoiiensis,  pp.  53-54, 


Nqtij 
108 


Note 
io8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


427 


palme  fichée  en  terre^,  symbole  de  la  civi-  de  relever  la  fortune  de  sa  faction  en  s'ap- 
lisation  romaine  qui  pénétrait  dans  la  Pro-  puyant  sur  l'Espagne  &  la  Gaule  Narbon- 
vince  sous  des  formes  municipales.  C'est  à  naise.  C'est  l'influence  que  son  passage 
cette  époque  aussi  que  paraît  remonter  le  peut  avoir  eue  sur  les  destinées  de  la  Gaule 
signe  du  denarîus  :  X,  inscrit  comme  ceux  Méridionale  que  la  présente  Note  a  pour 
du  semis:  S,  ou  du  quadrans  :  Q,  sur  des  objet  d'étudier;  après  avoir  indiqué  les 
monnaies  qui  restent  fidèles  aux  types  &  sources  de  cette  partie  de  l'histoire  de  la 
aux  poids  massaliotes.  Aux  noms  de  peu-  République  romaine,  nous  rappellerons 
pies  &  de  villes,  gravés  comme  jadis  sur  sommairement  la  suite  des  événements,  en 
l'une  ou  l'autre  des  faces  de  la  monnaie,  indiquant  ceux  qui  ont  pu  exercer  sur  la 
répondent  encore  quelquefois,  sur  la  face  Narbonnaise  la  plus  grande  influence, 
opposée,  des   noms  propres   d'homme  au  Les  sources  de  l'histoire  de  la  guerre  de 

nominatif,  dans  lesquels  il  est  difficile  de  Sertorius  sont  les  suivantes  :  les  Fragments 
voir  autre  chose  que  des  noms  de  rois  de  Salluste,  les  F/ej  de  Plutarque,  les  Gucr- 
{reguli)  ou  de  chefs  {duces,  aTpaTr,YoOj  ce  res  civiles  d'Appien.  Les  renseignements 
qui  semblerait  indiquer  que  quelques-unes  fournis  par  Salluste  seraient  de  beaucoup 
au  moins  des  villes  de  la  Province  n'a-  les  plus  importants  si  son  Histoire  nous 
valent  point  perdu  sous  le  nouveau  régime  était  parvenue  en  entier.  Ecrit  moins  de 
tous  les  privilèges  de  leur  ancienne  auto-  cinquante  ans  après  les  événements,  com- 
nomie.  posé   sur  des    documents    authentiques  & 

La  seule  différence  qui  distingue  réelle-  rédigé  par  un  homme  d'un  esprit  réfléchi, 
ment  le  monnayage  de  cette  époque  du  cet  ouvrage  devait  renfermer  les  rensei- 
monnayage  gaulois  proprement  dit  est  la  gnements  les  plus  précis  &  présenter  nn 
prédominance  tous  les  jours  plus  marquée  ordre  chronologique  à  peu  près  exact, 
de  la  langue  &  de  l'écriture  latines  qui  se  Heureusement  qu'un  amateur  de  mor- 
substituent  un  peu  confusément  à  la  lan-  ceaux  oratoires  nous  a  conservé  en  entier 
gue  &  à  l'écriture  grecques  employées  les  discours  contenus  dans  cette  Histoire, 
exclusivement  jusqu'alors  dans  les  légen-  &  c'est  à  lui  que  nous  devons  la  fameuse 
des  monétaires,  avec  l'écriture  ibérienne  lettre  de  Pompée,  qui  renferme  tant  de 
dont  le  sud-ouest  de  la  Gaule  nous  a  offert  détails  sur  l'état  de  la  Gaule  à  cette  épo- 
de  nombreux  specimina.  Mais  on  sait  que  que;  elle  est  vraisemblablement  l'analyse 
le  même  fait  se  produisait  à  la  même  épo-  de  la  lettre  originale  de  Pompée  au  sénat 
qne  dans  les  pays  étrangers  à  la  Gaule  dont  Salluste  avait  consulté  les  archives, 
romaine,  comme  le  prouve  la  curieuse  — Les  /^/ej  de  Plutarque,  rédigées  au  pre- 
monnaie  des  Sotiotes,  dont  la  date  précise  mier  siècle  de  notre  ère,  ne  brillent  ni 
nous  est  fournie  par  le  nom  très-recon-  par  la  critique_,  ni  par  la  suite  du  récit; 
naissable  du  roi  Adietuan,  qui  commandait  elles  n'en  contiennent  pas  moins  nombre 
les  troupes  de  la  Confédération  aquitani-  de  faits  curieux,  qu'il  est  bon  de  relever. 
que  lors  de  l'expédition  du  jeune  Crassus,  —  Enfin  les  Guerres  civiles  d'Appien,  qui 
cinquante-six  ans  avant  notre  ère.  [E.  B.]      a  probablement  employé  les  écrits  de  Plu- 

tarque,  donnent  la  chronologie  des  évé- 
nements  racontés  par  son  prédécesseur;  il 
faut  remarquer  que  les  témoignages  de 
ces  deux  auteurs  concordent  généralement 
avec  les  rares  fragments  de  Salluste  que 
nous  possédons  encore;  on  peut  donc 
supposer  qu'ils  ont  tous  les  deux  employé 
ce  dernier  auteur. 


NOTO 

109 


NOTE  CIX 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Sertorius. 


L'un   des   meilleurs  lieutenants  de  Ma-  Sertorius   naquit  en    121    d'une   famille 

rius,  Sertorius,  chassé  de  l'Italie  par      obscure;  il  fit  ses  premières  armes  sous  le 
les  progrès  du  parti  aristocratique,  tenta      consulat  de  Cépion  &  faillit  périr  lors  de 


428 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


la  défaite  de  ce  général  par  les  Cimbres;  Le  pouvoir  de  Sertorius  s'étendit  sur  la 

il  passa  ensuite  en  Espagne  &  apprit  dans  Narbonnaise;  ce  fait,  qui  n'est  mentionné 

de  longues  &  difficiles  campagnes  à  bien  ni   par  Plutarque   ni  par  Appien,  ressort 

connaître  ce  pays,  à  manier  l'esprit  de  ses  des  termes  de  la  lettre  de  Pompée  au  sénat, 

habitants.    Quand    éclatèrent    les   guerres  Cette  lettre  mentionnée  par  Plutarque,  & 

civiles,  il  prit  parti  pour  Marins,  &  lors-  dont  le  résumé  a  été  conservé  parSalluste, 

que  Sylla  revint  triomphant  en  Italie,  il  est  de  l'an  75-74;  car  Plutarque,  dans  sa 

dut,  comme  bien  d'autres  Romains,  quitter  vie  de  LucuUus,  dit  que  ce  dernier,  alors 

l'Italie  pour  échapper  aux  proscriptions,  consul,  fit  parvenir  à  Pompée  les  secours 

&  vers  82  av.  J.-C.  il  occupa  pour  la  pre-  qu'il  demandait  pour  le  retenir  plus  long- 

mière  fois  l'Espagne.  Chassé  bientôt  de  ce  temps  éloigné  de  Rome.  Voici  l'analyse  de 

pays   par  Annius,   lieutenant  de  SyJla,   il  ce  texte  important  qui  contient  plusieurs 

passa  en  Afrique,  y  guerroya   longtemps  faits  intéressants  pour  l'histoire  de  la  Pro- 

avec  succès,  &  enfin  en  78,  peu  de  temps  vince. 

avant  la  mort  du  dictateur,  il  rentra  en  Pompée  commence  par  reprocher  au  sé- 

Espagne  &  soumit  toute  la  péninsule.  nat  son  indifférence  pour  sa  fortune;  il  ne 

Peu  après,   une  nouvelle  tentative  vint  serait  pas  plus  abandonné  s'il  était  un  en- 

ranimer  les  espérances  du  parti  démocra-  nemi  de  la  République.  Il  s'est  fatigué  à 

tique;    sorti    de  charge   en   78,   le   consul  leur  écrire,  à  leur  envoyer  des  émissaires; 

M.  iEmilius   Lepidus  vint  administrer   la  il  a  dépensé  toutes  ses  ressources,  toute  sa 

Gaule  Narbonnaise  en  qualité  de  procon-  fortune  personnelle;  il  lui  a  fallu  suffire 

sul;   il   dut  sans  doute  se   concerter  avec  aux  dépenses  de  trois  années  avec  la  solde 

Sertorius  dont  le  pouvoir  s'affermissait  de  d'une  seule.  Pense-t-on  qu'il  pourra  tou- 

jour  en  jour  &  envahit  l'Italie  en  77;  battu  jours  remplir  l'office  de  trésor  public  & 

près  de  Rome,  il  alla  mourir  en  Sardaigne,  faire  subsister  une  armée  sans  argent,  sans 

&  plus  tard  le  traître  Perpenna  amena  à  vivres?  Sans  doute  il  a  montré  plus  de  zèle 

Sertorius  la  majeure  partie  de  son  armée.  que  de  prudence   en  acceptant  une  telle 

Cependant  les  forces  de  celui-ci  s'accrois-  charge;  en  quarante  jours  il  a  équipé  une 

saient  de  plus  en  plus;  les  peuples  barba-  armée,  il  a  repoussé  des  Alpes  à  l'Espagne 

Tes  acceptaient  sa  domination,  il  groupait  les  ennemis  qui   déjà   menaçaient  l'Italie  •   à 

autour  de  lui   toutes   les   forces   du   parti  travers  les  montagnes  il  a  trouvé  une  route 

populaire    renaissant   en    son    armée,    &,  inconnue  à  Annib al,  il  a  recouvré  {rece-^'x)  la 

maître   des  passages   des   Pyrénées  &   des       Gaule  &  les  Pyrénées Malgré  ces  succès 

Alpes,  il  menaçait  l'Italie  d'une  nouvelle  il  a  un  pressant  besoin  de  secours  :  l'Es- 
invasion.  Pompée  partit  alors  pour  ren-  pagne  Citérieure,  qui  a  échappé  à  l'en- 
forcer  l'armée  de  Métellus  ;  il  passa  les  nemi,  a  été  ravagée  par  les  deux  partis; 
Alpes  comme  un  autre  Annibal,  força  les  les  cités  maritimes,  malgré  leur  bonne  vo- 
défilés  des  Pyrénées  &  vint  entamer  con-  lonté,  ne  peuvent  plus  suffire  aux  besoijis 
tre  Sertorius  une  lutte  de  quatre  ans.  de  son  armée  ;  la  Gaule ',  qui  l'année  pré- 
Le  texte  d'Appien  nous  fournit  les  détails  cédente  a  déjà  fourni  à  Métellus  de  l'ar- 
suivants  :  après  un  an  de  lutte  &  un  hi-  gent  &  des  vivres,  est  épuisée  &,  par  suite 
vernage  prolongé  dans  les  Pyrénées,  les  d'une  mauvaise  récolte,  elle  peut  à  peine 
troupes  des  deux  consuls  redescendent  dans  pourvoir  à  sa  propre  subsistance.  Pompée 
la  plaine  la  première  année  de  la  76"  olym-  a  non-seulement  dépensé  sa  fortune,  mais 
piade  (76  av.  J.-C);  ce  n'est  que  dans  le  il  a  encore  épuisé  son  crédit;  il  ne  lui 
courant  de  la  troisième  année  après  celle-ci  reste  plus  d'espoir  que  dans  le  sénat,  &  si 
que  Sertorius  fut  assassiné  par  Perpenna.  celui-ci  ne  se  décide  pas  à  lui  envoyer  des 
Le  passage  de  Pompée  en  Espagne  eut  secours,  malgré  son  général,  l'armée,  & 
donc  lieu  vers  le  printemps  de  76,  &  la  do-  avec  elle  toute  la  guerre,  repassera  en  Italie, 
mination  du  parti  sertorien  dans  les  Gau- 
les dura,  par  conséquent,  un  peu  moins  de  ■  On  peut  croire  qu'ici  Pompée,  ou  plutôt  Sal- 
deux  ans.  luste  qui  le  fait  parler,  entend  la  Cisalpine, 


Note 
J09 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


429 


Ainsi  Sertorius  occupa  la  Gaule  méridio- 
nale pendant  près  de  deux  ans,  &  nul  doute 
que  les  peuples  de  ce  pays  n'aient  profité 
de  la  circonstance  pour  tenter  un  mouve- 
ment national.  Du  moins  les  Volkes  Aré- 
comiques  firent  plusieurs  tentatives  qui 
amenèrent  une  répression  énergique  &  la 
confiscation  de  leur  territoire;  il  fut  donné 
à  la  ville  grecque  de  Marseille  qui  le  con- 
serva jusqu'à  ce  que  César  \int  s'en  empa- 
rer; c'est  même  à  cette  circonstance  que 
l'on  peut  attribuer  en  partie  la  fidélité  de 
cette  ville  au  parti  pompéien;  à  la  même 
époque  remonte  la  formation  du  peuple 
des  Convenae,  &  enfin,  c'est  à  cette  pé- 
riode de  réaction  &  de  répression  qu'il 
faut  attribuer  l'administration  tyrannique 
de  M.  Fontéius.  De  tous  ces  faits  il  ressort 
qu'il  exista  vers  77  un  nouveau  mouve- 
ment national  en  Gaule,  mouvement  sur 
lequel  d'ailleurs  nous  n'avons  aucun  dé- 
tail. 

A  l'histoire  de  cette  répression  se  ratta- 
che une  question  intéressante  &  qu'il  im- 
porte d'indiquer.  Parmi  les  monnaies,  dont 
on  trouve  des  spécimens  sur  le  territoire 
de  la  Province,  il  en  est  plusieurs  qui  sem- 
blent imitées  des  types  celtibériens,  tant 
pour  les  figures  que  pour  les  légendes;  ce 
monnayage,  tout  de  bronze,  est  difficile  à 
expliquer.  Deux  explications  se  présen- 
tent :  faut- il  le  rapporter  à  l'époque  de 
Sertorius  &  supposer  que  l'influence  celti- 
bérienne  a  pénétré  en  Gaule  à  la  suite  de 
l'armée  insurgée,  ou  bien  doit-on  rester 
dans  le  doute  &  déclarer  le  fait  inexplica- 
ble dans  l'état  actuel  de  la  science.  Nous 
allons  exposer  successivement  les  deux 
opinions. 

La  plus  grande  raison  que  l'on  puisse 
faire  valoir  pour  attribuer  à  l'influence  du 
parti  sertorien  dans  le  midi  de  la  Gaule  ce 
içonnayage  encore  inexpliqué,  est  l'impos- 
sibilité de  le  rapporter  vraisemblablement 
à  une  autre  époque,  à  cause  des  types  qui 
se  ressentent  de  l'influence  grecque  ;  on 
procède  donc  plutôt  par  hypothèse  que 
par  raisonnement  &,  dans  tous  les  cas, 
l'attribution  locale  de  ces  monnaies  reste 
fort  incertaine. 

C'est  ce  que  n'a  pas  compris  l'auteur 
d'un  volumineux  ouvrage  sur  la  numisma- 


tique ancienne  de  l'Espagne,  publié  en 
1870;  nous  voulons  parler  de  M.  Alois 
Heiss,  qui  a  voulu  donner  une  significa- 
tion précise  aux  emblèmes  souvent  infor- 
mes que  portent  ces  monnaie^Sf  expliquer 
leurs  légendes  indéchiffrables.  Suivant  lui, 
plusieurs  monnaies  des  Volkes  Arécomi- 
ques  seraient  celtibériennes  &,  parmi  ces 
monnaies,  il  attribue  les  unes  à  Agde,  les 
autres  à  Narbonne  ou  à  Béziers.  Mais  il 
ne  nous  a  pas  semblé  très-heureux  dans 
ces  attributions;  pour  la  prétendue  mon- 
naie d'Agde,  il  voit  dans  la  légende  l'em- 
ploi de  deux  mots  basques  dont  la  réunion 
rappellerait  la  signification  première  du 
nom  'AYaOr,;  la  monnaie  portant  Onthga, 
il  supplée  Onatheguîa,  soit  ona,  bon,  & 
theguia  suffixe  de  lieu  '.  Ailleurs,  dans  une 
monnaie  des  Nérîens,  il  reconnaît  une  mon- 
naie des  Narbonnais,  d'anciens  manuscrits 
de  Festus  Aviénus  donnant  pour  nom  pri- 
mitif de  Narbonne,  Nado  ou  î^aro;  les  deux 
leçons  existent  (Heiss,  pp.  433,  435-436). 
L'attribution  à  Béziers  n'est  guère  plus 
fondée,  &  l'auteur  va  jusqu'à  retrouver 
sur  les  monnaies  le  nom  de  la  tribu  des 
Perpetani,  qui  aurait  habité  Perpignan, 
ville  qui  ne  paraît  pas  avant  le  dixième, 
siècle  de  notre  ère.  Ces  quelques  exem- 
ples montrent  combien  il  faut  se  défier  do 
l'imagination  en  matière  de  monnaies  cel- 
tibériennes. 

Si,  laissant  de  côté  les  attributions  de 
M.  Heiss,  nous  passons  à  l'opinion  néga- 
tive, nous  trouverons,  il  faut  l'avouer,  des 
arguments  beaucoup  plus  nombreux  & 
peut-être  plus  concluants.  Ils  peuvent  se 
ramener  à  deux  principaux;  d'une  part, 
la  domination  de  Sertorius  n'a  duré  que 
très-peu  de  temps  dans  le  midi  de  la  Gaule, 

'  On  sait  qu'il  n'est  pas  encore  absolument  cer- 
tain que  le  basque  moderne  dérive  directement  de 
l'ancien  ibère;  si  bien  que,  malgré  notre  incom- 
pétence absolue  dans  ces  questions  de  haute  phi- 
lologie, le  raisonnement  de  l'auteur  nous  paraît 
pécher  par  la  base.  Dans  ces  questions  de  mon- 
naie, on  ne  tient  pas  toujours  assez  compte  du 
transport  de  ces  pièces  amené  par  les  échanges 
commerciaux.  Dans  bien  des  cas,  au  lieu  de  vou- 
loir expliquer  à  tout  prix,  on  ferait  peut-être 
mieux  de  se  résigner  à  ignorer  quelques  menus 
faits,  &  laisser  les  monnaies  sans  attribution. 


NOTB 

109 


Note 
109 


480 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


deux  ans  à  peine,  &,  d'autre  part,  cette 
révolte,  tout  en  servant  de  prétexte  aux 
nations  vaincues  pour  essayer  de  recon- 
quérir leur  indépendance,  ne  perdit  pas 
pour  cela  son  caractère  purement  romain. 
Ennemi  de  Sylla,  mais  non  de  Rome,  Ser- 
torius  entendait  bien  ne  pas  laisser  s'af- 
faiblir le  prestige  de  sa  patrie  &  se  perdre 
un  seul  de  ses  droits.  Trop  habile  pour 
heurter  de  front  les  désirs  des  Celtibères, 
il  chercha  à  les  flatter  &  à  s'en  servir, 
sans  se  laisser  dominer  par  eux;  il  disci- 
plina ses  troupes  à  la  romaine,  forma  un 
sénat  de  Romains,  &  fit  élever  ses  otages  à 
Osca  à  la  façon  des  jeunes  Romains;  enfin 
quand  des  revers  inattendus  vinrent  com- 
promettre ses  projets,  il  déploya  à  l'égard 
des  Celtibères  toute  la  cruauté  impolitique 
d'un  conquérant,  &  s'aliéna  leurs  esprits; 


NOTE  ex 

AJOUTÉE  PAR  LES   NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Le   Trophée  de  Pompée. 

I 

CE  trophée,  dont  on  cherche  depuis 
longtemps  l'emplacement  &  les  rui- 
nes, est  désigné  chez  les  écrivains  anciens 
tantôt  sous  le  nom  de  trophée  de  Pompée 
(Trophaeum  Pompeîî,  Plin.  —  1  Çiir.v.z,^  xoij 
IIc;;j,~rifoL>,  toj  ITupï^vaiou,  Dio.  Cassius),  tan- 
tôt &  le  plus  souvent  sous  les  noms  pluriels 
de    Trophea   Pompeîî   (Plin.)   Te 


Note 
1 10 


"à  IIo[X7:'/;(o'j 
ce  fut  certainement  l'une  des  causes  de  Tp57:ata,  xà  àvaO-/i[j,aTa  toD  IIoixk-/)(c'j,  Strab. 
sa  chute.  Comment  admettre  que  ce  même       {Les  offrandes  ou  les  dédicaces  de  Pompée.) 


Sertorius,  qui  faisait  si  bien  respecter  en 
Espagne  le  prestige  du  nom  romain,  ait 
transporté  en  Gaule  toute  l'organisation 
de  la  péninsule  &  jusqu'à  son  système  mo- 
nétaire? Deux  ans  auraient-ils  suffi  pour 
amener  un  changement  aussi  radical  dans 
les  mœurs  &  dans  les  habitudes  de  tout  un 
peuple?  Le  fait  par  lui-même  semble  im- 
probable; les  Volkes  se  soulevèrent  sans 
doute  &  profitèrent  de  l'arrivée  de  Serto- 
rius pour  secouer  un  joug  qu'ils  ne  suppor- 
taient qu'avec  peine;  mais  ils  n'allèrent 
pas  lui  emprunter  une  monnaie  que,  pro- 
bablement, il  ne  leur  apportait  pas.  C'est 
ailleurs  qu'il  faut  chercher  les  traces  du 
passage  de  cette  révolte  en  Gaule,  dans  la 
constitution  politique  du  sol,  si  profondé- 
ment changée  à  la  suite  du  rétablissement 
du  pouvoir  de  la  République  romaine,  c'est 
dans  ce  fait  d'une  nation  tout  entière  avec 
son  territoire  donnée  à  une  ville  grecque. 
Telles  sont  les  principales  raisons  qu'.on 
pourrait  faire  valoir  de  part  &  d'autre; 
nous  ne  croyons  pas  que  dans  l'état  actuel 
de  la  science,  il  soit  possible  de  se  pro- 
noncer; l'affirmative  semble  hardie,  &  si 
l'on  se  décide  pour  la  négative,  il  faut  bien 
avouer  qu'on  ne  saura  plus  à  quelle  épo- 
que placer  ce  monnayage  gaulois,  conçu 
évidemment  sous  une  influence  celtibé- 
rienne.  [A.  M.] 


Tous  s'accordent  à  dire  qu'il  était  situé  «  à 
l'extrémité  orientale  de  la  chaîne  ou  du 
mont  Pyréné,  »  qui  formait  depuis  la  con- 
quête romaine,  sinon  plus  tôt,  la  ligne  de 
démarcation  entre  la  Gaule  &  l'Ibérie. 
Strabon,  qui  précise  ce  qui  restait  de  va- 
gue dans  ces  indications,  &  dont  le  témoi- 
gnage prend  ici  une  importance  toute 
particulière,  parce  qu'il  parlait  de  choses 
qu'il  avait  vues  par  lui-même,  ajoute  que 
le  monument  était  assis  «  sur  les  àxpa  des 
Pyrénées,  au  lieu  même  où  passait  la  route 
qui  menait  de  la  Gaule  &  de  l'Italie  dans 
l'Espagne  ultérieure,  c'est-à-dire  dans  l'Es- 
pagne du  sud.  j)  Cette  route,  que  le  géo- 
graphe avait  suivie  lui-même  en  franchis- 
sant la  chaîne  des  Pyrénées,  n'était  &  ne 
pouvait  être  que  la  voie  Domîtia  ouverte 
ou  rectifiée,  par  les  Romains  immédiate- 
ment après  la  conquête  de  la  Narbonnaise. 
Il  y  a  même  toute  raison  de  croire,  puis- 
que Strabon  écrivait  au  temps  de  Tibère, 
qu'elle  était  encore  à  cette  époque  la  seule 
route  carrossable^  comme  nous  le  dirions 
aujourd'hui,  qui  menât  de  la  Gaule  en 
Espagne.  Mais  il  resterait  à  savoir  par  où 
&  sur  quel  point  elle  franchissait  alors  les 
contreforts  de  la  montagne  &  la  ligne  de 
faîte  qui  servait  de  frontière  aux  deux 
pays. 

Un  des  grands  érudits  du  dix-septième 


Note 

I  10 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


43i 


siècle,  Pierre  de  Marca,  qui  a  cherché  le 
premier  la  solution  de  ce  petit  problème, 
s'en  était  tenu  pour  le  résoudre  aux  indi- 
cations que  fournissent  à  ce  sujet  les  do- 
cuments anciens,  &  de  préférence  à  celles 
que  lui  offraient  les  Itinéraires  d'Antonin 
&  de  Théodose,  qui  signalent  l'un  &  l'autre 
une  route  partant  de  Narbonne  ou  de  Sal- 
ses  &  traversant  les  Pyrénées  à  l'ettré- 
mité  de  la  chaîne.  Le  premier  de  ces  do- 
cuments sur  lequel  reposait  en  partie  son 
argumentation,  indique,  il  est  vrai,  sur  ce 
point  deux  routes  ou  deux  tracés  distincts 
qui  différaient  à  leur  tour  du  tracé  indiqué 
par  la  table  théodosienne,  dont  la  rédac- 
tion paraît  antérieure,  pour  le  dire  en  pas- 
sant, à  celle  de  l'Itinéraire.  Mais  ces  dissi- 
dences de  détail,  assez  communes  du  reste 
dans  les  documents  de  cette  espèce,  ne  pa- 
raissent point  avoir  arrêté  l'éminent  his- 
torien qui  ne  voyait  dans  ces  divers  tracés 
que  les  énoncés  différents  d'une  seule  & 
même  route  dont  le  parcours  répondait,  à 
peu  de  chose  près,  à  celui  de  la  grande 
route  actuelle  de  France  en  Espagne,  qui 
se  dirige,  comme  à  l'époque  romaine,  de 
Salses  sur  Perpignan,  &  de  Perpignan  vers 
le  faîte  de  la  montagne,  en  passant  par 
Céret,  parBoulou,  représentés  par  les  sta- 
tions ad  Centurîones  &  ad  Stabula  de  l'Iti- 
néraire. Le  trophée  de  Pompée,  dont  la 
position  se  trouve  indiquée  d'une  manière 
.si  précise  par  le  texte  de  Strabon,  aurait 
été  situé  au-dessus  ou  au  bord  de  cette 
route,  à  l'endroit  désigné  par  les  itiné- 
raires sous  les  noms  de  :  Ad  Pyreneum ; 
summum  Pyreneum-  in  summo  Pyrenneo,  qui 
n'était  autre  que  le  col  ou  le  passage  actuel 
du  Perthus,  creusé  par  la  nature  dans  le 
faîte  de  la  chaîne,  à  plus  de  quatre  lieues 
de  la  mer  &  de  la  côte.  Si  le  monument 
n'était  point  situé  sur  les  berges  du  col 
lui-même,  où  l'on  n'aperçoit  point  traces 
de  ruines  ou  de  substructiohs  antiques,  il 
devait  couronner  quelqu'une  des  hauteurs 
qui  le  dominent  comme  le  fait  aujourd'hui 
le  fort  de  Bellegarde,  construit  au  dix- 
septième  siècle  sur  l'emplacement  d'un 
ancien  chateau-fort  fondé  au  moyen  âge 
par  les  rois  d'Aragon,  ce  qui  expliquerait, 
pour  le  dire  en  passant,  la  disparition  du 
iuonument  antique  enseveli  sous  les  cons- 


tructions du  fort  actuel  ou  démoli   pour 
leur  faire  place. 


II 


Quoique  l'opinion  de  Pierre  de  Marca 
ait  fait  longtemps  &  fasse  encore  autorité 
dans  la  science,  on  a  remarqué  avec  raison 
dans  ces  derniers  temps  que  la  plupart  dea. 
attributions  proposées  par  lui,  sur  la  foi 
de  l'Itinéraire,  soulèvent  des  difficultés  & 
des  objections  de  plus  d'un  genre.  Le  tracé 
auquel  elles  l'avaient  conduit  avait  lui- 
même  l'inconvénient  trèsrgrave  d'aban- 
donner le  littoral  où  se  trouvaient  au 
temps  ancien  toutes  les  villes  dont  le  nom 
est  parvenu  jusqu'à  nous  pour  se  jeter,  à 
partir  de  RuscinOj  dans  l'intérieur  des 
terres  oii  il  ne  rencontrait  plus  que  des 
localités  obscures,  à  l'exception  de  la  ville 
toute  moderne  de  Perpignan,  sur  laquelle 
pivote,  comme  on  le  sait,  la  route  ac- 
tuelle. Il  était  de  plus  en  contradiction  à 
peu  près  constante  avec  le  témoignage  des 
historiens  &  des  géographes  les  plus  an- 
ciens, qui  ne  signalent  entre  la  Gaule  & 
l'Espagne  qu'une  seule  route  dont  le  tracé 
suivait  à  l'est  comme  à  l'ouest  les  côtes  de 
la  mer,  &  franchissait  la  chaîne  de  Pyré- 
nées en  contournant  les  promontoires  qui 
les  terminent. 

Cette  route,  qui  existait  plus  de  deux 
siècles  avant  notre  ère  (à  l'état  de  route 
barbare  au  moins),  puisque  Tite-Live  nous 
montre  Annibal,  après  le  passage  des  Pyré- 
nées, asseyant  son  camp  auprès  de  la  ville 
iVIlliberis^  encore  florissante  à  cette  épo- 
que, &  traitant  de  là  avec  les  chefs  ou  les 
délégués  des  populations  gauloises  du  voi- 
sinage, campés,  eux,  sous  les  murs  de  Rus- 
cino,  était  évidemment  celle  que  Polybe 
avait  suivie  quelques  années  après  la  con- 
quête de  la  Narbonnaise,  &  qu'il  avait 
trouvée  jalonnée  déjà  «  de  huit  en  huit 
stades  de  cippes  ou  de  bornes  milliaires  » 
dont  il  avait  eu  soin  de  relever  les  chiffres 
depuis  les  bouches  de  l'Ebre  jusqu'à  la  ville 
â'Emporiae,  depuis  Emporiae  jusqu'à  l'en- 
droit où  elle  franchissait  le  Rhône,  sous 
son  nouveau  nom  de  Fia  Domitia.  César, 
qui  repassait  une  dernière  fois  les  Pyré- 
nées, après    sa  victoire   de    Munda  où  il 


NOTB 
I  10 


482 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


venait  d'écraser  le  fils  &  les  partisans  de  accidentent   les  côtes  à   partir   du  village 

Pompée,  les  avait  franchies,  comme  le  dit  d'Argelès-sur-Mer.    Nous    en   trouverions 

un   de    ses    historiens,  «  en    doublant   les  une  autre  preuve,  si  ce  fait  pouvait  être 

promontoires  où  se  trouvaient  situés  les  sérieusement  contesté,  dans  un  autre  texte 

trophées  de  son  rival.  Mais  il  n'avait  pas  où  Strabon  décrit  les  côtes  méridionales  de 

voulu  donner  prise,  pour  sa  part,  aux  ap-  la  Gaule,  depuis  les  embouchures  du  Var  à 

prédations  malveillantes    qu'avait  provo-  l'est  jusqu'à  la  frontière  des  Pyrénées,  que 

quées    ce    monument    de  vanité   sous    les  les  uns  plaçaient,  dit-il,  au  temple  de  la 

apparences  de  modestie,  &  il  se  contenta  Véntis  Pyrénéenne,  tandis  que  d'autres  les 

d'élever  sur  une  des   rampes  qui  l'avoisi-  reculaient  à  l'ouest  jusqu'à  l'endroit  où  se 

naient  «  un  grand  autel  de  pierres  polies  »  trouvaient  les  trophées  de  Pompée.  C'est 

en  reportant  aux  dieux  l'honneur  de  son  cette  frontière  sur  laquelle  les  opinions  se 

succès.  —  Strabon,  dans  les  divers  passages  trouvaient    déjà    partagées    au    temps    de 

où  il  parle  à  son  tour  de   cette  voie  ro-  Strabon  &  fixée  par  Mêla  &  par  Pline  à  la 

maine,  nous  la  montre,  comme  Polybe,  ser-  pointe  de  Cervera  où  elle  est  resiée  jus- 

rant  de  près  le  littoral  &  franchissant  les  qu'aujourd'hui.  Ce  serait  donc  sur  les  hau- 

ay.pa  des  Pyrénées  à  l'endroit  même  où  se  teurs  de  ce  promontoire  &  aux  environs 

trouvaient  les  trophées  de  Pompée.  Mais  il  du  col  de  Banyuls,  qui  répondait  lui-même 


NoTi 
1 10 


resterait  à  savoir  quel  était  ici  le  vrai  sens 
de  ce  mot  à/pa  que  le  géographe  français 
assimile  gratuitement  au  Summum  Pyre- 
neum  des  itinéraires,  en  l'appliquant  indif- 
féremment à  tel  point  de  la  ligne  de  faîte, 
tandis  que  Strabon  ne  l'emploie,  ici  &  ail- 


aii  Summum  Pyreneum  de  l'Itinéraire,  si  l'on 
tient  à  le  remettre  d'accord  avec  les  géo- 
graphes de  l'époque  antérieure,  qu'aurait 
été  construit,  soixante-deux  ans  avant 
notre  ère,  le  monument  dont  nous  cher- 
chons   l'emplacement.    Comme   la    grande 


leurs,  que  pour  désigner  les  accidents  du      Atalaya  de  Ker-Roig,  avec  laquelle  le  con- 
contour,  caps,  promontoires  ou  presqu'îles      fondaient  les  géographes  du  seizième  siè- 


produits  sur  la  côte  de  la  mer  par  une 
chaîne  de  montagnes  dont  les  contreforts 
viennent  s'y  affaisser. 

...  Et  arva  late  &  gurgltem  pont'i  premlt. 

(AviEN.  Ora  marit'im,  Sfjy.) 

En  admettant,  comme  quelques  érudits 
ont  été  tentés  de  le  croire,  que  le  tracé  de 
l'Itinéraire,  tel  que  le  traduit  Pierre  de 
Marca,  répondît  à  une  route  distincte,  ou- 
verte dans  les  derniers  temps  de  l'Empire, 
pour  répondre  à  des  besoins  ou  à  des  habi- 
tudes nouvelles,  il  n'en,  reste  pas  moins 
certain,  en  présence  de  témoignages  aussi 
suivis,  qu'il  n'existait  encore  au  temps 
d'Auguste  &  de  Tibère,  entre  la  Gaule  & 
l'Espagne,  qu'une  seule  grande  voie  de 
communication  dont  le  tracé  n'avait  rien 
de  commun  à  coup  sûr  avec  la  route  ac- 
tuelle de  Perthus.  Construit  au  bord  de 
cette  route,  comme  Strabon  nous  l'apprend 
dans  le  texte  que  nous  venons  de  citer,  le  support  à  des  trophées  d'armes  placés  ou 
trophée  de  Pompée  aurait  été  assis  lui-  agencés  de  diverses  manières.  C'était  sur 
même  à  peu  de  distance  de  la  mer,  sur  les  ce  soubassement,  dont  les  dimensions  de- 
croupes  de  l'un  des  promontoires  qui  en      valent  être  considérables  ici,  qu'était  gra- 


cie, sa  masse  blanche  se  détachait  de  très 
loin  sur  ces  croupes  dénudées  d'où  le  re- 
gard embrasse  un  immense  horizon,  &  ce 
sera  probablement  sur  ce  point  que  les 
érudits  roussillonnais  en  retrouveront  les 
substructions,  si  des  recherches  plus  pa- 
tientes &  mieux  dirigées  viennent  donner 
un  jour  la  sanction  de  découvertes  posi- 
tives aux  inductions  théoriques  que  nous 
venons  de  réunir. 


III 


Quant  à  la  forme  &  à  la  taille  du  monu- 
ment, dont  les  anciens  ne  nous  apprennent 
absolument  rien,  il  y  a  plus  d'une  raison 
de  croire  qu'il  devait  ressembler  aux  mo- 
numents du  même  temps  &  du  même  genre 
construits  par  les  Romains  dans  les  Gaules, 
c'est-à-dire,  en  d'autres  termes,  qu'il  était 
composé  d'un  soubassement  massif,  circu- 
laire  ou    polygonal,    destiné   à  servir   de 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


433 


vée  en  gros  caractères  l'inscription  du  mo- 
nument dont  la  perte  à  son  tour  serait 
bien  regrettable,  s'il  est  vrai,  comme  Pline 
l'assure,  que  le  général  y  énunièrât  par 
leurs  noms  les  huit  cent  soixante-seize 
villes  prises  ou  reprises  par  lui,  au  delà 
ou  en  deçà  des  Pyrénées,  en  omettant,  il 
est  vrai,  le  nom  du  général  qui  les  lui  avait 
longtemps  disputées.  Les  armes  qui  déco- 
raient la  plate-forme  du  soubassement 
étaient  celles  des  légionnaires  ou  des  gué- 
rilleros de  Sertorius.  Elles  y  étaient  grou- 


NOTE  CXI 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Emigrations  des  Celtes, 

LES  plus  anciennes  traditions  histori- 
ques, conservées  dans  quelques  rares 
passages  des  auteurs  anciens,  nous  mon- 
pées,  appendues  ou  entassées,  comme  on  trent  le  pays  que  l'on  appela  plus  tard 
le  voit  au  revers  des  monnaies  impériales  Gaule  occupé  par  les  Ibères,  dont  les  nom- 
ou  sur  les  parois  des  arcs  de  triomphe,  breuses  tribus  peuplaient  une  grande  partie 
forme  romaine  &  plus  récente  de  ces  anti-  des  côtes  de  la  Méditerranée.  Cette  race, 
ques  trophées  tombés  d'assez  bonne  heure  sur  laquelle  il  ne  nous  reste  que  quelques 
en  désuétude.  Mais  il  nous  est  impossible      indications  assez  vagues,  avait  pour  voisins 


d'admettre,  comme  le  supposent  les  Béné- 
dictins sur  la  foi  de  Pierre  de  Marca,  que 
Pompée  ait  poussé  l'oubli  des  convenances 
&  des  habitudes  romaines  jusqu'à  se  laisser 


sur  les  bords  de  la  mer  les  Ligures;  ceux-ci 
y  dominaient  dès  le  temps  d'Hésiode  dont 
un  vers,  conservé  par  Strabon,  nous  les 
montre    touchant   aux   Ethiopiens    &  aux 


représenter    lui-même,  au    milieu   de  ces  Scythes.  Plus  tard,  si  l'on  en  croit  des  au- 

dépouilles  opimes  conquises  avec  l'or  &  le  teurs,  postérieurs  il  est  vrai,  mais  qui  ont 

sang  de  la  République.  Le  point  de  départ  puisé  à  des  sources  anciennes,  les  Ibères 

de  cette  étrange  assertion,  qui  a  été  depuis  chassant  les  Ligures  jusqu'à  l'est  du  Rhône, 

reproduite  &  répétée  bien  des  fois  est  un  donnèrent  à  la  côte  entre  l'Espagne  &  ce 

texte  mal  compris  de  Pline  le  Naturaliste,  fleuve  le    nom   d'Ibérie".   En   tout  cas,  il 

qui  signale  parmi  les  objets  rares  ou  pré-  semble  certain,  que  ces  deux  peuples,  que 

cieux  que  l'on  portait  devant  le  char  du  quelques    auteurs    ont    confondus    en    un 


vainqueur  lors  de  son  troisième  triomphe, 
un  portrait  ou  un  buste  de  grandeur  natu- 
relle composé  tout  entier  de  pierres  pré- 
cieuses taillées  &  serties  suivant  leur  diver- 


seul,  se  partageaient  inégalement  le  pays 
quand,  à  une  époque  indécise,  les  Celtes 
vinrent  les  attaquer. 

Il    est    impossible    de    déterminer    avec 


site  de  teinte  &  dans  lequel  la  foule  avait  exactitude  le  moment  où  ces  peuplades  ont 
reconnu  ses  traits.  A  cette  image  fastueuse,  pu  quitter  les  hauts  plateaux  de  l'Asie, 
indigne  d'un  Romain  &  même  d'un  homme  berceau  commun  des  races  ariennes.  Partis 
grave,  l'écrivain  oppose  en  l'apostrophant  bien  longtemps  après  les  bandes  latines  & 
l'image  d'un  tout  autre  genre  qu'il  s'était  helléniques,  elles  n'ont  pas  dû  se  mettre  en 
élevé  à  lui-même  sur  les  croupes  de  Pyré-  marche  vers  l'occident  avant  le  douzième 
nées,  aux  confins  des  deux  pays  barbares,  ou  treizième  siècle.  Passant  au  nord  de  la 
reconquis  &  pacifiés  par  son  courage.  Mais  mer  Caspienne,  les  Celtes  longèrent  le 
il  suffit  de  lire  avec  un  peu  d'attention  ce  Pont-Euxin  cherchant  sans  doute  comme 
passage  d'assez  mauvais  goût  pour  être  con-  tous  les  peuples  de  leur  race  un  passage 
vaincu  que  Vimage  dont  il  est  ici  question  vers  le  midi.  Trouvant  les  péninsules  déjà 
(car  l'écrivain  ne  se  sert  jamais  des  mots  occupées,  ils  durent  forcément  chercher 
signum  ou  statua)  était,  comme  nous  le  di-  une  issue  vers  l'ouest;  mais  il  leur  fallut 
rions  aujourd'hui,  une  image  toute  mo-  de  longues  années  pour  franchir  l'immense 
raie,  d'autant  plus  ressemblante  et  plus  espace  qui  les  séparait  de  leur  pays  origi- 
glorieuse  que  le  vainqueur  s'y  effaçait  der-  naire.  Il  est  difficile  aujourd'hui  de  se 
rière  les  noms  &  les  trophées  de  ses  vic- 
toires.  [E.  B.].  »  Strabon,  1.  3;   Festus  Aviémis.  Ora  Marlt'tma. 


NOTP 

1 1  I 


II. 


28 


4^4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


rendre    bien    compte    de    la   lenteur    avec       Trogue-Pompée.  Les  récits  de  tous  ces  écri- 
laquelle  s'avançaient  ces  nations,  obligées       vains    diffèrent    entre    eux   d'une   manière 


de  chercher  la  nourriture  de  chaque  jour, 
de  livrer  perpétuellement  bataille  aux  peu- 
plades qui  occupaient  la  route.  L'époque  à 
laquelle  ils  purent  pénétrer  dans  la  Gaule 
reste  donc  absolument  inconnue;  nous  sa- 


notable,  &  nous  croyons  utile  d'analyser 
chacun  d'eux. 

Le  récit  de  Tite-Live  est  le  plus  expli- 
cite, mais  aussi  le  plus  légendaire.  Ambi- 
gate,   roi  des    Bituriges,  craignant  de  ne 


vous  seulement  par  le  vers  d'Hésiode  cité  plus  pouvoir  gouverner  son  peuple,  dont 

plus  haut  qu'au  dixième  siècle,  ils  n'avaient  le  nombre  s'accroissait  sans  cesse,  décide 

pas  encore  atteint  les  bords  de  la  Méditer-  une  grande  émigration;  il  choisit  pour  la 

ranée.  Encore  est-ce   peut-être  forcer  le  diriger  ses  deux  neveux,  Sigovèse  &  Bello- 

sens  de  ce  texte  qu'affirmer  d'après  lui  que  vèse;  chacun   d'eux  entraînant  à  sa  suite 

les  Ligures  seuls  occupaient  toutes  les  cô-  une  partie  des  peuples  clients  des  Bitu- 

tes  de  la  mer  Intérieure;  il  indique  seule-  riges,  tire  au  sort  les  pays  qu'il  doit  en- 

ment  que  c'était  un  peuple  maritime  connu  vahir.  A  Bellovèse  échut  le  midi,  à  Sigo- 

des  navigateurs  grecs;  mais  d'autres  races  vèse   le    nord.   Tandis  que  ce    dernier  va 

pouvaient  vivre  à  côté  de  lui  sans  que  le  occuper  la  forêt  Hercynienne,  son  frère, 

poëte  crût  nécessaire  de  les  mentionner.  descendu  vers  le  Rhône,  secourt  les  Mar- 

Ce  fut  dans  les  trois  siècles  qui  suivirent  seillais  contre  les  Ligures,  leurs  ennemis, 

que  les  Celtes  touchèrent  enfin  les  côtes  pénètre  en  Italie  par  le  pays  des  Taurins, 

de  la  mer,  dont  ils  possédaient  une  partie  détruit   la   puissance    étrusque   &   s'étend 


dès  le  sixième  siècle;  le  géographe  Hé- 
catée,  qui  vivait  à  cette  époque,  parle  de 
Narbonne  comme  de  l'une  des  grandes 
cités  celtiques.  Déjà  fort  avancée  à  cette 


dans  la  vallée  du  Pô.  Tite-Live  fixe  cette 
émigration  au  règne  de  Tarquin  l'Ancien 
(162  de  Rome  zzz  690  av.  J.-C). 

Le  récit  de  Plutarque,  beaucoup  moins 


époque,  la  conquête  eut  encore  besoin  de  fabuleux,  &  qui  nous  semble  emprunté  à 
trois  cents  ans  pour  se  compléter;  au  temps  d'autres  sources,  ne  nomme  pas  les  chefs 
de  Polybe,  la  côte  tout  entière  du  pro-  de  cette  expédition;  pressés  par  la  famine, 
montoire  de  Vénus  au  Var  était  Celtique,  une  partie  des  Celtes  quittent  leur  pays 
&  des  Ligures  il  ne  restait  plus  que  quel-  avec  leurs  femmes  &  leurs  enfants;  les  uns 
ques  tribus  montagnardes  toujours  en  lutte  vont  au  nord,  les  autres  descendent  s'éta- 
avec  les  envahisseurs.  blir  entre  les  Alpes  &  les  Pyrénées.  Long- 
Jamais  peuple    ne    fut  plus  remuant  &  temps  après,  guidés  par  un  prince  étrus- 


plus  voyageurque  les  Celtes;  à  peine  éta- 
blis dans  la  Gaule,  au  milieu  des  guerres 
civiles,  des  mouvements  intérieurs  qui 
changeaient  sans  cesse  la  face  du  sol,  ils 


que,  traître  à  sa  patrie,  ils  pénètrent  en 
Italie,  renversent  la  domination  toscane 
sur  les  bords  du  Pô,  établissent  de  nom- 
breuses villes  &  s'étendent  entre  les  mers 


commencèrent  à  émigrer  de  toutes  parts  &      Adriatique  &  Tyrrhénienne.  C'est  seule- 


reprirent  vers  l'Asie  la  route  que  leurs  an- 
cêtres avaient  suivie.  Parmi  ces  émigra- 
tions la  plus  célèbre  est,  sans  contredit, 
celle  qui  eut  pour  origine  les  expéditions 
de  Sigovèse  &  de  Bellovèse.  Cet  événe- 
ment, sur  lequel  nous  n'avons  que  des  ré- 
cits  bien   postérieurs,   composés    par  des 


ment  longtemps  après  que,  s'étendant  vers 
le  sud,  ils  viennent  attaquer  l'Etrurie  elle- 
même  &  engager  avec  Rome  cette  longue 
suite  de  guerres  qui  devait  durer  deux 
cents  ans. 

Justin  se  contente  de  mentionner  à  pro- 
pos des  guerres  des  Gaulois  avec  la  Macé- 


historiens    étrangers,   a   donné    lieu   à    de  doine  ce  fait  du  départ  d'une  partie  de  la 

nombreuses  hypothèses  qu'un  examen  at-  population  gauloise;  sans  donner  de  date 

tentif  des  textes  ne  permet  pas  d'admettre.  précise,  il  dit  que   c'est  à   la  suite  de   ce 

Trois  historiens  anciens  nous  ont  parlé  de  mouvement  qu'eut  lieu  la  prise  de  Rome, 

cette  émigration,  ce  sont  ;  Tite-Live  dans  ik  que  la  cause  principale  en  fut  la  famine, 

le  livre  V  de  son  Histoire,  Plutarque  dans  Un  examen  attentif  de  ces    récits  nous 

sa  Vie  de  Camille,  Justin  dans  son  Abrégé  de  conduit  à  mettre  de  côté  celui  de  Justin, 


Nora 
1 1 1 


Note 
I  I  1 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


^.)j 


N.n  / 


qui  se  rapporte  aux  mêmes  sources  que  les  Aljjes  qui  de  tout  temps  ont  arrêté  les 
celui  de  Tite-Live  &  ne  présente  aucune  ennemis  de  l'Italie.  Bien  lojigtemps  après, 
utilité  pour  le  cas  présent.  Il  est  d'ailleurs  au  temps  d'Auguste,  Trogue-Pompée-  ra- 
difficile  de  savoir  à  quelles  sources  ont  contant  ces  événemejits,  admire  ces  peu- 
puisé  Plutarque  &  Tite-Live.  Tous  les  dé-  pies  pour  s'être  hasardés  sur  ces  sommets 
tails  qu'ils  nous  ont  conservés  proviennent  inaccessibles,  &  dit  qu'une  acdon  sem- 
sans  doute  de  sources  écrites  plus  ou  moins  blable  a  valu  à  Hercoile  les  louanges  & 
dignes  de  foi,  qui  pouvaient  elles-mêmes  l'admiration  des  siècles.  Enfin  quelque 
les  avoir  empruntés  à  d'anciennes  tradi-  ébranlé,  quelque  affaibli  qu'on  puisse  le 
tions.  Des  deux  versions,  la  plus  nette,  en  supposer,  l'immense  empire  fondé  par  les 
mettant  de  côté  quelques  faits  légendaires,  Etrusques  dans  la  vallée  du  Pô  a-t-il  pu 
est  sans  contredit  celle  de  Plutarque;  elle  s'écrouler  d'un  seul  coup,  en  laissajit  dé- 
distingue surtout  d'une  manière  beaucoup  couvertes  les  villes  mêmes  de  Toscane? 
plus  nette  que  l'autre  les  différentes  pha-  Nous  croyons  que  la  vraisemblance  histori- 
ses  du  mouvement.  Partis  du  centre  delà  que,  la  connaissance  que  l'on  a  aujourd'hui 
Gaule,  les  Celtes  font  un  premier  séjour  de  ces  époques  anciennes  ne  permettent 
au  nord  de  Marseille;  ils  passent  plus  tard  pas  d'admettre  dans  l'histoire  de  sembla- 
en  Italie  &  engagent  contre  les  Etrusques  blés  révolutions.  La  vraisemblance,  à  dé- 
une  longue  guerre,  qui  se  termine  par  leur  faut  de  preuves  historiques,  veut  que  les 
triomphe.  Le  récit  de  Tite-Live,  au  con-  Celtes  aient  mis  de  longues  années  à  at- 
traire,  plus  orné,  plus  circonstancié,  est  teindre  les  Alpes,  elle  veut  encore  que  la 
moins  précis  &  moins  probable;  après  nous  lutte  entre  eux  &  les  Etrusques  du  Pô  ait 
avoir  longuement  raconté  le  départ  des  duré  longtemps;  &  c'est  cette  conquête 
Gaulois,  il  nous  les  montre  immédiatement  progressive,  ce  refoulement  constant  des 
aux  prises  avec  Rome,  oubliant  que  d'après  populations  de  la  Toscane  vers  le  sud,  qui 
sa  propre  chronologie  trois  siècles  sépa-  amena  vers  le  commencement  du  quatrième 


rent  ces  deux  époques. 

De  nos  jours  ces  traditions  ont  donné 
lieu  à  de  nombreuses  discussions;  tandis 
que  les  uns  adoptant  de  point  en  point  le 
récit  fabuleux  de  l'historien  latin,  promè- 
nent pendant  trois  siècles  les  Celtes  du 
pays  des  Bituriges  aux  portes  de  Clusium, 
les  autres  leur  font  franchir  ce  vaste  espace 
en  quelques  années  &  les  font  apparaître 
en  Italie  quelques  années  seulement  avant 
la  bataille  de  l'Allia.  Nous  croyons  ces 
deux  opinions  exagérées,  &  si  l'expédition 
de  Bellovèse  n'est  pas  aussi  ancienne  que 


siècle  av.  J.-C.  le  choc  des  Romains  &  des 
Celtes. 

L'invasion  des  nouveaux  arrivants  avait 
expulsé  les  Ibères  du  nord  de  la  Gaule, 
mais  la  lutte  continua  lojigtemps  encore 
dans  les  montagnes  des  Pyrénées,  &  tou- 
jours combattant,  les  Celtes  finirent  par 
franchir  les  Pyrértées  &  s'étendirent  au 
nord  &  au  centre  dans  la  Galice  &  dans  la 
Lusitanie.  A  quelle  époque  eut  lieu  cette 
nouvelle  invasion,  comment  s'effectua- 
t-elle,  il  nous  est  impossible  de  le  dire; 
nous  savons  seulement,  par  un  passage  de 


le  veut  Tite-Live,  elle  ne  peut  cependant      Diodore  de  Sicile,  que  la  lutte  entre  les 


être  placée  à  une  époque  aussi  récente 
que  le  veulent  q-uelques  historiens.  Re- 
marquons d'abord  qu'il  a  dû  falloir  bien  du 
temps  aux  bandes  qui  suivaient  les  en- 
vahisseurs pour  venir  du  centre  de  la 
Gaule  jusqu'aux  bords  de  la  mer,  à  travers 
un  pays  peuplé  de  nations  hostiles,  éner- 
giques, &  que  plus  tard  les  Romains  ne 
purent  soumettre  qu'à  force  de  patience  & 
de  temps. 


deux  peuples  fut  longue  &  acharnée;  mais 
si  l'on  songe  qu'au  troisième  siècle  avajit 
notre  ère,  à  l'époque  des  guerres  puni- 
ques, les  Celtibères  &  les  Ibères  se  parta- 
geaient la  péninsule,  on  est  porté  à  croire 
que  l'invasion  celtique  était  déjà  ancienjic 
à  cette  époque,  puisque  vainqueurs  & 
vaincus  ne  formaient  plus  qu'une  seule 
nation  sur  une  partie  du  territoire.  C'est 
ce  fait  que  nous  indique  Diodore  de  Sicile, 


De  plus,  n'aiira-t-il  pas  fallu  longtemps      quand,  après  nous  avoir  dit  que  les  Celtes 
à  ces  peuplades  pour  se  décider  à  franchir      &  les  Ibères,  après  avoir  longtemps  corn- 


rOTE 
I  I  I 


436 


IS^DTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


NoTC 


battu  pour  la  possession  du  sol,  avaient  par  la  conquête  romaine.  Un  fait  entre 
enfin  iait  la  paix,  conclu  des  mariages,  &  beaucoup  d'autres  peut  prouver  jusqu'à 
grâce  à  cette  union  fondé  un  empire  assez  quel  point  l'influence  de  cette  race  fut 
fort  pour  résister  longtemps  aux  armées  persistante.  On  sait  que  ces  Volkes  for- 
romaines.  Remarquons  toutefois  qu'aux  maient  deux  grandes  tribus  :  les  Tectosa- 
deux  extrémités  de  la  chaîne  des  Pyré-  ges  &  les  Arécomiques;  longtemps  après,  à 
nées,  dans  le  Roussillon  actuel  &  dans  les  la  fin  du  premier  siècle  de  l'ère  chrétienne, 
pays  basques,  la  race  Ibère  a  conservé  plus  cette  division  subsistait  encore;  elle  n'était 
longtemps  qu'ailleurs  ses  caractères  parti-  plus  qu'historique,  il  est  vrai;  mais  malgré 
culiers.  Ce  fait  de  la  persistance  de  la  race,  deux  siècles  de  conquête  &  de  civilisation 
visible  encore  aujourd'hui  pour  les  Bas-  romaine,  on  distinguait  encore  les  villes 
ques,  est  attesté  pour  le  Roussillon  par  les  des  Volkes  Arécomiques  &  celles  des  Vol- 
noms  de  lieux,  qui  semblent  presque  tous  kes  Tectosages.  [A.  M.], 
se  rattacher  à  des  racines  ibériques. 

Cependant  le  midi  de  la  France  n'en 
avait  pas  encore  fini  avec  les  invasions; 
aux  Ibères  &  aux  Ligures  avaient  succédé 
les  Volkes.  Ceux-ci,  dont  la  véritable  ori- 
gine est  peu  connue,  ne  paraissent  pas 
dans  l'histoire  avant  deux  cent  dix-huit 
avant  J.-C.  Ce  fut  à  eux  qu'Annibal,  qui  ve- 
nait de  passer  les  Pyrénées,  s'adressa  pour 
obtenir  le  libre  passage  jusqu'au  Rhône; 
les  ambassadeurs  de  leurs  tribus  reçurent 
ses  propositions  à  Ruscino.  A  cette  épo- 
que  leur  puissance   s'étendait    même    sur 


NOTE  CXII 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Sur  les  Colonies  romaines  de  la 
Narbonnaise. 


ANS  la  présente  Note  &  dans  la  sui- 
vante, nous  avons  essayé  de  combler 
les  deux  rives  du  Rhône,  car  en  traversant  une  lacune  de  l'œuvre  des  Bénédictins, 
ce  fleuve,  Annibal  eut  à  lutter  contre  eux.  lacune  dont  il  faut  accuser  moins  les 
Dès  cette  époque  ils  nous  apparaissent  auteurs  de  VHistoïre  de  Languedoc  que 
comme  les  peuples  les  plus  puissants  de  l'époque  à  laquelle  ils  vivaient.  Au  dix- 
la  Celtique  méridionale,  les  chefs  d'une  huitième  siècle,  la  critique  des  textes  épi- 
de  ces  ligues  qui  se  partageaient  la  Gaule;  graphiques  n'avait  pas  fait  les  progrès 
leurs  nombreuses  tribus  s'étendaient  déjà  immenses  qu'elle  a  accomplis  aujourd'hui, 
depuis  la  Garonne  jus(^u'au  Rhône.  C'est  &  les  institutions  romaines  n'étaient  en- 
probablement  à  eux  qu'il  faut  rapporter  la  core  qu'imparfaitement  connues.  Dans  la 
fondation  des  principales  villes  du  pays  :  grande  place  qu'ils  ont  accordée  dans  leur 
Nimes,  Béziers,  Carcassonne  &  Toulouse.  ouvrage  à  l'histoire  de  la  domination  ro- 
Quant  à  leur  origine  précise,  il  est  diffi-  maine  dans  la  Narbonnaise,  ils  n'ont  rien 
cile  de  la  connaître.  Quelques  historiens,  dit  des  institutions  municipales,  transpor- 
conduits  par  la  ressemblance  des  noms,  les  tées  en  Gaule  lors  de  la  conquête  &  qui 
ont  rapproché  des  Bolgs  d'Irlande  &  des  y  ont  exercé  une  si  grande  influence  Jk 
Belges  du  nord.  Etaient-ils  Kymris,  étaient-  laissé  tant  de  traces  &  de  monuments, 
ils  Celtes,  c'est  ce  qu'on  ne  peut  détermi-  Pour  combler  une  lacune  aussi  regret- 
ner.  Pourtant,  en  l'absence  de  tout  témoi-  table,  on  ne  pouvait  songer  à  faire  un  tra- 
gnage,  on  peut  sans  invraisemblance  les  vail  de  première  main.  Les  savants  travaux 
rattacher  à  la  race  kymrique,  dont  les  publiés  depuis  vingt  ans,  tant  en  Aile- 
tribus  s'aventurèrent  quelquefois  fort  loin  magne  qu'en  France  &  en  Italie,  ont  arrêté 
de  leurs  premiers  établissements.  En  tout  les  lignes  que  devront  suivre  désormais 
cas,  quelle  que  soit  l'origine  de  ces  peu-  tous  ceux  qui  s'occuperont  de  pareilles 
pies,  c'est  à  eux  que  la  moitié  de  la  Gaule  études,  &  faire  un  travail  absolument  ori- 
dut  certainement  son  organisation  primi-  ginal  après  les  ouvrages  de  MM.  Momm- 
tive,  conservée  plus  tard  en  grande  partie  sen,  Herzog,  Rénier,  après  les  publications 


Note 

112 


fï 


Note 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


4^ 


do  Borgliesi  &  de  Henzen,  était  chose  à 
peu  près  impossible.  Aussi  s'est-on  con- 
tenté dans  ces  notes  de  résumer  les  prin- 
cipales théories  aujourd'hui  reçues,  afin 
de  donner  l'ensemble  de  la  science  con- 
temporaine sur  la  matière.  Le  livre  de 
Herzog,  publié  en  i863  à  Leipzig,  sous 
le  titre  de  Gallïae  Narbonensîs  historia,  a 
fourni  le  fond  du  présent  travail. 

Cette  note,  après  quelques  indications 
préliminaires,  contient  l'histoii^e  abrégée 
des  colonies  romaines  de  la  Province,  & 
étudie  successivement  leur  régime  intérieur 
&  leurs  magistrats.  Dans  la  note  suivante, 
après  avoir  traité  la  difficile  question  de 
l'établissement  des  colonies  latines,  nous 
indiquerons  en  quoi  leur  administration 
intérieure  &  leurs  magistratures  diffé- 
raient de  celles  des  colonies  romaines,  & 
nous  terminerons  par  quelques  lignes  sur 
la  décadence  du  régime  municipal. 

Dans  l'organisation  des  provinces  con- 
quises, les  Romains  poursuivaient  un  dou- 
ble but  :  créer  un  pouvoir  fort  qui  les 
rassurât  contre  les  tentatives  des  vaincus, 
&  établir  une  administration  aussi  simple, 
aussi  facile  que  possible.  Ce  système  reçut 
des  applications  diverses  dans  chacune  des 
provinces,  suivant  la  nature  des  lieux,  le 
caractère  des  habitants,  leur  état  de  civili- 
sation &  les  circonstances  de  la  conquête; 
il  comportait  une  espèce  d'ordre,  une  série 
de  degrés  par  lesquels  les  peuples  soumis 
avaient  à  passer.  Aux  peuples  conquis  par 
la  force,  dont  les  terres  confisquées  avaient 
été  adjugées  à  Vager  publicus,  on  imposait 
la  colonie  romaine,  établissement  semi- 
civil,  semi- militaire,  fondé  en  principe 
sur  l'expropriation  des  anciens  habitants, 
sur  l'implantation  d'une  petite  Rome  au 
milieu  des  peuples  vaincus.  Au-dessous 
vient  la  cité  latine,  dans  laquelle  peuvent 
entrer  les  peuples  qui  ont  accepté  de  meil- 
leure grâce  le  joug  romain;  on  les  assimile 
alors  aux  alliés  les  plus  favorisés,  aux  La- 
tins. Au-dessous  encore  les  st'ipendîariî , 
soumis  à  un  état  provisoire,  servant  do 
transition  entre  la  colonisation  régulière 
&  les  premiers  moments  de  la  conquête. 

Tel  fut  le  système  qui  fut  employé  cons- 
taiiimoiit  pendant  la  République  &  pendant 
los  beaux  temps  de  l'Empire;  il  réunissait 


tous  les  avantages;  se  déchargeant  sur  les 
magistrats  particuliers  des  villes  des  dé- 
tails de  l'administration,  le  gouverneui-  de 
la  province  pouvait  d'autant  plus  facile- 
ment veiller  aux  intéfêts  géjiéraux.  Tant 
qu'il  fut  applic[ué  avec  sagesse,  ce  système 
prévint  les  révoltes  aussi  bien  que  les 
excès  de  pouvoir;  son  extension  à  tout 
l'Empire  contribua  fortement  à  transporter 
dans  toutes  les  provinces  l'esprit  &  les  ins- 
titutions romaines.  C'est  dans  sa  violation, 
dans  la  suppression  de  ce  juste  équilibre 
entre  le  pouvoir  central  &  la  liberté  locale 
qu'il  faut  voir  une  des  principales  causes 
de  la  chute  de  la  domination  romaine. 

Avant  de  parler  des  colonïae  &  des  muni- 
clpia,  peut-être  sera-t-il  utile  de  dire  quel- 
ques mots  des  praesîdia,  des  castella  &  des 
populi  stipendiarii.  Parmi  les  premiers,  pen- 
dant quelque  temps  on  put  compter  Tou- 
louse, qui  depuis  la  première  conquête 
jusqu'à  la  fin  de  la  guerre  cimbrique  fut 
occupée  par  une  garnison  romaine.  Le 
propre  de  ces  villes  était  de  n'avoir  pas 
d'administration  distincte,  d'être  soit  réu- 
nies à  la  colonie  la  plus  voisine,  soit  pla-' 
cées  sous  l'autorité  immédiate  du  gouver- 
neur de  la  province'.  Plus  tard  les  castella 
reparurent  dans  la  Narbonnaise;  les  Itiné- 
raires du  quatrième  siècle  nous  y  montrent 
des  castella,  entre  autres  Carcassonne,  an- 
cienne civitas,  qui  avait  perdu  une  partie  de 
son  importance.  Ce  sont  alors  plutôt  des 
postes  militaires  élevés  soit  contre  les  re- 
belles ou  les  Bagaudes,  soit  contre  les  Bar- 
bares qui  commencent  à  ravager  la  Gaule. 

Les  populi  stipendiarii  étaient  ceux  qui 
payaient  le  stipendîum,  dont  la  fixation 
était  laissée  à  l'arbitraire  du  gouverneur 
de  la  province;  c'était  un  tribut  annuel, 
auquel  il  fallait  ajouter  des  vivres  &  des 
troupes  en  cas  de  guerre.  Le  stipendium 
était  généralement  imposé  à  toutes  les  pro- 
vinces après  la  conquête;  il  était  remplacé 
par  le  jus  coloniarum  plus  ou  moins  rapi- 
dement, suivant  l'état  du  pays;  la  Narbon- 
naise s'étant  assez  rapidement  assimilée, 
cet  état  transitoire  ne  dura  probablement 
que  peu  do  temps.   Cependant  Toulouse, 

'  Herzog,  p.  j3.  I 


NoTU 
1  12 


Note 

1  I  2 


438 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


qui  semble  avoir  d'abord  reçu  le  titre  de  aucune  magistrature  à  Rome;   mais  cette 

cité    fédérée,    puisqu'elle    s'était    soumise  loi  cessa  d'être    exécutée    sous  les   empe- 

volontairement  aux  Romains,  ayant  égorgé  reurs,    &    les    colonies    commencèrent    à 

sa  garnison  romaine  lors  de  l'invasion  des  fournir  des  sénateurs.  On  sait  que  Claude 

Cimbres,  dut  revenir  à  l'état  de  ville  sti-  fit  accorder  ce  privilège  aux  habitants  de 

pendiée".  la  Gaule  chevelue,   &   dès  Vespasien,   on 

voit  des  citoyens  de  colonies  romaines  & 

Les  colonies  romaines  établiesr  dans  la  latines    qualifiés    de    consulaires ,   de  prè~ 

Narbonnaise  furent  au  nombre  de  deux  :  teurs,  &c.  '. 

Narbo  Martius,  Narbonne,  &  Baeierrae ,  Quand  on  fonde  une  colonie  de  droit 
Béziers.  La  première  des  deux  est  la  plus  romain  ou  latin  en  dehors  de  la  capitula- 
ancienne.  Fondée  en  ii8  par  un  sénatus-  tion  imposée  aux  vaincus,  c'est  une  loi  du 
consulte,  obtenu  par  l'éloquence  de  Cas-  sénat  qui  la  décrète  &  qui  fixe  les  règles 
sius,  &  malgré  l'opposition  des  patriciens,  qui  devront  présider  à  son  administration 
elle  ne  tarda  pas  à  prendre  une  grande  intérieure,  qui  nomme  le  personnage  qui 
importance  qu'elle  garda  toujours  jusqu'à  devra  l'établir  (conc/ucere)^  qui  détermine  le 
la  fin  de  l'Empire  romain.  11  ne  semble  pas  nombre  des  colons  &  la  quantité  de  terre 
qu'il  y  ait  eu  d'autres  colonies  romaines  qui  devra  leur  être  adjugée.  Aussi,  dans 
fondées  dans  la  Province  jusqu'au  temps  de  toutes  ces  colonies,  trouve-t-on  la  plus 
César.  Celui-ci  envoya  renouveller  celle  grande  diversité  soit  dans  les  noms  des  ma- 
de  Narbonne  &  fonder  celles  de  Fréjus,  gistrats,  soit  dans  le  mode  d'administration 
Béziers,  Aix,  &c.,  par  Tibérius,  père  de  intérieure.  Mais  cette  diversité  était  plus 
l'empereur,  non  pas  à  la  fin  de  la  guerre  apparente  que  réelle,  &  sous  des  noms 
des  Gaules  en  5o,  mais  probablement  après  différents,  les  fonctions  à  l'origine  furent 
la  guerre  d'Alexandrie,  dans  laquelle  s'é-  à  peu  près  partout  les  mêmes.  Elle  cessa 
tait  distingué  ce  même  Tibérius.  Elle  eut  même  en  partie,  quand,  en  l'an  46  avant 
donc  lieu  entre  47  &  44,  dates  de  cette  J.-C,  le  dictateur  eut  promulgué  la  célè- 
guerre  &  de  la  mort  de  César.  Le  nom  bre  lex  Julia ,  granûe  constitution,  loi  or- 
porté  par  Béziers  &  Fréjus  de  Septimano-  ganique,  qui  put  s'appliquer  à  toutes  les 
rum,  Decumanorum,  semble  prouver  qu'el-  colonies  romaines  présentes,  passées  &  fu- 
ies furent  des  colonies  de  vétérans  tirés  tures,  &  dans  laquelle  furent  réglés  jusqu'à 
des  légions  de  ce  nom;  mais  ce  ne  furent  la  minutie  les  moindres  détails  de  l'admi- 
pas  des  colonies  purement  militaires,  puis-  nistration  intérieure  d'une  cité', 
que  à  cette  époque  les  légions  de  ce  nom  Les  habitants  jouissant  du  droit  de  cité 
combattaient  en  Espagne.  romaine  au  point  de  vue  civil,  étaient  ins- 
crits dans  l'une  des  tribus;  quand  une  co- 

Les    habitants    des    colonies    romaines  lonie  était  fondée,  tous  étaient  inscrits  dans 

jouissent  de  tous  les  âroits  civils  des  ci-  une  seule  tribu,  dont  ils  ne  pouvaient  plus 

toyens  romains;  il  ne  leur  manque  que  les  sortir.    Quand    plusieurs    colonies   étaient 

droits  politiques;  ils  ont  droit  de  mariage  fondées  à  la  fois  dans  une  même  province, 

&  droit  de  commerce   (connubîum  &  corn-  toutes    étaient    inscrites    dans    la    même 

mercium').  Us  ont  à  payer  les  charges  impo-  tribu;  Narbonne  était  de  la  tribu  Papîria, 

sées  axix  citoyens  romains,  les  impôts  que  Béziers,  de  la  tribu  Pupinia\ 
l'on  paye  dans  la  ville,  &  de  plus  la  capi- 


NOTB 
1 IZ 


tation  &  l'impôt  foncier,  charges  purement 
provinciales;  ils  servent  dans  les  armées 
romaines  &  sont  incorporés  dans  les  lé- 
gions, toutes  les  fois  qu'il  y  a  un  delectus''. 
En  principe,  ils  ne  peuvent  prétendre   à 

'  Herzog,  pp.  5i  à  53,  iSy. 
"  Herzog,  p.   i58. 


'  Herzog,  pp.   i65  à  167. 

'  Herzog,  p.  149.  —  La  lex  Julia  municipalis  a 
été  publiée  pour  la  première  fois  d'après  les  tables 
trouvées  à  Héradée,  en  Italie,  au  dix-huitîèrne 
siècle,  par  Mazôcchio,  sous  le  titré  s*liivaht  :  Iri 
régit  Herculanensis  masaei  tabulas  Héracleenses  com- 
mentari'i.  Nenpoli,  1754-55,  2  part.  in-f". 

'  Herzog,  p.   164. 


Note 

I  12 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


439 


Pour  subvenir  à  l'existence  de  la  colo-  de  îllo  compito  ad  iîlam  vïam,  de  illa  via  ad 
nie,  la  loi  du  sénat  lui  attribuait  un  terri-  illum  rivum.  C'est  ainsi  qu'au  moyen  âge, 
toire  pris  sur  Vager  publicus.  On  appelait  surtout  dans  le  Midi,  on  conserva  l'habi- 
de  ce  nom  l'ensemble  des  domaines  appar-  tude  prévoyante  d'indiquer  scrupuleuse- 
tenant  à  l'Etat,  quelle  qu'en  fut  la  prove-  ment  toutes  les  limites  des  propriétés,  de 
nance;  il  embrassait  donc  les  terres  con-  boula  em  boula.,  de  borne  en  borne,  disent 
quises,  les  domaines  confisqués  par  les  les  chartes  en  langue  vulgaire;  &  de  là  le 
lois  civiles  ou  politiques,  &  les  terrains  verbe  emboular,  embolar,  synonyme  de  c/é- 
occupés  comme  incultes  ou  sans  proprié-  limiter. 

taires  connus.  C'était  généralement  sur  les  Pour  indiquer  les  limites  de  chacune  de 

terres  conquises  que  s'établissaient  les  co-  ces  petites   propriétés,   on  employait  des 

lonies.  Des  règles  minutieuses  &  qui  pro-  autels,  des  statues,  des  pierres  portant  le 

cédaient  directement    des   anciennes  pra-  nom  du  propriétaire  {lapides  inscripti,  Hy- 

tiques  augurales  présidaient  à  l'attribution  GIN)'.  Outre  ces  terres  assignées  aux  par- 

à  chaque  famille  de  la  portion  à'ager  pu-  ticuliers,   la   colonie   recevait  encore  des 

blicus   qui   lui    revenait;   ces   règles    nous  forêts,  d'où  elle   pouvait  tirer   des   maté- 

ont  été  transmises  en  partie  par  des  écri-  riaux  pour  la  construction  de  ses  édifices 

vains   postérieurs,   par   quelques  agrono-  publics,  &  moyennant  une   redevance,  les 

mes,  par  Hygin  entre  autres.  A  l'époque  de  colons    avaient    le   droit   d'y    faire   paître 

la  royauté  &  dans  les  premiers  temps  de  la  leurs  bestiaux. 

république,  ce  fut  à  des  prêtres  inférieurs  Outre  cette  terre  conquise,  dont  on  n'a- 
que  revint  spécialement  le  droit  de  bor-  vait  pris  que  la  partie  nécessaire  à  l'éta- 
ner  ces  propriétés;  on  les  appelait  agri-  blissement  de  la  nouvelle  colonie,  8c  sur 
mensores.  Avant  tout,  ils  consultaient  les  laquelle  les  anciens  habitants  vivaient  en- 
augures  &  faisaient  des  sacrifices  aux  dieux  core  dans  une  demi-liberté,  Hygin  distin- 
pour  se  les  rendre  favorables.  Prenant  gue  encore  un  ager  occupatorius,  la  terre 
d'abord  l'orientation  du  lieu,  Vagrimensor  conquise  sur  des  ennemis  que  l'on  en  a 
traçait  idéalement  une  vaste  enceinte,  com-  expulsés,  &  dont  chacun  occupe  ce  qu'il 
prenant  le  terrain  assigné  à  la  colonie;  cha-  peut  en  cultiver.  L'Etat  d'ailleurs  s'y  ré- 
que  côté  recevait  un  nom  technique.  Cette  servait  toujours  des  droits  supérieurs  &  se 
enceinte,  qui  devait  avoir  certaines  propor-  ménageait  des  redevances,  que  les  compa- 
tions  en  longueur  &  en  largeur,  une  fois  gnies  de  publicains  prenaient  à  bail, 
établie,  on  en  énumérait  soigneusement  les  Mentionnons  encore  le  quaestorius  ager, 
bornes,  c'était  Vager  limitatus.  Les  chefs  de  terrain  conquis  &  occupé,  que  le  ques- 
famille  étaient  alors  répartis  en  décuries,  teur  met  en  vente  sous  certaines  condi- 
&  le  terrain  était  partagé  en  autant  de  tions,  rarement  exécutées,  &  moyennant 
lots  qu'il  y  avait  de  ces  décuries,  en  indi-  des  redevances  que  souvent  l'on  ne  payait 
quant  toujours  soigneusement  les  bornes  pas.  Enfin  venaient  encore  les  agrivectiga- 
qui  séparaient  l'un  de  l'autre  chacun  de  les,  portions  de  Vager  publicus  excédant  la 
ces  lots;  Vager  était  alors  dit  divisus.  Enfin  terre  limitée,  8c  louées  pour  un  temps  plus 
on  procédait  à  son  assignation,  c'est-à-dire  ou  moins  long  par  contrat  emphytéotique 
qu'on  divisait  chacun  de  ces  lots  en  dix  à  des  publicains  dont  l'Etat  exigeait  certai- 
parties  égales  ou  équivalentes  ik  on  les  nés  redevances '. 
tirait  au  sort  per  sorticulos  (ager  assigna- 
tus).  C'était  là  surtout,  pour  éviter  les  pro- 
cès, que  les  arpenteurs  avaient  soin  de 
bien  déterminer  les  limites  réciproques; 
autant  que  possible,  ils  devaient  enfermer 

les  propriétés  entre  des  cours  d'eau,  des 

chemins,  des  accidents    naturels  faciles   à 

reconnaître,  8c  l'acte  d'assignation  les  in- 

liquait  tous  d'une  manière  méthodique  : 


Notb 
1  iz 


'  A  l'époque  carolingienne  on  employait  des 
croix  de  pierre,  mais  la  pratique  était  restée  la 
même  &  le  comte  était  chargé  de  veiller  à  la  dé- 
termination des  limites. 

'  Hygin,  éd.  Ruhdorff,  Berlin,  1848,  pp.  Ii3  à 
I  i5j  c'est  le  premier  volume  des  Roemisc/ic  Fcldmcs- 
ser;  le  second  volume  contient  des  dissertations  de 
MM.  Laclimann,  Mommsen  St  Hulidorfî.  —  Voir 


Note 
I  iz 


440 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


En  principe,  le  premier  résultat  de  Tins-  général  en  chef  (imperator'),  par  le  sénat 
lallation  d'une  colonie  romaine  en  pays  ou  par  le  peuple);  par  aZZecf/on  (choix  libre 
conquis  était  de  faire  disparaître  l'an-  du  peuple  ou  de  ses  mandataires  se  por- 
cienne  population.  Mais  il  n'en  fut  pas  tant  sur  un  incola);  par  adoption,  jusqu'à 
ainsi  en  Gaulej  la  conquête  était  devenue  la  majorité,  époque  où  il  fera  son  choix; 
plus  douce  &  les  Gaules  furent  traités  à  l'adopté  peut  faire  partie  de  deux  cités; 
peu  près  comme  les  populations  de  la  enfin  par  affranchissement  ;  l'affranchi  sous 
Grande-Grèce.  Du  temps  de  Strabon,  on  l'empire  devient  mu«zcepj  de  la  ville  qu'ha- 
distinguait  encore  les  Gaulois  indigènes  bitait  son  maîtrel  En  un  mot  Vincola  ,est 
des  colons  étrangers;  il  parle  à  plusieurs  un  municeps,  qui  habite  un  autre  municeps 
reprises  des  Allobroges,  des  Nimois".  Dès  que  le  sien.  Du  reste  ils  ont  leurs  lares  & 
le  règne  de  Vespasien,  au  rapport  de  Pline,  leurs  pénates,  &  les  constitutions  impé- 
la  Narbonnaise  était  devenue  absolument  riales  ont  soin  de  les  distinguer  des  adven- 
romaine,  &  suivant  cet  auteur,  elle  ne  se  tores  &  des  hospites,  qui  sont  des  nomades, 
distinguait  plus  de  l'Italie".  Ce  fait  d'ail-  des  habitants  de  passage.  En  outre  les  mu- 
leurs  est  prouvé  par  la  rapidité  avec  la-  nicipes  &  les  incolae  prennent  la  même 
quelle  les  noms  gaulois  disparurent  des  part  dans  les  choses  sacrées,  &  nous  les 
inscriptions'.  En  même  temps  la  province  voyons  se  réunir  pour  dédier  l'autel  de 
divisée  en  cités,  voyait  le  nom  des  peuples  Narbonne  à  Auguste;  ils  profitent  des 
anciens  disparaître;  les  nationalités  locales  bienfaits  que  la  ville  reçoit,  avantage  dont 
s'effaçaient;  au  contraire,  dans  le  reste  de  profitaient  aussi  les  adventores  &  les  hospi- 
la  Gaule,  les  noms  de  cités  ne  prévalaient  tes'.  L'action  du  patronat  ne  s'étendait  que 
pas  encore  du  temps  de  Ptolémée,  &  n'ont  sur  les  municipes,  &  les  incolae  n'avaient 
jamais    prévalu     entièrement,    comme    le  pas  à  accomplir  les  devoirs  de  citoyens;  ils 


prouvent  les  noms  des  villes''. 


LES    HABITANTS. 


Le  caractère  propre  de  la  colonie  est  de 


devaient  obéissance  entière  aux  magistrats 
de  leur  lieu  d'habitation.  A  l'origine  ils 
étaient  exempts  des  charges  8c  des  hon- 
neurs municipaux,  mais  plus  tard  ils  y  fu- 
rent sévèrement  astreints,  quand  il  n'y  eut 


former  un  même  tout,  un  ensemble  hors  pi^s  que  des  impôts  à  acquitter.  On  dis- 

duquel  il  n'y  a  que  des  étrangers.  Dans  la  tingue  dans  toute  l'étendue  de  la  civitas  les 

cité   nous    trouvons,   habitant  l'un  auprès  municipes  &   les  incolae.  Les  plus  chargés 

de  l'autre,  mais  ne  jouissant  pas  des  mêmes  ^^^^1  les  premiers  sont  les  municipes  intra- 

droits,  le  municeps  ou   colonus  &  Vincola.  jnurani,  qui  jouissaient  en  effet  de  tous  les 

Le  premier   a  droit  de   cité    (^civitas);   le  avantages  attachés  au  séjour  de  la  ville  & 

second  qui  ne  le   possède  pas   peut  dans  n'avaient  pas  à  supporter  les  frais  d'entre- 

sa    condition    se    comparer   au    métoeque  tien  des  v/cc:m  ou  magistrats  des  v/a'. 

d'Athènes;    le    premier    possède    tous    les  a   l'origine    on    ne    pouvait   en    aucune 

droits,  le  second  n'en  possède  qu'une  par-  f.iço,i   ^.(^e   municeps  de   deux   cités;   cette 

tic.  On  peut  être  municeps  par  naissance;  impossibilité  existait  encore  du  temps  de 

maison  peut  le  devenir  par  <ra/25/«/>^//o«  Cicéron.   Sous   l'empire,    la   jurisprudence 

(établissement  d'une  colonie  soit  de  vété-  changea  un  peu  à  cet  égard,  &  à  partir  de 

raus,  soit  de  citoyens,  soit  d'alliés  par  le  T.ajan,  les  provinciaux  élevés  à  la  dignité 

sénatoriale  purent  tout  à  la  fois  être  ci- 
anssi,  dans  le  nouveau  Dictionnaire  des  antiquités  toyens  de  l'Italie  &  exercer  des  charges  mu- 
nu.  publie  la  maison  Hachette,  le  mot  agcr  publi-  ^jcipales  dans  leurs  villes  Originaires;  leurs 

affranchis  furent  citoyens  de  ces  villes'. 

'  Voir,  à  ce   sujet,   le    n"  87   de   VApp.  cpigr,  de 
Herzog. 

-  Herzog,  pp.  74,   177. 
^  Herzog,  p.    181 . 


cif,,  pp.  i33  à  i35  (art.  Je  M.  Humbert,  de  Tou- 
louse). 

'  Strabon,  I.  iv,  ce.  180-187. 

'  Pline,  Hist.  nat.,  1.  3,  c.  5. 

^  Herzog,  p.   1  83. 

^  Parisii ;  Senones ;  Anibi.\ni,  Herzog,  pp.  121 
Si  suiv. 


Note 
1 12 


NoTB 
I  12 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


441 


LES   ORDRES. 


qu'à    Rome    on    l'abaissa   dans    un    grand 
nombre  de  cas.  On  sait  par  diverses  cir- 
Au  point  de   vue   politique,  la  cité  ne      constances  que  dans  le  midi  de  la  France 


comprend  donc  que  les  municîpes.  Ceux-ci 
se  divisent  en  deux  ordres  :  le  peuple 
(plebs)  &  les  décurions  (decuriones).  Cette 
distinction  se  fonde  sur  l'état  des  person- 
nes &  sur  le  cens;  dans  chacun  des  ordres 
on  a  aussi  différents  degrés  d'honneurs. 
Nous  parlerons  d'abord  de  la.  plebs. 

La  plebs  comprend   des  libertïni  &  des 

/ingenui.  La  première  classe  renferme  les 

marchands,  les  industriels  &  les  artisans; 


les  chevaliers  furent  très-nombre\ix,  ce 
qui  suppose  un  grand  nombre  de  familles 
riches;  c'est  ainsi  qu'au  cirque  d'Orange, 
on  compte  jusqu'à  trois  rangs  réservés  à 
cet  ordre.  Leurs  seuls  privilèges  étaient  : 
le  port  d'un  anneau  d'or,  l'usage  d'une 
tunique  angusticlave,  &  certaines  préro- 
gatives honorifiques,  par  exemple  dans  les 
cérémonies  publiques'. 

Passons  maintenant  aux  pouvoirs  de  la 


les  propriétaires  du  sol  font  partie  de  la      plebs.    A    l'origine   elle   avait   le   droit   de 


seconde.  En  effet,  pendant  plusieurs  siè- 
cles, l'agriculture  resta  aux  mains  des  hom- 
mes libres;  fondées  à  l'origine  par  des 
colons  libres,  les  cités  de  la  Narbonnaise 
eurent  plus  longtemps  que  les  autres  pro- 
vinces de  l'Empire  une  population  agricole 
libre,  &  les  terres  assignées  lors  de  l'éta- 
blissement de  la  colonie  demeurèrent  plus 
longtemps  entre  les  mains  des  descendants 


nommer  les  magistrats  dans  ses  comices 
par  curies.  Il  est  certain  que  dans  plu- 
sieurs villes  latines  de  l'Espagne  elle  con- 
servait encore  ce  droit  à  la  fin  du  premier 
siècle;  c'est  ce  que  prouvent  les  fameuses 
tables  de  Malaga  &  de  Salpensa;  c'était  du 
reste  le  seul  qui  lui  restât,  elle  n'avait  plus 
le  droit  de  rendre  dans  ses  comices  de  dé- 
cisions  législatives;   ainsi  donc  il  semble 


des  premiers  colons;  de  là  l'état  florissant      certain  que  les  villes  latines  conservèrent 


de  l'agriculture  pendant  plusieurs  siècles, 
état  qui  frappa  Strabon  lors  de  ses  voya- 
ges. Ce  ne  fut  que  plus  tard  que  le  nom- 
bre des  affranchis  l'emporta  sur  celui  des 
libres. 


longtemps  cette  institution.  D'autre  part 
la  lex  JuUa  munïcïpalis,  qui  ne  s'applique 
qu'aux  colonies  romaines,  y  indique  des 
comices  constitués  de  la  même  façon  que 
ceux  des  cités  espagnoles.  Enfin  une  ex- 


Si   les   hommes    libres    dans    l'antiquité      plication  heureuse  de  la  fameuse  inscrip- 


abandonnaient  le  plus  généralement  l'exer- 
cice du  commerce  &  des  arts  manuels  aux 
affranchis,  il  faut  l'attribuer  au  profond 
mépris  qu'ils  professaient  pour  ces  occu- 
pations. On  n'admettait  guère  qu'un  pa- 
tricien pût  se  livrer  à  autre  chose  qu'au 


tion  de  l'autel  élevé  à  Auguste  par  la  co- 
lonie de  Narbonne,  donnerait  à  penser 
qu'à  cette  époque  l'élection  des  magistrats 
appartenait  à  la  fois  aux  décurions  &  au 
peuple;  les  magistrats  qui  tenaient  les 
comices    avaient    probablement    le    droit 


grand  commerce,  dans  lequel  excellaient      d'accepter  ou  de  rejeter  les  noms  des  can- 


particulièrement  les  chevaliers.  Les  mé- 
tiers étaient  organisés  par  corporations 
isodalitïa)  ;  Ags  notes  nombreuses  insérées 
au  tome  I  de  cette  édition  ont  fait  con- 
naître l'organisation  intérieure  de  ces  as- 
sociations. Parmi  ces  métiers  exercés  uni- 
quement par  des  libertïni,  il  faut  compter 
la   médecine;   à    plusieurs    points    de   vue 


didats  populaires.  Sous  la  République,  un 
candidat  ainsi  repoussé  conservait  toujours 
le  droit  d'appel  au  sénat;  sous  l'empire,  ce 
fut  au  prince  qu'il  put  avoir  rçcours.  Tan- 
dis qu'à  Rome  les  comices  étaient  réunis 
au  sénat,  dans  les  colonies  ils  subsistaient 
en  droit,  mais  en  fait  ils  n'étaient  plus 
convoqués    que    par   les    décurions   pour 


c'était  une   fonction   publique    (voir  plus  approuver    les    décrets    honoraires    qu'ils 

bas).  Au  nombre  des  ingenuï,  on  comptait  avaient  rendus.  Dans  les  villes  latines,  & 

les  eçuife^  a  pZeic,  qui  se  nommaient  ainsi  probablement  aussi  dans  les  colonies  ro- 

parce  qu'ils  possédaient  le  cens  exigé  pour  mainès,  tous  les  habitants  faisaient  partie 

taire   partie    de    l'ordre    équestre,    quatre  des  comices  &  avaient  droit  de  vote;  c'est 
cent   mille   sesterces.  Ce   cens    resta    tou- 
jours très-élevé  dans  les  provinces,  tandis  ■  Herzog,  pp.  186,  19^  à  196! 


NoTB 
I  IZ 


I  12 


442 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC 


ce  que  prouvent  les  tables  de  Malaga  &  de 
Salpensa.  Quand  il  s'agissait  d'affaires  inté- 
ressant tout  le  territoire,  à  la  pîebs  urbana 
venait  se  joindre  la  population  des  cam- 
pagnes". 

Les  décurions  sont  les  citoyens  dont  les 
noms  sont  inscrits  dans  Valbum  decurïo- 
num.  Pour  y  arriver,  il  faut  avoir  un  âge 
fixé  par  les  lois,  être  de  bonnes  vie  & 
mœurs,  posséder  une  certaine  fortune  & 
exercer  une  profession  honorable  5  c'était 
avant  tout  une  classe  censitaire.  Rarement 
on  n'était  que  décurion;  presque  toujours 
on  le  devenait  après  avoir  exercé  une  ma- 
gistrature, après  avoir  parcouru  tout  l'or- 
dre des  honneurs.  Outre  les  honneurs  mu- 
nicipaux, les  décurions  obtenaient  presque 
toujours  à  Rome  le  titre  de  chevalier,  le 
cheval  public,  que  donnaient  les  empe- 
reurs, &  l'inscription  dans  les  cinq  décu- 
ries des  juges  publics  de  Romej  on  les 
voit  presque  toujours  inscrite  dans  la  cin- 
quième, pour  laquelle  on  n'exigeait  qu'un 
cens  de  deux  cent  mille  sesterces;  quant 
au  cheval  public,  il  était  généralement 
accordé  à  ceux  qui  avaient  exercé  des 
charges  militaires  équestres,  telles  que  le 
tribunat  de  cohorte;  cependant  on  voit 
fréquemment  cet  honneur  accordé  à  de 
simples  officiers  municipaux  &  même  à  des 
jeunes  gens.  Les  droits  honorifiques  atta- 
chés au  titre  de  décurion  étaient  :  une 
place  d'honneur  au  théâtre,  un  vêtement 
particulier,  une  part  plus  forte  dans  la 
distribution  des  sportulae^  enfin  plus  tard 
le  titre  de  splendidissimus''. 

Les  décurions  étaient  nommés  soit  par 
les  magistrats,  qui  eux-mêmes  en  faisaient 
partie,  soit  par  un  décret  de  l'ordre,  soit 
enfin  par  les  magistrats  quinquennaux, 
lors  du  renouvellement  du  cens.  On  pre- 
nait naturellement  ceux  qui  avaient  le 
cens  le  plus  élevé  &  qui  avaient  atteint 
l'âge  fixé  par  la  loi,  vingt-cinq  ans;  on 
pouvait  les  choisir  dans  toute  l'étendue 
du  territoire  de  la  colonie.  Quelques-uns, 
parmi  lesquels  il  faut  compter  les  patrons, 
n'avaient  que  les  insignes  des  décurions 
sans  en  exercer  les  fonctions.  Du  reste  on 

'  Herzog,  p.  2o5. 

'  Herzog,  p.  190.  ^ 


ne  sait  rien  ni  sur  la  manière  dont  cet 
ordre  exerçait  ses  pouvoirs,  ni  sur  les 
règlements  qui  gouvernaient  ses  assem- 
blées; on  ignore  aussi  dans  quelle  mesure 
il  prenait  part  à  l'exécution  de  ses  déci- 
sions'. 

Ses  pouvoirs  en  eux-mêmes  sont  mieux 
connus,  grâce  aux  monuments  épigraphi- 
ques,  aux  dispositions  de  la  lex  JuUa,  & 
enfin  aux  travaux  de  Justinien,  dont  le 
Digeste  a  résumé  les  anciennes  constitu- 
tions des  empereurs  sur  la  matière.  Dans  les 
colonies  romaines,  leurs  pouvoirs  étaient 
les  suivants  :  ils  s'occupaient  des  affaires 
municipales  &  religieuses,  choisissaient  les 
magistrats  &  les  patrons  de  la  cité  &  re- 
crutaient l'ordre.  A  ces  pouvoirs,  les  décu- 
rions joignaient  dans  les  colonies  latines 
des  pouvoirs  judiciaires  assez  étendus, 
dont  nous  dirons  quelques  mots  dans  la 
Note  CXIII. 

I"  Administration  des  affaires  munivipa- 
les.  —  Ils  administrent  le  trésor,  exami- 
nent les  comptes  par  eux-mêmes  ou  les 
font  examiner  par  des  commissaires  qu'ils 
nomment,  revisent  le  tableau  de  ferme 
&  de  location  des  immeubles  &  des  droits 
appartenant  à  la  colonie;  ils  décrètent 
la  vente  des  biens  engagés,  achètent  des 
terres  au  nom  de  la  communauté,  élèvent 
des  statues  aux  bienfaiteurs  de  la  ville 
{ex  décréta  decurionum,  disent  les  inscrip- 
tions), fondent  des  cimetières,  président 
aux  distributions  des  largesses  publiques, 
accordent  des  immunités  ou  des  remises 
d'impôts,  prennent  soin  des  routes  &  des 
travaux  publics;  ici  ils  creusent  un  canal, 
ailleurs  ils  construisent  un  pont,  dressent 
un  autel  à  la  divinité  d'Auguste  ou  consa- 
crent un  temple;  ils  semblent  aussi  avoir 
eu  le  soin  des  routes  d'intérêt  local  dans 
l'étendue  de  la  cité,  fixent  les  places  dans 
l'intérieur  des  théâtres,  enfin  accordent  le 
droit  de  construire  &  de  reconstruire  les 
maisons. 

2°  Affaires  religieuses.  —  Dans  certains 
cas  on  voit  les  décurions  nommer  les  fla- 
mines  d'Auguste;  ils  choisissent  encore  les 
seviri  augustales,  dont  la  charge  semble  à 
la  longue  être  devenue  municipale  &  leur 

'  Herzog,  pp.   209  à  2i3. 


NoxB 
112 


Note 

I  12 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


443 


assignent  des  places  spéciales  dans  les  sal- 
les de  spectacle  &  dans  les  cirques. 

3°  Choix  des  patrons  &  des  magistrats,  — 
Enlevé  au  peuple  d'assez  bonne  heure, 
comme  nous  l'avons  vu  plus  haut,  ce  droit 
passa  promptement  aux  mains  des  décu- 
rions, &  les  comices  ne  firent  plus  que 
donner  un  vain  assentiment  aux  choix 
qu'ils  avaient  faits  '. 


morts  sans  avoir  été  plus  haut  que  la  ques- 
ture ou  l'édilité.  Les  conditions  de  cens, 
d'état,  d'âge  &  de  position  étaient  réglées 
dans  les  colonies  romaines  avec  des  dé- 
tails infinis  par  la  lex  JuUa.  De  même 
qu'à  Rome,  les  charges  que  les  magistrats 
avaient  à  supporter  étaient  assez  lourdesj 
il  leur  fallait  donner  des  cadeaux,  des  dis- 
tributions gratuites  au   peuple,  payer  les 


Ajoutons  à   ces   attributions   des  déçu-      jeux  ou  les  spectacles,  ou  les  embellir  en 


rions  le  choix  de  quelques  officiers  pu- 
blics, parmi  lesquels  il  faut  mentionner 
les  médecins  &  les  professeurs  d'arts  libé- 
raux. Les  premiers  &  quelquefois  aussi  les 
seconds  étaient  pris  parmi  les  lîbertînï.  Le 
Digeste  en  abandonnant  aux  décurions  le 
soin  de  les  nommer,  à  l'exclusion  du  pré- 
sident de  la  province,  stipule  qu'ils  de- 
vront être  habiles  &  de  bonnes  moeurs. 
Une  autre  loi  interdit  aux  décurions 
d'attribuer  des  salaires  à  d'autres  qu'à  des 
médecins  ou  des  personnes  exerçant  des 
professions  libérales;  le  nombre  des  mé- 


ajoutant  aux  sommes  allouées  par  la  ville, 
&  contribuer  à  l'érection  des  théâtres,  des 
cirques  &  des  amphithéâtres,  &c.'. 

Avant  tout,  les  magistrats  sont  les  délé- 
gués de  l'ordre,  de  la  curie;  ils  se  partagent 
la  direction  des  affaires  administratives  & 
les  différents  services  publics;  ils  convo- 
quent l'ordre,  lui  soumettent  les  cas  diffi- 
ciles ou  embarrassants,  président  les  co- 
mices, recueillent  les  votes  du  peuple,  à 
l'époque  où  il  avait  à  les  exprimer.  Enfin 
il  est  probable  qu'ils  possédaient  une  par- 
tie du  pouvoir  judiciaire;  mais  on  ne  sait 


decins  était  fixé'.  C'est  sans  doute  à  cette      rien  sur  ce  qui  se  passait  à  ce  sujet  dans 
intervention  des  municipalités  dans  l'ad-      les  colonies'. 


ministration  des  écoles  qu'il  faut  attribuer 
le  grand  éclat  qu'elles  jetèrent  dans  la 
Narbonnaise  pendant  les  quatre  premiers 
siècles  de  notre  ère,  éclat  qui  ne  s'éteignit 
que  lentement,  lors  des  invasions. 


LES   MAGISTRATS. 


Créés  à  l'origine  par  le  peuple,  nommés 
plus  tard  parles  décurions,  les  magistrats 
dans  les  colonies  8c  dans  les  municipes 
étaient  annuels  &  rééligibles,  nommés 
tous  ensemble  iïterum,  collegae,  disent  les 
inscriptions).  L'or^/o.  honorum  était  le  même 
qu'à  Rome,  tel"  qu'il  avait  été  fixé  par 
Sylla  :  édilité,  questure  &  consulat,  ou 
dans  les  municipalités  duumvirat.  Presque 
toujours,  grâce  à  ces  élections  annuelles, 
on  atteignait  le  rang  suprême;  ce  n'est 
que  dans  des  cités  très-importantes,  comme 


Les  magistrats  changent  de  nom,  sinon 
de  pouvoir  dans  les  différentes  colonies,  & 
comme  toujours,  c'est  aux  inscriptions 
qu'il  faut  demander  l'indication  exacte  de 
leurs  noms  &  de  leurs  attributions.  La  lex 
Julîa  indique  ces  dernières  d'une  manière 
générale,  sans  désigner  d'une  manière  spé- 
ciale les  noms  qu'ils  doivent  porter.  Voici 
dans  leur  ordre  chronologique  les  noms 
des  magistrats  que  nous  trouvons  dans 
chacune  de  ces  colonies  : 

A  Narbonne  :  Praetores  duumvïrî,  quaesto- 
res,  aediles,  aediles  duumvirî ,  duumvïri ^  duum- 
viri  quinquennales,  praefecti  pro  duumviro  ; 

A  Arles  :  jEdiles  munerarii,  duumviri  juri- 
dicundo  ; 

A  Vienne  :  Quattuorviri,  quattuorviri  juri' 
dicundo,  duumviri  aerarîi,  triumviri  locorum 
publlcorum  persequendorum.  Nous  n'indi- 
quons  pour   ces   deux   dernières    colonies 


Nimes,  dans  lesquelles  on  comptait  un  que  les  magistrats  différents  de  ceux  que 
grand  nombre  de  familles  riches  &  in-  l'on  trouve  à  Narbonne;  les  inscriptions 
fluentes,  que  l'on  trouve  des  gens  qui  sont      manquent  complètement  pour  Béziers\ 


t  12 


'  Horsog,  pp.  21  t  à  212. 

*  Oigaste,  livre  i,  De  decretis  ab  ordinc  faciendis, 
5o,  9. 


'  Herzog,  p.  220. 

'  Herzog,  pp.  224  à  226. 

'  Herzog,  p.  21 3. 


Note 

1  12 


444 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Aux  magistrats  appartient  le  soin  du 
trésor  (cura  aerarii),  le  recouvrement  des 
impôts,  l'administration  des  domaines  pu- 
blics, la  location  des  terres,  l'acceptation 
des  legs  &  des  dons  faits  à  la  ville,  l'admi- 
nistration des  fonds  affectés  aux  cultes  & 
aux  travaux  publics.  Chaque  magistrat  a 
en  même  temps  une  certaine  puissance  ju- 


fin  du  troisième  siècle,  une  certaine  juri- 
diction entraînant  le  droit  de  prononcer 
des  amendes  contre  les  délinquants.  Les 
édiles  avaient  encore  la  police  des  moeurs, 
l'inspection  des  tavernes  &  des  auberges 
&  la  surveillance  des  prostituées.  Ils  sur- 
veillaient les  bains  publics,  les  fontaines, 
les    aqueducs   &   les    égouts,   &    faisaient 


diciaire,  destinée  à  lui  permettre  d'exercer  observer  les  lois  somptuairës  dans  les  fu- 
ses fonctions  avec  plus  d'autorité;  c'est  nérailles.  Ils  avaient  l'inspection  de  la 
pour  cela  qu'on  l'appelle  juridicundo,  il  a  voirie  &  faisaient  exécuter  par  les  pro- 
droit de  juridiction  dans  son  ressort'.  priétaires  les  articles  de  la  lex  Julîa  rela- 
Commençons  par  les  édiles;  dans  les  co-  tifs  au  pavage  des  rues  aux  environs  des 
lonies,  ils  reçurent  des  fonctions  analo-  monuments  publics;  ils  étaient  encore 
gués  à  celles  qu'ils  avaient  reçues  à  Rome;  chargés  de  faire  rentrer  les  frais  du  pa- 
ils  furent  institués  par  la  lex  Julîa.  Avant  vage  quand  les  propriétaires  se  montraient 
de  parler  en  détail  de  leurs  fonctions,  nous  récalcitrants.  C'étaient  encore  eux  qui  di- 
croyons  bon  d'indiquer  sommairement  par  rigeaient  le  nettoyage  des  rues,  veillaient 
quelles  vicissitudes  passa  cette  dignité  dans  à  ce  que  la  voie  ne  fût  pas  obstruée  par 
les  colonies    romaines  de   la  province.  A  les  habitants,  le  tout  sous  peine  d'amende 


Narbonne  nous  trouvons  des  aediles,  qui 
se  qualifient  quelquefois  de  duumvîrî.  On 
sait  que  leurs  fonctions  embrassaient  la 
cura  urbîs,  annonae  &  ludorum.  Dans  cer- 
tains cas,  &  probablement  par  suite  de 
l'accroissement  du  nombre  des  affaires, 
telle  ou  telle  partie  de  ces  fonctions  pu- 
rent être  confiées  à  des  magistrats  particu- 
liers; c'est  ainsi  qu'à  Arles,  nous  trouvons 


pour  l'homme  libre,  du  fouet  pour  l'es- 
clave; ils  défendaient  les  attroupements 
sur  la  voie  publique,  &  réglaient  les  heu- 
res de  circulation  des  chariots.  Enfin  ils 
surveillaient  l'entretien  des  temples  &  des 
monuments  publics  &  privés  &  avaieiit  le 
droit  d'établir  des  ponts.  Pour  les  bâti- 
ments privés,  ils  faisaient  respecter  l'ali- 
gnement &  abattre  les  saillies,  réparer  ou 


des    aedîles   munerarii,   ayant   l'intendance       démolir  les  maisons  qui  menaçaient  ruine; 


des  grands  jeux  annuels,  dont  les  frais 
étaient  payés  en  partie  par  eux,  en  partie 
par  le  trésor  public'.  A  Vienne,  au  con- 
traire, on  leur  laissa  cette  partie  de  leurs 
attributions,  mais  on  leur  enleva  le  soin 
des  constructions  publiques  &  la  surveil- 
lance de  la  voirie,  que  l'on  confia  à  des 
triumviri   locorum  publîcorum  persequendo- 


c'était  aussi  à  eux  que  revenai^t  le  soin  de 
prévenir  &  d'éteindre  les  incendies. 

2°  Cura  annonae;  c'était  proprement  le 
soin  des  approvisionnements.  On  y  ratta- 
chait la  surveillance  des  poids  &  des  mesu- 
res, l'inspection  des  marchés  &  des  den- 
rées. Les  édiles  étaient  encore  originaire- 
ment chargés  de  faire  exécuter  les  lois  sur 


rum,  qui  apparaissent  dans  les  inscriptions      Vager  publicus  &  de  poursuivre  ceux  qui 
à  l'époque  d'Adrien.  Du  reste  dans  la  même      le  détenaient  injustement. 


ville,  à  cause  de  la  multiplicité  des  affaires 
administratives,  le  questeur  avait  fait  place 
aux  duumviri  aerarii\ 

Comme  à  Rome,  les  édiles  dans  les  colo- 
nies eurent  donc  les  fonctions  suivantes  : 

1"  Cura  urbïs ;  ce  ternie  embrasse  la  po- 
lice municipale,  &  à  ce  sujet,  un  traité  de 
Papinien  atiribue  encore  aux  édiles,  à  la 


Herzog,  p.  22  1. 

Her^og,  p.  22  1. 
Herzog,  p.  2  I  6. 


3**  Cura  ludorum;  les  édiles  finirent  par 
payer  en  grande  partie  de  leur  bourse  les 
jeux  qui  se  donnaient  au  peuple.  On  sait 
qu'à  Rome,  dans  les  derniers  temps  de  la 
République,  c'était  une  source  de  rivalités 
constantes  &  de  grandes  dépenses  pour  les 
candidats  à  l'édilité,  qui  séduisaient  le  peu- 
ple par  des  promesses  réciproques. 

Sous  l'empire,  les  édiles  tombèrent  dans 
une  décadence  absolue,  aussi  bien  à  Rome 
que  dans  les  colonies;  à  Rome  on  les  avait 
peu  à  peu  dépouillés  de  la  plupart  de  leurs 


Note 

1  12 


Note 

t  12 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


445 


attributions  &  il  semble  qu'il  en  ait  été  de 
même  dans  les  provinces.  Originairement 
&  d'après  la  lex  Julia,  ils  devaient  être 
nommés  par  le  peuple,  comme  tous  les 
autres  magistrats,  ce  droit  devint  promp- 
tement  illusoire,  &  ce  fut  alors  la  curie 
qui  les  nomma  sur  la  présentation  des  édi- 
les sortants.  Les  édiles  municipaux  exis- 
taient encore  du  temps  de  Dioclétien;  une 
constitution  de  cet  empereur  les  men- 
tionne; mais  à  cette  époque  leurs  pouvoirs 
avaient  été  presque  entièrement  annulés 
par  le  pouvoir  central  &  ses  représen- 
tants'. 

Les  questeurs  dans  les  provinces  comme 
à  Rome  étaient  en  quelque  sorte  des  tré- 
soriers qui  recevaient  l'argent  dû  à  la  ville 
&  employaient  les  fonds  conformément 
aux  ordres  des  duumvirs,  sans  les  discuter. 
On  retrouve  cette  magistrature  dans  toutes 
les  cités  italiennes*. 

Venaient  enfin  les  magistrats  suprêmes, 
qui  dans  la  colonie  remplissaient  le  rôle 
des  consuls  à  Rome,  les  duumvïrî.  Ces  ma- 
gistrats ont  porté  différents  noms;  à  Nar- 
bonne  les  inscriptions  les  plus  anciennes 
les  appellent  praetores  duumvïrî.  On  les 
trouve  dans  des  inscriptions  du  temps  de 
César,  &  avec  l'orthographe  archaïque  de 
praitor;  citons  entre  autres  une  inscrip- 
tion qui  paraît  authentique,  mais  dont 
l'interprétation  laisse  encore  à  désirer; 
M.  Herzog  la  rapporte  à  Carcassonne, 
nous  serions  plutôt  portés  à  la  rapporter 
à  Narbonne;  cette  question  sera  d'ailleurs 
étudiée  dans  la  Note  suivante.  Du  reste, 
de  toute  façon,  cette  inscription  doit  être 
de  peu  postérieure  à  César.  On  retrouve 
encore  ce  nom  de  praetores  au  temps  d'Au- 
guste; il  est  plus  ancien  que  ceux  de 
duumv'ir  ou  de  quattuorvîr ;  le  premier 
n'apparaît  en  Italie  qu'à  l'époque  de  Sylla, 
quand  par  la  colonisation  des  terres  enle- 
vées aux  Italiens  &  données  aux  vétérans, 
le  droit  romain  s'étendit  à  toute  l'Italie. 
Au  troisième  siècle  avant  J.-C.  &  encore 
un  peu  avant  la  guerre  sociale,  les  ma- 
gistrats suprêmes  des  villes  de  Campanie 
s'appelaient  praetores.  Plus  tard  nous  re- 

Dietionnaire  des  antiquités,  y,  iEniLES. 
'  Herzog,  pp.  216  à  225. 


trouvons  encore  ces  magistrats  dans  des 
inscriptions  de  Nimes  ik  d'Avignon  ;  seu- 
lement à  Nimes,  ils  s'appellent  praetores 
quatiuorviri;  nous  expliquerons  plus  tard 
ce  que  veut  dire  ce  nom  particulier.  Quant 
à  préciser  exactement  à  quelle  époque  ce 
titre  disparaît,  on  ne  peut  le  faire;  on 
sait  seulement  que  les  inscriptions  ces- 
sent de  le  porter  à  la  fin  du  règne  d'Au- 
guste '. 

Les  duumvïrî  les  remplacèrent  donc  dès 
cette  époque  à  Narbonne  &  probablement 
aussi  dans  les  autres  colonies,  mais  leurs 
attributions  furent  sans  doute  les  mêmes 
que  celles  de  leurs  prédécesseurs.  Nous 
verrons  plus  bas  en  quoi  elles  consistaient. 
On  trouve  aussi  à  Narbonne  des  praefectï 
pro  duumvïro;  ce  ne  sont  pas  des  magistrats 
ordinaires,  mais  comme  leur  nom  l'indi- 
que, des  suppléants,  remplaçant  les  duum- 
virs empêchés  par  quelque  raison.  Leur 
mention  est  très-fréquente  à  Narbonne; 
on  peut  croire  que  c'est  parce  que  dans 
une  ville  aussi  importante,  le  titre  de 
duumvir  était  l'apanage  de  quelques  gran- 
des familles,  qui  se  faisaient  remplacer 
dans  leurs  fonctions". 

Ce  qu'à  Vienne  &  dans  plusieurs  colo- 
nies latines,  on  appelle  quattuorvïrî,  quat- 
tuorvïrî  jurïdïcundo,  n'est  autre  chose  que 
la  réunion  des  duumvïrî,  de  Vaedïlîs  &  du 
quaestor;  ailleurs  on  les  trouve  indiqués 
sous  le  nom  de  quatuor  collegae  jurïdïcundo 
praeposîtï.  Mais  on  a  d'une  part  les  quat- 
tuorvïrî jurïdïcundo,  au  nombre  de  deux, 
représentants  du  pouvoir  souverain,  de 
l'autre  les  quattuorvïrî  jurïdïcundo  aedîîî- 
cîae  potestatîs\ 

Nous  trouvons  encore  des  duumvïrî  quîn- 
quennales ;  d'après  la  lex  Julîa,  tous  les 
cinq  ans  les  duumvïrî  jurïdïcundo  recrutent 
l'ordre  des  décurions,  établissent  le  cens 
du  municipe,  dressent  les  tabulae  censorîae 
&  les  transmettent  aux  magistrats  publics. 
Comme  ils  n'exercent  ce  ])ouvoir  que  tous 

'  Herzog,  pp.  54,  214,  2i5.  —  Voir  aussi  une 
dissertation  du  même  auteur  publiée  sous  ce  titre  : 
De  praetorihus  Galliae  Narèonensis  municipalihus, 
Lipsiae,  1862. 

^  Herzog,  p.  219. 

*  Herzog,  p.  217. 


Note 

MX 


,NOTB 
•JI2 


446 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


les  cinq  ans,  ceux  qui  sont  de  charge  cette  qu'elles  étaient  personnes  civiles.  Leurs 
année-là  s'appellent  (Quinquennales',  magistrats,  que  l'on  appelait  aedîles  ou  ma- 
A  côté  de  ces  magistrats  purement  civils,  gîstri  pagi,  étaient,  dans  certains  cas,  élus 
mentionnons  les  magistrats  religieux;  en  par  les  habitants,  ailleurs  nous  les'voyons 
effet,  dans  les  colonies  comme  à  Rome,  la  nommer  par  l'ordre  de  la  colonie  &  im- 
religion  faisait  partie  de  l'administration  posés  par  elle.  Suivant  le  Digeste,  ces 
publique,  &  les  ministres  du  culte  étaient  communautés  rurales  payaient  un  tribut 
des  magistrats  au  même  titre  que  les  duum-  annuel  ou  impôt  foncier,  que  l'on  appe- 
virs  ou  les  préteurs.  On  trouve  donc  dans  lait  la  capitation.  Dans  certains  cas,  on 
les  colonies  romaines  &  latines  des  flami-  pouvait  démembrer  le  territoire  d'une  cité 
nés,  des  pontifes,  des  augures,  des  arus-  trop  grande  pour  être  administrée  commo- 
pices;  les  inscriptions  de  Nimes  nous  four-  dément,  &  en  former  un  nouveau  muni- 
nissent  toutes  ces  fonctions.  Elles  étaient  cipe;  c'est  ainsi  qu'au  deuxième  siècle  de 
perpétuelles  &  n'y  étaient  admis  que  ceux  notre  ère,  Nimes  fut  démembrée,  &  on 
qui  remplissaient  les  conditions  exigées  forma  sur  son  territoire  une  nouvelle  cité 
des  magistrats.  Toutefois  comme  à  Rome,  latine,  Sextantîo'.  Pour  faire  agir  le  pou- 
l'aruspice  pouvait  être  pris  parmi  les  af-  voir  central  dans  ces  vici,  les  magistrats  de 
franchis.  Mais  en  dehors  de  l'Italie,  les  la  colonie  s'y  faisaient  représenter  par  des 
colonies  latines  ne  pouvaient  avoir  ni  lieutenants,  prâe/ec^j^  nommés  par  eux', 
culte  de  Vesta,  ni  collèges  d'augures  &  de  Comme  signes  extérieurs  de  leur  puis- 
pontifes.  On  croit  que  les  pontifes  &  les  sance,  les  magistrats  des  colonies  avaient 
prêtres  étaient  nommés  par  les  décurions.  des  appariteurs  ou  statores,  officiers  infé- 
Aux  cultes  publics  ordinaires,  ajoutons  rieurs  salariés  par  la  colonie,  &  que  l'on 
ceux  de  la  maison  impériale  &  d'Auguste,  prenait  d'ordinaire  parmi  les  libertinP, 
qui  dans  certaines  villes  paraissent  avoir  ^ 
été  unis  à  celui  de  Rome^                                                                les  patrons. 


Note 
1 12 


L'autorité  des  magistrats  suprêmes  de 
la  colonie  s'étendait  non-seulement  sur  la 
ville,  mais  encore  sur  le  territoire  qui  lui 
avait  été  assigné  lors  de  sa  fondation.  L'in- 
térieur de  la  cîvitas  était  réparti  en  un  cer- 
tain nombre  de  circonscriptions  que  l'on 
appelait  pagi,  &  dont  les  chefs-lieux  étaient 
les  vzcz,  bourgs.  Si  l'on  en  croit  un  passage 
des  Origines,  d'Isidore  de  Séville,  ces  cir- 
conscriptions s'appelaient  aussi  castella. 
Suivant  cet  auteur,  qui  a  généralement 
puisé  à  des  sources  anciennes  &  véridi- 
ques,  ce  sont  des  agglomérations  d'habi- 
tants ne  possédant  pas  le  droit  de  cité  & 
unies  à  cause  de  leur  peu  d'importance  à 
la  cité  la  plus  voisine.  Du  reste,  elles  for- 
maient une  espèce  de  petite  cité,  que  les 
inscriptions  nous  montrent  élevant  des 
statues  à  leurs  bienfaiteurs,  émettant  des 
vœux  d'intérêt  local,  réclamant  auprès  du 
prince  le  respect  de  leurs  privilèges,  enfin 
recevant  des  dons;  ce  dernier  fait  prouve 

'  Herzog,  p.  221. 

'  Herzog,  pp.  233  à  235. 


On  appelait  patrons  de  hauts  personna- 
ges généralement  doués  d'une  grande  in- 
fluence, que  les  colonies  se  choisissaient 
pour  protecteurs,  pour  intermédiaires  en- 
tre elles  &  le  pouvoir  central.  A  l'origine, 
cette  institution  eut  une  grande  impor- 
tance tant  civile  que  politique;  dans  les 
derniers  temps  de  la  République,  tous  les 
sénateurs  de  grande  famille  avaient  pour 
clients  telle  ou  telle  colonie.  Ils  en  soi- 
gnaient les  intérêts  en  cas  de  procès  pen- 
dants à  Rome,  portaient  devant  le  Sénat 
les  plaintes  des  villes  opprimées  par  les 
proconsuls,  réclamaient  la  révision  des 
taxes  trop  lourdes  qui  leur  avaient  été  im- 
posées, en  un  mot  remplissaient  à  leur 
égard  tous  les  devoirs  de  protecteurs  ou 
de  défenseurs.  Plus  tard  la  charge  de  pa- 
tron devint  purement  civile,  &  les  villes 
se  choisirent  de  préférence,  soit  les  mem- 
bres mêmes  de  la  famille  impériale,  soit 

'  Herzog,  pp.   171,   172. 
'  Herzog,  p.  226. 
'  Herzog,  p.  226. 


Note 

I  12 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


447 


de  hauts  personnages  dont  le  crédit  à  la 
cour  était  bien  assuré.  Ce  ne  fut  plus  au 
sénat  qu'on  eut  à  s'adresser  pour  le  re- 
dressement d'un  tort,  pour  la  réparation 
d'une  injustice,  l'octroi  d'un  secours,  ce 
fut  à  l'empereur,  source  de  tout  pouvoir  & 
de  tout  crédit.  En  un  mot,  l'institution  du 
patronat  était  devenue  pour  les  colonies 
une  institution  de  droit  public. 

A  l'origine  les  patrons  étaient  choisis 
par  le  peuple  dans  ses  comices,  mais  plus 
tard  ce  droit  lui  fut  enlevé  comme  tous  les 
autres,  &  ce  fut  aux  décurions  que  leur 
choix  appartint.  Leurs  prérogatives  prin- 
cipales étaient  l'inscription  en  tête  de 
YAlbum  des  décurions  de  la  cité,  certains 
honneurs  particuliers,  tels  qu'érection 
de  statues,  construction  de  monuments 
rappelant  un  bienfait  reçu,  un  service 
rendu,  &c.  Jamais,  d'ailleurs,  ils  ne  fai- 
saient partie  des  décurions;  c'est  ce  que 


NOTE  CXIII 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Colonies  latines  de  la  Province. 

A  COTÉ  des  colonies  romaines  propre- 
ment dites,  on  avait  les  colonîae  cïvîum. 
Komanorum  juris  /«a/zc/.  C'était  le  transport 
dans  une  province  de  l'Empire  d'une  cité 
italienne,  avec  tous  ses  droits  &  toute  son 
organisation;  elle  formait  alors  un  terri- 
toire particulier,  soumis  à  une  organisa- 
tion particulière.  Ce  système  ne  fut  trans- 
porté dans  la  Province  qu'après  lé  règne 
d'Auguste  &  en  dehors  du  Languedoc. 
Venaient  ensuite  les  coloniae  foederatae ; 


NOTB 

ii3 


parmi  elles  noxis  n'avons  à  relever  que  les 
prouve  surabondamment  r^^/ium  de  Canu-  coloniae  foederatae  Latinorum ;  le  régime 
sium,  publié  par  M.  Mommsen  dans  ses  intérieur  de  ces  villes  était  celui  des  douze 
inscriptions  de  Naples.  Plus  tard  &  eon-  cités  latines,  calqué  lui-même  sur  la  cité 
trairement  à  l'esprit  primitif  de  l'institu-  latine  entrée  la  première  dans  l'alliance 
tion,   le   patronat   devint   héréditaire;  en      de    Rome,  sur    Rimini.    Il   fut   plus    tard 


même  temps  le  titre  de  patron  se  multi- 
pliait; non-seulement  on  eut  un  patron 
chargé  de  la  défense  continuelle  des  pri- 
vilèges de  la  cité,  mais  encore  on  vit  ce 
titre  accordé  à  des  individus  qui  une  seule 
fois,  dans  une  occasion  importante,  avaient 
rendu  à  la  ville  des  services  importants. 
Ils  recevaient  alors  le  titre  de  patroni  cîv'i- 
tatis ;  on  leur  élevait  des  statues,  on  leur 
votait  des  inscriptions  pompeuses.  Ce  titre 


réglé  d'une  manière  définitive,  tant  par  la 
loi  Rubria  que  par  la  loi  Thorïa;  voici  les 
principes  sur  lesquels  reposait  cette  orga- 
nisation : 

Tout  citoyen  a  la  latinité;  il  a  le  droit 
de  commerce  avec  les  Romains,  mais  non 
pas  celui  de  mariage.  Les  magistrats  & 
leurs  familles  obtiennent  le  droit  de  cité 
romaine.  Du  reste,  l'administration  inté- 
rieure est  à  peu  près   la  même  que  celle 


finit  par  se  prodiguer  outre  mesure,  &  les      des  colonies  romaines;  seulement,  le  droit 


inscriptions  mentionnent  des  patrons  qui 
n'avaient  pas  dépassé  la  questure  dans 
l'ordre  des  honneurs. 

Dans  la  Province  Narbonnaise,  on  trouve 
à  la  fois  des  patrons  des  villes  &  des  pa- 
trons des  campagnes;  on  peut  remarquer 


qui  les  régit  est  le  droit  latin  &  non  plus 
le  droit  civil;  les  habitants  payaient  l'im- 
pôt foncier  &  la  capitation.  Ces  villes 
différaient  donc  des  colonies  romaines 
plutôt  pour  l'état  des  personnes  que  pour 
celui  de  la  ville  elle-mêmej  elles  n'étaient 


à  ce  propos  que  contrairement  à  ce  qui  fédérées  que  par  fiction;  une  alliance 
s'était  passé  à  Rome,  où  la  population  ru-  étroite  entre  Rome  &  les  cités  latines, 
raie  avait  presque  entièrement  disparu,  il  alliance  prolongée  pendant  des  siècles, 
semble  que  dans  la  Narbonnaise,  elle  sub-  avaient  réduit  à  un  seul  les  deux  droits 
sista  longtemps  dans  les  vici  &  dans  les  publics  qu'elles  avaient  autrefois  &  le 
paf;î,  en  restant  distincte  de  celle  des  vil-  droit  privé  gardait  seul  son  caractère  la- 
ies". rA.  M.]  tin.  Suivant  Strabon,  lé  principal  privi- 
lège des  villes  latines  était  d'être  affran- 
'  Hcrzog,  pp.  27.6  à  269.  chics  du   pouvoir  du   proconsul;   mais  ce 


Note 
ii3 


448 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


n'était  clans  tous   les  cas  qu'une  juridic-       terminer  l'époque  à  laquelle  on  y  a  fondé 
tion  paternelle,  gracieuse,  que  le  gouver-       les   colonies    latines,   c'est   déterminer  en 


Note 
ii3 


neur  aurait  eu  à  exercer;  elles  suppor- 
taient d'ailleurs  les  charges  des  Romains, 
payaient  leurs  tributs  &  suivaient  leurs 
lois.  Aussi,  à  la  longue,  ne  les  rangea-t-on 
plus  au  nombre  des  cités  fédérées,  &  cela 
dès  le  temps  d'Agrippa,  dont  Pline  a  copié 
les  Commentaires  dans  son  Histoire  natu- 
relle. Les  citoyens  des  villes  latines  ser- 
vaient dans  les  légions  romaines;  les 
inscriptions  nous  font  connaître  des  lé- 
gionnaires de  Nimes,  de  Carcassonne,  du 
Vêlai,  d'Aix  &  de  Cavaillon,  car  à  cette 
époque  il  n'y  a  plus  de  légions  séparées, 
romaines  &  latines;  le  service  militaire 
donnait  le  droit  de  cité.  Et  ce  qui  prouve 
que  les  cités  latines  n'étaient  plus  alors 
regardées  comme  des  villes  fédérées,  c'est 
que  les  soldats  fournis  par  les  Voconces 
forment  des  cohortes  &  des  légions  sépa- 
rées'. 

Les  cités  latines  de  la  Province  sont  les 
suivantes  :  Carcasum  (Carcassonne),  Ces- 
sera (Saint-Thibéry),  Loteva  (Lodève),  Ne- 
mausiis  (Nimes),  Piscenae  (Pézénas),  Rus- 
cino  (Castel-Roussillon),  Tolosa  (Toulouse) 
&  Sextantio  (Substantion),  cette  dernière 
fondée  au  deuxième  siècle  de  l'ère  chré- 
tienne. 

Les  sources  de  l'histoire  des  villes  lati- 
nes sont  d'une  part  la  lex  Rubria,  donnée 
par  Jules  César  aux  cités  de  la  Gaule  Cisal- 
pine en  49;  de  l'autre,  les  fameuses  ta- 
bles de  Salpensa  &  de  Malaga,  qui  ont 
servi  de  fondement  au  célèbre  ouvrage  de 
M.  Mommsen  sur  le  droit  municipal  de 
Rome.  Ajoutons  que  pour  bien  des  points 
la  lex  Julia  municipalis  peut  fournir  des 
renseignements  importajits,  s'appliquant 
aussi  bien  aux  cités  latines  qu'aux  colonies 
romaines. 


DE  l'époque  de  la  FONDATION  DES  CITES  LATINES 
DU  LANGUEDOC. 

Comme  on  connaît  parfaitement  l'épo- 
que de  la  fondation  des  colonies  romaines 
de  la  Province,  ou  que  du  moins  on  peut 
la  fixer  d'une   manière   assez   exacte,  dé- 


'  Herzog,  p.   i53. 


même  temps  l'époque  de  son  organisation. 
Cette  question  est  particulièrement  obs- 
cure; le  laconisme  des  auteurs  anciens, 
abréviateurs  ou  compilateurs  sans  mé- 
thode &  sans  critique,  qui  nous  ont  ra- 
conté cette  partie  de  l'histoire  romaine, 
la  perte  des  livres  de  Tite-Live,  qui  trai- 
taient cette  question,  ne  permettent  pas 
d'atteindre  des  résultats  bien  précis;  il 
faut  se  contenter  de  simples  probabilités. 

La  Province  semble  avoir  été  conquise 
en  l'an  121  avant  J.-C;  une  colonie  ro- 
maine y  fut  installée  presque  immédiate- 
ment, en  l'an  118.  Fut-elle  organisée  tout 
entière,  ou  bien  resta-t-elle  quelques  an- 
nées encore  dans  l'état  transitoire  d'une 
première  conquête?  La  dernière  opinion 
est  celle  de  Pighius,  reproduite  par  Zumpt, 
savant  allemand  de  nos  jours;  celui-ci  a 
même  exagéré  le  système  de  son  prédéces- 
seur en  prolongeant  cette  période  de  vingt 
ans,  jusqu'au  cinquième  consulat  de  Ma- 
rius  (100  av.  J.-C).  Ce  système  a  été  com- 
battu de  nos  jours  tant  par  les  savants 
allemands,  Herzog  entre  autres,  que  par 
M.  Barry;  dans  une  note  du  premier  vo- 
lume de  cette  édition  (pp.  161-164)  on 
trouvera  réunies  les  principales  raisons 
qui  permettent  de  la  repousser  absolu- 
ment. 

Est-ce  à  dire  que  la  Province  ait  été  im- 
médiatement couverte  des  colonies  latines 
que  nous  y  trouvons  cent  quatre-vingts 
ans  plus  tard,  au  temps  de  Pline?  On  ne 
saurait  ni  le  nier  ni  l'affirmer;  seulement, 
si  nous  faisons  remarquer  que  les  témoi- 
gnages les  plus  sérieux  s'accordent  pour 
représenter  les  Volkes  comme  s'éfant  sou- 
mis volontairement  (entre  autres  Dion  Cas- 
sius),  il  semblera  peu  probable  que  l'on 
ait  choisi  ce  moment  pour  déposséder  ces 
nouveaux  alliés  de  leurs  terres  au  profit 
de  colons  latins. 

Remarquant  de  plus  que  pendant  toute 
la  période  qui  suivit  les  consulats  de  Ma- 
rins la  Province  fut  bouleversée  par  tant 
de  guerres,  les  gouverneurs  s'y  succédè- 
rent avec  tant  de  rapidité,  on  en  est  arrivé 
à  supposer  que  les  colonies  latines  n'ont 
pu  être  fondées  que  par  César  au  moment 


Note 
ii3 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


449 


de  sa  dictature.  Cette  question  mérite  d'ê- 
tre examinée  î  nous  croyons  que  l'on  a 
beaucoup  exagéré  le  rôle  de  César  dans  la 
Gaule  méridionale.  C'est  ce  que  prou- 
vera, nous  l'espérons,  l'examen  attentif 
des  preuves  sur  lesquelles  on  a  établi  cette 
opinion. 

Un  seul  texte  sérieux  a  été  cité  :  c'est  le 
fameux  passage  du  Tibère  de  Suétone  dans 
lequel  ce  biographe,  parlant  du  père  de 
l'empereur,  dit  qu'il  fut  chargé  de  con- 
duire des  colonies  dans  la  Gaule,  parmi 
lesquelles  Narbonne  &  Arles;  remarquons 
que  Suétone  ne  parle  que  de  villes  romai- 
nes que  Tibérius  eut  à  renouveler  &  non 
pas  à  fonder,  puisqu'elles  existaient  anté- 
rieurement; de  plus,  il  emploie  le  mot  de 
colonîae,  qui  à  son  époque  ne  s'appliquait 
plus  à  des  cités  latines;  cette  dénomina- 
tion leur  avait  été  enlevée.  Ainsi  donc, 
rien  qui  indique  l'établissement  de  muni- 
cipes  dans  ce  texte;  d'ailleurs,  la  mission 
de  Tibérius  dura  peu  &  il  eut  à  établir  ou 
à  renouveler  la  plupart  des  colonies  ro- 
maines de  la  Province,  ce  sont  les  inscrip- 
tions qui  le  prouvent. 

La  seconde  preuve  se  rapporte  à  Nimes, 
dont  M.  Mommsen  dans  son  Histoire  de  la 
monnaie  romaine,  &  M.  Herzog  dans  son 
Gallia  Harbonensis  attribuent  la  fondation 
à  César,  sur  la  foi  de  certaines  monnaies 
frappées  dans  cette  ville.  Mais  cette  opi- 
nion nous  semble  avoir  été  complète- 
ment réfutée  par  M.  Barry',  &  il  paraît 
que  c'est  à  Auguste  que  l'on  doit  rappor- 
ter la  fondation  de  cette  grande  ville;  elle 
fat  d'ailleurs  fondée  sur  le  territoire  donné 
par  Pompée  aux  Massaliotes  en  77,  &  que 
César  leur  enleva  de  nouveau  après  la  prise 
de  leur  ville. 

Nous  arrivons  enfin  au  dernier  argu- 
ment proposé  par  M.  Herzog,  à  la  fameuse 
inscription  de  Carcassonne.  Trouvée  à 
Rieux-Mérinville,  à  mi-chemin  entre  Nar- 
bonne &  Carcassonne,  elle  fut  publiée 
d'abord  par  M.  Herzog  dans  sa  disserta- 
tion sur  les  préteurs  de  Narbonne,  puis 
dans  son  Gallia  Narbonensis.  Dans  le  pre- 
mier de  ces  deux  ouvrages  il  l'avait  rap- 
portée à  Narbonne,  dans  le  second  il  l'at- 

'  Voir  tome  I  de  cette  édition,  pp.  242  à  261. 
IT. 


tribua  au  contraire  à  Carcassonne.  Voici 
cette  inscription  : 

G.  COMINIO  G.  F. 
VOLT.  BITVTIO.N 
PRAIT.    G.    I.    G.     ' 

M.  Herzog  y  voit  un  Cominius  Bitution, 
préteur  municipal  de  Carcassonne  (colo- 
niae  Juliae  Carcasonis).  Dans  sa  première 
opinion,  il  avait  supposé  que  les  sigles 
voulaient  dire  :  coloniae  Juliae  Claudiae  ; 
mais  il  paraît  que  le  nom  complet  de  Nar- 
bonne est  autre  &  doit  comprendre  coZo- 
nia  Julia  Papiria  Claudia  Narbo  IA.artius. 
De  plus,  le  nom  de  la  tribu  des  cités  lati- 
nes est  Voltinia,  tribu  qu'indique  l'inscrip- 
tion, tandis  que  tous  les  citoyens  &  magis- 
trats de  Narbonne  faisaient  partie  de  la 
tribu  Papiria.  Mais  d'autre  part,  expliquer 
d'une  manière  aussi  précise  des  abrévia- 
tions dont  on  n'a  qu'un  exemple  nous  pa- 
raît le  fait  d'une  mauvaise  méthode.  En 
outre,  rappelons  qu'une  inscription  négli- 
gée par  M.  Herzog  &  reproduite  dans  le 
tome  I  de  cette  édition',  mentionne  comme 
vivant  à  Narbonne  &  y  exerçant  les  fonc- 
tions de  duumvir,  înterrex  &  édile,  un  T.  Co- 
minius, &  M.  Barry  fait  remarquer'  que  le 
nom  de  Bitutio  semble  être  un  diminutif 
de  Betutius,  que  l'on  retrouve  fréquemment 
dans  les  inscriptions  narbonnaises.  Ainsi 
donc  s'il  paraît  établi  que  cette  inscrip- 
tion ne  se  rapporte  certainement  pas  à 
Narbonne,  il  semble  certain  d'autre  part 
qu'il  est  impossible  de  la  rapporter  sûre- 
ment à  Carcassonne. 

Cette  dernière  ville  n'apparaît  pas  dans 
l'histoire  avant  l'ouvrage  de  Pline,  dont  la 
liste,  composée,  comme  on  le  sait,  sur  les 
relevés  ordonnés  par  Agrippa,  nous  l'in- 
dique comme  l'une  des  colonies  latines  de 
la  Narbonnaise.  Elle  ne  serait  donc  men- 
tionnée antérieurement  à  Agrippa  que 
dans  l'inscription  de  M.  Herzog  &  dans 
un  passage  de  César,  dont  le  texte  a  donné 
lieu  à  de  nombreuses  discussions.  Au  cha- 


'  Herzog,  Append'ix  ep'tgraph'tcuSj  n.  266. 
*  Voir  tome  I,  p.  i3o,  sous-note  10. 
'  Voir    au    tome    I    de    cette    édition,    p.    129, 
sous-note  6. 


*9 


Note 
n3 


Note 
ii3 


4:30 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


pitre  XX  du  livre  III  de  la  Guerre  des  Gau- 
les, César  dit  que  le  jeune  Crassus,  sur  le 
point  de  partir  pour  une  expédition  con- 
tre les  Sotiates,  peuple  d'Aquitaine,  reçut 
des  secours  des  villes  {civitates)  de  la  pro- 
vince les  plus  voisines  :  Toulouse  &  Nar- 
bonne.  Les  anciennes  éditions  de  César 
ajoutaient  Carcassonne  au  nombre  de  ces 
citésj  les  plus  récentes,  celles  de  Nipper- 
dei  dans  la  collection  Teubner  &  celle  du 
Suédois  Frigell,  publiée  à  Upsal  en  1861, 
s'accordent  pour  le  supprimer.  D'après  le 
tableau  des  manuscrits  donné  par  cette 
dernière  édition,  on  voit  que  si  les  manus- 
crits du  neuvième  siècle  s'accordent  pour 
omettre  le  nom  de  Carcassonne  dans  ce 
passage,  un  manuscrit  du  onzième  siècle 
de  la  Bibliothèque  nationale  (lat.  6764)  le 
donne  sous  cette  forme  Carcasone ;  Ve  est 
cédille  j  à  ce  manuscrit  joignons  trois  au- 
tres du  Vatican,  de  Leyde  &  de  Hanau. 
Toutefois,  en  l'absence  de  toute  autre 
preuve,  on  ne  peut  rien  préjuger  quant  à 
sa  présence  dans  le  texte  primitif.  Remar- 
quons cependant  que  dans  la  phrase  les 
noms  de  villes  sont  à  l'ablatif  &  que  le 
mot  de  Carcasone  est  aussi  à  l'ablatif  dans 
le  manuscrit  de  Paris;  or,  au  onzième  siè- 
cle, au  cas  où  le  manuscrit  aurait  été  écrit 
dans  le  midi  de  la  France,  seule  manière 
d'expliquer  une  interpolation,  la  ville  de 
Carcassonne  s'appelait  Carcassona  depuis 
fort  longtemps  déjà,  puisqu'elle  n'est  pas 
autrement  nommée  dans  Grégoire  de 
Tours;  la  forme  Carcasone  se  rapproche 
visiblement  du  nom  de  Kapv.dc(ù  donné  par 
Ptolémée'.  Si  donc  on  veut  y  voir  une  in- 
terpolation, il  faut  la  supposer  faite  à  une 
époque  ancienne,  où  le  nouveau  nom  de 
Carcassonne  n'avait  pas  encore  fait  oublier 
l'ancien. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  hypothèses, 
que  Carcassonne  ait  été  une  cité,  une  ville 
latine  dès  avant  la  dictature  de  César,  ou 
qu'elle  ne  le  soit  devenue  que  plus  tard,  il 
nous  semble  difficile  d'attribuer  à  César  la 
fondation  de  toutes  les  colonies  latines  de 
la  Narbonnaise,  &  nous  croyons  qu'il  est 
difficile  de  retarder  jusqu'à  ce  moment 
l'organisation  de  ce  pays. 

'  Voyez  A.  de  Valois,  Notitia  Galliaram^  p.  126. 


Avant  d'exposer  notre  opinion,  nous 
croyons  nécessaire  de  rappeler  les  princi- 
paux événements  qui  signalèrent  les  pre- 
mières années  de  la  conquête. 

La  Province  romaine  fut  conquise  vers 
l'an  121  avant  J.-C.,à  la  suite  des  victoires 
de  Domitius  &  de  Sextius.  Dès  l'an  118,  on 
y  fonde  la  colonie  de  Narbonne  &  l'on  y 
trace  ou  répare  la  célèbre  voie  Domitia,  qui 
devait  unir  l'Italie  &  l'Espagne.  D'après 
des  témoignages  postérieurs,  il  est  vrai, 
mais  qui  semblent  empruntés  à  des  sources 
dignes  de  foi,  d'après  celui  de  Dion  Cas- 
sius,  notamment,  les  Volkes  Tectosages, 
s'étant  soumis  volontairement,  reçurent  le 
titre  d'allié  (foederati)  &  par  conséquent 
gardèrent  leur  territoire;  on  leur  imposa 
seulement  une  garnison  romaine,  proba- 
blement pour  garder  cette  place  impor- 
tante contre  les  attaques  des  Gaulois  in- 
dépendants du  nord  &  de  l'ouest.  Ainsi 
donc,  il  n'y  avait  pas  lieu  de  fonder  une 
colonie,  puisqu'il  n'y  avait  pas  eu  de  con- 
fiscation de  territoire. 

Quelques  années  plus  tard,  il  en  était 
tout  autrement.  Les  Cimbres  &  les  Teu~ 
tons  envahissent  la  Gaule  vers  l'an  iio; 
vainqueurs  des  Gaulois  du  nord,  dont  ils 
ont  ravagé  les  campagnes,  ils  battent  les 
Romains  en  plusieurs  rencontres  &  enta- 
ment la  Province.  C'estalorsque  les  Volkes, 
abandonnant  l'alliance  romaine,  séduits  par 
les  menées  des  barbares,  &  désireux  proba- 
blement de  recouvrer  complètement  leur 
indépendance,  leur  ouvrent  les  portes  de 
Toulouse  &  massacrent  la  garnison  ro- 
maine {praesidium) ;  cette  trahison  est  ven- 
gée par  Cépion;  mais  écrasé  par  les  bar- 
bares sur  les  bords  du  Rhône,  celui-ci  dut 
sans  doute  abandonner  l'ouest  de  la  Nar- 
bonnaise. Plusieurs  années  s'écoulent  : 
Marins  nommé  consul,  attend  les  Cimbres 
&  les  Teutons  de  pied  ferme,  réorganise 
l'armée  &  remet  le  pays  sous  la  domina- 
tion romaine.  Battu  par  son  questeur, 
Sylla,  le  roi  des  Volkes,  Copillus,  est  fait 
prisonnier.  On  connaît  la  suite. 

Redevenue  maîtresse  de  ce  pays,  Rome 
dut  punir  sévèrement  une  trahison  aussi 
insigne;  en  confisquant  les  terres  de  ses 
alliés  infidèles,  elle  était  dans  son  droit  & 
elle   ne   prenait  qu'une    mesure   de  pru- 


NOTE 

ii3 


Note 
n3 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


45 1 


dence.  C'est  ce  que  nous  rapporte  Appien 
dans  le  préambule  de  son  Histoire  des 
guerres  civiles\  Saturninus,  au  cours  de 
sa  lutte  contre  les  Métellus,  proposa  un 
projet  de  plébiscite  ayant  pour  but  le  par- 
tage des  terres  occupées  dans  les  Gaules 
parles  Cimbres,  terres  qui  n'appartenaient 
plus  aux  Gaulois,  mais  aux  Romains;  elles 
étaient  situées  dans  la  Province,  &  nul 
doute  qu'il  n'y  faille  comprendre  les  terres 
des  Volkes,  alliés  des  Cimbres  pendant  plu- 
sieurs années. 

Ces  terres  confisquées  étaient  donc  dès 
l'an  99  avant  J.-C.  un  sujet  de  préoccupa- 
tions, &  un  sujet  irritant,  puisqu'il  ser- 
vait de  prétexte  à  de  nouvelles  batailles 
entre  patriciens  &  plébéiens  :  tandis  que 
vraisemblablement  les  patriciens  voulaient 
les  laisser  provisoirement  sans  destination, 
Saturninus,  appuyé  sur  Marins,  préten- 
dait l'attribuer  a  ix  Italiens;  voici  du  reste 
l'analyse  de  tout  ce  passage  : 

Pendant  son  sixième  consulat,  Marins 
s'unit  aux  ennemis  de  Métellus,  contre  le- 
quel il  nourrissait  une  haine  secrète.  Pour 
la  satisfaire  Apuléius  propose  une  loi, 
décrétant  le  partage  des  terres  occupées 
dans  la  Gaule  par  les  Cimbres,  terres  qui 
à  la  suite  de  l'expulsion  de  ces  peuples 
par  Marius,  ne  devaient  plus  appartenir 
aux  Gaulois,  mais  aux  Romains.  On  avait 
ajouté  à  la  loi,  que  si  le  peuple  l'adoptait 
&  en  faisait  un  plébiscite,  le  sénat  jurerait 
d'y  obéir  dans  les  cinq  jours;  celui  qui 
refuserait  ce  serment  payerait  une  amende 
de  vingt  talents  &  serait  chassé  du  sénat. 
Cette  loi  était  dirigée  contre  les  patriciens 
en  général  &  contre  Métellus  en  particu- 
lier, qui,  on  le  savait  bien,  ne  prêterait 
jamais  un  pareil  serment.  Apuléius  fixe  le 
jour  des  comices  &  fait  avertir  les  tribus 
rurales,  auxquelles  il  se  fiait  davantage, 
comme  composées  en  grande  partie  d'an- 
ciens soldats  de  Marius;  d'ailleurs  cette 
loi,  faite  surtout  en  vue  des  alliés  italiens, 
ne  plaisait  que  peu  au  peuple  de  Rome. 

Grand  tumulte  aux  comices.  Apuléius 
chasse  des  rostres  les  orateurs  qui  veulent 
parler  contre  la  loi.  Les  tribus  urbaines 
ont  beau  soutenir  qu'il  tonne,  signe  né- 

'  Livre  I,  c.  21,  édit.  Didot. 


faste,  Apuléius  n'abandonne  pas  son  en- 
treprise. Attaque  du  peuple  da  la  ville, 
qui  disperse  les  habitants  de  la  campagne. 
Mais  ceux-ci  reviennent  en  plus  grand 
nombre  &  finissent  par  l'emporter.  La 
charge  de  Marius  l'obligeait  à  proposer 
immédiatement  le  serment  au  sénat;  c'est 
ce  qu'il  fait,  il  parle  lui-même  contre  le 
serment;  Métellus  &  le  sénat  l'applaudis- 
sent. Cinq  jours  après,  le  dernier  jour  du 
délai  fixé  par  la  loi,  le  consul  rassemble  le 
sénat  &  lui  dit  :  «  Quil  craint  que  le  peuple 
ne  soit  favorable  à  la  loi.  Il  croit  qu'il  faut 
jurer  dans  les  termes  indiqués  par  la  loi;  la 
multitude  venue  des  champs  se  dispersera 
alors  ;  plus  tard  on  pourra  alléguer  que  cette 
loi  n'en  est  pas  une,  puisqu'elle  a  été  emportée 
par  la  force  S*  sous  de  mauvais  présages.  » 
Aussitôt  Marius  se  lève  &  va  tout  le  pre- 
mier avec  ses  amis  prêter  serment  au  tem- 
ple de  Saturne.  Les  autres  sénateurs,  sauf 
Métellus,  font  de  même;  Apuléius  excite 
la  foule  contre  celui-ci,  le  fait  arracher  de 
la  curie  par  ses  viateurs,  &  propose  une 
loi  qui  frappe  Métellus  de  l'exil  &  lui  in- 
terdit le  séjour  de  l'Italie.  Le  peuple  de 
Rome  indigné  veut  résister;  mais  Métellus 
refuse  de  fournir  une  occasion  de  troubles 
civils  &  sort  volontairement  de  la  ville. 
Marius  promulgue  alors  la  loi,  avec  sa  dis- 
position additionnelle.  Quelques  mois  plus 
tard  Glaucia  &  Apuléius  périssaient  après 
une  courte  résistance  au  Capitole. 

Ainsi  donc,  de  ce  passage  d'Appien,  qui 
semble  écrit  d'après  des  sources  authenti- 
ques &  contemporaines,  il  résulte  que  dès 
cette  époque  (99  avant  J.-C),  la  coloni- 
sation de  la  Gaule  méridionale  était  une 
question  à  l'ordre  du  jour;  les  terres  oc- 
cupées par  les  Cimbres  ayant  été  confis- 
quées au  profit  de  Vager  publicus,  il  fallait 
les  employer;  Saturninus  voulait  les  don- 
ner à  des  colons  latins;  il  parvint  à  faire 
passer  sa  loi,  mais  elle  ne  put  certainement 
pas  être  exécutée,  car  il  mourut  quelques 
mois  après.  Nous  ne  prétendons  donc  pas 
faire  dater  de  cette  époque  la  colonisa- 
tion de  la  Gaule  narbonnaise;  nous  pré- 
tendons seulement  prouver  qu'il  est  in- 
vraisemblable qu'on  ait  attendu  cinquante 
ans  pour  prendre  une  mesure  aussi  néces- 
saire. 


NOTB 

ni 


432 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


D'autre  part,  il  faut  remarquer  que  c'est 
à  partir  des  Gracques,  malgré  leur  mort 
tragique,  que  le  mouvement  de  colonisa- 
tion du  monde  romain  a  pris  sa  plus 
grande  extension.  On  sait  que  si  Tibérius 
s'était  appuyé  sur  le  peuple  de  Rome,  son 
frère  Caïus  essaya  de  s'associer  les  Latins 
&  les  alliés  italiens;  la  même  pensée  avait 
inspiré  Scipion  Émilienj  tous  deux  péri- 
rent, l'un  avant  d'avoir  terminé,  l'autre 
avant  d'avoir  seulement  ébauché  cette 
grande  tâche.  Mais  l'exemple  donné  par 
eux  fut  suivi  après  leur  mort.  C'est  alors 
que  l'on  fonda  les  colonies  de  Narbonne 
&  d'Aix  malgré  le  sénat,  &  qui  sait  si  d'au- 
tres colonies  latines  ne  furent  pas  fondées 
après  la  guerre  des  Cimbres  ?  Sans  doute  la 
guerre  sociale  suivit  de  peu  la  révolte  de 
Saturninus,  mais  peut-être  dans  l'inter- 
valle la  loi  qu'il  avait  fait  porter  fut-elle 
exécutée  dans  une  partie  de  ses  disposi- 
tions &  quelques  esprits  conciliants  cher- 
chèrent-ils ainsi  à  donner  aux  alliés  quel- 
ques satisfactions.  En  tout  cas,  rien  dans  le 
texte  de  Suétone,  rien  dans  l'inscription 
de  Carcassonne  ne  permet,  à  notre  avis,  de 
supposer  que  César  ait  fondé  des  colonies 
latines  dans  la  Province  romaine. 

Au  cours  de  la  discussion,  M,  Herzog 
mentionne  un  argument  sur  lequel,  du 
reste,  il  n'insiste  pas  beaucoup  &  dont 
voici  l'exposé.  On  sait  que  d'ans  les  villes 
latines,  les  magistrats  sortant  de  charge  & 
un  certain  nombre  d'autres  notables  ob- 
tenaient la  cité  romaine  &  étaient  par 
conséquent  inscrits  dans  une  des  tribus  de 
la  ville,  &  quand  une  cité  tout  entière  re- 
cevait d'un  seul  coup  la  cité  romaine,  elle 
entrait  dans  la  même  tribu.  Quand  dans 
une  province  on  établissait  à  la  fois  plu- 
sieurs colonies,  ces  colonies  recevaient  la 
même  tribu,  tandis  que  lorsqu'elles  étaient 
fondées  isolément,  chacune  avait  la  sienne. 
Or  dans  la  province,  tandis  que  Narbonne, 
Béziers  ont  chacune  leur  tribu  (Papiria, 
Pupînîa) ,  toutes  les  cités  latines  n'ont 
qu'une  seule  tribu  :  Voltinîa.  M.  Herzog 
en  conclut  que  toutes  ces  cités  furent  fon- 
dées en  même  temps.  En  donnant  à  cet  ar- 
gument la  valeur  qu'il  lui  attribue,  comme 
la  colonie  de  Nimes  semble  avoir  été  fon- 
dée par  Auguste,  tout   son  raisonnement 


serait  détruit  par  la  base  &  c'est  à  Auguste 
qu'il  faudrait  attribuer  la  fondation  de 
toutes  les  villes  latines  de  la  province. 
Mais  nous  ne  croyons  pas  que  cette  raison 
ait  une  grande  valeur;  on  peut  penser  que 
plusieurs  colonies  fondées  en  même  temps 
ont  reçu  à  Rome  la  même  tribu,  &  que 
plus  tard  Auguste  ayant  fondé  une  nou- 
velle colonie  dans  la  même  province,  lui 
donna  la  même  tribu  que  les  autres". 

Les  colonies  latines  à  l'origine  s'appel- 
lent municipia,  comme  les  villes  italiennes; 
mais  à  partir  de  Jules  César  &  pour  un 
temps  elles  reçurent  le  titre  de  coloniae, 
qui  impliquait  des  droits  beaucoup  plus 
élevés.  C'est  beaucoup  plus  tard  seule- 
ment que  le  nom  de  civîtates  fut  appliqué, 
tant  aux  villes  latines  qu'aux  colonies  ro- 
maines; on  le  voit  paraître  à  la  fin  du 
deuxième  siècle,  &  à  partir  de  Caracalla  il 
est  seul  usité".  En  effet,  à  partir  de  cet 
empereur,  le  droit  de  cité  ayant  été  con- 
cédé à  tous  les  sujets  de  l'Empire,  la  prin- 
cipale distinction  entre  les  villes  romaines 
&  les  villes  latines  disparut,  &  un  même 
nom  servit  à  les  distinguer. 

Les  principaux  privilèges  des  colonies 
latines  sont  les  suivants  :  elles  sont  exemp- 
tes des  tributs  du  sel  &  de  la  tête  (impôt 
foncier  &  capitation)  &  s'administrent  li- 
brement à  l'intérieur  de  leur  cité.  Leurs 
magistrats  annuels  &  élus  tiennent  leur 
autorité  des  comices  &  de  l'ordre  des  dé- 
curions. Entre  les  colonies  &  les  muni- 
cipes  il  n'y  a  aucune  différence  essentielle 
pour  l'organisation  intérieure;  elle  réside 
tout  entière  dans  des  points  de  détail.  Au- 
trefois les  colonies  romaines  faisant  partie 
intégrante  de  Rome,  n'avaient  point  de 
magistrats  particuliers;  plus  tard  elles  re- 
çurent une  organisation  qui  se  calqua  na- 
turellement sur  celle  des  municipes'. 

LES   ORDRES.   —    LES   MAGISTRATS. 

Si  nous  commençons  par  les  ordres,  nous 
n'aurons  que  peu  de  chose  à  dire.  Cepen- 
dant il  faut  remarquer  que  les  anciens  ha- 

'  Herzog,  p.  164. 
"  Herzog,  p.  i53. 
'  Herzog,  p.   iS"], 


Note 
ii3 


NoTi; 
I  i3 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


453 


bitants  du  pays  restèrent  pendant  quelque 
temps  à  côté  des  nouveaux  colons  dans 
une  situation  qui  nous  est  inconnue.  Ceux 
de  Nimes  venaient  de  recevoir  la  latinité 
quand  Strabon  écrivit  son  ouvrage.  Nous 
trouvons  d'ailleurs  dans  les  villes  latines 
comme  ailleurs  la  plehs  &  les  decuriones. 
La  première  est  composée  comme  dans  les 
colonies  romaines;  elle  a  en  principe  les 
mêmes  pouvoirs;  seulement  elle  les  a  éga- 
lement perdus.  Les  décurions  se  recrutent 
de  la  même  façon,  jouissent  des  mêmes 
honneurs,  exercent  à  peu  près  les  mêmes 
pouvoirs.  Seulement  à  tous  ceux  dont  ils 
Jouissaient  dans  les  colonies,  dans  les  villes 
latines  ils  ajoutaient  des  pouvoirs  judi- 
ciaires. C'est  au  moins  ce  que  semblent 
indiquer  les  fameuses  tables  de  Malaga  & 
de  Salpensa  récemment  découvertes.  On  y 
voit  l'habitant  du  municipe  latin  qui  a 
affranchi  un  esclave  de  moins  de  vingt  ans 
par-devant  les  duumvirs,  obligé  d'en  four- 
nir la  preuve  par-devant  les  décurions.  En 
outre  quand  le  duumvir  a  à  nommer  un 
tuteur  d'office,  s'il  ne  peut  prendre  con- 
seil de  ses  collègues,  il  doit  demander 
conseil  aux  décurions.  Enfin  la  loi  de  Ma- 
laga prouve  que  quand  une  amende  avait 
été  prononcée  par  un  magistrat,  si  appel 
en  était  interjeté,  c'étaient  les  décurions 
qui  prononçaient  en  dernier  ressort.  On  a 
supposé  que  c'était  parce  que  l'appel  était 
interdit  aux  habitants  des  municipes,  & 
on  en  a  conclu  que  tant  que  les  jugements 
appartinrent  aux  comices,  le  droit  d'appel 
fut  attribué  aux  décurions  '. 

Les  règles  générales  qui  présidaient  au 
choix  &  à  l'élection  des  magistrats  des 
villes  latines  furent  les  mêmes  que  pour 
ceux  des  colonies  romaines.  Seulement 
leurs  pouvoirs  y  furent  un  peu  plus  éten- 
dus; à  la  surveillance  des  édifices  publics, 
à  l'administration  du  trésor,  ils  ajoutèrent 
certains  pouvoirs  judiciaires.  Tandis  que 
dans  les  cités  romaines,  les  magistrats  ne 
pouvaient  ni  nommer  un  tuteur,  ni  rece- 
voir un  affranchissement  ou  autoriser  une 
adoption,  dans  les  municipes,  ils  possé- 
daient tous  ces  droits.  C'est  au  moins  ce 
que  semblent  indiquer  les  documents  espa- 

'  Herzog,  p.  212. 


gnols  plus  haut  mentionnés.  De  plus  ils 
y  exerçaient  une  certaine  juridiction  con- 
tentieuse  qui  s'étendait  sur  tous  les  habi- 
tants du  municipe;  enfin  ils  pouvaient, 
dans  certains  cas,  en  tant  que  le  compor- 
tait l'exercice  de  leurs  fonctions,  infliger 
des  amendes  légères,  sans  appel  aux  décu- 
rions '. 

Comme  dans  les  colonies  romaines,  les 
noms  que  les  magistrats  reçoivent  dans  les 
différentes  cités  latines  sont  différents, 
sans  que  leurs  fonctions  le  soient.  A  Tou- 
louse nous  trouvons  des  quaestores^  des 
quatiuorvïrî,  des  quattuorvïrî  ab  aerarlo,  & 
des  praefecd  vîgilum  &  armorum.  Ainsi  que 
nous  l'avons  vu  dans  la  Note  précédante, 
on  appelait  quattuorvïrî,  au  moins  d'après 
l'opinion  la  plus  généralement  suivie,  la 
réunion  des  duumvirs,  de  l'édile  &  du 
questeur.  A  l'époque  où  commence  la  série 
de  ses  monuments  épigraphiques,  Tou- 
louse était  donc  administrée  comme  la 
plupart  des  autres  colonies  latines  par  le 
collège  des  quatre  magistrats. 

A  Nimes,  au  contraire,  les  noms  des  ma- 
gistratures semblent  avoir  été  beaucoup 
plus  variables.  En  suivant  l'ordre  de  date, 
on  trouve  les  praetores  quatt.,  les  quattuor- 
vïrî &  les  quattuorvïrî  ab  aerarîs'.  Nous 
avons  déjà  indiqué  dans  la  Note  précé- 
dente quelles  ont  été  les  vicissitudes  de  la 
charge  de  préteur  municipal;  antérieure  à 
celle  de  duumvir,  elle  lui  céda  peu  à  peu 
la  place;  cependant  on  en  trouve  encore 
dans  des  inscriptions  de  Die,  qui  ne  fut 
fondée  qu'en  27  avant  J.-C.  M.  Herzog 
établit  d'une  manière  ingénieuse  que  ce 
titre  de  préteur  a  dû  survivre  à  l'an  12 
avant  J.-C.;  en  effet,  une  inscription  de 
Narbonne'  qui  le  donne  fournit  en  même 
temps  la  forme  coerare,  qui  remplace  celle 
plus  ancienne  de  coïrare  dans  une  inscrip- 
tion de  cette  date  donnée  par  Orelli.  En 
tout  cas  il  disparut  définitivement  au  com- 
mencement du  règne  de  Tibère,  époque 
où  l'on  voit  paraître  les  quattuorvïrî  juridi- 
cundo.  Sous  Vespasien  paraissent  des  quat- 
tuorvïrî ab  aerarîo,  magistrats  au  nombre 

'  Herzog,  p.  224, 
*  Herzog,  p.  2  1  "î. 
'  Herzog,  ^pp-  11"  '6. 


Note 
ii3 


Note 
ii3 


454 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


de  quatre,  comme  l'indique  leur  nom,  qui 
exercent  leur  charge  de  concert  avec  le 
questeur  &  l'édile;  c'étaient  les  anciens 
duumvirs,  dont  le  nombre  avait  été  doublé 
à  cause  de  l'étendue  de  leurs  fonctions  & 
de  leurs  occupations  multipliées.  Ces  nou- 
veaux magistrats  avaient  en  même  temps 
pris  l'administration  spéciale  du  trésor  pu- 
blic. On  peut  attribuer  la  création  de  ces 
nouvelles  magistratures  à  la  grande  éten- 
due de  Vager  Nemausensîs.  Ce  changement 
est  analogue  à  celui  qui  se  produisit  à 
Vienne,  colonie  romaine;  seulement,  tan- 
dis que  dans  cette  dernière  ville  on  avait 
créé  des  duumvîri  aerarïi  &  des  duumvirl 
locorum  publicorum  fersequendorum,  à  Ni- 
mes  on  a  créé  des  quattuorvîri  aerarîî.  Dans 
le  premier  cas  on  a  séparé  du  pouvoir  sou- 
verain l'administration  financière  &  celle 
des  travaux  publics,  dans  le  second,  on  lui 
a  réuni  la  surveillance  du  trésor'. 

On  trouve  encore  à  Nimes  un  praefectus 
vigllum  &  armorum,  sur  lequel  on  a  beau- 
coup discuté  sans  atteindre  aucun  résultat 
bien  certain.  On  ne  sait  si  c'était  une 
charge  municipale  ou  une  charge  pure- 
ment administrative.  Pourtant  certaines 
inscriptions  semblent  donner  raison  à  la 
première  hypothèse;  car  on  y  voit  figurer 
des  personnes  qui  paraissent  être  des  ma- 
gistrats municipaux.  On  ne  sait  par  qui  ce 
personnage  était  nommé;  on  a  quelque- 
fois rapproché  son  nom  de  celui  du  chef 
des  sept  légions  de  vigiles  instituées  à 
Rome  par  Auguste  contre  les  incendies. 
Peut-être  existait-il  à  Nimes  un  corps  ana- 
logue entretenu  par  la  municipalité;  son 
chef  aurait  été  nommé  soit  par  l'ordre  des 
décurions,  soit  par  le  président  de  la  pro- 
vince. On  rappelle  encore  à  cette  occa- 
sion une  lettre  de  Trajan  à  Pline,  dans 
laquelle  cet  empereur  lui  ordonne  de  dis- 
soudre une  corporation  de  vigiles  cons- 
tituée par  les  charpentiers  de  Nicomédie, 
pour  veiller  aux  incendies;  l'empereur 
craignait  sans  doute  qu'une  pareille  asso- 
ciation ne  devînt  pour  le  pouvoir  central 
une  source  d'embarras.  A  Nimes,  on  voit 
cet  emploi  rempli  par  des  personnages 
importants,    gratifiés    du    cheval    public 


(equo   publico    ornatus),  &   ayant   le   cens 
équestre  '. 

Quant  aux  patrons,  leur  rôle  dans  l'or- 
ganisation des  villes  latines  était  exacte- 
ment le  même  que  dans  l'organisation  des 
colonies  romaines. 


ADMINISTRATION   PUBLIQUE. 

Dans  leur  administration  intérieure,  les 
municipes  jouissaient  d'une  liberté  à  peu 
près  complète,  mais,  comme  membres  d'un 
grand  corps,  ils  étaient  astreints  à  certains 
devoirs  généraux  &  soumis  au  pouvoir  du 
gouverneur  de  la  province.  On  sait  qu'à 
partir  d'Auguste  les  provinces  furent  divi- 
sées en  provinces  sénatoriales  &  impéria- 
les; les  premières  depuis  longtemps  sou- 
mises &  déjà  à  demi-romaines,  les  autres, 
provinces  frontières,  récemment  conquises 
ou  animées  d'un  esprit  dangereux.  Parmi 
les  premières  fut  la  Narbonnaise,  qui,  dès 
le  premier  siècle  de  l'ère  chrétienne,  était 
déjà  à  demi-romaine;  elle  continua  donc 
à  être  gouvernée  comme  auparavant  par 
un  préteur;  mais  là  comme  dans  les  pays 
dont  il  s'était  réservé  l'administration, 
l'empereur  conserva  la  plus  grande  auto- 
rité, &  ce  fut  généralement  de  lui  que  les 
agents  du  pouvoir  central  reçurent  leurs 
instructions  &  leurs  pouvoirs.  Le  préteur, 
comme  son  nom  l'indique,  réunissait  tous 
les  pouvoirs  :  chef  militaire,  il  comman- 
dait les  troupes  chargées  de  garder  la  pro- 
vince &  d'y  maintenir  l'ordre;  juge,  il 
traçait  les  circonscriptions  judiciaires  du 
pays,  indiquait  les  chefs-lieux  de  chacune 
d'elles  &  y  tenait  chaque  année  les  con- 
ventus  judiciales;  il  jugeait  les  causes  les 
plus  importantes,  dont  ne  pouvaient  con- 
naître les  magistrats  municipaux;  enfin 
administrateur,  le  préteur  faisait  dresser 
les  tables  du  cens  (tabulae  censoriae)  d'après 
le  recensement  quinquennal  des  duumvirs, 
qui  répartissait  les  impôts  &  les  redevan- 
ces entre  chaque  cité;  il  s'occupait  encore 
du  soin  des  routes  &  de  l'entretien  des 
édifices  de  l'Etat;  au  point  de  vue  reli- 
gieux, il  présidait  les  sacrifices  célébrés 
au  nom  de  la  province.  Pour  l'aider  dans 


NoTB 

n3 


'  Herzog,  pp.  217,  218. 


'  Herzog,  p.  222. 


NoTB 

ii3 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


455 


ses  fonctions,  le  proconsul  a  des  lieute- 
nants, legati  pro  praetore,  qui  ne  sont  guère 
que  des  espèces  de  lieutenants  sans  initia- 
tive personnelle.  A  côté  du  préteur  est  le 
questeur  de  la  province  qui  tient  le  compte 
de  l'impôt,  le  reçoit  &  en  donne  quittance; 
pour  les  assister  dans  leurs  fonctions  ces 
magistrats  ont  de  nombreux  employés  in- 
férieurs, pris  souvent  parmi  les  affranchis 
&  que  l'on  appelait  assesseurs.  En  outre, 
ils  avaient  une  chancellerie,  des  scribes  & 
des  notaires'. 

Les  principales  charges  qui  pesaient  sur 
les  villes  étaient  les  impôts  &  les  redevan- 
ces. Les  impôts  étaient  établis  d'après  la 
tabula  census,  qui  fut  dressée  pour  la  pre- 
mière fois  dans  tout  l'Empire  par  ordre  de 
César  &  terminée  pour  l'Occident  en  27 
avant  J.-C.  C'était  à  la  fois  un  dénom- 
brement &  un  cadastre  :  elle  contenait 
la  description  des  terres  &  l'énumération 
des  personnes,  &  servait  à  asseoir  &  l'im- 
pôt foncier  &  la  capitation.  Elle  divisait 
les  habitants  en  trois  classes  :  les  proprié- 
taires du  sol,  les  marchands  &  les  artisans, 
enfin  les  pauvres  qui  étaient  exempts. 
Les  principaux  impôts  étaient  le  trîbu- 
tum  soîi  ou  foncier  &  le  tributum  capitis 
ou  capitation.  On  percevait  de  plus  des 
revenus  en  nature  :  en  vins,  en  huile,  en 
froment,  &  les  magistrats  avaient  droit  de 
réquisition;  c'est  ainsi  que  les  Gaules 
fournissaient  le  lin  &  les  voiles  des  vais- 
seaux. Ajoutons  encore  la  vîcesîma  liberta- 
t'is  &■  manumissîonum ,  le  patrimonîum  Cae~ 
saris,  dont  les  produits  appartenaient  au 
trésor  impérial.  On  levait  encore  le  qua- 
rantième sur  toutes  les  marchandises  pas- 
sant de  la  Narbonnaise  dans  les  autres 
provinces  (quadragesîma  Gallîarum). 

Les  impôts  étaient  levés  par  les  magistrats 
ou  plutôt  par  les  décurions;  cependant  le 
blé  exigé  pour  les  armées  de  passage  dans 
la  province  était  reçu  soit  par  le  procureur 
de  César,  soit  dans  la  Narbonnaise  par  le 
procureur  du  blé  dans  la  Narbonnaise  & 
la  Ligurie,  &  d'autre  part  le  vingtième  sur 
les  héritages  était  payé  à  Vaerarium  mîli- 
tare,  qu'administrait  un   bureau   spécial'. 

Herzog,  p.  240. 
=  Herzog,  p.  247. 


D^ns  l'intérieur  de  chaque  cité  c'était  à 
l'ordre  des  décurions  que  revenait  le  soin 
de  percevoir  &  d'acquitter  l'impôt;  on 
sait  qu'ils  en  étaient  responsables  &  que 
ce  système  fut  une  des  principales  causes 
de  la  destruction  des  municipalités  romai- 
nes au  cinquième  siècle.  L'ordre  nommait 
des  employés,  exactores  tributorum,  qui  se 
mettaient  en  relation  directe  avec  les  con- 
tribuables. Au  cas  où  le  chiffre  marqué 
n'était  pas  atteint,  Vexactor  comblait  le 
déficit  ou  à  son  défaut  les  décurions. 

Outre  ces  impôts  payés  par  les  colonies 
à  l'Etat,  elles  avaient  encore  à  subvenir 
à  leurs  charges  intérieures.  Ces  charges 
étaient  l'entretien  des  monuments  publics, 
les  jeux,  les  sacrifices,  le  payement  des 
médecins  &  des  professeurs  d'arts  libé- 
raux, &c.  Les  recettes  consistaient  dans 
la  location  des  terrains  appartenant  à  la 
ville,  dans  les  droits  indirects  que  les  mar- 
chandises payaient  à  leur  entrée,  dans  des 
taxes  sur  les  courtisanes,  &c.  En  outre, 
on  avait  des  impôts  qui  atteignaient  les 
citoyens  proportionnellement  à  leur  for- 
tune. A  toutes  ces  ressources  venaient 
s'ajouter  les  largesses  privées;  on  voit  des 
statues  dressées  à  des  citoyens  qui  avaient 
construit  un  bain  gratuit,  donné  de  beaux 
jeux  ou  fait  respecter  les  privilèges  du 
municipes.  A  l'origine,  toutes  ces  charges 
étaient  acceptées  volontairement  par  les 
magistrats;  ce  n'est  qu'à  partir  de  l'empire 
&  du  deuxième  siècle  que  d'honorifiques 
elles  devinrent  obligatoires'. 

DÉCADENCE  DU  SYSTÈME  MUNICIPAL. 

Après  avoir  duré  plusieurs  siècles,  le 
système  municipal  arriva  sur  la  fin  de 
l'Empire  romain  à  une  décadence  com- 
plète, &  loin  d'être  un  remède  à  la  si- 
tuation difficile  créée  au  monde  romain 
par  la  guerre  civile  &  l'invasion  des  bar- 
bares, il  ne  fut  plus  qu'un  mal  de  plus 
ajouté  aux  autres  maux.  Les  causes  de 
cette  révolution  singulière  sont  multiples, 
mais  cependant  on  peut  les  ramener  faci- 
lement à  deux  principales  :  d'une  part  la 
destruction  des  libertés   intérieures  dont 

'  Herzog,  pp.  829  à  832. 


Note 
ii3 


Note 
ii3 


436 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


jouissaient  les  municîpes,  de  l'autre,  déve- 
loppement du  système  financier  &  par 
suite  écrasement  de  la  classe  moyenne. 
Avant  d'examiner  ces  deux  faits,  remar- 
quons qu'à  mesure  que  l'on  avance  vers  la 


pouvoir  central  auprès  de  la  colonie;  les 
patrons  acceptaient  comme  une  charge 
honorifique  le  soin  des  affaires  de  la  ville, 
les  curateurs  s'en  acquittaient  comme  d'un 
emploi;   les  uns  protégeaient,  les  autres 


période  barbare,   les   distinctions   légères  surveillaient.  Aussi  cette  institution  eut- 

qui  jusque-là  avaient  séparé  les  colonies  elle  pour  conséquence  nécessaire  d'enle- 

romaines  &  les  municîpes  s'affaiblissent  de  ver  aux  municipalités   tout  ressort  inté- 

plus  en  plus;  les  anciennes  colonies  de-  rieur,  toute  activité  &  toute  vie', 

viennent  des  civitas  ou  metropoUs,  suivant  Les  fonctions  municipales  étaient  gra- 

qu'elles  sont  villes  ou  capitales  d'une  pro-  fuites;    le    jour   où    elles    devinrent   une 

vince,  &  plusieurs  d'entre  elles  tombent  charge,  personne  ne  voulut  en  supporter 

au  rang  de  simples  castella.  le  poids.  Nous  avons  dit  plus  haut  que  les 

On  comprend  qu'un  pouvoir  aussi  cen-  décurions  dans  leur  ensemble  étaient  res- 

tralisateur  que  le  pouvoir  impérial   n'ait  ponsables  du  payement  intégral  de  l'impôt, 

pu  longtemps  s'accommoder  de  la  liberté  Quand,  à  la  fin  de  l'Empire  romain,  les 

intérieure  dont  jouissaient  primitivement  impôts  devinrent  écrasants  &  dépassèrent 

les  munîdpcj.  L'un  des  premiers  qui  semble  toute  proportion,  ils  se  trouvèrent  dans 


y  avoir  porté  atteinte,  c'est  Trajan;  admi- 
nistrateur habile,  soigneux,  pour  ne  pas 
dire  méticuleux,  prévoyant,  on  le  voit 
dans    sa    correspondance    avec    Pline    le 


une  situation  lamentable;  placés  entre  les 
contribuables  qui,  ruinés  par  les  guerres 
civiles  &  les  invasions,  ne  pouvaient  payer 
&  le  gouvernement  central  qui  avait  de 


Jeune   s'occuper  des   moindres   détails  de  plus  en  plus  besoin  d'argent  &  adminis- 

l'administration  intérieure  des  cités,  leur  trait  le  trésor  d'une  façon  déplorable,  ils 

allouer  des  subsides  pour  des  construc-  durent  payer  seuls  pour  tous;  mais  alors 

lions   publiques,    dissoudre   des   corpora-  ils  ne  s'appellent  plus  décurions,  ce  sont 


tions  d'ouvriers  qui  lui  paraissaient  dan- 
gereuses; en  un  mot,  s'occuper  des  mille 
détails  d'une  administration  municipale. 
Il  est  probable  que  pas  plus  que  les  villes 
asiatiques,  les  cités  des  Gaules  ne  furent 


les  curlaUs,  &  l'on  sait  tout  ce  que  ce  nom 
rappelle  de  misères  8c  de  malheurs.  Fu- 
rent compris  parmi  les  curiahs  tous  ceux 
dont  la  fortune  en  terres  dépassait  vingt- 
cinq   arpents    {jugera)],    on    n'en   excepta 


à  l'abri  de  cette  tutelle  ombrageuse.  C'est  que  les  classes  privilégiées,  fort  nombreu- 

sous  Trajan  que   paraissent   les   curatores  ses,  &  la  charge  fut  héréditaire.  Le  code 

rerum    publicarum;    choisis    généralement  de  Théodose,  à  la  fin  du  quatrième  siècle, 

par    l'empereur    en    dehors    du    munic'ipe  contient  &  résume  à  ce  sujet  les  législa- 

qu'ils  devaient  administrer,  pris  dans  l'or-  tiOns  antérieures;  il  nous  montre  le  curiale 

dre   équestre   de  "Rome,   parmi   ceux   qui  enchaîné   à  sa   charge,  astreint   à  toutes 

avaient  rempli  quelque  charge  honorable,  les    obligations   qu'elle    peut   comporter, 

ils  étaient  nommés  pour  un  temps  indé-  On  lui  défend  successivement  d'habiter  la 

terminé  &  étaient  sans  doute  révocables  à  campagne  pour  se  soustraire  aux  charges 

volonté;    ils   administraient   une  ou   plu-  qu'entraînait  le  séjour  à  la  ville,  d'entrer 

sieurs  villes.  Leurs  fonctions  consistaient  dans    l'armée,   dont   les    membres   étaient 

dans   l'examen   des    comptes    municipaux,  exempts  de  l'impôt;  ils  ne  peuvent  le  faire 

l'inspection  des  monuments  publics  dont  qu'après  avoir  parcouru  tout  le  cercle  des 

ils  ordonnaient  la  réparation;  ils  veillaient  honneurs;  pour  entrer  dans  les  ordres,  il 

aussi  à  faire  respecter  le  cens;  en  un  mot,  leur  faut  trouver  un  remplaçant  qui  ac- 

c'était  une  sorte  de  tuteur  que  l'empereur  cepte  les  charges  &  le  titre  de  curiale.  En 

donnait  aux  municipalités.  Comme  on  l'a  outre,  ils  étaient  assujettis  à  certains  im- 

fait  remarquer,  ils  jouaient  un  rôle  tout  pots    spéciaux   qui    ne   pesaient    que    sur 

opposé  à  celui  des  patrons;  ceux-ci  rcpré-  eux  &  devaient  fournir  des  recrues  (,tiro- 
sentaient   la   colonie  à   Rome   auprès    du 

pouvoir    central ,    eux    représentaient    le  ■  Herzog,  pp.  253,  7.5.]. 


Note 
ii3 


Note 
ii3 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


457 


nés),  avec  tout  leur  équipement,  ou  payer 
une  somme  équivaleiiie.  Leurs  privilégesi» 
étaient  faibles,  eu  égard  à  leurs  charges; 
s'ils  tombaient  dans  la  misère,  la  curie  de- 
vait les  nourrir,  &  dans  aucun  cas  ils  ne 
pouvaient  être  mis  à  la  torture.  Une  fois 
qu'ils  avaient  traversé  sans  encombre  la 
série  des  magistratures,  ils  pouvaient  es- 
pérer prendre  place  parmi  les  clarissimes 
ou  les  comtes  de  l'empire. 

Cette  nouvelle  situation  faite  aux  mu- 
nicipalités amena  la  création  d'une  nou- 
velle magistrature  inconnue  aux  temps 
antérieurs.  Ce  fut  celle  du  defensor  civita- 
tîs  ;  nommé  tantôt  par  la  curie  tout  en- 
tière, tantôt  par  le  peuple,  c'est  une  sorte 
de  patron  local  ayant  des  attributions  ju- 
diciaires, défendant  la  cité  contre  les  em- 
piétements du  pouvoir  central,  en  un  mot, 
un  défenseur,  un  avocat  toujours  prêt  à 
plaider  sa  cause.  Ce  fut  à  cette  fonction 
que  les  évêques  durent  une  grande  partie 
de  leur  influence,  &  c'est  probablement  à 
son  exercice  qu'il  faut  attribuer  le  déve- 
loppement de  leur  pouvoir  politique  sous 
les  rois  barbares. 

Les  municipalités,  devenues  ainsi  un 
rouage  administratif,  disparurent  presque 
complètement  quand  les  barbares  envahi- 
rent les  Gaules;  elles  s'effondrèrent  dès  le 
cinquième  siècle;  les  curiales  se  hâtèrent 
de  sortir  de  l'étroite  prison  dans  laquelle 
les  avaient  enfermés  les  lois  impériales, 
&  de  toute  cette  organisation  savante  il 
ne  resta  plus  que  le  souvenir  &  quelques 
termes  conservés  dans  les  formules  juridi- 
ques'. [A.  M.] 

'  Nous  ne  parlons  pas  ici  de  la  théorie  qui  veut 
rattacher  aux  municipalités  antiques  le  mouve- 
ment communal  du  moyen  âge.  Sans  vouloir 
trancher  d'un  seul  coup  une  aussi  difficile  ques- 
tion, nous  ferons  toutefois  observer  que  l'exis- 
tence des  municipia  romains  est  absolument  im- 
probable après  l'époque  barbare.  Pour  assimiler 
les  communes  des  onzième  &  douzième  siècles  aux 
ir.unicipes  gallo-romains,  il  faut,  croyons-nous, 
connaître  bien  superficiellement  les  uns  &  les  au- 
tres, &  d'ailleurs,  tant  qu'on  n'aura  pas  produit 
un  texte  des  siècles  intermédiaires  constatant 
l'existence  réelle  8c  continue  des  duumvirs  8c  des 
dccurions,  nous  refuserons  toute  créance  à  des 
théories  mal  fondées  &  impossibles  à  prouver. 


NOTE  CXIV 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Numismatique  de  la  province  de 
Languedoc, 

I 

PÉRIODE   ANTiaUE 

PRÉLIMINAIRES 

AU  treizième  siècle,  dit  dom  Vaissete, 
lorsque  le  nom  de  Languedoc  fut  mis 
en  usage,  il  désignait  presque  la  moitié  de 
la  France.  La  numismatique  raisonnée  des 
pays  de  langue  d'Oc,  aux  diverses  époques 
de  leur  histoire,  serait  donc  une  œuvre  de 
longue  haleine  qui  ne  saurait  trouver  ici 
sa  place;  aussi  me  bornerai-je,  à  peu 
près,  aux  monnaies  que  peut  revendiquer 
la  province  de  Languedoc  telle  qu'elle 
était  constituée  au  dernier  siècle. 

A  l'époque  oix  commence  la  période  mo- 
nétaire, le  vaste  territoire  qui  forma  cette 
province  était  presque  entièrement  oc- 
cupé par  des  hommes  de  race  celtique'. 
On  rencontrait  :  au  nord,  les  Helviens,  les 
Vellaves,  les  Gabales  &  la  portion  des 
Rutènes  qui  fut  comprise  plus  tard  dans 
la  Province  romaine;  au  centre,  le  grand 

'  La  race  celtique  a  couvert  l'Occident  à  une 
époque  très-reculée;  mais  au  quatrième  siècle  avant 
Jésus-Christ,  alors  que  s'introduisit  chez  les  hom- 
mes de  cette  race  l'usage  de  la  monnaie,  les  histo- 
riens grecs  désignaient  sous  le  nom  de  FaXdtTat  les 
peuples  répandus  le  long  du  Danube  &.  ceux  qui, 
comme  les  Volkes,  commençaient  à  jouer  un  rôle 
prépondérant  entre  le  Rhône  &  les  Pyrénées.  J'em- 
ploierai donc  le  mot  Gaulois  de  préférence  au  mot 
Celte,  dans  la  description  des  médailles,  sans  me 
préoccuper  si  ces  deux  ethniques  sont  synonymes, 
comme  le  pense  M.  d'Arbois  de  Jubainville  (Re- 
vue archéologique ,  îS'/S,  t.  3o,  p.  4),  ou  si  le  se- 
cond désigne,  suivant  la  théorie  de  M.  Alexandre 
Bertrand  {Revue  arc/tcalogi<fue,  1875,  t.  29,  p.  281), 
un  rameau  spécial  qui  aurait  étendu  son  nom  sur 
une  grande  partie  de  la  Celtique. 


Note 
114 


Note 
114 


458 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


peuple  des  Volkes;  au  sud,  vers  la  mer,  premières  étapes  de  l'invasion  d'orient  en 

encore  des  Volkes,  puis  des  Ibères  &  d'au-  "bccident.   D'autres  «se    formèrent    sur    le 

très  peuplades  peu  importantes,  diverses  haut  Danube,  puis  s'étendirent  sur  la  rive 

d'origine,  &  auxquelles  on  ne  saurait  at-  droite  du  Rhin.  Enfin  ce  fleuve  &  les  Alpes 

tribuer  avec  sûreté  aucune  monnaie.  De  furent  franchis,  &  la  vaste  agglomération 

cette  donnée   ethnographique,  il    ressort  qui  devait  recevoir  plus  tard   le  nom  de 


tout  d'abord  que  les  monnaies  gauloises 
devaient  être  les  plus  communes  des  pièces 
antiques  qui  se  rencontrent  en  Languedoc. 
Les  monnaies  ibériques  &  les  monnaies 
romaines  sont,  en  effet,  moins  nombreuses 
&  surtout  moins  variées.  Mais,  pour  bien 
saisir  les  caractères  spéciaux  du  monnayage 


Gaule,  se  forma  entre  les  deux  mers.  Les 
Celtes  se  trouvèrent  ainsi,  aux  deux  extré- 
mités de  leur  domination,  en  face  du 
monde  grec  :  dans  les  contrées  danubien- 
nes, ils  étaient  voisins  de  la  Macédoine; 
sur  le  littoral  de  la  mer  Intérieure,  ils 
communiquaient  très -facilement  avec  la 


qui  fut  propre   aux  Gaulois  des  contrées      Grande -Grèce,   tandis  qu'ils   touchaient, 


enserrées  dans  le  Languedoc,  il  faut  se  re- 
porter d'une  manière  générale  à  l'origine, 
au  développement  &  aux  transformations 
du  signe  d'échange  chez  les  peuples  de  race 
celtique. 


d'un  côté  à  la  Massaliètide,  de  l'autre  aux 
colonies  grecques  de  l'Ibérie.  Les  rela- 
tions volontaires  ou  imposées  qui  s'éta- 
blirent à  la  longue  entre  une  race,  vieille 
déjà  de  civilisation  &  de  richesses,  &  une 


La  race  celtique,  au  temps  de  sa  force  race   intelligente   &  jeune,  firent   naître 

expansive  &  de  ses  conquêtes,  n'était  pas  chez  celle-ci  de  nouveaux  besoins,  parmi 

confinée  dans  les  limites  de  la  Gaule  de  lesquels  figurait  nécessairement  &  au  pre- 

César;  elle  formait  une  vaste  domination  mier  rang  le  signe  d'échange.  Or,  &  c'est 

qui  s'étendait  au  travers  de  l'Europe  &  dont  un  fait  acquis,  le  peuple  le  moins  puissant 

les  diverses  parties  constituaient  un  tout.  s'est  toujours  borné  à   imiter  le  système 


Les  plus  anciens  centres  celtiques  se  trou- 
vaient au  nord  de  la  Grèce 'j  c'étaient  les 

'  On  ne  saurait  admettre  le  système  trop  atsolu 
en  vertu  duquel  les  Gaulois,  débordant  en  masse 
sur  l'Europe,  auraient  poussé  tout  d'abord  jusqu'au 
sol  lointain  de  la  France  actuelle  &  n'auraient 
que  plus  tard,  opérant  un  mouvement  inverse, 
lancé  sur  la  Grèce  &  sur  l'Asie-Mineure  le  trop 
plein  de  leur  population.  Les  conquêtes  durables 
se  font  pas  à  pas,  &  la  vallée  de  l'Ister,  l'une  des 
grandes  routes  de  l'invasion,  fut  assurément  occu- 
pée avant  la  rive  gauche  du  Rhin  &  le  versant 
occidental  des  Alpes.  Si  les  Gaulois  de  notre  Gaule 
s'implantèrent  chez  les  Ibères  &  jusque  dans  l'île 
de  Bretagne,  ils  ne  fournirent  pas  seuls  sans  doute 
les  migrations  ou  les  bandes  de  mercenaires  qui 
ravagèrent  le  nord  de  l'Italie.  Ce  sont,  dans  tous 
les  cas,  les  Gaulois  du  Dajiube  qui  devinrent  pour 
la  Grèce  un  danger  permanent.  Est-ce  à  dire  pour 
cela  que  les  habitants  du  Danube  auraient  seuls 
pris  part  à  l'expédition  contre  Delphes,  ainsi  qu'on 
doit  le  conjecturer  d'après  le  témoignage  de  Polybe 
(1.  4,  c.  46)  &  de  Pausanias  [Descrïp.  de  la.  Grèce,  1.  i , 
c.  4,  5  4),  qui  étaient  Grecs  l'un  &  l'autre,  partant 
bien  informés,  &  dont  le  premier  vivait  à  une  épo- 
que assez  peu  éloignée  des  événements?  Il  est  diffi- 
cile de  se  prononcer,  non-seulement  parce  qu'il  y  a 
beaucoup  de  témoignages  opposés,  mais  parce  que, 


monétaire  de  l'autre,  sauf  à  modifier  plus 
tard  le  type  des  espèces;  le  statère  d'or  & 
ses  divisions,  la  drachme  d'argent,  ses  mul- 
tiples &  ses  sous-multiples  devaient  donc 
devenir  &  sont  devenus,  en  effet,  les  mon- 
naies des  peuples  gaulois.  Ce  fut,  d'après 
les  prototypes  grecs,  vers  la  fin  du  qua- 
trième siècle  avant  J.-C,  que  le  travail 
d'assimilation  commença.  Les  premières 
monnaies  sont  remarquables  par  leur  exé- 
cution &  témoignent  d'un  développement 
artistique  &  industriel  qui  surprend  '. 

s'il  est  incontestable  que  les  familles  gauloises  ont 
dû  se  scinder  au  début  tout  en  gardant  leur  nom,  ce 
qui  a  induit  en  erreur  les  géographes  &  les  histo- 
riens anciens,  il  ne  faut  pas  oublier  non  plus  que 
le  génie  gaulois  comportait  les  expéditions  loin- 
taines, &  que  les  Volkes  des  bords  du  Rhône  &  de 
la  Garonne  ont  pu  envoyer  des  secours  aux  Volkes 
du  Danube,  lorsque  ceux-ci  ont  envahi  la  Grèce 
&  la  haute  Phrygie.  (Consulter,  à  ce  sujet,  A.  Ber- 
trand, Celtes,  Gaulois  &  Francs,  in-8°,  1878,  p.  28.) 
'  La  fabrication  des  monnaies  antiques  en  gé- 
néral &  spécialement  des  monnaies  du  Danube  ou 
de  notre  Gaule  dont  les  reliefs  étaient  prononcés 
&  le  métal  de  bon  titre,  du  moins  dans  les  pre- 
miers temps,  exigeait  des  machines  très-puissantes 


Note 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


459 


La  race  gauloise  prit  ses  modèles  moné- 
taires dans  diverses  parties  du  monde  grec 
&  même  dans  l'île  de  Thasos;  mais  elle 
imita  surtout  les  monnaies  de  Macédoine 
&,  parmi  elles,  celles  de  Philippe  II  (36o- 
336)'.  Néanmoins  les  deux  principaux  mé- 
taux, l'or  &  l'argent,  ne  furent  pas  égale- 
ment employés  partout.  Sur  le  Danube 
on  ne  frappa  relativement  que  peu  d'or, 
&  l'argent  devint  la  véritable  monnaie 
usuelle  sous  forme  de  drachmes  &  surtout 
de  tetradrachmes.  Au  contraire,  dans  notre 
Gaule,  du  moins  au  centre  &  au  nord,  la 
monnaie  qui  domina  tout  d'abord  fut  le  sta- 
tère  d'or  au  type  de  Philippe'.  Le  statère 
était,  comme  on  sait,  un  signe  d'échange 
en  quelque  sorte  international,  qui  fut  co- 
pié ou  adopté  de  divers  côtés,  même  chez 
les  dynastes  d'Asie'.  Les  premiers  statères 

&  la  pratique  de  difficiles  procédés  d'affinage.  La 
gravure  sur  coin,  même  lorsqu'on  se  bornait  à 
imiter  les  types  grecs  avec  addition  d'accessoires, 
suppose,  de  son  côté,  une  culture  artistique  fort 
avancée.  Les  monnaies  sont  un  critérium  de  la  ci- 
vilisation dont  on  ne  tient  pas  d'ordinaire  un 
compte  suffisant. 

'  On  trouve  aussi  en  Pannonie  des  contrefaçons 
du  statère  d'or  d'Alexandre,  &  en  Dacie  des  imi- 
tations sur  flan  d'or  de  la  monnaie  d'argent  de  Ly- 
simaque  (Mommse.v,  Hist.  de  la  monn.  rom,;  tra- 
duite par  MM.  de  Blacas  &  de  Witte,  t.  3,  p.  291). 

'  Il  existe  aussi  de  rares  pièces  d'or  gauloises 
copiées  sur  des  statères  qui  se  frappaient  en  Sicile 
avant  le  milieu  du  troisième  siècle,  époque  où  cette 
île,  réduite  en  province  romaine,  n'émit  plus  que 
du  cuivre  &  quelques  petites  pièces  d'argent. 

■•  On  a  cru  longtemps  que  l'usage  de  frapper  des 
statères  d'or,  au  type  de  Philippe  II  de  Macé- 
doine, ne  s'était  introduit  dans  notre  Gaule  qu'a- 
vec le  butin  rapporté  de  Delphes  à  Toulouse. 
M.  Charles  Lenormant,  lui-même,  a  longuement 
soutenu  cette  thèse  [Revue  num.  i856,  p.  3o3  & 
suiv.);  mais  les  résultats  de  l'expédition  de  Delphes 
sont  fort  contestés  (Strabon,  1.  4,  c.  1,  $  i3)  SiTon 
n'est  même  pas  certain  qu'elle  ait  été  faite  par  les 
Tectosages  de  notre  Gaule;  enfin,  en  admettant 
que  l'or  du  temple  de  Delphes  ait  été  rapporté  à 
Toulouse,  il  faudrait  expliquer  comment  cet  or 
consistait  en  statères  de  Philippe,  mort  depuis 
longtemps.  M.  Lenormant  veut  que  les  Phocéens, 
qui  avaient  eux-mêmes  pillé  le  trésor  de  Delphes, 
aient  été  contraints  à  le  reconstituer  en  monnaies 
au  type  de  Philippe;  mais  c'est  là  une  hypothèse 
toute  gratuite.  Le  type  de  Philippe,  il  ne  faut  pas 


frappés  en  Gaule  sont  de  fort  bonnes  imi- 
tations, reconnaissables  cependant  à  un 
faire  tout  particulier  trahissant  la  main 
d'un  artiste  indigène;  les  accessoires  dési- 
gnant, dans  les  prototypes  grecs,  les  ate- 
liers monétaires,  sont  d'abord  copiés  habi- 
lement'. Puis  l'initiative  des  graveurs  de 
coin  &  le  goût  particulier  à  la  Gaule  pren- 
nent peu  à  peu  leur  essor  j  le  flan  se 
charge  de  détails  nombreux  &  bizarres, 
exécutés  souvent  avec  une  grande  rudesse; 
la  tête  d'Apollon  s'altère  &  se  couvre  de 
coiffures  exubérantes  ou  de  mèches  désor- 
données &  entremêlées  de  divers  orne- 
ments; le  bige  grec  se  déforme  &  n'est 
plus  représenté  que  par  un  seul  cheval  & 
une  roue  placée  quelquefois  devant  celui- 
ci.  Le  conducteur,  dans  quelques  ateliers, 
est  remplacé  par  un  oiseau  ou  par  un  ob- 
jet informe.  Enfin  le  cheval  prend  une 
tête  humaine  chez  les  Armoricains,  tandis 
qu'il  se  montre  chez  les  Belges  sous  l'as- 
pect bizarre  d'un  animal  dont  tous  les 
membres  sont  disjoints'.  L'art  né  au  con- 
tact des  Grecs  avait  dégénéré  chez  la  plu- 
part des  Gaulois,  lorsqu'ils  succombèrent 
sous  les  armes  romaines',  &  l'on  peut  croire 
que  la  culture  générale  des  hommes  de  cette 
race  avait  elle-même  déchu  ■•. 

l'oublier,  ne  s'est  pas  introduit  que  chez  les  Gau» 
lois,  &  l'on  ne  saurait  douter  qu'ils  l'aient  adopté 
à  l'époque  même  où  il  était  en  pleine  circulation. 

'  Le  même  fait  s'est  produit  dans  les  monnaies 
du  Danube,  sur  lesquelles  M.  Millier  (Numism. 
d'Alexandre  le  Grand,  Copenhague,  i855,  p.  384) 
a  retrouvé  des  emblèmes  qui,  significatifs  chez  les 
Grecs  qui  les  avaient  choisis,  n'avaient  plus  sur 
les  pièces  d'imitation  que  la  valeur  d'un  orne- 
ment, mais  en  facilitaient  la  circulation. 

'  Ces  singulières  représentations  du  cheval  s'ob- 
tenaient par  l'application  successive,  dans  le  coin 
monétaire,  de  poinçons  peu  exacts  correspondant 
chacun  à  une  partie  de  l'animal. 

'  Parmi  les  productions  faisant  encore  hon- 
neur à  l'art,  dans  les  derniers  temps  de  l'autono- 
mie gauloise,  on  peut  citer  les  statères  sur  les- 
quels on  lit  :  Vercingetorix,  &  qui  paraissent,  sans 
qu'on  en  soit  absolument  certain,  avoir  été  frap- 
pés par  le  dernier  défenseur  de  la  liberté  gauloise 
&  non  par  un  chef  plus  ancien  ayant  eu  la  même 
dénonination. 

^  Strabon  [Géographie,  1.  4,  c.  4,  2  6)»  •iP''" 
avoir  rapporté  ce  qu'un  auteur  ancien  disait  des 


Note 
114 


Note 
H4 


460 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Les  monnaies  d'argent  ont  été  rares  dans 
le  Centre  &  dans  le  Nord  de  notre  Gaule 
jusqu'à  l'époque  où  le  système  romain  s'y 
substitua  à  ce  qui  restait  du  système  grec; 
mais  elles  sont  devenues  de  bonne  heure 
abondantes  dans  le  Midi.  Cette  différence 
tient  à  des  conditions  topographiques  par- 
ticulières. Les  Volkes  &  les  autres  peuples, 
dont  le  territoire  correspond  au  Roussillon 
&  au  Languedoc,  se  trouvaient,  en  effet, 
enclavés  vers  la  mer,  entre  la  Massaliètide 
&  les  comptoirs  grecs  de  Rhoda  &  d'Empo- 
rium;  or,  dans  ces  centres  commerciaux, 
l'argent  seul  était  transformé  en  espèces 
monnayées  &  de  petit  échantillon",  tandis 
que  l'or  s'employait  au  poids.  Il  en  fut  de 
même  dans  la  puissante  colonie  phéni- 
cienne de  Gadès,  en  Sicile,  dès  le  milieu 
du  troisième  siècle,  lorsque  cette  île  fut 
devenue  province  romaine,  en  Italie  &  à 
Rome  mème^.  Il  était  donc  naturel  que 
les  Volkes  &  les  autres  habitants  du  Lan- 
guedoc admissent  le  système  monétaire  des 
peuples  plus  civilisés  avec  lesquels  ils 
étaient  en  rapport  &  que,  se  séparant  du 
reste  de  la  Gaule,  ils  renonçassent  aux  sta- 
tères  empruntés,  au  début,  à  la  Macédoine 
ou  à  la  Sicile',  &  ne  fissent  plus  que  des 

habitudes  tout  helléniques  des  Gaulois,  ajoute 
qu'une  telle  appréciation  a  lieu  de  surprendre 
lorsqu'on  voit  ce  qu'ils  étaient  devenus. 

'  Contrairement  aux  peuples  de  la  Grèce,  qui 
admettaient  les  tétradrachmes,  les  Phocéens  de  la 
Massaliètide  &d'Emporlum,  &  les  Rhodiens  d'Ibé- 
rie  ne  se  servirent  guère  que  de  la  drachme. 

'  Ce  ne  fut  que  très-tard,  sous  Sylla,  lorsque  la 
Gaule  du  midi  était  déjà  conquise,  que  la  Répu- 
blique eut  de  l'or  monnayé,  &  encore  ne  s'agis- 
sait-il que  de  pièces  frappées  dans  les  armées  ou 
dans  les  provinces  par  les  généraux,  proconsuls 
ou  préteurs,  agissant  en  vertu  des  droits  de  V'impe- 
rium.  L'or  ne  devint,  à  proprement  parler,  mon- 
naie d'Etat  dans  le  monde  romain  ,  qu'à  partir 
d'Auguste }  jusque-là  les  grands  payements  se  fai- 
saient au  poids  &  depuis  longtemps  la  plus  forte 
partie  de  l'encaisse  de  Vaerarlum  était  constituée 
en  lingots  d'or. 

'  Les  monnaies  d'or  siciliennes  dont  on  ren- 
contre des  copies  en  Gaule,  sont  anciennes  &  né- 
cessairement antérieures  à  l'année  241  où  l'île  fut 
réduite  en  province  romaine,  ou  tout  au  moins  à 
l'année  210  qui  vit  la  chute  du  royatime  de  Sy- 
racuse. 


monnaies  d'argent.  Ces  monnaies  d'argent 
étaient  destinées  à  l'appoint  &  aux  tran- 
sactions de  détail;  c'est  l'or  au  poids  qui 
fournissait  le  moyen  d'opérer  les  grands 
payements.  Le  fait  ici  est  parfaitement 
d'accord  avec  la  théorie,  puisque  des  mon- 
naies gauloises  d'argent  se  trouvent  encore 
en  fort  grande  abondance  dans  le  Midi 
&  qu'il  est  constaté,  par  le  récit  de  Stra- 
bon',  que  les  Tolosates  conservaient  dans 
les  étangs  sacrés,  comme  dans  le  lieu  le 
plus  sûr  ([j.âÀiaTa  S'aÙTsïç  aï  X([i-vai  r^v  àau}a'av 
T:ap£T/ov)%  de  l'or  &  de  l'argent,  sous  forme 
de  lingots,  (3âp-/] ,  &  de  meules  travaillées 
au  marteau,  [xuXcuç  cçpup'rjXaTcuç.  Quant  aux 
rares  statères  d'or  qui  se  rencontrent  dans 
le  Languedoc,  ils  peuvent  provenir,  sui- 
vant leur  type,  d'une  fabrication  faite,  soit 
très-anciennement'  par  les  Volkes,  soit 
plus  tard  par  des  peuples  situés  au  nord  de 
cette  province,  qui  durent  conserver  très- 
longtemps  l'étalon  d'or,  comme  on  le  fit 
généralement  dans  la  partie  centrale  de  la 
Gaule.  En  effet,  les  Vellaves  &  les  Ga- 
bales  étaient  clients  des  Arvernes  &  ont 
dû  nécessairement  adopter  le  système  de 
cette  puissante  nation,  où  l'or  monnayé 
dominait;  il  en  est  de  même  des  Helviens 
qui  demeurèrent  dans  la  clientèle  des  Ar- 
vernes jusqu'au  moment  où  Pompée  les 
rattacha  aux  Massaliètes.  Les  Rutènes,  que 
César  classa  plus  tard  dans  la  Celtique, 
ont  dû  aussi  se  servir  d'or  comme  les  peu- 
ples du  centre''. 

Les  monnaies  d'argent  qui  se  rencon- 
trent dans  le  Languedoc,  ne  se  rapportent 
qu'exceptionnellement    aux    types    de    la 

'  Géographie,  1.  4,  c.  i,  i3. 

"  Ihid.  1.  4,  c.   I,  p.  i3. 

'  J'ai  vu,  il  y  a  quelques  années,  dans  la  collec- 
tion de  M.  Mathon,  à  Béziers,  un  statère  d'or  des 
premiers  temps  de  l'imitation,  dont  l'origine  gau- 
loise ne  se  trahissait  que  par  la  forme  bouletée  des 
lèvres  &  par  quelques  détails  d'exécution.  Peut- 
être  était-il  de  fabrication  méridionale. 

■*  Si  l'on  s'en  rapportait  au  témoignage  isolé 
d'une  Ou  deux  trouvailles,  dont  je  parlerai  plus 
loin,  les  habitants  de  la  partie  méridionale  du 
pays  des  Rutènes.  ceux-là  mêmes  qui  appartinrent 
à  la  Province  romaine,  auraient  eu,  au  contraire, 
cîu  moins  pour  l'argent,  le  système  des  Volkes, 
!  ^'ît  ils  étaient  voisina. 


Note 
I  14 


Note 
"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


461 


Massaliètide;  c'est  de  la  monnaie  de  Rhoda 
qu'elles  procèdent,  d'abord  par  des  imi- 
tations serviles,  puis  plus  tard  par  des 
imitations  plus  lointaines  qui  sont  d'une 
abondance  extrême  &:  qui  sont  connues  des 
numismatistes,  sous  le  nom  impropre  de 
monnaies  à  la  croix.  Ces  monnaies  n'ont 
été  attribuées  jusqu'ici  qu'aux  seuls  Tec- 
tosages;  mais,  en  raison  même  de  leur 
abondance  &  du  rayon  étendu  de  leur  gi- 
sement, il  est  difficile  de  ne  pas  admettre 
qu'elles  appartiennent  non-seulement  à 
toute  la  race  volke,  &  par  conséquent  aux 
Arécomiques,  mais  aux  Bituriges  Vivis- 
ques"  &  même  aux  habitants  du  sud-ouest 
de  la  Gaule,  entre  la  Garonne  &  l'Océan, 
que  Strabon  désigna  plus  tard  sous  le  nom 
d'Aquitains  &  qui  étaient  encore  très-nom- 
breux de  son  temps\  Il  paraît,  en  effet, 
malgré  l'opinion  contraire  qui  a  prévalu 
jusqu'à  ce  jour,  difficile  de  supposer  que 
ces  hommes,  complètement  entourés  de 
peuples  ayant  des  monnaies',  soient  res- 
tés isolés  &  n'aient  pas  adopté  l'usage  du 
signe  d'échange.  Quoi  qu'il  en  soit,  la 
question  demeure  douteuse,  &  c'est  aux 
Volkes  que  reviendra  toujours  la  plus 
grande  part  dans  le  puissant  monnayage, 
dont  les  produits  se  rencontrent,  non-seu- 
lement entre  l'Océan  &  le  Rhône,  mais  sur 
la  rive  gauche  de  ce  fleuve  &  jusques  en 
Souabe.  Il  convient  donc  de  réunir  quel- 
ques courts  détails  sur  cette  nation  consi- 
dérable. 

Les  Volkes,  dans  le  grand  mouvement 
d'orient  en  occident,  semblent,  à  divers 
indices,  avoir  formé  d'abord  des  établisse- 
ments sur  le  bas  &  le  moyen  Danube"*,  puis 
vers  la  source  de  ce  fleuve  &  sur  la  rive 

'  On  ignore  en  quel  siècle  les  Bituriges  Vivis- 
ques  ont  franchi  l'estuaire  de  la  Garonne  &  créé 
Bordeaux  j  mais  il  est  probable  que  ce  fut  à  une 
époque  où  le  monnayage  qui  nous  occupe  durait 
encore. 

'  Strabon  porte  à  plus  de  vingt  le  nombre  de  ces 
petits  peuples  {Géogr.  1.  4,  c.  2). 

'  Les  Aquitains  étaient  voisins  des  Volkes  à 
l'est,  des  Santons  au  nord,  &,  au  sud,  des  peuples 
d'Hispanie. 

*  Justin  (1,  32,  c.  3)  signale  la  présence  des 
Volkes  en  Pannonie. 


droite  du  haut  Rhin  '.  De  là,  débordant  sur 
le  sol  de  la  France  actuelle,  ils  envahirent 
la  vallée  du  Rhône  &  le  pays  qui  s'étend 
au  sud  &  à  l'ouest  des  Cévennes,  pendant 
que  d'autres  nations  gauloises  occupaient 
le  bassin  de  la  Loire  ou  celui  de  la  Seine. 
L'histoire  n'a  pas  enregistré  les  luttes  que 
ces  conquérants  eurent  à  soutenir  contre 
les  indigènes  ou  les  hommes  de^  leur  race 
venus  avant  eux.  On  n'est  pas  fixé  sur 
l'époque  des  derniers  établissements  gau- 
lois; mais  dans  le  sud  de  notre  pays  ils 
avaient  eu  lieu  avant  le  commencement  de 
la  période  monétaire'.  En  211,  les  Volkes 
étaient  maîtres  des  deux  rives  du  Rhône, 
car  ce  sont  eux  qui  disputent  ce  fleuve  à 
l'armée  d'AnnibaP;  ils  étaient  donc  encore 
à  cette  époque  en  communication  facile 
avec  les  rameaux  de  leur  race  demeurés 
sur  le  haut  Danube  &  sur  le  haut  Rhin. 
Ce  fait  était  à  constater;  il  aura  son  im- 
portance pour  la  partie  de  mon  travail 
consacrée  à  la  description  raisonnée  des 
monnaies.  Plus  tard  les  Volkes  de  notre 
Gaule  paraissent  s'être  retirés  sur  la  rive 
droite  du  Rhône,  faisant  de  ce  fleuve  la 


'  César  (1.  4,  c.  24),  qui  ne  parle  que  des  peu- 
ples qui  lui  étaient  opposés,  cite  les  Tectosages 
comme  habitant  la  lisière  de  la  forêt  Hercynia, 
dont  la  partie  occidentale  était  enclavée  entre  le 
Rhin  &  le  Danube  ;  de  son  côté,  Isidore  de  Séville 
[Etymol.  9,  c.  2)  constate  qu'il  y  avait,  de  son 
temps,  des  Tolosates,  c'est-à-dire  des  Tectosages, 
sur  la  rive  droite  du  Rhin,  au  milieu  des  Bructères 
&  des  Chamaves  qui  étaient  Germains. 

'  M.  d'Arbois  de  Jubainville  [Revue  des  questions 
hist.  1873,  p.  37  &  suiv.),  dans  un  article  sur 
l'étymologie  du  nom  des  Volkes,  remarque  que  le 
périple  de  Scylax  ne  met  encore  que  des  Ligures  & 
des  Ibères  sur  le  rivage  de  la  Méditerranée  aujour- 
d'hui français,  tandis  que  le  Traité  du  monde,  at- 
tribué à  Aristote  (c.  3),  nomme  cette  partie  de  la 
côte  raXaTr/.6;  x6X-oç.  Le  savant  celtiste  en  conclut 
que  les  Gaulois  ne  dominèrent  sur  la  Méditerra- 
née qu'après  la  rédaction  du  périple  de  Scylax, 
c'est-à-dire  pas  avant  le  milieu  du  quatrième  siècle 
avant  J.-C.  Ce  serait  à  peu  près  l'époque  où  com- 
mence pour  les  Gaulois  la  période  monétaire j 
mais  la  date  qu'il  assigne  à  ce  périple  n'est  pas 
admise  par  tout  le  monde.  Cf.  Letronne,  Journal 
des  Savants,  1826,  p.  267,  &  Muller,  Geographici 
minores,  éd.  Didot,  i  855-6 1,  prolégomènes,  p.  44. 

3  Tite-Live,  Histor.  1.  21,  c.  26. 


462 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


barrière  qui  devait  les  séparer  des  Vocon- 
tiens  &  des  Salyes.  Le  territoire  situé  au 
sud  des  Cévennes  leur  appartenait  &,  vers 
l'ouest,  ils  avaient  dépassé  la  haute  Ga- 
ronne, dans  une  partie  de  son  parcours  '. 
Au  sud,  suivant  dom  Vaissete',  ils  auraient 


cuser  devant  le  sénat  le  préteur  Manius 
Fontéius  '. 

Les  grandes  nations  gauloises  se  subdivi- 
saient en  plusieurs  peuples  ou  avaient  des 
clients.  On  ne  sait  à  ce  sujet  rien  de  cer- 
tain sur  les  Volkes  de  notre  Gaule,  sinon 


Note 
114 


occupé  les  territoires  qui  formèrent,  dans      qu'ils  se  divisaient  en  Tectosages  à  l'ouest, 


les  temps  modernes,  le  Roussillon  &  le 
comté  de  Foix.  J'ai  déjà  dit  qu'il  y  avait 
aussi,  dans  ces  deux  dernières  contrées, 
d'autres  populations  &  notamment  des 
hommes  de  race  ibère. 

Les  Volkes,  à  une  époque  qui  n'est 
pas  déterminée,  subirent,  comme  presque 
toute  la  Gaule,  la  domination  des  Arver- 
nes  j  mais,  d'après  ce  qu'on  sait  de  la  cons- 
titution politique  des  Gaulois,  une  domi- 
nation de  cette  nature  n'était  qu'une  sorte 
de  suzeraineté,  ne  comportant  pas  l'ab- 
sorption des  pouvoirs  administratifs^  aussi 
n'est-il  pas  probable  que  les  types  volkes 
aient  jamais  été  abandonnés  pour  les  types 
arvernes.  Les  Volkes,  au  temps  de  Cicé- 
ron,  étaient  un  des  deux  principaux  peu- 
ples de  la  Narbonnaisej  ce  sont  eux  qui 
s'étaient  chargés,  avec  les  AUobroges,  d'ac- 

'  C'est  du  moins  l'avis  de  quelques  auteurs, 
tandis  que  d'autres  prétendent  que  les  Volkes  ne 
dépassèrent  pas  l'Ariége.  Les  premiers  ont  pour 
eux  Pline  (1.  3,  c.  5,  p.  6)  qui  constate  que  les 
Tolosates  étaient  des  Volkes;  les  seconds  s'ap- 
puient sur  César  (de  Bello  Galîico,  1.  3,  c.  27)  qui 
range  au  nombre  des  Aquitains  les  Garumni,  chez 
qui  la  Garonne  prenait  naissance,  &  sur  Strabon 
{Géographie,  1.  4,  c.  i,  p.  i)  qui  fait  des  monts 
Cemnènes  ou  plutôt  des  Corbières,  qui  en  sont  la 
partie  méridionale,  la  ligne  de  démarcation  entre 
la  Celtique  &  l'Aquitaine  j  mais  ces  divers  témoi- 
gnages ne  s'excluent  pas.  En  effet,  les  peuples 
dépossédés  par  les  nouveaux  venus  se  retiraient 
d'ordinaire  vers  la  montagne,  laissant  à  l'en- 
vahisseur le  plat  pays.  On  comprend  donc  que 
les  anciens  habitants,  à  l'arrivée  des  Volkes,  se 
soient  retirés  vers  les  Pyrénées  &  vers  l'ouest,  en 
sorte  que  les  sources  de  la  Garonne  auraient  con- 
tinué à  leur  appartenir,  tandis  que  les  Volkes 
auraient  possédé  le  fleuve  &  l'auraient  même  dé- 
passé à  une  certaine  distance  de  sa  source.  Strabon, 
d'ailleurs,  dit  plus  loin  (1.  4,  c.  2,  p.  i)  que  le 
territoire  des  Aquitains  ne  commençait  qu'à  la  Ga- 
ronne. Cf.  Mém.  de  la.  Société  d'archéologie  du  Midi 
de  la  France,  1849,  p.  244,  art.  de  M.  Jouglar. 

'  Voir  au  tome  I  de  cette  édition,  p.  iio. 


&  en  Arécomiques  à  l'est  j  que  les  Tecto- 
sages comprenaient  les  Tolosates,  chez  qui 
était  située  Tolosa,  dont  le  territoire  ren- 
ferme une  énorme  quantité  de  monnaies  de 
type  volke.  Les  Arécomiques  ne  paraissent 
que  tard  dans  l'histoire*.  Les  monnaies 
gauloises  qui  leur  appartiennent  incon- 
testablement, sont  relativement  modernes. 
Leur  métropole  était  Nimes;  mais  leur  ville 
la  plus  importante  était  Narbonne,  dont 
l'existence  est  constatée  par  Hécatée  de 
Milet'  dès  le  commencement  du  cinquième 
siècle  avant  J.-C.  Narbonne  était  le  seul 
grand  port  sur  la  mer  Intérieure  dont  pus- 
sent librement  user  les  Gaulois,  car  le 
golfe  galatique  était  enserré  d'un  côté  par 
la  Massaliètide,  de  l'autre  par  les  colonies 
grecques  de  Rhoda  &  d'Emporium.  Aussi 
ce  port  recevait-il  les  marchandises  de 
toute  la  Gaule"*  &  même,  par  la  Garonne 
&  l'Aude,  l'étain  &  les  produits  de  l'île  de 
Bretagne,  destinés  aux  besoins  de  l'Italie 
ou  de  la  Grèce.  L'importance  du  transit  & 
du  commerce  qui  se  faisaient  ainsi  sur  le 
territoire  des  Volkes,  explique  l'extrême 
abondance  du  numéraire  qu'ils  nous  ont 
laissé.  Nimes  a  eu  un  monnayage  spécial 
important,  composé  d'abord  de  monnaies 
à  légendes  grecques,  puis  de  monnaies  à 
légendes  latines.  Quant  à  Narbonne,  elle 
ne  peut  revendiquer  sûrement  aucune 
monnaie  J  nous  verrons  plus  loin,  toute- 
fois, qu'on  a  proposé  de  lui  attribuer  des 
bronzes  à  légendes  ibères.  Cette  ville  ayant 
obtenu  le  droit  romain,  son  atelier  mo- 
nétaire, s'il  avait  existé,  aurait  été  fermé, 
du  moins  sous  la  République.  Nimes,  au 
contraire,  qui  n'eut   que   le  droit  latin, 


'  Cicéron,  pro  Fontelo,  p.  1 1. 

'  Strabon  &  Pline  sont  les  premiers  qui  aient 
parlé  des  Arécomiques. 

^  Fragmenta  historiaram  graec.  publiés  par  Ch. 
&Th.  Muller,  Paris,  Didot,  i853,  t.  i,  p.  2,  l  19. 

■*  Strabon,  1.  4,  c.  i,  p.  2. 


Note 
"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


463 


frappa  monnaie  longtemps  après  avoir  été 
annexée,  avec  toute  la  Narbonnaise,  au 
territoire  de  la  République. 

J'ai  déjà  parlé  des  peuples  qui  bordaient 
les  côtes  de  la  mer  Intérieure  &  dit  com- 
bien il  est  difficile  d'établir  quelque  chose 
de  précis  à  leur  égard.  Les  Arécomiques 
possédaient  la  mer  par  Narbonne,  &  l'on 
doit  supposer,  d'après  divers  indices,  que 
les  Tectosages  avaient  eu  pied  sur  le  golfe 
galatique,  sans  en  être  les  seuls  habi- 
tants, car  les  Sordones,  qui  étaient  Ibè- 
res, occupaient  incontestablement,  pen- 
dant la  période  monétaire,  la  partie  des 
côtes  voisine  du  promontoire  pyrénéen. 
D'autres  peuples  avaient  aussi  leur  place 
sur  les  bords  de  la  merj  mais  rien  n'est 
plus  obscur  que  l'histoire  de  la  Gaule 
méridionale  dont  la  possession  fut  long- 
temps disputée  &  par  les  envahisseurs  ve- 
nus du  nord-est  &  par  ceux  que  la  mer 
amenait.  C'est  ainsi,  pour  citer  un  seul 
exemple,  que  les  Bébryces,  mentionnés 
par  plusieurs  auteurs  anciens  '  &  auxquels 
on  a  cru  pouvoir  attribuer  des  monnaies, 
nous  sont  présentés  successivement  par  les 
érudits  modernes,  comme  Ligures  %  Ibè- 
res', &  Gaulois"*,  ou  même  comme  n'ayant 
pas   existé   sur  notre   sol  '.   Aux  peuples 

'  Cf.  Scymnus  de  Chio  [Orhls  dese,  dans  les  Geog. 
minores,  éd.  Miiller,  t.  i,  p.  204,  v.  200);  Silius 
Italiens  (v.  418  &  suiv.);  Dion  Cassius  [Hist, 
Rom.  I.  34)  }   Etienne  de  Byzance  (au  mot),  &c. 

"  Walckenaer,  Géographie  des  Gaules,  t.  i,  p.  87 
&  suiv. 

^  Boudard,  Numismati<iue   ihérienne,  p.   240   8c 

SUÏY. 

4  M.  de  Saulcy  [Rev.  arch.  1867,  t.  i5,  p.  84), 
corrigeant  le  texte  de  Festus  Avienus  {Ora  marit, 
y.  585),  fait  des  Bébryces  un  peuple  qui  aurait 
formé,  avec  Narbonne  pour  capitale,  un  véritable 
royaume,  aux  chefs  duquel  se  rapporteraient  des 
monnaies  gauloises  à  légendes  grecques,  qui  seront 
décrites  plus  loin. 

^  Adrien  de  Valois  (Notitia,  au  mot),  dom  Vais- 
sete  (tome  I  de  eette  édition,  p.  ii5  &  suiv.), 
&  d'Anville  {Notice  de  la  Gaule,  au  mot  Atacini, 
p.  107),  contestent  qu'il  y  ait  eu  aux  environs  de 
Narbonne  un  peuple  nommé  Bébryces.  Le  Diction- 
naire archéologique  de  la  Gaule  (au  mot),  combat 
cette  opinion  &,  sans  se  prononcer  sur  la  race  des 
Bébryces,  il  accepte  leur  existence  &  constate  qu'ils 
avaient  laissé  leur  nom  à  la  mer  de  Narbonne. 


dont  parle  l'histoire  ou  que  mentionnent 
vaguement  les  périples,  il  faut  encore 
joindre  d'autres  peuples,  ainsi  que  le  prou- 
vent les  légendes  monétaires.  Que  d'em- 
barras ! 

Outre  les  monnaies  de  Nimes,  le  numé- 
raire qui  paraît  appartenir  aux  parties  du 
Languedoc  &  du  Roussillon  les  plus  voi- 
sines de  la  mer,  se  compose  de  pièces  de 
bronze  présentant  entre  elles  de  grandes 
analogies  de  fabrique  j  mais  les  unes  sont 
grecques  par  les  légendes  &  gauloises  par 
les  noms,  tandis  que  les  autres  sont  revê- 
tues de  légendes  ibériques.  Je  me  conten- 
terai donc,  quand  le  moment  sera  venu, 
d'étudier  ces  pièces  en  elles-mêmes,  de  dé- 
terminer leurs  caractères  particuliers  &, 
autant  que  possible,  leur  âge  relatif,  mais 
je  m'abstiendrai  d'hypothèses  sur  les  peu- 
ples par  lesquels  ou  pour  lesquels  elles 
ont  été  fabriquées. 

DESCRIPTION 

Nous  arrivons  maintenant  à  la  descrip- 
tion des  diverses  monnaies  qui  appartien- 
nent au  Languedoc.  Aucune  monnaie  d'or 
ne  pouvant  être  attribuée  avec  quelque 
certitude  à  cette  province,  nous  commen- 
cerons par  les  pièces  d'argent  les  plus 
anciennes,  c'est-à-dire  par  les  imitations 
pures  du  type  de  Rhoda^  je  donnerai  en- 
suite des  spécimens  des  nombreuses  va- 
riétés, fabriquées  pour  la  plupart  par  les 
Tectosages,  &  qui  ressemblent  encore, 
mais  de  plus  loin,  à  ce  modèle.  Puis  vien- 

Ce  nom,  qui  aurait  subsisté  en  dehors  des  no- 
menclatures officielles  de  Rome,  se  retrouve  au 
douzième  siècle,  dans  Zonaras  {Annales,  édit.  de 
Du  Cange,  1686,  t.  i,  p.  406).  La  Commission  de 
la  topographie  des  Gaules,  acceptant  la  correction 
de  M.  de  Saulcy,  identifie  d'ailleurs  les  Bébryces 
avec  un  autre  peuple,  les  Élisyces  de  Festus  Avie- 
nus. Il  est  à  remarquer  que  Hécatée  (édit.  citée, 
t.  I,  p.  2,  ?  20)  nomme  aussi  les  Elisyces,  &, 
comme  cet  auteur  écrivait  à  la  fin  du  sixième 
siècle  ou  au  commencement  du  cinquième  avant 
J.-C,  le  nom  qu'il  rapporte  devrait  prévaloir  sur 
celui  de  Bébryces,  dans  l'hypothèse  où  les  deux 
peuples  n'en  feraient  qu'un.  —  Voir  aussi  la  note 
de  M.  Edward  Barry,  insérée  au  tome  I  de  cette 
édition,  p.  3  &  suiv. 


Note 
"4 


Note 
114 


464 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


(Iront  les  pièces  à  légendes.  Ces  monnaies 
formeront  huit  groupes  : 

1°  Monnaies  d'argent  servilement  imi- 
tées des  drachmes  de  Rhoda,  au  type  de  la 
rose  retournée,  &  divers  spécimens  de  dé- 
générescence; 

2°  Monnaies  d'argent,  dites  à  la  croix, 
complètement  anépigraphes,  qui  rappel- 
lent encore,  mais  de  plus  loin,  le  proto- 
type de  Rhoda,  à  la  rose  retournée,  &  qui 
empruntent  quelquefois  les  accessoires  de 
leur  type  aux  monnaies  d'Emporium  ou  à 
celles  de  Sicile.  Ce  groupe  considérable  se 
partagera  en  deux,  suivant  que  le  revers 
ne  présentera  pas  ou  présentera  une  hache; 

3°  Monnaies  d'argent  procédant  à  la 
fois,  au  droit,  du  type  de  Rhoda  à  la  rose 
vue  en  dessus  &,  au  revers,  du  type  de 
Rhoda  à  la  rose  retournée; 

4°  Monnaies  diverses  d'argent,  soit  ané- 
pigraphes, soit  à  légendes  latines  ou  ibéri- 
ques, qui  se  rattachent  au  second  groupe 
&  au  troisième  par  un  ou  plusieurs  termes 
intermédiaires; 

5°  Monnaies  d'argent  &  monnaies  de 
bronze  appartenant  aux  Arécomiques  în 
génère; 

6°  Spécimens  en  argent  &  en  bronze  du 
monnayage  particulier  de  Nimes; 

7°  Bronzes  portant,  en  caractères  grecs, 
les  uns  des  ethniques,  parmi  lesquels  celui 
de  Béziers,  les  autres  des  noms  gaulois 
avec  ou  sans  le  titre  de  BA2IAEY2J 

8°  Bronzes  dont  les  légendes  sont  tra- 
cées en  caractères  ibériques. 

Les  quatre  premiers  groupes  sont  liés 
entre  eux  par  l'enchaînement  des  types; 
le  cinquième  &  le  sixième  n'ont  de  liaison 
ni  avec  ceux  qui  les  précèdent,  ni  avec 
ceux  qui  les  suivent.  Les  deux  derniers 
sont  complètement  indépendants  des  au- 
tres; ils  appartiennent  tous  les  deux  à  un 
même  système  monétaire. 

PREMIER    GROUPE 

IMITATIONS  PURES   DE  LA  DRACHME  DE  RHODA 

Pendant  que  Marseille  exerçait,  non- 
seulement  sur  le  littoral,  entre  le  Rhône 
&  les  Alpes,  mais  au  delà  des  Alpes,  dans 
l'Italie  septentrionale,  une  influence  que 


nous  démontrent  incontestablement  les 
monnaies  de  ces  contrées",  les  colonies 
grecques  de  Rhoda  &  d'Emporium,  fon- 
dées l'une  &  l'autre  sur  la  côte  des  Indi- 
gètes,  au  sud  du  promontoire  pyrénéen, 
avaient,  avec  les  peuples  dont  le  territoire 
forma  depuis  le  Roussillon  &  le  Lan- 
guedoc, des  relations  suivies,  des  marchés 
communs,  &  voyaient  leurs  drachmes  con- 
trefaites, avec  plus  ou  moins  d'habileté, 
au  nord  des  Pyrénées.  Les  drachmes  d'Em- 
porium" ont  été  copiées  sur  plusieurs 
points  de  la  Gaule'  mais  n'y  ont  pas  créé, 
comme  celles  de  Rhoda,  un  type  national; 
je  les  négligerai  donc  pour  ne  m'occuper 
que  des  drachmes  de  Rhoda  &  de  leurs 
contrefaçons. 

Scymnus  de  Chio"*  dit  que  Rhoda  avait 
été  bâtie  autrefois  par  les  Rhodiens  d'Asie 
Mineure;  Strabon^  donne  dubitativement 
à  cette  ville  la  même  origine  &  ajoute 
qu'elle  appartenait  de  son  temps  aux  Em- 
poritains  :  on  croit,  en  effet,  qu'Empo- 

'  Les  villes  de  la  Massaliètide  &  quelques  peu- 
ples voisins  avaient  adopté  le  type  de  Marseille, 
en  changeant  les  légendes  (conférer  de  la  Saussaye, 
Num.  de  la  Narh.  passim).  Les  Gaulois  de  la  Cisal- 
pine ont  contrefait  la  drachme  au  lion,  en  cher- 
chant à  imiter  la  légende  MAISAAIHTQN,  ou  en  se 
bornant  à  la  remplacer  par  des  caractères  informes 
&  sans  signification  (voyez  un  article  que  j'ai 
publié  dans  la  Revue  numismatique,  année  1860, 
p.  202). 

"  Les  drachmes  d'Emporium  comportent  deux 
types.  Dans  le  premier,  le  droit  représente  la  tête 
de  Cérès  à  gauche  &  le  revers  un  cheval  debout, 
au-dessus  duquel  plane  uneVictoire  ailée.  Dans  le 
second,  la  tête  de  Cérès  regarde  à  droite  j  des  pois- 
sons, comme  sur  diverses  monnaies  de  Sicile,  sont 
placés,  deux  devant  le  visage,  un  derrière  la  tête; 
au  revers,  le  champ  est  occupé  par  un  cheval  ailé. 
Conférer  A.  Heiss,  op.  laud.  p.  87  &  pi.  I. 

3  On  a  trouvé  des  imitations  de  la  drachme  d'Em- 
porium jusque  dans  le  Limousin.  Il  existe  aussi 
des  monnaies  de  provenance  &  d'attribution  in- 
certaines, dans  lesquelles  il  y  a  quelque  chose  du 
second  type;  la  Victoire  qui  plane  sur  le  cheval 
n'est  plus  représentée  que  par  une  sorte  de  courbe 
surmontée  d'un  point. 

■♦  Geographici  minores  publiés  par  Millier  j  édi- 
tion Didot,  t.   1,  p.  204. 

5  Geogr.  1.  3,  c.  4,  8. 


Note 
114 


Note 
"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


465 


Lorsque   la  rose  est  vue  en  dessus,  le 


rium,  ville  importante,  habitée  à  la  fois  sition  naturelle.  Dans  le  premier  cas,  qui 
par  des  Grecs  &  par  des  Ibères,  que  sépa-  est  le  plus  fréquent,  le  calice  &  la  tige 
rait  un  mur,  avait,  peu  de  temps  après  sa  coupée  se  confondent  en  projection  &  sont 
fondation,  absorbé  sa  voisine,  ce  qui  ex-  figurés  par  un  petit  globe,  qui  marque  le 
pliquerait  comment  les  monnaies  d'Em-  centre  de  la  pièce.  Du  calice.se  détachent 
porium  sont  moins  anciennes  &  ont  duré  les  sépales  barbus,  qui  partagent  le  cnamp 
plus  longtemps  que  celles  de  Rhoda.  Quant  en  quatre  parties  égales;  dans  chacun  des 
à  la  date  précise  de  la  fondation  de  cette  angles  se  développe  un  large  pétale,  ou 
dernière  ville,  il  est  difficile  de  la  déter-  bien  un  double  système  de  pétales  dont  les 
miner.  M.  Heiss,  sans  donner  de  preuves,  plus  longs  sont  repliés  sur  eux-mêmes, 
adopte  l'année  SyS  avant  J.-C.  En  admet- 
tant avec  le  même  auteur"  qu'Emporium 
soit  du  cinquième  siècle  &  que  le  mon- 
nayage de  Rhoda  ait  cessé  quand  com- 
mença celui  de  cette  colonie,  les  drach- 
mes qui  nous  occupent  remonteraient  au 
sixième  siècle  ou  tout  au  moins  au  cin- 
quième; cette  époque  me  paraît  trop  re- 
culée. Les  drachmes  de  Rhoda  sont  assu-  centre  est  marqué  par  la  gerbe  des  étami- 
rément  très-anciennes  &  auraient  même,  nés  &  le  champ  de  la  pièce  est  occupé  par 
suivant  M.  de  Longpérier,  précédé  celles  huit  pétales,  posés  deux  à  deux  &  sem- 
de  Rhodes;  mais  je  ne  pense  pas  qu'on  blant  légèrement  repliés  sur  eux-mêmes, 
puisse  les  faire  remonter  au  delà  du  qua-  ainsi  que  cela  se  produit  lorsque  la  florai- 
trième  siècle.  Or,  comme  il  est  de  noto-  son  est  très-avancée.  Les  extrémités  des 
riété  en  numismatique  que  les  premières  quatre  folioles  barbues  apparaissent  dans 
contrefaçons  sont  émises  à  l'époque  même  les  quatre  angles  rentrants  formés  par  les 
où  les  prototypes  sont  mis  en  circulation^  pétales, 
on  peut  en  conclure  que  nos  copies  sont 
elles-mêmes   anciennes    &  "n'ont   pas    été 

frappées  très-longtemps  après  les  statères  /^/'P^^Ê^X    i/?'^ 

au  type  grec  du  bige,  qui  sont  du  qua-  i  i- / .   ^zW)  \vtr- 

trième  siècle  &  qu'on  considère  comme  les 
premières  monnaies  de  la  Gaule. 

La  drachme  de  Rhoda  d'Ibérie,  qui  a  été 
si  souvent  imitée  au  nord  des  Pyréénes,  est  La  fleur  que  nous  montrent  les  drachmes 

très-pure  d'exécution;  elle  présente  d'un  de  Rhoda  d'Ibérie  ne  diffère  pas  de  celle 
côté  une  tête  de  divinité'  avec  le  nom  du  que  les  Rhodiens  adoptèrent  comme  type 
peuple,  de  l'autre  une  rose  épanouie,  vue  &  qu'ils  introduisirent  dans  les  ateliers 
soit  retournée,  soit  en  dessus,  dans  sa  po-      monétaires  de  la  Lycie  &  de  l'île  de  Nisy- 

ros".  Les  numismatistes  ont  vu  aussi  sur 

•  Deicr'tp.  gén.  des  monn.  ant.  de  l'Espagne,  p.  84.       quelques  monnaies  de  Rhodes  la  fleur  d'une 

'  C'est  ainsi,  à  une  autre  époque,  que  les  mon-  sorte  de  grenadier,  nommé  balaustium,  avec 
naies  des  grands  Etats,  telles  que  le  gros  tournois  laquelle  peut  se  confondre  une  rose  sau- 
de  France  &  l'esterling  d'Angleterre,  ont  été  con-  ^^gg  représentée  à  peine  entr'ouverte  & 
trefaites,  aussitôt  leur  apparition  sur  les  marchés. 
Les  espèces,  ainsi  introduites  dans  les  ateliers  des 
barons  8c  des  évêques,  y  ont  créé  de  nouveaux 
systèmes  monétaires,  dont  les  produits  successifs 
ont  été  en  s'a f faiblissant  dans  leur  poids  &  leur 
titre  &.  en  se  modifiant  dans  leur  type. 

'  Cette  tête,  fréquente  sur  les  monnaies  de  Si- 
cile, estd'attribution  incertaine.  Cf.  toutefois Kevae 
num.  1840,  p.  412,  &  1866,  p.  392. 


II. 


comprimée   encore  entre   ses  sépales'.   Il 

'  A.  de  Longpérier,  Revue  num.  1840,  p.  406  & 
sulv. 

'  Voir  [Revue  num.  1  863,  p.  224  &  pi.  X)  une 
médaille  de  Rhodes,  classée  par  M.  Waddington 
entre  l'an  406  avant  J.-C.  &  la  paix  d'Antalcidas, 
en  387. 

3o 


Note 
114 


Note 
"4 


466 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


semble  que  les  artistes,  chargés  de  graver 
les  coins  monétaires  dans  les  villes  du  nom 
de  Rhoda',  se  soient  plu  à  représenter  sous 
tous  ses  aspects  la  fleur  qui  servait  à  ce 
nom  d'expression  phonétique. 

La  taille  des  monnaies  a  varié  dans  le 
monde  grec,  suivant  les  pays  &  les  temps, 
&,    comme    les    procédés    de    fabrication 
étaient  imparfaits  &  que  des  pièces  fabri-      lier  &  pendants  d'oreille^  devant  le  visage 
quées   par  des   faussaires    se    rencontrent      quelques  caractères  ne  présentant  plus  au- 
dans  les  dépôts,  il  arrive  que  des  spéci-      cun  sens  &  destinés  seulement  à  tenir  la 
mens,  frappés  dans  le  même  système,  ne      place  du  mot  POAHTflN. 
donnent  pas,  à  la  balance,  tout  à  fait  le  REVERS.   Rose   épanouie,  retournée   & 

même  poids^  en  outre,  il  n'est  pas  sans  laissant  voir  deux  systèmes  de  pétales  sur 
exemple  que  le  même  Etat  ait  frappé  dans  lesquels  se  détachent  les  quatre  sépales 
deux  systèmes  différents  j  il  est  donc  sou-      barbus. 


monnaies  au  droi't  jdesqlielles  la  tête  de 
divinité  est  encore  très-reconnaissable.  Ce 
n'est  qu'à  la  troisième  planche  que  je  don- 
nerai, n°  I  &  n"  2,  des  imitations  de  l'autre 
type  de  Rhoda,  c'est-à-dire  de  celui  où  la 
rose  est  vue  en  dessus. 

N°  I.  Tête  de  femme  à  gauche,  avec  col- 


NOTE 

114 


vent  difficile  de  déterminer  le  système  au- 
quel appartient  le  numéraire  d'une  colonie 
lointaine,  surtout  lorsque  les  pesées  n'ont 
pas  porté  sur  un  grand  nombre  d'exem- 
plaires &  qu'on  ne  table  pas,  par  consé- 
quent, sur  de  bonnes  moyennes.  Aussi 
M.  Mommsen"  renonce-t-il  à  faire  entrer 
les  espèces  de  Rhoda  d'Ibérie  dans  un 
des  systèmes  drachmiques  de  la  Grèce. 
M.  Vasquez  Queypo%  plus  osé,  fixe  à  4888 
le  poids  que  devaient  présenter  les  drach- 
mes de  Rhoda  &  les  rattache,  ainsi  que 
celles  d'Emporium,  au  système  olympique. 
Le  type  de  Rhoda,  dont  les  imitations 
se  rencontrent  le  plus  fréquemment,  est, 
comme  je  viens  de  le  dire,  celui  où  la  rose 
étant  retournée,  les  sépales  barbus  décou- 
pent le  champ  de  la  pièce  en  quatre  parties 
égales.  Je  vais  réunir,  du  n°  i  au  n"  4  de 
la  planche  première,  des  spécimens  de  ces 
contrefaçons^  on  verra  ensuite  des  exem- 
ples anciens  de  la  croix  à  branches  lisses 
substituée  aux  sépales  barbues,  et  enfin, 
sous  les  n°'  7  &  8,  un  dispositif  cruciforme 
tout  particulier  qui  apparaît  au  revers  de 

'  La  ville  grecque  de  Rhoda  ou  Rhodanusia, 
qui  s'élevait  à  l'embouchure  du  Rhône  suivant 
quelques  auteurs  &  qui  n'existait  plus  au  temps  de 
Pline  (Hist.  nat.  1.  3,  c.  5  &  6),  a  peut-être  aussi 
donné  le  type  de  la  rose  à  ses  monnaies,  si  toute- 
fois elle  en  a  eu.  Les  pièces  attribuées  jusqu'à  ce 
jour  à  Rhodanusia  appartiennent  à  d'autres  villes. 

'  Hist.  de  la  monnaie  romaine;  traduction  de 
MM.  de  Blacas  &.  de  Witte,  t.  3,  p.  242. 

^  Systèmes  métriques  &  monétaires  des  anciens 
peuples;  in-8°,  iSSp,  t.  3,  p.  72. 


Cabinet  de  France  j  argent  d'assez  bas  titre; 
4  grammes   98;   pi.  I,   fig.    i. 

Cette  pièce  a  un  poids  élevé,  qui  dépasse 
même  celui  que  M.  Vasquez  Queypo  assi- 
gne à  l'étalon;  elle  est  par  conséquent 
fort  ancienne,  car  les  premières  &  bonnes 
imitations,  chez  les  peuples  secondaires  de 
tous  les  pays,  ont  eu  seules  le  poids  du 
prototype. 

N°  2.  Tête  de  femme  tournée  à  gauche, 
comme  celle  du  n"  i,  mais  de  style  tout  à 
fait  barbare;  le  champ  est  vide  devant  le 
visage,  l'artiste  gaulois  ou  ibère,  qui  avait 
composé  le  coin,  n'ayant  pas  pris  la  peine 
d'y  disposer  des  traits  à  la  place  de  la  lé- 
gende grecque. 

R.  Les  pétales  sont  disposés  comme  au 
second  revers  du  premier  prototype  grec, 
sauf  qu'ils  sont  étroits.  Les  sépales  ne  sont 
plus  que  des  bandes  en  croix  régulière- 
ment dentelées. 

Cabinet  de  France;  argent;  4,93;  pi.  I,  fig,  2. 

Il  eût  été  facile,  si  l'espace  l'avait  per- 
mis, de  placer  des  termes  intermédiaires 
entre  le  n°  i  &  le  n°  2  '. 

N°  3.  Tête  analogue  à  celle  du  n°  2,  mais 
plus  barbare  encore. 

R.  Croix  dentelée,  avec  un  seul  reste  de 
pétale  dans  chaque  angle  ou  canton. 

Cabinet  de  France;  argent;  4,93;  pi.  I,  fig.  3. 

'  On  peiit  voir  quelques-unes  de  ces  variétés 
soit  au  Cabinet  de  France,  soit  dans  les  collec- 
tions particulières. 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


467 


N"  4.  Tète  à  gauche  d'assez  bon  style; 
collier  &  pendants  d'oreille;  sur  le  front 
se  dresse  une  sorte  d'aigrette,  en  arrière 
de  laquelle  sont  figurées  des  mèches  de 
cheveux  qui  descendent  jusqu'au  cou. 

R.  Croix  à  branches  minces  &  dentelées, 
reproduisant  assez  fidèlement  les  sépales 
du  n°  I,  seulement  les  folioles  adhérant  à 
la  tige  en  sont  séparées  &  forment  quatre 
petits  croissants,  aux  pointes  tournées  en 
dehors.  Un  filet  circulaire  remplace  les 
pétales  les  plus  courts;  des  objets  courbés 
&  arrondis,  semblables  à  ceux  du  n°  3, 
figurent  dans  chaque  canton"  les  autres  pé- 
tales. 

Cabinet  de  France;  argent;  4,85;  pi.  I,  fig.  4. 

Le  n"4  est  beaucoup  plus  voisin,  comme 
art,  du  prototype  grec  que  les  n"*  2  &  3;  il 
appartient  à  une  autre  série  d'imitations. 

On  a  trouvé,  il  y  a  quelques  années, 
dans  la  Charente,  un  assez  grand  nombre 
de  pièces  dont  la  tête  est  plus  en  relief  & 
plus  barbare  que  celle  du  n"  4,  mais  dont 
le  revers  est  le  même;  ces  pièces,  moins 
anciennes,  ne  pesaient  guère  que  4,20. 

N°  5.  Tête  à  gauche,  analogue  à  celle  du 
n°  I,  mais  de  style  différent  &  de  moins 
bonne  exécution. 

R.  Aucun  reste  de  pétales;  filet  circu- 
laire comme  au  n°  4,  d'un  diamètre  pres- 
que égal  à  celui  du  flan  &  limitant  deux 
barres  à  angle  droit  &  sans  dentelure,  qui 
remplacent  les  sépales;  en  sorte  que  le 
type  du  revers  représente  une  roue  à  qua- 
tre rayons,  ce  qui  le  rapproche  complète- 
ment de  certaines  oboles  de  Marseille", 
&  jusqu'à  un  certain  point  de  diverses 
monnaies  de  la  Sicile  &  de  la  Calabre'. 
On  réunissait  souvent  plusieurs  éléments 
d'imitation  dans  un  même  coin  monétaire 
pour  étendre  sa  circulation. 

Ancienne  coll.  de  la  Saussaye;  argent;  5,oo  ; 
pi.  I,  fig.  5. 

N°  6,  Tète  à  gauche,  plus  barbare  8c  dé- 
notant une  époque  moins  ancienne. 

Cf.  de  la  Saussaye. 
'  Torremuzza,  Siciliae  vcteres  numm'i,  pi.  XXXII, 
14,    &  Sambon,   Monn.   de   la  presqu'île   italique, 
in-4°,  1870,  pi.  XVII,  n.  2. 


R.  Barres  évidées,  se  croisant  h  angle 
droit  au  milieu  du  cTiamp,  dépassant, 
comme  au.n"  4,  le  filet  circulaire  à  peine 
accusé  &  se  prolongeant  jusqu'aux  bords 
du  flan. 

Coll.  Charles  Robert;  argent;  4,3(;;  pi.  I,  fig.  6. 

N*  7.  Tête  à  gauche,  assez  heureuse  dans 
ses  proportions  générales,  mais  barbare 
dans  ses  détails;  les  pendants  d'oreille  re- 
posent sur  le  collier. 

R.  Dispositif  formé  de  quatre  courbes 
rentrantes,  se  confondant  deux  à  deux  vers 
les  extrémités  du  flan;  au  centre,  un  globe 
entouré  de  trois  points  &  d'un  petit  trian- 
gle. 

Coll.  Charles  Robert;  argent;  4,67;  pi.  I,  fig.  7. 

N"  8.  Tète  à  gauche  ;  le  pendant  d'oreille 
tombe  très-bas. 

R.  Dispositif  analogue  à  celui  du  n"  7; 
mais  les  courbes  sont  plus  aplaties  &  for- 
ment un  quadrilatère  dont  les  côtés  sont 
presque  droits;  du  centre,  marqué  par  un 
point  qu'entoure  un  annelet,  partent  qua- 
tre fuseaux  évidés  aboutissant  aux  angles. 

Dessin  communiqué  par  M.  de  la  Saussaye; 
argent;  4,17;  pi.  I,  fig.  8. 

Cette  monnaie,  la  précédente  &  leurs 
variétés  portent,  au  droit,  une  tête  qui  rap- 
pelle toujours  la  divinité  féminine;  mais, 
par  le  quadrilatère  curviligne  du  revers, 
elles  s'éloignent  du  type  de  Rhoda;  je 
les  ai  intercalées  ici  parce  que  le  qua- 
drilatère de  leur  revers  reparaîtra  plus 
loin  sur  d'autres  pièces  comme  signe  ac- 
cessoire. 

Les  huit  monnaies  qui  précèdent  ont  un 
poids  élevé,  qui  se  rapproche  assez  de 
celui  du  prototype  de  Rhoda  pour  qu'on 
puisse  croire  qu'elles  étaient  destinées  à 
circuler  sur  le  même  pied  que  celui-ci. 
Elles  sont  fréquentes,  dit-on,  aux  envi- 
rons de  Castelnaudary,  &  M.  A.  Heiss 
pense  qu'elles  ne  se  rencontrent  jamais 
au  sud  des  Pyrénées.  Il  est  difficile,  en 
présence  de  renseignements  aussi  peu  pré- 
cis, de  faire  des  conjectures  sur  le  peuple 
gaulois  ou  ibère  auquel  elles  doivent  être 
attribuées.  Quant  à  l'âge  de  ces  contrefa- 
çons, du  moins  des  mieu'x  exécutées,  il  ne 


NOTR 

1 1/, 


Note 
114 


468 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


doit  pas  différer  beaucoup  de  celui  des  ces  qui  procèdent  de  la  rose  retournée', 
prototypes  eux-mêmes,  puisque  les  peu-  la  fleur  n'est  plus  représentée  que  par  ses 
pies  imitateurs  choisissaient  nécessaire-  sépales  en  croix,  qui  ont  même  perdu, 
ment  pour  modèles  des  pièces  en  pleine  dans  presque  toutes  les  variétés,  les  den- 
circulation;  puis  la  copie  servile,  une  fois  telures  qui  les  caractérisent.  Les  restes  de 
naturalisée  dans  leurs  ateliers  monétaires,  pétales,  d'abord  représentés  comme  sur  le 
se  reproduisait  en  s'altérant.  On  peut  spécimen  des  imitations  directes,  gravé 
croire,  en  se  reportant  à  ce  qui  a  été  dit  sous  le  n°  4  de  la  planche  I,  se  transfor- 
plus  haut  au  sujet  de  Rhoda,  que  les  ment  bientôt  en  croissants  ou  font  place 
drachmes  forgées  au  type  de  cette  colo-  à  de  petits  objets  extrêmement  variés, 
nie  sont  fort  anciennes;  mais  on  ne  peut  Les  monnaies  à  la  croix  ont  été  long- 
dire  jusqu'à  quelle   époque    leur  fabrica-  temps  négligées  ;  cependant  des  spécimens, 


tion  s'est  prolongée. 


recueillis  au  dernier  siècle  dans  la  riche 
mine  de  Vieille-Toulouse,  avaient  été  étu- 
diés par  quelques  antiquaires  &  par  Duby 
lui-même.  Ce  dernier',  partageant  un 
préjugé  populaire  accepté  aussi  par  Fauris 
de  Saint-Vincens',  les  identifiait  avec  les 
monnaies  frappées  à  Melgueil  par  les  évè- 
ques  de  Maguelone  &  dont  les  caractères 


DEUXIEME    GROUPE 

MONNAIES  ANÉPIGRAPHES  A  LA  CROIX  AVEC  ACCESSOIRES 
DIVERS 

Les  pièces  d'argent  dites  à  la  croix'  for 
ment,  isolées  &:  en  nombre,  le  fond  des  arabes  attirèrent,  en  1266,  les  censures  de 
trouvailles  du  Languedoc;  elles  se  ren-  Clément  IV''.  Le  conservateur  des  mé- 
contrent  même,  mais  moins  fréquemment, 
dans  une  partie  de  l'Aquitaine  &,  à  l'est, 
au  delà  du  Rhône'.  La  quantité  des  mon- 
naies à  la  croix  recueillies  depuis  quel- 
ques années  paraît  prodigieuse,  lorsqu'on 
considère  depuis  combien  de  siècles  le  sol 
est  remué.  Cette  abondance  avait  déjà  été 
constatée  au  dernier  siècle,  &  l'abbé  Au- 
dibert'  rapporte  que  les  paysans  deman- 
daient  à   travailler   pour   rien   à  Vieille- 


'  On  reviendra  plus  loin  sur  les  imitations 
(pi.  III,  fig.  1  &  2)  qui  procèdent  de  la  rose  vue 
par  dessus. 

'  Monnaies  des  prélats  &  barons,  t.  i,  pi.  XIV, 
n"*  2  &  3. 

^  Dissertation  sur  les  monnaies  de  Provence,  in- 
sérée dans  l'Histoire  de  Papon. 

*  On  fit  au  moyen  âge  de  nombreuses  imitations 
&  contrefaçons  de  la  monnaie  arabe.  M.  de  Long- 
périer  (Kevue  num.  1  856,  p.  63)  a  publié  une  mon- 


Toulouse,    certains    qu'ils     étaient    de    se       naie  d'or  de  Bérenger  Raimond,  comte  de  Barce- 


dédommager  par  les  monnaies  qu'ils  re- 
cueillaient. Ces  monnaies  dites  à  la  croix 
se  rattachent  à  la  drachme  de  Rhoda  par 
plusieurs  termes  intermédiaires,  qui  ont 
été  décrits  dans  le  groupe  précédent.  La 
tête  est  encore  une  tête  de  femme,  sauf 


lone  (1017  à  io35),  sur  laquelle  on  voit  au  droit, 
en  légende  circulaire  :  RAIMVNDVS  COMES,  & 
sur  l'une  &  l'autre  face,  en  caractères  arabes,  l'ins- 
cription verticale  des  monnaies  frappées  par  son 
contemporain,  le  prince  hammoudite  Yahia,  roi  de 
Malaga.  Plus  tard,  les  monnaies  d'or  &  d'argent 
des  Almoravides  s'étant  répandues  dans  le  Midi  de 


de  rares  exceptions;  mais,  dans  les  divers  la  France,  plusieurs  barons  se  hâtèrent  d'en  faire 
aspects  qu'elle  revêt,  on  ne  trouve  pour  fabriquer  des  contrefaçons.  Ce  sont  des  pièces  d'à r- 
ainsi   dire   plus   rien    de   l'image    pure   &   si        gent   nommées   millares  que   l'évêque    Bérenger   de 


caractéristique  du  prototype  grec. 

Au  revers,  pour  ne  parler  que  des  piè- 

'  Il  n'existe  que  deux  ou  trois  monnaies  de 
bronze,  de  provenance  encore  incertaine,  pouvant, 
par  leur  type,  se  rattacher  aux  monnaies  d'argent 
à  la  croix. 

*  Cf.  de  Crazannes,  Revue  num.   1839,  p.  161. 

'  Dissertation  sur  les  origines  de  Toulouse,  1764, 
p.  8. 


Frédol  fabriquait  au  nom  de  Mahomet.  La  fabri- 
cation des  monnaies  à  légendes  arabes  n'avait  pas 
seulement  lieu  au  château  de  Melgueil  ;  aussi 
saint  Louis  reprochait-il  à  son  frère,  Alphonse  de 
Toulouse,  de  tolérer  qu'on  frappât,  dans  le  comté 
venaissin,  des  pièces  sur  lesquelles  on  donnait  à 
Mahomet  le  titre  de  prophète  de  Dieu.  (Germain, 
Anciennes  monnaies  seigneuriales  de  Melgueil  &  de 
Montpellier,  in-4°,  1862,  p.  33;  8c  Monnaie  maho- 
métane  attribuée  a  un  évêque,  publications  de  la 
société  arch.  de  Montpellier,  t.  3,  p.  683  &  suiv.) 


Note 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


469 


dailles  du  Roi,  Barthélémy,  'consulté  par 
le  savant  toulousain,  Audibert,  reconnut 
le  premier  que  les  pièces  à  la  croix  étaient 
gauloises    &    n'hésita    pas   à   les   attribuer 


bases  d'une  classification  de  cet  important 
numéraire,  d'après  le  type  des  têtes  repré- 
sentées ;  de  son  côté,  M.  de  la  Saussaye 
avait  signalé  quelques  spécimens  qui  lui  pa- 


aux  Volkes  Tectosages';   cette  opinion  a       raissaient  particulièrement  anciens,  parce 


été  reproduite  par  M.Dumège'.  Sestini 
&  M.  de  Lagoy"*,  allant  plus  loin,  ont 
entrevu  dans  ces  pièces  le  souvenir  de  la 
monnaie  frappée  en  Ibérie  par  les  Grecs 
de  Rhoda,  mais  ils  ont  eu  tort  de  les  attri- 
buer à  une  autre  ville  de  même  ethnique. 


qu'on  y  pouvait  encore  reconnaître  la  tête 
divine,  telle  qu'elle  se  voit  sur  les  imita- 
tions directes  de  la  drachme  de  Rhoda.  Il  y 
a  assurément  dans  le  travail  de  ces  deux  sa- 
vants des  principes  qui  ne  devront  pas  être 
négligés,  mais  dont   l'application  est   loin 


Rhoda    ou    Rhodanusia,    colonie    grecque       d'être   générale.   En    effet,  dans   quelques 


qui  passe  pour  avoir  existé  à  l'embouchure 
du  Rhône.  Un  habile  numismatiste,  M.  de 
Crazannes%  a  réfuté  sans  peine  la  locali- 
sation à  Rhodanusia  de  l'immense  numé- 
raire à  la  croix,  mais  il  s'est  trompé  à  son 


trouvailles,  &  notamment  dans  celle  de  Bé- 
ziers,  il  y  a  des  pièces  portant  des  têtes  de 
style  fort  différent  &  semblant,  par  l'état 
de  leur  conservation,  n'avoir  pas  circulé 
plus   longtemps    les  unes  que   les   autres. 


tour   en   considérant  les  deux   barres  qui      Dans  d'autres  dépôts  les  têtes  se  reprodui- 


se croisent  dans  le  champ  à  angle  droit 
comme  un  type  essentiellement  national  & 
usité  chez  les  Gaulois  dès  la  plus  haute 
antiquité  &  avant  même  l'arrivée  des  Grecs 
qui  fondèrent  Marseille  &  les  villes  du 
nom  de  Rhoda.  Le  type  grec  a  précédé  le 
type  gaulois. 


sent  &  les  revers  changent.  Il  faut  donc 
renoncer  à  entreprendre  un  classement 
rationnel,  par  époque  &  par  contrée,  des 
monnaies  d'argent  au  type  de  la  croix,  tant 
que  de  nouvelles  trouvailles,  soigneuse- 
ment enregistrées  &  étudiées  par  les  ar- 
chéologues du  pays,  n'auront  pas  apporté 


Le  cadre  de   cet   article  ne  permettant      de  nouveaux  &  nombreux  éléments  d'ap- 


pas de  citer  &  encore  moins  de  reproduire 
dans  les  planches  toutes  les  variétés  con- 
nues des  monnaies  muettes  à  la  croix,  je 
me  suis  borné  à  faire  un  choix  des  spéci- 
mens les  mieux  caractérisés  par  le  type  de 
la  tête  au  droit,  ou,  au  revers,  par  les  ob- 
jets représentés  dans  les  cantons  de  la 
croix.  Si  quelquefois  j'ai  fait  suivre  un  de 
ces  spécimens  d'une  pièce   n'en  différant 


prédation.  M.  de  Saulcy  avait  formé  deux 
grandes  divisions,  comprenant  l'une  les 
monnaies  ayant  une  hache  au  revers,  l'au- 
tre les  monnaies  sur  lesquelles  cette  arme 
ou  cet  outil  n'est  pas  représenté.  Je  sui- 
vrai son  exemple,  non  que  je  considère  ces 
deux  sortes  de  pièces  comme  correspondant 
bien  nettement  à  des  contrées  différentes 
ou   comme   n'appartenant   pas  à   la    même 


que  fort  peu,  c'est  que  je  voulais  montrer       époque,  mais  uniquement  parce  que  c'est 


qu'on  se  contentait  souvent,  pour  obtenir 
un  coin  nouveau,  d'y  changer  un  de  ces 
objets  accessoires  ou  seulement  de  les 
poinçonner  dans  un  ordre  inverse. 

Un  maître,  M.  de  Saulcy^  avait  posé  les 

'  Audibert,  Dissertation   sur  les  origines  de  Tou- 
louse ;  Toulouse,  1764,  in-S", 

''Monuments    des    Volces   Tectosages  ;  Toulouse, 
1814,  in-S". 

^   Medaglie   Ispane ,    i8i8,    p.    i8o   &   pi.  VIII, 
n°*  3  à  7. 

^  Notice  sur  l'attribution  de  quelques  médailles  des 
Gaules,  1837,  p.  4. 

Dissertation  sur  les  monnaies  gauloises   au   type 
de  la  croix  ou  de  la  roue;  Toulouse,   1839,  in-4". 

*  Revue  num.  1867,  p.  i  &  suiv. 


un  moyen  de  mettre  de  l'ordre  dans  la 
description.  Quant  aux  variétés  comprises 
dans  chaque  division,  je  m'efforcerai  de 
suivre,  autant  que  possible,  l'enchaîneni:  iit 
des  types  du  revers,  sans  me  préoccuper 
des  têtes  &  en  commençant,  bien  enteiuiii, 
parles  pièces  qui  se  rattaclient  encore  net- 
tement au  prototype  de  Rhoda.  Je  signa- 
lerai cependant,  à  l'occasion,  les  têtes  de 
bon  style  &  les  plus  barbares  en  appa- 
rence, sans  affirmer  que  les  unes  soient 
les  premiers  produits,  les  autres  les  der- 
niers du  monnayage  à  la  croix,  car  l'étran- 
geté  des  visages  ou  des  coiffures  peut  être 
le  fait  d'un  atelier  aussi  bien  que  d'une 
époque  ou  d'une  tradition,  hiératique. 


NoTi; 
114 


Note 
114 


470 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Les  monnaies  à  la  hache,  que  je  ne  dé- 
crirai du  reste  qu'après  les  autres,  avaient 
été  considérées  par  mes  devanciers  comme 
présentant  une  particularité  qui  contri- 
buait à  les  distinguer  spécialement  j  je 
veux  parler  de  deux  poissons,  placés  de- 
vant le  visage  &  empruntés  soit  à  diverses 
monnaies  de  Sicile",  soit  aux  drachmes 
d'Emporiumj  mais  les  poissons  se  rencon- 
trent aussi  dans  le  champ  du  droit  des  piè- 
ces au  revers  desquelles  la  hache  n'existe 
pas.  Il  arrive  souvent,  sur  les  monnaies  à 
la  croix  de  l'un  &  de  l'autre  groupe,  que 
les  poissons  soient  remplacés  par  deux 
branches  dentelées  ou  même  par  un  fleu- 
ron qui  semble  sortir  de  la  bouche. 

M.  de  Barthélémy  a  bien  voulu  revoir 
avec  moi  le  classement  de  ce  deuxième 
groupe. 

PREMIER    SOUS-GROUPE 
Monnaies  sans  la  hache. 

N°  I.  Tète  à  gauche  •  devant  le  visage  les 
poissons  d'Emporium. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  restes  de 
pétales,  comme  au  n°  3  des  imitations  di- 
rectes de  la  drachme  de  Rhoda,  au  type  de 
la  rose  retournée. 

Trésor  de  Béziers';  coll.  Charles  Robert}  flan 
bien  arrondi  j  argent;  4,60;  pi,  I,  fig.  9. 

Cette  pièce  offre  ainsi  un  souvenir  des 
types  monétaires  de  deux  ateliers. 

N°  2.  Tète  à  gauche  j  chevelure  exubé- 
rante, mais  bien  rendue  j  les  poissons  ne 
paraissent  pas  avoir  existé.  Le  visage,  d'art 
tout  gaulois,  n'est  pas  sans  une  certaine 
harmonie. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  restes  de 
pétales,  comme  au  numéro  précédent,  & 
d'un  objet  en  forme  d'oreille. 

Rencontrée  à  Béziers  &  dans  l'Aveyron;  Cabi- 
net de  Francej  argent;  flan  bien  arrondi;  3,65; 
pi.  I,  fig.   I  o. 

'  Cf.  Torremiizza,  Vet.  num,  Sic'iViae,  ij8i,pas- 
sim,  &  A.  Salinas,  Le  moncte  délie  antiche  citta 
di  Sicilia,  in-4'',  1872,  pi.  XIX,  fig.  24  à  82. 

^  Le  trésor  de  Béziers  se  composait  de  ySo  pièces 
d'argent.  Cf.  M.  L.  Nogiiier  [Bull,  de  la  soc.  archéol. 
&  scicntif.  de  Béliers,  1872,  p.  277  &  pi.  IV). 


Cette  pièce^  plus  ancienne  que  la  précé- 
dente par  son  type,  s'éloigne  davantage 
par  son  poids  de  la  drachme  de  Rhoda. 

N«  3.  Tète  à  gauche  d'un  style  tout  dif- 
férent^ les  lèvres  semblent  découpées  dans 
le  profil,  au  lieu  d'être  représentées  par 
deux  petits  globes  détachés  &  obtenus  dans 
le  coin  au  moyen  d'un  poinçon. 

R.  Semblable  à  celui  du  n°  2. 

Trésor  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert;  argent; 
3,5i  ;  pi.  I,  fig.  u. 

N°  4.  Tête  à  gauche,  différente  de  celle 
du  numéro  précédent^  les  lèvres  sont  dé- 
tachées &  très-allongées. 

R.  Semblable  à  celui  du  n"  2. 

Trésor  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert;  argent; 
4,60;  pi.  I,  fig.    12. 

N'»  5.  Tète  à  droite  toute  particulière  5 
coiffure  partagée  en  plusieurs  lobes  par 
des  baguettes.  Le  champ  de  la  pièce  est 
encadré  dans  un  grènetis. 

R.  Revers  analogue  au  précédent,  mais 
les  figures  représentant  les  pétales  sont 
plus  pointus  &  l'objet  accessoire  est  rem- 
placé par  une  sorte  de  torque. 

Trésor  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert;  argent; 
4,70;  pi.  I,  fig.    i3. 

N"  6.  Tête  à  droite;  chevelure  délicate- 
ment rendue,  nouée  vers  le  bas;  sur  le 
cou,  à  la  place  du  collier,  deux  courbes  à 
pointes  aiguës. 

R.  Comme  celui  du  numéro  précédent, 
si  ce  n'est  que  le  torque  est  remplacé  par 
un  objet  fermé. 

Trésor  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert;  flan 
coupé  aux  ciseaux;  argent;  3,53;  pi.  I,  fig.   14. 

N°  7.  Tête  à  droite  ;  le  nez  &  le  menton 
sont  démesurément  gros;  les  lèvres  sont 
remplacées  par  deux  globules;  l'œil  est 
triangulaire;  le  front  est  orné  d'un  ban- 
deau perlé,  sur  lequel  sont  placés  des  arcs 
de  cercle;  les  cheveux,  relevés  au-dessus 
de  ce  bandeau,  retombent  sur  la  nuque; 
un  fleuron  est  placé  devant  la  bouche. 
Quelques  exemplaires  laissent  voir  le  grè- 
netis qui  entourait  la  pièce. 

R.  Croix  avec  une  petite  sphère  au  cen- 


NoTE 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


471 


tre.  Les  objets  qui  rappellent  les  pétales 
sont  plus  allongés  que  dans  les  numéros 
précédents  &  en  tout  semblables  à  ceux 
qui  se  montrent  sur  le  n"  2  &  le  n°  3  des 
spécimens  d'imitation  pure  de  la  drachme 
de  Rhoda.  Au  premier  canton,  dans  la  cour- 
bure de  l'objet  qui  remplace  le  pétale,  le 
graveur  a  représenté  une  figure  composée 
d'une  demi-circonférence  coupée  par  un 
arc  de  cercle  de  plus  grand  rayon;  au 
quatrième  canton  le  reste  de  pétale  est 
accompagné  d'un  perlé. 

Plusieurs  exemplaires  recueillis  à  Vieille-Tou- 
louse; coll.  Gariel;  argent;  3,41  à  3,45;  pi.  I, 
fig.  36. 

N°  8.  Tête  barbare  à  gauche;  chevelure 
frisée  à  deux  étages;  le  profil,  sur  les 
exemplaires  où  les  lèvres  sont  épaisses, 
rappelle  complètement  le  type  nègre. 

R.  Croix  cantonnée,  comme  aux  numé- 
ros précédents,  de  quatre  objets  tenant 
lieu  &  place  des  pétales;  mais  ces  objets, 
tout  à  fait  aigus  à  leurs  extrémités,  sont 
devenus  des  croissants;  dans  leurs  conca- 
vités trois  points  &  un  annelet. 

Coll.  Charles  Robert;  trois  exemplaires;  2,52  à 
2,80;  pi,  I,  fig.  i5. 

Cette  monnaie,  connue  dans  les  collec- 
tions sous  le  nom  de  tête  de  nègre,  était 
représentée  par  divers  exemplaires  variés 
dans  le  trésor  de  l'Ile  de  Noé;  elle  est 
commune  à  Vieille-Toulouse  &  a  été  ren- 
contrée plusieurs  fois  par  M.  Ricard  sur 
le  territoire  de  l'ancien  évêché  de  Mague- 
lone. 

L'image  du  croissant,  à  laquelle  les  gra- 
veurs de  coin  étaient  tout  simplement  ar- 
rivés par  la  dégénérescence  progressive  du 
prototype,  est  très-fréquente  sur  les  mon- 
naies à  la  croix  &  se  retrouvera  sur  plu- 
sieurs des  spécimens  à  décrire.  Elle  a  beau- 
coup préoccupé  les  numismatistes;  ainsi, 
au  dernier  siècle,  elle  a  contribué  à  faire 
confondre  les  monnaies  des  Tectosages  ou 
de  leurs  voisins  avec  la  monnaie  melgo- 
rienne,  incriminée  par  Clément  IV',  &,  de 
nos  jours,  les  antiquaires  qui  veulent  trou- 

Le  croissant,  qui  est  considéré  comme  l'em- 
blème de  l'ishimisme,  ne  figure  sur  aucune  mon- 
naie arabe. 


ver  sur  les  monnaies  gauloises  des  thèmes 
religieux  y  ont  vu  la  preuve  que  nos  ancê- 
tres étaient  voués  au  culte  de  Diane  triom- 
phante'. Sans  contester  que  les  Gaulois 
aient,  comme  d'autres  peuples,  mis  des 
emblèmes  religieux  sur  leurs  monnaies,  il 
ne  faut  pas  oublier  que,  dans  la  compo- 
sition de  leurs  coins,  ils  empruntaient 
souvent  aux  monnaies  étrangères  non-seu- 
lement le  type  principal,  mais  ses  acces- 
soires. 

N°  9.  Tête  à  droite,  lourde  de  style;  la 
chevelure  est  représentée  par  trois  longues 
mèches  à  double  courbure. 

R.  Type  du  numéro  précédent;  l'annelet 
porte  un  point  à  son  centre;  les  reliefs 
sont  largement  accusés. 

Cabinet  de  France;  argent;  3, 12;  pi.  I,  fig.  16. 

Suivant  M.  de  Saulcy%  il  n'y  a  point  de 
monnaies  à  la  croix  plus  communes  dans 
le  Languedoc  que  celles  qui  portent,  au 
revers,  comme  les  n*"  8  &  9,  quatre  crois- 
sants recouvrant  trois  petits  globes  &  un 
annelet.  Ces  monnaies  se  rencontrent  par- 
fois aussi  en  Provence, 

N°  10.  Tète  à  gauche,  d'un  style  tout 
particulier;  le  front  est  fuyant  &  le  visage, 
en  quelque  sorte  découpé  à  part,  se  déta- 
che de  la  chevelure  8c  du  cou. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  croissants 
&  de  cinq  points.  Les  branches  de  la  croix 
sont  minces. 

Cabinet  de  France;  flan  coupé  aux  ciseaux; 
argent;  3,76;  pi.  I,  fig.   17. 

N"  II.  M.  Garîel  possède  une  variété 
de  cette  pièce,  du  poids  de  8,72,  au  re- 
vers de  laquelle  les  croissants  paraissent 
n'avoir  pas  existé,  il  n'y  a  dans  les  cantons 
que  les  cinq  points.  D'autres  exemplaires, 
sur  lesquels  on  ne  voyait  également  que 
les  points,  faisaient  partie  du  trésor  de  l'Ile 
de  Noé  &  pesaient  de  3,3o  à  3,40. 

N°  12.  Tête,  dite  tête  de  nègre,  analogue 
à  celle  du  n"  8,  fig.  i5. 

R.    Môme   type   de   revers   où    les    trois 


Note 
114 


'  De  Crazannes,  Revue  num.   \'i.n),  ji 
*  Revue  num,  1867,  p.  10. 


177. 


NOTR 
114 


472 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


croissants,  couvrant  chacun  un  point,  sont 
parfaitement  visibles. 

Coll.  Garielj  argent j  flan  coupé  aux  ciseaux; 
3,19. 

N"^  i3.  Tète  à  droite;  le  nez,  les  lèvres 
&  le  menton  ont  été  obtenus,  dans  le  coin, 
au  moyen  de  poinçons;  la  chevelure  re- 
tombe en  longues  mèches  doublement 
contournées  &  terminées  par  de  petites 
sphères;  sur  le  front  un  diadème;  de  gros- 
ses perles  forment  un  collier. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  croissants 
&  d'un  point. 

Trésor  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert  j  flan 
coupe  aux  ciseaux;  argent;  4,69;  pi.  I,  fig.  18. 


élégamment  contournés;  le  cou  est  rem- 
placé par  un  petit  triangle. 

R.  Croix  portant  dans  le  second  canton 
un  point  &  un  croissant;  dans  le  qua- 
trième, cinq  petits  globes  disposés  en  croix, 
&  dans  les  deux  autres,  des  objets  trop 
effacés  pour  être  déterminés. 

Musée  de  Saint-Germain;  argent;  flan  cisailUj 

pi.    I,   fig.   2  1  . 

N°  17.  Tète  à  gauche,  ressemblant  à  celle 
du  n"  2,  fig.  10;  mais  le  flan  ayant  été  ci- 
saillé, le  haut  de  la  tête  n'est  pas  visible. 

R.  Croix  portant,  au  premier  canton,  un 
annelet;  au  second,  un  autre  annelet  avec 
un  point  au  centre  &  deux  points  placés 


sur  la  circonférence;  au  troisième,  un  si- 
N°  14.  Tête  à  gauche;  traits  largement      gne  en  forme  de  S;  enfin,  au  quatrième, 


accusés;  cheveux  disposés  en  boucles,  ré- 
gulièrement entrelacées  8c  enveloppées  par 
un  ornement  epicycloïdal.  Ce  dispositif  se 
retrouve,  dans  d'autres  parties  de  la  Gaule, 
sur  des  monnaies  voisines  du  temps  de 
César. 

R.  Croix  portant,  au  premier  canton, 
des  restes  de  points;  au  second  &  au  troi- 
sième, un  croissant  recouvrant  un  petit 
globe;  au  quatrième,  trois  petits  globes, 
montés  sur  une  tige  ou  placés  bout  à 
bout. 

Trésor  trouvé  dans  les  environs  de  Blaye;  Cabi- 
net de  France;  argent;  3,49;  pi.  I,  fig.   19. 

N"  i5.  Tête  à  gauche,  très-barbare;  les 
traits  du  visage,  le  cou  triangulaire  &  les 
cheveux  ont  été  obtenus,  dans  le  coin,  au 
moyen  de  poinçons  appliqués  les  uns  à 
côté  des  autres. 

R.  Analogue  à  celui  du  numéro  précé- 


un  croissant  enveloppant  un  point. 

Cabinet  de  France;  flan  cisaillé;  argent;  2,70; 
pi.  I,  fig.  22. 

Je  possède  un  exemplaire  de  cette  pièce 
dont  la  tête  est  plus  barbare,  où  l'ordre 
des  signes  n'est  pas  le  même  au  revers  & 
qui  pèse  2,58. 

Une  variété,  découverte  à  Périgueux, 
appartient  au  musée  de  cette  ville. 

Enfin  le  musée  de  Toulouse  en  possède 
un  exemplaire,  au  droit  duquel  se  voit  la 
tête  dite  tête  de  nègre;  cette  pièce  a  été 
exhumée  à  Pinsaguel. 

M.  de  Crazannes,  trompé  par  un  exem- 
plaire qui  ne  laissait  pas  distinguer  tous 
les  accessoires  du  type,  avait  fait  du  signe 
en  forme  de  S  &  de  l'annelet  le  commen- 
cement du  nom  des  Sotiates'.  D'après  ce 
que  j'ai  dit  plus  haut,  il  n'est  pas  tout  à 
fait  impossible  que  les  Sotiates  aient  par- 
ticipé au  monnayage  à  la  croix,  mais  on  en 


dent.  Le  coin  n'ayant  pas  porté  sur  le  mi-      est  encore  réduit  sur  ce  point  à  de  pures 
lieu  du  flan,  on  ne  voit  qu'un  anneau,  placé      hypothèses.  Les  seules  monnaies  apparte- 


dans  le  troisième  canton,  &  trois  globes, 
montés  sur  une  tige,  dans  le  quatrième. 

Cabinet  de  France;  argent;  flan  cisaillé;  2,95; 
pi,  I,  fig.  20. 

Cette  pièce,  rapprochée  de  la  précé- 
dente, est  un  exemple  frappant  de  la  dé- 
générescence des  types. 


nant  sûrement  aux  Sotiates'  sont  moins  an- 
ciennes que  les  monnaies  à  la  croix,  même 
que  celles  qui  portent  une  légende  latine. 

N°  18.  Tête  à  gauche;  les  lèvres  &  le 
nez  sont  pointus;  les  cheveux  forment  des 
boucles. 


N"   16.  Tête   à   gauche;  incomplètement  .  cf.  de  la  Saussaye,  Revue  num.  ,866,  p.  BçS. 

sortie  du  coin,   mais    paraissant   procéder  =  Voir  ces  monnaies  dans  les  planches  du  Prcf. 

de  celle  du  n"  i3,  fig.  19;  les  cheveux  sont      topog.  des  Gaules,  n.  47. 


Note 
114 


NOTB 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  478 

R.  Croix   présentant,    dans    le    premier      l'autre  une  série  de  petits  angles  inscrits 
canton  incomplet,  un  point;  dans  le  se- 
cond &  le  troisième,  un  croissant,  &  dans 
le  quatrième,   une    sorte   de   fleur   de    lis 
surmontée  d'un   trait. 

Trésor  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert;  argent; 
flan  cisaillé;  poids  moyen  de  plusieurs  exemplai- 
res :  3,65;  pi.  I,  fig.  25. 

N"  19,  Tête  à  droite;  œil  démesurément 
ouvert;  lèvres  anguleuses;  barbe  courte; 
collier  perlé. 

R.  Croix  à  branches  minces;  le  premier 
canton  est  occupé  parmi  croissant  enve-  pée  en  deux;  il  n'est  pas  probable  qu'il 
loppant  un  point;  le  second  est  fruste;  le  ait  renfermé  un  croissant,  cet  objet  étant 
troisième  laisse  distinguer  l'amorce  d'un  généralement  figuré  deux  fois  dans  le  coin, 
annelet.  Quant  au  quatrième,  qui  fait  l'in-  Le  quatrième  canton  est  occupé  par  une 
térêt  de  la  pièce,  il  est  occupé  par  un  qua-  sorte  de  roue  à  aubes  courbes, 
drilatère  curviligne,  qui  n'est  autre  chose  n^  j^  Noé;  empreinte  plus  grande  que  les  flans 


Note 
114 


entre  deux  arcs  de  cercle  concentriques. 

Musée  de  Saint-Germain;  argent;  flan  cisaillé 
&  devenu  rectangulaire;  pi.  I,  fig.  23. 

Une  pièce  analogue  a  été  rencontrée  en 
Provence,  suivant  M.  de  la  Saussaye". 

N*  22.  Tête  de  même  style,  mais  tournée 
à  gauche. 

R.  Au  premier  canton,  les  restes  d'un  an- 
neau à  dents;  au  second,  la  série  de  petits 
angles  jointifs;  le  troisième  canton  tout 
entier  a  disparu  lorsque  la  pièce  a  été  cou" 


qu'un  type  principal  devenu  accessoire 
(voir  les  figures  7  &  8  de  la  planche  pre- 
mière). 

Capdenac;    Cabinet   de   France;   argent;  2,90; 
pi.  I,  fig.  26. 


&  pouvant  servir  à  deux  pièces;  argent;  de  3,3o 
à  3,40';  pi.  I,  fig.  24. 

J'ai  compris  cette  monnaie  &  la  précé- 
dente dans  la  première  planche,  par  suite 
d'une  ressemblance  de  tête  que  j'ai  indi- 


Ce  spécimen,  par  sa  tête  barbue,  rap-  quée  ;  mais  comme  un  des  objets  figurés  à 

pelle  les  monnaies  transpyrénéennes,  com-  leurs  revers  n'est  pas  visible,  il  ne  serait 

munes  surtout  dans  la   partie   de   l'Ibérie  pas  impossible  que  ce  fût  une  hache.  Ces 

qui  forma   la  Tarraconaise;    il   doit   être  pièces  passeraient  alors  à  la  seconde  plan- 

cependant  attribué  à  la  Gaule,  si  les  trou-  che,  où  elles  prendraient  place  après  les 

vailles  à  venir  confirment  les  observations  monnaies,  également  cisaillées,  qui  ont  été 

de  M.  A.  Heiss,  desquelles  il  résulte  que  gravées  sous  les  n°'  21  &  22.  De  nouvelles 

les  monnaies  n"*' 7  &  8,  pi.  I,  ne  se  ren-  trouvailles  permettront  seules  de  trancher 

contrent  pas  en  Espagne.  la  question. 


N"  20.  Tête  sans  barbe  tournée  à  droite. 

R.  Revers  mal  venu  &  laissant  voir  seu- 
lement un  point  au  troisième  canton  &  un 
quadrilatère  au  quatrième. 

Trésor  de  l'Ile  de  Noé;  argent;  pesant  de  3,3o 
à  3,40'. 

N*  21.  Tête  à  droite;  bon  style;  cheve- 
lure analogue  à  celle  de  la  monnaie  décrite 
plus  haut,  n"  2  &  fig.  10.  Le  flan,  cisaillé 
après  la  frappe,  ne  laisse  voir  du  visage 
que  l'œil  &  le  sourcil. 

R.  Le  flan,  plus  petit  que  le  coin,  ne 
montre  que  deux  des  cantons  de  la  croix, 
portant  l'un  un  objet  en  forme  d'oreille, 

'  Cf.  l'article  de  M.  d'Hervey  de  Saint-Denis; 
Revue  num.  1841,  p.  i55  &  i56,  &  pi.  VI,  fig.  8. 


N°  23.  Tête  à  gauche;  le  nez  &  le  front 
rappellent  le  profil  grec;  chevelure  légè- 
rement indiquée. 

R.  Croix  cantonnée  d'un  signe  en  forme 
d'oreille,  avec  un  point  au  centre,  &  de 
trois  objets  ressemblant  à  des  V. 

Capdenac;  Cabinet  de  France;  flan  arrondij 
argent;  3,6o;  pi.  I,  fig.  27. 

Ces  objets  ressemblant  à  la  lettre  V  &  la 
panse  du  signe  arrondi  comme  une  oreille 
ont  pu,  aussi  trompeurs  que  la  pièce  à  l'S, 
faire  admettre  par  quelques  numismatistes, 
au  début  des  études  gauloises,  une  pré- 
tendue légende  renfermant  les  principales 


'  Revue  num.  1866,  p.  399. 
"^  Hervey    de    Suint-Denis;    Rtvuc   num. 
pl.VII,  fig.  3. 


1841, 


474 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


lettres  du  nom  latin  des  Volkes.  M.  de  la 
Saussaye  a,  le  premier,  constaté  que  ces 
divers  signes  n'étaient  pas  des  lettres". 

N°  24.  Tête  à  droite,  de  moins  bon  style 
que  la  précédente  &  d'un  caractère  tout 
particulierj  l'oreille  est  retournée. 


Cette  pièce,  d'exécution  assez  barbare, 
faisait  partie  de  la  collection  de  M.  de 
Saulcy,  à  qui  elle  avait  été  présentée  comme 
provenant  de  la  rive  droite  du  Rhin. 

N°  28.  Tète  à  droite,  à  peu  près  de  même 
style  que  la  précédente  j   les  boucles  des 


Note 
114 


R.  Croix  cantonnée  de  deuxV  &de  deux      cheveux  sont  plus  petites  &  plus  serrées. 


objets  formés  chacun  de  trois  croissants  & 
d'un  petit  globe. 

Cabinet  de  France j  flan  arrondi;  argent;  pi.  I, 
fig.  28. 

Une  pièce  toute  semblable  a  été  com- 
prise, par  M.  de  Crazannes*,  dans  une 
planche  de  monnaies  à  la  croix,  qu'il  si- 
gnale comme  découvertes  dans  les  dépar- 
tements du  Gard,  de  la  Haute-Garonne  & 
de  Tarn-&-Garonne. 

N°  25.  Tête  à  droite  j  cheveux  courts  & 
frisés. 

R.  Croix  ayant,  au  premier  canton, 
un  V;  au  second,  un  annelet;  au  troi- 
sième, un  grand  anneau,  un  annelet  &  un 
point;  au  quatrième,  un  V,  surmonté  de 
cinq  points. 

Catinet  de  France;  flan  rond;  argent;  pi.  I, 
{]g.  29. 

N°  26.  Tète  à  droite;  type  du  n°  24, 
lîg.  28,  décrit  plus  haut. 

R.  Croix  portant,  au  premier  canton  & 
au  quatrième,  un  objet  en  forme  de  V  & 
trois  annelets  dans  les  deux  autres  cantons. 

Cabinet  de  France;  reliefs  légèrement  accusés; 
dan  arrondi;  argent;  i,56;  pi.  I,  fig,  3i. 

N"  27.  Tête  à  droite,  tout  à  fait  barbare; 

mèches  de  cheveux  à  deux  étages.  L'œil,  seules  qui  se  seraient  rencontrées  en  Ger- 

le  nez  &  les  lèvres  sont  représentés  par  de  manie.  M.  de  Saulcy  en  possédait,  en  effet, 

petits  globes.  d'autres   exemp-Iaires,  qui   lui    avaient  été 

R.  Croix   portant,   au  premier  canton,  vendus  comme  provenant  du  grand  duclié 

un  V;  au  second,  deux  points  unis  par  un  de  Bade  &  de  la  Forêt  Noire.  D'un  autre 

trait;  au  troisième,  trois  points,  dont  un  côté,  plusieurs  pièces  semblables  existent 


R.  Croix  portant,  au  premier  canton, 
un  V  à  extrémités  bouletées;  au  second, 
deux  points  unis  par  un  trait;  au  troisième 
&  au  quatrième,  trois  ou  quatre  points 
assez  confus. 

Cabinet  de  France;  argent;  1,82. 

N"  29.  Tête  à  droite,  tout  à  fait  barbare; 
les  cheveux  sont  rendus  par  des  demi-cer- 
cles superposés. 

R.  Croix  portant,  au  premier  canton  & 
au  quatrième,  une  figure  formée  d'une 
sorte  de  V  dont  l'ouverture  est  partagée 
en  deux  par  une  bissectrice;  au  second  8t 
au  troisième,  trois  annelets. 

Collection  du  prince  de  Furstenberg,  à  Donau- 
eschingen  ;  flan  rond  ;  argent;  1 ,91;  pi.  I,  fig.  3o. 

Des  sept  pièces  précédentes,  qui  forment 
une  famille  à  part,  caractérisée  par  la  pré- 
sence d'un  objet  en  forme  d'angle,  avec 
ou  sans  bissectrice,  l'une,  le  n"  23,  a  été 
trouvée  à  Capdenac;  l'autre,  le  n°  24,  pro- 
vient, suivant  M.  Chalande,  de  Rodez; 
une  troisième,  le  n°  27,  est  indiquée  par 
M.  de  Saulcy  comme  découverte  de  l'autre 
côté  du  Rhin,  &  l'on  peut  croire  qu'il 
en  est  de  même  du  n°  29,  qui  fait  partie 
de  la  collection  du  prince  de  Fursten- 
berg. Ces  deux  dernières  monnaies,  d'un 
style  tout  particulier,  ne  seraient  pas  les 


est  peu  visible;  enfin,  au  quatrième,  deux 
arcs  de  cercle  joints  bout  à  bout. 

Cabinet  de   France;   flan    rond;    argent;    i,85, 
pi.  I,  fig.  32. 

'  Revue  num.  1866,  p.  395. 
=■  Revue  num.  iSjp,   p.   i65  &  168,  8c  pi.  Vil], 
ilg.  9. 


dans  les  collections  d'Augsbourg '.  Ce  sa- 
vant ne  doute  donc  pas  que  des  monnaies, 
portant  dans  les  cantons  un  signe  procé- 

'  lahresherîc/ttc  des  h'istonschcn  Kreisverelns  von 
Schwaben  und  Neuhourg,^fur  die  lahre  1839  und 
1840;  Augsbourg,  1843;  111-4°;  P-  'c-^  à  108  & 
pi.  I,  n°*37  &46,  pi.  III,  n'''29,  3i,  32  &  34. 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


47J 


dant  de  l'angle,  ont  été  rencontrées  entre 
le  haut  Rhin  &  le  haut  Danube,  &  comme 
il  est,  sinon  impossible  ',  du  moins  peu  pro- 
bable qu'un  seul  trésor,  venu  de  Gaule,  ait 
fourni  tous  les  spécimens  dont  je  viens  de 
parler,  il  s'ensuivrait  qu'il  y  avait,  en  Ger- 
manie, un  peuple  qui  avait  le  même  type 
monétaire  que  les  Volkes  des  plaines  de  la 
Garonne.  Or  on  sait  par  César*  qu'il  y  avait 
des  Tectosages  sur  les  confins  de  la  forêt 
Hercynia,  &  Isidore  de  Séville^  énumère 
desTolosates  parmi  les  Bructères,  les  Van- 
gions  &  les  Chamaves;  on  est  donc  na- 
turellement amené  à  classer  les  monnaies 
portant  le  signe  angulaire  en  partie  aux 
Volkes  de  notre  Gaule,  en  partie  aux  Vol- 
kes de  Germanie,  &  comme  le  type  de  ces 
monnaies,  de  même  que  celui  de  la  plu- 
part des  monnaies  que  nous  étudions,  est 
d'origine  gréco- ibérique,  il  s'ensuivrait 
que  les  premiers  formaient  le  centre,  le 
gros  de  la  nation  &  qu'ils  avaient  donné 
aux  autres  leurs  lois  monétaires.  Ce  n'est 
que  beaucoup  plus  à  l'est,  en  descendant 
le  Danube,  que  l'on  rencontre  un  système 
monétaire  tout  différent,  ayant  pour  unité 
principale  une  grosse  pièce  d'argent,  le 
tétradrachme,  dont  le  type  général  avait 
été  puisé  directement  dans  les  ateliers  de  la 
Grèce.  Dans  tous  les  cas,  la  numismatique 
",  apporte  ici,  à  l'histoire  des  Gaulois,  des  élé- 
ments dont  la  valeur  mérite  d'être  discutée. 

N°  3o.  Tête  à  gauche  j  les  traits  du  visage 
sont  bien  proportionnés;  la  coiffure  est 
régulière. 


'  Les  monnaies,  dans  l'antiquité,  étaient  sou- 
vent transportées  fort  loin,  entre  peuples  de  même 
race.  M.  de  Saulcy  possédait  une  pièce  à  la  croix 
trouvée  chez  les  Gaulois  du  Danube,  &  l'on  sait 
qu'Eckhel,  lorsqu'on  lui  montra,  à  Toulouse,  un 
bronze  portant  l'ethnique  de  Béziers  &  fort  com- 
mun dans  le  Languedoc,  déclara  qu'on  lui  en 
avait  apporté  de  la  Basse-Hongrie  une  quantité  si 
considérable  qu'il  dut  la  livrer  au  fondeur.  Enfin, 
suivant  le  témoignage  de  Lelewel,  un  tétradrachme 
inconnu  dans  les  ateliers  de  la  Gaule  &  apparte- 
nant aux  riverains  du  Danube,  ainsi  qu'on  n'en 
doute  plus  aujourd'hui,  aurait  été  trouvé  sur  le  sol 
de  la  France. 

'  Bello  Gallico  vi,  24. 

^  Hispal.  Etymol.  ix,  ch.  2,  J  56. 


R.  Croix  cantonnée  de  quatre  angles 
très-ouverts,  dont  les  côtés  se  confondent 
presque  avec  ses  branches. 

Cabinet  de  France;  flan  circulaire;  petit  mo- 
dule; argent;  0,68;  pi.  I,  fig.  33. 

Si  cette  jolie  monnaie  a,  par  les  objets 
figurés  dans  les  cantons,  quelque  analogie 
avec  les  numéros  précédents,  elle  est  d'un 
style  tout  différent  &  plus  pur.  M.  E.  Mu- 
rot,  attaché  au  cabinet  des  médailles,  l'at- 
tribue aux  Gaulois  de  la  Transpadane,  où 
elle  s'est  rencontrée, 

N°  3i.  Droit  présentant  seulement  une 
forme  inintelligible  légèrement  en  saillie. 

R.  Croix  cantonnée  d'un  angle,  d'une 
sorte  de  K  avec  un  point,  d'un  annelet,  & 
enfin  d'un  arc  de  cercle  terminé  par  de 
petites  boules  &  surmonté  d'un  point. 

Cabinet  de  France;  flan  rond;  argent;  1,90; 
pi.  I,  fig.  35. 

N"  32.  Au  droit,  des  traits  confus,  que 
l'état  de  la  pièce  ne  permet  pas  de  déter- 
miner. 

R.  Croix  portant,  au  premier  canton, 
un  angle  avec  bissectrice,  semblable  aux 
objets  représentés  sur  la  pièce  n"  29, 
fig.  3o;  au  second  &  au  troisième,  un  ob- 
jet formé  d'une  sorte  de  tige  qui  se  bifur- 
que à  son  extrémité,  vers  le  bord  de  la 
pièce,  en  deux  arcs  de  cercle;  enfin,  au 
quatrième  canton,  un  point,  &,  au-dessus, 
l'amorce  d'une  courbe  convexe. 

Cabinet  de  France;  argent;  1,21. 

Cette  pièce,  que  je  n'ai  pas  fait  graver, 
est  de  provenance  inconnue. 

N°  33.  Je  cite  ici,  mais  seulement  pour 
mémoire,  une  monnaie'  de  type  insolite, 
dont  je  ne  connais  pas  l'original.  Elle 
présente,  au  droit,  une  tête  casquée  à 
gauche;  au  revers,  une  croix  portant,  dans 
le  premier  canton,  un  objet  indéterminé; 
dans  le  second,  un  annelet;  dans  le  troi- 
sième, un  point;  &  dans  le  quatrième,  une 
main  ouverte.  Si  cette  pièce  a  réellement 
existé,  elle  doit  être  sortie  d'un  atelier 
voisin  du  pays  des  Santons,  auxquels  on 

"  Cf.de  la  Saussaye,  Jîevwe  num.  1866,  pi.  XV'II, 
fig-  47- 


Note 
114 


Note 
114 


476 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


attribue  des  pièces  d'or,  sur  lesquelles  se 
voit  également  une  maiji  comme  signe 
accessoire. 

Les  trois  monnaies  suivantes  présentent 
une  croix,  non  plus  à  branches  lisses,  mais 
à  branches  fourchues,  qui  rappellent  les 
sépales  de  la  rose  retournée,  tels  qu'ils 
sont  représentés  à  la  fig.  4,  pi.  I. 

N"  34.  Droit  semblant  sans  empreinte, 
tant  la  forme  de  la  tête  est  peu  accusée. 

R.  Croix  dont  les  branches  sont  four- 
chues à  leurs  extrémités  &  portent  un  pe- 
tit globe  à  leur  rencontre.  Dans  les  can- 
tons, des  objets  en  forme  de  fer  à  cheval. 

Cabinet  de  Francej  flan  arrondi;  argent;  4,5o; 
pi.  I,  fig.  34. 

N°  35.  Droit  présentant  à  la  place  de  la 
tête  une  saillie  en  forme  de  sphère  aplatie, 
qui  occupe  presque  tout  le  champ  de  la 
pièce. 

R.  A  peu  près  semblable  à  celui  du  nu- 
méro précédent  '. 

N°  36.  Objet  placé  horizontalement  & 
traversé  par  une  sorte  de  hampe. 

R.  Croix  à  branches  doublement  four- 
chues à  ses  extrémités  j  dans  les  cantons, 
au  lieu  des  objets  en  forme  de  fer  à  che- 
val, des  croissants  minces  &  aigus,  sembla- 
bles à  ceux  de  quelques-unes  des  pièces 
décrites  plus  haut,  &  par  exemple,  des 
n""  17,  18  &  25,  mais  les  pointes  tournées 
en  dehors,  c'est-à-dire  vers  les  bords  de  la 
pièce'. 

Je  n'ai  pas  dessiné  cette  pièce,  ni  uno 
ou  deux  de  ses  variétés,  que  je  ne  connais 
pas  en  naturel  Leur  poids  est  élevé  & 
atteint  quelquefois  près  de  5  grammes. 

Les  petits  croissants,  qui  cantonnent  la 

'  Cf.  de  la  Saussaye,  Revue  num.  i  866,  pi.  XVII, 
fig.  54. 

*  Les  croissants  tournés  en  dehors  ont  été  fré- 
quemment employés,  dans  l'antiquité,  comme  élé- 
ments du  type  monétaire.  Voir,  par  exemple,  les 
monnaies  frappées  en  Carie  au  cinquième  siècle 
avant  J.-C.  (Waddington,  Revue  num.  i856,  p.  60 
Se  pi.  III,  fig.  5  &  6.) 

3  Cf.de  la  Sau.saye,  Revw;  num.  1866,  pi.  XVIÏ, 
fig.  57. 


croix  fourchue,  lorsqu'ils  se  rapprochent 
du  centre,  donnent  tout  à  fait  au  revers 
de  cette  pièce  l'aspect  du  revers  du  n**  4, 
fig.  4,  où  le  calice  de  la  rose  retournée  & 
ses  sépales  barbus  sont  encore  parfaite- 
ment accusés. 

N°  37.  Dans  le  premier  sous-groupe  des 
monnaies  à  la  croix  &  immédiatement 
après  la  fig.  i5  de  la  pi.  I,  j'aurais  dû,  si 
je  m'en  étais  rapporté  uniquement  au  re- 
vers, décrire  la  monnaie  suivante;  mais  le 
type  insolite  qu'elle  présente  au  droit  lui 
réservait  une  place  à  part  : 


Note 
114 


Tête  de  face  dont  le  visage,  vers  le  bas, 
s'élargit  démesurément.  Sur  la  tête,  une 
sorte  de  crista  dont  les  rayons  sont  termi- 
nés par  de  petites  boules,  comme  sur  les 
n"'  17  &  18  de  la  pi.  II.  De  chaque  côté 
du  visage,  un  filet  enroulé  en  volute. 

R.  Croix  cantonnée  de  trois  croissants, 
les  pointes  tournées  en  dedans,  &  dans  la 
concavité  desquels  se  rencontrent  un  an- 
nelet  &  trois  points. 

Ancienne  coll.  de  la  Saussaye;  musée  de  Lyon; 
argent;  3,5o  '. 

Cette  pièce,  découverte,  il  y  a  trente- 
cinq  ans,  avec  des  monnaies  analogues 
aux  figures  l5,  24,  26  de  la  planche  I,  & 
20,  22,  3i  de  la  planche  II,  fut  acquise  par 
M.  le  marquis  d'Hervey  de  Saint-Denis  qui 
l'offrit  à  M.  de  la  Saussaye. 

M.  de  Longpérier  a  constaté  que  ce  type 
insolite  rappelle  les  monnaies  d'Yviça,  au 
Cabire,  dont  on  a  trouvé  des  exemplaires 
dans  un  trésor  exhumé  en  Languedoc.  La 
circulation  simultanée  dans  le  midi  de  la 
Gaule  des  monnaies  baléare.";  &  d'une  pièce 
gauloise  reproduisant  leurs  principaux  ca- 
ractères, prouve  de  nouveau  que  des  rela- 
tions internationales  existaient  en  Gaule 
au  sujet  du  signe  d'échange  comme  dans 
tout  le  monde  grec. 

'  Revue  num.    1840,  p.  413,  Si  pi.  XXIII. 


Note 
"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


477 


DEUXIEME     SOUS-GROUPE 
Monnaies  a  la  hache, 

La  hache  a  été  considérée  par  M.  Du- 
mège  &  par  M.  de  la  Saussaye  '  comme  re- 
présentant une  arme  de  guerre  &  servant 
en  même  temps  de  symbole  à  la  nation  des 
Tectosages.  Il  n'est  nullement  certain  que 
la  hache,  qui  figure  sur  les  monnaies  à  la 
croix,  soit  autre  chose  que  l'outil  dont  on 
se  sert  dans  diverses  professions.  Quant  au 
caractère  emblématique  que  lui  attribuent 
ces  auteurs,  il  est  également  contestable. 
Le  fait  d'être  représenté  sur  des  monnaies 
gauloises  n'implique  pas  nécessairement 
qu'un  objet  ait  été  l'emblème  de  la  na- 
tion'; la  variété  des  plantes,  des  animaux, 
des  armes,  des  outils  &  des  objets  de  toute 
sorte  accumulés,  comme  types  principaux 
ou  comme  accessoires,  sur  les  pièces  de  di- 
vers métaux,  aussi  bien  au  nord  &  au  cen- 
tre qu'au  midi,  exclut  le  caractère  qu'on 
veut  donner  à  quelques-uns  de  ces  objets. 
Il  faut  se  borner  à  constater  que  la  hache, 
de  tous  les  accessoires  du  type  de  la  croix, 
est,  pour  un  motif  qui  nous  échappe,  ce- 
lui qui  se  rencontre  le  plus  sur  les  mon- 
naies qui  s'exhument  dans  le  midi  de  la 
Gaule.  La  hache  n'est  pas  particulière  aux 
monnaies  dites  à  la  croix,  on  la  rencontre 
non-seulement  sur  diverses  monnaies  de  la 
Grèce,  mais  sur  un  statère  gaulois,  qui  ne 
paraît  pas  être  d'origine  méridionale. 


'  Rev.  num.  1866,  p.  894. 

*  Les  monnaies,  dont  le  caractère  a  été  jusqu'aux 
temps  modernes  essentiellement  commercial,  com- 
binaient leurs  types  dans  un  Lut  spécial.  Au  moyen 
âge  même,  à  l'inverse  des  sceaux  &  des  bannières, 
les  monnaies  ne  s'attachaient  pas  toujours  à  exhi- 
ber l'emblème  héraldique  du  seigneur  ou  celui  de 
la  cité.  Si  les  blasons  &  si  l'image  des  saints  pa- 
trons se  montrent  fréquemment  sur  les  monnaies 
de  cette  époque,  il  arrive  fort  souvent  aussi  que  le 
blason  est  torturé  de  manière  à  figurer  aux  yeux 
celui  d'un  voisin  plus  puissant,  &  que  le  saint 
représenté  n'est  pas  le  patron  de  la  ville,  mais 
celui  d'une  cité  étrangère  dont  on  avait  intérêt  à 
imiter  les  monnaies.  C'est  ainsi  que  le  chatel  de 
Tours  8c  la  fleur  de  Florence  ont  envahi  le  coin 
monétaire  de  plusieurs  Etats  d'Europe,  sans  être 
devenus  en  aucune  façon  les  emblèmes  de  ces  Etats. 


N"  i.Tête  à  gauche,  chevelure  à  boucles 
courtes  &  régulières;  collier  perlé;  à  hau- 
teur du  visage,  les  deux  poissons  emprun- 
tés aux  drachmes  d'Emporium  ou  à  diverses 
pièces  de  Sicile. 

R.  Croix  à  branches  lisses,  avec  quatre 
objets  rappelant  les  pétales  de  la  rose,  &, 
dans  la  courbure  de  deux  de  ces  objets,  un 
signe  en  forme  d'oreille  &  une  hache. 
C'est,  sauf  l'addition  de  cet  instrument, 
le  revers  des  fig.  10,  11  &  12,  pi.  I,  appar- 
tenant au  premier  sous-groupe. 

Trésor  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert;  flan 
arrondi;  argent;  3,63;  pi,  II,  fig.   1. 

N"  2.  Variété  de  tête;  chevelure  en  lon- 
gues mèches;  même  revers. 

Trésor  de  Béziers  ;  plusieurs  variétés;  argent; 
pi.  II,  fig.  2. 

N°  3.  Autre  variété  de  la  même  pièce; 
la  tête  beaucoup  plus  grande  &  d'Un  style 
différent;  rien  de  visible  devant  le  visage; 
les  cheveux  sont  formés  de  mèches  con- 
tournées. Le  revers  est  le  même. 

Trésor  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert;  argent; 
3,55;  pi.  II,  fig.  3. 

N°  4.  Tête  de  femme  à  droite;  collier; 
cheveux  réunis  sur  le  derrière  de  la  tête 
&  s'échappant  du  lien  en  mèches  ténues; 
entre  les  lèvres,  une  tige  portant  deux 
feuilles.  Cet  accessoire,  élégamment  rendu, 
présente  le  dispositif  général  des  deux 
poissons. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  restes 
de  pétales,  en  dedans  desquels  se  trou- 
vent répartis  un  losange,  avec  un  point 
qui  lui  donne  l'aspect  d'un  œil,  un  signe 
en  forme  d'oreille,  un  triangle. &  une 
hache. 

Cabinet  de  France;  argent;  pi.  II,  fig.  4. 

M.  de  la  Saussaye'  pense  que  le  graveur 
du  coin  a  bien  eu  l'intention  de  représen- 
ter un  œil  &  une  oreille,  qui  avaient  été 
les  emblèmes  de  la  divinité.  Mais  alors  la 
hache  &  le  triangle  devraient  aussi  revêtir 
un  caractère  hiératique,  &  il  en  serait  de 
même  des  moindres  accessoires. 

'  Revue  num,  1866,  p.  894. 


NOTB 

114 


Note 
114 


478 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


N°  5.  Tête  à  gauche;  collier;  l'arcade 
souccilière  &  l'oeil  ont  une  largeur  déme- 
surée; les  cheveux  sont  ramenés  en  ar- 
rière, relevés  &  liés  à  leur  extrémité,  de 
manière  à  former  une  saillie  très-pronon- 
cée qui  occupe  une  partie  du  champ  de  la 
pièce.  Devant  le  visage,  les  deux  poissons. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  restes  de 
pétales,  dans  la  courbure  desquels  se  re- 
connaissent :  1°  deux  sortes  d'oves  évidés, 
renfermant  des  objets  en  forme  de  fruits, 
2°  une  hache  surmontée  de  deux  points; 
3°  un  objet  elliptique  fermé  par  un  petit 
globe.  La  hache  est  munie  de  son  couvre- 
tranchant. 

Cabinet  de  France;  3,45;  pi.  II,  fig.  5. 

Je  possède  plusieurs  exemplaires  de  cette 
jolie  monnaie,  qui  proviennent  tous  du 
dépôt  de  Béziers.  La  chevelure  y  est  tou- 
jours caractérisée  par  une  queue  énorme; 
mais  les  revers  présentent  des  variétés  qui 
consistent  dans  une  disposition  différente 
des  accessoires  ou  dans  la  suppression  de 
quelques-uns  d'entre  eux. 

N°  6.  Tête  à  gauche;  cheveux  formant 
trois  systèmes  de  boucles;  une  sorte  d'ac- 
colade placée  en  face  de  la  bouche  est 
substituée  aux  deux  poissons. 

R.  Semblable  à  celui  du  n°  4,  sauf  le  rem- 
placement dû  triangle  par  quatre  points. 

Coll.  Charles  Robert;  argent;  3,57;  P^-  ^^^ 
fig.  6. 

Plusieurs  variétés  de  cette  pièce  se  sont 
rencontrées  dans  le  dépôt  de  Béziers. 

N"  7.  Tète  à  gauche,  mal  venue;  che- 
veux hérissés;  nez  rentrant;  menton  fort 
en  saillie. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  restes  de 
pétales,  dans  la  courbure  desquels  se  re- 
connaissent une  olive,  trois  points,  une 
hache  &  enfin  un  anneau  dont  le  centre 
est  marqué  par  un  point. 

Cabinet  de  France;  Fonds  de  Luynes;  très-petite 
pièce  d'argent  pesant  0,40,  ce  qui  en  ferait  un 
tritemorion  ;  mais  le  poids  des  subdivisions  est 
assez  irrégulier  &  il  est  difficile  de  se  prononcer 
sur  un  seul  exemplaire. 

N°  8.  Tête  à  gauche  semblable  à  la  pré- 
cédente, mais  bien  venue  &  d'assez  joli 


style;  le  sourcil  est  fortement  accusé;  les 
cheveux  sont  formés  de  mèches  rejetées  en 
arrière. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  restes  de 
pétales,  d'un  anneau,  d'un  objet  ellipti- 
que, d'une  hache  &  de  trois  points. 

Cabinet  de  France;  fonds  de  Luynes;  argent; 
0,39. 

Il  existe  des  variétés  de  cette  division, 
où  les  objets  du  revers  sont  inversés. 

Le  système  de  permutation  des  acces- 
soires était  très-usité;  il  permettait,  sans 
changer  de  poinçons,  d'obtenir  un  nombre 
très-considérable  de  coins  différents. 

N"  9.  Tête  de  femme  à  gauche;  chevelure 
régulière,  formée  de  deux  étages  de  boucles 
en  forme  de  c/j;  ornement  d'oreille  à  trois 
pendants;  en  face  du  visage,  deux  poissons.. 

R.  Croix  cantonnée,  au  premier,  d'un 
reste  de  pétale  &  d'une  olive;  au  second, 
des  mêmes  signes;  au  troisième,  d'une  ha- 
che; au  quatrième,  d'un  reste  de  pétale  & 
d'une  ellipse  évidée. 

Sur  un  dessin  commmuniqué  par  M.  Anatole 
de  Barthélémy,  pi.  II,  fig,  7. 

M.  Gariel  possède  une  pièce  de  même 
revers,  mais  dont  la  tête  a  un  autre  carac- 
tère &  dont  le  poids  est  de  3,55. 

N°  10.  Tête  à  gauche  très-barbare;  le 
visage  &  le  cou  sont  mal  ajustés  l'un  à 
l'autre;  les  lèvres  sont  représentées  par 
deux  tiges  terminées  en  forme  de  boule; 
les  cheveux  sont  formés  de  mèches  isolées; 
à  la  hauteur  du  cou,  des  traits  recourbés 
semblent  un  souvenir  de  la  queue  du  n°  5, 
fig.  5.  Devant  le  visage,  les  deux  poissons. 

R.  Croix  cantonnée,  au  premier  &  au 
quatrième,  d'un  reste  de  pétale  &  d'une 
olive;  au  second,  d'un  reste  de  pétale  & 
d'une  ellipse;  au  troisième,  d'une  hache. 

Provenance  inconnue;  Cabinet  de  France; 
plomb  de  grandes   dimensions;   pi.  II,  fig.  8. 

Duchalais  &  M.  de  la  Saussaye  ont  déjà 
publié  cette  pièce  qu'ils  considèrent  comme 
authentique.  Ce  dernier,  pour  expliquer 
ses  dimensions  tout  à  fait  insolites  dans 
notre  Gaule  &  la  nature  de  son  métal,  pro- 
pose de  la  considérer  comme  un  faux  te- 
tradrachme  du  temps,  ou  plutôt  comme 
l'âme  d'un  tetradrachme  qui  aurait  perdu 


Note 
114 


NOTB 

"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


479 


sa  légère  enveloppe  d'argent.  Le  tétra- 
drachme  ne  se  frappait  ni  chez  les  Volkos, 
ni  dans  les  pays  voisins.  Cette  pièce  n'est 
peut-être  qu'une  contrefaçon  moderne. 

N"  II.  Tète  à  gauche;  le  front  &  l'ar- 
cade sourcilière  se  confondent;  la  coiffure 
est  formée  d'un  mélange  de  grosses  perles 
&  de  courbes. 

R.  Croix  avec  un  globe  à  la  rencontre 
des  bras;  dans  les  cantons,  ce  qui  rappelle 
les  pétales;  de  plus,  dans  le  second,  une 
courbe  en  forme  d'oreille,  &,  dans  le  troi- 
sième, une  hache. 

Coll.  Charles  Robert;  argent)  3,55j  pi.  II, 
fig.  9. 

N°  12  Tète  à  droite  d'assez  bon  style; 
devant  le  visage,  deux  courbes  perlées  te- 
nant la  place  des  deux  poissons. 

R.  Croix  portant,  au  premier  canton  & 
au  second,  un  objet  rappelant  les  pétales 
&  placé  entre  un  point  &  une  courbe  per- 
lée; au  troisième,  une  hache;  au  qua- 
trième, le  reste  d'un  pétale  enveloppant 
un  point. 

Dessin  publié  par  M.  de  la  Saussaye  (Reyue 
num.  1866,  pi.  XVI,  n.  Sz);  argent;  3,5o. 

N"  i3.  Tête  à  gauche;  derrière  &  sous 
l'oreille,  une  croix  bouletée. 

R.  Croix  cantonnée  de  deux  olives,  d'une 
hache  &  d'une  ellipse  évidée;  ces  figures 
étaient  sans  doute  enveloppées  les  unes 
&  les  autres  par  les  pétales,  mais  les  di- 
mensions du  flan  ne  permettent  de  recon- 
naître que  l'un  de  ces  objets. 

Cabinet  de  France;  flan  cisaillé;  argent}  pi.  II, 
fig.  10. 

N°  14.  Profil  analogue  à  celui  du  numéro 
précédent;  derrière  la  tête,  à  la  place  de  la 
croix  bouletée,  un  gros  pendant  d'oreille, 
formé  d'une  perle  &  de  trois  poires  à 
queue, 

R.  Incomplet,  paraissant  le  même  que  le 
précédent. 

Cabinet  de  France;  argent;  2,80. 

N°  i5.  Tête  à  gauche;  les  cheveux  sont 
représentés  par  des  ovales  détachés;  les 
narines  sont  minces,  le  nez  aigu  ;  les  lèvres 


sont  de  gros  points  ronds  unis  au  visage 
par  des  tiges  effilées.  Deux  poissons  dans 
le  champ. 

R.  Croix  portant,  au  premier  canton,  une 
olive;  au  second,  une  ellipse;  au  troisième 
&  au  quatrième,  une  hache;  ces  figures 
étaient  sans  doute  entourées  chacune  d'un 
pétale;  mais  le  coin  n'a  pas  entièrement 
porté  sur  le  côté  gauche  de  la  pièce. 

Cabinet  de  France;  fonds  de  Luynes  ;  argent; 
2,87;  pi.  II,  fig.   I  I. 

Il  est  à  remarquer  que  la  hache,  par  le 
peu  de  saillie  qu'a  la  lame  relativement 
au  talon,  ressemble,  sur  cet  exemplaire,  à 
un  marteau  de  forgeron. 

N°  16.  Type  rappelant,  au  droit,  celui 
représenté  à  la  figure  5  de  la  planche  II; 
les  deux  poissons  ont  un  si  grand  nombre 
de  nageoires  qu'on  peut  les  prendre  pour 
deux  rameaux  feuillus. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  restes  de 
pétales  ayant  pris  la  forme  aiguë  des  crois- 
sants; dans  la  courbure  des  croissants, 
deux  olives,  une  hache  &  une  ellipse  évi- 
dée; 

Dépôt  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert;  argent; 
3,55;  pi.  II,  fig.  12. 

N°  17.  Il  existe  une  subdivision  du  nu- 
méro précédent,  sur  laquelle  on  voit,  d'un 
côté,  une  iête  à  gauche  fort  confuse;  de 
l'autre,  la  croix  &  des  accessoires  analo- 
gues, sauf  que  l'ellipse  évidée  est  pleine  & 
ne  diffère  plus  par  conséquent  des  olives 
des  deux  premiers  cantons. 

Cabinet  de  France;  argent;  0,26. 

N"  18.  Tête  à  gauche;  chevelure  îrrégu- 
lière;  collier  représenté  par  un  anneau 
dentelé;  devant  le  visage,  à  la  place  des 
poissons,  deux  courbes  terminées  par  des 
points  sphériques. 

R.  Revers  analogue  à  celui  du  numéro 
précédent,  mais  où  les  objets  placés  dans 
l'intérieur  des  croissants  font  corps  avec 
eux. 

Ancienne  coll.  de  la  Saussaye;  musée  de  Lyon; 
argent;  3,53;  pi.  II,  fig.  i3. 

N"  19.  Tête  à  gauche;  chevelure  très- 
élevée;  deux  poissons  devant  le  visage. 


Note 
114 


Note 
114 


480 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


R.  Croix  cantonnée,  au  premier,  d'un 
objet  elliptique  avec  un  point  au  centre; 
au  second,  d'un  objet  qu'on  ne  peut  plus 
déterminer;  au  troisième,  d'un  croissant  & 
d'une  hache;  au  quatrième,  d'un  croissant 
&  d'un  losange.  Le  coin,  qui  n'a  pas  entiè- 
rement porté,  devait  aussi  représenter  un 
croissant  au  premier  &  au  second  canton. 

Coll.  Charles  Robert;  très-petit  module;  argent; 
trois  exemplaires  pesant  de  0,40  à  0,48;  pi.  II, 
fig.   14. 

N°  20.  Tète  à  droite  d'un  style  tout  par- 
ticulier; le  haut  du  visage  est  formé  par 
un  triangle  bouleté  à  ses  sommets  &  dans 
l'intérieur  duquel  un  point  figure  l'œil; 
la  mâchoire  est  remplacée  par  des  points 
&  la  chevelure  par  des  courbes. 

R.  Croix  cantonnée  de  trois  croissants  & 
d'une  hache;  il  y  avait  peut-être  un  crois- 
sant en  dehors  de  la  hache. 

Cabinet  de  France;  coll.  Charles  Robert;  plu- 
sieurs variétés;  argent;  poids  de  o,25  à  0,44; 
pi.  II,  %.  .5. 

Cette  pièce  &  la  précédente  se  ratta- 
chent, par  leur  type,  à  des  unités  dont  le 


Ce  type  bizarre  est  évidemment  conven- 
tionnel, ainsi  que  le  prouve  la  bonne  exé- 
cution des  détails.  On  le  retrouve,  avec  de 
légères  différences,  sur  un  assez  grand 
nombre  d'exemplaires,  dont  le  poids  ne 
s'écarte  guère  de  3,45. 

N°  22.  Tête  à  droite  représentée  égale- 
ment par  un  triangle  avec  des  courbes. 
Des  aigrettes  la  surmontent,  comme  la 
crista  d'un  casque. 

R.  Croix  cantonnée  d'un  petit  globe,  d'un 
anneau,  avec  un  point  au  centre  &  d'un 
point  sur  la  circonférence,  d'une  hache  & 
d'un  petit  globe  dans  un  croissant,  tourné 
les  pointes  en  dehors. 

Trouvé  à  Capdenac;  Cabinet  de  France;  argent; 
3,5o;  pi.  II,  fig.   17. 

N°  23.  Triangle  facial  &  traits  analo- 
gues à  ceux  du  n°  21;  le  contour  n'a 
que  deux  courbes;  l'aigrette  est  placée 
dans  le  haut  de  la  pièce,  comme  au  n°  22. 

R.  Croix  cantonnée,  au  premier,  d'un 
globe;  au  second,  d'un  croissant  les  poin- 
tes en  dehors,  d'un  globe   &  d'un  point; 


Note 
114 


poids  dépasse  3, 5o;  elles  sont  donc,  autant      au    troisième,    d'une    hache,    &   au    qua- 
qu'on  peut  en  juger  par  des  pesées  isolées,       trième,  d'un  globe. 


trop  légères  pour  des  oboles,  trop  lourdes 
pour  des  hemi-oboles.  Il  faut  provisoire- 
ment les  classer  parmi  les  tritemorions  ou 
huitièmes  de  l'unité  principale,  en  admet- 
tant que  les  Gaulois  du  sud  aient  accepté 
tous  les  sous-multiples  du  système  drach- 
mique. 

Les  n°*  19  8c  20  proviennent  de  Vieille- 
Toulouse. 

N°  21.  Tête  à  droite,  du  même  type  mais 
plus  complète  que  celle  du  numéro  précé- 
dent. Des  courbes  partant  des  sommets  du 


Trouvé  à  Capdenac;  Cabinet  de  France;  argent; 
3,17;  pi.  II,  fig.   18. 

Une  pièce  analogue  a  été  découverte  à 
Montauban. 

M.  de  Saulcy'  a  déjà  signalé  l'étrangeté 
de  ces  monnaies  à  figure  triangulaire.  Il 
les  considère  comme  appartenant  à  l'une 
des  dernières  périodes  du  monnayage  à  la 
croix. 

N°  24.  Tête  à  gauche;  profil  assez  pur; 
ornements  de  cheveux  contournés  à  la  ma- 


triangle  représentent  les  cheveux  &  le  bas      nière  de  la  corne  d'Ammon. 

du  visage;    en   face   du   visage,  un   signe  R.  Croix  cantonnée    de    trois  points  & 

ayant  la  forme  d'un  P;  une  sorte  de  dra-      d'une  hache. 


perie,  relevée  par  des  attaches,  entoure  la 
tête.  Dans  le  champ,  des  traits  parallèles 
terminés  par  des  points. 

R.  Croix   cantonnée,  au   premier,   d'un 
croissant  entre  deux  points;  au  second  & 
au  quatrième,  d'un  petit  globe;   au  troi-      sorte  de  crête  sur  le  front, 
sième,  d'une  hache. 

Cabinet  de  France;  argent;  pi.  II,  fig.  16.  '  Revue  num.   1867,  p.  8. 


Trésor  de  Béziers;  coll.  Charles  Robert;  argent} 
3,57;  pi.  II,  fig.  19. 

N°  25.  Tête  à  droite;  cheveux  entremê- 
lés de  courbes  &  de  perles  &  formant  une 


Note 
"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


481 


R.  Semblable  à  celui  du  numéro  précé- 
dent. 

Musée  de  Saint-Germain  ;  argent;  pi.  II,  fig.  20, 

Il  y  avait,  dans  le  trésor  de  Béziers,  une 

variété  de  cette  pièce  dont  la  tête,  tournée 

à  gauche,  était  du  type  de  la  pièce  gravée 

pi.  I,  fig.  9. 

N"  26.  Tête  à  droite  de  bon  style;  mè- 
ches dressées  sur  la  tète;  la  première 
retombe  sur  le  front. 

R.  Croix  cantonnée  d'un  point,  d'une 
trinacrie  sicilienne,  d'une  hache  &  d'un 
point. 

Dessin  communiqué  par  M.  A.  de  Barthélémy; 
argent;  pi.  II,  fig.  21. 

N°  27.  Tète  à  droite,  couverte  de  che- 
veux bouclés,  partagés  en  deux  étages. 

R.  Croix  cantonnée  d'un  anneau  perlé 
avec  globe  au  centre,  d'une  trinacrie,  d'une 
hache  &  d'un  petit  globe. 

Dessin  communiqué  par  M.  A.  de  Barthélémy; 
argent;  pi.  II,  fig.  22. 

Une  monnaie  semblable  à  la  précédente, 
sauf  au  quatrième  canton  du  revers  où  le 
point  est  également  entouré  d'un  perlé, 
faisait  partie  du  trésor  de  l'Ile-de-Noé, 
près  Auch,  &  pesait,  comme  les  autres 
pièces  du  dépôt,  de  3,3o  à  3,40'. 

N"  28.  Tète  à  droite  à  peine  indiquée; 
ensemble  confus. 

R.  La  trinacrie  du  second  canton  est 
remplacée  par  un  signe  en  forme  d'oreille; 
les  trois  autres  cantons  sont  identiques  à 
ceux  du  numéro  précédent. 

Dessin  communiqué  par  M.  A.  de  Barthélémy; 
musée  de  Saint-Germain  j  flan  cisaillé;  argent; 
3,40  ;  pi.  II,  fig.  23. 

N°  29.  Tète  à  gauche;  bon  style;  sourcil 
bien  accusé. 

R.  Croix  cantonnée,  au  premier,  d'une 
fleur  étoilée  remplaçant  le  point  inscrit 
dans  un  perlé,  &,  au  second,  de  la  courbe 
du  numéro  précédent.  Le  troisième  canton 
&  le  quatrième  sortent  du  flan,  attendu 
que  le  coin  du  revers  était  beaucoup  plus 
grand  que  celui  du  droit  8c  pouvait  servir 

'  Revue  nurn.   1841,  p.  167  &  pi.  VI,  fig.  i. 
II. 


NOTB 

en   même   temps  qu'un  coin  de  droit  c[ui       ''"^ 
aurait  porté  deux  tètes. 

Coll.  Gariel;  flan  cisaillé;  argent;  3,32. 

N"  3o.  Tète  dont  on  ne  voit  que  le  nez, 
le  coin  n'ayant  pas  été  appliqué  régulière- 
ment. 

R.  Semblable  à  celui  du  n°  27,  si  ce  n'est 
que  la  figure  du  second  canton  est  rem- 
placée par  deux  sortes  de  crosses,  dont  les 
spirales  sont  tangentes  l'une  à  l'autre  & 
dont  les  hampes  vont  rejoindre,  sur  lo 
bord  de  la  pièce,  les  branches  de  la  croix. 

Coll.  Gariel;  flan  cisaillé  en  carré;  argent; 
3,40. 

N"  3i.  Tête  à  droite;  grandes  mèches 
régulièrement  contournées. 

R. Croix  cantonnée  alternativementd'une 
hache  &  d'un  anneau  centré. 

Dessin  communiqué  par  M.  A,  de  Barthélémy; 
argent;  pi.  II,  fig.  24. 

N"  32.  Tête  à  gauche,  dont  les  lèvres  & 
le  menton  présentent  une  grande  saillie; 
le  front  est  en  dehors  du  flan.  Sur  d'autres 
exemplaires,  c'est  le  bas  du  visage  qui  sub- 
siste. 

R.  Croix.  Au  premier  canton,  un  signe 
dont  on  ne  voit  que  l'amorce;  au  second, 
une  courbe  perlée;  au  troisième,  une  large 
hache  dont  le  manche  est  lui-même  formé 
de  petits  globes  jointifs;  au  quatrième,  un 
anneau  dentelé  en  dedans  &  au  centre  du- 
quel se  trouve  une  étoile. 

Trésor  des  environs  de  Rodez;  coll.  Charles  Ro- 
bert; flan  cisaillé  en  rectangle;  argent;  2,25; 
pi.  II,  fig.  25. 

Les  coins  de  cette  pièce  étaient  beau- 
coup plus  grands  que  le  flan,  qui  a  été  mis 
au  poids  au  moyen  de  ciseaux;  c'est  un 
nouvel  exemple  d'un  procédé  de  fabrica- 
tion très-usité  dans  certains  ateliers  &  qui 
rend  la  contrefaçon  plus  difficile. 

N"  33.  Tête  à  gauche,  de  bon  style;  nez 
un  peu  aigu;  cheveux  en  courtes  boucles 
rendues  avec  assez  de  naturel;  perles  à  la 
naissance  du  cou. 

R.  Croix  dont  les  branches  se  réunissent 
sur  un  anneau  centré;  au  premier  canton 
&  au  quatrième,  une  rouelle  perlée  &  î' 

3i 


Note 
"4 


482 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


quatre  rayons;  au  second,  une  courbe  en 
forme  d'oreille;  au  troisième,  une  hache  à 
manche  perlé. 

Dessin  communiqué  par  M.  A.  de  Barthélémy; 
musée  de  Saint-Germain}  argent}  2,24}  pi.  H, 
fig.  26. 

N"  34.  Tête  analogue  à  celle  du  numéro 
précédent,  mais  mal  veiiue. 

R.  Même  revers,  si  ce  n'est  que  la  courbe 
du  second  canton  est  perlée  comme  les 
rouelles. 

Mèze  (Hérault)}  Cabinet  de  France}  argent} 
2,26. 

N°  35.  Tête  à  gauche;  les  mèches,  lon- 
gues, tombantes  &  à  double  courbure,  rap- 
pellent une  coiffure  fréquente  sur  les  mon- 
naies du  centre  &  de  l'occident  de  la  Gaule 
&  dénotent  peut-être  un  voisinage  d'ate- 
liers. 

R.  Croix  cantonnée  d'une  hache  au  pre- 
mier &  au  troisième,  &,  au  second  &  au 
quatrième,  de  deux  anneaux  concentriques 
dont  le  plus  grand  est  perlé. 

Coll.  Boulangé}  argent}  pi.  II,  fig.  27. 

N"  36.  Tête  semblable  à  celle  du  numéro 
précédent. 

R.  Croix  cantonnée  d'une  sorte  de  fla- 
bellum;  d'une  roue  à  quatre  rayons;  d'une 
hache  &  d'un  point. 

Ancienne  coll.  Gillet,  à  Nancy j  argent}  1,86} 
pi.  II,  fig,  28. 

N°  37.  Pièce  semblable  au  n.  35,  si  ce 
n'est  que  la  tête  n'appartient  pas  au  type 
du  centre  de  la  Gaule;  trouvaille  de  l'Ile- 
de-Noé;  voir  la  planche  VI  de  la  Revue 
numismatique  de  1841, 

N°  38.  Tête  analogue  à  celle  du  n"  35, 
mais  où  le  cou  est  remplacé  par  deux  traits 
en  angle,  terminés  par  de  petits  globes. 

R.  Croix  cantonnée  d'un  anneau  perlé, 
d'une  roue  à  quatre  rayons,  d'une  hache 
&  d'une  figure  assez  difficile  à  décrire. 
C'est  un  rectangle  ouvert  à  ses  extrémités 
&  sur  lequel  repose  une  sorte  de  compas  à 
branches  courbes.  Les  objets  représentés 
sur  les  monnaies  gauloises,  aussi  bien  dans 
le  Centre  &  dans  le  Nord  que  dans  le  Midi, 


sont  extrêmement  nombreux  &  très-variés; 
les  uns  sont  empruntés  à  des  prototypes 
grecs;  les  autres,  &  les  plus  bizarres,  sont 
de  création  indigène.  Ces  accessoires  méri- 
teraient une  étude  spéciale  &  d'ensemble. 
Mèze  (Hérault)}  Cabinet  de  France}  argent; 
1 ,83  }  pi.  II,  fig.  29. 

N°  39.  Tête  à  gauche;  cheveux  disposés 
comme  aux  n°'  34,  35  &  37;  deux  traits  se 
rencontrant  à  angle  aigu,  à  la  place  du 
cou;  un  annelet  devant  le  menton. 

R.  Croix  cantonnée  d'un  objet  elliptique 
dentelé  &  ouvert  en  manière  de  torque; 
d'une  rouelle  à  quatre  rayons;  d'une  hache 
&  d'un  angle  surmonté  d'une  sorte  de  tête 
d'oiseau. 

Cabinet  de  France}  très-petit  module}  flan 
épais }  argent}  2,15;  pi.  II,  fig.  3o. 

N°  40.  Tête  à  gauche,  de  bon  style;  che- 
velure formée  de  boucles  longues  &  bien 
disposées. 

R.  Croix  cantonnée  d'un  quatre-feuilles, 
d'un  anneau  dentelé  avec  une  étoile  flam- 
boyante au  centre,  d'un  objet  ressemblant 
à  une  grenade  entr'ouverte  &  d'une  hache 
à  manche  perlé. 

Capdenac}  Cabinet  de  France;  flan  cisaillé; 
argent;  3,5o;  pi.  II,  fig.  3i. 

Une  pièce  presque  identique,  faisant 
partie  de  la  collection  Colson  &  pesant 
3,32,  ne  montre  que  le  bas  du  visage,  mais 
laisse  voir,  à  la  hauteur  où  commence  la 
poitrine,  un  objet  elliptique  avec  point  au 
centre.  Cette  monnaie  rentre  dans  la  caté- 
gorie de  celles  dont  le  coin  s'appliquait 
sur  un  flan  large  qu'on  coupait  ensuite 
aux  ciseaux. 

N"  41.  Variété  du  numéro  précédent; 
l'anneau  dentelé,  avec  un  astre  au  centre, 
est  accompagné  d'un  objet  difficile  à  défi- 
nir. On  peut  voir  le  dessin  de  cette  pièce 
Revue  num.  1866,  pi.  XIV,  fig.  11,  art.  de 
M.  de  la  Saussaye. 

N°  42.  Tête  à  gauche,  analogue  à  celle 
du  n°  40,  fig.  3i,  &  d'assez  bon  style. 

R.  Croix  cantonnée,  au  premier,  d'un 
quatre-feuilles;  au  second,  d'un  objet  en 
forme   de   navette;    au    troisième,    d'une 


Note 
114 


NOTB 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


483 


hache; 
télé. 


au   quatrième,   d'un  anneau  den- 


Argent}  flan  cisaillé;  trésor  de  l'Ile-de-Noé.  Je 
n'ai  pas  fait  graver  cette  monnaie  que  je  n'ai  pu 
dessiner  moi-même.  On  peut  en  consulter  la 
figure,  pi.  X,  fig.  iz,  Revue  num,  1866,  art.  de 
M.  de  la  Saussaye. 

N°  43.  Tête  à  gauche,  mal  venue,  mais 
analogue  à  celle  des  numéros  précédents. 

R.  Croix  avec  un  anneau  perlé  au  pre- 
mier canton  5  une  hache  au  troisième  & 
un  quatre-feuilles  au  quatrième. 

Musée  de  Saint-Germain;  dessin  communiqué 
par  M.  A.  de  Barthélémy;  argent;  flan  cisaillé; 
pi.  II,  fig.  36. 

N°  44.  Tête  à  gauche,  de  bon  style  j  de- 
vant le  visage,  une  sorte  d'accolade  rappe- 
lant les  poissons. 

R.  Croix  cantonnée,  au  premier,  d'un 
disque  partagé  en  quatre  par  deux  barres 
en  croix  &  dans  les  angles  desquels  sont 
de  petits  croissants;  au  second,  d'un  an- 
nelet  perlé  avec  point  au  centre;  au  troi- 
sième, d'une  hache;  au  quatrième,  d'un 
anneau  dentelé  en  dedans,  avec  point  au 
centre. 

Cabinet  de  France;  fonds  de  Luynes;  argent; 
3,29;  pi.  II,  fig.  32. 

Cette  pièce  est  très-curieuse  par  la  pré- 
sence, au  premier  canton,  comme  type  ac- 
cessoire, du  type  principal  des  monnaies 
à  la  croix  dont  j'ai  donné  plus  haut,  pi.  I, 
divers  spécimens. 

Plusieurs  pièces  analogues  au  n.  44  faisaient 
partie  d'un  dépôt  exhumé  en  Provence,  au  delà 
du  Rhône,  &  qui  doit  se  trouver  aujourd'hui  à 
Avignon,  au  musée  Calvet. 

N°  45.  Tête  à  gauche,  analogue  à  celle 
du  numéro  précédent;  au  revers,  l'annelet 
perlé  &  le  disque  aux  croissants  ont  per- 
muté entre  eux;  arg.;  3,32;  ancienne  coll. 
de  la  Saussaye. 

N°  46.  Tète  à  gauche;  fleuron  ou  pois- 
son; le  haut  du  coin  a  seul  porté. 

R.  Disque  à  croissants,  entouré  d'une 
branche  avec  ses  feuilles  ou  d'une  cou- 
ronne. Le  coin  étant  beaucoup  plus  grand 


que  le  flan,  on  ne  voit,  au  revers,  qu'un 
des  cantons  de  la  croix. 

Dessin  communiqué  par  M.  A.  de  Barthélémy; 
pi.  II,  fig.  33. 

Il  est  à  remarquer  que  ce  disque,  coupé 
en  quatre  par  deux  barres  en  croix  &  can- 
tonné de  croissants,  qui  se  trouve  comme 
accessoire  de  type  sur  les  monnaies  à  la 
croix,  n°'  44  &  45,  existe  aussi  sous  le  che- 
val d'un  statère  d'or  qu'on  croit  arverne'; 
il  y  a  là  évidemment  une  idée  commune 
&  peut-être  une  preuve  de  voisinage. 

N°  47.  Tête  à  gauche;  collier;  cheveux 
formés  de  boucles  contournées. 

R.  Croix  avec  une  hache  au  troisième 
canton,  &  dans  les  trois  autres,  un  flabel- 
lum  ou  une  large  feuille  sur  laquelle  se 
détache  une  couronne  de  perles;  chaque 
feuille  est  jointe  par  une  tige  au  centre  de 
la  croix  &,  pour  la  symétrie,  un  trait  va 
du  centre  au  talon  de  la  hache. 

Musée  de  Saint-Germain;  dessin  communiqué 
par  M.  A.  de  Barthélémy;  pi.  II,  fig.  34. 

N"  48.  Variété  de  la  pièce  précédente, 
où  la  tête  est  couverte  de  petites  boucles 
disposées  parallèlement  au  front  en  ma- 
nière de  couronne. 

Ancienne  coll.  du  comte  de  Renesse;  argent; 
2,3o. 

N"  49.  Tête  à  gauche,  d'assez  bon  style; 
une  sorte  de  bandeau  de  cheveux  crêpés 
règne  le  long  du  front  &  supporte  des  or- 
nements formés  de  courbes  &  de  points. 

R.  Croix  cantonnée,  comme  au  n"  47,  de 
trois  larges  feuilles  &  d'une  hache;  les 
feuilles  laissent  voir  leurs  nervures  par- 
tant de  la  tige. 

Musée  de  Saint-Germain;  dessin  communiqué 
par  M.  A.  de  Barthélémy;  pi.  II,  fig.  35. 

Des  pièces  analogues  aux  trois  précé- 
dentes &  pesant  de  2,25  à  2,3o  ont  été 
trouvées  à  Mèze  (Hérault). 

On  peut  juger  par  les  spécimens  que  j'ai 
réunis  en  deux  groupes  principaux  pour 
en  faciliter  la  description,  combien  sont 
variées  les  monnaies  à  la  croix  &  dans  le 

'  Revue  num.  i856,  pi.  IX,  fig.  9. 


Note 
114 


Note 
114 


484 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


type  ou  le  style  de  la  tête,  &  dans  la  forme 
ou  la  disposition  des  accessoires  du  revers. 
En  se  rappelant  que  c'est  seulement  depuis 
peu  d'années  que  ces  monnaies  sont  soi- 
gneusement recueillies,  on  se  fera  une  idée 
de  l'importance  extraordinaire  qu'avait 
prise  la  fabrication  du  signe  d'échange  chez 
les  Volkes  &,sans  doute,  chez  quelques- 
uns  de  leurs  voisins,  &  l'on  ne  doutera  pas 
qu'il  y  ait  eu,  dans  ces  temps  reculés,  plu- 
sieurs ateliers  sur  le  sol  du  Languedoc  & 
que  chacun  de  ces  ateliers  ait  fonctionné 
assez  longtemps.  L'état  de  la  science  ne 
permet  pas,  malheureuse  ment,  de  formu- 
ler quoi  que  ce  soit  à  ce  sujet. 

TROISIÈME    GROUPE 

MONNAIES     d'argent    RAPPELANT,     D'uN     CÔTÉ,     LA    ROSE    VUE 
EN    DESSUS,    DE    l'autre,    LA    ROSE    RETOURNÉE 

Pendant  que  la  croix  à  branches  unies 
se  formait  à  la  longue,  comme  dégénéres- 
sence  des  nervures  foliacées  de  la  rose  vue 
en  dessous  &  recevait  dans  ses  cantons, 
ainsi  qu'on  vient  de  le  voir,  des  objets  qui 
n'étaient  autre  chose  que  les  pétales  trans- 
formés, auxquels  se  joignirent  d'autres  ob- 
jets, tels  que  les  haches,  il  est  probable 
que  le  type  de  Rhoda  à  la  fleur  vue  en  des- 
sus (voir  plus  haut,  p.  465),  subissait  aussi 
ses  transformations,  en  sorte  que  l'image 
de  la  rose  perdait  de  sa  vérité  &  que  la  tête 
divine  s'altérait,  comme  elle  l'avait  fait  sur 
les  drachmes  dont  le  revers  montre  la  fleur 
retournée.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  arriva, 
dans  certains  ateliers  dont  les  produits  re- 
trouvés sont  très-rares,  que  la  tête  disparut 
&  fut  remplacée  par  la  croix  des  deux  pre- 
miers groupes;  ce  qui  produisit  des  pièces 
montrant,  d'un  côté,  la  rose  vue  de  face, 
mais  mal  rendue,  &,  de  l'autre,  le  souvenir 
de  la  même  fleur  vue  en  dessous.  Ces  mon- 
naies, qui  rappellent  à  la  fois  les  deux  types 
de  revers  des  drachmes  de  Rhoda,  ont  déjà 
été  signalées  par  M.  A.  de  Longpérier".  En 
voici  deux  spécimens  : 

N"  I.  Fleur  épanouie;  les  pétales  en 
forme  de  croissant  sont  séparés  par  de 
gros  points. 

'  Revue  num.  1840,  p.  414  Se  pi.  XXIII,  n.  6. 


R.  Croix  dont  les  branches  sortent  d'une 
sphère;  une  hache  au  troisième  canton. 
L'état  de  la  pièce  ne  permet  pas  de  juger 
de  ce  qui  se  trouvait  dans  les  autres  can- 
tons. 

Trésor  de  l'IIe-de-Noé  '  ;  coll.  de  M.  le  marquis 
d'Hervey  de  Saint-Denis,  à  Paris;  argent;  3,40  à 
3,5o;  dessin  de  M.  de  la  Saussaye,  pi.  III,  fig.  1. 

Un  autre  exemplaire,  un  peu  difTérent,  mais 
encore  plus  incertain  au  revers,  fait  partie  du 
cabinet  des  médailles  &  ne  pèse  que  3,23. 

N"  2.  Fleur  analogue  à  la  précédente; 
au  centre,  des  points  représentant  les  éta- 
mines. 

R.  Croix  dont  les  branches  sont  un  peu 
évasées;  un  croissant  au  premier  canton, 
au  second  &  au  quatrième;  une  hache  au 
troisième.  C'est  le  revers  de  la  figure  i5 
de  la  planche  1 1. 

Cabinet  de  France;  argent;  3,5o;  pi.  III,  fig.  2. 

Le  n.  i  provient  de  Vieille-Toulouse,  suivant 
M.  Chalande. 

QUATRIÈME    GROUPE 

MONNAIES  DIVERSES  d'aRGENT,  TANT  ANÉPIGRAPHES  QU'a 
LÉGENDES  LATINES  OU  IBÉRIQUES,  ET  SE  RATTACHANT  AU 
SECOND  GROUPE  OU  AU  TROISIÈME  PAR  UN  OU  PLUSIEURS 
TERMES    INTERMÉDIAIRES 

PREMIER     SOUS-GROUPE 
Monnaies  anépigraphes. 

Les  pièces  muettes  qui  me  restent  à  dé- 
crire commenceront  par  une  monnaie  por- 
tant, au  droit,  une  tête,  au  revers,  une 
croix  &  se  rattachant  intimement  au  se- 
cond groupe;  si  j'ai  réservé  cette  monnaie 
pour  la  troisième  planche,  c'est  qu'elle  in- 
troduit, par  son  revers  devenu  droit,  une 
nouvelle  pièce  (figure  4),  portant  de  l'au- 
tre côté  un  sanglier,  &  c|ue  cette  pièce 
donnera  elle-même  naissance  à  une  nou- 
velle série  dont  je  produirai  quelques  spé- 
cimens de  la  figure  5  à  la  figure  9. 

N"*  I.  Tête  à  gauche  ayant  sur  le  cou 
une  sorte  de  V  perlé,  comme  à  la  figure  2g 
de  la  planche  II;  c'est  le  collier  &  l'amorce 

'  Revue  num.  1841,  art.  de  M.  d'Hervey  de 
Saint  Denis  sur  la  trouvaille  de  l'Ile-de-Noé. 


Note 
"4 


Note 
"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


485 


du  vêtement.  Les  cheveux  sont  formés  de 
boucles  longues  &  régulières,  comme  sur 
quelques  numéros  du  second  groupe  &  sur 
les  monnaies  bien  connues  appartenant  au 
Centre  &  à  l'Ouest  de  la  Gaule  de  César. 

R.  Croix  portant,  au  second  canton,  une 
rouelle  à  quatre  rayons,  &,  au  quatrième, 
la  tète  d'un  animal,  peut-être  un  chevreau, 
tournée  adroite;  le  coin  n'ayant  pas  porté 
sur  le  milieu  du  flan,  on  ne  peut  savoir 
quels  objets  occupaient  les  autres  cantons; 
ils  étaient  sans  doute,  comme  au  numéro 
suivant,  une  hache  &  une  torque,  mais  dis- 
posés dans  un  autre  ordre. 

Cabinet  de  France;  argent;  1,78  ;  pi.  III,  fig.  3. 

Vieille-Toulouse,  suivant  M.  Chalande. 

N"  2.  Le  revers  du  numéro  précédent 
devenu  droit  porte  une  croix  ayant,  au 
premier  canton,  une  hache,  au  second, 
une  sorte  de  torque  perlée,  au  troisième, 
une  tête  de  chevreau  tournée  à  gauche,  & 
au  quatrième,  une  rouelle  à  quatre  rayons. 

R.  Sanglier  à  gauche  dans  un  grènetis; 
un  anneau  perlé,  avec  un  point  au  centre, 
se  voit  entre  les  jambes  de  l'animal. 

Ancienne  coll.  du  comte  de  Renesse;  aujour- 
d'hui Cabinet  de  France;  flan  circulaire;  argent; 
1,80;  pi.  III,  fig.  4. 

Le  sanglier  n'était  pas,  comme  on  l'a 
pensé  longtemps",  l'emblème  de  toute  la 
Gaule.  La  constitution  des  peuples  qui 
couvraient  ce  vaste  pays  ne  comportait 
pas,  en  effet,  l'adoption  d'un  signe  uni- 
que, à  la  manière  des  armoiries  ou  du  dra- 
peau des  grands  Etats  modernes.  Mais,  de 
tous  les  animaux,  le  sanglier  a  été,  avec 
le  cheval,  celui  que  les  habitants  des  di- 
verses contrées  de  la  Gaule  ont  le  plus 
souvent  représenté  sur  leurs  monnaies. 

N°  3.  Tète  barbare  à  gauche;  cheveux 
disposés  en  manière  de  crête. 

R.  Sanglier  à  gauche;  au-dessus  &  au- 
dessous  un  croissant  semblable  à  ceux  que 
présentent,  dans  leurs  cantons,  plusieurs 
des  monnaies  à  la  croix. 

Coll.  Charles  Robert;  flan  quadrangulaire  coupé 
aux  ciseaux;  argent;  2,21  ;  pi.  III,  fig.  5. 

De  la  Saussaye,  Revue  num.  1840,  pp.  243  à 
260. 


Cette  pièce  se  rattache  aux  monnaies  à 
la  croix  par  la  figure  4  qui  a  un  revers 
analogue;  elle  s'est  trouvée  au  nombre  de 
plusieurs  centaines  à  Castres  (Tarn);  on  l'a 
rencontrée  aussi  en  quantité  près  de  Mèze 
(Hérault),  en  même  temps  que  les  mon- 
naies, également  de  bas  poids  (1,20  à  i,3o), 
au  type  des  grandes  feuilles  ou  du  jlabcl- 
lum'  dans  les  cantons  de  la  croix. 

N"  4.  Tête  à  gauche,  de  grandes  dimen- 
sions ;  deux  arcs  dentelés  remplacent  la 
chevelure. 

R.  Semblable,  suivant  toute  apparence, 
à  celui  du  numéro  précédent.  Le  coin  n'a 
pas  entièrement  porté. 

Provenance  inconnue;  ancienne  coll.  Tôchon 
d'Annecy;  flan  pentagonal  coupé  aux  ciseaux; 
argent;  2,25;  pi.  III,  fig.  6. 

N"  5.  Tête  à  gauche, d'un  style  tout  par- 
ticulier &  qui  n'est  pas  sans  élégance;  col- 
lier; amorce  de  vêtement;  cheveux  formés 
de  deux  étages  de  petites  boucles  arron- 
dies. 

R  Sanglier  à  gauche,  lourdement  exé- 
cuté; sous  l'animal,  un  anneau  avec  un 
point  au  centre;  grènetis. 

Coll.  Charles  Robert;  flan  cisaillé;  argent; 
2,23  ;  pi.  III,  fig.  7. 

Cette  pièce  &  la  suivante  se  sont  ren- 
contrées en  nombre  dans  le  dépôt  do 
Rodez,  ou  plus  exactement  de  Goutrcns, 
localité  située  à  quelques  kilomètres  au- 
dessus  de  cette  ville. 

N"  6.  Tête  à  gauche  comme  au  numéro 
précédent,  mais  de  moindres  dimensions; 
cheveux  dressés. 

R.  Sanglier  à  gauche;  au-dessus  de  lui  8c 
au-dessous,  un  annelet  avec  un  point  au 
centre. 

Coll.  Charles  Robert;  argent;  2,26;  pi.  Ill, 
fig.  8. 

La  pièce  n°  6  a  été  coupée  en  forme  de 
rectangle  allongé;  de  sorte  que  la  tète, 
d'ailleurs  fort  petite,  n'occupe  que  le  haut 
du  flan,  au  bas  ^luquel  on  reconnaît  l'a- 
morce d'un  grènetis  circulaire,  qui  enca- 
drait une  seconde  tète.  Ce  dispositif  prouve 

•  Voir  pi.  II,  fig.  34  &  35. 


Note 
114 


Note 
"4 


486 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


qu'on  employait,  dans  certains  cas,  des 
coins  au  moyen  desquels  on  imprimait  à 
la  fois  plus  d'une  image  sur  de  grands  mor- 
ceaux d'argent,  qui  étaient  ensuite  décou- 
pés. D'autres  fois,  les  coins  se  trouvaient 
plus  grands  que  ne  devait  l'être  la  pièce 
mise  au  poids;  alors  le  coup  de  ciseau 
coupait  en  deux  la  tête  du  droit  &  le  san- 
glier du  revers;  enfin,  &  c'était  un  cas 
assez  fréquent,  un  grand  coin  au  droit 
était  opposé  à  un  coin  de  revers  de  dimen- 
sions ordinaires  ou  même  trop  petites,  & 
réciproquement.  Ces  bizarreries  de  fabri- 
cation, qui  ne  sont  pas  exclusivement  le 
propre  de  l'atelier  duquel  sont  sorties  les 
deux  pièces  précédentes,  avaient  sans  doute 
pour  but  non- seulement  de  faciliter  la 
ifabrication,  mais  de  gêner  l'industrie  des 
faux-monnayeurs  en  ne  leur  livrant  qu'une 
partie  de  l'image. 

N°  7.  Variété  dans  laquelle  le  droit  est 
uni. 

R.  Sanglier  à  gauche,  avec  un  annelet 
au-dessus  de  lui  &  au-dessous. 

Provenance  inconnue}  Cabinet  de  France}  flan 
cisaillé}  argent}  2,28}  pi.  III,  fig.  9. 

La  présence  d'un  grand  nombre  de  mon- 
naies au  sanglier  dans  les  dépôts  de  Cas- 
tres &  de  Rodez  permettrait  de  supposer 
que  ce  type  appartenait  aux  Rutenî,  dont 
la  monnaie  se  serait  ainsi  rapprochée  de 
celle  des  Volkes,  par  un  terme  intermé- 
diaire, la  figure  4.  Mais  d'autres  pièces  au 
sanglier  s'étant  rencontrées  à  Mèze  (Hé- 
rault), on  ne  peut  constater  autre  chose, 
sinon  que  ce  type  caractérise  l'un  des  mon- 
nayages usités  dans  l'Est  de  la  contrée  qui 
forma  le  Languedoc.  Les  trouvailles  à  ve- 
nir en  apprendront  davantage. 

DEUXIÈME     SOUS-GROUPE 
Monnaies  a  légendes  latines. 

J'arrive  maintenant  aux  monnaies  à  la 
croix  avec  traces  de  légendes  latines;  elles 
forment  un  sous-groupe  important,  mais 
l'extrême  rareté  de  leurs  spécimens  n'a 
pas  encore  permis  de  les  bien  étudier. 
Leur  poids  est  peu  élevé. 


N"  I.  Tête  à  gauche;  le  visage  n'a  pas 
porté  sur  le  flan;  le  champ  de  la  pièce  est 
presque  entièrement  occupé  par  une  che- 
velure que  le  graveur  de  coin  a  produite 
en  burinant  des  courbes  concentriques,  le 
long  desquelles  de  petites  masses  allongées 
ont  été  ensuite  poinçonnées. 

R.  Croix  ressortant  très  en  relief  sur  le 
champ.  Dans  le  premier  canton  &  dans  le 
second,  une  courbe  concave  appartenant, 
suivant  toute  apparence,  à  un  objet  qui 
sort  du  flan;  au  troisième  canton  &  au 
quatrième,  un  fruit,  en  forme  de  poire  ou 
de  pomme  plutôt  que  d'olive,  est  attaché 
par  sa  queue  au  point  où  se  rencontrent  les 
bras  de  la  croix.  Une  légende  incomplète  & 
mal  venue  se  voit  dans  le  bas  de  la  pièce. 

Indiqué  comme  trouvé  à  Vieille-Toulouse,  avec 
des  pièces  anépigraphes  à  la  hache}  coll.  Garielj 
argent}  2,90}  pi.  III,  fig.  10. 

N°  2.  Croix  avec  une  hache  mal  venue 
au  troisième  canton  &  une  olive  dans  les 
autres;   on  lit,  vers  le  bord  de  la  pièce  : 

SE  TV Le  T  est   très-douteux.  C'est 

le  type  même  du  revers  du  n°  i  devenu 
droit. 

R.  Systèmes  de  courbes  terminées  par 
des  points,  au  milieu  desquelles  on  distin- 
gue une  trinacrie  &  une  sorte  de  S. 

Provenance  inconnue}  coll.  du  comte  de  Ker- 
gariou}  cuivre  enveloppé  d'une  feuille  d'argent} 
1,72}  pi.  III,  fig.  II. 

Une  monnaie  analogue,  exhumée  en  iSSy,  avec 
des  anépigraphes  à  la  croix,  dans  le  bois  de  Séri- 
gnan,  &  portant  lisiblement,  suivant  M.  Bou- 
dard, le  mot  SETV,  a  été  attribuée,  par  son  pos- 
sesseur, M.  Ricard,  à  Setion  Volcarum',  l'ancien 
Arx  Setiena  d'Aviénus.  Cette  attribution  ingénieuse 
est  contestable. 

N"  3.  Même  type  au  droit;  la  hache  est 
parfaitement  marquée  au  troisième  can- 
ton; en  légende  :  COVED. 

R.  Le  revers  est  analogue  à  celui  du  nu- 
méro précédent,  sans  que  les  courbes 
soient  disposées  de  la  même  manière. 

Cabinet  de  France}  provenant  du  marquis  de 
Lagoy}  flan  cisaillé  de  forme  quadrangulairc}  ar- 
gent} pi.  III,  fig.   12. 

'  Numismatique  ihérienne,  p.  25o. 


Note 
114 


Note 
"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


487 


N"  4.  Même  type;  trois  points  sous  la 
hache,  entre  le  fer  &  le  manche;  en  lé- 
gende peut-être  :  Q.  IVL.  COVED.  Tous 
les  caractères  ne  sont  pas  certains,  vu 
l'état  de  conservation  de  la  pièce. 

R.  Figure  formée,  autour  d'un  point,  de 
quatre  feuilles  contournées  en  manière  de 
flammes;  dans  le  champ,  des  S. 

Vieille-Toulouse;  Cabinet  de  France;  ancienne 
collection  de  Saulcy;  argent;  2,85;  pi.  III,  fig.  i3. 

N"  5.  Même  type  au  droit;  on  ne  voit 
que  deux  points  sous  le  fer  de  la  hache; 
en  légende  :  COVED" 

R.  Figure  semblable  à  celle  du  numéro 
précédent;  dans  le  champ,  des  S.  Em- 
preinte n'ayant  pas  porté  au  centre  du 
flan. 

Trouvée  à  Vieille-Toulouse;  Cabinet  de  France; 
ancienne  coll.  de  Saulcy;  flan  coulé  dans  un 
moule;  argent;  2,00;  pi.  III,  fig.  14. 

N"  6.  Même  type  au  droit;  on  reconnaît 
trois  ou  quatre  lettres  analogues  à  celles 
gravées  au  premier  canton  du  n"  4. 

R.  Revers  semblable  à  celui  du  numéro 
précédent;  un  seul  S  est  visible. 

Cabinet  de  France;  ancienne  coll.  de  Saulcy; 
flan  cisaillé;  argent;  2,40;  pi.  III,  fig.  i5. 

N"  7.  Tête  à  gauche,  très-fruste,  mais 
de  bon  style  &  rappelant  le  type  d'Apol- 
lon des  monnaies  de  Marseille. 

R.  Croix  partageant  en  quatre  le  champ 
de  la  pièce;  petit  globe  au  centre;  dans 
les  cantons,  COVE. 

Vieille-Toulouse;  coll.  Charles  Robert;  flan 
arrondi;  argent;  0,24;  pi.  III,  fig.   16. 

Cette  petite  pièce,  que  je  dois  à  M.  Cha- 
lande, tient  à  la  fois  des  monnaies  à  la 
croix  qui  se  rencontrent  dans  le  Langue- 
doc &  des  monnaies  à  la  roue,  portant  le 
nom  de  Syracuse'  ou  le  nom  de  Marseille, 
MA22.  Elle  semblerait,  par  la  ressemblance 
des  tètes,  contemporaine  de  ces  dernières 
oboles;  mais  sa  légende  ne  permet  pas  de 
la  faire  remonter  aussi  haut. 


'  Cf.  Salinas  {Revue  num.  1 867  &  pi.  X,  fig.  5o), 
quj  décrit  une  obole  syracusaine  très-ancienne, 
au  type  de  la  croix  ou  de  la  roue. 


N°  8.  Pièce  analogue  au  n"  7,  mais  où  la 
tête,  pendant  que  le  revers  n'a  pas  changé, 
a  pris  un  style  tout  à  fait  gaulois;  devant 
le  visage,  divers  traits  dans  lesquels  on  peut 
reconnaître  les  traces  des  poissons  d'Em- 
porium,  ou,  à  la  rigueur,  les  lettres  V  S. 

Cette  hémiobole  m'a  été  vendue  à  Paris,  comme 
ayant  été  trouvée  avec  la  pièce,  figure  14,  plan- 
che II;  elle  est  en  argent  d'assez  bon  titre;  son 
flan  est  rond;  elle  a  perdu  un  fragment  &  ne 
pèse  plus  que  0,19;  pi.  III,  fig.  17. 

Les  légendes  des  monnaies  précédentes 
sont  difficiles  à  interpréter.  Quelques  nu- 
mismatistes,  ne  s'attachant  qu'aux  quatre 
premières  lettres  COVE,  y  retrouvent  le 
commencement,  avec  anousvera,  du  nom 
des  Convenae.  Cette  leçon,  difficile  à  sou- 
tenir, n'a  été  acceptée  que  sous  toute 
réserve  par  la  Société  archéologique  du 
Midi  de  la  France".  D'autres  ont  lu  Co(lo- 
nia)  Ve(dantiorum).  Au  reste,  il  n'est  pas 
probable  qu'on  ait  affaire  à  un  nom  de 
peuple  ou  de  lieu.  C'est  ainsi  qu'une  pe- 
tite pièce,  du  même  type  que  les  deux 
précédentes,  sur  laquelle  on  lit,  du  côté 
de  la  tête,  DVRN,  &,  entre  les  bras  de  la 
croix,  A  V  S  C,  après  avoir  été  longtemps 
attribuée  à  un  peuple  voisin  des  Tecto- 
sages,  les  AVSCI  ou  AVSCII',  est  aujour- 
d'hui restituée  à  un  chef  du  nom  d'Aus- 
crocos',  &  paraît  appartenir  à  un  peuple 
habitant  au  nord  de  Marseille  \ 

N°  9.  Voici  une  monnaie  muette  que 
son  type  rattache  à  la  fois  aux  pièces  à  la 
hache  &  aux  monnaies  (planche  III,  figu- 
res II,  12  &  i3)  qui  portent  au  revers  des 
objets  en  forme  de  S  : 

Croix  partageant  en  quatre  le  champ  de 
la  pièce.  Au  second  canton,  l'amorce  d'un 
objet  de  forme  elliptique;  au  troisième, 
des  traits  qui  paraissent  appartenir  à  une 

'  Bull,  in-^",  1872,  p.  49. 

•  La  Saussaye,  Rev,   num,   i85i,  p.  10  &  pi.  I. 
'  Cf.  Dictionnaire  topographique  de  la.  Gaule,  au 

mot  Avsci. 

*  Cf.  au  Cabinet  de  France  l'original  sur  lequel, 
en  raison  de  sa  petitesse,  on  n'a  pu  inscrire  que 
les  abréviations  DVRN  &  AVS,  &  le  denier  publié 
par  M.  de  Saulcy  [Revue  num.  1864,  p.  172),  & 
portant  en  toutes  lettres  :  DVRNACOS  &  AVS- 
CROCOS. 


Note 
114 


NOTB 

i'4 


488 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


hache;  au  quatrième,  un  annelet.  L'objet 
qui  était  représenté  au  premier  canton  du 
coin  n'a  pas  porté  sur  le  flan. 

R.  Rouelle  à  quatre  rayons,  placée  entre 
deux  points;  dans  le  haut  de  la  pièce, 
une  sorte  de  8,  un  S  &  trois  points. 

Cabinet  de  France;  argent;  0,27;  pi.  III,  fig.  i  8. 

TROISIÈME   SOUS-GROUPE 
Monnaies  a  légendes  ihér'tijues. 

Je  termine  la  série  des  monnaies  d'argent 
à  la  croix  par  la  description  de  deux  mon- 
naies dont  la  légende  est  ibérique. 

N"  I.  Tête  à  droite,  d'assez  bon  style; 
collier  de  perles;  chevelure  composée  de 
mèches  tombantes,  que  surmonte  une  sorte 
de  couronne  formée  de  perles  ou  de  petites 
boucles. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  olives, 
semblables  à  celles  qui  se  remarquent  sur 
quelques-uns  des  numéros  précédents;  en 
légende  :  'M^H'SA 

Ancienne  coll.  de  Lagoy;  Cabinet  de  France; 
fonds  de  Luynes;  argent;  8,47;  pi.  III,  fig.  19. 

J'ai  reproduit  les  lettres  qui  canton- 
nent la  croix  suivant  l'ordre  que  leur 
donne  M.  Aloïss  Heiss",  &  cependant  les 
graveurs  ont  généralement  évité  de  placer 
dans  un  même  canton  le  premier  &  le 
dernier  caractère  d'une  même  inscription. 
M.  Heiss  traduit  cette  légende  par  le  mot 
ONTHGA,  contraction  de  ON(a)TH(e)GA, 
le  bon  lieu,  &  attribue  dubitativement  la 
pièce  à  Agde,  'ÀYâOï]  tu/y;.  M.  de  la  Saus- 
saye'  avait  proposé  de  rejeter  cette  mon- 
naie de  l'autre  côté  des  Pyrénées,  où  ce- 
pendant le  type  pur  de  la  croix  à  branches 
lisses  n'est  pas  connu;  il  trouvait,  dans  la 
légende,  le  mot  ^'^^\4^^',  abréviation  du 
nom  des  Vascons,  peuple  voisin  de  Rhoda; 
mais  ilchangeait  gratuitement,  pour  arriver 
à  cette  lecture,  un  î^  en  /^  &  un  Z  en  I^;  il 
était  d'ailleurs  également  disposé  à  croire 
cette  pièce  de  Bazas,  où  elle  aurait  précédé 
une  monnaie  à  légende  latine  que  M.  de 

'  Descr'tp.  des  monn.  de  l'Espagne,  1870,  p.  483. 
'  Revue  num,  1  866,  p.  SpS. 


Lagoy  avait,  sans  fondement,  attribuée 
à  cette  ville.  Un  ibériste  avait  proposé 
4'ni>1^r',  soit  ESBAN  ou  ESPAN  ',  mot  qui 
se  retrouverait,  sous  la  forme  Hîspanorum, 
dans  des  légendes  monétaires  antérieures  à 
l'Empire.  Enfin  M.  Boudard'  voyait  deux 
mots  dans  la  légende  &  voulait  que  la  pièce 
eût  été  frappée  par  deux  villes  alliées.  En 
appliquant  l'alphabet  proposé  tout  récem- 
ment par  M.  Antonio  Delgado,  de  Séville, 
on  arriverait  à  d'autres  résultats.  Dans 
l'état  actuel  de  la  philologie  ibérique,  le 
mieux  est  de  s'abstenir  de  toute  lecture  & 
de  constater  simplement  que  le  n"  7  se 
rapporte,  par  son  type,  à  la  Gaule  &  qu'il 
a  été  frappé  soit  sur  le  versant  nord  des 
Pyrénées,  soit  sur  un  des  points  du  litto- 
ral, où  avait  persisté  l'usage  de  la  langue 
ibérique. 

N°  2.  Une  autre  monnaie  appartenant  à 
M.  le  vicomte  Francisque  de  Saint-Remy 
m'a  été  récemment  communiquée. 

Tête  tournée  à  gauche,  chevelure  for- 
mée de  trois  courbes  bouletées  d'un  aspect 
analogue  à  celles  de  la  figure  10  de  la 
planche  III. 

Le  revers  ne  diffère  de  celui  du  nu- 
méro précédent  que  par  la  légende 
I><Ot*X/sllli/s|. 


QUATRIEME    SOUS-GROUPE 

Type  du  cheval. 

Je  termine  cet  article  par  deux  pièces 
d'argent  qui,  bien  que  n'étant  plus  au  type 
de  la  croix,  mais  à  celui  du  cheval,  peu- 
vent être  placées  ici,  d'abord  parce  qu'elles 
proviennent  du  Languedoc,  ensuite  parce 
que  la  légende  de  la  première  semble  être 
la  même  que  celles  des  n°'  7  &  8  du 
deuxième  sous-groupe;  enfin  parce  que  le 
flan  de  la  seconde  est  cisaillé,  suivant  un 
usage   qui    s'était   particulièrement   déve- 

'  Kevuc  num.  1867,  p.  11.  Le  savant  auteur 
rappelle  que,  sur  diverses  monnaies  romaines,  la 
figure  de  l'Espagne  est  accompagnée  d'un  lapin, 
animal  dont  le  nom  phénicien  devait  être  SPAN, 
comme  le  nom  hébreu. 

'  Op.  laud.  p.  224. 


Note 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


489 


loppé  clans  les  cités  gauloises  auxquelles      phases.  Quelques-unes,  les  plus  anciennes, 


se  rapprochent  de  la  drachme  de  Rhoda, 
dont  le  poids,  suivant  M.  V.  Queipo,  va- 
rie, sans  tenir  compte  du  frai,  de  4,58  à 
4,88  ',  tandis  que  d'autres  se  réduisent  à  la 
taille  soit  du  denier  romain,  3,90,  soit  du 
victoriat,  qui  eut  une  grande  circulation 
dans  les  contrées  en  relations  avec  Rome, 
de  l'an  228  à  l'an  117  avant  J.-C.,  &  dont 
le  poids,  d'abord  de  3,41,  s'abaissa  ensuite 


correspondait  cette  province. 

N°  I.  Tête  à  gauche  de  fort  mauvais  style; 
le  profil  est  creux  &  le  nez  relevé;  le  haut 
de  la  tète  a  disparu. 

R.  Cheval  en  course  à  gauche;  dans  le 
haut  de  la  pièce,  COV Ce  commence- 
ment de  légende  est  suivi  d'une  quatrième 
lettre  incertaine. 

Vieille-Toulouse;  Cabinet  de  France;  le  flan  ^  2,92'.  Parmi  les  plus  anciennes  &  les 
est  arrondi;  les  dimensions  sont  très-petites;  ar-  plus  lourdes,  se  classent  les  ■j5o  pièces 
gent;  0,22;  pi.  III,  fig.  20.  d'argent,   comprenant   plusieurs   variétés, 

qui  ont  été  découvertes  près  de  Béziers, 

N"  2.  Tête  à  droite;  chevelure  composée  en  janvier  1872.  La  pièce  d'argent  à  lé- 
de  boucles  symétriquement  reliées  deux  à  gende  ibérique  pèse  à  peu  près  autant  que 
deux  &  formant  une  sorte  de  crête.  le  victoriat  romain  à  ses  débuts.  Les  mon- 

R.  Cheval  en  course  à  droite;  à  l'exer-  naies  muettes  à  la  tête  de  nègre,  quelques 
gue,  ..COLRA  ou  ..COVRA;  les  trois  der-      spécimens  à  légendes  latines,  &c.,  appar- 


tiennent à  des  émissions,  de  poids  déjà  fort 
affaibli.  D'autres,  telles  que  la  pièce  à  la 
tête  de  chevreau,  descendent  au-dessous 
de  2  grammes',  tout  en  conservant  à  peu 
près  le  même  diamètre.  Par  contre,  une 
pièce  que  je  n'ai  pas  décrite,  sans  em- 
preinte au  droit  &  chargée,  au  revers, 
d'une  croix  avec  rayons  dans  les  angles, 
est  assez  épaisse,  sans  être  plus  large, 
pour  peser  5,35.  L'abaissement  de  poids 
se  produit  habituellement,  dans  les  mon- 


nières  lettres  ne  sont  rien  moins  que 
certaines;  la  dernière  paraît  être  un  V 
retourné.  Il  est  possible  qu'il  y  ait  eu  une 
autre  lettre  avant  le  C. 

Vieille-Toulouse;   Cabinet  de   France;   argent; 
2,53;  pi.  III,  fig.  21. 

Les  monnaies  à  la  croix  &  les  pièces  qui 
s'y  rattachent  étant  décrites,  il  me  reste  à 
dire  quelques  mots  de  leur  âge  probable 
&  du  système  auquel  elles  paraissent  se 
rattacher.  Elles  n'ont  assurément  pas  com-  naies,  en  même  temps  que  l'avilissement 
mencé  aussitôt  que  les  contrefaçons  pures  du  type;  mais  si  cette  corrélation  se  re- 
des  monnaies  de  Rhoda,  &  ce  n'est  sans  connaît  quelquefois  dans  les  monnaies  à 
doute  qu'au  temps  où  celles-ci  non-seule-  la  croix,  il  arrive  aussi  que  des  spécimens 
ment  étaient  en  circulation,  mais  avaient  légers  sont  particulièrement  de  bon  style, 
déjà  subi  des  altérations  dans  leur  type,  Le  système  drachmique   comprenait  un 

que  les  Volkes  ont  fait  graver  des  coins  grand  nombre  de  multiples  &  de  sous- 
ou  des  moules,  dans  lesquels  le  modèle  multiples.  Le  plus  usité  de  ses  multiples 
grec  ne  se  retrouvait  plus  qu'à  l'état  de 
lointain  souvenir.  Il  est  impossible  de  fixer 
des  dates  ni  pour  le  début  du  monnayage 
à  la  croix,  ni  pour  sa  suppression.  Il  est 
avéré  que  des  monnaies  muettes  à  la  croix 
se  sont  rencontrées  avec  des  monnaies  à 
caractères  latins  qui  sont  relativement  peu 
anciennes  ;  mais  cette  circonstance  ne 
prouve  pas  que  les  unes  &  les  autres 
soient  contemporaines;  on  sait,  en  effet, 
qu'il  y  a  souvent  des  écarts  énormes  entre 
l'âge  des  pièces  d'une  même  trouvaille. 


fut  le  tetradrachme  adopté  par  les  Gaulois 
du  Danube;  mais  les  tetradrachmes  ne  fu- 
rent jamais  en  usage  ni  dans  les  colonies 
grecques  de  l'Ibérie,  qui  n'émirent  que 
des  drachmes,  ni  dans  la  Massaliètide,  où 
les  plus  lourdes  pièces  d'argent  ne  furent 


'  Systèmes  métri<jucs  &  monétaires  des  anciens 
peuples,  t.  3,  iSSçj,  table,  p.  73. 

^  Hist.  de  la  monn.  rom,  t.  3,  p.  96  &  98. 

'  Marseille,  sans  renoncer  à  ses  légendes  grec- 
ques, a  aussi  subi  l'influence  romaine  en  abaissant 


Note 
114 


Quant  à  la  taille  des  monnaies  à  la  croix,       le  poids  de  ses  drachmes,  qui  passèrent  de  3, 80 
il  est  incontestable  qu'elle  a  suivi  diverses      à  environ  2,60. 


Note 
114 


490 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


que  des  didrachmes.  Il  n'est  donc  pas  sur- 
prenant que  les  Volkes  &  leurs  voisins 
s'en  soient  tenus,  dès  les  premiers  temps, 
à  la  drachme  &  à  ses  subdivisions'.  Cel- 
les-ci, toutefois,  sont  beaucoup  plus  rares, 
soit  qu'on  en  ait  moins  frappé,  soit  que 
leur  petitesse  en  ait  fait  disparaître  davan- 
tage. Les  pièces  reproduites  sous  les  figu- 
res 14  &  l5  de  la  planche  II,  comparées 
à  l'entier  de  même  type,  correspondent, 
l'une  à  l'obole  ou  sixième  de  la  drachme, 
l'autre  à  l'hémiobole.  Les  petites  pièces 
avec  COVE  (pi.  III,  fig.  16  &  17)  sem- 
blent, malgré  leur  légende  latine,  devoir 
se  ranger  encore  parmi  les  hémioboles. 

CINQUIÈME    GROUPE 

MONNAIES  d'argent  ET  MONNAIES  DE  BRONZE  APPARTENANT 
AUX  ARÉCOMIQUES  IN  GENERE 

Les  monnaies  à  la  croix  sont  fréquentes 
au  delà  du  pays  des  Tectosages  &  même 
de  l'autre  côté  du  Rhône^  elles  peuvent 
donc,  ainsi  que  je  l'ai  dit  plus  haut,  être 
revendiquées  dans  une  certaine  propor- 
tion par  les  Volkes  Arécomiques.  Mais  il 
existe  des  monnaies  sur  lesquelles  on  lit 
les  abréviations  VOL  ou  VOL  AREC  & 
qui  sont  par  conséquent  l'œuvre  explicite 
de  ces  derniers. 

1.  —  Monnaies  d'argent. 

Les  cinq  premières  sont  de  style  gau- 
lois, mais  leur  légende  latine  trahit  l'in- 
fluence romaine  : 

N°  I.  Tête  à  gauche,  dans  un  grènetis 
perlé;  l'oeil  est  représenté  par  un  point 
placé  dans  un  triangle  dont  le  nez  forme 
deux  côtés^  les  lèvres  &  le  menton  sont 
remplacés  par  de  petits  globes.  La  coiffure 
est  montée  sur  une  sorte  de  barre  incli- 
née allant  du  sommet  de  l'œil  à  celui  de 
l'oreille.   Trois    lignes    de    points   ou   de 

'  On  a  vu  plus  haut,  il  est  vrai,  une  pièce  de 
plomb  du  diamètre  des  tétradrachmes  j  mais,  ainsi 
que  je  l'ai  dit,  il  n'est  pas  certain  que  cette  pièce 
suspecte  ait  été  fourrée  &  qu'on  puisse  même  la 
considérer  comme  une  monnaie  fausse  du  temps. 


traits  représentent  les  cheveux;  entre  la  se- 
conde ligne  &  la  troisième,  une  couronne 
de  laurier,  la  pointe  des  feuilles  tournée  en 
bas.  Derrière  l'oreille  un  trait  recourbé. 

R.  Cheval  à  gauche;  de  petits  points  mar- 
quent sa  crinière;  dans  le  champ,  entre  le 
cheval  &;  le  grènetis,  le  mot  abrégé  :  VOL. 

Vieille-Toulouse;  Cabinet  de  France;  argent j 
2j32  ;  pi.  III,  fig.  22. 

N°  2.  Profil  à  gauche;  mêmes  traits  de 
visage,  mais  plus  petits;  chevelure  beau- 
coup plus  symétrique;  la  barre,  une  série 
de  points  allongés  &  la  couronne  de  lau- 
rier constituent  une  sorte  de  lourd  ban- 
deau qui  enveloppe  la  tête;  au-dessus  de 
ce  bandeau,  des  cheveux  à  peu  près  verti- 
caux &  disposés  symétriquement  des  deux 
côtés  d'un  ornement  de  forme  ovale. 

R.  Cheval  à  gauche;  au-dessus  de  son 
cou,  une  sorte  de  lézard  ou  une  branche 
chargée  de  baies.  Entre  les  jambes  :  VOL. 

Cabinet  de  France;  argent  ;  2,40  ;  pi.  III;  fig.  28. 

N°  3.  Tête  à  gauche;  même  profil;  coif- 
fure à  peu  près  semblable  à  celle  du  11°  2; 
au-dessus  du  cheval  :  VOL,  au-dessous, 
une  petite  roue  à  quatre  rayons.  Cet  ac- 
cessoire s'est  déjà  rencontré  à  la  figure  29 
de  la  planche  II. 

Cabinet  de  France;  argent;  2,3 1  ;  pi.  III;  fig.  24. 

N°  4.  Variété  du  n"  3  où  la  roue  est  de 
beaucoup  plus  grande  dimension. 
Coll.  Charles  Robert;  argent;  2,45. 

N°  5.  Tête  à  gauche,  de  meilleur  style 
que  les  précédentes;  l'œil  est  bien  détaché 
du  nez;  la  bouche  est  assez  régulière;  la 
nuque  &  le  cou  sont  représentés  par  un 
trait  qui  n'est  pas  recourbé  comme  sur  les 
autres  exemplaires.  La  barre  au-dessus  du 
front  a  disparu;  la  couronne  de  laurier 
se  confond  quelque  peu  avec  les  cheveux. 

R.  Cheval  à  gauche;  au-dessus  de  lui 
comme  au  n°  i  une  tige  avec  cinq  appen- 
dices. Cette  pièce,  dont  le  dessin  est  perdu, 
n'a  pu  être  gravée. 

N°  6.  La  monnaie  suivante,  à  la  tête 
grecque  d'Apollon,  rappelle  les  petites 
pièces,  avec  COVE,  décrites  plus  haut. 


Note 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


491 


Tète  à  droite,  de  style  grec;  chevelure 
composée  d'une  série  de  courbes  disposées 
sur  le  front  &  de  mèches  qui  s'élèvent  au- 
dessus  de  cette  sorte  de  couronne  pour 
s'incliner  ensuite  en  arrière.  Devant  le 
visage  /R  abréviation  qui  paraît  compléter 
l'ethnique  inscrit  au  revers. 

R.  Rouelle,  dans  les  cantons  de  laquelle 
on  lit  :  VOLC. 

Cabinet  de  France;  argent  ;  o,56;  pi.  III,  fig.  25. 

Cette  monnaie  est  plus  ancienne  que 
les  précédentes;  sa  belle  exécution  dénote 
un  artiste  encore  formé  à  l'art  grec. 

H.  —  Monnaies  de  bronze. 

N"  I.  Buste  de  femme  à  droite;  au- 
dessous  du  visage,  un  monogramme  formé 
d'un  A  &  d'un  R  liés. 

R.  Aigle  éployé,  la  tête  tournée  à  gau- 
che, la  patte  droite  posée  sur  un  épi  &  la 
gauche  tenant  une  couronne^  derrière  la 
tète  un  javelot  que  l'artiste  a  eu  l'inten- 
tion de  faire  passer  dans  le  bec  de  l'oiseauj 
à  l'exergue  l'ethnique  VOLC. 

Cabinet  de  France;  bronze;  1,78;  pi.  III.  fig.  16. 

Cette  pièce  est  d'un  style  bien  inférieur 
à  celui  de  la  précédente. 

M.  E.  Hucher'  remarque  avec  raison 
que  ce  curieux  spécimen  du  monnayage 
des  Arécomiques  est  une  copie  du  denier 
de  Q.  Pomponius  Rufus,  dans  laquelle  le 
sceptre  qui  supporte  l'aigle  est  remplacé 
par  une  tige  de  blé.  L'époque  d'émission 
du  denier  romain  n'est  pas  connue,  ajoute- 
t-il,  mais  comme  cette  pièce  se  trouvait 
seule  &  très-fruste  dans  un  trésor  formé 
de  monétaires  d'Auguste  bien  conservés, 
on  pourrait  la  faire  remonter  tout  au 
moins  jusqu'à  l'an  120  ou  i3o  avant  J.-C. 
Cavedoni  admet  l'année  71  avant  J.-C, 
comme  date  d'émission  du  même  denier'. 
Dans  l'une  &  l'autre  hypothèse,  le  bronze 
de  Nimes  que  je  viens  de  décrire,  étant 
du  même  type  que  le  denier  romain,  est 
antérieur  au  temps  de  César. 

N»  2.  Buste  de  femme  à  droite,  les  che- 
veux  disposés   en    diadème   sur  le   front; 

'  VArt  gaulois,  z^^  partie,  p.   iip. 
'  Cohen,  Médailles  consulaires,  p.  268. 


dans  le  champ  de  la  pièce  une  couronne; 
en  légende  :  VOLCAE. 

R.  AREC;  personnage  debout,  tourné  à 
gauche  &  vêtu  d'une  toge  formant  un  sinus 
dans  lequel  il  cache  ses  bras;. c'est  ce  qu'on 
appelait,  à  Rome,  cohibere  brachîum.  Cet 
ajustement,  que  présentent  les  plus  an- 
ciennes statues,  resta  longtemps  en  usage 
chez  les  philosophes  &  les  hommes  à  main- 
tien grave.  Dans  le  champ  de  la  pièce  un 
arbre  ou  un  rameau  semblable  à  celui  que 
présentent  les  bronzes  de  Lyon. 

Coll.  Charles  Robert;  bronze;  2,00;  pi.  III, 
fig.  27. 

Cette  monnaie  est  assez  commune;  il 
en  existe  des  spécimens  différant  complè- 
tement entre  eux  de  style  &  d'exécution. 

M.  de  la  Saussaye  considère  le  person- 
nage debout  comme  la  personnification  du 
oy;[j,0(;;  cette  interprétation  est  générale- 
ment admise,  mais  il  ne  faut  pas  oublier 
que  chez  les  peuples  subissant  l'influence 
grecque  ou  l'influence  latine,  les  images 
monétaires  sont  souvent,  comme  au  n°  i, 
des  imitations  adoptées  en  vue  de  la  circu- 
lation &  non  des  représentations  nationa- 
les destinées  à  consacrer  le  souvenir  d'un 
fait  religieux  ou  d'un  événement  politique. 

SIXIÈME    GROUPE 

MONNAYAGE     PARTICULIER     DE     NIMES 

PREMIER    SOUS-GROUPE 
Monnaies  grecques  avec  l'ethnique. 

I.  —  Argent. 

Les  trois  monnaies  suivantes  portent  des 
légendes  grecques  &  se  classent  par  leurs 
divers  caractères  à  une  époque  plus  recu- 
lée que  la  plupart  des  monnaies  des  Aré- 
comiques in  génère. 

N°  I.  Tête  nue  imberbe,  tournée  à  gau- 
che. Les  cheveux,  courts  &  bouclés,  sont 
entourés  d'un  bandeau  élégamment  relevé 
à  ses  extrémités;  derrière  la  tête  un  A. 

R.  Cavalier  au  galop,  tenant  les  rênes 
de  la  main  gauche  &  de  la  droite  deux 
traits  horizontaux;  à  la  forme  conique  de 
sa  coiffure,  le  pileus,  &  à  la  présence  d'une 


NOTB 

114 


Note 
114 


492 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


étoile  dans  le  champ  de  la  pièce,  il  se  re- 
connaît facilement;  c'est  un  des  Dioscures 
&  assurément  Castor  qui,  fils  d'un  dieu, 
recevait  plus  d'hommages  que  son  frère. 
A  l'exergue,  sous  la  ligne  qui  marque  le 
sol  :  NEMAY. 

Coll.  Charles  Robert;  argent;  2,22;  pi.  III, 
fig.  26. 

Cette  rare  pièce,  fine  d'exécution  &  grec- 
que de  style,  avait  attiré,  dès  le  dix-sep- 
tième siècle,  l'attention  des  numismatistes; 
Bouteroue  la  déclarait  «  d'assez  bon  maî- 
tre. »  Elle  est  assurément  ancienne,  &  c'est 
à  tort,  à  mon  avis,  que  M.  de  la  Saussaye 
la  considère  comme  ne  pouvant  remonter 
qu'au  temps  de  la  domination  romaine. 
Les  numismatistes  avaient  été  conduits  à 
rajeunir  cette  monnaie  parce  qu'ils  avaient 
toujours  cru  que  les  lettres  de  l'exergue 
étaient  latines;  ils  lisaient,  en  effet, 
NEMAV  ',  mais  l'exemplaire  le  plus  com- 
plet du  cabinet  de  France  porte  comme 
le  mien  un  Y  incontestable.  De  NEMAV, 
on  faisait  NEMAVSVS,  nom  du  protec- 
teur de  la  ville.  NEMAY  est  l'abréviation 
du  nom  grec  de  la  ville  ou  de  l'ethnique 
NEMAYSATHN.  Cette  dernière  leçon  vient 
tout  naturellement  à  l'esprit  lorsqu'on  se 
rappelle  que  l'on  rencontre  le  plus  sou- 
V-iit  sur  les  monnaies  le  nom  du  peuple, 
&  que  ce  nom  est  presque  toujours  au 
génitif  pluriel.  Sans  aller  chercher  des 
exemples  dans  les  parties  lointaines  du 
monde  grec  où  ils  abondent,  je  les  pren- 
drai chez  les  peuples  voisins  ou  peu  éloi- 
gnés de  Nimes  &  je  citerai  les  monnaies 
portant  :  PQAHTnN,  EMnOPlinN,  MA2- 
2AAIH[TnN],  SAMNAPHTON,  KAINIKH- 
THN,  rAANIKHN,  &  des  bronzes  propres 
au  sol  même  du  Languedoc  sur  lesquels  on 

lit  AOrrOCTAAHTnN. 

Quoi  qu'il  en  soit,  un  spécimen-du  mon- 
nayage autonome  des  Nemausates  est  chose 
importante,  &  il  est  intéressant  d'y  re- 
trouver le  type  des  Dioscures  si  ancien  & 
si  fréquent  dans  le  monde  grec,  &  que  les 

'  Numism.  de  la  Narhonn.  p.  162.  Les  autres 
numismatistes,  8c  parmi  eux  M.  E.  Hucher,  dans 
sa  remarquable  Etude  sur  l'Art  gaulois  (2"'*  partie, 
1873,  p.  129),  ont  également,  faute  de  posséder  un 
bon  exemplaire,  lu   NEMAV  au  lieu   de  NEMAV. 


Romains  avaient  adopté  eux-mêmes,  lors- 
qu'ils commencèrent,  en  486,  un  an  avant 
la  première  guerre  punique,  à  se  servir 
d'un  signe  d'échange  en  argent  monnayé'. 

N"  2.  Variété  de  la  pièce  précédente, 
mais  dont  l'exécution  générale  est  moins 
bonne.  Les  cheveux  sont  lourds,  le  ban- 
deau est  raide  &  les  lèvres  épaisses;  c'est  un 
spécimen  un  peu  moins  ancien  que  le  n°  i. 

Ancienne  coll.  Tôchon  d'Annecy;  argent;  2,22; 
pi.  III,  fig.  29. 

N"  3.  Tête  à  gauche  très-caractérisée, 
semblant  un  portrait;  front  bas  &  fuyant; 
nez  aquilin;  lèvres  petites;  front  en  saillie; 
style  plus  romain  que  grec  ;  spécimen 
moins  ancien  que  les  autres. 

R.  Guerrier  à  cheval,  vêtu  &  armé  comme 
au  n°  I,  mais  plus  raide;  le  cheval,  dont  la 
tête  est  très-lourde,  est  plus  ramassé;  à 
l'exergue  :  NEMA... 

Cabinet  de  France;  exemplaire  fruste;  argent; 
2,62  ;  pi.  III,  fig.  3o. 

M.  Mommsen',  qui  y  lit  aussi  NEMAV, 
considère  ces  pièces  comme  présentant  une 
imitation  des  types  romains,  mais  apparte- 
nant par  leur  poids  au  système  grec. 

II.  —  Bronze. 

Tête  de  femme  ou  peut-être  d'Apollon, 
tournée  à  gauche;  bon  style;  grènetis. 

R.  Sanglier  à  gauche  posé  sur  une  barre 
formant  sol.  En  légende  &  sur  deux  lignes 
horizontales  :  NAMA^ATCHN]'. 

'  Voir  Mommsen,  la  Monnaie  romaine,  traduc- 
tion de  Blacas  &  de  Wltte,  i""  période,  486  à  787 
de  Rome  (268-217  av.  J.-C),  pi.  XXII,  n"»  1  à  6. 

'  Hist,  de  la  monnaie  rom.  trad.  de  Blacas  &  de 
Witte,  t.  3,  p.  253. 

^  On  rencontre  également  le  radical  écrit  par 
un  A,  dans  la  célèbre  inscription  de  Vaison  : 
CErOMAPOC  I  OÏIAAONEOS  |  TOOVTIOVC  |  NA- 
MAÏCATIC  I  EIQPOVBllAll  |  CAiMICOCi^  |  NEMfl- 
T0\.  Cf.  Roget  de  Belloguet  (ÊrArto^en/egaw/.  gloss. 
r\°  237),  qui  reconnaît  dans  TOOVTIOVC  le  titre 
au  génitif  que  portait  le  père,  &  Pictet  [Revue 
archéol.  1867,  t.  i,  p.  65),  qui  accepte  &  appuie 
cette  opinion.  Namausatis,  équivalent  par  iota- 
cisme  de  Namausatès,  est  le  nominatif  singulier 
&  se  rapporte  au  fils. 


Note 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


493 


II.  —  Broii/c. 


Cette  monnaie,  dont  il  existe  plusieurs 
coins,  est  inférieure  d'exécution,  surtout 
pour   le    revers,   aux    trois   spécimens   du  Les  trois  bronzes  suivants  paraissent  du 

monnayage  d'argent  de  Nimes.   Elle  doit      même  temps  cjue  les  pièces  d'argent,  dont 


être  moins  ancienne. 

Coll.  Charles  Robert;  bronzej  2,35j  pi.  III, 
fig.  3i. 

DEUXIÈME     SOUS-GROUPE 
Monnayage  a  légendes  latines  de  la.  colonie  de  Nimes. 

Je  commence  la  description  du  numé- 
raire de  Nimes  colonie  par  les  monnaies 
que  leur  type  &  leur  style  signalent  comme 
remontant  au  moins  au  temps  de  César.  Ce 
sont  de  petites  pièces  d'argent  &  de  cuivre 


ils  se  rapprochent  beaucoup  par  le  type 
du  droit. 

N"  I.  Tête  casquée  à  droite;  amorce  du 
vêtement;  dans  le  champ  de  la  pièce,  à  la 
hauteur  du  cou,  un  anneau,  peut-être 
un  Q. 

R.  Deux  tiges  d'arbre  inclinées  l'une 
vers  l'autre;  un  empâtement  marque  !a 
place  des  racines;  dans  le  champ  un  vase 
renversé  qui  serait,  suivant  M.  de  la  Saus- 
saye,   une  allusion  à   la  fondation  de   la 


qui,  moins  anciennes  que  les  pièces  à  l'eth-      colonie. 


nique  grec,  le  sont  évidemment  plus  que 
les  as  qui  forment  le  fond  du  deuxième 
sous-groupe. 


Cabinet  de  France;  bronze;  1,19;  pi.  III,  fig.  34. 


Argent. 


N°  2.  Tête  casquée  à  droite;  derrière  la 
tête  un  signe  en  forme  de  S. 

R.  Figure  féminine  debout,  la  tête  coif- 
fée  de    la   thalia    ou    chapeau    des    dames 
N°  I.  Tête  casquée  adroite;  barbe  courte;      grecques' &  tenant  une  patère  de  la  main 
grènetis.  On  voit  le  haut  de  l'épaule  sur      droite;   derrière    elle,    un   cippe;    devant 
laquelle  le  vêtement  est  maintenu  par  une      elle,  deux  tiges  qu'on  pourrait  prendre  à 
fibule.  la    rigueur   pour   deux    serpents   dressés, 

R.  NEM  COL  en  deux  lignes  horizon-      malgré  l'absence  des  enroulements  habi- 
tales  dans  une  couronne  de  laurier'.  tuels. 


Cabinet  de  France;  trois  exemplaires;  argent; 
de  0,36  à  0,48;  pi.  III,  fig.  32. 


Cabinet  de  France;  bronze;  2,80;  pi.  III,  fig.  35. 
M.  de  la  Saussaye*  suppose  que  le  gra- 
veur   du    coin    a    représenté    une    femme 
N°  2.  Autre  d'un  style  moins  fin;  les  l'et-      faisant    une    offrande    aux    serpents    aga- 
tres  du  revers  sont  plus  grandes;  un  point      thodaemons,  c'est-à-dire  aux  bons  génies 
se  voit  entre  les  deux  lignes.  de    la    nation  ;    mais    les    monuments    ne 

Cabinet  de  France;  0,39;  pi.  III,  fig.  33.  donnent  pas  en  général  la  première  place 

Ces  pièces  sont  fort  rares;  on   sait  que      aux  sacrificateurs,    &   d'ailleurs  l'agatho- 
le   monnayage   de   l'argent   en    Gaule   fut      dasmon  ne  se  symbolisait  que  par  un  seul 
conservé  sous  César  à   l'exclusion  de  l'or      reptile^ 
&  qu'il  disparut  pendant  ie  principat  d'Au- 
guste. Le  bronze  a,  sur  quelques  points,  N"  3.  Variété  du  numéro  précédent;  la 
duré  plus  longtemps.                                              tête  casquée   du    droit    est   barbue,  &   la 


Note 
114 


'  Raoul  Rochette  trouvait  dans  la  couronne 
ainsi  figurée  sur  les  monnaies,  la  couronne  d'or 
offerte  par  le  peuple  ou  le  symbole  du  peuple  lui- 
Tnême.  Cette  opinion  est  trop  savante.  Les  couron- 
nes ont  servi  à  l'encadrement  d'un  grand  nombre 
de  types  monétaires  dans  tous  les  pays  &  dans  tous 
les  temps,  soit  qu'elles  aient  gardé  leurs  feuilles, 
soit  qu'elles  aient  dégénéré  en  simples  grènetis  à 
pointes  ou  à  perles. 


'  C'est  ainsi  qu'on  représente  Demeter,  suivnnt 
M.  Heuzey,  dont  on  connaît  les  belles  recherches 
sur  le  costume  antique.  Si  la  figure  féminine  ét;iit 
Demeter,  elle  aurait  devant  elle  des  tiges  de  blé  8c 
non  des  serpents. 

'  Op.  laud.  p.   i6r>. 

^  Gerhard,  Ueher  Agathodamon  und  Bona  Dca,  in 
Ahhandl.  der  Berlin  Akademie,  1847  ^Gesammelte 
Abhandl.   1868,  t.  2,  p.  21. 


Note 
"4 


494 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

1°  Tète  nue  d'Auguste. 


figure  féminine  du  revers  est  caractérisée 
par  la  pose  toute  particulière  de  la  tète. 

Coll.   Charles  Robert  j   bronze  j  pi.  III,  fig.  36. 

Divers  numismatistes'  ont  considéré  les 
sigles  Q  &  S  comme  indiquant  respective- 
ment la  valeur  monétaire  du  n°  i  &  des 
n"'  2  &  3,  qui  seraient  alors  des  quadrans 
&  des  semis.  Les  poids  ne  répondent  pas 
complètement  à  cette  supposition,  mais  on 
sait  que  le  cuivre  se  taillait  sans  soin. 

Je  passe  à  la  description  des  monnaies 
les  plus  abondantes  &  les  plus  curieuses 
de  la  colonie  de  Nimes.  Ce  sont  des  bron- 
zes de  dimension  &  de  poids  très-variables, 
dans  quelques-uns  desquels  on  pourrait 
retrouver  l'as,  qui  fut  réduit  sous  le  trium- 
virat d'Octave,  Marc-Antoine  &  Lépide,  au 
tiers  de  l'once,  c'est-à-dire  à  9  gr.  04. 

Ces  bronzes  portent  d'un  côté  les  bustes 
adossés  d'Auguste  &  d'Agrippa  '  avec  la  lé- 
gende IMP  DIVI  F  &  quelquefois  les  si- 
gles P.  P.j  de  l'autre,  un  crocodile  attaché 
par  une  chaîne  à  une  tige  feuillue  de  la 
racine  de  laquelle  s'échappent  horizonta- 
lement deux  branches  qui  s'étendent  à 
droite  &  à  gauche  sous  l'amphibie,  mais 
sur  lesquelles  ses  pattes  ne  reposent  pas. 
Dans  le  champ  :  NEM  COL.  Si  la  tète 
d'Agrippa  est  toujours  ceinte  de  la  cou- 
ronne rostrée,  celle  d'Auguste  est  succes- 
sivement représentée  nue,  couronnée  de 
chêne  ou  laurée.  En  même  temps  que  la 
coiffure  d'Auguste  change,  de  notables  dif- 
férences se  produisent  dans  l'ensemble  du 
type.  Je  classerai  donc  les  as  de  Nimes  en 
trois  subdivisions;  mais,  pour  ne  pas  trop 
m'étendre,  je  ne  décrirai,  ni  ne  ferai  gra- 
ver, pour  aucune  d'elles,  qu'une  faible 
part  des  variétés  de  coin  &  de  style  qui  en 
sont  déjà  coiinues. 

'  La  Saussaye,  Num.  de  la.  Narhonn.  p.  \65  • 
Mommsen,  Hist.  de  la  monnaie  rowi.  traduct.  t.  3, 
p.  255,  note. 

'  C'est  par  suite  d'une  erreur  matérielle,  déjà 
signalée  ailleurs  (Froehner,  le  Crocodile  de  Nîmes, 
1872,  broch.  in-8°,  p.  5),  que  M.  Mommsen  (^Hlst. 
de  la  monnaie  rom.  éd.  allemande,  p.  677,  note  14, 
trad.  p.  256,  note  1),  a  indiqué  des  bronzes  de 
Nimes  comme  présentant  les  têtes  d'Auguste  &  de 
César.  Ce  type  ne  se  rencontre  en  Gaule  que  sur 
les  bronzes  de  Lyon  &  de  Vienne. 


Note 
114 


Au  droit,  la  légende  est  toujours  :  IMP, 
DIVI.  F,  sans  addition  des  lettres  P.  P. 
Sur  quelques  exemplaires  le  menton  d'A- 
grippa laisse  voir  une  barbe  courte.  Au 
revers,  sauf  sur  une  pièce  très-dégénérée, 
le  crocodile  est  tourné  à  droite;  les  rugo- 
sités de  sa  peau  sont  indiquées  par  des 
points  comme  sur  un  aureus  d'Auguste  j 
des  bandelettes,  formant  au  centre  un  si- 
nus, flottent  à  droite  &  à  gauche  du  pal- 
mier. Cette  subdivision  des  bronzes  de  Ni- 
mes est  largement  représentée  dans  toutes 
les  collections;  elle  comprend  quelques 
spécimens  de  bon  style,  puis  une  quantité 
énorme  de  pièces  formant  des  dégénéres- 
cences successives  du  prototype,  en  sorte 
que  les  dernières  sont  tout  à  fait  barbares. 

N°  I.  Une  barbe  courte  couvre  le  men- 
ton d'Agrippa;  ses  cheveux  sont  abondants 
&  descendent  sur  le  front,  au-dessous  de  la 
couronne;  ses  traits  présentent,  mais  à  un 
moindre  degré  que  sur  les  monnaies  frap- 
pées à  Rome,  le  caractère  si  connu  &  si 
accentué  qu'on  retrouve  chez  son  arrière 
petit-fils,  Néron.  Le  profil  d'Auguste  est 
assez  pur  de  dessin  &  bien  copié  sur  les 
portraits  de  ce  prince.  Le  cou  des  deux 
personnages  est  d'une  longueur  démesurée. 

R.  Le  crocodile  est  heureusement  rendu; 
ses  mâchoires  sont  entr'ouvertes  &  lais- 
sent voir  des  dents  acérées;  le  collier  &  la 
chaîne  sont  burinés  avec  soin. 

Communiqué  par  MM.  Rollin  &  Feuardent; 
flan  large;  19,40;  pi.  IV,  fig.  i. 

Cette  pièce  très-pesante  représente  évi- 
demment une  unité  principale  du  mon- 
nayage de  Nimes;  elle  se  rapproche,  sans 
tenir  compte  du  frai,  du  poids  d'un  dou- 
ble as,  dans  le  système  qui  fut  adopté  sous 
le  triumvirat  d'Octave,  Marc-Antoine  & 
Lépide. 

N"  2.  Variété  de  la  précédente,  mais  de 
moins  bon  style. 

Publiée  par  M.  de  la  Saussaye,  p.  iSp,  n°  3o. 

N"  3.  Mauvaise  exécution;  style  grêle  & 
sec;  les  cheveux  sont  rendus  par  une  série 
de  courbes  concentriques;  les  tètes  gar- 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


495 


dent  encore  quelque  chose  de  leur  carac- 
tère respectif.  Au  revers,  les  dents  de  la 
mâchoire  supérieure  du  crocodile  sont 
plantées  en  dehors  j  cette  singulière  re- 
présentation, très-caractéristique,  appar- 
tient exclusivement  aux  variétés  de  la  pre- 
mière subdivision.  La  chaîne  est  à  peine 
indiquée;  les  lettres  sont  bouletées. 

Coll.  Charles  Robertj  module  un  peu  plus  petit 
que  celui  du  n°  i  j  i3,io  j  pi.  IV,  fig.  2. 

N*  4.  Les  deux  tètes  sont  jeunes  &  n'ont 
plus  rien  du  caractère  qui  leur  était  pro- 
pre; on  dirait  que  le  graveur  du  coin,  pour 
représenter  Auguste  &  Agrippa,  s'est  ins- 
piré des  images  monétaires  de  Caius  &  de 
Lucius,  fils  de  ce  dernier  &  de  Julie. 

Ancienne  coll.  de  Saulcy;  flan  exceptionnelle- 
ment large}  9,95 }  pi.  IV,  fig.  3. 

N°  5.  Variété  de  têtes;  celle  d'Agrippa 
est  remarquable  par  la  longueur  du  nez  & 
par  le  peu  d'espace  laissé  à  la  bouche  &  au 
menton;  l'ensemble  est  de  mauvais  effet. 
Le  mot  IMP  est  placé  entre  deux  points. 
Au  revers,  la  chaîne  au  lieu  d'être  tendue 
retombe  le  long  de  l'arbre. 

Cabinet  de  France;  module  du  n"  2;  bronze j 
ii,35j  pi.  IV,  fig.  4. 

N°  6.  Autre  variété.  Les  deux  têtes  pro- 
cèdent d'un  même  type  qui  n'a  rien  ni 
d'Auguste  ni  d'Agrippa.  Au  revers  le  cro- 
codile est  court  &  mal  rendu;  sa  chaîne 
n'est  pas  visible;  il  a  toujours  des  dents 
au-dessus  de  la  mâchoire  supérieure;  ses 
jambes  sont  plus  longues  &  plus  épaisses. 
La  forme  des  lettres  est  moins  bonne. 

Coll.  Charles  Robert;  module  du  n°  2;  bronze; 
12,95;  pi.  IV,  fig.  5. 

Cette  pièce  porte  au  droit  l'empreinte 
d'un  poinçon  circulaire  composée  de  deux 
D  séparés  par  un  arbre  &  non  de  deux  P, 
comme  on  l'a  écrit.  .Cette  contre-marque, 
qu'on  ne  saurait  interpréter  que  par  Dé- 
crète Decurïonum,  est  très-fréquente  sur  les 
monnaies  de  la  première  subdivision.  Elle 
se  trouve  même  répétée  deux  fois  sur  un 
exemplaire. 

N"  7.  Autre  variété  de  têtes  avec  la 
contre-marque  A^G  (Augustus)  imprimée 


sur  le  revers  avec  un  poinçon  quadran- 
gulaire  '. 

N''  8.  Les  profils  ressemblent  un  peu  h 
ceux  du  i\°  5,  fig.  4;  mais  leur  exécution 
est  plus  mauvaise.  Les  mots  DIVI.  F.  ne 
sont  pas  visibles;  au  revers  la  chaîne 
tombe  parallèlement  à  l'arbre,  en  sorte 
que  le  crocodile  semble  suspendu. 

Communiqué  par  MM.  Rollin  &  Feuardentj 
moyen  module;  bronze;  6,80;  pi.  IV,  fig.  6. 

N"  9.  Les  têtes  figurées  au  droit  sont 
tout  à  fait  barbares;  le  crocodile,  au  re- 
vers, est  tourné  à  gauche,  &  les  mots 
COL  NEM  se  trouvent  écrits  en  boustro- 
phédon.  L'inhabile  graveur  du  coin  a  co- 
pié directement  son  modèle  sans  se  rendre 
compte  qu'il  n'en  obtiendrait,  à  la  frappe, 
que  l'image  symétrique. 

Deux  variétés  déjà  publiées  par  M.  de  la  Saus- 
saye,  pi.  XIX,  fig.  17;  pi.  XX,  fig.  38,  de  sa  Nu- 
mismatique de  la  Narbonnaise. 

N°  10.  Autre  plus  barbare  encore;  la 
couronne  rostrée  ne  se  reconnaît  plus 
qu'à  un  trait  recourbé  qui  apparaît  sur  le 
sommet  de  la  tête  d'Agrippa,  au  milieu  de 
mèches  aiguës.  Le  crocodile  est  tourné  à 
gauche;  l'arbre  s'incline  du  même  côté;  la 
chaîne  n'est  plus  visible.  Quant  aux  lé- 
gendes, elles  n'ont  aucun  sens. 

Coll.  Ch.  Robert;  assez  petit  module;  bronzej 
7,35;  pi.  IV,  fig.  7. 


'  Les  contremarques  sont  très-fréquentes  sur  les 
as  de  Nimes  de  la  première  subdivision,  &  se  ren- 
contrent quelquefois  sur  ceux  de  la  seconde.  La 
troisième  subdivision  seule,  du  moins  à  ma  con- 
naissance, n'en  porte  aucune  trace.  Le  mot  IMP, 
bien  que  déjà  exprimé  dans  la  légende,  se  trouve 
reproduit  dans  le  champ  de  quelques  exemplaires, 
soit  seul,  soit  à  côté  du  poinçon  portant  AVG. 
D'autres  sigles  &  monogrammes,  &  divers  objets 
tels  que  la  roue  à  quatre  rayons,  ont  aussi  servi 
à  contremarquer  les  as  de  Nimes.  La  nature  &  le 
but  de  ces  types  accessoires  Se  postérieurs  méritent 
un  travail  d'ensemble  spécial,  qui  ne  pouvait 
trouver  sa  place  ici.  On  peut  consulter  d'ailleurs 
les  Mémoires  de  V Académie  de  Toulouse,  i8.')8,  & 
l'article  de  M.  de  Saulcy  (^Mélanges  de  num.  C  fasc. 
1875,  p.  417),  où  est  indiquée  la  solution  d'uU 
grand  nombre  de  ces  petits  problèmes. 


NoTB 
114 


Note 
114 


496 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


N°  II.  Je  dois  citer  ici,  d'après  M.  de  la  térisent.  Le  proiil  d'Auguste   n'est  nulle- 

Saussaye,  pi.  XX,  11"  36,  un  as  fort  curieux  ment  ressemblant.   Les   attaches  des  cou- 

qui  appartient,   par   son  type,  à  la  pre-  ronnes  des   deux   personnages   sont   très- 

mière  subdivision.  Le  flan  circulaire,  sur  longues   &    descendent    en   serpentant   le 

lequel  il  est  frappé,  porte,  adhérant  à   la  long  de  leurs  cous.  Un  point  au  centre  de 

masse,    un    appendice    figurant   la   cuisse  la  pièce.  Au  revers  le  crocodile  est  de  bon 

d'un  sanglier'.  Par  sa  forme   comme  par  style;   sa    gueule    est    entr'ouverte,   mais 

son  séjour  dans  le  bassin  de  la  fontaine  ses  dents  sont  à  leur  placej   son  ossature 

sacrée  de  Nimes,  où  il  a  été  rencontré,  ce  est   rendue    avec    beaucoup    de    soin.    La 

bronze  cesse  d'être   une   monnaie   &:    de-  peau,  dont  les  rugosités  sont  figurées  par 

vient  un  véritable  ex-voto.  Il  est  à  remar-  des    points,  semble    n'exister  que   sur   la 

quer   que    le   sanglier   s'est   déjà    montré  tète.  La  chaîne  est  formée  d'anneaux  cir- 

tout  entier  sur  un  des  premiers  spécimens  culaires  jointifs,  ayant  chacun  un  point  à 

du  monnayage  de  Nimes  à  l'ethnique.  Le  leur  centre.  Un  anneau  est  fixé  au-dessous 

crocodile  figuré  au  revers  de  cet  ex-voto  du  collier. 

est   d'une    exécution    barbare  &    rappelle  Communiqué  par  MM.  Rollin  &  Feuardent; 

celui   du   n°  8'.  bronze}   i3,io;  pi.  IV,  fig.  8. 


NOTR 

"4 


2°  Tète  d'Auguste  couronnée  de  chêne. 

Dans  cette  subdivision,  la  plante  du  re- 
vers est  toujours  inclinée  à  droite.  Une 
lourde  couronne,  qui  paraît  être  formée 
de  feuilles  de  chêne,  est  attachée  au  haut 
&  à  gauche  de  l'arbre  par  des  lemnisques 
qui  s'étendent  horizontalement  de  l'autre 
côté.  Le  crocodile  n'est  pas  tout  à  fait 
rendu  de  la  même  manière  que  dans  la 
première  subdivision  :  ses  côtes  sont  visi- 
bles comme  s'il  s'agissait  d'un  squelette 
dont  la  peau  aurait  disparu.  Les  légendes 
au  droit  &  au  revers  sont  les  mêmes  que 
celles  de  la  première  subdivision.  Les 
monnaies  à  la  couronne  de  chêne,  sans 
être  rares,  sont  beaucoup  moins  commu- 
nes que  celles  à  la  tête  nue,  &  ne  com- 
prennent ni  de  très-beaux  spécimens,  ni 
des  exemplaires  complètement  dégénérés. 

N"  I.  Agrippa  a  le  front  carré,  le  nez 
bombé  &  le  menton  saillant  qui  le  carac- 

'  On  avait  d'abord  prétendu  que  cet  appendice 
était  emprunté  à  un  cerf  ou  à  une  biche,  &  on 
pouvait  le  croire  d'après  les  dessins  publiés.  M.  de 
la  Saussaye  {Revue  num.  1840,  p.  249)  pense  que  la 
forme  du  pied  caractérise  exclusivement  un  porc. 

'  On  sait  combien  était  fréquent  l'usage  de  jeter 
comme  ex-voto  des  monnaies  dans  les  sources.  On 
en  a  une  preuve  par  le  trésor  de  Bourbonne  qui 
renfermait  un  millier  de  pièces  de  Nimes  au  croco- 
dile, avec  d'autres  monnaies  dont  la  dernière  ap- 
partenait au  temps  d'Honorius. 


N*^  2.  Les  têtes  d'Agrippa  &  d'Auguste  se 
ressemblent  exactement  &  ne  rappellent 
ni  l'un  ni  l'autre  de  ces  personnages.  Au 
revers,  le  crocodile,  de  très-grandes  di- 
mensions, occupe  presque  tout  le  champ 
de  la  pièce  3  son  ossature  n'est  pas  ren- 
due de  la  même  manière  qu'au  n°  l. 

Coll.  Charles  Robert;  bronze;  i3,6o;  pi.  IV, 
fig.  9. 

Je  possède  des  variétés  du  n°  i  &  du  n"  2 
dont  le  poids  varie  de  i3,58  à  18,70. 

Les  légendes,  sur  toutes  les  pièces  de  la 
deuxième  catégorie  que  j'ai  eues  sous  les 
yeux,  sont  formées  de  lettres  légèrement 
pattées,  tandis  que  les  lettres  bouletées 
sont  fréquentes  sur  les  pièces  de  la  pre- 
mière catégorie. 

3°  Tète  d'Auguste  laurée. 

La  légende  au  droit  se  complète  des 
sigles  P'P*.  Au  revers  le  crocodile  est 
rendu  comme  dans  la  seconde  subdivision. 
Quant  à  l'arbre,  dont  l'extrémité  est  re- 
courbée à  gauche,  il  est  plus  épais  que 
celui  des  deux  premiers  groupes  &  par- 
fois formé  de  trois  tiges.  La  lourde  cou- 
ronne attachée  à  l'arbre,  est  remplacée 
soit  par  une  couronne  très-légère,  à  feuilles 
de  laurier,  soit  par  deux  anneaux  concen- 
triques dans  l'intérieur  desquels  se  mon- 
trent des  feuilles  détachées. 

Les  monnaies  de    la   troisième  subdivi- 


Note 
"4 


NOTES  SUR  L'ÎIISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


497 


sion,  moins  rares  que  celles  de  la  deuxième, 
le  sont  plus  que  les  bronzes  de  la  pre- 
mière. Leur  valeur  artistique,  presque 
constante,  &  leur  nombre  prouvent  qu'el- 
les n'ont  pas  été  fabriquées  aussi  long- 
temps que  ces  derniers. 

N"  I.  Le  visage  d'Agrippa  &  celui  d'Au- 
guste sont  à  peu  près  rendus  dans  leur 
caractère  respectif;  les  bandelettes  qui 
attachent  la  couronne  rostrée  &  la  cou- 
ronne de  laurier  sont  très-longues  sans 
être  aussi  contournées  que  dans  la  seconde 
subdivision.  Des  mèches  de  cheveux  plan- 
tées fort  bas  se  replient  sur  le  cou  comme 
dans  les  monnaies  de  Néron.  Au  revers 
le  crocodile  a  été  gravé  avec  un  burin 
assez  fin.  Le  collier,  au  lieu  d'être  massif, 
est  formé  de  deux  ou  trois  cercles  jointifs. 
Les  lettres  des  légendes  sont  légèrement 
pattées. 

Communiqué  par  MM.  Rollin  &  Feiiardent; 
bronze;   12,20;  pi.  IV,  fig.   10. 

N"  2.  Les  deux  têtes  ont  un  caractère 
commun  plus  éloigné  du  type  d'Auguste 
que  de  celui  d'Agrippa  &  très-rapproché 
de  celui  que  certaines  monnaies  donnent 
aux  Flaviens.  Au  revers,  la  chaîne  a  une 
double  courbure.  Les  lettres  de  la  lé- 
gende sont  régulières  &  de  forme  assez 
ancienne. 

Cabinet  de  France;  grand  module;  bronze; 
12,40;  pi.  IV,  fig.   11. 

Il  existe  plusieurs  spécimens  des  mon- 
naies de  cette  subdivision  qui  se  distin- 
guent les  uns  des  autres  par  le  type  des 
têtes  &  par  une  exécution  plus  ou  moins 
bonne,  mais  en  général  ces  pièces  n'arri- 
vent pas  à  des  dégénérescences  aussi  avan- 
cées que  celles  de  la  première  subdivision. 
Ainsi,  aucune  de  celles  que  j'ai  eues  sous 
les  yeux  ne  montre  le  crocodile  avec  les 
dents  en  dehors. 

N°  3.  Je  termine  par  la  description  d'un 
exemplaire  avec  appendice  en  patte  de 
sanglier. 

Au  droit  les  deux  profils  sont  fortement 
accusés  &  gardent,  jusqu'à  un  certain 
point,  leur  caractère  distinctif;  au  revers. 


le  sommet  de  l'arbre  s'incline  fortement  à 
gauche,  de  sorte  que  la  couronne  semble 
suspendue  à  sa  dernière  feuille.  Les  let- 
tres des  légendes  sont  droites  &  légère- 
ment pattées.  L'ensemble  de  la  composi- 
tion est  d'un  assez  bon  effet. 

Cabinet  de  France;  bronze;  14,90;  pi.  IV, 
fig.  12. 

On  rencontre  souvent,  isolés  ou  dans 
des  dépôts,  des  bronzes  de  grand  module 
de  la  colonie,  qui  ont  été  coupés  en  deux 
de  manière  à  laisser  une  des  deux  têtes 
sur  chacun  des  morceaux.  Il  s'en  trouvait 
un  grand  nombre  dans  la  trouvaille  faite, 
à  la  fin  de  1873  dans  une  ancienne  source 
de  Bourbonne-les-Bains.  Si  les  entiers 
étaient  des  as,  ces  fragments  passaient 
pour  des  semis.  L'usage  de  couper  en  deux 
les  monnaies,  que  j'ai  déjà  signalé  au  su- 
jet des  espèces  d'argent  attribuées  aux 
Tectosages  8c  à  leurs  voisins,  a  été  très- 
fréquent  à  Rome,  au  temps  de  la  Répu- 
blique, &  s'est  longtemps  perpétué  dans 
divers  pays'. 

Il  faut  rechercher  maintenant  comment 
Nimes  conserva  ou  rouvrit  son  atelier  mo- 
nétaire sous  la  domination  romaine  &  put 
frapper  les  pièces  qui  viennent  d'être  dé- 
crites &  qui  forment  le  deuxième  sous- 
groupe  du  sixième  groupe. 

Les  peuplades  ou  les  villes  d'un  pays 
conquis  n'étaient  pas  toutes  placées  dans 
les  mêmes  conditions  politiques  &  admi- 
nistratives. Les  plus  favorisées  jouissaient 
du  droit  romain,  optivio  iure ;  d'autres  ob- 
tenaient seulement  le  droit  latin;  venaient 
ensuite  les  alliés  &  les  stipendiaires.  Il  ne 
nous  est  parvenu  que  peu  de  chose  sur 
l'état  de  la  Transalpine;  plus  tard,  lorsque 
couverte  au  nord  par  les  conquêtes  de  Cé- 
sar, elle  eut  pris  à  peu  près,  dans  l'échelle 
de  l'assimilation,  le  rang  qu'avait  la  Cisal- 
pine avant  les  lois  Julia  (664  de  R.,  90  av. 
J.-C.)  &  Plautia  Papiria  (665 — 89),  sa  con- 
dition s'améliora  d'une  manière  générale, 
mais  sans  s'unifier'. 

'  Cf.  Revue  num.  1867,  p.  493,  nrt.  de  M.  A.  de 
Longpérier. 

"  On  ne  sait  pas  au  juste  quand  le  même  droit 


Note 
114 


II. 


32 


498 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


On  sait  cepeiulaut  cjne  les  belles  con- 
trées conquises  par  M.  Fulvius  Flaccus, 
C.  Sextius  Calvinus,  Q.  Fabius  Maximus 
&  Domitius  ^nobarbus'  avaient  attiré  dès 
le  début  un  mouvement  d'émigration  ap- 
portant avec  lui  le  droit  romain.  C'est 
ainsi  que,  quatre  ans  après  la  fondation 
d'Aix%  c'est-à-dire  l'an  636 — ii8,  une  co- 
lonie de  citoyens  romains  fut  conduite 
dans  l'antique  ville  de  Narbonne  qui  pos- 
séda dès  lors  le  droit  romain'. 

Plus  tard  des  vétérans  sortis  des  légions 
qui,  sous  César,  avaient  porté  les  armes 
romaines  du  Rbin  à  l'Océan  &  jusque 
chez  les  Belges  septentrionaux,  &  qui 
avaient  pris  part  aux  guerres  civiles,  fu- 
rent envoyés  après  la  paix  à  Narbonne, 
où  ils  confirmèrent  le  droit  romain'',  &  à 
Arles  où  ils  l'apportèrent  s'il  n'y  existait 
déjà\ 

Il  est  constant  aussi  que  deux  autres 
deductio    de    vétérans    furent    envoyées   à 

politique  régna  sur  la  Narbonnaise.  L'unité  abso- 
lue de  la  constitution  provinciale  est  une  idée 
moderne,  &  les  monuments  prouvent  que  Cara- 
calla  lui-même  n'avait  pas,  comme  on  le  lui 
prête,  mis  tout  l'Empire  exactement  sur  le  même 
pied. 

'  Cf.  tome  I  de  cette  édition,  p.  79,  n.  4. 

"  Il  y  a  pénurie  de  documents  historiques,  & 
l'on  ne  connaît  pas  tous  les  points  qui  furent 
alors  colonisés  par  des  citoyens  romains. 

'  Cf.  Cicéron,  pro  Fonteio,  i3. 

"*  L'arrivée  d'une  deductio  de  vétérans  élevait 
nécessairement  la  ville  au  rang  de  colonie  ro- 
maine, sans  qu'il  s'ensuivît  nécessairement  que 
tous  les  habitants  de  cette  ville  devinssent  citoyens 
romains,  car,  dans  l'antiquité  comme  au  moyen 
âge  &  comme  aujourd'hui  encore  en  Orient,  les 
populations  n'avaient  pas  les  mêmes  droits  poli- 
tiques par  ce  seul  fait  qu'elles  appartenaient  à 
la  même  agglomération.  Cette  diversité  de  condi- 
tion se  rencontrait  aussi  dans  les  simples  colonies 
latines,  où  l'on  pouvait  conquérir  le  droit  romain 
par  l'exercice  de  certaines. magistratures.  C'est  pré- 
cisément en  parlant  de  Nimes  que  Strabon  rappelle 
ce  fait  [Géogr,  liv.  4,  ch.  12). 

^  Narbonne  reçut  les  vétérans  de  cette  dixième 
légion  qui  s'était  illustrée  sous  César  dans  la  con- 
quête de  la  nouvelle  Gaule  j  Arles  ceux  de  la 
sixième.  Ces  vétérans,  qui  venaient  de  faire  la 
guerre  d'Alexandrie,  furent  conduits  par  Tib. 
Claudius  Néro,  père  de  l'empereur  Tibère  (Sué- 
tone, Vie  de  TiherCj  ch.  a). 


Arausio  &  à  Baeterrae,  &  qu'une  troisième 
vint  fonder  Forum  lulii'.  Pendant  que  ces 
centres  recevaient  ainsi  le  droit  romain 
par  l'arrivée  des  colons  militaires,  de  nom- 
breux oppîda  gaulois,  parmi  lesquels  était 
Nimes,  obtenaient  le  titre  de  colonie  &  le 
droit  latin  sans  avoir  reçu  de  colons,  du 
moins  de  colons  romains. 

Mais  si  la  plus  grande  obscurité  enve- 
loppe l'état  politique  de  la  Transalpine, 
on  est  encore  moins  renseigné  en  ce  qui 
concerne  la  constitution  monétaire  de  cette 
région. 

En  partant  de  ce  principe  que  le  régime 
monétaire  devait  varier  dans  les  villes  avec 
leur  condition  politique,  on  a  tenté  d'éta- 
blir la  loi  de  cette  dépendance.  La  Répu- 
blique romaine  faisait  en  effet,  au  point 
de  vue  de  la  monnaie,  une  différence  ab- 
solue entre  les  cités  de  droit  romain  comme 
Narbonne  &  celles  de  droit  latin  comme 
Nimes.  Dans  les  premières  les  habitants, 
devenus  citoyens  romains  &  soumis  désor- 
mais aux  lois  générales  de  l'Etat,  devaient 
se  servir  des  monnaies  qui  circulaient, 
comme  signes  officiels  de  l'échange,  sur  le 
territoire  de  la  République,  ou  bien  s'ils 
conservaient  un  atelier  monétaire,  cet 
atelier  n'était  plus  qu'une  succursale  de 

'  Certaines  analogies  permettent  d'établir  que 
ces  colons  arrivèrent  entre  les  années  44  &  47 
avant  J.-C,  en  même  temps  que  les  vétérans  assi- 
gnés à  Narbonne  8c  à  Arles.  Arausio  devint  ainsi 
le  centre  de  vétérance  de  la  légion  n*;  Baeterrae 
de  la  vu^j  Forum  Julii  de  la  vin^  (Pomponius 
Mêla,  De  situ  orbis,  liv.  2,  ch.  5,  &  Pline,  Hist. 
nat.  liv.  3,  ch.  4  &  5).  Enfin,  je  crois  qu'un  texte 
conservé  au  musée  de  Périgueux  &  malheureuse- 
ment incomplet  mentionne  les  Primani.  Il  n'est 
pas  certain  toutefois  que  toutes  les  colonies  mili- 
taires de  la  Transalpine  aient  été  envoyées  par  Cé- 
sar, comme  celles  de  Narbonne  8c  d'Arles.  Lorsque 
Auguste,  voulant  assurer,  l'an  740,  le  sort  de  cent 
vingt  mille  légionnaires,  leur  assigna  des  rési- 
dences dans  diverses  provinces  &  notamment  dans 
la  Narbonnaise,  beaucoup  durent  venir  en  Gaule, 
car  Dion  Cassius  (liv.  64,  ch.  23)  nous  apprend 
que  les  légionnaires  étalent  alors  renvoyés  de  pré- 
férence dans  leur  propre  pays;  or  on  sait  que  les 
Gaulois  servaient,  depuis  le  temps  de  César,  am 
recrutement  de  plusieurs  légions.  Dans,  tous  les 
cas,  on  peut  croire  qu'Auguste  renforça  les  colo- 
nies créées  par  son  père  adoptif. 


Note 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


499 


celui  de  Rome'.  Cette  jurisprudence  se 
modifia  sous  Auguste,  &  les  associations  de 
citoyens  romains,  colonies  ou  municipes, 
purent  frapper  monnaie  par  permission 
spéciale  de  l'empereur. 

Dans  les  autres  cités  au  contraire,  celles 
de  droit  latin,  les  habitants  étant  considé- 
rés comme  de  véritables  étrangers'  exer- 
çant encore  certaiiis  droits  régaliens,  l'ate- 
lier monétaire  restait  naturellement  ou- 
vert, à  moins  d'interdiction,  &  changeait 
seulement  son  type  &  ses  légendes. 

Cette  doctrine  est  à  peu  près  confirmée 
par  les  monuments.  En  effet,  on  ne  coii- 
naît  de  monnaies,  ni  pour  Narbonne,  ni 
pour  aucune  des  villes  colonisées  par  des 
vétérans  &,  par  conséquent,  essentielle- 
ment de  droit  romain.  Des  trois  villes  que 
les  monnaies  qualifient  de  colonies,  les 
deux  premières,  Nimes  &  Cal>ellîo\  étaient 
de  droit  latin;  la  troisième,  Vienne,  était 
primitivement  de  droit  romain,  mais  il  est 
possible  qu'elle  soit  descendue  au  droit  la- 
tin lorsque  ses  citoyens  eurent  été  chassés 
par  les  Allobroges'';  d'ailleurs,  les  mon- 
naies de  Vienne,  qui  portent  d'un  côté  : 
IMP.  CAES  DIVI  F  DIVI  IVLI,  avec  les 
têtes  de  César  &  d'Auguste',  &  de  l'autre 
le  navire  des  as  de  la  République,  avec 
Colonia  luUaYiennensis,  sont  d'une  époque 
où  les  colonies  romaines  pouvaient  frap- 
per monnaie  avec  la  permission  spéciale 
de  l'empereur,  &  l'on  sait  que  cette  per- 
mission ne  se  mentionnait  pas  toujours, 
par  exemple  de  l'autre  côté  des  Pyrénées, 
dans  la  Tarraconaise  où  plusieurs  colonies 
de  droit  romain,  telles  que  Caesaraugusta, 

'  Mommsen,  De  la  monnaie  romaine,  traduction 
de  Blacas  &  de  Witte,  t.  3,  pp.  218-221  8c  SSp. 

'  Gaius,  Instit.  t.   1 ,  p.  79. 

'  On  frappa  à  Cabellio  des  subdivisions  en  ar- 
gent &  en  bronze.  —  Cf.  la  Saussaye,  Op.  laud, 
fig.  I  à  6. 

■*  Herzog,  De  Gall,  Narhon.  pp.  90  à  94;  Zuinpt, 
Studio,  romana,  p.  332  &  si:iv.,  8c  Comment,  epigr, 
p.  370,  supposent  que  Vienne  n'avait  pas  au  début 
le   ius   ciyitatis    complet.   Voir   aussi    de    Boissieu, 


Ins 


de  L 


•yon,  p.   1  40. 


*  DIVI  F  se  trouvant  en  face  de  la  tête  d'Au- 
guste 8c  DIVI  IVLI  en  face  de  celle  de  César,  8< 
le  style  n'étant  pas  celui  du  temps  d'Auguste,  on 
peut  croire  que   IMP   CAES   se   rapporte  à  Tibôre. 


ont  frappé  monnaie  au  commencement  de 
l'Empire.  C'est  seulement,  pour  ne  pas 
sortir  de  la  péninsule,  dans  la  Bétique  8c 
la  Lusitanie  que  la  légende  porte  réguliè- 
rement permîssu  Caesarîs. 

Lyon  qui  fut  de  droit  romain,  d'abord 
comme  municipe,  ensuite  comme  colonie 
de  citoyens,  a  frappé,  vers  le  même  temps 
que  Vienne,  des  bronzes  de  grand  module, 
portant  comme  ceux  de  cette  ville  les  têtes 
de  César  &  d'Auguste  &,  au  revers,  le  na- 
vire, avec  COPIAj  ces  pièces  paraissent 
également  constituer  un  monnayage  ur- 
bain autorisé  par  l'empereur'. 

La  jurisprudence  du  gouvernement  im- 
périal n'avait  donc  rien  d'absolu  au  sujet 
des  monnaies  de  villes  &  de  colonies,  & 
l'on  peut  croire,  à  en  juger  par  le  déve- 
loppement énorme  que  prit  le  numéraire 
de  Nimes,  par  rapport  à  celui  de  Cabellio, 
devienne  &  de  Lyon,  &  par  son  abon- 
dance dans  presque  toutes  les  régions  de  la 
France,  que  le  pouvoir  central  n'avait  pas 
seulement  toléré  que  cette  colonie  latine 
continuât  à  frapper  monnaie  en  changeant 
dans  ses  légendes  l'ancien  ethnique  grec 
par  les  mots  latins  COL'NEM,  mais  qu'il 
l'avait  choisie,  pour  des  raisons  qu'on 
ignore  aujourd'hui,  comme  le  point  prin- 
cipal où  devait  se  fabriquer  le  numéraire 
d'appoint  nécessaire  à  toutes  les  Gaules. 

'  Au  reste,  les  monnaies  de  Lyon  n'ont  pas 
toutes  le  même  caractère.  Ainsi  les  pièces  d'argent 
qui  portent  ANT  •  IMP  8c  que  M.  Monunsen 
{^Hist,  de  la  monnaie  romaine,  trad.  lac,  cit.)  con- 
sidère comme  des  monnaies  de  ville,  semblent 
avoir  été  frappées  comme  monnaies  de  gouver- 
neurs, en  vertu  du  droit  dont  jouissait  tout  com- 
mandant d'armée,  qu'il  s'appelât  consul,  préteur, 
proconsul,  propréteur,  ou  qu'il  eût  le  tirre  d'im- 
perator.  Un  passage  de  Strabon  (liv.  4,  ch.  3)  ca- 
ractérise bien  le  monnayage  de  Lyon  :  y.oiX  -0  v6[j.iaaa 
yoLoi-zv-ii'M  IvTaîJOx  tô  te  àpyjpoûv  r.at  70  ypyaouv  ot 
Tôjv  'Pto'j.at'djv  fjYî;j.6v£;.  On  peut  également  considé- 
rer comme  frappés  par  les  gouverneurs  les  bronzes 
portant  d'un  côté  la  tête  d'Auguste  ou  la  tête  de 
l'un  de  ses  successeurs  jusqu'à  Néron  inclusive- 
ment, de  l'autre  le  célèbre  autel  de  Rome  81  d'Au- 
guste. Si  l'atelier  de  Lyon  frappait  ces  pièces,  ce 
n'était  pas,  dans  tous  les  cas,  parce  que  cette  ville 
avait  reçu  le  titre  de  colonie,  mais  parce  qu'elle 
était  alors  la  métropole  religieuse  des  Gaules,  où 
chnqne  cité,  à  son  tour,  envoyait  un  prêtre. 


NOTB 
114 


Note 
"4 


5oo 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Le  type  des  monnaies  de  Nimes  à  légen- 
des latines  a  été  l'objet  de  nombreuses 
dissertations;  il  mérite  que  nous  nous  y 
arrêtions  quelques  instants. 

Les  petites  monnaies  d'argent  &  de 
bronze  portant  NEM-COL  (pi.  III,  fig.  32 
à  36)  sont  plus  anciennes  que  les  bronzes 
aux  tètes  d'Auguste  &  d'Agrippa;  elles  pa- 
raissent remonter  au  moins  au  temps  de 
César.  Ce  sont  probablement  les  premières 
monnaies  gallo-romaines  de  Nimes.  Il  n'est 
pas  certain,  du  reste,  que  cette  ville  ait 
reçu  le  titre  de  colonie  avant  la  guerre 
civile;  on  croit  généralement  qu'elle  ne 
l'obtint  que  sous  César,  alors  qu'elle  fut 
affranchie,  ainsi  que  son  territoire,  de  la 
domination  marseillaise  sous  laquelle  Pom- 
pée l'avait  placée.  Je  ne  répéterai  pas  ce 
que  j'ai  dit,  en  décrivant  ces  monnaies,  du 
sujet  qu'elles  représentent;  c'est  le  type  si 
discuté  des  bronzes  de  grand  module  que 
je  vais  examiner,  en  commençant  par  le 
di:oitqui  présente  les  tètes  opposées  d'Au- 
guste &  d'Agrippa. 

Au  temps  de  César  &  d'Auguste  on  réu- 
nissait souvent  deux  &  même  trois  têtes 
dans  le  champ  d'une  monnaie.  Sur  les  piè- 
ces de  bronze  les  bustes  étaient  fréquem- 
ment opposés  l'un  à  l'autre,  comme  à  Nimes, 
à  Vienne  &  à  Lyon;  c'était  un  moyen  de 
rappeler  le  type  traditionnel  des  as  à  la  tête 
de  Janus.  Les  césars  &  les  leurs  formaient 
ordinairement  le  fond  de  cette  iconogra- 
phie inspirée  par  la  flatterie  ou  la  recon- 
naissance. Agrippa  était  désigné  pour  figu- 
rer sur  les  monnaies,  non-seulement  parce 
qu'il  était  entré  dans  la  famille  impériale, 
mais  parce  qu'il  fut  un  des  hommes  les  plus 
considérables  &  les  plus  populaires  de  son 
temps.  Dès  718  la  destruction  de  la  flotte  de 
Sextus  Pompée  lui  mettait  sur  le  front  la 
couronne  rostrée  qu'il  porta  toujours  sur 
les  médailles,  &  dont  jusque-là  aucun  Ro- 
main n'avait  été  décoré".  La  victoire  d'Ac- 
tium  fit  de  lui  le  premier  personnage  après 
Octavien  &  lui  valut  plus  d'une  fois  des 
honneurs  égaux  à  ceux  de  ce  prince.  Il  fut 
désigné,  en  ySi,  pour  succéder  à  Auguste, 
&  lorsqu'il  mourut,  en  742,  il  exerçait  de- 
puis six  ans    la   puissance   tribu nitienne. 

'  VelUius  Paterculiis,  liv.  2,  c.  81. 


On  rencontre,  en  effet,  la  tête  d'Agrippa, 
non-seulement  sur  des  monnaies  frappées 
à  Rome",  mais  sur  des  monnaies  de  Gadès 
&  de  Carthago  nova,  en  Hispanie,  de  Pa- 
rïum,  en  Mysie',  &  de  Sinope,  en  Paphla- 
gonie'.  On  reconnaît  son  nom  au  revers 
d'une  médaille  dont  le  droit  montre  les 
têtes  affrontées  du  divin  Jules  Se  d'Octa- 
vien.  Ephèse  l'avait  associé  à  Julie  dans 
un  de  ses  coins  monétaires;  mais  c'est  à 
côté  d'Auguste,  comme  à  Nimes,  qu'il  est 
le  plus  fréquemment  représenté''  &,  par 
exemple,  dans  la  Cyrénaïque,  sur  une 
monnaie  frappée  par  un  proconsul'  en 
vertu  des  droits  de  Vîmper'ium.  Je  ne  parle 
pas  des  monnaies  de  Vienne,  où  la  tète 
d'Agrippa  n'est  point  représentée,  quoi 
qu'on  en  ait  dit''. 

Cette  fréquence  de  l'image  d'Agrippa 
sur  les  monnaies  de  Rome  &  des  provinces 
dispenserait  de  chercher  dans  ce  qu'on  sait 
de  l'histoire  de  Nimes  le  motif  du  type 
monétaire  que  la  colonie  adopta  ou  reçut. 
Cependant  on  ne  saurait  douter  que  la 
venue  d'Agrippa  dans  le  sud  des  Gaules 
pendant  son  troisième  consulat  &  que  les 
immenses  travaux  qu'il  fit  exécuter  dans  ce 
pays  &  à  Nimes  même,  n'aient  contribué  à 
augmenter  sa  popularité  chez  les  Aréco- 
miques  &  dans  leur  métropole. 

Quant  au  revers  des  as  de  Nimes,  il  faut 
constater  tout  d'abord  qu'il  a  un  caractère 
spécial,  non  par  la  présence  du  crocodile, 
emblème  qui  se  voit  sur  d'autres  monnaies 
du  temps,  mais  par  ce  fait  que  l'amphibio 
est  enchaîné  ou  suspendu  à  un  arbre. 

'  Cohen,  Méd.  imp.  t.  2,  p.   >o8. 

'  Mionnet,  Suppl.  t.  5,  p.  711. 

'  Mionnet,  t.  2,  n,   i  04. 

^  Cohen,  Méd.  imp.  t.  2,  p.  i(5,  &  Méd.  consu- 
laires, fam.  V'ipsania,  p.  XLii,  fig.    i. 

^  Millier,  Num.  de  l'anc.  Afrique,  t.   I ,  p.   167. 

*  La  tête  que  Mionnet  [Supplément,  t.  1 ,  p.  146, 
n.  145),  M.  de  la  Saussaye,  op.  laud.  p.  128  Si. 
129)  &  Duchalais  [Catal.  des  monn.  de  la  Gaule, 
■p.  19,  n.  36)  ont  considérée  comme  représentant 
Agrippa,  n'est  pas  ornée  de  rostres.  C'est  la  tète  de 
César  rendue  par  un  artiste  inhabile.  Dans  tous 
les  cas,  les  bronzes  où  cette  ttte  se  voit  appar- 
tiendraient par  leur  style  &  leur  type  à  Lyon 
&  non  à  Vienne. 


Note 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


bol 


Suivant   M.  Frœhner",  ce   type    moné-  un  type  faisant  allusion  à  rasservissenient 

taire  aurait  été   inspiré   aux  habitants   de  de  l'Egypte,  c'est-à-dire  à  un  événement 

Nimes  par  la  possession  d'un  trophée  rap-  capital  qui  avait  déterminé  l'élévation  d'Au- 

porté    par   les    vétérans    venus    coloniser  guste.   Le   crocodile   de   Nimes    n'est,  en 

Nimes  après  la   conquête  de  l'Egypte  en  effet,  que  le  crocodile  des  aurei  &  des  de- 

724.  J'ai  dit  plus  haut,  d'après  le   témoi-  niers  d'Auguste,  dont  la  légende  explica- 

gnage  des  auteurs,  que   Nimes  était   une  tive   AEGVPTO  CAPTA  a  été   remplacée 

simple  colonie  latine  &,  certes,  si  une  de-  par  une  chaîne  emblématique'. 
ducdo  de  légionnaires  y  était  arrivée  sous 

César,  après  la  bataille  d'Alexandrie,   ou  Le  végétal  qui  se  voit  derrière  le  croco- 

sous  Auguste,  après  la  conquête  de   l'E-  dile  a  toujours  été  indiqué  par  les  numis- 

gypte,  cette  deductîo  aurait  apporté  avec  matistes  comme  étant  un  palmier;  mais  il 

elle  le  droit  romain;   toutefois,  si  la  pré-  ne   ressemble  nullement   à  cet  arbre,  tel 

sence  d'un  crocodile  à  Nimes  n'est  pas  due  qu'il  est  &  tel  qu'on  le  représentait  sur  les 

à  une  deductîo  de  vétérans,  puisque  cette  médailles  antiques.  Au  lieu  de  l'arbre  aux 

ville  n'en  reçut  aucune,  on  pourrait  ad-  rameaux  étages,  c'est  une  simple  tige  feuil- 

mettre   que   l'amphibie  avait  été  apporté  lue  (voir  les  pièces  de  la  première  &  de  h. 

par  un  vétéran  isolé',  un  négociant  ou  un  deuxième  subdivisions)  ayant  l'apparence 

voyageur.  Les  phénomènes,  les  objets  exo-  d'un  dattier  à  tige  bifurquée,  du  pied  de 

tiques  jouaient,  en  effet,  dans  le   monde  laquelle  s'échappent  deux  rejetons;  ce  se- 

grec  &  romain   un  rôle  considérable,  &  rai t  même,  si  l'on  veut  (voir  figure  12),  une 

prenaient  souvent  place  dans  les  temples  touffe  de  roseaux  dont  la  tête  s'incline, 
en  qualité  d'ex-voto'.  L'amphibie,  sur  les 


bronzes  de  la  deuxième  subdivision  &  de 
la  troisième,  montre  une  sorte  d'ossature, 
ce  qui  donnerait  raison  à  M.  Frœhner; 
mais,  en  numismatique  surtout,  il  faut 
faire  une  grande  part  au  caprice  des  ar- 


II  y  a  lieu  d'examiner  maintenant  quelle 
put  être  la  durée  du  monnayage  des  bron- 
zes au  crocodile.  Cette  question  assez  obs- 
cure a  été  traitée  par  des  savants  dont  la 
compétence   est  incontestable  en  histoire 


tistes.  Il  n'est  pas  nécessaire  d'ailleurs  de      &  en  épigraphie,  mais  qui  ont  le  tort  de 
supposer  qu'on  conservait  à  Nimes  un  cro-      considérer  les  monnaies  comme  des  nronu- 


codile,  pour  admettre  qu'on  y  avait  choisi 


'  Le  crocodile  de  Nimes,  brochure   in-8",   1872, 
pp.  i3  &  14. 

*  En  dehors  des  colonies  militaires,  conduites 
lians  diverses  provinces  sous  César  8c  sous  Auguste, 
des  vétérans  furent  renvoyés  individuellement 
dans  leurs  foyers  par  ces  princes  8t  leurs  succes- 
seurs. Ils  venaient  y  jouir  de  leur  droit  de  citoyen 
romain  &  y  remplir  des  fonctions  qu'on  s'empres- 
sait de  leur  confier.  Au  début,  la  conquête  récente 
du  sol  ou  les  confiscations  qui  suivirent  la  guerre 
civile  permirent  de  leur  attribuer  des  terres;  plus 
tard,  on  leur  donna  de  l'argent  pour  en  acheter. 
'  Ainsi  une  carcasse  de  baleine  ornait  le  por- 
tique du  temple  d'Esculape  à  Sicyone,  la  peau  & 
les  maxillaires  d'un  serpent  tué  par  Régulus  en 
Afrique  étaient  conservés  au  Capitole,  des  peaux 
de  singes  avaient  été  rapportées  à  Carthnge  par 
Hannon;  enfin  la  dépouille  d'un  crocodile  pris 
dans  un  des  lacs  de  la  Maurétanie  inférieure  avait 
été  déposée  par  Juba  II  dans  le  temple  d'Isis  à  Cé- 
sarée. 


ments  ordinaires  &  de  leur  demander  les 
enseignements  directs  &  précis  que  don- 
nent les  édifices  portant  le  nom  de  leur 
fondateur,  ou  les  pierres  sépulcrales  sur 
lesquelles  se  développe  le  cursus  honorum. 
du  défunt.  Les  monnaies  n'appartiennent 

'  M.  Frœhner  a  été  entraîné  à  attribuer  le  type 
de  Nimes  à  une  deductio  de  vétérans  de  la  guerre 
d'Alexandrie  parce  qu'il  avait  vu  dans  la  couronne 
d'un  as  de  la  collection  Gansauge  à  Berlin  &  d'un 
exemplaire  du  cabinet  de  France  la  date  alexan- 
drinc  MA,  année  14.  Rappelant  que  le  principal 
d'Auguste  date  du  7  janvier  711,  jour  où  il  reçut 
V'imper'tum  &  le  titre  de  propréteur,  l'auteur  fait 
remarquer  que  l'an  14  correspond  à  l'année  724, 
qui  est  celle  de  la  conquête  de  l'Egypte.  Ce  rap- 
prochement est  certainement  ingénieux,  mais  les 
signes  assez  confus  qui  ressemblent  à  des  caractè- 
res ne  sont,  à  mon  avis,  du  moins  sur  l'exemplaire 
du  Cabinet  de  France,  que  les  feuilles  de  l'inté- 
rieur de  la  couronne.  Je  ne  connais  pas  le  spéci- 
men conservé  à  Berlin. 


Note 
"4 


Note 


Do: 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


"^  pas  nécessairement  au  temps  que  semblent 
marquer  les  événements  auxquels  leur  type 
fait  allusion  &  les  personnages  dont  l'i- 
mage, le  nom  ou  les  titres  sont  rappelés 
dans  leurs  légendes.  Cela  tient  à  ce  que 
les  monnaies  romaines  ou  gallo-romaines 
n'étaient  pas,  en  général,  destinées  comme 
nos  médailles  modernes  à  jalonner  l'his- 
toire, mais  plutôt  à  rappeler  un  fait  passé, 
devenu  populaire,  ou  simplement  à  repro- 
duire, comme  l'avaient  fait  les  Gaiilois  au- 
tonomes, des  types  connus  du  public  & 
propres  à  faciliter  les  transactions  com- 
merciales. Ce  qui  suit  confirmera  cette  as- 
sertion. 

Il  suffit  de  parcourir  une  collection  de 
médailles  pour  s'assurer  que  la  présence, 
sur  une  pièce,  de  la  tête  d'un  Auguste,  & 
que  l'indication  de  l'une  de  ses  magistratu- 
res ne  veulent  pas  dire  toujours  que  cette 
monnaie  ait  été  émise  de  son  vivant  ou 
lorsqu'il  était  en  charge.  Quant  aux  pièces 
où  la  tête  de  M.  Vipsanius  Agrippa  se  voit 
à  côté  de  celle  de  l'empereur,  il  est  facile 
de  démontrer  que  ce  sont,  pour  la  plupart, 
de  simples  monnaies  commémoratives  ou 
posthumes.  Ainsi  un  denier  frappé  par 
le  triumvir  monétaire  Cossus  Lentulus  re-  ' 
présente  d'un  côté  la  tête  d'Agrippa  avec 
M.  AGRIPPA  COS  TER;  de  l'autre,  Au- 
guste lauré  avec  AVGVSTVS  COS  XI";  or 
le  onzième  consulat  d'Auguste  est  de  l'an 
736,  tandis  que  le  troisième  d'Agrippa  est 
de  727.  Ua  bronze  du  Musée  Britannique 
représente  également  Agrippa  &  désigne 
son  troisième  consulat,  tandis  que  les  ma- 
gistratures indiquées  au  revers  ne  peuvent 
appartenir  qu'à  Tibère.  Enfin  il  existe  une 
monnaie  où  Borghesi'  reconnaît  d'un  côté 
l'image  de  Jules  César  avec  une  légende 
qui  se  rapporte  à  Auguste  &,  au  revers, 
écrit  horizontalement  dans  le  champ  : 
M  •  AGRIPPA  •  COS  •  DESIG,  en  sorte 
qu'aucune  des  inscriptions  du  coin  n'a 
trait  au  personnage  représenté. 

Aux  exemples  fournis  par  les  monnaies 
frappées  à  Rome,  &  constituant  le  numé- 
raire officiel  de  la  République,  on  peut  en 
joindre  d'autres  pris  chez  des  peuples  plus 

'  Cf.  Cohen,  Méd.  consul,  pi.  XV,  fig.  iç. 
*  QSuyres  complètes,  t.  i,  p.  io5. 


ou  moins  soumis,  mais  jouissant  encore 
comme  Nimes  d'une  certaine  autonomie 
monétaire.  A  Saragosse  {Caesarauç^ustà)  on 
a  frappé  des  bronzes  portant  d'un  côté  : 
M  •  AGRIPPA  •  L  •  F  •  COS  •  III  autour  de 
la  tête  rostrée  d'Agrippa;  de  l'autre  :  le 
type  emblématique  de  la  fondation  d'une 
colonie  avec  les  sigles  C  •  C  •  A,  &,  en  lé- 
gende circulaire  des  noms  de  duumvirs  qui 
sont,  tantôt  SCIPIO  &  MONTANYS,  tan- 
tôt TITVLVS  &  MONTANYS.  Or,  d'au- 
tres monnaies  de  Saragosse  nous  appren- 
nent que  Scipio  &  Montanus,  puis  Titulus 
&  Montanus  ne  furent  en  charge  que  sous 
le  principat  de  Caligula.  Il  est  donc  in- 
contestable, ainsi  que  l'a  déjà  remarc[ué 
M.  A.  Heiss',  que  les  magistrats  de  Sa- 
l'agosse  qui  émettaient  des  monnaies  au 
nom  de  Caligula  faisaient  aussi  forger  des 
bronzes  posthumes  montrant  l'image  d'A- 
grippa &  rappelant  son  traditionnel  troi- 
sième consulatt  J'ajouterai  que  la  tète  n'a 
plus  rien  sur  ces  bronzes  du  profil  bien 
connu  d'Agrippa,  &  que  leur  style  les  rap- 
proche tellement  de  ceux  de  Caligula, 
qu'on  n'eût  pas  hésité  à  les  déclarer  con- 
temporains, lors  même  qu'on  n'en  aurait 
pas  eu  d'autre  preuve.  Il  est  presque  inu- 
tile de  constater  qu'il  existe  encore  d'au- 
tres monnaies  où  Agrippa  figure  quoique 
mort  depuis  longtemps;  tels  sont  deux 
moyens  bronzes  fabriqués  sous  Tibère  en 
785  &  en  789  (32  &  36  ans  ap.  J.-C), 
ainsi  que  l'indiquent  les  énoncés  des  ma- 
gistratures, qui  montrent,  grâce  à  d'ha- 
biles artistes.  Agrippa  sous  ses  traits  habi- 
tuels, avec  la  légende  M  •  AGRIPPA  •  L  •  F  • 
COS- IIP. 

Il  arrive  aussi  que  le  caractère  de  res- 
titution soit  nettement  indiqué  :  ainsi 
Titus  &  Domitien  se  plurent  à  repro- 
duire sur  des  moyens  bronzes  la  tête  popu- 

'  Monnaies  antiques  de  l'Espagne,  p.  209.  Cf. 
aussi  les  n"'  28  &.  29  de  la  pi.  XXV  &  les  n""  53  à 
56  de  la  pi.  XXVI.  —  Les  inagistrats  de  Caesarau- 
giista  firent  aussi  forger  des  monnaies  en  mémoire 
d'Auguste  (A.  Heiss,  pi.  XXIV,  n"*  22-2.3),  au  nom 
de  Gerraanicus  &  d'Agrippine  (pi.  XXVI,  n°^  ^j 
à  00). 

'  Cf.  Eckhel,  t.  6,  p.  i65,  8c  Cohen,  Monn. 
Imp.  t.   I,  p.   109,  n°  I   Si  n"  ^. 


NOTB 

114 


NoTi; 
114 


NOTES  SUR  I/HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


5o3 


lairc  d'Agrippa  &  la  légende  M  •  AGRIPPA* 
COS  •  III.  Enfiti  Trajan  signa  des  pièces 
d'argent  sur  lesc[uellcs  on  voyait  d'un  côté 
la  tête  d'Agrippa,  de  l'autre  celle  d'Au- 
guste', &  où  le  caractère  de  restitution 
était  indiqué  par  le  mot  RESTITVIT. 

Il  est  donc  amplement  démontré,  par  ce 
qui  précède,  que  la  tète  d'Agrippa  devint, 
comme  celles  de  César  &  d'Auguste,  un 
type  monétaire  traditionnel  qui  s'employa 
longtemps  à  Rome  &  dans  les  provinces. 
Mais  j'ai  déjà  fait  remarquer,  en  décri- 
vant les  bronzes  de  Nimes,  combien  les 
têtes  d'Auguste  &  d'Agrippa  sont  variées 
dans  leur  exécution  ou  leur  caractère,  & 
combien  la  dégénérescence  générale  de 
certains  exemplaires  est  allée  loin.  De  tels 
contrastes  ne  peuvent  s'expliquer  que  par 
une  très-longue  fabrication  de  types  deve- 
nus posthumes.  Si  quelques-uns  des  plus 
jjeaux  spécimens  des  bronzes  de  Nimes,  re- 
trouvés jusqu'à  ce  jour,  remontent,  par 
leur  type  &  leur  art,  au  principat  d'Au- 
guste, la  plupart  sont  beaucoup  moins  an- 
ciens\  Dans  cet  ordre  d'idées  les  spécimens 
des  subdivisions  que  j'ai  établies  dans  les 
as  de  Nimes,  suivant  que  la  tête  d'Auguste 
était  nue  ou  couronnée',  n'ont  plus  né- 
cessairement les  uns  sur  les  autres  l'anté- 

'  Cohen,  op.  laud.  pp.  1 09,  1 1  o  &  1 1  i . 

'  Dans  une  étude  intéressante  au  point  de  vue 
historique,  mais  dont  les  conclusions  numismati- 
ques  ne  sont  pas  admissibles,  M.  Auguste  Pelet, 
justement  frappé  de  ce  fait  que  beaucoup  des 
bronzes  de  Nimes  sont  postérieurs  au  temps  d'Au- 
guste, n'a  fait  commencer  leur  fabrication  que 
sous  les  Antonins  (Me?;;:,  de  l'Acad.  du  Gard,  1  860, 
pp.  63  à  i33). 

'  On  n'est  pas  parfaitement  d'accord  sur  l'épo- 
que où  Octavien  eut  le  droit  de  porter  la  couronne 
c!e  chêne  &  la  couronne  de  laurier.  La  couronne 
civique  lui  aurait  appartenu  en  727,  lorsque,  sui- 
vant l'expression  de  Pline  (1.  xvi,  ch.  3},  le  genre 
humain  la  lui  eût  décernée.  Une  monnaie  où  la 
tète  d'Auguste  est  couronnée  de  chêne  est  classée  à 
l'an  735  (Cohen,  t.  1,  p.  ô3,  n.  98).  Quelques 
auteurs  pensent  que  le  laurier  fut  conféré  au 
second  César  en  même  temps  que  la  couronne 
civique.  D'autres  pensent  que  ce  prince  avait  ob- 
tenu dès  714  de  se  parer  du  laurier  chaque  fois 
que  ses  rivaux  le  feraient.  lin  718,  il  fut  autorisé 
à  la  porter  constamment  (Dion  Cass.  1.  48,  16,  & 
1.  49,  i5. 


riorité  qu'avait  par  exemple  la  concession 
de  la  couronne  de  chêne  sur  celle  de  la 
couronne  de  laurier^  il  est  même  probable 
que  les  uns  &  les  autres  sont  postérieurs 
à  la  dernière  de  ces  concessions.  Dans  tous 
les  cas  les  numismatistes  exercés  sont  d'ac- 
cord sur  ce  point  que  si  le  n"  i  de  la  plan- 
che IV,  où  la  tête  d'Auguste  est  nue,  parait 
un  des  plus  anciens  spécimens  de  la  série, 
c'est  aussi  à  ce  type  que  so  rattachent  les 
exemplaires  le  plus  complètement  dégé- 
nérés, tandis  que  les  bronzes  portant  la 
couronne  de  chêne  ou  la  couronne  de  lau- 
rier ne  présentent  aucun  spécimen,  ni 
aussi  beau  que  le  n"  i,  ni  aussi  dégénéré 
que  les  figures  5,  6  &  7,  caractérisées  par 
des  dents  extérieures  à  la  mâchoire  du 
crocodile;  il  est  donc  évident  que  si  le 
type  de  la  tête  nue  a  commencé  plus  tôt 
que  les  autres,  il  a  duré  plus  longtemps, 
&  qu'une  particularité,  telle  que  l'ab- 
sence de  couronne,  ne  permet  pas  de  faire 
la  moindre  conjecture  sur  l'âge  de  l:i 
pièce. 

C'est  donc  en  vain  que  les  savants  ont 
tenté  de  déterminer  l'âge  des  as  de  Nimes. 
MM.  Mommsen'  &  Herzog'  déclarent  par 
exemple  que  ces  bronzes  sont  antérieurs 
à  l'année  727  où  Octavien  reçut  le  titre 
d'auguste,  qu'on  ne  négligea  jamais  de  lui 
donner  depuis  dans  les  inscriptions.  Or,  le 
titre  d'empereur  ne  remontant  qu'à  724-5, 
la  fabrication  n'aurait  duré  que  trois  ans. 
Il  est  inutile  d'insister  sur  ce  fait  qu'un 
numéraire,  dont  il  reste  encore  aujour- 
d'hui des  quantités  très-considérables  sur 
presque  tous  les  points  de  la  Gaule  &  des 
spécimens  d'un  art  &  d'un  style  tout  à  fait 
différents,  n'a  pu  être  frappé  en  si  peu  de 
temps.  D'ailleurs,  si  le  titre  d'auguste  a 
toujours  été  reproduit  depuis  727  dans  les 
textes  épigraphiques,  il  est  souvent  négligé 
dans  les  médailles  dont  le  champ  étroit  ne 
comporte  que  des  légendes  écourtées  ;  ainsi 
Auguste,  dans  des  deniers  frappés  en  7. 34 
par  le  triumvir  monétaire  P  •  PETRON 
[IVSj  TVRPILIANVS,  s'appelle  tvinlot 
CAESAR    AVGVSTYS,    tantôt    CAESAR 

'  Hist.  de  la.  monn.  rom.  trad.  t.  3,  p.  667. 
'  De  Gall,  Narhon.  prov.  rom,  p.   106. 


Note 
114 


Note 
114 


5o4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


DIVI  F';  ainsi  encore  dans  les  médailles 
de  restitution  les  successeurs  d'Octavien  ne 
lui  donnent  pas  toujours  le  titre  d'auguste'. 
Parmi  les  auteurs  qui  cherchent  à  dater 
les  divers  bronzes  de  Nimes,  il  en  est  qui 
pensent  que  les  spécimens  (voir  pi.  IV, 
11°"  I  &  2),  sur  lesquels  Agrippa  porte  une 
barbe,  auraient  été  frappés  à  l'époque  où 
ce  grand  homme  put  se  croire  en  défaveur 
&  se  retira  à  Mytilène  pendant  quelques 
mois'.  Mais  lors  même,  ce  qu'on  ignore, 
qu'Agrippa  dans  son  chagrin  aurait  pris 
un  signe  de  deuil,  il  faudrait  supposer  que 
les  monétaires  de  Nimes,  bien  au  courant 
de  ce  qui  se  passait  au  Palatin  &  à  Myti- 
lène, se  seraient  hâtés  de  refaire  leurs 
-  coins  &  d'y  pointiller  le  menton  du  per- 
sonnage qu'ils  y  représentaient  à  côté  d'Au- 
guste. Or,  lorsque  l'empereur,  en  744, 
après  la  défaite  de  Varus,  prit  officielle- 
ment le  deuil  &  laissa  pousser  sa  barbe"*, 
les  monnaies,  au  moins  celles  frappées  à 
Rome,  n'auraient  pas  manqué  de  nous 
révéler  ce  détail  d'étiquette,  si  tel  avait 
été  l'usage.  Ajoutons  qu'un  des  bronzes 
sur  lesquels  Agrippa  se  montre  avec  une 
courte  barbe  est  évidemment  par  son  style 
postérieur  à  l'époque  d'Auguste. 

Les  sigles  PP,  tracées  dans  le  champ  des 
bronzes  de  la  troisième  subdivision,  ont 
aussi  beaucoup  embarrassé  les  auteurs  qui 
veulent  que  les  coins  de  ces  curieuses 
monnaies  aient  été  exclusivement  com- 
posés du  vivant  d'Auguste  &  d'Agrippa. 
En  effet,  Agrippa  mourut  en  742  &  ce  ne 
fut  que  dix  ans  plus  tard,  en  752,  qu'Au- 
guste reçut  du  sénat  le  titre  de  père  de  la 
patrie.  Les  uns,  comme  MM.  de  Lagoy 
&  de  la  Saussaye,  supposent  que  toute 
la  légende  IMP  •  DIVI  •  F  •  P  •  P  •  n'appar- 
tient pas  à  Auguste  &  que  les  sigles  P  •  P  • 
sont  relatives  à  Agrippa  &  signifient  PA- 
TRONVS  PARENS':  mais  ce  fractionne- 


'  Cohen,  Méd.  imp.  t.  i,  p.  83. 

*  Cohen,  Méd.  imp.  t.   1 ,  p.  84. 
'  Pline,  Hist.  nat.  1.  7,  ch.  49. 

*  Suétone,  Vie  d'Auguste,  23. 

^  M.  de  la  Saussaye,  op.  laud.  p.  170,  étale  son 
opinion  de  ce  fait  que  les  habitants  de  Gadès  au- 
raient donné  à  la  fois  &  en  toutes  lettres  à  Agrippa 


ment  de  légende  serait  fort  bizarre,  & 
d'ailleurs,  ainsi  qu'on  l'a  déjà  fait  remar- 
quer', le  bronze  ne  portant  pas  le  nom 
d'Agrippa  ne  saurait  porter  son  qualifi- 
catif. D'autres  supposent  que  ces  sigles  si- 
gnifient qu'Auguste  était  :  P(arens)  P(atro- 
nus)  COL(oniae)  NEM(ausensis).  Les  em- 
pereurs ont  accepté,  en  effet,  quelquefois 
le  titre  de  patron  d'une  colonie  dans  la- 
quelle ils  se  faisaient  remplacer  par  un 
cooptatus.  Ils  prenaient  aussi  le  titre  de 
PARENS  COLONIAE^;  mais  je  ne  crois 
pas  qu'on  ait  d'exemple  de  la  réunion  des 
deux  titres.  Enfin,  divers  savants,  recon- 
naissant avec  M.  Mommsen  que  les  sigles 
P*P'  ont  toujours  &  exclusivement  signifié 
Pater  Patrice  dans  les  légendes  monétaires 
impériales,  aussi  bien  sous  Auguste  que 
sous  ses  successeurs,  en  sont  amenés  à  ad- 
mettre que  les  colons  de  Nimes  devançant 
de  dix  ans  le  décret  du  sénat  auraient  pris 
sur  eux,  ce  qui  ne  serait  pas  sans  exemple, 
de  déclarer,  de  leur  chef,  Auguste  père  de 
la  patrie.  Ce  n'est  là,  dans  tous  les  cas, 
qu'une  hypothèse. 

En  résumé,  les  monnaies  portant  P'P* 
sont,  ainsi  qu'on  l'a  vu  plus  haut,  non-seu- 
lement pour  la  plupart  de  meilleur  style 
que  celles  des  d^ux  premières  subdivi- 
sions, mais  leurs  dégénérescences  descen- 
dent moins  bas  de  l'aveu  des  meilleurs  nu- 
mismatistes.  Il  s'ensuit  encore  \n\Q  fois 
que  le  synchronisme  historique,  qui  les 
fait  classer  après  les  autres,  n'est  pas  d'ac- 
cord avec  le  fait  monétaire. 

Mais,  après  avoir  repoussé  le  système  de 
MM.  Mommsen  &  Herzog,  qui  ne  don- 
nent aux  monétaires  de  Nimes  que  trois 
ans  pour  fabriquer  des  monnaies  dont  l'a- 
bondance fut  si   grande',  faut-il,  comme 

le  titre  de  Patronus  Parens.  C'est  une  erreur; 
les  monnaies  de  Gadès  frappées  en  Thonneur 
d'Agrippa  l'appellent  municipii  parens  ou  munici- 
pii  patronus,  mais  ne  réunissent  jamais  les  deux 
titres.  —  Cf.  A.  Heiss,  Monn.  ant.  de  l'Esp.  1870, 
p.  35o  &  pi.  LU. 

'  Frœhner,  Le  crocodile  de  Nimes,  p.  6. 

'  Auguste  prend  ce  titre  dans  les  inscriptions  de 
Vérone  &  de  Bologne. 

'  On  a  trouvé,  en  1875,  à  Bourbonne-les-Bains^ 
un  millier  d'as  de  Nimes  entiers  ou  coupés  en 
deux,  qui  constituent  la  partie  la  plus  importante 


Note 
114 


NOTR 

114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


5o5 


quelques  numismatistes,  déclarer  que  l'an- 
tique colonie  a  frappé  monnaie  pendant 
toute  la  durée  de  l'Empire,  &  que  le  type 
primitivement  adopté  ne  s'est  jamais  perdu. 
Ce  serait  aller  beaucoup  trop  loin,  &  il 
faut  se  borner  à  constater  que  les  pièces 


SEPTIEME    r,  POfPE 


BRONZES    PORTANT,    EN    CAnACTKRES    GRECS, 
OU  DES  NOMS  d'hommes 


DES    ETHNIQUES 


Ce  groupe,  formé  de  pièces  qui  se  ren- 


au  type  d'Auguste  &  d'Agrippa  ont  été  contrent  habituellement  dans  le  Langue- 
frappées  soit  officiellement  à  Nimes,  soit  doc',  se  subdivise  en  trois  sous-groupes 
ailleurs  par  des  faussaires,  pendant  une  comprenant  :  le  premier,  les  monnaies  des 
assez  longue  période  &  au  delà  sans  doute  Longostalètes;  le  second,  les  moniwies  de 
non-seulement  du  principat  de  Caligula,  divers  chefs  gaulois;  le  troisième,  les  mou- 
sous  lequel  on  mettait  encore  en  Hispanie  naies  attribuées  à  Béziers. 
le  nom  d'Agrippa  sur  la  monnaie,  mais  du 
principat  de  Néron,  dont  la  tète  se  voit  sur 
les  monnaies  de  Lyon.  C'est  une  exception 
à  la  centralisation,  beaucoup  plus  rapide  & 
plus  complète  en  Occident  qu'en  Orient, 
mais  une  exception  qui,  dans  tous  les  cas, 
avait  disparu  depuis  longtemps  au  troi- 
sième siècle,  époque  où  la  Gaule  fut  cou- 
verte de  bronzes,  d'un  tout  autre  style,  frap- 


PREMIER   SOUS-GROUPE 
Monnaies  des  Longostalètes, 

Ces  monnaies  sont  exclusivement  de 
bronze,  tandis  que  le  monnayage  au  type 
dit  de  la  croix  semble  n'avoir  compris  que 
de  l'argent  (voir  les  deuxième  &  troisième 


pés  par  Posthume  &  les  empereurs  gaulois.      groupes).  Elles  se  subdivisent  en  pièces  de 

beau   style  grec   portant  seulement  l'eth- 

Avant  de  passer  au  septième  groupe,  je      nique  &  en  pièces  moins  anciennes  &  de 

dois   dire    un   mot  d'une  petite  pièce   de      médiocre  exécution,  sur  lesquelles  on  ren- 

plomb  qui,  sur  l'autorité  du  savant  Miner-      contre,  outre  l'ethnique,  des  noms  de  chefs 

vini",  aurait  porté  CAESAR  •  P  •  P  •  :  écrits  également  en  lettres  grecques  &  un 

mot  en  caractères  ibériques. 

Les  spécimens  d'art  grec  sont  fort  rares; 
on  en  connaît  cependant  plusieurs  varié- 
tés; je  n'en  citerai  que  trois  : 


M.  Chalande  &  l'un  des  auteurs  de  ÏHis- 
toïre  du  jeton,  M.  Jules  Rouyer,  qui  ont  la 
pratique  des  mereaux  ainsi  que  des  plombs 
de  douane  &  de  commerce  employés  dans 
le  Midi,  ont  reconnu  que  cette  pièce  ne 
remontait  pas  au  delà  du  dernier  siècle. 
C'est  le  plomb  d'un  marchand  dont  le  nom 
est  en  partie  effacé  8c  renferme  quelques 
lettres  du  mot  Caesar.  L'inversion  COL* 
NEM  au  lieu  de  NEM  •  COL  &  la  substi- 
tution d'un  véritable  palmier  étage  à  la 
branche  ou  à  la  tige  des  bronzes  de  Nimes 
suffiraient  pour  faire  mettre  en  doute  l'an- 
tiquité de  cette  pièce. 


N"  I.  Buste  de  Mercure  tourné  à  droitej 
des  ailes  à  la  tète.  Dans  le  champ,  à  la 
hauteur  de  la  nuque,  un  caducée.  La  pièce 
est  entourée  d'un  grènetis  formé  de  gros- 
ses perles. 

R.  AOrrOITA  I  AHTnN  en  deux  lignes 
verticales,  entre  lesquelles  se  voit  un  tré- 
pied ;  dans  le  haut,  une  étoile. 

Cabinet  de  France;  bronze;  8,55;  pi.  IV,  fig.  i3. 

Cette  monnaie  est  médiocre  de  conser- 
vation &  a  perdu  un  peu  de  son  poids  ; 
elle  se  distingue  par  son  style  large  &  par 
la  pureté  de  ses  lignes,  dont  la  planche  ne 
donne  malheureusement  qu'une  idée  affai- 
blie. 


Note 
"4 


d'un  trésor  formé  à  la  longue  de  pièces  jetées  dans  '  Dès  le  dernier  siècle,  on  avait  signalé  la   pré- 
la  source  en  l'honneur  de  Borbo.  sence  de  ces  pièces  à  Montaut  &  à  Vieille  Tou- 
'   ^"BS'"  '^'   osserya^ioni    numïsmat'iche,    Napoli,  louse;   cf.  Rossignol,   Mcm.   de  la.  Société  archéoU 
i856,  p.   i55  &  pi.  VI,  fig.   1.  du.  midi  de  la  France,   i86o,  t.  9,  p.  26  &  suiv. 


Note 
114 


5o6 


NOTES.  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


N"  2.  Autre  moins  belle  &  moins  an- 
cienne, mais  digne  encore  de  l'art  grec 5  le 
sigma  est  devenu  lunaire  &  l'oméga  cursif. 

De  la  Saussaye,  Num'tsm.  de  la  NarhonnaisCj 
pi.  XXII;  trouvée  à  Agdc;  bronze;  9,08. 

Je  possède  une  pièce  semblable  au  n"  2, 
quoique  d'un  autre  coin,  qui  pèse  9,36. 

N°  3.  Variété  dans  laquelle  le  trépied 
n'a  pas  la  même  forme. 

Dessin  de  l'nbbé  Audibert,  dans  le  t.  i  des  Mc~ 
moires  de  l'ancienne  Académie  de  Toulouse. 

Les  bronzes  précédents  sont  une  imita- 
tion fidèle  des  bronzes  d'Agrigente,  qui 
portent  d'un  côté  une  tète  sans  légende, 
de  l'autre  l'ethnique  AKPArANTiNnN  au 
génitif  pluriel,  STiivant  l'usage  grec,  &  dis- 
posé également  en  deux  lignes  verticales  à 
droite  &  à  gauche  d'un  trépied'.  Ils  res-  gent-ils  plus  leurs  recherches  que  vers 
semblent  également  beaucoup  à  des  pièces  cette  contrée.  C'est  ainsi  que  M.  Charles 
frappées    à   Rhegium,    peut-être    au    qua-      Lenormant'^,  faisant  descendre  à  l'époque 


puis  le  père  Hardouin,  à  de  nombreuses 
dissertations  &  à  bien  des  hypothèses.  Pel- 
lerin',  qui  lisait  A0rr02,  Heu,  &  TAAH- 
TflN,  des  Talètes,  allait  chercher  sur  le 
mont  Taygète  un  lieu  nommé  Talet.  L'opi- 
nion que  les  Longostalètes  appartenaient 
à  la  Laconie  a  prévalu  longtemps  &  a  été 
propagée  par  Eckhel'«&  Sestini^  Barthé- 
lémy seul,  qui  connaissait  un  exemplaire 
de  nos  monnaies  trouvé  à  Vieille-Tou- 
louse, reconnut  qu'elles  appartenaient  à 
la  Gaule  &  les  attribua  à  un  roi  des  Arver- 
nes"*;  mais  Mionnet'  ne  tint  aucun  compte 
de  l'avis  de  son  célèbre  prédécesseur  au 
cabinet  des  médailles  &  classa  encore  ces 
monnaies  à  la  Laconie.  Les  trouvailles  fai- 
tes depuis  quelques  années  dans  le  sud  de 
la  Gaule  ne  laissent  plus  de  doutes  à  ce 
sujet.  Aussi  les  savants  modernes  ne  diri- 


NOTE 

114 


trième  siècle''  av.  J.-C,  &  à  des  bronzes  de 
Crotone,  que  la  présence  du  koppa  dans 
leur  légende,  ?P0,  fait  considérer  comme 
remontant  au  moins  aussi  haut\  Au  reste, 
le  trépied  est  fréquent  dans  tout  le  monde 
grec,  &  par  exemple  en  Macédoine'',  où 
les  Gaulois  puisaient  aussi  leurs  modèles 
monétaires,  &  à  Marseille,  ville  voisine 
des  lieux  de  provenance^  mais  le  type  gé- 
néral des  bronzes  de  Marseille  diffère  de 
celui  des  Longostalètes. 

Ce   peuple,   dont    le   nom    était   proba- 
blement AoY'i'oc^iaAfiTa'.  %  a  donné  lieu,  de- 


'  Torreinuzzn,  Vet.  num,  Siciliac,  pi.  VII,  fig.  i5, 
16  &,  17. 

^  Sambon  ,  Monnaies  de  la  presqu'île  it.iliijuc^ 
pi.  XXV,  fig.  48. 

'  Sambon,  Monnaies  de  la  presqu'île  italique, 
p.  33o. 

■*  On  le  trouve  sur  un  statère  de  Macédoine  qui 
faisait  partie  d'un  trésor  enfoui  vers  3io  (Wad- 
dington,  Rev.  num.   i865,  pi.  I,  fîg.  7). 

■'  C'est  du  jTioins  la  forme  qu'on  peut  supposer 
par  analogie,  d'après  les  ethniques  MacjaaX'.-^Tai 
(épigraphie  monétaire),  ÏN'avTOuà'Ta'.  (Strabon,  1.  iv, 
ch.  6,  6),  Najxv^-a'.  (Strabon,  1.  iv,  ch.  i  1,  t;  Pto- 
lémée,  2,  8,  9).  Les  deux  derniers  ont,  en  latin, 
pris  la  forme  ethnique  en  ates  (César,  B,  G.  m,  i, 
6,  IV,  10;  Pline,  m,  20,  24,  iv,  18,  82;  Orelli, 
n"  188),  si  commune  chez  les  Gaulois. 


de  la  domination  romaine  ces  monnaies 
qui  sont  incontestablement  plus  anciennes, 
suppose  qu'il  existait  un  magistrat  romain 
du  nom  de  Longus,  dont  le  pouvoir  se  se- 
rait exercé  sur  les  Talètes,  peuple  voisin 
de  la  Tet.  M.  de  Lagoy'  trouve  dans  TAAH- 
THN  l'ethnique  de  Tallet,  en  Roussillon; 
M.  de  la  Saussaye^  admet  que  AOrfOlTA- 
AHTflN  est  un  nom  composé  des  ethniques 
de  deux  peuplades  différentes,  en  sorte 
que  la  monnaie  qui  le  porte  aurait  été 
émise  par  une  confédération  de  Gaulois 
du  pays  de  Langonïa,  dans  le  Gévaudan, 
&  de  Gaulois  du  pays  de  Tallet,  dans  le 
Roussillon;  M.  Boudard"  en  fait  Longos- 
îala  &,  coupant  le  mot  en  deux,  Longos  & 
Tala,  il  suppose  qu'il  s'agit  de  Telo,  dont  les 
anciens  ne  nous  auraient  conservé  qu'une 
partie  de  l;i  dénomination  &  attribue  nos 

'Recueil  de  médailles,  t.  1,  p.  125,  pi.  XIX, 
fig.  I  2  &  1 3,  8c  t.  5,  suppl.  p.  9 1 . 

^  Doctr,  numor,  t.  2,  p.  285. 

^  Classes  générales,  1'''  édit.  p.  49. 

^  Cf.  Origines  de  Toulouse,  par  l'abbé  Audibert, 
pp.  9  St  14. 

^  T.  2,  p.  228,  n'"  89  &  90. 

•^  Rcv.  num.    i853,  pp.  i32  &  suiv. 

'  Rev.  num.  1841,  pp.  85  &  suiv. 

®  Op.  laud.  p.  1  89. 

"  Op.  laud.  p.  270. 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


nionnaîes  à  Toulon.  D'autres  interpréta- 
tions, basées  sur  des  consonnances  ou  de 
simples  jeux  de  mots,  ne  méritent  pas 
d'être  mentionnées.  M.  de  Saulcy',  à  qui 
tant  de  problèmes  de  la  numismatique 
gauloise  doivent  leur  solution,  pense  qu'il 
faut  trouver  un  lieu  du  nom  de  Longostalo 
dont  les  habitants  auraient  été  les  Longos- 
talètes  &  cherche  ce  Longostalo  dans  un 
vers  d'Aviénus  : 

Tum  Mansa  viens,  oppidumqus  Naustalo, 
Et  urbs,  &c 

c[u'il  corrige  en 

Tum  Mansa,  viens,  oppidum  Longostalo  : 
Et  urbs,  &c 

Cette  leçon  fort  ingénieuse  fait  disparaître 
un  que  inutile,  mais  les  poètes  du  qua- 
trième siècle  ne  se  faisaient  pas  faute  de 
chevilles.  L'auteur  ajoute  que  ïoppidum 
des  Longostalètes  pourrait  bien  n'être  au- 
tre chose  que  Murviel,  où  l'on  a  rencon- 
tré tant  de  débris  antiques.  L'opinion  de 
M.  de  Saulcy,  quelque  crédit  qu'on  lui 
doive  attribuer,  n'a  pas  la  valeur  d'une 
démonstration  &  ne  saurait  faire  loi.  Il 
est  en  numismatique,  comme  en  géogra- 
phie, des  points  sur  lesquels  on  ne  peut 
entièrement  porter  la  lumière;  aussi  me 
bornerai -je  à  dire  que  les  bronzes  des 
Longostalètes,  d'après  les  provenances 
déjà  connues,  appartiennent  incontesta- 
blement au  sud  de  la  Gaule  &  sans  doute 
au  Languedoc". 

Les  monnaies  des  Longostalètes  à  nom 
d'homme  sont  de  style  assez  varié,  mais 
toujours  inférieur  à  celui  des  bronzes  ne 
portant  que  l'ethnique. 

N"  I.  Tête  étroite  &  pointue,  lourde 
iVexécution;  dans  le  champ,  un  caducée  j 


'  Études  topographiques  sur  VOra  marltima  d'A- 
viénus, Rev.  arch.    1867,  t.   i,  p.  89  &  suiv. 

^  Duchalais  lui-même  (^Dcscr.  des  méd,  ^aul. 
p.  91),  malgré  son  désir  de  les  rapprocher  de  Per- 
pignan &  de  les  donner  au  Roussillon,  dit  seules 
ment  qu'elles  «se  rencontrent  habituellement  non 
loin  de  cette  province,  n 


5oj 
AOY- 


en    face  &  au-dessus    de    la   tùto 
KOTIKN. 

R.  Trépied  où  les  anneaux  qui  relient 
les  supports  sont  remplacés  par  des  trin- 
gles bouletécs  ;  en  légendes  verticales  : 
AOrrOCCTAJAHTwN  &,  en  dedans,  sous 
une  barre,  les  caractères  ibériques  P't'OP. 

Cabinet  de  France^  bronze;  8,20;  pi.  IV,  fîg.  14. 

Le  nom  complet  est  AOYKOTIKNOC;  il 
est  écrit  en  toutes  lettres  sur  un  autre 
exemplaire  du  Cabinet  de  France,  n"  i320, 
que  j'aurais  également  reproduit  si  la  tête 
avait  été  mieux  conservée. 

Il  existe  dans  la  même  collection  des 
variétés  de  ce  bronze  sur  lesquelles  ou  lit  : 
AOYKOT  ou  AOYKOTIK  &,  avec  vue  in- 
version, AOYKOTNKOC.  D'autres  exem- 
plaires auraient  porté  AOYKOTiKNNO  ou 
AOYKOTIKYNO  suivant  M.  Boudard',  & 
AOYKOTION  suivant  M.  de  Montégut';  je 
n'ai  pas  pu  vérifier  ces  deux  leçons. 

Je  n'ai  jamais  rencontré  non  plus  la  lé- 
gende AOYKOTIOC,  dans  laquelle  LeleucP 
reconnaissait  le  chef  LVCOTIOS  dont  le 
nom  se  lit  sur  une  monnaie  bien  moins 
ancienne,  c'est-à-dire  un  petit  bronze 
gallo-romain  des  derniers  temps.  M.  Du- 
mège^  donne  la  même  leçon,  AYKOTÎOY 
&  M.  A.  Heiss,  de  AOYKOT  qui  se  lit  sur 
un  exemplaire  du  cabinet  des  médailles, 
fait  également  AOYKOTIOC.  C'est,  je  le 
répète,  AOYKOTIKNOC  que  donne  l'exem- 
plaire le  plus  complet.  Les  caractères  qui 
forment  ce  nom,  de  même  que  la  tête  de 
Mercure  &  le  caducée,  ont  été  successive- 
ment en  dégénérant,  si  bien  qu'il  existe, 
à  la  limite,  des  spécimens  devenus  tout  à 
fait  barbares,  dans  lesquels  l'ethnique  est 
remplacé  par  des  traits  sans  signification 
&  dont  le  poids  est  beaucoup  plus  faible. 
Pour  ne  pas  charger  la  planche,  je  n'ai  fait 
graver  aucune  de  ces  dégénérations. 

Il  est  à  remarquer  que  AOYKOTIKNOC 
est  un  nom  essentiellement  gaulois.  Knos, 
ainsi  que  l'a  constaté  M.  d'Arbois  de  Ju- 

'  Op.  lauA.  p.  269. 

=■  Mêm.  de  l'Acad.  de  Toulouse,  t.  i,  pi.  V,  n.  1.2, 
'  Type  gaulois. 

•î  Édition  in-S"  de  l'Hlst,  de  Languedoc,  t.  i, 
notes. 


NOTK 

"4 


Note 
"4 


5o8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


bainville,  est  une  finale  qui  se  rencontre 
dans  un  certain  nombre  de  noms  patro- 
nymiques également  gaulois'. 

N°  4.  Buste  de  Mercure j  la  tète  est 
étroite  &  en  pointe;  le  cou  est  raide  & 
entouré  d'un  collier;  un  caducée  dans  le 
champ;  devant  le  visage,  BwKIOC.  L'aile, 
le  pétase,  les  cheveux,  ainsi  que  le  cadu- 
cée, sont  figurés  par  des  contours  perlés. 
Les  lettres  sont  bouletées. 

R.  A  peu  près  semblable  à  celui  du  nu- 
méro précédent. 

Communiqué  par  M.  Chalande,  de  Toulouse; 
bronze;  9,10;  pi.  IV,  fig.  i5. 

Il  existe  à  Narbonne  des  exemplaires 
variés  de  cette  pièce,  qui  ont  été  recueillis 
dans  les  environs  de  la  ville. 

M.  Charles  Lenormant'  avait,  d'après 
Lelewel,  admis  qu'un  exemplaire  mal  con- 
servé du  Cabinet  de  France  portait  TOTO 
derrière  la  tête,  ce  qui  aurait  donné 
TOTOBOKIOS,  nom  dans  lequel  ces  nu- 
mismatistes  reconnaissaient  le  Toutobocîo 
d'une  petite  monnaie  de  bronze  à  légende 
latine  &  beaucoup  moins  ancienne.  Mais 
je  ne  pense  pas  qu'il  y  ait  sur  la  pièce  du 
Cabinet  autre  chose  que  Bôkïos,  qui  n'est 
du  reste  que  le  nom  gaulois  bien  connu 
Bôgîos,  avec  la  substitution,  qui  n'est  pas 
sans  exemple,  de  k  ou  de  c  à  g-.  Les  bronzes 
portant  Bôkios  sont  plus  rares  que  ceux 
sur  lesquels  on  lit  Loukotîknos ;  ils  présen- 
tent également  des  dégénérations  successi- 
ves, qui  finissent  par  arriver  à  la  barbarie. 
La  plupart  des  variétés  sont  remarquables 
par  une  forme  de  tète  qui  se  rencontre  en- 
core dans  le  pays  de  Toulouse. 

Les  mots  :  Loukotîknos  &  Bôkios  ne  sem- 
blent pas  se  rapporter  à  Mercure  qui  au- 
rait eu  deux  noms  différents  sur  des  piè- 
ces semblables;  ce  sont  plutôt  des  noms 
d'homme  qui  se  sont  perpétués  sur  les 
monnaies,  pour  désigner  soit  des  fonda- 
teurs ou  des  chefs  du  peuple  des  Lon- 
gostalètes,  soit  des  Gaulois   qui   auraient 

'  Gobannl-cnos,    Toutissi-cnos,    Truti-cnos, 
Taranu-cnos,  Opplani-cnos,  &c. 
"  Rey.  num.   i858,  p.  144. 


conquis  ce  peuple  à  une  époque  où  il  avait 
depuis  longtemps  un  atelier  monétaire  & 
qui  auraient  introduit  leurs  propres  déno- 
minations dans  les  produits  de  type  grec, 
mais  déjà  dégénérés,  de  cet  atelier. 

On  a  beaucoup  écrit  sur  le  mot  ibérique, 
qui  se  voit  au  revers  des  exemplaires  déjà 
dégénérés,  à  noms  patronymiques  gaulois, 
entre  le  commencement  de  l'ethnique  grec 
&  le  trépied'.  M.  de  Lagoy'  trouvait  (en 
1841)  à  ce  mot  une  grande  analogie  avec  le 
nom  de  Béziers,  Baeterrae.  M.  Boudard', 
en  1859,  en  faisait  PTOP,  d'où  Petopi  ou 
Patopî,  &,  comme  il  avait  imaginé  de  lire 
Toulon  dans  la  partie  grecque  de  la  lé- 
gende, il  avait  cherché  dans  les  environs 
de  cette  ville  une  localité  antique  dont  le 
nom  se  rapprochât  de  Patopî,  &  s'était  du- 
bitativement arrêté  au  Patavïum  de  l'Ano- 
nyme de  Ravenne.  Cette  laborieuse  expli- 
cation avait  tout  au  moins  l'inconvénient 
de  rejeter  beaucoup  trop  à  l'est  les  mon- 
naies des  Longostalètes.  M.  A.  Heiss*, 
adoptant  l'alphabet  de  M.  de  Saulcy%  avait 
lu  PARP  ou  PAVRP,  Perpignan.  Mais  cette 
dernière  ville,  inconnue  des  auteurs  de 
l'antiquité,  est  mentionnée  pour  la  pre- 
mière fois  dans  un  diplôme  de  Charles  le 
Simple®,  &,  pour  lui  reconnaître  une  ori- 
gine antique,  il  faudrait  supposer  qu'elle 
avait  perdu  son  nom  pour  le  reprendre 
sous  les  Carlovingiens,  ce  qui  n'est  pas 
du  reste  sans  exemple.  En  outre,  contrai- 
rement à  l'assertion  de  Duchalais,  M.  E. 
Barry^  a  démontré  que  les  bronzes  des 
Longostalètes,   communs   à  Vieille -Tou- 


'  Les  inscriptions  bilingues  se  rencontrent  sur 
les  monnaies  comme  sur  les  pierres;  on  en  trouve 
en  Italie  où  la  légende  latine  est  accompagnée  de 
mots  accessoires  écrits  dans  la  langue  des  anciens 
habitants,  c'est-à-dire  en  osque  ou  en  grec. 

*  Rey,  num,  1841,  p.  88. 
'  Op.  laud.  p.  2yo. 

^  Descr.  des  monnaies  Je  l'Espagne,  t.    i,  p.  439. 
'^  Essai   de    classification    des    monnaies   autonomes 
de  l'Espagne,  Metz,   1840,  in-8'',  pi.  VI. 

*  Cf.  au  sujet  de  l'origine  de  Perpignan,  les 
publications  de  la  Société  archéologique  de  Mont- 
pellier, in-4'',  n.  17,  1848,  p.  10. 

^  Essai  d'attribution  d'une  monnaie  gauloise  iné- 
dite, in-8°,  p.  6,  note  i. 


Note 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


509 


louse  &  sur  divers  points  du  Languedoc,  la    constatation    de   leur    provenance   par 

n'ont  jamais  été  découverts  eu  certain  nom-  M.  de  Montégut'  &  l'avis  de  l'abbé  Bar- 

bre  dans  le  Roussillon.  théleniy   qui,   plus  près   de   la  vérité,    les 

En  appliquant  au  mot  P^^OP  l'alphabet  croyait    arvernes.    La    prétendue    origine 

tout  récent  de  don  Antonio  Delgado",  on  orientale  de  ces  bronzes,  acceptée  au  der- 

trouverait  PVOP.   La  question  d'attribu-  nier  siècle  par  Pellerin',  était  encore   il 

tion  est  donc  fort  douteuse,  &  il  me  suffit  y  a  quelques  années  un  véritable  article  de 

d'avoir  constaté  que   ces  bronzes  doivent  foi,  en  sorte  que  M.  de  la  Saussaye  s'est 

être  classés  parmi  les  monuments  gaulois,  bien  gardé  de  leur  donner  place  dans  la 

d'abord  parce  que  les  noms  d'homme  sont  numismatique  de  la  Narbonnaise,  &  que, 

gaulois,  ensuite  parce  que,  à  l'époque  où  si  M.  Dumège  en  a  parlé  dans  son  édition 

l'on  frappait  monnaie   dans  le  sud    de   la  de  dom  Vaissete,  c'est  que,  considérant  les 

Gaule,  les  Gaulois,  qui  s'étaient  déjà  illus-  Tectosages  des  bords  de  la  Garonne  comme 

très  par  des  conquêtes  lointaines,  jouaient  les   pères   des  Tectosages  qui  s'établirent 

sans  aucun  doute  dans  le  pays  le  rôle  pré-  en  Asie-Mineure'  &c  Toulouse  comme  la 

pondérant.  La  présence  d'un  mot  ibérique  métropole    d'Ancyre,  il    avait   cru    devoir 

dans    la  légende    grecque    n'indique  donc  faire  une  longue  note  sur  les  monuments 

pas  que  la  pièce  ait  été  frappée  chez  des  &  les  monnaies  de  la  Galatie.  On  sait  au- 

Ibères   indépendants;    c'est   ainsi   que  les  jourd'hui    que    les    bronzes    en    question 

Romains,  maîtres  de  la  péninsule,  mirent  s'exhument  assez  fréquemment  dans  le  Lan- 

plus  tard  des  mots  ibériques  à  l'usage  du  guedoc;  d'autre  part  non-seulement  on  a 

peuple,  dans  des  légendes  écrites  en  latin.  constaté*  qu'aucune  de  ces  pièces  n'exis- 
tait dans  les  collections  formées  en  Orient, 
mais  M.  Waddington  &  M.  Georges  Per- 
rot  ont  parcouru  toute  la  Galatie  sans  en 

Monnaies  en  hron^e  de  chefs  gaulois.  rencontrer  un  seul  exemplaire'.  Il  est  donc 

incontestable  que  les  monnaies  du  deuxième 

Les  monnaies  formant  le  deuxième  sous-  sous-groupe  ont  été  frappées  &  émises  sur 

groupe  sont  pour  la  plupart  connues  de-  notre  sol. 
puis  longtemps;  elles  portent  divers  noms 


DEUXIÈME   SOUS-GROUPE 


d'homme  sans  ethnique.  Aucune  d'elles 
n'est  aussi  ancienne  que  les  premiers  bron- 
zes des  Longostalètes,  c'est-à-dire  que  ceux 
à  l'ethnique,  dont  j'ai  signalé  le  beau  style 
grec;  mais,  par  contre,  les  spécimens  les 


Je  commencerai  par  le  chef  dont  les 
monnaies  ont  donné  lieu  à  la  plus  longue 
polémique. 

BITOUIOS   ou   BITOUKOS.  —  N°  i.Busto 


plus  dégénérés  de  ce  deuxième  sous-groupe  à  droite  de  bon  style,  sans  valoir  le  n°  i 

sont  meilleurs  &  par  conséquent  de  moins  des    Longostalètes.   La    tête   est   nue;    les 

basse  époque  que  plusieurs  des  monnaies  cheveux  largement   bouclés;  le  cou  épais 

au  nom  de  Loukotiknos  ou  de  Bôkios.  Leur  &  bien  accusé  ne  laisse  voir  aucune  amorce 

type  habituel  est,  au  droit,  un  buste  ca-  de  vêtement;  dans  le  champ,  à  hauteur  de 

ractérisé  par  la  présence  d'une  massue;  au  la  nuque,  une  massue  la  poignée  en  bas. 
revers,  un   lion  avec  le  nom  d'homme   à  r.    Lion    galopant   à   droite,    la   queue 


l'exergue.  Un  type  montrant  d'un  côté 
une  tète  diadémée,  de  l'autre  un  sanglier, 
n'existe  que  pour  un  seul  chef. 

Pendant  que  les  bronzes  des  Longosta- 
lètes étaient  réputés  grecs  de  Laconie,  les 
monnaies  que  je  vais  décrire  passaient 
pour  appartenir  à  des  rois  galates,  malgré 

•  Huevo  método  de  classificacion  de  las  medallas 
auîonomas  de  Espana,  Séville,   1873,  t.  1. 


pendante;   à   l'exergue,   en  deux   lignes  : 


'  Cf.  Mém.  de  l'ancienne  Académie  de  Toulouse, 
t.  I,  1782,  pp.  95  &  siiiv,  &  pi.  V. 

'  4*  vol.  suppl.   1767,  p.  92. 

^  Voir  plus  haut,  p.   i58,  note  1. 

^  Cf.  Saulcy,  Rev.  num.   i856,  pp.  3  &  suiy. 

'  Les  monnaies  Galates  qui  se  rencontrent  «n 
Orient  sont  relativement  récentes;  elles  appar- 
tiennent au  temps  de  César. 


Note 
'M 


Note 
"4 


10 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


BiTOYiOC  BACIAEYC.  Le  sigma  lunaire 
qui  termine  le  nom  d'homme  appartient 
en  môme  temps  au  mot  BACIAEYC  dont  le 
graveur  a  relevé  la  dernière  syllabe. 

Cabinet  de  Francej  bronze;  io,5o;  pi.  IV, 
fig.   i6. 

Un  bronze  semblable,  mais  de  moins  bon 
style  &  moins  bien  conservé,  du  poids  de 
11,04,  qui  appartenait  à  M.  de  Saulcy, 
semblait  avoir  les  deux  mots  complets. 

Il  existe  au  Cabinet  de  France  des  varié- 
tés sur  lesquelles  la  tète  est  à  peu  près  la 
même  ou  plus  ramassée  &  dont  les  légen- 
des sont  :  BITOYIO  BACAEYC  &  BITOYIG 
BACIAEYC. 

N°  2.  Buste  à  droite,  de  moins  bon  style 
que  le  11°  i  &  de  type  différent;  les  che- 
veux forment  des  boucles  étroites  &  nom- 
breuses; l'épaule  est  visible  &  laisse  voir 
les  plis  d'un  vêtement  qui  fait  un  sinus 
au  bas  du  cou.  En  face  de  la  nuque  l'a- 
morce d'une  massue. 

R.  Lion  galopant  à  droite;  à  l'exergue, 
en  deux  lignes  :  BITOYIOC  BACIAEY. 

Trouvé  à  Ornaisons  (Aude);  bronze;  belle  con- 
servation. Empreinte  communiquée  à  la  Commis- 
sion des  travaux   historiques  par  M.  Berthomieu. 

N"  3.  Tête  nue  à  droite,  de  bon  style; 
cheveux  formés  de  longues  mèches  tom- 
bantes; cou  nu;  le  buste  n'est  pas  indiqué; 
massue  la  poignée  en  bas. 

R.  Lion  galopant  à  droite;  à  l'exergue  : 
BiTOYKOC   BACL... 

Vieille-Toulouse;  Cabinet  de  France;  bronze; 
i3,io. 

Je  connais  une  variété  du  n°  3  dont  le 
poids  est  de  10,44'. 

Un  savant%  reprenant  la  thèse  soutenue 
au  dernier  siècle  par  Barthélémy,  a  tenté 
de  maintenir  aux  Arvernes  les  monnaies 
du  chef  B'.TOU'.cc  &  de  l'identifier  lui-même 


'  Il  existe  au  musée  de  la  ville  de  Lyon  un 
exemplaire  sur  lequel  on  a  cru  lire  RITOTAOC 
BACIAKVC;  mais  un  examen  attentif  m'a  fait  re- 
connaître que  le  A  est  un  K  dont  la  partie  supé- 
rieure est  mal  venue  sous  le  coin. 

^  Charles  Lenormant,  Rcy.  num,  i858,  pp.  121 
&  124. 


avec  Bituitus  ou  Betultus",  le  chef  qui  ré- 
sista aux  armées  romaines  de  Domitius 
^nobarbus  &  de  Q.  Fabius  Maximus. 
Cette  attribution  était  justifiée  aux  yeux 
de  l'auteur  par  le  mot  latin  B'touio;  qui 
se  serait  reconnu  sur  un  statère  de  type 
arverne;  mais  cette  lecture  est  plus  que 
problématique.  Les  bronzes  de  JV.touio? 
communs  en  Languedoc,  ne  se  rencon- 
trent pas  en  Auvergne  &,  lors  mém-e  qu'ils 
appartiendraient  au  temps  de  la  domina- 
tion arverne,  il  ne  faudrait  pas  moins  y 
reconnaître  un  type  méridional,  propre 
aux  Gaulois  qui  habitaient  les  contrées 
auxquelles  correspond  le  Languedoc,  car 
le  caractère  de  la  suprématie  exercée  suc- 
cessivement, dans  les  Gaules,  par  certains 
peuples,  ne  ressemblait  nullement  à  une 
conquête  &,  suivant  toute  apparence,  n'an- 
nulait pas  l'autonomie  administrative  des 
cités  dominées;  on  croit  même,  d'après  les 
médailles,  que  les  clients  8c  les  cités  se- 
condaires, qui  participaient  aux  ligues  mo- 
nétaires, conservaient  une  partie  de  leur 
type.  Tout  ce  qu'on  peut  dire,  au  sujet  de 
BtTC'j'.oc  ou  BiTOuxoc,  c'est  qu'on  y  retrouve 
le  mot  celtique  bien  connu  BITV. 

Il  existe  au  Cabinet  de  France  une  pièce 
de  l'ancien  fonds,  à  peu  près  de  même  type 
que  le  n"  i  &  dont  le  poids  est  de  10,62. 
Elle  porte  à  l'exergue  BITOYIOTOfO  on 
BITOYIOrOrO,  &  paraît  être  la  pièce  que 
M.  Dumège  a  décrite  &  fait  graver"  &  à 
laquelle  il  attribuait  une  origine  orien- 
tale. On  considère  au  Cabinet  de  France 
la  légende  de  ce  bronze  comme  refaite;  je 
me  borne  simplement  à  le  citer  pour  mé- 
moire. 

CATANTOLOS.  —  N"  I.  Buste  à  droite, 
d'un  style  assez  large,  rappelant  l'art  grec; 
le  sommet  de  la  massue  apparaît  à  la  hau- 


'  B'.Tut-of,  Strabon,  Geogr.  4,  ch.  2,  3,  &  B(tu(ç, 
Posidonius  dans  Athénée,  iv.  Eusèbe,  Chronologie, 
donne  Vetuhus,  &  les  tables  de  marbre  du  Capi- 
tule Betultus-^  Appien  avait  adopté  [Ccltïc.  p.  12) 
la  forme  B'-toïtoç,  sans  doute  par  analogie  avec  le 
chef  celte  qui  donna,  en  65,  la  mort  à  Mithridate 
(Appien,  Mithridate,  117;  Tite-Live,  ch.   102). 

^  Edit.  in-8°  de  VHist.  de  Languedoc,  t.  i,  notes, 
p.  620. 


Note 
114 


Note 
"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


teiirdu  cou,  comme  si  elle  était  appuyée 
sur  l'épaule  gauche  qu'on  ne  voit  pas.  Le 
tout  est  renfermé  dans  un  grènetis. 

R.  Lion  galopant  à  droite,  la  queue 
pendante;  à  l'exergue,  en  deux  lignes  : 
KAIANTOAOY  BA2IA. 

Ancienne  coll.  de  la  Saussayej  bronze;  12,70; 
pi.  IV,  fig.  17. 

N°  2.  Pièce  à  peu  près  semblable,  mais 
où  la  massue,  placée  verticalement,  se  dé- 
tache du  corps,  tandis  qu'au  revers  les 
deux  O  de  Kaiantolou  n'ont  que  moitié  de 
la  hauteur  des  autres  lettres. 

Cabinet  de  France;  bronze;  10,37. 

N"  3.  Autre  où  la  tête  est  beaucoup  plus 


gauloise  aussi  bien  en  Orient  qu'en  Occi- 
dent". Je  rappellerai  ce  que  j'ai  dit,  il  y  a 
trente-deux  ans%  de  cette  manière  de  voir 
qui  était  alors  fort  répandue.  La  consti- 
tution de  notre  Gaule,  telle  qu'on  peut  la 
rétablir  sur  les  témoignages  anciens,  ne 
comportait  pas  l'adoption  d'un  emblème 
unique.  Plusieurs  animaux,  diverses  plan- 
tes &  des  objets  de  toutes  sortes  figurent 
sur  les  monnaies  de  nos  pères,  &  le  cheval 
plus  souvent  que  le  sanglier'. 

RIGANTICOS.  —  N"  I.  Buste  à  droite; 
nez  très  en  saillie,  front  fuyant,  menton 
pointu;  la  tète,  couverte  de  boucles  cour- 
tes, est  jetée  en  arrière,  en  sorte  que  les 
derniers  cheveux  touchent  l'épaule;  celle- 


NoTB 

114 


petite  &  où  l'on  voit  en  face  du  cou  l'a-      ci  est  figurée  par   une   demi -sphère   c(ue 


morce  du  vêtement;  la  massue  est  placée 
la  poignée  en  haut. 

Coll.  Charles  Robert;  bronze;  9,90. 

C'est  au  chef  Caiantolos  qu'appartien- 
nent les  bronzes  au  type  du  sanglier.  En 
voici  la  description  : 

N°  4.  Profil  féminin;  cheveux  contour- 
nés &  relevés  vers  le  sommet  de  la  tètej  le 
front  orné  d'un  diadème,  le  cou  d'un  rang 
de  perles;  devant  le  visage  :  KAIANTOA; 
grènetis. 

R.  Sanglier  passant  à  droite;  au-dessus 
de  lui  trois  points  numéraux;  à  l'exergue  : 
BA2IAEn2.  Le  sigma  final,  de  forme  an- 
cienne, est  placé  au-dessus  du  trait  hori- 
zontal qui  marque  le  sol. 

Cabinet  de  France;  bronze;  flan  mince;  petit 
diamètre;  deux  exemplaires;  5,3o  &  5,84;  pi.  IV, 
fig.   18. 

Autre,  même  diamètre,  mais  flan  plus 
épais. 

Cabinet  de  France;  bronze;  8,84. 

Cette  jolie  pièce  est  assez  commune;  il 
y  a  des  exemplaires  sur  lesquels  le  dia- 


contourne  le  vêtement;  le  cou  n'est  ainsi 
visible  qu'en  avant.  Derrière  la  tête  une 
massue  verticale,  la  poignée  tournée  en 
haut. 

R.  Lion  galopant  à  droite,  battant  l'air 
de  sa  queue;  à  l'exergue,  entre  deux  traits, 
PirANTIKOC. 

Coll.  Charles  Robert;  bronze;  9,3.5. 

Cette  pièce,  fleur  de  coin,  la  seule,  à  ma 
connaissance,  dont  la  légende  soit  com- 
plète, m'a  été  cédée  trop  tard  pour  être 
gravée. 

N"  2.  Buste  à  droite;  la  tète  est  verticale, 
dans  la  position  naturelle;  le  profil  est 
moins  en  saillie;  l'épaule  n'est  pas  visi- 
ble; le  cou  est  à 'peu  près  supprimé;  des 
traits  fort  raides  indiquent  le  commence- 
ment du  vêtement. 

R.  Lion  galopant  h.  droite;  à  l'exergue 
PirANTIKO. 

Cabinet  de  France;  trouvée  à  Pézénas;  bronze; 
9,25;  pi.  IV,  fig.   19, 

N"  3.  Buste   à  droite;  la   tête   est  plus 


dème  n'existe  pas;  Pellerin  en  connaissait      large  que  la  précédente;  l'oreille  est  très- 


une  portant  en  toutes  lettres  KAIANTO- 
AOY'. 

M.  de  la  Saussaye,  au  sujet  de  ce  bronze, 
qu'il  croyait  frappé  en  Galatie,  a  prétendu 
que  le  sanglier  était  l'emblème  de  la  nation 

'  Cf.  aussi  Mcm.  de  l'Acad.  de  Toulouse,  1782, 
pi.  V,  fig.  22. 


grande  &  tout  à  fait  de  la  forme  de  l'objet 
qui  se  voit  dans  les  cantons  des  monnaies 
à  la  croix  gravées  sous  les  n"'  10,  11  &  12 

'  Revue  num.  1840,  p.  260  &  pi.  XIX,  n.  10. 
'  Cf.    Commission    historique  du    département  du 
Nord,  20  avril   1844. 

'  Voir  plus  haut,  p.  4^9. 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


(le  la  planche  I.  Les  cheveux,  au  lieu  d'être 
formés  de  boucles  détachées,  se  composent 
de  courbes  dentelées  qui  suivent  la  forme 
de  la  tête.  La  massue  est  tournée  la  poi- 
gnée en  bas. 

R.  Lion  galopant  à  droite;  à  l'exergue 
PirANTIK.. 

Coll.  Charles  Robert;  bronze;  9,97. 

N°4.  Buste  à  droite;  cheveux  en  boucles 
détachées;  l'oreille   comme   au   11°   3;   l'é- 


conservé  de  l'un  des  numéros  précédents, 
avaient  fait  inventer,  par  Mionnet',  les 
chefs  Gaticus  &  Vanticus\ 

Brono^es  douteux.  —  Un  bronze  du  Cabi- 
net de  France,  au  type  du  lion,  comme 
les  précédents  &  évidemment  de  même 
origine,  porte  à  l'exergue  :  ...AMYTOY; 
un  autre,  donné  par  M.  Dumège%  yAMY- 
T02  BACIA.  Ces  deux  monnaies,  si  elles 
étaient   authentiques,    feraient   connaître 


Note 
114 


paule  représentée  par  une  demi-sphère;  le      un  chef  nouveau  ayant  pris  un  nom  grec; 


vêtement  forme   devant  le  cou    un   sinus 
très-avancé  &  en  pointe. 

R.  Lion  galopant  à  droite;  à  l'exergue 
.TATIKO. 

Cabinet  de  France;  bronze;  8,89. 
Le  N  a  disparu  à  l'exergue,  soit  par  ou- 
bli du  graveur,  soit  plutôt  par  anousvâra'. 

Les  bronzes  de  Rigantikos  sont  de  style 
assez  médiocre  &  moins  anciens  que  les 
premiers  spécimens  du  monnayage  au  nom 
de  Kaiantolos.  11  en  existe  des  variétés, 
plus  médiocres  encore  d'exécution,  dont  le 
poids  ne  dépasse  guère  huit  grammes. 

M.  de  Lagoy  a  publié,  en  1839,  dans  la 
Revue  numismatique,  comme  monnaie  d'un 


mais  leurs  légendes  semblent  refaites;  je 
pense  donc  qu'il  faut  les  laisser  parmi  les 
pièces  suspectes  jusqu'à  ce  qu'une  trou- 
vaille soit  venue,  contre  toute  attenter, 
leur  constituer  un  acte  de  naissance. 


TROISIEME   SOUS-GROUPE 
Monnaies  attr'ihuées   à  Bé'^'ters. 

Les  monnaies  suivantes,  dont  il  existe 
de  nombreuses  variétés,  de  style  plus  ou 
moins  médiocre,  se  rencontrent  comme 
les  autres  dans  le  Languedoc.  Elles  se  rat- 
tachent étroitement  par  leur  type  général, 
aussi  bien  que  par  le  dispositif  de  leur  lé- 
Galate  d'Asie,  un  bronze  au  type  du  n°  2,  gende,  aux  bronzes  du  deuxième  sous- 
dont  la  dernière  lettre,  qui  n'était  pas  vi-  groupe, 
sible,  devait  être,  suivant  lui,  un  Y«  L'exis- 
tence d'un  spécimen  complet,  le  n°  i,  rend 
le  nominatif  plus  probable.  Millingen,  au- 
quel l'exemplaire  de  M.  de  Lagoy  avait  été 
communiqué  %  n'admettait  pas  PlfANTI- 
KOY,  qui  ne  lui  semblait  pas  gaulois  & 
proposait  BPirANTIKOY,  où  il  retrouvait 
à  la  fois  le  nom  de  lieu  Brigantium  &  le 
nom  d'homme  Briganticus  cité  par  Tacite'. 
Il  est  incontestable  qu'il  n'y  a  aucune  let- 
tre avant  le  p,  &  d'ailleurs  Rigantikos  est 
parfaitement  gaulois^. 

Le  bronze  n°  4  8c  un  exemplaire  mal 


'  Cf.  A.  de  Longpérier,  lîevae  «am.  1864,  p.  844. 

'  Revue  num.  1  889,  p.  19. 

'  Hist,  1.  2,  c.  21. 

■*  Cf.  Zeiiss,  Gramm,  celt,  2"  éd.  p.  99,  &  d'Ar- 
bois  de  Jubainville,  Archives  des  missions  scientifi- 
ques, 3"  série,  t.  i,  p.  53o,  qui  donnent  l'un  8c 
l'autre  le  radical  regant;  or  on  sait  que  le  e  & 
le  i  se  permutent  fréquemment. 


N"  I.  Buste  à  droite,  une  main  élevée  à 
la  hauteur  du  visage,  les  cheveux  terminés 
sur  le  cou  par  une  sorte  de  queue  étroite 
&  dont  la  courbure  est  en  dehors;  c'est 
une   coiffure   caractéristique   qui  se   ren- 

'  T.  4,  p.  406,  &  suppl.  t.  7,  p.  657. 

'  L'exemplaire  où  Mionnet  lisait  Vanticus  avait 
été  publié  par  Fierez  (pi.  LI,  n.  6)  comme  ap- 
partenant à  Anticaria  ;  cet  auteur  reconnaissait 
néanmoins  que  le  style  de  la  pièce  n'était  nulle- 
ment espagnol.  Cf.  Don  A.  Delgado,  Nuevo  mc- 
todo  de  classificacion  de  las  medallas  autonomas  de 
Espana,  1873,  t.   1,  p.  xxxiii. 

^  M.  Dumège  (éd.  in-S"  de  VHist.  de  Languedoc, 
t.  I,  pi.  X,  fig.  3)  déclare  que  cette  pièce  est  galate, 
mais  son  type  la  rapporte  à  notre  Gaule.  On  sait 
d'ailleurs  que  Brogitarus,  qui  vivait  seulement  à  la 
fin  de  la  République  &  qui  acheta  le  titre  de  roi 
en  696,  est  le  seul  Galate  auquel  on  attribue  incon- 
testablement aujourd'hui  des  monnaies.  Cf.  Mom- 
msen,  Hist.  de  la  monn,  romaine,  trad.  t.  3,  p.  3i3. 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


5i3 


contre  fréquemment  sur  les  monnaies  des  Les  bronzes,  dont  je  viens  de  citer  quel- 
autres  parties  de  la  Gaule.  Derrière  la  tète  ques  variétés,  sont  attribués  à  Béziers  de- 
une  massue,  la  poignée  en  haut.  puis  le  temps  de  Pellerin.  Duchalais  seul', 

R.  Lion  galopant  à  droite  &  battant  l'air  qui  ne  connaissait  pas  les  publications  ton- 
de sa  queue;  dans  le  champ,  au-dessus  de  lousaines',  contestait  encore  la  provenance 
l'animal,  une   sigle   ayant  à   peu   près   la  de  ces  monnaies  &  les  croyait  orientales, 
forme    d'un    kappa    ou    d'un    digamma;    à  BHTAPPATIC,  équivalent  par  iotacisme 
l'exergue  :  BHTAPPATI.  de    BHTAPPATHC,  est   une    forme   adjec- 

CabinetdeFrance;  bronze;  9,i8i  pi.  IV,  fig.  20.  tive  au   nominatif  singulier,  tirée  du  nom 

de  la  ville,  Ha-i-rs^ca',   lîa-Tappx*,    Ha-.-rîpa'.  % 

N°  2.  Pièce  à  peu   près  semblable  à  la  Baeterrae'''  &  Betarrae''.  Ce  n'est  qu'à  la  fin 

précédente,  mais  au  revers  de  laquelle  on  du  troisième  siècle  qu'on  trouve  Besara*^ 

distingue  nettement,  après  le  |^  la   panse  acheminement  à  l'orthographe  moderne', 

d'une  lettre,  qui  paraît  être  un  sigma  lu-  C'est  ainsi  que  "Avy.apa  fait,  à  l'ethnique, 

naire,   si   bien    que   la   légende   complète  'AYy.apaTir;; ;  AiYetpa-AiYSipiTr;;;  "Aoava-'Acx- 

serait  BHTAPPATIC.  v(rr,ç,  &c.  Il  est  vrai  que  les  médailles  de 

Cabinet  de  France;  bronze;  8,3i.  la  Grèce  OU  des  pays  grécisés,  lorsqu'elles 

ne  donnent  pas  le  nom  de  la  ville,  portent 

N"  3.  Même  type  au  droit,  mais  exécu-  presque  toujours  l'ethnique  pluriel,  soit 

tion  plus  barbare;  les  cheveux  sont  repré-  au  génitif,  ce  qui  est  le  plus  fréquent'", 

sentes   par   de    simples    traits    parallèles,  soit  au  nominatif"  ;  mais  le  nominatif  sin- 

inscrits  entre  le  front  &  une  courbe  enve-  gulier  masculin  n'est  pas  sans  exemple;  on 

loppante,  dont  l'extrémité  inférieure  se  le  trouve  à  Catane  &  à  Neapolis".  Eckhel" 
relève  en  crochet,  à  la  hauteur  du  cou.  Le 


Note 
"4 


haut  du  vêtement  est  orné  de  perles. 

R.  Lion  au  galop;  la  jambe  de  devant 
est  attachée  au  corps  par  une  sorte  de  S 
très  en  saillie.  Au-dessous  de  l'animal,  en- 
tre deux  barres  horizontales  :  .HTAPP.... 

Trouvé  aux  environs  de  Narbonne;  communi- 
qué au  Comité  des  travaux  historiques  par  M.  Ber- 
ihomieu. 

Bon  nombre  des  bronzes  du  troisième 
sous-groupe  se  rapprochent  tout  particu- 
lièrement par  leur  style  de  la  pièce  por- 
tant PirANTIKOC. 

Sur  un  des  exemplaires  appartenant  au 
cabinet  de  France,  le  kappa  ou  le  digamma 
est  lié  à  une  sorte  de  M.  Les  sigles  de 
cette  nature,  fréquentes  dans  le  champ  des 
monnaies  antiques,  sont  difficiles  à  inter- 
préter, lorsqu'on  est  sevré  de  toute  don- 
née historique'. 


'  Charles  Lenormant  (Revue  num.  i858;  p.  i56 
81  pi.  IV,  fig.  -)  reconnaissait  dans  cette  ligature 
les  lettres  latines  :  F,  L,  M,  d'où  il  faisait  Vonteiui 
hegatus  M.anii.  La  pièce  aurait  alors  été  frappée 
par  Lucius  Fonteius,  parent  &  légat  de  Manius 
Fonteius;  mais  les  bronzes  du  septième  groupe  ne 
portent  que   des    légendes    grecques    &.   appartien- 


nent, comme  on  le  verra  plus  loin,  à  une  époque 
antérieure  à  l'administration  du  célèbre  préteur 
(77  à  75  avant  J.-C).  D'ailleurs,  le  monogramme, 
fùt-il  latin  &  composé  des  lettres  F,  L,  M,  on  ne 
saurait  accepter  la  leçon  de  M.  Charles  Lenor- 
mant, aujourd'hui  qu'on  a  mieux  étudié  les  déno- 
minations chez  les  Romains  &  la  manière  dont 
elles  s'abrégeaient.  En  effet,  Lucius  Fonteius  ne 
pouvait  être  reconnu  à  l'initiale  de  son  gentill- 
c'tum;  quant  au  préteur,  il  n'était  pas  désigné  non 
plus  par  son  prénom,  car  le  prénom  ne  suffit  que 
s'il  s'agit  d'un  père.  D'ailleurs  Manius  ne  s'expri- 
mait pas  par  la  lettre  M,  mais  par  la  sigle  M'. 
(V^oir  les  médailles  de  la  famille  Fonteia,  Cohen.) 

'  Catalogue,  p.  84. 

'  Cf.  Mém,  de  l'ancienne  Académie  de  Toulouse, 
ij8i,  art.  de  M.  de  Montégut. 

'  Strabon,  Géogr.  1.  4,  c.   1,  6. 

*  Etienne  de  Byzance,  ad  verb, 
'  Ptolémée,  1.  2,  ch.   10,  9. 

*  Pomponius  Mêla,  1.  2,  c.  5. 
'  Pline,  1.  3,  c.  4. 

*  Festus  Aviénus,  Ora  maritima,  v.  Spp. 
'  Saulcy,  Revue  archéol.   1867,  p.  87. 

'°  Voir  plus  haut,  p.  492. 

"  Cf.  les  médailles  de  Syracuse,  sur  lesquelles  ou 
lit  quelquefois  :  ïrPAKOÏlOI. 

"  On  rencontre  aussi  le  nominatif  singulier  neu- 
tre :  BKÏilIKON,  TEPi:iKON,  &  le  génitif  singulier 
masculin  :  IJVBAOV. 

"  Doct.  num.  t.  1,  p.  xcvi. 


II. 


3î 


Note 
1.4 


014 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


considère  même  la  présence  de  l'etlinique 
singulier  dans  une  légende  comme  une 
preuve  d'ancienneté  de  la  monnaie. 

Le  mot  BHTAPPATIC  occupant  à  l'exer- 
gue la  place  du  nom  d'homme  dans  les  au- 
tres bronzes  au  type  du  lion,  on  est  porté 
à  se  demander  si  cette  épithète,  le  Beter- 
rate,  ne  se  rapporte  pas  aussi  à  une  per- 
sonnification masculine,  &  peut-être  à 
Hercule  dont  le  buste  se  voit  au  droit; 
mais  je  ne  connais  guère  d'exemple  d'un 
surnom  de  dieu  ou  de  déesse  inscrit  seul 
sur  le  flan;  si  riEPPAlA  est  le  surnom  d'A- 
thénée à  Perga,  l'ethnique  est  précédé  dans 
la  légende  par  le  nom  de  la  déesse;  à  An- 
dires  la  monnaie  porte  :  OEA  ANAIPHNH; 
enfin,  à  Methymne,on  trouve  l'adjectif  seul 
au  nominatif  singulier  masculin  comme  à 
Béziers,  mais  c'est  une  tète  féminine,  celle 
de  Pallas,  qui  est  placée  dans  le  champ  de 
la  pièce.  BHTAPPATIC  est  donc  un  ethni- 


J.-C,  les  bronzes,  du  module  même  des 
nôtres,  frappés  au  quatrième  siècle  à  Sa- 
lapia,  en  Apulie",  les  pièces  de  Capoue  k 
légende  osque'',  &  les  monnaies  bien  con- 
nues du  tyran  d'Agrigente,  qui  donna  son 
nom  vers  280  à  la  ville  de  Phintias'. 

De  l'âge  de  leurs  modèles,  on  peut  coU"- 
dure  que  les  bronzes  des  Longostalètes  & 
que  ceux  au  lion  ou  au  sanglier  ont  été 
mis  en  circulation,  dans  le  midi  de  la 
Gaule,  à  une  époquç  fort  ?incienne;  les 
premiers,  à  en  juger  par  leur  style  d'abord 
remarquable,  puis  successivement  dégé- 
néré, ont  commencé  plus  tôt  &  duré  plus 
longtemps.  Fixer  des  dates  précises  pour 
le  début  de  ces  monnayages  &  surtout  pour 
leur  fin  est  chose  impossible.  On  peut  dire 
seulementque  les  bronzes  de  grand  module, 
rendus  par  le  sol  du  Languedoc,  y  ont  fait 
leur  apparition  vers  la  fin  du  quatrième 
siècle  ou  au  troisième,  à  l'époque  où  les 


Note 
114 


que  localisant  la  monnaie  suivant  l'usage      hommes  de  race  celtique,  que  les  historiens 


général  &  pas  autre  chose. 

Observations  générales  sur  le  septième 
groupe.  —  Le  type  des  bronzes  au  lion  qui 
forment  le  deuxième  sous-groupe  &  le 
troisième  est  emprunté  au  monde  grec, 
comme  l'image  de  Mercure  &  le  trépied 
qui  caractérisent  les  monnaies  des  Lon- 
gostalètes. Il  suffit,  pour  s'en  convaincre, 
de  consulter  le  bronze  de  Hieron  II,  roi  de 


nomment,  dès  lors,  plus  particulièrement 
raXiiat,  avaient  incontestablement  pris  la 
haute  main  sur  le  littoral  méditerranéen 
de  la  Gaule,  si  longtemps  disputé  par  tant 
de  peuples  de  diverses  origines,  venus  par 
terre  ou  par  mer. 

Quant  à  la  limite  inférieure  de  la  pé- 
riode d'émission  des  bronzes  du  septième 
groupe,  elle  ne  saurait  être  déterminée, 
même  approximativement.  Les  trouvailles, 


Syracuse',  &  celui  de  Perdiccas,  l'un  des  qui  seules  à  peu  près  peuvent  servir  de 

prétendants  à  la  succession  d'Alexandre  le  critérium,    induisent    souvent    en    erreur 

Grand.  Le  lion  à  allures  vives,  tel  qu'il  se  lorsqu'elles   ne  sont  pas  assez  nombreu- 

voit  sur  les  pièces  de  Riganticos,  rappelle  ses    pour   se    contrôler   l'une    l'autre,   car 

plus  particulièrement  les  monnaies  de  Ly-  non-seulement  les   types  se  perpétuaient 

simachia%  ville  fondée,  suivant  Pausanias,  dans  les  ateliers  de  l'antiquité,  témoin  la 

par  un   autre  général   d'Alexandre,  Lysi-  chouette  archaK{ue  d'Athènes  qui  se  re- 

maque,  qui  lui  succéda  en  Thrace.  produisit  si  longtemps,  mais  même  le  nu- 

Le  type  du  sanglier,  qui  se  voit  sur  une  méraire,  lorsqu'on  en  fivait  abandonné  le 


des  monnaies  de  Kaiantolos,  est  au  moins 
aussi  ancien  que  celui  du  lion,  en  Grèce, 
en  Asie,  en  Italie  &  en  Sicile.  Pour  ne 
parler  que  de  ces  deux  derniers  pays,  je 
signalerai  les  tétradrachmes  unifaces  d'E- 
trurie  que  quelques  savants  ne  font  pas 
remonter  moins  qu'au  sixième  siècle  avant 

'  Mionnet,  Supp,  n.  63o. 

'  Pellerin,  Rec.  dcméd.  t.  2,  p.  197,  pi.  XXXIV, 
%.   25. 


type  dans  les  ateliers,  continuait  souvent 
à  circuler'';  ou  bien  des  générations  suc- 


•  Pellerin,  t.  i,  pi.  IV,  fig.  46. 

'  Samboa,  Méd,  de  la  preiqu'île  italique^  1871, 
p.   170. 

^  Mionnet,  n.  iij,  81  Torremiizga,  Numm,  vet, 
Stciliae,  pi.  CVII,  fig.    1   à  5. 

■*  On  sait  que  les  bronzes  roinains  étaient  encore 
aux  mains  des  Arabes  au  moment  de  la  conquête 
de  l'Algérie, 


NOTK 

"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


5i5 


cessives  apportaient  leur  offrande  dans  des 
sanctuaires  &  y  constituaient  des  trésors 
composés  de  pièces  de  divers  âges,  n'ayant 
([\ie  peu  circulé  &  paraissant  aujourd'hui 
émises  en  même  temps". 

La  détermination  des  ateliers  d'où  sont 
sorties  les  monnaies  du  septième  groujîe, 
autres  que  celles  portant  BHTAPPATIC, 
est  encore  plus  difficile  que  l'appréciation 
de  leur  âge.  On  a  vu,  en  effet,  qu'on  n'a- 
vait pas  encore  déterminé  d'une  manière 
certaine  où  se  trouvaient  les  Longosta- 
lètes;  quant  aux  monnaies  au  type  du  lion 
&  à  noms  d'hommes,  auxquelles  se  rattache 
par  une  légende  commune  la  pièce  portant 
un  sanglier,  on  peut  seulement  conjectu- 
rer qu'elles  appartiennent  à  la  partie  du 
Languedoc  voisine  de  la  Méditerranée, 
d'abord  parce  qu'elles  sont  semblables  au 
bronze  que  l'on  attribue  à  Béziers,  ensuite 
parce  que  c'est  surtout  chez  les  peuples 
du  littoral  qu'ont  dû  se  répandre  les  types 
monétaires  de  la  Sicile  &  des  contrées 
d'outre-mer;  mais  il  n'y  a  rien  de  certain  à 
ce  sujet,  &  les  ateliers  ont  pu  à  la  rigueur 
se  trouver  sur  d'autres  points  du  Langue- 
doc, car  tout  le  monde  sait  que  les  proto- 
types venaient  souvent  de  loin,  témoin  le 
statère  de  Macédoine  servant  de  modèle 
aux  statères  gaulois  qui  se  rencontrent  dans 
le  centre  de  la  France.  Dans  l'hypothèse 
où  les  bronzes  du  deuxième  sous-groupe 
appartiendraient  aux  contrées  méditerra- 
néennes, on  ne  saurait  hésiter  à  les  classer, 
comme  l'a  fait  M.  de  Saulcy,  à  Narbonne 
même;  seulement  il  ne  faudrait  pas  admet- 
tre alors  qu'aucune  d'elles,  même  la  plus 
dégénérée,  fût  postérieure  à  l'an  ii8  avant 
J.-C,  car  on  a  vu  plus  haut  que,  sous  la 
République,  la  fabrication  monétaire  au- 
tonome ou  locale,  cessait  entièrement  & 
de  plein  droit  dans  toute  ville  devenue  co- 
lonie romaine.  Narbonne  a  eu,  dans  la  plus 
haute  antiquité,  une  grande  importance; 

'Telle  est  la  trouvaille  de  Boiirbonne  qui  com- 
prenait des  monnaies  antérieures  à  César  &  des 
n\onnaiej  contemporaines  d'Honorius.  J'ai  assisté 
en  Orient  à  des  fouilles  qui  ont  fait  découvrir, 
dans  la  même  maison,  des  monnaies  grecques  an- 
térieures à  l'Empire  8t  des   pièces  byzantines. 


c'est  dans  son  port  qu'on  embarquait,  les 
produits  de  la  Gaule  venus  par  terje,  & 
ceux  de  l'île  de  Bretagne  apportés  par  la 
Garonne  &  qu'un  court  transit  à  dos  de 
bêtes  de  somme  jetait  facilement  dans 
l'Aude.  Les  habitants  de  Narbonne,  unis 
par  le  commerce  à  la  Grèce  &  surtout  à 
ses  colonies  occidentales,  devaient  tout 
naturellement  connaître  le  numéraire  de 
ces  contrées  &  créer,  par  l'adoption  de 
son  type,  un  signe  d'échange  de  facile  cir- 
culation. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  septième  groupe 
comporte  avec  lui  une  donnée  très-impor- 
tante, en  présence  de  la  rareté  &  de  l'in- 
certitude des  documents  écrits,  à  savoir 
qu'une  race  gauloise,  caractérisée  par  les 
noms  de  ses  chefs  ou  de  ses  héros,  domi- 
nait sur  le  golfe  de  Narbonne  ou  en  ar- 
rière, à  une  époque  très-reculée,  lorsque 
le  littoral  appartenait,  du  côté  de  l'orient, 
aux  Grecs  de  la  Massaliétide,  &  au  sud- 
ouest,  au  delà  du  promontoire  pyrénéen, 
à  d'autres  Grecs  fixés  en  Ibérie.  Si  mainte- 
nant nous  envisageons  la  beauté  de  quel- 
ques-uns des  bronzes  qui  ont  été  décrits 
plus  haut,  nous  en  conclurons  que  ces 
Gaulois  avaient  une  civilisation  avancée, 
prise  au  monde  hellénique,  &  qui  avait 
déjà  décru  lorsque  la  répu])lique  romaine 
mit  le  pied  sur  le  sol  de  la  Transalpine'. 

HUITIÈME    GROUPE 

DUONZES    A     LÉGENDES     inÉIlIQUEr. 

Il  existe  des  bronzes  à  légendes  tracées 
en   caractères   ibériques  '  qui   se   rencon- 

'  Voir  plus  haut,  p.  462,  &  Strabon,  1.  4,  c.  i, 
p.  2. 

'  Les  monnaies  découvertes  en  Espagne,  &  sur 
lesquelles  se  reconnaissent  les  mêmes  caractères, 
reçoivent  ordinairement  le  nom  de  celtibériennes, 
parce  que  les  deux  principaux  peuples  de  ce  pays 
étaient  les  Ibères  8c  les  Celtes,  &  que  les  anciens 
eux-mêmes  appelaient  Celtibérle  une  partie  de  la 
péninsule.  Si  j'emploie  simplement  l'épithète  iic- 
r'i<jues  pour  désigner  ces  pièces  &  celles  du  huitième 
groupe,  c'est  que,  suivant  M.  A.  Heiss  {Op.  laud. 
p.  4  8c  f)),  les  premières  se  rencontrent  précisément 
là  où  les  Ibères  étaient  restés  en  majorité  8c  qu'il 
n'est  pas  démontré  que,  sur  le  territoire  de  Lan- 


NOTE 

114 


Note 
114 


5l6 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


trent  fréquemment  dans  la  contrée  à  la- 
quelle est  consacré  cet  article  &  dont, 
suivant  M.  A.  Heiss,  la  présence  n'aurait 
pas  été  signalée  jusqu'à  ce  jour  dans  les 
trouvailles  faites  en  Espagne.  Ces  bronzes 
appartiendraient  donc  à  quelqu'un  des 
peuples,  ibères  d'origine,  qui  s'étaient  ins- 
tallés au  nord  des  Pyrénées  &  sur  le  litto- 
ral. Les  plus  communs  portent  d'un  côté 
une  tête  de  femme,  de  l'autre  un  taureau 
bondissant;  quelques-uns,  &  ce  sont  les 
plus  rares,  montrent  au  revers  un  hippo- 
campe. 

Voici,  comme  spécimens,  trois  variétés 
du  premier  type  &  un  exemplaire  du  se- 
cond". 

N°  I.  Tète  de  femme  à  droite;  devant  le 
visage,  P\,  sigle  qui  paraît  indiquer  la  va- 
leur de  la  pièce. 

R.  Taureau  bondissant;  au-dessus  de  lui 
une  couronne;  à  l'exergue  :  POr'A'+^H. 

Cabinet  de  France  j  bronze  j  pi.  IV,  fig.  21. 

Cette  monnaie,  dont  il  existe  plusieurs 
variétés,  se  rencontre  assez  fréquemment 
dans  la  Narbonnaise  &  dans  les  environs 
de  Béziers.  Suivant  M.  Boudard  (p.  266), 
on  devrait  y  lire  Poiaitz  &  Poathze,  &  l'at- 
tribuer à  l'une  des  villes  des  Bebryces, 
peut-être  à  celle  qu'Aviénus"  nomme  Po- 
lygium;  suivant  M.  A.  Heiss  (p.  487),  la 
légende  la  plus  complète  donne  Bricitze, 
Bebryces^  &  peut-être  même  Béziers. 
M.  H.-G.  Phillips^  qui  ne  paraît  pas  con- 
naître l'ouvrage  de  M.  A.  Heiss,  &  qui  ad- 
met généralement  les  leçons  de  M.  Bou- 

gtiedoc,  les  Longostalètes,  peuple  inconnu,  mais 
qui  paraît  bien  indo-européen,  &  les  hommes  in- 
contestablement gaulois  qui  signaient,  les  uns  8c 
les  autres,  les  bronzes  du  septième  groupe,  aient 
participé  à  la  fabrication  de  ceux  du  huitième. 

'  M.  Boudard  &  M.  A.  Heiss  ont  fait  graver 
dans  leurs  ouvrages  toutes  celles  des  monnaies 
ibériques,  qui  sont  considérées,  jusqu'à  preuve  du 
contraire,  comme  frappées  au  nord  des  Pyrénées. 

'  Ora  maritlma,  v.6i3. 

'  Voir  plus  haut,  p.  463,  un  passage  concernant 
I«s  Bebryces. 

*  Iber'ischer  Ursprung  von  Stammes-und  St'dJtena- 
men  im  Sûdl.  Gallien,  Mém.  de  l'Acad.  de  Vienne, 
iTyi,  LW!!*^  volume,  p.  409  &  410. 


dard,  propose  Pézénas,  faisant  remarquer 
que  cette  ville  n'est  pas  éloignée  de  Béziers. 
On  arriverait  à  une  tout  autre  lecture  si 
on  appliquait  l'alphabet  &  les  règles  po- 
sées par  M.  A.  Delgado  qui,  s'il  n'est  pas 
un  philologue  de  profession,  a  l'avantage 
d'être  venu  le  dernier". 

N"  2.  Tête  de  face,  à  droite.  Devant  le 
visage  1^1. 

R.  Taureau  bondissant;  au-dessus  de  lui 
une  couronne;  sous  ses  pieds  &  en  une 
ligne  horizontale  :  KI^<IHK<K. 

Coll.  Charles  Robert j  bronze;  10, o5;  pi.  IV, 
fig.  22. 

N°  3.  Tête  de  femme  à  droite;  devant  le 
visage  :  H^'M^M. 

R.  Type  &  légende  semblables  à  ceux  du 
numéro  précédent. 

Cabinet  de  France;  bronze;  6,96;  pi.  IV,  fig.  zS. 

Les  monnaies  n°'  i  &  2  comportent  de 
nombreuses  variétés  &  même  des  dégé- 
nérescences. Les  spécimens  qui  ont  pris 
place  dans  les  musées  du  Midi  ou  dans  les 
collections  Mathon  &  Bonnet  à  Béziers, 
Mazel  à  Pézénas,  Allez  à  Saint-Thibéry, 
Ricard  &  Renouvier  à  Montpellier,  Barry 
&  Chalande  à  Toulouse,  &c.,  proviennent 
exclusivement  de  la  Narbonnaise,  ainsi 
que  l'a  constaté  M.  Boudard,  p.  208. 

N"  4.  Tète  de  femme  à  droite;  devant  le 
visage  :  f^«. 

R.  Hippocampe  à  droite;  à  l'exergue  . 

Coll.  Charles  Robert;  bronze;  3,99;  pi.  IV, 
fig.  24. 

Le  mot  en  caractères  ibériques,  qui  se 
lit  au  revers  des  trois  numéros  précédents, 
a  donné  lieu  à  de  nombreux  commen- 
taires, les  uns  peu  sérieux%  les  autres  con- 


'  Op.  laud.  proleg.  p.  cxxix. 

*  M.  de  Lorichs  avait  imaginé  de  traduire 
KI^^HK^K  par  :  Tredecima  exterior'is  officina  aeris 
nummorum,  curator  nummorum.  M.  Phillips  (Op. 
laud.  p.  394),  renonçant  à  trouver,  à  l'e-xergue  du 
revers,  ce  qui  se  lit  sur  toutes  les  monnaies,  c'est- 
à-dire  un  nom  d'homme  ou  de  dieu,  de  ville  ou 
de  peuple,  voire  même   une  indication  de  valeur, 


Note 
114 


Note 
114 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


017 


formes  à  l'état  actuel  de  la  philologie  ibéri- 
c(ue.  La  lecture,  qui  a  fait  autorité  jusqu'à 
ce  jour  parmi  les  collectionneurs  de  mé- 
dailles, est  celle  proposée  par  M.  Boudard 
(pp.  117  &  128),  acceptée  par  M.  de 
Saulcy  '  &  rééditée  par  M.  A.  Heiss.  Sui- 
vant ces  auteurs,  le  mot  de  l'exergue  serait 
'Ncdhena  ou  }^erencoen,  c'est-à-dire  les  ha- 
bitants de  Narae  ou  l^aro,  ancien  nom  de 
Narbonne.  Quant  au  mot  placé  au  droit 
du  n"  2,  M.  Boudard  y  retrouve  T^etima, 
dont  il  fait  Setiena,  VArx  Setiena  d'Avié- 
nus;  mais  pourquoi  cette  monnaie  aurait- 
elle  porté  sur  chacune  de  ses  faces  un  nom 
de  lieu  différent? 

En  résumé,  si  les  bronzes  à  légendes 
ibériques,  dont  je  viens  de  donner  des  spé- 
cimens, sont  frappés  sur  notre  sol,  il  est 
encore  impossible  de  dire  sciemment  à 
quels  ateliers  il  faut  les  rapjiortcr.  Pour 
ne  parler  que  des  attributions  les  plus  ré- 
pandues en  France,  celles  du  n"  i,  à  Bé- 
ziers,  &  des  n""  2  &  3,  à  Narbonne,  elles 
soulèvent,  à  priori,  plus  d'une  objection. 
On  se  demande  pourquoi  Bézicrs,  qui  avait 
ses  bronzes  à  légendes  grecques,  aurait  eu 
d'autres  bronzes  à  légendes  ibériques.  La 
même  remarque  est  à  faire  pour  Narbonne, 
dans  le  cas  où  les  bronzes  de  la  deuxième 
subdivision  du  septième  groupe  seraient 
bien  de  cette  ville.  Supposera-t-on  que  le 
monnayage  ibérique  est  antérieur  à  l'autre  ? 
Mais,  outre  que  les  caractères  extérieurs 
des  pièces  qu'il  a  produites  &  leur  res- 
semblance avec  des  monnaies  bien  con- 
nues de  la  péninsule'  ne  permettent  pas 


reconnaît  dans  le  sanscrit  un  équivalent  du  mot 
ibérique,  voulant  dire  beuglant,  qualificatif  du 
taureau  représenté. 

"  Revue  num.   i856,  p.  4. 

'  Le  monnayage  ibérique  de  la  péninsule  est,  en 
général,  considéré  comme  ne  pouvant  pas  remon- 
ter au  delà  de  la  fin  du  troisième  siècle  avant  J.-C. 
Cette  opinion  est  basée  sur  ce  fait  que  les  espèces 
d'argent  sont  imitées  des  deniers  qui  n'ont  com- 
mencé à  Rome  qu'en  îÎ'-k).  On  rencontre  cependant 
dans  la  Tarraconaise  quelques  bronzes  qui  rap- 
pellent les  types  du  deuxième  sous-groupe  du  sep- 
tième groupe,  &qui  semblent  également  d'imitation 
grecque,  ce  qui  les  reporterait  un  peu  plus  haut. 
11  en  est  de  même  du  pégase  Se  du  taureau  à  tète 
humaine,  qui  sont  empruntés  à  la  Sicile. 


cette  hypothèse,  on  ne  saurait  admettre 
que  les  Ibères  aient  été  les  maîtres  de  Nar- 
bonne &  de  Béziers  à  l'époque  où  com- 
mence la  période  monétaire.  Ce  peuple 
avait  en  effet  cédé  dès  lors,  sur  la  plus 
grande  partie  du  littoral,  devant  le  déve- 
loppement de  la  race  gauloise'  déjà  puis- 
sante par  ses  nombreuses  conquêtes.  Quant 
à  l'hypothèse  de  monnaies  ibériques  frap- 
pées à  Narbonne,  postérieurement  aux 
monnaies  gauloises  à  légendes  grecques, 
elle  est  encore  moins  admissible,  car  quel- 
ques spécimens  des  unes  &  des  autres  de 
ces  monnaies  sont  évidemment  contempo- 
rains par  leur  style.  On  ne  saurait  non 
plus  supposer  que  les  Gaulois,  maîtres  du 
golfe  de  Narbonne  &  des  contrées  en  ar- 
rière, faisaient  pour  eux  des  monnaies  à 
inscriptions  en  caractères  grecs  Sf,  pour 
les  Ibères  demeurés  dans  le  pays,  des  mon- 
naies à  caractères  exclusivement  pris  dans 
la  langue  de  ces  derniers;  des  légendes  bi- 
lingues auraient  suffi. 

Les  bronzes  portant  des  inscriptions  ibé- 
riques se  rattachent  parfaitement  par  leur 
métal,  leur  type  &  leur  module,  à  des 
monnaies  au  taureau  &  à  l'hippocampe, 
qui  se  rencontrent  de  l'autre  côté  du  pro- 
montoire pyrénéen,  chez  les  Indigètes,  les 
Ausetani  &  les  Cosetani',  c'est-à-dire  dans 
les  contrées  dont  le  patois  actuel  se  parle 
également  dans  une  partie  du  Roussillon; 
on  sera  donc  naturellement  porté,  jusqu'à 
preuve  formelle  du  contraire,  à  attribuer 
ces  bronzes  à  des  points  voisins  des  Pyré- 
nées &  où  les  Ibères  étaient  encore  en 
majorité. 

APPENDICE 

Nlonnales  attribuées  à  tort  à  la  province 
de  Languedoc. 

Des  monnaies  autonomes,  muettes  ou  à 
légendes  grecques,  &  même  des  monnaies 
gallo-romaines,  sont  encore  classées  dans 
quelques  collections  à  la  province  de  Lan- 
guedoc, sur  la  foi   d'interprétations  erro- 

'  Voir  plus  haut,  p.  461. 

'  Cf.  A.  Heiss,  pi.  IV,  fig.  44  &  45,  pi.  III, 
fig.  5o,  pi.  V,  fig.  4,  Se  pi.  VI,  fig.  i3. 


NOTB 

'M 


Note 
114 


5i8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


nées  ou  téméraires.  Il  semble  utile  de  si- 
gnaler ces  monnaies. 


VOLKES   TECTOSAGES 

M-Onnaîes  d'or.  —  J'ai  dit  plus  haut  qu'il 
n'était  pas  impossible  que  les  peuples  qui 
ont  émis  tant  d'espèces  d'argent  aient  aussi 
frappé,  surtout  dans  les  premiers  temps, 
de  l'ot"  au  type  grec.  J'ai  même  cité  un  sta- 
tère  qui  pourrait  leur  appartenir.  Un  autfe 
statère  a  été  publié,  il  y  a  quelques  an- 
nées, comme  émis  par  les  Volkes  Tectosa- 
ges".  C'est  une  pièce  de  type  grec,  mais  de 
facture  gauloise,  qui  montre  au  droit  une 
tête  assez  barbare  &,  au  revers,  un  bige 
sous  lequel  on  distingue  V  &  ►£],  sigles 
dont  on  a  fait  les  initiales  de  la  double 
dénomination  de  ce  peuple.  Une  telle  in- 
terprétation ne  saurait  être  admise  :  la 
lettre  V,  comme  d'autres  lettres  isolées,  se 
rencontre  souvent  dans  le  champ  des  mon- 
naies grecques,  &  le  second  objet  n'est 
autre  chose  que  le  trident  qui  y  est  encore 
plus  fréquent';  d'ailleurs  la  ligature  T  & 
E  serait  plutôt  'E  que  HE.  On  sait  que  dans 
la  période  de  l'imitation  pure,  c'est-à-dire 
dans  les  premiers  temps,  les  artistes  gau- 
lois se  bornaient  à  contrefaire,  ainsi  que 
l'a  parfaitement  démontré  M.  Millier', 
non-seulement  le  type  principal,  mais  les 
sigles  &  les  objets  accessoires  propres  à 
diverses  villes,  &  qui  d'ordinaire  perdaient 
toute  signification  entre  les  mains  des  imi- 
tateurs*. 

On  avait  reconnu  une  monnaie  gauloise 
dans  une  toute  petite  pièce  d'or  portant 
d'un  côté  une  tête  à  droite  &  de  l'autre 
un  oiseau;  on  retrouvait  TOLOS^  dans  la 
légende  latine  mal  conservée  du  droit.  Les 
progrès  de  la  numismatique  permettent  de 

'  Revue  nam.  i856,  p.  223. 

'  Voir  par  exemple  les  monnaies  d'Amphipolis, 
de  Sicyone,  de  Priène,  de  Phalasarna,  &c. 

'  Numismatique  d'Alexandre  le  Grand,  Copen- 
hague, i855,  p.  384. 

■*  C'est  ainsi,  à  une  autre  époque,  que  le  CONOB 
des  sous  &  des  tiers  de  sou  byzantins  devint,  dans 
les  imitations  des  premiers  mérovingiens,  une  sim- 
ple étiquette  de  circulation. 

^  Mém,  de  l'Acad,  des  sciences  de  Toulouse,  '847, 
pp.  407  &  suiv. 


restituer  cette  pièce  à  la  période  mérovin- 
gienne. 

Monnaies  d'argent. —  Plusieurs  auteufS' 
ont  reproduit  deux  pièces  du  type  géné- 
ral des  monnaies  à  la  croix.  La  première 
porte  au  revers,  répartis  dans  les  can- 
tons, les  mots  VOL  TEK,  uil  croissant 
avec  un  point  dans  sa  concavité  &  un 
croissant  enveloppant  un  anhelet;  la  se- 
conde présente  en  plus  une  hache  sous 
chacun  des  mots  VOL  &  TEK.  Ce  sont  des 
pièces  faites  à  plaisir'  &  qui  n'auraient 
pas  dû  surprendre  la  religion  des  anti- 
quaires. 

Monnaies  de  brono^e.  —  On  trouve  fré- 
quemment à  Vieille-Toulouse  un  petit 
bronze  portant  au  droit  une  tête  qui  pa- 
raît être  celle  d'Apollon  avec  l'abréviation  : 
L  •  MVN  ;  au  revers  un  oiseau  avec  une 
légende  complète  où  M.  de  Barthélémy' 
reconnaît  le  mot  VLATTV.  On  considère 
cette  pièce  comme  frappée  par  L.  MVN[a- 
tius]  Plancus,  qui  aurait  associé  son  nom 
à  celui  d'un  chef  gaulois,  comme  le  faisait 
Aulus  Hirtius  dans  la  Belgique.  Cette  asso- 
ciation n'ayant  pu  se  produire  que  dans  la 
nouvelle  Gaule  &  non  dans  la  Narbon- 
naise,  depuis  longtemps  annexée  à  la  Ré- 
publique, M.  de  Barthélémy  pense  que 
cette  pièce  n'appartient  pas  au  pays  des 
Volkes;  tel  est  aussi  mon  avis,  si  le  nom 
gravé  au  revers  est  bien  celui  d'un  chef. 
On  sait  que,  dans  les  localités  aussi  riches 
en  médailles  que  Vieille-Toulouse,  il  s'en 
trouve  fréquemment  venant  de  peuples 
plus  ou  moins  éloignés. 

VOLKES   ARÉCOMIQUES 

Une  petite  monnaie  d'argent,  portant 
une  tête  avec  NINNOS  &  au  revers  un 
sanglier  avec  MAVS,  avait  été  classée  sans 
aucun   motif  à  Nimes  par  le  célèbre  Le- 

'  De  Crazannes,  Dissert,  sur  les  monnaies  gau~ 
loises  au  type  de  la  croix  &  de  la  roue,  Toulouse, 
in-4",  1889;  Dumège,  notes  de  l'éd.  in-8"  de  l'fîist. 
de  Languedoc,  t.  i ,  p.  620,  &  pi.  X,  fig.  5. 

'  Revue  num.  1866,  p.  397. 

'  Les  libertés  gauloises,  brochure  in-8",  p.   10. 


Noté 
114 


Notb 
"4 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


IcMvel'  &  nuiiiitCMUie  :i  la  Narl)ouiiaise  par 
Duchalais'. 

C'est  encore  à  Nimcs  f|iic  ce  dernier  a 
donné  le  bronze  suivant,  au  revers  duquel 
il  lisait  NAMA  : 


On  n'a  qu'Ji  jeter  les  yeux  sur  la  lé- 
gende de  cette  pièce  pour  reconnaître  que 
le  M  renferme  une  ligature  qui  introduit 
une  lettre  de  plus  &  change  ainsi  le  ra- 
dical. 

Un  tétradrachme,  montrant  d'un  côté 
une  tète  &  de  l'autre  un  cavalier  avec 
ATTA  à  l'exergue,  a  été,  à  Toulouse,  l'ob- 
jet d'un  article  important  de  la  part  de 
M.  Buzairies'  qui,  d'accord  avec  Leleuel 
(Type  gaulois)  &  Duchalais  (Catalogue, 
n"  293),  la  croit  de  notre  Gaule  &  propose 
de  l'attribuer  à  Narbonne,  Atacinorum  De- 
cumanorumque  colonia^'^  mais  cette  pièce, 
d'un  module  insolite  chez  nos  pères,  est 
des  plus  communes  dans  les  contrées  qui 
bordent  le  Danube,  &  doit  être  maintenue 
à  cette  région,  alors  même  que  des  exem- 
plaires isolés  en  auraient  été  rencontrés 
soit  en  Languedoc,  soit  en  Espagne. 

Une  petite  pièce  de  bronze,  sur  laquelle 
on  lisait  [V]CCETIO,  a  été  classée  à  Uzès 
dans  la  numismatique  de  la  Narbonnaise '. 
La  légende  complète  est  TASGETIOS  & 
se  rapporte  à  Tasgetius,  chefcarnute  dont 
parle  César. 

Une  autre  localité  de  l'ancien  pays  des 
Arécomiques,  Vissée,  avait  été  gratifiée 
par  M.  de  Lagoy^  d'une  monnaie  de  bronze 
ne  portant  que  VIRE,  mais  sur  laquelle  il 


'  Etudes  namismat'iqueSj  type  gaulois,   p.  200  & 
note  SyS. 

*  Catalogue,  in-S",  i8^6,  n°  3o6. 

'  Mém.  de  la  Société  archéoîogi<}uc  du  midi  de  la 
France,  t.   19,  1867,  p.  ^3  &  suiv. 

*  Pomponius  Mêla,  1.  2,  c.  f). 

*  La  Saussaye,  Num.  di  la  Narb.  p.   177. 
^  Revue  num.  1841,  p.  12. 


^^9     Note 

y  a  en   réalité  VIRED[ISOS]'  &  que  son       "'♦ 
style  ne  permet  pas  d'attribuer  au  midi  de 
la  Gaule. 

COLONIES    GRECQUES 

De  ])etites  monnaies  d'argent,  portant 
d'un  côté  une  tête  de  femme,  de  l'autre  un 
animal,  un  lion  peut-être,  avec  les  let- 
tres ATj  avaient  été  données  par  M.  de  la 
Saussaye'  à  Agde,  Agathe.  Le  f  est  dou- 
teux sur  les  exemplaires  que  j'ai  vus  & 
rien  ne  prouve  que  ces  sigles  soient  le 
commencement  de  l'ethnique;  c'est  une 
attribution  à  réserver. 

Une  belle  drachme  grecque,  portant  KAI- 
NlKHinN,  "'a  pas  été  frappée  à  Vieille- 
Ville,  entre  Nimes  &  Montpellier,  comme 
le  supposait  M.  Dclmas',  mais  dans  la 
Massaliétide  à  laquelle  son  type  la  rap- 
porte &  où  habitaient  les  Cœnicenses  dont 
parle  Pline*;  c'est  à  tort  que  M.  Dumège 
a  fait  graver  cette  pièce  dans  la  planche 
jointe  aux  notes  de  son  édition  de  VHis- 
toire  de  Languedoc. 

MONNAIES   GALLO-ROMAIKES   DE   DIVERS   PEUPLES 

Il  faut  ôter  à  la  ville  Substancion  la 
monnaie  sur  laquelle  M.  de  la  Saussaye 
lisait  SEX[<ûn«/o]  F[c//x]'.  Il  s'agit  d'une 
monnaie  de  Tlitus],  POMP[ciuj]  ou 
POMPCon/uj]  SEX[fi]  F[/Z/wj],  dont  l'ate- 
lier n'était  peut-être  pas  situé  dans  les 
contrées  qui  ont  formé  le  Languedoc,  car 
il  y  avait  des  Pompeii  dans  tout  le  midi  de 
la  Gaule  &  même  au  delà. 

La  lecture  erronée  dont  les  conséquen- 
ces ont  été  le  plus  graves  est  celle  qui  a 
été  propagée  par  Eckhel*  lorsque,  confon- 
dant la  légion  W  ferrata  de  Phénicie  avec 
la  VP  victrix  de  l'armée  d'Occident',  il  re- 


*  E.  Hucher,  Revue  num.  1839,  p.  83. 

*  Num.  de  la  Narb.  p.  90. 

^  Mém.  de  la  Société  des  antiq.  de  France,  noiiv. 
série,  t.  3,  p.  210. 

■•  Hist.  nat.  t.  3,  4,  36. 
'  Op.  laud.  p.  i8d  &  stiiv. 

*  Doctrina  num.  t.   i,  p.  70. 

'  Cf.  Ch.  Robert,   Coup-d'ceil  gênerai  sur  les  lé- 
gions romaines,  1870,  in-4",  p.  44. 


Note 
114 


i)20 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


trouvait  Ruscino  sur  un  moyen  bronze 
d'Auguste  frappé  à  Béryte'..M.  Duniège% 
M.  de  la  Saussaye  '  &  plus  récemment 
M.  Mommsen^  ont,  sur  la  foi  de  cette 
médaille  mal  comprise,  supposé  qu'une 
légion  avait  eu  ses  quartiers  d'hiver  dans 
les  environs  de  Perpignan  &  sans  doute  à 
Castel-Roussillon.  Zumpt'  qui  partage  la 
même  illusion  se  demande  comment  Rus- 
cino ayant  reçu  une  légion  sous  Auguste 
n'a  été  classée  par  Pline,  d'après  Pompo- 
nius  Mêla,  que  parmi  les  oppîda  décorés, 
il  est  vrai,  du  titre  de  colonie,  mais  pour- 
vus seulement  du  droit  latin.  Plutôt  que 
d'étudier  la  monnaie,  Zumpt  admet  que 
Pline  s'était  trompé. 

Une  petite  pièce  de  bronze  portant 
T-ATINOS  ou  TATINOS  a  été  attribuée 
aux  Rutènes,  d'après  l'origine  d'un  seul 
de  ses  exemplaires".  Cette  monnaie  est 
fort  commune  &  ses  provenances  habi- 
tuelles, sans  être  déjà  assez  accusées  pour 
permettre  une  attribution  incontestable, 
la  font  classer  provisoirement  à  un  peuple 
situé  plus  au  nord. 

Il  existe  au  Cabinet  de  France  un  pré- 
cieux statère  d'or  au  revers  duquel  ou  lit 
KABALLOS,  &  des  bronzes  moins  rares 
qui  présentent  la  même  légende.  Quelques 
numismatistes  ont  cru  pouvoir  donner  ces 
pièces  aux  Gabales.  Il  est  certain  qu'elles 
portent  simplement  un  nom  d'homme  & 
n'appartiennent  pas  au  midi  de  la  Gaule. 

Les  Vellaves  ont  pu,  avant  la  conquête, 
frapper  monnaie  dans  le  style  arverne. 
Plus  tard  les  monuments  nous  les  mon- 
trent revêtus  du  titre  de  liberî,  &  l'on  peut 
supposer  qu'ils  ont  conservé  jusque  sous 
Auguste  le  droit  d'émettre  des  monnaies. 
Une   monnaie   d'argent   peu   ancienne   & 

'  Mionnet,  t.  5,  p.  338,  n"  26. 

*  Cet  auteur  disait  en  1840  (dans  ses  notes  sur 
l'édition  in-8"  de  Dom  Vaissete,  t.  i,  p.  628)  que 
les  monnaies  frappées  à  Ruscino  au  nom  d'Au- 
guste étaient  trop  connues  pour  qu'il  eût  à  s'en 
occuper. 

^  Op.  laud.  p.  193  &  sulv. 

*  Hist.  de  la  monn.  romaine,  1873,  t.  3,  p,  207, 
trad.  de  M.  de  Wittc  qui   rectifie  l'erreur. 

^  Comment,  épigr.  t.   1,  p.  414. 
^  Mém.  de  la  Société  archéol.  de  Toulouse,  i86p, 
p.  226,  art.  de  M.  Rossignol. 


assez  fruste,  du  poids  de  2,04,  figurait  dans 
la  belle  collection  de  M.  de  Saulcy  comme 
appartenant  aux  Vellaves;  elle  semble  en 
effet  porter  VEL,  mais  c'est  une  lecture 
trop  incertaine  &  sur  laquelle  il  faut  se 
réserver  jusqu'à  la  découverte  d'un  exem- 
plaire mieux  conservé. 

Si  ces  éliminations  n'ont  pas  grand  in- 
térêt pour  les  hommes  qui  se  tiennent 
jour  par  jour  au  courant  des  progrès  de  la 
science,  elles  auront  l'avantage  de  justifier 
l'extrême  réserve  que  je  me  suis  moi- 
même  imposée  dans  le  cours  du  travail 
consacré  aux  monnaies  antiques  de  la  pro- 
vince de  Languedoc. 

P.  Charles  Robert, 

Membre  de  l'Institut. 


NOTE  CXV 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Siw  les  Visigoths. 

LES  travaux  qui  ont  été  publiés  depuis 
un  siècle  sur  l'invasion  8c  l'établisse- 
ment des  Visigoths  en  France  n'ont  pas 
sensiblement  modifié  les  résultats  des  re- 
cherches des  Bénédictins  sur  cet  épisode 
de  l'histoire  du  Languedoc.  Nous  allons 
résumer  dans  cette  J^ote,  en  suivant  le 
texte  des  auteurs,  les  c(uelques  points  de 
détail  qu'une  étude  plus  approfondie  des 
sources  (auxquelles,  d'ailleurs,  aucun  do- 
cument nouveau  n'est  venu  s'ajouter)  a 
permis  de  préciser  &  de  rectifier. 

C'est  vers  l'an  40oqu'Alaric,  roi  des  Visi- 
goths, passa  pour  la  première  fois  les  Alpes 
&  envahit  l'Italie.  Vaincus  à  la  bataille  de 
Pollentia,  le  jour  de  Pâques  de  l'an  402  ', 


'  Et  non  de  4o3.  —  Les  Bénédictins  ont  cru 
devoir  admettre  trois  invasions  d'AIaric  en  Italie  : 
\w\t  première  qui  aurait  eu  lieu  en  400,  la  seconde 
en  402  &  la  dernière  en  408.  Il  n'est  pas  certain, 
d'ailleurs,  que  la  femme  &  les  enfants  d'AIaric 
aient  été  faits  prisonniers  à  la  bataille  de  Pol- 
lentia. 


Note 
114 


Note 
ii5 


Note 
ii5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


021 


les  Visigoths  durent  repasser  le  Pô,  &, 
après  un  retour  offensif"  sans  succès,  re- 
gagner rillyrie.  En  408,  Alaric  envahit  de 
nouveau  l'Italie.  Ayant  mis  deux  fois  le 
siège  devant  Rome,  &  n'ayant  pu  obtenir 
de  l'empereur  Honorius  les  conditions  de 
paix  qu'il  exigeait,  il  fit  proclamer  Attale, 
préfet  de  Rome,  empereur  à  la  place  d'Ho- 
norius.  Il  chercha  en  vain  à  s'emparer  de 
Ravenne,  résidence  de  ce  dernier;  puis  il 
se  tourna  pour  la  troisième  fois  contre 
Rome  &  se  rejidit  maître  de  cette  ville, 
qui  fut  saccagée  &  pillée.  Après  la  mort 
d'Alaric,  en  410,  les  Visigoths  élurent  pour 
roi  son  beau-frère  Athaulphe  '. 

En  412,  Athaulphe,  emmenant  avec  lui 
Attale  (qui  avait  été  dépouillé  de  sa  dignité 
par  Alaric  peu  de  temps  après  son  élé- 
vation) &  Placidie,  sœur  de  l'empereur 
Honorius,  qui  avait  été  faite  prisonnière 
quelques  années  auparavant,  quitta  l'Italie 
&  envahit  les  Gaules,  où  Constance,  gé- 
néral d'Honorius,  venait  de  vaincre  l'usur- 
pateur Constantin.  Sur  le  conseil  d'Attale, 
Athaulphe  songea  à  s'allier  avec  Jovin, 
autre  usurpateur,  qui  s'était  fait  proclamer 
empereur  à  Mayence  &  qui  s'était  emparé 
de  la  Gaule  ultérieure.  Une  entrevue  entre 
Athaulphe  &  Jovin  étant  restée  sans  résul- 
tat, &  ce  dernier  ayant  associé  à  l'empire 
son  frère  Sébastien,  Athaulphe  fit  des 
propositions  de  paix  à  Honorius.  Il  s'en- 
gagea, contre  la  promesse  d'une  certaine 
quantité  de  blé  (nous  ne  connaissons  pas 
les  autres  conditions  stipulées  par  lui)  à 
faire  mourir  les  deux  usurpateurs  &  à  ren- 
dre la  liberté  à  la  princesse  Placidie.  Ces 
conditions  furent  acceptées  par  l'empe- 
reur. En  conséquence,  Athaulphe,  de  con- 
cert avec  Dardane,  préfet  des  Gaules,  mit 
le  siège  devant  Valence,  prit  cette  ville  & 
fit  prisonnier  Jovin,  tandis  que  Dardane 
s'emparait  de  Narbonne,  où  s'était  enfermé 
Sébastien.  Les  deux  frères  furent  mis  à 
mort,  8c  leurs  têtes  envoyées  à  Ravenne. 
Ces  événements  se  passèrent  en  413. 

Cependant,  la  quantité  de  blé  promise 
aux  Visigoths  n'ayant  pas  été  livrée  par 
l'empereur,  &  la  clause  du  traité  relative 
à  Placidie    n'ayant   pas    été    exécutée  par 

Il  était  frère  de  la  femme  d'Alaric. 


Athaulphe,  celui-ci  ne  tarda  pas  à  re- 
prendre les  hostilités  contre  l'empire.  Il 
chercha  d'abord  à  s'emparer  de  Marseille; 
mais  repoussé  par  Boniface,  qui  comman- 
dait dans  cette  ville,  il  se  tourna  vers 
Narbonne,  s'en  rendit  maître  par  surprise 
&  occupa  bientôt  après  Toulouse  &  Bor- 
deaux. Enfin,  au  mois  de  janvier  414,  il 
épousa  Placidie.  Constance,  général  d'Ho- 
norius, qui  lui-même  avait  brigué  la  main 
de  cette  princesse,  &  qui  dominait  alors 
l'esprit  de  l'empereur,  se  mit  aussitôt  en 
campagne  contre  les  Visigoths.  Il  attaqua 
Narbonne  &  força  les  troupes  qu'Athaul- 
phe  y  avait  laissées  en  continuant  sa  mar- 
che vers  les  Pyrénées,  à  abandonner  cette 
ville  &  à  rejoindre  le  gros  de  leur  armée. 
Athaulphe,  qui  avait  revêtu  de  nouveau 
Attale  de  la  pourpre  impériale,  se  voyant 
dans  l'impossibilité  de  procurer  des  vivres 
à  son  peuple  (la  flotte  d'Honorius  empê- 
chait l'arrivage  des  grains),  &  probable- 
ment pour  d'autres  causes  encore,  résolut 
de  quitter  les  Gaules.  Il  traversa  les  Py- 
rénées avec  toute  son  armée  &  s'empara 
aussitôt  de  Barcelone.  Quant  à  Attale,  il 
tomba  entre  les  mains  des  Romains  &  fut 
envoyé  à  Ravenne'. 

A  Barcelone,  vers  la  fin  de  l'année  414, 
Placidie  donna  le  jour  à  un  fils,  (jui  fut 
nommé  Théodose.  Cet  enfant  mourut  bien- 
tôt après,  &  les  efforts  que  firent  Athaul- 
phe &  Placidie  pour  obtenir  la  paix  de 
l'empereur,  restèrent  sans  résultat.  Au- 
cun renseignement  n'a  été  transmis  sur  la 
campagne  qu'Athaulphe  dut  entreprendre 


'  Les  Bénédictins,  acceptant  une  indication  de 
Philostorge,  représentent  la  capture  d'Attale  par 
Constance,  comme  une  des  clauses  du  trnité  de 
paix  conclu  entre  les  Visigoths  &  les  Romains 
en  416.  Mais  Attale  avait  déjà  été  abandonné  par 
Athaulphe  avant  cette  époque  (V^oyez  Phosperi 
Chron.  ad  ann.  416).  Quant  à  la  date,  il  paraît, 
en  effet,  que  c'est  en  416  que  Constance  s'empara 
de  la  personne  de  l'usurpateur,  puisque  cet  événe- 
ment fut  célébré,  à  Constantinople,  par  des  jeux 
de  cirque,  le  28  juin  &  le  7  juillet  de  cette  même 
année.  (Voyez  Leueau,  Hist,  du  Bas-Empire,  t.  6, 
p.  449.)  —  L'accord  qui  aurait  été  conclu  entre 
Athaulphe  &  Constance  &  d'après  lequel  il  aurait 
été  défendu  aux  Visigoths  d'avoir  des  vaisseaux 
(voir  t.  I,  p.  4o3),  n'est  pas  suffisamment  prouvé. 


NOTB 

ii5 


NoiK 
1 15 


022 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


contre  les  peuples  barbares  qui  occupaient  Placidiej  il  s'engagea  en  outre  à  faire  la 

alors  l'Espagne.  Au  mois  d'août  de  l'an  41 5,  guerre,  au  nom  de  l'empereur,  aux  Van- 

le  roi  visigoth  fut  assassiné  par  un  de  ses  dales,  aux  Suèves,  &  aux  autres  peuples 

domestiques  nommé  Doubios  ou  Wernulf  germaniques  établis  en  Espagne.  Cette  paix 

(Eberulf)',  lequel  voulut  venger  sur  lui  la  fut  conclue  en  416.  Dans  les  deux  années 

mort  d'un  autre  chef  visigoth    (peut-être  suivantes,    les    Visigoths    reconquirent    à 

de  Sarus),  son  ancien  maître,  &  se  venger  l'Empire  la  plus  grande  partie  de  l'Espa- 

des  offenses  personnelles  qu'il  avait  reçues  gne.  Vers  la  fin  de  l'année  418,  en  vertu 

du  roi.  Mais  il  est  permis  de  croire  que  le  d'un  nouveau  traité  entre  Wallia  &  Cons- 

mécontentement   d'une  grande  partie   des  tance  ratifié  en  419,  les  Visigoths  quittè- 

Visigoths  qui  demandaient  la  guerre  avec  rcnt  l'Espagne,  repassèrent  les  Pyrénées  & 

Rome,  &   qui    montrèrent   bientôt  après  vinrent  s'établir  dans  l'Aquitaine'.  Wallia 

leur  aversion  pour  tout  accommodement  mourut  dans  cette  même  année  419'.  Les 

pacifique,  ne  fut  pas  complètement  étran-  Visigoths  élurent  à  sa  place  Théodoric'. 
ger  au  meurtre  d'Athaulphe '.   Quoi  qu'il  La  paix  entre  les  Visigoths  &  les  Ro- 

en  soit,  ce  ne  fut  pas  son  frère,  auquel,  en  mains  ne  dura  pas  longtemps.  Dès  l'année 

mourant,  il  avait  recommandé  Placidie  &  422,  un  corps  de  vingt  mille  Visigoths^  qui 

une  politique  d'amitié  avec  Rome,  qui  fut  se  trouvaient  sous  les  drapeaux  du  général 

élu  roi  à  sa  place,  mais  le  frère  de  son  an-  romain  Castinus,  envoyé  pour  combattre 


cien  ennemi  Sarus,  Sigéric  (Sigrich),  porté 
au  trône  par  son  parti  triomphante  Le 
nouveau  roi  fit  mettre  à  mort  les  enfants 
d'Athaulphe  &  traita  Placidie  avec  rigueur. 
Mais  il  n'exerça  le  pouvoir  que  peu  de 
jours.  Soit  qu'il  hésitât  à  ouvrir  les  hos- 
tilités contre  les  Romains,  soit  qu'il  eût 
le  désir  de  faire  la  paix,  soit  pour  toute 
autre  cause,  il  fut  assassiné  le  septième 
jour  après  son  avènement.  On  lui  donna 
pour  successeur  Wallia.  Celui-ci  reprit 
aussitôt  les  hostilités,  tant  contre  les  Ro- 
mains, que  contre  les  barbares  qui  occu- 
paient l'Espagne,  &  soumit  la  plupart  des 
villes  situées  sur  la  côtej  depuis  Barcelone 
jusques  à  Cadix.  Comme  Alaric,  quelques 
années  auparavant,  il  songea  à  envahir 
l'Afrique,  mais  une  tempête  détruisit  ses 
vaisseaux.  Cette  circonstance,  ainsi  que  le 
manc[ue  de  vivres  &  l'approche  de  l'armée 
romaine  sous  Constance,  qui  avait  traversé 


les  Vandales  en  Espagne,  abandonnèrent 
l'armée  romaine  sur  le  champ  de  bataille 
&  déterminèrent  ainsi  la  défaite  de  leurs 
alliés''.  Après  la  mort  d'Honorius,  en  423, 
Théodoric,  profitant  des  troubles  suscités 
dans  l'Empire,  &  principalement  dans  les 
Gaules,  par  l'usurpation  de  Jean,  primicier 
des  notaires,  s'empara  de  plusieurs  vilks 
de  la  Narbonnaise  première  &  mit,  en  42"), 
le  siège  devant  Arles,  métropole  de  la  pro- 
vince. Aëce,  qui  commandait  dans  les  Gau- 
les pour  l'empereur  Valentinien,  força  les 
Visigoths  à  lever  le  siège  &  leur  infligea 
une  sanglante  défaite  (en  426).  Cepen- 
dant, dès  l'année  suivante,  ils  entrepri- 
rent, au  nom  de  l'empereur,  une  cam- 
pagne contre  les  Vandales  d'Espagne.  En 
429,  ils  firent  une  nouvelle  tentative  sur 
Arles.  Aëce,  occupé  du  côté  du  Rhin  à 
faire  la  guerre  aux  Francs,  accourut  en 
toute  hâte,  attaqua  les  Visigoths  &  les  mit 


les  Pyrénées,  détermina  Wallia  à  accepter  en  déroute.  Leur  chef,  Aonulf,  fut  fait  pri- 

les  propositions  de  paix  que  lui  fit  faire  sonnier. 

l'empereur    Honorius.    Il    reçut    six   cent  Dans   les   années  suivantes,  Théodoric 
mille  mesures  de  blé  &  rendit  la  liberté  à 


'  Joniandès,  c.  3  i . 
'  Orose,  1.  VII,  c.  ^3. 

'  Dom  Vaissete  parle  de  «  la  bassesse  de  sa  nais- 
cance.  »  C'est  là  une  erreur.  Le  rôle  que  joua  Sarus 


'  Sur  les  motifs  probables  de  ce  traité,  voyez  le 
texte,  t.  I,  p.  420. 

^  La  fille  que  Wallia  laissa  en  mourant  fut,  dans 
la  suite,  la  mère  de  Ricimer,  Se  non  son  épouse, 
Théodoric  n'était  pas  fils  de  Wallia,  ni   petit- 


comme   général,   &  plus    tard    comme  ennemi  de       fils  d'Alaric,  comme  l'ont  prétendu  quelques  auteurs 

l'empereur    &  d'Athaulphe,    montre    rimportance       modernes.  * 

de  ce  personnage.  1  Idace,  Chronlcon,  pp.   21-22 


NOTB 

ii5 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


'J2 


3 


demeura  tranquille  dans  ses  États.  Lors  de 
la  lutte  entre  Boniface  &  Aëce,  ce  dernier 
ayant  paru  à  la  frontière  de  l'Italie  avec 
une  armée  de  Huns,  les  Visigoths  se  dis- 
posèrent à  secourir  l'empereur.  Mais  peu 
de  temps  après,  en  486,  ils  rompirent  la 
paix  qui  avait  été  conclue  quelques  années 
auparavant  8c  attacjuèrent  la  ville  de  Nar- 
bonne.  La  place  résista  longtemps  &  fut 
enfin  délivrée  par  les  généraux  Litorius  & 
Aëce.  Ceux-ci,  voulant  poursuivre  leurs 
succès,  afin  de  mettre  un  terme  aux  ten- 
tatives constamment  renouvelées  des  Visi- 
goths pour  sortir  des  limites  que  les  traités 
leur  avaient  assignées,  envahirent  le  terri- 
toire de  Théodoric".  Litorius,  s'approchant 
de  Toulouse  par  le  sud,  assiégea  la  ville, 
tandis  qu'Aëce,  venant  du  nord,  mettait  en 
déroute  une  armée  de  Visigoths  &  leur  tuait 
huit  mille  hommes.  Théodoric  demanda  la 
paix.  Litorius  la  lui  refusa  &  donna  l'assaut 
à  la  ville  (en  489);  mais  il  fut  vaincu  & 
tomba  entre  les  mains  des  Visigoths  qui  le 
firent  périr.  Comme  dans  le  récit  de  cet 
événement  il  n'est  pas  question  d'Aëce,  il 
paraît  probable  que  Litorius,  jaloux  de  la 
gloire  de  ce  général,  avait  attaqué  la  ville 
avant  l'arrivée  de  son  rival  qui  était  en 
même  temps  son  chef.  Les  Visigoths  se 
disposaient  à  profiter  de  leurs  avantages  & 
à  étendre  leurs  conquêtes,  lorsque  Avittis, 
préfet  des   Gaules,  réussit  à  ménager  un 


'  Dom  Vaissete  (voir  au  t.  I,  p.  429)  présente 
ces  faits  autrement.  S'appuyant  sur  un  passage 
ambigu  de  Sidoine  Apollinaire  [Carm,  iv,  210),  il 
croit  devoir  admettre  deux  campagnes  différentes, 
dont  la  première  se  serait  terminée  après  la  levée 
du  siège  de  Narbonne,  peut-être  même  par  un  traité 
de  paix  entre  les  Roinains  &  les  Visigoths  j  ceux-ci 
auraient  ensuite  renouvelé  la  guerre  &  assiégé  la 
rille  de  Tours.  Toutefois,  il  paraît  certain  que, 
après  avoir  secouru  Narbonne,  Litorius  avait  re- 
pris la  route  du  nord  &  que,  sur  l'ordre  d'Aëce,  il 
envahit  le  territoire  des  Visigoths,  en  traversant 
l'Auvergne  &  en  gagnant  Toulouse  du  côté  du  sud. 
(Voyez  Sii).  Apollin.  Carm.  vu,  246  &  suiv.)  Les 
auteurs  modernes  ont  méconnu  ces  mouvements. 
(Voyez  AsciiBACii  ,  Gesch'uhte  ier  Westgothen , 
p.  117;  Daiîn,  Die  Kccn'igc  der  Germancn,  t.  5, 
p.  74.)  —  D'autre  part,  il  faut  rejeter  tous  les 
faits  mentionnés  par  D.  Vaissete  d'après  la  Vie  de 
saint  Orens. 


nouveau  traité  de  paix  dont  nous  igno- 
rons les  conditions.  On  rapporte  seule- 
ment que  Théodoric,  à  la  demande  d'Aëce, 
éloigna  de  sa  capitale  Sébastien,  fils  de 
Boniface,  qu'il  avait  protégé  jusqu'alors, 
&  qu'il  fournit  aux  Romains  des  troupes 
auxiliaires  contre  les  Suèves.  En  446,  une 
armée  de  Visigoths,  sous  les  ordres  du 
général  romain  Vitus,  envoyée  en  Espagne 
contre  les  Suèves,  fut  battue  par  Réchila, 
roi  de  ces  derniers»  Mais  cette  alliance 
n'eut  pas  plus  de  durée  que  celles  qui 
avaient  été  conclues  précédemment.  Théo- 
doric s'unit  bientôt  ouvertement  ailx  en- 
nemis de  l'Empire.  Il  donna  sa  fille  en 
mariage  à  Réchiarius,  roi  des  Suèves,  & 
l'aida,  avec  ses  troupes,  à  étendre  ses  con- 
quêtes en  Espagne  (en  449).  H  maria  son 
autre  fille  avec  Hunéric,  fils  aîné  de  Gen- 
sérid,  roi  des  Vandales  d'Afrique".  Cette 
dernière  union  fut  rompue,  peu  de  temps 
après,  par  la  cruauté  de  Genséric  &  fut 
cause  d'une  profonde  inimitié  entre  les 
deux  rois,  si  bien  que  Genséric  engagea 
Attila  à  envahir  les  Gaules'* 

Le  roi  Théodoric  ayant  trouvé  la  mort 
dans  la  bataille  contre  Attila',  les  Visi- 
goths acclamèrent  sur  le  champ  de  bataille 
son  fils  Thorismond,  qui,  sur  le  conseil 
d'Aëce,  renonça  à  attaquer  de  nouveau 
Attila  8c  retourna  à  Toulouse. 

Thorismond,  peu  de  temps  après  sou 
avènement,  entreprit  une  campagne  con- 
tre les  Alains,  sur  la  rive  droite  de  la 
Loire.  Il  tourna  ensuite  ses  armes  contre 
les  Romains,  probablement  à  cause  des 
dépouilles    du   camp    d'Attila,    dont   Aëce 

'  Le  rôle  joué  par  les  Visigoths  dans  In  guerre 
contre  Attila  ne  prouve  pas,  comme  le  préten.l 
D.  Vaissete,  que  Théodoric  ait  fidèlement  observé 
l'alliance  conclue  avec  les  Romains  en  439.  Il  est, 
au  contraire,  certain  que  le  roi  des  Visigoths  ne 
cessa  jamais  entièrement  les  hostilités  contre  les 
Romains.  Ce  n'est  pas  en  vertu  des  anciens  traités 
que  les  Visigoths  s'unirent  aux  Romains  pour 
combattre  les  Huns,  mais  pour  défendre  leurs  pro- 
pres intérêts  &  leur  sécurité  contre  wn  ennemi 
qu'ils  savaient  être   plus  formidable  que  rtmpire. 

'  Voyez  le  texte,  t.  I,  p.  439. 

'  Voyez  sur  cette  bataillé  le  texte,  t.  I,  p.  440 
&  suiv.;  &  sur  la  prétendue  seconde  invasion  dAt- 
tila  dans  les  Gaules,  ib,  p.  4^9. 


NoTt: 
I  I  j 


Note 
ii5 


524 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


s'était  emparé.  II  fit  une  tentative  sur  Ar- 
les &  ne  fut  détourné  de  son  entreprise 
que  par  l'intercession  de  Tonance  Fer- 
réol,  préfet  des  Gaules.  Aëce  lui-même 
apaisa  le  roi  visigoth  par  l'envoi  d'un  pré- 
cieux bassin  d'or.  Dans  la  troisième  année 
de  son  règne,  en  l'an  453",  Thorismond 
tomba  victime  d'une  conspiration  à  la  tête 
de  laquelle  se  trouvaient  ses  deux  frères 
Théodoric  &  Fridéric.  Les  auteurs  ne  sont 
pas  d'accord  sur  les  motifs  de  cette  cons- 
piration. Selon  les  témoignages  des  chro- 
niques d'Idace  &  de  Prosper,  Thorismond 
aurait  été  assassiné  parce  qu'il  voulait  re- 
nouveler la  guerre  contre  les  Romains. 
D'après  une  autre  chronique  (Isil).  Chron, 
Goth.)^  il  aurait  mécontenté  ses  sujets  par 
son  gouvernement  despotique.  Quoi  qu'il 
en  soit,  la  politique  de  Théodoric  II,  qui 
succéda  à  son  frère  Thorismond,  fut,  en 
ces  deux  points,  opposée  à  celle  de  son 
prédécesseur.  Du  vivant  de  l'empereur  Va- 
lentinien,  il  resta  fidèle  à  l'alliance  avec 
les  Romains  &  ne  prit  les  armes  contre 
eux  qu'au  moment  où,  après  la  mort  de 
Valentinien  III,  les  usurpations  &  les  in- 
vasions des  barbares  troublèrent  profon- 
dément l'Empire.  Les  bonnes  relations  fu- 
rent rétablies  &  fortifiées,  lorsque  Avitus 
eut  été  élevé  à  la  dignité  impériale  par 
Théodoric  &  reconnu  par  toutes  les  pro- 
vinces. Au  printemps  de  l'an  456,  Théo- 
doric entreprit,  au  nom  du  nouvel  empe- 
reur, une  expédition  contre  les  Suèves 
d'Espagne,  mais  il  ne  commença  sérieuse- 
ment les  hostilités  qu'après  la  chute  d'Avi- 
tus  (probablement  au  mois  de  septembre 
de  l'an  456)%  battit  les  Suèves  à  la  bataille 
de  Paramo  (le  5  octobre  456),  s'empara  de 
Bracara  (le  28  octobre),  parcourut  toute 
la  province  &  soumit  entièrement  les  Suè- 

'  Voyez  ci-dessus  la  Note  LII. 

'  Voyez  le  texte,  t.  i,  p.  456  &  siiiv.  D'après 
l'exposé  de  D.  Vaissete,  il  pourrait  paraître  qu'à  la 
bataille  de  Paramo,  Théodoric  eût  encore  combattu 
pour  la  cause  de  l'Empire.  L'avUeur  bénédictin  qui, 
dans  la  Note  LUI  ci-dessus,  a  très-justement  rec- 
tifié l'erreur  chronologique  commise  par  Idace,  & 
qui  place  la  déposition  d'Avitus  au  mois  de  mai  de 
l'an  456,  a  évidemment  pensé  que  cet  événement 
était  resté  inconnu  à  Théodoric  pendant  plus  de 
quatre  mois,  ce  qui  est  peu  vraisemblable. 


ves,  fit  mettre  à  mort  leur  roi  Réchiarius 
&  leur  donna  un  nouveau  roi  en  la  per- 
sonne d'Aïulf,  un  de  ses  sujets.  Rentré  à 
Toulouse  au  mois  d'avril  457,  il  continua 
ses  hostilités  contre  l'Empire  en  envoyant 
en  Espagne  des  troupes  qui  y  étendirent 
ses  conquêtes.  En  439,  repoussant  les  pro- 
positions de  paix  de  l'empereur  Majorien, 
Théodoric  passa  le  Rhône  &  mit  le  siège 
devant  Arles,  défendue  par  le  comte  ^gi- 
dius.  Celui-ci,  dans  une  sortie  heureuse, 
mit  en  déroute  l'armée  des  Visigoths. 
Théodoric  consentit  ensuite  à  renouveler 
l'alliance  avec  les  Romains  &  servit  l'em- 
pereur Majorien,  en46i,  contre  les  Suèves. 

En  462,  par  suite  de  l'assassinat  de  l'em- 
pereur Majorien  &  de  la  proclamation  de 
Sévère,  &  à  la  faveur  de  l'hostilité  entre  le 
général  ^Egidius  8c  le  gouverneur  de  la 
Narbonnaise,  Agrippin,  les  Visigoths  ac- 
quirent la  ville  de  Narbonne  &  la  Nar- 
bonnaise première  jusqu'au  Rhône,  qui 
leur  furent  cédées  par  Sévère".  iEgidius 
s'étant  retiré  vers  la  Loire,  les  Visigoths 
le  suivirent  &  s'emparèrent  du  château  de 
Chinon',  où  le  général  romain  les  assiégea 
sans  succès î  mais  il  leur  infligea  bientôt 
après,  dans  les  environs  d'Orléans,  une 
sanglante  défaite,  dans  laquelle  Fridéric, 
frère  de  Théodoric,  fut  tué.  Après  la  mort 
d'iEgidius,  en  464%  Théodoric,  délivré  de 
son  plus  redoutable  ennemi,  pouvait  son- 
ger à  agrandir  encore  son  territoire  aux 
dépens  de  l'Empire.  Cependant  il  ne  pa- 
raît pas  qu'il  ait  profité  de  cette  occasion 
pour  faire  de  nouvelles  conquêtes  de  quel- 
que importance  en  Gaule.  Mais  il  tourna 
toute  son  attention  vers  l'Espagne,  où  il 
chercha  à  pacifier  les  Suèves.  Il  fut  assas- 
siné par  son  frère  Euric,  vers  le  milieu  de 
l'an  466. 

Quelque  temps  après  son  avènement  au 
trône,  Euric,  sans  doute  pour  renouveler 
&  faire  confirmer  l'alliance  avec  l'Empire 
romain,   envoya   une   ambassade   à  Léon, 


'  Voyez  le  récit  de  cet  événement  dans  le  texte, 
t.  I,  p.  460  &  suiv.,  468  &  suiv,,  &  ci -dessus 
Note  LVI. 

'  Il  est  cependant  possible  qu'ils  aient  déjà  pris 
cette  place  à  une  époque  antérieure. 

^  Voyez  ci-dessus  Note  LVI. 


Note 
1 1  j 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


empereur  d'Orient'.  Mais  bientôt  il  dé- 
clara la  guerre  à  l'empereur  Anthènie, 
s'empara  de  plusieurs  villes  en  Espagne, 
de  l'Acjuitaine  première,  &  dans  les  an- 
nées suivantes,  pendant  les  rapides  chan- 
gements de  gouvernement  dans  l'Empire 
d'Occident,  de  presque  toutes  les  provin- 
ces situées  entre  la  Loire,  la  Méditerra- 
née, le  Rhône  &  l'Océan.  Enfin  toutes  ces 
conquêtes,  y  compris  l'Auvergne,  lui  fu- 
rent confirmées  &  formellement  cédées, 
en  475,  par  l'empereur  Népos.  En  477, 
Eiiric  passa  en  Espagne,  &  aidé  par  un 
corps  d'Ostrogoths  sous  la  conduite  de  leur 
roi  Widimer,  il  soumit  toute  la  province, 
dont  il  ne  laissa  aux  Suèves  qu'une  bande 
de  territoire  sur  la  côte  du  nord- ouest. 
En  480,  prenant  pour  prétexte  la  mort 
de  Népos,  avec  lequel  il  avait  conclu  son 
dernier  traité  de  paix,  &  qui,  dans  son 
exil,  avait  toujours  été  reconnu  par  la 
Provence,  Euric  passa  le  Rhône,  s'empara 
d'Arles,  de  Marseille  &  de  tout  le  ter- 
ritoire jusqu'aux  Alpes,  qu'Odoacre,  roi 
d'Italie,  était  hors  d'état  de  lui  disputer\ 
Il  tourna  ensuite  ses  armes  contre  les 
Bourguignons,  auxquels  il  enleva  quel- 
ques villes,  &  mourut  à  Arles,  vers  la  fin 
de  l'an  484. 

Alaric  II,  fils  &  successeur  d'Euric,  se 
trouva,  peu  de  temps  après  son  avène- 
ment, appelé  à  défendre  son  territoire 
contre  un  ennemi  bien  plus  redoutable 
que  l'Empire  romain,  affaibli  par  tant  de 
guerres  civiles.  Les  Francs,  qui  jusqu'alors 
n'avaient  pas  eu  de  points  de  contact  avec 
les  Visigoths  de  la  Gaule,  devinrent,  en 
486,  par  la  conquête  du  royaume  de  Sois- 
sons  sur  Syagrius,  leurs  voisins  immédiats. 
Alaric,  sommé  par  Clovis,  roi  des  Francs, 
de  lui   livrer  Syagrius  qui  s'était   réfugié 


dans  ses  États,  n'osa  lésister  h  cette  de- 
mande. Par  l'envoi,  en  489,  d'une  armée 
de  secours  à  Théodoric,  roi  des  Ostro- 
goths,  Alaric  avait  gagné  l'amitié  de  ce 
puissant  roi.  L'intervention  de  Théodo- 
ric prévint  une  première  guerre  entre 
Alaric  &  Clovis,  qui  se  réconcilièrent 
momentanément  dans  une  entrevue,  vers 
l'an  5oo,  dans  l'île  de  Saint-Jean'.  Après 
avoir  vaincu  les  Bourguignons,  qu'Alaric 
n'avait  pas  osé  secourir  ouvertement,  Clo- 
vis* tourna  ses  armes  contre  les  Visigoths. 
Ceux-ci  furent  entièrement  défaits,  en  5o7, 
à  la  bataille  de  Vouglé,  dans  laquelle  Alaric 
trouva  la  mort.  A  la  suite  de  cette  jour- 
née, les  Francs  &  les  Bourguignons,  leurs 
alliés,  s'emparèrent  de  rA((uitaine  &  de  la 
plus  grande  partie  des  autres  Etats  soumis 
aux  Visigoths  &  enfin  de  Narbonne,  où 
Gésalic,  qui  avait  pris  le  gouvernement 
des  Visigoths  après  la  mort  d'Alaric,  s'était 
retiré.  Gésalic  passa  les  Pyrénées  &  établit 
sa  résidence  à  Barcelone.  Les  Francs  &  les 
Bourguignons  se  trouvèrent  arrêtés  dans 
leur  entreprise  sur  la  Provence  par  l'arri- 
vée d'une  armée,  que  Théodoric,  roi.d'Ita- 
lie,  venait  d'envoyer  en  Gaule  sous  le 
commandement  du  duc  Ibbas.  Celui-ci, 
après  avoir  battu  les  alliés  près  d'Arles, 
reprit  la  ville  de  Narbonne  &  se  rendit  en 
Espagne,  où  il  devait  combattre  Gésalic. 
Ce  dernier,  ayant  usurpé  la  couronne  sur 
Anialaric,  fils  légitime  d'Alaric,  s'était  li- 
gué avec  Clovis.  Il  fut  vaincu  &  obligé  de 
chercher  un  refuge  en  Afrique.  A  son  re- 
tour, il  tomba  entre  les  mains  des  troupes 
de  Théodoric  &  fut  mis  à  mort  (en  5ii). 
Il  fut  le  dernier  roi  du  royaume  de  Tou- 
louse. 

Avant  de  conclure  cette  rapide  esquisse 
historique,  il  est  nécessaire  de  faire  re- 


NOTB 

ii5 


'  Nous  n'avons  rien  à  ajouter  à  la  longue  disser- 
tation que  D.  Vaissete  a  consacrée  à  l'origine  &  au 
sens  du  nom  de  Septlmanie  (voir  t.  I,  p.  480  & 
suiv.,  &  ci-dessus  Note  LVII) ,  si  c6  n'est  <jue  ce 
nom  est  plus  ancien  que  ne  le  dit  D.  Vaissete, 
puisque  Pline  (m,  4)  &.  Pomponius  Mêla  men- 
tionnent le  peuple  des  Septumani  sur  le  territoire 
de  Béziers. 

'  La  cession  formelle  de  la  Provence  par  Odoa- 
cre  n'est  pas  certaine.  Procope  est  le  seul  auteur 
ancien  qui  en  parle  (De  Bello  Goth.  i,  12"). 


'  Voyez,  sur  l'époque  de  cette  entrevue,  ci-dessus 
Note  LX.  —  Malgré  les  fortes  raisons  données  par 
D.  Vaissete  pour  placer  cette  entrevue  avant  la 
guerre  de  Clovis  contre  les  Bourguignons,  quel- 
ques auteurs  modernes  croient  qu'elle  eut  lieu 
après  cette  guerre. 

^  La  supposition  d'une  alliance  de  Théodoric, 
roi  des  Ostrogoths,  avec  Clovis  dans  la  guerre 
contre  les  Bourguignons,  est  probablement  le  ré- 
sultat d'une  erreur  chronologique  de  Procope  (Z?e 
Bdlo  Goth.  I,  12). 


Note 
I  là 


5:6 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


marquer  que  dom  Vaissete,  ainsi  que  la 
plupart  des  auteurs  qui  l'ont  précédé  &: 
suivi,  paraissent,  dans  le  récit  de  la  con- 
quête du  royaume  des  Visigoths  par  les 
Francs,  avoir  attaché  une  trop  grande  im- 
portance à  la  question  religieuse.  Car, 
d'une  part,  il  résulte  des  témoignages  an- 
ciens que  les  persécutions  des  habitants 
catholiques  par  les  rois  ariens  n'étaient 
qu'isolées;  &,  d'autre  part,  on  voit  par 
ces  mêmes  témoignages,  qui,  presque  tous, 
nous  ont  été  transmis  par  des  auteurs 
ecclésiastiques,  que  le  zèle  des  évoques 
contre  le  gouvernement  hérétique  dépas- 
sait bien  souvent  les  sentiments  des  laï- 
ques. Il  est  cependant  naturel  de  supposer 
que  les  habitants  aient  dû  préférer  un 
conquérant  qui  professait  leur  propre  re- 
ligion à  un  conquérant  qui  en  professait 
une  autre.  Il  serait  donc  injuste  d'accuser 
les  habitants  de  la  Gaule  soumis  au  gou- 
vernement des  Visigoths  d'avoir  trahi  la 
cause  d'un  régime  qui  n'avait  pas  encore 
jeté  de  bien  profondes  racines  dans  le 
pays.  En  somme,  c'est  presque  exclusive- 
menteur  le  champ  de  bataille  que  se  dé- 
cida le  sort  du  royaume  de  Toulouse. 

[Observations  additionnelles  aux  H  l.xxxiv  &  suiv. 
du  livre  VIL] 

Il  est  généralement  admis  que  les  Visi- 
goths, aussitôt  après  leur  établissement  en 
Aquitaine,  en  partagèrent  les  propriétés 
territoriales  (y  compris  les  esclaves  &  le 
bétail)  avec  les  anciens  habitants,  &  qu'ils 
prirent  pour  eux  les  deux  tiers.  Mais  il 
n'existe  aucun  document  qui  constate  cette 
division  d'une  manière  positive,  pour  les 
temps  antérieurs  à  la  conquête  de  l'Es- 
pagne par  Euric,  &  il  convient  d'ajouter 
qu'un  tel  partage,  exécuté  d'une  façon  ré- 
gulière &  uniforme,  ne  paraît  pas  pro- 
bable à  cette  époque.  L'état  de  choses 
que  nous  indiquent  les  lois  visigothi- 
ques  ne  s'était  établi  que  depuis  le  règne 
d'Eu  rie'. 


'  D.  Vaissete  dit  (t.  I,  p.  768)  que  ce  partage 
fut  toujours  religieusement  observé.  La  Lex  Fisi- 
gothorum  nous  montre,  au  contraire,  qu'il  y  eut 
souvent  des  exceptions  à  la  règle. 


Les  conquérants  germaniques  &  les  an- 
ciens habitants  de  la  province  (Romani) 
demeurèrent  toujours  séparés,  pendant 
toute  la  durée  du  royaume  de  Toulouse, 
par  leurs  lois  &  leurs  mœurs.  Chacune  des 
deux  nations  avait  ses  propres  lois  &  ses 
juges'.  Les  mariages  entre  Romains  & 
Barbares  étaient  défendus  sous  peine  de 
mort.  Les  Romains  n'étaient  pas  exclus 
de  la  vie  publique  &  du  gouvernement. 
Ils  prenaient  part  à  la  guerre^  &  ils  rem- 
plissaient des  fonctions,  parfois  les  plus 
élevées. 

Dom  Vaissete  dit  (t.  I,  p.  768)  que  «  les 
hommes  libres  étoient  tous  censés  nobles, 
mais  leur  noblesse  étoit  fort  relevée  par 
les  dignités  ou  par  les  biens  qu'ils  possé- 
doient.  »  Tel,  en  effet,  était  le  caractère 
de  la  nouvelle  noblesse  visigothique  qui 
avait  remplacé  l'ancienne  noblesse'  d'a- 
vant la  migration  des  peuples  germani- 
ques. Aussi,  dépendant  de  causes  extérieu- 
res &  changeantes,  restait-elle  très-vague 
&  flottante  pendant  plusieurs  générations. 
Il  faut  donc  se  garder  de  voir  des  repré- 
sentants d'une  noblesse  de  naissance  dans 
les  primates,  priores ,  optimates ,  summates 
virî,  &c.,  mentionnés  dans  les  lois  ou  dans 
les  auteurs  anciens.  Il  n'y  a  que  l'expres- 
sion nobilîs  qui,  dans  la  plupart  des  cas, 
paraisse  désigner  les  nobles  ou  libres  de 
naissance.  Les  privilèges  des  hommes  no- 
bles étaient  considérables.  Dans  certains 
cas,  ils  étaient  soumis  à  une  juridiction 
exceptionnelle,  celle  du  roi,  &  plus  tard 
d'une  assemblée  d'ecclésiastiques  &  de 
fonctionnaires  de  la  cour  (senîores  &  g'^r- 
dingi).  Dans  l'application  de  la  peine, 
la  loi  ne  leur  impose,  le  plus  souvent, 
que  des  amendes  d'argent.  La  loi  établit 
d'ailleurs  des  distinctions  particulières  en- 
tre les  différentes  classes  de  la  société,  les 

'  Il  paraît  cependant  que  les  ducs,  comtes  & 
viguiers  visigoths  étaient  investis  du  droit  de  ju- 
ger les  Romains  aussi  bien  que  les  Visigoths. 

'  Longtemps  avant  la  loi  du  roi  Ervige. 

'  Il  est  souvent  question,  chez  les  Visigoths, 
avant  leur  invasion  en  Gaule,  de  familles  distin- 
guées par  leur  noblesse,  de  personnages  illustres 
par  leur  naissance,  &c.  Mais  on  trouve  à  peine 
une  trace  de  cette  ancienne  noblesse  après  l'inva- 
sion. 


Note 
1 15 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


7 


Note 
116 


hommes  libres  (ingenui),  les  affranchis  & 
les  esclaves.  Les  îngenui,  qui  primitive- 
ment ont  dû  jouir  des  mêmes  droits  c[ue 
les  nobles,  deviennent  peu  à  peu,  par 
raccroissement  de  la  puissance  des  nobles 
&  par  leur  propre  appauvrissement,  une 
classe  inférieure.  [H.  Z.] 


NOTE  CXVI 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Le  canal  Ruhresus. 

ON  n'a  point  assez  remarqué,  à  propos 
de  ce  grand  ouvrage  sur  lequel  le 
temps  est  resté  sans  prise  jusqu'ici',  que 
les  ingénieurs  romains,  en  le  construisant, 
se  proposaient  un  double  but,  car  il  y  a 
toute  raison  de  croire  que  l'étang  de  Bages 
&  de  Sigean  leur  doit  en  grande  partie  son 
existence. 

C'est  à  dater  de  ce  moment,  en  effet, 
que  les  eaux  du  fleuve'  ont  cessé  de  s'étan- 
cher  &  de  se  perdre  dans  cette  dernière 
flaque  d'eau  que  ses  atterrissements  au- 
raient fini  par  combler  à  son  tour.  Arrê- 
tées à  leur  entrée  dans  l'étang  par  le  bar- 
rage transversal  dans  lequel  s'ouvre  la 
bouche  du  canal  (la  goule  d'Aude),  elles 


'  S'il  ne  doit  point  durer  éternellement,  comme 
l'nssurait  Pierre  de  Marca  dans  un  chapitre  re- 
marquable de  son  Limes  Hispanicus  (,..ad  fabricam 
lapideae  molis  in  perpetuum  duraturae  :  Marc, 
Hispan.  1.  I,  c.  7,  2  7),  on  peut  au  moins  affir- 
mer qu'il  est  le  mieux  conservé  de  tous  ceux  que 
les. Romains  ont  laissés  dans  la  ville  ou  aux  envi- 
rons de  Narbonne.  Les  blocs  massifs  de  pierre 
dont  il  est  construit  ainsi  sont  taillés  avec  tant 
de  soin  &  ajustés  avec  tant  d'art  sur  le  lit  de 
béton  qui  leur  sert  de  base  qu'ils  ont  résisté  jus- 
qu'ici à  l'action  de  l'eau  combinée  avec  celle  des 
siècles,  &  qu'il  suffirait  de  quelques  dragages 
bien  dirigés  pour  le  rendre  à  sa  destination  pri- 
mitive. 

*  Et  non  d'un  bras  du  fleuve,  comme  le  disent 
les  Bénédictins  en  confondant  le  présent  avec  le 
passé.   (Voir   les  notes  sur   la   ville  de   Narbonne 
nsérées  au  tome  I  de  cette  édition.) 


s'y  trouvaient  emprisonnées  dans  un  lit 
factice  qu'elles  ne  franchissaient  plus  qu'à 
l'époque  des  crues,  &  où  elles  ont  conservé 
assez  de  chasse  pour  tenir  en  suspension 
les  dépôts  sédimentaires  dont  elles  sont 
presque  toujours  chargées'.  Le  grau  étroit 
&  souvent  ensablé,  qui  servait  do  déver- 
soir à  l'étang',  se  trouva  lui-même  élargi 
&  déblayé  par  le  mouvement  du  fleuve, 
qui  atteignait  la  mer  cette  fois,  &  l'attei- 
gnait avec  assez  de  force  pour  s'y  créer  & 
s'y  maintenir  un  estuaire  abordable.  Le 
port  de  Narbonne,  comme  on  l'appelle  un 
peu  complaisamment,  n'était  en  réalité 
que  le  lit  d'Atax,  doiit  les  embouchures 
équivoques  s'étaient  ainsi  trouvées  fixées 
du  même  coup  dans  l'étang  comme  dans  la 
mer.  De  ce  canal  sous-lacustre  qui  en  for- 
mait la  passe  ou  le  goulot,  les  navires 
marchands  &  les  navires  de  guerre  remon- 
taient dans  le  lit  du  fleuve,  régularisé  lui- 
même  à  l'aide  d'endiguements  ou  de  dra- 
gages, &  venaient  s'amarrer  dans  le  port 
proprement  dit,  qui  s'étendait  depuis  l'ar- 
che subsistante  du  jpons  vêtus  le  long  des 
deux  rives  du  fleuve,  bordées  pendant 
plusieurs  milles  de  magasins,  de  cabarets 

ou   de   garnis    (mûris ambïtu ,   tavernïs, 

SiDON.  l.l.  v.  39),  à  l'usage  des  pilotes 
{navïcularli)  ou  des  matelots  du  cataplus. 
Quant  à  l'étang  de  Bages  &  de  Sigean, 
que  le  canal  coupe  transversalement  à  son 
extrémité,  il  est  impossible  de  douter, 
après  ce  que  nous  venons  de  dire,  qu'il  ne 
formât  déjà  une  flaque  d'eau  bien  distincte 
de  l'étang  de  Gruissan,  que  le  fleuve  n'a 
jamais  traversé.  On  peut  même  affirmer 
que  ses  limites,  nettement  tracées  au  nord- 
ouest  par  la  digue  dont  nous  avons  parlé, 
ne  différaient  point  essentiellement  de  ce 
qu'elles  sont  aujourd'hui.  Au  nord  de 
l'étang  de  Cruissan,  les  plaines  alluviona- 
les  qui  entourent  de  leurs  ondes  fertiles 
les  montagnes  arides  de  la  Clappe  (l'an- 


'  C'était  la  couleur  habituellement  rougeâtre  de 
ces  dépôts  qui  avait  valu  à  la  lagune  ou  aux 
démembrements  de  la  lagune  quand  elle  se  brisa 
en  flaques  d'eau  distinctes,  les  noms  de  ruhresus 
(Mêla)  8c  de  ruhrensis  lacus, 

*  «  Qua  mare  ndmittet,  tennis  aditu.  »  (Mfii.A- 
1.  2,  c.  5.) 


Note 
116 


Note 
ii6 


528 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


cienne  însula  Lexii)  étaient  depuis  long-  par  degrés   ses   allures   torrentueuses.  En 

temps  émergées  &  cultivées,  puisque  l'on  continuant  à  s'exhausser  &  à  s'étendre  de 

y  rencontre,  comme  dans  les  trois  îles  de  siècle  en  siècle,  la  riche  plaine  créée  par 

l'étang  de  Sigean,  des  traces  d'habitations,  ses  atterrissements'  gênait  l'écoulement  de 

des    tombeaux   &  des    inscriptions   gallo-  ses  eaux,  que   les   déclivités  du   sol   atti- 

romaines.  raient  Jadis.  Son  lit  se  remplissait  de  bancs 

A  l'inverse  de  la   région  septentrionale  ou    de   grèves    mobiles   qu'il    remaniait   à 

de  la  lagune  en  amont  de  la  ville,  où  les  chaque  crue%   &  l'on  s'explique   par  cet 


Note 
116 


étangs,  les  bas-fonds  &  les  marais  vaseux 
se  succédaient  encore  au  temps  d'Ausone, 
c'étaient  ici  les  terres  qui  reprenaient  l'as- 
cendant sur  les  eaux,  refoulées  par  degré 
dans   les   profondeurs   de   la    lagune.   Les 


enchaînement  de  révolutions  solidaires  les 
unes  des  autres,  comment  il  a  fini  par 
abandonner  lui-même,  au  commencement 
du  quatorzième  siècle,  la  vieille  ville  ro- 
maine, à  laquelle  il  avait  longtemps  servi 


désordres  &  les  malheurs  de  toute  espèce  de  port.  Le  canal  de  la   Robine,  que  les 

qui  ont  marqué  les  derniers  temps  de  la  ingénieurs  de  François  I"  ont  eu  quelque 

domination  romaine  dans  la  Gaule  méri-  peine  à  ramener  sous  ses   murs,  ne  porte 

dionale  ne  pouvaient  que  favoriser  encore  q"e  des   barques   pontées   &  ne    rappelle 

cette  sourde  extension  des  atterrissements  plus  qu'une  ombre  de  cette  antique  pros- 

que  l'on   ne  songeait   même  plus  à  com-  périté  maritime   &   commerciale,  que  les 


battre'.  Dès  le  temps  de  Sidoine,  de  riches 
cultures  où  la  vigne  &  l'olivier  se  mêlaient 
aux  arbres  fruitiers,  aux  céréales  &  aux 
prairies,  avaient  déjà  pris  possession  de  la 
partie  centrale  de  la  lagune,  asséchée,  à  ce 
qu'il  paraît,  &  cultivée  l'une  des  premiè- 
res. Elles  s'étendaient  sur  plusieurs  points 
jusqu'aux  murs  de  la  ville,  qu'elles  entou- 
raient ainsi  d'une  seconde  auréole  : 

Salve,  Narbo  potens  saliibritate, 
Urbe  &  rure  simiil  bonus  videri. 

(SiDON.  l.l.  V.  37-38.) 

Et  le  poëte  pouvait  dire  sans  exagération, 
dans  un  langage  tout  païen  encore,  que  le 
territoire  de  Narbonne  était  à  peu  près  le 
seul  où  Paies,  Cérès,  Bacchus  &  Minerve 
régnassent  l'un  à  côté  de  l'autre  sans  em- 
piétements comme  sans  désaccord  : 

Unus  qui  venerere  jure  divos 
Leneum,  Cererem,  Palem,  Minervant 
Spicis,  palmite,  pascuis,  trapetis. 

(SiDON.  l.l.  V.  45-47.) 

Le  fleuve,  dont  on  ne  s'occupait  guère 
plus  que  de  la  lagune  depuis  la  chute  de 
l'Empire,  s'obstruait  lui-même  &  reprenait 

■  Nous  rappellerons  incidemment  que  c'est  à  la 
même  époque  &  en  partie  par  les  mêmes  causes 
que  la  ville  de  Ravenne  s'est  trouvée  isolée  de 
l'Adriatique,  dont  elle  avait  été  un  des  ports  les 
plus  fréquentés. 


Narbonnais   eux-mêmes   paraissent    avoir 
oubliée.  [E.  B.] 


NOTE  CXVII 

AJOUTÉE  PAR  LES   NOUVEAUX   ÉDITEURS. 

Origines  de  Toulouse, 

(Voir,  au  tome  I  de  cette  édition,  les  notes  dont  cette  étude 
n'est  que  le  complément.) 

SI  nous  avons  tenu  compte,  dans  les  déve- 
loppements où  nous  venons  d'entrer, 
des  indications  plus  ou  moins  précises  que 
nous  fournissaient  tour  à  tour  l'histoire  & 
l'archéologie,  il  doit  en  ressortir,  comme 
un  fait  acquis  dès  à  présent  à  la  science, 
que  le  lieu  de  Vieille-Toulouse  n'était  à 
l'origine  qu'un  oppidum  celtique,  bâti  sur 
une  des  collines  qui  commandent  le  cours 

'  Elle  atteint  actuellement,  à  Narbonne,  2  mè- 
tres 099  millimètres  au-dessus  du  niveau  de  la 
mer. 

'  Le  fleuve,  à  cette  époque,  reprend  momenta- 
nément possession  d'une  partie  du  terrain  qu'il  a 
perdu  depuis  l'époque  romaine.  Vues  du  clocher 
de  Saint-Just,  ces  eaux  débordées  rappellent  quel- 
que chose  de  l'époque  oii  la  ).{;j.vrj  iNapÇo'w.Tiç  cou- 
vrait encore  la  meilleure  partie  du  riche  bassin 
qui  a  formé  depuis  le  territoire  de  Narbonne. 


Note 
117 


NOTB 

"7 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


529 


NoTB 


(le  la  Garonne  par  une  des  tribus  volkes  ressemblance    il    devait   s'établir,    avec    le      "^ 

qui  habitaient  la  rive  droite  de  la  rivière.  temps,  entre  les  principaux  de  ces  villa- 

Quoiqu'il  paraisse  ici  de  construction  re-  ges,  des   inégalités   plus   ou   moins   tran- 

lativement  récente,  cet  oppidum  aurait  été  chées  qui  tenaient  elles-mêmes  à  des  cau- 

destiné,  comme  l'étaient  partout  les  o/7p;Va  ses   très-diverses   :   ici,  à   l'étendue   ou   à 

celtiques,  à  servir  de  refuge  momentané  la   fertilité  de   leur  territoire   cultivable; 

aux  populations  du  voisinage  qui  s'y  reti-  ailleurs,   au   voisinage   de   quelque   cours 

raient,  en  cas  d'alerte,  avec  leurs  bestiaux,  d'eau  dont  les  vïcanî  s'attribuaient  la  navi- 

leurs    provisions    &    le    meilleur   de    leur  gation   ou  la  pèche;  quelquefois  à  l'exis- 

avoir.  Comme   la  plupart  d'entre  eux,  il  tence  d'un  gué  ou  d'un  pont  de  bois  qui 

aurait  été  bâti  aux  frais  ou  par  les  mains  leur  ouvrait  des  relations  avec  les  popula- 

de  ces  populations  elles-mêmes,  qui  y  tra-  tions  de  la   rive  opposée.  C'est  ainsi  que 

vaillaient  à  tour  de  rôle,  sous  forme  de  l'on  voit  naître  &  grandir  chez  les  Insu- 

corvée,   &  dont  il  restait,   à  ce   titre,   la  bres ,   établis   au    delà   des   monts   dans   la 

propriété  commune'.  Mais  il  ne  faut  point  plaine   du   Pô,  la   future  grande  ville  de 

oublier  que  la  plupart  de  ces  lieux  de  re-  M.ediolanum  qui  devait  son  nom  &  sa  pros- 

/u^e  n'avaient  pas  de  population  sédentaire  périté  à  la  riche  plaine  (lane,  Janne,  cel- 

ou  permanente'  &  que  le  gros  de  la  na-  tice ;  —  land,  lande,  landes,  germanice)  dont 

tion  vivait,  comme  vivent  encore  nos  pay-  elle  allait  devenir  la  métropole".  D'autres, 

sans    (pag-anz),   dans   des   villages   ouverts  comme  la  5zenna  ou /^/enna  des  AUobroges, 

dont  la  plupart  ont  traversé,  sans  perdre  auraient  été  pour  ainsi  dire  le  présent  du 

même  leur  nom  indigène,  les  deux  mille  fleuve  navigable  (owpov  xoJ  zo':a;j.ou,  HÉRo- 

ans  qui  nous  séparent  de  ces  époques  re-  DOT.),  sur  les  bords  duquel  elles  étaient 

culées'.  nées".  Il  leur  suffisait  pour  y  grandir  de 

Quoique  situés  d'une   manière   très-di-  s'en    assurer    le    commerce,    tantôt   en    y 

verse,  suivant  la  configuration  ou  le  relief  construisant  une  flottille  de  barques  assez 

du  sol,  ces  villages  barbares  présentaient,  nombreuses   pour  décourager   toute  con- 

à  peu  de  chose  près,  le  même  aspect,  dans  currence,  tantôt  en  ouvrant  aux  marchan- 

le  même  pays  au  moins.  Dans  le  Sud-Ouest  dises  que  les  étrangers  leur  apportaient  des 

de  la  Gaule,  ils  étaient  composés  de  chau-  débouchés  capables  de  les  attirer,  malgré 

m'ièves  (casae,  casulae)  bâties  de  torchis  &  des   péages   dont   elles   étaient   frappées', 
de  poutres   fichées  en    terre,  couronnées 

par  un  haut  toit  de  chaume  &  s'alignant  • Boïi   trans  Alpes   provecti  Laudem  Pom- 

irrégulièrement  sur  une  rue  plus  ou  moins  peïam,  Insubres  Mediolanum  (condidere)  (Pli.v. 

longue''.   Mais   en   dépit  de  ces   traits  de  1.  3,  c  17). 

^  «  Oî  [jlÈv  àXXo'.  y.tojj.iTjObv  Çw^tv,  oî  0*  ?-ioavla-:aTOi 

roXtv  ô'  5jiwi;  tou  È'Ovo'j;  XsYO[j.£vr,v  /.aieaxsui/.aî'.  niX-.v. 
"lôpurai  oÈ  It:\  xw  'Poôâvo)  »  (Strad.  1.  4,  c,  i).  En 
Espagne,  dont  la  civilisation  paraît  avoir  précédé 
celle  de  la  Gaule  même  dans  le  Midi,  Strabon 
nous  montre  les  premières  villes  naissant  de  même 
au  bord  des  rivières  navigables,  It:\  xôiv  ;:o-:a|xâJv, 
ou  sur  des  canaux  creusés  de  main  d'homme, 
oto'jpuYSç,  qui  se  substituaient  à  leurs  embouchures 
souvent  ensablées  (Strab.  1.  3,  c.  2,  5  5),  tandis 
que  le  reste  de  la  nation,  chez  les  Celtibères  ou 
ailleurs,  vivait,  y.wjjLr,5bv  ou  xaxà  xo'iaa?,  dans  des 
villages  sans  murailles,  analogues  à  ceux  que  nous 
décrivions  tout  à  l'heure  :  «  ...àypioi  Y*P  ^^  "^"^ 
y.tf)[xaç  oîxo'jvTS;  *  Totouioi  0'  ot  roXXot  xCiv  IGr^ptuv 
(Strab.  1.  3,  c.  4,  l  i3). 

'«  portoria    reliquaque   omnia   Haeduorum 

vectigalia   parvo   pretio   redempta  habere...  (Cac«. 


'  Aussi  étaient-ils  placés,  dans  la  plupart  des 
etvitates,  sous  la  surveillance  du  magister  pag't,  qui 
relevait  lui-même  du  chef  de  la  tribu  ou  de  la 
nation  {jegulus,  vergobret.  —  Voir,  dans  ce  vo- 
lume, Note  CVII,  pp.  412  à  420,  notre  étude  sur 
les  pagl  &  les  v'tci  avant  &  pendant  la  domination 
romaine.) 

"  Ce  qui  explique,  pour  le  remarquer  en  passant, 
comment  ils  ont  eu  rarement  l'honneur  de  donner 
naissance  à  des  villes,  au  sens  moderne  du  mot. 

^  Voir,  à  ce  sujet,  nos  études  sur  l'histoire  8c 
»ur  l'épigraphie  des  Pyrénées. 

*  «  Ad  hune  diem  nationibus  exteris  ex  his  ré- 
bus (fronde,  arundine,  luto)  aédificia  constituun- 
tur  ut  in  Gallia,  Hispania,  Lusitania,  Aquitania, 

scanduhs  robusteis  aut  stramentis »  (Vitruv. 

1.    I.C.    I). 


II. 


Note 
117 


53o 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Le  commerce  de  nos  grands  cours  d'eau 
&  les  corporations  de  nautes  ou  d'utricu- 
la'ires  qui  l'exploitaient  avant  la  conquête 
romaine,  se  trouveraient  ainsi  contem- 
porains de  nos  plus  anciennes  villes  qui 
leur  devraient  en  partie  naissance,  &  nous 
allons  voir,  en  interrogeant  avec  un  peu 
d'attention  les  historiens  &  les  géogra- 
phes anciens,  que  c'est  à  peu  près  de  cette 
manière  qu'aurait  commencé  la  ville  de 
Tolosa,  au  milieu  d'autres  villages  volkes 
dont  elle  allait  devenir  la  tète  &  le  chef- 
lieu. 

Le  plus  ancien  des  témoignages  auxquels 
nous  faisons  allusion  serait  incontestable- 
ment celui  du  philosophe  Posidonius,  un 
Grec  de  Syrie",  qui  vivait  à  la  fin  du  second 
siècle  avant  notre  ère%  &  qui  avait  écrit 
une  histoire  de  son  temps  destinée,  dit  un 

1.  I,  c.  18).  — iter  per  Alpes  quo  magno  cum 

periculo  jn.ignis  que  cum  portoriis  mercatores  ire 
consueverunt  (1.  3,  c.  1). 

'  Strabon  nous  apprend,  en  effet,  qu'il  était  né 
à  Apamée,  sur  l'Oronte  :  'EvteuOsv  (Iç  'ATîaasîaç) 
o'  è'a-ci  Iloastoowto;  6  oxoj'iV.oç.  — 'Aîraiiebç  1%  Tr,ç  i^uptaç 
(Strab.  1.  16,  c.  II,  $  10,  &  1.  14,  c.  2,  2  i3), 
quoiqu'il  eiit  passé  sa  jeunesse  à  Athènes  &  le  reste 
de  sa  vie  à  Rhodes,  où  son  savoir  &  son  enseigne- 
ment lui  firent  une  réputation  légitime  :  Hoasi- 
oo'jvioç  V  JnoXitfS'jaaTO  [J-àv  èv  Pooto  ■/.a\  îio-^'.rsxvjrjz^i 
(Strab.  l.l.).  Il  avait  été,  à  Athènes,  l'élève  & 
l'ami  du  stoïcien  Panaetius,  à  la  mort  duquel  il 
paraît  avoir  quitté  la  Grèce  pour  n'y  plus  revenir, 
Mnésarque,  un  de  ses  condisciples,  ayant  été 
choisi  pour  diriger  l'école  illustrée  par  leur  maître 
commun. 

'  Un  de  ses  biographes,  Janus  Bake,  suppose, 
sur  d'assez  bonnes  raisons,  qu'il  serait  né  en  619 
de  Rome  (olymp.  161,  2  j  1 35  avant  J.-C. —  Bake, 
Pos'idoniï  Rliodii  doctrinae  Teliquiae.  Lugd.  Batav. 
1810,  p.  8).  Mais  on  est  moins  certain  de  l'époque 
de  sa  mort  qui  se  placerait  en  l'année  5i  avant 
notre  ère,  s'il  faut  prendre  au  pied  de  la  lettre 
l'assertion  du  traité  des  Maxpiêioi  (attribué  long- 
temps à  Lucien  de  Samosate.  Voir  Ranke,  Pollux 
&■  Luc'ianus.  Quedlinburg,  i83i,  pp.  i6~2z)  ;  TÉt- 
^apa  zat  ôySo/jV.oVTSc  [ïxri  èodoacv),  tandis  que  Suidas 
assure  qu'il  serait  venu  à  Rome  cette  même 
année,  sous  le  consulat  de  Marcus  MarcelluS  : 
^ÀOî  Se  /M  è;  'PwiAVjV  l<:\  i\lâf/.ou  Map/.sXXou  (Suid.vs, 
Î.Z.).  —  Voir,  à  ce  sujet,  l'opinion  de  M.  Cari 
Mueller,  qui  croit  Posidonius  plus  jeune  qu'on 
ae  le  suppose  &  qui  reculerait  volontiers  d'une 
dizaine  d'années  l'époque  de  sa  naissance, 


écrivain  ancien,  à  faire  suite  à  VHistoirê  de 
Polybe  '. 

De  ce  grand  ouvrage,  qui  embrassait 
ainsi  la  période  orageuse  des  guerres  ci- 
viles dans  le  monde  romain  &  les  essais 
d'organisation  politique  ou  administrative 
qui  en  ont  marqué  la  fin,  il  ne  reste  au- 
jourd'hui que  des  fragments  recueillis  par 
les  écrivains  du  temps  d'Auguste  ou  par  des 
compilateurs  de  date  plus  récente \  On 
peut  en  dire  autant  de  nombreux  traités 
spéciaux  composés  par  lui  sur  des  sujets 
très-divers  &  dont  la  plupart  ne  nous  sont 
connus  aujourd'hui  que  par  leurs  titres ^ 


'  ...?YP^'t'"^  'IaTop(av  xr)V  [lEtà  IIoluS'.ov  h  P'.SKoi; 
v6',  dit  ailleurs  Suidas,  en  confondant,  il  est  vrai, 
notre  Posidonius  d'Apamée  avec  un  Posidonius 
d'Alexandrie,  élève  de  Zenon  &  de  Kitias  (Suidas, 
l.l,  apud  Cari  Mueller,  p.  249).  Il  paraît  certain, 
en  effet,  qu'elle  commençait  au  point  où  finissait 
l'histoire  de  Polybe,  c'est-à-dire  à  la  prise  de 
Carthage  (146),  &  qu'elle  s'étendait  au  moins  jus- 
qu'à l'année  90  ou  91  avant  notre  ère,  puisqu'un 
fragment  du  quarante- neuvième  livre  cité  par 
Athénée  (l'ouvrage  en  avait  cinquante-deux,  au 
dire  de  Suidas)  était  relatif  au  luxe  insensé  d'un 
certain  Apicius,  exilé  en  93,  sur  la  rogatio  du 
tribun  Rutilius  Rufus.  M.  Cari  Mueller  a  essayé 
d'établir,  par  des  raisons  dont  quelques-unes  nous 
paraissent  au  moins  discutables,  qu'il  aurait  écrit, 
à  l'intention  de  Pompée,  une  seconde  histoire  des- 
tinée à  faire  suite  à  la  précédente  &  qu'il  aurait 
étendue  jusqu'à  la  mort  de  Pompée,  peut-être 
même  jusqu'à  celle  de  César  (44  avant  J.-C),  ce 
qui  reculerait  de  treize  ans,  cette  fois,  les  limites 
de  sa   vie  (^Histor.  Graec,  Fragmenta,  t.  3,   p.  25i. 

"^  Comme  Athénée  &  Suidas,  qui  le  citent  tex- 
tuellement &  par  longs  fragments  d'ordinaire.  - — 
Les  voir  réunis  &.  classés  avec  beaucoup  de  soin 
dans  le  troisième  voluine  des  Histor'icorutn  graeco- 
rum  Fragmetita,  publié  par  Firmin  Didot  dans  sa- 
bibliothèque  gréco-latine. 

^  Les  titres  de  ces  divers  traités,  dont  un  assez 
grand   nombre  nous  ont  été  conservés  (ITspt  4''"'/%» 

—  'llO'.y.b;  X6yo;,  —  IIcp\  doîtwv,  —  ITEpI  TiaCwv,  — 
1T£&\  Oswv,  —  nsp\  fjp(/)t»v  VM  Ôai[j.ôvtov,  —  Tlept  [j.xv- 
T'./.rjÇ,  —  IIcp\   ■/.oiij.o'j,  —  TIcp\   y.svou  (sur  le   vide), 

—  n3o\  lov.îavo'j, —  nep\  [j.î-îwpwv  seu  [;.sxcwpoXoY'.z.';), 
suffiraient  pour  prouver  qu'il  n'avait  négligé  au- 
cune branche  des  connaissances  acquises  de  son 
temps,  depuis  la  théodicée,  la  métaphysique,  la 
logique  &  la  morale,  jusqu'à  l'histoire  naturelle, 
la  météorologie,  la  géographie  (mathématique  ou 
p'iysique)  &  l'ethnographie  que    l'on   ne  séparait 


Note 
117 


Note 

117 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  53 1    

Note 

contrées  de  l'Occident',  comme  la  Gaule       "^ 

&  l'Espagne,  dont  les  Romains  achevaient 

alors  la  conquête,  commencée  depuis  près 


Mais  le  nombre  de  ces  emprunts  &  la  ma- 
nière dont  parlent  de  lui  la  plupart  des 
écrivains  qui  le  citent  ou  qui  le  copient', 
indiquent  suffisamment  qu'on  le  regardait 
de  son  temps  comme  un  observateur  d'un 
esprit  ingénieux  &  solide,  habitué  à  juger 
par  lui-même  de  toute  chose  &  ne  sépaiant 
point  les  sciences  exactes  ou  naturelles, 
dont  les  stoïciens  se  préoccupaient  avec 
raison,  de  la  philosophie  qui  les  domine 
&  les  éclaire  à  leur  tour'.  Strabon,  qui  le 
cite  à  tout  moment  dans  les  premiers  livres 
de  sa  Géographie,  le  donne  sans  hésitation 
«  comme  l'homme  de  son  temps  qui  savait 
le  plus  de  choses',  »  &  qui  les  savait  le 
mieux,  grâce  à  la  méthode  qu'il  s'était  faite 
de  ne  négliger  aucun  détail  dans  les  phé- 
nomènes qu'il  étudiait  &  de  remonter  au- 
tant que  possible  aux  causes  qui  les  expli- 
quent *. 

Pour  se  rendre  nettement  compte  des 
graves  événements  qu'il  avait  à  raconter,  il 
avait  voulu,  comme  Polybe,  connaître  pur 
lui-même  quelques-uns  des  pays  qui  en 
avaient  été  le  théâtre.  C'est  dans  ce  but 
qu'il  avait  entrepris,  jeune  encore,  de 
longs   8c   pénibles   voyages    dans   diverses 


point  alors  de  l'histoire  proprement  dite.  Dans 
son  Traité  de  l'Océan,  le  plus  souvent  cité  de  tous 
ses  ouvrages  après  sa  grande  histoire,  il  avait 
réuni  tout  ce  que  l'on  savait  de  son  temps  8c 
tout  ce  qu'il  avait  appris  dans  ses  voyages  sur 
l'étendue,  la  profondeur,  la  configuration  8c.  les 
grands  phénomènes  de  la  Mer  Extérieure. 

'  On  sait  avec  quel  éclat  il  avait  enseigné  dans 
la  ville  de  Rhodes,  où  il  s'était  fixé  au  retour 
de  ses  voyages  (de  là  le  nom  de  Rhodien  sous 
lequel  on  le  désigne  souvent)  &  où  il  avait  eu 
pour  auditeurs,  pour  élèves  ou  pour  amis  quel- 
ques-uns des  hommes  les  plus  considérables  de 
son  temps,  à  commencer  par  Cicéron  &  le  grand 
Pompée. 

'  C'est,  à  peu  de  chose  près,  l'opinion  que  se 
faisait  Strabon  de  la  géographie  elle-même,  qui 
relevait  suivant  lui  de  la  philosophie,  comme 
toutes  les  branches  des  scierlces  humaines  t  ...vsw- 

YpaçtxJ^v  tîjî  Toîi   cpiXo^^wj  r.^x'^ixy.xdxi   îTvat 

(Strab.  1.  I,  c.  I ,  ?  i). 

'  'Av7)f)  tôjv  Y.7.V  îjaà?  cpiXoiiçtov  roÀu;j.aO:7ta-:o; 
(Strak.  l.l.). 

*  IloXb  Y<^P  2''''  T^  aîtioXoYixbv  ftapà  aJT<~)  7.oà  to 
àpiaiotéXtl^ov ,  Bnsp  ixxXfvou^w  ol  îi;xix£pot  5ià  tV; 
?;;(zpy}iv  twv  aîuwv  (Stuad.  1.  2,  c.  3,  2  7  sub  fine). 


'  Sans  nous  jeter  dans  des  discussions  sans  fin 
sur  la  date  8t  sur  la  succession  de  ces  voyages, 
étrangers  pour  la  plupart  à  notre  sujet,  il  nous 
suffira  de  remarquer  qu'ils  sont  probablement 
postérieurs,  de  plusieurs  années  au  moins,  à  la 
mort  de  Panaetius,  que  l'on  fixait  elle-même,  sans 
preuves  suffisantes,  à  l'année  1  10  avant  notre  ère. 
En  admettant,  comme  le  veut  Janus  Bake,  que  le 
voyage  d'Espagne  ait  été  réellement  distinct  de 
celui  de  la  Gaule,  qu'il  aurait  précédé  dans  l'ordre 
chronologique,  il  faudrait  supposer,  comme  consé- 
quence, que  notre  voyageur  y  serait  arrivé  par 
mer,  comme  il  en  est  certainement  revenu  (.../.aTà 
Tov  àvdrXouv  -rbv  h.  tîjç  'lSr,pîa;  (Sthad.  1.  3,  c.  2, 
î  5),  en  traversant  notre  golfe  du  Lion  (la  mer  de 
Sardaigne  alors),  où  il  avait  recueilli  de  précieuses 
observations  sur  la  profondeur  exceptionnelle  de 
la  mer  dans  ces  parages  &  sur  les  vents  d'est  (0? 
Eupot)  qui  y  régnent  avec  une  sorte  de  régularité 
pendant  certaines  saisons,  car  il  aurait  été  ballotté 
par  eux  pendant  trois  mois  des  îles  Baléares  à  la 
Sardaigne  &  de  la  Sardaigne  à  la  côte  d'Afrique. 
—  Quant  au  voyage  de  Gaule,  dont  les  étapes 
nous  sont  comme  indiquées  par  les  citations  de 
Strabon,  il  y  a  toute  raison  de  croire  qu'il  aurait 
commencé  par  la  Ligurie  italienne  &  gauloise, 
c'est-à-dire,  en  d'autres  termes,  que  le  voyageur 
serait  entré  en  Gaule  par  la  route  de  la  Corniche, 
comme  nous  le  dirions  aujourd'hui.  (Voir,  à  ce 
sujet,  les  curieux  détails  qu'il  avait  recueillis  à 
Massalia,  chez  son  hôte  Charmoléon,  sur  les 
mœurs  des  Ligures,  sur  leurs  habitudes  laborieu- 
ses 8t  sur  leur  âpreté  au  gain.  Stuab.  1.  3,  2  5.) 
Après  avoir  franchi  le  Rhône  au-dessus  de  la  Crau 
(le  Campus  lapideus,  -eSfov  XiOôJOcç ,  de  Strabon, 
1.  4,  c.  1,5  7).  Il  aurait  traversé  la  Province  de 
l'est  à  l'ouest,  en  suivant  comme  tout  le  monde 
la  Via  Domitia,  qui  faisait  suite  elle-même  à  la 
Via  Aurélia.  Mais  il  l'aurait  quittée  à  la  hauteur 
de  Narbonne  pour  se  jeter  au  nord-ouest,  dans 
le  pays  des  Volkes  où  nous  allons  le  suivre.  Ce 
qui  reste  certain  8t  ce  que  l'on  n'a  pas  suffisam- 
ment remarqué,  c'est  qu'il  n'a  point  dépassé  do 
beaucoup,  du  côté  du  nord,  ce  que  nous  appel- 
lerions aujourd'hui  les  crêtes  du  bassin  de  la  Ga- 
ronne, car  Strabon,  qui  le  prend  si  volontiers 
pour  guide,  ne  le  cite  plus  qu'une  seule  fois  au 
delà  de  cette  limite,  à  propos  de  l'île  sainte  des 
bouches  de  la  Loire,  dont  le  culte  &  le  temple 
entretenu  par  des  femmes  sevrées  de  leurs  maris 
rappelaient  aux  Grecs  les  cultes  orgiastiques  du 
Bacchus  de  la  Thrace  (Atovûaoi  y.aTS/^ojxfva?.  Stiîau. 
1.  4,  c.  4,  l  6). 


Note 
"7 


532  NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

d'un  siècle.  La  Gaule  méridionale,  dont  ils  aussi    les    premiers    renseignements    que 

étaient  les    maîtres   depuis   plusieurs  an-  nous    possédions    sur   le    fleuve    Garounas 

nées,  n'était  guère  mieux  connue  que  la  (Garoun  —  o  —  a),  comme  Strabon  l'appelle 

Péninsule    ibérique,    quoiqu'elle    touchât  (évidemment  d'après  lui) ',  qui  écoule  vers 

par  une  de  ses  frontières  à  l'Italie  propre-  l'Océan  les  eaux  de   la  Péninsule,  comme 

ment  dite'.  Polybe,  qui  l'avait  traversée  de  le  fleuve  Atax  (l'Aude)  les  écoule  en  sens 

l'ouest  à  l'est,  en  longeant  comme  Annibal  inverse  vers  la  Méditerranée, 
les  côtes  de  la  mer  c/e  Narionne,  n'avait  pas  Le   peuple   des  Volkes  Tectosages,  qui 

pénétré  dans  l'intérieur  du  pays' que  notre  formait  toujours  la  population  dominante 

voyageur  avait  tenu  à  voir  par  lui-même  de  l'isthme,  était  dès  cette  époque  en  plein 

(à  cause  de  cela  peut-être)',  s'arrêtant  sui-  déclin  de  population  comme  de  puissance, 

vant  son  habitude  partout  où  il  trouvait  Aussi,  le  jeuiie  voyageur  avait-il  quelque 

quelque   fait  digne  de   remarque^,   &   ne  peine  à  s'expliquer,  en  présence  de  ce  ter- 

craignant  point  à  l'occasion  de  s'aventurer  ritoire  inculte  ou  dépeuplé  sur  beaucoup 

au  delà  des   limites  de  la  Province,  chez  de  points,  les  grandes  armées  qui  en  se- 

les  populations  encore  barbares  de  l'Aqui-  raient  sorties  jadis  &  les  grandes  choses 

taine  &  de  la  Celtique,  qui  confinaient,  à  accomplies  par  ces  grandes  armées".  Mais 
l'ouest,  avec  les  Volkes  Tectosages.  Il  est 

T^î  xaxà  Ndtpêwva  OaXdîxTrjç  tov  (iy.savbv,  f>v  <pr)at  TToasi- 
Bwvto?  IXdtTTW  -co)V  -pioy.Xt'wv  axaSIiov  (Strab.  1.  4, 
c.   I,  5  14). 

'  ...hnoi  Fapo'jva  r:oTa[j.oij  (Strab.  1.  4,  c.  i,  $  1) 
...ln\  xbv  Fapouvav  T:ota[i.6v  ...pa  SI  -/.ai  o  Tapoûva;... 


NoTi; 
117 


au  moins  le  premier  des  historiens  &  des 
géographes  anciens  qui  paraisse  s'être  fait 
une  idée  à  peu  près  exacte  de  la  configura- 
tion de  notre  pays,  resserré,  dit-il,  entre 
les  golfes  de   la  Mer  Extérieure  &  de  la 

Mer  Intérieure,  qui  réduisent  ici  le  conti-      (Strab.  l.l.  5  i5).  Nous  avons  déjà  remarqué  que 
nent  à  un  isthme  véritable,  «  large  à  peine        César  estropie  sous    la    forme  Garumna^  d'après  le 

rapport  du  jeune  Crassus  sans  doute  (voyez  César, 
De  Bello  Galllco,  edid.  Nipperdeï,  pass.),  le  nom 
de  notre  grand  fleuve  que  nous  retrouvons  ici  sous 
sa  forme  indigène,  c'est-à-dire  sous  sa  véritable 
forme. 

'  èoizaai  Se  xa\  5uvaax£u7a(  r.oiz  v.cn  sùavo&î^^a'. 
(Strab.  1.  4,  c.  1,5  i3).  —  Quoiqu'elles  ne  soient 
point  accompagnées  chez  Strabon  de  la  formule 
îo;  çr^ai...  ov  '.p/jai  Iloasioiivioç  ...T:iOavt/)x£poç  o'  l3x\v 
ô  rioaïiotovi'ou  Xôy'Jç  (pass,),  il  nous  paraît  difficile 
d'attribuer  à  d'autres  qu'à  Posidonius  lui-même 
ces  indications  qui  émanent,  à  coup  sur,  d'un 
homme  connaissant  parfaitement  le  pays  &  ne 
cachant  rien  de  ce  qu'il  y  avait  vu.  Ce  que  l'on 
peut  affirmer  au  moins,  c'est  qu'elles  ne  peuvent 
appartenir  ni  aux  Commentaires  de  César,  qui  se 
faisait  des  idées  assez  fausses  du  Sud-Ouest  de  la 
Gaule,  ni  à  ceux  d'Agrippa,  dont  les  nomencla- 
tures exactes  &  arides  (voyez  Plin.  1.  3,  passlm) 
excluraient  toute  appréciation  de  ce  genre.  Quant 
à  Strabon,  nous  avons  remarqué  déjà  qu'il  ne  con- 
naissait point  personnellement  le  pays  entre  les 
deux  mers,  quoiqu'il  eût  traversé  la  Gaule  en  sui- 
vant comme  tout  le  monde  la  Fia  Domitia,  &  qu'il 
n'en  parle  jamais  que  par  ouï-dire,  en  se  référant 
tantôt  à  Timagène,  plus  souvent  à  Posidonius, 
dont  l'histoire  perdue  se  retrouve  en  substance 
dans  celle  de  Trogue  Pompée  abrégée  par  Justin 
&.  dans  la  grande  compilation  de  Diodore  de  Si- 
cile. 


de  trois  mille  stades  à  son  point  le  plus 
étroit'.  »   C'est  à   lui   que   remonteraient 

'  Elle  n'avait  pas  même  été  découverte  &  révélée 
par  la  guerre,  comme  le  disaient  les  Romains 
{^hcllo  cognita),  puisque  tout  semble  indiquer  que 
la  plupart  de  ses  populations  indigènes,  imitant 
l'exemple  des  Volkes  Tectosages  &  Arécomikes, 
se  seraient  soumises  d'elles-mêmes  au  vainqueur 
après  la  défaite  du  roi  des  Arvernes  dont  ils 
étaient  depuis  quelque  temps  les  feudataires. 

"  Il  regardait  même  comme  inconnu  de  son 
temps  tout  ce  qui  se  trouvait  au  nord  de  Narbonne 
&  du  Tanaïs,  dtYVioixov  7i[j.tv  ?wç  xou  vGv  laxtv...,  & 
traitait  de  mensonge  tout  ce  qu'on  avait  dit  ou 
écrit  à  ce  sujet,  xouç  SI  Xéyovxdî;  xt  r.zrA  xouxwv  aXXw; 
ïj  Ypa-^ovxa;  àyvosî'v  /.ai  [iûOoui;  StaxtOÉvai  vofiiaxéov  (Po- 
lyb.  Hist.  1.  3,  c.  38). 

'  On  a  remarqué  déjà  avec  quelle  exactitude  il 
relève,  en  Espagne  comme  en  Gaule,  les  erreurs 
de  son  devancier.  (Voyez  Carl  Mueller,  Index  ad 
Strahonem,  sub  voce  Posidonius,  pass.) 

■*  Il  nous  apprend  lui-même  qu'il  était  resté 
près  d'un  mois  à  Gadès,  où  il  avait,  il  est  vrai, 
beaucoup  de  choses  à  apprendre  au  sujet  de  cet 
océan  dont  on  racontait  tant  de  fables  avant  lui  : 
ToidzovO'  T)[jLÉpaç  StaxpfJ/aç  iv  FaSsipoti;  (Strab.  1.  3, 
Cl,?  5).  Voir  passim  son  traité  7:Ep\  wxEavoï. 

'...y.axà  xb  axevtoxaxov  xou  ?aO[Aov>  xou  oisfpyovxoç  ànb 


Note 
"7 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


533 


il  paraît,  en  revanche,  très-frappé  de  l'im-      de  repère,  qu'il  aurait  dirigé  ses  cxplora- 


portance  qu'avait  prise  &  que  prenait  tous 
les  jours  leur  nouvelle  ville  de  TiXw'Jsr,  ou 
de  ToAôissx,  dont  le  nom,  évidemment  in- 
digène, paraît  ici  pour  la  première  fois, 
comme  celui  du  fleuve  Garoun(o'),  sur  les 
bords  duquel  elle  était  assise'.  Nous  ne 
doutons  même  point  pour  notre  part  qu'il 
ne  l'ait  habitée  lui-même  pendant  quelque 
temps',  au  moins,  s'il  faut  en  juger  par  les 
détails  si  curieux  qu'il  nous  a  laissés  sur 
les  mœurs  encore  simples  de  ses  habitants 
&  sur  les  habitudes  superstitieuses  de  leur 
esprit,  «  très-livre,  dit-il,  à  la  crainte  des 
génies'.  »  Ce  serait  de  là,  comme  d'un  point 


tions  &  ses  voyages,  tantôt  du  côté,  de 
l'Océan  dont  il  paraît  toujours  préoccupé', 
tantôt  du  côté  des  montagnes  qui  forment 
les  berges  continentales  de  là  vallée  de  la 
Garonne  &  lui  envoient  en  sens  opposé 
leurs  eaux  &  leurs  produits. 

Il  ressortirait  de  ces  indications,  qui 
n'ont  plus  rien  de  commun,  comme  on  le 
voit,  avec  les  rêveries  légendaires  deTima- 
gène  &  des  historiens  de  son  école,  que  la 
ville  de  Toulouse  existait  déjà  à  l'épocjue 
de  la  guerre  des  Cimbres  que  paraît  avoir 
suivi  de  près  le  voyage  de  Posidonius  lui- 
même'.  On  serait  même  en  droit  d'en  con- 


NOTE 

117 


'  h  Tziikti  ToXoKi5r]...  h  t^  ToXo'jîot) . . .  h  oï  t^ 
ïoXw'J'Jr; . . .  (Strau.  1.  4,  c.  i ,  5  i3).  "lôpuxai  S' îj 
'J'oÀwiaa...  (l.l.  5  14).  Il  faut  ajouter  à  ces  divers 
textes  celui  de  Dion  Cassius  relatif  au /'«i  civita- 
tum  foederatarum  accordé  par  les  Romains  aux 
Volkes  Tectosages  à  la  suite  de  la  conquête,  &  qui 
paraît  remonter  lui-même  à  une  haute  antiquité  : 
...ToXôiiaav  T:p6-£pov  [j.£v  IvdTvovSov  ouaav  (Dio  Cas- 
sius, edid.  Beck,  Fragm.  90).  Ce  serait  donc  sous 
la  forme  Toloss,  eomme  l'écrit  Strabon  d'après 
Posidonius,  8c  comme  on  le  prononce  encore 
dans  l'idiome  roman  du  pays,  que  se  présenterait 
à  l'origine  le  nom  de  la  ville  gauloise.  Adouci  par 
les  écrivains  grecs  ou  romains  de  l'époque  impé- 
riale, qui  l'écrivent  presque  toujours  par  un  seul  s 
(^Tolosa  ;  inde  Tolosani^  Tolosenses,  Tolosatcs,  chez 
Cicéron,  César,  Mêla,  Pline,  Ptolémée,  Martial, 
Aulu-Gelle,  Ammien  Marcellin,  Ausone,  Paul 
Orose,  les  Itinéraires,  les  Notitiae  8c  les  Inscrip- 
tions, à  deux  ou  trois  exceptions  près),  il  aurait 
traversé  tout  le  moyen  âge  8c  même  la  Renaissance 
sans  autre  altération  que  l'intercalation  acciden- 
telle de  la  lettre  A  8c  la  substitution  du  ^  à  Vs 
[Tholosa  ou  Tkolo^a),  dont  les  monuments  du 
quatorzième  8c  du  quinzième  siècle  nous  offrent  de 
fréquents  exemples.  (Voyez  les  chartes,  les  sceaux 
8c  les  poids  de  la  ville.)  C'est  vers  le  milieu  du 
dix-septième,  comme  on  le  sait,  que  le  nom  sonore 
8c  doux  de  Tolose  (^Toloso  en  roman)  a  disparu 
définitivement  pour  faire  place,  en  français  comme 
en  roman,  au  nom  assourdi  8c  alourdi  de  Tou- 
louse (en  roman  Toulouso). 

A  peu  près  comme  le  césar  Julien  avait  habité, 
trois  ou  quatre  siècles  plus  tard,  la  petite  ville  de 
Lutctia,  chez  les  Parisii,  sur  laquelle  nous  avons 
ainsi  de  précieux  renseignements  émanant  aussi 
d'un  témoin  digne  de  toute  confiance. 

^  ...T)  y^o)pa  noXij/p-joo;  ouia  /.ai  Octaiox'.aôvwv  -/.où 
où  :;oXui£X(ôv  tôt";  ptoiî  (Strab    l.  4,  c.   i.  J  i3).  — 


Nous  reviendrons  sur  ces  appréciations  qui  au- 
raient besoin  elles-mêmes  de  commentaires,  s'il 
nous  est  donné  de  reprendre  8c  de  terminer  un 
jour  ces  études  auxquelles  nous  nous  sommes  atta- 
chés par  la  peine  même  qu'elles  nous  ont  donnée. 

'  C'est  au  moins  chez  Strabon,  dont  la  géogra- 
phie reflète  si  souvent  la  grande  histoire  8c  les 
traités  spéciaux  de  Posidonius  (sans  les  distinguer 
malheureusement),  que  l'on  trouve  pour  la  pre- 
mière fois  des  détails  exacts  8c  précis  sur  le  cours 
navigable  du  fleuve  Garoun[o],  qui  ne  comptait 
pas  moins  de  deux  mille  stades  de  longueur,  comme 
celui  de  la  Loire,  oiaytXtdjv  o  6;xûv  a-aoîwv  Èttiv  6 
nXou;  ixa-cpwv  xwv  roxaiAwv  (Strab.  1.  4,  c.  2,  5  1), 
sur  les  trois  grands  affluents  qui  le  grossissent  à 
partir  de  Tolossa,  ...tp'.at  T.o-z7.\xr>X^  aù;rjO£t';  [l-l-),  8c 
sur,  la  manière  dont  il  tombait  dans  l'Océan, 
...âtX  oà  v.xi  6  Fapojvaç  eiç  t'ov  wx-aviv  {l.l.  c.  1, 
5  I  i),  à  quelque  distance  du  pays  occupé  par  les 
Bituriges  Viviskes  8c  de  leur  nouvelle  ville  de 
Bourdigala. 

'  L'époque  de  son  voyage,  que  déterminent  déjà 
d'une  manière  générale  les  textes  de  sa  grande 
histoire  relatifs  à  l'origine  8c  aux  migrations  des 
Cimbres  (Strab.  1,  2,  c.  3,  5  6  ;  8c  1.  7,  c.  2,  5  2), 
nous  paraît  ressortir  avec  plus  de  précision  encore 
des  renseignements  qu'il  nous  a  conservés  relati- 
vement aux  trésors  des  Tolosates,  confisqués  par  le 
proconsul  Cépion  à  la  suite  de  leur  révolte.  (Voir, 
à  ce  sujet,  tome  I,  livre  I,  p.  71,  note  3.)  C'est 
bien  à  lui  cette  fois  que  Strabon  «mprunte,  comme 
il  le  dit  lui-même,  les  précieux  détails  qu'il  nous 
transmet  à  son  tour  sur  la  nature  de  ces  trésors, 
composés  de  lingots  ou  de  disques  d'or  8c  d'argent, 
sur  les  lacs  sacrés  où  ils  étaient  déposés,  &  sur  le 
chiffre  d'argent  monnayé  que  représentaient  ces 
lingots  (^aurum  infectum).  Lui-même  les  avait  cer- 
tainement recueillis  sur  les  lieux  8c  ils  prouvent, 
à  notre   sens,  que   le  voyage  de   Posidonius  avait 


Note 
117 


534 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


dure,  par  voie  d'induction  au  moins, 
qu'elle  remontait  comme  point  de  départ 
à  une  époque  antérieure  à  la  conquête 
romaine,  puisque  l'on  sait,  par  un  témoi- 
gnage digne  aussi  de  toute  confiance,  que 
les  Romains  devenus  les  maîtres  du  pays 
avaient  traité  en  alliés  (...ToXtSaaav  TrpÔTspov 
[X£v  £V(77:ov5ov  oucav.  DiON  Cassius,  edid. 
Beck,  Fragm.  90)  les  Tolosates,  dont  la  c'i- 
vitas  aurait  ainsi  passé,  sans  changement 
bien  marqué,  de  la  domination  des  Ar- 
vernes  à  celle  des  Romains.  Si  rien  ne 
prouve  formellement  qu'elle  ait  été  dès 
cette  époque  une  ville  royale  (^ajîXstov, 
regia),  bâtie  &  habitée  par  les  rois  du  pays, 
comme  l'avait  été  en  Thrace  la  ville  de 
Tulé  ou  Tylé,  fondée  aussi  par  un  chef  de 
bande  gauloise',  on  peut  affirmer  au  moins, 
en  s'autorisant  de  ce  nom  de  Tolosates  ap- 
pliqué ou  étendu  au  pays  dépendant  de  la 
ville,  qu'elle  en  était  de  très-bonne  heure 
le  lieu  maître  ou  le  chef- Heu,  comme  le 
disait  Polybe  en  parlant  des  villes  gauloises 
de  la  Cisalpine  (...y.'jpiwxaTOç  i6zoq  rr^ç  -../.w- 
paç.  Hist.  1.  2,  c.  34). 

Située,  comme  la  grande  ville  de  TS/iedio- 
lanum,  au  centre  de  riches  plaines  alluvio- 
nales,  défrichées  &  cultivées  ici  de  temps 
immémorial,  elle  était  citée  dès  cette  épo- 
que pour  l'abondance  &  la  variété  de  ses 
productions,  en  céréales  particulièrement. 
C'était  de  là  que  le  préteur  Fontéius,  un 
demi-siècle  plus  tard,  envoyait  aux  armées 
de  Métellus  &  de  Pompée,  serrées  de  près 
par  les  guérillas  espagnoles  de  Sertorius, 
ces  grands  convois  de  blé  ou  de  vivres  que 
Cicéron  faisait  valoir  comme  autant  de  ser- 
vices rendus  à  la  République'.  Mais  elle 

dû  suivre  d'assez  près  le  proconsulat  de  Q.  Servi- 
lius  Ciiepio,  qui  répond  lui-même  aux  années  io5 
&  106  avant  notre  ère.  On  retrouverait  même, 
dans  la  manière  dont  sont  racontés  ces  graves  évé- 
nements chez  Strabon  &  chez  lui,  quelque  chose 
du  sentiment  d'irritation  patriotique  &  religieuse 
produit  sur  les  Tolosates  par  ces  profanations, 
nui  n'avaient  pas  plus  profité,  disaient-ils,  à  la 
République  qu'à  celui  qui  les  avait  commises. 

'  , ,  .y.oOLz'py.nic,  xwv  6pa/.wv  /.a\  xaTaT/.c'jacjâ[Xîvoi 
3aTÎXs'.ov  -TjV  TuXt^v  (Polyb.  Hist.  1.  4,  c.  46). 

'  Maximum  frumenti  numerum  ad  Hispaniense 
bcllum  tolerandum  imperavit  (Cic.  pro  M.  Fonteio 
Orat.   c.   6,   I4[4]'  —  César,  qui    rapproche  il  est 


joignait  à  cette  source  de  richesse  les 
avantages  d'un  commerce  de  transit  que 
notre  voyageur  expliquait  à  son  tour  par 
l'heureuse  position  de  la  nouvelle  ville, 
assise,  comme  il  le  remarquait  judicieuse- 
ment, «  au  point  le  plus  étroit  de  l'isthme 
qui  formait  ici  le  seuil  des  deux  mers,  »  sur 
les  bords  d'un  grand  fleuve  navigable  qui 
menait  directement  à  l'océan'.  Ce  n'est 
point,  comme  on  le  voit,  aux  géographes 
de  notre  temps  &  de  notre  siècle  qu'ap- 
partiennent exclusivement  ces  apprécia- 
tions élevées  qui  expliquent  par  les  traits 
distinctifs  du  climat  &  du  soP  les  progrès 
inégaux  de  la  civilisation  &  le  développe- 
ment plus  ou  moins  rapide  des  sociétés 
humaines.  Dans  le  chapitre  souvent  cité 
de  sa  géographie  sur  la  disposition  symé- 
trique des  bassins  &  des  cours  d'eau  de  la 
Gaule,  que  l'on  croirait  tracés,  comme  il 
le  remarquait  déjà  «  par  la  main  d'une 
Providence  bienveillante^  »  Strabon  nous 
a  laissé  un  modèle  achevé  de  ces  vues 
d'ensemble,  qui  devançaient  chez  lui  de 
près  de  deux  mille  ans  les  progrès  &  les 
découvertes  des  sciences  exactes  qui  leur 
servent  aujourd'hui  de  base.  Mais  on  n'a 
point  assez  remarqué  qu'il  ne  faisait  que 
reprendre  dans  ce  tableau,  en  les  étendant 
à  la  Gaule  tout  entière,  quelques-unes  des 
notions  émises  par  son  devancier  sur  la 
configuration  particulière  de  notre  pays  & 
sur  les  avantages  que  devaient  en  retirer 
tôt  ou  tard  le  commerce  &  l'industrie  \ 

C'est  ainsi  qu'il  nous  montre  les  denrées 
&  les  marchandises  que  le  commerce  mari- 
time entassait  dans  le  port  déjà  célèbre  de 

vrai  les  Tolosates  des  Santones  {<jai  non  longe  a 
Tolosatiam  fmihus  ahsunt),  appelle  leur  territoire 
un  pays  découvert  &  très- riche  en  blé...  Loc'n 
patentibus  maximuque  frumentariis  (Caes.  de  Bello 
GallicOj  1.  I ,  c.  I  o). 

'  "'lopuiai  5'  7j  ToXwaja  xaià  tb  CTEvwTaxov  tou 
iaO[xou...  ov  çTjai  noasioo'Jvtoç  IXtiTiw  tojv  Tp'.ayfj.X(wv 
aTaSt'wv  (Strab.  1.  4,  c.   1,5  14). 

*  ...TÎ);  Twv  xdrM^i  àpsx^;  (Strab,  l.l.), 

'  ...Triv  ô[j.oXoYtav  tÎ)?  7.wpa?  r.^Âi  xt  tou;  noTa|j.o'j; 
y.ai  xrjv  OdtXa-rav  xrjV  -'  Îy.-qç,  6[7.ofwî  zat  ttjv  hahi... 
&ixt  î-\  TÔjv  xo'.ouTwv  y.àv  xb  x%  ::povo(as  È'pT^''  i-iaao- 
xupsfjOa'!  x'.ç  Sv  ô6^euv  (Strab.  l.l.). 

*  ...xà;  xou  p(ou  [i.£xà  faoxwvr|?  araa'.  rpb;  à'-avxaç 
■/.a\  xà;  w^sXsi'a;  àvstaOat  y.o'.vâç  (Strab.  1.1.) 


Note 

117 


Note 
"7 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


53! 


Narbonne',  remontant  sur  des  chalans  ou 
des  radeaux  le  cours  torrentueux  de  l'Atax 
(l'Aude  aujourd'hui)  jusqu'au  point  où 
s'arrêtait  complètement  la  navigation  de 
la  rivière'.  Un  portage  de  sept  à  huit  cents 
stades,  qui  s'opérait  tantôt  à  dos  de  mulet, 
tantôt  sur  les  petits  chariots  du  pays  atte- 
lés de  deux  bœufs  ou  de  deux  vaches,  sui- 
vant la  nature  ou  le  poids  des  marchandi- 
ses %  les  amenait  de  là  jusqu'à  la  ville 
volke  de  Toloss,  sur  les  bords  du  fleuve 
Garouno ,  où  commençait  ce  que  nous 
aj)|)ellerions  aujourd'hui  la  navigation  ré- 
giilière  &  permanente  de  ce  nouveau  cours 


velle  ville  de  Bourdïf^ala  (Bordeaux  de- 
puis), que  le  petit  peuple  celtique  des  Bi- 
turiges  Viviskes  venait  de  fonder  sur  la 
rive  gauche  du  fleuve,  à  soixante  milles 
romains  de  ses  embouchures'.  Assise, 
comme  elle  l'est  toujours,  à  l'entrée  des 
landes  du  Médoc,  sur  les  bords  d'un  étang 
où  la  marée  pénétrait  en  remontant  le  lit 
de  la  rivière,  par  un  chenal  creusé  de  main 
d'homme,  elle  était  destinée  à  devenir  le 
port  maritime  de  la  vallée  dont  Toloss 
s'était  trouvée  naturellement  l'entrepôt, 
grâce  aux  avantages  d'une  position  tout 
exceptionnelle    &    au    voisinage    de   deux 


NOTB 

"7 


d'eau  \  Celles  que  la  ville  n'arrêtait  point  chaînes  de  montagnes  qui  lui  envoyaient, 
au  passage  pour  la  consommation  de  ses  comme  le  remarque  un  poëte  ancien,  leurs 
habitants  ou  pour  celle  des  villages  &  des 
hameaux  du  voisinage,  déjà  nombreux  à 
cette  époque,  étaient  chargées  de  nouveau 
sur  des  barques  sans  pont,  armées  d'un 
long  baliveau  en  guise  de  gouvernail.  On 
les  garantissait,  comme  aujourd'hui,  du  so- 
leil ou  de  la  pluie  au  moyen  d'une  bâche 


populations,    leurs    productions    &    leurs 
eaux 

Inniimeris  cultam  popiilis,  confinia  propter 
Ninguida  Pyrenes  8c  pinea  Cebennarum. 

(AusoN.  Clcr.  Urb.  Tolos.  V.  4-6.) 

Rien  de    tout   cela  ne  prouvait,   il  est 


de  toile  soutenue  en  manière  de  tente  par  vrai,  que  la  nouvelle  ville  eût  commence 

une   perche    placée    transversalement,   &  au  bord  de  la  rivière  &  en  plaine  au  lieu 

elles  descendaient  ainsi,  en  s'engravant  de  de  naître  sur  les  croupes  de  la  colline  du 

loin  en  loin,  le  cours  du  fleuve^  où  corn-  Pech-David,  comme  le  prétendait  l'abbé 

mençaient  à  s'élever  d'autres  villes  barba-  Audibert.  Mais  il  ressort  au  moins  des  in- 

res,  destinées  à  devenir  florissantes  à  leur  dications  recueillies  sur  les  lieux,  par  le 

tour.  Nous  songeons  en  écrivant  ceci  au  voyageur  grec,  qu'elle  était  déjà  de  son 


grand  village  d'Aglnn  (latine  Aginnum'), 
chez  le  peuple  celtique  des  Nitiobriges®, 
dont  les  possessions  s'étendaient  aussi  sur 
les  deux  rives  de  la  Garonne,  &  à  la  nou- 


'  Voyez  au  tome  I  de  cette  édition,  livre  II, 
p.  I  iS,  la  note  sur  les  origines  de  Narbonne. 

'  'Iv/.  oï  N(io6(ovo;  àva-Xîîiai  [j.Iv  l-\  iif/.pôv  t(~) 
"Axa/t...  (Strad.  l.L). 

^  Voir  les  bas-reliefs  du  musée  de  Narbonne  8c 
notre  dissertation  sur  les  chars  rustiques  de  la 
Narbonnaise  8c  de  l'Aquitaine  (Toulouse,  Chau- 
vin, i86o,  in-4"),  où  nous  avons  publié  (p.  i5, 
n.  i)  le  dessin  d'un  de  ces  chars.  —  Extrait  des 
Mémoires  de  la  société  anhéologiijue  du  Midij  t.  6, 
6"  livraison. 

*  [Tel^E-jî-at  oï  ttXéov  I-kX  xbv  Tapoûvov  zoTajxbv,  -/.oà 
TùiiO'  Siov  i/.xav.oiftDv  ïî  Entaxoofwv   aTao{wv  (Stiub. 

*  ...fct"  6à  -/.ai  6  Tapoivaç  £?;  xbv  oV/.£av(5v  (Strab. 
U.). 

*  ...îtpbç  8i  ToixcMç  Nixid6piYsj  (Strab.  1.  2,  c  11, 
$2). 


temps  ce  que  les  Grecs  appelaient  un  i;;-;- 
piov,  c'est-à-dire  une  ville  marchande  d'une 
certaine  importance.  Cette  importance, 
elle  la  devait  en  grande  partie  à  ce  que 
l'on  appelait  encore  au  moyen  âge  le  port 
de  Toulouse,  le  plus  animé  de  la  rivière  à 
cette  époque',  &  il  est  impossible  de  dou- 
ter, en  étudiant  sur  le  terrain  le  texte  de 
l'écrivain  grec,  dont  les  détails  s'éclairent 
&  se  confirment  l'un  par  l'autre,  que  ce 

'  "l^X-^i  oè  (xb  Twv  Bixoupfywv  à'Ûvoç)  £(JL-6piov  Hojo- 
Zlyoikoi.  lr.iy.ù[i.v)0')  XipoOaAâx-r,  xtvt  tjv  ::oio'jaiv  at  l/.- 
GoXa\  xou  T:oxa[j.ou  (Strab.  1.  2,  c.  i  i,  5  i). 

'  Voici  ce  qu'écrivait  le  conseiller  Anne  Rull- 
man,  un  demi-siècle  avant  la  création  du  canal 
des  deux  mers,  qui  n'a  fait,  comme  on  le  sait,  que 
faciliter  8c  régulariser  les  habitudes  commerciales, 
dont  nous  cherchons  ici  le  point  de  départ  ; 
«  Quoiqu'elle  soit  illustre  8c  abondante  par  le  com- 
merce que  la  rivière  de  la  Garonne  lui  donne...  » 
(Anne  Rullman,  Récit  des  anciens  monuments,  Bi- 
blloth.  nat.  mss.  t.  i,  n.  8649.) 


Note 
117 


536 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


port  n'ait  été  situé  dès  les  premiers  temps, 
à  l'extrémité  de  la  cité  proprement  dite, 
vers  le  point  où  ont  successivement  dé- 
bouché les  quatre  ou  cinq  générations  de 
ponts  qui  reliaient,  à  l'époque  romaine, 
la  Narbonnaise  à  l'Aquitaine,  &  au  moyen 
âge  le  haut  Languedoc  à  la  Gascogne".  Le 
centre  de  ce  port  qui  s'est  étendu  depuis 
en  aval  &  en  amont  de  son  point  de  dé- 
part, aurait  ainsi  répondu  à  ce  que  l'on 
appelait  le  port  de  la  Daurade  avant  l'exé- 
cution des  grands  travaux  qui  l'ont  refoulé 
par  degrés  du  côté  du  nord  &  réduit  à  l'es- 
pace étroitement  limité  qu'il  occupe  au- 
jourd'hui. 

Si  c'était,  comme  tout  l'indique,  dans 
l'ancien  port  de  la  Daurade,  vers  l'endroit 
où  a  débouché  depuis  le  plus  ancien  de 
nos  ponts  iPons  Vêtus),  que  s'opéraient  les 
transbordements  auxc[uels  Posidonius  fait 
si  clairement  allusion',  il  faudrait  en  con- 

'  On  peut  affirmer,  au  moins,  en  s'autorisant 
de  traditions  confirmées  récemment  par  des  décou- 
vertes archéologiques  d'un  véritable  intérêt,  que  le 
premier  de  ces  ponts  était  de  fondation  romaine, 
&  qu'il  aboutissait  à  ce  que  l'on  appelle  aujour- 
d'hui la  rue  des  Marchands,  anciennement  rue  du 
Pont-Vieil.  De  là  peut-être  l'espèce  de  préséance 
que  paraît  avoir  conservée  à  toutes  les  époques  le 
quartier  de  la  Daurade  dans  l'organisation  muni- 
cipale de  la  cité  :  «  Le  capitolat  de  la  Daurade  a 
esté  tousiours  censé  &  estimé  la  première  région 
ou  capitolat  de  Tolose.  »  (Catel,  Mém.  p.  145.) 
Le  Pont-Neuf,  qui  représente  depuis  trois  siècles 
bientôt  ces  générations  de  ponts  emportés  l'un 
après  l'autre  par  le  temps  ou  par  le  fleuve,  est 
resté  partagé  transversalement  jusqu'à  la  Révolu- 
tion française  entre  les  deux  capitoulats  de  la  Dau- 
rade &du  Pont-Vieil.  (Voir  Catel,  Mém,  p.  199.) 

*  Les  autres  ports  mentionnés  dans  les  actes  du 
moyen  âge, les  seuls  documents  qui  entrent  à  ce  sujet 
dans  quelques  détails,  sont  le  port  de  Tounis,  qui 
se  confondait  avec  le  port  de  la  Daurade  avant  la 
construction  des  ponts  en  maçonnerie  qui  ont 
relié  successivement  les  deux  rives  du  fleuve,  le 
port  de  Vidou,  qui  répondait  à  l'ancienne  place 
de  Saint-Pierre-des-Cuisines,  en  dehors  de  la  c'iyi- 
tas  proprement  dite  (avant  l'annexion  du  bourg), 
&  enfin  le  port  Garaud  en  amont  &  en  dehors 
aussi  de  la  cité,  dont  le  prieur  de  la  Daurade 
«  se  disoit  seigneur,  prétendant  que  le  roy  &  em- 
pereur Charlemagne  luy  avoit  donné  la  seigneurie 
de  la  rivière  de  Garonne  depuis  la  Mote  Saint- 
Hilaire  jusques  au  château  de  Sainct-Michel ,   ce 


dure  que  c'était  au  voisinage  de  ce  port, 
sur  la  rive  droite  du  fleuve  qui  s'abaisse  en 
se  dilatant  du  côté  du  nord,  que  se  serait 
établie,  à  son  tour,  la  population  bariolée 
de  charpentiers,  de  bateliers,  de  portefaix 
&  de  calfats  que  suppose  à  toutes  les  épo- 
ques le  mouvement  d'un  grand  port.  Les 
magasins  ou  les  entrepôts  des  trafiquants 
(negotiatores)  que  l'on  désignait  alors  sous 
le  nom  générique  de  cannabae  (ou  kanna- 
hae,  les  baraques),  parce  qu'elles  n'étaient 
le  plus  souvent  que  des  hangars  bâtis  de 
planches  ou  de  terre  battue,  se  seraient 
agroupés  à  leur  tour  &  sans  beaucoup 
d'ordre,  suivant  l'usage  du  pays,  sur  les 
terrains  les  plus  rapprochés  de  la  plage 
où  commençaient  à  se  dessiner  quelques 
rues  irrégulières,  grâce  aux  courtiers  & 
aux  changeurs,  italiens  où  indigènes,  qui 
venaient  prendre  leur  part  au  dévelop- 
pement de  la  nouvelle  ville".  A  Tolosa, 
comme  à  Narbon,  comme  à  Lugdun,  chez 
les  Ségusiaves,  comme  à  Massalia,  qui 
avait  depuis  longtemps  sa  Cannebière,  type 
&  point  de  départ  de  toutes  les  autres, 
c'était  cet  assemblage  de  constructions  ali- 
gnées ou  disséminées  autour  du  port,  qui 
constituait  ce  que  l'on  appelait  la  ville 
marchande  dont  le  voyageur  grec  paraît 
surtout  frappé  chez  nous.  En  supposant, 
comme  on  est  tenté  de  le  croire,  jcju'el le 
ait  été  de  son  côté  précédée  &  préparée 
là  par  un  centre  de  population  indigène, 
ce  centre  de  population  n'aurait  jamais  été 
qu'un  village  volke,  assis,  comme  la  ville 
marchande,  au  bord  de  la  rivière,  mais  à 
l'abri  de  ses  inondations,  sur  la  crête  de 
la  terrasse  qui  s'étend  en  pente  douce  des 
hauteurs  du  Château -Narbonnais  jusqu'à 
l'entrée  du  port  de  la  Daurade'. 

qui,  toutes  fois,  lui  estoit  contesté  par  les  capi- 
touls  de  Tolose.  »  (Voir  Catel,  Mém,  p.  2i3,  qui 
cite  à  ce  sujet  un  acte  de  i338.)  Remarquons  inci- 
demment que  ces  divers  ports  étaient  tous  situés, 
comme  la  ville  antique,  sur  la  rive  droite  de  la 
rivière. 

'  «  ...  a  civibuS  Romanis  qui  negociantur  in 
Gallia...  Nemo  Gallorum  sine  cive  Romano  quid- 
quam  negocii  gerit,  rtummus  in  Gallia  nullus  sine 
civium  Romanorum  tabulis  commovetur.  »  (Cic. 
pro  M.  fonteio,  Orat.  c.   Il   [i].) 

"  Un   relèvement  géodésique  exécuté  au  milieu 


Note 

117 


Note 
117 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


537 


Quant  à  Vieille-Toulouse,  qui  n'a  jamais  neuses  ou  pierreuses  se  transforment,  il  est 
eu,  que  nous  sachions,  de  pont  sur  la  ri-  vrai,  en  plaines  fertiles  à  mesure  que  l'on 
vière,  en  dépit  de  sa  prétendue  prospérité  s'éloigne  du  bord  de  l'eau,  &  nous  rappel- 
commerciale,  il  est  plus  difficile  encore  lerons,  à  ce  sujet,  qu'il  existe,  presque  en 
de  s'expliquer  où  aurait  été  situé  le  port  face  de  Vieille-Toulouse,  un  gros  village, 
animé  que  suppose  son  «  grand  commerce,»  celui  de  Portet,  dont  le  nom  significatif 
puisque  la  rivière  se  trouve  ici  bordée  de  (Portetum,  a  Porta,  ou  a  Portando)  semble 
falaises  à  pic  qui  se  prolongent  sans  in-  indiquer  une  de  ces  antiques  escales  d'at- 
terruption  sur  une  étendue  de  quatre  à  terrissement  qui  jalonnaient  le  lit  de  la 
cinq  kilomètres,  en  amont  comme  en  aval  rivière  à  l'époque  où  elle  servait  encore 
de  V oppidum.  Fermée  ainsi,  &  comme  inac-  de  grande  route,  la  dernière  probablement 
cessible  par  sa  rive  droite,  elle  n'est  réel-  que  l'on  rencontrât  avant  d'atteindre  le 
lement  abordable  que  par  sa  rive  gauche  port  de  la  Daurade'. 

formée  de  grèves  dénudées  (on  les  appelle  

des  graves  dans  le  bassin  de  la  Garonne) 

qui  contrastent  avec  les  grandes  îles  boi-  Pour    l'abbé    Audibert,   qui    confondait 

sées  (les  ramiers)  qui  coupent  de  loin  en  comme  tous  nos  historiens  le  témoignage 

loin  le  lit  du  fleuve'.  Ces  grèves  sablon-  de  Posidonius  avec  celui  de  Strabon,  pos- 
térieur de   plus   d'un    siècle,   les   preuves 

j  ■  ,i^i»  4»-.,:»- /'.,c^^  Q,  «.II.»        ,  ^  ,.  .  V  de    cet   ancien    commerce    se    réduisaient 
du  siècle  dernier  (lyooj  oc  malheureusement  très- 

incomplet  donne  une  différence  de  vingt-cinq  ^   peu  de   chose  près   aux    monnaies   ar- 

pieds  en  moyenne  entre  le  chemin  de  hallage  de  cha'iques   que   recèle   en    si   grand    nombre 

la    rivière,  élevé,  près  du   Pont-Neuf  (rive  droite),  le    petit    plateau    de    Vieille-Toulouse.    Il 

de  huit  pieds  quatre  pouces  au-dessus  de  l'étiage,  était  SurtOUt  frappé  du  contraste  que  pré- 

&  le  sol  de  l'espèce  de  plateau  qui  a  servi  de  sou-  sentent    à    cet    égard     le     sol    de     la    ville 

bassement  à  la  ville.  Les  points   culminants  de  haute  OÙ  l'on  ne  rencontre  guère  que  des 

monnaies   antérieures    à    la   conquête,   & 


Note 
117 


cette  terrasse,  dont  le  sous-sol  formé  par  les  an- 
ciennes alluvions  de  la  rivière  a  été  exhaussé  à  son 
tour  par  le  travail  continu  des  constructions  & 
des  démolitions  toujours  fréquentes  dans  l'enceinte 
d'une  grande  ville,  seraient,  d'après  ce  relèvement, 
la  place  Rouaix,  qui  atteint  quarante-un  pieds 
six  pouces,  au-dessus  de  l'étiage  moyen,  la  rue 
Nazareth  au^coin  de  la  rue  des  Coffres,  trente- 
huit  pieds  neuf  pouces  dix  lignes,  la  place  Saint- 
Etienne,  trente-six  pieds  quatre  pouces  onze 
lignes,  la  place  Saint-Georges,  trente-cinq  pieds 
onze  pouces  sept  lignes,  8c  enfin  la  place  royale 
(du  Capitole  aujourd'hui),  qui  ne  dépasse  point, 
comme  la  place  Saint-Sernin,  trente-trois  pieds 
&  quelques  pouces.  Le  niveau  relativement  élevé 
de  la  place  d'Assézat  (trente-sept  pieds  cinq  pouces 
onze  lignes)  s'expliquerait  par  l'accumulation  des 
déblais  produits  sur  ce  point  par  le  débouché  des 
divers  ponts  dont  nous  venons  de  parler  &  par  le 
mouvement  de  constructions  &  de  transit  qu'ils  y 
entretenaient.  (Rapport  des  commissaires  nommés 
par  l'académie  de  Toulouse,  &c.  Mém.  de  l'Acadé- 
mie, t.  I,  pp.  Jij9  &  suiv.) 

'  Il  faut  ajouter  à  ces  appellations  géographi- 
ques particulières  au  bassin  de  la  Garonne,  qui  a 
sa  langue  à  lui,  comme  tous  nos  grands  fleuves,  le 
nom  à'arainiers  {ab  arena),  sous  lequel  on  désignait 
les  bancs  &  les  grèves  de  sable  que  la  rivière  crée 
ou  emporte  à  chaque  crue   (Voir  la  Canio  de   los 


celui  de  la  ville  basse  où  l'on  ne  trouvait, 
suivant  lui,  que  des  médailles  romaines 
toujours  postérieures  au  règne  d'Auguste. 
C'était  sur  ce  contraste,  accepté  par  lui 
comme  un  fait  indiscutable,  que  reposait 
en  grande  partie  la  distinction  qu'il  éta- 
blissait entre    l'ère   des    deux  villes  dont 


Eretges,  chez  Fauriel,  pass'im.),  &  celui  de  viviers, 
qui  s'appliquait,  lui,  aux  stagnations  momenta- 
nées ou  durables  que  le  fleuve  formait  sur  ses 
deux  rives.  De  *là  les  noms  de  canto  de  viviers  & 
de  carreyrot  de  viviers  (cadastre  de  1478)  appliqués 
aux  terrains  submersibles  voisins  de  la  gleisa.  de 
la  Daurada.  On  y  a  trouvé,  dit  M.  de  Montégut, 
des  monnaies  romaines  enfouies  presque  au  ni- 
veau de  l'eau,  à  vingt-cinq  pieds  au-dessous  du 
quai  &  de  l'église  actuelle  (De  Montégut,  Re- 
cherches sur  les  anti^,  de  Toulouse  —  Mém.  de  l'ane. 
acad.  t.  I ,  p.  75). 

'  «  ...&  de  Castaneto  usque  ad  villam  de  Porteto 
inclusive  »  (charte  de  1279,  chez  Lafaille,  Hist,  de 
Toulouse,  t.  2,  Pièces  justificatives,  p.  6).  M.  Du- 
mège  assure  que  l'on  y  a  trouvé  des  traces  d'habi- 
tations romaines  {Hist.  des  Institutions  de  Tow- 
louse,  t.  4,  p.  52). 


Note 
"7 


538 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l'une  ne  serait  pas  seulement  antérieure  à  de   remblai   atteignît  déjà   de   leur  temps 

l'aufre  de  quatre  où  cinq  siècles,  mais  lui  une   épaisseur  de   douze  à  quinze    pieds, 

aurait  donné  littéralement  naissance,  par  qu'il  a  certainement  dépassée  depuis  cette 

un  déplacement  de  population  oublié  des  époque,  le  sol  romain  sur  lequel  il  repose 

liistoriens,  comme  beaucoup  d'autres  faits  se  trouverait  aujourd'hui  à  quatre  ou  cinq 

du  même  genre'.  Il  en  était  même  venu  à  mètres  au-dessous    du   niveau  de  la  ville 

déterminer  approximativement  la  date  de  actuelle,  c'est-à-dire  à  une  profondeur  que 

cette    émigration    qui    se    serait   produite  dépassent   rarement    les    tranchées   &    les 

entre  le  règne  d'Auguste,  où  commencent  fondations   de    nos    travaux   de   construc- 

les  séries  monétaires  de  la  ville  basse,  &  tion,  quelque  solides  qu'on  les  suppose". 

celui  de  Néron,  où  s'arrêtent  à  peu  près  Mais  on  comprend  sans  beaucoup  de  peine 

complètement  celles  de  la  ville  haute%  que  cette  couche  de  remblai,  très-variable 

Mais    cet    argument,    regardé    par    lui  de  ville   en  ville,  variera  encore  dans  la 

comme  décisif,  perd  une  grande  partie  de  même  ville  à  mesure  que  l'on  s'éloignera 

sa  valeur  si  l'on  tient  compte  de  la  rapidité  des  régions  centrales,  où  le  mouvement  des 

avec  laquelle  s'exhausse   le  sol   des  villes  constructions  suit  &  reflète  celui  de  la  po- 

antiques,  de  celles  surtout  qui  sont  restées  pulation   elle-même.   Dans   les   quartiers 

comme  la  nôtre  enfermées  dans  l'enceinte  excentriques  ou  délaissés,  comme  on  en 

qu'elles  s'étaient  donnée  à  l'origine'.  En  trouve  dans  toutes  les  villes  &  à  toutes  les 

admettant,  comme  l'affirmaient  les  ingé-  époques,  elle  perdra  une  bonne  partie  de 

nieurs  du  seizième  siècle'',  que  ce  terrain  son  épaisseur,  comme  l'ont  prouvé,  entre 

autres  exemples,  des  fouilles  exécutées  il 

'  «Sans  aller  chercher  dans  l'histoire,  dit  l'jibbé  Y  a  trente   OU   trente-deux   ans  à   l'extré- 

Audibert,  des  exemples  qu'il  me  seroit  facile  de  mité  méridionale  de  la  ville,  à  l'entrée  de 

produire,  l'on  en  trouvera  d'actuellement  existans  la    place    intérieure   Saint-Michel ,  située, 

dans  la  Gaule  Narbonnoise;  »  à  Carcassonne,  par  comme  SOU  nom   l'indique,  à  l'intérieur  de 

exemple,  dont  la  ville  basse  n'est,  comme  on  le  l'enceinte  romaine.  Quoique  les  tranchées 

sait,  qu'une  excroissance  de  la  Cité,  &  à  Perpi-  j^g  dépassassent  guère  ici  deux  mètres  ou 
gnan,   qui    s'est   formée  des  ruines   de  l'ancienne 


Note 
"7 


Ruscîno,  dont  elle  est  à  peu  près  «  à  la  même  dis- 
tance que  l'est  Toulouse  de  Vieille -Toulouse.  » 
(AuDiBERT,  Dissert,  p.  41.) 

*  C'était  à  cette  époque,  en  effet,  ou  peu  de 
temps  après  cette  époque,  sous  le  règne  de  Galba, 
que  se  plaçait,  toujours  dans  le  même  ordre  d'idées, 
la  fondation  de  la  prétendue  colonie  romaine  de 
Toulouse  que  nous  avons  discutée  dans  le  tome  I 
de  cette  édition,  pp.  i3i,  iSz,  167  à  184,  207, 
208.  (Voir,  à  ce  sujet,  les  ouvrages  de  l'abbé  Au- 
dibert,  de  M.  de  Montégut  8c  de  M.  Dumège,  qui 
admettent  tous  l'existence  de  cette  colonie.) 

'  Voir  dans  une  note  de  M.  l'abbé  Cochet  (Bul- 
letin monumental,  de  M.  de  Caumont,  année  iSyr, 
p.  367)  les  chiffres  comparés  8c  probablement  ap- 
proximatifs de  cet  exhaussement  qui  paraît  avoir 
varié  sensiblement  de  l'une  à  l'autre  de  nos  gran- 
des villes  romaines,  dans  le  nord-est  au  moins 
(Troyes,  Metz,  Trêves,  8cc.).  On  sait  qu'à  Rome  il 
atteignait,  dès  le  temps  de  Montaigne,  la  hauteur 
d'une  lance  de  lansquenet. 

*  «  Par  ce  portail  on  entroit  en  la  ville  qui  de- 
puis a  été  haucée  (iic)  de  plus  de  douze  plés,  comme 
encore  l'on  volt  bâtissant  les  malsons  où  se  treu- 
vent  des  paués  à  la  fois  trois,  à  la  fois  quatre.  » 
(Antoine  Noguier,  Hist.  Tolosainej  pp.  25  8c  26.) 


^passassent  gu( 
deux  mètres  &  demi  de  profondeur,  elles 
avaient  suffi  cette  fois  pour  entamer  sé- 
rieusement le  sol  celtique  &  pour  remettre 
au  jour  quelques-unes  de  ses  épaves  qui 
rappelaient  celles  du  sol  de  VieiUe-Tou- 


Nous  reviendrons  plus  loin  sur  ces  Indications  in- 
téressantes empruntées  probablement  par  le  vieil 
historien  à  notre  grand  architecte  Nicolas  Bache- 
lier, son  contemporain  8c  son  ami. 

'  Ce  sous-sol  qui  a  servi  lui-même  de  suhstratum 
au  sol  romain,  est  connu  à  Toulouse  sous  le  nom 
générique  de  balme  ou  baume  (halma),  mot  d'ori- 
gine celtique  comme  la  plupart  de  nos  anciennes 
appellations  géographiques.  Il  paraît  formé  d'un 
mélange  de  terre,  de  sable  8c  de  gravier  plus  ou 
moins  agglutinés,  déposé  par  les  anciennes  allu- 
vlons  de  la  Garonne,  à  l'époque  oii  le  lit  du  fleuve 
oscillait  entre  le  plateau  de  l'Ardenne  8c  les  colli- 
nes qui  dominent  à  l'est  la  terrasse  sur  laquelle 
allait  s'asseoir  la  ville  antique,  flanquée  de  ses 
nécropoles  «  pour  doutance  des  Inondations  ds  la 
Garonne,  »  comme  le  remarque  judicieusement  un 
de  nos  anciens  historiens,  (Antoine  Noguier,  Hist 
Tolosainc.  pp.  2  8c  3.) 


Note 
"7 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


539 


louse,  car  on  y  retrouvait  la  plupart  des  tout  quand  les  unes  &  les  autres  remon- 

nionnaies   archaïques   qui   avaient   frappé  talent  à  une  haute  antiquité,  comme  la  voie 

si  vivement  l'imagination  de  l'abbé  Audi-  bien  connue  qui  reliait  depuis  la  conquête 

bert  '.  la  métropole  des  Volkes  de  l'ouest  au  port 

En  dehors  des  murailles  qui  formaient  &  à  la  ville  de  Narbonne. 

l'enceinte  de  la  ville  à  l'époque  romaine  Ce  ne  serait  pas  le  lieu  de  rechercher 

comme  au  moyen  âge,  ces  curieux  débris  ici  par  qui,  à  quelle  époque  &  dans  quel 

deviennent  rares,  il  est  vrai,  comme  le  sol  but  avait  été  construite  cette  route  sécu- 

de  remblai  dont  ils  constituent,  pour  ainsi  laire,  dont  l'histoire  est  étroitement  liée  à 

dire,  les  fossiles.  On  ne  les  rencontre  plus  celle  des  origines  &  des  premiers  temps  de 

qu'accidentellement,  sur  les  points,  clair-  la  cité.  On  sait  au  moins  de  source  cer- 

semés  eux-mêmes,  où  existait,  à  l'époque  taine  qu'elle  y  aboutissait,  à  l'époque  ro- 

romaine,   quelque   centre   de    population  maine  comme  au  moyen  âge,  par  une  porte 

ou  quelque  villa  suburbaine,  entourée  de  monumentale,  à  laquelle  elle  avait  donné 

son  jardinet  complanté  d'arbres  verts  aux-  son  nom  &  dont  on  a  retrouvé,  au  sei- 

quels   se   mariaient   quelques    statues    de  zième   siècle,   l'élégant  arceau,   à   moitié 

pierre  ou  de  marbre'.  Mais  ils  reparaissent  enterré  sous  une  couche  de  remblais  qui 

en   revanche  au  voisinage  des  portes  qui  atteignait  même  ici  dix  à  douze  pieds  de 

s'ouvraient,  de  distance  en  distance,  dans  hauteur,  dit   un   écrivain   contemporain". 

ce  mur  d'enceinte  &  le  long  des  grandes  Elle  était  bordée,  comme  toutes  les  gran- 

routes  qui  aboutissaient  à  ces  portes,  sur-  des  voies  romaines  à  la  sortie  des  grandes 

villes,  d'une  double  rangée  de  tombeaux 

'  Plusieurs  de  ces  monnaies,  acquises  par  nous  (monumenta,  sepulchra,  sepulchreta,  aedicu- 

sur  les  lieux  &  de  la  main  des  ouvriers,  faisaient  lae,  OU  acdiclae)^  qui  commençait  à  partir 

partie  de  notre  collection  de  médailles  &  ont  passé  de  la  porte  &  se  prolongeait,  en  suivant  la 

avec  elle  dans  le  musée  de  la  ville  de  Nimes  où  route,  jusqu'à  plusieurs  milles  de  distance. 


elles  figurent  encore  aujourd'hui.  On  y  remarquait 
surtout  des  monnaies  ibériennes  ou  phéniciennes 
de  bronze  &  des  monnaies  gauloises  à  légendes 
grecques  (AOrrOSTAAlITQN,  BHTAl'l'AT[QNJ,&c.) 
ou  à  légendes  ibériennes,  d'une  excellente  conser- 
vation, mêlées  à  de  nombreux  speclmina  du  mon- 
nayage des  Volkes,  drachmes,  oboles  ou  hémiobo- 
les d'argent.  Parmi   les  monnaies   ibéro-gauloises 


De  ces  tombeaux,  construits  souvent 
avec  un  certain  luxe,  sur  un  terrain  acheté 
lui-même  à  gros  deniers,  la  plupart  pa- 
raissent avoir  été  détruits  ou  dispersés  à 
des  époques  probablement  anciennes,  car 
on  ne  trouve  que  très-rarement  à  Tou- 
louse de  ces  débris  de  bas-reliefs  ou  d'ins- 


dont  nous  venons  de  parler,  figurait  le  rare  moyen  criptions  tumulaires  SI  communs  dans  tOU- 
bronze  dont  M.  Boudard  traduisait  par  NEMI  la  tes  les  grandes  viUes  de  la  Narbonnaise\ 
légende  ibérienne,  81  qu'il  attribuait  sans  hésita- 


tion à  la  ville  toute  volke  de  Nemausus.  (Boudard, 
Numism.  ibérienne,  p.  262,  J  70,  n°'  2  8c  3,  & 
pi.  XXIX,  n°'  1 1  8t  14.) 

'  On  retrouve,  même  à  l'intérieur  de  la  ville, 
quelques-uns  de  ces  petits  jardins  que  nos  anciens 
cadastres  désignent  sous  le  nom  roman  de  hort  ou 
ort  {hortus,  hortulus),  &  qui  paraissent  se  multi- 
plier dans  les  régions  excentriques  de  la  cité  pro- 
prement dite  ou  dans  les  quartiers  neufs  qu'elle 
s'est  annexés  à  diverses  époques,  comme  le  bourg 
proprement  dit  Sa  le  faubourg  Saint- Cyprien  : 
...  tiran  vers  Garone  ont  es  l'ort  de  Moss.  Jacmes 
de  Belveser,  marchant,  (Cadastre  de  1478,  Duméce, 
Hist.  des  Institutions  de  Toulouse,  t.  4,  p.  çS.) 
...  très  hostalets  am  un  ort  a  la  carrlera  de  la  Ylhe 
(depuis  carriera  de  Mtrapeis)  ...un  hort  a  Parga- 
minieras.  (Cadastre  de  1458,  Dumège,  Institutions^ 
t.  4,  p.  67,  notes.) 


'  «  Sa  porte  étoit  mi-enterrée,  ayant  d'ouver- 
ture dix  pams  8t  plus,  8c  de  largeur  semblable  me- 
sure. »  (Antoine  Noguier,  Hist.  Tolosaine,  p.  25.) 

'  De  là  les  plaintes  formulées  bien  des  fois  à  ce 
sujet  par  nos  historiens  8c  nos  érudits  dont  In 
plupart  s'étonnent  avec  raison  «  qu'une  ville  aussi 
célèbre  ait  conservé  aussi  peu  de  monumens  de 
son  ancienne  splendeur.  »  (De  Montégut,  Rechcr~ 
ches  sur  les  antiq.  de  Toulouse,  mém.  de  l'ancienne 
académie,  t.  1,  p.  66.)  Un  contemporain  de  Catel, 
le  conseiller  Anne  Rullmann,  avait  remarqué 
longtemps  avant  M.  de  Montégut  que  «  Tholose 
est  fort  deffiiillante  en  fondemens  de  temples,  de 
palais,  de  ponts,  d'arcs,  de  portiques,  de  colonnes 
8c  mesme  de  statues,  figures,  médailles,  graveures, 
pièces  funèbres,  épitaphes  8c  inscriptions.  »  (Anne 
Rullman,    Récit    des    anc.    monumens,  &c,    1626; 


Note 
117 


NOTB 
117 


540 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Mais,  à  côté  de  cette  grande  route  dispa- 
rue avec  les  tombeaux  qui  eu  devenaient 
le  complément,  il  existait,  comme  dans 
toutes  les  grandes  villes,  un  lieu  de  sépul- 
ture commune,  qui  paraît  remonter  ici  à 
un  âge  très-reculé  &  qui  a  eu,  cette  fois, 
la  bonne  fortune  d'échapper  en  partie, 
grâce  à  son  obscurité  même,  aux  dévasta- 
tions intéressées  dont  nous  venons  de  par- 
ler. Tout  semble  indiquer,  en  effet,  qu'il 
était  destiné  aux  familles  pauvres  de  la 
ville,  qui  brûlaient  gratuitement  leurs 
morts  dans  quelque  ustrinum  public,  bâti 
lui-même  à  peu  de  distance  de  la  route,  & 
les  enterraient  ensuite  dans  quelque  cime- 
tière commun  dont  les  tombes  agroupées 
ou  alignées  ne  se  distinguaient  les  unes 
des  autres  que  par  les  bornes  (cîppi)  qui 
en  marquaient  les  limites  ipedatura)'.  Il 
était  situé  à  l'endroit  occupé  depuis  par  le 
cimetière  chrétien  de  Saint-Roch  ou  des 
Récollets,  qui  a  servi  de  sépulture  pen- 
dant huit  ou  dix  siècles  à  une  partie  de  la 
population  bourgeoise  &  auquel  il  a  très- 
probablement  donné  naissance  %  car  on  y 
rencontre  des  inscriptions  chrétiennes  & 


Biblioth.  nationale,  mss,  fonds  français,  n.  8649, 
t.,,  p.  III.) 

'  Ce  n'était  que  par  exception  au  moins  que 
l'on  y  rencontrait  quelque  sepulchretum  de  forme 
&  de  taille  modeste  que  beaucoup  de  familles 
remplaçaient  par  une  simple  dalle  de  pierre  ou 
de  marbre,  couchée  à  plat  sur  la  tombe  {mensa)  à 
laquelle  aile  servait  ainsi  de  toiture. 

'  Il  est  remarquable  au  moins  que  l'on  ne  trouve 
ici  ni  trace,  ni  souvenir  de  quelqu'un  de  ces  saints 
ou  martyrs  locaux  autour  desquels  se  pressaient 
les  sépultures  des  fidèles  (^sepeliri  ad  sanctos ,  ad 
martyres,  pass.),  &  qui  ont  donné  naissance  à 
beaucoup  de  cimetières  chrétiens,  sans  en  excepter 
notre  cimetière  des  nobles  de  Saint-Sernin,  situé, 
lui,  à  l'extrémité  opposée  de  la  ville,  au  bord  aussi 
de  quelque  grande  voie  romaine.  Les  seuls  monu- 
ments anciens  dont  l'existence  nous  soit  attestée 
ici  par  des  témoignages  dignes  de  foi,  sont  la  cha- 
pelle, relativement  moderne,  de  Saint-Roch  (le 
patron  des  pestiférés),  qui  a  donné  son  nom  au 
cimetière  lui-même,  &  une  église  de  Sainte-Marie 
du  Férétra,  qui  paraît  n'être  autre  chose  que  la 
chapelle  actuelle  du  couvent  des  Récollets.  Elle 
est  désignée  sous  le  nom  de  :  Ecclesia  Beatae  Mariae 
de  Feretrario  dans  un  acte  de  iSSy,  relevé  &  cité 
par  Catel.  (^Mémoires,  pp.   128  &  210.) 


de  grands  tombeaux  de  pierre  en  forme 
d'auge,  mêlés  aux  sépultures  païennes  dont 
nous  sommes  surtout  préoccupé  ici".  Ce 
qui  reste  certain  en  tout  état  de  cause, 
c'est  qu'il  était  beaucoup  plus  étendu  à 
l'époque  romaine  qu'au  moyen  âge,  puis- 
qu'on en  trouve  les  tombes  réunies  ou 
disséminées  sur  un  espace  qui  ne  mesure 
pas  moins  de  douze  à  quinze  hectares 
de  superficie^  particularité  qui  s'explique 
elle-même  par  les  habitudes  respectueuses 
des  anciens  à  l'égard  des  morts  &  par  les 
règlements  sévères  qui  interdisaient  aux 
sépultures  d'empiéter  les  unes  sur  les  au- 
tres'.   Sa   forme,   qui   doit   avoir   changé 


'  On  voit  encore  dans  un  des  vergers  de  la 
borde  Milhès  un  de  ces  lourds  cercueils  de  pierre 
qui  paraît,  il  est  vrai,  appartenir  par  sa  forme 
aux  premiers  temps  du  moyen  âge.  M.  de  Monté- 
gut,  qui  en  signale  plusieurs  autres  dans  le  secc'.-id 
de  ses  Mémoires  sur  le  cimetière  des  Récollet» 
(Mém.  de  l'acad.  de  Toulouse,  i'"  série,  t.  3, 
p.  298),  mentionne  &  décrit  ailleurs  trois  boucles 
de  ceinturon  «  en  bronze  argenté,  »  provenant 
du  même  cimetière,  &  qui  appartiendraient  d'une 
manière  plus  précise  encore  à  l'époque  wisigo- 
thique  ou  mérovingienne,  (l.l.  p.  285,  pi.  XIV, 
n.  ,.) 

'  «  Dans  cet  espace  est  une  contenance  d'envi- 
ron vingt  arpents  qui  a  servi  anciennement  de 
cimetière.  »  (De  Mo.ntkgut,  l.l.  t.  1 ,  p.  76.)  — 
M.  Milhès,  dont  les  indications  m'ont  été  bien 
utiles,  en  contrôlant  ou  en  complétant  sur  beau- 
coup de  points  celles  de  M.  de  Montégut,  en  éva- 
lue, lui,  la  superficie  à  quinze  ou  dix-huit  hec- 
tares. 

'  Le  plus  connu  de  ces  cimetières  publics  est 
celui  des  soldats  de  la  flotte  à  Misène  qu'une 
longue  inscription,  retrouvée,  au  seizième  siècle, 
près  de  Naples,  désigne  sous  le  nom  de  Puhlicum 
sepeliendorum  militum  classis  praetoriae  Miscnensis. 

(GrUTEK,    208,     OrELLI  ,     4406,    MOMMSEN,    I.     N. 

2646).  Avant  d'être  réformé,  comme  il  paraît 
l'avoir  été  par  un  des  officiers  supérieurs  de  la 
flotte,  nommé  Alfenius  Senecio  [suhpraefectus 
classis  praetoriae  Misenensis,  Ll.),  le  terrain  de  ce 
cimetière  avait  servi  déjà  de  lieu  de  sépulture, 
puisqu'on  y  trouvait,  comme  au  cimetière  des  Ré- 
collets, des  tombes   en  grand  nombre  disséminées 

sur  un  vaste  espace  ( quum   haheat  plurima  & 

dispersis  locis  sepulchra,  l.l.),  quelquefois  même  su- 
perposées les  unes  aux  autres  (superposita),  au  lieu 
d'être  réunies  ou  alignées  Çcunjuncta,  l.l.)  comme 
elles  devaient  1  être.  Ces  profanations   &  ces  dé- 


NoTE 
"7 


NOTB 
117 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


541 


comme  ses  limites  d'époque  en  époque, 
serait  à  peu  près  celle  d'un  triangle  irré- 
gulier dont  la  base  s'appuierait  au  pied 
des  collines  que  les  tombes  n'atteignent 
nulle  part'.  Les  côtés  du  triangle  seraient 
tracés  à  l'est  par  la  rue,  relativement 
moderne,  du  faubourg  Saint- Michel ,  à 
l'ouest,  par  le  talus  des  falaises  qui  sépa- 
rent la  terrasse  formée  par  les  anciennes 
alluvions  de  la  Garonne  (terrain  miocène 
ou  molasse').,  des  alluvions  de  date  récente 
dont  le  fleuve  reprend  possession  à  cha- 
cune de  ses  grandes  crues  % 

A  en  juger  par  les  découvertes  que  l'on 
a  faites  &  que  l'on  fait  encore  de  loin  en 


sordres  qui  blessaient  la.  rel'ig'ton  des  tombeaux 
(...  oA  contemptum  religionis...  propter  contemptam 
religionem  sepulchrorum,  l.l.)  avaient  été  énergi- 
qiiement  réprimés  par  le  vice-amiral  qui  avait 
commencé  par  exproprier  un  certain  nombre  de 
propriétaires  dont  quelques-uns  se  prévalaient 
contre  lui  d'un  titre  de  vente  régulier  (...  se  pos- 
sessorem  esse  ex  causa  empt'ion'is,  I.Î.),  &  qui  avait 
réussi  en  fin  de  compte  à  rétablir  le  bon  ordre  Se 
la  décence  dans  le  partage  comme  dans  l'aligne- 
ment des  terrains  assignés  (asslgnata...  loca  assi- 
gnata...  pass.),  ne  voulant  plus,  dit-il,  que  les 
soldats  pauvres  de  la  flotte  continuassent  à  être 
soignés  ou  inhumés  par  aumône  (...  ne  aère  con- 
lato  curentur  sepelianturque,  l.l.). 

'  J'apprends  pourtant,  au  moment  où  se  ter- 
mine l'impression  de  ce  travail,  que  l'on  rencontre 
des  amphores  identiques  à  celles  du  cimetière  jus- 
qu'à la  hauteur  du  domaine  de  Rangueil,  situé 
comme  on  le  sait  à  l'extrémité  de  l'avenue  Snint- 
Agne,  à  trois  kilomètres  au  moins  du  Capitole. 
Elles  provenaient  toutes,  à  ce  que  m'assure  M.  Paul 
de  Sahuqué,  de  la  partie  du  domaine  comprise 
entre  la  route  8t  le  pied  des  collines.  Elles  y 
étaient  si  communes  sur  quelques  points  que  les 
enfants  de  la  maison  se  faisaient  un  jeu  de  les 
briser  ou  de  les  achever  à  coups  de  pierres.  Plus 
près  de  la  chapelle  Saint-Roch,  mais  du  même 
cfité  de  la  route,  M.  Murel  père,  en  défonçant,  il 
y  a  déjà  longtemps,  un  terrain  acheté  par  lui, 
pour  la  plantation  d'une  pépinière,  avait  ren- 
contré sur  plusieurs  points  des  substructions  an- 
tiques disséminées  à  quelque  distance  les  unes  des 
autres,  comme  devaient  l'être  les  assises  des  sepul- 
chreta  qui  bordaient  la  route. 

"M.  de  Montégut  assure  même  (comme 
M.  Milhès)  que  l'on  en  trouve  quelquefois  «  dans 
le  pré  qui  est  au-dessous  de  la  chapelle  de  Saint- 
Roch.  »  (De  Montégut,  l.l.  p.  81.) 


loin  dans  ce  vaste  périmètre,  les  sépultu- 
res du  cimetière  des  Récollets,  celles  au 
moins  que  l'on  peut  regarder  comme  anti- 
ques, auraient  été  conçues  &  exécutées 
sur  un  plan  uniforme.  Elles  consistent,  à 
quelques  rares  exceptions  près,  dans  une 
sorte  de  réduit  ou  de  caveau  rectangulaire 
creusé  dans  le  sol  meuble  (terre  végétale 
ou  balme)  &  dont  les  dimensions  étaient  à 
peu  près  les  mêmes  en  largeur  comme  en 
profondeur.  Le  revêtement  des  parois, 
dont  quelques  fragments  étaient  restés 
en  place,  paraissait  formé  tantôt  d'une 
couche  de  terre  glaise  que  l'on  appli- 
quait mouillée  sur  la  balme,  plus  souvent, 
d'une  sorte  de  stuc  rougeâtre  dans  lequel 
la  brique  pilée  joue  le  principal  rôle  & 
qui  a  pris,  sous  l'action  du  temps,  une 
consistance  &  une  solidité  remarquables. 
Toutes,  sans  exception,  contenaient  un 
nombre  plus  ou  moins  considérable  à'urnes 
cinéraires  (c'est  le  nom  sous  lequel  les  dé- 
signent nos  anciens  érudits),  dérangées  & 
brisées  le  plus  souvent  par  l'effondrement 
des  toitures  destinées  à  les  abriter. 

Il  devenait  difficile  de  douter,  en  pré- 
sence d'indications  aussi  concluantes,  que 
chacun  de  ces  caveaux  n'ait  été  destiné  à 
servir  de  sépulture  à  une  famille  dont  les 
membres  seraient  venus  successivement  y 
occuper  leur  place".  Les  cendres,  mêlées 
d'ossements  calcinés,  que  l'on  retrouvait  à 
l'intérieur  des  urnes,  de  celles  au  moins 
qui  étaient  restées  intactes,  avaient  elles- 
mêmes  leur  valeur  &  leur  sens,  historique- 
ment parlant.  Elles  prouvaient,  en  eï^Qi., 
que  la  plupart  de  ces  sépultures  étaient 
postérieures  en  date  à  la  conquête  ro- 
maine, qui  avait  introduit  en  Gaule  comme 
ailleurs  l'usage  de  brûler  les  morts  &  de 
les  inhumer  en  dehors  des  villes,  le  long 
des  grandes  routes  qui  y  conduisaient.  A 
l'exemple  des  familles  riches,  dont  les 
tombeaux  de  forme  &  de  taille  diverses 
s'alignaient  au  bord  de  la  route,  chacune 
de  ces  familles  y  avait  évidemment  son 
locus,  c'est-à-dire  son  terrain  à  elle,  me- 
suré au  cordeau  comme  celui  des  riches, 

•  «  On  en  rencontre  des  amas  de  six,  de  huit, 
de  douze,  rangées  l'une  à  côté  de  l'autre.  »  (De 
Montégut,  l.l.  p,  81.) 


Note 

117 


Note 
117 


542 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


&  que  chacune  d'elles  recouvrait  ou  dé- 
corait à  sa  guise'.  Mais  les  élégantes  ollae 
de  verre  ou  d'albâtre,  dans  lesquelles  les 
riches  recueillaient  &  enfermaient  les  cen- 
dres de  leurs  morts  au  sortir  du  bûcher, 
étaient  ici  remplacées,  presque  sans  excep- 
tion, par  de  lourdes  amphores  de  terre 
cuite,  identiques,  comme  forme,  comme 
taille  &  comme  teinte,  aux  amphores  de 
Vieille -Toulouse,  d'où  elles  provenaient 
suivant  toute  apparence'.  Dans  les   rares 

'  Les  distinctions  que  nous  établissons  ici,  en 
nous  autorisant  de  faits  du  même  genre  constatés 
par  nous  ou  par  d'autres  dans  une  foule  de  villes 
romaines  (dans  celles  des  Convenue,  par  exemple, 
&  des  Auscii;  voir  nos  études  d'épigraphie,  pass.)^ 
nous  paraissent  ressortir  des  différences  que  pré- 
sentent, à  défaut  des  tombeaux  eux-mêmes,  les 
inscriptions  antiques  du  cimetière  des  Récollets, 
dont  les  unes  appartiennent  à  des  personnages 
d'un  rang  élevé,  revêtus  des  hautes  magistratures 
de  la  ville  (voir  notre  Appendlx  eplgraphica) , 
tandis  que  les  autres  étaient  destinées  à  des  gens 
de  condition  inférieure,  affranchis  eux-mêmes  ou 
descendants  d'affranchis.  Nous  songeons  surtout 
en  écrivant  ceci  à  la  petite  dalle  inscrite  de  CU- 
PITUS  TOLOSANI  FILIUS,  découverts,  assure 
M.  de  Montégut,  «  au-dessous  de  la  chapelle  de 
Saint-Roch,  dans  un  pré  dépendant  de  la  pre- 
mière tuilerie  «  (De  Montégut,  Recherches,  l.l. 
p.  90).  —  Le  cimetière  des  Sablières  de  Terre-Nègre 
à  Bordeaux,  qui  paraît  avoir  plus  d'un  trait  de 
ressemblance  avec  notre  cimetière  commun  (^publi- 
cum)  des  Récollets,  aurait  été  situé  à  la  même  dis- 
tance à  peu  près  des  portes  de  la  ville  antique  8t 
présenterait  à  peu  près  aussi  la  même  proportion 
de  sépultures  par  incinération  &  de  sépultures 
par  inhumation.  M.  Jouanet,  qui  évalue  cette 
proportion  à  20  =  i,  assure  que  l'on  en  a  retiré 
plus  de  vingt  mille  urnes  cinéraires,  qui  n'ont 
rien  de  commun,  il  est  vrai,  comme  forme  & 
comme  taille,  avec  les  grandes  amphores  des  po- 
lyandres  de  Toulouse. 

"  Catel  (jyiém.  1.  2,  p.  128)  &  M.  de  Montégut 
(^Recherches,  l.l.  p.  80)  avaient  déjà  remarqué  que 
les  urnes  cinéraires  des  Volkes  de  Tolosa  n'étaient, 
le  plus  souvent,  que  des  amphores  de  terre  cuite, 
présentant  à  peu  de  chose  près  la  même  forme  8c 
la  même  taille  dans  les  divers  cimetières  de  la  ville 
antique.  Mais  il  n'en  serait  pas  de  même  des  loca. 
destinés  à  les  abriter,  s'il  faut  prendre  au  piei  de 
la  lettre  ce  que  Càtel  raconte  «  de  creux  ou  de 
caves  rondes  »  découvertes  de  son  temps  au  quar- 
tier de  Terre-Cabade  (terra  cahada,  cabata,  cavata)^ 
près    du    cimetière    de  Saint-Snuveur,    voisin    lui- 


hypogées  qui  n'avaient  été  ni  effondrés 
ni  ouverts,  on  les  retrouvait  debout  &  en 
ligne,  adossées  aux  parois  du  locus  ou  ap- 
puyées les  unes  contre  les  autres.  Elles 
ressemblaient  ainsi  aux  diota  de  terre 
blanche  qui  servaient  de  tonneaux  dans 
les  celliers  des  bourgeois  de  Pompéi,  avec 
cette  différence  pourtant  qu'elles  étaient 
ici  dressées,  le  culot  en  haut  &  le  cou- 
vercle en  bas  '. 

Les  inscriptions  qui  auraient  pu  jeter 
quelque  lumière  sur  cette  mystérieuse  né- 
cropole, devenaient  ici  à  peu  près  inuti- 
les, puisqu'elles  avaient  été  mutilées  ou 
déplacées  dans  les  révolutions  que  le  ci- 
metière paraît  avoir  subies  depuis  la  chute 
du  polythéisme  S  Comment  distinguer, 
d'ailleurs,  parmi  ces  inscriptions,  celles 
qui  provenaient  du  cimetière  que  nous 
venons  de  décrire  &  celles  qui  apparte- 
naient aux  riches  tombeaux  des  bords  de  la 
route,  dévastés  ou  détruits  à  des  époques 
plus   anciennes    encore  '  ?    Les   amphores 

même  de  l'église  Saint-Etienne  &  que  l'on  trouva 
«  toutes  ceinctes  8c  environnées  d'anciennes  urnes 
de  terre  qui  estoient  pleines  de  cendres  Se  de  char- 
bon. »  (Catel,  l.l.  p.  128.) 

'  «  Celles  qui  paroissent  n'avoir  pas  été  remuées 
sont  placées  perpendiculairement,  la  pointe  en 
haut,  à  deux  ou  trois  pieds  de  profondeur.  » 
De  Montégut,  p.  81.) 

'  Nous  avons  déjà  remarqué,  du  reste,  combien 
ces  incriptions  sont  rares  même  au  cimetière  des 
Récollets,  d'où  proviennent  la  plupart  de  nos 
textes  antiques  (voir,  à  ce  sujet,  notre  Appendix 
epigraphica).  Il  faut  ajouter  qu'on  les  y  trouve 
mêlées  à  des  inscriptions  chrétiennes,  ce  qui  s'ex- 
plique à  merveille  si  l'on  admet,  comine  tout 
l'atteste,  que  le  cimetière  chrétien  se  soit  ici  su- 
perposé au  cimetière  antique. 

'  On  voit  encore  en  face  de  la  borde  Milhès, 
mais  de  l'autre  côté  de  la  route,  deux  bornes 
(c'est  au  moins  la  destination  qu'on  leur  a  don- 
née) que  nous  croyons  faites  l'une  8c  l'autre  de 
main  d'homme  8c  qui  rejnonteraient,  si  nous  ne 
nous  trompons,  à  l'époque  gallo-romaine  de  notre 
histoire.  Elles  paraissent  formées  d'une  espèce  de 
béton  composé  de  gravier  Se  de  cailloux  roulés, 
noyés  dans  un  bain  de  mortier,  que  l'on  aurait 
ensuite  tassé  dans  un  moule  de  planches  dont  il 
aurait  pris  8c  gardé  la  forme.  La  plus  grande  des 
deux,  qui  est  en  même  temps  la  mieux  conservée, 
présente  extérieurement  la  forme  d'un  cippe  carré^ 
mesurant  o'"  35  sur  chacune  de  ses  faces  8c  élevé 


Note 
117 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


543 


dont  les  débris  obstruaient  le  sol  '  ne 
contenaient,  elles,  en  fait  d'inscriptions, 
que  des  sigles  de  potier  assez  rares  d'ail- 
leurs sur  les  poteries  de  Vieille -Tou- 
louse'.  Mais  à  côté  de  ces  anipliores, 
muettes  comme  les  tombes  qui  les  abri- 
taient, on  retrouvait  en  revanche  UJi  assez 
grand  nombre  de  ces  objets  de  matière  & 
de  nature  diverses  que  les  pauvres  enter- 
raient avec  leurs  morts  comme  les  riches, 
&  qui  prenaient  ici  un  intérêt  particulier, 
puisqu'il  y  avait  toute  raison  de  croire 
qu'ils  étaient  pour  la  plupart  contempo- 
rains des  morts  qu'ils  avaient  suivis  dans 
l'autre  vie  '. 


d'un  mètre  environ  au-dessus  du  sol.  La  plus 
petite,  qui  paraît  ronde,  rappellerait  approxima- 
tivememt  la  forme  des  colonnettes  (columella)  que 
l'on  dressait  quelquefois  au-dessus  des  tombeaux. 
L'une  &  l'autre  ne  seraient,  à  notre  sens,  que  les 
âmes  de  deux  sepulchrcta  de  taille  &.  de  forme 
diverses,  dont  le  revêtement  extérieur  (stuc  ou 
dalles  de  marbre  [crustae])  aurait  été  arraché  8c 
détruit,  probablement  depuis  des  siècles.  Mais  il 
resterait  toujours  à  savoir  si  ces  sepulchrcta  pro- 
viennent du  bord  de  la  route  ou  s'ils  apparte- 
naient au  cimetière  commun  dans  l'enceinte  du- 
quel on  les  a  retrouvés.'' 

'  «  Il  y  a  un  terroir  joignant  la  ville  du  costé 
du  Chasteau  Narbonois  où,  en  labourant  la  terre, 
on  rencontre  des  urnes  toutes  entières,  en  si  grand 
nombre  qu'elles  empêchent  quasi  que  la  terre  ne 
soit  fertile.  Ce  terroir  est  appelé  le  fèrétra.  » 
(Catel,  Mém.  p.  128.) 

'  M.  de  Montégut  parle  pourtant  d'une  de  ces 
amphores  qui  portait,  dit-il,  une  inscription  ro- 
maine (gravée  à  la  pointe  probablement;  &  qui 
aurait  été  achetée  par  M.  l'évéque  d'Agde.  (De 
MONTKGUT,  l.l.  p.  81 .) 

'  Celles  de  ces  épaves  que  l'on  trouvait  dissé- 
minées à  la  surface  du  sol  8t  en  dehors  des  tombes 
y  auraient  été  probablement  perdues  ou  dédiées 
en  manière  d'offrande,  lors  des  solemnités  publi- 
ques ou  privées  que  l'on  célébrait  à  certains  jours 
(^statis  d'tehus)  sur  les  tombeaux  des  morts  &  dont 
l'usage  a  survécu  chez  nous  à  la  chute  du  poly- 
théisme. Nous  faisons  ici  allusion  aux  foires  bien 
connues  que  l'on  célèbre  encore  de  dimanche  en 
dimanche  dans  chacun  des  faubourgs  de  la  ville 
sous  le  nom  caractéristique  de  férctra,  &  dont  la 
plus  ancienne  en  date  est  incontestablement  celle 
du  faubourg  Saint-Michel.  M.  de  Montégut  assure 
même  qu'elle  en  a  été  pendant  longtemps  la  seule 
&  que  ce  serait  à  dci  époques  relativement  récentes 


Le  premier  de  nos  érudits  qui  paraisse 
avoir  compris  l'importance  de  ces  épaves 
funèbres,  dispersées  le  plus  souvent  au 
sortir  de  la  terre  qui  les  recelait,  était 
\\i\  contemporain  de  l'abbé  Audibert  avec 
lequel  il  ne  paraît  avoir  eu  du  reste  au- 
cune relation  personnelle,  quoiqu'ils  s'oc- 
cupassent l'un  &  l'autre  d'études  du  même 
genre  &  portant  précisément  sur  les  mê- 
mes sujets'.  Il  s'appelait  de  son  nom  M.  de 
Montégut,  &  avait  été  pourvu  à  vingt- 
trois  ans  d'une  charge  de  conseiller  au 
Parlement  de  Toulouse.  Membre  de  l'aca- 
démie des  Jeux  Floraux,  comme  la  plupart 
de  ses  collègues  aux  enquêtes  ou  aux  re- 
quêtes, il  était  devenu,  quelques  années 
après,  membre  de  l'académie  des  sciences, 
inscriptions  &  belles-lettres  de  la  même 
ville,  où  il  avait  pris  de  bonne  heure  uwq 
place  considérable  &  dont  on  le  regardait, 
à  la  fin  du  siècle,  comme  l'archéologue  en 
titre'.  Quelque  discutables  que  nous  pa- 
raissent aujourd'hui  la  plupart  des  travaux 
sur  lesquels  reposait  cette  réputation  fort 
établie  de  son  temps,  il  faut  dire  pourtant 
à  son  éloge  qu'il  prenait  au  sérieux,  comme 
plusieurs  de  ses  contemporains,  les  pro- 
blèmes que  soulevait  &  que  soulève  en- 
core la  question  des  origines  de  notre 
ville,  &  qu'il  ne  négligeait  aucune  des  in- 
dications qui  pouvaient  de  près  ou  de  loin 
servir  à  les  éclairer.  Il  nous  apprend  lui- 
même  que  son  attention  avait  été  ramenée 


&  pour  satisfaire  les  populations  des  divers  fau- 
bourgs de  la  ville,  que  l'on  aurait  établi  depuis 
les  fèrétra.  de  Saint-Etienne,  de  la  Porte-Neuve, 
de  Saint-Pierre-des-Cuisines  &  des  Minimes  (/./.). 

'  On  se  rappelle  que  c'était  à  l'abbé  Barthé- 
lémy, l'auteur  du  Jeune  Anacharsis,  que  s'était 
adressé  directement  l'abbé  Audibert  quand  il  pré- 
parait les  matériaux  de  sa  dissertation,  oubliant 
ainsi  l'académie  des  sciences,  inscriptions  &  bel- 
les-lettres de  Toulouse  &  ses  membres  les  plus 
érainents. 

"  Comme  M.  de  Saint-Amans  (1702-1763)  en 
avait  été  le  numismatiste  émérite.  M.  Dumèj^Ci 
dont  la  réputation,  discutée  elle-même,  devait 
éclipser  celle  de  ses  deux  devanciers,  était  iié, 
comme  on  le  sait,  en  l'année  1779  ou  1780,  car 
il  y  a  du  doute  même  sur  l'année  de  sa  naiss.iuce, 
&  n'est  arrivé  à  la  notoriété  que  dans  les  premiè- 
res années  du  siècle  suivant. 


NoTB 
117 


•>44 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


NOTB 

''7  vers  rantlque  cimetière  des  Récol-lets  à  la  il  n'avait  ni  l'esprit  judicieux,  ni  le  sens 
suite  de  découvertes  inattendues,  opérées,  historique,  dépourvu  malheureusement  de 
à  partir  de  l'année  1776,  par  les  ouvriers  savoir  &  de  critique,  il  s'était  attaché  à  en 
de  l'une  des  tuileries  qui  exploraient  de-  déterminer  l'âge  &  la  provenance  qui  pre- 
puis  longtemps  déjà  le  sol  argileux  du  ci-  naient  ici  un  intérêt  tout  particulier.  Il 
metière".  en  avait  dressé  de  longues  listes,  en  accom- 

Sans  négliger  les  objets  antiques  sortis  pagnant  ses  descriptions  de  planches  plus 
en  assez  grand  nombre  de  ce  sol  funèbre  &  concluantes  souvent  que  ses  commentai- 
dont  la  plupart  étaient  heureusement  tom-  res,  &  ce  n'avait  point  été  sans  surprise, 
bés  entre  ses  mains  %  M.  de  Montégut  ce  travail  de  classement  terminé,  qu'il  y 
s'était  attaché  de  préférence  aux  monnaies  avait  reconnu  à  son  tour  la  plupart  des 
proprement  dites  dont  les  légendes  &  même  monnaies  archaïques  que  l'abbé  Audibert 
les  types  parlaient,  cette  fois,  un  langage  croyait  particulières  au  sol  de  Vieille- 
intelligible,  pour  les  érudits  au  moins.  Il  Toulouse,  sans  en  excepter  les  monnaies 
n'avait  point  oublié  &  l'on  n'oubliait  point  phéniciennes,  ibériennes  ou  ibéro-gau- 
autour  de  lui  que  c'était  sur  les  données  loises  que  nous  retrouvions  tout  à  l'heure 
ou  sur  les  inductions  fournies  par  elles  dans  l'intérieur  de  la  ville,  en  deçà  de  la 
que  reposait  en  grande  partie  «  le  système  porte  Narbonnaise '.  La  seule  différence 
de  l'abbé  Audibert,  «  qui  n'allait  à  rien  qui  distinguât  les  produits  des  deux  sta- 
moins  qu'à  retrancher  à  la  ville  de  Tou-  tions,  comme  on  le  dirait  aujourd'hui, 
louse  «  quatre  ou  cinq  siècles  d'existence,  c'est  que  ces  monnaies  barbares,  au  sens 
au  moment  le  plus  brillant  de  soji  his-  classique  du  mot,  se  trouvaient  ici  mêlées  à 
toire.  »  A  l'exemple  de  son  devancier,  dont  des  monnaies  romaines'  dont  la  série  me- 
surait toute  l'époque  impériale,  depuis  le 

'  Il  la  désigne  familièreTnent  sous  le  nom  de 
la  première  tuilerie,  parce  qu'elle  était  la  plus 
rapprochée  de  la  chapelle  Saint-Rocli  (Z.Z.).  Deux 
autres  tuileries,  situées  à  peu  de  distance  de  celle- 
là  &  assises  aussi  au  bord  du  chemin,  ont  disparu 
comme  elle,  en  faisant  place,  il  est  vrai,  à  deux 
vastes  tuileries  de  date  toute  récente,  fondées 
cette  fois  en  dehors  du  cimetière  antique,  entre 
le  pied  de  la  colline  &  le  ruisseau  de  Bounlayrou 
qui  tombe  dans  la  Garonne  à  la  hauteur  du  Port- 
Garaud. 

^  Il  les  a  décrits  dans  une  série  de  Mémoires 
dont  deux  seulement  ont  été  imprimés  dans  le 
Recueil  des  mémoires  de    l'académie   des   sciences. 


NoTB 
117 


règne  d'Auguste  jusqu'à  ceux  de  Constan- 
tin &  de  Théodose. 

Si  le  cimetière  des  Récollets  n'était, 
comme  tout  l'indique,  qu'une  des  nécro- 
poles   de    la   ville   voisine',   d'où    prove- 


'  Nous  en  trouvons  la  preuve  dans  le  texte 
suivant  :  «  Les  mêmes  fouilles  m'ont  procuré  un 
grand  nombre  de  médailles  celtibériennes  avec  des 
têtes  nues  ou  voilées,  jeunes  ou  barbues,  des  figu- 
res de  cavalier,  de  taureau  &  des  caractères  runi- 
ques  [sic)  qu'on  ne  sauroit  expliquer  »  (Recherches 
sur  les  antiquités  Je  Toulouse,  p.  98),  &  dans  la 
inscriptions  &  belles-lettres  de  Toulouse.  (Recher-  planche  complémentaire  de  ce  Mémoire  dont  le 
ches  sur  les  antiquités  de  Toulouse^  pp.  65  à  1  1  o.  numéro  27  représente  une  des  monnaies  attribuées 
—  Antiquités  découvertes  a  Toulouse  pendant  le  par  M.  Boudard  à  la  ville  de  Narbonne  (?/ec/Ae«a). 
cours    des    années    1783,    1784    &    1786,    l.l.    t.    3,  '  «  J'ai   cru   inutile  de  faire  une  mention    par- 

p.  265  à  296.)  Un  troisième  mémoire,  qui  faisait  ticulière  du  grand  nombre  de  médailles  de  bronze 
suite  au  précédent  &  qui  devait  offrir  aussi  des  &  d'argent,  tant  consulaires  qu'impériales,  depuis 
détails  intéressants  noyés  au  milieu  de  beaucoup  Auguste  jusqu'à  Constantin,  que  découvrent  cha- 
d'hérésies  historiques  ou  archéologiques,  a  disparu  que  jour  les  ouvriers  qui  font  des  excavations  près 
depuis  longtemps  des  archives  de  l'académie,  où  il 
était  resté  à  l'état  de  manuscrit.  On  le  trouve  in- 
diqué sous  son  véritable  titre  :  Antiquités  décou- 
vertes h  Toulouse  pendant  les  années  1786,  1787, 
1788,  1789,  1790,  avec  plusieurs  autres  travaux 
du  même  auteur,  également  disparus,  dans  la 
notice  que  M.  Dumège  a  consacrée  à  la  mémoire 
de  M.  de  Montégut  &  qui  figure  elle-même  dans 
le  tome  2  de  la  Biographie  toulousaine. 


la  tuilerie  voisine  de  la  chapelle  Saint-Roch,  Vers 
la  fin  du  mois  de  février  dernier,  ils  trouvèrent 
un  vase  de  terre  contenant  vingt-neuf  médailles 
d'argent  dont  quatorze  consulaires  &  quinze  im- 
périales. Parmi  ces  dernières  il  y  avoit  treize  Ti- 
bères  du  même  coin.  »  (De  Montégut,  l.l.  p.  97.) 
^  La  plus  ancienne,  il  est  vrai,  &  la  plus  im- 
portante de  ses  quatre  nécropoles,  comme  le  re- 
marquait avec  raison  M.  de  Montégut  «  puisque 


Note 

117 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


545 


liaient  à  leur  tour  la  plupart  des  monnaies  la  ville  basse,  comme   le   remarquait  avec 

que  l'on  y  découvre',  ne  ressortait-il  point  raison  M.  de  Montégut'  que  s'appliquerait 

de  leur  témoignage  irrécusable  (pour  l'abbé  exclusivement  tout  ce  que  nous  racontent 

Audibert  surtout),  que  cette  ville  existait  les    historiens    anciens   au   sujet   de    l'an- 

au  moins  dès  les  premiers  temps  de  la  do-  cionne   métropole  des  Tectosages,  de  ses 

mination   romaine   dans   les  Gaules?  Il  y  lacs  sacrés,  assez  difficiles  à  expliquer  dans 

avait  même  toute  raison  de  croire,  ce  prin-  le  système  de   l'abbé  Audibert,  &  de  ses 

cipe  posé  &  admis,  qu'elle  occupait  déjà,  à  trésors  en  or  ou  en  argent  dont  le  souve- 

peu  de  chose  près,  la  place  où  nous  la  re-  nir  est  resté  asssocié  au  souvenir, de  ces 

trouverons  au  moyen  âge,  &  que  c'était  à  lacs.  Mais    il   se    trompait,  comme    l'abbé 

elle  que  s'appliquait,  dès  cette  époque,  le  Audibert  s'était  trompé  avant  lui,  quand  il 

nom  séculaire  de  Toloss  ou  Tolose,  étendu  reportait    indistinctement   à    l'époque    de 

depuis  la  fondation  de  Voppîdum  à  la  mon-  l'indépendance   toutes   les  monnaies  gau- 

taïgnctte  du  Puy-Davîd,(\\i\nenétvàic{\x\inc  loises   ou   autres   que   recèle   le   cimetière 

dépendance  au   sens  politique  comme  au  des  Récollets,  puisque  l'on  sait  de  source 

sens  stratégique  du  mot'.  Ce  serait  ainsi  à  certaine  aujourd'hui  que  les  Romains,  de- 
venus les  maîtres  de  la  Gaule,  avaient  laissé 


les  monuments  qu'on  y  découvre  remontent  au 
temps  des  Gaulois  &  au  premier  siècle  de  Rome 
[i/c],    1)  (De  Mo.NTÉGt'T,  î.l.   p.   80.) 

'  C'est  aussi  de  laque  proviennent,  comme  nous 
espérons  le  démontrer  (Voir  notre  Appendix  epi- 
graphica),  la  plupart  de  nos  inscriptions  tumulai- 
res,  soit  païennes,  soit  chrétiennes,  dont  la  pro- 
venance prend  à  son  tour  une  certaine  importance. 


aux  populations  indigènes  le  droit  de  fa- 
briquer elles-mêmes  leurs  monnaies  &  de 
les  mettre  en  circulation  concurremment 
avec  les  monnaies  de  coin  romain  aux- 
quelles nous  les  retrouvons  mêlées'. 

Ce  serait  donc  à  l'époque  romaine  qu'ap- 
partiendraient en  réalité  la  plupart  de  ces 
monnaies  archaïques  d'apparence  que  nos 


puisqu'elles  ont  survécu  aux  monuments  dont  elles      anciens   érudits   reportaient  au    troisième 


faisaient  partie.  En  établissant,  contrairement  à 
l'opinion  généralement  admise  (Voir  M.  Edmond 
Leclant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  t.  2,  n°*  598, 
600,  602,  6o3,  604,  6o5),  qu'elles  proviennent 
toutes,  à  une  seule  exception  près,  du  cimetière 
des  Récollets  &  non  point  de  Vieille-Toulouse  ; 
nous  ajouterons  un  argument  de  plus  aux  argu- 
ments invoqués  par  l'abbé  Audibert  contre  l'opi- 
nion, insoutenable  il  est  vrai,  qui  regardait  la 
colline  de  Vieille-Toulouse  comme  le  cimetière 
des  Tolosates  à  l'époque  romaine,  &  qui  expli- 
quait ainsi  l'immense  quantité  d'amphores  brisées 
que  l'on  en  retire  depuis  des  siècles 


ou  au  quatrième  siècle  avant  notre  ère, 
sur  la  foi  d'un    texte  de  Justin  (Trogue- 

gnac  à  Vieille-Toulouse),  8c  de  Castaneto  usque 
ad  villam  de  Porteto  inclusive.  »  (Charte  du  roi 
Philippe  le  Bel,  apud  Lnfaille,  Histoire  de  Tou- 
louse, t.  2  ;  Appendix  ad  calcem,  p.  vi.)  Il  ne 
faut  pas  perdre  de  vue,  si  l'on  veut  apprécier 
à  sa  juste  valeur  l'importance  de  ce  texte  intéres- 
sant à  plus  d'un  titre,  que  les  droits  reconnus 
aux  évéques  de  Toulouse  par  la  charte  de  1279 
remontent,  comme  point  de  départ,  à  une  époque 


On  peut  affirmer,  au  moins,  que,  dès  le  trei-  évidemment  antérieure  an  treizième  siècle,  &  que 

zlème  siècle,  la  colline  &  le  village  de  Vlellle-Tou-  les  évèques,  antérieurs  eux-mêmes  aux  comtes  mé- 

louse   faisaient   partie  du    domaine   temporel   des  rovingiens   ou    carlovlngiens,    auraient   été    dans 

évèques   de   la  ville  qui   s'étendait  du    côté  du    sud  beaucoup  de  villes    les   héritiers  des  municipalités 

jusqu'à  la    petite  ville  de  Portet,  dans  la  vallée  de  gallo-romaines,  ce  qui  pourrait  reporter  fort  loin, 

la  Garonne   &   jusqu'au  village  de  Castanet,  dans  comme  point  de  départ,  les  Indications  que  nous 

la  vallée  de  l'Hers.  Nous  en  avons  la  preuve  dans  venons  de  relever. 


le  texte  plus  cité  que  connu  de  la  Philippine  où  re 
trouve  mentionné,  pour  la   première  fols,  le  nom 

de  Vieille-Toulouse   :    «    exceptls    terrltorlis 

vlllae  Tolosae  (la  ville  de  Toulouse)  superlus  ex- 
pressis  vidcllcet  a  pratls  praedictis  Ircll  Inclusive 
&  de  pratis  usque  ad  villam  Tolosanam  &  de  To- 
losa  usque  ad  ripariam  aut  Togil  rivum  (la  rivière 
ou  le  ruisseau  du  Touch),  &  a  villa  de  Blagnaco 
.S<   de   Mata    usque   nd  Ve-erem   Tolosnm   (de   Bla- 


'  n  D'après  les  monumens  que  je  viens  de  rap- 
porter, il  paroît  de  la  plus  grande  évidence  que 
Toulouse  a  existé  de  tous  les  temps  au  lieu  où 
elle  est  aujourd'hui.  »  (De  Montégut,  Recherches, 
/.Z.  p.  97.) 

'  Voir  à  cî  sujet  les  savants  &  récents  travaux 
de  MM.  Th.  Mommsen,  Aloïs  Heiss  &  Charles 
Robert,  cités  ou  résumés  par  nous  dans  plusieurs 
des  notes  précédentes. 


Note 

I  17 


II. 


35 


Note 
117 


546 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Pompée)  que  nous  avons  réJuit  lui-mènie 
à  sa  juste  valeur'.  Il  n'y  aurait  pas  même 
d'exception-  à  faire  à  ce  principe  en  faveur 
des  curieuses  monnaies  connues  sous  le 
nom  d'ibéro-gauloises,  s'il  est  vrai  qu'elles 
aient  été  frappées,  comme  on  le  croit  au- 
jourd'hui, au  temps  de  Sertorius,  par  les 
villes  naissantes  de  l'Aquitaine  &  de  la 
Narbonnaise,  ralliées  à  sa  cause  &  soule- 
vées par  ses  partisans  contre  les  Romains'. 
Mais  à  côté  de  ces  monnaies  de  date  ré- 
cente, relativement  parlant,  on  en  remar- 
c(uait  d'autres  qui  ])araissaient  remonter 
cette  fois  à  un  âge  réellement  antérieur  à 
la  conquête  romaine.  Il  nous  suffira  de 
citer  parmi  ces  monnaies,  dont  la  descrip- 
tion nous  mènerait  trop  loin,  les  espèces 
d'argent   si    nombreuses   &    si   variées    de 

'  Voir  au  tome  I  de  cette  édition,  p.  yr,  notre 
étude  sur  les  prétendues  émigrations  des  Volkes 
Tectosages  de  Toîosa  en  Orient  &  en  Grèce. 

'  «  Le  monnayage  des  Volkes  Arécomiques  n'a  pu 
se  produire  qu'à  l'époque  indiquée  ci -dessus  (de 
l'an  90  à  l'an  77  avant  J.-C),  puisque  c'est  seule- 
ment pendant  cette  période  de  troubles  que  ces  peu- 
ples recouvrèrent  leur  indépendance.  »  (M.  Aloïs 
Heiss,  Monnaies  antiques  de  l'Espagne,  Paris,  1870, 
p.  434.)  Remarquons  pourtant  que  parmi  les  villes 
attribuées  aux  Volkes  Arécomiques  par  le  savant 
numismatiste  figure,  avec  celles  d'Agde  &  de  Bé- 
ziers,  la  colonie  romaine  de  Narho  Martius,  dont 
on  ne  s'expliquerait  guère  la  participation  à  un 
soulèvement  dirigé  contre  les  Romains  8c  qui 
ne  paraît  point  avoir  été  prise  par  les  Gaulois 
révoltés,  quoiqu'elle  ait  été  certainement  assiégée 
par  eux.  Propugnat  pariter  pro  salute  M.  Fontci'i 
Narhonensis  colonia,  quae  per  hune  tpsa  nuper  ohsi- 
dione  hostiuni  liberata  nunc  cïusdem  miseriis  ac 
periculis  commovetur  (Cic.  pro  M.  Fontcio  orat, 
c.  20,  46  [36],  edid.  R.  Klotz),  8c  ailleurs  :  quid 
coloni  Narbonenses?  qu'td  volunt?  quid  existimant? 
hune  per  vos  volunt;  se  per  hune  ineolumes  existi- 
mant esse  (Cic.  l.l.  c.  6,  14  [4]).  Aux  trois  villes 
que  nous  venons  de  nommer,  M.  Aloïs  Heiss 
ajoute  celle  de  Perpignan  dont  il  croit  retrouver 
le  nom  PAR?  (inconnu  avant  le  onzième  siècle) 
sur  une  monnaie  gallo-grecque  des  AOITO^TAAH- 
TOI  ?  8c  qui  aurait  dépendu,  comme  Narbonne 
elle-même,  des  Volkes  Arécomiques  devenus  ainsi 
les  maîtres  de  tout  le  littoral,  depuis  le  Rhône 
jusqu'aux  Pyrénées.  — Voir  aussi  notre  Etude  sur 
les  Volkes  où  nous  nous  sommes  permis  de  contes- 
ter quelques-unes  de  ces  assertions  tout  au  moins 
aventureuses, 


types  que  frapjîaient  les  rs^uli  des  Tolosa- 
tes  (?)  à  l'imitation  des  drachmes  de  Khoda 
&  (.VEmporîae,  comme  le  veulent  aujour- 
d'hui tous  les  numismatistes '. 

Comparées  aux  monnaies  barbares  dont 
nous  venons  de  parler,  ces  monnaies  indi- 
gènes l'emportaierit  sur  elles  par  le  nombre 
comme  par  la  diversité  des  types  ou  des 
calibres,  &  M.  de  Montégut  était  dans  le 
vrai,  cette  fois,  quand  il  concluait  du  grand 
nombre  de  ces  médailles  découvertes  dans 
ui^e  seule  des  nécropoles  de  la  ville,  que 
la  Tolosa  des  Tectosages  était  dès  cette 
époque  une  ville  riche  &  populeuse,  comme 
l'attestait  d'ailleurs  le  témoignage  si  grave 
du  voyageur  Posidonius.  Cette  prospérité 
précoce  qui  tenait  en  partie  à  la  fertilité 
du  territoire  dont  elle  passait  déjà  pour 
le  chef-lieu,  &  au  voisinage  des  Pyrénées, 
renommées  alors  pour  leurs  placers  & 
leurs  lavages  d'or,  s'explique  plus  natu- 
rellement encore  par  les  avantages  de  sa 
])Osition  géographique  qui  avait  fait  d'elle 
le  centre  &  l'entrepôt  du  commerce  entre 
les  deux  mers".  Les  monnaies  d'argent  &  de 
bronze  que  recelait  en  assez  grand  nombre 
le  cimetière  des  Récollets,  provenaient  évi- 
demment de  la  même  source  que  les  lin- 
gots d'or  &  d'argent  déposés  par  les  riches 
dans  les  marais  sacrés,  voisins  aussi  de  la 
ville,  8c  nous  ne  doutOJis  point,  pour  no- 

'  Sans  nous  expliquer,  il  est  vrai,  par  quelle 
bizarrerie  on  ne  rencontre,  ni  à  Toulouse,  ni  à 
Vieille-Toulouse,  aucun  spécimen  de  ces  belles 
drachmes  qui  auraient  servi  de  type  aux  mon- 
naies indigènes,  tandis  que  l'on  y  trouve,  8c  en 
très-grand  nombre,  des  spécimens  très-variés  de  la 
monnaie  d'argent  des  Massallotes  dont  les  types 
&  les  subdivisions  (drachmes,  oboles,  hémioboles, 
quarts  d'obole)  rappellent  de  si  près  les  subdivi- 
sions 8c  le  type  des  monnaies  d'argent  fabriquées 
par  les  Volkes,  à  partir  surtout  de  l'époque  (an- 
cienne elle-même)  où  apparaît  sur  les  monnaies  de 
Massalia  la  tête  d'Apollon  avec  le  /•.û/Ao:  [j.avTc/.ij; 
au  revers.  (Voir  passim  les  travaux  de  MM.  de 
Lagoy  8c  de  la  Saussaye.) 

"  Pomponius  Mêla,  qui  écrivait  sous  Auguste, 
un  siècle  tout  au  plus  après  le  voyage  de  Posido- 
nius, signalait  déjà  Tolosa  comme  une  des  villes 
les  plus  opulentes  de  la  Narbonnaise  :  Urhium 
quas     hahct     [Gallia     Narhoncnsis)    opulentissimae 

sunt Areeomicorum  Nemausus,   Tolosa   Tectosa- 

gum  (Po^ii*.  Mêla,  1.  2,  c.  5). 


Note 

I  17 


Note 
I  17 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


547 


tre  part,  qu'elles  n'aient  été  portées  de  là  tracé  de  cette  route,  qui  devient  discu- 
(nous  avons  dit  comment)  à  Vieille-Tou-  table  dans  la  zone  la  plus  rapprochée  de  la 
louse,  où  on  les  retrouve  presque  à  fleur  ville  où  le  temps  a  fait  table  rase,  à  quel- 
de  terre,  tandis  qu'elles  sont  enfouies  au  ques  exce])tions  près,  de  la  double  rangée 
port  de  la  Daurade  sous  une  couche  de  tombeaux  qui  la  représenteraient  pour 
énorme  de  remblais  &  de  constructions  nous,  n'est  pas  beaucoup  ])lus  certain,  il 
d'âges  divers.  est  vrai,  au  delà  du  suburbïum.  &  dans  la 
Quant  à  la  route  séculaire  elle-même,  vallée  de  l'Hers,  où  s'arrêtent,  à  partir  de 
qui  avait  servi  de  base  au  cimetière  anti-  Badera  (Baziége),  les  colonnes  milliaires 
que  que  nous  venons  de  décrire,  il  y  a  qui  la  jalonnaient  encore  au  quatrième 
toute  raison  de  croire  que  c'était  vers  la  siècle  de  notre  ère'.  Dans  l'enceinte  de  la 
ville  basse  qu'elle  se  dirigeait,  dès  les  ville  antique,  qui  aurait,  comme  la  direc- 
temps  les  plus  anciens,  &  qu'elle  y  arri-  tion  de  ses  grandes  artères,  de  précieuses 
vait,  comme  aujourd'hui,  en  laissant  de  indications  à  nous  fournir,  on  ne  sait  pas 
côté  la  prétendue  ville  grecque  du  Pech-  même  d'une  manière  précise  où  était  si- 
David,  dont  le  prestige  se  dissipe  à  mesure  tuée  la  belle  porte  romaine  que  Nicolas 
qu'on  l'étudié  avec  plus  d'attention".  Le  Bachelier  avait  retrouvée  au  seizième  siè- 
cle, à  moitié  enterrée  sous  les  construc- 


'  II  nous  serait  facile  de  prouver  par  des  cita- 
tions que  le  système  de  l'abbé  Audibert,  comme 
l'appelait  avec  raison  M.  de  Montégut,  a  fait 
longtemps  &  fait  encore  autorité  chez  nos  histo- 
riens &  nos  érudits.  C'est  ainsi  que  le  plus  connu, 
sinon  le  plus  sérieux  d'entre  eux,  écrivait  en  1814: 
«  La  positon  de  l'antique  Tolosa  (c'est-à-dire  do 
Vieille-Toulouse,   opposée  sous  ce  nom  à  la  ville 

de   la    plaine)   devait    paraître   avantageuse   à    un        Tectosages,   là    \\\\    tertre  monumental ,   8cc.    u 

peuple  guerrier.  Située  au  sommet  d'une  colline        [l.l.  t.  4,  p.  90.) 


tions  féodales  de  l'ancien  château  Narbon- 
nais  &  qui  fut  détruite  avec  elles,  comme 
nous  l'apprend  un  historien  contemporain, 
«  par  ordre  de  Messieurs  du  Parlement'.  )> 

de  Toulouse  on  trouve  sur  la  chaîne  de  collinei 
élevées  entre  l'Ariége  (lisez  l'Hers)  &  la  Garonne 
le  sol  où  existait  autrefois  la  métropole  des  Volkes 


escarpée  &  près  du  confluent  de  l'Ariége,  cette  ville 
était  en  quelque  sorte  fortifiée  par  la  nature.  Du 
haut  de  ses  tours...  »  (Dumkge,  Monuments  reli- 
gieux des  Volkes  Tectosages,  Toulouse,  1814,  p.  47.) 
Dans  le  dernier  de  ses  ouvrages  oii  ses  opinions 


'  Nous  publierons  en  les  discutant  dans  notre 
Appendix  epigraphica  les  inscriptions  de  ces  quatre 
colonnes  qui  ne  nous  sont  connues  jusqu'ici  que 
par  les  lectures  inexactes  ou  mensongères  qu'en  a 
données  M.  Dumège  dans  ses  Monuments  religieux. 


s'étaient  sensiblement  modifiées  sous  l'influence  de  (Toulouse,   1814,  pp.  y/i  81  76.) 

la    critique   contemporaine,    quelque    malveillant  '  «  Faisant  la  démolition  de  ces  deux  tours  (du 

qu'il  se  montrât  à  son  égard,  &  où  ses  convictions  Château  Narbonnais)  on    i    trouva   un  portail   de 

d'autrefois  faisaient  place  par  moments  à  un  scep-  singulier  artifice   &   naïve  excellence,  enrichi  do 

ticisme  poussé  trop  loin  à  son  tour  (Voir  notam-  beaucoup   d'ornemens   d'architecture   (approchant 

ment  le  premier  volume  de  son  Histoire  des  insti-  toutefois  plus  de   l'œuvre   gothique  qu'antique)  & 

tutions  de  Toulouse,  Prol.  t.   i ,  p.  28),   il   revient  entaillé  de  pierre  blanche.  Sa  porte  estoit  mi-en- 

encore  de   loin  en   loin  à  ces   rêveries  historique»  terrée...  Sur  icelle  porte  se  montroient  quatre  arcs 

qui  se  mariaient  chez  lui  à  des  rêves  &  à  des  sou-  en   forme   d'arcade  ou   d'architrave   naucelle  [sic) 

venirs   d'un    autre   genre.    «    On    sait   que    Tolosa  sur  laquelle  aussi  i  avoit  une  gradile  (^sic,  un  gra- 

(Vjeille-Toulouse)  était  l'antique  patrie  des  guer-  din)  afin  de  soutenir  un    trophée  tiré  en   bosse  & 

riers  qui  suivirent  Brennus  sous  les  murs  de  Del-  de  bonne  grâce,  n  (Ant.  Noglieh,  Hist.  Tolosaine, 

phes.  Elle  subsistait  donc  longtemps  avant  la  con-  1  Ï57,  1.  4,  p.  24.)  Le  caractère  &  l'ornementation 

quête  des   Gaules  par  les    Romains,   w   (Dumkge,  du  monument  que  Nicolas  Bachelier,  un  cxtelicnt 

Institutions,  t.  i,  p.  Sp.)  «  L'ancienne  métropole  jugf  en    pareille   matière,   trouv.iit   approchant  do 

des  Tectosages  (Vieille-Toulouse),  plus  éloignée  de  l'œuvre  gothique ,  laisserait  supposer,  sans  certitudo 

la  Garonne  que  ne  l'est  la  nouvelle  ville,  était  de-  il  est  vrai,  que  la  porte  à  laquelle  cette  route  abou- 


puis  longtemps  abandonnée  (théorie  de  l'abbé  Au- 
dibert poursuivie,  comme  on  le  voit,  jusque  dans 
ses  conséquences)  lorsque  ce  poëte  [Ausone]  com- 
posa ses  éloges  des  cités  les  plus  célèbres.  »  (l.l. 
t.   I,  p.  39).  Et  au   tome  IV,  «  en  se  rapprochant 


tissait  aurait  été  reconstruite  ou  réparée,  comme 
la  route  elle-même,  par  les  princes  de  la  seconda 
maison  Flavienne  ou  par  ceux  de  la  famille  de 
Théodose  dont  on  lit  les  noms  sur  les  bornes  mil- 
liaires qui  en  marquaient  le»  étapes. 


NOTR 

117 


Note 
"7 


548 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Si  l'on  réfléchit  pourtant  que  c'est  du 
faubourg  des  Récollets  que  proviennent, 
sans  exception,  les  inscriptions,  les  am- 
phores &  les  sépultures  antiques  décou- 
vertes dans  cette  région  de  la  ville,  tandis 
que  l'on  ne  retrouve  rien  de  pareil  dans 
le  quartier  de  Montaudran,  dont  la  grande 
route  traversait  aussi  un  cimetière  anti- 
que", on  en  reviendra  à  penser  avec  nous 
que  le  tracé  de  la  voie  à  l'époque  romaine 
répondait,  à  peu  de  chose  près,  à  celui  du 
moyen  âge,  c'est-à-dire,  en  d'autres  ter- 
mes, qu'elle  se  dirigeait  vers  la  ville  en 
suivant,  sans  déviation,  jusqu'au  village  de 
Sainte-Agne,  le  pied  des  collines  qui  for- 

'  Le  cimetière  auquel  nous  faisons  ici  allusion 
est  l'ancien  cimetière  Saint-Michel  affecté,  à  ce 
qu'il  paraît,  aux  paroissiens  de  la  Daurade  (Voir 
Catel,  Mémoires,  1.  2,  pp.  235-236.)  qui  en  gar- 
daient ou  en  faisaient  garder  la  clé.  Il  était  situé 
au  delà  des  fossés  (valat^)  qui  couvraient  de  ce  côté 
l'enceinte  des  fortifications,  &  devait  occuper  aussi 
un  espace  considérable,  dans  les  derniers  temps  au 
moins,  puisqu'on  en  retrouve  les  épaves  à  l'extré- 
mité de  l'allée  Saint-Michel,  dans  le  vaste  local  oc- 
cupé aujourd'hui  par  la  gendarmerie,  &dans  toute 
l'étendue  de  la  place  Extérieure-Saint-Michel  que 
traversait  dès  lors  une  longue  rue  du  même  nom. 
Il  était  contigu,  du  côté  de  la  ville,  à  l'ancien  ci- 
metière des  juifs  qui  habitaient  en  grand  nombre 
le  quartier  de  la  Dalbade,  aux  environs  de  la  rue 
Jouixaigues,  comme  nous  l'apprennent  des  actes 
relevés  &  cités  par  Catel.  (Mem.  1.  2,  p.  208.)  A 
en  juger  par  les  documents  écrits  (Voir  notam- 
ment les  actes  relatifs  à  l'érection  de  l'église  Saint- 
Michel  fondée  en  i33i.)  &  par  le  caractère  des 
épaves  (croix  de  pierre  sculptées  ou  Inscrites; 
petits  objets  de  parure  ou  de  dévotion  que  l'on 
en  retire  à  chaque  fouille),  il  était  en  plein  épa- 
nouissement du  treizième  au  seizième  siècle,  8c 
aurait  ainsi  contribué  à  l'abandon  de  l'antique 
cimetière  des  Récollets,  situé  plus  loin  de  la  ville 
81  de  l'autre  côté  de  la  route  romaine.  La  route 
de  Montaudran,  qui  longeait  l'extrémité  de  ce 
cimetière  pour  entrer  obliquement  dans  la  ville 
par  la  barbacane  de  la  porte  Narbonnaise,  n'au- 
rait été,  d'après  tous  ces  Indices,  qu'un  chemin 
de  grande  communication,  probablement  celtlgue 
d'origine,  comme  beaucoup  de  chemins  du  même 
genre;  mais  très-distincts  des  grandes  routes  ro- 
maines devenues,  après  la  chute  de  l'Empire,  la 
propriété  des  rois  de  race  Franke  &  Capétienne, 
comme  le  prouvent  les  noms  caractéristiques  de  iter 
Gallicum,  iter  Franeicum ,  lou  cami,  lou  gran  cami 
Francès  sous  lesquels  on  les  désignait  dans  le  midi. 


ment  la  berge  occidentale  de  la  vallée  de 
l'Hers.  Il  paraît  certain  au  moins  que  rien 
ne  distingue  ce  prolongement  de  la  route 
romaine  proprement  dite,  dont  le  tracé  est 
indiqué  jusqu'à  Baziége  par  les  bornes 
milliaires  dont  nous  venons  de  parler  & 
qu'il  ne  projette  à  son  tour  aucun  embran- 
chement du  côté  des  collines,  où  il  n'existe 
&  n'a  jamais  existé  que  des  chemins  d'ex- 
ploitation praticables  tout  au  plus  pour 
les  bétes  de  somme". 

C'est  à  la  hauteur  du  domaine  de  Ran- 
gueil,  à  deux  kilomètres  de  la  porte  Nar- 
bonnaise, que  la  route  paraît  abandonner 
le  pied  des  collines  qu'elle  longe  depuis 
Montgiscard  pour  se  jeter  brusquement 
vers  le  nord  &  vers  la  ville,  où  elle  entre 
aujourd'hui  par  une  avenue  monumentale 
qui  rappelle  les  grandes  routes  pavées  des 
environs  de  Paris  ou  de  Versailles.  Elle 
prend  à  partir  de  ce  point  le  nom  d'ave- 
nue Sainte-Agne  &  se  soude,  en  deçà  de 
la  barrière,  à  la  grande  rue  du  faubourg 
Saint-Michel  qui  s'élargit  à  son  tour  pour 
la  recevoir  &  la  continuer.  Mais  il  suffit 
d'un  regard  jeté  sur  le  terrain,  comme  di- 
sent les  gens  du  métier,  pour  être  frappé 
du  contraste  que  présentent  cette  large 
avenue  née  visiblement  d'une  rectification 
de  date  récente'  &  la  route  proprement 

'  Nous  devons  une  partie  de  ces  renseignements 
à  l'obligeance  de  M.  Delfau,  ancien  conducteur 
principal  des  ponts  &  chaussées,  l'un  des  hommes 
de  notre  temps  qui  connaissent  le  mieux  la  vallée 
de  l'Hers  &.  la  vole  romaine  a  Narbone  Tolosam 
(devenue  la  route  nationale  n"  1  1  3)  qui  suivait  le 
thalweg  de  la  vallée  en  se  dirigeant  vers  Toulouse, 
tantôt  par  des  affleurements  tracés  autant  que 
possible  sur  le  talus  des  prairies  que  la  rivière 
Inonde  presque  chaque  année  (Voir  les  prata  Ircli 
de  la  Philippine^,  tantôt  par  de  longs  viaducs  per- 
cés de  pertuls  voûtés  (de  là  le  nom  local  de  Pom- 
pertw^at)  quand  elle  était  forcée  de  couper  le  fond 
de  la  vallée,  comme  elle  le  fait  précisément  de 
Baziége  à  Montgiscard. 

"  Elle  serait  au  moins  postérieure  à  la  création 
du  canal  du  Midi  qui  appartient,  comme  on  le 
sait,  à  la  seconde  moite  du  dix-septième  siècle.  J'ai 
entendu  dire  à  des  vieillards  du  quartier  que  les 
beaux  ormeaux  qui  ombragent  l'avenue,  de  Ran- 
guell  à  la  barrière,  avaient  été  plantés,  il  y  a  plus 
de  cent  ans,  par  M.  Murel,  grand-père  des  pépi- 
niéristes de  ce  nom. 


Note 

1  17 


Note 
117 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


549 


dite  qui  existe  toujours  sous  le  nom  de 
chemin  des  Chauroux  (aujourd'hui  de 
Saint-Roch -Vieux),  &  qui  n'abandonne 
définitivement  le  pied  de  la  colline  qu'à 
la  hauteur  de  la  chapelle  Saint-Roch,  si- 
tuée, comme  nous  l'avons  dit,  en  plein 
cimetière  antique".  C'est,  en  effet,  au- 
dessous  de  cette  chapelle  que  commence 
la  longue  rue  des  Récollets,  qui  ne  serait 
elle  aussi  que  l'ancienne  voie  romaine, 
bordée  depuis  des  siècles  de  deux  rangs  de 
maisona  habitées,  ce  qui  achèverait  d'ex- 
pliquer, pour  le  dire  en  passant,  comment 
les  tombeaux  de  cette  voie  funèbre  ont 
disparu  de  si  bonne  heure  &  d'une  ma- 
nière si  complète'. 


'  Nous  rappellerons,  au  sujet  de  cette  chapelle 
reconstruite  il  y  a  moins  d'un  siècle,  qu'elle  re- 
pose elle-même  sur  un  lit  de  substructions  anti- 
ques (de  dix  mètres  de  longueur  sur  un  mètre  de 
hauteur  au-dessus  du  sol  actuel)  dans  lesquelles 
M.  de  Montégut  reconnaissait  les  assises  d'un 
temple  dédié  à  Jupiter  Férétrien  [Recherches,  t.  i, 
p.  77).  Le  béton  dont  elles  sont  formées  rappelle 
exactement  celui  des  deux  sepulchreta  que  nous  dé- 
crivons plus  haut,  dans  la  note  3  de  la  page  042 
Uustr'tnum  où  l'on  brûlait  les  corps  avant  de  les 
inhumer  aurait  été  situé,  disent  les  estachans  de 
M.  Milhès,  à  l'extrémité  de  l'un  des  vergers  du 
domaine  où  le  sol  est  formé  en  grande  partie  de 
cendres  qui  donnent  aux  arbres  fruitiers  une  vi- 
gueur tout  exceptionnelle  comme  la  saveur  de  leurs 
produits.  Les  limites  du  cimetière,  qui  dépassait  à 
l'ouest  la  route  actuelle  de  Vieille-Toulouse,  dépla- 
cée probablement  pour  doutance  des  inondations, 
auraient  elles-mêmes  répondu,  à  peu  de  chose  près, 
à  celles  du  verger  dont  nous  venons  de  parler,  puis- 
qu'on ne  trouve  plus  au  delà  ni  amphores  bnsé«s, 
ni  épaves  funèbres. 

'  M.  Dumège,  qui  se  tire  volontiers  d'embar- 
ras par  des  procédés  conciliants,  admet  comme 
antiques,  c'est-à-dire  comme  voies  romaines,  & 
romaines  au  même  titre,  les  trois  tracés  que  nous 
essayons  de  distinguer,  sans  en  excepter  la  recti- 
fication toute  moderne  de  l'avenue  Sainte-Agne 
qui  se  détache  à  Rangueil  de  la  voie  antique. 
Celui  de  la  rue  des  Récollets,  le  seul  auquel  nous 
accordions,  pour  notre  part,  le  titre  officiel  de 
voie  romaine,  figure  il  est  vrai  parmi  ces  trois 
tracés,  mais  au  lieu  de  s'infléchir  à  partir  de  la 
chapelle  Saint-Roch  pour  rejoindre  par  une 
courbe  élargie  la  borde  de  Rangueil  8c  le  pied  des 
collines,  cette  route  se  prolonge  chez  lui,  du  côté 
de  Vieille-Toulouse,   oii    elle  va    se    relier  à    une 


Isolé,  comme  il  l'est  toujours,  au  centre 
du  massif  de  collines  qui  l'entoure  de  ses 
replis,  loin  du  fleuve  &  de  la  route  qui 
l'oubliaient  chacun  de  leur  côté  par  des 
raisons  du  même  genre,  Voppîdum  de 
Vieille -Toulouse  ne  communiquait,  lui, 
avec  la  ville  que  par  un  chemin  de  mon- 
tagne resserré  entre  le  lit  du  fleuve  &  les 
hautes  falaises  qui  le  bordent  jusqu'au 
pont  d'Empalot.  De  là  le  nom  de  chemin 
des  Etroits  sous  lequel  on  le  désigne  en- 
core dans  la  ville  comme  dans  le  fau- 
bourg. C'était  au  sortir  de  ces  défilés  qu'il 
rejoignait,  au-dessous  de  la  chapelle  de 
Saint-Roch,  la  grande  route  romaine  avec 
laquelle  il  pénétrait  dans  la  ville  par  la 
porte  monumentale  dont  nous  venons  de 
parler  ou  par  une  porte  antérieure  à  celle- 
là,  mais  qui  devait  porter  comme  elle,  le 
nom  de  Porte  Narbonnaise.   [E.  B.] 


NOTE  CXVIII 

AJOUTÉE  PAR  LES  NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Sur  les  invasions  arabes  dans  le 
Languedoc. 

LES  Bénédictins,  auteurs  de  VHîsto'ire  de 
Languedoc,  &  tous  les  auteurs  qui  les 
ont  suivis,  y  compris  le  dernier  de  tous, 
M.  Reinaud,  ont  attribué  aux  invasions 
faites  en  France  par  les  Sarrasins,  dans  le 
courant  du  huitième  siècle,  une  impor- 
tance réellement  exagérée.  A  les  en  croire, 
les  armées  arabes  auraient  procédé  avec 
une  méthode,  &  leurs  établissements  au- 
raient eu  une  fixité  qu'il  nous  est  impos- 
sible de  leur  attribuer.  On  comprend  assez 
facilement  comment  a  pu  se  produire  cette 
erreur  dont  nos  savants  prédécesseurs  ont 
été  les  premières  victimes  j  les  chroniques 
qui  parlent  des  invasions  sarrasines  sont 
extrêmement  peu  sûres  &  peu  nombreu- 
ses;  toutefois,  celles  qui  peuvent  passer 

autre  voie  romaine  qui,  de  la  Novempopulanie  & 
de  Bordeaux,  pénétrait  dans  la  vallée  de  l'Ariége. 
(Du.MÈGE,  Institutions,  t.   1,  p.  4-4-) 


NoTR 
'  17 


Note 
118 


Note 
ii8 


55o 


NOTES  SUR  l'histoire  DE  LANGUEDOC. 


pour  les  plus  dignes  de  foi  sont  loin  d'être       la   plus   grande   circonsjK'ction   &   à   com- 
aussi  affirmatives  que  le   pourraient  faire      niencer    par    donner    des    renseignements 
croire  des  récits  plus  modernes.  En  effet,      aussi  précis  que  possible  sur  la  valeur  de 
si  l'on  excepte  les  chroniques  dites  d'Isi-      chacune  d'elles. 
dore  de  Béja  &  de   Moissac,  &  le   court 
passage  fourni  par  l'un  des  continuateurs 
de  Frédégaire,  on  peut  dire  que  tous  les 
autres  documents  se  composent  de  Vies  de 
saints,   presque    toujours    rédigées    long- 
temps après  les  événements  par  des  moi- 
nes peu  lettrés   &  sans   moyens  de   con- 


NOTK 

ii8 


1 

Les  sources  chrétiennes  de  l'histoire  des 
invasions  &  des  établissements  des  Arabes 
dans  le  Languedoc  sont  au  nombre  de  qua- 
tre,  deux   contemporaines,  une   autre  de 


trôle,  qui  confondaient  tout  naturellement  peu  postérieure  &  qui  a  employé  des  indi- 
les  invasions  de  la  première  époque  bar-  cations  annalistiques  contemporaines,  une 
bare  &  les  invasions  sarrasines  du  huitième  dernière  enfin  qui,  quoique  beaucoup  plus 
siècle,  ou  bien  empruntaient  à  des  chants  moderne,  ne  laisse  pas  de  fournir  quel- 
populaires,  à  des  romans  les  accessoires  &  ques  renseignements  provenant  de  sources 
quelquefois    le   fond   de   leur  récit.  Nous  anciennes. 

citerons  comme  exemple   la  Vie  de  saint  i"   Chronique    dite    d'Isidore,    éveque    de 

Guillem  de  Gellonej  ce  comte  est  un  per-  Béja.   —    Elle    fut    publiée,   avec    quatre 

sonnage  tout  à  fait  historique,  les  événe-  autres    chroniques  épiscopales  d'Espagne, 

ments  de  sa  vie  sont  bien  connus,  &  cepen-  par    Prudencio    Sandoval,    à    Pampelune, 

dant  le  second  rédacteur  de  sa  Vie  a  mêlé  en  i6i5^  elle  a  depuis  été   republiée  par 

au   récit  de  pure  édification  composé  par  Florez,    dans    son    Espana    sagrada'.    Elle 

ses  devanciers  de  longs  passages  emprun-  embrasse  les  derniers  temps  de  la  monar- 

tés  à  des  romans  populaires,  à  quelqu'une  chie  visigothique  &  la  première  moitié  du 

des  plus  anciennes  versions  de  la  geste  de  huitième   siècle  &  va  jusqu'à  l'ère  792  = 

Guillaume  au  Court  neo^'.  Il  faut  encore  rap-  an  de  J.-C.  764.  Pour  toute  l'époque  de  la 

peler,  nouvelle  source   d'erreurs,   surtout  domination  arabe,  cette  source  est  de  la 

pour  les  écrivains  de  la  frontière  orien-  plus  haute  valeur j  l'auteur,  qui  ne  fut  pas 

taie,  la  confusion   qui   semble  s'être   faite  évéque  de  Béja,  comme  l'indiquent  à  tort 

dans  leur  esprit  entre  les  courses  des  Sar-  quelques  manuscrits  mal  copiés,  dut  vivre 

rasins  &   celles   des   Hongrois.  En  effet,  longtemps  à  Cordoue,  tant  il  paraît  bien 

ces  invasions   sont  à  un  certain  moment,  informé  de    tout   ce    qui   se   passa   de   son 

contemporaines,    c'est    au    dixième    siècle  temps  dand  cette  ville,  Il  faut  remarquer 

que  les  Sarrasins  ravagent  les  côtes  de  la  aussi  que,  tout  au  contraire  des  historiens 

Provence  &  que  les    Hongrois  pénètrent  postérieurs,  il  n'est  hostile  ni  aux  derniers 

jusque   dans   le   Languedoc   oriental.   Les  rois   visigoths,    ni    aux    Arabes.    En    em- 

deux    races    ennemies    étaient    païennes,  ployant   sa   chronique,  il   faut   se   mettre 

leurs   attaques   étaient   également   redou-  en  garde  contre  la  barbarie  de  la  langue, 

tées,    la    confusion    était    inévitable'.    Ce  encore  plus  incorrecte  que  celle  des  au- 

sont   là   les   principales  raisons  qui   nous  très  écrivains  du   même    siècle.   Un   émi- 

Ont  engagé  à  user  de  chaque  source  avec  nent  critique  de   nos   jours,  M.  Dozy',  a 

essayé  de  prouver  que  l'obscurité  &  l'af- 
fectation de  son  style  proviennent  de  glo- 

•  Sur  la  vie  de  saint  Guillem,  qui  est  antérieure  ggg  anciennes  introduites  dans  le  texte  par 
à  la  fin  du  onzième  siècle,  puisque  Orderic  Vital  ^^j^  copiste  trop  SoigneuX,  &  croit,  en  dé- 
la  cite,  voir  une  note  du  tome  I  de  la  présente  i^^^.^^^,^,^^  j^  texte  de  ces  gloses,  pOl'Voir 
édition,  p.  884.  ^            '  ' 

'  C'est  notamment  de   là  que  viennent  des   lé- 
gendes sans  grande  valeur  historique  sur  l'occupa-  '  Tome  VIII, 

tion  des  hautes  >allées  des  Alpes  par  les  Sarrasins,  '  Dans  ses  Recherches  sur  la  littérature  &  l'h'is- 

que   Reinaud  a  eu  tort  d'employer  sans  examiner  to'ire  de  l'Espagne  sous  la  domination  arabe;  Leyde. 

leur  authenticité  dassez  près.  1861,  2  vol. 


Note 
ii8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


55 1 


établir  qu'il  est  écrit  en  prose  riniée;  ce  certainement  contemporaine  des  événe- 
serait  peut-être  le  plus  ancien  exemple  de  ments,  &  ciui  ne  consistait  peut-être  qu'en 
ce  genre  de  composition  littéraire.  Sans  renseignements  anualistiques. 
discuter  cette  question,  qui  n'est  pas  de  4"  Chronique  dite  d'Usés.  —  On  la  trou- 
notre  ressort  &  qui  ne  pourra  jamais  être  vcra  complète  pour  la  première  fois  & 
résolue  que  par  une  étude  attentive  des  collationnée  sur  le  manuscrit  original  du 
manuscrits,  remarquons  que  le  texte  de  ([uatorzième  siècle,  à  la  fin  du  présent  vo- 
Sandoval,  quoique  très-barbare,  est  prélé-  lume.  La  plupart  des  notes  historiques 
rable,  &  que  dans  son  édition  Florez  a  eu  qu'elle  fournit  sont  empruntées  aux  Anna- 
le tort  de  vouloir  corriger  les  fautes  de  les  d'Aniane  ou  peut-être  à  leur  source, 
latin  &  les  passages  obscurs;  il  a  employé  Mais  outre  ces  extraits,  qui  par  eux-mê- 
pour  ce  travail  des  corrections  du  dix-sep-  mes  n'ont  aucune  importance,  cette  chro- 
tième  siècle.  —  A  cause  de  l'exactitude  de  nique  contient  quelques  détails  nouveaux, 
sa  chronologie,  Isidore  de  Béja  nous  four-  tirés  des  archives  de  la  cathédrale  d'Uzès 
nira  le  fond  du  récité  &   qui   paraissent   provenir  d'une   source 

Ce  chroniqueur  a  été  suivi  de  fort  près  très-ancienne, 
par  Roderic  Ximéaiès,  archevêque  de  To- 
lède au  treizième  siècle,  auteur  de  VHis-  \\  est  extrêmement  difficile  de  détcrmi- 
tor'ia  Arabum,  publiée  notamment  par  Er-  ncr  d'une  manière  exacte  la  date  de  toutes 
penius,  en  1625,  à  la  suite  de  son  édition  les  expéditions  des  Arabes  dans  la  Septi- 
d'Elmacin.  manie,  à  cause  du  peu  de   traces  laissées 

2"  Continuateur  de  Frédégaire.    —  Cette  par  ces  incursions  &  de  la  confusion  qui 

chronique,  à  proprement  parler  officielle,  règne  à  ce  sujet  dans  les  chroniques.  Pour 

est  dédiée  à  Childebrand,  frère  de  Charles  la  chronologie  nous  suivrons  de  préférence 

Martel,  &  ne  contient  guère  que  le  récit  Isidore  de  Béja,  sans  toutefois  nous  con- 

élogieux  des  exploits  de  ce  derhier.  L'au-  damner  à  n'employer  que  lui. 

teur  ayant  vU  lui-même  une  bonne  partie  La  première  date  à  fixer  est  celle  de  la 

des  faits  qu'il  raconte,  &  ayant  connu  les  première  de  toutes  ces  invasions;  si  l'on 

autres  par  des  témoins  oculaires,  sa  chro-  en  croit  les  historiens  chrétiens  &  notam- 

nique  est  extrêmement  précieuse;  elle  ne  ment  la  Chronique  de  Moissac,  ce  serait 

contient  d'ailleurs  que  deux  courts  passa-  en  721,  &  sous  les  ordres  de  El-Samah,que 

ges  relatifs  à  notre  sujet.  l'auteur  appelle  Zama   ou   Sema,  que   les 

3"  Chronique  de  M.oissac  &  Annales  d'A~  Arabes  auraient  pour  la  première  fois  fran- 

niane.  —  Quelque  opinion  que  l'on  adopte  chi  les  Pyrénées.  Pourtant  on  a  voulu  pla- 

au  sujet  des  rapports  entre  ces  deux  textes,  cer  avant  cette  expédition  une  &  peut-être 

en  tout  cas  extrêmement  voisins",  il  faut  deux  invasions  successives.  En  effet,  plu- 

remarquer  que   la  question,  dans   le   cas  sieurs  auteurs  arabes,  assez  anciens  il  est 

présent,  n'a  aucune  importance,  puisque  vrai,  mais  qui  ne   sont  cités  que  par  un 

seules  les   Annales   d'Aniane   contiennent  compilateur  du   seizième  siècle,  Maccarî, 

les  années  716  à   778,  dates   extrêmes  que  prétendent  que   l'honneur  d'avoir  le  pre- 

notre   sujet  ne  dépasse  pas.  On   trouvera  mier  envahi  la  Gaule  revient  au  conqué- 

dans  les  preuves  du  présent  volume  tous  rant  de  l'Espagne,  à  Mousa.  Suivant  eux, 

les  passages  relatifs  au  Midi,  collationnés  suivi  d'une  troupe  d'élite  composée  de  ca- 

sur  le  seul  manuscrit  ancien  qui  nous  reste  valiers  &  de  fantassins  armés  à  la  légère, 

de  cet  ouvrage.  Ces  annales  contiennent  ce  chef  aurait  franchi  les  Pyrénées,  pris 

quelques  erreurs  de  date  que  nous  aurons  Narbonne  &  Carcassonne  &  rapporté  un 

à  rectifier  un  peu  plus  bas.   Leur  source  riche  butin.  Ce   témoignage    semble  bien 

presque  unique  pour  l'époque  qui  nous  oc-  précis  &  bien  affirmatif  &  pourtant  tous 

cupe,  est  une  chronique  languedocienne,  ces  événements  paraissent  peu  vraisembla- 
bles. Sans  doute  à  ce  moment  l'éîat  de  la 

'Voir  au   présent  volume,  Preuves,  col.    i    &  Septimanie  était  tellement  déplorable  qu'il 

suiY.  devait  être  difficile  aux  chrétiens  de  résis- 


NOTE 

118 


NOTB 

ii8 


a:>2 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


ter  à  de  pareils  envahisseurs.  La  destruc- 
tion du  pouvoir  central  avait  probable- 
ment eu  pour  premier  effet  de  rendre  in- 
dépendants les  anciens  officiers  royaux  qui 
n'auraient  rien  pu  faire  pour  arrêter  ces 
incursions.  Toutefois,  la  prise  &  le  pillage 
d'une  ville  telle  que  Narbonne,  métropole 
ecclésiastique  de  toute  la  Province,  aurait 
peut-être  laissé  quelques  traces  dans  les 
chroniques  &  les  Annales  d'Aniane  attri- 
buent la  première  conquête  de  cette  ville 
à  El-Samah.  Ajoutons  que  les  circonstances 
de  cette  prétendue  conquête  sont  si  sin- 
gulières, cette  histoire  d'un  butin  immense 
trouvé  dans  une  petite  place  de  guerre, 
telle  que  Carcassonne,  si  peu  vraisem- 
blable, que  nous  n'hésitons  point  à  regar- 
der cette  prétendue  expédition  de  Mousa 
tout  au  moins  comme  douteuse^  peut-être 
même  faut-il  en  attribuer  l'invention  à  la 
vanité  des  auteurs  arabes,  désireux  d'attri- 
buer au  même  homme  la  conquête  de 
l'Espagne  &  la  première  invasion  de  la 
Gaule'. 

Quoi  qu'il  en  soit,  nous  n'avons  aucun 
renseignement  certain  avant  Alahor  ou  El- 
Haur,  qui  devint  gouverneur  de  l'Espagne 
en  716.  Isidore  de  Béja  dit  qu'il  administra 
pendant  trois  ans,  à  partir  de  cette  année 
(ère  754),  qu'il  s'occupa  principalement 
d'assurer  l'administration  de  la  justice  (per 
Hispan'iam  lacertos  judicum  mîttit)^  &  qu'il 
lutta  contre  la  Gaule  Narbonnaise,  en  em- 
ployant tour  à  tour  les  armes  &  les  négo- 
ciations {debellando  &  pacificando);  enfin  il 
soumit  l'Espagne  entière  à  des  impôts  ré- 
guliers'. Rappelons  qu'Isidore  de  Béja  est 
contemporain  ou  tout  au  moins  de  peu 
postérieur  à  ces  événements.  Il  est  vrai 
que  plusieurs  auteurs  arabes  vont  plus  loin 
&  prétendent  que  c'est  El-Haur  qui  prit  la 
ville  de  Narbonne,  mais  le  texte  d'Isidore 


'  Remarquons  encore  que  cette  prétendue  expé- 
dition de  Mousa  aurait  eu  lieu  entre  yi.l,  date 
de  l'entrée  de  ce  chef  en  Espagne,  S.<  714,  date  de 
son  départ  pour  Damas.  Même  en  admettant  son 
existence,  il  faut  lui  attribuer  une  durée  si  courte, 
qu'elle  ne  put  avoir  aucune  importance,  —  Voir" 
du  reste  ce  que  M.  Zotenberg  en  dit  plus  bas, 
dans  la  deuxième  partie  de  cette  note. 

"  Fierez,  viii,  p.  2p5. 


est  extrêmement  affirmatif  &  ne  permet 
pas  de  rejeter  le  témoignage  de  la  Chro- 
nique de  Moissac  qui  fixe  cet  événement  à 
la  neuvième  année,  à  compter  de  l'invasion 
de  l'Espagne.  On  pourra  nous  objecter  que 
cette  même  chronique  de  Moissac  donne 
comme  synchronisme  à  cette  date  l'an  7i5, 
alors  que  la  vraie  date  est  720.  Mais  cette 
indication  de  la  neuvième  année  est  aussi 
fournie  par  la  Chronique  d'Uzès,  ce  qui 
prouve  que  c'était  bien  la  première  leçon; 
nous  pensons  que  l'année  de  l'Incarnation 
aura  été  ajoutée  par  le  copiste,  &  que 
la  chronique  languedocienne  primitive  ne 
contenait  que  cette  indication  de  la  neu- 
vième année.  Nous  regarderons  donc  comme 
à  peu  près  certain  que  El-Haur  ne  fit  que 
ravager  quelques  cantons  de  la  Septima- 
nie,  sans  prendre  Narbonne. 

El-Haur  fut  remplacé,  en  719  ou  720, 
par  El-Samah,  que  les  chroniqueurs  chré- 
tiens appellent  Zama  ou  Sema.  Isidore  de 
Béja  fait  commencer  le  gouvernement  de 
ce  nouveau  personnage  à  l'ère  j5j.  Voici 
l'analyse  du  passage  de  ce  chroniqueur  qui 
se  rapporte  à  lui  :  Zama  soumet  la  Gaule 
Narbonnaise  (suam  facit)  &  fait  aux  Francs 
une  guerre  incessante;  il  fortifie  la  ville 
de  Narbonne  &  y  met  une  garnison  de  sol- 
dats choisis  (electos  milites ad  praesidia 

tuenda).  Ces  expressions  nous  permettent 
d'ajouter  foi  à  un  passage  d'un  historien 
postérieur,  de  Paul  Diacre,  qui  a  dû  em- 
ployer en  cet  endroit  des  sources  conteni- 
])oraines;  il  rapporte  qu'à  ce  moment  les 
Sarrasins  vinrent  en  Gaule  avec  leurs  fa-r 
milles,  comme  s'ils  eussent  eu  l'intention 
de  s'y  établir".  Tel  est,  en  effet,  le  carac- 
tère de  l'invasion  de  El-Samah;  c'est  la 
première  tentative  sérieuse,  la  seule  peut- 
être  que  les  Arabes  aient  jamais  faite.  A 
ces  détails,  fournis  par  les  chroniqueurs 
espagnols,  les  Annales  d'Aniane  en  ajou- 
tent quelques  autres  qui  paraissent  em- 
pruntés à  des  sources  contemporaines; 
les  habitants  de  Narbonne  furent,  les 
hommes  passés  au  fil  de  l'épée,  les  fem- 
mes &  les  enfants  emmenés  en  captivité. 
Non   content  de   ce   premier   succès,  El- 


'  Paul  Diacre,  H'ist.  Langobard,  1.  5. 

quet,  t.  2,  p.  63p. 


D.  Bou- 


NoTR 

m8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  553 

Saniah   marcha  sur  Toulouse  &  en  coin-  rait  eu    lieu   en   731  ;    mais  comme   il    ne 

mcnça  le  siège;   mais  attaqué  par  le  duc  donne    aucun    détail    caractéristique,    on 

d'Aquitaine,  Eudes,  il  est  battu  &  tué  dans  peut  croire  qu'il  aura  confondu  une  course 

le  combat.  Son  armée  bat  en  retraite  &,  peu  importante  avec  la  grande  invasion  de 

conduite  par  Abd-el-Rahmân,  se  retire  à  702.  En  tout  cas,  Isidore  de  Béja,  contem- 

Narbonne.  Au  bout   d'un   mois  arriva    le  porain  des   événements,  ne  parle  pas  de 

nouveau  gouverneur  envoyé  par  le  calife,  ce  fait. 

Ambiza  ou  Ambessa.  Cette  bataille,  dite  de  Roderic  Ximenès,  évêque  de  Tolède  au 

Toulouse,  dut  avoir  lieu  à  la  fin  de  720  ou  treizième  siècle,  rapporte  aussi  à  l'an  j3i 

dans  les  premiers  mois  de  721 5  elle  resta  une  grande  expédition  qui  aurait  été  diri- 

longtemps  célèbre  dans  la  mémoire  des  au-  gée  contre  Arles;  mais  comme  dans  le  même 


tcurs  arabes. 

1-es  Sarrasins  restaient  maîtres  de  Nar- 
Jjoiine,  &  c'était  pour  eux  un  lieu  de  dé- 
barquement toujours  prêt,  un  point  d'appui 


passage  il  fait  mention  du  fameux  champ 
d'Aliscans  &  rapporte  plusieurs  faits  assez 
romanesques,  il  est  probable  que  son  récit 
est  le  résultat  de  la  combinaison  des  in- 


excellent pour  de  nouvelles  invasions.  Am-      dications  fournies  par  Bède  &  par  d'ancien: 


biza  fut  quatre  ans  gouverneur  (721-725)'. 
Il  fit  faire  la  guerre  par  ses  lieutenants. 
C'est  peut-être  à  cette  époque  que  remon- 
tent les  premières  grandes  dévastations  des 
Arabes,  celles  qui  ont  laissé  le  plus  de 
traces   dans    les    récits  des   chroniqueurs. 


récits   poétiques  empruntés  à  la   geste  de 
Guillaume  au  Courtnez. 

Nous  arrivons  maintenant  à  la  grande 
expédition  d'Abd-el-Rahman,  qui  eut  lieu 
probablement  en  782.  Ce  nouveau  gouver- 
neur, homme  pieux  &  zélé,  vint  ranimer 


En  725,  Carcassonne  est  pris  de  vive  force  le  courage  des  Arabes;  il  prépara  longue- 

{obsedit);  Nimes  se  soumet  volontairement  ment  &  patiemment  tout  ce  qu'il  lui  fallait 

&  livre  des  otages  j  les  envahisseurs  arri-  pour  réaliser  ses  grands  projets,  commença 

vent  jusqu'à  Autun,  qu'ils  brûlent  le  22  août  par  écraser  Munuza,  allié  du  duc  Eudes, 

de  cette  année'.  C'est  sans  doute  au  même  &  se   mit  en  campagne  au  printemps  de 

temps  qu'il  faut  rapporter  les  ravages  exer-  732.  Ce  fut  réellement  avec  celle  de  El- 

cés,  dit-on,  dans  le  Vêlai  &  dans  le  Rouer-  Samah   la  seule  grande   entreprise    tentée 

gue  du  temps  de  Dadon,  fondateur  du  mo-  en  France  par  les  Arabes.  Passant  par  la 


nastère  de  Conques',  &  de  saint  Théofred 
ou  saint  Chaffre,  abbé  du  Monastier;  re- 
marquons toutefois  que  pour  ce  dernier 
fait  nous  n'avons  que  le  témoignage  d'un 
hagiographe  du  onzième  siècle'*. 

Les  années   qui   suivirent  cette  grande 


Navarre  &  franchissant  les  Pyrénées  occi- 
dentales, l'armée  arabe  alla  prendre  Bor- 
deaux, ravagea  le  centre  de  la  France  & 
se  fit  écraser  par  Charles  Martel  &  les 
Francs  d'Austrasie  à  Poitiers,  ou  du  moins 
aux  environs  de  cette  ville.  Abd-el-Rahman 


prise  d'armes  paraissent  avoir  été  perdues  était  mort  dans  la  bataille, 

par  les   Sarrasins  au  milieu  de   querelles  C'était  la  première  fois  que  les  Arabes 

intestines;  en  effet,  c'est  à  cette  époque  avaient  à  combattre  les  Francs  du  nord; 

qu'il  faut  placer  la  lutte  entre  Arabes  &  mais  la  lutte  une  fois  commencée  ne  de- 

Berbers;  ceux-ci  étaient  dirigés  par  Mu-  vait  plus  finir  que  par  la  destruction  de 

nuza,  qui  semble  avoir  été  gouverneur  des  l'un  des  deux  partis;  &  une  fois  introduit 

provinces  du  nord  de  l'Espagne  &  des  par-  dans  le   Midi,   Charles   Martel  voudra  le 

ties  de  la  Septimanie  voisines  des   Pyré-  posséder  seul. 


nées.   Il   est  vrai   que   Bède    le  Vénérable 
mentionne  une  grande  incursion  qui  au- 

'  Isidore  de  Béja. 
'  Annales  d'Aniane. 

*  Ermoldus  Nigellus,  liv.   i,  v,  19,5  &  siii/. 

*  Voir  tome  I  de  cette  édition,  livre  VIII,  cha- 
pitre XXI,  p.  791 . 


Repoussés  du  centre  de  la  Gnule,  les 
Sarrasins  essayèrent  de  s'étendre  vers  la 
Provence.  A  la  faveur  des  luttes  qui  de- 
puis près  de  soixante-dix  ans  divisaient  la 
Neustrie  &  l'Austrasie,  ce  pays  semble, 
comme  l'Aquitaine,  être  devenu  l'apanage 
de  familles  puissantes  à  peu  près  indépen- 
dajites&qui  ne  reconnaissaient  plus  la  su- 


N0T8 
118 


Note 
ii8 


554 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


zeraiiicté  des  royaumes  du  nord.  L'un  de 
ces  princes,  Mauronte,  duc  ou  comte  de 
Maiseille,  menacé  dans  son  indépendance 
par  Charles  Martel,  appela  les  Arabes  à 
son  aide  &  leur  livra  Avignon  &  Arles. 
Cette  occupation  de  la  Provence  dura 
quatre  ans,  au  dire  de  la  Chronique  de 
Moissac  (735-738).  On  peut  croire  qu'à  ce 
moment  le  Languedoc  oriental  leur  appar- 
tint tout  entier. 


tes  de  race  gothique;  Charles  leur  de- 
manda des  otages  (.obsides)  &  les  aban- 
donna à  toutes  les  représailles  des  Arabes. 
On  peut  croire  que  le  souvenir  de  cette 
singulière  conduite  contribua  fort  à  retar- 
der la  soumission  du  Languedoc  à  ses  fils'. 
La  puissance  des  Arabes  n'en  était  pas 
moins  à  tout  jamais  ruinée  en  Gaule;  &  il 
semble  qu'ils  n'aient  jamais  pu  réparer  cet 
immense  désastre.  La  plupart  des  villes  de 


Mais  bientôt  Charles  Martel  voulut  la  Septimanie,  sauf  Narbonne,  leur  avaient 
mettre  fin  à  un  état  de  choses  si  inquiétant  échappé,  &  tout  le  pays  paraît  avoir  été, 
pour  son  autorité.  Pour  agir  plus  sûre-  pendant  les  dix  ou  quinze  années  qui  sui- 
ment  contre  les  envahisseurs,  il  s'allie  avec  virent,  en  proie  à  la  plus  grande, anarchie. 
Liutprand,  roi  des  Lombards,  dont  les  Sar-  En  761,  le  duc  d'Aquitaine,  Waïfre,  essaya 
rasins  avaient  probablement  menacé  les  de  s'en  emparer  &  alla  ravager  les  envi- 
possessions,  &  descend  la  vallée  du  Rhône.  rons  de  Narbonne.  Cette  tentative  éveilla 
Précédé  par  son  frère  Childebrand,  il  vient  sans  doute  les  craintes  de  son  adversaire, 
prendre  Avignon,  dont  la  garnison  est  mas-  Pépin,  &,  dès  l'année  suivante,  celui-ci  se 
sacrée,  &envBhit  le  Languedoc.  Après  avoir  faisait  livrer,  par  le  goth  Ansémond,  les 
rapidement  parcouru  toute  la  Province,  il  villes  de  Nimes,  Agde  &  Béziers;  vers  la 
met  le  siège  devant  Narbonne.  même  temps  un  autre  goth,  père  de  saint 

La  situation  des   musulmans  était  diffi-  Benoît  d'Aniane,  lui  cédait  Maguelonne. 

cile;  l'arrivée  des  Francs  avait  amené  un  Les  Sarrasins  furent  dès  lors  bloqués  dans 

soulèvement  général  du  pays,  &  les  chré-  Narbonne.  Le  siège  ou  plutôt  l'investisse- 

tiens  des  Pyrénées  interceptaient  les  com-  ment  dura  sept  ans  entiers;  malgré  l'aban- 


munications.  Pourtant  le  gouverneur  de 
l'Espagne,  Okbâ,  malgré  ses  embarras  de 
toute  espèce,  malgré  les  révoltes  qui  le 
menaçaient  de  toutes  parts,  essaya  de  sau- 
ver Narbonne;  une  flotte,  armée  par  ses 
ordres,  vint  débarquer  auprès  de  cette  ville 
un  corps    d'armée    commandé    par   Amor. 


don  où  la  laissaient  les  Sarrasins  d'Espa- 
gne, la  garnison  tint  bon.  Enfin,  en  759^ 
Pépin  ayant  promis  aux  Goths  de  leur 
conserver  l'usage  de  leurs  lois,  ceux-ci  ou- 
vrirent les  portes  &  lui  livrèrent  la  ville, 
Quant  aux  villes  d'Elne  &  de  Carcassonne, 
les    annales    d'Aniane    n'indiquent    pas    à 


Charles,  aussitôt  ce  débarquement  connu,      quelle  époque  les  Francs  s'en  emparèrent, 


va  a  la  rencontre  de  l'ennemi  avec  une 
partie  de  ses  troupes,  le  rencontre  sur  le 
bord  de  la  mer,  à  l'embouchure  de  la 
Berre,  &  après  une  bataille  acharnée  le 
force  à  se  rembarquer;  la  plupart  des  mu- 
sulmans avait  péri.  Le  succès  du  siège  de 
Narbonne   semblait  assuré  par  cette  vie- 


mais  il  est  probable  que  leur  soumission 
précéda  ou  suivit  de  peu  celle  de  Nar- 
bonne &  qu'elle  ne  donna  lieu  à  aucune 
résistance  sérieuse. 

C'est  ici  que  nous  nous  arrêterons  dans 
cette  revue  rapide.  Une  fois  les  Arabes 
expulsés  de  la  Gaule,  la  lutte  changea  coin- 


toire,   mais  rappelé   dans  le   nord   par  de  plétement  de  caractère;  si  l'on  en  excepte 

nouvelles  incursions  des  Saxons  &  des  Fri-  la  grande  tentative  de  793,  ce  furent  les 

sons,  Charles  abandonne   son  entreprise,  chrétiens   qui   allèrent   chercher  les    infi- 

quitte  le  Languedoc  en  traversant  la  vallée  dèles  en  Espagne,  &  la  Septimanie,  long- 

de  l'Hérault  &  remonte  le  cours  du  Rhône.  temps  encore  en   butte  aux  attaques   des 

Il  laissait  dans  le  pays  de  terribles  traces  pirates,  aux  razzias  des  Arabes  de  l'Aragon, 

de  son  passage;   le  port  de   Maguelonne  fut  pour  toujours  à  l'abri  d'une  conquête 

détruit,  les  arènes  de  Nimes  incendiées,  définitive.  [A.  M.] 
témoignèrent   de    son   affection   pour  les 

populations  chrétiennes.  Il  semble  qu'à  ce  ■  Annales  d'Aniane,  continuateur  de  Frédégaire, 

moment  le  pays  fût  gouverné  par  des  com-  Isidore  de  Béja. 


Note 

liS 


NoTB 

ii8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

jT  la  première  invasion  musulmane  en   cUç;i 

des  Pyrénées,  rcj)Osent  probablement  sur 

La  No<ô  que  l'on  vient  de  lire  résume  les  une   confusion    du    nom    de    «    pays    des 

renseignements  que  les  sources  occiden-  Francs  »  donné  par  les  Arabes  indiiférem- 

tales  nous  fournissent,  touchant  les  inva--  ment  à   la   France  proprement  dite  &  à 

sions  des  musulmans  dans  le   midi    de   la  la  province  de  Catalogne.  Or  nous  savons 

France  &  leur  domination  éphémère  dans  que  cette  dernière  province  a  été  envahie 

une  petite  partie  du  Languedoc.  Les  Infor-  par  Mousa'. 

mations  éiiumérées  &  appréciées  ci-dessus  Une  incursion  attestée  à  la  fois  par  les 
nnt  sans  doute  plus  d'autorité  que  les  ré-  chroniques  chrétiennes  &  les  historiens 
cits,  composés  longtemps  après  les  événe-  musulmans  est  celle  que  les  Arabes  entre- 
ments,  des  historiens  arabes.  Cependant  il  prirent,  sous  le  commandement  d'Al-Horr, 
nous  paraît  utile  de  résumer  &  de  mettre  vers  l'an  718.  Ils  parcoururent  toute  la 
en  regard  des  témoignages  chrétiens  les  Scptimanie,  jusqu'à  Nimes,  &  s'eji  retour- 
données,  assez  vagues  d'ailleurs,  des  écri-  nèrent  au  delà  des  Pyrénées,  chargés  de 
vains  musulmans  qui,  parfois,  ont  pour  butin  &  emmenant  un  grand  nombre  de 
base  des  traditions  plus  anciennes.  captifs'.  Quelques  auteurs  arabes  affirment 

A  en  croire  les  historiens  arabes,  la  prc-  qu'Al-Horr  s'était  emparé  de  la   ville   de 

mière  invasion  musulmane  en  France  au-  Narbonne'.  Cependant  ce  fait  n'est  établi 

rait  eu  lieu  peu  de  temps  après  la  conquête  par  aucun    témoigjiage   positif,  &   on  ne 

de    l'Espagne    par   Târiq-ben-Zeyy.îd    &  saurait  prétendre  qu'Al-Horr  ait  occupé, 

Mousa-ben-Noçaïr.  Ce  dernier,  après  avoir  d'une  manière  durable,  aucune  partie  du 

soumis    les   provinces   du    nord-est   de    la  territoire  français. 

presqu'île  ibérique,  aurait  pénétré  en  En  l'an  100  de  l'hégire  (719  de  J.-C.)*, 
France  &  serait  arrivé  jusqu'à  Narbonne  Al-Horr  ayant  été  remplacé  dans  le  gou- 
&  Carcassoiine.  Dans  l'église  de  Sainte-  vernemeiu  de  l'Espagne  par  Samah-ben- 
Mariede  Carcassonne  il  aurait  trouvé  sept  Mâlik,  celui-ci  ne  tarda  pas  à  traverser  les 
colonnes  d'argent  massif  d'une  dimension  Pyrénées,  résolu  de  faire  la  conquête  dé- 
considérable. Ahmed-ben-Mohammed  al-  finilive  de  la  Gaule  Narbonnaise,  &  il  mit 
Maccarî,  auteur  du  commencement  du  dix-  le  siège  devant  Narbonne.  La  ville,  après 
septième  siècle,  qui  rapporte  cette  tradi-  avoir  résisté  un  certain  temps,  fut  forcée 
tion,  en  mentionne  une  autre  d'après  la-  d'ouvrir  ses  portes  &  subît  toute  la  rigueur 
quelle  Mousa  aurait  formé  le  projet  de  des  vainqueurs,  soit  qu'elle  n'eût  pu  obte- 
retourner  en  Orient  par  Constantinople,  nir  une  capitulatioji,  soit  qu'on  voulût  la 
en  traversant  toute  l'Europe  chrétienne '.  punir  de  s'être  soustraite  à  l'autorité  mu- 
Enfin  il  existe  d'autres  légendes  relatives  sulmane,  après  l'avoir  acceptée  lors  de 
au  même  sujet  qui  ne  paraissent  pas  avoir  l'expédition  d'Al-Horr.  La  population  mâle 
une  base  plus  réelle  que  celles  que  l'on  fut  massacrée,  les  femmes  &  les  enfants 
vient  de  lire'.  En  effet,  comme  le  fait  furent  réduits  en  esclavage.  Le  général 
remarquer  avec  raison  un  savant  espagnol,  musulman  augmenta  les  fortifications  de 
les  assertions  des  chroniqueurs  arabes,  la  ville,  y  laissa  une  garnison  &  tourna 
qui  attribuent  au  conquérant  de  l'Espagne  ensuite  ses  armes  contre  Toulouse.  Cette 

cité  était  sur  le  point  de  succomber,  lors 

'  Voyez    Rëinaud ,    Invasions   des   Sarrasins    en 

France,  p.  7.  —  Maccarî,  Analectes  sur  l'histoire  &  '  Voyez  Gayangos,  Z.  et.  1,  p.  644.  —  Ibn  al- 

la  littérature  des  Arahes  d'Espagne,  édit.  de  Leyde,  Athîr,  /.  c.  p.  448. 

t.  I,  p.  144  &  suiv.  —  D.  Pasc.  de  Gayangos,  r/:(?  '  Voyez  Reinaud,  Z.  c.  p.   ri.  —  Gayangos, /.  f. 

History  of  the    Mohammedan    dynasties    in    Spain,  t.  2,  p.  407.  —  Conde,  Historia  de  la.  domination 

t.  I ,  pp.  288  &  siiiv.  de  los  Arabes  en  Espana,  t.   i ,  p.  69. 

*  Voyez  Maccarî,  l,  c.  —  Nowaïri  dans  le  Jour-  '  Voyez  Conde,   l,   c.  —  Well,    Geschichte  der 

kA  atiati^ue,  année  1841,  t.  1,  p.  673.  —  Ibn  al-  Chalifcn,  t.   1 ,  p.  610. 

\thir,  ki,  d«  Tornberg,  t.  4,  p.  448.  ■*  Ibn  al-Athîr,  /.  c.  t.  5,  p.  40. 


Note 
118 


556 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Note 


que  Eudes,  duc  d'Aquitaine,  arriva  avec  fréquent  changement  des  gouverneurs  em- 
une  forte  armée  au  secours  de  sa  capitale.  péchèrent  les  Arabes  de  renouveler  leurs 
Une  bataille  sanglante  eut  lieu  le  8  du  tentatives  sur  la  France.  Les  troupes  mu- 
mois  de  dsou'l-hiddja  de  l'an  102  de  l'hé-  sulmanes  qui  étaient  restées  en  deçà  des 
gire  (9  juin  721  de  J.-C).  Les  Arabes  su-  Pyrénées  firent  sans  doute,  dans  différen- 
birent  une  entière  défaite;  leur  général  tes  directions,  des  courses  qu'ils  poussaient 
resta  parmi  les  morts,  &  Abd  er-Rahmân  parfois  fort  loin, &  dont  le  principal  motif 
al-Ghâfeqî,  qui  avait  pris  le  commande-  était  le  désir  d'amasser  du  butin.  C'est  à 
ment,  ramena  les  restes  de  l'armée  musul-  cette  époque  qu'il  faut  peut-être  rappor- 
mane  à  Narbonne'.  ter  les  expéditions  musulmanes  dans  le 
En  l'an  107  (725-26  de  J.-C),  sous  le  centre  &  dans  l'est  de  la  Frai%ce  dont  le 
règne  du  calife  Hischâm,  Anbasa-ben-  souvenir  est  resté  pendant  longtemps  si 
Sohaïm,  gouverneur  d'Espagne,  traversa  vivant  dans  la  tradition.  Les  auteurs  ara- 
les  Pyrénées  pour  venger  la  défaite  de  bes  ne  donnent  d'ailleurs  aucun  détail  sur 
Toulouse.  Il  assiégea  la  ville  de  Carcas-  ces  entreprises,  qui  n'avaient  pas  uiia 
sonne  qui  fut  forcée  de  se  rendre.  Les  grande  portée  militaire  ou  politique, 
habitants  durent  remettre  au  vainqueur  la  En  l'an  ii3  de  l'hégire,  Abd  er-Rahmân 
moitié  de  leurs  biens  &  délivrer  tous  les  al-Ghâfeqî  fut  de  nouveau  nommé  gouver- 
captifs  musulmans.  Ils  s'obligèrent  en  ou-  neur  de  l'Espagne.  Quelques  auteurs  rap- 
tre  à  payer  un  tribut  annuel  &  à  recon-  portent  qu'un  de  ses  premiers  soins  fut  de 
naître  l'autorité  musulmane  dans  les  re-  punir  le  gouverneur  de  la  Cerdagne,  ([ue  les 
lations  politiques  &  militaires'.  Anbasa  chroniques  chrétiennes  appellent  Munuza 
mourut  la  même  année,  soit  de  mort  natu-  &  qui  avait  conclu  une  étroite  alliance 
relie,  comme  le  supposent  quelques  au-  avec  Eudes,  duc  d'Aquitaine.  Voici,  sur 
teurs  arabes,  soit  sur  un  champ  de  bataille,  l'autorité  de  Coude,  la  version  musulmane 


dans  une  expédition  en  Provence'. 

Dans  les  années  suivantes,  les  troubles 
qui  agitaient  l'Espagne  musulmane   &  le 

'  Voyez  Conde,  î.  c.  t.  i,  p.  71.  —  Macrari, 
édit.  de  Leyde,  t.  1 ,  p.  145.  —  Gayangos,  l.  c.  t.  2, 
pp.  33  8c  407.  —  D'après  quelques  auteurs  arabes 
Samah  fut  seulement  blessé  dans  cette  bataille,  Si 
il  aurait  perdu  la  vie  dans  un  combat  contre  Pe- 
lage. D'autres  placent  la  bataille  de  Toulouse  en 
l'an  io3  de  l'hégire.  L'impression  produite  par 
cette  défaite  sur  l'esprit  des  Arabes  d'Espagne  fut 
très-profonde.  Ils  appelaient  la  bataille,  celle  de 
Balât  (platea?),  &  le  champ  de  bataille  lui-même 
Balât  as-schohadâ  (plateau  des  martyrs).  Encore 
du  temps  d'Ibn-Hayyân,  auteur  cité  par  Maccari, 
une  légende  avait  cours   en   Espagne,  d'après  la- 


de  ce  fait  suffisamment  connu  d'après  les 
sources  occidentales  :  «  Othmân,  fils  d'A- 
bou-Nis'a,  lequel  avait,  à  deux  reprhes 
différentes,  exercé  le  gouvernement  de 
l'Espagne,  était  en  rivalité  de  puissance 
avec  Abd  er-Rahmân,  &  se  croyait  plus  de 
titres  que  lui  au  poste  de  gouverneur. 
Dans  une  de  ses  courses  il  fit  Lampégie 
[fille  d'EudesJ  prisonnière.  Épris  de  sa 
beauté,  il  l'épousa,  &  s'unit  d'intérêt  avec 
Eudes.  Aussi  quand  Abd  er-Rahmân  mani- 
festa l'intention  de  pénétrer  de  nouveau 
les  armes  à  la  main  jusqu'au  cœur  de  la 
France,  Munuza  se  crut  obligé  d'opposer 
les  liens  qui  l'unissaient  à  Eudes;  &  comme 
Abd  al-Rahmân  refusait  de  reconnaître  un 


quelle  un  mouedssin  invisible  annonçait  journel-       traité  qu'il  Ji'avait  pas  lui-même  dicté,  di- 
lement,  sur  ce  champ  de  bataille,  les  heures  légales       saut  qu'il  ne  pouvait  pas  exister  entre   les 

musulmans  &  les  chrétiens  d'autres  inter- 
médiaires que  le  glaive,  Munuza  se  hâta 
d'instruire  son  beau-père  de  ce  qui  se  pas- 
sait, afin  qu'il  eût  le  temps  de  se  mettre 
sur  la  défensive'.  >> 


de  la  prière  musulmane.  Voyez  Gayangos,  L  c. 
p.  33.  —  Ibn-Khaldoûn  (voyez  Gayangos,  Z.  c. 
p.  37)  &  un  auteur  anonyme  (ms.  arabe  de  la  Bi- 
blioth.  nat.  anc.  fonds,  n.  706,  fol.  61)  donnent 
le  nom  de  «  bataille  de  Balât  »  à  la  bataille  de 
Poitiers. 

'  Voyez  Ibn  al-Athîr,  î.  c.  t.  5,  p.   101. 

'  Voyez  Ibn  al-Athîr,  Z.  c.  pp.  10  c  &  373.  — 
Conde,  l.  c.  t.  i,  p.  78.  —  Gayangos,  Z.  c.  t.  2, 
pp.  35  &.  407.  —  Reinaud,  Z.  c.  pp.  22  8<.  sr.iv. 


'  Voyez  Reinaud,  Z.  c.  p.  37.  —  Conde,  Z.  c. 
t.  I,  p.  83.  —  D'après  certains  auteurs  arabes  la 
révolte    de    IVÎunuza    eut    lieu    sous    le    gouverne- 


NOTB 

ii8 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


557 


Abd  er-Rahmân,  après  avoir  traversé  les  route,   duc    de    Marseille,  avait   passé    le 

Pyrénées,   pris    la   ville    de   Bordeaux,   &  Rhône  &  s'était  emparé  de  plusieurs  villes 

vaincu  le  duc  d'Aquitaine,  s'avança  rapide-  importantes  de  la  Provence,  entre  autres 

ment  vers  la  Loire;  il  saccagea  Libourne  &  d'Avignon'.  Da:ns  les  années  suivantes,  les 

Poitiers  &  se  disposait  à  attaquer  la  ville  musulmans  établirent  un  certain  nombre 

de  Tours,  lorsque  Charles  Martel  accou-  de  forts  (rebât)  dans  différents  endroits  du 

rut  avec  une  armée.  Les  auteurs  arabes  no  Languedoc,  entre  les  Pyrénées  &  le  Rhône, 

donnent  que  peu  de  détails  sur  ces  événe-  &  renouvelèrent  leurs  courses  dans  le  Dau- 

nients  qui  finirent  par  la  défaite  de  l'ar-  phiné  &  la  Bourgogne'.  Lorsque,  en  ySy, 

niée  musulmane.  Ils  affirment  cependant,  Charles  Martel  reprit  sur  les  envahisseurs 

&  en  cela  ils  sont  en  oppositioji  avec  les  la  plus  grande  partie  des  territoires  con- 


chroniques  chrétiennes,  qu'en  présence 
même  de  Charles  Martel,  les  troupes  d'Abd 
er-Rahmân  se  précipitèrent  sur  la  ville  de 
Tours  &  s'y  livrèrent  au  massacre  &  au 


quis,  il  arriva  jusqu'à  Narbonnej  mais  la 
ganiison  musulmane  de  cette  ville  résista  à 
tous  ses  efforts  &,  après  avoir  battu  une 
armée  arabe  envoyée  d'Espagne   par  mer 


pillage.  En  outre,  ils  sont  à  peu  près  d'ac-      au  secours  des  assiégés,  il  se  retira'.  Cepen- 
cord  pour  placer  le  lieu  de  la  bataille  déci-      dant,  deux  ans  après,  il  fut  obligé  d'entre- 


sive  entre  les  deux  armées  aux  environs 
de  la  ville  même  de  Tours,  tandis  que  d'a- 
près toutes  les  autres  sources  la  rencontre 
eut  lieu  sur  le  territoire  de  Poitiers"  (au 
mois  de  ramadhàn  de  l'an  114  de  l'hégire, 
octobre  782  de  J.-C.)-  L'action  dura  deux 


prendre  une  nouvelle  campagne  contre 
Mauronte  &  ses  alliés  musulmans,  &  de 
poursuivre  ces  derniers  jusqu'à  Narbonne. 
Vers  cette  époque,  la  guerre  intestine 
qui,  plusieurs  années  auparavant,  avait 
éclaté  parmi   les  musulmans  d'Espagne,  y 


jours.  Les  musulmans,  voyant  leur  camp  sévissait  dans  toute   son   ardeur.  Abd  al- 

attaqué  par  les  Français,  accoururent  à  sa  Mélik,  fils   de    Qatan,  ayant  été   nommé 

défense,  en  quittant  les  rangs,  de  crainte  pour  la   seconde  fois  gouverneur  d'Espa- 

de  perdre  le  butin  qu'ils  y  avaient  accu-  gne,  après  la  mort  d'Oqba,  fut  vaincu  & 

mule.  Leur  général  ayant  été  tué,  ils  ne  tué  par  les  insurgés.  Abd  er-Rahmân,  fils 


cherchèrent  plus  à  prolonger  la  résistance 
&  s'enfuirent  à  la  faveur  de  la  nuit  dans 
la  direction  des  Pyrénées\ 

Abd  al-Mélik,  fils  de  Qatan,  successeur 
d'Abd  er-Rahmân  dans  le  gouvernement 
d'Espagne,  ne  réussit  point  à  effacer  l'échec 
que  les  armes  mulsumanes  venaient  de  su- 
bir. Battu  dans  une  expédition  contre  les 
populations  chrétiennes  du  nord  de  l'Es- 


d'Oqba,  le  Lakhmite,  gouverneur  de  Nar- 
bonne, marcha  contre  Baldj ,  l'adversaire 
du  gouverneur  assassiné,  à  la  tête  d'une 
armée  de  quarante  mille  hommes  ou,  d'a- 
près d'autres,  de  cent  mille,  &  tua  le  gé- 
néral ennemi  de  sa  propre  main.  Il  re- 
tourna ensuite  à  Narbonne''.  Plus  tard,  en 
129  de  l'hégire  (747  de  J.-C),  il  est  fait 
mention  d'un  autre  gouverneur  de  Nar- 


pagne,  il  fut  remplacé  en  116  de  l'hégire  bonne,  nommé  Abd  er-Rahmân-ben-Al- 
(735  de  J.-C.)' par  Oqba,  fîls  d'al-Haddjâdj.  qama  le  Lakhmite,  qui  se  révolta  contre 
Peu  de  temps  auparavant,  Yousouf,  gou-      Yousouf,  fils  d'Abd  er-Rahmân,  émir  d'Es- 


verneur  de  Narbonne,  d'accord  avec  Mau- 

ment  de  Haïtham,  prédécesseur  d'Abd  er-Rahmân. 
Voyez  Dozy,  Histoire  des  musulmans  d'Espagne, 
t.  I,  p.  256. 

'  Voyez  Reinaud,  pp.  43-45.  —  Conde,  Z.  e.  t.  I, 
pp.  86  &  suiv. 

'  Ibn  al-Athîr,  Z.  c.  t.  5,  p.  i3o.  —  Gayangos, 
l.  c.  t.  2,  p.  37. 

Mbn  al-Athîr,  Z.  c.  t.  5,  p.  374.  Cependant 
dans  un  autre  passage  de  la  chronique  d'Ibn  al- 
Athîr  il  est  dit  qu'Oqba  fut  nommé  en  117  de 
l'hégire. 


pagne.   Il   ne  tarda  pas   à  être  vaincu   8c 
tué.  Sa  tête  fut  envoyée  à  Cordoue^ 


•  Maccarî,  t.  i,  p.  173.  —  Reinaud,  p.  55. 

'  Maccarî,  p.  i53.  —  Reinaud,  p.  56.  —  Gayan- 
gos, Z.  c.  t.  2,  pp.  37  &  410. 

'  Maccarî,  Z.  f.  —  Reinaud,  p.  56. 

■*  Ibn  ai-Qouthia,  ms.  arabe  de  la  Bibliothèque 
nationale,  ancien  fonds,  n.  706,  f"  8  v".  —  Ibn 
al-Athîr,  Z.  c.  t.  5,  p.  374.  —  Reinaud,  /.  c. 
p.  75. 

'Voyez  Ibn  al-Athîr,  Z.  c.  t.  5,  p.  287.  —  Dozy, 


NoTB 
118 


Note 


558 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


On    connaît,  d'après   les  sources  chré-  acte    ou  y  introduire   des    interpolations, 

tiennes,  les  dernières  luttes  de  la  domina-  On  sait  combien  sont  importantes  ces  re- 

tion  musulmane  en  Languedoc  &  la  prise  cherches  critiques,  surtout  quand  il  s'agit 

de  Narbonne  par   Pépin   le  Bref  en   709.  d'actes    d'une     grande    ancienneté,    puis- 

Les  auteurs  arabes  gardent  le  silence  sur  que  seules  elles   empêchent   l'historien  & 

ces  événements.  Ils  s'appliquent,  au  con-  le   juriste   d'aller   étudier   les   institutions 


traire,  à  grossir  l'importance  d'une  incur- 
sion armée  dirigée,  en  177  de  l'hégire 
(793  de  J.-C),  par  l'émir  de  Cordoue,  Hi- 
schâm,  contre  les  provinces  méridionales 
de  la  France.  A  cette  occasion,  le  général 
musulman  Abdou  '1-Mélik-ben-Abdou  '1- 
Y/âhid-ben-Moghîth  pénétra  jusqu'à  Nar- 
bonne; mais  après  avoir  en  vain  essayé  de 
prendre  cette  cité  bien  fortifiée,  il  se  retira 
chargé  d'un  butin  immense.  Les  Arabes 
considérèrent  cette  expédition  comme  un 
grand  succès  pour  leurs  armes  '.  [H.  Z.] 


d'une  époque  dans  des  actes  plus  moder- 
nes de  deux  siècles. 

Les  actes  sur  lesquels  porteront  notre 
examen  sont  : 

i^UndipIômedeCharlemagnede  l'an  806; 

2°,  3°,  4°  &  5°  Quatre  diplômes  de  Charles 
le  Chauve  de  855,  859,  869  &  870; 

6°  Un  diplôme  de  Charles  le  Simple  de 
l'an  908; 

7"  Une  bulle  de  Gélase  II  de  l'an  1 1  iS; 

Enfin,  quelques  diplômes  provenant  du 
cartulaire  d'Aniane. 


Note 
119 


Note 
119 


NOTE  CXIX 

AJOUTÉE  PAR  LES   NOUVEAUX  ÉDITEURS. 

Remarques  sur  quelques  actes  publiés 
par  D.  Vaissete. 

PARMI  les  actes  publiés  par  les  Bénédic- 
tins dans  leur  Histoire  de  Languedoc,  il 
en  est  plusieurs  dont  l'authenticité  peut  ne 
pas  paraître  absolument  certaine;  la  plu- 
]}art,  en  mettant  de  côté  les  chartes  du 
monastère  d'Alaon  qui  se  rattachent  à  un 
autre  ordre  de  faits,  sortent  des  archives 
des  monastères  de  La  Grasse  &  d'Aniane, 
&  c'est  par  une  étude  attentive  de  leur  con- 
tenu &  de  leur  forme  diplomatique  que 
nous  avons  pu  déterminer  assez  rigoureu- 
sement dans  quelle  mesure  le  faux  s'y  mêle 
au  vrai  8r  comment  les  moines  de  ces  deux 
couvents   s'y  prenaient   pour  falsifier   un 


[J'isto'ire  de  l'Afrique  &  Je  l'Espagne   intitulée   al- 
Bayano  'l-Moghrib,  t.   2,  p.  39. 

'  Voyez  Reinaud,  l,  c.  p.  io3.  —  Maccarî,  trad. 
de  Gayangos,  t.  2,  pp.  99,  &.  426.  —  Dozy,  al- 
Bciyano  'l-Moghrih,  t.  2,  p.  66.  —  Novaïri,  ms.  ar. 
de  la  Blbl.  nat.  ancien  fonds,  n.  646,  f"  96  v".  — 
Ahu  'l-Mahasin  'ihn  Ta gri,  Annales...  éd.  Jiiynboll, 
t.  I,  p.  484. 


?   1 


DlpISiïie  de  Charlemagne  de  l'an  806  (Doat,  v.  66, 
f"  7,  d'après  le  Livre  vert,  cartulaire  de  l'abbaye 
de  La  Grasse  de  la  fin  du  quinzième  siècle,  au- 
jourd'hui aux  Archives  de  l'Aude;  Mahul,  Car- 
tulaire de  Carcasionne,  t.  2,  p.  209). 

L'authenticité  de  ce  diplôme  a  été  forte- 
ment contestée  par  les  Bénédictins,  notam- 
ment par  Mabillon  '  &  par  D.  Vaissete'. 
Les  raisons  invoquées  par  ces  savants  sont 
les  suivantes  :  Cet  acte  indique  comme  abbé 
de  La  Grasse  Nimphridius,  alias  Nebridius, 
fondateur  du  monastère,  qui  était  devenu 
à  ce  moment  archevêque  de  Narbonne, 
titre  que  le  texte  ne  lui  donne  pas.  En  ou- 
tre, la  date  porte  :  Actum  publiée  ISIarbona, 
tandis  qu'à  ce  moment  de  l'année  806  (avril) 
Charlemagne  célébrait  les  fêtes  de  Pâques 
à  Nimègue.  Il  avait  quitté  Thionville,  qu'il 
habitait  depuis  le  mois  de  décembre  pré- 
cédent, &  où  avaient  été  arrêtés  les  termes 
de  la  première  divisio  imperîi;  il  passa  à 
Nimègue  la  plus  grande  partie  du  carême 
jusqu'à  Pâques,  &  quitta  cette  ville  vers  le 
milieu  d'avril  pour  aller  à  Aix-la-Chapelle'. 

Les  deux  objections  sont  assez  fortes  en 
elles-mêmes;   mais  si   l'on  considère  que 

'  AnnaleSj  ad  ann.  807,  n.  63. 

'  Tome  I  de  cette  édition,  livre  IX,  chap.  XL. 

^  Eginhard,  Annales,  ann.  8c5-8o6. 


> 


NOTB 
Iip 


NOTES  SUR  LmSTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


559 

&  y  a  péri  en  1871.  Dans  ses  fornuiles, 
ce  diplôme  ne  présente  rien  de  suspect; 
c'est  le  corps  même  de  la  pièce  qu'il  faut 
examiner  pour  reconnaître  les  parties  in- 
terpolées. Comme  la  plupart  des  actes 
carolingiens,  ce  diplôme  n'est  que  la  con- 
firmation &  rénumération  des  principales 
possessions  de  l'abbaye.  Voici  quelques- 
unes  des  terres  qu'il  indique  : 

Dans  le  Carcasses,  Saint-Couat,  Saint- 
Geniès  &  Bouilhonac.  —  Saint-Couat  ap- 
partenait à  La  Grasse  dès  814  (diplôme 
do  Louis  le  Débonnaire'),  Saint- Génies 
dès  843  (diplôme  de  Charles  le  Chauve*); 
Bouilhonac  ne  paraît  que  dans  un  diplôme 
de  899  de  Charles  le  Simple'. 

Dans  le  Narbonnals,  Cabrespine  (diplôme 
de  814),  Lîcitum  (?)  &  La  Palme  (diplôme 
de  814).  ^- 

Dans  le  Rousslllon,  la  celle  de  Prades 
(églises  de  Saint-Pierre,  Saint-Sauveur, 
Saint-Jean,  Saint-Gervais  &  Saint-Celse)  & 
Saint-Martin-de-Canohès.  Le  premier  de 
ces  deux  lieux  fut  donné  en  878*  par  les 
comtes  Wifred  de  Barcelone,  Raoul  de 
été  déposé  à  la  Bibliothèque  du   Louvre      Confient  &  Miron   de  Roussillon.  Quant 

au  lieu  de  Canohès,  il  ne  fut  donné  que 


le  diplôme,  à  part  quelques  légères  fautes 
de  transcription,  ne  contient  pas  une  for- 
mule inusitée  &  donne  des  dates  parfaite- 
ment exactes  &  concordantes  (sixième  de 
l'Empire,  trente- neuvième  du  règne  en 
France,  trente-deuxième  du  règne  en  Ita- 
lie; 800,  768,  774);  que  l'indiction  i3,  qui 
ne  concorde  pas  avec  la  date  de  807,  s'ac- 
corde avec  celle  de  806,  en  la  faisant  par- 
tir de  l'an  3i3,  suivant  l'usage  général  do 
l'époque  carolingienne,  on  admettra  le 
diplôme  pour  authentique  en  supposant 
seulement  l'oubli  de  la  formule  episcopus 
&  abbas  après  le  nom  de  Nifridius,  &  wnc 
erreur  du  copiste  dans  la  transcription  du 
nom  de  lieu  '. 

?  Il 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  de  l'an  855 
(^Preuves,  col.  3oo.) 

L'original,  ou  du  moins  ce  que  l'on 
regardait  comme  tel,  n'existe  plus  aujour- 
d'hui; offert  en  1829  par  M.  de  Beaumont, 
préfet  de  l'Aude,  au  roi  Charles  X,  il  avait 


NoTB 

119 


'  L'objet  de  ce  diplôme  est  la  confirmation,  par 
Charlemagne  à  Nimphridius,  de  la  jouissance  des 
trois  églises  de  Lézignan  (Sainte-Candide,  Saint- 
Félix  &  Saint-Nazaire);  ces  deux  dernières  églises 
sont  indiquées  comme  possédées  par  l'abbaye  de  la 
Grasse  en  11  18  dans  la  bulle  de  Gélase  II,  dont 
nous  parlerons  plus  bas.  En  1^53,  une  bulle  de 
Nicolas  V  ordonna  l'union  de  ce  prieuré  à  la  mense 
conventuelle'.  —  M.  Sickel,  dans  ses  Acta  Karoli- 
norum ,  t.  2,  p.  426,  suh  vcrho  Orhionensc,  met 
cet  acte  au  nombre  des  acta  spuria;  aux  raisons 
par  nous  indiquées  &  qui  n'ont  pas  échappé  à  sa 


vers  970  par  Suniaire,  évéque  d'Elne,  & 
restitué  à  l'abbaye  en  io36  par  Hugues, 
comte  d'Ampurias^ 

Viennent  ensuite  les  terres  des  pays  d'Au- 
sone  &  de  Bésalu  dans  la  Marche  d'Espa- 
gne. Parmi  ces  domaines  figurent  les  domai- 
nes donnés  au  dixième  siècle  par  Suniaire, 
comte  d'Urgel,  et  notamment  le  prieuré  de 
Riundar,  au  diocèse  de  Girone,  qui,  en 
908,  époque  de  la  consécration  &  de  la 
dotation  de  son  église,  n'appartenait  pas 


haute  critique,  il  ajoute  la  suivante  :  le  monastère       ^ncore  à  l'abbaye   de  La  Grasse;   il   paraît 


est  appelé  Crassa  par  le  texte,  alors  que  ce  nom  ne 
paraît  pas  avant  85o  &  n'est  fréquemment  employé 
qu'à  partir  de  çSS.  —  Mais  cet  argument  ne  nous 
p.iraît  pas  beaucoup  plus  fort  que  ceux  que  nous 
avons  indiqués  plus  haut,  &  n'aurait  une  valeur 
réelle  que  si  nous  possédions  l'original  du,  di- 
plôme. M.  Sickel  admet  d'ailleurs  que  l'acte  ori- 
ginal a  pu  être  daté  de  Nimègue  (Niumaga),  d'où 
le  copiste  aura  tiré  Narbona,  &  que  dans  tous  les 
c;is  il  a  dû  y  avoir  un  diplôme  de  l'empereur, 
donné  à  ce  moment,  puisque  les  éléments  de  la 
date  concordent  parfaitement. 

«  MahuI,  t.  2,  p.  390. 


n'avoir  été  donné  qu'en  953  à  l'abbaye*. 

De  cette  revue  rapide  des  domaines  in- 
diqués par  ce  diplôme,  il  résulte  qu'un 
bon  nombre  de  ces  terres  n'ont  appartenu 
à  l'abbaye  de  La  Grasse  que  longtemps  & 
pour  quelques-unes  très-loiigtemps  après 


'  Preuves  de  ce  volume,  col.  91. 

'  D.  Bouquet,  t.  8,  p.  441. 

^  Tome  V  de  cette  édition,  col.  99. 

*  Preuves  de  ce  volume,  col.  399. 

'  Tome  V  de  cette  édition,  Preuves,  col.  420. 

"  Tome  V  de  cette  édition,  Preuves,  col.  41 5. 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


sa  date.  Nous  conclurons  donc  que  cet  acte 
a  été  recopié  &  interpolé;  le  même  fait 
sera  prouvé  de  la  même  façon  pour  le  di- 
plôme de  908,  que  nous  étudierons  plus 
bas,  &  nos  con'clusions  seront,  cette  fois, 
confirmées  par  l'étude  du  prétendu  origi- 
nal. Quant  à  l'époque  où  le  faux  a  été 
commis,  nous  ne  le  croyons  pas  antérieur 
à  970,  date  de  la  donation  du  lieu  de 
Canohès  par  l'évéque  d'Elne,  &  peut-être 
à  io36,  date  de  la  restitution  de  cet  alleu 
par  le  comte  d'Ampurias. 

$  ÏII 

Diplôme  de  Charles   le  Chnuve  pour  Isembert 
de  l'an  859.  [Preuves,  col.  3o8.) 

Ce  diplôme  nous  a  été  transmis  par  un 
original  parfaitement  authentique,  encore 
aujourd'hui  bien  conservé,  scellé  du  sceau 
plaqué  en  cire  brune;  il  en  existe  une  co- 
pie figurée  aux  archives  de  Carcassonne. 
Nous  rappellerons  à  ce  sujet  qu'il  faut  dis- 
tinguer deux  espèces  de  copies  figurées; 
les  unes  sont  destinées  à  remplacer  l'ori- 
ginal égaré  ou  en  mauvais  état,  &,  par 
une  supercherie  peu  dangereuse,  on  a 
cherché  à  leur  donner  l'apparence  de  ce- 
lui-ci; les  autres,  au  contraire,  comme  le 
diplôme  de  855,  constituent  de  véritables 
faux;  on  y  a  introduit  des  clauses  nouvel- 
les, on  y  a  augmenté  les  privilèges  concé- 
dés à  l'abbaye  ou  au  particulier.  Tel  est 
le  cas  pour  le  présent  diplôme,  &  le  faux 
y  est  d'autant  plus  manifeste  que  l'original 
existait  encore  à  l'abbaye  quand  la  pièce 
fausse  y  fut  fabriquée. 

Nous  connaissons  ce  dernier  acte  par 
le  fac-sîmile  publié  tout  récemment  par 
M.  l'abbé  Verguet,  de  Carcassonne.  Tout 
d'abord,  ce  document,  par  ses  caractères 
extrinsèques,  son  écriture,  la  disposition 
lie  ses  parties  principales",  est  de  nature 
il  inspirer  le  doute.  Mais  quand  on  en  exa- 
mine le  fond,  les  clauses,  on  comprend 
tout  de  suite  dans  quel  but   la    falsijîca- 


'  L'original  du  diplôme  pour  Isembert  a  huit 
lignes;  la  copie  en  a  douze;  la  place  du  sceau  a  été 
mal  choisie  :  trop  loin  des  souscriptions  &  trop 
près  du  corps  de  l'acte;  la  date  aussi  y  est  plus 
rapprochée  du  monogramme  royal. 


tion  a  été  faite.  Par  l'acte  original,  Charles 
le  Chauve  concédait  à  un  de  ses  fidèles, 
nommé  Isembert,  les  lieux  de  Ribaute-sur- 
Orbieu  &  de  Cébazan  (Zeiû^û«);  la  pre- 
mière de  ces  localités  fut  depuis  possédée 
par  l'abbaye  de  La  Grasse;  mais  il  paraît 
que  le  lieu  de  Cébazan  ne  passa  pas  entre 
ses  mains.  Le  faussaire  supprima  donc  la 
mention  de  ce  dernier  village,  la  remplaça 
par  rénumération  minutieuse  des  limites 
de  Ribaute,  &  à  la  suite  de  cette  interpo- 
lation il  plaça  une  phrase  indiquant  la 
cession  par  le  roi  du  lieu  de  Villerouge, 
voisin  de  Ribaute.  Remarquons  que  même 
sans  l'existence  de  l'original,  cette  addi- 
tion rendrait  le  diplôme  suspect;  car  au- 
cun diplôme  carolingien  ne  donne  des  in- 
dications topographiques  aussi  précises  Si. 
aussi  détaillées  que  celui-ci  ;  généralement, 
&:  cela  se  conçoit,  le  notaire  royal  se  con- 
tente de  donner  le  nom  du  lieu,  le  vocable 
de  l'église  cédée  &  laisse  aux  officiers  lo- 
caux, au  comte  ou  à  son  missus,  le  soin  de 
fixer  les  limites  de  la  concession,  soit 
d'après  les  dépositions  des  anciens  du 
pays,  soit  d'après  les  accidents  naturels  du 
terrain.  Nous  donnerons  pour  exemple  la 
concession  de  Fontjoncouse  par  Charle- 
magne  à  l'espagnol  Jean";  le  roi  se  con- 
tenta d'indiquer  le  nom  du  lieu  cédé,  &  le 
comte  de  Narbonne,  Sturmion,  se  chargea 
d'établir  les  limites  &  de  poser  les  croix 
de  marbre  qui  étaient  alor^  employées  à 
cet  usage'. 

^  IV 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour  Adroarius  (861* 
[Preuves,  col.  320.) 

L'original  de  ce  diplôme  existe  à  la  Bi- 
bliothèque nationale,  parmi  les  chartes 
réunies  par  Baluze^  Dans  sa  forme  diplo- 
matique, il  ne  présente  rien  que  de  par- 
faitement régulier;  les  formules  sont  exac- 
tes; les  terres  concédées  au  vassal  du  roi, 
Adroarius,  ne  sont  pas  tellement  étendues 
que  la  donation  puisse,  par  elle-même, 
être  révoquée  en  doute.  Cependant,  plu- 

'  Preuves  de  ce  volume,  col.  Sp. 

'  Preuves  de  ce  volume,  col.   i85,    plaid  de  83.^. 

3  Auj.  lat.  8  837,  f"  83. 


Note 
"9 


Note 
"9 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


56 1 


sieurs  faits  nous  empêchent  de  regarder  ce  simplement  remplacer  l'original,  probable- 
prétendu  original  comme  parfaitement  au-  ment  endommagé. 

fhentique.  D'abord  une  difficulté  dans  la  Outre  ce   diplôme   pour  Adroarius,   les 

date;  l'acte  porte  indîctione  xii,  anno  xxi  Archives  de  La  Grasse  en  contenaient  un 

régnante  glorîosîssimo  Karolo  rege.  Or,  en  autre,  dont  la  seule   copie  connue  existe 

comptant  l'indiction  depuis  3i  3,  il  faut  VIII.  actuellement  à  Carcassonne.  Nous  le  don- 

D'autre  part,  le  second  x  du  mot  XXI  n'est  nons  en   note,  car  nous  croyons  cet  acte 

pas  parfaitement  net,  &  dom  Bouquet,  en  inédit', 
éditant  ce  diplôme  après  dom  Vaissete,  a  lu 


anno  xvi;  mais,  dans  ce  cas,  il  faudrait  en- 
core corriger  l'indiction  :  la  seizième  année 
du  règne  de  Charles  le  Chauve  est  856,  & 
l'indiction  doit  être  III.  Nous  avons,  pour 


?  V 

Diplôme  pour  Oliba   de  870.  [Preuves,  col.   36i.) 

En  examinant  même  minutieusement  l'o- 

notre  part,  adopté  la  lecture  de  dom  Vais-  riginal  de  ce  diplôme,  conservé  aujourd'hui 

sete,  mais  ceci  importe  peu  quant  à  présent;  à  la  Bibliothèque  nationale',  il  est  difficile 

ce  qu'il  faut  remarquer,  c'est  que,  dans  tous  de  n'en  pas  admettre  la  parfaite  authenti- 

les   cas,   la   date   doit   passer   pour  fausse,  cité  :  parchemin,  écriture,  teinte  de  l'encre, 

cas  assez  rare  dans  les  originaux  carolin-  souscriptions,  tout  paraît  conforme  aux  ha- 

giens,   rédigés  &  surtout  datés  générale-  bitudes  de   la  chancellerie  carolingienne, 
ment  avec  grand  soin.  Une  seconde  preuve, 

moins  concluante,  est  une  faute  de  latin  :  .  Exempla  hec  est.  In  nomine  sancte  &  IndivU 

Quendam  fidehm  nostrum,  Adroarïo  nomine;  due  Trinitatis.  Caroh.s  gratia  Dei  rex.  Regalis  cel- 

dans  tous  les  autres  actes  authentiques,  le  situdinis  mos  est  fidèles  suos  donis  muitiplicibus 

nom   d'homme   est  à   l'accusatif,  comme  le  atque  ingentibus  honoribus  honorare  Scsublimare. 

demande    la    grammaire;     toutefois,    nous  Itacjue    notum    sit    omnibus    sancte   Dei    Ecclesic 

avouons    ne    pas    tenir   outre    mesure    à    ce  fidelibus  &  nostrls  presentibus  atque  futuris,  quia 

dernier  argument,  &  l'aspect  de  la  charte  <:on"dimus   ad    proprium    cuidam    fideli    nostro 

nous  paraît   plus  encore  de   nature  à  con-  ^droano  res  quasdam  nostre  proprietaiis  quae  sunt 

,.  '  ■  -11  site  in  comitatu   Narb 

nrmer  nos  soupçons.    Au  premier  abord,  „,     .  .       . 

*  '  '  ,      .  '  Honano   nostre   propnetatis 

on  a  peine  a  se  figurer  cet  acte  écrit  par  ,  ,  •.  .      j        j  u-         •  ■ 

1  "  I  esse  cognoscitur,  prêter  id  quod   Hispani   in  npri- 

un  notaire  royal  à  l'époque  carolingienne;  ^-^^^^  ^-^^^  ^Uq  quocumque  modo  ibidem  aberc  nos- 

l'écriture  en   est  sans  doute  belle  &  régu-  cuntur.  Unde  etiam  precellentiae  nostre  preceptum 

Hère,   &   l'imitation    des    caractères    grêles  hoc   fieri   jussimus,  per  quod   memoratas   res   cum 

des  diplômes  royaux  est   relativement  assez  suprapositis  &  vineis   ne   terris   &   boscis,  exitibus 

parfaite;  mais  vers  la  fin  la  main  du  scribe  81  regress:bus,  pascuis,  aquis  aquarumque  decursi- 

S'est    fatiguée,   &    les    lettres   affectent    une  ^"S,    terminis    atque    adjacentiis    memorato    fideli 

forme  plus  arrondie,  rappelant   par  plus  '^"'^'^  Adroario  ut  dictum  est  ad  proprium  con- 


d'un  trait  l'écriture  diplomatique  de  la  fin 
du  dixième  siècle.  Les  soupçons  se  confir- 
ment encore  en  comparant  cet  acte  avec 
l'acte  pour  Isembert',  dont  l'original  est, 
cette  fois,  parfaitement  authentique,  écrit 
deux  ans  plus   tôt  &  donné  par  le  même 


cedimus    &  de    nostro    jure    in    jus   ac    potestacem 

illius confirmavimus 

&  de  anulo  nostro  sigillari  jussimus. 

Signum  (locus  monogrammatis)  Karoli  gloriosis- 
simi  régis.  —  Gislebertus  notarrus  ad  vicem  Hlu- 
dovici  recognovit  &  subscripsit.  —  Le  lieu  dont 
il   est    ici    question   semble  être  Villefloure,  Aude, 


notaire  (Folchrîcus),  Ainsi,  pour  nous  ré-  arrondissement  de  Limoux,  qui  était  certainement 
sumer,  cet  acte  ne  peut  être  qu'une  copie  <*-i"*  '«  comté  de  Narbonne  au  neuvième  siècle. 
figurée,  à  laquelle  on  mit  plus  tard  le  I-t  date  de  l'acte  a  disparu,  mais  les  noms  du  no- 
sceau  de  l'original,  dont  il  porte  encore  la  "'''  Gislebert  &  du  chancelier  Louis  permettent 

«„„„^ ,•   .,,  .  ,  de   la   fixer  d  une   manière  approximative.  Gisle- 

trace;  remarquons  d  ailleurs  que  rien,  dans  ,        ^  ,    r.      .  «,       .      •     <■ 
,                     11.                                       ,  "«""t  *"'  notaire  de  047  a  80 1  :  Louis  fut  chance- 
lé corps  de  lacté,  ne  permet  de  supposer  ,•       1     00         o//    ,       ,  .  • 

'  '1  '  •  lier  de   009   a   860.   La    date  est    donc   circonscrite 

une   falsification    positive;    on    aura   voulu  entre  847  &  86.  .  (Voir  dom  Bouquet,  t.  8,  pp.  487. 

r.68  &  600.) 
'  Baluzc,  Armoirgs,  jço,  n.  481.  '  Lat.  8837,  f"  44. 


NuTli 

119 


11. 


U 


Note 
"9 


t62 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

^  VI 


Un  seul  fait,  resté  inaperçu  jusqu'aujour- 
d'hui, nous  a  conduit  à  mettre  en  doute 
cette  autlienticité;  toutefois,  dans  l'état  de 
la  question,  nous  nous  contenterons  de 
l'indiquer  en  laissant  à  de  meilleurs  diplo- 
matistes  le  soin  de  la  trancher. 


Diplôme  de  Charles  le  Simple  pour  l'abbé  Witiza, 
de  908.  (Tome  V,  Preuves,  col.   !2i.) 

L'original  de  cet  acte,  provenant,  comme 

On    sait   que    les  sceaux  plaqués,  dont  la  plupart  des  précédents,  de  la  collection 

usaient  les  Carolingiens,  étaient  placés  sur  formée  par  Etienne  Baluze,  est  conservé 

le  parchemin  même,  au  milieu  d'une  série  aujourd'hui  dans  les  Armoires,  y.  3go^n.  23. 

d'enroulements  &  de  notes  tironiennes,  qui  Dans  le  contexte  de  l'acte,  rien  ne  semble 

complétaient  la  souscription  du   notaire;  avoir  été  interpalé;  nous  ne  trouvons  pas 

le  parchemin  une  fois  entaillé  en  étoile,  ici,  comme  dans  le  diplôme  de  855,  men- 

on  introduisait  l'extrémité  de  ces  petites  tion  de  domaines  acquis  seulement  un  siè- 

lanières  dans  la  cire  chaude  qui  débordait  cle  plus  tard  par  l'abbaye;  de  toutes  les 

en  dessous  &  surtout  en  dessus;  l'empreinte  terres   qu'il    indique,    les    unes    apparte- 

était  placée  par-dessus,  &  la  cire  une  fois  naient  sûrement  à  La  Grasse  à  la  fin.  du 

durcie,  le  sceau  adhérait  suffisamment  à  la  neuvième  siècle,  les  autres  pouvaient,  sans 

pièce.  Dans  l'acte  que  nous  examinons  en  invraisemblance,  lui  avoir  été  données  dès 

ce  moment,  le  sceau  semble  n'avoir  jamais  cette  époque.  Les  interpolations,  tout  en 

été  plaqué,  du  moins  la  cire  n'a  laissé  au-  étant  possibles  &  même  probables,  étant 

cune  trace  à  la  place  elle-même,  ni  sur  la  données  les  habitudes  singulières  des  n,o- 

partie  du  parchemin  qui  avait  été  repliée  taires  de  La  Grasse,  sont  donc  impossibles 

par-  dessus.  Au  contraire,  un  peu  plus  loin  à  vérifier;   mais  ce  qu'on  peut  contester, 

&  sur  la  même  ligne  était  cousu  tout  un  c'est  l'authenticité  de  l'acte  scellé  qui  nous 

appareil  de  plaques  de  parchemin  destinées  a  été  conservé.  Or,  malheureusement,  tous 

à  contenir  le  sceau  lui-même.  Le  parche-  les  caractères  extrinsèques  de  cet  acte  prou- 

min  de  l'acte  a  été  entamé;  par-dessous  a  vent  qu'il  est  supposé,  &  que  nous  n'avons 

été  collée  une  plaque  de  peau  portant  des  affaire  qu'aune  copie  figurée  &  même  assez 

caractères  de  la  fin  du  douzième  siècle,  &  grossièrement. 

par-dessus,  faisant  poche,  un  autre  frag-  L'aspect  général  de  l'écriture,  la  couleur 

ment  de  charte  de  la  fin  du  treizième  siè-  de  l'encre,  beaucoup  plus  pâle  que  celle 

cle,  le  tout  cousu  de  gros  fil  sur  les  bords.  des  diplômes   authentiques,  la  forme   un 

Le  sceau  y  est  resté  assez  longtemps  pour  peu  insolite  de  l'invocation  monogramma- 

déteindre  sur  une  partie  du  parchemin  qui  tique  qui  se  trouve  au  haut  de  la  marge 

était  repliée  par-dessus.  Avons-nous  affaire  de  gauche,  suffiraient  pour  nous  rendre  ce 

ici  à  un  faux  commis  de  toutes  pièces  au  document  suspect;  mais  c'est  surtout  dans 

quatorzième  siècle,  ou  bien  a-t-on  seule-  la  disposition  de  la  date  &  des  dernières 

ment  voulu  garantir  le  sceau  qui  menaçait  parties  du  texte  que  le  faux  peut  être  saisi 

de  disparaître?  Nous  laissons  à  de  plus  ha-  sur  le  vif. 


biles  le  soin  de  résoudre  ce  problème'. 

'  Sans  vouloir  rien  affirmer,  nous  ferons  encoie 
remarquer  la  forme  insolite  de  la  donation,  l'éiau- 
mération  minutieuse  de  limites  imperceptibles,  ce 
qui  est  peu  ordinaire  dans  un  diplôme  royal  ;  nous 
avons  déjà  fait  une  remarque  analogue  plus  haut, 
à  propos  du  faux  diplôme  pour  Isembert.  —  Dans 
la  note  que  nous  avons  insérée  en  publiant  le 
présent  acte  pour  Oliba  (Voir  ci-après,  Preuves, 
col.  36 1),  nous  nous  sommes  montré  beaucoup  trop 
affirmatif.  En  examinant  de  nouveau  ce  document, 
nous  avons  vu  qu'il  n'était  pas  impossible  de  sou- 
tenir son  authenticité  absolue. 


Voici  comment  est  disposée  cette  partie 
des  diplômes  carolingiens  : 


{Fin  du  texte.) 


Sigliiim  Karoli  {monogramma)  gloriosissimi  régis. 

Talis  ad  vicem  talis  rccognovit  &  subscripsit.  {Sigilhim.) 

D.itum  m  nouas  noveiiibris Actum &c. 

Le  tout  est  fort  espacé,  &  on  a  laissé 
au-dessous  de  la  dernière  ligne  une  large 
Lande  de  parchemin,  dont  les  bords  sont 
coupés  parfaitement  droits.  Au  contraire, 


Noie 
119 


I 


Note 
"9 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


dans  cet  acte  de  908,  toutes  ces  diverses 
parties  sont  rapprochées  les  lines  des  au- 
tresj  la  date,  d'une  écriture  évidemment 
très-postérieure,  est  tout  au  bord  du  par- 
chemin, qui  n'a  même  pas  été  coupé  droit 
&  qui  est  de  qualité  inférieure.  Enfin,  le 
sceau,  extrêmement  éloigné  de  la  souscrip- 
tion du  notaire,  a  été  tellement  rapproché 
du  texte,  que  l'avant-dernière  ligne  n'est 
pas  aussi  longue  que  les  précédentes  & 
que  le  haut  de  la  plaque  de  cire  en  oc- 
ciqje  une  partie.  Ajoutons  que  ce  sceau 
est  d'une  taille  tout  à  fait  extraordinaire; 
en  le  comparant  avec  ceux  de  Charles  le 
Chauve,  on  reconnaît  immédiatement  un 
sceau  de  ce  dernier  prince,  dont  les  bords 
ont  été  renforcés,  sans  doute  pour  lui 
donner  plus  de  solidité.  Ajoutons  encore 
que  le  monogramme  du  roi,  si  bien  dessiné 
dans  les  actes  originaux,  est  ici  incorrect 
ik  diffère  dans  ses  proportions  du  type 
consacré  pour  tous  les  souverains  du  nom 
de  Charles. 

Nous  en  conclurons  que  l'acte  a  été  re- 
fait, probablement  vers  la  fin  du  dixième 
siècle;  c'est  l'époque  que  semblent  indi- 
quer certaines  particularités  de  l'écriture 
du  scribe,  aux  endroits  où  sa  main  fati- 
guée l'empêchait  de  se  plier  à  une  imita- 
tion complète  du  modèle  qu'il  avait  sous  les 
yeux.  Toutefois,  il  faut  admettre  que  Char- 
les le  Simple  délivra  un  diplôme  qui  a  servi 
de  modèle  à  celui-ci.  En  effet,  la  formule 
de  la  date,  qui  mentionne  les  deux  années 
du  règne  de  Charles  le  Simple,  en  comp- 
tant de  893,  date  de  son  avènement,  &  de 
898,  date  de  la  mort  d'Eudes,  le  nom  du 
notaire  qui  s'appelait  bien  Ernuste,  &  du 
chancelier  Anschéric,  évêque  de  Paris  ', 
sont  choses  qu'un  scribe  du  dixième  siècle 
ne  pouvait  inventer.  Quant  à  la  question 

'  Cet  Ernuste  fut  notaire  depuis  çoS  jusqu'à  909'; 
iam  un  diplôme  sans  date,  en  faveur  de  Saint- 
Martin  de  Tours',  il  prend  le  titre  A'arckicancel~ 
lar'tus,  sans  qu'on  sache  à  quelle  époque  le  placer, 
entre  Anschéric,  mort  au  commencement  de  911, 
&  Hervé,  archevêque  de  Reims,  qui  succéda  pres- 
que immédiatement  à  celui-ci  dans  ces  hautes  fonc- 
tions. 


'  D.  Bouquet,  t.  9,  p.  696. 
'  D.  Bouquet,  t.  0,  p.  712. 


de  l'intégrité  du  texte,  la  rareté  des  docu- 
cuments  diplomatiques  nous  défend  de  la 
trancher  tout  d'abord  '. 

$  VII 

Bulle  du  pape  Gélase  II  de  l'an  1118, 
(Tome  V,  col.  870.) 

Une  ancienne  copie  de  cette  bulle  existe 
à  la  BiL..othèque  nationale';  l'examen  de 
cet  acte  prouve,  en  effet,  que  ce  ne  peut 
être  un  original,  bien  que  le  parchemin 
porte  les  traces  d'une  bulle  qu'il  a  portée 
autrefois.  Nous  n'y  trouvons  ni  le  mono- 
gramme de  Benevalete,  ni  la  roue  ou  dou- 
ble cercle  concentrique;  on  s'est  contenté 
de  transcrire  la  devise  du  pape  :  Deus  in 
loco  sancto  suo;  la  date  est  exacte,  &  tous 
ses  éléments  concordent  parfaitemeiit,  mais 
le  cardinal  secrétaire,  Chrysogone,  a  ou- 
blié le  principal  de  ses  deux  titres  :  ac 
bîbliothecarli.  Nous  sommes  donc  certai- 
nement en  présence  d'une  copie  figurée, 
exécutée  probablement,  d'après  certains 
indices  fournis  par  l'écriture,  vers  le  mi- 
lieu du  douzième  siècle. 

Mais  doit-on  en  conclure  que  l'acte  a  été 
falsifié  ou  supposé?  La  première  phrase 
du  texte  de  l'acte  nous  avait  d'abord  con- 
duit à  cette  seconde  hypothèse;  voici  cette 
phrase  :  In  Lateranensis  palatii  thomis  rep- 
perimus  quod  Karolus  împerator  béate  Ma- 
rie Crassense  monasterium  in  Carcasensi  par- 
rochia  edificans,  beato  Petro  obtulerit  cum 
universis  que  eidem  loco  contulerat.  Ces 
quelques  lignes  contiennent  deux  faits 
inexacts;  ce  n'est  pas  l'empereur  Charle- 
magne  qui  a  construit  le  monastère  de  La 
Grasse,  &  ce  texte  de  11 18  est  le  premier 
qui  mentionne  ce  privilège  de  la  dépen- 
dance immédiate  du  Saint-Siège.  Ces  deux 
faits  semblent  empruntés  aux  légendes  mo- 
nastiques, qui,  combinées  avec  des  frag- 
ments tirés  des  chansons  de  geste  françai- 
ses, donnèrent  lieu,  un  siècle  &  demi  plus 


'  Tout  ce  qu'on  peut  dire,  c'est ^que  les  terres 
dont  la  possession  est  confirmée  à  l'abbaye,  y  sont 
mentionnées  dans  un  désordre  peu  ordinaire,  & 
qu'on  n'y  suit  pas  l'ordre  traditionnel  d«s  pagi 
dans  lesquels  elles  étaient  situées. 

"  Baluze,  Armoires,  v.  398. 


Note 
119 


Note 
119 


564 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


tard,  à  la  rédaction  du  fameux  Phiîomena'. 
A  première  vue,  &  étant  donné  le  peu  de 
scrupules  des  moines  de  La  Grasse,  il  sem- 
blerait que  cet  acte  ait  été  inventé  de  toutes 
pièces  ou  tout  au  moins  fortement  falsifié. 

Mais  ici  se  présentent  plusieurs  difficul- 
tés. L'acte  de  Gélase  II  a  été  confirmé  par 
Calixte  II;  une  bulle  de  ce  dernier  pape, 
du  17  juillet  II 19",  en  reproduit  toutes 
les  clauses,  en  ajoutant  la  variante  sui- 
vante :  Ex  domini  nostri  sancte  memorie  Ge- 
îasiî  pape  privilégia  cognovimus,  in  thomîs 
Lateranensis  palatii,  etc.  Cet  acte  nous  est 
connu  par  un  vidimus  de  Grégoire  IX',  & 
le  niêmevidima  en  même  temps  la  bulle  de 
Gélase.  Il  est  difficile  d'admettre  que  les 
moines  de  La  Grasse  aient  fabriqué  deux 
actes  absolument  pareils,  dont  les  dates 
sont  parfaitement  exactes,  &,  d'autre  part, 
Chrysogone,  bibliothécaire  de  l'Eglise  ro- 
maine, n'aurait  pas,  sous  Calixte  II,  renou- 
velé une  bulle  fausse,  dont  la  rédaction  lui 
était  attribuée;  entre  les  deux  actes,  il  n'y 
a  pas  un  an  d'intervalle.  En  outre,  cette 
bulle  de  Gélase  II  ne  fut  pas  seulement 
présentée  à  Calixte  II,  elle  fut  encore 
examinée  par  la  chancellerie  du  pape 
Adrien  IV,  &  ce  dernier,  dans  une  bulle 
du  26  avril  11 58%  déclare  qu'en  prenant 
l'abbaye  sous  sa  protection,  il  suit  l'exem- 
ple dé  son  prédécesseur,  d'heureuse  mé- 
moire, le  pape  Gélase. 

Comment  donc  concilier  ces  faits  en  ap- 
parence contradictoires?  Voici  l'hypothèse 
que  nous  regardons  comme  la  plus  proba- 
ble; on  sait  que  Gélase  vint  se  réfugier 
en  France  &  y  passa  la  majeure  partie  de 
son  court  pontificat;  il  était  à  Maguelonne 
quand  il  donna  l'acte  qui  nous  occupe;  les 
moines  de  La  Grasse,  profitant  de  son  éloi- 
gnement  de  Rome,  où  les  archives  pontiii- 


'  Voir  notamment  le  texte  latin,  publié  par 
Ciampi  (^Geita  Kciroll  niagni  ad  Carcassonam  & 
W^rhonam,  Florence,  1828),  p.  53.  Ce  privilège 
ie  dcpeniirc  immédiatement  du  Saint-Siège  n'était 
p;iS  possédé  paç  l'abbaye  en  954,  date  d'une  bulle 
d'Agapet  II   (GaZ/i'a  Christiana,  t.  6,  Instr.  c.  424. 

'  Ui.  Robert,  Elude  sur  les  actes  de  Calixte  II, 
Documents,  p.  m. 

'  Baluze,  Armoires,  38o,  n.  39. 

''  Mahul,  Cartulalre  de  Carcassonne,  t.  2,  p.  253, 


cales  étaient  certainement  restées,  lui  pré- 
sentèrent peut-être  une  notice  sans  valeur 
positive,  rappelant  les  traditions  admises 
])ar  eux  comme  vérité  historique.  Le  pape 
donna  à  ces  traditions  une  valeur  réelle 
en  les  faisant  entrer  dans  le  préambule  do 
sa  bulle.  Une  fois  ce  premier  acte  octroyé, 
il  n'aura  pas  été  difficile  aux  religieux  d'en 
obtenir  la  confirmation  de  Calixte  II  & 
d'Adrien  IV. 

La  bulle  de  1118  est  donc  authentique, 
mais  rédigée  d'après  des  légendes  sans  fon- 
dement historique. 

?  VIII 

Diplômes  pour  l'abbaye  d'Anianc. 

Tous  les  actes  relatifs  à  Aniane,  dont 
nous  avons  à  parler  ici,  se  rapportent  aux 
tentatives  faites  par  cette  abbaye  pour  se 
soumettre  le  monastère  de  Saint-Guillem- 
du-Désert,  autrement  dit  de  Gellone.  La 
question  de  cette  soumission  peut  paraî- 
tre, jusqu'à  un  certain  point,  élucidée; 
toutefois,  il  reste  quelques  points  obscurs 
à  éclaircir,  &  c'est  ce  que  nous  allons  es- 
sayer de  faire.  On  sait  qu'en  l'an  804, 
saint  Guillaume,  comte  de  Toulouse,  fonda 
dans  le  diocèse  de  Lodève  un  monastère 
destiné  plus  tard  à  devenir  célèbre  &  dans 
lequel  il  fut  enterré.  Cette  fondation  fut 
certainement  faite  avec  les  avis  &  sous  la 
direction  bénévole  de  saint  Benoît,  qui  ré- 
sidait à  cette  époque  au  monastère  d'A- 
niane.  Jusqu'au  milieu  du  onzième  siècle, 
nous  voyons  les  deux  abbayes  vivre  dans 
une  entière  indépendance  l'une  de  l'autre, 
lorsque  tout  à  coup,  sous  l'administration 
de  l'abbé  d'Aniane,  Emenon  (1062-1093), 
nous  voyons  cette  abbaye  s'opposer  à  l'élec- 
tion d'un  abbé  par  les  moines  de  Gellone, 
attirer  sur  eux  les  foudres  de  l'Église  &  ré- 
clamer des  papes  Nicolas  II  &  Alexandre  II 
le  rétablissement  d'une  sujétion  imagi- 
naire. Emenon  avait,  d'ailleurs,  eu  soin 
de  se  munir  de  preuves;  il  présentait  à  la 
cour  pontificale  une  copie  du  testament 
de  saint  Guillaume,  contenant  la  clause 
expresse  que  la  celle  de  Gellone  devait  res- 
ter à  tout  jamais  soumise  à  Aniane  comme 
elle  l'était  à  ce  moment.  Ces  prétentions 
d'Aniane  fuient  repoussées,  &  deux  bulles 


NOTF 

119 


NOTl 

119 


NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


565 


successives  d'Alexandre  II  &  d'Urbain  II, 
confirmées  par  une  troisième  de  Calixtc  II, 
dont  nous  avons  le  texte,  vinrent  procla- 
mer le  droit  pour  les  moines  de  Gellone 
de  librement  élire  leur  abbé,  déclarèrent 
le  monastère  indépendant  de  toute  autre 
sujétion  que  celle  du  Saint-Siège  &  firent 
à  tout  jamais  justice  de  prétentions  aussi 
mal  fondées. 

Toutes  les  réclamations  d'Emenon  re- 
posaient sur  une  copie  du  testament  de 
saint  Guillaume,  tirée  du  cartulaire  de  son 
abbaye.  La  fausseté  de  cet  acte  a  été  prou- 
vée complètement  dans  une  dissertation 
publiée  il  y  a  déjà  longtemps  dans  la  Bi- 
bliothèque de  V Ecole  des  Chartes';  nous  rap- 
pellerons seulement  que  les  formules  di- 
plomatiques, le  style  de  l'acte,  le  langage 
employé,  tout  prouve  que  nous  avons  af- 
faire à  \{\\  remaniement  du  texte  primitif 
fait  au  onzième  siècle;  enfin,  le  fait  seul, 
pour  cet  acte,  de  provenir  du  cartulaire 
d'Aniane,  étant  donné  le  peu  de  scrupule 
des  gens  du  moyen  âge  en  pareille  matière, 
tendrait  à  le  faire  regarder  comme  inter- 
polé pour  les  besoins  de  la  cause. 

Mais  la  question  de  la  sujétion  de  Gel- 
lojie  à  Aniane  n'en  reste  pas  moins  encore 
indécise,  d'autant  plus  que  certains  diplô- 
mes du  neuvième  siècle  semblent  la  con- 
iirmer;  avons-nous  donc  affaire  ici  à  des 
prétentions  bien  fondées,  mais  apjjuyées 
seulement  surdos  titres  interpolés?  (^'est 
ce  que  l'examen  détaillé  de  ces  actes  va 
nous  permettre  de  décider. 

Le  premier  de  ces  actes  est  un  diplôme 
de  Louis  le  Pieux  de  l'an  814%  provenant 
du  cartulaire  d'Aniane.  Parmi  les  posses- 
sions de  cette  abbaye  qui  y  sont  énumé- 
rées,  on  y  indique  l'abbaye  de  Gellone, 
avec  toutes  les  celles  &  tous  les  domaines 
dont  saint  Guillaume  l'avait  dotée.  Tou- 
tefois, remarquons  rjue  cette  partie  de  l'acte 
peut  fort  bieli  avoir  été  interpolée,  &  que 
dans  ces  longues  énumérations  de  terres, 
il  suffit  d'ajouter  quelques  noms,  sans  tou- 
cher aucunement  au  reste  des  formules. 

Une  lettre  du  même  prince  au  monastère 
','Aniane  mentionne  dans  la  suscri])tion  les 

'  ToîTic  II,  p.  177;  article  da  M.  Thoniassy. 
'  Preuves,  col.  8i^ 


frères  de  Gellone';  cet  acte  provient  aussi 
du  cartulaire  d'Aniane.  Dans  cette  lettre, 
l'empereur  donne  aux  moines  d'Aniane  des 
conseils  sur  leur  conduite,  approuve  l'é- 
lection par  eux  faite  de  l'abbé  Tructesinde, 
&,  à  part  ces  deux  mots  de  la  suscription  : 
sive  Gellone,  on  ne  trouverait  pas  dans  tout 
l'acte  un  seul  mot  qui  rappelle  ce  monas- 
tère. Bien  plus,  l'empereur  emploie  dans 
tout  le  cours  de  son  épître  le  singulier  8c 
non  le  pluriel  :  locus  iste,  monasterii,  idem 
monasterium.  L'interpolation  semble  ici  ab- 
solument certaine. 

Trois  autres  diplômes  de  confirmation, 
deux  de  Louis  le  Pieux,  l'un  de  822',  l'au- 
tre de  837',  &  un  de  Charles  le  Chauve  de 
853*,  donnent  lieu  aux  mêmes  remarques 
que  celui  de  814.  Tous  ces  actes  provien- 
nent du  cartulaire  d'Aniane. 

Nous  avons  dit  que  tous  présentent  des 
interpolations,  sans  pourtant  qu'on  puisse 
les  accuser  de  n'être  pas  authentiques  dans 
le  reste  de  leur  texte.  Voyons  si  des  actca 
contemporains,  complètement  authenti- 
ques cette  fois,  viendront  confirmer  notre 
supposition.  Remarquons  d'abord  que  jus- 
qu'au milieu  du  onzième  siècle,  la  liste 
des  abbés  de  Gellone  est  à  peu  près  com- 
plète, &  que  nous  ne  savons  pas  qu'un 
seul  ait  eu  besoin  de  l'autorisation  de  celui 
d'Aniane  pour  exercer  son  autorité.  En  ou- 
tre, la  pancarte  de  Juliofred,  abbé  de  Gel- 
lone, dressée  vers  l'an  806,  ne  parle  pas  de 
cette  suprématie  d'Aniane  &  le  diplôme  de 
Louis,  roi  d'Aquitaine,  donné  en  807,  n'en 
dit  pas  non  plus  un  seul  mot.  Deux  diplô- 
mes pour  Aniane,  de  814,  accordés  à  saint 
Benoît,  ne  la  mentionnent  nullement  &  ne 
donnent  pas  à  cet  abbé  le  titre  d'abbé  de 
Gellone '^5  de  même  pour  un  autre  diplôme 
de  8i5®. Tous  ces  actes  paraissent  cependant 
pour  le  moins  aussi  authentiques  que  ceux 
que  nous  avons  analysés  plus  haut.  Nous  en 
conclurons  donc  que  les  moines  d'Aniane, 
dans  le  but  de  soutenir  leurs  prétentions, 


'  Preuves,  col.  I  36. 
'  Preuves,  col.  141 . 
'  Preuves,  col.  20 r. 
^  Preuves,  col.  290, 
'  Preuves,  col.  87  &  89. 
*■  Preuves,  col.    101, 


NiiT  r. 
119 


566  NOTES  SUR  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  ■ 

NOTP, 

se  contentèrent  d'Interpoler  un  nombre  de  bable  que  pour  rendre   leur  sentence  en       ''^ 

diplômes  suffisant  à  leur  gré  &  laissèrent  faveur  de  Gellone,  les  juges  apostoliques 

aux  autres  leur  rédaction  primitive.  Nous  invoquèrent  la  tradition  orale,  le  témoi- 

ne  prétendons  pas,  bien  entendu,  que  les  g"age  des  anciens  du  pays, 
papes  du  onzième  siècle  aient  fait  toutes  Tout  ce  qui  précède  n'est  guère  qu'une 

ces  remarques.  En  dehors  des  bulles  dont  hypothèse,  mais  elle  a,  suivant  nous,  tou- 

leur  chancellerie  pouvait  dans  certains  cas  tes  les  apparences  pour  elle,  &.  si  on  ne 

reconnaître  l'authenticité,  ils  étaient  abso-  l'adopte  pas,  il  faudra  regarder  le  problème 

lument  incapables   de   discerner  un    faux  comme  insoluble,  les  vraisemblances  histo- 

commis  sur  un  diplôme  ancien,  on  com-  riques  empêchant  d'admettre  \^  iustice  des 

prend   facilement   pourquoi.   Il    est   pro-  prétentions  de  l'abbé  d'Anianc.  [A.  M.] 


::^t^^t^^:^i:^^:^i:^<p:$^:}^^ 


r  r 


TABLE   GENERALE 


DES    NOMS    ET   DES    MATIERES 


A 


I 


ABBON  (le  moine);  son  poëme  sur  le  sit-ge  de  Paris 
par  les  Normands,  p.  255. 

ABBON,  comte  de  Poitiers,  pp.  269,  3o2. 

ABDELASIS;  à  quelle  époque  commença-t-il  à  gou- 
verner l'Espagne?  p.  i86. 

ABDELMËLIK ,  gouverneur  arabe  de  rE$pagne, 
p.  557. 

ABD-ER-RAHMAN  ou  ABDÉRAME  AL-GHA- 
FEQî,  gouverneur  arabe  de  l'Espagnej  ses  expé- 
ditions, sa  mort  à  la  bataille  de  Poitiers,  pptiy5, 
206,  553,  556,  557. 

ABD-ER-RAHMAN,  le  Lakhmite,  gouverneur  arabe 
de  Narbonne,  p.  557. 

ABOLOMIÉRUS,  abbé  de  Saint-Hilaire  de  Poitiers, 
p.  3o3. 

ACFRED  II,  comte  de  Carcassonne,  fils  d'Oliba  II, 
p.  287;  indiqué  par  erreur  par  dom  Vaissete 
comme  deuxième  du  nom,  p.  3 12. 

ACFRED  I  ou  AIFROI,  frère  d'Oliba  II,  comte  de 
Carcassonne,  comte  de  Razès,  pp.  262,  286,  287, 
3i3. 

ACFRED  II,  duc  d'Aquitaine,  comte  de  Gévaudan 
&  d'Auvergne,  frère  de  Guillaume  III,  pp.  262, 
287,  3  1 1  ;  n'a  peut-être  pas  été  comte  de  Razès, 
p.  314. 

ACFRED  ou  EGFRID,  comte  de  Toulouse,  ne  doi; 
pas  être  confondu  avec  Wifred  ou  Acfrcd,  pré- 
tendu comte  de  Bourges,  p.  299.  Voir  ECFRID. 


ACFRED  ou    F.GFRID,  ancien  comte  de  Toulouse, 

possède  l'abbaye  de  Saint-Hilaire  de   Poitiers, 

pp.  3o6,  307. 
ACFRED.  Voir  HUMFRID. 
ADALARIC;   Charlemagne  lui   donne   une  partie 

du  duché  de  Gascogne,  p.   188. 
ADALARIC,  comte  de  Girone,  mari   de   Rofrude, 

p.  235. 
ADALARD,  évèque  d'Anis  ou  du  Puy,  p.  172. 
ADALARD,  comte  de  Châlons-sur-Saône,  p.  214. 
ADALBERT,  duc  d'Austrasie  ou   comte  de  Metz, 

p.   214. 
ADALBERT,  vassal  de  Wifred,  comte  de  Cerdagne, 

p.   292. 

ADALELME,  évêque  d'Eause,  p.  326. 
ADALELME  ou  ALEAUME,  fils  d'Émenon,  comte 
de  Poitiers,  pp.  279,  280. 

ADALELME  ou  ALEAUME,  frère  de  saint  Guil- 
laume de  Gellone,  comte  de  Toulouse,  p.  272. 

ADALGISUS,  évêque  d'Autun,  abbé  de  Saint-Julien 
de  Brioude,  p.  3  10. 

ADALINDE,  fille  de  Bernard  II,  comte  d'Auvergne, 
femme  d'Acfred  ou  Aifroi ,  comte  de  Razèî, 
pp.  262,   286,  3 13. 

ADANE,  religieuse  à  Farcmoustiers,  fille  d'Hildc- 
brand,  comte  d'Autun,  p.  278. 

ADEFONSUS,  vicointe  dans  le  Roussillon,  en  83i, 

p.    193. 
ADÈLE,    fille    d'Edouard,    roi    d'Angleterre    (du 

royaume  anglo-saxon),  p.  261. 


168 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIERES. 


ADÈLE,  cousine  &.  femme  de  Waïfre,  duc  d'Aqui- 
taine, p.    188. 

ADÈLE,  fille  de  RoHon,  duc  de  Normandie  (?), 
troisième  femme  d'Eble,  comte  de^Poitiers,  mère 
de  Guillaume  Tête  d'Eioupe  &  d'Eble,  évéqiie  de 
Limoges,  p.  265. 

ADELINDE,  sœur  de  Guillaume  le  Pieux.  Fo'tr 
ADALINDE. 

ADEPHONSE.  Foir  ALPHONSE. 

ADHEMAR,  comte  de  Poitiers,  fils  d'Emenon;  er- 
reurs des  auteurs  de  l'Art  de  vérifier  les  dates  à 
son  sujet,  pp.  279,  3o8. 

ADHEMAR,  comte  ou  vicomte  deTurenne,  p.  365. 

ADIETUAN,  roi  ou  chef  des  Sotiates,  p.  427. 

AoMiNiSTRATiON  PUBLIQUE  dnns  les  provinces  ro- 
maines, pp.  404,  455. 

ADOYRE,  femme  d'Antoine,  vicomte  de  Béziers, 
p.    188. 

ADRIEN  IV;  bulle  de  ce  pape  pour  La  Grasse, 
p.   564. 

ADROARIUS  (diplôme  suspect  pour),  pp.  56o,  56 1; 
autre  diplôme  inédit  pour  le  même,  pp.  56 1, 
note. 

Adulx,  montagne  sur  les  limites  de  la  Narbon- 
naise,  p.  22. 

AeCE,  général  romain,  p.  522. 

vEGIDIUS,  général  romain,  p.  524.   Toir  GILLES. 

vEMILIUS  LEPIDUS  (M),  proconsul  de  la  Nar- 
bonnaise,  p.  428. 

vtTHERIUS,  n'a  pas  été  évêque  de  Maguelonne, 
p.   5i. 

/Ethiopes,  nom  donné  aux  Africains  par  les  géo- 
graphes anciens,  p.  377. 

AGAMÉDÈS,  fils  d'Erginus,  l'un  des  deux  archi- 
tectes du  temple  de  Delphes,  p.  382. 

AGANE,  fille  d'Acfred,  comte  de  Bourges,  &  d'Oda, 
p.  227. 

AnoE;  n'est  pas  comprise  dnns  la  Notice  des  cités 
des  Gaules,  p.  121;  livrée  à  Pépin  par  Ansé- 
mond,  p.  554. 

—  (comtes  d')  et  de  Béziebs,  sous  les  carolingiens, 
pp.  269,  3  i5. 

—  (concile  d'),  tenu  en  5o6,  p.   121. 

AcENAis,  faisait  partie  de  la  deuxième  Aquitaine, 

p.     123. 
ytger  puhl'icus,  sens   de   cette    expression;   manière 

dont   on  en  faisait  l'attribution  aux   habitants 

d'une  colonie  romaine;  témoignage  des  anciens 

auteurs,  p.  409. 

S     AGGRÈVE,  évêque   du   Puy,    p.   180;    ses  actes, 

p.    174. 
AGIULPHE,  archevêque  de  Bourges,  pp.  326,  348. 
S.  AGNAN,  évêque  d'Orléans,  p.  328;  dans  le  Midi 

saint  Chinian. 
AGOBARD,  archevêque  de  Lyon,  p.  352. 
AGRIPPIN,  comte  romain,  gouverneur  de  la  Nar- 

bonnaise;   époque  à  laquelle   il  livra   Narbonne 

à  Théodoric  II,  pp.   i  18,  524, 
AGRIPPIUS,  évêque  de  Viviers,  p.  54. 
AGUIRRE   (cardinal   d');   critique    de    plusieurs 

pièces    qui    se    trouvent   dans   m    collection    des 

conciles  d'Espagne,  p.   193. 


AIFROI.   Voir  ACFRED,  comte  de  Razès. 

AIGUIFRED.   Voir  HUMFRID. 

S.  AIGULPHE,  évêque  de  Metz,  p.   148. 

Aime,  autrefois  Axima,  village  vers   les  sources  de 

l'Isère,  p.  72. 
AlULF,  roi  des  Suèves,  p.  524. 
A IX;    ses    évêques    furent-ils    soumis  aux    évêques 

d'Arles?  p.    141 . 
Aix-L,\-CiiArP.LEE  (assemblée  d'),  en  837;  partage  de 

l'Empire  qui  y  est  décidé,  p.  353. 
Alains;  occupent  sous  Aëce  les   pays  situés  entre 

la   Loire   &  le  Rhône,  p.  95;  cantonnés  sur  la 

rive  droite  de  la  Loire,  p.  523. 
ALAHOR,  gouverneur  d'Espagne.  Foir  AL-HORR. 
Alaon,  monastère  du  diocèse  d'Urgel,  p.   187. 

—  (charte  d'),  pp.    189,   191,  192. 

—  (charte  dite  d'),  publiée  par  le  cardinal  d'A- 
guirre,  p.  187;  sur  son  authenticité,  pp.  189, 
191 ,  192  ;  M.  Fauriel  en  fait  à  tort  le  fondement 
de  son  Histoire  de  la  Gaule  méridionale^  p.  197; 
sa  langue;  le  but  que  s'est  proposé  son  auteur; 
preuves  de  sa  fausseté;  erreurs  historiques  qu'elle 
renferme,  p.  198;  personnages  qu'elle  a  inven- 
tés; personnages  empruntés  par  elle  à  l'histoire, 
p.  199;  son  histoire,  p.  2co;  quel  peut  être  l'in- 
venteur de  cette  charte?  p,  2o3;  à  quelle  époque 
a-t-elle  dû  être  fabriquée?  p.  204;  il  y  a  tout 
lieu  de  croire  qu'elle  est  l'œuvre  du  faussaire 
Tamayo  Salazar,  p.   iSp. 

ALARIC  I,  roi  des  Visigoths,  époque  de  sa  pre- 
mière entrée  en  Italie,  p.  020;  sa  seconde  inva- 
sion en  Italie;  sa  mort,  p.  52 1. 

ALARIC  II,  roi  des  Visigoths,  p.  525;  époque  de 
son  entrevue  avec  Clovis,  p.  i3i;  durée  de  son 
règne  &  époque  de  sa  mort,  pp.  i33,   134. 

ALARIC,  comte  d'Ampurias,  pp.  277,  32o,  32 1. 

ALBE,  sœur  de  saint  Guillaume  de  Gellone,  p.  272. 

Ai.i;e;  il  est  difficile  de  bien  établir  l'époque  de  la 
translation  du  siège  d'AIbe  à  Viviers,  p.  55. 

Am!i,  n'appartenait  pas  aux  Visigoths  à  l'époque 
du  roi  Wamba,  p.   182. 

AiiiiGEois;  ce  pays  a-t-il  été  conquis  par  Théo- 
doric sur  les  Français?  pp.   i37,   145. 

ALCIME,  fille  de  Sidoine  Apollinaire,  p.  134. 

ALDANE,  épouse  de  Théodoric,  mère  de  saint 
Guillaume  de  Gellone,  p.  272. 

ALDEGONDE,  femme  d'Eckard,  comte  d'Autun, 
p.   278. 

ALDRIC,  archevêque  de  Sens,  p.  348. 

ALEAUME.  Foir  ADALELME. 

ALEDRAN,  marquis  de  Gothie  &  comte  de  Barce- 
lone, pp.  232,  235,  274,  3i8;  n'était  pas  mar- 
quis de  Gothie,  p.  317. 

Ai.ET,  abbaye;  époque  de  sa  fondation,  pp.  235, 
335,  338, 

ALEXANDRE  II,  pape,  p.  564. 

ALEXANDRE,  moine  de  Toulouse,  adversaire  de 
Vigilance,  p.  88. 

AL-HORR,  ALAHOR  ou  EL-HAUR,  chef  arabe; 
son  expédition  en  Septimanie,  pp.  i85,  552, 
555. 

Allia  (bataille  de  1'),  p.  435. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


Ai.i.EMANOS  OU  Vandai-hs;  époque  de  leur  invasion 
sous  les  ordres  de  Crocus,  p.  88. 

Am'KS;  les  anciens  appelaient  ainsi  les  montagnes 
d'Europe;  Fortunat  donne  ce  nom  aux  Pyré- 
nées &  aux  montagnes  d'Auvergne,  &  l'Astro- 
nome aux  Cévennes,  p.  S^. 

—  CoTTiHiNNES,  appartenaient  à  l'Italie,  p.  22. 

—  GnECQiES  ou  Penmnes,  p.  76;  leur  province 
ecclésiastique  n'a  jamais  dépendu  de  l'ancienne 
Narbonnaise,  p.   107. 

—  MAr.iTiMHS;  il  faut  distinguer  deux  provinces 
de  ce  nom,  l'une  érigée  par  Auguste  &  l'autre 
par  Constantin,  p.  76;  cette  province  subsistait 
longtemps  avant  le  milieu  du  quatrième  siècle, 
p.  108;  elle  faisait  partie  des  Sept  provinces, 
p.   I 20. 

Ali'S,  époque  de  la  destruction  de  cette  ville,  p.  94. 
A  1,7,0 N,    canton    de    l'arrondissement    du    Vigan 

(Gard),  p.   i5o. 
AMALARIC,  roi  des  Visigoths;   époque  de  son  rè- 
gne; sa  mort,  pp.   14.'),  144,  525. 
5.  AMAND,   évéque  de  Maëstricht,  abbé  d'Elnonc, 

pp.  148,  189. 
AlMAND,  duc  des  Gascons,  pp.  187,   189;  cité  dans 

la  généalogie  d'Eudes,  p.   188. 
S.  AMANS,  évêquc  de   Rodez;   a-t-il  été  évéque  de 

Lodèvei'  pp.  5o,  5i. 
AMANTIA,  épouse   de   Sérénus    &  mère  de  Gisèle, 

citée  dans  la  généalogie  du  duc  Eudes,  pp.   188, 

189. 
S.  AMANTIUS,  évêque  d'Avignon.  To/V  AMATIUS. 
S.   AMARAND ,    martyr;    son   tombeau   à   Vieux, 

p.  182. 

—  translation  des  reliques  de  saint  Amarand, 
saint  Eugène,  &c,  en  1494,  p>   i33. 

AMARVAN,  duc  de  Saragosse,  p.  188. 

S.  AMATIUS,  évêque  d'Avignon,  pp.  54,  90;  ses 
actes  mentionnent  Félix  qui  aurait  été  le  pre- 
mier évêque  de  Nimes,  p.  49. 

AIMHIGATE,  roi  des  Bituriges,  p.  484;  étendue  de 
ses  Etats,  p.  3. 

AMRIZA,  AMBESSA-ou  ANBASA  BEN  SOHAÏM, 
chef  arabe,  gouverneur  de  l'Espagne,  p.  i85; 
histoire  de  son  gouvernement,  pp.  553,  556; 
assiège  Carcassonne  cinq  ans  après  le  siège  de 
Toulouse  par  Zama,  p.  204. 

AMÉ,  créé  patrice  par  Contran,  roi  de  Bourgogne, 
à  la  mort  de  Celse,  p.  157. 

A.MICUS,  comte  de  Maguelonne,  pp.  269,  3i5. 

AMOR  ,  chef  arabe  envoyé  en  Gaule  par  Okba, 
p.   554. 

AMPELIUS,  évêque  qui  souscrit,  en  38i,  le  con- 
cile de  Saragosse,  mais  dont  le  siège  n'est  pas 
marqué,  p.  53. 

Jmpclus,  ville  à  la  limite  occidentale  de  la  Ai- 
•fuaxuT^,  p.  38 1 . 

AiMPURiAS  (comté  d'),  pp.  235,  277;  uni  à  la  Mar- 
che de  Toulouse,  p.  270. 
ANANFRED.  Voir  HUMFRID. 

AVASTASE,  empereur,  en  guerre  avec  Théodoric, 
•1.   i!i6. 


569 

ANASTASE  LE  BIBLIOTHÉCAIRE;  discoMion  iur 

un  passage  de  cet  auteur  relatif  aux  invasions 
arabes,  pp.   i85,  1 86. 

A.NATiLiENS;  situation  du  pays  occupé  par  ces  peu- 
ples, p.  99;  ils  n'étaient  m  Narbonnais,  ni  Aré- 
comiques,  p.  99. 

ANAXICRATE,  archonte  d'Athènes,  p.  12. 

ANBASA-BEN-SOHAÏM,  gouverneur  arabe  de  l'Es- 
pagne,  f^oir  AMBIZA. 

ANCHIGISE,  fils  de  saint  Arnoul,  père  de  Pépin 
d'Héristal,  p.   190. 

ANDROSTHÈNES ,  élève  d'Eucadmus,  sculpteur 
grec,   travaille  au  temple  de  Delphes,  p.  388. 

A.NGOiJMOiS;  fait  partie  de  l'Aquitaine  deuxième, 
p.     123. 

Amane,  abbaye,  p.  3i5. 

—  discussion  sur  quelques  diplômes  royaux  pro- 
venant des  archives  de  cette  abbaye,  pp.  564  & 
suiv. 

—  (annales  d');  leur  valeur,  leur  source,  p.  55i; 
détails  qu'elles  fournissent  sur  les  irruptions  des 
Sarrasins  dans  les  Gaules,  pp.  204,  2o5. 

Anic'ium,  Ams  ou  le  Ply,  ville  du  Vêlai,  p.  171; 
existait  pendant  la  période  gallo-romaine, 
p.  181;  était  différent  de  Vellava,  d'après  Gré- 
goire de  Tours,  p.   177. 

—  (évêques  d');  depuis  quelle  époque  ce  titre  fut-il 
porté  par  les  évéques  du  Puyi"  p.  172. 

ANNE,  fille  de   Béra,  comte  de   Razès,  &  de  Ro- 

trude,  p.  3i8. 
ANNE,  fille  d'Alaric,  comte  d'Ampurias,  &  de  Ro- 

trude,  p.  322. 
ANNIBAL,  rencontre  les  Volkes  entre  les  Pyrénées 

8c  le  Rhône,  p.  486;  à  quel  endroit  a-t-il  passé 

le  Rhônei'  pp.   17,  18,  19. 
ANNIUS,  lieutenant  de  Sylla,  p.  428. 
ANSCHERIC,    évêque    de    Paris,    chancelier    sous 

Charles  le  Simple,  p.  563. 

ANSEMOND,  chef  goth,  livre  la  Septimanie  à  Pé- 
pin, pp.  211,  554. 

ANSEMOND,  prend  le  titre  de  vidame  &  de  vi- 
comte, en  843,  dans  une  charte  de  Girone, 
p.    193. 

ANTHÈME,  empereur  d'Occident,  pp.  117,  520. 
Antibes,  ville  appartenant  aux  Décéates,  p.  78; 

l'évêque  de  cette  ville  ou  son   délégtfé  assiste  au 

concile  d'Agde,  en  5o6,  p.  121. 

ANTIPATER,  succède  à  Méléagre,  comme  roi  de 
Macédoine,  p.  i3. 

ANTOINE,  vicomte  de  Béziers,  p.  188. 

S.  ANTONIN,  martyr  en  Gaule;  causes  qui  peuvent 
le  faire  confondre  avec  saint  Antonin,  martyr 
de  Syrie,  p.  62;  s'il  a  été  martyrisé  dans  les 
Gaules  ou  à  Apamée,  en  Syrie?  p.  59;  noms  de 
ses  compagnons,  p.  63. 

S.  ANTONIN,  martyr  en  Syrie;  raisons  qui  peu- 
vent le  faire  confondre  avec  le  précédent,  p.  62. 

ANTRICUS,  prétendu  comte  de  Querci,  p.  365. 
AONULF,  chef  visigoth,  p.  322. 
Apam'iae,  Voir  Pamieus. 

APOLLINAIRE,  nom  de  famille  d«  l'évéqu*  de 
Clermont,   Sidoine,  p.    134. 


570 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


APOLLONIUS,  comte  d'Agde,  p.  3i5. 

APPELLIUS,  évêqiie  d'Elne,  p.  53. 

Aquitaine;  pays  qui  portaient  ce  nom  au  qua- 
trième siècle,  p.  83;  étendue  que  lui  donne  à 
tort  dom  Vaissete,  p.  267;  les  Visigoths  s'y  éta- 
blissent, p.  522;  elle  est  conquise  par  les  Francs 
&  les  Bourguignons,  p.  525;  ses  limites  sous  les 
mérovingiens,  p.  269;  au  huitième  siècle  elle 
aurait  été  le  domaine  des  descendants  de  Chari- 
bert,  &  au  neuvième  celui  des  descendants  de 
saint  Guillaume  de  Gellone,  p.  267;  ses  limites 
après  le  partage  fait  par  Charlemagne  à  Thion- 
ville,  en  806,  p.  270 ;  modifications  qu'elle  subit 
lorsque  Louis  le  Débonnaire  associe  Lothaire  à 
l'Empire,  p.  270. 

—  (monnaies  de  1'),  p.  425. 

—  (royaume  d');  ses  comtes,  ses  ducs  &  ses  mar- 
quis, note  rectificative,  p.  267;  ses  divisions  sous 
lescarlovingiens,  pp.  268,  269,  270,  271;  époque 
où  il  fut  séparé  de  la  Septimanie,  p.  843;  réuni 
à  la  monarchie  sous  Louis  le  Bègue,  p.  271;  les 
fonctions  du  gouvernement  y  sont  confiées  à  des 
hommes  de  race  franque,  p.  269. 

—  (duché  d'),  pp.  169,  2i5  &  suiv.;  sa  division 
en  deux  duchés,  pp.  252,  267;  n'a  pas  eu  lieu 
après  le  traité  de  Fleuri- sur-Loire,  ainsi  que 
le  dit  dom  Vaissete,  p.  3o6. 

—  (duc  d');  ce  titre  aurait  été  synonyme  de  celui 
de  duc  de  Toulouse,  p.  267;  titre  porté  par 
Guillaume  Tête  d'Étoupe,  p.  283. 

—  (ducs  d'),  pp.  214  &  suiv. 

—  (ducs  d'une  partie  de  1')  depuis  GuillauiQe  le 
Pieux,  p.  262. 

—  (comtés  en),  au  nombre  de  neuf;  leur  organi- 
sation, p.  269. 

—  (Deux)  comprises  dans  les  Sept  Provinces, 
p.    120. 

—  Deuxième  cédée  aux  Visigoths  par  Constance 
au  nom  d'Honorius,  pp.  ii3,   122,  120. 

—  Neustkienne,  p.  169. 

AnABES;  note  sur  leurs  invasions  dans  le  Langue- 
doc, d'après  les  historiens  occidentaux  &  orien- 
taux, pp.  549  &  suiv.;  sources  chrétiennes  de 
ces  événements,  pp.  549,  55o.  Foir  Sarrasins. 

Aragon,  royaume,  p.  202. 

—  (rois  d');  leur  origine,  p.  288. 
ARCAXANES,*tribu  ligurienne,  p.  378. 
ARBERT-BENOIT,   fils  de   Raimond  I,   comte  de 

Toulouse,  pp.  364,  369. 
ARBORIUS,   envoyé  de  Théodoric  II  en   Espagne, 

p.   116. 
ARCANUS  (jEmilius),  duumvir  de  Narbonne  sous 

Adrien,  p.  47. 
ARCONTIUS,  évêque  de  Viviers,  p.  04. 
ARDULFUS,  évêque  de  Viviers,  p.  54. 
Arécomiques,   l'une  des  deux  grandes  tribus   des 

Volkes,  p.  436;    étendue  de  leur  pays,   p.  32; 

ont-ils  jamais  été  soumis  aux  Marseillais?  p.  43  ; 

division    de    leur   pays   en  pagi   ou    bourgades, 

p.  414. 

—  monnaies  d'argent  &  de  bronze  émises  par  ce 
peuple,  pp.  490  &  suiv. 

—  (monnaies  faussement  attribuées  aux  Volkes), 
pp.  5i8,  519. 


AREMBERGE,  première   femme  d'Èble,  comte  de 

Poitiers,  p.  283. 
Argent  (monnaies  d'),  attribuées  faussement  aux 

Volkes  Tectosages,  p.  5 18. 
ARGILA   ou    ARGILLA,  comte   de  Razès,   fils   de 

Béra  &  père  de  Béra  II,  pp.  277,  3i3. 
ARIBERT,   archevêque   de   Narbonne;    époque   de 

son  épiscopat,  p.  340. 
ARIBERT,  roi  de  Toulouse.  Foir  CHARIBERT. 
ARIBERTUS  ou  HÉRIBERT,   fils  de   saint  Guil- 
laume de   Gellone,   p.  272;   a    les  yeux  crevés, 

p.  273.  Foir  HÉRIBERT. 
Arisica  (vicaria) ,   comprenait  probablement  toute 

la  vallée  de  l'Arre,  p.   i5o. 
Arisitensis  pagus,  -p.  146. 

—  vicus,  pp.  144,  149;  siège  d'un  évêché  au  sixième 
siècle,  d'une  viguerie  carlovingienne  au  neu- 
vième, répond  à  la  partie  occidentale  de  l'arron- 
dissement du  Vigan  (Gard),  p.  i5o. 

Arisitum.  ou  Arisidum,  évêché  érigé  au  sixième 
siècle  par  les  rois  d'Austrasie;  conservé  jusqu'à 
la  fin  du  septième  siècle  sous  la  dépendance  de 
l'église  de  Metz,  pp.    148,   149. 

AuLES;  si  elle  fut  la  métropole  des  Cinq  Provinces 
avant  de  l'être  des  Sept?  p.  io5;  le  siège  du 
préfet  des  Gaules  y  était  établi  dès  le  commen- 
cement du  cinquième  siècle,  p.  104;  assiégée 
par  les  Visigoths,  p.  522;  est  assiégée  de  nou- 
veau par  les  Visigoths,  p.  624;  époque  du  siège 
de  cette  ville  par  Théodoric,  roi  des  Visigoths, 
p.  1 16;  est  prise  par  les  Visigoths;  Euric  meurt 
dans  cette  ville,  p.  525;  à  quelle  époque  les 
Français  l'ont-ils  assiégée?  p.  i3p;  livrée  aux 
Arabes  par  Mauronte,  p.  554. 

—  (évêques  d');  leur  juridiction  sur  les  provinces 
des  Alpes  maritimes  &  grecques,  p.  io5. 

Arles  (abbaye  d') ,  rétablie  par  Miron,  comte  de 
Roussillon,  pp.  240,  292. 

ARMENT  AIRE,  évêque  d'Embrun,  déposé  au  con- 
cile de  Riez  de  439,  p.   106. 

ARNAUD  DE  VERDALE,  évêque  de  Maguelonne, 

p.    223. 

ARNAUD,  comte  d'Agde  &  de  Béziers,  p.  3i5. 
ARNAUD,  comte  de  Razès  vers  949,  p.  264. 
S.  ARNOUL,  évêque  de  Metz,  pp.  167,  190. 
ARNOULT,  régent  du  royaume  d'Aquitaine  pen- 
dant la  minorité  de  Louis  le  Débonnaire,  p.  269. 

Arrian,  château  dans  le  Gonflent  ou  le  Roussil- 
lon, p.  239  Arria.  [Pyrénées-Orientales)^  arr.  de 
Perpignan. 

Arsat;  cet  évêché  aurait  été  créé  par  les  Visigoths, 
p.  147;  son  histoire,  pp.  146,  147. 

ARSINDE,  femme  d'Arnaud,  comte  de  Carcassonne, 
pp.  287,  3i3. 

ARSINDE,  femme  de  Borrel,  cinquième  fils  de  Wi- 
fred  le  Velu  &  comte  d'Ausone,  p.  291. 

Arssaguez  {pagus  Arisitensis),  pays  compris  dans 
le  Rouergue,  p.  146;  ce  pays  na  jamais  existé 
&  a  été  imaginé  par  dom  Faissete  a  la  suite  d'une 
fausse  lecture  de  la  charte  en  (Question.  En  réalité 
le  texte,  qui  est  en  langue  vulgaire,  porte  Laissa- 
GUEZ,  pays  de  Laissac  (Aveyron) ,  arr.  de  Millau. 
Foir  le  texte  au  tome  VIII,  à  l'an   1207. 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


J71 


ARTALGARIUS,  comte  des  Marches  de  Gascogne, 
pp.   188,   190. 

ASINARIUS,  vicomte  de  Louvigni  84  de  Soûle, 
pp.  I  88,  19!. 

ASPASIUS,  père  de  sainte  Carissime,  p.  i33. 

AsTARAC,  comté  en  Gascogne,  p.   i5i. 

ASTRONOME  (1'),  surnom  donné  à  l'auteur  ano- 
nyme de  la  Vie  de  Louis  le  Débonnaire;  cité  8t 
critiqué,  pp.    191,  269,  270,  271. 

ATAULPHE,  roi  des  Visigoths,  p.  52 1;  époque  de 
sa  tentative  sur  Marseille,  p.  95;  il  épouse  Pla- 
cidie;  se  rend  maître  de  Toulouse,  pp.  96,  52 1; 
date  de  sa  mort,  p.  i  17. 

Atax,  rivière,  p.  38 ij  Aude. 

—  modifications  apportées  dans  le  cours  de  ce 
fleuve  par  les  travaux  d'art  des  Romains, 
pp.  527,  528. 

ATHAl^AGILDE,  roi  des  Visigoths,  p.  147. 

ATTALE,  empereur,  p.  52t. 

ATTILA,  roi  des  Huns,  p.  523;  sur  quelques  cir- 
constances de  son  invasion  en  Gaule,  p.  it3. 

Attilian  (concile  d'),  en  902,  p.  238. 

AUCUPA.  Fb/VOKBA. 

AUDIBERT  (l'abbé);  attribue  trop  d'importance  à 
la  date  des  monnaies  trouvées  à  Vieille-Tou- 
louse &  à  Toulouse,  pour  fixer  la  date  de  la 
construction  de  ces  deux  villes,  pp.  537,  538. 

AUDIGIER,  chanoine  de  Clermont,  auteur  d'une 
histoire  manuscrite  d'Auvergne,  p.   178. 

AULUS  ou  AVOLUS,  évêque  de  Viviers,  p.  54. 

AURÈLE,  évêque  de  Vêlai  ou  du  Puy,  pp.  171, 
173,  177. 

AURÉOLE,  AURIOLE,  fils  d'Alaric,  comte,  com- 
mande dans  la  Marche  d'Espagne,  pp.  322,  373. 

AURIA,  femme  de  Centulpbe,  comte  de  Béa  m, 
p.    188. 

Aluillac,  château,  p.  280. 

—  (abbaye  d'),  p.  258. 

AURIOLE,  fils  d'Alaric,    comte   de  Roussillon,  & 

de  Rotrude.  Voir  AUREOLE. 
AusoNE;  son  église,  p.  319. 

—  (évéché  d'),  rétabli  par  Wifred,  p.  241. 

—  (comté  d'),  p.  234;  uni  à  la  Marche  de  Tou- 
louse, p.  270. 

AUSTÉRIUS,  évêque  de  Périgueux,  p.  167. 
S.  AUSTINDE,  archevêque  d'Auch,  p.  i5i. 
AUSTROVALDE,  duc  de  Toulouse,  p.  216. 
AuTUN,  brûlé  par  les  Arabes  en  725,  pp.  2o5,  553. 

—  (comtes  d'),  de  796  à  921,  p.  3oo;  leur  his- 
toire est  fort  obscure  de  827  à  864,  p.  3oi. 

Auvergne;  est,  en  473,  la  seule  province  des  Gau- 
les entre  la  Loire,  le  Rhône  &  les  Pyrénées  qui 
n'appartienne  pas  aux  Visigoths,  p.  i23;  épo- 
que où  les  Visigoths  s'en  emparent,  p.  120; 
a-t-elle'été  cédée  à  Euric,  roi  des  Visigoths,  par 
l'empereur  Nepos,  ou  ce  roi  s'en  est-il  emparé 
de  vive  force?  p.  129,  est  soumise  par  Thierry, 
fils  de  Clovis,  p.  137;  les  Saxons  y  passent  en 
retournant  d'Italie  en  Allemagne,  p.  157. 

—  (comtes  d')  sous  la  seconde   race,  pp.  246,  247. 


3o8. 


—  antien  nom  de  la  ville  de  Clermont,  p. 


92. 


AuxERnB;  son  municipe  était  divisé  en  deux  cir- 
conscriptions, p.  416. 

AuxolS,  ajouté  à  l'Aquitaine  par  le  partage  de  806, 
p,   270. 

AUXONIUS    ou    AUXANIUS,    évêque    de    Viviers, 

F-  54- 
AvALONNAis,  ajouté  à   l'Aquitaine  par  le  partage 

de  806,  p.  270. 
Avantici,  peuple  des  Alpes  maritimes,  réuni  à  la 

Niirbonnaise  par  Galba,  p.  74. 
AVE,  abbesse  de  Sauxillange,  sœur  de  Guillaume 

le  Pieux,  p.  3io. 
AVE,  religieuse,  fille  de  Bernard   II,  comte  d'Au- 
vergne, p.  286. 
AVE,  femme  de  Guifred,  comte  d'Ampurias  &  de 

Roussillon,  p.  294. 
AVE,   femme  de  Miron,  comte  de  Besalu,  fils  de 

Wifred  le  Velu,  p.  290. 
AVE,  femme  de   Guifred,   comte   de   Roussillon, 

p.    321. 

AvENCHES,  ville  de  Suisse,  fait  partie  de  la  Séqua  - 
naise,  p.  107;  était,  avant  sa  destruction,  la  mé- 
tropole ecclésiastique  des  Alpes  grecques,  p.  107. 

AVITUS,  préfet  des  Gaules,  p.  523 j  élevé  à  l'em- 
pire par  les  Visigoths,  p.  524. 

AVITUS,  parent  de  Sidoine  Apollinaire,  p.  122. 

Avignon,  livrée  aux  Arabes  par  Mauronte,  reprise 
par  Charles  Martel,  pp.  554,  ^^7» 

Aximci,  aujourd'hui  Aime,  village  vers  les  sources 
de  l'Isère,  p.  72. 

AYMAR,  premier  abbé  de  Figeacj  époque  de  sa 
mort,  p.  368. 


B 


BADDON,  épouse  légitime  de  Reccarède,  doit  être 
mère  de  Liuva  II,  p.   161. 

BADERA,  p.  547. 

Bages  (étang  de),  p.  527  (Aude),  arr.  de  Narhonnc. 

Bagsols,  p.  32  1  ;  Banyuls'des-Asprcs  (^Pyrénées- 
Orientales),  arr.  de  Céret, 

BALUZE;  erreurs  de  cet  auteur  au  sujet  des  comtes 
d'Auvergne,  p.  248,  &  de  Bernard,  fils  d'Ac- 
fred  I,  comte  de  Razès,  p.  014. 

Banyuls  (col  de),  p.  432. 

Barcelone;  tombe  au  pouvoir  des  Visigoths, 
p.  521;  époque  du  siège  de  cette  place  par  Louis 
le  Débonnaire,  p.  329. 

—  (comté  de),  uni  à  la  Marche  de  Toulouse, 
p.  270. 

—  (Marche  de);  ses  comtes  &  ses  marquis,  p.  3  18. 

—  (comtes  héréditaires  de),  pp.  214  &  suiv.,  237; 
erreur  des  Bénédictins  qui  prétendent  que  le 
titre  de  comte  de  Barcelone  &  celui  de  marquis 
de  Septimanie  ont  toujours  été  synonymes, 
p.  3i5. 

—  (concile  de)  de  906,  pp.  241,  290. 
BARTHÉLÉMY,  archevêque  de  Narbonne,  pp.  32(5, 

348,  349. 
L'asseua,  montagne  dans  le  comté  de  Razès,  p.  314. 


5/2 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS  ET  DES   MATIÈRES. 


Bassin  n'on,  promis   par   Sésenand,  roi   des  Visi- 

goths,  à  Dagobert,  p.    171. 
BAUDEMONT,  disciple   de  saint  Amand  &  auteur 

de  sa  Vie,  p.   1  89. 
BAUDOIN,  évèque  d'Albi  en  844,  p.  2^4. 

S.  BAUSILE  DE  NIMES  5  monastère  construit  sur 
son  tombeau,  p.   i33. 

Bautices  (Saint-Mat-tin  de),  église,  pp.  294,  32i. 

Bazas,  assiégée  par  les  Visigoths,  p.   loi. 

Bi-.MiLinu,  abbaye,  pp.  3o8,  364,  365;  époque  de 
sa  fondation,  pp.  36ô,  366. 

EÉnnYCES  de  Bithynie,  en  Asie,  pp.  3o,  3i. 

Béuuyces  ou  Bf.nr.YKF.S,  peuples  qui  auraient  ha- 
bité les  environs  de  Narbonne  jusqu'aux  Pyré- 
nées; auteurs  qui  en  parlent,  pp.  3o,  3i,  278; 
témoignages  des  auteurs  anciens  au  sujet  de  ce 
peuple;  son  origine,  p.  378. 

BÉBRYX,  fille  de  Danniis,  p.  3o. 

BELGI,  chef  arabe  en  Espagne;  réponse  à  une 
observation  de  M.  d'Hermilli  qui  lui  est  rela- 
tive, p.  372. 

BF.i.i.rGAr.DE  (fort  de),  p.  431. 

BEI.LOVÈSE,  neveu  d'Ambigate,  pp.  38o,  38 1, 
434  ;  pays  qu'habitèrent  les  peuples  qui  l'ac- 
compagnaient, pp.  4,  .5  &  suiv.;  portée  &  sens 
des  traditions  qui  lui  sont  relatives,  pp.  38o, 
33  r. 

BENCION,  comte  d'Ampurias,  p.  322. 

BENCION,  comte  de  Carcassonne,  successeur  d'O- 
liba  II,  pp.  263,  287,  3i2. 

BENCION,  fils  de  Suniaire  II,  comte  de  Roussillon, 
pp.  294,  32 I . 

BENOIT  I,  pape,  p.    1.06. 

S.  BENOIT,  abbé  d'Aniane,  pp.   190,  564. 

BÉRA,  abbé  de  Saint-Chinian,  p.  328. 

BEIlA,  Goth  de  naissance,  marquis  de  Septimanie 
&  comte  de  Barcelone,  pp.  223,  233,  276,  3i6, 
3i8;  erreur  des  auteurs  de  l'j4rt  de  vérifier  les 
dates  au  sujet  de  ce  marquis,  p.  3 16. 

BERA  I,  comtï  de  Razès,  fondateur  de  l'abbaye 
d'Alet;  sa  généalogie  d'après  les  Bénédictins, 
p.  338;  était  probablement  fils  de  saint  Guil- 
laume de  Gellone,  p.  273;  est  différent  de  Béra, 
comte  de  Barcelone,  p.  3r3. 

BÉR.A  II,  fils  d'Argila,  comte  de  Razès,  pp.  277, 

3i3. 
BÉRARTUS,  archevêque  de  Narbonne,  p.  191. 
BÉRENGER,  évèque  d'Elne,   fils   d'Oliba   Cabreta, 

pp.    292,    321. 

BliUENGER,  comte  ou  duc  de  Toulouse,  p.  222; 
remplace  pendant  quelques  mois  Bernard,  duc 
de  Septimanie,  pp.  234,  3  16  ;  époque  de  sa  mort, 
p.  3f)2  ;  fils  de  Hugues,  comte  de  Tours,  p.  297; 
faut-il  l'identifier  avec  le  comte  de  Vêlai  du 
même  nom?  p.  297. 

S    BERNARD,  archevêque  de  Vienne,  pp.  178,352. 

BERNARD,  roi  d'Italie,  pp.  344,  345. 

BERNARD  I,  duc  de  Septimanie,  pp.  214,  223, 
234,  252,  272,  3  18;  n'a  exercé  aucune  fonction 
dans  la  Marche  de  Toulouse,  p.  298;  époque  de 
sa  mort,  pp.  225,  226;  erreur  des  Bénédictins 
au  sujet  de  ce  personnage;  sa  mort,  p.  3  16. 


BERNARD  II,  fils  de  Dodane,  marquis  de  Gothie, 
pp.  242,  244,  245,  246,  274,  317;  peut  avoir 
été  comte  d'Autun,  p.  3oi;  sa  révolte;  est  tué 
par  Bernard,  fils  de  Blichilde,  p.  270;  sur- 
nommé le  Veau,  p.  285. 
BERNARD  III  PLANTEVELUE,  marquis  de  Go- 
thie, p.  3 17;  deuxième  du  nom  comme  comte 
d'Auvergne,  pp.  240,  246,  249,  25o,  285,  o3r; 
père  de  Guillaume  le  Pieux  &  mari  d'Ermen- 
garde,  p.  242. 
BERNARD,   marquis  de  Gothie,  fils  de  Bernard  2c 

de  Blichilde,  p.  242. 

BERNARD,  fils  de  Letgardou  Liutgarde,  confondu 

à  tort   avec    Bernard,    fils   de  Dodane,   p.  275; 

serait  père  de  Nortbert,  évèque  de  Vêlai,  p.  172. 

BERNARD    I,   comte   d'Auvergne,    pp.   246,   3c9; 

marié  deux  fois,  p.  284. 
BERNARD  II,  comte  d'Auvergne.    Fo'ir  aux  mar- 
quis de  Gothie. 
BERNARD     TAILLEFER ,    comte    de    Besalu,    filî 

d'Oliba  Cabreta,  p.  292. 
BERNARD,  fils  de  Blichilde,  p.  275;  un  instant 
duc  de  Gothie,  en  864;  a-t-il  été  comte  de  Poi- 
tiers!* erreurs  de  dom  Vaissete  &  des  auteurs  de 
l'Art  de  vérifier  les  dates  à  son  sujet,  p.  3o5;  ne 
laisse  pas  de  postérité;  appelé  Bernard  II  par 
dom  Vaissete,  p.  280;  généalogie  de  Bernard, 
comte  de  Poitou,  p.  280;  possesseur  du  comté 
d'Autun,  après  la  mort  de  Bernard,  fils  de  Do- 
dane, p.  3o2. 
BERNARD,    comte    des    Marches    de    Gascogne, 

p.    188. 
BERNARD,   comte   de    Poitou,   père  d'Emenon, 

p.  3o5. 
BERNARD,  comte  de  Toulouse,  fils  de  Raimond  J, 
p.    3oo;    a    possédé    le   Querci    après    son    père, 
p.  368;   comte  de  Toulouse  &  probablement  de 
Rouergue,  p.  069;  époque  de  sa  mort,  pp.  370, 

37'- 

BERNARD,  frère  d'Emenon,  comte  de  Poitiers, 
mari  de  Blichilde,  p.  279;  sa  mort,  p.  280. 

BERNARD,  fils  d'Acfred  I,  comte  de  Carcassonne, 
&  d'Adelinde,  pp.  287,  814. 

BERNON,  trésorier  de  Saint-Martin  de  Tours, 
p.   254. 

Berre  (bataille  de  la),  gagnée  par  Charles  Martel 
sur  les  Arabes,  p.  554. 

BERTHE,  sœur  de  saint  Guillaume  de  Gellone, 
p.   272. 

BERTRAND  III,  abbé  de  Castres,  p.  i83. 

BERTRAND,  frère  de  Boggis,  duc  d'Aquitaine,  cité 
dans  la  généalogie  d'Eudes,  pp.  168,  187,  188, 
189,    190. 

Besalu  (comté  de),  p.  241  ;  uni  à  la  Marche  de 
Toulouse,  p.  270. 

BESSE,  a  découvert  ou  inventé  l'épitaphb  de  l'abbé 
Citruin,  p.   1  83. 

BtziEr.S;  origine  probable  de  cette  ville,  p.  436; 
colonie  romaine,  époque  de  sa  fondation, 
p.  438;  époque  à  laquelle  les  Visigoths  s'en  em- 
parèrent, p.  1  19;  indiqué  comme  évéché  par  la 
Notitia  civitatum,  p.  121  j  livré  à  Pépin  par 
Ansémond,  p.  054. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES   MATIÈRES. 


BtziERS  (monnaies    attribuées   à),    pp.  5iz,   5i3, 

•■'I4- 

—  son  territoire  est  indiqué  par  plusieurs  chartes 
carlovingiennes ,  comme  étant  dans  le  suhur- 
bium  d'Agde,  p.  3i5. 

—  (comtes  de);  on  ne  connaît  le  nom  d'aucun 
comte  de  Béziers  pendant  la  période  carlovii^- 
gienne,  p.  3  i  j. 

—  (concile  de);  ce  concile  hérétique  est  préside 
par  Saturnin,  évêque  d'Arles,  p.  77. 

B'iltcrrae  Scptimanorum ,  p.    119. 

Bi(;oiiKE  (comté  de);   était   un   fief  de  Notre-Dame 

du  Puy,  pp.   173,   177. 
HLANDIN,  comte  d'Auvergne,  p.  21 3. 
Bi.AYE,  assiégée  par  Charles  Martel,  p.   196. 
lîLTCHILDE,  fille  de  Roricon  I,   comte  du  Maine 

&   nièce   de  Gauzbert,  femme  de   Bernard,   frère 

d'Émenon,  comte  de  Poitiers,  pp.  243,  280. 
Bod'tontici,  tribu  des  Liguriens  Chevelus,  p.  73;  ne 

sont    point    différents    des    Sentii    de    Ptolémée, 

P-  74- 
BOETIUS,  le  plus  ancien  évêque  de  Maguelonne 
connu  &  probablement  le  premier  de  cette  ville, 

lîOGGIS,  duc  d'Aquitaine  &.  de  Gascogne,  cité 
dans  la  généalogie  d'Eudes,  pp.  168,  187,  188, 
189,  190. 

EoiENS;  ont  pris  part  aux  expéditions  des  Tectc- 
sages;  ont  occupé  la  Bohême;  sont-ils  les  mêmes 
que  les  Tolistoboges?  p.  8;  vaincus  par  César, 
en  même  temps  que  les  Helvétiens,  leurs  alliés; 
pays  qu'ils  ont  occupés  en  Gaule  après  César, 
p.  8;  autres  peuples  qui  portaient  ce  nom, 
p.  8;  leurs  colonies  en  Italie  &  en  Germanie, 
p.  9;  sont  vaincus  par  les  Romains,  p,   12. 

BoLGES,  peuple  d'Irlande,  p.  436. 

S.  BONIFACE,  pape,  rétablit  l'église  de  Narbonne 
dans  ses  anciens  droits,  p.   110. 

BONIFACE,  comte  romain,  p.  023. 

S.  BONIT,  évêque  de  Clermont  en  Auvergne, 
p.    179- 

BONNEMIRE,  époux  d'Ermesinde,  p.  290. 

BonuEAL'X,  métropole  de  l'Aquitaine  deuxième, 
p.  123;  les  Visigoths  s'en  rendent  maîtres  après 
avoir  pris  Toulouse,  pp.  96,  52 1;  l'évêque  de 
cette  ville  assiste  au  concile  d'Agde,  en  ;jo6, 
p.  121;  pris  &  pillé  par  les  Sarrasins,  pp.  195, 
553,  557;  assiégé  par  Charles  Martel,  p.   196. 

—  (cimetière  des  Saulikhes  de  TEiinE-NicGnE  à), 
p.   542. 

—  (concile  de),  tenu  vers  673,  p.    182. 
BdUDELAiS,    fait    partie    de   l'Aquitaine   deuxième, 

p.    123. 
BORREL  1,  comte  d'Ausone,   p.    234;   histoire  de 
sa  famille,  p.  288. 

—  (généalogie  de  la  famille  de),  comte  d'Ausone, 
p.   293. 

r.ORREL    II,   comte    d'Ausone,    fils    de  Wifred    le 

Velu,  p.  290. 
BORREL,  comte  d'Urgel,  fils  de  Sunlaire,  devient 

comte  de  Barcelone,  pp.  291,  293,  319. 
BOSON,   marquis   de    Provence,   comte    d'Autun, 

p.   3o2}  roi  de  Provence,  pp.  261,  317. 


BOSON,  comte  de  Bourges,  p.  256. 

BOSON,  fils  de  Guillaume  le  Pieux,  meurt  avant 
son  père,  pp.  286,  3ii. 

BoLLou,  lieu,  p.  43  I . 

BoLNLAvnou,  ruisseau  qui  se  jette  dans  la  Ga- 
ronne au  port  Garaud,  à  Toulouse,  p.  544. 

BotnCES  (archevêques  de);  les  archevêques  de  Nar- 
bonne ont-ils  été  soumis  à  leur  primatie?  p.  323. 

—  l'évêque  de  cette  ville  assiste  au  concile  d'Agde 
en  5o6,  p.   121. 

Bour.GOU.NE;   les   Lombards  y   font   une   irruption, 

p.    157. 
BouncuiG.NO.NS,  vaincus  par  Clovis,  p.  525. 
Braga  (^Bracara),  ville  d'Espagne,  prise  par  Théo- 

doric  II,  pp.   I  14,  524. 
Buam,   lieu  du  Lauragais;   est-ce   VEbromagus,  où 

demeurait  saint  Paulin?  p.  80, 
Buan  ou  Emhixan,   sur   la  Garonne,  au-dessous  de 

Blaye,  p,  80. 
BRENNUS;    a-t-il    pillé   le    temple   de   Delphes? 

pp.    14,    i5,    16,    17;   défait   Antipater  en   47;», 

p.    ,3. 
Brianton,  une  des  villes  des  Segusiani,  p.  72. 
Bniou,  pays  sur  la  Charente,  p.  281. 
Br.iouDE  (Saint-Julien  de),  abbaye,  pp.  247,  284, 

309,  3 I o. 

—  (comté  de)  ou  du  PuY,  pp.  265,  286. 

BroJiontii,  peuples  des  Liguriens  Chevelus,  peut- 
être  les  mêmes  que  les  FcsJiantii  de  Ptolémée  ou 
les  FcJlantii  de  Pline,  p.  73. 

Br.o.NZE  (monnaies  de),  attribuées   faussement  aux 

Volkes  Tectosages,  p.  5  18. 
BRUNULFE,  oncle  de  Charibert,  p.   164. 
Bucii,  pays  du  Bordelais  qui  aurait  été  autrefois  la 

demeure  des  Boiens,  p.  8. 
BULL,  comte  de  Vêlai,  p.  269. 
BURCHARD,  duc,  père  de  Gerberge,  femme  d'Asi  - 

narius,  p.    188. 
BURGUNI),  comte  d'Eause  &  de  Fezensac,  pp.  272, 

296. 
Bt/.E.NS,     lieu    de    l'Arssaguez    (^corr,    Laissiiguez), 

p.    146. 


C 


CaiîANNES,  territoire  dans  le  comté  de  Pierrelatc, 
pp.  294,321. 

Cabaruks,  petit  pays  dans  le  voisinage  de  Carcas- 
sonne;  origine  de  son  nom,  p.    162. 

Caharet,  château  ;  est-ce  le  Caput  Arietis  de  Gré- 
goire de  Tours?  p.  162. 

Cadix,  p.  322. 

Cadui'.ces,  peuples  des  Gaules,  situés  en  dehors  de 
la  Gallia  Braccata,  p.  24. 

S.  CALAIS,  vivait  peu  de  temps  avant  Grégoire  de 
Tours,  p.  90. 

CALIXTE  I,  pape,  p.    177. 

CALIXTE  II,  p,  565;  bulle  de  ce  pape  pour  La 
Grasse,  p.  564. 

Camargue,  île  du  Rhône,  p.   139. 


474 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


CAMiiALECTRES,  peuples  cités  par  Pline,  se  divi- 
saient en  Agésinates  8c  Atlantiqiies,  p.  24. 

CAMILLE,  proconsul  d'Afrique  ou  de  la  Vien- 
noise, p.   110. 

Camprodon  (Saint-Pierre  de),  monastère  en  Cata- 
logne, p.  292. 

Capcir  (le),  p.  3i3. 

CAPDENIER,  riche  bourgeois  de  Castelnaudary ; 
son  testament,  p.   161. 

Caput  Arlet'is,  château  sur  les  frontières  de  la  Sep- 
timanie,  p.  161 . 

Carcasses,  appartient  aux  Visigoths  sous  le  règne 
de  Reccarède,  p.  162. 

Carcassonne,  pp.  424,  436;  époque  de  la  fonda- 
tion de  cette  colonie  latine,  ses  anciens  noms, 
pp.  449,  45o;  ne  devient  cité  épiscopale  qu'au 
sixième  siècle,  pp.  53,  121;  ses  premiers  évo- 
ques, p.  5i;  époque  du  siège  de  cette  ville  par 
les  Français,  p.  i36j  aurait  été  prise  par  le 
chef  arabe  Mousa,  pp.  55i,  552,  555;  prise  par 
Ambessa,  pp.  553,  556;  sa  soumission  à  Pépin, 
p.  554. 

—  (comtes  de)  sous  les  carlovingiens,  pp.  214  & 
suiv.,  262,  269,  3  r  I,  3  12. 

—  la  viguerie  de  Cabardès  est  réunie  à  celle  de 
Carcassonne,  p.  162. 

Caedone,  comté,  p.  234. 

S"'  CARISSIME;  ses  actes,  p.  i32. 

Cass'inogilus,  Casseneuil,  en  Agenais,  p.  33o. 

Cassotis,  fontaine  à  Delphes,  p.  391. 

Castella,  sens  de  ce  terme,  poste  militaire,  p.  437, 

CastELNAUdarY,  Castellum  novum  Arr'i,  p.   161. 

Castillon,  ville  du  comté  de  Pierrelate,  p.  295. 

CASTINUS,  général  romain,  p.  522. 

S.  CASTOR;  est  élu  évéque  d'Apt,  p.  io3  ;  le  mo- 
nastère fondé  par  ce  saint  était-il  situé  à  Nimes 
ou  aux  environs?  p.  102. 

CATEL;  examen  de  son  opinion  sur  l'étendue  de 
la  Gaule  Narbonnaise,  pp.  24,  25,  26,  27,  28,  29. 

Cattes  cités  par  Tacite;  faisaient-ils  partie  des 
peuples  des  Gaules  ou  de  la  Germanie?  pp.  4 
&  5. 

Caturiges,  peuples  des  Alpes  Grecques,  p.  72;  men- 
tionnés par  Ptolémée  comme  faisant  partie  de 
cette  province,  p.  76. 

Caunes,  lieu  sur  la  rivière  d'Argendouble,  p.  328. 

—  abbaye,  pp.  290,  3  14,  3  19;  son  origine,  p.  327. 
Q.  CÉCILIUS  MÉTELLUS  Cj£LER,  n'aurait  point 

commandé  dans  la  Gaule  Transalpine  au  mo- 
ment de  la  découverte  de  la  conjuration  de  Ca- 
tilina,  pp.  42,  43. 

S.  CÉLESTIN,  pape,  rend  à  l'église  de  Narbonne 
ses  anciens  privilèges,  p.   no. 

CELSE,  patrice;  date  de  sa  mort,  p.  157. 

Celtes,  peuple,  pp.  377,  436;  époque  où  ils  attei- 
gnent le  bord  de  la  mer  en  Gaule;  elle  coïncide 
avec  celle  de  leurs  conquêtes  en  Espagne,  p.  38o; 
pays  qu'ils  habitaient  d'après  Polybe,  Diodore 
de  Sicile  &  Strabon,  pp.  1,  2;  leurs  migrations 
racontées  par  Tite-Live,  Plutarque  &  Justin, 
pp.  433,  434,  435. 

Celtique,  nom  donné  par  Hécatée  au  pays  entre 
le  Rhône  &  les  Pyrénées,  p.  38o. 


Cent-Fontaines,  lieu  d'où  descend  la  Noguera, 
p.   202. 

Centrones,  peuple  des  Alpes  Grecques,  maîtres  de 
la  Tarentaise,  p.  72;  indiqués  par  Ptolémée 
comme  faisant  partie  des  Alpes  Grecques,  p.  76. 

CENTULLE,    fils    d'Adalaric,    duc    de   Gascogne, 

p.    188. 
CENTULPHE,  comte  de  Béa  m,  p.  188. 
Cépian,    lieu   du    diocèse   de   Narbonne,   p.    3 17; 

Cépie  (^Aude),  arr,  de  Limoux, 
Cépière,  près  de  Toulouse,  p.  424. 
CÉPION;   enlève   les  trésors  de  Toulouse,  p,  i5; 

dépouille   les   habitants  de  cette  ville  de   leurs 

libertés,  p.   21. 
Cerdagne,  Ceritan'ia,  pays,  p.   182. 

—  (comté  de),  p.  241. 

Céuet,  p.  431  {Pyrénées-Orientales). 

Cervera  (pointe  de),  p.  432;  située,  d'après  Marca, 

sur  les  limites  de  la  Narbonnaise,  p.  27. 
S.  CESAIRE,   évêque   d'Arles,   a   le   titre  de  vicaire 

de   Gaule  8c    d'Espagne,  p.   141  ;   étendue  de  ce 

vicariat,  p.   142. 
Cette,  en  Languedoc;  cette  ville  fut-elle  prise  par 

les  Français  sur  les  Visigoths,  sous  le  règne  de 

Childebert?  p.    i52. 

—  (cap  de)  {S'itius  ou  Setlus  mons),  p.   119. 
Ceuta,  ville  d'Afrique,  p.   i52. 

Cévennes;  formaient,  d'après  Catel,  la  limite  de  la 
Narbonnaise  jusqu'à  la  source  du  Tarn,  p.  22. 

S.  CHAFFRE,  abbé  de  Carmeri  ou  du  Monastier, 
p.    180. 

Chalcédoine  (concile  de),  p.  iii. 

CiiALONNAis,  ajouté  à  l'Aquitaine  par  le  partage 
de  806,  p.  270. 

Chalons  (concile  de),  p.  172. 

Chamalièues,  abbaye  de  filles,  fondée  par  Génésîus 
dans  un  faubourg  de  Clermont,  a  saint  Vosi 
pour  supérieur,  p.  180. 

Champlong  {corrigei  Camplong),  alleu  dans  la  Cer- 
dagne, p.  289. 

CHARIBERT  ou  ARIBERT,  roi  de  Toulouse,  cité 
dans  la  généalogie  d'Eudes,  pp.  187,  188,  189; 
commencement  8c  fin  de  son  règne;  étendue  de 
son  royaume,  p.   162. 

CHARLEMAGNE,  pp.  188,  190,  193,  270;  érige  le 
royaume  d'Aquitaine  en  faveur  de  Louis,  son 
fils,  p.  268;  sa  vénération  pour  l'église  du  Puy, 
p.  172;  discussion  sur  un  diplôme  de  ce  prince 
de  l'an  806,  pp.  558,  559;  une  bulle  de  1118 
lui  attribue  faussement  la  fondation  de  La 
Grasse,  p.  563. 

CHARLES  MARTEL,  maire  du  palais;  ses  expé- 
ditions en  Aquitaine,  p.  190;  sa  guerre  contre 
les  fils  d'Eudes,  p.  196;  invasions  des  Sarrasins 
sous  son  gouvernement,  p.  204;  les  bat  devant 
Poitiers,  pp.  543,  557;  expédition  de  ce  chef 
dans  le  Languedoc,  pp.  554,  557. 

CHARLES  LE  CHAUVE,  concurrent  de  Pépin  II 
au  royaume  d'Aquitaine,  p.  253;  conclut  en  845 
le  traité  de  Fleuri-sur-Loire,  p.  271;  faisait-il 
partir  les  années  de  son  règne  de  l'an  837? 
p.  357;  assiégea  deux  fois  Toulouse,  en  843  8c 
844;  preuves  apportées  par  dom  Vaissete  à  l'ap- 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


pui  de  cette  opinion,  pp.  358  &  suiv,  ;  le  pre- 
mier siège  de  Toulouse  par  ce  prince  n'a  jamais 
existé j  note  rectificative  des  nouveaux  éditeurs, 
pp.  36o,  36r;  p«Tys  que  le  partage  de  837  lui 
attribue,  p.  363;  discussion  sur  un  diplôme  de 
ce  prince  de  l'an  855,  p.  559 j  discussion  sur 
un  diplôme  de  l'an  859,  p.  56o;  discussion  sur 
un  diplôme  de  ce  prince  de  l'an  860,  pp.  56o, 
56 1  ;  discussion  sur  un  diplôme  de  ce  prince  de 
870,  pp.  56 r ,  662;  diplômes  de  ce  prince  pour 
Aniane,  p.  565. 

CHARLES  LE  SIMPLE;  charte  qui  lui  est  fausse- 
ment attribuée  par  dom  Martinez,  p.  202;  dis- 
cussion sur  un  diplôme  de  ce  prince  de  l'an  908, 
pp.  562,  563. 

CiiARKOux,  abbaye,  p.  Soy. 

Cheval;  monnaies  gauloises  qui  portent  la  figure 
de  cet  animal,  pp.  488  &  suiv. 

CHILDEBRAND.   Foir  HILDEBRAND. 

CHILPÉRIC  I,  père  de  Clotaire  II,  p.   i63. 

C:HILPÉRIC  II,  p.   192. 

CHILPING,  comte  d'Auvergne,  p.  21 3. 

CiiiNON;   les  Visigoths  s'en  emparent,  p.  024. 

CHINTILA,  roi  des  Visigoths;  époque  de  son  règne, 
p.   170. 

CHORSON  ou  TORSIN,  duc  de  Toulouse;  la  dé- 
fense de  la  Marche  de  Toulouse  lui  est  confiée 
par  Charlemagne,  pp.  216,  269,  295,  296. 

CHRAMNE,  fils  de  Clotaire  I,  p.   194. 
CHRYSOGONE,  cardinal  8c  bibliothécaire  de  l'É- 
glise romaine,  pp.  563,  564. 

CHUNIBERT,  abbé  de  Solignac,  pp.  365,  366,  367. 

CICÉRON;  reproches  qu'il  adresse  aux  peuples  de 
la  Narbonnaise,  p.  9;  restitution  d'un  passage 
de  cet  auteur  au  sujet  des  expéditions  de  Pom- 
pée dans  la  Gaule  Narbonnaise,  pp.  39,  40,  41. 

CnriiRES;  passage  du  Rhône  par  ces  peuples,  p.  33; 
leur  guerre  avec  Marius,  pp.  33,  34,  35,  36. 

CiMiEZ,  ville  des  Alpes  maritimes,  pp.  72,  74. 

Cinq  provinces  des  Gaules;  leur  vicariat,  pp.  68, 
69,  70.  7'>  72. 

CiTOU,  lieu  aux  environs  de  Caunes,  p.  328. 

CITRUIN,  abbé,  souscrit  le  treizième  concife  de 
Tolède,  p.  182;  est  cité  à  tort  comme  abbé  de 
Castres,  p.  182;  vers  en  son  honneur  gravés 
dans  l'église  de  Castres,  p.  182. 

Ciyitas  vetula  ou  Ruess'ium,  p.   178. 

Cl\mou,  petite  rivière  qui  se  jette  dans  l'Aude  au- 
près de  Trèbes,  p.   162. 

Clermont,  appelée  autrefois  Auvergne,  p.  92. 

—  (comté  de)  ou  de  Riom,  p.  286. 

CLODION,  vicomte  de  Polignac,  p.   178. 

CLODOSVINDE,  épouse  de  Reccarède,  roi  des  Visi- 
goths, p.   i6r . 

CLODULFE,  fils  de  saint  Arnoul,  p.   190. 

CLOTAIRE  I,  p.    147. 

CLOTAIRE  II,  roi  de  toute  la  monarchie  fran- 
çaise, cité  dans  la  généalogie  d'Eudes,  duc  d'A- 
quitaine, pp.   162,   188. 

CLOVIS,  roi  des  Francs;  époque  de  son  entrevue 
avec  Alaric,  pp.  i3i,  520;  assista-t-il  au  siège 
de  Carcassonne?  p.  137. 


Cluny  (abbaye  de),  fondée  par  Guillaume  le  Pieux, 

p.  249. 
CLUVIER,  a  nié  qu'aucune  colonie  gauloise  se  soit 

établie  au  delà  du  Rhin,  p.   10. 
CoLLiouRE,    p.    321}    est-ce    l'ancienne   Illiieris? 

p.  29. 
Colonies    latines' de   la    Province,   p.   447;   leurs 

noms,  p.  448;  leurs  privilèges,  p.  452;  ordres  à 

l'intérieur  de  ces  colonies,  pp.  452,  453;  droits 

de  leurs  habitants,  pp.  447,  448. 

—  latines  du  Languedoc,  p.  448;  époque  de  leur 
fondation,  pp.  448  &  suiv.;  discussion  du  texte 
de  Suétone,  de  l'inscription  de  Cominius,  p.  449. 

—  romaines  de  la  Narbonnaise,  p.  436;  droits 
des  habitants  de  ces  colonies;  p.  438;  manière 
dont  la  colonie  est  établie;  inscription  dans 
une  tribu;  attribution  d'un  territoire,  pp.  438, 
439. 

C0MMINGES  et  de  Conserans  (comtes  de),  p.  3i3. 

Comte;  sous  les  deux  premières  races  ce  titre  est 
donné  à  un  gouverneur  de  diocèse,  p.  214;  de- 
puis le  règne  de  Charlemagne  on  donne  à  plu- 
sieurs comtes  le  titre  de  marquis,  p.  214. 

CoNSERANS;  faisait-il  partie  de  la  Province  ro- 
maine ou  de  la  Novempopulaniei*  pp.  25,  26. 

—  (comtes  de),  p.  3i3. 

Consoranni,  peuples  d'Aquitaine  habitant  le  pnys 
de  Comminges,  p.  26. 

CONSTANCE,  patrice,  général  d'Honorius,  aide 
Patrocle  à  s'emparer  de  l'évêché  d'Arles,  p,  110; 
date  de  sa  mort,  pp.  i  |3,  52 1. 

CONSTANTIN,  usurpateur  de  l'empire,  p.  52 r. 

CONSTANTINE,   nom    donné    à    la    ville    d'Arles 

après  la  mort  de  Constantin,  p.  79. 
Consuaran'i,  peuples  qui   habitaient  anciennement 

une  partie  du  Roussillon  &  du  Confient,  p.  26. 
Convenae,  troupe  de  brigands  espagnols  établis  par 

Pompée  en  deçà  des   Pyrénées,  dans   le  pays  qui 

a  porté  leur  nom,  pp.  20,  429. 

CoRMERi,  abbaye  de  Touraine;  charte  de  Pépin  I, 
roi  d'Aquitaine;  en  sa  faveur,  p.  354. 

S.  CORNEILLE,  martyrisé  sous  Dèce,  p.  88. 

L.  CORNÉLIUS  LENTULUS,  consul  de  Rome,  l'.m 
479,  p.  12. 

Cossio  Vasatum  (aujourd'hui  Bazasj,  p.  425. 

Cox  (monnaies  trouvées  à),  p.  424. 

Crèmieux  (diète  de),  pp.  222,  35i. 

S.  CRESCENT,  prétendu  premier  évêque  de  Car- 
cassonne, p,  62. 

CRISPIN,  gouverneur  de  la  Viennoise,  p.  66. 
CRITOGNAT,   renfermé  dans   Alise,  détourne  les 
assiégés  de  se  soumettre  aux  Romains,  p.  21. 

Crocodile  (bronzes  de  Nimes  au  type  du);  histoire 
de  cette  famille  monétaire,  pp.  5oi,  5o2. 

CROCUS,  évêque,  qui  fut  chassé  de  son  siège  par 
Euric,  roi  des  Visigoths,  vers  474,  occupait  le 
siège  de  Nimes  ;  est-ce  celui  qui  assistait,  en  475, 
au  concile  d'Arles?  p.  5o. 

CROCUS,  roi  des  Vandales;  époque  de  son  irrup- 
tion, pp.  88,  89,  90,  91,  92,  93,  94;  y  a-t-il 
eu  plusieurs  personnages  de  ce  nom,  rois  des 
Allemands  ou  des  Vandales i*  p.  90. 


5/6 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


CitOiSSANT;   cet  emblème,  qui    figure    sur  certaines 

monnaies   de   l'ancien   Languedoc,    n'est   qu'une 

dégénérescence  du  type  des  monnaies  à  la  croix, 

p.  471. 
Croix;   monnaies  du   pays  des  Volkes,  anépigra- 

phes,  à  la  croix;  leur  attribution  est  incertaine; 

leur  origine  probable,  pp.  468  &  suiv. 
CUNÉGONDE,  première  femme  de  saint  Guillaume 

de  Gellone,  p.  272. 
Curatores  rerum  publ'tcarum,  rôle   &  institution  de 

ces  magistrats,  p.  406, 
CuxA,  abbaye,    pp.    240,  289,  291,  3i8,  820;  son 

origine,  p.  3  1  3. 
S.  CYBAR(£/'arcAiu5),  abbé  ou  reclus  à  Angoulème, 

p.  167, 
S.  CYPRIEN,  martyrisé  sous  Valérien    &  Gallien, 

p.  89. 
S.  CYPRIEN,  évéque  de  Carthage,  p.    io3;  écrit  au 

pape  saint  Etienne,  p.   112. 


D 


DACIER;  son  opinion  sur  l'époque  de  la  mort  de 
Ptolémée  Céraunus,  p.  12;  se  trompe  en  corri- 
geant la  chronologie  de  Plutarque,  p.  i3. 

DADON,  fondateur  du  monastère  de  Conques,  p.  553. 

DAGOBERT  I,  fils  de  Clotaire  II;  manière  dont 
il  faut  compter  les  jinnées  de  son  règne,  p.  162; 
fit-il  périr  son  neveu  lldérici'  p.  187;  cité  dans 
la  généalogie  d'Eudes,  p.  188;  fait  la  paix  avec 
les  Gascons,  p.   189. 

DAGOBERT  II,  roi  d'Austrasie;  son  existence  est 
longtemps  restée  inconnue,  p.    194. 

DALMACE,  évêque  de  Rodez,  souscrit  le  concile 
de  Clermont  en  535,  p.  145;  demande  la  réu- 
nion à  son  diocèse  du  pcgus  Arisitensis,  p.    147. 

DANIEL,  abbé  de  Caunes,  p.  328. 

DANIEL,  fils  de  Childéric  II,  plus  tard  roi  sous  le 
nom  de  Dagobert  II,  p.   194. 

DANIEL,  avocat  de  Richelme,  vicomte  en  Rous- 
sillon,  p.  322. 

DARDANE,  préfet  des  Gaules,  p.  52i. 

Daukaue  (port  de  la),  à  Toulouse,  p.  536. 

Dea.  A'ugusta  (auj.  Die),  p.  413. 

DfecÉAïKS,  peuple  gallo-ligurien,  p.  73. 

Dkcurions;  comment  on  obtenait  ce  titre;  leurs 
honneurs;  pouvoir  de  cet  ordre,  p,  442;  admi- 
nistration des  affaires  municipales,  affaires  reli- 
gieuses, choix  des  patrons  &  des  magistrats, 
pp.  442,  443;  leur  pouvoir  administratif  &  ju- 
diciaire dans  les  colonies  latines,  p.  453. 

Dcfensor  civitatis;  son  rôle,  p.  467. 

DELLON,  premier  comte  carlovingien  connu  de 
Carcassonne,  pp.  269,  3  12;  corrige^  BELLON  & 
voyc^  aux  Preuves  du  présent  volume,  c.  208. 

Delphes;  époque  de  son  siège  par  les  Tectosages, 
p.    .2. 

—  (temple  de);  menacé  par  les  bandes  de  Xerxès 
&  par  les  Gaulois;  époque  probable  de  sa  des- 
truction; chronologie  de  différents  édifices  qui 
se  succédèrent,  pp.  38 1,  382. 


Delimies  (temple  primitif  de);  traditions  ancien- 
nes sur  son  origine  &  sur  ses  architectes;  con- 
jectures des  modernes  à  son  sujet,  pp.  382,  383, 
384;  richesses  &  offrandes  qui  sont  déposées  de 
bonne  heure  dans  ce  temple,  pp.  385,  386. 

—  (temple  proprement  historique  de)  ;  sa  cons- 
truction ;  dépenses  qu'elle  entraîne  ;  manière 
dont  on  y  subvient,  pp.  386,  387. 

—  (description  du  temple  de);  ses  dimensions,  sa 
décoration,  son  trésor;  pillages  successifs  qu'il 
subit,  pp.  387,  388,  389. 

—  (description  des  alentours  du  temple  de);  pe- 
tits inonuments  &  reliques  qui  l'avoisinaient, 
pp.  392,  393,  394. 

—  (temple  de);  statues  de  dieux  8c  de  héros  qu'on 
y  voyait;  quelques  mots  sur  les  origines  &  l'his- 
toire de  la  statuaire  grecque,  pp»  397,  398,  399, 
400. 

DÉMOCLÈS,    archonte   d'Athènes,   l'an   476   de 

Rome,  pp.  12,  i3. 
Denier  de  Saint-Pierre;   a-t-il  été  levé  par 

Charlemagne  sur   les  églises  d'Aix-la-Chapelle, 

de    Saint-Gilles    &    de    Notre-Dame    du    Puyi* 

p.  177. 

S.  DENYS,  évéque  de  Paris;  époque  de  sa  mission 
dans  les  Gaules,  d'après  Grégoire  de  Tours, 
p.  49. 

DÉODAT,  évêque  de  Mâcon,  p.   167. 

DÉOTARIUS,  premier  évêque  d'Aisat,  p.  147. 

DEUTÉRIUS,  évêque  de  Lodève,  p.    145. 

S.  DIDIER,  évêque  de  Cahors,  pp.    i63,   182,  3?5. 

S.  DIDIER,  évêque  de  Langres,  p.  90. 

DIDIER,  curé  du  diocèse  de  Toulouse,  p.  83. 

DIDIER,  duc  de  Toulouse,  p.  216. 

Dignités;  manière  dont  elles  étaient  conférées 
sous  Charlemagne  &  sous  Louis  le  Débonnaire; 
n'étaient  pas  encore  héréditaires,  pp.  21 5,  267. 

DiocKSES  dont  se  composait  la  Narbonnaise  k  l'é- 
poque de  l'union  de  cette  province  à  la  cou  ^ 
ronne,  p.  211. 

DIODORE  DE  SICILE;  quelle  partie  des  Gauhi 
habitaient  les  Celtes  d'après  cet  auteur.''  p.  2. 

DOD'ANE,  femme  de  Bernard,  duc  de  Septimanie, 
p.  243. 

DODON,  serf,  p.  3oo, 

Domiùa  (via);  endroit  où  "îlle  i''ra  ne  hissait  les  Py- 
rénées; son  histoire,  pp.  43  i ,  432. 

DOMNUS,    premier    évêque    d'Elne,     occupait    C2 


siège  en  07  1 ,  p. 


53. 


DONAT,  comte,  envoyé  dans  la  Marche  d'Espa- 
gne, pp.  3oo,  3o  I . 

DONAT  LOUP,  comte  de  Bigorre,  pp.    188,   191. 

DoN/.i,  lieu  du  Poitou,  p.  254. 

DORMER,  érudit  espagnol;  communique  la  charu 
d'Alaon  au  cardinal  d'Aguirre,  p.  202. 

DOUBIOS    ou     WERNULF,    assassin     d'Atnulphe, 

p.     522. 

Drudas  (monnaies  trouvées  à),  p.  421. 

Duc;  sous  les  deux  premières  races,  ce  titre  désignj 

un  gouverneur  de  province,  p.  214. 
DURIS    DE    SAMOS,    l'un    des   historiens   anciens, 

mis  à  profit  par  Trogue-Pompée,  p.  405. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


Duumv'iri;  anciens  noms  qu'ils  ont   portés;  leurs 

fonctions,  p.  44J. 
DYNAME,   gouverneur   de   Marseille    &.    d'Uzcs, 

p.    i58. 
DYNAME,  femme   d'Hildebrand  ,  comte  d'Autun, 

p.   278. 


Eal'SE;  époque  de  la  destruction  de  cette  ville, 
p.  327. 

Eause,  comté  formé  par  saint  Guillaume,  duc  de 
Toulouse,  p.  296. 

Ehargehenui,  évêque  d'Angoulème,  était  peut-être 
contemporain  de  saint  Didier,  p.  167. 

EBLE,  archevêque  de  Reims,  p.  352. 

ÈBLE,  frère  de  Guillaume  Tête  d'Etoupes,  nbbé  de 
Saint-Hilaire  de  Poitiers,  puis  de  Saint-Maixent, 
&  évêque  de  Limoges,  p.  283. 

ÈBLE,  frère  de  Rainulfe  II,  comte  de  Poitiers, 
abbé  de  Saint-Hilaire  de  Poitiers,  pp.  255,  282, 
283,  807. 

ÈBLE,  comte  de  Poitiers  8c  duc  d'Aquitaine,  sur- 
nommé Mari'ier,  p.  26');  bâtard  de  Ranulfe  II, 
son  successeur  immédiat,  pp.  254,  256,  279, 
3o8j  succède  à  son  père  dans  son  comté;  en  est 
chassé  par  Adhémar,  p.  283;  rentre  dans  son 
comté;  porte  concurremment  avec  Raimond  III 
le  titre  de  duc  d'Aquitaine,  p.  3o8. 

ECIHCE,   père  d'Avitus,  p.  95. 

ÈBLE,  comte,  p.   191. 

Ehromagus,  lieu  mentionné  par  les  anciens  itiné- 
raires entre  Toulouse  &  Carcassonne,  p.  80;  sa 
situation,  pp.  80,  81,  82;  serait,  dans  Ausone, 
le  lieu  de  Braune,  sur  la  rive  gauche  de  la  Dor- 
dogne,  à  une  lieue  de  Lugagnac,  p.  82. 

ÉBROUIN,  évêque  de  Poitiers,  p.  281. 

ECFRID  ou  ACFRED,  comte  de  Toulouse,  pp.  225, 
226,  299. 

ECFROID,  évêque  de  Poitiers,  p.  3o8. 

ECKARD  ou  HECCARD,  fils  d'Hildebrand,  comte 
d'Autun,  p.  278;  a-t-il  été  comte  d'Autun i* 
p.  3o I . 

ECKARD,  cousin  du  précédent,  p.  278. 

ECKARD,  fils  d'Eckard,  p.  278. 

Édiles,  leurs  fonctions  dans  les  colonies,  pp.  444, 
445. 

ÉDOBIC,  général  français,  veut  secourir  Arles  & 
est  décapité;  en  quel  lieu  se  donna  la  bataille 
entre  ses  troupes  &  celles  de  Constance?  p.  95. 

EGFRID,  abbé  séculier  de  Saint-Hilaire  dé  Poi- 
tiers, p.  287. 

EGFRID.  Voir  HUMFRID. 

Elésykes,  tribu  ligurienne,  p.  879;  conjectures  au 
sujet  de  ce  peuple;    sa    situation   géographique, 
pp.  378,  379, 
ÉLIPAND,  archevêque  d'Arles,  p.  325. 
ELMERADE,  évêque  d'Elne,  fils  de  Suniaire  II  & 

d'Ermengarde,  p.  294. 
ELMETRUDE,   première   femme   d'Oliba    I,  comte 
de  Carcassonne,  pp.  286,  3 12. 


Elne,  autrefois  lll'ihens,  p.  100  ;  sa  soumission  à 
Pépin,  p.  554;  ne  devient  un  évêthé  qu'au 
sixième  siècle,  pp.  53,  121. 

—  (comté  d'),  sous  les  carlovingicns,  p.  269. 

S.  ÉLOI,  évêque  de  Noyon,  p.  167  ;  sa  vie  par  saint 
Ouen,  p.  95;  fondateur  de  l'abhaye  de  Soli- 
gnac,  p.  169. 

El.-SAMAH,  chef  arabe;  époque  de  son  expédition 
en  Gaule,  p.  55 r  ;  commencement  &  fin  de  son 
gouvernement,  ses  conquêtes  en  Gaule;  sa  mort 
devant  Toulouse,  pp.  552,  553.  Voir  ZAMA. 

Elusione,  lieu  entre  Toulouse  &  Carcassonne,  à 
neuf  milles  à.'' Ehromagus,  p.  81. 

E.MBRAN  ou  BnA.N,  sur  la  Garonne,  au-dessous  de 
Blaye,  p.  80. 

Embrun,  ville  capitale  des  Caturiges,  p.  72;  hui- 
tième cité  des  Alpes  Maritimes,  érigée  en  métro- 
pole des  sept  autres,  p.  76. 

ÉMENON,  abbé  d'Aniane,  p.  564. 

ÉMENON,  comte  de  Poitiers,  &  plus  tard  d'An- 
goulème, pp.  243,  252,  3o5;  histoire  de  sa  fa- 
mille, p.  279. 

ÉMENON,  fils  de  Bernard,  frère  d'Emenon  &  de 
Blichilde;  erreurs  commises  à  son  sujet  par  le 
Recueil  des  historiens  de  France  &  par  Pertz, 
p.  280. 

ÉINIILIANE,  seconde  femme  d'Eble,  comte  de  Poi- 
tiers, p.  283. 

EMILIUS,  consul  de  Rome,  l'an  476,  p.   i3. 

EMMON,  évêque  d'Arsat,  p.   148. 

Empalot,  pont  près  de  Toulouse,  p.  549. 

Emporiae ,  colonie  grecque  en  Espagne,  p.  404; 
était  située  sur  la  via  Domiiia,  p.  431. 

—  influence  des  monnaies  de  cette  ville  sur  celles 
de  la  Gaule  Narbonnaise,  pp.  422,  423. 

Eparchius.  Voir  CyiîAR. 

S.  ÉPIPHANE;  sa  harangue  à  Euric,  p.   129. 

S.  ÉREMBERT,  évêque  de  Toulouse,  p.    i83. 

ERIBALDUS,  évêque  de  Viviers,  p.  54. 

ERIFONS,  évêque;  Guillaume  le  Pieux   lui   donne 

les  biens  possédés  par  les  juifs  aux  environs  de 

Narbonne,  p.  25o. 
Erisdii  (Terra),  partie  de  l'ancien  diocèse  d'Alais, 

p.    149. 
ERMENALDUS,  abbé  d'Aniane,  p.  334. 
ERMENGAIRE  ou    IRMENGARIUS,   comte  d'Am- 

purias,  p.  32i . 
ERMENGARDE,    seconde    femme    de    Bernard    I, 

comte  d'Auvergne,  p.  284. 
ERMENGARDE,  femme  de  Bernard  II,  comte  d'Au- 
vergne &  mère  de  Guillaume  le  Pieux,  pp.  242, 

286. 
ERMENGARDE,  femme  d'Oliba  Cabreta,  comte  de 

Cerdagne,  p.  292. 
ERMENGARDE,  femme  de   Suniaire  II,  comte  de 

Roussillon,  pp.  294,  821. 
ERMENGAUD,  archevêque  de  Narbonne,  pp.  294, 

32!. 

ERMENGAUD,  comte  d'Urgel,  fils  de  Borrel,  comte 

de  Barcelone,  p.  298,  3iç. 
ERMENGAUD,    fils    de   Suniaire,  comte   d'Urgel, 

meurt  avant  son  père,  p.  291. 


II. 


37 


ERMESSINDE,  femme  de  Sunifred,  comte  d'Urgel, 
pp.  240,  288. 

PJRMESSINDE,  femme  de  Bonnemire,  p.  290. 

ERMILADIUS,  comte  d'Agen,  p.   i83. 

EKMOLDUS  NIGELLUS;  son  poëme,  pp.  3.14,  335. 

ERNUSTE,  notaire  royal  sous  Charles  le  Simple, 
p.  563. 

Esi'AGNE  (Map.che  n');  ses  noms  divers,  p.  237; 
avait  Narbonne  pour  capitale;  comtés  dont  elle 
était  composée,  p.  270;  époque  de  sa  séparation 
d'avec  le  marquisat  de  Gothie,  p.  237. 

ESTREMIN,  archiprêtre  de  Girone,  p.  822. 

Ethiopiens,  p.  433. 

S.  ETIENNE,  pape,  p.    108. 

ETIENNE;  était-il  archevêque  de  Bourges  on  évo- 
que de  Béziers?  p.  348. 

ETIENNE,  comte  d'Auvergne,  tué  par  les  Nor- 
mands en  864,  pp.  247,  364. 

ETIENNE,  fils  du  comte  Hugues;  fiancé  à  la  fille 
de  Raimond,  comte  de  Toulouse;  n'a  jamais  été 
comte  d'Auvergne,  p.  Soç. 

Etruf.ie,  p.  38 1,. 

Étrusques,  p.  435. 

EuBiES,  tribu  ligurienne,  p.  378. 

EUCHERIUS  ou  EUTHERIUS ,  évêque  de  Viviers, 
p.   54. 

KUDES,  fils  de  Robert  le  Fort,  roi  de  France, 
pp.  256,  3o6. 

EUDES,  duc  ou  comte  d'Aquitaine,  de  Toulouse  8c 
de  Gascogne,  pp.  168,  i83,  i85,  186,  188,  190, 
191;  son  origine,  pp.  186,  187;  sa  généalogie, 
pp.  188,  189;  note  à  ce  sujet,  p.  189;  qualifié 
prince  &  roi  d'Aquitaine  par  presque  tous  les 
anciens  historiens,  p.  191  ;  époque  de  sa  nais- 
sance, p.  194;  bat  les  Arabes  devant  Toulouse, 
pp.  553,  556;  sa  mort,  p.   196. 

—  (fille  d'),  donnée  en  mariage  à  Munuza,  p.  196. 
Voir  LAMPAGIE. 

EUDES,  comte  d'Autun,  p.  3oi. 

EUDES,  comte  de  Toulouse;  époque  à  laquelle  il 
succède  à  son  frère  Bernard,  pp.  3oo,  370,  371; 
a  possédé  le  Querci,  pp.  368  &  suiv. 

EUDES,  vicomte  de  Narbonne,  p.  291. 

S.  EUGÈNE,  évêque  de  Carthags;  a-t-il  fondé  un 
monastère  dans  les  Gaules  i*  p.  i  32. 

EUGÈNE;  y  avait-il  à  Nimes,  en  45i,  un  évêque 
de  ce  nom?  p.  49. 

EULALIE,  belle-fille  de  Magnus  Félix  &  femme 
de  Probus,  p.    i i5. 

EUMACHIUS,  évêque  de  Viviers;  on  donne  à  tort 
à  cette  église  deux  évêques  de  ce  nom,  p.  54. 

EURIC,  roi  des  Visigoths,  successeur  de  Théodo- 
ric,  pp.  118,  122,  524;  éclaircissements  sur 
quelques  faits  de  sa  vie  &  sur  sa  famille,  p.  129; 
époque  de  sa  mort,  p.   i3o. 

EUSÈBE;  cet  auteur  se  trompe  en  plaçant  la  mort 
de  Sosthène  à  la  seconde  année  de  la  cent- 
vingt-quatrième  olympiade,  p.    i3. 

S.  EUSTASE,  abbé  de  Luxeuil,  p.   168. 

EUTROPE,  préfet  des  Gaules,  p.   1  i5. 

KvANT.ir.E  (prédication  de  1');  époque  de  la  mission 
des  sept  évêques  de  la  Narbonnaise,  p.  49. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS   ET  DES   MATIÈRES. 


Evî;ciiÈs  de  la  Narbonnaise  première   sous  Hono- 
rius,  p.   I  20. 

S.   ÉVODE    ou   VOSY,    évêque    du    Vêlai,    p.     171. 
Folr  S.  VOSY. 

ExALA  (Saint-Andiîk  d'),  monastère  dans  le  comté 

de  Gonflent,  pp.  3i3,  339. 
S.  EXUPÈRE,  évêque  de  Toulouse,  pp.  59,  88. 
EX.UPERE,    professe    la    rhétorique   à    Narbonne, 

P-  77- 
EYSSELTNE,    femme   d'Hatton,    comte   de   Pailhas, 

p.    188. 


FABIUS  MAXIMUS,  bat  les  Auvergnats  &  les  Allo- 
broges,  &.  soumet  à  Rome  les  pays  habites  par 
ces  peuples,  pp.   19,  20,  21. 

FARRICIUS,  consul  de  Rome  l'an  476,  p.   i3. 

FAnEMOtSTiER,  monastère,  p.  278. 

Fastes  capitolins;   différence  entre  la    manière  de 

compter  de  ces  Fastes  &  la  supputation  de  Va- 

ron,  p.  12. 
FAURIEL,  croit  à  l'authenticité  de  la  charte  d'A- 

laon,  p.  202. 

FAUSTIN,  évêque  de  Lyon,  p.    108. 
FAUSTIN  II,  abbé  de  Castres,  p.   i83. 
Favarios,  lieu  situé  dans  le  comté  de  Carcassonne 
p.  3  1  2. 

FELIX;  aurait  été  le  premier  évêque  de  Nimes;  il 
fut  martyrisé  dans  le  temps  de  l'irruption  de 
Crocus,  p.  49. 

FEPvRERAS  ;  son  opinion  sur  l'époque  où  les  Sar- 
rasins firent  la  conquête  de  la  Septimanie, 
p.  186;  doute  de  l'authenticité  de  la  charte 
d'Alaon,  p.  193. 

Fe/.ensac  (comté  de)  sous  les  Carlovingiens,  p.  270. 

FiGEAC,  abbaye;  époque  de  sa  fondation,  p.  341. 

S.  FIRMIN,  évêque  de  Gévaudan;  fut-il  le  prédé- 
cesseur ou  le  successeur  de  saint  Privât?  p.  58. 

FIPvMIN,   évêque   de  Viviers;    on   donne    à    tort  à 

cette  église  deux  évêques  de  ce  nom,  p.   54. 
Flavigm,  abbaye  en  Auxois,  p.  3oi. 
FLAVIUS,  roi  visigoth,  dont   le  nom  est  cité  dans 

les  actes  de  saint  Gilles;    quel   pouvait   être    ce 

roi?  pp.    140,    141 . 
Flavius,  titre  des  rois  visigoths,  p.  97. 
Fleuri-Sur-Loire,  abbaye,  pp.  271,  279. 
FLORUS,   évêque  de   Lodève;    est-ce   le  même  que 

saint  Flour?  p.  5o. 

FLORUS,   préfet    des    Gaules,  siégeait   à  Trêves   en 

390,  p.   io5. 
S.  FLOUR,  premier   évêque   de   Lodève,  d'après   la 

tradition,  p.  5o. 

FOLCRAD,  duc  d'Arles  ou  de  Provence,  p.  214. 
Fontcouveute,  lieu   de  la    Septimanie,   donné   par 
Louis  le  Débonnaire  à  Sunifred,  p.  204,  288. 

FONTEIUS;    époque   de  son  gouvernement  dans  la 

Province  romaine,  pp.  41,  42. 
FoNTKNEi.M-,  al)baye,  p.   194. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIERES. 


579 


FoKCATS,  territoire  en  Cerdagne,  p.  292. 

—  (SAiNT-PiF.r.r.tc  des),  paroisse  de  la  Cerdagne, 
p.  289. 

FoKMir,i/EnA  (Notue-Dame  de),  église  dans  le  Cap- 
cir,  pp.  262,  287,  320;  sa  dédicace,  p.  3i3. 

Forum  Claurii  ou  Taue.ntaise,  p.  72. 

Fos,  village  auprès  des  Martigues,  p.  99. 

Francs,  sont  nommés  abbés  en  Aquitaine  sous  les 
mérovingiens,  p.  269;  s'emparent  du  royaume 
des  Visigoths,  p.  520;  époque  de  leur  défaite 
par  les  Ostrogoths,  p.   139. 

FREDAL,    avoué    d'Hildebrand ,   comte    d'Autun, 

p.   3oo, 
FRÉDÉGAIRE;  ce  qu'il  rapporte  au  sujet  des  fils 

de  Charibert,  p.   187. 

—  (continuateur  de);  époque  &  valeur  de  la  chro- 
nique anonyme  qu'on  appelle  ainsi,  p.  55i; 
restitution  d'un  passage  transposé  dans  cet  au- 
teur, p.  212. 

Frédelas  (abbaye  de)  ou  de  Pamiehs;    les  reliques 

de    saint  Antonin   y    ont-elles   été    conservées? 

p.  60. 
FRÉDFXON,   défend   Toulouse   contre   Charles   le 

Chauve,    p.    233;    comte   de  Toulouse,   p.   299; 

probablement  comte  de  Rouergue,  p.  369. 
FRÉDOLD,  archevêque  de  Narbonne,  p.  238. 
Fnfejus,  capitale  des  Oxubiens,  p.  73. 
FRTDÉRIC,   frère   de   Thorismond    &    de    Théodo- 

ric  II,  rois  des  Visigoths,  p.  524. 
FROiA,   abbé  de  Saint-Laurent  de  Vernosoubre, 

p.   328. 
S.  FRONT,  premier  évêque  de  Périgueux,  p.  174. 
FROTAIRE,    archevêque    de    Bordeaux,   abbé   de 

Saint-Julien    de    Brioude,    pp.    3o6,    3o7,    3ic, 

364. 
FROTAIRE,  archevêque  de  Bourges,  pp.  284,  364. 
FRUGELLO,  abbé  du  monastère  d'Alaon,  p.  202. 
FULCOALD  ou  FULGUALD,   comte   Se   missus  du 

roi,  peut-être  comte  de  Rouergue,  p.  369. 
FULCONIN,  évêque  de  Worms,  p.  349. 
FtlLCRAî),  abbé  de  Saint-Denis,  p.  272. 
FULRAD,  doyen  de  Saint-Martin  de  Tours,  p.  jS.j. 


Gahalcs,  peuples  du  Gévaudan,  pp.  57,  58. 
GaMr,  nom  phénicien  de  Gadès,  p.  404. 
Gagnac,    lieu    de    l'Arssaguez    (^corr.    J.aissaguez), 

p.  .46. 
Gau^lac  (SAiNT-QuENTir*  de),  abbaye;  époque  de  sa 

fondation,  p.  341 . 

GAIRULFE,  religieux  de  Solignac,  abbé  de  Beau- 
lieu,  pp.  366,  367. 

GAL  II,  évêque  de  Clermont,  p.  167. 

Galaxie,  en  Asie,  pp.  9,  10,  11,  407,  408,  409, 
410,  411,  412. 

GALBA,  joint  à  la  Narbonnaise  quelques  peuples 
des  Alpes  maritimes,  p.  74. 

Galhac,  lieu  du  Laissnguez,  p.    146. 


Gamce,  p.  435. 

Gain,  nom  que  les  Grecs  donnaient  indi/Tîrem- 
ment  aux  Gaulois  de  l'armée  de  Brcnnus  St  a\ix 
Galates  de  l'Asie  Mineure,  p.  407. 

Gallo-Guecs;  d'après  saint  Jérôme,  leur  langage 
était  à  peu  près  le  même  que  ccluiqu'on  parlait 
dans  les  Gaules,  p.  1  1. 

Gai.lo-Liguriens;  on  appelait  ainsi  les  Gaulois 
Transalpins,  p.  73, 

GARIHERGE,  fille  de  saint  Guillaume  de  Gellone, 
p.   272. 

GARIEL;  erreur  de  cet  auteur  sur  l'origine  de  l'é- 
glise de  Maguelonne,  p.  fji. 

GARIN,  fils  de  Bernard  II,  comte  d'Auvergne,  & 
d'Ermengnrde,  p.  286. 

Garonne;  d'après  Catel  elle  servait  de  limite  à  la 
Gaule  Narbonnaise  depuis  sa  source  jusqu'à 
Toulouse,  p.  22;  commerce  sur  la  Garonne  à 
l'époque  de  Posidonius,  pp.  .^34,  535. 

GARSIMIRE,  due  ou  comte  de  Gascogne,  pp.  i83, 
191. 

GARSINDE,  femme  de  Wifred  II,  p.  290. 

Gascogne,  fait  partie  du  royaume  d'Aquitaine 
après  806,  p.  270. 

Gascogne  Transgahonnaise,  p.  2o3. 

Gascon-S,  bornaient  l'Aquitaine  à  l'ouest  &  au  sud- 
ouest,  p.  269;  soumis  par  Dagobert,  p.  189; 
révoltés  contre  Louis  le  Pieux,  p.  191. 

GAUCELME  ou  GAUCELIN,  fils  de  saint  Guil- 
laume, comte  de  Roussillon,  pp.  272,  3i9;  joint 
le  comté  d'Ampurias  au   comté  de   Roussillon, 

p.     322. 

Gaules;  leur  division  d'après  Jules  César,  p.  i; 
leur  division  en  Ultérieure  &.  Citérieure,  p.  95j 
époque  de  leur  division  en  treize  ou  quatorze 
provinces,  pp.  63,  64,  65,  66,  6-j,  68. 

Gaole;  ses  populations  primitives,  pp.  377,  433 
&  suiv. 

—  Br.ACCATA,  partie  de  la  Celtique,  p.  i. 

—  Celtique  proprement  dite;  la  Narbonnaise  en 
faisait  partie;  bornes  de  cette  partie  des  Gaules 
d'après  César,  p.  1  ;  son  étendue  suivant  Polybe, 
pp.  I,  2. 

Gauloises  (invasions)  en  Italie  &  en  Grèce,  pp.  406, 
407, 

GAUSBERT,  comte  de  Roussillon,  p.  264. 

GAUSBERT,  frère  de  Rainulfe  II,  duc  d'Aqui- 
taine, pp.  221 ,  255. 

GAUSCELIN.  Toir  GAUCELME,  p.  272. 

GAUSFRED  H,  comte  de  Roussillon,  fils  de  Gui- 
fred  &  non  de  Guilabert,  comme  le  disent  les 
auteurs  de  l'Art  de  vérifier  les  dates,  pp.  295, 
32  r . 

GAUSFRED.  Voir  GUIFRED. 

GAUSFRID,  comte  du  Maine,  p.  245. 

GAUZBERT,  frère  de  Roricon,  moine  de  Saint- 
Maur  des  Fossés,  p.  246. 

GAUZBERT,  fils  de  Suniaire  II  &  d'Ermengnrde, 
comte   de    Roussillon    &   d'Ampurins,   pp.   294, 

32  1,    322,   323. 

GAUZBERT,  frère  de  Ranulfe  II,  pp.  28?.,  307. 
GAVIDIUS,   évêque,  assiste  en    35^   au   concile  dî 
Rimini,  p.  86. 


58o 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


GÉLASE    II;    bulle   de   ce    pape    pour   La    Grasse; 

discussion  à  ce  sujet,  p.  563. 
Geli.one,    abbaye,    p.    296;    tentative    des    abbés 

d'Aniane  pour  se  soumettre  cette  abbaye,  p.  564. 

S.  GENES,  évêque  de  Clermont,  aurait  établi  Vosi 
comme  premier  abbé  de  Manlieu,  p.   179. 

GÉNÉSIUS,  comte,  fonde  l'abbaye  de  filles  de  Cha- 
malières,  p.    180. 

GÉNIALIS,  diacre,  p.  58, 

GENSÉRIC,  roi  des  Vandales  d'Afrique,  p.  523. 

S.  GEORGES,  premier  évêque  du  Vêlai,  pp.  172, 
174;  ses  reliques  &  celles  de  S.  Marcellin  sont 
transférées  de  Vcllava  au  Puy,  p.    172. 

SS.  GEORGES,  AURÈLE  &  NATHALIE  (histoire 
de  la  translation  des  reliques  des),  p.  237. 

GÉRARD,  comte  d'Auvergne;  sa  famille,  pp.  247, 
253,  280;  tué  en  841  à  la  bataille  de  Fontenai, 
pp.  246,   281,  3o8;  sa  descendance,  p.  283. 

GERARD,  comte  de  Bourges,  pp.  256,  299. 

GÉRARD,  comte  de  Limoges,  p.  367. 

GÉRARD  ou  GUINARD  II,  comte  de  Roussi  lion, 
p.    32  I  . 

S.  GÉRAUD,  fondateur  de  l'abbaye  d'Aurillac, 
p.   258. 

GERBERGE,  fille  du  duc  Burchard  &  femme  d'Asi- 
narius,  p.   188. 

GERBERGE,  fille  de  saint  Guillaume  de  Gellone, 
noyée  dans  la  Saône  par  ordre  de  Lothaire, 
p.  273. 

GERBERT,  religieux  d'Aurillac,  plus  tard  pape 
sous  le  nom  de  Silvestre  II,  p.  319. 

GEn^IA^'!Iî;  ses  limites,  p.  5. 

S.  GERMIER,  évêque  de  Toulouse;  sur  l'authenti- 
cité de  ses  actes,  pp.    i5o,   i5i. 

GERSAND,  fils  de  Centulle,  p.   188. 

GÉSALIC,  roi  des  Visigoths,  p.  525;  chronologie 
de  son  règne,  p.  1  35;  époque  de  sa  mort,  p.  |38. 

Gksates;  origine  de  ce  nom,  p.  41  i. 

Gestes  des  comtes  de  Barcelone;  valeur  de  cet  ou- 
vrage, p.  238. 

Gkvxudan;  a-t-il  été  conquis  par  Théodoric  sur 
les  Françai  s?  p.   145. 

—  (comté  de),  p.  265. 

—  (église  du),  p.  57. 

GILBERT,  ancien  comte  du  Rouergue,  p.  369. 
S.  GILLES;   ses  actes;  son  monastère,  p.   140;  son 

voyage  à  Rome,  p.  141. 
GILLES,  maître   de    la   milice,    p.    116;    époque  de 

sa  mort,  p.   1  19. 
GiuoNE  (comté  de),  p.   235;    uni    à   la    Marche   de 

Toulouse,  p.  270. 

GISÈLE,  fille  d'Amnnd,  duc  de  Gascogne,  épouse 
de  Charibert,  citée  dans  la  généalogie  d'Eudes, 
pp.    188,   189. 

GI8LEFROI  ou  GISCLAFRED ,  comte  de  Carcas- 
sonne,  fils  de  Dellon,  p.  3(2. 

GODEFROI,    comte    ou    seigneur    de    Turenne, 

p.  364. 
GODEFROI,   bienfaiteur  de  l'abbaye  de  Beaulieu, 

p.  309. 
GODÈLE,  femme  du  précédent,  p.  309. 


GODILUS ,    m'issus   de   Bernard,   comte   de   Poitou, 

p.    004. 
GODLANE,  femme   de  Bencion,  comte  de  Roussil- 

lon,  pp.  294,  32  I . 

GOMACHARIUS,  comte  d'Agde,  p.  3i5. 
GOMEZ  (Alvaro),   écrivain    espagnol   du    seizième 
siècle,  p.  2o3. 

GONDEBAUD,  roi  des  Bourguignons,  prend  Nar- 
bonne,  p.   1 35. 

GONTHIER,  fils  de  Clotaire  I,  p.   194. 

GOSLIN,  fils  de  Roricon,  moine  de  Saint-Maur- 
Sur-Loire,  puis  abbé  de  Saint-Germain  des  Prés, 
abbé  de  Saint-Denis  &  chancelier  de  France, 
p.  245. 

GoTiiiE  (marquisat  de);  est  séparé  de  la  Marche 
d'Espagne,  p.  237. 

—  (marquis  de),  pp.  214  8c  suiv.;  leur  suite  de- 
puis la  séparation  de  cette  province  d'avec  le 
comté  de  Barcelone  &  la  Marche  d'Espagne, 
p.    242. 

GoTiiiNS,  peuple  gaulois  d'origine,  habitant  sur 
les  frontières  de  la  Pannonie,  sont  peut-être  les 
mêmes  que  les  Tectosages  de  César,  p.  lo;  la 
langue  parlée  par  ces  peuples  prouve,  d'après 
Tacite,  qu'ils  n'étaient  pas  Germains,  p.    11. 

GoTiiS;  époque  où  ils  conquirent  le  Rouergue  sur 
les  Français  &  où  les  Français  le  reprirent  sur 
eux,  p.   147. 

Grandselve,  abbaye,  p.  161. 

Gkasse  (abbaye  de  La),  pp.  263,  289,  290,  3 12, 
323;  discussion  sur  plusieurs  diplômes  prove- 
nant des  archives  de  cette  abbaye,  pp.  558  & 
suiv.;  falsifications  qu'un  diplôme  pour  Isem- 
bert  y  subit,  p.  56o. 

GREC,  évêque  de  Marseille,  p.   129. 

GRÉGOIRE  DE  TOURS;  son  témoignage  au  sujet 
de  l'église  de  Vêlai,  pp.  177,   178. 

Gr.ÉZES,  château  en  Gévaudan,  ne  peut  être  forcé 

par  les  Vandales,  p.  92. 
Guuissw  (étang  de),  p.  527. 

GUARNARIUS  ou  WARNARIUS,  fils  de  saint 
Guillaume  de  Gellone,  p.  272. 

GUERARD  (Benjamin);  un  des  premiers  qui  aient 
mis  en  doute  l'authenticité  de  la  charte  d'Alaon, 
p.   197. 

GUÉRIN.  Foir  WARIN,  comte  d'Auvergne,  p.  247. 

GUI,  évêque  de  Vêlai,  pp.    172,   175,   178. 

GUIBAUD.   Foir  WILBOD. 

Guidon'is  (Bernard),  évêque  de  Lodève,  à  la  fin  du 
treizième  »iècle,  p.  5o. 

GUIFRED  ou  GAUSFRED  I,  comte  d'Ampurias, 
fils  de  Gauzbert,  pp.  294,  32i,  323. 

GUIFRED  ou  WIFRED,  comte  de  Bésalu,  fils  de 
Miron,    frère    de  Wifred  II,  pp.  290,  290. 

GUIFRED  ou  WIFRED,  comte  de  Cerdagne,  fils 
d'Oliba  Cabreta,  pp.  292,  293. 

GUIFRED.  Voir  HUMFRID. 
GUIFRED.    Voir  WIFRED. 
Gl'IGUES,  évêque  de  Girone,  p.  241. 
GUILABERT,    comte   de   Roussillon,   fils    de   Gui- 
fred  I,  pp.  294,  32  1. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIERES. 


58 1 


GUILLAUME  DE  CHALENÇON ,  évèqiie  du  Piiy, 
pp.   172,    175. 

GUILLAUME  TÈTE  D'ÉTOUPES,  fils  d'Kble  8t 
d'Adèle,  comte  de  Poitiers,  d'Auvergne  &  de  ^'e- 
l;ii,  prend  le  titre  de  duc  d'AquitJiine,  pp.  266, 
283. 

GUILLAUME  I,  comte  d'Auvergne,  frère  de  Gé- 
rard, pp.  246,  281,  3o8;  sa  famille,  pp.  283, 
284. 

GUILLAUME  II,  comte  d'Auvergne,  aurait  vécu 
jusqu'en    860,  n'a   jamais  existé,  pp.  247,   309. 

GUILLAUME  II  LE  PIEUX,  fils  de  Bernard  II, 
comte  d'Auvergne,  &  d'Ermengarde,  comte  d'Au- 
vergne &  marquis  de  Gothie,  pp.  242,  249, 
îSo,  267,  286,  3io,  3i8j  fondateur  de  Cluny, 
p.  277;  avait  le  titre  d'abbé  séculier  de  Brioude, 
p.  247. 

GUILLAUME  II  (III  de  dom  Vaissete)  dit  le  Jeune, 
fils  d'Acfred,  duc  d'Aquitaine,  comte  de  Razès, 
comte  d'Auvergne,  pp.  25i,  262,  286,  287,  3i  1, 
814,  364;  abbé  de  Saint-Julien  de  Brioude, 
p.  3io. 

GUILLAUME  I,  comte  de  Périgord,  p.  279. 

GUILLAUME,  comte  de  Rodez,  engage  à  Raimond, 
comte  de  Toulouse,  Montrosier  &  plusieurs 
autres  châteaux,  p.  146. 

S.  GUILLAUME  DE  GELLONE ,  comte  de  Tou- 
louse, pp.  218,  296,  564;  son  origine,  p.  272; 
généalogie  de  sa  famille,  pp.  221,  276;  ses 
frères  &  sœurs;  a  été  marié  deux  fois,  p.  272; 
erreurs  de  dom  Vaissete  au  sujet  de  sa  famille, 
p.  267;  ses  deux  testaments,  p.  56;). 

GUILLAUME,  porte-enseigne  au  siège  de  Barce- 
lone, est  le  même  que  saint  Guillaume,  duc  de 
Toulouse,  p.  329. 

GUILLAUME  II,  comte  de  Toulouse,  fils  de  Ber- 
nard, duc  de  Septimanie,  Se  de  Dodane,  pp.  232, 
274;  n'a   jamais  été  comte  de  Toulouse,  p.  3oo. 

GUILLAUME,  fils  d'Eudes,  comte  d'Autun,  p.  3oi. 

GUILLEMETTE.  Foir  GUISLE. 

GUIMERA,  d'après  Gérard  de  Vie  deuxième  évéque 
de  Carcassonne,  &  d'après  MM.  de  Sainte- 
Marthe   premier  évéque  de  cette  église,  p.  52. 

GUINARD  II,  comte  de  Roussillon,  p.  821. 
GUISLE   ou    GUILLEMETTE,    femme  de   Hugues, 

comte  d'Ampurias,  pp.  294,  323. 
GuiTALEiNSj  étymologie  de  ce  nom  de  lieu,  p.  220. 
GUITBERGE    ou   WITBERGE,    seconde    des    deux 

femmes  de  saint  Guillaume  de  Gellone,  p.  272. 


H 


Haciie,  monnaies  gauloises  portant  cet  emblème; 
sa  valeur;  explications  qu'on  en  a  données; 
pp.  477  &  suiv. 

HAIMON,  comte  d'Albigeois,  p.  269. 
HARDOUIN,  évéque  du  Vêlai,  pp.    172,   178. 
HATTON,  duc  d'Aquitaine,  pp.   188,    190. 
HATTON,  comte  de  Paillas,  p.    188. 
HECCARD.  Voir  EKARD. 


HEEREN;  sa  dissertation  sur  Trogue-Pompée, 
p.   405. 

HELENE,  mère  de  sainte  Carissime,  p.   i33. 
HK.LELTÉniENS,  peuples  cités  par  César,  p.  24. 
HELIMBRUCH,  fille  de   saint  Guillaume  de  Gel- 
lone, p.  273. 

HELLADE,  qui  souscrivit  en  45 1  la  lettre  des  évo- 
ques des  Gaules  à  saint  Léon,  était-il  évéque 
de  Lodève?  p.  5 1 . 

Hr.LVfcTiENS;  division  de  leur  pays  en  quatre  pigi; 
comparaison  de  leurs  pagi  avec  les  clans  celti- 
ques du  Border  &  des  hautes  terres  d'Ecosse, 
p.  414. 

Hei-viens,  peuples  du  Vivarais;  ont  la  liberté  de 
choisir  un  prince  de  leur  nation  pour  les  gou- 
verner sous  l'autorité  des  Romains,  p.  21  ;  ont- 
ils  jamais  été  entièrement  soumis  aux  Marseil- 
lais.!" p.  43. 

Hêisaclée,  ville  mentionnée  par  Pline  comme  étant 
aux  embouchures  du  Rhône,  p.   100. 

Hercynie,  forêt  près  de  laquelle  les  Tectos.igs 
vinrent  s'établir,  pp.  2,  3,  4;  son  étendue, 
p.  .'>. 

HÉRIBERT.  Foir  ARIBERTUS. 

S.  HERMÉNIGILDE  ;  époque  de  son  martyre, 
pp.  i58,  109,  160. 

HERMENTRUDE,  fait  un  échange  avec  Guifred 
ou  Gausfred,  comte  d'Ampurias,  de  Pierrel.ite 
&  de  Roussillon,  pp.  294,  32i. 

Hebs  (vallée  de  1'),  p.  547. 

HERVÉ,  fils  de  Raynald,  comte  d'Herbniiges, 
pp.  22 1 ,  246,  260. 

HERVEUS,  évéque  d'Autun,  pp.   171,  172. 
HESPÈRE,  fils  d'Ausone,  préfet  des  Gaules,  p.  79. 
HiEULE,    baronnie   donnée   par  saint   Louis   à   la 
maison  d'Anduze,  p.   146. 

S.  HILAIRE,  pape,  confirme  les  décisions  rendues 
par  saint  Boniface  &  saint  Célestin,  ses  prédé- 
cesseurs, en  faveur  de  l'église  de  Narbonne, 
p.    1 10. 

S.  HILAIRE,  évéque  d'Arles;  dissertation  de  Qucs- 
nel  à  son  sujet,  p.  110;  a  exercé  les  droits  de 
métropolitain  sur  les  Alpes  Maritimes,  p.   106. 

S.  HILAIRE,  évéque  de  Carcassonne;  époque  de 
son  épiscopat,  p.  52. 

HILAIRE,  évéque  de  Javoux,  p.   143. 
S.  HILAIRE,  évéque  de  Poitiers,  refuse  de  souscrire 
le  concile  schismatique  de  Béziers,  p.  77. 

HILDEBRAND,  premier  comte  d'Autun;  histoire 
de  sa  famille,  pp.  277,  278,  3oo. 

HILMERADE,  évéque  d'Elne,  fils  de  Suniaire  II, 
comte  de  Roussillon,  pp.  821,  323. 

HINCMAR,  archevêque  de  Reims,  pp.  281,  32^. 
HISCHAM,   émir  de  Cordoue;   son  expédition   en 

Septimanie,  p.  558. 
HONORIUS;  sa  mort,  p.  522. 
S.  HUBERT,  évéque    de   Maëstricht    &    de   Liège, 

p.    I  88  ;  histoire  de  sa  conversion,  p.    190. 
HUGOLIN  DE  CHATEAUVIEUX ,    fiancé  à   sainte 

Carissime,  p.    1  33. 
S.  HUGUES,  abbé  de  Cluny,  p.  61. 


582 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS  ET  DES   MATIERES. 


HUGUES,  nbbé  de  Saint- Bertin ,  fils  naturel  de 
Charlemagiie,  tué  à  1.'.  bataille  d'Angouleme , 
p.    278. 

HUGUES,  abbé  de  SaiiU-Hilaire  de  Poitiers,  p.  006. 

HUGUES,  comte  d'An'purias,  fils  de  Guifrcd , 
pp.  294,  321,  320,  5Î9. 

HUGUES,  comte  de  Bourges,  p.  25 1. 

HUGUES,  comte  de  Provence,  p.  261. 

HUGUES,  fils  naturel  de  Lothaire,  p.  280. 

HUMFRID,  fils  de  Si.nifred  &  d'Ermessinde,  em- 
brasse la  vie  monastique,  pp.  288,  289. 

HUIVIBERÏ,  comte  de  Berry,  p.  269. 

HUAIFRID,  comte  de  Besalu,  plus  tard  marquis  de 
Septimanie,  pp.  234,  235,  236,  240,  317. 

HUNÉRIC,  fils  aîné  de  Genséric,  roi  des  Vandales, 
p.  523. 

HUNOLD,  duc  d'Aquitaine,  fils  d'Eudes,  frère  de 
Hatton,  pp.   188,  190, 

HuiNS,   p.  023. 


I 


IBBAS  ou  HIBBA,  duc  goth,  général  deThéodoric, 

pp.  1 35,  139,  525. 
luÈKES,  p.  377;  auraient  succédé  aux  Ligures  sur 

les  bords  de  la  mer  jusqu'au   Rhône,  pp.  378, 

433;  leurs  monnaies,  p.  423. 
iBÉniE;  sens  de  ce  nom  dans  Strabon  &  dans  les 

auteurs  antérieurs,  p.  378. 
Ibériques  (bronzes  à  légendes);  leur  origine;  leurs 

légendes,  pp.  5o7,  5o8,  009,  5i5,  5i6,  Siy. 

ICTÉRIUS,  ITIER,  nommé  comte  d'Auvergne  par 
Charlemagne;  mis  par  la  charte  d'Alaon  au 
nombre  des  descendants  d'Eudes,  pp.  188,  190; 
comte  d'Auvergne,  p.  269. 

ILDERIC,  roi  de  Toulouse,  cité  dans  la  généalogie 
d'Eudes,  pp.  187,  1  88. 

ILDESINDUS,  successeur  d'Appellius  à  l'évéché 
d'Elne,  p.  53. 

Ill'iher'is;  note  sur  cette  ville,  p.  29;  aujourd'hui 
Elne;  origine  de  ce  dernier  nom,  p.  100;  An- 
nibal  passe  auprès  de  cette  ville,  p.  43  1 . 

Impots,  à  l'époque  romaine;  tabula  census  de  Cé- 
sar; magistrats  préposés  à  leur  perception  dans 
la  Narbonnaise,  p.  455. 

Incola;  signification  de  ce  mot;  municeps  habitant 
un  municipe  étranger;  ses  droits  &  ses  charges, 
p.  440. 

Inuiction  romaine  employée  indifféremment  avec 
la  grecque  dans  les  diplômes  de  Louis  le  Débon- 
naire, pp.  355,  356,  357. 

Ingaun't ,  peuple  d'Albenga ,  faisant  partie  des 
Alpes  Maritimes;  d'après  Pline  &.  Strabon  ont 
été  soumis  par  Auguste,  p.  74. 

INGELBERGE,  sœur  de  Louis  l'Aveugle,  roi  de 
Provence,  femme  de  Guillaume  le  Pieux,  comte 
d'Auvergne,  p.  286. 

INGENUUS,  évêque  d'Embrun,  successeur  d'Armen- 
taire,  p.  ic6. 


INNOCENT  I,  pape,  p.   110. 
INNOCENT,  évêque  de  Rodez,  p.   148. 

Inscription  en  l'honneur  d'Ataulphe  &  de  Placi- 
die;  dissertation  de  D.  Vaissete  à  ce  sujet, 
pp.  97  à  )  02. 

însuhres ,  serait  le  nom  d'un  des  pagi  du  peuple 
des  Hédues,  p.   413. 

IntcmelVi,  peuple  de  Vintimille,  faisant  partie 
des  Alpes  Maritimes,  p.  74. 

IpsicuRES,  tribu  ligurienne,  d'après  Etienne  de 
Bysance  cité  par  Théopompe,  p.  378. 

ISEMBARD,  comte  dans  la  Marche  d'Espagne, 
p.   337. 

ISEAIBERT,  comte  d'Ampurias,  p.  322. 

ISEMBERT,  fils  de  Warin,  p.  274;  a-t-il  été  comte 
d'Autun  i*  p.  3o  1 . 

ISEMBERT,  vassal  de  Charles  le  Chauve,  p.  56o. 

ISIDORE,  évêque  de  Béja  ;  époque,  valeur  &  com- 
position de  la  chronique  espagnole  qui  porte 
son  nom,  pp.  55o,  55i;  cité,  pp.   i85,  186. 

ISIDORE  MERCATOR;  auteur  àss  fausses  Dccré- 
talcs,  p.  324. 

ITIER,  comte  d'Auvergne,  p.  269.  To/V  ICTÉ- 
RIUS. 


JANUARIUS,  évêque  de  Viviers,  p.  54. 

Javoux,  ancienne  capitale  du  Gévaudan,  désolée 
par  les  Vandales,  ne  fut  pas  entièrement  dé- 
truite ou  fut  rétablie  peu  après,  p.  92;  fut 
peut-être  ruinée  par  les  Hongrois  en  925,  p.  93. 

SS.  JEAN  &  ALMACHIUS,  martyrs,  p.  63. 

JEAN  III,  pape,  p.   i56. 

JEAN  VIII,  pape,  pp.  280,  289. 

JEAN  X,  pape,  p.  3 10. 

JEAN  DE  CUMENIS,  évêque  du  Puy,  p.  178;  cède 
en  i3o6  le  lieu  de  Saint-Paulian  au  vicomte  de 
Polignac,  p.  179. 

JEAN,  évêque  de  Viviers,  p.  54. 

JEAN,  primicier  des  notaires,  usurpateur  de  l'em- 
pire, p.  522. 

JEAN,  consul,  p.  117. 

Saint-Jean  In  Extorlo,  monastère  construit  par 
Anian,  p.  328. 

S.  JEROME;  valeur  de  son  témoignage  sur  les  res- 
semblances entre  la  langue  des  Trévires  &  celle 
des  Tectosages  d'Ancyre,  p.  41  2  ;  ses  écrits  contre 
Vigilance,  p.  88. 

JÉRÔME  DE  CARDIE,  l'un  des  auteurs  mis  à  con- 
tribution par  Trogue-Pompée,  p.  405. 

JoNQuiF.RES  (concile  de),  p.  340. 
JOVIN,  usurpateur  de  l'empire,  p.  52  1. 

Juirs;  possèdent  des  biens  allodiaux  dans  la  Sep- 
timanie, p.  340. 

JULES  CÉSAR;  sa  division  des  Gaules,  p.  i. 


TABLE  GENEllALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIERES. 


583 


s.  JULIEN  DE  KRIOIJDE;  un  monastère  a  été 
construit  sur  son  tombeau,  p.   i33. 

JULIUS  VINDEX;  peuples  qui  prirent  part  à  sa 
révolte,  pp.  46,  47. 

31'I.IOFRED,  parent  de  Charlemagne,  abbiî  tle 
Gellone,  pp.  296,  56J. 

JiNANT,  vallée  du  Querci,  p.  842. 

—  (abbaye  de),  p.  342. 

JUSTIN,  abréviateur  de  Trogue-Pompée;  caractère 
de  son  œuvre,  pp.  402,  408  j  son  récit  des  mi- 
grations des  Tectosages,  pp.  6,  7  j  des  migra- 
tions des  Celtes,  p.  434. 


K 


Kanouas,   terre    située   en    Roussillon,    pp.    zp'), 
323;  aujourd'hui  Canohci. 

KiERSi  (diète  de),  de  l'an  838,  pp.  223,  363,  353. 

Kimris,  p.  436. 


LACARRY  (le  père);  son  système  sur  les  expédi- 
tions des  Tectosages  en  Germanie,  p.  4. 

Laissac,  lieu  du  Laissaguez,  p.  146. 

LAMBERT,  comte  de  Nantes,  pp.  248,  280. 

LAMPAGIE,  épouse  du    général  Munuza,  p.  188. 

LANDRI,  comte  de  Saintes,  p.  305. 

Languedoc;  à  quelle  époque  les  pays  qui  le  com- 
posent furent  soumis  à  la  République  romaine, 
pp.  19,  205  de  quelle  manière  il  fiit  soumis, 
pp.  20,  21,  22;  c'est  à  Fabius  &  à  Domitius 
^nobarbus  qu'il  faut  attribuer  sa  conquête, 
p.  20. 

—  FRANÇAIS;  son  sort  après  le  partage  du  royaume 
entre  les  quatre  fils  du  roi  Clotaire,  p.  1.54. 

Labzac,  pays  entre  l'Hérault,  la  Vis  &  le  Lergue, 

P-    •44- 
Latcra    (castellurn),    cité    par    Pomponius    Méln  ; 
quelle  localité  moderne  représente-t-il  :*  p.  374. 

Lattes;  est-ce  l'ancien  castellum  Latera,  cïic  par 

Pomponius  Mêla  i*  p.  374. 
LAUNEBODE,  duc  de  Toulouse,  p.  2r6. 
LAur.AGAis,  tire  son  nom   du  château   de  Laurnc, 

p.  33. 

SAiNT-LAunENï  in  Olihegio;  en  quel  lieu  était  situé 
ce  monastère,  p.  328. 

LEIBNITZ  (de),  cité,  pp.  9,  41. 

LEIHULFE,  comte  de  Narbonne  (?),  p.  33?;  comte 
d'Agde,  pp.  269,  3i5. 

S.  LEON,  pape;  sa  décision  au  sujet  des  préten- 
tions de  l'église  d'Arles  sur  celle  de  Narbonne 
&  sur  la  Viennoise,  p.  110;  sa  deuxième  épître 
à  saint  Rustique,  évêque  de   Narbonne,  p.   111. 

LEON,  évêque  de  Razès,  p.  3i  i. 

LÉON,  empereur  d'Orient,  pp.   117,  ^24,  025. 


S.   F^EONAUD,  mort  en  Limousin,  p.  60. 

LÉONCE,  évêque  d'Arles,  p.  5o. 

LEOPARD,  abbé,   souscrit  le  treizième  concile  de 

Tolède   au    nom   de  Potcntin,  évêque  d'Utiquc, 

p.    i83. 
LETGARDE.  Voir  LIUTGARDE. 
Lcucus,  Leucia,  Toul,  p.   168. 
LEUTGARDE,  femme  de  Borrel,  comte  d'Urgel  & 

de  Barcelone,  p.  319. 

LP:UVIGILUE,  roi  des  Visigoths,  p.  i56;  époque 
de  sa  mort,  pp.   i58,  159,  160. 

Lexovium,  civitas  Lcxoviorum,  Lisicux,  p.  168. 

LÎEUTARD,  comte  de  Fezensac,  p.  337. 

LiGONS,  lieu  du  Laissaguez,  p.  146, 

Ligures  ou  Ligyes,  peuple  des  bords  de  la  Médl- 
terrannée,  pp.  377,  879,  484;  témoignages  an- 
ciens sur  leurs  établissements  maritimes  en 
Caule,  p.  377;  incertitude  des  renseignements 
que  l'on  possède  à  leur  sujet,  pp.  878,  879. 

—  faisant  partie  des  Alpes  Maritimes,  compris 
au  nombre  des  Liguriens  chevelus  d'Auguste; 
leurs  noms  d'après  Ptolémée  &  Pline,  p.  74. 

—  GiiEVF.Lus  (capillati),  habitaient  le  sommet  des 
Alpes;  soumis  par  Auguste,  p.  73. 

—  Cisalpins,  p.  73. 

—  Transalpins  ou  CALLo-LiGunir.NS,  p.  73. 

—  DE  Sicile;  discussion  du  témoignage  de  Thu- 
cydide à  leur  sujet,  pp.  877,  378. 

LiGuniE,  p.  38 1}  sens  de  ce  terme  dans  Hécatée, 
pp.  38o,  38  i;  invasion  des  Cimbres  &  des  Teu- 
tons dans  ce  pays,  pp.  33  a  38. 

LiGYES  (côte  des),  p.  378.    " 

Limites  des  Visigoths;  ce  que  Sidoine  Apollinaire 
entend  par  ces  mots,  p.  112. 

Limoges  (Saint-Martial  de);  ses  premiers  abbés, 
p.  367. 

Lion  (bronzes  gaulois  au);  origine  de  ce  type,  son 
histoire,  pp.  514,  5i5. 

LisiEUX,  Lexovium ,  civitas  Lexoviorum,  p.    168. 

LITORIUS,  général  romain,  p.  523. 

LIUTARD,  comte  de  Fezensac,  sert  au  siège  de 
Barcelone,  p.  337. 

LIUTGARDE  ou  LETGARDE,  femme  de  Bernard  I, 
comte  d'Auvergne,  p.  284. 

LIUVA  I,  roi  des  Visigoths  ;  époque  de  son  règne 
&  de  sa  mort,  pp.  1  55,  i56. 

LIUVA  II,  roi  des  Visigoths;  époque  de  sa  nais- 
sance, pp.   160,   161. 

LivU,  château,  p.  182. 

Llobregat,  rivière  d'Espagne,  p.  287. 

LoDfeVE,  indiquée  comme  évêché  par  la  Notice  des 
cités  des  Gaules,  p.  121;  ses  premiers  évoques, 
pp.  5o ,  5i;  reprise  par  Théodebert  après  la 
mort  de  Clovis,  p.  145;  est  perdue  par  les  Vi- 
sigoths; soumise  de  nouveau  à  leur  domination 
&  devient  la  huitième  cité  de  la  Narbonnaise 
première,  p.    121. 

LOLLIUS,  gouverneur  de  la  Narbonnaise,  p.  38. 

LoMiiARDS,  établis  en  Italie  avec  les  Saxons, 
p.    107. 

LONGIN ,  évêque  de  Viviers;  on  donne  à  tort  à 
cette  église  trois  évêqucs  de  ce  nom,  p.  04. 


584 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIERES. 


LoNdoSTALKTES  (moiinaics  de   bronze  des),  pp.  5o5 

LOTHAIRF,  I,  empereur,  p.  270. 

LOTHAIRE  II,  p.  271. 

LOUIS,  abbé  de  Saint-Denis  &.  chancelier  de 
France,  p.  245. 

LOUIS  LE  DÉBONNAIRE,  roi  d'Aquitaine  &  em- 
pereur, pp.  193,  270;  à  quelle  époque  il  fit  le 
siège  de  Barcelone,  pp.  329  à  333;  manière  dont 
il  comptait  les  années  de  son  règne,  pp.  355, 
356;  remarque  sur  la  manière  dont  il  datait  ses 
diplômes,  pp.  355,  356;  son  diplôme  pour  Gel- 
lone,  p.  565;  diplômes  &  lettre  de  ce  prince 
pour  l'abbaye  d'Aniane,  p.  565. 

LOUIS  LE  BÈGUE,  roi  de  France,  p.  271. 

LOUIS  IV  D'OUTREMER,  roi  de  France,  p.  291. 

LOUIS,  roi  de  Germanie,  assiste  à  la  diète  de 
Worms  de  836,  p.  353. 

LOUIS  L'AVEUGLE,  fils  de  Boson,  roi  de  Pro- 
vence, pp.   181,  261,  286. 

LOUIS,  fils  de  Charles  le  Chauve, 'comte  d'Autiin, 
p.   3oi. 

LOUIS,  mentionné  comme  comte  de  Carcassonne 
vers  le  milieu  du  neuvième  siècle,  p.  263  ;  n'a 
jamais  existé,  p.  287. 

LOUP  I,  duc  de  Gascogne,  pp.    188,   190. 

LOUP  II,  duc  de  Gascogne,  p.    i88. 

LOUP,  gouverneur  de  Marseille,  p.   i58. 

LOUP  CENTULLE,  duc  ou  comte  de  Gascogne, 
pp.    188,   191. 

LOUP  SANCHE,  comte  de  Gascogne,  p.  336. 

S.  LOUVENT,  mort  en  684,  p.  92. 

LUCIEN,  évèque  de  Viviers;  on  donne  à  tort  à 
cette  église  deux  évêques  de  ce  nom,  p.  54. 

LuoAGNAf;  [Lucaniacum),  lieu  sur  la  rive  gauche 
de  la    Dordogne,  p.   80. 

LUITPRAND,  roi  des  Lombards,  p.  211;  aide 
Charles  Martel  contre  les  Arabes,  p.  554. 

LusiTAMF,,  p.  435. 

Lyonnaks,  ajouté  à  TAquitaine  par  le  partage  de 
806,  p.  270. 


M 


ïilABILLON,  semble  douter  de  l'authenticité  de  la 
charte  d'AIaon,  pp.  192,  193. 

MAGÉDOiNt';  époque  de  la  première  irruption  des 
Tectosages  dans  ce  pays,  p.   12. 

Maçon  (concile  de),  tenu  en  novembre  585,  p.  160. 

Maçonnais,  ajouté  à  l'Aquitaine  par  le  partage  de 
806,  p.  270. 

Magistrats  des  colonies  romaines  &  latines;  ma- 
nière dont  ils  étaient  nommés;  ordo  honorum 
dans  lei  provinces;  noms  de  ces  magistrats, 
p.  443;  leurs  fonctions,  p.  444;  leur  autorité 
s'étend  sur  tout  le  territoire  de  la  colonie;  di- 
visions de  ce  territoire,  p.  446. 

—   religieux  des  colonies,  p.  446. 

des  colonies  latines;  leurs  noms,  leurs  fonc- 
tions, pp-  ')5.i,  .■)54. 


S.  MAGLOIRE,  vivait  peu  de  temps  avant  Gré- 
goire de  Tours,  p.  90. 

MAGNARIUS,  comte  de  Narbonne  en  79  i ,  pp.  2  1  8, 
3  I  4. 

MAGNUS  FELIX;  sa  famille,  pp.    114,   ii5. 

Maguelonne,  livrée  à  Pépin  par  le  père  de  saint 
Benoît  d'Aniane,  p.  554;  séjour  du  pape  Gé- 
lase  II  dans  cette  ville,  p.  564;  était-elle  du 
nombre  des  anciennes  cités  de  la  Septimnniei' 
p.  121;  origine  de  son  église;  fables  débitées 
par  Gariel  à  ce  sujet,  p.  5i  ;  cet  évéché  fut  érigé 
avant  ceux  de  Carcassonne  &  d'Elne,  peu  de 
temps  après  la  bataille  de  Vouglé,  p.    121. 

—  (port  de),  détruit  par  Charles  Martel,  p.  504. 

—  (comté  de)  sous  les  carlovingiens,  p.  269. 

—  (comtes  de),  p.  3  1  5. 

Maires  du  palais,  commencent  à  usurper  l'auto- 
rité royale  après  la  bataille  de  Textri,  p.   195. 

Maissac,  prieuré  en  Auvergne,  fondé  par  Guil- 
laume le  Pieux,  p.  3  10. 

MAJORIEN,  empereur,  p.  524, 

Mai.aka,  ancien  nom  de  la  ville  de  Malaga,  p.  404. 
MALMESBURY  (Guillaume  de);  discussion  sur  un 
passage  de  ce  chroniqueur,  p.  261. 

S.  MALO,  vivait    peu  de   temps  avant  Grégoire  de 

Tours,  p.  90. 
Manancha,  lieu   qu'on    croit   être  situé   au  diocèse 

d'Apt,   plus  tard  Manancuegno,  où   saint  Castor 

fonda   un  monastère,  p.    io3. 
MANDAJORS  (de);   réfutation    de  son    opinion  au 

sujet  des  Tectosages  établis  dans  les   environs  de 

la  forêt  Hercynie,  p.  3. 

MANILIUS  NEPOS  (L.),  p.  39. 

MANIUS  CURIUS  DENTATUS ,  consul  de  Rome 
l'an  479,  p.   I  2. 

Manlieu,  abbaye  en  Auvergne,  fondée  par  saint 
Genès,  évéque  de  Clermont,  p.  179;  charte  de 
Pépin  II,  roi  d'Aquitaine,  en  sa  faveur,  p.  354. 

MANLIUS,  gouverneur  de  la    Narbonnaise,  p.  38. 

MARCA  (P.  de);  son  opinion  au  sujet  de  la  pri- 
matie  de  l'église  de  Bourges  sur  l'église  de  Nar- 
bonne, p.  323;  son  opinion  sur  la  place  qu'oc- 
cupait le  Trophée  de  Pompée,  pp.   43  r ,  432. 

S.  MARCELLIN,  évèque  du  Vêlai,  p.    176. 
Marche  d'Espagm:,  pp.  232,  233. 
MARCIEN ,    évéque    d'Arles,    hérétique    novatien, 
p.   1  08  ;  sa  déposition,  p.   112. 

MARIE,  fille  d'Asnarius,  femme  de  Wandrigisile, 
duc  d'Aquitaine,  pp.   188,  202. 

Mariniers  du  Rhône,  p.  79. 

MARIUS  (C),  consul,  pp.  33,  34,  35,  37,  38. 

M.ARIUS  (L.),  général  romain  qui  captura  Crocus, 
p.  90. 

Mauquis;  depuis  le  règne  de  Charlemagne  on 
donnait  ce  titre  à  plusieurs  comtes  dont  le  gou- 
vernement était  sur  les  frontières,  p.  214. 

MAi;sinLi,E  ou  Massalia  (Grecs  de),  leurs  établis- 
sements sur  la  côte  ligurienne  &.  leurs  relations 
avec  les  Celtes,  p.  38  1;  inflLience  de  cette  ville 
sur  le  monnayage  de  la  Gaule  Narbonnaise; 
raisons  de  cette  influence,  pp.  419,  420;  époque 
de  l'entreprise  d'Ataulphe  sur  cette  ville,  p.  95; 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


585 


ne    peut  être    prise    pnr    les  Visigoths ,    p.    021; 

tombe  en  leur  pouvoir,  p.  020;  a-t-elle  appar- 
tenu en  entier  à  Sigebert?  p.    i58. 
MARTIN  I,  pape,  p.   174. 

Mautinacii  (^Octodurum),  dans  le  Valais,  p.  107. 
MASriCIANUS,  évëque  de  Viviers,  p.  /)4. 
Massalia,  pp.  38o,  403,  404.  Voir  Mausi-ille. 
Massaliotf.s,  achètent  àNarbonne  les  productions 

de  la  Gaule  centrale,  p.  38  1 . 
MATERNE,  premier  évéque  de  Lodève  dont  on  ait 

connaissance;     souscrit,    en     .Oofî ,    le     concile 

d'.Agde,  p.  5r . 
MATHILDE,    fille   de    Pépin    I,    roi    d'Aquitaine, 

pp.  221,  260. 
M\L\AC  ou  Mananciia,  p.  io3. 
S.  MAUR,  vivait   peu  de  temps   avant  Grégoire  de 

Tours,  p.  90. 
MAURICE,  empereur,  p.   160. 
Mauritamk  Tingitane,  appartenait  aux  Visigoths 

au  septième  siècle,  p.   i53. 
MAURONTE,  gouverneur  d'une   partie  de  la   Pro- 
vence, pp.  210,  21  I  ;  duc  ou  comte  de  Marseille  ; 

appelle  les  Sarrasins  en  Provence,  pp.  5Ô4,  557- 
Mausay,  monastère  près  de  Riom,  p.  284. 
MAUZER,   surnom    d'È^^es,    comte    de    Poitiers, 

p.    265. 
Médiomatrikes,   peuple   du    nord    de   la    Gaule, 

p.   4i5. 

MEGINARIUS,    gouverne  l'Aquitaine  pendant   la 
minorité  de  Louis  le  Pieux,  p.  269. 

MELANUS,  évêque  de  Viviers;  on   donne  à  tort  à 
cette  église  quatre  évéques  de  ce  nom,  p.  64. 

MELCHIOR  DE  PALAU,  évêque  d'Urgel,  p.  202. 
MFïLÉAGRE,   succède   à   Ptolémée   Céraunus,  dans 

le  royaume  de  Macédoine,  p.    i3. 
MuNnn   (évêques  de);   jusques   à   quelle  époque  les 

évêques   de  Mende  ont-ils  pris  le  titre  d'évéqiies 

de  Javoux  ou  de  Gévaudnn?  p.  92. 
Mkhovingif-ns  d'Aquitaine;  leur  généalogie  d'après 

la  charte  d'Alaon,  p.   197. 
Mehueys,    lieu    sur    les   frontières   du    Rouergue, 

p.    146. 
METELLUS  CELER  (Q.  Caecilius),  p.  42. 
Métropoles  ecclésiastiques  autocéphales;  ce  qu'on 

entend  par  là,  p.  325. 
Mit.iifcs   (borde   de),  sur   une  partie  du    cimetière 

antique  situé  au  sud   de  Toulouse;    objets  qu'on 

trouve  sur  ce  domaine,  p.  640;    le  sol  du  verger 

est    formé    en    grande    partie   de   cendres;    c'est 

probablement  là  qu'était  Vustrium,  p.  549. 
MILON,  le  plus  ancien  comte  carlovingien  cité  de 

Narbonne,  pp.  218,  269,  314. 

MINERVE,  moine  de  Toulouse,  p.  88. 
MiNERVOis,   a    tiré   son    nom    du    château    de  Mi- 
nerve, p.  33, 

IMIRON,  évéque  de  Girone,  fils  de  Miron,  frère  de 
Wifrcd  II,  pp.  241,  290,  292. 

MIRON,  comte  de  Barcelone  après  Wifred  II,  était 
fils  de  Wifred  le  Velu,  pp.  290,  319. 

MIRON,  fils  de  Suniaire,  comte  d'Urgel,  comte  de 
Giione,  pp.  29  1 ,  zi/i. 


MIRON,  comte  de  Roussillon,  fils  de  Sunifred, 
pp.  238,  288,  289,  320,  559;  n'est  pas  indiqué 
dans  la  liste  des  comtes  de  Roussillon  publiée 
par  les  auteurs  de  l'Art  de  vérifier  les  dates,  & 
ne  doit  pas  être  confondu  avec  son  neveu  Mi- 
ron, comte  de  Barcelone,  p.  32o.  - 

MIRON,  fils  de  Béra  II,  comte  de  Razès,  pp.  3  1  2, 

3i3. 
MoissAC;  au  confluent  du  Tarn  dans  la  Garonne, 

p.  26. 

—  (chronique  de);  rapports  entre  cet  ouvrage  his- 
torique &  les  annales  d'Aniane,  p.  ;"i.5i. 

MOMMOLE,  évéque  d'O^indis ,  probablement  le 
même  que  l'évéque  d'Uzès  de  même  nom,  p.  148. 

MOMMOLE,  succède  à  Amé  dans  la  charge  de  pa- 
trice,  p.    167. 

Monaco,  Monoccus,  colonie  phocéenne  de  Mar- 
seille, p.  38i;  ville  des  Alpes  Maritimes,  p.  ■'4. 

MoNASTiER  Saint-Chaitre,  abbaye,  p.  174.  Foir 
Saint-Ciiaffre. 

MONAXIUS,  consul  au  moment  de  la  cession  par 
Constance  aux  Visigoths  de  la  seconde  Aqui- 
taine, p.   I i3. 

MONDEJAR  (marquis  de)  ;  date  qu'il  assigne  à  lin- 
vasion  des  Sarrasins  dans  les  Gaules,  p.  186. 

MONDÉRIC,  évêque  d'Arsat,  p.    148. 

MoNFERRAN,  lieu  du  Laissaguez,  p.  146. 

Monnayage  de  la  Gaule  Narbonnaise,  pp.  420, 
421,  422. 

Monnaies  ibériennes,  p.  423. 

—  anciennes  de  la  Narbonnaise;  attribution  d'un 
certain  nombre  de  ces  monnaies  à  différentes 
villes  &  à  différents  peuples;  importance  de 
l'étude  de  ces   monnaies,  pp.  423  à  426. 

—  de  bronze  au  type  celtibérien  que  l'on  trouve 
en  Languedoc;  examen  de  la  théorie  qui  les 
fait  dater  de  l'époque  des  tentatives  de  Sertorius 
sur  la  Transalpine,  pp.  429,  430. 

—  gauloises  du  Languedoc  à  légendes  latines, 
pp.  486  &  suiv. 

—  gauloises  à  légendes  ibériques,  p.  488. 

—  gauloises;  système  &  subdivisions  du  système, 
pp.  489,  490. 

—  gauloises  de  bronze,  portant  en  caractères  grecs 
des  ethniques  ou  des  noms  d'hommes,  pp.  5o5 
&  suiv. 

—  de  bronze  de  chefs  gaulois,  rangées  par  ordre 
alphabétique  de  noms  de  chef,  pp.  609  à  5i2. 

Monnaie  d'or  frappée  à  Uzès;  sa  description,  son 
attributirfiT  à  Théodebert  I,  pp.  374  à  377. 

Montaudran,  près  de  Toulouse,  p.  548. 

MONTEGUT  (de);  recherches  de  ce  savant  sur  les 
antiquités  de  Toulouse;  arrive,  par  l'étude  des 
monnaies,  à  des  résultats  tout  différents  de  ceux 
de  l'abbé  Audibert,  pp.  .')43,  ;'>44,  h^''). 

MoNTGiscARD,  p.  ^48  [Hautc-Garonne). 

MoNTOLiEO,  abbaye  au  diocèse  de  Carcassonne, 
pp.   264,  3i  2. 

MoNTROSiER,  château  engagé  par  Guillaume,  comte 
de  Rodez,  à  Raimond,  comte  de  Toulouse, 
p.  146. 


586 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIERES. 


MOUSA  HEN-NOÇAYR,  chef  nrabe,  aurait  envahi 
la  Septiinanie;  la  réalité  de  cette  expédition 
doit-elle  être  admise?  pp.  55  i,  552;  son  expédi- 
tion en  Gaule  d'après  les  historiens  arabes, 
p.   555. 

Municcps  ou  colonus,  sens  de  ces  termes;  droits  de 
la  personne  qu'ils  désignent;  comment  on  de- 
vient municeps,  p.  440 

Municipal  (système);  sa  décadence,  pp.  455,  456. 

MUNUZA,  chef  des  Berbers  d'Espagne;  sa  révolte, 
pp.   195,  196,  553,  556. 

Muratiense  castrum.  Muret  (?),  p.  i5i. 

MURÉNA  (Caïus),  p.  4?). 

Muret,  sur  la  Garonne,  en  amont  de  Toulouse, 
p.  i5i. 


N 


Nant,  monastère  sur  les  frontières  du  Rouergue  & 

de  la  Septimanie,  p.   148. 
Narho  Martlus,   colonie    romaine;    sa    fondation, 

son  renouvellement,  p.  438. 

Narkon.  Foir  Nareonne. 

Narbonnaise  (Gaule);  ses  limites,  pp.  22  à  29; 
a  porté  quelquefois  le  nom  d'Espagne  Citérieure 
ou  Ultérieure,  p.  I43;  a-t-elle  fait  partie  de  la 
Celtique  proprement  dite?  pp.  1,  2;  les  deux 
provinces  des  Alpes  Maritimes  en  ont- elles 
jamais  fait  partie?  pp.  72  à  76;  au  quatrième 
siècle  elle  faisait  partie  de  ce  qu'on  appelait 
l'Aquitaine  en  général  ou  les  Gaules  proprement 
dites,  pp.  83,  84;  les  peuples  qui  l'habitaient 
étaient-ils  Celtes  d'origine?   pp.  2,  3. 

—  (ancienne);  on  ignore  de  quelle  manière  elle 
fut  soumise  aux  Romains,  p.  19;  ses  colonies 
romaines,  p.  436;  projet  de  Saturninus  de  fon- 
der des  colonies  latines  dans  la  Province;  té- 
moignage d'Appien,  pp.  460,  45i,  452;  ses 
peuples  furent-ils  au  nombre  des  soixante  peu- 
ples qui  se  trouvèrent  à  la  dédicace  de  l'autel 
d'Auguste  à  Lyon?  pp.  44,  40,  46;  part  qu'elle 
prit  à  la  révolte  de  Julius  Vindex,  p.  46;  épo- 
que où  elle  a  été  envahie  &  conquise  par  les 
Sarrasins,  pp.  184,  186;  époque  de  sa  division 
en  deux  provinces,  pp.  63  à  68. 

• —  PREMIÈRE,  comprise  dans  les  Sept  Provinces, 
p.  i20j  époque  de  son  union  à  la  couronne, 
p.   211. 

>—  SECONDE,  comprise  dans  les  Sept  Provinces, 
p.    120. 

—  (chemins  de  la);  Via  Domitla,  p.  20. 

Narbonne,  marché  celtique,  p.  38  i  ;  ville  celtique 
d'après  Hécatée;  ses  rapports  commerciaux  avec 
Marseille,  p.  38i  ;  capitale  des  Élésykes,  d'après 
Hécatée,  p.  379;  on  y  fonde  une  colonie  latine, 
p.  22;  port  de  cette  ville  à  l'époque  romaine, 
p.  527;  état  du  sol  aux  environs  de  cette  ville 
à  l'époque  romaine;  cultures;  état  des  lagunes; 
port  de  Narbonne,  pp.  627,  528;  Ataulphe  s'en 
empare,  p.  96;  attaquée  par  les  Visigoths  & 
défendue  par  les  Romains,  p.  523;  prise  &  re- 
prise par  les  Visigoths   &  les  Romains,   p.  02  1; 


prise  par  Dardane,  p.  52  1  ;  livrée  par  Agrippin 
à  Théodoric  II,  roi  des  Visigoths,  pp.  118,  119, 
123;  est  prise  par  Gondebaud,  roi  des  Bourgui- 
gnons, pp.  i35,  i38;  est  reprise  par  les  troupes 
du  roi  d'Italie,  commandées  par  Ibbas,  pp.  525; 
époque  de  l'entrée  des  Sarrasins  dans  cette  ville, 
p.  I  84;  aurait  été  prise  par  le  chef  arabe  Mousa, 
pp.  55i,  555;  aurait  été  prise  par  El-Haur, 
p.  552;  prise  par  Samah  (ou  Zama),  pp.  186, 
552,  553,  555;  assiégée  par  Charles  Martel, 
pp.  554,  557;  sa  soumission  à  Pépin,  p.  504; 
aurait  été  prise  par  les  Normands  au  neuvième 
siècle,  p.  862;  les  neveux  de  Constantin  y  sont 
élevés,  pp.  76,  77;  patrie  de  Magnus  Félix, 
p.   114. 

Nauhonne;  indiquée  comme  évêché  dans  la  Notice 
des  cités  des  Gaules,  p.  121  ;  son  église  n'a  pas 
été  soumise  à  celle  d'Arles  avant  417,  p.   108. 

—  (archevêques  de);  ont-ils  été  soumis  à  la  pri- 
matie  de  Bourges?  p.  323. 

—  (évêques  de);  ont-ils  regardé  celui  d'Arles  comme 
leur  métropolitain  avant  Patrocle?  p.  107;  ajou- 
tent à  leur  titre  celui  d'évêque  du  Razès,  p.  3  1  1 . 

—  (royaume  de'),  nom  donné  quelquefois  aux  pos- 
sessions des  Visigoths  dans  les  Gaules,  p.   i  43. 

—  (comté  de)  sous  les  carlovingiens,  p.  269;  à  la 
suite  de  la  création  de  la  Marche  d'Espagne,  les 
domaines  du  comte  appartiennent  au  marquis 
qui  commande  la  Marche;  est  administré  par 
des  vicomtes,  p.  314. 

—  (comtes  de),  pp.  214  8c  suiv.  814. 

—  (concile  de),  pp.  3i5,  791. 

Navarre  (royaume  de),  p.  202. 

NEBELUNG  ou  NEVELONG,  neveu  de  Charles 
Martel  auquel  on  rattache  la  famille  capé- 
tienne, p.  277. 

NÉRRIDIUS,  archevêque  de   Narbonne.  Foir  NIM- 

PHRIDIUS. 
Nemausus,   NiMES,   pp.  414,  4l5. 
NEPOS  (Manilius),  p.  39. 
NEPOS  (Julius),  p.   129. 
NÉPOTIEN,  maître  de  la  milice,  p.  i  16. 

Nerusi,  sont  placés  par  Auguste  parmi  les  Ligu- 
riens chevelus,  p.  78;  peuple  placé  par  Ptolé- 
mée  dans  les  Alpes  Maritimes,  p.  72. 

NICOLAS  I,  pape,  p.  324. 

NICOLAS  II,  pape,  p.  564. 

NiMÈGUE  (assemblée  de),  de  887,  p.  353. 

Nîmes,  p.  436;  d'après  Strabon,  cette  ville  se  gou- 
vernait en  forme  de  république,  p.  21;  noms  & 
fonctions  de  ses  magistrats  romains,  pp.  453, 
454;  se  soumet  aux  Arabes,  p.  553;  incendie 
des  arènes  de  cette  ville  par  Charles  Martel, 
p.  554;  livrée  à  Pépin  par  Ansémond,  p.  554. 

—  (monnayage  particulier  de),  pp.  491   &  suiv. 

—  monnaies  grecques  avec  l'ethnique;  argent, 
pp.  491,  492. 

—  bronzes,  pp.  492,  493. 

—  monnaies  à  légendes  latines,  p.  493, 

—  argent,  p.  498. 

—  bronze,  pp.  498  &  suiv. 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


587 


fliMP.S;  histoire  de  l'ntelier  monétaire  de  cette 
ville  à  l'époque  romnine,  pp.  497  à  604. 

—  indiquée  comme  évêché  pnr  la  Notice  des  cités 
des  Gaules,  p.    121 . 

—  ses  premiers  évêquej,  pp.  49,  5o. 

—  (comté  de)  sous  les  carlovingiens,  p.  269. 

—  (comtes  de),  p.  3i5. 

KTMPHRIDIUS  ou  NÉRRIDIUS,  abbé  de  La  Grasse, 
archevêque  de  Narbonne,  pp.  212,  558,  559. 

Nivernais,  ajouté  à  l'Aquitaine  par  le  partage  de 
806,  p.  270. 

NoAiLLÉ,  abbaye,  p.  3o3. 

NoouERA,  rivière  en  Espagne,  p.  202. 

NORBANUS  FLACCUS;  c'est  à  la  fin  de  son  con- 
sulat que  Sertorius  se  retire  en  Espagne,  pp.  41, 
42. 

NORBERT,  évêque  de  Reggio,  p.  304. 

NoRMANDSj  note  additionnelle  sur  leurs  invasions 
dans  le  centre  8c  dans  le  midi  de  la  France; 
suite  chronologique  de  ces  invasions,  pp,  363, 
364;  époque  de  la  prise  de  Toulouse  par  eux, 
pp.  362  &  suiv. 

NORTBERT,  évêque  du  Vêlai  ou  du  Puy,  pp.  178, 

18  ij  aurait  transféré  l'évéché  de  Vêlai   dans  la 

ville  du  Puy,  p.    172. 
Notre-Dame,    église    dans    le    comté    de    Besalu, 

pp.  290,  291  • 
Novaria,  ville  fondée  en   Italie  par   les   Gaulois, 

p.   4i3. 

NoVEMi'oruLANiE}  Origine  de  ce  nom,  pp.  120, 
121  ;  comprise  dans  les  Sept  Provinces,  p.  120; 
fùt-elle  cédée  aux  Visigoths  par  Honoréi'  p.  i23. 

Numismatique  de  la  Province,  pp.  421  &  suiv.; 
période  antique,  pp.  457  &  suiv.;  peuples  aux- 
quels il  faut  rapporter  les  monnaies;  influences 
étrangères  qui  ont  formé  les  types,  pp,  467, 
458,  409;  dégénérescence  des  types  grecs  sur  les 
monnaies  gauloises,  p.  409;  la  monnaie  d'ar- 
gent prédomine  dans  le  Languedoc;  pourquoil* 
pp.  420,  421,  422,  460;  pays  du  Languedoc  où 
la  monnaie  d'or  prédominait,  &  causes  de  cette 
faveur,  p.  460;  géographie  monétaire  du  pays 
des  Volkes  &  des  pays  voisins,  pp.  461,  462, 
4^3;  types  qui  se  trouvent  sur  les  monnaies  de 
cette  époque;  écriture  &  langue  des  légendes, 
pp.  426,  427. 

—  ancienne;  époque  approximative  de  chacun 
des  types,  pp.  420,  421,  489. 

NûfaÇ,  ville  celtique  dont  on  ignore  l'emplace- 
ment, p.  38o. 


O 


OCRA,  OKRA  ou  OQBA,  gouverneur  arabe  de  l'Es- 
p.igne,  pp.  554-;"j57;  nouvelles  observations  sur 
l'époque  de  la  révolte  des  Arabes  contre  ce  per- 
sonnage, pp.  371,  372. 

OctoJurum,  plus   tard  Martinach  dans   le  Valais, 

p.  107. 
ODA,  épouse  d'Acfred,  comte  de  Toulouse,  p.  227. 


ODALRIC  ou  UDALRIC  ;  aucun  document  ne 
prouve  qu'il  ait  été  le  successeur  d'Aledran  au 
comté  de  Barcelone,  p.  3i8. 

ODALRIC.    Voir  UDALRIC. 

ODE,  citée  dans  la  généiilogie  d'Eudes  comme  In 
femme  de  Boggis,  pp.   188,   190. 

ODO  ARIBERTI  (chronique  d')j   sur  l'époque  de 

sa  rédaction,  p.  225. 
ODOACRE,  roi  d'Italie,  p.  52'). 
OKBA  ou  OQBA,  gouverneur  arabe  de  l'Espagne. 

Voir  OCBA. 

OLIBA,  évêque  d'Ausone  ou  de  Vie,  fils  d'Oliba 
Cabreta,  p.  292. 

OLIBA  CABRETA,  fils  de  Miron,  frère  de  Wi- 
fred  II,  p.  290;  comte  de  Besalu  &  de  Cerdagne, 
pp.  241,  292. 

OLIBA  CABRETA,  comte  de  Besalu  &.  de  Cerda- 
gne, pp.  241,  292. 

OLIBA  I,  comte  de  Carcassonne,  p.  3i2;  histoire  & 

généalogie  de  sa  famille,  pp.  286,  287;  père  ou 
aïeul  d'Oliba  II,  p.  263;  erreur  de  dom  Vais- 
sete  au  sujet  de  la  descendance  de  ce  comte, 
p.  287. 

OLIBA  II,  comte  de  Carcassonne  &  de  Razès , 
p.  287;  n'était  pas  comte  de  Razès  comme  le  dit 
domVaissete,  p.  3i2;  discussion  sur  un  diplôme 
de  870  qui  lui  est  relatif,  p.  56i. 

OLIBA,  fils  de  Raoul,  comte  de  Gonflent,  paraît 
n'avoir  pas  survécu  à  son  père,  p.  289. 

Olympiades;  concordance  entre  ce  système  chro- 
nologique &  les  années  depuis  la  fondation  de 
Rome,  p.  i3. 

Olympie;  ses  trésors,  p.  396. 
OMAR  I,  calife  de  Damas,  p.   184. 
OMAR  II,  calife  de  Damas,  p.    184. 
OPILION,  consul   en   453,  l'année  de  la    mort  de 
Thorismond,  roi  des  Visigoths,  p.    ii3. 

OQBA,  gouverneur  arabe  de  l'Espagne.  Voir  OCBA. 
On  (monnaie  d'),  qu'on  peut  attribuer  aux  Volkes 
Tectosages,  p.  5 18. 

Or,  DF,  Toulouse,  enlevé  par  Cépion;  ne  pouvait 
provenir  du  prétendu  pillage  du  temple  de  Del- 
phes par  les  Tectosages,  ce  temple  ayant  été 
pillé  peu  de  temps  auparavant  par  les  Phocéens, 
p.  i5. 

Oracle  de  Delphes;  son  ancienneté;  témoignages 
&  traditions  à  ce  sujet;  hypothèses  des  moder- 
nes, pp.  384,  38;);  dispositions  topographiques 
du  temple,  pp.  389,  390. 

Orange;  c'est  entre  cette  ville  &  le  Pont-Saint- 
Esprit  qu'Annibal  passa  le  Rhône,  p.  17. 

—  (concile  d'),  convoqué  par  saint  Hilaire  d'Arles, 
p.    I 12. 

Oses,  peuples  établis  dans  la  Germanie;  la  langue 
parlée  par  eux  prouve  qu'ils  n'étaient  pas  Ger- 
mains d'origine,  p,    11, 

OsTROGOTHS;  à  quelle  époque  ils  défirent  les  Fran- 
çais, p.   139. 
OTHON,  évêque  d'Urgel,  p.   193, 
OxuBiENS,  peuples  gallo-ligurien,  p.  73. 
Oiindisj  corruption  i^Ucetiensis  (?),  p.   148. 


588 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


PAGI  (P.);  son  erreur  au  sujet  de  l'origine  de 
l'église  de  Carcassonne,  p.  52}  c'est  sans  fonde- 
ment qu'il  rapporte  à  l'an  721  toutes  les  expé- 
ditions de  Zama  dans  les  Gaules,  p.   186. 

Paeus;  sens  de  ce  terme  en  Gaule  8c  en  Italie; 
rapporte  de  cette  circonscription  &  du  vuus, 
pp.  412,  41  3}  division  inférieure  de  la  civitas; 
sa  constitution  politique,  p.  446. 

—  (le)  à  l'époque  impériale;  son  étendue  varie 
beaucoup  suivant  les  pays;  exemples  à  l'appui  ; 
origine  probable  de  la  division  en  pa^hTp^.  41.!, 
414,  415. 

—  (droits  politiques  du);  ils  lui  sont  enlevés 
plus  tard,  pp.  41 5,  416;  magistrats,  assemblées; 
leur  rôle,  leur  autorité,  pp.  418,  419,  420. 

—  (religion  du);  ses  sources;  ses  formes  diverses; 
fêtes  rustiques;  culte,  pp.  417,  418. 

noms  que  les  pagi  prenaient  dans  les  différentes 

cités,  pp.  4i3,  414. 
Paîatium  Gothorum,  nom  qu'aurait  autrefois  porté 

Saint-Gilles,  p.   100. 
Pamiers;  origine  de  cette  ville,  p.  69;  n'est  connue 
que  depuis  1  1  i  1  ;   c'était   alors   un   château    biti 
près  de  l'abbaye  de  Frédelas,  p.  61. 
Pamiehs  (Saint-Antonin  de),  abbaye,  p.  59. 
Pami'ELUNE,  ville  d'Espagne,  p.   191. 
Paramo,   bataille   livrée   aux  Suèves   par  Théodo- 

ric  II  sur  la  rivière  d'Obrego,  pp.    i  14,  624. 
Pauis  (concile  de),  tenu  en  36o  ou  362;  Saturnin, 

évèque  d'Arles,  y  est  déposé,  p.  79. 
Pai'.taoe  de  ses  États  fait  par  Louis  le  Débonnaire 

en  817,  p.  343. 
PARTHÉNIUS,  évèque  de  Gévaudan,  p.  93. 
PARTHÉNIUS  DE  NICÉE,  historien  grec,  a  connu 
&  employé  les  œuvres  de  Phylarque  de  Naucra- 
tis,  p.  406. 
PATERNE,  évèque  arien  de  Périgueux,  p.  86. 
Patui,  dans  le  Limousin,  p.  lâi. 
PATROCLE,  évèque  d'Arles,  p.    106. 
Patrons  ;   leur    rôle;   changements   successifs   dans 
leurs  fonctions;  leur  nomination,  pp.  446,447. 
S.  PAUL,   apôtre  de  la  Narbonnaise,  p.   109;  pre- 
mier évèque  de  Narbonne,  peut  avoir  été  envoyé 
dans  les  Gaules  longtemps  avant  saint  Saturnin, 
p.   49. 
S.  PAULIAN,  évèque  du  Puy,  p.   173. 
S.  PAULIN,  ami   d'Ausone;   sur  le  lieu  de  sa   de- 

meare,  pp.  80,  81,  82. 
PAUSANIAS;  époque  à  laquelle  il   place  la  défaite 

des  Gaulois  devant  Delphes,  pp.  12,  i3. 
PÉLISSIER  (Guillaume),  évèque  de   Maguelonne, 

p.    102. 
PEPIN,  roi  des  Franks,  p.   191;  conquiert  la  Sep- 

timanie,  p.  554. 
PEPIN  I,  roi  d'Aquitaine,  p.  252;  son  attitude 
vis-à-vis  de  l'empereur,  son  père,  pendant  les 
années  8  >6  &  837,  p.  353;  assiste  à  la  diète  de 
Worms  de  836,  p.  353;  époque  de  sa  mort, 
p.  35o. 


r 

PEPIN  II,  roi  d'Aquitaine,  pp.  225,  252,  271  ;  ma- 
nière dont  il  comptait  les  années  de  son  règne, 
pp.  354,  355. 
PEPIN  D'HÉRISTAL,  maire  du  palais,  p.   190. 
Péuigoud,    appartenait    à    l'Aquitaine    deuxième, 

p.    I 23. 
PERPENNA,  assassine  Sertoriiis,  p.  428. 
Perreci,  domaine  impérial  dans  le  pays  d'Aiitun, 

pp.  273,  3oo. 
Perthus,  col  ou  passage,  p.  43  1 . 
PÉTRONE,  préfet  des  Gaules,  p.   104. 
Phéniciens;  leur  domination  en  Espagne,  p.  38o. 
PHÏGBERTE,  sœur  d'Ode,  citée  dans  la  généalogie 

d'Eudes  comme  la  femme  de  Bertrand,  p.   188. 
PHILON,  intendant  d'Ausone,    p.  80. 
PhocidiénS,  pillent  le  temple  de  Delphes,   p.  388. 
S.  PHŒBADE,  évèque  d'Agen,  pp.  82,  85. 
PHYLARQUE    DE    NAUCRATIS ,    historien    grec, 
employé  de  préférence  par  Trogue  Pompée,  pour 
l'histoire    des   expéditions    gauloises;   valeur  de 
ses  écrits;   a   été   employé   aussi    par   Pausanias, 
pp.  4o5  à  408. 
Pi  A,  terre  en  Roussillon,  p.  32  1. 
PIERRE,  évèque  de   Girone,   troisième  fils  de  Ro- 
ger   I,    comte    de   Carcassonne,    p.    60;   possède 
l'abbaye  de  Frédelas,  p.  61. 
PIERRE,  vicomte  dans  le  comté d'Ampurias,  p.  oiz. 
PiERRELATE  (comté  de),  p.  235. 
PISISTRATE,  tyran  d'Athènes,  p.  38  i. 
PLACIDIE,  sœur   d'Honorius,  épouse  d'Ataulphe, 

pp.  96, 52 1 . 
Plehs,  division  intérieure  du  viun'icipium;  sa  com- 
position,  ses   pouvoirs;    les   comices,   pp.    441, 

PLINTA,  consul  au  moment  de  la  cession  lajte 
par  Constance  aux  Visigoths  de  la  seconde 
Aquitaine,  p.  i  i3. 

PLUTARQUE;  d'après  cet  auteur  les  Gaulois  occu- 
paient les  extrémités  de  l'Europe,  p.  5;  suivant 
lui  Pyrrhus  demeura  six  ans  en  Italie,  p.  1 .:  ; 
explication  d'un  passage  de  cet  auteur  relatif  à 
la  Ligurie  &  aux  Alpes,  p.  33;  son  reçu  des 
migrations  des  Celtes,  p.  434. 

PorriEES,  démolie  par  Dagobert,  p.   187. 

_  (bataille  de)  en  732,  p.  553. 

_  (Sai!>;t-Hilaire  de),  abbaye,  pp.  3o3  3o6; 
Charles  le  Chauve  en  dispose  en  faveur  de  Pro- 
taire,  archevêque  de  Bordeaux,  p.  264;  ses  abbes 
séculiers,  p.  237. 

_  (comtes  de)  ou  d'AuvERGNE,  ducs  d'une  partie 
de  l'Aquitaine,  p.  252. 

Poitou,  appartenait  à  l'Aquitaine  deuxième, 
123;    fait   partie  du    royaume   de    Charibert, 

P-    '89-  ,         , 

_  (comtes  de);  erreurs  de  Besly  à  leur  sujet;   les 

auteurs   de    VArt  de  yérlfier  les  dates   ont  copie 

Besly,  p.  3o2. 
POLÉMIUS,  préfet  des  Gaules,  p.  11  5. 
POLIGNAC  (vicomte  de),  pp.   178,   179. 
PoLLENTiA  (bataille  de),  livrée  le  jour  de  Pâques  de 

l'an  402,  p.  520. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


589 


Poi.YBE;  parties  de  la  Gnule  habitées  par  les  Celtes 

d'après  cet  auteur,  pp.    i,  2, 
POMPÉE;  ses   expéditions  dans  la  Province  Nar- 

Lonnaise,  pp.  Sp,  40,  41. 

—  (Trophée  de);  sa  place;  tracé  delà  vo\e  Domitia 
au  passage  des  Pyrénées,  pp.  43o,  431  ;  sa  place 
exacte  est  probablement  au  bord  de  la  mer, 
p.  432;  conjectures  sur  sa  forme  probable, 
pp.  432,  433. 

PONS  I,  comte  d'Ampurias,  fils  de  Hugues  &  de 
Guisle,  pp.  29;"),  323. 

Pont-Saint-Esprit;  c'est  entre  ce  lieu  &  Orange 
qu'Annibal  passa  le  Rhône,  p.   17. 

PoNTiON   (concile  de),  p.   172. 

Populi  stipendiant;  leurs  droits  &  leurs  devoirs, 
pp.  437,  438. 

Pcii'.T  (concile  de),  en  897,  p.  328. 

Poiit-Vendhes  ;  d'après  Catel  les  limites  de  la 
Karbonnaise  partaient  de  cette  ville,  suivaient 
les  cotes  de  la  Méditerrannée  8t  allaient  jus- 
qu'au Var,  p.  22. 

Poutet,  village  sur  les  bords  de  la  Garonne,  au 
sud-ouest  de  Toulouse,  pp.  537,  539. 

Portus,  ville  du  comté  d'Ampurias,  p.  822. 

POSSIDONIUS;  ses  voyages  dans  le  midi  de  la 
Gaule  &  en  Espagne,  pp.  53o,  53 1,  532,  533; 
témoignage  de  cet  auteur  sur  Toulouse  &  les 
Volkes;  c'est  par  Strabon  que  nous  le  connais- 
sons, pp.  53o,   53 1,  532. 

POSTHUME,  empereur;  est-ce  avant  ou  après  son 
règne  qu'eurent  lieu  les  invasions  des  peuples 
d'outre  Rhini*  p.  91. 

POSTHUMIEN,  s'embarque  à  Narbonne  pour  l'O- 
rient, p.  87. 

POTENTIN,  évèque  d'Utique,  p.   i83. 

PfiADES,  vallée  du  Roussillon,  p.  53. 

—  ville  de  Gonflent,  donnée  à  l'abbaye  de  La 
Grasse,  p.  289. 

Praesidia;  signification  de  ce  mot,  p.  487. 

PRAXIAS,  élève  de  Calamis,  sculpteur  grec  qui 
travailla  au  temple  de  Delphes,  p.  388. 

Préfet  des  Gaules;  à  quelle  époque  sa  résidence 
fut  transférée  de  Trêves  à  Arles,  p.    io3. 

PRETIOSUS,  disciple  de  saint  Germier,  p.  i5o. 

Priml'Liac,  lieu  situé  dans  la  Narbonnaise,  p.  84; 
Sulpice  Sévère  y  bâtit  deux  églises,  p.  86. 

Pr.iSCILIANISTES,  p.  6ç. 

S.  PRIVAT,  premier  évêque  connu  du  Gévaudan, 
p.  58;  époque  de  son  martyre,  pp.  88,  89;  un 
monastère  est  bâti  sur  son  tombeau,  p.   i33. 

S.  PRIX  ou  PRIEST,  évêque  de  Clermont,  en  Au- 
vergne, pp.   179,  180. 

PROCII.LUS  (Valérius);  César   fait    l'éloge   de   ce 

chef  des  Helviens,  p.  21. 
PROCLIEN,  vicaire  du  préfet  des  Gaules,  pp.  70, 

PROCULE,  évêque  de  Marseille,  métropolitain  de 
la  deuxième  Narbonnaise,  p.   110. 

Provence;  à  quelle  époque  elle  fut  soumise  à  Eu- 
ric,  p.  i3o;  les  Francs  &.  les  Bourguignons  ten- 
tent de  s'en  emparer,  p.  525;  son  état  au  hui- 
tième siècle,  pp.  553,  554;  ajoutée  à  l'Aquitaine 
par  le  partage  de  8c6,  p.  270. 


PnovE.NQUifcBES,  lieu  du  Laissaguez,  p.  146. 

Province  romaine  ou  Laxoledoc;  a-t-elle  été 
assujettie  aux  Romains  par  la  force  des  armes? 
p.  21;  quelle  étendue  on  peut  lui  donner  d'a- 
près le  témoignage  de  César,  pp.  24,  20,  26; 
preuve  que  cette  province  demeura  toujours 
fidèle  à  Septime  Sévère,  p.  48. 

PsELDO  -  Dexter,  fausse  chronique  composée  en 
Espagne  à  la  fin  du  seizième  siècle,  p.  2o3. 

PTOLÉMÉE  CÉRAUNUS,  roi  de  Macédoine;  épo- 
que exacte  de  sa  mort,  pp.  12,  i3. 

PUSCUS,  consul,  p.  1  17. 

Pu  Y  (le),  Anicium,  existait  à  l'époque  gallo-ro- 
maine, p.  181  ;  àquelle  époque  cette  ville  devint 
capitale  du  Vêlai,  pp.  93,  174;  l'évêque  Nort- 
bert  y  aurait  transféré  le  siège  éplscopal,  p.  172; 
cette  ville  n'est  connue  sous  ce  nom  que  depuis 
le  douzième  siècle,  p.   172. 

—  (légendes  sur  l'église  du),  p.  174. 

—  (inscription  du  maître-autel  du  Puy;  attribuée 
à  l'époque  carolingienne,  p.  179. 

—  (Notre-Dame  du);  époq^ue  de  sa  construction, 
p.  179. 

— -  (Saint-Georges  du),  église  collégiale,  p.  178. 

Puy-Sainte-Marie,  peut-être  le  Puy  en  Vclai, 
pp.  289,  240. 

PYRÈNE,  fille  d'Amycus,  p.  3i. 

Pyrénkes;  elles  sont,  comme  la  plupart  des  hautes 
montagnes  de  l'Europe,  appelées  Alpes  par  les 
autours  anciens;  explication  d'un  passage  de 
Plutarque,  pp.  33,  84. 

PYRRHUS;  époque  de  son  entrée  en  Italie,  p.  12. 

Pythie  de  Delphes,  pp.  385,  390,  391. 

Pytiio  (oracle  de),  ancien  nom  de  l'oracle  de  Del- 
phes, p.  385. 


Q 


QUELTDOTNE  DE  BESANÇON,  p.    106. 

S.  QUENTIN,  évêque  de  Rodez;  époque  de  son 
exil,  p.  i3i . 

QuERCi;  preuve  qu'il  appartenait  aux  comtes  de 
Toulouse  au  neuvième  siècle,  pp.  364,  365;  épo- 
que de  la  réunion  de  ce  pays  à  la  couronne, 
p.  369. 

Questeurs  des  colonies,  p.  445. 

S.  QUINTIN,  évêque  d'Apt,  p.   io3. 

QUIXILO,  comtesse  de  Roussillon,  femme  de  Mi- 
ron,  pp.  289,  293. 


R 


RABANIS,  démontre  la  fausseté  de  la  charte  d'A- 

laon,  p.  1 97. 
RACULFE,  prétendu  comte  de  Mâcon,  p.  25o. 
RADULFE,  comte  de  Confient.  Fo;>  RAOUL. 
RADULPHE  ou  RAOUL,  archevêque  de   Bourges, 

pp.  324,  349. 


Sço 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


UAGNAHILDE;  était  femme  d'Eiiric,  p.  i3o;  fut- 
elle  inhumée  dans  le  cimatière  de  l'église  de  la 
Daurade?  p.   i  3  i . 

RAINAUD,  comte  d'Herbauges,  p.  280. 

RAIMOND,  comte  de  Limoges,  p.  364;  à  identifier 
avec  Raimond  1,  comte  de  Toulouse.  Voir  t.  I, 
p.   1 084. 

RAIMOND,  comte  de  R.ouergue,  p.  61. 

RAIMOND  I,  successeur  de  Frédelon  dans  le  comté 
de  Toulouse,  p.  233  ;  comte  de  Toulouse  8c  pro- 
bablement de  Rouergue,  p.  Sôp;  sa  famille, 
p.  364;  c'est  de  lui  que  sont  descendus  les  comtes 
héréditaires  de  Toulouse  dont  la  filiation  s'est 
continuée  jusqu'au  milieu  du  treizième  siècle, 
p.   3oo. 

RAIMOND  II,  comte  de  Toulouse,  p.  364;  a  pos- 
sédé le  Querci,  p.  369. 

RAIMOND  IV  DE  SAINT-GILLES,  comte  de  Tou- 
louse, reçoit  de  Guillaume,  comte  de  Rodez, 
divers  châteaux,  p.    146. 

RAIMOND  BORREL,  comte  de  Barcelone,  fils  de 
Borrel,  pp,  293,  319, 

RAIMOND  RAPHINEL,  duc  d'Aquitaine,  p.  220; 
la  charte  dans  laquelle  il  figure  est  supposée, 
p.  296. 

RAINFROI,  maire  du   palais  de  Chilpéric,  p.    192. 

RAINALD,  comte  d'Herbauges,  pp.  221,  244,  2^9, 
260. 

RAINALD,  frère  de  Benoît,  p.    194. 

RAINULFE.  Voir  RANULFE. 

RALINDE,   femme  de  Raoul,  comte   de   Gonflent, 

pp,    289,    322. 

RAMNON,  évêque  d'Elne,  p.  35o. 
RAMNULFE.  Foir  RANULFE  ou   RAINULFE. 
Rangieil,  domaine,  près  de  Toulouse,  p.  548. 
RANULFE,  prétendu  cinquième  évêque  de  Lodève, 
p.   5i. 

RANULFE,  fils  de  Guillaume,  comte  d'Auvergne  & 
petit-fils  de  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine;  abbé  laïqLie 
de  Saint-Hilaire  de  Poitiers,  tué  à  la  bataille  de 
Brissarthe,  p.  281. 

RANULFE  (les);  leur  généalogie,  p.  283. 
RANULFE   ou   RAINULFE  I,  comte  de    Poitiers  & 

duc  d'Aquitaine,  pp.  249,  253;  tué  à  Brissarthe, 

p.   3o6. 
RANULFE,   RAINULFE    II,    comte    de    Poitiers    & 

duc  d'Aquitaine,   pp.  25fj,  279,  3o6  ;   erreurs  de 

dom  ^'^aissete   &.  des  auteurs  de   l'Art  de  vérifier 

les  dates  k  son  sujet,  p.  282. 

RAOUL,  archevêque  de  Bourges.  /'o/V  RADULPHE. 
RAOUL    ou    RADULFE,   moine    de    Ripoll,    puis 

évêque  d'Urgel,   fils  de  Wifred  le  Velu,  pp.  241, 

290. 

RAOUL,  RADULFE,  comte  de  Confient,  fils  de 
Sunifred  &  d'Erniesinde ,  frère  de  'Wified  le 
Velu,  pp.  24c,  288,  289,  3;2,  Ô59  ;  n'a  ])as  été 
comte  de  Roussillon  ainsi  que  l'affirment  les 
auteurs  de  l'Art  de  vérifier  les  dates,  p.  3 7.0. 

RAOUL,   comte  de   Nimes,    institué    par   Pépin   en 

759,  pp.  269,  3i5. 
Rasez.  Voir  Razks. 
RATHARUJS,  comte  de  Limoges,  p.  260. 


RATIER,  comte  d'Angoulême,  p.  281. 
Ravenne;  Théodoric  y   fait   construire   des  aque- 
ducs en  5o2,  p.   I 36. 

RA"rNALD,  comte  d'Herbauges.   Foir  RAINALD. 
RazèS,  a  tiré  son  nom  du  château  de  Redas,  p.  33. 

—  (évêché  de),  n'existe  que  pendant  quelques  an- 
nées du  neuvième  siècle,  p.  3i  i. 

—  ce  pays  a  eu  ses  comtes  particuliers,  pp.  277, 
3  i  I . 

—  (comtes  de),  p.  262. 

RECAMOND,  abbé  de  Saint-Hilaire,  p.  3i3. 

RECCARÈDE,  roi  des  Visigoths  &  le  premier  qui 
porte  le  surnom  de  Flavius,  p.  98;  époque  de 
ses  expéditions  contre  les  Français  sur  les  fron- 
tières de  la  Septimanie,  pp.  168,  169,  160;  épo- 
que de  sa  mort,  pp.   160,   161. 

RÉCHIARIUS,  roi  des  Suèves,  pp.  523,  624. 

RÉCIMIR,  fils  de  Witigius,  p.  322. 

Rkcollets  (cimetière   des),   à  Toulouse,    pp.    040, 

541 ,  642,  543. 
S.  RÉMI;   le  nom  de  Septimanie   est-il  cité  dans 

son  testament?  p.    124. 
REMISTAN,    frère    du    duc    d'Aquitaine,    Hatton, 

p.    188. 

Revessio  ou  Saint-Paulhan,  ancienne  capitale  du 
Vêlai,  p.  93. 

Riioda  ;  histoire  &  influence  de  cette  ville  mari- 
time, pp.  464,  460;  influence  de  la  monnaie  de 
cette  ville  sur  l'ancien  système  monétaire  de  la 
province,  pp.  422,  460,  461. 

—  (description  de  la  drachme  de);  figures,  pp.  465, 
466  ;époqae  où  les  Volkes  imitent  cette  drachme, 
p.   465. 

—  (taille  des  monnaies  de);  il  est  impossible  de 
connaître  leur  poids  exact,  p.  466. 

RHODANIUS,  évêque  de  Toulouse,  refuse  de  sous- 
crire le  concile  schismatique  de  Béziers,  p.  77. 

Rno.NE;  depuis  le  mont  Jura  jusqu'à  l'embouchure 
de  l'Isère  il  sert  de  limite  à  la  Narbonnaisc, 
d'après  Catel,  p.  22. 

RICHARD  LE  JUSTICIER,  comte  d'Autun,  pp.  278, 

3o2. 
RICHBAUT,    abbé    de    Saint- Riquier,    neveu    de 

Louis  le  Débonnaire^  p.  278. 

RICHELME,  vicomte   dans   le   comté  d'Ampurias, 

p.     322. 

RICHILDE,  seconde  femme  d'Oliba  I,  comte  de 
Carcassonne,  p.  287. 

RICHILDE,  femme  de  Suniaire,  quatrième  fils  de 
Wifred  le  Velu,  comte  d'Urgel,  p.  290. 

RICHILDE,  fille  de  Borrel,  comte  d'Ausone  &  d'Ar- 

sinde,   femme  d'Eudes,   vicomte   de   Narbonne, 

p.   291. 
RICHILDE,   femme  d'Eckard,  p.  278. 
RICIMER,  maître  de  la  milice,  p.    116. 
RICUIN,    comte    de    Padoue    81    non    de    Poitou, 

p.    304;    aucun   comte   de    Poitou    n'a    porté   ce 

nom,  p.  3 02. 
RÎCULFE,  évêque  d'Elne,  pp.  238,  289,  32o, 
RiDALKA   [Riodou(a') ,   terre    du    comté    de   Besalu, 

p.    29-.. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


591 


Riez,  ville  de  la  Viennoise,  p.  7"). 

—  (concile  de),  convoqué  par  saint  Hilaire  d'Arles, 

p.    112. 
R'tgomagentium ,  une  des  huit  cités  des  Alpes  Ma- 

ritimesj  sa  situation  est  inconnue,  p.  yô. 

RIGONTHE,  princesse  française  que  devait  épouser 

Reccarède,  p.  161. 
RiMiNi  (concile  de),  p.  79. 
UIPAIRE,  curé  du  diocèse  de  Toulouse  ou  de  Tar- 

ragone,  p.  88. 
RiroLL,  monastère,  pp.  290,  3  19;   fondé  par  Wi- 

fred  le  Velu,  p.  29c. 

ROBERT  LE  FORT,  comte  d'Autun,  &c.,  pp.  23o, 
23i,  249,  275,  3oi,  3o6  ;  tué  à  la  bataille  de 
Brissarthe,  p.  281;  qualifié  comte  de  Sesseau, 
p.  227J  de  Madrie,  p.  229. 

ROBERT,  fils  de  Robert  le  Fort,  plus  tard  roi 
sous  le  nom  de  Robert  I,  p.  3o6;  abbé  de  Saint- 
Martin  de  Tours,  p.  i.)J^. 

ROBERT,  comte  de  Maguelonne,  p.  3ir). 

ROBERT,  prétendu  comte  de  Querci  &  de  Tu- 
renne,  p.  364. 

RoniNE  (canal  de  la),  p.  528. 

ROCHE-AIMON  (de  U),  évêqiie  du  Puy,  p.   lyS. 

RODERTC  XIMENÈS,  archevêque  de  Tolède  au 
treizième  siècle;  a  employé  dans  son  Histona 
Arabunt,  la  chronique  dite  d'Isidore  de  Béja, 
p.   5.')9;  cité,  p.   1 82. 

Rodes  (Saint-Pierre  de)  corrige'}^  Rosas,  monastère 
dans  le  comté  de  Pierrelate,  pp.  294,  296,  32  i, 
323. 

RonEz,  p.  I  82. 

RODLINDE,  fille  de  saint  Guillaume  de  Gellone, 
pp.  272,  273. 

RODOLPHE,  archevêque  de  Bourges,  fondateur  de 
Beaulieu,  pp.  365,  366,  367,  368. 

RODOLPHE,  comte  ou  vicomte  de  Turenne,  p.  365. 

ROGER  I,  comte  de  Carcassonne,  p.  60. 

ROGER  I,  comte  de  Foix,  réforme  l'abbaye  de 
Frédelas,  p.  6  r . 

ROGER  II,  comte  de  Foix,  refuse  de  restituer  des 
biens  à  l'abbaye  de  Frédelas,  p.  61  5  assiste  à  la 
première  croisade  &  rapporte  les  reliques  des 
SS.  Caïus  &  Alexandre,  martyrs  d'Apamée,  en 
Syrie,  pp.  61 ,  62. 

ROGER,  comte  en  Limousin,  p.  269. 

ROLLON,  duc  de  Normandie;  sa  fille  Adèle  épouse 
Ranulfe  II,  comte  de  Poitiers,  p.  283. 

Romains;  époque  où  ils  vainquirent  les  Gaulois 
Sénonais  &  les  Boiens,  p.  12;  en  quel  temps  le 
Languedoc  leur  fut  soumis,  pp.    19,  20,  21,  22. 

Rome;  pillée  par  les  Visigoths,  p.  52i. 

ROMILLE,  femme  de  Béra ,  comte  de  Razès, 
pp.  273,   3i3. 

RORICE,  évèque  81  comte  de  ^'eIai,  p.   178. 

RORICON,  comte,  père  de  Blichilde,  p.  243. 

Rose  (monnaies  gauloises  au  type  de  la),  imitées 
de  la  drachme  de  Rhoda,  pp.  466,  467;  portant 
au  droit  &  au  revers  les  deux  figures  de  l:i  rose 
de  Rhoda,  p.  484. 

ROSIA,  fille  de  saint  Sidoine,  p.   1.34. 


RosKiNO,  ville  d'origine  phénicienne  sur  les  côtes 
méridionales  de  la  Gaule,  p.  38o.  l'oir  HtSciNU. 

ROTRUDE,  fille  aînée  de  Charlcmagne,  p.  245'. 

ROTRUDE,  fille  de  Béra,  comte  de  Razès  &  femme 
d'Alaric,  comte  d'Ainpurias,  pp.  235,  277,  3i3, 

322. 

ROTRUDE,  sœur  de  Rodolphe,  archevêque  de 
Bourges,  p.  366. 

RoiERCUE;  est  conquis  sur  les  Visigoths  par 
Thierry,  fils  de  Clovis,  pp.   iSy,  145. 

—  (invasions  des  Arabes  dans  le),  p.  553. 

—  (anciens  comtes  du);  époque  où  les  comtes  de 
Toulouse  ont  possédé  ce  pays,  p.  369. 

RoLSSii.LONj  plusieurs  noms  de  lieux  de  cette  con- 
trée semblent  se  rattacher  à  des  racines  ibéri- 
ques, p.  436. 

—  (comtes  de),  pp.  293,  319. 

RtnRESLS  (canal);  but  &  résultats  de  cet  ouvrage 
d'art;  changements  dans  la  direction  du  cours 
de  l'Aude,  pp.  527,  528. 

Ruessium,  plus  tard  Vellava,  aujourd'hui  Saiiit- 
Paulhan,  pp.  171,  178. 

RtsciNO,  les  envoyés  d'Annibal  vont  y  trouver  les 
chefs  volkes  pour  leur  demander  le  libre  pas- 
sage jusqu'au  Rhône,  p.  436. 

Rl'STIQUE,  frère  de  saint  Didier;  son  prédécesseur 
dans  l'évêché  de  Cahors,  p.   i63. 

S.  RUSTIQUE,  évèque  de  Narbonne,  p.   1  1 1. 

RUSTICUS,  évèque  de  Viviers,  p.  54. 

RuTHKNES,  peuple  des  Gaules  hors  des  limites  de 
la  Gaule  Braccata  ;  se  divisaient  en  Rui/icni 
eîeutheri  &  en   Rutheni  provinciales,  pp.  2.^,  25. 

RUTILIUS,  pocte  qui  compose  un  itinéraire  avant 
l'an  417,  p.  96.^ 


SABINUS,  évèque  de   Béarn   ou   de   Lescar,  8c   non 
de  Viviers,  p.  55. 

SADREGISILE,  duc  d'Aquitaine,  p.   189. 
Saint-Agne,  village  près  de  Toulouse,  p.  548. 
Saint-André,    propriété    8t  maisons   appartenant 
au  monastère  d'Alaon,  p.  202. 

Saint-Bertin  (annaliste  de),  p.  287. 
Sai.vt-Chiman,  abbaye;  son  origine,  p.  827. 
Saint-Cyr,  église,  en  Roussillon,  pp.  395,  323. 
Saint-Denis,  nbbay«,  p.  189. 
Saint-Etienne,   église  dans   le   Carcasses,  possédée 

par  l'abbaye  de  La  Grasse,  p.  263. 
Sainte-Eui.alie   de   Larsac,    lieu    du    diocèse   de 

Vabre  sur  les  frontières  du  Gévnudan,  p.   146. 

Saint-Genou,  abbaye  fondée  par  Acfred,  comte  de 
Toulouse,  p.  227. 

Saint-Gilles,  ville  près  du  Rhône,  pp.  97,  119. 
Saint-Hilaip.e,  abbaye  dans   le  diocèse  de  Carons- 
sonne,  p.  3  1  3. 

Saint-Jean,  île  de  la  Loire  où  eut  lieu   l'entrovuc 
d'Alaric  8<  de  Clovis,  p.  Sj.'i. 


592 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS  ET  DES   MATIERES. 


Saint-Jean  in  Extorio,  ancien  nom  de  l'abbaye  de 

Caunes,  p.  328. 
Saixt-Jean  de  Vef.ges  (Ariége^,  p.  424. 
SAixT-LAunENT  in  Olibegioj  emplacement  de  ce  mo- 
nastère, p.  328. 
Saint-Lizier,    ville   du    Conserans,    sur   le    Salât, 

p.   26. 
Sainte-Marguerite,  église  dans  le  comté  de  Be- 

salu,  p.  291 . 
Saint-Martin,    église   dans    le    comté    de    Razès, 

p.  314. 
Saint-Macr  des  Fossés,  abbaye,  p.  24.5. 
Saint-Michel-en-l'Herm,  monastère  ruiné  par  les 

Normands  &  rétabli  par  Eble,  p.  283. 
Saint-Michel    de    Pons,    église    dans    le    diocèse 

d'Urgel,  p.  290. 
Saintonge,    appartenait  à   l'Aquitaine  deuxième, 

p.     123. 

Saint-Palliian,  Civitas  Vetula,  Vellava,  Ruessium, 
Revessio,  capitale  du  Vêlai,  pp.  93,  171,  179} 
appartient  aux  vicomtes  de  Polignac  depuis 
l'accord  fait  avec  Nortbert,  évéque  du  Puy, 
pp.   172,  178. 

Saint-Pierre,  église  dans  le  pays  d'Autun,  p.  3oi. 

Saint-Pieri'.e,  église  dans  le  comté  de  Besalu, 
p.   291. 

Saint-Raimond,  propriété  &  maison  appartenant 
au  monastère  d'Alaon,  p.  202. 

Saint-Rémi,  abbaye  de  la  ville  de  Sens,  p.  348. 

Saint-Rémi,  petite  ville  de  Provence,  p.  97. 

Saint-Rocii-Vieux,  ancien  chemin  des  Chauroux, 
au  sud  de  Toulouse,  traverse  le  cimetière  anti- 
que; est  peut-être  l'ancienne  voie  romaine, 
p.  549. 

Salinae ,  ville  des  Suetrii ,  aujourd'hui  Seillans, 
p.    72. 

SALOMON,  évéque  d'Elne,  p.  35o. 

SALOMON,  comte  franc,  chargé  du  commandement 
de  la  Marche  d'Espagne,  pp.  290,  3i8;  comte 
de  Cerdagne  en  863,  p.  2J9. 

SALUSTE,  évéque  d'Agen,  p.   167. 

Saluviens  ou  Salyens,  peuple  gallo-ligurien,  p.  73. 

SAMAH-BEN-MALIK  ou  EL-SAMAH;  son  expé- 
dition en  Septimanie,  sa  mort,  p.  .05"). 

S.  SAMSON,  vivait  peu  de  temps  avant  Grégoire 
de  Tours,  p.  90. 

SAMSON,  fils  de  Chilpéric  II,  p.  194. 
SAMUEL,  évéque  de  Toulouse,  p.  224. 
SANCHE  SANCION,  p.  336, 
SANCIE   ou    SANCHE,    femme  d'Adhémar,  comte 

de  Poitiers,  p.  279. 
S.Înglier,  monnaies  gauloises  portant  la  figure  de 

cet  animal  au  revers,  pp.  484,  480. 

SANILA,  accusateur  de  Béra,  marquis  de  Septima- 
nie, p.  3i6. 

Sarrasins;  époque  de  leur  entrée  dans  la  Septi- 
manie, p.  184;  auraient  été  introduits  en  Gaub 
par  le  duc  Eudes,  p.  196;  ont-ils  assiégé  Tou- 
louse en  720  ou  721?  p.  i85;  époque  de  leurs 
invasions  dans  les  Gaules  sous  le  règne  de 
Charles  Martel,  p.  204;  leurs  courses  sont  arrê- 
tées par  suite   de   l'alliance  du  duc   Eudes   avec 


Munuza,  p.  196;  leurs  ravages  dans  le  Vêlai 
en  729,  p.  180;  les  comtés  d'Ausone,  de  Girone, 
d'Ampurias,  d'Urgel,  de  Barcelone,  de  Besalu 
sont  conquis  sur  eux  &  annexés  à  l'Aquitaine, 
p.   270.  Voir  Arabes. 

SARUS,  chef  de  Visigoths,  p.  622. 

S.  SATURNIN,  apôtre  de  Toulouse,  p.  109;  pre- 
mier évéque  de  Toulouse;  époque  de  son  mar-- 
tyre;  authenticité  de  ses  actes,  p.  58;  l'époque 
de  sa  mission  dans  les  Gaules  est  fixée  par  ses 
actes,  p.  49;  un  monastère  a  été  construit  sur 
son  tombeau,  p.   i33. 

SATURNIN,  évéque  d'Arles  arien,  pp.  77,  78. 
Sauve;  ce  lieu  est-il  l'ancien  Vindomagus?  p.  873. 
Sauxillanges,    prieuré    de    l'Auvergne    fondé    par 

Guillaume  le  Pieux,  p.  3io. 
Savoie,  ajoutée   à   l'Aquitaine   par   le   partage  de 

806,  p.  270. 

Saxons;  leur  passage  dans  la  Province  sous  le 
règne  de  Gontran,  roi  de  Bourgogne,  p.   157. 

SCHÉDIUS,  a  nié  qu'aucune  colonie  gauloise  ait 
été  établie  au  delà  du  Rhin,  p.    10. 

SCIMINUS,  fils  d'Adalaric,  duc  des  Gascons,  p.  188. 

SCINTILLUS,  abbé  d'Arles,  p.  32 1. 

SCIPION,  consul;  nombre  de  jours   mis   par  lui  à 

remonter  le  Rhône  jusqu'à  l'endroit  où  Annibiil 

l'avait  passé,  p.   17. 
ScoRDiSQUES,   peuple  cité   par  Justin  à  propos  de 

l'expédition  de  Delphes,  p.  9. 
SCUTAIRE  (&  non  SC;p.UTAIRE),  évéque  du  Puy, 

aurait  construit  la  première  église  du  Puy  avant 

493;  aurait  accompagné  saint  Vosi  lors  de  son 

voyage  de  Rome  au  Puy,  p.  176. 

SEBASTIEN,  associé  à  l'empire  par  Jovin,  p.  52 1. 

SÉBASTIEN,  fils  de  Boniface,  p.  523. 

SEDATUS,  souscrit  en   5o6   le  concile  d'Agde;  est 

le  premier  évéque  de  Nimes  connu,  dont  l'épis- 

copat  ait  une  date  certaine,  p.  5o. 
Segusiani,  peuple  mentionné  par  Ptolémée  comme 

faisant  partie  des  Alpes  Grecques,  pp.  72,  76. 
Seilt.ans,  ville  de  Provence,  située  entre  Amibes  8< 

Senez,  p.  72. 
SEGUIN,  comte  de  Bordeaux,  p.  269. 
Sclva.  Gothescaj   nom   qu'aurait    porté    la    forêt   do 

Saint-Gilles,  p.   100. 
Senez,  ville  des  Vesdiantii,  p.  72. 
Sénonais  (Gaulois),  sont  vaincus  par  les  Romains, 

p.   12. 

Sept  Provinces  des  Gaules;  leur  vicariat,  pp.  68, 
^9)  7°»  7'»  1^1    '20. 

Septimanie  ou  Gaule  Nareonnaise,  p.  186;  ori- 
gine de  ce  nom,  p.  119;  Sidoine  Apollinaire  est 
le  premier  qui  ait  donné  ce  nom  aux  Etats  des 
Visigoths  dans  les  Gaules,  p.  120;  époque  où  les 
Sarrasins  l'ont  envahie,  p.  184;  renfermait  huit 
diocèses  lorsque  les  Sarrasins  s'en  emparèrent 
sur  les  Visigotlis,  p.  2  11  ;  fait  partie  du  royaume 
d'Aquitaine  après  806,  p.  270;  époque  de  sa 
séparation  du  royaume  d'Aquitaine  &  de  son 
érection  en  duché,  p.  343;  partagée  en  deux 
gouvernements  par  Charles  le  Chauve,  p.  3i7; 
époque  de  son  union  à  la  couronne,  p.  211. 

—  (évêques  de  la)  partisans  de  Lothaire,  p.  348. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIERES. 


IgS 


Septimame  ou  Galle  Narbo.nnaise  (ducs  de^, 
pp.  2 14  &  suiv. 

—  (marquis  de)  ou  de  Gothle,  p.  3i6. 
SEPTIML'S,  évéque  de  \'iviers,  p.  54. 
SERÉNUS,  duc  d'Aquitaine,  cité  dans  la  généalo- 

g;ie  d'Eudes,  pp.  188,  189. 

SERGIUS,    évéque  de  Carcassonne,    successeur    de 
•    saint  Hilaire,  p.  53. 

SERTORIUS;  époque  du  commencement  8c  de  la 
fin  de  la  guerre  soutenue  par  ce  général,  pp.  41, 
42;  tentative  de  ce  général  sur  la  Gaulej  sources 
de  rhistoire  de  ce  soiilèvement,  p.  427;  biogra- 
phie abrégée  de  Sertorius;  situation  de  la  Gaule 
Transalpine;  campagnes  de  Pompée,  pp.  427, 
428,  429. 

S.   SERVAIS  DE  TONGRES,  p.  85. 

Seîlus  mots  (cap  de  Cette),  p.    1  19. 

SÉvÉRAc-L'EctiSE,  licu  du  Laissaguez,  p.   146. 

SÉVÈRE,  prédécesseur  d'Anthème,  p.  117;  époque 
à  laquelle  il  prit  le  nom  d'empereur;  la  Pro- 
Tince  romaine  lui  reste  fidèle,  p.  48. 

SÉVÉRIANE,  fille  de  saint  Sidoine,  p.  184. 
SEVÉRIEN,  évéque  de  Gévaudan,  quelques  auteurs 

l'ont  confondu  avec   saint  Sévérien,   évéque   de 

Cabale,  en  Syrie,  p.  5j. 

SEVERIN,  prétendu  évéque  de  Viviers,  p.  5-'. 

SiCANES,  peuple  de  Sicile,  p.  377. 

SICHARIUS,  évéque  de  Bordeaux,  p.  320. 

SIDOINE.  Foir  APOLLINAIRE. 

Sigean  (étrmg  de),  p.  327. 

SIGEBERT,  roi  d'Austrasie,  pp.    147,   157. 

SIGEBODE,    archevêque   de   Narbonne,    pp.    238, 

262.   288,   324. 
SIGISMER,   chef  barbare;    a-t-il  épousé   une   fille 

d'Euric,  roi  des  Visigoths?  pp.  128,   129. 

SIGOVÈSE,  neveu  d'Ambigate,  p.  434;  à  quelle 
époque  eurent  lieu  ses  expéditions  hors  des 
Gaules?  p.  3;  quels  sont  les  peuples  qui  mar- 
chent sous  sa  conduite,  &  quels  pays  habitaient- 
ils?  pp.  4,  5  &  SUIV. 

SIGUINUS  ou  SCIIVUNUS,  duc  des  Gascons,  p.   191- 

SIMON;  y  a-t-il  eu  à  Maguelonne  un  évéque  de 
ce  nom  ?  p.  5i . 

SISEBUT  I,  évéque  d'Urgel,  pp.  202,  288. 

SISENAND,  roi  des  Visigoths;  époque  de  son  rè- 
gne, pp.   i63,  170. 

SISINIUS,  moine  du  diocèse  de  Toulouse,  p.  88. 

Sitius  (woijj),  cap  de  Cette,  p.   119. 

SoBRAKVE,  royaume,  p.  202. 

Sogîorttii,  tribu  des  Liguriens  chevelus,  peut-être 
les  mêmes  que  les  Sentit  ou  les  Sontii  de  Ptolé- 
mée,  p.  73. 

Sotsso^s  froyaume  de)  conquis  par  les  Francs, 
p.  525. 

—  (concile  de),  p.  172. 

SoLiGNAC,  abbaye  au  diocèse  de  Limoges,  p.  169. 
SONIARIUS,  qualifié  comte  de  Barcelone,  p.  234. 
Sontii,  Sentit,  désignés  par  Auguste  comme  faisant 

partie  des  Liguriens  chevelus,  p.  73. 
SoEÊoe,  abbaye  du  Roussillon,  p.  iio. 


SOSTHÈNE,   roi    de  Macédoine,   rè^ne   de 
d'après  Eusèbe.  p.   |3. 

SoTiATES,  peuple  d'Aquitaine,  p.  425. 

SPINTHAROS,  architecte  du, second  temple  de 
Delphes,  pp.  387,  388. 

STODILUS,  évéque  de  Limoges,  p.  367. 

STRABON;  étendue  qu'il  donne  à  la  Gaule  Celti- 
que, p.  2;  son  opinion  sur  la  parenté  des  Tec- 
tosages  d'Europe  avec  ceux  d'Asie,  pp.  408, 
411. 

STURMION,  comte  en  Berry,  p.  269. 

STURRUON,  comte  de  Narbonne,  pp.  218,314,  56o. 

Suetri;  sont  désignés  par  Auguste  comme  faisant 
partie  des  Liguriens  chevelus,  pp.  72,  73. 

Sutvts,  établis  en  Espagne,  p.  522;  sont  battus 
par  les  Vjsigoths,  p.  524. 

SUINTILA,  roi  des  Visigoths;  époque  de  son  règne, 
pp.   i63,  170. 

S.  SULPICE,  évéque  de  Bourges,  pp.  i65,  167, 
325. 

SULPICE  SÉVÈRE;  était  Aquitain,  pp.  82,  83; 
natif  de  la  Narbonnaise  8c  peut-être  de  Tou- 
louse, p.  84;  ami  de  saint  Paulin,  p.  81;  fait 
bâtir  un  monastère  à  Primuliac,  p.  87. 

SUNIAIRE,  évéque  d'Elne,  p.  559. 

SUNIAIRE,  comte  de  Besalu,  est  différent  de  Su- 
niaire,  comte  de  Roussillon,  p.  32o. 

SUNIAIRE  I,  comte  de  Roussillon,  pp.  32o,  322. 

SUNIAIRE  II,  comte  d'Ampurias  8c  de  Roussillon, 

pp.    293,   320,    322. 

—  (généalogie  de  la  famille  de),  comte  He  Rous- 
sillon, p.  295. 

SUNnAIRE,  comte  d'Urgel,  fils  de  Wifred  le  Velu, 
pp.  290,  293,  559. 

SUNIAIRE;  erreurs  de  dom  Vaissete,  de  dom  Ma- 
billon,  des  éditeurs  du  Gallta  Christiana  8c  des 
auteurs  de  î'^rt  Je  vérifier  les  dates  au  sujet  de 
Suniaire,  fils  de  Wifred  le  Velu  8c  de  Suniaire  I 
8c  II,  comtes  d'Ampurias  8c  de  Roussillon, 
p.  291. 

SUNIÉRIC,  général  visigoth,  p.   116. 
SUNIFRED,  évéque    de   Girone,    fils   de    Sunifred, 
comte  d'Urgel  8c  d'Ermesinde,  p.  288. 

SUNIFRED,  fils  de  Borrel,  comte  d'Ausone  8c  d'Ur- 
gel, marquis  de  Septimanie,  pp.  234,  288,  293, 

3i6. 

SUNIFRED  ou   SUNIOFRED,  fils  de  Miron,  comte 

de  Barcelone,  pp.  241,  29c,  293. 
SczE,  une  des  villes  des  Se^usiani,  p.  -2. 
SYAGRIUS,  général  romain,  est  défait  par  Clovis, 

p.  525. 

SYAGRIUS,  gouverneur  de  Marseille;  sa  mort, 
p.    164. 

SYLLA,  lieutenant  de  Marius,  p.  21. 
SYLVAIN,  prétendu  second  évéque  deLodève,  p.  5r, 
S.  SYLVESTRE,  pape;  a-t-il  érigé  Maguelonne  en 
évêché  à  la  demande  de  Constantin.''  p.  5i. 

SYLVESTRE  II,  pape,  p.     - 
SYLVIUS,  abbé  de  Solignac,  ^.  .,...- 
SYMMAQUE,  pape,  donne  à  saint  Césaire,  évê^ue 
d'Arles,  le  vicariat  d'Espagne,  p.  141. 


II. 


38 


594 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


T 


TAMAYO  SALAZAR  (Juan),  faussaire  espagnol  du 
dix-septième  siècle,  p.  iSç;  auteur  iii  Marty- 
rologium  H'ispanicum ;  a  peut-être  fabriqué  la 
charte  d'Alaon,  pp.  202,  2o3. 

TABENTA1SE5  est  érigée  en  métropole  de  la  pro- 
vince ecclésiastique  des  Alpes  Grecques,  après  la 
ruine  d'Avenches,  p.  107;  son  église  est  sou- 
mise par  saint  Léon  à  celle  de  Vienne,  p.  i  07. 

TarentinS;  appellent  Pyrrhus  en  Italie  contre  les 
Romains,  une  année  après  l'irruption  des  Gau- 
lois en  Grèce,  p.  12. 

Tarn;  d'après  Catel,  son  cours  séparait  la  Nar- 
bonnaise  &  l'Aquitaine,  p.  22. 

Tafconi,  peuple  qui  aurait  habité  entre  le  Tarn  & 
l'Aveyron,  sur  le  Tescou,  p.  33, 

TATIEN,  consul,  p.  117. 

Taurini,  peuple  de  Turin,  faisait  partie  des  Al- 
pes Maritimes,  p.  74. 

TectOSAGES,  l'une  des  deux  grandes  tribus  de  la 
nation  des  Volkes,  p.  436;  époque  de  leur  émi- 
gration d'après  César  &  Tite-Live,  p.  5;  n'ont 
pas  passé  les  Alpes  avec  Bellovèse ,  mais  ont 
franchi  le  Rhin  avec  Sigovèse,  p.  7;  on  est  en 
droit  d'assurer  que  les  Tectosages  d'Asie  descen- 
dent des  Tectosages  du  haut  Languedoc,  p.  11; 
leur  invasion  en  Macédoine  &  leur  entrée  en 
Asie;  date  de  ces  événements,  p.  22;  sur  quel- 
ques circonstances  de  leur  expédition  à  Del- 
phes, pp.  14,  i5,  16,  17;  date  de  leur  défaite 
devant  Delphes,  d'après  Pausanias,  p.  12;  épo- 
que de  leur  seconde  tentative  sur  Delphes,  p.  12; 
histoire  ou  légende  de  leurs  émigrations  en  Asie 
8c  de  leur  retour  à  Toulouse  ;  origine  de  cette 
légende,  pp.  401  &  suiv.  ;  sens  probable  de  ce 
nom;  n'est  pas  un  ethnique,  mais  plutôt  un 
surnom,  p.  411;  ceux  qui  s'établirent  aux 
environs  de  la  foret  Hercynie  venaient-ils  des 
Gaules?  p.  3;  dans  quels  pays  de  la  Germanie 
se  fixèrent-ils?  pp.  3  à  10;  ceux  que  César  men- 
tionne sont  Gaulois  d'origine;  Strabon  dit  qu'ils 
fondèrent  le  royaume  de  Galatie  en  Asie,  p.  9; 
il  n'en  est  plus  parlé  après  César;  les  Gothins 
cités  par  Tacite  sont  peut-être  le  même  peuple, 
p.  10;  mentionnés  par  César;  origine  de  cette 
tradition;  essai  d'explication,  pp.  411,  412. 

TERILLUS  D'HIMERA,  tyran,  p.  379. 
Tesconi ,    peuple    de    la    Narbonnaise,    mentionné 
par  Pline,  p.  33. 

Tescou,  nom  d'une  rivière  qui  coule  entre  le  Tarn 
&  l'Aveyron,  p.  33. 

TETRICUS,  gouverneur  de  toutes  les  provinces 
des  Gaules,  p.  65. 

Teutons;  passage  du  Rhône  par  ce  peuple,  p.  33; 
leurs  expéditions  avec  les  Cimbres,  pp.  33  à  36; 
leur  défaite  par  Marius,  pp.  37,  38. 

Textri  (bataille  de),  p.   195. 

THÉODARD,  archevêque  de  Narbonne,  p.  340. 

THÉODEBALD,  fils  de  Thierry,  roi  d'Austrasie, 
p.    194. 


THÉODEBERT  I,  roi  de  Metz;  ses  expéditions 
en  Septimanie,  pp.  146,  146;  attribution  à  ce 
prince  d'une  monnaie  d'or  frappée  à  Uzès , 
p.  376. 

THÉODORE,  évêque  de  Marseille,  p.    i58. 

THÉODORE,  évêque  du  Vêlai,  p.   174. 

THÉODORE,  auteur  d'une  histoire  de  Notre-Dame 
du  Puy;  son  opinion  sur  l'origine  de  cette  église 
p.    177. 

THÉODORIC,  roi  d'Italie  ou  des  Ostrogoths, 
p.  52.5;  est  le  premier  prince  barbare  qui  porte 
îe  titre  de  Flavius,  p.  98;  s'emploie  pour  récon- 
cilier Clovis  &  Alaric,  p.  i3i  ;  est-il  venu  dans 
les  Gaules  au  secours  des  Visigoths?  p.   i35. 

THÉODORIC  I,  roi  des  Visigoths,  p.  522. 

THÉODORIC  II,  roi  des  Visigoths,  p.  524;  épo- 
que de  ses  expéditions  en  Espagne  &  de  son  re- 
tour à  Toulouse,  p.  I  14;  à  quelle  époque  sou- 
mit-il Narbonne?  mort  de  ce  prince,  pp.  117, 
118,  119;  son  âge  au  moment  de  sa  mort, 
p.   I 18. 

THÉODORIC  ou  THIERRY,  père  de  saint  Guil- 
laume de  Gellone,  p.  272. 

THÉODORIC,  frère  de  saint  Guillaume  de  Gel- 
lone, p.  272. 

THÉODORIC,  frère  d'Eckard,  comte  d'Autun, 
pp.  278,  3 02. 

THÉODORIC,  fils  d'Hildebrand,  comte  d'Autun, 
p.    278. 

THÉODOSE,  fils  d'Ataulphe  &  de  Placidie,  p.  521. 

THÉODULPHE,  évêque  d'Orléans,  visite  l'église 
du  Puy,  p.  173;  son  poëme  dédié  à  l'archevêque 
de  Bourges,  p.  324. 

S.  THÉOFRED  ou  S.  CHAFFRE,  abbé  du  Monas- 
tier,  son  martyre,  p.  553. 

THÉOTBERT,  abbé  de  Fleuri-sur-Loire,  p.  279. 

THEUDE,  femme  de  Bernard,  comte  des  Marches 
de  Gascogne,  p.   1  88. 

THEUDIS,  premier  roi  visigoth  qui  se  soit  établi 
en  Espagne,  p.   143. 

THEUDOIN,  frère  de  saint  Guillaume  de  Gellone, 
p.    272. 

S.  THIBÉRY  de  Cessero;  un  monastère  est  bâti 
sur  son  tombeau,  p.  i33. 

THIERRY,  fils  de  Clovis;  pays  qu'il  soumet  après 
la  bataille  de  Vouglé,  p.   137. 

Thionville;  Charlemagne  y  fait  un  partage  de  ses 
États  en  806,  p.  270. 

—  (diète  de),  pp.  35i,  352. 

THOMAS  I,  évêque  d'Albe  ou  de  Viviers,  en  81  5, 
p.    54. 

THOMAS  II,  évêque  de  Viviers  en  11  5o,  p.  54. 

THORISMOND,  roi  des  Visigoths,  p.  523;  manière 
de  compter  les  années  de  son  règne,  p.  ii3; 
époque  à  laquelle  Théodoric  II  lui  succéda, 
p.    118. 

THRASAMOND,  roi  des  Vandales,  reçoit  Gésalic  à 
sa  cour,  p.    i35. 

TiiusY  ou  TtSEï  (concile  de),  pp.   172,  309. 

TIBÉRIUS,  envoyé  en  Gaule  par  César,  p.  438. 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS   ET  DES  MATIÈRES. 


TIMAGÈNE,  historien  grec;  preuve  qu'un  certain 
passage  de  Trogue  Pompée  relatif  aux  expédi- 
tions des  Gaulois  lui  a  été  emprunté;  témoi- 
gnage de  Strabon,  pp.  408,  409,  410. 

TITE-LIVE;  son  opinion  sur  les  transmigrations 
des  Gaulois  au  delà  du  Rhin,  p.  5;  son  récit  de 
l'émigration  des  Celtes,  p.  4^4. 

Tolède  (conciles  de);  époque  où  fut  tenu  le  se- 
cond concile  de  cette  ville,  pp.  144,  14.');  le 
quatrième,  en  décembre  633,  p.  170;  le  trei- 
zième, souscrit  par  Citruin,  p.    182. 

ToLiSTOiiOGES,  suivent  avec  les  Trocmes  la  fortune 
des  Tectosages,  p.  8. 

TolosS.    Voir  TOLLOUSE. 

TONANCE  FERRÉOL,  préfet  des  Gaules,  p.  524. 

ToRSIiN.    Voir   ClIOllSON. 

ToRTOSE  (remarques  sur  le  siège  de)  par  Louis  le 
Débonnaire,  pp.  372,  373. 

Toscane,  p.  38 1 . 

TOTILA,  investi  par  Louis  le  Débonnaire  du  du- 
ché de  Gascogne,  p.   188. 

TotJL,  Leucus,  Leucia,  Tuîlum  Leucoruni,  avitas 
Leucorum,  p.   i  68. 

Toulouse;  ses  origines,  p.  028;  fondée  probable- 
ment par  les  Volkes ,  p.  436;  ses  habitants 
jouissaient  d'une  entière  liberté  avant  l'arrivée 
de  Cépion,  p.  21  ;  de  ville  fédérée  devient  ville 
stipendiée,  p.  .')34;  commerce  de  cette  ville  à 
l'époque  romaine  81  dès  le  temps  des  Cimbres; 
témoignage  de  Posidonius,  pp.  533  à  537; 
preuve  de  son  existence  sur  son  emplacement 
actuel  à  l'époque  romaine  par  M.  de  Montégut, 
pp.  543  à  546;  Ataulphe  ou  un  détachement  de 
son  armée  s'en  empare,  pp.  96,  52i;  capitale 
des  Vjsigoths,  p.  119;  siège  dé  Toulouse  par 
Samah;  bataille  livrée  devant  cette  ville;  vic- 
toire d'Eudes,  pp.  553,  555,  556;  assiégée  par 
Charles  le  Chauve;  y  a-t-il  eu  un  seul  ou  deux 
sièges  consécutifs  de  cette  ville!*  pp.  358  &  suiv.; 
note  rectificative  des  nouveaux  éditeurs,  prouvant 
que  le  siège  de  843  n'a  jamais  existé;  itinéraire 
de  Charles  le  Chauve  en  844,  pp.  36o  &  suiv.; 
époque  de  sa  prise  par  les  Normands,  p.  362;  à 
quelle  époque  a-t-elle  eu  lieu?  pp.  362,  363. 

—  devient  ville  ducale  après  avoir  été  ville  royale, 
p.    216. 

—  indiquée  comme  évêché  dans  la  Notice  des  cités 
des  Gaules,  p.   121. 

—  (concile  de),  en  829,  p.  326. 

—  terres  d'alluvion  qui  couvrent  le  sol  de  l'an- 
cienne ville  romaine;  fouilles  qui  ont  eu  lieu 
dans  ces  terres,  pp.  538,  539. 

—  cimetières  anciens,  situés  hors  de  l'enceinte  ro- 
maine; l'un  d'eux  occupe  l'emplacement  du 
cimetière  chrétien  de  Saint-Roch  ou  des  Récol- 
lets, pp.  540  à  543. 

—  (cimetière  des  Rêcollets  à),  pp.  540,  541. 

—  (cimetière  de  Saint-Michel  à),  p.  548. 

—  (Porte-Narbonnaise  à);  le  point  qu'elle  occu- 
pait n'est  pas  parfaitement  connu;  retrouvée 
par  Nicolas  Bachelier  au  milieu  du  seizième 
siècle;  détails  sur  son  ornementation;  par  ordre 
de  qui  elle  a  été  détruite,  p.  547;  il  y  avait  eu 
probablement  une  autre  porte  du  même  nom, 
p.  549. 


route  qui 
547. 


Tol'Lolse  (Saint-Roch,  chapelle  près  de),  p.  540. 

—  port  de  cette  ville  à  l'époque  gauloise;  cons- 
tructions qui  l'entourent  peu  à  peu,  pp.  535, 
536. 

—  (PonT-GAnAUD,  à),  p.  544. 

—  (Port  de  la  Daurade,  à),  p.  534. 

—  (Port  de  TouNiS,  à),  p.  534. 

—  (Port  du  ViDOU,  à),  p.  534. 

—  essai  de  restitution  du  tracé  de  la 
reliait  cette  ville  à  Narbonne,  pp. 
549;  tombeaux  qui  l'avoisinaient,  pp.  539,540. 

—  (royaume  de);  nom  donné  aux  possessions  des 
Visigoths  dans  les  Gaules,  p.  143;  fin  de  ce 
royaume,  p.  525. 

—  (royaume  de)  sous  Charibert;  son  étendue, 
p.    162. 

—  (Marche  de)  ;  gouvernement  essentiellement 
militaire,  renfermait  huit  comtés,  p.  269;  est 
augmentée  de  plusieurs  territoires  après  806, 
p.  270;  fait  partie  du  royaume  d'Aquitaine 
après  806,  p.  270;  réduite  au  Toulousain,  au 
Fezensac  &  au  comté  de  Carcassonne,  p.  270, 

—  (duché  de);  rectifications  à  son  sujet,  p.  267. 

—  (comté  de)  sous  les  Carlovingiens,  p.  269. 

—  (duc  de);  ce  titre  aurait  été  synonyme  de  celui 
de  duc  d'Aquitaine,  p.  267. 

—  (ducs  de);  n'ont  pris  le  titre  de  ducs  d'Aqui- 
taine qu'à  partir  du  dixième  siècle,  p.  3o6. 

—  (comtes  de),  pp.  214  &  suiv.;  de  778  à  918, 
p.  295. 

Toulousain;  son  étendue  au  moment  où  il  est  cédé 
aux  Visigoths,  p.  i23;  fait  partie  du  domaine 
des  Français  sous  le  règne  de  Reccarède,  p.   162. 

TOURNEMINE  (le  P.);  son  opinion  sur  les  migra- 
tions des  Tectosages  en  Germanie  est  réfutée  par 
Leibnitz,  p.  4. 

Tours,  aurait  été  prise  par  les  Arabes,  p.  557; 
l'évêque  de  cette  ville  assiste  au  concile  d'Agde 
en  5o6,  p.   121. 

—  (Saint-Martin  de),  abbaye,  p.  281. 

TRAJAN,    restaure    probablement    le    temple    de 

Delphes,  p.  382, 
Trentin  (colloque  que   les   fils  de   Louis  le   Pieux 

ont  dans  les  montagnes  du),  p.  353. 
Trésor    de    Delphes;    son    histoire;    vicissitudes 

qu'il  eut  à  subir,  pp.  394  à  397. 
Trêve  [Treyidon),   sur   les   confins   du    Rouergue, 

p.    146. 
Trkves,  prise  quatre  fois  par  les  barbares  dans  un 

intervalle  de  temps  fort  court,  p.    104. 
TiiocMES;  l'une  des  trois  tribus  des  Gaulois  d'Asie, 

p.   8. 

TROGUE  POMPEE;  valeur  de  son  témoignage  au 
sujet  des  expéditions  des  Tectosages;  sa  vie,  son 
livre,  pp.  402,  4o3;  plan  de  son  histoire;  déve- 
loppe surtout  l'histoire  de  la  Macédoine;  son 
importance  pour  l'histoire  des  émigrations  gau- 
loises, pp.  4o3,  404,  4o5;  sources  qu'il  a  em- 
ployées, pp.  405  &  suiv. 

Trois  Gaules;  ce  qu'on  entendait  par  cette  expres- 
sion, pp.  44,  45. 

Trophée  érigé  par  Auguste  au  sommet  des  Alpes, 
p.  73. 


596 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


s.  TROPHIME,  apôtre  d'Arles,  p.  109;  époque  de 
sa  mission  dans  les  Gaules,  d'après  Grégoire  de 
Tours,  p.  49;  a-t-il  évangélisé  toute  l'ancienne 
Narbonnaise?  p.   io5. 

TROPHONIOS,  fils  d'Erginus,  l'un  des  deux  archi- 
tectes du  temple  de  Delphes,  p.  382. 

Troyes  (concile  de),  de  878,  pp.  242,  256,  280,  3  1  y 

TRUCTÉRIUS,  reçoit  de  Suniaire  une  terre  en 
bénéfice,  p.  322. 

Truili.AS,  terre  dans  le  Roussillon,  p,  295.     ' 

TRUTGARDE,  femme  de  Gauzbert,  comte  de  Rous- 
sillon, pp.  294,  32 I . 

Tullum  Leucorum,  civitas  Leucorum,  TouL,  p.  168. 

TuRENNE  ;  ses  anciens  vicomtes,  p.  364. 

Turin  (concile  de),  pp.   [04,   1  10. 

TURPION,  comte  d'Angoulême,  frère  d'Emenon, 
comte  de  Poitiers,  meurt  sans  enfants,  pp.  279, 
3o5. 

TuSEï  (concile  de).  Voir  Thusy. 


U 


UDALRIC,  marquis  de  Gothie  ou  de  Septimanie, 
pp.  235,  3 1  7. 

Ugcrnum;  a  quel  moment  ce  château  fut-il  pris 
sur  les  Visigoths  par  les  Français?  pp.  146,  162. 

Umhranicï;  situation  de  ce  peuple,  pp.  32,33. 

UNIFRED,  marquis  de  Septimanie,  p.  317.  Voir 
HUMFRID. 

URBAIN  II,  pape,  p.  565. 

Urgel  (comté  d'),  annexé  à  la  Marche  de  Tou- 
louse, p.  270. 

URSICIN,  évèque  de  Cahors,  p.    148. 

URSUS,  beau-frère  de  Théodoric,  fils  de  Théodo- 
ric,  p.  278. 

Utique,  ville  de   la    Bétique,  en   Espagne,  p.    i83. 

UzÉGE,  conquis  par  Théodoric  sur  les  Français; 
perdu  par  eux,  puis  repris  par  Théodebert  en 
533,  p.   145. 

UzÈS,  Vtica,  Ucecia,  p.  i83;  orthographe  de  son 
nom  latin,  p.  375;  est  perdue  par  les  Visigoths, 
p.  121;  époque  à  laquelle  cette  ville  a  appar- 
tenu aux  rois  francs,  pp.  376;  Dyname  en  est 
gouverneur,  p.    i58. 

—  indiqué  comme  évêché  par  la  Notice  des  cités 
des  Gaules,  p.    121. 

—  monnayage  de  l'époque  mérovingienne  fait  dans 
cette  ville,  pp.  374  &  suiv. 

—  (chronique  dite  d');  époque  de  sa  rédaction; 
s&s  sources,  p.  55i . 


V 


Vabres,  abbaye,  p.  369. 

Vaison   (concile  de),  convoqué  par   saint   Hilaire 

d'Arles,  p.    112. 
VALDTRUDE,  fille  de  Walachise,  épouse  d'Eudes, 

duc  d'Aquitaine,  pp.  188,  190. 


Valence,  prise  par  Ataulphe,  p.  52!. 

VALENTINIEN  III,  p.  524. 

S.  VALÈRE,  évêque  de  Carcassonne,  paraît  être  le 

même  que  saint  Hilaire,  p.  53. 
VALÉRIUS,  évêque  d'Albe,  p.  54. 
VALÉRIUS  L^VINIUS  (P.),  consul  de  Rome,  l'an 

474»  ?•   '2- 
VALÉRIUS  PROCILLUS,  chef  des   Helviens,  dont 

César  fait  l'éloge,  p.  21. 
Vallée    Flavienne    [Vallis   Flaviana) ,   nom   porté 

autrefois  par  le  territoire  de  Saint-Gilles,  p.  98. 
Vallis  Nobilis,  lieu   OÙ  était  situé   le  monastère  de 

Saint-Antoine,  p.  60. 
Vandales,  établis  en  Espagne,  p.  522. 
VANDRADE,  femme  de  Hatton,  duc  d'Aquitaine, 

p.    188. 
VARRON    (chronologie    de);    toujours    suivie    par 

dom  Vaissete;    elle    est   en    arrière   d'une   année 

sur  celle  des  Fastes  capitolins,  p.   12. 

Vediantii,   peuple  mis    par    Ptolémée    parmi   ceux 

des  Alpes  Maritimes,  p.  72. 
Vêlai;    a-t-il  été  conquis   par  Théodoric  sur  les 

Français?  p.  145;  invasions  arabes  dans  ce  pays, 

p.  553. 

—  (évêché  du);  époque  de  sa  translation  dans  la 
ville  du  Puy,  pp.    171,   172,   173. 

S.  VÉLARIUS,  évêque  de  Viviers,  p.  54. 

Vellava.  (anc.  Ruessium  de  Ptolémée),  p.   171;  était 

à   l'époque  où  a  été    rédigée    la    Notice   des   cités 

des  Gaules,  sous  Honorius,  la  seule  cité  du  Vêlai, 

p.    180;   d'après  Grégoire   de  Tours,  est  différent 

d'Anis,  p.    177. 
VÉNANTIUS,   évêque   de  Viviers;  on   donne  à  tort 

à  cette  église  quatre  évêques  de  ce  nom,  pp.  54, 

'45. 
Vence,  ville  capitale  des  Nerusii,  p.  72. 
VendargueS;    ce   village   est-il    l'ancien  Vindonia- 

gus?  p.  374. 
Vénus  Pyrénéenne;  son  temple,  p.  432. 

—  (promontoire  de);  d'après  M.  de  Marca,  aurait 
servi  de  limite  à  la  Gaule  Narbonnaise,  p.  27. 

VENUSTE,  évêque  d'Agde,  p-  91. 

S.  VÉRAN,  évêque  de  Vence,  p.   106. 

Vercors,  arr.  de  Die,  p.  41  3.  Voir  Vertacomacori. 

Vernet,  en  Gonflent,  p.  288. 

—  (Saint-Vincent  du),  église  donnée  à  Tabbaye 
de  Cuxa,  pp.  289,  32o. 

Vernosoubbe  (Saint-Laurent  de),  abbaye  du  Nar- 
bonnais,  p.  328. 

Vertacomacori,  p.  41  3. 

VÉRUS,  évêque  de  Rodez,  p.    167. 

Via  Domitia,  p.  20;  son  tracé,  p.  43  1 . 

VIATOR,  qu'on  a  supposé  évêque  de  Maguelonne, 
assiste  au  concile  de  Brague;  se  qualifie  dans  sa 
souscription  :  episcopus  Magnatensis  ou  Megne- 
tensis,  p.  5  I . 

Vie.  Voir  Ausone,  p.  319. 

VIC  (Gérard  de),  chanoine  de  Carcassonne;  fables 
qu'il  raconte  sur  l'origine  de  l'église  de  Carcas- 
sonne, pp.  5 I ,  Si. 

Vicariat  des  Cinq  Provinces,  p.  75. 


TABLE  GÉNÉRALE  DES  NOMS   ET  DES   MATIÈRES. 


Vicomte;  moment  où  ce  titre  a  été  en  usage,  p.  193. 
VICTOR,  disciple  de  saint  Martin,  p.  86. 
VICTORIN,   célèbre    toulousain    cité  par   le   poëte 

Rutilius,  p.  96. 
Vicus;  sens  de  ce  terme;  étendue  de  cette  circons- 
cription territoriale,  comparée  à  celle  du  pagus, 

pp.  412,  4i3. 
ViEiLi.E-TouLOLSE,  p.  ï}ï%  ;  cet  Oppidum  ne  pouvait 

avoir   un    port    sur   la  Garonne,    p.    537;    route 

qui    unissait    &    unit    encore  cette   colline   à   la 

ville  elle-même,  p.  549. 
Vienne,   résidence  du  vicaire   des  Sept  Provinces, 

p.    10');    avait    le   titre    de  métropole    avant    le 

milieu  du  quatrième  siècle,  p.   108. 
Viennoise,    comprise    dans    les    Sept    Provinces, 

p.    120. 
Vieux,  monastère   en  Albigeois;   a-t-il    été  fondé 

par  saint  Eugène,  évèque  de  Carthage?  p.    182. 
ViGAN;    une    partie    de  son   arrondissement   serait 

l'ancien  Vicus  Arisitensis,   p.   i5o;  ce  lieu  est-il 

l'ancien  Vindomagus?  p.  373. 

VIGILANCE;  en  quel  lieu  cet  hérétique  divulgua 
ses  erreurs,  pp.  87,  88. 

Villes  gauloises;  leur  situation;  leur  nature, 
pp.  529,  53o. 

VINCENT,  prétendu  successeur  d'^therius,  n'a  pas 
été  évèque  de  Maguelonne,  p.  5i. 

ViNDASyuE,  ville,  p.  91. 

Vindomagus  ;  opinions  des  modernes  au  sujet  du 
nom  moderne  de  cette  ville,  p.  373. 

Viridesiccum.   Voir  VisSEC. 

VisiGOTHS;  note  sur  leurs  invasions  &  leur  éta- 
blissement en  France,  p.  620;  leur  sortie  des 
Gaules,  pp.  98  à  loi;  passent  les  Pyrénées  en 
5i5,  p.  52  1  ;  repassent  les  Pyrénées  &  s'établis- 
sent en  Aquitaine,  p.  522;  alliés  des  Romains 
contre  les  Suèves,  p.  523;  battent  les  Suèves 
d'Espagne,  p.  524;  époque  de  leur  retour  dans 
les  Gaules,  pp.  112,  ii3;  leurs  paix  &  guer- 
res successives  avec  les  Romains,  pp.  523,  524; 
leurs  conquêtes  dans  les  Gaules,  p.  525;  leur 
royaume  de  Toulouse,  p.  1  i3;  étendue  de  leurs 
possessions  dans  les  Gaules,  p.  120;  prirent-ils 
quelques  places  sur  les  Français  à  la  fin  du  sep- 
tième sièclei*  p.  182;  possédaient-ils  quelques 
places  en  Afrique  du  temps  de  Justinieni'  p.  i53. 

—  (trésor  des),  emportés  de  Toulouse  &  de  Car- 
cassonne,  p.   1  37. 

—  division  des  terres  à  leur  époque;  droits  des 
anciens  habitants;  noblesse;  justice;  différentes 
classes  de  la  population,  pp.  526,  527. 

VissEC  [Viridesiccum),  lieu    situé  sur  les  frontières 

du  Rouergue,  p.    146. 
VITAL,  abbé,  frère  du  vicomte  de  Polignac,  p.  1  73  ; 

élu   évèque   du  Vêlai   par   une  partie  du   clergé, 

p.   172. 
ViTRi,  château    près   de   Brioude,   détruit    par  les 

Sarrasins  &  reconstruit  par  Bérenger,  comte  de 

Toulouse,  p.  297. 
VivARAis,  appartient  à  Théodebert   après   la    mort 

de  Thierry,  son  père,  p.  146. 
ViviEfiS;  ses  premiers  évèques,  p.  53;  ils  prennent, 

durant  le  sixième  siècle,  tantôt  le  titre  d'évêque 

d'Albe,   tantôt  celui    d'évêque  de  Viviers,  p.  55. 


VocoNCES,  tribu  des  bords  du  Rhône,  p.  413. 

VoLKES  (rôle  des^  ;  dans  l'ancienne  Gaule;  leurs 
établissements;  leurs  conquêtes,  pp.  461,  462. 
Voir  Arécomiques  et  Tectosages. 

VoLyuERA,  territoire  en  Cerdagne,  p.  292. 

S.  VOSI  ou  EVODIUS,  évèque  du  Vêlai,  pp.  171, 
173;  aurait  vécu  à  la  fin  du  septième  siècle, 
p.  179;  sa  légende,  p.  176;  chef  spirituel  de 
l'abbaye  de  filles  de  Chamalières,  p.   180. 

VouGLft  (bataille  de),  pp.   i33,  525. 


W 


WADALDE,  évèque  d'EIne,  fils  de  Suniaire  II, 
comte  de  Roussillon  &  d'Ermengarde,  pp.  294, 

32  I  . 

WADEMIR,  aïeul  de  Recimir,  p.  322. 

WAlFRE,  duc  d'Aquitaine;  son  origine,  sa  filia- 
tion, pp.  188,  189,  190;  sa  tentative  sur  Nar- 
bonne,  p.  554. 

WALA,  abbé  de  Corbie,  avait  épousé  une  des  filles 
de  saint  Guillaume  de  Gellone,  p.   273. 

WALACHISE,  personnage  de  la  famille  de  Charles 
Martel,  cité  dans  la  généalogie  d'Eudes  d'après 
la  charte  d'Alaon,  pp.   188,   190,  194. 

WALLIA,   roi  des  Visigoths;   époque  de  sa   mort, 

pp.      112,     I  l3,    522. 

WAMBA,  roi  des  Visigoths,  écrase  la  révolte  du 
duc  Paul,  p.  1 82. 

S.  WANDRILLE,  abbé  de  Fontenelle,  p.  194. 

WANDRILLE  ou  WANDRÉGISILE,  comte  des  Mar- 
ches de  Gascogne,  fondateur  de  l'abbaye  d'A- 
laon, pp.    188,   191,  202. 

WARIN,  pp.  225,  23i,  752;  duc  de  Toulouse  en 
842,  paraît  différent  du  comte  d'Auvergne  de 
même  nom,  p.  247;  comte  de  Mâcon,  de  Châ- 
lons  &  d'Autun,  n'a  jamais  été  duc  de  Septi- 
manie,  ni  de  Toulouse;  erreur  commise  à  son 
sujet  par  dom  Vaissete,  p.  298  ;  comte  de  Mâcon 
&  de  Châlons;  paraît  avoir  été  comte  d'Autun, 
p.  3oi . 

WARIN,  qu'on  croit  être  fils  de  Bernard  I,  comte 
d'Auvergne,  pp.  246,  247,  284,  309. 

WARNARIUS.  Voir  GUARNARIUS. 
WARNIER.  Voir  WITCHAIRE,  WITCHARIUS. 
WIDINILLË,  femme  de  Wifred  le  Velu,  comte  de 

Barcelone,  pp.  241,  290. 
WIFRED    I   LE   VELU,    comte  d'Urgel,  d'Ausone, 

puis  de   Barcelone,   fils  de  Sunifred   &  d'Erme- 

sinde,   pp.    234,   236,  240,  288,   289,  319,  559; 

sonorigine,  p.   237. 
WIFRED  II,   fils  de  Wifred    le  Velu    &   de  Widi- 

nille,  succède  à  son  père  au  comté  de  Barcelone, 

pp.  241 ,  290,  3 1 9. 
WIFRED  ou  ACFRED,  prétendu  comte  de  Bourges, 

personnage  apocryphe,  p.  299. 
WIFRED.  Voir  HUMFRID. 
WILBOD    ou    GUIBAUD,    comte    de   Périgord, 

p.  269. 
WILLEMOND,  fils   de   Béra  ,   comte  de    Barcelone,^ 

p.  3.3. 


598 


TABLE  GENERALE  DES  NOMS  ET  DES  MATIÈRES. 


WITBERGE.  Voir  GUITBERGE. 

WITCHARIUS  ou  WITCHAIRE,  fils  de  saint  Guil- 
laume de  Gellone,  p.  272. 

WITIGIUS,  fils  de  Wademir,  p.  322. 

WITIZA,  abbé  de  La  Grasse,  p.  562. 

"WoRMS  (diètes  de),  de  l'an  833,  p.  349;  de  l'an 
836;  époque  à  laquelle  elle  fut  tenue,  pp.  352, 
353;  de  l'an  83r);  discussion  à  son  sujet,  p.  357. 


Y 


S.  YRIER;  ses  obsèques,  p.  92. 

YOUSOUF,  gouverneur  arabe  de  Narbonne,  p.  557. 


X 


XERXÈS,    tente  de   piller    le    temple  de   Delphes, 
p.  38i. 


ZAMA,  chef  arabe,  pp.  1  85,  186;  est  défait  &  tué 
devant  Toulouse,  p.  204.  Foir  EL-SAMAH  & 
SAM  AH. 

ZOSIME,  pape,  trompé  par  Patrocle,  évèque 
d'Arles,  p.    110. 


PREUVES 


PREUVES 


DE  L'HISTOIRE 


DE   LANGUEDOC 


AAJ^AJfc^ju^t^*^ 


CHRONIQUES 


I. 


I 


Éd.orig, 

t.  1, 
col.  i5. 


Extrait  des  Annales  d'Anîane^. 
—  F.3A.  — /\ 


NNO  Dccxv,  Sema%  rex 
p^^  —  r .  o  D.  —  X  *.  Sarracenorum,  post  viiir 

7i5      anno,  quam  in  Spania  ingressi  sunt  Sarra- 


'  Bibliothèque  du  roi.  Manuscrits  de  Baluze, 
n.  88.  [Aujourd'hui  latin  6941]  —  Duchesne, 
Recueil  des  historiens  de  France,  t.  3,  p.   i3o. 

'  L'extrait  des  Annales  d'Aniane  que  nous  don- 
nons ici  remplit  une  lacune  considérable  de  la 
Chronique  d«  Moissac,  imprimée  dans  le  troisième 
volume  des  Historiens  de  France  recueillis  par  Du- 
chesne ;  ces  annales  &  cette  chronique  étant'  la 
même  chose.  Cette  lacune  s'étend  depuis  l'an  716 
jusqu'à  l'an  778'.  L'extrait  de  ces  annales  qui  la 
remplit  est  d'autant  plus  intéressant  pour  l'his- 
toire de  Languedoc,  que  l'auteur,  qui  paroît  avoir 
écrit  au  commencement  du  neuvième  siècle,  traite 
plus  amplement  qu'aucun  autr«  des  irruptions  des 
Sarrasins  dans  cette  province,  8t  rapporte  plusieurs 
autres  faits  qui  la  regardent,  ou  les  autres  provin- 
ces méridionales  du  royaume,  où  il  vivoit  sans 
doute.  Ces  annales  commencent  à  l'an  670  &  finis- 
sent à  l'an  812,  &  la  chronique  se  termine  à  l'an 
818  ;  ce  qui  pourvoit  peut-être  donrter  lieu  de  croire 


•  Marca  Hispanica,  col.  :\}g  &  :J43. 

»  Duchesne,  Recueil  des  histOrtem  de  France,  t.  3,  p.  iS;. 


ceni,  Narbonam  obsidet  obsessamque  ca- 
pit,  virosque  civitatis  illius  gladio  perimi 

que  l'auteur  de  la  chronique  a  copié  les  annales, 
&  que  ces  dernières  ont  été  composées  par  quelque 
religieux  du  monastère  d'Aniane.  Quoi  qu'il  en 
soit,  ces  deux  pièces  ne  diffèrent  que  par  quelques 
articles  particuliers  à  l'abbaye  d'Aniane,  qui  ont 
été  ajoutés  seulement  aux  annales,  &  que  nous 
avons  eu  soin  de  rapporter.  A  la  suite  des  mêmes 
annales,  on  lit  dans  le  manuscrit  qui  a  appartenu 
autrefois  à  l'abbaye  d'Aniane,  &  qui  a  six  ou  sept 
cents  ans  d'antiquité,  1°  un  fragment  de  la  Vie  de 
Charlemagne  par  Eginhard,  avec  une  addition  tou- 
chant la  même  abbaye;  2°  une  partie  de  la  Vie  de 
Louis  le  Débonnaire  semblable,  à  peu  de  chose 
près,  à  ce  qu'en  ont  dit  les  autres  historiens  du 
temps;  3°  un  fragment  de  la  Vie  de  saint  Benoît, 
premier  abbé  &  fondateur  d'Aniane;  4°  un  autre 
fragment  de  la  Vie  de  saint  Guillaume,  religieux 
&  fondateur  de  Gellone.  Ces  deux  Vies  ont  été  don- 
nées dans  le  quatrième  volume  des  Actes  des  saints 
de  l'ordre  de  Saint-Benoît.  [Note  des  Bénédictins.] 
Le  manuscrit  qui  contient  la  chronique  dont 
les  Bénédictins  donnent  ici  quelques  fragments, 
provient  du  monastère  de  RipoU  81  fut  acquis  par 
Baluze,  qui  y  joignit  un  manuscrit  des  Gesta  co- 
mitum  Barcinonensium  de  la  fin  du  treizième  siècle 
&  diverses  pièces  d'époques  différentes.  La  partie 
qui  renferme  la  chronique  date  probablement  du 
onzième  siècle;  les  éditeurs  des  Monumenta  Ger- 
maniae  (SS.  t.  i,  281)  la  rapportent  même  au 
dixième.    L'écriture    est    une   gothique   serrée;    les 


II. 


PREUVES  DE  l'histoire  DE  LANGUEDOC. 


jussit  :  mulieres  vero  vel  parvulos  captivos  —  F.  4  a.  —  terga  versus  est  exercitus 
in  Spaiiiam  ducunt,  &  in  ipso  anno,  mense  Sarracenorum,  maximaque  pars  ibi  cecidit 
tercio,  ad  obsidendam  Tolosam  pergunt.  gladio.  Ambisa,  rex  Sarracenorum,  cum  in- 
Quam  dum  obsiderent,  exiit  obviam  eis  genti  exercitu  post  V  anno  Gallias  aggre- 
Eudo  princebs  Aquitanie  cum  exercitu  ditur,  Carcassonam  expugnat  &  capit,  & 
Aquitaniorum  vel  Franchorum,  &  comisit  usque  Nemauso  pace  conquisivit,  &  obsi- 
cum  eis  prelium,  &  dum  preliare  cepissent,      des  eorum  Barchinona  transmittit. 

Anno  DCC  XVII,  iterum  Chilpericus  cum 
Raganfredo  vel  Francis  hoste  comota  , 
Ardinnam  silvam  ingressus,  usque  Renum 
fluvium  vel  Colonia  civitate  pervenerunt, 
vastantes  terras  :  thesauro  multo  a  Flec- 
trude  matrona  accepte,  reversi  sunt.  Sed 
in  loco  qui  dicitur  Amblava,  Karolo  in  eos 
inruente,  maximum  dispendium  perpessi 
sunt.  Eodem  tempore,  predictus  vir  Karo- 
lus,  exercitu  commoto,  iterum  contra  Chil- 
pericum  vel  Raganfredum  consurgens;  con- 
tra  quem    illi    hostem    colligunt,   bellum 


lettres  sont  parfois  soulignées  ou  doublées  de 
rougej  il  n'y  a  point  d'alinéas,  &  le  manuscrit 
est  à  longues  lignes.  Du  feuillet  2  au  feuillet  23, 
nous  avons  la  chronique  allant  de  670  à  812; 
puis  suivent  des  extraits  fort  longs  de  la  Vie  de 
Charlemagne  par  Eginhard,  des  fragments  de  la 
Vie  de  Louis  le  Pieux,  &  de  celles  de  saint  Guil- 
laume de  Gellone  &  de  saint  Benoît  d'Aniane. 

La  chronique  présente  de  grandes  analogies  avec 
l'ouvrage  historique,  intitulé  Chronique  de  Mois- 
sae  &  publié  pour  la  première  fois  par  Duchesne, 
t.  3,  p.   I  30-147,  d'après   un   manuscrit  provenant 

de  cette  abbaye.   Cela   conduisit  tout  d'abord  à      préparantes  accélérant  :  sed  pacem  Karolus 


identifier  les  deux  ouvrages,  &  dom  Bouquet,  en 
republiant  la  chronique  de  Duchesne,  y  fondit 
notre  chronique  &  fit  des  deux  un  seul  ouvrage 
(t.  2,  648  ;  t.  5,  67  ;  t.  6,  1 7 1  )  j  il  employa  notre 
manuscrit.  Enfin,  en  même  temps  que  l'Histoire 
de  Languedoc,  paraissait  en  1729,  le  tome  6  de 
l'Amplissima  Collectio  de  dom  Martène  &  dom  Du- 
rand qui  contient  in  extenso  le  texte  du  manus- 
crit de  Ripoll. 

De  nos  jours,  on  est  revenu  à  une  autre  manière 
de  voir,  &  il  semble  certain  que  notre  chronique, 
écrite   par  un   moine   d'Aniane,  &   probablement 


postulat,  illisque  contradicentibus,  ad  pre- 
lium egressi  sunt  in  loco  qui  dicitur 
Viciaco,  Dominica  die  illucescente,  xii  ka- 
lendas  aprilis,  illisque  fortiter  bellantibus, 
Chilpericus  cum  Raganfredo  terga  vertit. 
Karolus  victor  extitit,  regiones  illas  vasta- 
tas  atque  captivatas,  itemque  cum  multa 
preda  —  F.  4  A.  —  in  Austria  reversus,  Co- 
lonia civitate  veniens,  ibique  sedicionem 
movit,  cum  Plectrude  matrona  disceptavit, 
&  tesauros  patris  sui  sagaciter  recepit,  re- 


vers le  milieu  du  neuvième  siècle,  ne  dérive  pas  gemque     ibi     Statuit    nomine     Clhotarium. 

de  la    chronique   dite   de  Moissac,   sans   pourtant  ChilpericuS   itaque  vel   RaganfreduS   Eudo- 

lui  avoir  donné  naissance;  elle  procède  des  mêmes  j^gm  ducem  expetunt  in  auxilium,  qui  mo- 

sources,  elle  a   employé   les   mêmes  auteurs.  Ces  yg^s  exercitum  contra  Karolum   perrexit  ; 

sources  sont  :  d'une  part,  Eginhard  dont  le  corn-  ^^    jy^   constanter   occurrit    ei    intrepidus. 

pilateur  a   copié   de  longs  passages,  &  de  l'autre,  oir-jr-  n      •   •  ••x* 

^        ,        .    ^  ,  ,    .  .       ,  ,    .  Sed  Eudo  lugiens,  ransius  civitate  regres- 

\ine  chronique  languedocienne,  aujourd  hui  per- 


An 

720 


An 

717 


due,  qui  contenait  sur  plusieurs  faits,  notamment 
sur  les  invasions  sarrasines,  des  détails  intéres- 
sants, des  faits  que  l'on  chercherait  vainement 
ailleurs.  C'est  l'usage  commun  de  cette  ancienne 
chronique,  qui  a  amené  cette  similitude  complète 
entre  les  deux  auteurs  &  causé  l'erreur  de  dom 
Bouquet. 

Comme  cette  chronique  a  déjà  été  imprimée  plu- 
sieurs fois  &  tout  récemment  dans  la  collection 
de  M.  Pertz  (SS.  1,  282-31 3),  nous  n'avons  fait 
que  reproduire  les  extraits  déjà  donnés  par  les 
Bénédictins  &  en  compléter  le  sens  j  nous  n'avons 
ajouté  que  deux  passages  relatifs  au  Midi,  le  ré- 
cit de  la  défaite  de  Roncevaux  (778)  &  celui  de 
la  grande  invasion  sarrasine  de  793.  [Note  des 
nouveaux  éditeurs.] 


SUS,  Chilpericum  regem  cum  tesauris  re- 
galibus  sublatum,  ultra  Ligerim  recessit. 
Karolus  enim  persecutus  non  reperit  eum. 
Clhotarius  quidem  memoratus  rex  eo  anno 
obiit.  Interea  Radbodus  dux  moritur,  an- 
noque  insequente  Karolus,  legacionem  ad 
Eudonem  dirigens,  amiciciasque  cum  eo 
faciens,  ille  vero  Chilpericum  regem  cum 
multis  muneribus  redJidit.  Mortuus  qui- 
dem est  Noviomo  civitate,  regnavitque 
annis  V*.  Franci  vero  Thedosium,  filium 
Dagoberti  régis  junioris,  super  se  statuunt 
in  regem. 

Anno  DCC  XXV,  Sarraceni  Augustudunum 
civitatem  destruxerunt  iili   feria ,   xi   ka- 


Éd.crig. 

t.  1, 
col.  16. 


An 
725 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


An 
73. 

An 
732 


An 
734 


Éd.oria 

t.  I, 
col.  17. 


lendas  septembris,  tesauruniqiie  civitatis 
illius  capientes,  cum  preda  magna  Spaiiia 
redeunt. 

Anno  DCC  XXXI ,  Karolus  vastavit  duas 
vices  ultra  Ligerim,  &  Raganfredus  mo- 
ritur. 

Anno  DCC  XXXII,  Abderanian  rex  Spa- 
niae,  cum  exercitu  magno  Sarracenorum 
per  Pampalonam  &  montes  Pireneos  tran- 
siens,  Burdigalem  civitatem  obsidet.  Tune 
Eudo,  princebs  Aquitanie,  collecto  exer- 
citu, obviam  eis  —  F.  5  û.  —  exiit  in  pre- 
lium  super  Garonna  fluvium;  sed  inito  pre- 
lio  Sarraceni  victores  existunt.  Eudo  vero 
fugiens  maximam  partem  exercitus  sui  per- 
didit,  &  ita  demum  Sarraceni  Aquitaniam 
depredare  ceperunt.  Eudo  vero  ad  Karo- 
lum  Francorum  principem  veniens,  postu- 
lavit  ei  auxilium.  Tune  Karolus,  colecto 
magno  exercitu,  exiit  eis  obviam,  &  inito 
prelio  in  suburbio  Pictavensi ,  debellati 
sunt  Sarraceni  a  Francis*  ibique  ipse  Abde- 
raman  cecidit  cum  exercitu  suo  in  prelium, 
&  qui  remanserunt  ex  eis,  per  fugam  re- 
versi  sunt  in  Ispania.  Karolus  vero,  spolia 
accepta,  cum  triumpho  glorie  reversus  est 
in  Francia. 

Anno  DCC  XXXIIII,  Karolus  ingressus  est 
in  Frisia  cum  exercitu  magno,  delevit  eam 
usque  ad  internecionem  ac  suo  subjugavit 
imperio.  His  temporibus,  Jusseph-Ibin  Ab- 
deraman  Narbona  prefîcitur.  Alio  anno 
Rodanum  fluvium  transivit,  Arelato  civi- 
tate  pace  ingreditur,  thesaurosque  civitatis 
invadit,  &  per  IIIT'  annos  totam  Arelaten- 
sem  provinciam  depopulat  atque  depredat. 
His  diebus  papa  Gregorius  minor,  Romane 
aecclesiae  episcopus,  claves  venerandi  se- 
pulcri  Pétri  Apostoli ,  &  vincula  ejusdem 
cum  magnis  muneribus  legacione  ad  Ka- 
rolum  principem  Franchorum  misit,  quod 
antea  nullo  Franchorum  pfincipi  a  quo- 
libet Romane  urbis  presule  missum  fuerat. 
Epistolam  quoque  &  décréta  Romanorum 
principum  predictus  papa  Gregorius  cum 
legacione  etiam  munera  misit.  Quo  pacto 
patrato  sese  populus  Romanus,  relicto  im- 
peratore  Grecorum  &  dominacione,  ad  pre- 
dicti  principis  —  F.  5  b.  —  defensionem 
&  invictam  ejus  clemenciam  convertere  cum 
voluissent,  ipse  vero,  his  omnibus  cum  gau- 
dio  &  graciarum  accione  Domino  repensis. 


ipsam  legacionem  cum  magnis  muneribus 
Romam  remisit.  Posthaec  elegit  viros  reli- 
giosos  ex  suis  fidelibus,  Grimonem  scilicet, 
Corbiensis  monasterii  abbatem,  &  Sigiber- 
tum,  reclusum  basilice  sancti  Dionisii  mar- 
tyris,  &  cum  magnis  muneribus  ad  limina 
beati  Pétri  principis  Apostolorum  misit,  ac 
per  eos  omnia  in  responsis,  que  sibi  & 
populo  Franchorum  vissa  fuerant,  presuli 
scriptum  remandavit.  Posthaec  prefatus 
princebs,  audiens  quod  Sarraceni  provin- 
ciam Arelatensem  vel  caeteras  civitates  in 
circuitu  depopularent,  collecto  magno  exer- 
citu Franchorum  vel  Burgundionum  vel 
ceterarum  in  circuitu  nacionum,  que  di- 
cioni  illius  erant,  Avinionem  civitatem  bel- 
lando  inrupit,  Sarracenos  quos  ibi  invenit 
interemit,  &  transito  Rodano,  ad  obsiden- 
dam  civitatem  Narbonam  properat.  Quam 
dum  obsideret,  Ocupa  rex  Sarracenorum  ex 
Ispania  Amoribinailet  cum  exercitu  magno 
Saracenorum  ad  presidium  Narbona  trans- 
mittit.  Tune  Karolus  partem  exercitus  sui 
ad  obsidendam  civitatem  reliquid  :  reli- 
quam  vero  partem  sumpta,  Sarracenis  ob- 
viam exivit  in  prelio  super  Berre  fluvio, 
&  dum  preliare  cepissent,  debellati  sunt 
Sarraceni  a  Francis  cède  magna,  maxima- 
que  pars  ipsorum  cecidit  in  gladio.  Et  ex- 
perti  sunt  Sarraceni  a  Franchorum  prelio, 
qui  ex  Siria  egressi  sunt,  Karolum  fortis- 
simum  in  omnibus  repererunt.  Ipse  vero 
Karolus,  spolia  collecta  —  F.  6  a.  —  &  co- 
piosam  predam,  cum  reverteretur,  Magda- 
lonam  destrui  precepit,  Nemauso  vero  are- 
nam  civitatis  illius  atque  portas  cremari 
jussit,  atque  obsidibus  acceptis,  reversus 
est  in  Franeiam. 

Anno  DCC[LIIJ,  Carolus  princebs  obiit.   

Regnavit  annis  xxiii,  &  menses  vi.  Obiit  ^" 
XI  kalendas  novembris,  filiique  ejus  Pipinus 
&  Karlomannus  principatum  patris  inter  se 
dividunt.  Karlomannus  Austria,  Alamannia 
atque  Toringia  sortitur;  Pipinus  vero  Bur- 
gundiam  atque  Provinciam  aceepit.  Zacha- 
rias  nacione  Grecus,  sancte  Romane  Eccle- 
sie  papa  sedit  Rome.  Hujus  temporibus, 
Karlomannus  rex  Franchorum,  filius  pre- 
dieti  principis  Karoli,  frater  Pipini,  divino 
amore  &  desiderio  caelestis  patrie  com- 
punctus,  sponte  regnum  reliquid,  iiliosque 
suos  Pipino  fratri  comendavit 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


8 


An 
702 


An 

759 


Éd.oiig. 

t.  1, 
col.  18. 


An 
762 


—  F.  8  û.  —  Posthaec  Stephanus  papa  obiit.  conseasu  omnium  Franchorum  rex  consti- 
His  temporibus  Jusseph-Ibin  Abderraman,       tuitur 

tyrannide  assumpto   super  Sarracenos ,   in  —  F.  1 1  a.  —  Anno  DCCLXXVIII,  con- 

Spania   régnât.    Dira   famés   tune  Spaniam  gregans    Karolus   rex   exercitum    magnum, 

domuit.  Waifarius  princebs  Aquitanie  Nar-  ingressus  est  in  Spania,  &  conquisivit  ci- 

bonam  depredat.  vitatem  Pampalonam  ,  &  ibi  Taurus,  Sar- 

Anno  Dec  LU,  Ansemundus  gotus  Ne-  racenorum  rex,  venit  ad  eum  &  tradidit  ei 

mauso    civitatem ,    Magdalonam ,    Agaten,  civitates  quas   habuit,   &  dédit  ei    obsides 

Biterris  Pipino  régi  Franchorum  tradidit.  fratrem  suum  &   iilium.  Et   inde  perrexit 

—  F.  8  i.  —  Ex  eo  diè  Franci  Narbonam  usque  ad  Cesaraugustam.  Et  dum  in  illis 
infestant.  Vuafarium  principem  Aquitanie  partibus  moraretur,  comissum  est  bellum 
Pipinus  persequitur,  eo  quod  noUet  se  di-  fortissimum  die  dominica  ,  &  ceciderunt 
cioni  illius  dare,  sicut  Eudo  fecerat  Karolo  Sarraceni  multa  milia,  &  de  oi-a  nona  factus 
patri  ejus.  est  sol  ora  lE-".  Et  iterum  Saxones,  perfida 

Anno  D  ce  LVIIII,  Franci  Narbonam  ob-  gens,  menciens  fidem,  eggressi  de  fînibus 

sident,  datoque  sacramento  Gotis  qui   ibi  suis,  venerunt  usque  ad   Renum  fluvium, 

erant,   ut  si   civitatem   partibus   traderent  succendendo  omnia  atque  vastando;  &  cum 

Pipini,  régis  Franchorum,  permitterent  eos  reverterentur  cum  preda  magna,  pervenit 

legem  suam   habere  :  quo  facto,   ipsi  Goti  nuncius  ad  Karolum  regem  adhuc  in  Spania 

Sarracenos,  qui  in  presidio  illius  erant,  oc-  degente.  Cum   enim  assiduo  ac  pêne  con- 

cidunt  ipsamque  civitatem  partibus  Fran-  tinuo  cum  Saxonibus  bello  certaretur,  dis- 

chorum  tradunt.  positis  per  congrua  confiniorum  loca  pre- 

Anno   DCCLXII,  gelu   magnum  Gallias,  sidiis,  tune  Yspaniam  quam  maximo  poterat 

Illiricum    &   Traciam    deprimit,   &    multe  belli    aparatu    agreditur    saltuque    Pirenei 

arbores    olivarum    &    ficulnearum    decocti  superato,  omnibus  que  adierat  opidis  atque 

gelu    aruerunt  j    sed    &   germen    messium  castellis   in  dedicionem  acceptis,    salvo   & 

aruit,  &  supervenienti  anno  predictas   re-  incolomi  exercitu,  revertiturj  prêter  quod 

giones  gravis  depressit  famés,  ita  ut  multi  in  ipso   Pirenei   jugo  Vuasconicam    perfi- 

homines  penuria  panis  périrent.  diam  parumper  in  redeundo  contigit  expe- 

Pipinus  rex  Narbonam  veniens,  Tolosa,  riri.    Nam    cum  agmine   longo,    ut  loci   & 

Albigis  &  Ruthenis  illi  tradite  sunt,  &  non  angustiarum    situs    permittebat    porrectus 

post  multum  tempus,  Vuaifarius  princebs  iret  exercitus,  Vuascones,  in  sumi  montis 

obiit  mense  junio.  Pipinus  vero  rex,  prin-  vertice  positis  insidiis,  —  est  enim   locus 

cipatu  illius  adepto,  post  dies  C^^'^^,  mense  ex  opacitate  silvarum,  quarum  ibi  maxima 

septembrio,  vitam  finivit,   regnavitque  an-  est  copia,  insidiis  ponendis  oportunus,  — 

nis    XXVII,    cum    per   annos    XV    aut    eo  extremam  impedimentorum  partem  &  eos, 

amplius     solis    Francis    imperaret.    Finito  qui  novissimi  agminis  incedentes  subsidio 

Aquitanico  bello,  quod  contra  Vuaifarium  précédentes  tuebantur,  desuper  incursan- 

ducem  Aquitanie  per  continuos  Vllll  annos  tes,  in  subjectam  vallem  deiciunt,  confer- 

gerebatur,  apud  Parisios   morbo  aque  in-  toque  cum  eis  prelio,  usque  ad  unum  om- 

tercutis  diem  obiit,  regnumque  illius  filii  nés  interficiunt , —  F.  11  b.  —  ac  direptis 

sui   Karolus   &   Karlomannus    inter  se   di-  impedimentis ,    noctis    beneficio   que    jam 

vidunt,    sed    Karlomannus    brevi    tempore  instabat    protecti ,    summa    cum    celeritate 

regno  potitus  obiit,  totumque  regnum  pa-  in  diversa  disperguntur.  Adjuvabat  in  hoc 

tris  Karolus  accepit.  facto  Vuascones  &  levitas  armorum,  &  loci 

Anno  III  Karoli  régis,  habiit   Berta  re-  in  quo  res  gerebatur  situs;  econtra  Fran- 

gina,  mater  Karoli,  in  Italia  ad  placitum  chos  &  armorum  gravitas  &  loci  iniquitas 

contra  Desiderium  regem,  &  reddite  sunt  per  omnia  Vuasconibus   reddidit   impares, 

civitates  plurime  ad  partem  Sancti  Pétri,  &  In  quo  prelio  Eggiardus  ,  régie  mense  pre- 

Berta  adduxit  filiam  Desiderii  in  Francia..  positus ,    Anselmus ,    cornes    palacii ,    cum 

Et    insequenti    anno    Karlusmannus    mor-  aliis   compluribus    interficiuntur.    Karolus 

tuus  est)  Karolus  autem,fratre  defuncto,  quoque    rex    reversus   est   cum    suo   exer- 


An 
778 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


lo 


An 
782 


An 
793 


citu' Et  in  alio  anno  perrexit  iterum 

Karolus  rex  cum  exercitu  in  Ispania,  & 
venit  usque  ad  civitatem  Metdina-Caeli,  & 
Sarraceni  pacificati  de  trans  flunien  obsi- 
des  dedcrunt.  In  Ispania  vero  famés  magna, 
&  mortalitas  est,  &  rex  sedit  in  civitate 
Ilaone.  Et  insequenti  anno,  congregans 
exercitum  magnum,  ingressusest  in  Ispania 
super  Navarros  &  pervenit  usque  ad  flumen 
Gaalz.  Et  ipsi  Navarri  tradiderunt  se  illi 
omnes,  &  accepit  obsides  tam  ingenuos 
quam  &  lidos,  &  divisit  ipsam  patriam  in- 
ter  episcopos  &  presbiteros  &  abbates,  ut 
in  ea  babtizarent  &  predicarent,  necnon  & 
Ininidorum  seu  Bascanorum  vel  paganorum 
magna  multitude  babtizata  est.  Inde  rever- 

tens  habiit  in  Italia 

—  F.  12  û.  —  Anno  DCCLXXXII,  anno 
XIIII  Karoli  régis,  Benedictus  abba  qui 
vocatur  Vitiche,  in  loco  qui  dicitur  Ania- 
num,  ex  precepto  supradicti  régis  Karoli, 
monasterium  hedificavitj  in  quo  postea  CGC 


bus  suis,  cum  exercitu  magno  Sarraceno- 
rum,  ad  vastandum  Gallias.  Qui  venientes 
Narbonam,  suburbio  ejus  igné  succende- 
runt,multosque  Christianosac  preda  magna 
capta,  ad  urbem  Carcassonam  pcrgere  vo- 
lentes,  obviam  eis  exiit  Wilelmus  condam 
comes,  aliique  comités  Franchorum  cum  eo, 
comiseruntque  prelium  super  fluvium  Oli- 
veio,  ingravatumque  est  prelium  nimis,  ce- 
ciditque  maxima  pars  in  illa  die  ex  populo 
Christiano.  Wilelmus  autem  pugnavi»  foi- 
titer  in  die  illa;  videns  vero  quod  sufferre 
eos  non  posset,  quia  socii  ejus  dimiserant 
eum  fugientes,  divertit  ab  eis.  Sarraceni 
vero,  collecta  spolia,  reversi  sunt  in  Ispa- 

niam 

—  F.  16  a.  b.  —  Anno  DCCXCIIII,  rex 
Karolus  apud  villam  Franchofurt  celebravit 
Pascha.  Anno  autem  xxvi  regni  sui,  perve- 
nit ad  aures  piissimi  principis  ac  ortodoxi 
Karoli,  quod  Helefantus,  Toletane  s^^dis 
episcopus,  cum  alio  episcopo  sedis  Orgel- 


sub  regimine  suo  monachos  habuit,  &  per       letane,  Felice  nomine,  seu  Infelice  in  dic- 


ipsum  exemplum  per  totam  Gociam  sive 
Aquitaniam  monasteria  construuntur. 

—  F.  i5  b.  —  Anno  dccxciii His 

temporibus  regnabat  Exam,  filius  Abdera- 
man  Abin  Mavia.  Iste  Abin  Mavia  debella- 
vit  Jussef-Ibin  &  occidit  eum  &  filios  ejus, 
regnavitque  pro  eo  in  Ispania  annis  XXX''  ni 
&  menses  IIII''^  Hic  —  F.  16  a.  —  crudelior 
omnibus  regibus  Sarracenorum  fuit,  qui 
ante  eum  fuerant  in  Ispania;  diversis  cru- 
ciatibus  interemit  innumerabilesSarracenos 
&  Mauros  ;  filium  quoque  patris  sui,  fra- 
trem  suum,  truncatis  manibus  &  pedibus, 
igni  cremari  jussit.  Christianos  in  Ispania 
&  Judeos  in  tantum  tributa  exigendo  op- 
presit,  ut  filios  &  filias  suas  venderent  & 


tis,  qui  uterque  asserebant  dicentes  :  quod 
Dominus  noster  Jésus  Christus,  in  quan- 
tum ex  Pâtre  est  ineffabiliter  ante  secula 
genitus,  vere  sit  filius  Dei  ;  &  in  quantum 
ex  Maria  semper  virgine  carnem  assum- 
mere  dignatus  est,  non  vcrus,  sed  adobti- 
vus  filius,  perverso  ausi  sunt  ore  profiteri. 
Quo  audito,  jamdictus  princeps  ad  sedem 
Apostolicam  Adrianoque  pape  urbis  Rome 
missos  dirigit,  ac  super  prefatam  heresim 
predictum  pontificem  consulens,  ex  omni 
imperio  suo  vel  regno,  per  diversas  pro- 
vincias  regni  sui  sibi  subjectas,  zelo  fidei 
succensus,  suma  cum  celeritate  procurren- 
cia  multitudo  antistitum,  sacris  obteiiipe- 
rando  preceptis,  in  uno  collegio  aggreganda 


pauci   relicti   penuria   afficerentur,  &  per      convenit  apud  villam,  quae  dicitur  Fran- 


presuram  ipsius  tota  Ispania  conturbata  & 
depopulata  est.  Mortuus  est  autem  Abin 
Mavia,  &  regnavit  Exam  filius  ejus  pro  eo, 
fecitque  malum  sicut  pater  ejus.  Iste  au- 
diens,  quod  rex  Karolus  partibus  Avuaro- 


chofurt  ;  ubi  universali  sinodo  congregata 
cum  missis  domni  apostolici  Adriani  pape 
seu  patriarcha,  Aquileiense  Pauli  archiepi- 
scopo,  seu  Petro  Mediolanensi  archiepi- 
scopo ,    seu   etiam    Italie,   Gallie ,    Gocie, 


rum  perrexisset,  &  estimans  quod  Avuari      Aquitanie,  Gallecie,  sicut  supradictum  est, 


contra  regem  fortiter  dimicassent,  &  ob 
hanc  causam  in  Franciam  reverti  non  li- 
cuisset,  misit  Abdelmec,  unum  ex  principi- 

'  Comparez  Éginhard,  Vita  Karoli,  c.  9,  S;  An- 
nales Eginhardi,  ad  ann.  778. 


episcopis,  abbatibus,  monachis,  presbite- 
ris,  diaconibus,  subdiaconibus  ;  inter  quos 
etiam  venerabilis  ac  sanctissimus  abbas  Be- 
nedictus ,  qui  vocatur  Vitiza,  monasterii 
Anianensis  a  partibus  Gocie,  &  religiosos 
suos   monachos  Bede,   Ardo   qui   &   Znia- 


An 

794 


lid.orig. 

t.  I, 
col.  19. 


II 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


12 


An 
8o(5 


An 
812 


An 
814 


ragdus,  seu  cunctis  fratribus  suis  disci- 
pulis  :  hi  sunt  Ingila,  Aimo,  Rabaniis, 
Georgius  cum  ceteris  fratribus,  cunctoque 
clero,  devotoque  populo  pariter  aggre- 
gato 

—  F.  22  b.  —  Anno  Dcccvi.  In  isto 
anno,  Wielmus  condam  cornes  ad  Ania- 
num  monasterium,  qui  est  constructus  in 
honore  Domini  ac  Salvatoris  nostri  Jesu 
Christi  &  gloriose  Matris  ejus  semper  vir- 
ginis  pervenit,  cum  omnibus  muneribus 
auri  argentique  ac  preciosarum  vestium^ 
ilio  se  tradidit  Christo  omni  vite  sue  tem- 
pore  serviturum.  Nec  moram  in  deponendi 
comam  fieri  passus  est  ;  quin  pocius  die 
natalis  apostolorum  Pétri  &  Pauli,  auro 
textis  depositis  vestibus ,  Christicolarum 
induit  habitum,  seseque  Caelicolarum  ad- 
scisci  numéro  quantocius  congaudens  effi- 
citur 

—  F.  23  b.  —  Anno  D  ccc  xii,  misit  Ka- 
rolus  imperator  très  scarras  ad  illos  Clavos 
qui  dicuntur  Hunilti". 

—  F.  25  b.  —  Fecit  idem  (Karolus)  a 
parte  meridiana  prope  littore  maris,  in  co- 
mitatu  Magdalonense,  in  honore  Domini 
nostri  Jesu  Christi  seu  perpétue  virginis 
Genitricis  Dei  Marie,  cujus  basilicas  com- 
posuit,  auroque  &  argento  adornavit;  ad 
cujus  structuram  cum  columnas  &  mar- 
mora  habere  non  posset,  Nemauso  civitate 
cum  magna  diligencia  adduci  precepitj  & 
collectis  thesauris  suis  de  regnis  singulis, 
in  Aniano  monasterio  adduci  precepit  nec 
non  lignis  ttt  Dominicis,  &  opéra  multa 
&  magna  in  eodem  loco  composuit.  Fecit 
idem  in  littore,  meridiana  parte  provin- 
cie  Narbonensis  ac  Septimanie,  toto  etiam 
Italie  littore  usque  Romam  contra  Mauros 
super  piraticam   exercere  adgressus' 

—  F.  34  b.  —  Anno  D  cccxiiii,  Ludovi- 
cus  piissimus  imperator  regnavit,  &c.  — 
F.  35  a.  —  Hoc  anno  suprascripto  impera- 
tor Ludovicus,  id  est  primo  anno  imperii 
sui,  Benedictum  abbatem  de  Aniano  monas- 
terio tulit  propter  famam  vite  ejus  &  sanc- 

'  Suit  un  long  passage  sur  les  guerres  de  Char- 
lemagne,  extrait  de  la  Vie  de  Charlemagne  d'Egin- 
hard ,  c.   16  &  17. 

"  Ce  qui  suit  est  encore  emprunté  à  Eginhard  81 
comprend  le  testament  de  Charlemagne. 


titatem,  &  prope  Aquis,  sedem  regiam  in 
Ardena  silva,  habitare  fecit.  Ipse  vero  su- 
pradictus  abba  antequam  habiret  in  Fran- 
cia,  ordinavit  in  loco  suo  in  monasterio 
Aniano  abbatem,  nomine  Zmaragdum 

—  F.  35  b.  —  Anno  d  ccc  xvi Was- 

cones  rebellaverunt  contra  imperatorem. 

—  F.  36  a.  —  Anno  D  ccc  xviii Was- 

cones  autem  rebelles  Garsiam-Muci  super 
se  in  principem  eligunt,  sed  in  secundo 
anno  vitam  cum  principatu  amisit,  quo 
fraude  usurpatum   tenebat. 

Anno  D  ccc  XXI obiit  béate  memorie 

Benedictus  Vuitiza,  abbas  religiosus  mo- 
nasterii  Anianensis  ,  iii  idus  februarii , 
anno  Viii  régnante  Ludovico  piissimo 

—  F.  37  a.  —  Anno  D  CCC  XL,  imperii 
vero  prephati  imperatoris  anno  xxvii,  obiit 
Ludovicus  piissimus  imperator,  xii  kalen- 
das  julii,  indicione  tercia ^  regnaveruntque 
filii  sui  post  eum  cum  magna  gloria.  Amen. 


2. 


II 


Ancienne  chronique  des  rois  de  France'^ . 

ERA  D  ccc  XXXIX,  régnante  D.  Karulo 
imperatore,  anno  ordinationis  suae  in 
regno  xxxiiii,  introivit  rex  Ludovicus 
iilius  ejus  in  Barchinonam,  expulso  inde 
omni    populo    Saracenorum.    Régit   annis 

XVIIII. 

Karolus  praelibatus  régit  annis  XLVII, 
&  menses  III. 

Ludovicus  ejus  proies  régit  annis  XXIIII. 

Leotarius  régit  annis  II. 

Karolus  ejus  frater  régit  annis  XXVIIII, 
&  menses  liii. 

Ludovicus  ejusdem  filius  régit  annos  vili. 

Karlemannus  régit  annos  vu. 

'  Tirée  d'un  manuscrit  qui  appartenait  autrefois 
à  l'église  de  Carcassonne,  &  copiée  par  D.  Claude 
Estiennot,  dans  ses  Fragments  historiques,  t.  10. — 
Baluze,  Marca  Hispanica,  p.  758.  [Cette  chronique, 
de  fnible  importance,  a  été  probablement  écrite  au 
jour  le  jour  des  événements,  &  semble  provenir 
d'un  nécrologe.  Remarquons  principalement  la 
manière  dont  elle  indique  le  règne  de  Raoul,  par 
un  interrègne  de  huit  ans.] 


An 
816 

lîd.orig. 

t.  1, 
col.  20. 

An 
818 


An 
8zi 


An 


i3 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


M 


Karolus  de  Baguera  régit  annos  iiii. 

Oddo  régit  annos  X. 

Karolus  rex  annos  xxxii,  &  nienses  m. 

Post  ejus  obitum  non  habuerunt  regem 
per  annos  VIII. 

Postea  régit  Ludovicus  proies  Karoli  an- 
nos XVIII. 

Post  ejus  obitum  régit  filius  ejus  Leuc- 
tarius  annos  xxxii,  &  menses  VI. 

Post  ejus  obitum,  fîlius  ejus  Ludovicus 
ult 

Postea  régit  Ugo,  qui  antca  fuerat  dux, 
&  subrepsit  locum  regiminis,  &  régnât  in 
Francia  annos  X 

Post  ejus  obitum,  régnât  Rotbertus,  fi- 
lius ejus,  &  tradidit  in  carcerem  Karolum 
&  filios  ejus,  quia  erant  de  stirpe  regum,  & 
resedit  in  regno  annos  xxxv. 

Henricus  régnât  annis  xxx. 

Philippus  régnât. 


3. 


Cronîca  regum  Visegothorum\ 

ERA     QUADRINGENTESIMA     fSEPTIMA], 
IN   GOTHIS   PRIMUS    REX  AtANARICUS 
EFFICITUR.  PoST   HUNC  AlARICUS  j    QUO 

IN  Italia  mortuo,  Ataulfus  ELIGI- 
tur.  isto  regnante,  gothi,  relicta 
Italia,    Gallias    hac    post    Spanias 

OCCUPANT.  AnNI  VERO  REGUM  SUMMA 
NOTANTUR. 

[Anno  cccLXViiiiJ,  Atanaricus  regnavit 
annos  xiii. 

[Anno  CCCLXXXII],  Alaricus  regnavit 
annos  XXVIII  in  Italia. 

[Anno  ccccx],  Ataulfus  regnavit  an- 
nos VI. 

[Anno  ccccxv],  Sigericus  regnavit  an- 
nos VII' ;  alibi  semis  tantum  dicunt. 

'  Chron'icon  brève  regum  ff^isigothorum,  —  Dn- 
chesne,  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  4,  p.  461 . 
Collationnée  sur  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque 
nationale.  Latin  4418,  [°  189  (dixième  siècle).  Ce 
qui  a  été  mis  entre  crochets  ne  se  trouve  pas  dans 
le  texte. 

Corrige'^  menses. 


[Anno  CCCCXVIJ,  Vualia  regnavit  an- 
nos III. 

[Anno  ccccxviiii],  Theuderedus  reg- 
navit annos  xxxiii. 

[Anno  CCCCLI],  Thurismodus  regnavit 
annos  III;  alibi  unum. 

[Anno  ccccLiiJ,  Theudericus  regnavit 
annos  Vii  ;  alibi  xill. 

[Anno  ccccLXVi],  Euricus  regnavit  an- 
nos XV. 

[Anno  cccc  Lxxxiiii ,  .item]  Alaricus 
regnavit  annos  xxiii. 

[Anno  DVii],  Gesaelicus  regnavit  an- 
nos III,  &  in  latebra  annum  i,  alibi  XV. 

[Anno  DXI],  Theudericus  de  Italia  rég- 
nât in  Spania,  tutelam  agens  Amalerico 
nepoti  suo  per  consules  annis  XLI. 

[Anno  D  XXV13,  Amalaricus  regnavit  an- 
nos V. 

[Anno  DXXXI],  Theudi  regnavit  annos 
XVI,  menses  VI. 

[Anno  DXLViii],  Theudisclus  regnavit 
annum  i,  menses  vi,  dies  xiii. 

[Anno  DXLix],  Agila  regnavit  annos  V, 
menses  VI,  dies  xiii. 

[Anno  DLiv],  Athanagildus  regnavit  an- 
nos XV,  menses  VI,  vacantem  regnum 
menses  V,  &  alibi  Xiii. 

[Anno  DLXVii],  Liuva  regnavit  annum  I. 

[Anno  D  Lxviiij ,  Liuvigildus  regnavit 
annos  X.VIII. 

[Anno  DLXXXVi],  Reccaredus  regnavit 
annos  XV,  menses  vi,  dies  X. 

[Anno  DCI],  item  Liuva  regnavit  an- 
num I,  menses  VI. 

[Anno  DCiii],  Vuittericus  regnavit  an- 
nos VI,  menses  X. 

[Anno  DCX],  Gundenarus  regnavit  an- 
num I,  menses  X,  dies  xiiil. 

[Anno  DcxiiJ,  Sisebutus  regnavit  an- 
nos VII,  menses  XI,  dies  XVI. 

[Anno  Dcxx],  item  Reccaredus  regnavit 
annos  III. 

[Anno  DCXXI],  Suuintila  regnavit  an- 
nos X. 

[Anno  DCXXXI],  Sisenandus  regnavit  an- 
nos III,  menses  XI,  dies  xvi. 

Chintila  regnavit  annos  III,  menses  VIIII, 
dies  VIIII. 

Tulga  regnavit  annos  II,  menses  IIII. 

Chindasvuindus  solus  regnavit  annos  V, 
menses   m,  dies  xx.   Item  cum  filio  suo 


ID 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i6 


An 
369 


Recessuîndo  rege ,  regnavit  annos  un, 
menses  Viii,  dies  xii.  Obiit  pridie  ka- 
lendas  octobres,  era  DCLXI. 

Recessuindus  solus  regnavit  annos  xiii, 
menses  vu,  dies  XI.  Obiit  kalendis  septem- 
bris,  die  llll  feria,  hora  III,  era  DCCX,  anno 
Incarnationis  Domini  nostri  Jesu  Christi 
DCLXXII,  anno  cycli  decennovalis  viii , 
luna  III.  Idem  cum  pâtre  suo  regnavit  an- 
nos IIII,  menses  viii,  dies  xi. 

Suscepit  autem  domnus  Vuamba  regni 
gubernacula  eodem  die  quo  ille  obiit,  in 
supradictis  kalendis  septembribus,  dilata 
unctionis  sollemnitate  usque  in  die  xill 
kalendas  octobris,  luna  xxi,  era  qua  su- 
pra. Idem  quoque  gloriosus  Vuamba  rex 
regnavit  annos  viii,  menses  i,  dies  Xiiii. 
Accepit  quoque  poenitentiam  praedictus 
princeps,  die  dominico  exeunte,  hora  noc- 
tis  prima,  quod  fuit  pridie  idus  octobris, 
luna  XV,  era  DCCXViii. 

Suscepit  autem  succedente  die  secunda 
feria,  gloriosus  domnus  noster  Ervigius 
regni  soeptra,  quod  fuit  idus  octobris, 
luna  XVI,  era  Dccxv,  dilata  unctionis  sol- 
lemnitate usque  in  supervenientem  die  do- 
minico, quod  fuit  XII  kalendas  novembris, 
luna  XXI,  era  quo  supra. 


Chronologie  6*  histoire  abrégée  des 
rois  goths  qui  ont  régné  en  Gaule 
6"  en  Espagne  jusqu'au  temps  de 
Charles  Martel'. 


A 

r\.  in 


NNO    Christi    ccclxviiii,   primum 


Gothis  Attanaricus  regnavit  annis 
XIII'.  Iste  primus  per  Valentem  impera- 
torem  in  haeresim  Arrianam  cum  omni 
Gothorum  gente  intravit.  Sub  isto,  Gothi 
legem  &  litteras  habere  coeperunt,  &  cum 

'  Chronolog'ia  &  séries  regum  Gothorum,  qui  tam 
in  Gothia.  Gallica  quam  in  Hispaniis  regnarunt  us- 
que ad  Caroli  Marteîli  Francorum  principis  tempora  ; 
ex  veteri  coiice  manuscripto  coenobii  Moissiacensis. 
—  Duchesne,  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  4, 
p.  704-706.  —  Dom  Bouquet,  t.  2,  p.  704. 

'  Maie  XIV. 


eodem  rege  ab  Hunnis  de  terra  propria 
expulsi  sunt.  Rex  quoque  Constantinopoli 
vitam  finivit  sub  imperatore  Theodosio. 

Anno  CCCLXXXII.  II.  Alaricus  regnavit 
annis  XIV '.  Iste  ob  vindictam  Gothorum 
&  Radagasto  Scythae,  quos  Romani  inter- 
fecerunt,  exercitum  movit  &  Romam  cepit, 
ibique  Placidiam ,  Theodosii  imperatoris 
filiam  ,  cùm  opibus  multis  depraedavit. 
Postea  in  Italia  obiit,  sub  imperatoribus 
Honorio  &  Arcadio. 

Anno  ccccx.  III.  Ataulfus  regnavit  an- 
nis VI.  Iste  supradictam  Placidiam  conju- 
gem  accepit,  &  quinto  regni  anno  de  Italia 
Gallias  adiit.  Et  dum  Hispanias  petere  vo- 
luisset,  a  suis  interfectus  est  in  Barcilona, 
sub  imperatoribus  Honorio  &  Arcadio. 

Anno   ccccxv.    IV.    Sigericus    regnavit   " 
annum   I.   Iste   dum   pacem   cum  Romanis 
habere  voluisset,  mox  a  suis  est  interfec- 
tus, sub  imperio  praedicto. 

Anno  ccccxvi.  V.  Wallia  regnavit  an-  " 
nos  III.  Belligerator  fuit,  cum  imperatore 
Honorio  pacem  habuit,  &  sororem  ejus 
Placidiam  ei  reddidit.  Iste  Hispanias  in- 
gressus,  Wandalos  &  Silenguos  in  Betica 
bello  extinxit,  &  Alanos  ad  nihilum  rede- 
git.  Ad  Africam  classice  transire  disposuit, 
sed  Gaditanum  mare  eum  non  dimisit.  In 
Gallias  rediit  ibique  finivit  vitam,  sub  im- 
perio Honorii. 

Anno  ccccxviiii.  VI.  Teuderedus  reg-  ■ 
navit  annis  xxxiii.  Iste  Littorium  ducem 
Romanorum  &  cum  eo  multa  milia  Roma- 
norum  extinxit.  Ex  Hunis  ce  milia  inter- 
fecit ,  ibique  fîraeliando  occiditur ,  sub 
imperio  Theodosii  junioris. 

Anno  CCCCLI.  VII.  Turismundus,  filius   ' 
ejus,  regnavit  annum  l.  Qui  dum  feralis  & 
noxius    esset,   a  Theuderico    &    Fricdario 
ejus  fratribus  est  interfectus,  sub  impera- 
tore Martiano. 

Anno  CCCC  lu.  VIII.  Teudericus  reg-  " 
navit  annis  xiii.  Iste^  dum  Gothis  Abito 
imperatore  sumere  auxilium  dédit,  &  ob 
hoc  inde  cum  licentia  idem  Abiti  impera- 
toris cum  ingenti  exercitu  Hispanias  in- 
travit, &  XII  miliario  ab  Asturica,  apud 
Urbicum  fluvium  Ricciarium ,  Suevorum 
regem,  praelio  superavit,  eumque  perse- 

'   Corrige^  XXVIll. 


An 
382 


An 
410 


An 
4.5 


An 
416 


An 
419 


An 
461 


An 

452 


17 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i^ 


An 
466 


An 
484 


An 

607 


An 
5ii 


An 
526 


An 
53 1 


An 
042 


An 
048 


An 
549 


quens  in  Portugale,  cepit  atque  occidit. 
Braccaram  cepit,  sicqiie  inde  per  Lusi- 
taniam  in  Gallias  rediit,  ibique  ab  Eurico 
ejus  fratre  interfectus,  sub  imperatore 
Leone. 

Anno  cccc  LXVI.  IX.  Euricus  regnavit 
annis  xxvi.  Iste  Lusitaniam  depraedavit, 
Pampilonam  &  Caesaraugustam  cepit,  & 
Gothis  legem  dédit.  Arelate  obiit  sub  im- 
peratore Zenone. 

Anno  ccccLXXXiiii.  X.  Alaricus,  filius 
ejus,  regnavit  annis  XXIII.  Quem  Clodoveus, 
rex  Francorum,  apud  Pictavem  bello  inter- 
fecit.  Ob  cujus  vindictam ,  Theodoricus 
socer  ejus,  Italiae  rex,  Francos  prostravit 


interfectum  &  omnem  thesaurum  regium 
aniisit,  &  Emeritam  fugit,  ibique  sui  eum 
interfecerunt,  sub  eodem  imperatore  Jus- 
tiniano. 

Anno  D  Liin.  XVII.  Athanagildus  reg- 
navit annos  XIV.  Iste  contra-  milites  Jus- 
tiniani  imperatoris,  quos  ipse  contra  Agila- 
nem  petierat,  diu  conflexit ,  atque  eos 
extinxit.  Toleto  morte  propria  decessit, 
sub  imperatore  Justiniano. 

Anno  D  LXVii.  XVIII.  Liuba  regnavit 
annos  iil  in  Narbona.  Iste  fratri  Leovi- 
gildo  Hispaniae  administrationem  dédit. 

Anno  D  LXViiii.  XIX.  Leovigildus,  adepta 
Gallia   &    Hispania ,    regnavit   annos  xiv. 


&  regnum  Gothis  integrum  restituit,  sub      Iste,  valde  haeresi  Arrianae  deditus,  perse- 


imperatore  Athanasio  (Anastasio). 

Anno  D  VII.  XI.  Gesalaicus,  Alarici  filius, 
regnavit  annis  iv.  Iste  a  Gundebaldo,  Bur- 
gundionum  rege,  Narbona  superatus,  ad 
Barcilonam  fugit,  inde  ad  Africam  ad  Wan- 
dalos  pro  auxilio  perrexit,  &  non  impe- 
travit.  Inde  reversus  apud  Barcilonam  a 
duce  Theuderici,  Italiae  régis,  est  inter- 
fectus, sub  imperatore  Athanasio. 

Anno  DXI.  XII.  Theudericus  supradic- 
tus,  occiso  Gesalaico,  regnum  Gothorum 
tenuit  annis  XV,  &  superstiti  nepoti  suo 
Amalarico  reliquit.  Ipse  Italiam  rediit  & 
ibi  vitam  finivit,  sub  imperatore  Justiniano. 

Anno  D  XXVI.  XIII.  Amalaricus  regnavit 
annis  v.  Iste  a  Childeberto,  Francorum 
rege,  superatus,  Narbonae  interiit,  sub  im- 
peratore Justiniano. 


cutionem  catholicis  intulit  &  ecclesiarum 
privilégia  tulit.  Massonam,  Emeritensium 
episcopum,  exilio  relegavit;  suis  pernicio- 
sus  fuit.  Potentes  per  cupiditatem  damna- 
vit,  Suevos  superavit,  &  Galleciae  regnum 
Gothis  admiscuit.  Primus  regali  veste  oper- 
tus  solio  resedit.  Urbem  in  Celtiberia  fecit, 
&  Recopolim  nominavit.  Gothorum  leges 
ante  correxit,  &  Toleto  propria  morte  de- 
cessit, sub  Mauricio  imperatore. 

Anno  D  LXXXVI.  XX.  Recaredus,  filius 
ejus,  regnavit  annos  XV.  Iste,  in  exordio 
regni  sui  catholicam  fidem  adeptus,  omnem 
Gothorum  gentem  ad  cultum  rectae  fidei 
revocavit,  &  per  synodum  episcoporum 
Galliae  &  Hispaniae  fidem  catholicam  con- 
firmavit.  Francorum  hostes  ix  milia  in 
Hispania  bello  prostravit  &  tempora  regni 


Anno  DXXXi.  XIV.  Tudis  regnavit  an-      sui   omni  bonitate  ornavit.   Fine   pacifico 


nos  XVII.  Iste,  quamvis  haereticus,  pacem 
concessit  Ecclesiae  &  episcopis,  licentiam 
dédit  in  Toletana  urbe  concilia  peragere. 
Anno  DXLII,  Francorum  reges  infra  His- 
panias  usque  Minium  superavit,  eumque 
in  palatio  quidam  insaniam  simulando  in- 
terfecit,  sub  imperatore  Justiniano. 

Anno  DXLVIII.  XV.  Theudisclus  regnavit 


Toleto  decessit,  imperante  Mauritio. 

Anno  DCI.  XXI.  Liuba,  filius  ejus,  reg- 
navit annos  II.  Istum,  praecisa  dextra,  in- 
nocuum  Vitericus  occidit,  &  regnum  sibi 
suscepit,  sub  imperatore  Mauricio. 

Anno  DCiii.  XXII.  Vitericus  regnavit 
annos  Vii.  Vir  quidem  strenuus  in  armo- 
rum  arte,  sed  expers  victoriae,  quod  fecit 


annum  i.  Qui  dum  thoros  multorum  macu-      recepit.  Intef  epulas  enim  prandii  a  suis 


laret  &  ob  id  multis  necem  excogitaret, 
mox  inter  epulas  gladio  Ipsalmi  jugulatur, 
sub  eodem  Justiniano. 

Anno  DXLViiii.  XVI.  Agila  regnavit 
annos  v.  Iste,  dum  ad  Cordubam  urbem 
pugnaret,  in  contemptum  Christi,  sepul- 
chrum  sancti  martyris  Aciscli  quodam  hor- 


interfectus  est,  sub  imperatore  Phoca. 

Anno  DC  X.  XXIII.  Gundemarus  regnavit 
annis  il.  Wascones  una  expeditione  vas- 
tavit,  &  propria  morte  Toleto  decessit,  sub 
imperio  Heraclii. 

Anno  DCXii.  XXIV.  Sisebutus  regnavit 
annis  Viii.  Iste  potestate  Judaeos  ad  Christi 


An 
554 


An 
567 

An 
569 


An 
586 


rore  pollueret,  filium  ibi  cum  multa  copia      fidem   perduxit  &  ecclesiam  Sanctae  Leo- 


An 
601 


An 
6o3 


An 
610 


An 
612 


19 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


20 


An 
621 


An 
63 1 


An 
63(5 


An 
640 

An 
642 


An 
672 


An 
680 


An 

687 


cadiae  Toleto  opère  miro  fundavit.  Astures      secum  regno  praefecit.  Toleto  decessit,  siib 
&  Wascones  in  montibus  rebellantes  hu-       imperio  Leonis. 


miliavit,  &  suis  per  omnia  benevolus  fuit. 
Hune  quidam  proprio  morbo,  alii  immo- 
derato  potionis  haustu,  asserunt  interfec- 
tum,  sub  imperio  Heraclii.  Tune  nefandus 
Mahomet  in  Africa  nequitiam  legis  stultis 
populis  praedicavit. 

Anno  DC  xxi.  XXV.  Suintila  regnavit 
annos  X.  Victoria  &  consilio  magnus  fuit. 
Wascones  devicit,  duos  patricios  Romanos 
cepit.  Omnem  Hispaniam  &  Galliam  stre- 
nue  rexit,  &  ob  meritum  Pater  pauperum 
vocatus  est,  &  fine  proprio  Toleto  deces- 
sit, sub  imperio  Heraclii. 

Anno  DC  XXXI.  XXVI.  Sisinandus  reg- 
navit annos  iv.  Iste  synodos  episcoporum 
egit,  patiens  fuit,  &  regulis  catholicis  or- 
thodoxus  extitit.  Toleto  vitam  finivit,  sub 
imperio  Heraclii. 

Anno  Dcxxxvr.  XXVII.  Chintila  reg- 
navit annos  iii.  Synodos  plurimos  Toleto 
cum  episcopis  egit ,  &  subditum  regnum 
fide  firmavit.  Toleto  vitam  finivit,  sub  im- 
perio Heraclii. 

Anno  DC  XL.  XXVIII.  Tulga  regnavit 
annos  m.  Blandus  in  omnia  fuit.  5. 

Anno  DCXLII.  XXIX.  Chindasuintus  reg- 
navit solus  annos  vi,  &  cum  filio  suo  Re-      Délimitation    des  sept    évêchès   de   la 


Anno  DCCI.  XXXIII.  Vittiza  regnavit 
annos  x.  Toleto  vitam  finivit,  sub  imperio 
Tiberii. 

Anno  DCCX.  XXXIV.  Rudericus  regnavit 
annos  III.  Istius  tempore,  aéra  DCCLll,  Far- 
malio  terrae  Sarraceni  evocati  Hispanias 
occupaverunt,  regnupique  Gothorum  cepe- 
runt,  quod  adhuc  usque  ex  parte  perti- 
naciter  possident ,  &  cum  Christianis  diu 
noctuque  bella  ineunt  &  quotidie  confli- 
gunt,  dum  praedestinatio  usque  divina 
dehinc  eos  expelli  crudeliter  jubeat.  Reges 
Gothorum  defecerunt.  Sunt  sub  uno  anni 

CGC  XIV. 

Alarico  régnante,  ab  aéra  ceci,  ingressi 
sunt  Gothi  in  Italiam.  Post  hujus  annos, 
reges  Gothi  Galliam  ingressi  sunt.  Post 
septem  annos,  Gothi  Hispaniam  mjgrave- 
runt. 

In  aéra  DCC  LXV,  regnavit  Carolus  Fran- 
corum  rex  ac  patricius  Romae. 


cesuinto  annos  iv.  Hujus  tempore  quievit 
Hispania  &  per  synodos  erudivit  Eccle- 
siam.  Toleto  obiit,  sub  imperio  Constan- 
tini  noni. 

Anno  DCLXXII.  XXX.  Wamba  regnavit 
annos  ix.  Primo  regni  sui  anno,  rebellante 
sibi  Paulo  duce  cum  quadam  parte  Hispa- 
niae,  prius  féroces  Wascones  in  finibus 
Cantabriae  perdomuit.  Deinde,  cunctis  ci- 
vitatibus  Gothiae  &  Galliae  captis,  ipsum 
postremi  Paulum  in  Nemausense  urbe  vic- 
tum  celebri  triumpho  sibi  subjecit.  Postea 
ab  Ervigio  regno  privatur,  sub  imperio 
Constantini  noni. 

Anno  DCLXXX.  XXXI.  Ervigius  regnavit 
annos  vi.  Iste  synodos  multas  Toleto  cum 
episcopis  egit,  filiam  suam  conjugem  dédit 
Egicani.  Toleto  obiit,  sub  imperatore  Jus- 
tiniano. 

Anno  DCLXXXVII.  XXXII.  Egica  reg- 
navit annis  XV.  Iste,  dum  regnum  accepit, 
filiam  Ervigii  cum  juratione  Wambae  sub- 
jecit.  Filium   suum  Vittizanem  principem 


Narhonnaise j    sous    la    domination 
du  roi  JVamha^ . 

ERA  DCC  IV  (DCC  XII),  post  Recesuindum 
Wamba,  rex  Gothorum,  regnum  novem 
annos  obtinuit.  Hic  Toleto,  ea  hora,  qua 
unctus  est  in  regem,  cum  quadam  evapo- 
ratione  visa  est  apis  a  cunctis,  qui  aderant, 
ex  capite  ejus  exire  &  ad  coelos  volare. 
Hoc  signum  factum  est  a  Domino,  ut  fu- 
turas  victorias  nuntiaret  de  inimicis  per 
eum  &  dulcedinem  pacis,  quam  habuit  erga 
suos.  Astures  &  Vascones  in  finibus  Can- 
tabriae crebro  rebellantes  edomuit  &  suo 
imperio  subjugavit;  civitatem,  quae  Cartua 
vocabatur,  &  Pampilonem  ampliavit,  quam 
Wamba  Lunam  vocavit.  Provinciam  quoque 

'  Div'is'to  term'tnorum  episcopatuum  provinc'iae  Nar- 
honensis,  dum  Gothis  parebat  ;  ex  i'ivisione  dioece- 
sium  & parrochiarum  Hispaniae  a  If^amha.  rege  facta, 
—  Duchesne,  Recueil  des  historiens  de  France^  t.  i, 
p.  334.  —  Dom  Bouquet,  t.  2,  p.  719. 


An 

701 

An 
710 


Vers 

678 


21 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


22 


Galliae,  quae  Hispania  citerior  dicitur,  sibi 
rebellantem ,  multis  agminibus  Fraacorum 
interceptis,  subjugavit  &  Paulum,  perficlum 
Galliae  tyranmim,  cepit,  eique  oculos  evel- 
lere  praecepit,  &  ad  urbem  Toletanam  cum 
triumpho  magno  reversus,  discordesque 
pontifices,  eo  quod  alii  aliorum  parochias 
invadebant,  ad  concordiam  stiiduit  revo- 
care.  Fecit  &  chronicas  regum  priorum 
coram  se  légère,  ut  facilius  posset  &  termi- 
nes parochiarum  dividere,  sicut  antiquitas 
denotaret  &  exigeret  juris  censura,  &  jura 
propria  qualiter  ecclesia  possideret,  sicut 
subjecta  dénotât  scriptura  : 

Narbonae  Metropoli  subjaceant  hae  sedes. 

Beterris  haec  teneat  :  de  Staleth  usque 
Barcinona,  de  Macai  usque  Ribafara. 

Agatha  haec  teneat  :  de  Nusa  usque  Ri- 
beram,  de  Gallar  usque  Mirlam. 

Magalona  haec  teneat  :  de  Nusa  usque 
Ribogar,  de  Castello  Millia  usque  Angcram. 

Nemauso  haec  teneat  :  de  Busa  usque 
Angoram,  de  Castello  usque  Sambiam. 

Luteba  haec  teneat  :  de  Samba  usque 
Rabaval,  de  Anges  usque  Montem  Rufum. 

Carcasona  haec  teneat  :  de  Monte  Rufo 
usque  Angeram,  de  Angosa  usque  Montana. 

Elna  haec  teneat  :  de  Angara  usque  Ro- 
sinolam,  de  Laterosa  usque  Lamusam. 


6. 


Annales  dites  d'Auch^. 

ANNO  DCLXXXVII,  Pippinus  regnum 
caepit. 

Anno  DCCXVI,  Karolus,  filius  Pippini, 
regnum  caepit. 

Anno  DCCXLI,  Karolus  defunctus  est; 
Karoloman  &  Pippinus  regnum  caeperunt. 

Anno  DCCXLVI,  Karlomannus  Romam 
perrexit. 

Anno  Dcc  Lxviii ,  Pippinus  rex  obiit 
VIII  kal.   octob.   Karlus  &  Carloman,  filii 

'  D'après  un  manuscrltde  la  Bibliothèque  de  Car- 
pentras,  des  neuvième  &  onzième  siècles,  n.  279. — 
Annales  Auscienses.  Pertz,  Monumenta  Germaniae, 
SS.  t.  3,  p.  171. 


ejus,  regnum  ceperunt.  Karlomannus  obiit 
II  non.  octob. 

Anno  DCCLXXii,  Adrianus  suscepit  ka- 
lendis  februarii. 

Anno  DCC  xcvi,  Adrianus  papa  defunc- 
tus est  viii  kal.  januarii. 

Anno  Dccci  (800),  domnus  Karolus  im- 
perator  factus  est. 

Anno  Dcccxiiii  (8i3),  domnus  Karolus 
imperator  obiit.  Hludowicus  filius  ejus  in 
imperium  successit. 

Anno  Dcccxv,  Léo  papa  obiit  viii  kal. 
junii.  Stephanus  successit.  [A  termino  quo 
Longobardi  invaserunt  Italiam  usque  ad 
hune  sunt  anni  CCXVI.] 

Anno  DCCCXVII,  Stephanus  papa  obiit 
VIII  kal.  februar.  Pascalis  succedit. 

Anno  Dcccxxiiii,  Pascalis  papa  obiit. 
Eugenius  succedit. 

Anno  Dcccxxvii,  Eugenius  papa  obiit. 
Valentinus  succedit  mense  i-,  quo  defuncto 
Gregorius. 

Anno  DCCCXL,  Hludowicus  imperator 
decessit. 

Anno  DCCCXLiiii,  Gregorius  papa  obiit. 
Sergius  succedit. 

Anno  MLi,  Willelmus  cornes  obiit  viii 
kal.  novemb. 

Anno  MLXVI,  obiit  Austindus  archi- 
episcopus,. —  Anno  MLXVI  IncarnatiOnis 
Domini  nostri  Jhesu  Christi,  obiit  sancte 
memorie  domnus  Austindus,  Ausciorum 
archiepiscopus,  anno  Xi"  ordinationis  sue. 
Post  cujus  discessum,  ad  erigendum  diu 
dirute  aecclesie  statum,  frater  Guillelmus 
expetitur  a  populo  &  eligitur  a  clero , 
faventibus  conprovincialibus  episcopis  & 
comitibus  necnon  &  coeteris  principibus 
Wasconie  provincie,  ut  sit  verus  servus  pa- 
trisfamilias  &  fîdelis  dispensator  in  domo 
Dei ,  valeat,  vigeat,  laudaetur,  ametur, 
amen. 

Anno  M  LXXV,  dedicatio  beati  Orientii 
aecclesie. 

Anno  MXCXVi,  obiit  domnus  Willelmus 
archiepiscopus. 

Anno  M  cm,  obiit  Aimericus  comes 
egregius. 

Anno  MCViiii,  depositio  domni  Hugo- 
nis  abbatis. 

Anno  M C  XXVII,  depositio  domni  Ponzii 
abbatis, 


2-3 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


24 


Ancienne  chronique  d'U-i^èsK 


Hoc    tempore    [tempore    régis    Gotho- 
rum  FlaviiJ  fuit  sanctus  Veredemius, 
gloriosissimus  Christi   confesser   &  hère-      cum  regem  constituant.  Rudericus  rex  cum 

exersitu   magno  Gothorum,  venit  obviam 


mita,  in  diocesi  Uticensi,  sepultus  in  loco 
Sancti  Privati  de  Garcio  '. 

Hiis  temporibus',  in  Hispania  super 
Gothos  regnabat  Vuitiza  ,  qui  regnavit 
annis  VIII,  mensibus  tribus  j  iste  deditus 
feminabus',  exemplo  suo  sacerdotes  ac 
populum  luxurioze  vivere  docuit,  irritans 
furorem  Domini.  Tune  Sarraceni  in  Yspa- 
niam  ingrediuntur.  Gothi  super  se  Ruderi- 


An 

701 


'  La  chronique  connue  sous  le  nom  A'' Ancienne 
Chronique  d'Unes  a  été  imprimée,  en  1646,  par 
Caseneuve  dans  son  Traité  du  Franc  alleu  de  la 
Province  de  Languedoc  (page  235  &  suiv.).  Il 
l'avait  tirée,  dit-il,  d'un  vieux  manuscrit  faisant 
partie  de  la  bibliothèque  de  M.  de  Marca,  arche- 
vêque de  Toulouse.  Les  douze  articles  dont  elle  est 
composée  dans  les  imprimés  nous  ont  conservé  le 
souvenir  de  faits  certains;  aucun  d'eux  malheureu- 
sement ne  paraît  avoir  été  placé  sous  sa  véritable 
date;  de  là,  une  inexactitude  &  une  telle  confu- 
sion dans  l'ordre  des  temps  que  les  auteurs  du 
Recueil  des  historiens  de  France  n'ont  pas  cru  de- 
voir l'insérer  dans  leur  collection.  Par  contre, 
d'autres  érudits,  parmi  lesquels  le  père  le  Cointe, 
entraînés  par  l'exactitude  du  fond  des  récits,  ne 
se  sont  pas  assez  défiés  de  la  chronologie  &  l'ont 
suivie  en  plusieurs  endroits.  Entre  ces  deux  opi- 
nions contraires,  les  Historiens  de  la  province  de 
Languedoc  ont  pris  un  moyen  terme  :  ils  ont  re- 
gardé la  chronologie  de  cette  chroniqu'e  comme  fort 
erronée  ;  mais  quoique  d'ailleurs  prévenus  contre  le 
fond  même  de  la  pièce  en  général,  ils  l'ont  adoptée 
sur  deux  ou  trois  faits  qui  sont  entrés  dans  leurs 
récits,  en  les  rangeant  toutefois  sous  leur  véritable 
date  sans  les  discuter. 

Dans  un  mémoire  '  lu  à  l'Académie  des  Inscrip- 
tions, dans  la  séance  du  i  1  juillet  1760,  Ménard, 
l'auteur  de  V Histoire  de  Nimes,  s'est  proposé  de 
rectifier  les  dates  de  cette  chronique,  composée, 
dit-il,  d'anciens  titres  tirés  des  archives  de  l'église 
cathédrale  de  Saint-Théodoric  d'Uzès,  par  un  au- 
teur anonyme  du  treizième  siècle.  Ménard  exa- 
mine le  corps  entier  de  l'ouvrage  &  parcourt  en 
détail  tous  les  articles  ;  il  démontre  la  fausseté  des 
dates  par  des  discussions  suivies,  ramène  les  faits 
à  leur  véritable  époque,  mais  il  ne  connaissait  pas 
le  manuscrit  dont  s'était  servi  Caseneuve,  &  il 
avait  du  se  contenter  de  suivre  l'édition  donnée 
par  ce  dernier,  édition  fort  défectueuse.  Si  Ménard 
avait  eu  le  manuscrit  à  sa  disposition,  son  travail 
eût  été  bien  simplifié,  car,  outre  les  erreurs  com- 
mises  par  l'auteur  de  la   chronique,  il  n'eijt  pas 

■  Histoire  de  l'Académie  des  inscriptions,  t.  29,  p.  287. 


Sarracenis  in  prelio,  in  quo  Gothi  debel- 

été  obligé   de  corriger  celles  provenant  du   fait  de 
l'éditeur. 

Ce  manuscrit  a  été  retrouvé  par  M.  L.  Delisle, 
conservateur  du  département  des  manuscrits,  à  la 
Bibliothèque  nationale,  qui  a  bien  voulu  nous  le 
signaler;  c'est  un  in-4°  (F.  latin,  n.  4974),  écrit 
sur  papier  au  quatorzième  siècle,  qui,  entre  autres 
ouvrages,  renferme  un  opuscule  de  Bernard  Gui, 
Catalogus  summorum  pontificum.  C'est  sur  les  mar- 
ges de  ce  traité,  du  f  78  v"  au  f°  83  r°,  que  la  chro- 
nique a  été  écrite,  après  coup  &  d'une  autre  main. 
Elle  n'a  donc  pas  été  rédigée  au  treizième  siècle, 
comme  le  croyait  Ménard,  mais  au  quatorzième 
seulement.  Par  la  manière  dont  elle  est  disposée,  ce 
n'est  pas  tant  un  ouvrage  faisant  un  corps  par  lui- 
même  qu'un  recueil  de  notes  détachées  ou  d'addi- 
tions au  traité  de  Bernard  Gui,  tirées  par  l'auteur 
de  quelques  anciens  manuscrits,  conservés  dans  les 
archives  de  l'église  cathédrale  d'Uzès. 

Parmi  ces  anciens  manuscrits  que  l'auteur  de  la 
chronique  d'Uzès  a  eus  à  sa  disposition,  il  y  avait 
une  ancienne  chronique  qui,  si  elle  n'est  pas  celle 
d'Aniane,  offre  avec  elle  de  nombreux  points  de 
ressemblance;  plusieurs  des  faits  dont  il  nous  a 
conservé  la  mémoire  sont  rapportés  dans  des  ter- 
mes presque  semblables.  Il  en  est  d'autres  que  seul 
il  nous  fait  connaître. 

Nous  avons  collationné  le  texte  sur  le  manuscrit, 
en  disposant  les  faits  selon  l'ordre  chronologique, 
&  nous  avons  ajouté  les  passages  qui,  n'ayant  pas 
été  copiés  par  Caseneuve,  n'ont  pas  encore  été  im- 
primés, &  indiqué  en  notes  les  principales  modi- 
fications que  nous  avons  dû  faire  subir  à  l'édition 
de  Caseneuve.  Les  dates  en  chiffres  arabes,  placées 
en  marge,  ne  se  trouvent  pas  dans  le  manuscrit; 
ce  sont  les  dates  réelles,  celles  auxquelles  les  évé- 
nements se  sont  passés.   [E.  M.] 

'  Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  4974,  f"  76  v°. 
Passage  qui  n'a  pas  été  imprimé  par  Caseneuve,  ni 
mentionné  par  Ménard. 

'  Ibid.  Manuscrit  latin  4974,  f"  74. 

'  Ou  filiabus  ;  le  manuscrit  donne  plutôt  femi- 
nahus. 


25 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


An 

7.5 


An 

752 

An 
753 


lati  sunt  a  Sarracenis.  Sicque  in  Yspania 
fînitur  regnum  Gothorum  &  infra  duos 
annos  Sarraceni  pêne  totani  Yspaniam  sub- 
iciunt. 

Sema,  rex  Sarracenorum,  IX  anno  post- 
qiiam  Sarraceni  in  Yspaniam  ingressi  sunt, 
Narbonam  obsidet  &  capit,  viros  illius  ci- 
vitatis  occidi  jussit,  mulieres  &  parvulos 
captives  duxit  in  Yspaniam. 

Ipso  anno,  mense  III,  ad  obsidendam 
Tholozam  processit  ;  quam  dum  obside- 
ret,  exivit  obviam  [ei]  Eudo ,  princeps 
Acquitanie  cum  exercitu  Acquitanorum  ac 
Franchorum,  &  dum  commiteret  prelium, 
maxima  pars  Sarracenorum  periit,  dans 
terga  fuge. 

Annubiza,  rex  Sarracenorum,  cum  magno 
exersitu  v°  anno  post  cepit  Carcassonam 
&  acquisivit  usque  Nemauzum  &  obsides 
Barchinona  transmittit '. 

Anno'  Domini  DCCLiii',  Misemundus* 
Gothus  Nemausum,  Magalonam,  Agathem, 
Biterris  Pipino,  régi  Franchorum,  tradidit. 

Anno*  Domini  DCCXLIIII^,  Misemundus 
Gothus  apud  Narbonam  occiditur,  dum 
Narbonam  obsideret  cum  exercitu  Fran- 
chorum, a  suo  homine  Ermeniardo  no- 
mine,  ante  portam  Narbonensis  civitatis. 

'  Cet  alinéa  &  les  trois  qui  précèdent  n'ont  pas 
été  imprimés  par  Caseneuve  &  n'ont  pas  été  con- 
nus de  Ménard,  —  Ils  sont  conformes  à  la  Chro- 
nique d'Aniane.  — Voyez  ci-dessus  colonnes  1,  2, 
3  &  4. 

'  Ms.  latin  4974,  f"  7^  v°,  n.  i. 

'  L'auteur  de  la  chronique  avait  d'abord  écrit 
DCCXLiii  ;  il  a  ensuite  biffé  l'x,  ce  dont  Caseneuve 
n'a  pas  tenu  compte  j  aussi  a-t-il  porté  ce  fait 
sous  l'année  743.  Ménard  a  démontré  que  ce  pas- 
sage avait  été  copié  sur  les  Annales  d'Aniane  & 
qu'il  devait  être  rapporté  à  l'année  752.  —  Voyez 
Ménard,  n°  1. 

■*  Ansemundui  dans  la  Chronique  d'Aniane. 

'  Ms.  f  75  v",   n.  2.  —  Ménard,  n.  2. 

®  Ménard  a  parfaitement  établi  que  la  mort 
d'Ansemond  devait  être  rapportée  à  l'année  753  ; 
en  conséquence,  il  accuse  l'auteur  de  la  chronique 
d'avoir  fait  ici  une  erreur  de  onze  ans.  En  réalité, 
la  différence  entre  la  date  fixée  par  l'auteur  &  celle 
qu'il  propose  n'est  que  d'une  année,  l'auteur  ayant 
d'abord  écrit  dccxliih,  comme  il  avait  écrit  plus 
haut  DCCXLiii;  seulement  il  a  rectifié  cette  der- 
nière en  effaçant  l'x,  mais  il  a  oublié  de  rectifier 
la  seconde. 


Anno"  Domini  DCCLVi',  turbatio  magna 
facta  est  apud  Nemausum  civitatem  inter 
concives  cum  Cauna'  uxor  quondam  Mi- 
semundi  occiditur  j  sic  reperi  in  gestis 
antiquis. 

Anno^ Domini  DCC  Lilil',  intrante  mense 
aprilis,  in  Nemauso  &  Ucessia  jam  redactis 
sub  Franchorum  dominio,  cessante  domi- 
nio  Gothorum ,  intravit  comes  Radulfus 
prout  reperitur  in  archivis  S.  Thcodoriti 
Uticensis. 

Anno*  Domini  DCCLV',  Franchi  Narbo- 
nam obsident  dato  sacramento  Gothis,  qui 
ibi  erant  in  civitate,  quod  si  illam  trade- 
rent  partibus  Pipini,  Franchorum  régis, 
dimiterent  eos  regere.  Tune  Gothi  occi- 
derunt  Sarracenos  qui  in  presidio  illius 
erant,  &  se  cum  ipsa  civitate  Narbonensi 
tradiderunt  Franchis,  ut  in  libris  antiquis 
Sancti  Theodoriti  reperi*. 

Anno  '  Domini  DCC  XLVIII  ■",  Pipinus  de 


'  Ms.  f"  77  r",  n.   I.  —  Ménard,  n.  4. 

'  Caseneuve  &  Ménard  ont  imprimé  «  anno 
DCCXLVi»;  le  dernier  a  proposé  de  rapporter  la 
mort  de  Caune  à  l'année  764,  année  qui  a  suivi 
celle  de  son  mari  Ansemond;  le  manuscrit  porte 
«  anno  dcclvi,  »  l'auteur  ayant  d'abord  écrit 
DCCXLVi   &  s'étant  corrigé  ensuite  en  biffant  l'x. 

'  On  peut  lire  Cauna  ou  Cauva. 

*  Ms.  f*  79  v",  n.  I.  —  Ménard,  n.  7. 

*  Caseneuve  avait  imprimé  par  erreur  dcclvi, 
mais  il  y  a  bien  dccliiii  dans  le  manuscrit.  Mé- 
nard s'est  donné  beaucoup  de  peine  pour  établir 
que  l'année  754  était  la  véritable  date  qui  devait 
être  attribuée  à  l'entrée  du  comte  Raoul  à  Nimes  ; 
le  manuscrit  lui  ayant  donné  raison  prouve  en 
faveur  de  sa  sagacité. 

*  Ms.  f"  76  r°.  —  Ménard,  n.  3. 

'  Cet  article  a  été  copié  sur  les  Annales  d'Aniane, 
qui  notent  le  fait  à  l'année  769.  —  Il  est  vrai  que 
les  Annales  de  Metz,  qui  le  mentionnent  égale- 
ment, le  rapportent  à  l'année  755.  Or  Caseneuve 
a  imprimé  745.  Si  Ménard  avait  vu  le  manuscrit, 
il  aurait  remarqué  qu'en  effet  l'auteur  de  la  chro- 
nique avait  d'abord  écrit  dccxlv,  mais  qu'il  avait 
ensuite  effacé  l'x,  ce  que  n'avait  point  remarqué 
Caseneuve. 

*  Imprimé,  reperitur. 

'  Ms.  f°  77  r°.  —  N'a  pas  été  imprimé  par  Case- 
neuve. 

'"  Date  fausse.  —  Cet  article  doit  se  rapporter 
à  l'année  759.  —  Voir  les.Annales  d'Aniane  ci- 
dessus,  col.  7. 


An 


An 


An 


An 

759 


2  7 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


28 


An 
782 


An 
7S3 

Ans 
790 


domo  Francie  incepit  regnare  ;  Cornes  in  cassonam,  exiit  obviam  beatus  Guillermus 

Nemoso,  Ucessia,  &  Rutena.  &   alii    comités    Francorum    comniizerunt 

Anno"  DCCLV'.  Eodem  ,anno,  Benedictus  que  prelium  super  fluvium  Oliverum  j  fu- 

abbas,  in  loco,  qui  dicitur  Anianum  monas-  gerunt  Christiani  &  multi  ceciderunt;  bea- 

terium  hedificat  secundum  regulam  S.  Be-  tus  Guillermus  pugnavit  fortiter,  &  videns 

nedicti,  ad  cujus  exemplum  par  totam  Go-  quod  non  poterat  rezistere,  quia  socii  fu- 

thiam  '  monasteria  construuntur.  gérant,  divertit.  Inde  Sarraceni  reversi  sunt 

Anno''  Domini  DCC  LXll  %  Corbilla  près-  in  Yspaniam  cum  spoliis". 

biter   in   Psalmodio    monasterium    edificat  Anno' DCC  LXXVlll  %  obiit  Xll   kalendas 

secundum  regulam  S.  Benedicti.  maii  Victiringus,  episcopus  Nemausensis , 

Anno®  Domini  DCC  LV',  Guillelmus  co-  succesitque  illius  Christiconus  in  episco- 

mes,  qui  infra  fuit  effectus  monachus,  Ne-  patu,  qui  fuit  vir  bonus  &  fidelissimus  & 

ou  791    mausum    ingreditur   in   die   veneris    ramis  magne  sanctitatis. 

palmarum  &  eodem  anno  preerat  episco-  Hiis"*  diebus  (anno  778),  preerat  in  Nar- 

pus  apud  Narbonam  vir  venerabilis  Daniel.  bona  dominus  Nimbrisius,  archiepiscopus 

Hiis  diebus*  regnabat  in  Yspania  Exam,  magne  auctoritatis  &  sanctitatis  vir,  ipse- 

filius  Abderaman  ib   in  Mavia   [iste  ib    in  que  ordinavit  in  episcopum  Uticensem  do- 

Mavia]   debellavit   Juseph  Ibin    &    occidit  minum  Sigipertum. 

eum,  &  filium  ejus  regnavit  annis  xxxiii  Hoc  anno'^  DCCLXXX®,   idus   januarii 

mensibus  IV"^  Iste  fuit  crudelis  prêter  re-  sexto%  obiit  Corbila,  primus  abbas  Psalmo- 

gibus  Sarracenorum  qui  ante  eum  fuerunt  dii,  Nemausensis  diocesis,  succesitque  illi 

in  Yspaniam,  diversis   cruciatibus   intere-  Elvatunirus  %  qui   fuit  de   génère  domini 

mit  multos  Sarracenos  &  Maurosj  fratrem  Sigiperti  I,  Ucesiensis  episcopi. 

suum,  truncatis  pedibus  &  manibus,  cre-  Anno'  Domini   DCCLXXIX,  obiit  Guil- 

mari   jussitj   Christianos   &  Judeos   tantis  lermus  monachus,  qui  ante  fuerat  comes, 

tributis  oppressit  ut  liberos  [suosj,  ut  man-  apud  Gelonem ,  V  kalendas  junii'°.  Credo 

cipia  venderent.  Hujus  tempore  depopu-  quod  fuit  monacus  prias"  in  loco  qui  di- 


citur Sancti  Guillelmi  de  Dezerto  ". 

Anno"'  Domini  Dec  Lxxxvii,  Nemausus 


'  Voyez  ci-dessus   la  Chronique  d'Aniane,  que 
l'auteur  reproduit  ici,  en  l'abrégeant. 

'  Ms.  i°  82  r",  n.  I.  Cet  article  n'a  pas  été  Im- 


lata  est  Yspania. 

Eo"  mortuo,  regnavit  dictus  Exam,  filius 
ejus,  &  percepfo  quod  Karolus  Magnus 
erat  in  partibus  Avarorum,  mizit  Adelmech, 
iinum  ex  principibus  suis,  cum  exercitu 
Sarracenorum   ad  vastandum   Gallias,   qui 

suburbia  Narbone  igné  succendit,  multos      P""^^  P^*"  Caseneuve. 
Christianos    occidit.   Deinde,  veniens  Car-  '  Date  fausse;  Victiringius  est  cité  comme  évê- 

que  de  Nîmes  en   791  j  en   814,  il  était  remplacé 
par  Chrétien. 

'  Ms.  f°  78  r°.  —  Ménard,  n.  6.  ''  Ms.  f  8  i  v".  —  Ménard,   n.  9.  —  Voir  Mé- 

'  Ménard    rapporte    la    fondation    de    l'abbaye       nard,  pour  la  discussion  de  la  date. 
d'Aniane    à    l'année     782,    d'après     les    Annales 
d'Aniane,  que  l'auteur  de  la  Chronique  d'Uzès  a 
copiées  presque  mot   pour  mot. 

'  Ms.  tota  Gotha. 

"•  Ms.  f"  79  v°,  n.  2.  —  Ménard,  n.  8. 

'  Date  qui  doit  être  remplacée  par  celle  de  788, 
comme  l'a  démontré  Ménard. 

«  Ms.  f  78  r°.  —  Ménard,  n.  5. 

'  Ménard  a  parfaitement  établi  que  cette  date 
devait  être  remplacée  par  celle  de  790,  qui  est  celle 
de  la  diète  de  Worms. 

8  Ms.  f"^  80  &  81. 

'  Cet  alinéa  &  celui  qui  le  précède  n'ont  pas  été 
imprimés  par  Caseneuve  8»  n'ont  pas  été  connus 
de  Ménard. 


5  Ms.  f°  82  v«. 

^  Dccc  Lxxx  dans  les  imprimés,  par  erreur.  — 
Voir  Ménard,  n.  1 1 ,  pour  la  discussion  de  la  date. 

'  Le  quantième  du  mois  a  été  omis  par  Case- 
neuve. 

*  Elventun'irus  dans  Caseneuve. 

^  Ms.  f°  82  r".  —  Ménard  n.  10.  Le  manuscrit 
porte  DCCLXXIX  &  non  dcclxxvii,  comme  on  le 
voit  dans  les  imprimés. 

'°  Juin  dans  Ménard,  évidemment  par  erreur. 
"  Mot  omis  dans  les  imprimés. 
"  Ménard  a  montré  que  c'était   au   28  mai    812 
ou  8i3   qu'il   fallait   fixer  la   mort  de   saint  Guil- 
laume de  Gellone. 
•^  Ms.  f°  83  r°. 


Ans 

792-814 


An 

800 


An 

802 


An 


An 
820 


29 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3o 


&  Ucessia  non  habuerunt  comitem.  Tune  giente,  pronieruit  &  de  sacerdotîi  digni- 

preerant  judices  ipsius  civitatis  Burcus  '  &  tate  &  de  honore  martyrii,  ut  quem  jam 

Gilimirus  ;  in  Nemauso  erat  vicedominus  venerabilem  vita  fecerat,  etiam  passio  con- 

Amenardus',  filius  Giliniiri ,  &  in  Ucessia  secraret. 

erat  vicedominus  Ricardus,  filius  Elesipio.  II.  —  Tempore    illo,  quo   post  corpo- 

Tunc   preerat   Christiconus   episcopus    in  reum  Salvatoris  Domini  nostri  Jesu  Christi 

Nemauzo,  Sigipertus  in  Ucessia,  qui  fecit  adventum,   exortus   in   tenebris  sol  justi- 

unum  tractatum  de  Gestis  regum  Francie,  ciae  splendore  fidei  illuniinare  occidenta- 

ut  in  eodem   libro  scriptum   reperi  in  ar-  lem  plagam  coeperat,  postquam  sensini  & 


chivo  Sancti  Theodoriti. 


8. 


Actes  de  la  passion  de  saint  Sernin^. 


I.  —  Si  eorum  virorum  beatissimas  pas- 
siones  débita  admiratione  veneramur,  quos 
procul  a  sedibus  nostris,  non  tantura  renio-      cordatione  retinetur,  primum  &  summum 


gradatim  in  omnem  terram  Evangeliorum 
sonus  exivit,  parique  progressa  in  regio- 
nibus  nostris  Apostolorum  praedicatio  co- 
ruscavit,  cum  rarae  in  aliquibus  civita- 
tibus  ecclesiae  paucorum  christianorum 
devocione  consurgerent,  sed  nihilominus 
crebra,  miserabili  errore  gentilium,  nido- 
ribus  foetidis  in  omnibus  locis  templa  fu- 
marent  ante  annos  L,  sicut  actis  publicis, 
id  est  Decio  &  Grato  consulibus,  fideli  re- 


tarum  inmensitate  terrarum,  verum  etiam 
marinorum  quoque  fluctuum  interpositione 
discretas,  famae  deferentis  officio  &  audi- 
vimus  &  credimus  felici  martyrio  conse- 
cratos,  atque  illos  dies,  quibus  in  dominici 
nominis  confessione  laetantes,  beatoque 
obitu  regnis  coelestibus  renascentes,  ejus- 


Christi  Tolosa  civitas  sanctum  Saturninum 
habere  coeperat  sacerdotem  ,  cujus  fide 
atque  virtute  eorum  ,  qui  in  urbe  eadem 
colebantur,  daemonum  coeperunt  cessare 
vaticinia,  commenta  nudari,  artes  detegi, 
omnisque  illorum  apud  gentiles  potentia, 
omnisque  fallatia,  christianorum  fide  cres- 


dem  Domini  laudem,  cujus  in  decertatione      cente,  decrescere.  Cumque  supradicto  epi- 
viribus   adjuvati   post  victoriam   coronan-      scopo  ad  ecclesiam  id  temporis  parvulam 


tur;  vigiliis,  hymnis  ac  sacramentis  etiam 
solemnibus  honoramus,  ut  eorum  patro- 
cinia  atque  suffragia  in  conspectu  Domini 
orando  quaeramus,  honorando  mereamurj 
qua  sanctum  istum  diem  solemnitate  ve- 
nerabimur,  quibus   gaudiis   excolemus,  in 


juxta  Capitolium,  quod  inter  domum  suam 
&  domum  Dei  erat,  frequens  itus  esset  ac 
reditus,  sancti  viri  praesentiam  sustinere 
fallax  daemonum  turba  non  potuit;  &  ut 
erant  muta  simulacra  nonnullis  adumbrata 
phantasiis,  ad  sacrilega  obsequia  &  sollicita 


quo  vir  beatissimus  Saturninus,  episcopus      consulentium   vota   coeperunt   in   silentio 
Tolosanae  civitatis,  &  martyr,   in  eadem      permanere. 


civitate    geminatam    coronam ,    Deo    lar- 

'  Caseneuve  &  Ménard  Biricus. 

*  Caseneuve  &  Ménard  A.  Menardas. 


m.  —  Cuncti  itaque  sacrilegae  super- 
stitionis    antistites   consulentes,   tanta  rei 
novitate  permoti,  inter  se  invicem  quae- 
rere  unde  in  numina  sua  venisset  inusitata 
^  Passio  sancti  Saturnini,episcopi  Tolosani  &  mar-      tantis    temporibus    taciturnitas ,    quisnam 


tyris.  —  Dom  Ruinnrt,  Acta  sincera ,  p.  109. 
Collatlonné  sur  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque 
nationale,  Lat.  1  i  748 ,  f°8i,  du  dixième  siècle, 
qui  ne  présente  avec  le  texte  de  dom  Ruinart  que 
quelques  variantes  orthographiques.  Le  manuscrit 
latin  17002  (f°  182  è.),  aussi  du  dixième  siècle, 
après  la  Vie  originale,  donne  plusieurs  récits  de 
miracles  de  saint  Scrnin.  Il  contient,  au  P»  233, 
une  autre  Vie  de  saint  Sernin  ,  beaucoup  plus 
longue,  &  renfermant  de  nombreuses  interpola- 
tions. 


semper  ista  garrula  oracula  clausisset,  ut 
nec  invocantium  precibus  excitata,  nec 
fuso  cruore  taurorum  &  tantis  hostiis  deli- 
nita,  aliquod  consulentibus  afferre  respon- 
sum  aut  irata,  aut  absentia,  denegarentj 
audiunt  a  quodam  religionis  nostrae  ini- 
mico,  novam  nescio  quam  surrexisse  sectam 
superstitioni  gentilitatis  inimicam,  quae 
Christiana  appellatur,  &  in  deorum  suo- 
rum  excidium  niteretur.  Hujus  etiam  fidei 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


32 


esse  episcopum  Saturninum,  cujus  crebro 
juxta  Capitoliuni  transitu  ad  conspectiim 
viri  illius  exterrita  deorum  suoriim  ora 
siluissent,  nec  facile  posse  reserari,  nisi 
episcopum  illum  mors  maturata  subtra- 
heret.  O  infelix  error,  &  caeca  dementia  ! 
Audiunt  diis  hominem  esse  terrori  ;  &  a 
delubris  atque  a  sedibus  suis  daemones  ad 
transitum  ipsius  exsulare  non  solum  au- 
diunt, sed  etiam  intelligunt  ;  &  hune  vi- 
rum,  adoratis  sibi  idolis,  etiam  sine  prae- 
missa  interminatione  terribilem,  interficere 
potius  quam  honorare  malunt  miseri  :  non 
considérantes ,  quod  nullum  magis  quam 
illum  colère  deberent,  cujus  servi  suis 
numinibus  imperarent.  Quid  enim  stultius, 
quam  timere  metuentes  &  illum  qui  domi- 
natur  dominantibus  non  timere  ? 

IV.  —  Inter  haec  ergo  conquirentium 
&  stupentium  studia,  cum  magna  fuisset 
hominum  multitudo  congregata,  &  omnes 
studiosius  vellent ,  parato  ad  victimam 
tauro,  etiam  certi  aliquid  de  his  quae  di- 
cebantur  agnoscere,  &  deos  suos  litatione 
tam  ingentis  hostiae  vel  reducere  cupe- 
rent,  vel  propitiare  ;  ecce  ipsum  Saturni- 
num ad  officium  sollemne  venientem,  unus 
ex  illa  malignantium  turba  eminus  agnos- 
cit  &  dicit  :  En  ipsum  adversarium  culti- 
bus  nostris,  novae  religionis  signiferum, 
qui  destruenda  praedicat  templa,  qui  deos 
nostros  daemonum  appellatione  condem- 
nat ,  cujus  postremo  praesentia  consueta 
nos  prohibet  obtinere  responsa  ;  itaque 
quia  ipsum  nobis  opportuno  in  tempore 
debitus  ipsi  finis  exibet,  nostram  pariter, 
deorumque  nostrorum  vindicemus  inju- 
riam,  quos  jam  nunc  compellentibus  nobis, 
aut  sacrificando  placet,  aut  moriendo  laeti- 
ficet.  Ad  tam  sacrilegae  vocis  impulsum, 
omnis  sanctum  virum  insanientium  turba 
circumdat,  ac  praesbytero  uno  ac  duobus 
diaconibus,  qui  obsequiis  ejus  adhaeserant, 
per  fugam  lapsis,  ad  Capitolium  solus  at- 
trahitur,  &  cum  immolare  daemoniis  coge- 
retur,  clara  voce  testatur  :  Unum  &  verum 
Deum  novi,  huic  laudis  hostias  immolabo, 
deos  vestros  daemones  scio,  quos  incassum 
non  tam  hostiis  pecudum,  quam  animarum 
vestrarum  mortibus  honoratis.  Quomodo 
autem  vultis  ut  ego  eos  timeam,  a  quibus, 
ut  audio,  dicitis  me  timeri  ? 


V.  —  Ad  banc  sancti  episcopi  vocem 
omnis  ille  sacrilegae  multitudinis  tumultus 
incanduit,  tauroque  illo,  qui  fuerat  victi- 
mae  praeparatus,  fune  lateribus  ipsius  cir- 
cumacto  &  post  terga  demisso,  ad  minis- 
terium  suae  crudelitatis  utuntur.  Postrema 
enim  parte  funis  illius,  quae  ad  posteriora 
tauri  ipsius  deiluebat,  sancti  viri  pedes 
inligant,  actumque  stimulis  acrioribus  tau- 
rum  de  superiori  Capitolii  parte  in  plana 
praecipitant.  Nec  mora,  inter  primos  des- 
census  ipsius  gradus,  capite  collisa,  cere- 
broque  excusso,  &  omni  membrorum  parte 
corpore  lacerato ,  dignam  Deo  animam 
Christus  excepit,  ut  quam  pro  nomine  suo 
fideliter  dimicantem  suppliciis  furor  gen- 
tilis  extorserat,  suis  post  victoriam  laureis 
coronaret.  Exanime  tamen  corpus,  neque 
obnoxium  jam  ullius  injuriae,  usque  ad 
eum  locum  tauro  furente  perductum  est, 
ubi,  fune  disrupta,  tumulariam  eo  tempore 
meruit  sepulturam.  Nam  paucis  id  tem- 
poris  christianis,  ipsisque  propter  furorem 
gentilium  sancti  viri  corpus  humare  me- 
tuentibus,  duae  tantum  mulierculae  sexus 
infirmitatem  fidei  virtute  vincentes ,  & 
viris  omnibus  fortiores,  &  sui  sacerdotis 
exemplo  credo  ad  tolerantiam  passionis 
animatae,  beati  viri  corpus  ligneo  feretro 
immissum,  quam  maxime  in  proximo  loco, 
cunctis  apte  scrobibus  condiderunt  ,  ut 
venerandas  sibi  sanctas  reliquias  non  tam 
sepelire  quam  abscondere  viderentur  :  ne 
forte  sacrilegae  mentis  homines,  si  aliquid 
conditi  corporis  tumulo  vidèrent,  honoris 
adhiberi  effossum  statira  corpus  in  frusta 
discerperent  &  eriperent  etiam  ipsam 
tenuem  sepulturam. 

VI.  —  Mansit  aliquamdiu  sub  vili  caes- 
pite,  omnibus  quidem  inhonorum,  sed  ho- 
noratum  a  Deo  martyris  corpus  ;  donec 
sanctus  Hilarius,  post  multum  temporis  in 
Tolosana  urbe  episcopus  ordinatus,  de  an- 
tecessoris  sui  obitu  instructus  &  merito, 
effossa  usque  ad  ipsum  sepulcrum  ligneum 
terra,  sanctas  veritus  commovere  reliquias, 
transvolutionem  desuper  multo  latere  dili- 
genter  exstruxit  basiliculam  etiam  admo- 
dum  parvulam  vilibus  lignis ,  ad  locum 
tantum  arationis  adjecit^  abscondendo  vi- 
delicet  martyris  corpus,  ne  perfidi  homines 
effossum   eum   deriperent.  Procedente  de- 


33 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


34 


hinc  tempore,  cum  multorum  ad  basiliculani 
illam  fideliter'  a  saeculo  recedentiuni  pro 
solatio  propter  corpus  martyris  quiescen- 
tis  deferrentur  exsequiae,  &  locus  omnis 


dientes,  causani  salutis  nostrac  in  fi  de  stare, 
ncque  sine  causa  Doniinuni  evangelica  voce 
dixisse  :  Credis  hoc  i*  Cui  .cum  responsum 
fuisset    :    Credo,   ait   :    Fiat  tibi  secundum 


tumulatorum  corporum  multitudine  fuisset  fidem  tuam.  Non  quod  Doniinus,  scrutator 

impletus,  sanctus  Silvius,  episcopatum  su-  cordis  &  reruni,  de  illius  credulitate  nes- 

pradictae  urbis  indcptus,  pulchram  &  spe-  ciret,   sed   ut   de   his,  quae   de  dominicis 

ciosam  basilicam  niagnis  sumptibus  parans  virtutibus  dicerentur,  aut  his  quae  nobis 

ad  venerandi  martyris   transferendas   illuc  tribui  posceremus,  non  debere  nos  dubic 

reliquias,    ante    consummationem    coepti  credere   commoneret.   Unde    quia   &   ipse 

operis  recessit  e  saeculo.  Postcujusobitum,  Salvator  de  talibus  viris  dixit  :  Si  fecerïtîs 

sanctus   Exsuperius    in   summum  sacerdo-  voluntatem  meam,  jam  non  dicam  vos  servos, 

tium  cooptatus,  vir  absque  ullius  'praeces-  sed  amicos  ;  &  idem   sub   prophetali  voce 

sorum  injuria,  absque  ullius  qui  ad   tem-  testatus  est    :    TAihi   autem    nimis    honorati 

poris  ecclesias  regere  videbuntur  invidia,  sunt  amici  tui,  Deus ;  &  iterum  :  Hi  sunt  qui 

non   solum   nuUi    secundus,   verum   etiam  venerunt  de  tribulatione  magna,  qui  laverunt 

ipsi   beato  martyri   virtutum   meritis  com-  stolas  suas  in  sanguine  Agni,  qui  sequuntur 

paracandus,  basilicam  quam  decessor  suus  Agnum,  de  quorum  beatitudine  dictum  est  : 

fideliter    inchoaverat,    instantissime    con-  Plantati  in  domo  Domini,  in  atriis  Dei  nostri 

summavit  &  féliciter  dedicavit,   qui,   cum  florebunt ;  &  iterum  :  Pretiosa  in  conspectu 

transferre   illuc   sancti  martyris  reliquias,  Domini   mors  sanctorum   ejus  ;   &  iterum  : 

non  pro  sua  incredulitate,  sed  pro  ipsius  Exultabunt  sancti  in  gîoria;  laetabuntur  in 

honore   dubitaret,  admonitus  per  quietem  cuhilibus  suis;  &  iterum   :   Gloria  haec  est 

est,  ne  infideliter  negligeret  quod  fideliter  omnibus   sanctis    ejus;    quibus    non    solum 

credidisset,   nullam   fieri  vel    diminutione  credere  in  Christum,  sed   &  pro  Christo 

cinerum  vel  commotione  membrorum  spi-  pati,  ac  statim  post  resolutionem  corpo- 

ritibus  injuriam,  quia  manifesta  res  enim  rum  cum  Christo  esse  donatum  est;  amicos 

hoc  martyribus  proficere  ad  honorem,  quod  Dei   ac    dilectos  Deo    non   negligamus   ut 

profuisset  credentibus  ad  salutem.  Statim-  mortuos,   sed    honoremus    ut  vivos,   quia 

que,  tali  visione  firmata,  religiosis  impera-  non  dubia  fide  certum  est,  quod  si  eorum 

toribus  precem  detulit  ac  sine  mora  uUa  fideliter  suffragia  postulemus,  féliciter  pa- 

quod    tam    pie   poposcerat    impetravit,    ut  trocinia  sentiemus.  Quia  etiam   si  illorum 

translatas  ad  basilicam  omni  studio  praepa-  studia  cessarent,  ille  optata  praestaret,  qui 

ratam  sancti  viri  reliquias  non  tam  terne-  cogitationum  non  solum  praesentium  ins- 

raria    violaret    audacia,  quam   ambitiosius  pector,    verumetiam    cognitor  futurorum, 

venerantis  coleret  absequela.  dum  rogatur,  in  suis  se  intelligit  honorari, 

VII.  —  Quod  nunc  huic  opusculo  super-  qui  est  benedictus  in  saecula  saeculorum. 

pst,  omnes  legentes,  omnes  intelligant  au-  Amen. 


U. 


i*  ilf:  Ji!fe  iLIft  4!*  i»  SVfe  ji*  Siife  iifc  >ite  *l!t  si»-  J^fe  iïfc  ^]ii.  Mk  s^*.  .^"i  *  ^'k  i^d  i''fe  >*,  ■>%  .m  iït  iljK  i"4  ^"«1  Alfc  iïfe  i^Jfc  :*!  Jjffe  «4  t>"t  iiit  j-"&  jMi  M.  -m  JUii  ^k  ^Ifc 
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CHARTES    ET   DIPLOMES 


1.  —  I* 

Èdit  de  l'empereur  Honorîus  pour  t as- 
semblée des  sept  provinces^ 


Éd.orig.  TjONORius  &  Theodosius  August.  V.  I. 

j.Jl'  ,'^  Il  Agricolae  praefecto  Galliarum. 

Saluberrima  magnificentiae  tuae  sugges- 

^"  tione  iiiter  reliquas  Reipublicae  utilitates 

iTavril.  evidenter  instructi,  observanda  provincia- 

libus  nostris,  id  est  per  septem  provincias, 

Éd.orig.  mansura  in  aevum  auctoritate  decernimus, 

t     1  .  ... 

col.  20.  quod  sperari  plane  ab  ipsis  provincialibus 
debuisset.  Nam  cum  propter  privatas  &  pu- 
blicas  nécessitâtes,  de  singulis  civitatibus, 
non  solum  de  provinciis  singulis,  ad  exa- 
men magnificentiae  tuae  &  honorâtes  con- 
fluere  vel  mitti   legatos,  aut  possessorum 

*Au  sujet  de  la  double  série  de  numéros  attribuée 
aux  Preuves  dans  cette  édition,  rappelons  ce  que 
nous  avons  déjà  dit  dans  VAvis  placé  en  tête  du 
tome  I*""".  Les  chiffres  romains  indiquent  les  numé- 
ros assignés  aux  pièces  par  dom  Vaissete  dans  la 
première  édition.  Les  chiffres  arabes  indiquent  l'or- 
dre général  que  ces  pièces  &  celles  qui  ont  été  ajou- 
tées occupent  dans  cette  nouvelle  édition.  Donc, 
tous  les  actes  qui  ne  sont  désignés  que  par  un  nu- 
méro en  chiffres  arabes  ont  été  ajoutés  par  les 
nouveaux  éditeurs.  [E.  M.J 

'  Sirmond,  In  Sidonii  operihus,  t.  I,  p.  147  & 
seq.  —  Lacarry,  Praef.  praet.  p.  128. 


utilitas  aut  publicarum  ratio  exigat  func- 
tionum  :  maxime  opportunum  &  conduci- 
bile  judicamus,  ut,  servata  posthac  annis 
singulis  consuetudine,  constituto  tempore 
in  metropolitana,  id  est  in  Arelatensi  urbe, 
incipiant  septem  provinciae  habere  conci- 
lium,  in  quo  plane  tam  singulis  quam  om- 
nibus in  commune  consulimus;  primum  ut 
optimorum  conventu  sub  illustri  praesen- 
tia  praefecturae,  si  id  tamen  ratio  publicae 
dispositionis  obtulerit,  saluberrima  de  sin- 
gulis rébus  possint  esse  consilia,  tum 
quidquid  tractatum  fuerit  &  discussis  ra- 
tiociniis  constitutum  ,  nec  latere  potiores 
provincias  poterit,  &  parem  necesse  est 
inter  absentes  aequitatis  formam  justiciae- 
que  servari.  Ac  plane  praeter  nécessitâtes 
publicas,  etiam  humanae  ipsi  conversation! 
non  parum  credimus  commoditatis  acce- 
dere,  quod  in  Constantina  urbe  jubemus 
annis  singulis  esse  concilium.  Tanta  enim 
loci  oportunitas,  tanta  est  copia  commer- 
ciorum,  tanta  illic  frequentia  commean- 
tium,  ut  quidquid  usquam  nascitur,  illic 
commodius  distrahatur.  Neque  enim  illa 
provincia  ita  peculiari  fructus  sui  felicitate 
laetatur,  ut  non  haec  propria  Arelatensis 
soli  credatur  esse  foecunditas.  Quidquid 
enim  dives  Oriens,  quidquid  odoratus 
Arabs,  quidquid  delicatus  Assyrius,  quod 
Africa  fertilis ,  quod  speciosa  Hispania, 
quod  fortis  Gallia  potest  habere  praecla- 


An 
4i3 

Kd-orif 

t.  I, 

col.  21 


An 
4i3 


3/ 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


38 


rum  ,  ita  illic  affatim  exuberat,  quasi  ibi 
nascantur  omnia  quae  ubique  constant  esse 
magnifica.  Jani  vero  decursus  Rhodani  & 
Thirrheni  recursus,  necesse  est,  ut  vicinum 
faciant  ac  pêne  conterminum  vel  quod  iste 
praeterfluit  vel  quod  ille  circuit.  Cum  ergo 
huic  serviat  civitati  quidquid  habet  terra 
praecipuum,  ad  hanc  vélo,  remo,  vehiculo, 
terra,  mari,  flumine  deferatur  quidquid 
singulis  nascitur  :  quomodo  non  multum 
sibi  Galliae  nostrae  praestitum  credant, 
cum  in  ea  civitate  praecipiamus  esse  con- 
ventum,  in  qua,  divino  quodammodo  mu- 
nere ,  commoditatum  &  commerciorum 
opqrtunitas  tantapraestatur?  Siquidem  hoc 
rationabili  plane  probatoque  consilio  jam 
&  vir  illustris  praefectus  Petronius  ob- 
servari  debere  praeceperit,  quod  interpo- 
latum  vel  incuria  temporum  vel  desidia 
tyrannorum  reparari  solita  prudentiae  nos- 
trae auctoritate  decernimus,  Agricola  pa- 
rens  carissime  atque  amantissime.  Unde 
illustris  magnificentia  tua,  &  hanc  praecep- 
tionem  nostram  &  hanc  priorem  sedis  suae 
dispositionem  secuta,  id  per  septem  pro- 
vincias  in  perpetuum  faciet  custodiri,  ut 
ab  idibus  augusti ,  quibuscumque  mediis 
diebus,  in  idus  septembres,  in  Arelatensi 
urbe  noverint  honorati  vel  possessores, 
judices  singularum  provinciarum ,  annis 
singulis  concilium  esse  servandumj  ita  ut 
de  Novempopulana  &  secunda  Aquitania, 
quae  provinciae  longius  constitutae  sunt, 
si  earum  judices  certa  occupatio  tenuerit, 
sciant  legatos  juxta  consuetudinem  esse 
mittendos.  Qua  provisione  plurimum  & 
provincialibus  nostris  gratiae  nos  intelligi- 
mus  utilitatisque  praestare,  &  Arelatensi 
urbi,  cujus  fidei  secundum  testimonia  at- 
que suffragia  parentis  patricii  nostri  multa 
debemus,  non  parum  adjicere  nos  constat 
ornatui.  Sciât  autem  magnificentia  tua  qui- 
nis  auri  libris  judicem  esse  mulctandum, 
ternis  honorâtes  &  curiales,  qui  ad  consti- 


2.—    II 

Martyre  de  saint  Volusien\ 

UNiVERSis  praesentes  litteras  inspectu-  Éd.orig 
ris  pateat,  quod  nos  Hugo,  miseratione 


t.  1, 

col.  23. 


divina  humilis  abbas  monasterii  Fuxi,  ordi- 
nisSanctiAugustini,dioecesisAppamiarum, 
reperimus,  vidimus,  tenuimus  &  de  verbo 
ad  verbum  perlegimus  in  archivis  nostris 
&  dicti  monasterii,  qui  sunt  in  sacrario 
ejusdem,  in  quibus  instrumenta,  libri  & 
scripturae  antiquae  &  antiquorum  gesto- 
rum  in  monasterio,  ejusdem  basilica,seu 
canonica  gestorum  antiquorum  mentionem 
expressam  facientes  pro  conservando  te- 
nentur.  Inter  quos  vidimus  contineri,quod 
beatissimus  Christi  martyr  Volusianus,  fe- 
licis  recordationis  Turonensis  archiepisco- 
pus,  cujus  sacrum  corpus  in  eadem  basilica 
requiescit,  temporibus  Clodovei,  primi  ré- 
gis christiani  Francorum,  quibus  intra  Gal- 
liam  praemaxima  clades  pestifera  gentis 
armorum,  Gotorum  videlicet  &  Arianorum 
irruit,  quorum  gladiis  &  multitudine  pug- 
nantium  divastata  extitit  atque  depopulata 
urbs  Turonica  etiamque  viduata  tanto  pas- 
tore  atque  rectore  suo,  archiepiscopo  vide- 
licet beato  Volusiano  praedicto,  a  prae- 
dictis  malignissimis  hostibus  fuit  vinctus, 
&  in  exilium  directus  ad  urbem  Tolosa- 
nam.  Et  sequitur  ibi,  quod  quia  eo  tune 
ipsi  praefati  hostes  nequissimi  regem  ip- 
sorum,  nomine  Alaricum,  in  eadem  urbe 
Tolosana  residentem,  suspectum  habebant, 
&  ne  se  &  civitatem  suam  catholicis  subde- 
ret  &  Franchis,  fuit  ideo  tune  beatissimus 
Volusianus,  qui  relegatus  &  catenatus  infra 
moenia  urbis  Tolosanae  tenebatur,  ab  ea- 
dem  per  dictos  nequissimos   ejectus;  qui 


exinde  eum  vinctum  &  captivum  volentes 
tutum  locum  intra  definitum  tempus  venire  ad  Hispanias  &  in  longinquam  transferre 
distulerint.  Data  XV  calendas  maias.  Ac-  regionem,  ut,  ipso  relegato,  iidem  nequis- 
cepta  Arelate  x  calendas  junias,  DD.  NN.  simi  dictam  urbem  secure  possiderent,  & 
Honorio  XII  &Theodosio  VÏII  augg.  coss.      catholicum  populum  sorde  polluèrent  hae- 

resis  detestandae.  Fuit  tune  sanctus  Volu- 


An 

498 


'   Hôtel   de  ville  de   Foix.  (Bibliothèque  natio- 
nale, collection  Doat,  vol.  96,  P  354.) 


An 
498 


39 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


40 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  23. 


sianus  supradictus  in  loco  qui  dicitur  Co- 
roiia,  prope  villam  Petrosam  nuncupatam 
fere  uno  milliario,  ab  eisdem  nequissimis 
decollatus,  &  per  eos  sibi  truncato  capite 
inartyrio  coronatus.  Et  etiam  subsequitur 
ibi,  quod  eadem  martyrii  nocte  appareils 
idem  sanctus  per  visum  duabus  religiosis 
mulieribus  Julianae  &  Julitae,  cuncta  quae 
gesta  fuerant  sui  martyrii  narravit  :  man- 
dans  illis  ut  ad  clericos  seu  fidèles  viros 


3.  —  III 

Extrait  d'un  manuscrit  de  l'église 
d'Albi. 


Ce  manuscrit,  dont  M.  l'abbé  de  Camps,   à  qui 
il  appartenoit  en   dernier  lieu,   avoit  donné  con- 
noissance  à  M.  Baluze,  contient  plusieurs  conciles, 
qui    in    FUXO    erant  vico    accédèrent,    per        une  chronique  des  papes,  une  division  de  la  France, 

dT7       .  1       •!•  „    „    t        *  0,    :i,:        &  une  collection  de  canons  qu'on  croit  être  celle  de 

Fuxi  basilicam  asportaretur,  &  ibi      ^     ,    ,    ^    .     ,  ,    ^     ,    '  ,,     . 

^  .  •  /-^        1  Denis  le   Petit.  A  la  fin  de  cette  collection,  on  lit 

tune  requiesceret  eius  corpus.  (Juod  pro- 

^     .       .       .  .  .  .       .  ces  mots  : 

tinus,  ut  in  ipsis   scriptuns  antiquis  au- 

thenticis  atque  veris  latius  legimus  conti-  TTGO  Perpetuus,  quamvis  indignus  presby- 

neri,  mirabiliter    factum    fuit.    In    quibus  C/  ter,  jussus  a  domino  meo  Didone,  uVbis 

etiam  legimus,  quod  dictus  primus  Franco-  Albigensium  episcopo,  hune  librum  cano- 

rum   rex  Clodoveus    coepit   regnare   anno  num  scripsi  post  incendium  civitatis  ipsius. 

dominicae     Incarnationis    CCCC  Lxxxv,  Hic  liber  recuperatus  fuit,  Domino  auxi- 

existens   paganus   seu   gentilis,  &   in  fine  liante,  sub  die  viii  kal.  augusti,  anno  IIII 

quindecimi  anni  regni  sui,  cum  iturus  ad  regnantis  domini  nostri  Childerici  régis. 


praelium  contra  Gothos  Arianos  voto  se 
adstrinxisset,  quod  si  eos  superaret  chris- 
tianus  efficeretur,  eosdem  superavit  &  de- 
vinxit  in  bello,  regemque  eorum  volente 
Altissimo  interfecit,  ac  &  ipsos  a  Turo- 
nensi,  Pictaviensi,  Tolosanoque  &  reliquis 
urbibus  Galliae  turpiter  expulsit.  Et  pe- 
racta  Victoria  rediens,  a  beato  Remigio, 
Remensi  episcopo,  fuit  baptisatus,  &  chris- 
tianus  existens  regnavit  aliis  iv  annis.  Et 
ita  constat  quod  vixit  possidens  guberna- 
cula  dicti  regni  xxx  annis,  permanendo 
gentilis  XV  annis,  &  aliis  XV  christianus, 
&  obiit  anno  Verbi  incarnati  DXV.  Et  sic 
constat  de  antiquitate  villae  Fuxi,  &  quod 
jam  temporibus  praedictis  erant  in  ea  fidè- 
les Christiani.  Et  ita  in  praedictis  antiquis 
verisque  &  authenticis  vidimus  praedicta 
gesta  omnia  contineri  que  perlegimus  scrip- 
turis,  iis  eorumdemque  praemissorum  om- 
nium testimonium,  illorumque  veram  cer- 
titudinem  habendam.  Et  ut  eisdem  plena 
fides  adhibeatur  ubique,  nos  abbas  prae- 
dictus  ad  instantiam  consulum  &  universi- 
tatis  de  Fuxo  &  supplicationem,  praesentes 
litteras  fieri  nostrique  sigilli  proprii  feci- 
mus  appensione  muniri.  Actum  &  datum  in 
praefato  nostro  Fuxi  monasterio  XXlli  die 
mensis  octobris,  anno  ab  Incarnatione  Do- 
mini   M  CGC  LXXXIV. 


Après  cette  note,  on  lit  dans  le  manuscrit  les 
actes  d'un  concile  tenu  à  Bordeaux  par  les  évêques 
des  trois  provinces  d'Aquitaine,  &  assemblé  : 

Per  jussorium  gloriosi  principis  Childe- 
rici régis,  pro  statu  Ecclesiae  vel  stabilitate 
regni  :  mediante  viro  inlustri  Lupone  duce, 
per  jussionem  suprafati  gloriosi  principis 
Childerici. 

On  voit  ensuite  les  souscriptions  des  évêques  de 
Bourges,  Bordeaux,  Eauze,  Conserans,  Comminges, 
Cahors,  &c.,  avec  celle  à^Onoaldus,  ahha  missus 
Alhigae  cpiscopi. 

Voici,  du  reste,  le  texte  de  ce  concile,  conservé 
par  Baluze',  &  publié  par  M.  Pardessus,  dans  le 
t.  2  des  Diplomata,  Chartae, 

Concîlïum  Burdigalense  habltum  cîrca  annum 
Christi  DCLXXIII. —  Cano  BurdigaUnsis. 

I.  TN  sanctae  Trinitatis   nomine.  Cum  in 

1   diocesim    Burdigalensem    modo    Gar- 

nomo   Castro,   super  fluvio   Garunna,   par 

jussorium  gloriosi  principis  Childerici  re- 

'  Baluze,  Armoires,  v.  zyS,  P  69  ;  ex  vetustissimo 
codice  mss.  ecclesiae  Albiensis.  [Ce  manuscrit,  que 
son  écriture  rapporte  tout  au  plus  au  neuvième 
siècle,  se  trouve  aujourd'hui  à  la  Bibliothèque 
d'Albi,  n.  2  ;  il  est  probable  qu'un  copiste  de  mau- 
vaise foi  l'aura  antidaté.  —  Voir  le  Catalogue  des 
mss.  des  bihlïothcques  des  départements,  t.  i,  i|8i-2.J 


An 
673 


An 
673 


41 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


42 


gis  convenissemus,  &  ibidem  in  ecclesia 
Sancti  Pétri  apostoli  comproviuciales  Aqni- 
tani  pro  statu  ecclesiae  vel  stabilitate  rcgiii 
fiiissemus  adunati,  ibique  milita  contraria 
contra  statuta  Patrum  vel  canonicam  auc- 
toritatem  inventa  sunt,  eo  quod  clerici 
per  contumaciam  proprios  episcopos  de- 
spicerent,  &  secularem  habitum,  &  adhuc, 
quod  pejus  est,  amplius  quam  seculares 
diversa  contraria  agerent,  ibTdem  decre- 
tum  est  secundum  statuta  Patrum,  ut  ha- 
bitu  &  incessu  clerici  religiose  habitare 
debeant,  &  nec  lanceas,  nec  alia  arma,  nec 
vestimenta  secularia  habere  nec  portare 
debeant,  sed  secundum  quod  scriptum  est  : 
Non  in  gladïo  suo  possîdebunt  terram ,  &■ 
brachium  eorum  non  liberab'it  eos,  sed  dex- 
tera  tua,  &  brachium  tuum  &  înlumînal'io 
vultus  tut';  statutum  est,  ut  qui,  post  banc 
definitionem,  hoc  agere  aut  attentare  prae- 
sumpserit,  canonica  feriatur  sententia. 

II.  Similiter  presbyteri,  diaconi,  aut  qui- 
cunque  ex  clero  seculari  mundeburdo,  ut 
familiare  est,  nisi  cum  convenientia  cpi- 
scopi.  Quicunque  autem ,  cum  caritatem 
[aut]  dilectionem  absque  convenientia  epi- 
scopi  ausus  l'uerit  ordine  temerario  ha- 
bere, simili  sententiae  subjaceat. 

III.  De  subintroductis  vero  mulieribus 
episcopus,  aut  abba,  aut  quicunque  ex  or- 
dine sacro  antiqua  patrum  statuta,  nisi 
quod  continent  canones ,  vel  in  deinceps 
habere  presumpserit,  ipsius  canonica  sen- 
tentia judicetur. 

IIII.  Episcopi  vero,  qui,  ut  scriptum  est, 
quasi  caput  Ecclesiae  praeeminent,  &,  ut 
beatus  Hieronymus  scripsit,  sicut  Apostoli 
esse  debeant,  formamque  talem  ecclesiis 
ostendant,  ut  ipsi  diligant  clerum  &  ipsi 
diligantur  a  clero,  &  forma  sint  fîdelium  in 
incessu,  habitu,  conversatione,  in  verbo, 
in  obedire,  atque  id  quod  seculare  est  post- 
posito,  teneant  religionem,  8i  sicut  Apos- 
tolus  dicit,  veram  talem  formam  &  reli- 
gionem teneant,  ut  &  stabilitas  regni  per 
eos  valeat  stare,  &  salus  populi,  sicut  de- 
cet,  per  eos  debeat,  Domino  auxiliante, 
durare.  Et  si  contra  ordinem  canonicum 
aliquid  attentare  praesumpserint,  canonica 
sententia  noverint  esse  coërcendos. 

'  Psalm.  VLiii,  4. 


Unde,  mediante  viro  inlustri  Lupone 
duce,  per  jussionem  suprafati  gloriosi  prin- 
cipis  Childerici,  haec  omnia  quae  superius 
habentur  iuserta  in  omnibus  conservari 
convenit.  Quod  si  quis  immemor,  quae  su- 
perius comprehensa  sunt,  contempserit , 
synodali  concilio  canonicam  se  noverit  in- 
currere  sententiam.  Abbates  vero  vel  mo- 
nachi  sub  religione  sanctorum  Patrum  in 
omnibus  conversari  debeant. 

Adus,  metropolitanus  Bituricensis  urbis 
episcopus. 

Johannes,  metropolitanus  Burdegalensis 
urbis  episcopus. 

Scupilio,  metropolitanus  Elosanae  urbis 
episcopus. 

Ermenomaris,  Petrogoris  urbis  episco- 
pus. 

Leviadus,  Auxiensis  urbis  episcopus. 

Salvius,  Bcnarnensis  urbis  episcopus. 

Gundulfus,  Vasatensis  urbis  episcopus. 

Ursus,  Vicojuliensis  urbis  episcopus. 

Bosolenus,  Lactoriensis  urbis  episcopus. 

Sesemundus,  Convenarum  urbis  episco- 
pus. 

Astemon,  Ellerona  urbis  episcopus. 

Tomianus,  Acquilesiminensis  urbis  epi- 
scopus. 

Maurolenus,  Coseranensis  urbis  episco- 
pus. 

Beto,  Caturcinae  urbis  episcopus. 

Siboaldus,  Agennis  urbis  episcopus. 

Johannes  abbas,  missus  Lemovicinae  ur- 
bis episcopi. 

Onoaldus  abba,  missus  Albigae  urbis  epi- 
scopi. 


An 
673 


Vente  faite  par  Ni-^é-^ius  6*  sa  femme 
Ermentrude  au  monastère  de  Mois- 
sac  '. 


'ENERABILEM    in    Xpisto   patrem    & 
domno  viro  apostolico  Leutadem,  vel 
omnem  congregacionem   monasterii  Mus- 


V 


An 
680 


'  Cette  charte   a   été    imprimée    par   Mabillon, 
Annales,  t.   i ,  p.  686.  Léotadius,  abbé  de   Moissac 


An 
680 


43 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


44 


ciacense,  infra  pago  Cadurcino  in  onore 
sancto  Petro  constructum  esse  videtur.  Ego 
enim  Nizezius  &  uxor  mea  Irmitrudis,  dum 
reatum  conssciencie  nostre  agnovimus,  op- 
portet  nobis  ut  dum  Deus  in  nostra  volump- 
tate  posuit,  secundum  evvangelicam  lectio- 
nem,  veram  dispensatorem  exinde  pro  Dei 
introitum  facerem,  &  ut  adnesfiet  Dominus 
sicud  in  suo  dignatus  est  Evvangelio  dicere  : 
«  Vade,  vende  omnïa  que  abes ,  &  da  pau- 
«  perîbus,  &  veni,  sequere  me,  &  abebïs 
«  tesaurum  in  celo.  »  Et  ideo  nos  hanc 
adveram  vocem  videmus  vobis  repredictis 
servi  Dei  vel  ad  omnem  congregationem 
qui  infra  ipso  monasterio  superius  nomi- 
nato  constructum  esse  videtur; 

Dabo  ego,  in  pago  Tolosano,  villas  nun- 
cupantes  Calme,  Abilide,  Rarolingus,  Viva- 
deremus,  Sambiliano,  cum  omni  integritate 
sua  per  teminos  ac  doa  a  nobis  designata; 

Et  in  alio  loco,  infra  ipso  pago,  alias 
villas  nostras  :  Amfiniano,  curtes  nostras 
indominicatas,  cum  ecclesiis  aud  solariis, 
&  viverio,  &  fructuario,  piscatoriis,  mo- 
lendinis,  simul  cum  apendiciis  suis,  Besin- 
guSj  Scoternam-villa,  Etorfollingus-villa, 
Sevegamcollas-vilare,  cum  ecclesia  Sancti 
Medardi,  qui  est  infra  ipso  termino,  cum 
omni  integritate  &  soliditate,  cum  servis  & 
colonis  &  mérita  libertorum,  una  per  ter- 
minos  &  loca  a  nobis  designata,  id  est  :  de 
fluvio  Garonna,  per  Mamare  gurgite,  inde 
per  média  villa  Sallis,  una  cum  ecclesia 
Sancti  Saturnini,  quem  data  nostra  pecu- 
nia  de  Guirardo  condam  visi  fuimus  com- 
parasse, &  inde  per  fanum  quondam  Pei- 

au  mois  de  mai  de  la  septième  année  du  règne  de 
Thierri  III,  ce  qui  correspond  à  l'année  680  de  l'ère 
chrétienne,  est  porté  comme  ayant  vécu  à  cette 
époque,  dans  le  Catalogue  des  abbés  de  Moissac, 
donné  par  le  Gallia  Clir'tstiana,  nouvelle  édition, 
t.  I,  col.  iSç.  Il  diffère  de  Léotadius,  évêque 
d'Auch  au  commencement  du  huitième  siècle. 
Voir,  à  ce  sujet,  Mabillon  ,  Annales,  t.  i ,  p.  358  , 
&  le  Cointe,  Annales,  t.  4,  p.  352  ;  Pardessus,  Di- 
plomata,  Chartae,  t.  2,  p.  184.  Notre  texte  diffère 
des  imprimés  ;  il  est  conforme  à  la  copie  qui  nous 
a  été  envoyée  par  M.  Devais  aîné,  prise  sur  la 
charte  conservée  aux  Archives  du  département  de 
Tarn-&-Garonne ,  à  Montauban,  série  H,  fonds 
de  l'abbaye  de  Moissac,  original  en  parchemin, 
coté  n.  6962.   [E.  M.] 


rucia,  per  fontem  Niconastius,  qui  est  in 
média  Agra ,  atque  inde  pervenit  usque 
Novaliense,  seu  in  Montembèrterii  quon- 
dam usque  in  Stirpiniago  &  Vallum  Euvaldi 
usque  in  média  Saldruna,  inde  per  Inligone 
usque  in  supradicto  fluvio  Garonna. 

Et  in  alio  loco,  infra  ipso  pago  Tolosano, 
alias  villas  nostras  his  nominibus  nuncu- 
patas  :  Lampadiago  cum  ecclesia  Sancti 
Martini,  Vulpiliago,  Speutingus,  Prarreta, 
Mutaciones ,  ecclesia  cum  vilare  Sancta 
Gemma,  Vila-Farpanas  cum  ecclesia  Sancti 
Germani,  Villa-Gainago,  Villa-Novolio  cum 
ecclesia  Sancti  Medardi.  As  villas  superius 
nominatas  cum  ecclesiis  &  omnibus  vilari- 
bus  &  ajacensiis  earum  per  terminos  a  nobis 
designatos,  qui  sunt  per  médium  Garonna, 
deinde  usque  in  média  Agra,  deinde  usque 
in  Arona,  inde  per  palude  Novaliense  usque 
in  suprascripta  Garonna. 

Et  in  alio  loco,  in  pago  Agenense,  villa 
nostra  Virvicarias,  cum  omni  intecritate, 
una  per  terminos  qui  sunt  per  lUo-Porto 
&  terminum  Vasalonis,  de  alio  vero  latus, 
termine  Bordense-villa,  deinde  per  rivum 
Oppinione  usque  in  média  Garonna. 

Et  in  pago  Elesano,  alias  villas  nostras  : 
Ginningus,  Saviniago,  cum  omni  integri- 
tate, sicut  a  nobis  per  terminos  antiques 
possidere  videtur. 

Relinquimus  quoque  propriis  eredibus 
nostris  in  falcidio  alias  villas  nostras,  in 
pago  Tolosano,  Modoreiago,  Altomonte, 
Basile,  &  in  pago  Agenense,  Pompeiago,  & 
in  pago  Elesano,  Malaronta. 

As  quoque  villas  superius  nominatas,  ex- 
cepto  illas  que  in  falcidio  dimitimus,  alias 
vero  omnes  que  hec  inseruimus,  cum  omni 
integritate  &  soliditate,  curtis,  ecclesiis, 
domibus,  edificiis,  mancipiis,  colonis  ibi- 
dem commanentibus,  &  mérita  libertorum 
&  colonorum  utriusque  sexus,  cum  terris 
cultis  &  incultis,  vineis,  pratis,  silvis, 
pascuis,  aquis  aquarumve  decursibus,  cum 
omne  jure  &  ajacenciis  earum,  quesitum  & 
inquisitum,  per  hanc  epistolam  vendicioni 
&  vobis  trado,  transfero,  atque  transfundo 
ad  possidendum.  Et  accepimus  a  vobis  pre- 
cio  in  quo  nobis  bene  conplacuit,  hoc  est 
solidos  auri  purissimi  septingentos  &  pal- 
lios  quatuor  valentes  solidos  ce. 

Es  vero  precia  a  vobis  suscepta,  anime 


An 
680 


An 
680 


45 


PREUVES  DE  L  HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


An 

767 


nostre  remedio,  in  alimonia  pauperum  ibi- 
dem Deo  serviencium  expensavimus. 

Omnia  vero  hec  superius   nominata   in 
manus  vestras  tradimus  &  succesorum  ves- 


46 

sentia  atque  manu  Fedanciî,  abbatis  eccle- 
sie  Sancti  Antonini  martyris,  que  est  sita  in 
valle  que  dicitur  Nobilis,  ubi  terminus  esse 
dinoscitur  in  pago  Rutinico.  Ad  hanc  tra- 


An 

767 


trorum,  ut  possideatis  &  quicquid  exinde      dicionem  affuere  viri  religiosi  testes  peti- 


facere  volueristis,  liberum  omnibus  per- 
fruatis  arbitrium,  stipulacione  subnixa. 

Facta  carta  vendicionis  ista  in  mense 
madio,  anno  septimo  regni  domni  nostri 
Theoderici  régis. 

Signum  Nizezius,  peccator,  &  Hermi- 
trusdes,  hanc  epistolam  vendicionis  recog- 
novinius  &  subsignavimus. 


cionis  abbatis  Fedancii,  scilicet  Ildebaldus 
archiepiscopus  sedis  Remensis,  necnon  Ai- 
marus,  Biturice  sedis  archiepiscopus,  una 
cum  caterva  episcoporum  ceterorum  nu- 
méro XII  ^  interquos  affuit  Justinus  episco- 
pus  morbo  regio  percussus,  qui  prostratus 
coram  altare,  ubi  caput  Antonini  custo- 
diebatur  gloriosissimi  martyris,  subito  di- 


Signum  f  Gundoberto.  Signum  f  Sicardo.  vina  protectione  munitus  &  ejus  interventu 
Signum  fAldeberto.  Signum  tAlmare.  Sig-  liberatus  est.  Hac  caterva  résidente  simul 
num  t  Sicardus  Rubes.  Signum  fAutrico.      aderat  turba  militum  &  comitum,  inter  quos 


Signum  f  Dacoleno.  Signum  f  Bermaro. 
Signum  f  Frotrico.  Signum  f  Guntario. 
Signum  t  Bertaldo.  Signum  f  Beboni. 

Actum  Musciaco  monasterio  puplice  die 
&  anno  quo  sunt. 

Cloroinus  exius  superniri  meo  scripsisse, 
subsignasse. 


5.  —  IV 


erat  Bertalaigus  comes,  atque  Vulfraudus, 
ScGotelmus,  paletini  comités,  &  alii  nu- 
méro XVI.  Qui  omnes  una  voce  censere 
nec  non  adclamavere  cum  maxima  turba 
populorum  qui  ibi  aderant,  dignum  esse 
augmentari  casam  Dei  ob  amorem  &  reve- 
rentiam  beati  Antonini  martyris,  qui  defen- 
sor  &  protector  semper  extitit  régi,  &  omni 
exercitui  suo.  Ad  quorum  adclamationem 
Pipinus  rex  serenissimus  adquievit  aug- 
mentari casam  Dei  regalibus  donacionibus. 
Itaque  cum  suis  consuitus  magnatibus,  mo- 
nasterium  Sancti  Pétri  apostoli  quod  dicitur 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  24. 


Notice  d'une^  donation  faite  au  monas-  Mormacus,  quod  est  situm  in  pago  Catur- 
tère  de  S aint-Antonin,  enRouergue,  cino  super  fluvium  Avarionis,  in  proprium 
par  le  roi  Pépin  '. 


NOTITIA  traditoria  atque  forbanditoria 
peracta  a  domno  Pipino,  rege  serenis- 
3imars.  simo  Francorum  &  Aquitanorum,  in  pre- 

'  Trésor  des  chartes,  Toulouse,  sac  ^,  n.  90.  Ar- 
chives nationales!.  3o8,  n.  90  r°.  Copie  du  treizième 
siècle.  —  Cette  notice  peut  reproduire  les  données 
d'un  ancien  diplôme;  mais  sa  forme  inusitée,  les 
nombreux  anachronismes  &  les  erreurs  matérielles 
qu'elle  renferme  prouvent  qu'elle  a  été  rédigée 
longtemps  après  les  faits  qu'elle  rapporte.  On  ne 


tradidit  beati  Antonini  martyris  capiti  & 
altari,  in  quo  [subj  Dei  honore  &  benedic- 
tione  quiescit,  &  abbati  Fedantio  viro  vene- 
rabili  &  monachis  &  clericis  inibi  degenti- 
bus  presentibus  &  futuris.  Hoc  monasterium 
totum  predictum  &  ab  integrum  cum  suis 
adjacentiis,  scilicet  cum  aiiis  duabus  eccle- 
siis,  quarum  una  Mornagellus  &  alia  capella 
Sancti  martyris  Felicis,  necnon  &  cum  mo- 
nachis &  mancipiis  &  omnibus  possessioni- 
bus  que  ad  illud  pertinebant,  &  in  futuro, 
Deo  annuente,  largienda  erunt,  cum  vi- 
neis,  ortis,  terris  cultis  &  incultis,  aquis 


connaît  point  d'archevêque  de  Bourges  du  nom      aquarumve  decursibus,  paxeriis,  molendi- 
d'Aimar,  au  huitième   siècle.  Celui  qui  vivait  de       j^jg  jj^  on^^g  ^i^ra  fluvium  VIIII   cubitis, 

dédit  a  termino  montis  Cussonis  usque  ad 
mediam  Vaurem  &  usque  ad  os  antiqui  va- 
sis.  Quantum  infra  illos  fines  concluditur, 
totum  &  ab  integrum  dédit  in  proprium 
Cette  notice  ne  peut  donc  être  considérée  comme  alode  SUpradicte  Case  Dei.  De  repeti- 
un  acte  authentique.  [E.  M.]  cione  vero,  si  quis  imperator  vel  rex  aut 


763  à  767  s'appelait  Landoarius;  son  successeur 
s'appelait  Herminardus  ;  il  assista,  en  769,  au 
concile  de  Saint-Jean  de  Latran.  On  ne  connaît 
pas  non  plus  d'évéque  de  Reims  du  nom  d'Ilde- 
baud.  Tilpin  ou  Turpin  occupait  ce  siège  en  769. 


An 
767 


47 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


48 


An 
782 

3  juin. 


Éd.  ori" 

t.  I, 
col.  25. 


6. 


V 


dux,   comes  vel  vicecomes   aiit  abbas,  vel  causilicus  &  mandatarius  de  Danielo  archi- 

persona  quaelibet  magna  vel  parva  a  casa  episcopo,  Si  par  ordinatione  de  donipno  & 

I)ei    abstrahere    bec    siipraJicîa    voluerit  ,  regi  iiostro  Carulo  rege,  &  dixit  :  «  Jubete 

omnium  supradictoriim  cpiscoporiir.i  gladio  me  audire  ciim   isfo  présente  Milone  co- 

ànathematis  feriatur  8c  cum  Datan  &  Abi-  mite,  qui  tabss  villas,  qui  sunt  in  pago  Nar- 

ron  in  ijiferno  sepeliatur.  Data  TI  kalendas  bonense,  de  causa  aecclesiarum  Sancforum 

aprilis,  anno  xvr  regni  Pipini  serenissimi  Justi  &  Pastoris,  &  Sancti  Pauli,  &  Sancti 

imperatoris.  Aguoscens  Sigilfredus  scripsit.  Stephani  5  isto  Milo  comis  eas  retiiiet  ma- 

Signum  Pipini  Régis.  lum   ordinem    injuste.   Haec   sunt    nomina 

de    ipsas   villas   :  Quincianus    &    fVlujanus 

■ aecclesiarum    sunt    médias ,    villa    Pucio- 

Valeri,  &  Baxanus  &  Malianus  villas  sunt 
ultra  Ponte  Septimoj  causa  est  aecclesia- 
rum  ab    intègre   Sanctorum    Justi   &   Pas- 

.        ,            j             .  toris  ;  villa  Antoniam ,  Trapalianicus,   Pa- 

Jugement    des    commissaires    du     roi  médinas,  Agelio,   Medellano,   Buconiano, 

Charlemagne  en  faveur  d,e  Daniel,  FoUopiano,  Aniciano  ex  medietate;  Ma- 

archevêque  de  Narbonne  \  griniano,  Lecas,  Centopinus,  Cristiniani- 

cus,  Petrurio  ab  intègre  ;   Canedo,  Troilo, 

DANIEL  episcopo   veregre  profectus ,  re-  Laurelis,    Curte-Oliva ,    média  5    Prexanus 

mansit  causilicus  iArluinus.  Iy;itnr']n\xï\c  media^   Caunas,  Nivianus  ,   insula  Kauco, 

in  Dei  nomine  haec  est  noticia  tradictlonis  villa  Gorgociano,  Caunas,  Casolas,  Baias, 

judicius.  Cumque  résidèrent  missi  glorio-  Ursarias,   Quiliano,  ab  intègre  j  Lapedeto 

sissimo  atque  scellentissimo  dompno  nostro  ipsa  quarta  parte  ^   Colonicas,  Mercuriano 

Carolo  rege  Francorum   in  Narbona  civi-  ipsa  quarta  parte;  Maglaco,   Fonte   dicta 

tate,  die  martis,  per  multorum  altercationes  Buconiano,  Callavo,  Canovia  longa,  Abu- 

audiendas   &   rectis   negociis    terminando,  niano  ex  medietate;  Leoniano  ex  medie- 

ec  per  ordinatione  de  suos  missos,  id  est  tate;  suburbium  Sala  super  Ponte  Septimo 

Gualtario,  Adalberto,  Fulcône  &  Gibuino,  in  valle  Gabiano  ex  medietate;  Crotas,  Cag- 

&  vassis   dominicis ,  id   sunt  Rodestagnus  nano,  Sancti  Marcelli,  villa  Totonis,  Sancti 

&  Abundancius;  &  judices,  qui  jussi  sunt  Georgii,  villa  Ciliano,   Sancti  Crescenti , 

causas  diriraere  &   legibus  difinire,  id  est  Sanctae   Mariae,  Segelona',   ex  medietate  ; 

Guntario,  Dis"3olio,Leoderico,Petro,Bona-  Gragnano   villa,   Aquaviva   ex    medietate; 

vita,  &  Sisfredo;  &  aliorum  bonorum  omi-  Masiniano  ex  medietate.  Omnia  &  in  om- 

num  qui  ibidem  aderant,  id  est  Garibertus,  nibus   quantum   ibidem  retinebat  jam  pre- 

Widaldus,  îngobertus,  Aruinus,  Vicar,  Wi-  scriptus  archiepiscopus,  per  causa  aecclesia- 

sulfus,  Atila,  Samuel,  Donadeus,  Argemun-  rum  Sanctorum  Justi:  &:  Pastoris,  &  Sancti 

dus,  Ursione,  Argimiro,  Anselmo,  V/arna-  Pauli  &  Sancti  Stephani,   quod   ego  jam- 

rio  ;  in  eorum   judicio  vel  presentia  quos  dictus  Arluinus,  qui  sum  asertor  vel  causi- 

causas  fecit  esse  présentes.  Cumque  ibidem  licus  &  mandatarius  de   jamdicto  archiepi- 

residerent  prescripti   missi   &   judices   vel  scopo   Danielo,  hoc  adprobavi   per  séries 

plures  bonis  hominibus  in  Narbona  civitate,  condiciones,  quod  iste  Milo  comis  retinet 

ad  rectas  justicias  terminandas  &  causarum  ipsas  villas  malum  ordinem   injuste,  &  in- 

e\-ordias   dirimendas,  in   eorum   presentia  vasit  de  potestate  de  isto  jam  dicto  archiepi- 

ibique    in    supradictorum    juditio    veniens  scopo,  cujus  ego  mandatarius  sum.  A  tune 

homo,  nomine  Arluinus,  qui  est  assertor  vel  nos  missi,  vassi  dominici,  &  judices  inter- 

rogavimus  jamdicto'  Milone  comité  :  «  Qui 

-  Archives  de  l'église  de  Narbonnej  _  copie  du  ^espondis   ad   isto  Arloyno,    qui    est  man- 

dlxième  siècle,  Baluze,  Languedoc,  n.  ,.[Auiour-  ^atarms    de   jamdicto   archiepiscopo   de    ac 

d'hui  Armoires,  v.  892,  n.  578].  Ce  qui  est  en  ita-  causa.  »  Tunc  Milo  comis  in  suum  respon- 

lique  est  un  titre  mis  en  tête  du  document,  dans  sum  dixit  :  «  Ipsas  villas  Senior  meus  Karo- 

le  cartulaire  de  Narbonne;  latin  11 01 5,  f"  7.  lus    rex    michi    eas    dédit  ad   benefitio.  »  A 


An 

782 


An 
782 


49 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


5o 


1. 1, 

col.  26. 


tiuic  ipsi  missi  &  judices  &  vassi  doniinici  archiepiscopo,  &  post  taiita  rei  vcrhatCMii 

interrogaverunt  Milone  comité,  si  potebat  bene  cognovimus,  altercavimus  iiiter  nos 

abere  coudictioiies,  aut  recogniciones,  aiit  ante  prescriptos  misses,  vassis  dominicis, 

judicium,aut  festes,  pro  qiiibus  ipsas  villas  &  judices,  vel  plures  bonis  hominibus  qui 

partibiis  suis  retinere  debeat  ;  tune  Milo  misso  judicio   residebant,  &   ordinavimus 

comis  dixit  :  «  Non  babeo  nullum  judicium  Milone  comité,  ut  de  ipsas  villas  se  exi- 

veritatis,  nec  nuUa   testimonia  pro  quibus  gère  fecisset,  &  Arloyno  asertore,  causilico 

ipsas  villas  partibus  meis  vindicare  debeani,  &  mandatario  Danielo   archiepiscopo,  per 

nec  in  isto  placito,  nec  irti  alio,  nec  in  ter-  suum   sagonem   revestire  fecisset,  sicut  & 

cio,  nec  nuUoque  tempore.  »  A  tune  prefati  fecit.  Et  congaudeat  se  Arloynus  assertor, 

missi,  vassi  dominici,  &  judices  interroga-  causilicus    &    mandatarius   Danielo    archi- 

verunt  Arloyno,  qui  est  assertor  vel  causi-  episcopo  in  nostro  judicio  suam  percepisset 

licus  &    mandatarius  de  jamdicto  Danielo  clara  justicia.  Dato  juditio  noticia  tradic- 

archiepiscopo,  si  potebat  abere  taie  testi-  tionis  m  nonas  junii,  anno  xiiii  régnante 

monia,  pro  quibus  hoc  quod  dicebat  super  Karolo  rege  Francorum.  S.  Milo  comis,  qui 

Milone  comité   Hoc   legibus  aprovare   po-  hanc  notitiam  tradicfionis,  judicii  &  evacua- 

tuisset  :  &  tune  aseruit  Arloynus,  &  dixit  :  tionis  feci  &  firmare  rogavi  bonis  homini- 

«  Sic  habeo  unde  ad  ipsa  ora  per  judicio  de  bus.   S.  Garibertus.  S.  Widaldus.  S.  Ingo- 

supradictos  missos,  vassis  dominicis,  ac  ju-  bertus,  S.  Aruinus,  S.  Wicar.  S.  Girulf'us. 

dices.  »  Arloynus  mandatarius  suam   agra-  S.  Atila.  S.  Samuel.  S.  Donadeus.  S.  Arge- 

niivit  testimonia.  Nuper  veniens  Arloynus  mundus.  S.  Ursio.  S.  Argimiro.  S.  Ansel- 

a  suum  placitum  quod  arramitum  abuit,  8c  mus.  S.  Warnario.  S.  Gontarius.  S.  Leode- 

ibidem  sua  testimonia  protulit  bonos  omi-  ricus.S.Petrus.  S.  Sisfredus.EgoWarnarius. 

nés  idoneos,  his  nominibus  :  Undila,  Auri-  Ego  Adalbertus  notarius.  S.  Boso,  qui  hanc 

lianus,   Kairato,  Narbonellus,  Dodemirus,  noticiam    tradictionis   judicii   scripsit    sub 

Lunares,  Silencius,  Bonus,  Eneus,  Guinari-  die  &  anno  quod  supra. 

eus,  Witeringus,  Teudesindus  &  Servandus, 

qui    sic    testificaverunt    in    supradictorum       ■ 

judicio,  in  facie  Milone  comité,  &  série 

condiciones  ;    hoc   iuraverunt   in   aecclesia 

...             .  7* 

Sanctae  Mariae,  qui   sita  est  infra  muros  '. 

eivitatis  Narbona  :  «  Quia  nos  supranomi- 
nati  testes  scimus,  &  bene  in  veritate  no- 
bis  cognitum  manet,  &  vidimus  ipsas  villas 
superius  scriptas  cum  fines  &  termines  vel 
ajacencias,   que    ad    ipsas   villas   pertinet, 

habentes   &   dominantem    ad   Danielo    ar-  V.^  benefacere    jubeamur,    nullo    gratiam 

chiepiscopo,  cujus   iste  Arloynus  asertor,  summi  régis  &  aeterni  remuneratoris  Dei 

causilicus    &   mandatarius    est,   per  causa  accipere  diffidimus  j  sed  his  quoque,  qui- 

aecclesiarum   Sanctorum  Justi  &  Pastoris,  bus  regendi  cura  commissa  est,  impensius 

&  Sancti   Pauli,   &  Saneti  Stephani  5   nam  aliquid    beneficii  impertire  studemus.    Id- 

&  nos  Undila,  Aurilianus,  Kaireto,  Nar-  circo  ego  AAvarnus,  episcopus   humiilimus, 

bonellus,  Dodemirus,  Lunares,  Silencius,  cunetis  successoribus  meis  per  tempora  t\i~ 

Bonus, Eneus,  Guinarieus, Witeringus, Teu-  turis  notum  fieri  volo,  quod  post  aliquanta, 

desindus    &   Servandus    vidimus    jamdictas  quae    suceessione   parentum    meorum    seu 

villas  cum  illorum  fines  &  termines,  aben-  regali  munifieentia    mei   juris  esse*  viden- 

tes  &  dominantem  Danielo  archiepiscopo,  ,  tur,  praedia  matri  eeelesiae  Caturcensi,  cui 

cujus  iste  Arloynus  assertor  &  causilicus  JL>*3  auctore  praesideo,  collata,  Moysiaci 

&  mandatarius  est,  ab  intègre.  »  Et  cum  '^juoque  loco  in  dioecesi  ejusdem  eeelesiae 

nos  prefati  missi,  vassi  dominici  &  judices  super  fluvium  Tarnis,   in   honore  saneto- 
videntes  talem  adprovatlonem   de  Arloyno 

assertore,  causilico  &  mandatario  Danielo  '  Mnbillon,  Ànn.  orA,  S.  Bmedicti,  t.  2,  p.  267. 


Donation  faîte  à  Vahhaye  de  Molssac 
par  AguarnuSf  évêque  de  Cahors\ 


C 


An 

782 


An 
783 


An 
783 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


52 


rum  apostolorum  Pétri  &  Pauli  monaste- 
rio  constructo,  aliquantulum  contulerim. 
Dono  quippe  jure  perpetuae  cessionis  om- 
nipotenti  Deo  &  ejusdem  apostolis  in  eodem 
loco  in  dicto  Moysiaco,  ubi  vir  venerabilis 
Hermeninus  abbas  cum  maxima  congrega- 
tione  monachorum  Deo  militare  videtur, 
praedium  meum  in  pago  Caturcino  situm, 
ecclesiam  scilicet  in  honore  sancti  Pétri 
fundatam ,  cum  adjacenti  villa,  juxta  al- 
veum  Avarionis,  loco  cui  vocabulum  est 
Biolis.  Aliam  quoque  ecclesiam  in  pago 
Tolosano,  super  ripam  fluminis  Tarni,  in 
honore  sancti  Martini  fundatam,  cum  ipsa 
curte,  vulgo  Mulzacq  nuncupata,  insuper 
&  alio  loco,  in  ipso  pago  Tolosano  aliud 
praedium  meum,  quod  de  fisco  regali  com- 


ausu  temerario  exstiterit,  qui  injuste  con- 
tra hanc  nostram  cessionem  seu  oblatio- 
nem  insurgere  voluerit,  aeterna  damna- 
tione  se  noverit  puniendum.  Ut  vero  hec 
nostra  in  aeternum  firma  stabilisque  per- 
maneat  donatio,  proprii  nominis  astipu- 
latione  censuimus  consignatam  reddere , 
auctoritate  quoque  jamdicta  domini  Hlu- 
dovici  régis  fîrmare,  ne  présentes  aut  fu- 
turi  ulla  valeant  occasione  eam  calumniare. 
Signum  Aguardi,  Caturcencis  episcopi.  Sig- 
num  Asterii  archidiaconi.  Signum  Engel- 
berti  decani.  Signum  Hectoris.  Signum 
Vejandi.  Signum  Egelrandi.  Facta  carta 
donationis  anno  DCC  LXXXIII ',  ejusdem 
principis  domini  Hludovici  secundo  regni 
Francorum  ,   id   est  Aquitanorum  ;   in    Dei 


An 

783 


petenti  servitio  adquisivi,  ubi  sanctus  Rus-      nomine   féliciter.  Amen.  Adeodatus   roga- 
ticus  martyr  &  episcopus,  antecessor  uti-      tus  scripsit. 
que  meus,  corpore  quiescit,  cum  capella 

Sancti  Pétri  sibi  conjuncta.  Similiter  cedo      

&  trado  eidem  Domino  Deo  &  sanctis 
apostolis  ejus  in  praefato  monasterio  Moy- 
siaco, tenendum  &  possidendum  a  fratribus 
praesentibus  ibidem  &  futuris,  pro  stabili- 
tate  totius  christianitatis  Deo  servientibus, 
&  in  villis  sive  villaribus  praenominatis, 
quantum  ego  visus  sum  habere  &  tenere 
vel  quilibet  homo  per  me,  ecclesias  &  quid- 
quid  ad  ecclesiasticum  jus  attinet,  terras, 
vineas,  mansos,  liberos,  serves,  &  ancillas, 
aquas,  aquarumve  decursus,  cultum  &  in- 
cultum,  tam  ad  exitus  quam  ad  ingressus, 
totum  ab  integro  trado  tenendum,  haben- 
dum  &  possidendum.  Insuper  dicto  monas- 
terio, pro  salute  animae  meae  &  parentum 
meorum  seu  totius  plebis  mihi  a  Deo  com- 


8. 


Diplôme  par  lequel  Charlemagne  ac- 
corde aux  religieux  d'Aniane  le 
droit  de  choisir  librement  leur 
abbé  ^. 


I 


N  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita- 
tis.  Carolus  Dei  gratia  rex  Francorum  & 
Longobardorum,  ac  patricius  Romanorum. 
Maximum  regni  nostri  in  hoc  augere  cre- 
dimus  munimentum,  si  bénéficia  opportuna 
locis  ecclesiarum  benivola  devotione  con- 
cedimus,  ac  Domino  protegente  stabiliter 
missae,   do   siquidem   potestatem,   domini      perdurare  conscribimus.  Igitur  notum  sit 
mei    Hludovici    serenissimi    régis    evectus      omnibus  episcopis,  abbatibus,  comitibus  & 


protectione  ac  suffultus  pontificali  aucto- 
ritate &  totius  cleri  ecclesiae  Caturcensis 
corroboratione,  cunctis  fidelibus  christia- 
nis  in  nostra  dioecesi  commorantibus,  ut 
quicumque  pro  salute  animae  suae  de  prae- 
diis  aut  substantiis  suis  Deo  in  eodem 
monasterio  aliquid  offerre  voluerit,  libe- 
ram  habeat  facultatem.  Oblationes  vero 
cujuscumque  rei,  sive  in  terris,  sive  mobi- 
libus  rébus,  vel  in  sacris  thesauris  ibidem 
Deo  oblatis,  intacta  &  inviolata  ibi  perpe- 
tuo  permaneant,  ordinamus  atque  consti- 
tuimus  perpétua  sauctione.  Si  quis  autem 


vicecomitibus,  vicariis,  centenariis,  judi- 
cibus  seu  omnibus  fidelibus  praesentibus 
scilicet  &  futuris,  qualiter  vir  venerabilis 
Benedictus,  abba  ex  monasterio,  quod  ipse 
novo  opère  jure  proprietario  a  fundamen- 
tis    in    honore   Domini   Dei    ac  Salvatoris 


'  DCC  Lxxiii ,  par  erreur,  dans  les  copies  qui  nous 
restent  de  cette  charte. 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Aniane,  f"  i5.  —  Ma- 
billon  ,  Acta.  Sanctorum  ordinis  sancti  Bened'icti, 
saec.  4,  part,  j,  p.  202.  —  Recueil  des  historiens 
de  France,  t.  5,  p.  701. 


An 
787 

27 
)uillet. 


An 

787 


53 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


54 


uostri  Jesu  Christi,  seu  sanctae  semperque 
virginis  ejusdem  Dei  genitricis  Mariae,  seu 
aliorum  sanctoruni,  aedificavit  in  loco  nuii- 
cupante  Aiiiano,  in  pago  Magdalonense, 
subtiis  Castro  Monte-Calmense,  ad  nostram 
accedit  clementiam,  &  praedictum  nionas- 
terium  cum  omnibus  rébus  nostris  plenis- 
sima  deliberatione  visus  est  delegasse,  & 
ipsum  sanctum  locum  sub  nostra  defen- 
sione  atque  dominatione  ad  regendum 
nobis  visus  est  tradidisse.  Idcirco  ad  ejus 
petitionem  taie  pro  aeterna  retributione 
beneficium  erga  ipsum  sanctum  locum  visi 
fuimus  induisisse,  ut  in  ecclesiis  &  locis 
vel  agris  seu  aliis  possessionibus  ipsius 
monasterii ,  quas  moderno  tempore  per 
nostram  donationem  ac  confirmationem 
seu  caeterorum  fidelium  juste  possidere 
videtur  in  quibuslibet  locis,  quidquid  ibi- 
dem propter  divinum  amorem  collatum 
fuit,  quaeque  etiam  deinceps  in  jure  ipsius 
sancti  loci  aut  per  nos,  aut  per  alios  vo- 
luerit  divina  pietas  augeri  ;  praecipientes 
jubemus  atque  anathematizamus,  ut  nullus 
comes,  neque  episcopus  aut  uUa  judiciaria 
potestas  ad  causas  audiendas,  vel  freda  exi- 
genda,  aut  mansiones  vel  parafas  faciendas, 
aut  fidejussores  tollendos ,  nec  homines 
ipsius  monasterii  tam  ingenuos  quamque 
servos,  qui  supra  terram  memorati  monas- 
terii residere  videntur,  distringendos,  nec 
ullas  redibitiones  aut  inlicitas  occasiones 
perquirendas,  aut  ullum  omnino  censum 
inquirendum  ullo  umquam  tempore  iji- 
gredi  audeat  vel  exactare  praesumat.  Sed 
hoc  ipse  abbas  vel  successores  sui  aut  mo- 
nachi  memorati  loci,  praesentes  scilicet  & 
futuri,  propter  nomen  Domini,  sub  integrae 
immunitatis  nomine,  absque  cujuslibet  in- 
quietate  aut  contrarietate  valeant  domi- 
nare,  &  nuUi  umquam  homini  pro  quali- 
cumque  re  nullum  censum  omnino  audeant 
impendere;  sed  ipsum  sanctum  locum  sub 
nostra  defensione  atque  dominatione  volu- 
mus  constare.  Statuentes  ergo  atque  ju- 
bentes  ut  neque  vos,  neque  juniores  aut 
successores  vestri,  vel  quislibet  ex  judicia- 
ria potestate  in  ecclesiis  &  locis  vel  agris 
seu  reliquis  possessionibus  suprascripti  mo- 
nasterii vel  de  omnibus,  quae  suprascripta 
sunt,  nuUo  umquam  tempore  inquietare 
aut   exactare   praesumatis  ;   sed   quod   nos 


propter  nomen  Domini  &  aeterna  remune- 
ratione  ad  jamfatum  monasterium  indul- 
simus,  perennibus  temporibus  proficiat  in 
augmentis.  Et  quandoquidem  divina  voca- 
tione  suprascriptus  venerabilis  Benedictus 
abbas  vel  successores  ejus  de  hac  luce  mi- 
graverint  ad  Dominum,  qualem  meliorem 
&  nobis  peromnia  fidelem  ipsa  sancta  con- 
gregatio  de  suprascripto  monasterio  aut  de 
qualicumque  loco  voluerint  eligere  abba- 
tem,  qui  ipsam  sanctam  congregationem  se- 
cundum  regulam  sancti  Benedicti  regere 
valeat,  per  hanc  nostram  auctoritatem  & 
premissa  indulgentia  licentiam  habeant;  & 
ubicumque  voluerint  ordinari,  aut  ipsi  aut 
monachi  ipsorum  vel  a  quolibet  pontifice 
ex  praecepto  &  consensu  nostro  potesta- 
tem  habeant,  quatinus  ipsi  servi  Dei,  qui 
ibidem  Deo  famulari  videntur,  pro  nobis 
ac  conjuge,  proleque  nostra  &  stabilitate 
totius  regni  a  Deo  nobis  commissi  vel  con- 
servandi,  attentius  Domini  misericordiam 
exorare  delectentur  jussimus. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis.  Bar- 
tolomeus  notarius  ad  vicem  Ludovici  re- 
cognovi. 

[Data'  VI  kalendas  augustas,  anno  nono 
decimo  regni  nostri. 

Actum  in  Raganexburg  palatio  nostro 
publico,  in  Dei  nomine.] 


9.  —VI 

Concile  de  Narhonne^, 


An 

787 


NNO     Incarnationis     dominicae    Dec 
LXXXViii%   indictione   xii,  gloriosis- 
simo   quoque   domino   imperatore  Karolo 


A' 


'  Ce  qui  suit  a  été  ajouté  à  la  marge  du  cartu- 
laire  par  une  main  du  quinzième  ou  du  seizième 
siècle. 

'  Collationné  sur  la  copie  de  Baluze,  Armoires, 
V.  374,  i°  93,  d'après  les  archives  de  l'archevêché 
de  Narbonne.  —  De  Concordia  Sacerdotii  &  Imper'ii, 
1.  VI,  c.  25,  p.  265.  (édit.    1669). 

'  La  date  de  l'incarnation  ne  s'accorde  pas  avec 
celle  des  années  du  règne  de  Charlemagne;  elle 
correspondrait  cependant  à  l'année  7895  mais  le 
titre   d'empereur  dpnqé   à  Charlemagne,   &   répété 


An 
788 


55 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


56 


.  Éd.orig. 

t.  1, 

col.  27. 


régnante  anno  XXIII,  V  kalendas  julii.  Dum  salubrem    esse    comprobantes  ,    pro    prae- 

pro  multis  &  variis  ecclesiasticis  negotiis,  dictis  commoditatibus,  &  ne  confinio  His- 

praesertim  pro  Felicis,  Urgellitanae  sedis  paniae  occasionem   tristitiae  ingereremus, 

episcopi,  pestifero  dogmate,  monente  per  unanimiter    justo    perpendinnis    examine, 

suae  auctoritatis  litteras  donino  apostolico  ut  nulli  sedi  deinceps  sociata  habeatur  nisi 

Adriano,  ac  domino  imperatore  per  missum  Narbonensi ,  servata  verumtamen  auctori- 

suum   nomine  Desiderium,  convenissemus  tate,  si  per  se  episcopum  habere  nequive- 

urbem    Narbonam    intra    basilicam    Sancti  rit.   Rogamus  igitur  cunctos  subséquentes 

Justi  &  Pastoris,  ego  scilicet  Danihel,  licet  nos,   &   hoc    nostrae    auctoritatis    decreto 

indignus  atque  peccator,  gratia  tamen  Dei  confirmamus,  sancimus,  stabilimus,  tam  de 

sanctae    metropolitanae    praemissae    urbis  Redensi  pago,  quam  etiam   de  Ausonensi, 

episcopus,  necnon  &  Elifantus,  Arelatensis  sive    confinio    Narbonensi    &    Biterrensi , 

episcopus,  cum  plurimorum  collegio  vene-  quod  est  Orbus,  ut  sicut  coram  nobis  di- 

rabilium  episcoporum,  una  cum  auctoritate  scussum   &   comprobatum   est,  ita  incon- 

domni  apostolici  missoque  praedicto  domni  vulsum  &  incontaminatum,  nullius  contra- 

imperatoris  Karoli,  inter  caetera  quae  ve-  dictione  valente,  in  perpetuum  permaneat. 

raci   sermone  finem  acceperunt,   orta    est  Si  quis  vero  nostram  communem  contem- 

querela  coram  nobis  omnibus  de  parrochia  nens   diffinitionem ,  per  aliquam  insidiam 

Narbonensi.    Unde    praecipiente    domino  aut  subreptionem    hoc    nostrae    firmitatis 

imperatore,  subtili   examinatione   &    spe-  decretum  infregerit,  aut   aliqua  machina- 

ciali    ob    prolixas    altercationes   examinari  tione  violaverit  ;  si  ordine  ecclesiastico  est 

jusserat,   de    qua    Danihel    episcopus    per  adunatus,    canonica     sententia    inrecupe- 

testes    idoneos,   Justum   scilicet  Agathen-  rabiliter    feriatur,    sicut    temerator   tanti 

sem  ,   &  Vuiteringum    Nemausensem   epi-  concilii  ac  decreti.  Quod  si  laïca  potestas 

scopum,  atque  Amicum  Magalonensem  co-  in  hoc  se  per  atrocitatis  violentiam  miscue- 

mitem,ceterosque  quamplures  discutiendo  rit,  nisi  a  temeraria  praesumptione  se  ci- 

elucidans,  totum  Redensem   pagum   super  tissime  subtraxerit  satisfaciendo  quod  deli- 

Vuinedurium  Helenensem  episcopum   jus-  quit,  digna  ultione  totius  anathematis  sit 

tissime-evindicavit,  &  marginem  parrochiae  undique  &  ubique  multatus,  Domini  nostri 

Narbonensis  ex  alia  parte  usque  ad  flumen  Jesu  Christi  &  nostra  auctoritate  vigente. 

qui   vocatur  Orbus,   quamdiu  vocabulum  Ut  autem  hoc  nostrae  firmitatis  decretum 

suum  idem  comitatus  retinet,   superius  &  certiorem   roborationis  obtineat  vigorem  , 

inferius  perduxit,  plenissime  ratione  Vulfe-  manus   nostrae    subscriptione    illud    robo- 

garii,  episcopi   Biterrensis,  cum  praedictis  rare  studuimus. 

testibus  superata.  Praeterea  idem  Danihel  In  Christi  nomine  Danihel,  Dei   mise- 

archiepiscopus  de  Ausonensi  parrochia  i^-  ratione  sedis  Narbonensis  metropolitanae 

tionem  adhibens,ostendit  quod  nullo  modo  ecclesiae  episcopus,  hujus  decreti  institu- 

episcopum  ponere  illuc  potuisset  ob  paga-  tione  subcripsi.  Ego  Elefantus,  primae  se- 

norum    infestationem ,   &   quemadmodum,  dis  Arelatensis  episcopus,  confirmavi.  De- 

auxiliante  Deo,  per  antecessoris  sui  indus-  sideratus  Diensis  episcopus  subscripsi.  Ego 

triam    quondam    ibidem    haeresis   extincta  Salicus,  Arausisensis  episcopus.  In  Dei  no- 

fuerit,&   quia   ejusdem   pagi  plebs,   sicut  mine  ego  Arricho,  Tolosanae  sedis  episco- 

quidam  ipsorum  in  praesentia  retulerunt,  pus,  confirmavi.  In  Dei  nomine  Donadeus, 

nulli  parrochiae  adhaererevellet  nisi  Nar-  Vuappincensis   episcopus.   In  Dei  nomine 

bonensi    ob    principalitatem    tantae    sedis  ego  Francolinus,  Conseranensis  episcopus 

praecipuae.  Cujus  archiepiscopi  rationem  subscripsi.  Ego  Lupus,  Cavalionensis  epi- 
scopus, subscripsi.   Ego  Arimundus,  Uce- 


trois  fois  dans  la  pièce,  prouve  qu'elle  n'a  pu  être 
rédigée  qu'après  l'an  800.  — Voyez,  à  ce  sujet,  la 
discussion  du  P.  Labbe,  Conciles,  t.  9,  col.  4.  11 
rejette  l'authenticité  de  l'acte,  qui,  en  tout  état  de 
cause,  n'aurait  pu  être  souscrit  par  Félix.  fE.  M.] 


cicensis  episcopus,  s.  Ego  Hiscipio,  Car- 
cassensis  episcopus,  subscripsi.  In  Christi 
nomine  Magincus,  Adtensis  episcopus,  sub- 
scripsi. Vuiteringus,  Nemausensis  episco- 
pus,  confirmavi.  Félix,   episcopus   Urgel- 


An 
788 


An 
788 


57 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


58 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  28. 


An 

litanae    sedis,    subscripsi.    Ego    Bonitus,  todiiblo,  in  villa  Cauuense,  quam  ab  anti-      ^^' 

Valentinae  sedis  episcopus,  s.  Ego  Justus,  quo  dicebatur  Bufintis,  quam  perdonabit 

Agatensis  episcopus,  subscripsi.  Ego  Adaul-  rex  Carolus  ad   ipso  abbate  cuni  fVatribus 

fus,  Jerundensis  episcopus,  subscripsi.  In  suis  praedicti.  In  quam  testes  ostenderunt 

Christi    nomine  Vuenedurius,   Helenensis  coram  vicedomino  a  Magnario  comité  de 

episcopus,  s.  Ego  Se[rvus  Dei],  Barcino-  Narbona  misso  termines  villae  Cauuensis 

nensis  episcopus,  s.  Ego  Autbertus,  Anti-  &  adjacentiarum  ejus;   juraveruntque  in- 

politanae  sedis  episcopus,  subscripsi.  Ego  primis  per  Deum  Patrem  omnipotentem  8c 

JoanneSjCimelanensis  episcopus,  s.  Ego....,  Jesum  Christum   filium  ejus,  Sanctumque 

Forojulensis  episcopus,  s.  Ego  Johannes,  Spiritum,Trinitatem  unum  &  verum  Deum, 

Madolonensis  episcopus,  s.  Ego  Asinarius,  &  per  reliquias  S.  Jendesii  (Genesii)  mar- 

Vicujuliensis    episcopus.  Abraham,   Com-  tyris  Christi,  cujus  ecclesia  sita  est  in  su- 

menensae   sedis  episcopus,  s.  Ego  Amatus,  pradicta  villa  Bufintis,  ipsam  villam  eosdem 

Carpentoratinensis  episcopus,  s.  Ego  Ra-  habuisse  limites  tempore  Gotorum,  Milo- 

ganbaldus,  diaconus,  Dunensis  vocatus  epi-  nemque  comitem  eos  eodem  modo  dirimisse 

scopus,  s.  Ego  Ansebrandus,  diaconus  ad  &  Karolum   regem  firniasse,  quos  habent, 

vicem  Landeberti  Eglinensium  episcopi  s.  jurant.    Datum     nouas    décembres,    anno 

Ego  Riccimirus,  indignus  presbyter,  ad  vi-  xxiiii  régnante  Karolo  rege  Francorum  & 

cem  Vulfegarii,  sedis  Biterrensis  episcopi,  s.  Longobardorum   &   patricio   Romanorum. 

Ego   Arricho    cancellarius    ac    si    indignus  Signum  Vincilani  clerico.  Signum  Grulo... 

presbyter  hoc  decretum  scripsi  die  &  anno  Signum    Teugilo.    Arasolarius    subscripsi. 

quo  supra.  Gundesindus   subscripsi,  &c. 


10.  —  VIT 


II.  —  VIII 


Limites  de  la  ville  de  Cannes  réglées 
par  l'autorité  de  MagnariuSj  comte 
de  Narbonne  '. 

CONDITIONES  sacramentorum  as  quas  ex 
ordinationem  Magnario  comis  de  Nar- 
J^^       bona  vel  de  judices  Arasolario,  Deoavio 


An 

794 


cembre.  vel  aliorum  [bonorum  hominumj  [qui  sub- 
ter  subscripturi  vel  signa  factores  sunt,  id 
est]  Vincila  clericus,  Lubicinus,  Anterus, 
Teuperitus,  Teudericus,  Sisenandus,  Ga- 
nilo,  Primiselus  &  Baronta  [quos  causa  fecit 
esse  présentes,  jurare  debeant]  testes  pro- 
lati  ab  Aniano  abbate  cum  monachis  suis 
deserviantibus  Sancti  Johannis  Exequa- 
riensis  vel  Sancti  Pétri  &  Sancti  Pauli  mo- 
nasteriis,  quos  edificabit  supradictus  Ania- 
nus  cum  fratribus  suis  suber  ribo  Argen- 

'  Monasticon  Benedictinum,  t.  7  ;  manuscrit  latin 
12664,  f°  238  r".  Un  fragment  de  cette  pièce  a  été 
publié  par  Mabillon,  de  Re  diplomaùca,  p.  396. 
Dom  Vaissete  l'avait  reproduit  sans  y  rien  ajouter. 

[E.  M.] 


Charte  du  roi  Charlemagne  pour 
l'abbaye  de  Cannes^. 

KAROLUS  gratia  Dei  rex  Francorum  & 
Longobardorum  ac  patricius  Romano- 
rum, omnibus  fidelibus  nostris  praesenti- 
bus  &  futuris.  Rectum  est  regalis  potestas  J"'"et 
illis  tuitionem  impertiat,  quorum  nécessi- 
tas comprobatur.  Igitur  cognoscat  magni- 
tudo  seu  utilitas  vestra,  quia  vir  venerabilis 
Anianus,  abbas  ex  monasterio  Sancti  Joan- 
nis  &  Sancti  Laurentii,  quod  fuit  constru- 
ctum  in  locis  nuncupatis  Extorio  &  Olibe- 
gio,  nostro  synodali  concilie  veniens  una 
cum  monachis  suis  Continue,  Stromundo, 
Lurio,  cum  omnibus  rébus  atque  homini- 
bus  suis  recepimus  ac  retinemus,  quatenus 
diebus  vitae  suae  sub  nostra  tuitione  va- 
leant  quiète  vivere  &  residere.  Propterea 
has  literas  nostras  pro  fîrmitatis  studio  eis 
dedimus,   per  quas   omnimo   jubemus,    ut 

'  Archives   de   l'abbaye   de  Caunes.  —   Baluze, 
Capital,  t.   2,  p.    1399. 


An 
794 


09 


Éd.orig. 

t   I, 
col.  29. 


An 
795 
mars. 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 

Notum   sit  omnibus 


60 


nullus  quislibet  de  vobis  neque  de  junio-  nianoruin.  JNotum  sit  omnibus  episcopis, 
ribus  vestris  praedicto  Aniano  abbati  seu  abbatibus,  ducibus,  comitibus,  vel  cunctis 
monachis  suis,  nec   rébus  vel   hominibus      fidelibus    nostris    tam    presentibus   quam- 


illorum  contingere  nec  inquietare  aut 
contra  rationis  ordinem  calumniam  gene- 
rare  non  praesumatis,  nisi  ut  diximus 
cum  omnibus  rébus  vel  hominibus  illorum 
sub   nostra  tuitione  valeant  quiète  vivere 


que  futuris.  Rectum  est  regalis  potestas 
illis  tuitione  imperioat  quorum  nécessitas 
comprobatur.  [Igitur  cognoscat  almitasves- 
traj  qualiter  Johanne  ad  nos  veniente,  &  os- 
tendit  nobis  epistolam,  que  dilectus  filius 


vel  residere.  Similiter  concessimus  ei  vil-  noster  Ludovicus  ei  fecerat,  &  per  ipsum 
lam  Cannas,  sicuti  Milo  ad  suum  monaste-  ad  nos  direxit.  Et  invenimus  in  ipsa  epis- 
rium  per  suas  literas  delegavit,  cum  om-  tola  insertum  quod  Jobannes  ipse  super 
nibus  appendicis  suis,  quatenus  melius  ereticos  sive  Sarracenos  infidèles  nostros 
delectet  ipsos  servos  Dei  pro  nobis  vel  magnum  certamen  certavit  in  pago  Barchi- 
stabilitate  regni  nostri  Domini  misericor-  nonense,  ubi  superavit  eos  in  locum  ubi 
diam  exorare.  Et  si  aliquae  causae  adversus  dicitur  ad  Ponte,  &  occidit  de  jamdictos  in- 
eos  surrexerint,  vel  homines  eorum  autol-  fidèles,  &  cepit  de  ipsis  spolia  5  aliquid 
tae  fuerint,  quas  in  promptu  absque  gravi  exinde  a  dilecto  tilio  nostro  obtulit  equm 
illorum  dispendio  definire  non  potueritis,  obtimum  &  brunia  obtima  &  spata  india 
usque  in  nostram  praesentiam  reserventur,  cum  techa  de  argento  parata,  &  peterat 
quatenus  ante  nos  secundum  legis  ordinem  eis  in  pago  Narbonense  villare  eremum 
accipiant  finitivam  sententiam.  Et  ut  haec  ad  laborandum  que  dicunt  Fontes.  Ille 
autoritas  firmior  habeatur  vel  a  fidelibus  vero  dédit  ei  ipsum  villare  &  direxit  eum 
nostris  melius  conservetur,  de  anulo  nos-  ad  nos.  Et  cum  ad  nos  venisset  cum  ipsa 
tro  eam  subter  sigillari  jussimus.  epistola,  quod  filius  noster  ei  fecerat,  in 

Vindolaicus   ad    vicem    Radonis    recog-      manibus  nostris  se  comendavit,  &  petivit 
novit.  nobis  jamdictus  fidelis  noster  Jobannes,  ut 

Data  XIII  kalendas  augusti,   anno  vige-      ipsum  villarem  quod  filius  noster  ei  dede- 
simo  sexto  &  vigesimo  regni  nostri.  rat  concedere  feccissemus.  Nos  vero  conce- 

Actum  Franconoforti   palatio   regio,   in      dimus  ei  ipsum  villarem  cum  omnes  suos 

terminos  vel  pertinencias  suas  ab  intègre, 
&  quantum  ille  cum  homines  suos  in  villa 
Fontejoncosa  occupavit  vel  occupaverit, 
vel  de  heremo  traxerit,  vel  infra  suo  ter- 
mino,  sive  in  aliis  locis,  vel  villis,  seu  vil- 
lares  occupaverit,  vel  aprisione  fecerit  cum 
homines  suos  ;  hec  omnia  concedimus  ei 
Charte  du   roi  Charlemagne ,  qui   ac-     per  nostrum  donitum,ut  habeat  ille  &  pos- 

teritas   sua  absque  uUum   censum   aut  in- 
quietudine,  dum  nos  aut  filii  nostri  fidèles 


Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


12. 


IX 


corde  le  lieu  de  Fontjoncouse  à  un 
seigneurj  appelé  Jean 


extiterint.  Quam  vero  auctoritas  firmior 
habeatur,  de  anulo  nostro  subter  sigillavi- 
mus. 

Gilabertus  ad  vicem  Radoni  recognovit 
&  scripsit. 

Data  in  mense  marcio,  anno  XXV  &  XVIII 
•  Archives  de  ^l'archevêché  de  Narbonne.^^Copl^e       ^^^^^  nostri.  Actum  Aquisgrani  palatio  nos- 

tro,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


IN  nomine  Patris  &  Filii  &  Spiritus  Sancti. 
Carolus  serenisgimus  gratia  Dei  rex  Fran- 
corum  &  Langobardorum  ac  patricius  Ro- 


ancienne  dans  le  manuscrit  latin  iioi5,  f°  9,  & 
d'après  ce  texte  dans  Baluze,  Armoires,  v.  874, 
{°  431.  Le  vol.  iioi5  contient  des  fragments  des 
anciens  cartulaires  de  Narbonne  du  douzième  siè- 
cle ;  ces  fragments  vont  du  f°  5  au  f°  19,  &  on 
y  reconnaît  la  trace  de  deux  volumes  différents. 
Ils  ne  contiennent  que  des  actes  carlovingiens  & 


des  diplômes  du  neuvième  siècle.  Ces  fragments 
ont  servi  à  Baluze  &  ont  été  publiés  par  lui  dans 
ses  Capitulaires  &  dans  ses  Conciles  de  la  Narbon- 
naise. 


An 

795 


6i 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


62 


An 

799 
juin. 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  3û. 


i3.  —X. 

Diplôme   du   même  roi,  en  faveur  de 
Saint-Benoit  d'Aniane\ 

KAROLUS,  gratia  Dei  rex  Francorum  & 
Longobardorum  ac  patricius  Romano- 
rum.  Omnibus  episcopis,  abbatibus,  duci- 
bus,  comitibus,  vicariis,  ceateiiariis,  scu 
cunctis  fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  & 
nostris  praesentibus  &  futuris  notum  sit, 
qualiter  vir  venerabilis  Benedictus,  abba  ex 
monasterio  sanctae  Dei  genitricis  semper- 
que  virginis  Mariae,quod  est  constructum 
in  loco  nuncupante  Aniano,  in  pago  eu  jus 
vocabulum  est  Magdalonensi ,  serenitati 
nostrae  suggessit,  eo  quod  ipse  una  cum 
monachis  suis  loca  aliqua  hernia  iufra  fis- 
cum  nostrum  nuncupante  Juviniacum,  an- 
tique vocabulo  vocatum  Fonte -Agricole, 
nunc  autem  Nova-cella  appellatur,  quam 
ipsi  proprio  opère  hedificaverunt ,  etiam 
&  molina  duo  infra  ipsius  terminum  fisci 
supra  fluvium  Lico  visi  sunt  construxisse 
inter  mare  &  stagnum  ,  loco  qui  vocatur 
Porcarias,  una  cum  consensu  comitum  & 
caeterorum  christianorum  ibi  circumqua- 
que  habitantium  de  loca  herma  accepisset; 
similiter  in  loco  qui  dicitur  Assogrado 
cellam  hedificasse,  cum  omni  adjacentia 
sua;  etiam  &  alia  loca  Cumajacas  &  Cau- 
cino  super  fluvium  Araurem,  ubi  dicitur 
ad  Salices,  ad  pascua  armentorum  &  alenda 
pecora  cum  aliis  usibus  suis  hactenus  ha- 
beant,  &  asserit  se  haec  omnia  cum  aequi- 
tatis  ordine  absque  ullius  illicita  contra- 
rietate  possidere.  Sed  pro  intégra  fîrmitate 
petiit  celsitudini  nostrae,  ut  quicquid  nunc 
tempore  ipse  cum  monachis  suis  juste  & 
rationabiliter  ad  supradicta  loca  habere 
dinoscitur,  denuo  per  nostrae  autoritatis 
praeceptum  ei  &  monachis  suis  inibi  sub 
sancta  régula  consistentibus  plenissima  de- 
liberatione   pro   mercede   aniniae    nostrae 

'  Vidimus  de  l'an  i3i4;  Trésor  des  chartes  du 
roi,  J.  343,  n.  2.  (Cette  pièce  manque  aujourd'hui.) 
Cartulaire  de  l'abbnye  d'Aniane.  —  Acta  Sanctorum 
ordin'ii  S.  Benedicti,  saec.  4,  part,  i,  p.  222. 


ad  praefatum  monasterium  cedere  &  con- 
firmare  deberemus.  Cujus  petitionem  de- 
negare  nolumus,  sed  in  elemosyna  nostra 
ita  concessisse  &  in  omnibus  confirmasse 
cognoscite.  Praecipientes  ergo  jubemus, 
ut  neque  vos,  neque  juniorcs  seu  succes- 
sores  [vestri],  quae  memorato  viro  vene- 
rabili  Benedicto  abbati  aut  successoribus 
suis,  de  supradicta  loca  undecumque  ad 
praesens  ipse  &  monachi  sui  cum  aequita- 
tis  ordine  ac  juste  &  rationabiliter  vestiti 
esse  noscuntur,  inquietare  aut  calumpniam 
generare,  nec  aliquid  exinde  contra  justi- 
tiam  abstrahere  aut  minuere  quoquo  tem- 
pore praesumatis  :  sed  per  hanc  nostram 
auctoritatem  atque  confirmationem  ha- 
beant  in  elemosina  nostra  omnique  tem- 
pore concessum,  ita  ut  eis  melius  delectet 
pro  nobis,  &  filiis  ac  filiabus  nostris,  seu 
cuncta  familia  domus  nostrae,  &  omni 
populo  gentis  nostrae  Domini  attentius  mi- 
sericordiam  exorare.  Et  ut  haec  auctoritas 
firmior  habeatur,  &  diuturnis  temporibus 
melius  conservetur,  manus  nostrae  signa- 
culis  subter  eam  decrevimus  roborare,  & 
de  anulo  nostro  jussimus  sigillare.  Signum 
Karoli  gloriosissimi  régis.  Erchimbaldus  ad 
vicem  Radoni  recognovit  &  subscripsit. 
Data  in  mense  junio,  anno  XXXI  &  xxvi 
regni  nostri.  Actum  Aquis  palatio  nostro, 
in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


14. 


Diplôme  de  Charlemagne,  qui  con- 
firme la  fondation  de  Vahbaye  de 
la  Grasse  ' . 

CAROLUS,  gratia  Dei  rex  Francorum  & 
Longobardorum  ac  patricius  Romano- 
rum.  Omnibus  episcopis,  abbatibus,  duci- 

'  Gallia.  Christlana,  t.  6,  Instrum.  p.  412.  Colla- 
tionné  sur  le  fac-similé  d'une  partie  de  l'original, 
qui  se  trouve  dans  la  Paléographie  universelle  de 
Silvestre  (iSSp),  t.  3.  La  charte  originale,  sur 
papyrus,  est  conservée  aux  Archives  de  l'Aude.  La 
date  a  disparu,  &  c'est  par  conjecture  que  les  au- 
teurs du  Gallia  l'ont  rapportée  à  l'an  778.  Noul 
l'attribuons,  avec  M.  Sickel,  à  l'an  800. 


An 

799 


Vers 
800 

«9 
laiiv.cr. 


Vers 

800 


63 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


64 


bus,  coniitibus,  vicariis,  centenariis  ,  seu  bertus  recoguovi  8c  subscripsi.  [î^acta'  XIV 
cunctis  fidelibus  sauctae  Dei  Ecclesiae  8f  kalendas  februarii,  iudictione  l%  anno  XI 
nostris  presentibus  &  futuris  notum  sit,  régnante  Carolo  gloriosissimo  rege.  Actuni 
qualiter  vir  venerabilis  Nimfridius  abba  Compendio  regio  palatio,  in  Dei  nomine 
serenitati  nostrae  suggessit,  eo  qiiod  ipse,  féliciter.  Amen.] 
una  cum  monachis  suis,  infra  aeremum,  in 

territorio  Narbonense,  super  fluvium  Oro-      — 

bionem ,  in  loco  nuncupante  Novalius, 
monasterium  in  bonore-  sancte  Dei  ge- 
netricis  semperque  virgine  Marie  Jiovo 
opère  construxisset,  ibique  donrus  eccle- 
siae, &  reliquas  babitaciones  aedificasset, 
&  vineas  plantasset,  &  campos  ad  laboran- 
dum  vel  prata  de  causa  nostra  iiscalium 
&  ab  seniorum  bominuni  accepisset^  quod 
usqxe  nunc,  sicut  adserit,  cum  aequitatis 
ordine,  absque  ullius  contrarietate  se  ba- 


ib. 


XI 


I 


Jugement  en  J'aveur  de  Vahhaye  de 
Cannes^, 

N  judicio  Cixiliani  vicedomino,  Trasna- 


rio,  Aggimiro,  Recimiro,  Arpadio...  & 
aliorum  bonorum  hominum,  qui  praesen- 

bere  &  possidere  profitetur.  Ideoque  petiit  tialiter  fuerant,  id   est  Dubulinus,  Alrua- 

caelsitudini  nostrae  ut  nos  ei  &  monacbis       rius,    Apus recognosco    me    ergo    Pi- 

suis  supradictum   locum,cum   omni   adja-       naudus quod    negare    non    possum    in 

centia  ad  se  pertinentia,  undecumque  ipse  vestrorum  supradictorum  judicio,  unde  me 

&  monachi  sui  ad  praesens  juste  &  racio-  repetet  Anianus  abbas  seu  etiam  sui  mo- 

nabiliter  vestiti   esse  noscuntur,  deinceps  nachi  de  villa  Rissello,  qui  est  in  locum 

ex  nostra  indulgentia  in  aelimosina  nostra  vestrum    infra    termine    Caunensi ,    quem 

cédera  &  confirmare  deberenuis;  cujus  pe-  perdonavit  nobis  dominus  rex  Karoius  vel 

titionem  denegare  noluimus,  sed  pro  mer-  Lodoicus  rex,  ubi  nos  modo  habitare  vide- 

cedis   nostrae  augmentum,  ita  concessisse  mur,  unde  precaria  vobis  fecimus  ego  Pi- 

&    [in]    omnibus   confirmasse   cognoscite  ;  naudus  &  parentes  mei  scilicet  Materindus 

praecipientes  ergo  jubemus  ut  neque  vos,  &  Fulgentius,  ut  de  ipso  villare  per  singu- 

neque  juniores,  seu  successoresque  vestri       los  annos ibidem  vobis  exinde  tascas  & 

memorato  viro  venerabili  Nimfridio  abbati,  décimas  persolvere  debuissemus,  &  de  ipso 

aut  successoribus  suis   de  supradicto  loco,  villare  cum  sua  adjacentia  nulla  intentione 

unde  ad  praesens  ipse  &  monachi  sui  cum  vel  fraude...  exinde  vobis  taliter  me  recog- 

aequitatis  ordine  ac  juste  &  rationabiliter  nosco  in  vestrorum  supradictorum  judicio, 

vestiti  esse  noscuntur,  inquietare  vel  ca-  quomodo    ego    Pinaudus   &    parentes    mei 

lumniam  generare  nec  aliquid  exinde  con-  Materindus  &  Fulgentius  quod   ipsas  tas- 

tra  justiciam  abstrabere  aut  minuere  quo-  cas    &   décimas,    quod   vobis    exinde    dare 

quo    tempore    presumatis.    Sed    per    banc  debuimus,  ipsas  vobis  intendimus,  &  nihil 

nostram    auctoritatem   atque    confirmatio-  vobis  exinde  dedimus  prefatos  VI  annos,  & 

nem  habeant  in  aelimosina  nostra  omnique  insuper  de  ipso  villare  vobis  cum  discapire 

in   tempore   concessum  ,  ita  ut  eis  melius  voluimus,  &   in  fraude  vobis  de  ipso  feci- 

delectet  pro  nobis  &  filiis  ac  filiabus  nos-  mus   ac   ipsos   pro   vestro  commeatu   illos 

tris  fidelibus  Domini  misericordiam  implo-  habere    voluimus.    Sicque    me    recognosco 

rare,  jugiter  exorare.  Et  ut  haec   nostrae  Pinaudus  quomodo  ego  &  parentes  mei  su- 

concessionis    &    confirmationis    auctoritas  prascripti  pro  vestro  beneficio  antea  &  per 

perpetuo  firmior  habeatur,   atque   melius  precaria  vestra,  quam  vobis  fecimus   eam 

omnibus    temporibus   conservetur,   manus  antea  habuimus,  &  ea  quae  fecimus,  vera- 

nostrae  signaculis  subter  eam  roborare  de-  citer  me  recognosco  in  vestrorum   supra- 

crevimus  &  de  anulo  nostro  sigillare  jus-  dictorum  judicio.  Data  recognitione  sub  die 
simus.  Signum  (locus  monogrammatis)  Karoli 

gloriosissimi    régis    Francorum    &    LongO-  ■  La  date  a  été  suppléée  par  le  GalUa  Chrlstiana, 

bardorum    ac    patricii     Romanorum.    Lud-  '  Archives  de  l'abbaye  de  Cannes. 


Vers 

800 


lid.ong. 

t.  1, 
col.  3i. 


An 
802 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


C6 


An 
804 

14  dé- 
cembre. 


III  nonas  madias,  anno  xxxiv  régnante 
domino    nostro   imperatore    Karolo,    rege 

Francorum  &  Lunghobardorum S.  Pi- 

naudus,    qui    hanc    recognitionem    dédit. 

S.  Pictor Ermengaudus.  S.  Edowardus. 

S.  Atroarius.  S.  Argimirius.  S.  Riccimirus. 
S.  Cixilanus.  S.  Malus  presbyter,  qui  hanc 
recognitionem  scripsit  die  &  anno  quo 
supra. 


16.  —  XII 

Donation   du   comte  Guillaume  à 
Vahhaye  de  Gellone\ 

IN  nomine  Domini.  Ego  Willelmus  gratia 
Dei  cornes,  recognoscens  fragilitatis 
meae  casus  humanae,  idcirco  facinora  mea 
minuenda  vel  de  parentibus  meis  qui  de- 
functi  sunt,  id  est  genitore  meo  Theude- 
rico  &  génitrice  mea  Aldana,  &  fratribus 
raeis  Theudoino  &  Adalelmo,  &  sororibus 
meis  Albana  &  Bertana,  &  filiabus  meis  & 
filiis  Bernardo,  Witchario,  Gotcelmo,  He- 
limbruch,  &  uxoribus  meis  Cunegunde  & 
Guitburge,  &  nepote  meo  Bertranno  ;  pro 
nobis  omnibus  superius  nominatis  dono 
ad  monasterium  quod  dicitur  Gellonis , 
situm  in  pago  Ludovense  juxta  fluvium 
Araou,  constitutum  in  honore  Domini  & 
Salvatoris  nostri  Jesu  Christi  &  sanctae 
Mariae  semper  virginis,  &  sancti  Michaëlis 
archangeli,  seu  apostolorum  gloriosorum 
Pétri  &  Pauli  necnon  &  sancti  Andreae , 
omniumque  apostolorum,  quod  ego  prae- 
fatus  comes  Willhelmus  construere  in  causa 
domni  &  senioris  mei  Charoli  jussi,  &  ex 
doctrina  venerabilis  patris  Benedicti  mo- 
nachos  &  abbatem  posui,  ut  Domino  Deo 
jugiter  ibi  deserviant,  donatumque  in  per- 
petuum  esse  volo,  hoc  est  res  meas  quae 
sunt  in  pago  jamdicto  Ludovense  ;  inpri- 
mis  videlicet  fiscum  Litenis  cum  ecclesiis 
Sancti  Johannis  &  Sancti  Genesii  sub  omni 
integritate,  cum  villis  &  villaribus,  vineis 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Saint-Guillem  du 
Désert.  —  Acta.  Sanctorum  ordinis  S.  Benedicti, 
saec.  4,  part,  i,  p.  88. 


&  campis,  cultis  &  incultis ,  arboiibus 
fructiferls  &  infructiferis,  pascuis,  pratis, 
molendinis,  piscatoriis,  aquis  &  aquarum 
decursibus,  quantumcumque  ad  ipsum  fis- 
cum  &  colonicas  ipsius  aspicit  vel  aspicere 
jure  videtur  ;  omnia  dono,  trado  ad  pro- 
prium  perhabendum  omni  tempore.  Habet 
vero  has  collaterationes  &  infrontationes  j 
ab  Oriente  &  sicut  currit  flumen  Araou; 
a  Meridie  sicut  torrens  Lacatis  divergit  in 
ipso  flumine;  ab  Occidente  infrontat  in 
ipso  Aviso,  qui  discurrit  per  concava  mon- 
tium  in  Bodena  antiqua,  quae  est  in  super- 
cilio  montis  ;  ab  Aquilone  usque  in  termine 
monasterii.  Similiter  in  Marcomitis  villa, 
dono  quantumcumque  Deodatus  presbyter 
ibidem  dato  pretio  comparavit,  vel  quan- 
tum ibidem  a  me  possessum  est.  Similiter 
dono  villam  Saturatis  cum  ipsa  ecclesia 
Sancti  Saturnini  cum  omni  integritate, 
cum  casis,  casaliciis,  campis,  vineis,  pratis, 
silvis,  garricis,  hortis,  molendinis,  aquis, 
aquarum  decursibus,  quantumcumque  ibi- 
dem visus  sum  habere  vel  possidere,  culta 
&  inculta  ad  ipsam  casam  Dei  dono  ad  ha- 
bendum.  Similiter  dono  in  Canneto  villa, 
quantumcumque  visus  sum  habere  &  pos- 
sidere. In  pago  quoque  Magdalonense,  in 
villa  Soregiae ,  quantumcumque  ibidem 
visus  sum  habere  vel  possidere.  In  pago 
vero  Albiense,  dono  villam  Noviciacum  seu 
Wiciacum  cum  omni  integritate  sua  vel  cum 
omnibus  adjacentiis  suis.  Similiter  dono  in 
Rutenico,  in  villa  Bracoialo,  mansos  duos 
cum  vineis  &  terris  cultis  &  incultis,  quan- 
tum ad  ipsos  mansos  aspicit  &  aspicere 
videtur.  Ista  omnia  supra  nominata  ego 
Willhelmus  jamdictus  comes,  pro  me  & 
pro  praedictis  personis  dono  &  trado  at- 
que  transfundo  ad  jamdictum  monasterium 
Gellonis,  &  altariis  ibi  Deo  consecratis,  & 
monachis  &  abbatibus  tam  praesentibus 
quam  futuris,  pro  aeterna  remuneratione, 
ut  Deum  omnipotentem  per  omnia  habere 
possimus  propicium ,  ut  iidem  monachi 
laudantes  ibidem  assidue  habeant  unde 
possint  vivere.  Si  quis  vero,  quod  futurum 
esse  non  credo,  vel  ego  ipse,  aut  aliquis 
de  haeredibus  meis,  seu  quaelibet  persona 
contra  hanc  donationem  meam,  quam  ego 
prompto  animo  vel  plenissima  voluntate 
facio,   venire,    interrumpere   aut   aliquid 


An 
804 


Ed.orig, 

t-  I, 
col.  32. 


II. 


An 
804 


(^1 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


68 


An 
804 

1 5  dé- 
cembre. 


disrumpere  teiitaverit,  non  liceat  facere.  cum  suo  adjutorio  aedificavi,  quem  ipse 
Quod  si  praesumpserit ,  Dei  omnipoten-  domnus  Benedictus  abba  regere  videtur, 
tiam  exoro,  ut  ipsa  ultionem  sumat  in  eo  5  donatumque  in  perpetuum  esse  volo  ^  hoc 
quia  notum  sit  omnibus  hominibus  hune  est  res  meas  quae  sunt  in  pago  Lutwense, 
honorem  a  me  possessum  tam  ex  originali  ij  est  Litenis  villa,  &c.  Ista  omnia  supe- 
parte  quam  etiam  ex  adquisitione  absque  rius  nominata  pro  nos  supradictos  ad  ipsa 
querimonia  ullius  personae.  Facta  est  haec  casa  Dei  vel  ad  suos  rectores  dono,  frado 
donatio  XIX  kalendas  januarii,  feria  F',  atque  transfundo  ab  hodierno  die  ad  ipsa 
anno  XXXIIII  régnante  domno  nostro  Cha-  casa  Dei,  dummodo,  si  ipsa  cella  subjecta 
rolo,  rege  Francorum  &  Longobardorum  est  ad  Aniana  monasterio,  sicut  hodie  esse 
ac  patricio  Romanorum,  &  anno  quarto  videtur,  ipsa  casa  Dei  vel  sui  rectores  ha- 
Christo  propitio  imperii  ejus.  Signum  Wil-  béant,  teneant  adque  possideant.  Nam  si 
Ihelmi.Signum  Bernardi.Signum  Gotcelmi.  aliquis  homo,  propter  malam  cupiditatem 
Signum  domni  Theuderici.  Signum  Ga-  aut  iniquum  ingenium,  ipsa  cella  sépara- 
mardi.  Signum  Fulcoaldi.  Signum  Rangavi.  verit  de  Aniana  monasterio,  tune  ipsas  res 
Signum  Nictardi.  Signum   Mauringi.  Sig-  superius  nominatas  volumus  eas  esse  do- 

num  Sibaldi.  Signum  Guiraldi In  no-  natas  pro  nos  omnibus  superius  nominatos 

mine  Domini  ego  Gallarius  rogitus  scripsi.  ad  Aniana  monasterio,  ad   ipsas  casas  Dei 

Sanctae  Mariae  &  Sancti  Salvatoris.  Nam 

Ego'  in  Dei  nomine  Willhelmus,  reco-  dum  ipsa  cella  subjecta  est  ad  Aniana  mo- 

gitans  fragilitatis   meae   casus   humanum  ,  nasterio,  sicut  superius  diximus,  precamus 

idcirco  facinora  mea  minuenda  vel  de  pa-  ut  ipse  abbas  de  Aniana  benigniter  atque 

rentes  meos  qui  defuncti  sunt,  id  est  ge-  misericorditer    regat    ipsa    cella   Gellonis 

nitore   meo  Theuderico  &  génitrice  mea  seu  fratres  ibidem  morantes  :  &  quod  ibi- 

Aldane,  &  fratre  meo  Theodoino,  &  Teo-  dem   minus   habuerit  de  stipendia  in  ista 

derico,  &  Adalelmo,  &  sorores  meas  Albane  parvitate  quod  ego  in  ipsa  cella  donavi, 

&  Bertane,  &  fîlios  meos  &  filias  Witcario  nie  propter  Deum  aliunde  adjuvet  &  sub- 

&  Hildehelmo  &  Helinbruch,  uxores  meas  veniat,  sicut  decet,  abbatem  suos  benivolo 

Witburg  &  Cunegunde,  pro  nos  omnibus  animo   regere.  Nam  non  adminuet  de  ipsa 

superius  nominatos  dono  ad  sacrosanctae  parvitate  ad   ipsos  fratres,  dummodo  ipsa 

])asilicae ,    qui    est    constructa    in    honore  cella  subjecta   fuerit  ad  Aniana   monaste- 

sancto  Salvatore  8c  sanctae  Mariae  semper  rio,  sicut  superius  diximus.  Si  quis  vero, 

virginis,  seu   sancti   Pétri  &  sancti  Pauli  quod  futurum  esse  non  credo,  si  ego  ipse 

&  sancti  Andreae  &  sancti  Michaëlis,  vel  aut  aliquis  de  haeredibus  meis,  vel  quisli- 

omnium  apostolorum,  in  illa  cella  Gellonis,  bet  persona,  qui  contra  hanc  donationem 

quem  ego  superius  nominatus  Willhelmus  meam,  quam  ego  prumpto  animo  vel  ple- 

per  consilio  domni  abbatis  Benedicti   seu  nissima  voluntate  iieri  rogavi,  venire  aut 

agere  tentaverit,  si   ille  sine  peccato  est, 

•  C'est-à-dire  dimanche.  forsitan  potest  nostra  totorum  peccata  por- 

'  Ce  second  ncte  est  tiré  du  cartulaire  d'Aniane.  t^^^.    Nam    si    ille    ,am    peccavit,    puto   se 

Voyez  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  gravare  sua  &  nostra  sustinere  veht  &  pro 

t.  2,  p.  177,  un  article  de  M.  Thomassy  sur  les  deux  utriusque  rationem  reddere  :  quia  nos,  Deo 

chartes  de  Gellone,  où  il  prouve  que  la  première  juvante,  per  istam   donationem  speramus 

seule  est  authentique,  &  que  la  seconde,  celle  du  aliquid  de  nostra  minuari  peccata  j  &  in- 

i5   décembre,  a    été   fabriquée   au  onzième  siècle,  super   non  valeat   vindicare    quod    repetit, 

dans  l'intérêt  des  prétentions  de  l'abbaye  d'Aniane,  g^j  inférât  ad  fisco  auri  libra  I,  &  haec  do- 

qui   essayait,  à  ce  moment,  de  s'assujettir  l'abbaye  ^^^j^  ^^^  ^^^^  permaneat  Omni  tempore. 

de  Gellone.  Les  principales  preuves  qu'il  donne  de  ..,  ,  ^.  ,,,^^^^  1     1    „  1    „  •„,,„..:: 

,    /   ,     /    ,     ,*^  .      „"     ,  ,  ,  Facta  donatione  xviil  kalendas    anuarii, 

ce  fait  sont  la  barbarie  du  latin,  1  incohérence  de  ,  -.t 

,       , ,      .  £     1.     •  j     1  .  anno  XXXIIII  régnante  domno  nostro  Ka- 

la    rédaction,  enhn   1  existence  de  documents -au-  " 

thentiques  contredisant  les  affirmations  de  la  charte  rolo  ,   rege   FrancOrum    &  Longobardorum 

fausse.  Voir,  au  tome  IV  de  la  présente  édition,  ac    patricio    Romanorum  ,    &   anno  1 1 1 1 

la  p.  538.  [E.  M.]  Christo   propitio   imperio   ejus. 


An 
804 

Ed.orig, 

t.  I, 
col.  33. 


69 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


70 


An 

806 


Kd.orii,' 

t.  I, 
col.  34. 


vineas  rétro  Calmes.  In  Thomarîolas  vineas 
duas  modiatas  &  campestresj  in  Monteni- 
gro  mansos  quinque  cum  toto  vineario, 
quem  vocant  Oliveto;  in  villa  Siniciacho 
mansos  septemj  in  villa  Bajas  mansos  très; 
Donation  du  même  comte  à  Vahhaye      j„  ^iUa  Sorbes  mansum   unum;  in  Fano 


An 
80Ô 


17.  —  XIII 


de  Gellone 

H  ANC  omnem  honorem  adquisivit  S.  Wil- 
lelmus,  princeps  totius  Galliae  finibus, 
a  dominis  &  piissimis  Karolo  &  Ludovico 
imperatoribus,  sibi  ipsi  principes  conce- 
dentes  ex  fiscibus  &  omnibus  in  monasterio 
Gellonensi  Deo  militantibus,  ecclesiam  sci- 
licet  Sancti  Paragorii  cum  omnia  quae  ad 
ipsam  pertinent,  Miliciacum  videlicet  & 
Campaniacum ,  Sedratis  cum  ipsius  loci 
ecclesiam  Sancti  Saturninij  hic  ipse  aliam 
villam,  quam  vocant  Margarania,  cum  ec- 
clesia  Sancti  Felicis.  Et  in  alio  loco  cellam, 
quam  vocant  Creixellam,  &  ecclesiam  Sancti 
Genesii  Ledenis  cum  ipso  fisco,  aliam  vil- 
lam, quam  vocant  Brunaute,  alium  villare, 
quem  dicunt  Stagnole,  alium,  quem  vocant 
Cellam  •  hic  ipse  alium  villare,  quem  vo- 
cant Os  j  alium  villare,  quem  vocant  Agre 
cum  ipso  bosco;  alium  villarem,  quem  vo- 
cant Graixamarias  ;  hic  ipse  alium  villarem, 
quem  vocant  Exita  ;  aliam  villam,  quem  vo- 
cant Faxatis;  alium  villarem,  quem  vocant 
Castrias  cum  ecclesiam  Sancti  Martini,  & 
quantum  ad  ipsam  ecclesiam  pertinetj  alios 
villares  duos,  unumTuda,  &  alium  Tudeta; 
aliumvillarem,  quem  vocant  Balmam  ;  aliam 


Willemo  mansum  unum;  in  Anaja  mansos 
quatuor;  in  Lavania  mansum  unum,  &  in 
alia  Lavania  mansos  duos;  in  villa Anglares 
mansum  unum;  in  villa  Pruliano  mansos 
duos;  in  villa  Anthora  mansum  unum. 
Hune  alodem  superius  resonatum  adquisi- 
vit domnus  Willelmus,  Karolo  &  Ludovico 
imperatoribus,  &  est  originale  ex  parte,  & 
ex  parte  impériale,  &  ex  parte  dimiserunt 
homines  pro  remedio  animarum  suarum. 
Et  ego  Juliofredus  abba ,  consanguineus 
Karoli  imperatoris ,  feci  hanc  cartam  seu 
hoc  testamentum  scribere  Ingilbodo  pres- 
bytero  meo  pro  memoria,  ut  si  defecisset 
vita,  non  defecisset  paginula. 


18.  —  XIV 

Charte  du  roi  Louis  le  Débonnaire , 
en  faveur  de  Vahhaye  de  Saint- 
Guillem  du  Désert^, 

N  nomlne  Domini  Jesu  Christi.  Ludovicus 


1  divina  ordinante  providentia  rex  sere- 
nissimus  Aquitaniae.  Quoniam  cogitandum 
villam,  quam  vocant  Reyis,  cum  ipsam  ec-      nobis  est,  qualiter  aeterni  Régis  amorem, 


An 

807 

28  dé- 
cembre. 


clesiam  Sancti  Martini  ;  aliam  villam,  quam 
vocant  Pauchiaco;,alium  villare  Calmidios. 
In  villa  Ulmes  mansum  unum  ;  \n  villa  Va- 
riatis  mansum  unum  5  i-n  villa  Calvates 
mansos  duos  ;  in  villa  Montilios  mansos 
duos;  in  villa  Launates  mansum  unum; 
in  villa  Millario  mansos  duos  ;  in  villa 
Isiates  mansum  un^m;  in  vill^  Cuguciaco 
mansum  unum;  in  fisco  Gabriaco  mansos 
quinque;  in  villa  Calmes  mansum  unum; 
in  villa  Feviles  mansos  duos;  in  villa  Rohas 
ecclesiam  Sancti  Andreae  cum  omnia  quae 


obsistente  peccatorum  pondère,  amittere 
non  possimus,  locis  insistentibus  divinis 
cultibus  placuit  largiri  propter  regnum 
aeternum  Salvatoris  nostri  ejusque  inibi 
sibi  famulantibus  bénéficia  opportuna , 
quatenus  ab  illo  remunerati  gaudio  sine 
fine  mereamur  perfrui.  Ideo  notum  esse 
volumus  omnibus  fidelibus  praesentibus  & 
futuris,  quod  petente  domno  Guillelmo 
monacho,  qui  in  aula  genitoris  nostri  Ka- 
roli augusti  comes  extitit  clarissimus,  sed 
pro  Dei  amore  meliorem  exercens  vitam 


ad  ipsam  pertinent.  In  villa  Maderi  mansos      studuit  esse  pauper  recusando  sublimia,  ob 
très  cum  uno  molino  optimo,  &  ad  ipsas 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Saint-Guillem  du 
'  Cartulat.ii'e  de  l'abbayt  de  Geljone,  f°  3.  —  Ma-       Désert,  f°  91 .  —  Acta  Sanctorum  ordinis  sancti  Bv- 
billon.  Annales  ordinis  S.  Bonedicti,  t.  2 ,  p.  718.        nedïcti,  saec.  4,  part,  i,  p.  5o. 


An 

807 


71 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


72 


inrevocabilem  vero  suae  dilectionis  circa 
nos   fidelitatem    petitioni   ejus   praebeates 
assensum,  placuit  nobis,  tam  pro  mercedis 
nostrae  augmento,  quam   pro  amore  ejus, 
ad  monasterium  quod  dicitur  Gelloni,  si- 
tum  in  page  Lutovense  juxta  fluvium  Araur, 
subtus  castrum  Virduni,  sacratum  in  ho- 
nore   Domini    &    Salvatoris     nostri     Jesii 
Christi,  &  sanctae  Mariae,  sanctique  Mi- 
chaëlis,  ac  sanctorum   apostolorum   Pétri 
&  Pauli  &  sancti  Andreae  omniumque  apos- 
tolorum,   constructum   a    jamdicto    comité 
Guillelmo   in  causa   nostri   genitoris,   ubi 
Juliofredus  rector  &  abbas  praeesse  vide- 
tur,  aliquid  ex  rébus  tradere  nostris;  id  est 
fîscum  quemdam    nostrum   in  pago  Biter- 
rense,  qui  dicitur  Miliacus  ,    cum  villa  & 
ecclesia  Sancti  Paragorii,  &  Miliciano  villa 
atque  Campaniano,  cum  omnibus  appen- 
diciis  &  adjacentiis  suis  sub  omni  integri- 
tate,  sicut  a  misso  nostro  comité  Gotcelmo 
per  cruces  in  lapidibus  sculptas  seu  decur- 
sus  aquarum  in   terminationibus   traditum 
&  assignatum   est,   a  genitore   nostro   &  a 
nobis  possessum.  Et  in  pago  jamdicto  Lu- 
Ed.orig.    dovense  locum  qui  dicitur  Gastrias,  vulgare 
coi. 35.    autem  Castra,  pastura    ad    pecora    eorum 
alenda,  cum  ecclesia  Sancti  Martini  cum 
terminis  &  adjacentiis  suis,  cum  omni  in- 
tegritate   ad   diversos   usus   eorum.   Et   in 
eodem  pago  villam  quae  dicitur  Magaran- 
tiatis  cum  ecclesia  Sancti  Felicis,  cum  om- 
nibus appendiciis  &  adjacentiis  suis.  Hono- 
rem  vero  illum,  quem  domnus  Guillelmus 
seu  alii  fidèles  per  instrumenta  chartarum 
praefato  monasterio  tradiderunt,  in  qui- 
buscumque  locis  sit,  quaeque  etiam  dein- 
ceps  in  jure  ipsius  sancti  loci  per  nos  aut 
per  alios  voluerit  divina  pietas  âugeri,  to- 
tum  nos  pro  aeterna  remuneratione  prae- 
dicto  monasterio  concedimus,  ut  perpetuis 
temporibus  in  alimonia  pauperum  &  sti- 
pendia monachorum  ibidem  Deo  famulan- 
tium  proficiat  in  augmentum.  Haec  omnia 
praescripta  cum  ecclesiis,  villis,  villaribus, 
domibiis,  aedificiis,  campis,  terris,  vineis, 
olivetis,    silvis,    garricis,    pratis,    pascuis, 
molendinis,  aquis  aquarumque  decursibus, 
perviis,  exitibus,  &  regressibus,  cultis  & 
incultis,  cum  omnibus  adjacentiis  earum, 
totum    &    integrum    praedicto    monasterio 
Gellonensi    per   hanc    donationis   auctori- 


tatem  perpetualiter  concedimus  ad  haben- 
dum  :  ita  videlicet,  ut  quidquid  ab  hodierno 
die  &  tempore  de  praedictis  rébus  facere  vel 
ordiuare  vel  etiam  disponere  habitatores 
hujus  loci  voluerint,  libero  in  omnibus 
perfruantur  arbitrio  faciendi.  Godolelmus 
notarius  ad  vicem  Guigonis  recognovit.  Da- 
tuin  hoc  praeceptum  v  kalendas  januarii, 
indictioue  x,  auno  xxvil  domni  Ludovici 
regni,  Tolosae  publiée,  Karoli  vero  im- 
perii  viii.  Et  ut  haec  auctoritas  nostris 
futurisque  temporibus  ,  Domino  prote- 
gente,  valeat  inconcussa  manere,  manu 
propria  subscripsimus,  &  anuli  nostri  im- 
pressione  si'gnari  jussimus,  in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen.  Signum  domini  Ludovici, 
clementissimi  régis. 


ig.    _    XV 

Donation  faite  à  Vahhaye  d'Aniane\ 

MAGNUS  est  titulus  cessionis  in  quo 
nemo  potest  actum  largitatis  irrum- 
pere  ,  sed  quidquid  grato  animo  &  pro- 
pria voluntate  donatur  libenter,  débet  ei 
cui  conlata  fuerit  cessio  irrevocabili  modo 
perenniter  stabilitum.  Nos  propterea  in 
nomine  Dei  Trudoinus  &  Salomon,  advo- 
cati  Autscindanae  abbatissae  necuon  & 
seniorissae  nostrae,  sicut  nobis  praecepit 
simulque  injunxit,  ut  ad  illius  vicem  vel 
nomen  donare  vel  tradere  deberemus,  pro 
remedio  animae  illius  vel  propter  at-ter- 
nam  retributionem,  ut  diguam  apud  Deum 
valeat  invenire  gratiam.  Idcirco  nos  jam- 
dicti  donamus  donatumque  in  perpetuum 
esse  volumus  ad  monasterium  Anianum , 
quod  est  constructum  in  territorio  Mag- 
dalonense  super  fluvium  Anianum,  in  ho- 
nore sanctae  Dei  genitricis  Mariae  &  sancti 
Salvatoris,  necnon  &  rectoribus  ipsius  mo- 
nasterii  praesentibus  &  futuris,  ubi  Bene- 
dictus  vir  venerabilis  abba  una  cum  con- 
gregatione  ;  ideoque  donamus,  atque  de 
praesenti  tradinius  res  quae  sunt  in  terri- 
torio Nemausensi,  suburbio  Castro  Andu- 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  d'y\niane. 


An 
807 


Vet 

8i( 


73 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


74 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  36. 


An 
812 


sianensî,  sive  infra  ipsum   paguni,  villam  Christianus,  Elpericus,  Homo-Dei,  Jacen- 

cui  vocabulum   est  Berthomates   ab  omni  tius,  Esperan-Dei,  item  Stephanus,  Zolei- 

integritate,  sicut  ab  Adebraldo  sive  ab  ipsa  nian,   Marchatellus,  Theodaldus,  Parapa- 

Aiitscindana  habita  vel  possessa  est,  ita  &  rius,  Gomis,  Castellanus,  Ardaricus,  V/asco, 

nos  ipsam  villam  donamus  atque  tradimus  Wisisiis,  Witericus,  Ranoidus,  Sunicfredus, 

ad  partem  praefati  monasterii;  hoc  est  cum  Amancio,  Cazerellus,  Longobardus,  Zate, 

mansis,  campis,  curtis  &  hortis,  cum  exeis  militeis,  Odesindus,  Walda,  Roncariolus , 

&   regressis,   cum    ecclesia   Sancti    Hilarii  Maure,  Pascales,  Simplicio,  Gabinus,  So- 

constriicta,  necnon  aliis  ecclesiis  quae  in-  lomo  presbyter  ad  nos  venientes,  suggessc- 

fra  terminum  de  ipsa  villa  fundata  fuerint,  rint  quod  multas   obpressiones   sustineant 

cum  ogiatis  &  mansionibus  ad  Bertomates  de  parte  vestra  &  juniorum  vestrorum.  Et 

aspicientibus,  cum  terris  cultis  &  incultis,  dixerunt  quod  aliqui  pagenses  fiscum  nos- 

cum  vineis  &  arboribus  superpositis,  cum  trum  sibi  alter  alterius  testificant  ad  eoruni 


pratis,  pascuis,  silvis,  garricis,  cum  mo- 
linis  &  molendinis ,  aquis  aquarumque 
decursibus,  cum  omnibus  appendiciis  & 
adjacentiis  suis,  vel  supposito  cum  rébus 
inexquisitis,  omnia  &  ex  omnibus.  Sicut 
suprascriptum  est,  ab  ipsa  abbatissa  ipsa 
responsa  fuerunt,  ita  nos  praedicti  Tru- 
doinus  &  Salomon  advocati,  ad  vicem  ip- 
sius  ad  monasterium  praenominatum  do- 
namus &  de  praesenti  tradimus  ;  in  ea 
vero  ratione,  ut  quidquid  post  hune  diem 


proprietatem,  &  eos  exinde  expellant  con- 
tra justiciam,  &  tollant  nostram  vestituram, 
quam  per  triginta  annos  seu  amplius  vestiti 
fuimus,  &  ipsi  per  nostrum  donitum  de 
eremo  per  nostram  datam  licentiam  re- 
traxerunt.  Dicunt  etiam  quod  aliquas  villas 
quas  ipsi  laboraverunt,  laboratas  illis  eis 
abstractas  habeatis,  &  beboranias  illis  su- 
perponitis  &  saiones  qui  per  fortia  super 
eos  exactant.  Quamobrem  jussimus  Johanne 
archiepiscopo  misso  nostro,  ut  ad  dilectum 


exinde    rectores    ipsius    monasterii   facere      filium   nostrum  Lodoicum  regem  veniret, 
aut  judicare  voluerint,  in  Dei  nomen  ma-      &  hanc  causam  ei  per  ordinem  recitaret. 


neat  ejus  plenissima  potestas. 


20.    —   XVI 


Et  mandavimus  illi  ut  tempore  oportuno 
illuc  veniens,  &  vos  in  ejus  presentiam 
venientes  hordinare  faciat,  quomodo  aud 
qualiter  ipsi  Ispani  vivere  debeant.  Prop- 
terea  bas  litteras  fieri  precepimus  atque 
demandamus,  ut  neque  vos  neque  juniores 
vestri  memoratos  Ispanos  nostros,  qui  ad 


Diplôme  de  Charlemagne   en  faveur     nostram  fiduciam  de  Ispania  venientes  per 


I 


des  Espagnols  établis  dans  la  Gothie 
6*  dans  la  Septimanie\ 

N  nomine  Patris  &  Filii  &  Spiritus  Sancti. 
Karolus  serenissimus    augustus,  a  Deo 


nostram  datam  licentiam  erema  loca  sibi 
ad  laboricandum  propriserant,  &  laboratas 
habere  videntur,  nullum  censum  super- 
ponere  praesumatis,  neque  ad  proprium 
facere  permittatis  ;  quoadusque  illi  fîde- 
coronatus,  magnus,  pacificus  imperator,  les  nobis  aut  filiis  nostris  fuerunt,  quod 
Romanum  gubernans  imperium,  qui  &  per      per  triginta  annos   abuerint  per  aprisio- 


misericordiam  Dei  rex  Francorum  &  Lan- 
gobardorum,  Berane,  Gauscelino,  Giscla- 
fredo  ,  Odilone,  Ermengario  ,  Ademare, 
Laibulfo,  &  Erlino  comitibus.  Notum  sit 
vobis  quia  isti  Ispani  de  vestra  ministeria, 
Martinus  presbyter,  Johannis ,  Quintila, 
Calapodius,  Asinarius,  Egila,  Stephanus, 
RebelliSjOfilo,  Atila,Fredemirus,Amabilis, 

'  Archires  de  l'église  de  Narbonne;  copie,   la- 
tin   II  01  5,  f  8.  —  Baluze,  Capital,   t.    i,  p.  ^ÇÇ- 


nem,  quieti  possideant  &  illi  &  posteritas 
eorum,  &  vos  conservare  debeatis,  &  quic- 
quid  contra  eis  justiciam  vos  aud  juniores 
vestri  factum  habetis,  aut  si  aliquis  eis  in- 
juste abstulistis,  omnia  in  loco  restituere 
faciatis,  sicuti  gratiam  Dei  &  nostram  vultis 
abere  propiciam.  Et  ut  certius  credatis, 
de  anulo  nostro  subter  sigillari  jussimus. 
Guidbertus  diaconus  ad  vicem  Ercambaldi 
recognovit.  Data  un  nonas  aprili,  anno 
Christo  propicio  imperii  nostri  xii,  regni 


An 
812 


Éd.orig. 

t.  I. 
col.  37. 


An 
812 


75 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


76 


An 
81Z 

26 
février. 


An 
8i3 


An 
8i3 

7  jan 
viei". 


vero  in  Francia  [x]liiii,  atque  xxxviii 
in  Italia,  indictione  quinta.  Actum  Aquis- 
grani  palacio  regio,  in  Dei  nomine  féli- 
citer. Amen. 


potest,  sed  iter  quo  cuncti  gradiuntur, 
exsequitur.  Et  quia  pro  bonis  operibiis 
pius  Dominus  fructum  purgare  non  dedig- 
natur  quemlibet  a  sordibus  peccatorum, 
unde  mihi  in  hoc  saeculo  ipse  largire  jus- 
sit,  vota  mea  persolvo,  &  pro  abluendis 
meis  peccatis  vel  de  parentes  meos,  qui 
defuncti  sunt,  id  est  Theobrando  genitore 
meo,  &  Adiasiane  génitrice  mea,  &  ger- 
mano  meo  Folcoteo ,  &  uxore  mea  Ro- 
trude,  pro  nobis  omnibus  supranominatis, 
dono  ad  praeviventibus  vel  Deo  servienti- 

^,,„,o  •      n\         11  bus,  praesentibus   &    futuris   dono    dona- 

SOGUESINDUS    &  uxor  e  us  Clameldesana  '  '  ,     . 

.     ,.,  ..    A    •      •      i,u   *•      T       111         tumque  esse  volo  in  perpetuum  pro  bona 

vindiderunt   Aniani    abbati ,    Laudaldo  ,^  .  .,      .       '     /  ^ 

ecclesiae   retributione  •   hoc    est   res    infra 


21. 

Extraits  de  deux  chartes  concernant 
Vabhaye  de  Caunes. 


presbitero  vel  monachis  servientibus  in 
monasterio  Libras,  salinas  positas  in  terri- 
torio  Narbonense,  loco  dicto  Capestang 
positas  cum  suis  auctariis  &  adjacentiis, 
pretio  duodecim  solidorum.  Actum  iiii  ka- 
lendas  martias,  annO  XI i  imperante  do- 
mino Karulo. 

Ermenoldus  vendidit  quandam  terram 
in  territorio  Narbonense,  suburbio  Ven- 
taionense,  infra  terminos  villae  Obiles  si- 
tam,  Anno  abbati,  anno  Xiii  domino  Ka- 
rulo imperante. 


22. 


civitate  Nemauso,  id  est  mansum  seniore, 
ubi  ipse  commanere  videor,  cum  reliquis 
mansis  ad  ipsum  mansum  aspicientibus, 
cum  aedificiis,  &  arboribus  superpositis , 
cu.m  perviis  &  vadiis,  campis,  terris  arabi- 
libus,  aquis  aquarumve  decursibus,  hortis, 
&  vineis  &  mostalibus,  omnia  &  in  omni- 
bus, totum  &  ab  integro  seu....  in  exquisi- 
tione,  quod  mihi  ex  comparatione  obvenit 
vel  donatum  fuit,  cum  omnibus  appenditiis 
vel  adjacentiis  suis,  quidquid  infra  muros 
ipsius  civitatis  visus  sum  habere  vel  possi- 
dere,  excepto  quod  Aldesidae  &  Desidera- 
tae  fîliae  Antioci  reddidi;  caetera  omnia 
ad  praefatum  abbatem  dono  atque  trans- 
firmo.  Et  in  surburbio  ipsius  civitatis,  hoc 
est  in  loca  nuncupante  Rutiliano  &  Ar- 
cuelles,  omnia  quicquid  in  ipsa  loca  com- 
Donatwn  de  Braîdingus  au  monastère  paravi  vel  mihi  donatum  fuit,  hoc  est  in 
d'Anîane^,  aedificiis,  curtis,  oglatis,   arboribus   po- 

miferis  &  inpomiferis,  aquis  aquarumve 
■ENERABILT  in  Christo  patri  Bene-  eductibus  vel  decursibus,  terris  &  vineis, 
dicto,  abbati  de  monasterio  Aniano,  cultis  &  incultis,  pratis,  pascuis,  silvis, 
qui  est  constructus  in  pago  Magdalonense,  garricis,  farinariis,  concidis,  communiis, 
super  fluvio  Aniano  ,  in  honore  sanctae  mostalibus,  omnia  &  ex  omnibus,  totum  & 
Mariae  &  sancti  Salvatoris  vel  reliquorum  ab  integro  rem  quod  ego  in  praefata  loca 
sanctorum.  Ego  in  Dei  nomine  Braidingus,  habeo,  dono  ad  supradicto  abbate  vel  prae- 
recogitans  fragilitatem  humanae  carnis ,  fato  monasterio.  Et  in  villa  Armacianicus, 
quia  dum  quis  vivit  in  saeculo  de  futuro  quae  sita  est  in  littoraria  infra  pago  Ne- 
semper  débet  tractare,  ut,  cum  ad  suum  mausense,  res  quod  ego  Rotrudi  uxori 
venerit  transitum,  portae  ei  aperiantur  jus-  meae  per  articulum  donationis  tradidi  aut 
ticiae,  &  dum   mortem  quis   evadere  non      quas  ipsa  mecum  semel  in  conjugio  posita 

conquisivit,  &  ipsa  mihi  ipsas  scripturas, 

■  Bibliothèque  nationale.  Mo«a5f;co«  ^ene^iicn-       P^o   SUO    guadio,    coram    bonis    hominibus 

num,  t.  7.  Latin  12664,  f°  ^yS  v«.  tradidit  atque  injunxit,  ut  ego  in  eleemo- 

»  Mabillon,  Annales  ordinis  S.  Bened'ict'i,  t.  2,      syna  ipsius  ad  praefatum  abbatem  vel  mo- 

append.  pièce  xl.  nasterio  traderem   atque  consignarem  vel 


v 


An 
8i3 


An 
8i3 


11 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


78 


cartulam  donationis  facerem,  sicut  &  feci  ; 
&  doiio  in  jamdicta  villa  Armacianicus 
niansum  seniore,  ubi  nos  ipsi  commanere 
videbamur,  cum  reliquis  mansis  ad  ipsum 
mansum  aspicientibus,cum  curtis  &  hortis, 
oglatis,  &  aga  &  régressa,  terris  &  vineis, 
pratis,  pascuis,  silvis,  garricis,  arboribus 
pomiferis  &  inponiiferis,  aqiiis  aquarumve 
eductibus  atqiie  decursibus,  eorum  terras 
cultas  &  incultas,  oninia  &  ex  omnibus, 
sicut  a  nobis  habitum  vel  possessum  fuit, 
excepto  quod  aliquibus  pauperibus,  qui 
mihi  vindiderant,  per  eleemosinam  red- 
didi.  Et  in  villa  Teliano,  quidquid  infra 
terminum  ipsius  villae  visi  sumus  habere, 
excepto  odatos,  exaga  &  régressa  eorum, 
quod  reddidi  similiter.  Et  in  villa  Nocero, 
quidquid  visus  sum  habere  ibi.  Et  in  villa 
Novicius  similiter.  Et  in  villa  Malas-Pel- 
les  vel  ad  terminum  ipsius  villae  quidquid 
visus  sum  habere.  Et  in  villa  Novicianicus 
domos  cum  curtis,  hortos,  odatos,  exaga  & 
régressa  eorum,  terras,  vineas  cultas  &  in- 
cultas, arboribus  pomiferis  &  impomiferis, 
pratis,  pascuis,  silvis,  garricis,  aquis  aqua- 
rumve eductibus,  sicut  a  me  habitum  vel 
possessum  fuit.  Et  ad  superna  Arenaria 
terras  cultas  &  incultas,  silvis,  pascuis  & 
pratis,  aquis  aquarumve  decursibus,  vel 
quidquid  in  ipso  loco  visus  sum  habere  vel 
possidere,  excepto  quod  monasterio  Sancti 
Pétri  Psalmodiensi  dedi.  Similiter  &  villa 

Pauliaco,  ubi  vocant  ad  Sum Campa- 

nera,  ipsa  villa  ab  omni  integritate,  man- 
sum seniore  cum  reliquis  mansis  ad  ipsum 
mansum  aspicientibus,  curtes,  exagae  & 
regressae,  terras  &  vineas  cultas  &  incul- 
tas, ortos,  oglatis,  arboribus  pomiferis  & 
inpomiferis,  pratis,  pascuis,  silvis,  garricis, 
aquis  aquarumve  eductibus,  una  cum  mo- 
linare,  qui  est  in  ipso  rio  Ponderae,  &  est 
infra  terminum  de  villa  Silvinianicus.  Si- 
militer &  in  villa  Silyinianicus  omnia  & 
ex  omnibus,  quibus  visus  sum  habere  vel 
possidere.  Et  in  villa  Calvanianicus  simi- 
liter domos,  curtes,  oglatos,  ortos,  exaga 
&  régressa  eorum,  terras  &  vineas  cultas 
&  incultas,  pratis,  pascuis,  silvis,  garricis, 
aquis  aquarumve  eductibus  atque  decursi- 
bus, cum  omni  adjacentia  loci  ipsius,  quid- 
quid ibi  visus  sum  habere.  Et  in  pago  Uce- 
tico,  in  valle  Cathomico,  in  villa  Combates, 


quidquid  ibi  visus  sum  habere.  Similiter 
in  pago  Ucetico,  in  valle  Mediogongo,  villa 
nuncupante  Octubriaco ,  id  est  mansum 
seniore,  ubi  ego  ipse  commanere  videor, 
cum  reliquis  mansis  ad  ipsum  mansum  aspi- 
cientibus, cum  aedificiis  &  arboribus,  ter- 
ris, vineis,  pratis,  pascuis,  silvis,  garricis, 
arboribus  pomiferis  &  inpomiferis,  aquis 
aquarumve  decursibus  cum  omni  adjacen- 
tia sua,  sicut  a  me  habitum  vel  possessum 
fuit.  Et  in  pago  Magdalonense,  in  villa 
Marcilianicus,  omnia  quidquid  ibi  visus 
sum  habere  vel  possidere.  Et  in  pago  Ga- 
valdanense,  in  valle  Aarnisca,  super  ripam 
ipsius  fluminis,  hoc  est  in  villa  quae  dici- 
tur  Villaris,  sive  Bitnisco  &  Colades,  nec- 
non  &  in  alio  loco  medietatem  de  villa 
quae  dicitur  Viladis,  quae  est  in  pago  Uce- 
tico juxta  Bosera.  Et  in  alio  loco,  in  ipso 
pago,  medietatem  de  villa  quae  dicitur  Sul- 
phorarias.  Ipsas  quoque  villas,  ut  supra- 
scriptae  sunt  &  in  hac  cartula  donationis 
meae  continentur,  dono  atque  de  prae- 
sente  trado,  tam  in  domibus  quam  in  edi- 
ficiis,  in  curtis,  in  hortis,  ogladis,  exega  8c 
régressa,  terris  cultis  &  incultis,  pratis, 
pascuis,  silvis,  garricis,  cum  arboribus  po- 
miferis &  inpomiferis,  cum  molinis  &  mo- 
lendinis,  aquis  aquarumve  eductibus  vel 
decursibus,  cum  omnibus  adjacentiis  eorum 
vel  rébus  inexquisitis,  omnia  &  ex  omni- 
bus, sicut  a  me  ipsae  res  suprascriptae 
habitae  vel  possessae  fuerunt,  excepto  quod 
reddidi  seu  perdonavi.  Caetera  omnia,  sicut 
jam  dixi,  a  parte  praedicti  monasterii  sive 
rectoribus  ipsius  praesentibus  &  futuris 
dono,  trado  atque  transfundo,  in  ea  ra- 
tione,  ut  quidquid  post  hune  diem  exinde 
facere  aut  judicare  voluerint,  liberam  & 
firmissimam  in  omnibus  habeant  potesta- 
tem.  Si  quis  vero,  quod  futurum  esse  non 
credo,  si  ego  ipse,  aut  alius  quis  de  heredi- 
bus  meis  vel  proheredibus,  seu  quilibet  ulla 
extranea  persona  supposita  vel  commissa, 
quae  contra  hanc  donationem  meam,  quod 
ego  prompto  animo  vel  plenissima  volun- 
tate  fieri  rogavi,  venire  aut  agere  tenta- 
verit,  si  ille  sine  gravi  peccato  cogitet,  si 
forsan  possit  nostra  totorumque  peccata 
portare.  Nam  si  ille  jam  peccavit,  puto  se 
multum  gravare  vult,  sucs  &  nostros  susti- 
nere  velle  &  tantorum  peccatorum  ratio- 


An 
8i3 


An 
8i3 


79 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


80 


Ed. 

orig. 

col 

.37. 

V, 
8 

ers 
i3 

nem  reddere,  quia  nos,  Deo  adjuvante,  per 
istam  donationem  speramus  nos  aliquid  de 
nostra  minuere  peccata.  Insuper  qui  hoc 
agere  temptaverit ,  inférât  eum,  distrin- 
gente  fisco,  argenti  pondéra  V,  aurique  li- 
bram  unam  coactus  exsolvat,  &  quae  re- 
petit vindicare  non  valeat  ;  sed  praesens 
donatio  a  me  facta  omni  tempore  firma  & 
inviolabilis  permaneat,  stipulatione  sub- 
nixa.  Facta  sollemniter  donatione  sub  die 
VII  idus  januarias,  anno  XLV  régnante  glo- 
riosissimo  domino  Karolo  imperatore,  bé- 
nigne gubernante  Romanum  imperium. 
Signum  Braidingo,  qui  hanc  scripturam  do- 
nationis  fieri  volui  &  scribi  rogavi,  &  manu 
mea  signum  feci,  &  testes  roborare  rogavi. 
Sig.  Primus  rogitus  subs.  Chidemirus  rogi- 
tus  subs.  Benicus  rogitus  subs.  Erlomon 
rogitus  subs.  Richelmus  rogitus  subs.  Se- 
neardus  rogitus  subs.  Conrimirus  rogitus 
subs.  Julianus  rogitus  subs.  Wisinergus  ac 
si  indignus  diaconus,  qui  hanc  cartam  do- 
nationis  a  suprascripto  rogitus  scripsi  & 
subscripsi,  sub  die  &  anno  quo  supra. 


23.  —  XVII 

Le  comte  Béra  soumet  Vahhaye  d'Alet, 
qii^il  avoit  fondée j  au  pape  Léon  111 
6*  à  l'Église  de  Rome  ' . 

IN  Dei  omnipotentis  nomine.  Ego  Bera, 
gratia  Dei  cornes,  &  uxor  mea  Romella 
comitissa,  sani  mente  integroque  consilio, 
humanae  fragilitatis  memores,  ne,  quod 
absit,  repentina  praeveniamur  morte,  hanc 
cartam  donationis  fieri  volumus,  ut  dum 
de  rébus  humanis  ab  hoc  seculo  discesse- 
rimus  ipsique  vitae  nostrae  reddiderimus, 
tune  universa  quae  notamus  vel  notavimus 
firma  &  stabilita  permaneant,  atque  sta- 
tuentes  decernimus,  ut  plenissimam  obti- 
neant  roboris  firmitatem.  Primum  quod 
animae  christianae  coelestia  lucra  quae- 
renda  sunt,  ideo  placuit  nobis  Berano  co- 
miti  &  uxori  meae  Romellae  comitissae, 
ut  de  rébus  nostris  donare  debeamus  prop- 


ter  remedium  animarum  nostrarum  &  pa- 
rentum  nostrorum,  scilicet  proprium  nos- 
triim,  quod  mihi  Berano  comiti  advenit  a 
domno  &  genitore  meo  Guillelmo  comité, 
qui  nuper  fuit,  &  domno  imperatore  meo 
seniore  Carolo.  Donamus  ergo  vicum  nos- 
trum  dictum  Electum  &  monasterium  nos- 
trum  Sanctae  Mariae  fundatum  a  nobis 
eisdem  nostro  Domino  Deo  omnipotenti, 
&  domno  Petro  apostolorum  principi  urbis 
Romae ,  &  inclyto  papae  Leoni  Romano 
cunctisque  successoribus  ad  bene  peragen- 
dum  &  custodiendum  :  in  tali  vero  condi- 
tione  hoc  facio,  ut  ab  hodierno  die  &  dein- 
ceps  Romani  pontifices  sub  propria  ditione 
teneant,  ne  a  se  predictum  locum  abalie- 
nantes  vel  alias  quaslibet  subintroducentes 
personas.  Et  ut  dedicatio  ipsius  loci,  quae 
futura  est  te,  domne  Léo  pontifex,  favente 
& praecipientedecentissime fiât, missis  illuc 
sanctorum  apostolorum  reliquiis  &  colum- 
nam  martyrum  Christi,  precamur  insuper, 
ut  ad  honorem  genitricis  Dei  &  Domini 
nostri  Jesu  Christi  aliquam  portiunculam 
dominicae  Crucis  mittatis.  Iterum  rogo,  ut 
illud  monasterium  ita  liberum  sub  aposto- 
lica  deffensione  semper  permaneat,  ut  nulla 
magna  parvaque  persona,  neque  dux,  ne- 
que  comes,  neque  marchio,  vir  vel  femina, 
neque  ulla  clericalis  vel  laicalis  phalangia 
potestatem  habeat  nec  paratas,  nec  mar- 
chonaticos,  nec  teloneos,  nec  ullam  redi- 
titionem,  nec  ullum  censum  vel  judiciaria 
causa  ibi  requirat,  nisi  apostolica  potestas; 
&  ut  ita  sit  quod  suprascripsimus,  de  ter- 
tio in  tertio  anno  Romano  pontifici  vel  suo 
legato  locus  Electi  libram  argenti  persol- 
vat.  Tandem  si  ille  pontifex  bonus  obser- 
vator  &  custos,  sicut  suprascriptum  esi^  in 
omnibus  fuerit,  haec  omnia,  sicut  supra 
designatum  est,  cum  dicta  condonatione 
domino  nostro  apostolorum  principi  Pe- 
tro, &  Leoni  papae,  &  successoribus  ejus 
in  perpetuum  trado.  Et  est  manifestum  ut 
haec  scriptura  semper  firma  permaneat, 
manibus  nostris  subterfîrmamus  &  ab  his 
omnibus  firmare  rogamus.  Signum  Reco- 
sindus.  Signum  Astremirus.  Signum  Prodi- 
sus.  Signum  Bera  comes,  qui  hanc  donatio- 
nem fecit  &  testes  firmare  rogavit. 


Vers 
8i3 


Ed.  orig 
t.  1. 

col.  38. 


'  Archives  de  l'église  de  Narbonne. 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


82 


An 
8i3 

5  juin. 


24. 


XVIII 


Testament  d'un   seigneur  de  Septi- 
manie,  nommé  Dadila\ 

IN  Christ!   nomine.   Incipit  testamentum 
Dadilae  &  divisionale  bonorum 


Itqiiae  predictus  Dadila  omiies  omnino 
mancipiola  niea  utriusque  sexiis,  excepte 
quod  ad  nepotem  meam,  nomine  Agierli- 
nam,  donando  concessi,  id  est  Martino  & 
Verae,  &  ad  uxorem  meam,  nomine  Erme- 
gundis,  ancillam,  nomine  Primam,  &  Flodo- 
berto,  Teudericode,  Genituria,  Ilegundis, 
Ingulfredo  donando  concessi,  alios  vero 
ingenuos  &  absolutos  esse  voie,  ut  tan- 
quam  de  ingenuis  parentibus  nati  vel  pro- 
creati  fuissent,  ita  se  in  splendore  ingenui- 
tatis  manere  congaudeant  concessum  illis 
sit.  Omne  pecus  &  peculiareni  illoriim  mo- 
bilem  vel  immobilem,  quidquid  tempore 
meo  conquisierint,  aut  in  antea,  Deo  pro- 
pitio,  acquirere  potuerint,  faciendi  exinde 
quod  voluerint  in  Dei  nomine  habeant 
potestatem  :  patrocinium  vero  meum  vel 
defensionem,  ut  dum  vivo  mihi  deserviant, 
post  vero  meum  discessum  ubi  vel  ambu- 
lare  voluerint  liberam  in  Dei  nomine  ha- 
beant potestatem.  In  locum  vero  Salignacio 
&  Salignanello,  quod  ponitur  in  territorio 
Magdalonensi,  dono  atque  concedo  parti- 
bus  beati  Pétri  apostoli  monasterii  Psalmo- 
diensis  quidquid  in  praedicta  loca  habere 
videor  vel  possidere  de  luctuosa  quondam 
fîlia  mea  Dadana  ;  id  est  tam  in  domibus, 
curtis,  exitis  &  regressis  eorum,  sive  &  ba- 
silica  Sancti  Joannis,  Sancti  Juliani,  quae 
in  ipsa  villa  esse  dignoscitur,  in  hortis,  in 
terris,  in  vineis,  sive  cum  omnem  potesta- 
tem loci  illius,  quidquid  de  ipsa  luctuosa 
mihi  obvenit,  ut  ipsum  praenominatum 
monasterium  ad  proprium  sibi  vindicet 
atque  defendat,  pro  remedio  animae  meae. 
Ea  vero  ratione,  ut  ab  omnibus  custodia- 
tur  in  omnibus,  sicut  in  priore  scriptura 
quae  ad   ipsum  monasterium  Sancti  Pétri 

'  Archives  de  l'abbaye  de  Psalmodi  j  original. 


jamdudum  fieri  jussi   continetur 

In  alia  vero  loca,  de  ipsa  luctuosa  ad  filiam 

meam  Pauletam  dono  ac  reservo 

Ad  monasterium  Agnanénse, 

id  est  Sanctae  Mariae  &  Sancti  Salvatoris, 
dono  atque  concedo  omnem  portionem 
mihi  debitam  in  loco  Petronaco,  quod  po- 
nitur in  territorio  Ucetico,  id  est  in  domi- 
bus, curtis  cum  exeo  suo  &  regressu,  earum 
hortis,  terris,  vineis,  sive  &  in  vallem  vel 
molinis,  quae  ad  ipsa  loca  pertinent;  nec- 
non  &  in  pago  Rotenico  locum  Paccionaco 
sub  omni  integritate,  &  locus  Marionallus, 
quod  est  in  valle  Gardionenqua,  quidquid 
in  ipsis  locis  habere  videor  de  portione 
mea,  id  est  in  omnibus  curtis,  exeis  &  re- 
gressu earum,  hortis,  terris,  vineis  velT  .  . 

praestationem  in  locis  nominatis, 

ut  &  ipse  monasterium  hoc  sibi  vendicet 
ad  proprium  pro  remedio  animae  meae 
atque  deffendat  perenniter,  volo  atque  in- 
stitue. Ad  monasterium  vero,  quod  dicitur 
Conchis,  quod  est  in  honore  sancti  Salva- 
toris dedicatum,  quod  ponitur  in  territo- 
rio Rodenico,  dono  atcjue  concedo  locum 
Gressa  sub  omni  integritate  cum  omni  sua 
praestatione.  Et  in  locum  Vetulla  portio- 
nem mihi  debitam,  quae  de  quondam  patrc 
meo  Gregorio  mihi  obvenit;  id  est  in  do- 
mibus, curtis,  exeis  &  cum  regressu  ^- 
rum,  hortis,  terris,  vineis,  cultis  &  incultis 
vel  omni  praestatione  loci  ipsius,  ut  ipsum 
monasterium  pro  remedio  animae  meae  ad 
proprium  sibi  vendicet  atque  deffendat. 
Baucos  vero  meos  aureos,  quos  a  domino  ac 
piissimo  domino  Karolo  imperatore  accepi 
vel  ipse  mihi  donare  jussit,  ipse  cui  ego 
eleemosynam  meam  injunxero  pro  reme- 
dio animae  meae  in  sacerdotibus  ac  pau- 
peribus  erogare  faciat.  Vasa  argentea  vel 
aeramenta  auro  &  argento  vel  ferramenta, 
vel  quidquid  ullius  metalli  esse  videntur, 
vel  alia  ornamenta  &  vestimenta,  vel  sup- 
pellectile  domus  meae  Ermengaudis  sub 
omni  integritate,  una  cum  arma  mea,  quae 
ad  meum  opus  habeo,  id  est  in  spatis,  lan- 
ceis,  brugnis  &  in  scutis,  vel  alia  mobilia, 
vel  quadripedem  meum,  ipse  praedictus 
cui  eleemosynam  meam  injunxero  in  sa- 
cerdotibus &  pauperibus,  orfanis  &  viduis 
in  eleemosynam  pro  remedio  animae  meae 
erogare  faciat.  Hoc  vero  jubeo  atque  insti- 


An 
8i3 


Éd.orig. 
t   1, 

col.  39. 


An 
8i3 


83 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


84 


tuo,  ut  îpsî  monachi  vel  abbates  ad  ipsa 
monasteria  degentes  praedictas  res,  quas 
supra  praemisi,  per  praedictas  basilicas 
possidere  vel  elaborare  faciant,  nullusque 


In  Christi  nomine  Marteres,  ac  si  in- 
dignus,  diaconus  testamentum  rogatus  sig- 
navi. 

Aldemarus  clericus  a  suprascripto  hanc 


praesumat    de    potestate    eorum    ea    sub-      paginam  testamenti  scripsi  &  relegi,  sub 


An 
8i3 


Éd.orie 

t.  I, 
col.  40. 


trahere.  Hoc  vero  in  hac  pagina  testa- 
menti mei  annecti  placuit,  ut  dum  ego 
vivo  ista  omnia  suprascripta  sub  jure  & 
dominatione  mea  reservo*  post  vero  meum 
discessum,  praedicta  loca,  quae  ad  praedicta 
monasteria  concessi,  Ermegundis,  si  in  vi- 
duitate  permanserit,  post  partem  praedicta- 
rum  basilicarum  usufructuario  quoadusque 
vixerit  sibi  hoc  possidere  vel  tenere  fa- 
ciant. Hoc  vero  per  jura  &  per  ordinatio- 
nem  meam  institue  atque  jubeo,  ut  unus- 
quhque  hoc  quod  superius  scriptum   est, 


die  &  anno  quo  supra.  Explicit. 


Donation  faîte  à  Vabbé  Benoît  6-  au 
monastère  d^Aniane,  par  Aiglebert 
6*  sa  femme  Deda  '. 


M- 


A  GNU  s    est    titulus   cessionis    in   quo 
nemo  potest  actum   largitatis  inrum- 

sic  unusquisque  possidere  ac  facere  debeat,  père,  sed  quia  quid  grato  animo  &  promta 

sicut    per    hanc    paginam    testamenti    mei  voluntate  donatur  libenter  débet  ei  cui  con- 

iîeri  decrevi.  Et  si  quis  contra  hanc  pagi-  lata  fuerit  cessio  inrevocabili  modo  perem- 

nam  testamenti  mei  ire  aut  agere  conaverit  niter  stabilitum.   Ego  quidem  Aiglabertus 

ad  inrumpendum,  tamquam  ullus  de   hae-  &    uxor   mea    Deda   consideravimus    quam 

redibus  meis,  vel  quisquis  ille  sit gravem  sarcinam  peccatorum  habemus,  re- 

&  a  sancta  communione  extraneus,  &  in-  miniscimur  bonitatis  Dei  dicentis  :  Z)a<e  e/e- 

super  det  illi  parti,  cui  abstrahere  audeat  mosïnam,   £•   omnia  munda  erunt  vobïs.  De 

velvisus  est  abstulisse,  auri  libram  unam  illi  tanta  igitur  racione  &  pietate  Dei  confisi, 

perpetuo  habituram,  ista  vero  permanente  iccirco  per  hanc  epistolam  cessionis  nostre 

hac  pagina  testamenti  mei  reservata  firmi-  dono  donatumque  imperpetuum  esse  volo 

tate.  Facta  pagina  testamenti  mei  reservata  atque  de  jure  nostro  in  potestate  &  domi- 


firmitate.  Facta  pagina  testamenti  mei  sub 
*e  nonas  calendas  junias,  anno  XLVI  rég- 
nante domino  nostro  Karolo  imperatore. 

S.  Dadilani,  qui  hanc  paginam  testamenti 
mei  fieri  volui,  manu  mea  signavi,  feci,  & 
testes  adfirmare  rogavi. 

S.  Argimirus  diaconus  rogatus  a  supra- 
scripto in  hac  pagina  testamenti  manu  mea. 

S.  Ausebertus  rogatus  in  hac  pagina  tes- 
tamenti manu  mea. 

S.  Basila  rogatus  manu  mea. 

S.  Bonus,  ac  si  indignus,  presbyter  roga- 
tus a  suprascripto  in  hac  pagina  testamenti 
manu  mea. 

S.  Bertha  teste  in  hac  pagina  testamenti 
manu  mea.  Didannus  rogatus  scripsi. 

In  Christi  nomine  Joannes,  ac  si  indig- 
nus, episcopus  signum  feci. 

Ilarinus  presbyter,  qui  rogatus  hoc  tes- 
tamentum signavit. 

Audesindus,  ac  si  indignus,  presbyter 
rogatus  hanc  paginam  testamenti  manu  mea 
signum  feci, 


nacione  monasterii  Anianensis  in  honore 
sancti  Salvatoris  &  sancte  Marie,  qui  cons- 
tructus  est  in  territorio  Magdalonense  sub 
Montecalmense ,  &  ibi  Benedictus  abbas 
unam  congregacionem  monacorum  degere 
videntur.  Unde  ego  supradictus  Aiglubertus 
&  uxor  mea  Deda  ad  jam  supradicto  monas- 
terio  sive  ad  rectores  ipsius,  presentibus  & 
futuris,  tradimus  atque  donamus  res  nostras 
in  territorio  Biterrense,  in  villa  que  dicitur 
Granatiacar,  sive  infra  terminum  ipsius 
ville,  quantum  quidem  in  ipsa  villa  visi 
sumus  habere  vel  possidere,  vel  quicquid 
data  nostra  presencia  comparavimus,  cedi- 
mus  atque  tradimus  ab  omni  integritate  & 
superposito  suo,  terris  cultis  &  incultis, 
vineis ,  pomiferis  &  impomiferis,  aquis 
aquarumque  decursibus  suis  cum  omni 
jure.  Ista  omnia  superius  nominata  ad  jam 
supradicto  monasterio  tradimus  atque  do- 
namus,  &  de   jure   nostro   in   jure   ipsius 

'  Cartulaire  d'Aniane,  f"  i23  v°. 


An 

814 

14  mars. 


An 
814 


85 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


86 


monasterîi    &    potestate    tradimus    atque  quondam    cornes,   qui    ipsara   cellulam    in 

transfundimus,  ut  ab  hodierno  die  &  tem-  causa  domni  &  genitoris  nostri  construxit, 

pore  habeat,  adeat,  teneat,  possideat,  jure-  seu  &  alii  boni  homines  per  instrumenta 

que    imperpetuum    vindicet    ac   deffendat.  cartarum  tradiderunt  ;  necnon  &  in  prae- 

Sane  si  quis,  quod  minime  credimus  esse  dicto  pago  villam  quae  dicitur  Magaran- 

venturum,  quod  si  nos  aut  aliquis  de  hère-  tiate;  &  in  eodem  page,  in  loco  qui  dicitur 

dibus  nostris,  vel  quislibet  ex  adverso  ve-  Castra,  pastura   ad    pecora  eorum   alenda 

niens   supposita   vel   admissa,   qui    contra  cum  terminis  &  adjacentiis  suisj  in  pago 

hanc  cessionem  a  nos  facta  venire  tempta-  Bederense  fiscum  nostrum  Miliacus,  cum 

verit  seu  venerimus,  tune  componat  nobis  ecclesia  S.  Paragorii  &  Militiane  villam;  & 


in  vinculo  seu  componat  tantum  &  aliud 
tantum  vel  quantum  ad  eo  tempore  ipsas 
res  melioratas  valere  potuerunt,  &  accessio 
inrumpi  non  permittatur,  sed  plenissimam 
in  omnibus  obtineat  fîrmitatem.  Facta  car- 
tula  cessionis  pridie  idus  marcii,  anno  primo 
imperante  domino  Lodoico  imperatore. 
t  Aigluberti.  f.Dedam.  t  Mancioni.  f  Arte- 
frede.  f  Rihiberto.  f  Ardeberti.  t  Aiberti. 
t  Elpengna.  Atilius  presbiter,  ac  si  indig- 
nus,  monacus  rogitus  scripsit. 


in  pago  Magdalonense  castrum  quod  dici- 
tur Montecalmense,  situm  juxta  fluvium 
Araur,  cum  ecclesia  S.  Hilarii  &  terminis 
ejusdem  monasterii  Anianensis,  usque  ad 
terminos  eorum,  sicut  domnus  &  genitor 
noster  Karolus  bonae  memoriae  piissimus 
augustus  trans  ripam  praefati  fluminis  per 
suum  praeceptum  ad  proprium  antedictum 
tradidit  monasterium ,  excepto  proprium 
ingenuorum  hominum,  quod  infra  conja- 
cet.  Item  in  eodem  pago  illos  Segos  cum 
piscatoria,  quantumcumque  in  eodem  loco 
idem  genitor  noster  quondam  ad  suum 
habebat  opus,  qui  est  inter  mare  &  sta- 
gnum,  cum  ecclesia  &  villaribus  &  omnibus 
aspicientiis  vel  adjacentiis  suis.  De  silva 
Diplôme   de  Louis  le  Débonnaire,  en      vero  quae  eidem  fisco  adjacet,  concedimus 


26. 


faveur  de  Vabhaye  d'Aniane\ 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu  Christi.    Hludovicus    divina   ordi- 
nante  providentia  imperator  augustus.  Si 


eisdem  monachis  &  eorum  hominibus,  ut 
ad  usus  8c  ad  piscatorias  reemendandas , 
quantumcumque  necesse  fuerit,  ad  eorum 
utilitates  accipiant.  Pascua  etiam  ad  ani- 
malia  alenda  absque  ullius  hominis  impe- 


erga  loca  divinis  cultibus  mancipata  prop-      dimento,  ubi  voluerint   &  illi  &  homines 


teramorem  Dei  ejus  que  in  eisdem  locis  sibi 
famulantes  bénéficia  opportuna  largimur, 
praemium  nobis  apud  Dominum  aeternae 
remunerationis  rependi  non  diffidimus. 
Idcirco  notum  sit  omnibus  fidelibus  nos- 
tris praesentibus  &  futuris,  quia  placuit 
nobis  pro  mercedis  nostrae  augmente  ad 
monasterium  quod  dicitur  Aniana,  situm 
in  pago  Magdalonense ,  constructum  in 
honore  Domini  &  Salvatoris  Jesu  Christi  & 
sanctae  Mariae  semper  virginis  seu  aliorum 
sanctorum,  ubi  Benedictus  abba  praeesse 
videtur,  aliquid  ex  rébus  tradere  nostris, 
id  est  quandam  cellulam  nuncupante  Gel- 


eorum  habeant.  Caetera  vero  quae  restant 
&  silva  &  pascua,  utantur  &  comes  &  ha- 
bitatores  civitates  Agathensis,  sicut  anti- 
quitus usus  fuit.  In' pago  namque  Agathensi 
fiscum  nostrum  qui  nuncupatur  Sita,  &  in 
pago  Narbonensi  salinas  quae  sunt  in  loco 
nuncupante  ad  Signa,  quantumcumque  eis 
noster  missus  Leibulfus  comes  designavit, 
cum  terminis  &  laterationibus  suis.  Haec 
omnia  praescripta  cum  ecclesiis,  villaribus, 
domibus,  mancipiis,  virgis,  silvis,  terris, 
pratis,  pascuis,  garricis,  molendinis,  aquis 
aquarumve  decursibus,  cultum  &  incultum 
cum    omnibus    adjacentiis   vel    appendiciis 


lonis,  in  pago  Lutevense,  cum  omnibus  ap-      totum  &  ad  integrum  memorato  concessi- 
penditiis  suis,  vel  quidquid  ibi  Willelmus,       mus    monasterio.    Et   hanc   praeceptionem 

nostrae   auctoritatis   pro  firmitatis   studio 

'  Recue'd  des  historiens  de  France,  t,  6 ,  p.  406,      fieri    jussimus,   per  quam   omnino  praeci- 

ex  sched.  J.  Mabillonii.  pimus  atque  jubenius,  Ut  nuHus  ex  fidelibus 


An 
8r4 


An 
814 


87. 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


88 


Éd.orig. 
col.  40. 


An 
8>4 

24  avril. 


sanctae  Dei  Ecclesiae  ac  nostris  de  prae-  vicedominis,  vicariis,  centenariis  seu  reli- 

scriptis  rébus  a  nobis  praefato  monasterio  quis  fidelibus  vel  ministris  nostris  discur- 

vel  congregationi  ibidem  degenti  concessis  rentibus  notum  sit,  quod  quicquid  propter 

aliquid    abstrahere   aut   minuere   temptet,  divinum  amorem  vel  opportunitatem   ser- 

nec  homines  ibidem  commanentes  distrin-  vorum  Dei  agimus,  hoc  nobis  procul  dubio 

gère,  nec  fidejussores  tollere,  nec  paratas  ad  aeternam   beatitudinem  pertinere  con- 

requirere,  nec   ullas   redibitiones  exigere  fidimus.  Igitur  comperiat  omnium  fîdelium 

praesumat;    sed     sicut    nobis    ob    amorem  nostrorum  soUertia  presentium  scilicet  & 


Dei  praescripta  loca  cum  omnibus  eorum 
appendiciis  eidem  congregationi  delegare 
atque  perpetualiter  ad  habendum  tradere 
libuit,  ita,  Domino  protegente,  absque  ali- 
cujus  contrarietate  vel  deminoratione  aut 
resultatione  jure  fîrmissimo  ipsas  res  ha- 
bere  &  possidere  valeant.  Placuit  etiam 
nobis  hujus  congregationi  monasterii  , 
quando  Dominus  habundanter  largiri  di- 
gnatus  fuerit,  decem  modia  de  oleo  dare, 
id  est  de  telomena  &  solaria,  quando  vero 


futurorum,  quia  vir  venerabilis  Benedictus 
abba  ex  monasterio  Aniano,  situm  in  pago 
Magdalonense,  constructo  in  honorem  Do- 
mini  &  Salvatoris  nostri  Jehsu  Christi  & 
sanctae  Mariae  semper  virginis  seu  cetero- 
rum  sanctorum,  detulit  nobis  praeceptum 
domini  &  genitoris  nostri  Karoli  serenis- 
simi  imperatoris,  in  quo  continebatur,  qua- 
liter  ipse  memoratum  monasterium  in  suo 
proprio  construxerat,  &  cym  eidem  geni- 
tori  nostro  percartam  donationis  delegave- 


minus,   sex    modia.   Et   jubemus    per   hoc  rat,  &  quomodo  idem  serenissimus  impera. 

praeceptum  procuratoribus  earumdem  vil-  tor  ipsum  vel   monachos  ibidem    degentes 

larum  praesentibus  &  futuris,  ut  mensuram  sub  immunitatis  defensione  susceperat;  sed 

olei  praescriptam   missis  ejusdem  congre-  pro  firmitatis  studio  petiit  predictus  abba 

gationis,  vel   successoribus  ejus   jure  uno  celsitudinem  nostram,  ut  denuo  nos  ipsum 

annis  singulis  dare  studeant.  Haec  quippe  monasterium   sub   nostra  defensione   reci- 

auctoritas  ut  nostris  &  futuris  temporibus  peremus.  Cujus   petitionem  denegare  no- 

valeat   inconvulsa   manere,   manu   propria  luimus,  set  ita  in  omnibus  &  présentes  & 

subscripsimus,  &  anuli  nostri  impressione  futuri  fidèles  sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostri 

signare  jussimus.  concessum  atque  perpétue  a  nobis  confir- 

Signum  domni  Hludovici  serenissimi  im-  matum  esse  cognoscant.  Praecipientes  ergo 


peratons. 

Durandus  diaconus  ad  vicem  Helisacar 
recognovi. 

Data  viiii  kalendas  maii,  anno  i  Christo 
propitio  imperii  nostri,  indictione  vu. 

Actum  Aquis  palatio  nostro,  in  Dei  no- 
mine  féliciter.  Amen. 


27, 


—  XIX 


jubemus,  ut  nullus  judex  publicus  neque 
quislibet  ex  judiciaria  potestate,  nec  ullus 
ex  fidelibus  sancte  Dei  Ecclesie  &  nostris  in 
ecclesias,  aut  loca,  vel  agros,  seu  reliquas 
possessiones  predicti  monasterii,  quas  mo- 
derno  tempore  per  donationem  &  domni 
imperatoris  Karoli  &  nostras  &  ceterorum 
fidelium  juste  possidere  videtur,  in  quibus- 
libet  locis,  quicquid  ibidem  propter  divi- 
num amorem  conlatum  fuit,  quaeque  etiam 
deinceps  in  jure  ipsius  sancti  loci  aut  per 
nos  aut  per  alios  voluerit  divina  pietas  au- 
Diplôme  de  V empereur  Louis  le  Dé-  geri,  ad  causas  audiendas,  vel  freda  exi- 
bonnaire    en    faveur    de     Vahbaye      genda,  aut  mansionem  vel  paratam  facien- 

ii  j    '    „„,  das,  aut  fidejussores  toUendos,  nec  homines 

a.  Aniane   .  '  ,    .  . 

ipsius  ecclesie  tam  ingenuos  quam  serves 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri  qui  super  terram  memorate  ecclesie  resi- 
Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  ordinante  dere  videntur  distringendos,  nec  ullas  redi- 
providentia  imperator  augustus.  Omnibus  bitiones  aut  inlicitas  occasiones  requiren- 
episcopis,  abbatibus,  ducibus,  comitibus,      das,  ullo  umquam   tempore  ingredi  audeat 

vel  exactare  praesumat  :  &  quicquid  de  re- 
•  Cartulaire  d'Aniane,  £°  i5  v°.  bus  prefati  monasterii  fiscus  sperare  pote- 


An 
814 


An 
814 


89 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


9°  A 

^  An 

rat,  totum  nos  pro  eterna  remuneratione  cunique  eis  libuerit  niissos  suos  in  aliquani       ''^ 

predicto  monasterio  concedinius,  ut  perpe-  parteiu    imperii    nostri    negotiandi    gratia 

tuis  temporibus  in  alimonia  pauperum  &  dirigera,  cum  carris  videlicet  &  sauniis  sive 

stipendia  monachorum  ibidem  Deo  fanni-  navigio,  cum   qualecumque  scilicet  nego- 

lantium  proficiat  in  augnientum.  Et  quan-  tio,  licentiam  habeant  pergendi  ubi  volue- 

doquidem     divina    vocatione     supradictus  rint,  absque  alicujus  infestatione  vel  con- 

abba  vel  successores  sui  de  hac  luce  migra-  trarietate.    Ideo    has    litteras    auctoritatis 

verint,  quamdiu  ipsi  monachi  interse  talem  nostre  eis  fieri  jussimus,  per  quas  jubemus 

invenire  potuerint,  qui  ipsam  congregatio-  cunctis  fidelibus  nostris  &  junioribus  ves- 

nem  secundum  regulam  sancti  Benedicti  re-  tris,  ut  nemo  teloneum,  neque  pontaticum, 

gère  valeant, per  hanc  nostram  auctoritatem  nec  portaticum,  aut  cespitaticum,  seu   ro- 

&   consensum    licentiam    habeant   eligendi  taticum,  aut  navaticum,  atque  salutaticum, 

abbates,  quatenus  ipsi  servi  Dei,  qui  ibidem  vel  uUum  censum  aut  uUam  redibitionem 

Deo  famulare  videntur,  pro  nobis  &  con-  ab  eis  exigere   praesumatis,  set  liceat  eis 

juge  proleque  nostra,  &  stabilitate   totius  per  hanc  nostram  auctoritatem  pacifîce  & 

imperii    nostri    a   Deo    nobis   concessi   vel  libère  hue  illucque  discurrere  tam  terreno 

consecvandi,  jugiter  Domini  misericordiam  quamque  navigio,  &  absque  alicujus  con- 

Éd.orig.    exorare   délectent.    Et   ut    haec   auctoritas  trarietate,  sicut  superius  intulimus,  vel  in- 

nostris     futurisque    temporibus.    Domino  festatione,  aut  detentione  negotia  sua  per- 


i.  I, 
col.  41 


An 
814 

28  avril. 


protegente ,  valeat  inconvulsa  manare ,  agere,  &  ubicumque  advenerint,  per  vos 
manu  propria  subscripsimus  &  anuli  nostri  salvationem  &  defensionem  habeant.  Et  si 
impressione  signari  jussimus.  Signum  Hlu-  aliquis  temere  hanc  nostram  preceptionem 
dovici  serenissimi  iniperatoris.  Duraiidus  inrumpere  temtaverit,  magistri  locorum 
diaconus  ad  vicem  Helisacar  recognovi.  illorum,  qui  rempublicam  procurare  nos- 
Data  VIII  kalendas  maii,  anno  primo  Christo  cuntur,  illud  emendari  jubeant ,  si  Dei 
propicio  imperii  nostri,  indictione  VII.  nostramque  velint  habere  gratiam.  Et  ut 
Actum  Aquis  palacio  nostro,  in  Dei  nomine  hec  auctoritas  firmiar  habeatur  &  per  fu- 
feliciter.  Amen.  tura  tempora  plenius  conservetur,  de  anulo 

nostro  subter  sigillari  jussimus.  Faramun- 

dus  ad  vicem  Helisacar  scripsit.  Data  iiii  ' 

kalendas  maias,  anno  primo  Christo  pro- 

28.   •»—  XX  picio  imperii  nostri,  indictione  VU.  Actum 

Aquis  palacio  nostro,  in  Dei  nomine  feli- 
Dîplôme  du  même  empereur  en  faveur     citer.  Amen. 
de  In.  même  abbaye  \ 


I 


N  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos- 
tri Jehsu  Christi.  Hludovicus  divina  or- 
dinante  providentia  imperator  augustus. 
Notum  sit  cunctis  fidelibus  nostris  partibus 
Septimanie,  Provincie,  Burgundie  consis- 
tentibus,  vel  omnibus  rempublicam  procu- 
rantibus  presentibus  scilicet  &  futuris, 
quia  in  elemosina  Benedicto  abbati  &  mo- 
nasterio Aniana,  quod  est  constructum  in 
honore  Domini  nostri  Jesu  Christi  in  pago 
Magdalonense,  seu  successoribus  rectoribus 
videlicet  memorati  monasterii,  pro  opor- 
tunitate  servorum  Dei  in  eodem  cenobio 
consistentium    concessimus,    ut    quando- 

'  Cartlilaire  de  l'abbaye  d'Aniane,  f°  16  v°. 


29.  —  XXI 

Diplôme  du  même  empereur  en  faveur 
du  monastère  de  la  Grasse^. 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  ordi- 
nante  providentia  imperator  augustus.  Si 
liberalitatis  nostrae  munere  locis  Deo  di- 
catis  quoddam  conferimus  beneficium,  & 

'  Le  cartulaire  porte  iiii  kal.  &  non  ante  kal., 
comme  on  lit  dans  la  première  édition. 

'  Archives  de  l'abbaye  de  la  Grasse,  original  ,  & 
vidimus  de  l'an  1240. 


An 
8r4 

19  no- 
vembre. 


An 
814 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  42. 


9ï 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


92 


nécessitâtes    ecclesiasticas     ad     petitiones  in  quibuslibet  pagis,  territoriis  infra  ditio- 

servorum  Dei    nostro   relevamus  juvamine  nem    imperii    nostri    possident,    quidquid 

atque  imperiali  tuemur  munimine ,  id  no-  ibidem  propter  divinum  amorem  collatum 

bis  ad  mortalem  vitam  temporaliter  transi-  fuit,  quaeque  etiam  deinceps  in  jure  ipsius 

gendam  &  ad  aeternam  féliciter  obtinen-  sancti   loci  aut  per  nos  aut  per  alios  vo- 


dam  profuturum  liquido  credimus.  Igitur 
noverit  sagacitas  seu  utilitas  omnium  fide- 
lium  sanctae  Dei  Ecclesiae  tam  praesen- 
tium  quam  futurorum,  quia  vir  venerabilis 


luerit  divina  pietas  augeri,  ad  causas  au- 
diendas,  vel  freda  exigenda,  aut  mansiones 
vel  parafas  faciendas,  aut  fidejussores  tol- 
lendos,  aut  homines  ipsius  ecclesiae   tam 


Attala,  abbas  ex  monasterio  Sanctae  Ma-      ingenuos  quamque  &  servos  super  terram 


riae,  quod  est  situm  super  fluvium  Orbio- 
nem,  in  confinio  Narbonense  &  Carcas- 
sense,  obtulit  obtutibus  nostris  auctoritates 
immunitatis  dompni  &  genitoris  nostri  bo- 
nae  memoriae  Karoli,  piissimi  augusti,  in 


ejusdem  commanentes  distringendos,  nec 
ullas  redibitiones  aut  inlicitas  occasiones 
requirendas,  nostris  nec  futuris  tempori- 
bus  ingredi  audeat,  vel  ea  quae  supra  me- 
morata  sunt   penitus    exigere   praesumatj 


quibus  erat  insertum,  qualiter  idem  genitor      sed    liceat  praefato  abbati  suisque  succes- 


noster  eundem  monasterium  cum  cellulis 
suis  subjectis,  una  quae  vocatur  Flexus, 
quae  est  constructa  in  honore  sancti  Cucu- 
fati,  in  territorio  Carcassense,  super  flu- 
vium qui  vocatur  Atax,  cum  omnibus  ap- 
penditiisvel  adjacentiis  suis;  alteram,  quae 


soribus  res  ejusdem  monasterii  cum  cellu- 
lis sibi  subjectis  &  rébus  vel  hominibus 
aspicientibus  vel  pertinentibus,  sub  tui- 
tionis  &  immunitatis  nostrae  defensione, 
remota  totius  judiciariae  potestatis  inquie- 
tudine,  quieto  ordine  residere.  Et  quidquid 


dicitur  Caputspina,  quae  est  dicata  in  ho-      de  praefatis  rébus  monasterii  jus  fisci  exi- 


nore  sancti  Pétri  principis  apostolorum  in 
territorio  Narbonense,  super  rivulum  qui 
vocatur  Clamesitis,  cum  omnibus  appendi- 
ciis  vel  adjacentiis  suis  j  tertiam,  quae 
nuncupatur  Palma,  quae  est  sita  in  terri- 


gere  poterat,  in  nostra  eleemosina  in  in- 
tegrum  eWem  concessimus  monasterio  ; 
scilicet,  ut  perpetuo  tempore  ad  peragen- 
dum  Dei  servitium  augmentum  &  sup- 
plementum   fiât.   Et  quandoquidem  divina 


torio  eodem  Narbonense  super  littus  maris,  vocatione  supradictus  abbas  vel  successo- 

cum  omnibus  ad  se  pertinentibus,  una  cum  res  ejus  de  hac  luce  migraverint,  quandiu 

congregationibus   ibidem    Deo    famulanti-  ipsi  monachi  inter  se  taies  invenire  potue- 

bus,  ob  amorem  Dei  tranquillitatemque  in  rint  qui  ipsam  congregationem  secundum 

eisdem    locis    consistentibus,    semper    sub  regulam   Sancti   Benedicti   regere  valeant, 

plenissima  tuitione  &  immunitatis  defen-  per  hanc  nostram  auctoritatem  &  consen- 

sione  consistera  fecisset;  sed  pro  rei  firmi-  sum    licentiam   habeant   eligendi   abbates, 

tate   postulavit  nobis  praedictus   abbas  &  quatenus  ipsi  servi   Dei,  qui   ibidem  Deo 

omnis  ejus  congregatio,  ut  paternum  mo-  famulari  videntur,  pro  nobis,  &  conjuge, 


rem  sequentes,  hujusmodi  nostrae  immuta- 
tis  praeceptum,  ob  amorem  Dei  &  reveren- 
tiam  divini  cultus,  erga  ipsum  monasterium 
&  cellulas  sibi  subjectas  fieri  censeremus. 
Cujus  petitioni  libenter  as^ensum  praebui- 


proleque  nostra,  &  stabilitate  totius  im- 
perii, a  Deo  nobis  conlati  &  ejus  clemen- 
tissima  miseratione  per  immensum  conser- 
vandi,  Domini  clementiam  jugiter  exorare 
délectent.    Hanc  itaque    auctoritatem ,    ut 


mus,  &  hoc  nostrae  auctoritatis  praecep-  pleniorem  in  Dei   nomine  obtineat  vigo- 

tum,   immunitatis   atque   tuitionis  gratia,  rem   &   a  fidelibus  sanctae   Dei   Ecclesiae 

pro   firmitatis    studio    &   animae    nostrae  &  nostris   diligentius    conservetur,    manu 

emolumento   fieri    decrevimus  ;    per  quod  propria  subterfirmavimus  &  annuli  nostri 

praecipimus  atque  jubemus,  ut  nullus  ju-  impressione  signari  jussimus.  Data  decimo 

dex  publicus,  neque  quislibet  ex  judiciaria  tertio    kalendas    decembris  ,    anno    primo 

potestate,  aut  ullus  ex  fidelibus  nostris  tam  Christo  propitio  imperii  domini  Hludovici 

praesentibus  quam  futuris  in  cellulas,  aut  serenissimi  imperatoris,  indictione  octava. 

in  ecclesias,  vel  loca,  sive  agros,  seu  reli-  Actum   Aquisgrani    palatio   regio,   in   Dei 

quas  possessiones  quas  moderno  tempore  nomine  féliciter.  Amen. 


93 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


An 
814 

2S  1)0 


94 

nostri  juste  &  legaliter  predicta  sedes  seu 
collulas  possidet,  vel  ea  que  deincebs  a 
bonis  viris  eisdem  conlata  fuerint  ecclesiis, 
ad  causas  audiendas,  aut  freda  vel  trîbuta 
Diplôme  du  même  empereur,  en  faveur     exhigenda,  aut  mansiones  vel  paratas  fa- 


3o.  —  XXII 


de  l'église  de  Nimes\ 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatçris  nostri 
Jehsu  Christi.   Ludovicus    divina    ordi- 
nante  providentia  iniperator  augustus.  Cum 
vtinbre.    petitionibus  sacerdotum   justis   &  rationa- 


bilibus  divini'cultus  amore  favemus,  su-      «^^^nt,   vel   ea  que  supra   memorata  sunt 

penitus  exhigere  présumant.  Sed  liceat  me- 
morato  presuli  suisque  successoribus  res 
predictarum  ecclesiarum  cum  omnibus  sibi 
subjectis  sub  inmunitatis  defensione  quieto 
ordine  possidere,  &  nobis  fideliter  deser- 
vire,  atque  pro  stabilitate  nostra  vel  tocius 
imperii    a   Deo    nobis  collati   vel    conser- 


perna  nos  gratia  muniri  non  dubitamus. 
Idcirco  noverit  omnium  fîdelium  nostro- 
rum  tam  presentium  quam  &  futurorum 
utilitas,  quia  vir  venerabilis  Christianus, 
Nemausa  civitate  episcopus,  obtulit  obtufi- 
bus  nostris  immunitatem  domni  &  genitoris 
nostri  Karoli,  bone  memorie  piissimi  au- 


gusti,  in  qua  erat  insertum,  qualiter  idem  ^'''"'^^'  ""^  ^""^  ^•^""^  ^  populo  sibi  sub- 

genitor  noster  &  predecessores  ejus  reges  ^^'^^°^   ^'^^''^  Domini   misericordiam   exo- 

predictam  sedem,  que  est  in  honore  sancte  ^^^^'  ^*  quicquid  exinde  fiscus  noster  spe- 

Mariae  semper  virginis  seu  &  sancti  Bau-  '"^''^  poterat  ad  integrum   concedimus,  ut 

delio  constructum,  una  cum  cellulis  dua-  P^rpetuis  temporibus  ibidem  Deo  famulan- 

bus,    una   que  dicitur  Tornagus,  que   est  *^""'  proficiat  in  augmentum.  Et  ut  haec 

constructa  in  honore  sancti  Stephani  pro-  ^^fontas    nostris    futurisque    temporibus  , 

thomartyris,  &  alia  que  dicitur  Vallis  Fia-  I^O'^^^o  protegente,  valeat  inconvulsa  ma- 

viana,  que  est  in  honore  sancti  Pétri  prin-  "^'■^'  "'^""  propria  subscripsimus,  &  anulo 

cipis  apostolorum  constructa,  seu  &  ab  his  "^^^'^^   inp^essione  signari   jussimus.  Sig- 

cellulis   ibidem  aspicientibus,  ob  amorem  """^    Lutdovuici    serenissimi    imperatoris. 

Dei    tranquillitatemquae    fratrum    semper  Helisacar  recognovit.  Data  iiii  kalendas  de- 

sub  plenissima  tuitione  &  inmunitatis  de-  ^imbris,  anno  primo  Christo  propitio  im- 


perii domni  Ludovuici  serenissimi  augusti, 
indictione  VIII.  Actum  Aquisgrani  palatio 
régie,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


3i.  —  XXIII 


fencione  habuissent.  Propter  firmitatem 
tamen,  de  nobis  postulavit  praefatus  epi- 
scopus Christianus,  ut  eorundem  regum 
auctoritates,  ob  amorem  Dei  &  reverentiam 
ipsius  sancti  loci,  confîrmaremus  auctori- 
tate.  Cujus  petitioni  libenter  adquievimus, 
&  ita  in  omnibus  concessimus  atque  par 
hoc  preceptum  nostrae  auctoritatis  conîir- 
mavimus;  precipientes  ergo  jubemus,  ut  Diplôme  du  même  empereur,  en /aveur 
nemo  fîdelium  nostrorum  vel  quislibet  ex  de  l'église  de  Narbonne  '. 

judiciali  potestate  in  aecclesias,  aut  loca, 

vel  agros,  seu  reliquas  possessiones,  sive  tN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
eas  quas  moderno  tempore  in  quibuslibet  1  Jesu  Christi.  Lodoicus  divina  ordinante 
pagis  &  territoriis,  Infra  dictione  imperii      providentia  iniperator  augustus.  Cum  peti- 


An 
8.4 


cienda,  nec  fideijussores  tollendos,  aut  ho- 
mines  ipsius  ecclesiae  tam  ingenuos  quam 
servos  super  terram  ipsius  conmanentes 
injuste  distringendos}  nec  ullas  redibitio- 
nes  aut  illicitas  occasiones  requirendas, 
nostris  aut  futuris  temporibus  ingredi  au- 


Kd.orig. 

t.  I, 
col.  44. 


An 
8.4 

29  dé- 
cembre. 


Vidimus  de  l'an  i334,  dans  un  cartulaire  de 
Baluze,  n.  643,  à  la  Bibliothèque  du  roi.  (Au- 
jourd'hui latin  11016,  fo  125;  cartulaire  sur  pa- 
pier, de  la  sénéchaussée  de  Beaucaire.j  —  Baluze, 
Miscelîanea ,  t.  4,  p.  420. 


'  Archives  de  l'église  de  Narbonne.  —  Baluze, 
Chartes  des  rois,  n.  11.  [Aujourd'hui  Armoires, 
V.  390,  n.  476}  copie  du  onzième  siècle.  Ce  qui 
est  entre  crochets  se  trouve  dans  le  ins.  latin  i  ioi5, 
fop.] 


An 
S14 


o5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  45. 


tionibus  sacercîotum  justis  &  rationabili- 
bus,  divini  [cultusj  amore,  favemus,  su- 
perna  nos  gratia  muniri  non  difidimus. 
Idcirco  notum  sit  omnibus  fidelibus  sancte 
Dei  Ecclesie  &  nostris,  tam  presentibus 
quam  &  futuris;  quia  vir  venerabilis  Nifri- 
dius,  Narbonnensis  urbis  archiepiscopus, 
adiens    obtutibus    nostris ,    deprecatus    est 


96 

sancte  Dei  Ecclesie  &  nostris  verius  cre- 
datur  &  diligentius  conservetur,  eam  manu 
propria  subscripsimus  &  anuli  nostri  in- 
presione  signari  jussimus. 

Sigfnum  Ludovici,  piissimi  augusti.  [Du- 
randus  diaconus  ad  vicem  Elisachar  recog- 
novit.  Data  ilii  kalendas  januarias,  anno 
Christo    propitio    l    imperii   domni    nostri 


32.  —  XXIV 


mansuetudinem  culminis  nostri,  &  matrem       Ludovici  piissimi  augusti,  indictione  Vlll. 

ipsius  ecclesie  civitatis,  que  est  in  honore      Actum  Aquisgrani  palatio  regio,  in  Dei  no- 

sanctorum  Justi  &  Pastoris,  vel  sancte  Ma-      mine  féliciter.  Amen.] 

rie  semper  virginis,  cum  monasterio  quod 

dicitur  Sancti    Pauli   confessoris   ubi   ipse  """" 

sanctus  corpore  requiescit,  quod  est  cons- 

tructum   aut  procul   ab   eadem    urbe,   cum 

omnibus  moderno  tempore  sibi  subgectis, 

sub  nostra  defensione  &  inmunitatis  tui-      Lettres  du   même  prince  pour  le  mo- 

cione  consistere  faceremus.  Cujus  preci- 

bus,  ob  amorem  Dei  [&  reverentiam]  eo- 

rumdem   sanctorum ,   ejus  precibus   aurem 

acomodare   libuit,  &  banc  nostre  auctori- 

tatis  inmunitatisque  preceptum  [erga  ean- 


nastère  de  la  Grasset 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu  Xpisti.  Hludovuicus  divina  ordi- 
nante  providentia  imperator  augustus. 
dem]  ecclesiam  facere,  per  quod  decerni-  Omnibus  episcopis,  abbatibus,  ducibus,  co- 
rnus atque  jubemus,  ut  nemo  ex  juditiaria  mitibus,  vicariis,  centenariis,  missis  dis- 
potestate,  nec  uUus  ex  fidelibus  nostris  in  curribus  (^ic),  vel  omnibus  rempublicam  ad- 
ecclesias,  aut  loca,  vel  agros,  seu  reliquas  ministrantibus,  seu  ceteris  fidelibus  sancte 
possessiones,  quas  presenti  tempore  possi-  Dei  Ecclesiae  &  nostris,  notum  sit,  quia  vir 
det,  vel  ea  que  deinceps  in  jure  &  potestate  venerabilis  Atala,  abba  ex  monasterio  Sanc- 
ipsius  ecclesie  divina  pietas  voluerit  augere,  tae  Mariae,  veniens  ad  nos,  depraecatus  est 
ad  causas  audiendas,  vel  freda  aut  tributa  celsitudinem  nostram,  ut  eidem  monasterio 
exigenda,  aut  mansiones  aut  paradas  facien-  &  congregacioni  ibidem  Deo  degenti  con- 
das,  aut  fidejussores  toilendos,  aut  homines  cessisemus,  ut  de  carris  &  sagmariis  neces- 
ipsius  aecclesiae  tam  ingenuos  quamque  &  saria  ipsius  monasterii  vel  congregacionis 
servos  distringendos,  aut  uUas  redibitiones  ibidem  famulantis  Deo,  vel  naves  quae  per 
aut  inlicitas  occasiones  requirendas,  nostris  mare  vel  flumina  discurrunt  illorum,  vel  de 
aut  futuris  temporibus  ingredi  audeat,  vel  omnibus  undecumque  fiscus  teloneum  exi- 
ea  que  supra  memorata  sunt,  penitus  exi-  gère  poterat  concederemus,  &  nostram  auc- 
gere  présumât.  Sed  liceat  memorato  pre-  toritatem  eidem  faceremus,  vel  confirmare- 
suli  suisque  successoribus  sub  nostra  de-  mus  monasterio.  Cujus  precibus  nobis,  ob 
fensione  quiète  residere  &  nostro  parère  amorem  Dei,  &  venerationem  illius  sancti 
imperio  ;  &  quiquid  jus  fisci  exinde  exi-  loci  annuere,  &  hoc  praeceptum  munificen- 
gere  poterat,  totum  nos  pro  eterna  remu-  tiae  nostrae  firmitatis  gratia  circa  ipsam 
neratione  eidem  concedimus  ecclesie,  ut  congregationem  fieri  libuit  :  per  quod  ju- 
perpetuis  temporibus  clericis  ibidem  Deo  bemus  atque  praecipimus,  ut  nemo  fidelium 
servientibus  proficiat  in  augmentis,  quate-  nostrorum,  nec  quilibet  exactor  judiciariae 
nus  rectores  ipsius  ecclesie  cum  omnibus  potestatis  de  carris  &  sagmariis  aut  de  navi- 
ad  se  pertinentibus,  cum   clero  &  populo 


sibi  subgecto,  pro  nobis,  &  conjuge,  prole- 


'  Copié  sur  l'original;   Baluze,  Chartes  des  rois. 


que  nostra,  ac  tocius  imperii,  a  Deo  nobis  „.  ,^  ^  la  Bibliothèque  du  ro,.  [Aujourd'hui  latin 

per  inmensam  concessi,  Domini  misericor-  g  887,  n    i.  L'onginal,  en  parchemin,  est  un  peu 

diam,  alacriter  exorare  delectet.  Et  ut  hec  entamé  par  le  bas  ;  mais  la  pièce  est  d'ailleurs  dans 

auctoritas  preceptionis  nostre  a  fidelibus  un  bon  état  de  conservation.] 


An 
814 


An 
814 


An 
8.4 


97 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


98 


An 
8i5 


bus,  vel  de  qu[oIibetJ  conmertio  undecum-      tibus  Hispaniae  ad  nos  confugerunt  &  in 
que  fiscus  teloneum  exigera  potest,  ulluni      Septimania  atque  in  ea  portione  Hispaniae, 


An 
8i5 


teloneum  accipere  aut  exactare  praesumat. 
Et  ublcumque  naves  eorum  aut  aliqua  con- 
mertia  ad  quascunique  villas  aut  loca  acces- 
sum  habuerint,  nuUus  ex[igat  de]  homini- 
bus  eorum  uUum  obcursum ,  aut  uUum 
censum,  aut  uUam  redibitionem  accipere 
vel  exactare  praesumat,  sed  licitum  sit  eis 
absque  alicujus  inlicita  contrarietate  vel 
detentione,  per  hanc  nostram  aucto[rita- 
tem,]  homines  qui  eorum  causa  praevidere 
debent  cum  his  quae  deferunt  per  univer- 
sum  imperium  nost[rum]  libère  atque  se- 
curae  irae  &  redire  ;  &  si  aliquas  moras  in 


quae  a  nostris  marchionibus  in  solitudi- 
nem  redacta  fuit,  sese  ad  habitandum  con- 
tulerunt,  &  a  Sarracenorum  potestate  se 
subtrahentes ,  nostro  dominio  libéra  & 
prompta  voluntate  se  subdiderunt;  ita  ad 
omnium  hominum  vestrum  notitiam  per- 
venire  volumus,  quod  eosdem  homines  sub 
protectione  &  defensione  nostra  receptos 
in  libertate  conservare  decrevimus  : 

I.  Eo  videlicet  modo,  ut  sicut  ceteri  li- 
beri  homines  cum  comité  suo  in  exercitum 
pergant,  &  in  marcha  nostra  juxta  rationa- 
bilem  ejusdem  comitis  ordinationem  atque 


quolibet  loco  fecerint,  aut  aliquid  mercati  admonitionem  explorationes  &  excubias , 
fuerint  aut  vendiderint,  nihil  ab  eis  pror-  quod  usitato  vocabulo  wactas  dicunt,  fa- 
sus,  ut  dictum  est,  exigatur  aut  exactetur.  cere  non  negligant,  &  missis  nostris  aut 
Haec  y[ero  a]uct[oritas  nostra...]  is  &  dili-  filiis  nostris,  quos  pro  rerum  opportunitate 
gentius  credatur  vel  conservetur,  eam  de  illas  in  partes  miserimus,  aut  legatis,  qui 
anulo  nostro  sigillari  jussimus.  Durandus  de  partibus  Hispaniae  ad  nos  transmissi 
diaconus  ad  vicem  Helisachar  recognovi  &  fuerint,  paratas  faciant  &  ad  subvectionem 

subscripsi.  [Data an]no  Xpisto  propitio  eorum  veredos  douent.  Alius  vero  census 

primo  imperii  domni  Hludovuici  serenis-  ab  eis  neque  a  comité  neque  a  junioribus 

simi  augusti,  indictione  VIII.  Actum  Aquis-  &  ministerialibus  ejus  exigatur. 

grani  palatio  regio,  in  Dei  nomine  féliciter.  II.  Ipsi  vero  pro  majoribus  causis,  sicut 


Amen. 


33. 

Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire,  en 
faveur  des  Espagnols  fugitifs^ . 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu  Christi.  Hludowicus  divina  ordi- 
nante  providentia  imperator  augustus,  om- 
nibus fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  ac 
nostris,  presentibus  scilicet  &  futuris,  in 
partibus  Aquitaniae,  Septimaniae,  Provin- 
ciae  &  Hispaniae  consistentibus.  Sicut  nul- 
lius  vestrum  notitiam  effugisse  putamus, 
qualiter  aliqui  homines  propter  iniquam 
oppressionem  &crudelissimum  jugum,quod 
eorum  cervicibus  inimicissimaChristiniani- 
tati  gens  Sarracenorum  imposuit,  relictis 
propriis  habitationibus  &  facultatibus,  quae 
ad  eos  hereditario  jure  pertinebant,  de  par- 

'  Recueil  dei  historiens  de  France,  t.  6,  p.  470. 
II. 


sunt  homicidia,  raptus,  incendia,  deprae- 
dationes,  membrorum  amputationes,  furta, 
latrocinia,  alienarum  rerum  invasiones,  & 
undecumque  a  vicino  suo  aut  criminaliter 
aut  civiliter  fuerit  accusatus  &  ad  placitum 
venire  jussus,  ad  comitis  sui  mallum  omni- 
modis  venire  non  récusent.  Ceteras  vero 
minores  causas  more  suo,  sicut  hactenus 
fecisse  noscuntur,  inter  se  mutuo  definire 
non  prohibeantur. 

III.  Et  si  quispiam  eorum  in  partem, 
quam  ille  ad  habitandum  sibi  occupaverat, 
alios  homines  undecumque  venientes  ad- 
traxerit,  &  secum  in  portione  sua,  quam 
adprîsionem  vocant,  habitare  fecerit,  utatur 
illorum  servitio  absque  alicujus  contradic- 
tione  vel  impedimento,  &  liceat  illi  eos  dis- 
tringere  ad  justicias  faciendas,  quales  ipsi 
inter  se  definire  possunt.  Cetera  vero  ju- 
dicia,  id  est  criminales  actiones,  ad  examen 
comitis  reserventur. 

IV.  Et  si  aliquis  ex  his  hominibus,  qui  ab 
eorum  aliquo  adtractus  est  &  in  sua  por- 
tione conlocatus,  locum  reliquerit,  locus 
tamen  qui  relictus  est  a  dominio  illius, 
qui  eum  prius  tenebat,  non  recédât. 

1) 


An 
8i5 


99 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


loo 


V.  Quod  si  illi  propter  lenitatem  &  man-      diiiturna  tempora  a  fidelibus   sanctae  Dei 


An 
8i5 


suetudinem  comitis  sui  eidem  comiti  hono- 
ris &  obsequii  gratia  quippiam  de  rébus  suis 
exhibuerint,  non  hoc  eis  pro  tributo  val 
censu  aliquo  computetur  aut  cornes  ille 
vel  successores  ejus  hoc  in  consuetudinem 
praesumant,  neque  eos  sibi  vel  hominibus 
suis  aut  mansionaticos  parare,  aut  veredos 
dare,  aut  ullum  censum  vel  tributum  aut 
obsequium,  praeter  id  quod  jam  superius 
comprehensum  est,  praestare  cogantj  sed 


Ecclesiae  &  nostris  &  verius  credatur  & 
diligentius  conservetur,  manu  propria  sub- 
scripsimus  &  anuli  nostri  impressione  sig- 
nari  jussimus. 

Signum  domni  Hludowici  serenissimi 
imperatoris.  Durandus  diaconus  ad  vicem 
Helisachar  recognovit. 

Datum  kalendas  januarias,  anno  Christo 
propitio  primo  imperii  domni  Hludowici 
piissimi   augusti ,   indictione  VIII.   Actum 


34. 


XXV 


liceat  tam  istis  Hispanis,  qui  praesenti  tem-      Aquisgrani  palatio   regio,  in  Dei  nomine 
pore  in  praedictis  locis  résident,  quam  his      féliciter.  Amen, 
qui  adhuc  ad  nostram  fidem  de  iniquorum 

potestate  fugiendo  confluxerint,  &  in  de-      — — 

sertis  atque  in  incultis  locis  par  nostram 

vel  comitis   nostri   licentiam  consedentes, 

aedificia  fecerint  &  agros  incoluerint,  juxta 

supradictum  modum  sub  nostra  defensione 

atque  protectione  in  libertate  residere,  &      Diplôme  du  même  empereur,  en  faveur 

nobis  ea  quae   superius  diximus  tam  cum  d' un  de  ses  vassaux,  appelé  Jean\ 

comité  suo,  quam  cum  missis  ejus  pro  tem- 

porum  opportunitate  alacriter  atque  fide- 

liter  exhibere. 

VL  Noverint  tamen  iidem  Hispani  sibi 
licentiam  a  nobis  esse  concessam,  ut  se  in 
vassaticum  comitibus  nostris  more  solito 
commendent.  Et  si  beneficium  aliquod  quis- 
quam  eorum  ab  eo,  cui  se  commendavit, 
fuerit  consecutus,  sciât  se  de  illo  taie  obse- 
quium seniori  suo  exhibere  debere,  quale 
nostrates  homines  de  simili  beneiicio  se- 
nioribus  suis  exhibere  soient. 

VU.  Idcirco  has  nostrae  auctoritatis  lit- 
teras  eis  dare  decrevimus,  per  quas  de- 
cernimus  atque  jubemus,  ut  haec  nostrae 
liberalitatis  &  mansuetudinis  constitutio 
erga  illos  tenore  perpetuo  ab  omnibus  fide- 
libus  sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostris  inviola- 
biliter  conservetur.  Cujus  constitutionis  in 
unaquaque  civitate,  ubi  praedicti  Hispani 
habitare  noscuntur,  très  descriptiones  esse 
volumus  :  unam,  quam  episcopus  ipsius  ci- 
vitatis  habeat,  &  alteram,  quam  comes,  8c 
tertiam,  quam  ipsi  Hispani  qui  in  eodem 
loco  conversantur.  Exemplar  vero  eorum 
in  archivo  palatii  censuimus  reponendum 
ut  ex  illius  inspectione,  si  quando,  ut  fieri 
solet,  aut  ipsi  se  reclamaverint  aut  comes 
vel  quislibet  alter  contra  eos  causam  ha- 
buerit,  definitio  litis  fieri  possit. 

Hanc    quippe    constitutionem,    ut    per 


IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu  Christi.  Ludovicus  divina  ordinante 
providentia  imperator  augustus.  Omnibus 
fidelibus  sancte  Dei  Ecclesiae  tam  nostris 
praesentibus  scilicet  &  futuris  notum  sit, 
qualiterquidam  homofidelis  noster, nomine 
Johannes,  veniens  fin]  nostra  praesentia 
que  in  manibus  nostris  se  comendavit,  & 
petivit  nobis  sua  aprisione  quicquid  genitor 
noster  ei  concesserat  bac  nos,  &  quicquid 
ille  occupatum  habebat  aud  aprisione  fece- 
ratjvel  deincebs  occupare  aut  prendere  po- 
tebat,  sive  filii  sui  cum  homines  earum,  & 
ostendit  nobis  exirîde  auctoritate  quod  ge- 
nitor noster  ei  fecit.  Nos  vero  alla  ei  facere 
jussimus,  sive  melioravimus,  &  concedi- 
mus  eidem  fideli  nostro  Johanne  in  pago 
Narbonense  villare  Fontes  &  villari  Cello- 
Carboniles,  cum  illorum  terminos  &  perti- 
nentias,  cultum  &  incultum  ab  intègre,  & 
quantum  ille  in  villa  Fontejoncosa  vel  in 
suos  terminos,  sive  in  aliis  locis  vel  villis 
sive  villares  occupavit,  sive  aprisionem 
fecit  una  cum  suis  hominibus,  vel  deincebs 
facere  poterit  tam  ille  quam  filii  sui;  om- 

'  Manuscrit  de  Baluze,  coté  Schedae  Narhonen- 
ses ,  à  la  Bibliothèque  du  roi.  [Aujourd'hui  Ar- 
moires, V.  374,  p.  ^Si  j  d'après  le  cartulaire  de 
l'archevêché  de  Narbonne,  latin  iioi5,  f°  10.] 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  46. 


An 
8i5 


An 
8i5 


loi 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


102 


An 
8i5 

22 

février 


nia  per  nostrum  donitum  habeant  ille  & 
filii  sui  &  posteritas  illorum  absque  uUum 
censum  vel  alicujus  inquietudine.  Et  nullus 
cornes,  nec  vicarius,  nec  juniores  eorum, 
nec  ullus  judex  publicus  illorum  homines, 
qui  super  illorum  aprisione  habitant,  aut 
in  illorum  proprio  distringere  nec  judicare 
présumant  :  sed  Johannes  &  filii  sui  & 
posteritas  illorum  illi  eos  judicent  &  dis- 
tringant,  &  quicquid  per  lege  judicave- 
rint  stabilis  permaneat,  &  si  extra  legem 
fecerint  per  legem  emendent.  Et  hec  auc- 
toritas  nostra  firma  permaneat,  dum  ille  & 
filii  sui  &  posteritas  illorum  ad  nos  &  filios 
nostros  aut  ad  posteritate  illorum  fidèles 
extiterint.  Et  ut  credatis,  de  anulo  nostro 
inpressione  signari  jussimus.  Durandus 
diachonus  ad  vicem  Helisachar  recogno- 
vit.  Data  kalendas  januarias,  anno  Christo 
propicio  primo  imperii  domni  Hludovici 
piissimi  augusti,  indictione  viii.  Actum 
Aquisgrani  palacio  regio ,  in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen. 


35.  —  XXVI 

Diplôme  du  même  prince  en  faveur  de 
Vabhaye  d'Aniane  ' . 

IN  nomine  Domini  Dei  ScSalvatoris  nostri 
Jehsu  Christi.  Hludovicus  divina  ordi- 
nante  providentia  imperator  augustus.  Si 
enim  ea  que  fidèles  imperii  nostri  pro 
oportunitate  utriusque  partis  inter  se  com- 
mutaverint  nostre  confirmamus  auctoritati, 
morem  in  hoc  facto  exercemus  imperialem, 
&  in  postmodum  jure  firmissimo  mansu- 
rum  permanere  volumus.  Quapropter  no- 
verit  utilitas  seu  industria  omnium  fide- 
lium  nostrorum  tam  presentium  quam  & 
futurorum,  quia  adiens  serenitatem  culmi- 
nis  nostri  vir  venerabilis  Benedictus,  abba 
ex  monasterio  quod  vocatur  Anianense, 
situm  in  pago  Magdalonense,  constructum 
in  honore  Domini  &  Salvatoris  nostri  Jesu 
Christi  &  sanctae  Mariae  virginis,  quod 
ipse  a  fundamentis  in  suo  construxit  pro- 
prio &  domno  &  genitori  nostro   Karolo 

'  Gartulaire  de  l'abbaye  d'Aniane,  f°  17. 


bone  memorie  prestantissimo  augusto  cum 
omnibus  ibidem  aspicientibus  per  cartam 
delegavit  donationis,  innotuit  eo  quod  cum 
pluribus  hominibus  per  diversos  pagos 
commanentes  commuta tiones  fecisset,  datis 
scilicet  de  rébus  predicti  monasterii  per 
cartulas  commutationum  illis,  &  acceptis  ab 
eis  de  rébus  eorum  propriis  ad  partem  mo- 
nasterii sui  similiter  per  cartulas  commuta- 
tionis  &  manibus  bonorum  hominum  robo- 
ratis  :  ea  videlicet  ratione,  ut  quidquid  pars 
alteri  contulerit  parti,  absque  ullius  in- 
quietudine aut  injusta  interpellatione  jure 
firmissimo  retinerent;  &  idcirco  postulavit 
idem  Benedictus,  ut  super  easdem  commu- 
tationes  nostre  auctoritatis  preceptum  fieri 
censeremus,  per  quod  jure  firmissimo  & 
ipse  &  rectores  ipsius  monasterii  hoc  quod 
acceperant  &  quod  illi  aliis  tradiderant 
perenniter  haberent  &  possiderent.  Cujus 
precibus,  ob  reverenciam  ipsius  sancti  loci 
&  utilitatem  utrarumque  partiuni)  hanc 
nostre  auctoritatis  preceptionem  super 
easdem  commutationes  fieri  decrevimus^ 
per  quam  decernimus  atque  jubemus,  ut 
non  solum  res  que  ab  aliis  hominibus  eidem 
tradite  sunt  monasterio,  &  eidem  monas- 
terio alii  homines  similiter  per  cartulam 
commutationis  tradiderunt,  jure  firmissimo 
teneant  atque  possideant,  verumetiam  8c 
sicubi  deinceps  per  cartulam  commuta- 
tionis cum  quibuslibet  liberis  hominibus 
rectores  ipsius  monasterii  commutationem 
facere  voluerint,  licentiam  habeant  :  ea 
scilicet  ratione,  ut  commutationes  pari  te- 
nore  conscribantur  mant?>usque  bonorum 
hominum  roborentur,  &  quicquid  pars 
juste  &  rationabiliter  alteri  contulerit 
parti  per  hanc  nostram  auctoritatem  jure 
firmissimo  teneant  atque  possideant,  & 
quicquid  exinde  facere  voluerint,  libero  in 
omnibus  perfruantur  arbitrio  faciendi.  Et 
ut  hoc  preceptum  auctoritatis  nostre  ple- 
niorem  obtineat  vigorem  &perfutura  tem- 
pera inviolabiliter  conservetur,  de  anulo 
nostro  subter  jussimus  sigillari.  Durandus 
diaconus  ad  vicem  Helisachar  recognovi. 
Data  VIII  kalendas  martias,  anno  Christo 
propicio  secundo  imperii  domni  Hludovici 
piissimi  augusti,  indictione  viii.  Actum 
Aquisgrani  palacio  regio,  in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen. 


An 
8i5 


Éd.orig. 
col.  47. 


io3 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


104 


36. 

Diplôme  de  Louis  le  Déhonnairey  qui 
confirme  à  Vahhaye  d'Aniane  la 
possession  de  dijjf'érents  biens  \ 


An 
8.5 


tori  per  instrumenta delegaverat  chartarum. 
Hanc  itaque  cellulam,  qiiae  sicut  diximus 
nuncupatur  Gordanicus,  &  illam  quae  vo- 
catur  Casanova  cum  omnibus  ibidem  per- 
tinentibus  vel  aspicientibus,  cum  mancipiis, 
domibus,  aedifîciis,  terris,  vineis,  silvis, 
pratis,  pascuis,  aquis  aquarumve  decur- 
sibus,  mobilibus  &  immobilibus,  cum  omnia 
quae  praedictus  Willelmus  per  venditiones, 

IN  nomine  Domini  Dei  &Salvatoris  nostri  cessiones,  donationes  adquisierat  &  prae- 
Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  ordi- 
nante  providentia  imperator  augustus.  Si 
liberalitatis  nostrae  munere  de  beneficiis  a 
Deo  nobis  conlatis  locis  Deo  dicatis  aliquid 
conferimus,  id  nobis  &  ad  mortalem  vitam 
féliciter  transigendam  8c  ad  aeternam  per- 
petualiter  obtinendam  profuturum  liquido 
credimus.  Unde  noverit  experientia  atque 
utilitas  omnium  fidelium  nostrorum  tam 
praesentium  quam  &  futurorum,  quia  pla- 
cuit  nobis  pro  mercedis  nostrae  augmente 
&  animae  emolumento  quamdam  cellulam 
ex  re  proprietatis  nostrae  quae  nuncupatur 
Casanova,  quae  sita  est  juxta  castrum  quod 
nuncupatur  Planitium,  in  pago  Ucetico, 
super  fluvium  Cicer,  quam  dudum  Willel- 
mus quondam  cornes  a  fundamento  in  ho- 
nore sanctae  Mariae  semper  virginis  con- 
struxerat  &  rébus  quamplurimis  ditaverat, 
&  domno  &  genitori  nostro  Karolo  bonae 
memoriae  piissimo  augusto  cum  rébus  & 
omnibus  quae  eidem  cellulae  aspicere  fece- 
rat  per  cartulam  delegavit  donationis,  sed 
postea  propter  compendium  &  loci  utilita- 
tem  non  procul  ab  eodem  loco  eadem  cel- 
lula  constructa  est,  quae  nuncupatur  Gor- 
danicus, in  eodem  pago  &  super  eumdem 
fluvium,  ad  monasterium  quod  nuncupatur 
Aniana  concedere  &  per  hanc  nostrae  auc- 
toritatis  largitionem  tradere,  quod  est  situm 
in  pago  Magdalonense,  non  longe  a  Castro 
quod  dicitur  Monscalmus,  constructum  in  ^    ^         t     r       •     7     t-»'t 

honore  Domini  &  Salvatoris  nostri  Jesu  Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  pour 
Christi  &  sanctae  Mariae  semper  virginis,  l'église  de  Viviers^ 

ubi  etiam  Senegildus  abba  praeesse  videtur, 

quod  olim  vir  venerabilis  Benedictus  abba  y  N  nomine  Domini  &  Salvatoris  nostri  Jesu 
in  suo  construxerat  proprio  &  similiter  -»■  Christi.  Ludovicus  divina  ordinante 
domno  &  genitori  nostro  Karolo  impera-      providentia  imperator  augustus.  Si  sacer- 

dotum  ac  servorum  Dei  justis  petitionibus 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Aniane,  f"  z\  v°,  — 
Mabillon,  Acta  sanctorum  ordin'is  sancti  Benedicti,  '  Columbi,  de  Reius  gestis  episcoporum  Vivar'ien- 

saec.  4,  part,  i,  p.  221.  sium,  libr.   2,  n.  3o.  —  Recueil  des  historiens  Je 


An 
8i5 


fato  domno  &  genitori  nostro  tradiderat,  & 
cum  his,  quae  postea  praedictis  locis  a  bonis 
hominibus  traditum  est,  memorato  monas- 
terio  Aniano  praesenti  tempore  tradidimus 
&  per  hanc  nostrae  auctoritatis  donationem 
perpetualiter  ad  habendum  concessimus,  ita 
videlicet  ut  quidquid  in  ipsis  locis  aut  de 
ipsis  ad  utilitatem  &  profectum  rectores 
aut  congregatio  ipsius  monasterii  facere 
vel  judicare  voluerint,  libero  in  omnibus 
perfruaturarbitrio  faciendi.  Haecvero  auc- 
toritas  largitionis  nostrae,  ut  per  curricula 
annorum  inviolabiliter  inconvulsam  obti- 
neat  firmitatem  &  a  fidelibus  nostris  prae- 
sentibus  scilicet  &  futuris  seu  etiam  &  suc- 
cessoribus  nostris  fidelibus  sanctae  Dei 
Ecclesiae  verius  certiusque  credatur,  etiam 
manu  propria  subterfirmavimus  &  anuli 
nostri   impressione  signare  jussimus. 

Durandus  diaconus  ad  vicem  Helisacar 
recognovi. 

Data  XII  kalendas  junias,  anno  Christo 
propitio  secundo  imperii  domni  Hludovici 
piissimi  augusti,  indictione  vin.  Actum 
Aquisgrani  palatio  regio,  in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen. 


37. 


An 
8i5 

i5  juin. 


An 
8i5 


io5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


io6 


acquiescîmiis,  hoc  nobis  sane  ad  aeternam 
beatitudinem  provenire  confidimus.  Idcirco 
comperiat  omnium  fidelium  nostrorum 
praesentium  scilicet  &  futurorum  indus- 
tria,  quia  vir  venerabilis  Thomas,  episcopus 
Albensium  seu  Vivariensium ,  veniens  ad 
nos  deprecatus  est  celsitudinem  nostram, 
ut  pro  nostrae  mercedis  augmente  prae- 
dictam  sedem  cum  fratribus  ibidem  Domino 
servientibus  sub  nostra  defensione  &  im- 


38. 


XXVII 


Charte  du  même  empereur  pour 
V abbaye  de  Psalmodie 

IN  nomine  sanctae  &  individuaeTrinitatis. 
Ludovicus  divina  providentia  imperator 


munitate  reciperemus.  Cujus  petitioni  as-  augustus.  Si  erga  loca  divinis  cultibus  man- 
sensum  praebentes,  per  nostrae  auctoritatis  cipata  propter  amorem  Dei  eis  qui  in  iis- 
praeceptum  confirmare  studuimus.  Praeci-  dem  locis  sibi  famulantur  bénéficia  oppor- 
pientes  ergo  jubemus  ut  nullus  judex  pu-  tuna  largimur,  praemium  nobis  apud  Deum 
blicus,  neque  quislibet  ex  judiciaria  potes-  aeternae  remunerationis  rependi  non  diffi- 
tate,  seu  aliquis  ex  fidelibus  sanctae  Dei  dimus.  Idcirco  noverit  sagacilas  seu  utilitas 
Ecclesiae  ac  nostris  in  ecclesias,  aut  loca,  omnium  fidelium  nostrorum  tam  praesen- 
vel  agros,  seu  reliquas  possessiones,  quas  tium  quam  &  futurorum,  quia  vir  venerabi- 
moderno    tempore   juste    &   rationabiliter  lisTheodemirus,  abbas  ex  monasterio  quod 
possidere  videtur  in   quibuslibet  pagis  &  situm  [est]  in  pago  Nemausensi,  in  insula 
territoriis,    vel    quidquid   etiam    deinceps  quae  nuncupatur  Psalmodia,  constructum 
propter  divinum  amorem  ibidem  collatum  in  honore  sanctae  Dei  genitricis  semper- 
fuerit,  ad  causas  audiendas,  vel  freda  exi-  que  virginis  Mariae  &  sancti  Pétri  prin- 
genda,  aut  mansiones,  aut  paratas  facien-  cipis  apostolorum  vel  aliorum  sanctorum, 
das,  aut  fidejussores  tollendos,  aut  homines  adiit  serenitatem  culminis  nostri  depreca- 
ipsius  ecclesiae   tam    ingenuos  quam   ser-  tusque  est,  ut  praedictum  monasterium  cum 
vos  injuste  distringendos,  sive  ullas  redi-  omnibus  rébus  inibi  aspicientibus  ob  amo- 
bitiones  vel   illicitas  occasiones  requiren-  rem  Dei  tranquillitatemque  fratrum  ibidem 
das,  ullo  unquam  tempore  ingredi  audeat,  consistentium  sub  nostra  susciperemus  de- 
vel  ea  quae  sunt  supra  memorata  exactare  fensione  &  sub  plenissima  immunitatis  tui- 
praesumat,  sed  liceat  servis  Domini  ibidem  tione  constitueremus.  Cujus  petitioni  as- 
consistentibus    sub    nostra    defensione    &  sensum  libenter  praebuimus,  &  hoc  nostrae 
immunitatis     tuitione    perpetuo    tempore  auctoritatis  praeceptum  erga  ipsum  monas- 
quiete   residere,  &  pro  nobis  ac  conjuge  terium  immunitatis  &  tuitionis  gratia,  pro 
proleque    nostra    seu   pro    stabilitate    to-  divini  cultus  amore  &  animae  nostrae  re- 
tins imperii  nostri   a  Domino   nobis  col-  medio,  fieri  decrevimus  :  per  quod  praeci- 
lati    &     ejus     clementissima     miseratione  pimus  atque  jubemus,  ut  nullus  judex  pu- 
jugiter  conservandi  Domini  misericordiam  blicus  vel  quislibet  ex  judiciaria  potestate 
exorare.  Et  ut  haec  auctoritas  verius  cer-  in  ecclesias,  aut  loca,  vel  agros,  seu  reliquas 
tiusque  credatur,  manu  propria  subscrip-  possessiones   quae  ad    idem    monasterium 
simus  &  anuli  nostri   impressione   signari  pertinere  videntur,  ad  causas  audiendas, 
iussimus.  vel  freda  exigenda,  aut  mansiones  vel  pa- 
Signum  domni  Ludovici,  serenissimi  im-  ratas  faciendas,  aut  fidejussores  tollendos, 
peratoris.  aut  homines  ipsius  monasterii  distringen- 
Datum  XVII  calendas  julii,  anno  II  im-  dos,  vel   ullas    redhibitiones   aut    illicitas 
perii  domni   Ludovici  augusti,   indictione  occasiones  requirendas,  nostris  &  futuris 
VIII.  Actum  Aquisgrani   palatio  regio,  in  temporibus  ingredi  audeat  :  sed  ea  quae 

ipsis  viris  Deo  famulantibus  delegata  sunt 
perpetualiter  eisdem  habenda  confirmamus. 
Et  quandoquidem  tu,Theodemire  abba,  vel 


An 
8i5 

3  décem- 
bre. 


Éd.orig. 
t.  I, 

col.  48. 


Dei  nomine  féliciter.  Amen. 

France,  t.  6,  p.  479.  —  L'abbé  Rouchier,  Hntoire 
du  Vivara'ts,  t.  I ,  p.  600.  —  Gallia  Christiana,  nov, 
edit.  t.  16,  Instrum.  col.  219. 


'  Archives  de  l'abbaye  de  Psalmodi. 


An 


107 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


108 


An 
8i5 

Îddc2m- 
bre. 


successores  tui  divina  vocatione  ab  hac 
luce  migraveritis,  qiiamdiu  inter  se  ipsi 
monachi  talem  invenire  potuerint  qui  ip- 
sam    congregationem    secundiim    regulam 


ejus  defensionem  vel  propter  parvorum 
hominum  illicitas  infestationes  in  manu 
ejusdem  domni  imperatoris  una  cum  mo- 
nachis  ibi  degentibus  se  commendavit,  ut 


An 
8i5 


regere  valeat,  per  hanc  nostram  auctori-  sub  ejus  tuitione   licuisset  eis  cum   rébus 

tatem    licentiam    habeant   ibidem   eligeiidi  &  hominibus  eorum  quiète  vivere  ac  resi- 

abbates,   quatenus   serves  Dei  qui    ibidem  dere,   &  deprecatus   est   clementiam    nos- 

Deo   famulantur   pro    nobis    ac    stabilitate  tram,  ut  praedictum  moiiasterium  una  cum 

totius    imperii    nostri    immensam    Domini  cellula    quae    nuncupatur   Sancti    Martini 

clementiam  jugiter  exorare  delectet.  Et  ut  praedicto    monasterio    subjecta,    quae    est 

hujus  nostrae  auctoritatis  praeceptum  per  sita  in  eodem  pago  super  rivulum  Lampis, 

omnia  tempora   inviolabiliter  conservetur  quae  est  constructa  in  honore  sancti  Mar- 

firmiusque  habeatur,  manu  nostra  subter-  tini  confessoris,  cum  rébus,  hominibus,  & 


firmavimus  &  anuli  nostri  impressione  si- 
gillari  jussimus. 

Signum  Hliïdovici,  gloriosissimi  impera- 
toris. 

Datum  III  nonas  decembris,  anno  Christo 
propitio  II  imperii  domni  Hludovici  sere- 


adjacentiis  sive  terminis  suis,  sub  nostra 
susciperemus  defensione  &  immunitatis  tui- 
tione. Cujus  precibus,  ob  amorem  Dei  & 
reverentiam  divini  cultus,  libenter  aurem 
accomodare  placuit,  &  hoc  nostrae  aucto- 
ritatis praeceptum  immunitatis  atque  tui- 


nissimi   imperatoris,   indictione  VIII.   [Ac-      tionis    gratia   fieri    decrevimusj    per  quod 


praecipimus  atque  jubemus,  ut  nullus  judex 
publicus  vel  quislibet  ex  judiciaria  potes- 
tate  in  ecclesias,  vel  loca,  aut  agros,  seu 
reliquas  possessiones  praedicti  monasterii, 
quas  moderno  tempore  juste  &  rationabi- 
liter  possidet  vel  quae  etiam  deinceps  in 
jure  ipsius  sancti  loci  voluerit  divina  pietas 
augeri,  ad  causas  audiendas,  vel  freda  exi- 
genda,  aut  mansiones  vel  paratas  faciendas, 
aut  fidejussores  tollendos,  aut  homines 
monasterii   tam   ingenuos   quam    &  serves 

IN  nomine  Domini  Dei  &Salvatoris  nostri  super  terram  ipsius  commanentes  injuste 
Jesu  Christi.  Ludovicus  divina  ordinante  distringendos,  nec  ullas  redhibitiones  aut 
providentia  imperator  augustus.  Cum  peti-  illicitas  occasiones  requirendas,  nostris  & 
tionibus  servorum  Dei  justis  &  rationabi-  futuris  temporibus  ingredi  audeat,  vel  ea 
libus  divini  cultus  amore  favemus,  superna  quae  supra  memorata  sunt  penitus  exigere 
nos  gratia  muniri  non  dubitamus.  Proinde  praesumat  ;  &  quidquid  de  rébus  praefati 
noverit  omnium   fidelium   nostrorum   tam      monasterii  fiscus   sperare  poterat,   totum 


tum]  Aquisgrani   palatio,   in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen. 


39.  —  XXVIII 

Charte  du   même  prince,  en  faveur  de 
Vabhaye  de  Montolieu^ , 


Éd.orig. 

t.I, 
col.  49. 


praesentium  quam  futurorum  sagacitas, 
quia  vit  venerabilis  Olomundus,  abbas  ex 
monasterio  quod  nuncupatur  Malasti,  quod 
est  situm  in  territorio  Carcassense  super 
fluvium  Duranum,  constructum  in  honore 
sancti  Joannis  Baptistae,  obtulit  obtutibus 
nostris  quandam  auctoritatem  domni  & 
genitoris  nostri  Karoli  piae  recordationis 
serenissimi  augusti,  in  qua  erat  insertum 
qualiter  idem  Olomundus  ipsum  monaste- 
rium  novo  construxisset  opère,  &  propter 

'  Archives  de  l'abbaye  de  Montolieu.  —  Baluze, 
Appendix  Capital,  t.  2,  p.   lijoS. 


nos  pro  aeterna  remuneratione  praefato 
monasterio  concedimus ,  ut  in  alimonia 
pauperum  &  stipendia  monachorum  ibi- 
dem Deo  famulantium  perpetuo  proficiat 
in  augmentum.  Et  quandoquidem  divina 
vocatione  supradictus  abbas  vel  successo- 
res ejus  de  hac  luce  migraverint,  quandiu 
ipsi  monachi  inter  se  taies  invenire  potue- 
rint, qui  ipsam  congregationem  secundum 
regulam  sancti  Benedicti  regere  valeant, 
per  hanc  nostram  auctoritatem  &  consen- 
sum  licentiam  habeant  eligendi  abbates, 
quatenus  ipsos  monachos  qui  ibidem  Deo 
famulantur   pro   nobis  &    conjuge   proie- 


An 


109 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


1 10 


An 
816 


février 


que  nostra  atque  stabilitate  totius  iniperii  hi    qui    inter   eos    majores   &   potentiores 

nostri  a  Deo  nobis  concessi  ejusque  cle-  eraiit  ad  palatium  venientes  ipsi  praecepta 

mentissima  niiseratione  per  immensuni  cou-  regalia  susceperunt,  quibus  susceptis,  eos 

servandi    Domini    immensam    clemenîiam  qui  inter  illos  minores  &  infirmiores  erant, 

jugiter  exorare  delectet.  Hanc  itaque  auc-  loca  (amen  sua  bene  excoluisse  videbantur, 

toritatem,   ut   pleniorem    in   Dei    nomine  per    illorum    praeceptorum    auctoritatem 

obtineat  vigorem    &    a    fidelibus    sanctae  aut  penitus  ab  eisdem   locis  depellere  aut 

Dei  Ecclesiae  &  nostris  verius  credatur  &  sibi    ad    servitium    subjicere  conati   sunt  ; 

diligentius  conservetur,  manu  propria  sub-  alterum  est,  quod  simili  modo  de  Hispania 

terfirmavimus  &  anuli  nostri  impressione  venientes  &  ad  comités  sive  vassos  nostros 


signan  jussimus. 

Signum  Ludovici,  serenissimi  imperato- 
ris.  Durandus  diaconus  ad  vicem  Helisa- 
char  recognovit. 


40. 


vel  etiam  ad  vassos  comitum  se  commenda- 
verunt  &  ad  habitandum  atque  excolen- 
dum  déserta  loca  acceperunt,  quae  ubi  ab 
eis  exculta  sunt,  ex  quibuslibet  occasioni- 
Datum  VI  idus  decembris,  anno  Christo  bus  eos  inde  expellere  &  ad  opus  proprium 
propitio  secundo  imperii  domini  Ludovici  retinere  aut  aliis  propter  praemiiim  dare 
piissimi  augusti,  indictione  octava.  Actum  voluerunt;  quorum  ueutrum  justum  aut 
Aquisgrani  palatio  regio,  in  Dei  nomine  rationabile  nobis  esse  videtur.  Et  ideo  per 
féliciter.  Amen.  hanc    nostrae    praeceptionis    auctoritatem 

decernimus  atque  jubemus,  ut  hi,  quTvel 

— nostrum  vel  domni  &  genitoris  nostri  prae- 

ceptum  accipere  meruerunt,  hoc  quod  ipsi 
cum  suis  hominibus  de  deserto  excolue- 
runt  per  nostram  concessionem  habeant. 
Ceteri  vero  qui  simul  cum  eis  venerunt  & 
Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  en  loca  déserta  occupaverunt,  quicquid  de 
faveur  des  Espagnols  fugitifs  \  inculto  excoluerunt  absque  uUius  inquie- 

tudine   possideant   tam   ipsi  quam    illorum 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos-  posteritas,  ita  duntaxat  ut  servitium  nos- 
tri Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  or-  trum  cum  illo  qui  ipsum  praeceptum  ac- 
dinante  providentia  imperator  augustus.  cepit  pro  modo  possessionis  quam  tenet 
Notum  sit  omnibus  fidelibus  sanctae  Dei  facere  debeat.  Hi  vero  qui  postea  venerunt 
Ecclesiae  &  nostris  tam  praesentibus  quam  &  se  aut  comitibus  aut  vassis  nostris  aut 
&  futuris  seu  etiam  successoribus  nostris,  paribus  suis  se  commendaverunt  &  ab  eis 
quia  postquam  Hispani  qui  de  potestate  terras  ad  habitandum  acceperunt,  sub  quali 
Sarracenorum  se  subtraxerunt  &  ad  nos-  convenientia  atque  conditione  acceperunt, 
tram  seu  genitoris  nostri  fidem  se  contu-  tali  eas  in  futurum  &  ipsi  possideant  &  suae 
lerunt,  &  praeceptum  auctoritatis  nostrae,  posteritati  derelinquant.  Hoc  nostrae  auc- 
qualiter  in  regno  nostro  cum  suis  comiti-  toritatis  decretum  non  solum  erga  praete- 
bus  conversari  &  nostrum  servitium  per-  ritos  &  praesentes,  verumetiam  erga  futu- 
agere  deberent,  scribere  &  eis  dare  jussi-  ros  qui  adhuc  ex  illis  partibus  ad  nostram 
mus,  querimoniam  aliqui  ex  ipsis  Hispanis  fidem  venturi  sunt  conservandum  statui- 
nostris  auribusdetuleruntduo  capitula  con-  mus.  De  hac  constitutione  nostra  septem 
tinentem.  Quorum  unum  est,  quod  quando  praecepta  uno  tenore  conscribere  jussi- 
iidem  Hispani  in  nostrum  regnum  vene-  mus  ;  quorum  unum  in  Narbona,  alterum 
runt  &  locum  desertum,  quem  ad  habitan-  in  Carcassona,  tertium  in  Rosciliona,  quar- 
dum  occupaverunt,  per  praeceptum  domni  tum  in  Impuriis,  quintum  in  Barchinona, 
&  genitoris  nostri  ac  nostrum  sibi  ac  suc-  sextum  in  Gerunda,  septimum  in  Biterris 
cessoribus  suis  ad  possidendum  adepti  sunt,      haberi  praecepimus,  &  exemplar  eorum  in 

archivo  palatii  nostri,  ut  praedicti  Hispani 

'  Baluze,  Capitularia  regum  Francorum,  t.   1 ,      ab  ilHs  septem  exemplaria  accipere  &  ha- 

c.  570-571.  bere  possint  &  per  exemplar  quod  in  pa- 


An 
816 


An 
816 


III 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


112 


An 
816 

26  août 


latio  retinemus,  si  riirsum  querela  nobis 
delata  fuerit,  facilius  possit  definiri.  Et  ut 
haec  nostrae  auctoritatis  constitutio  fir- 
miorem  obtineat  vigorem  &  a  fidelibus 
sanctae  Dei  Ecclesiae  plenius  per  tempora 


ibidem  loci  famulantium  locum  nostrum 
quod  dicitur  Villapinta  &  ecclesiam  in 
honorem  sancti  Johannis  Baptistae  con- 
structam,  cum  omni  integritate,  quantum- 
cunque    in    ipso    loco    jure    proprietatis 


féliciter.  Amen. 


conservetur,  manu  propria  subterfirma-  modo  nostra  est  possessio,  &  aliud  prae- 
vimus  &  anuli  nostri  impressione  signari  dium  quod  dicitur  Villamanna  in  contiguo 
jussimus.  Signum  domni  Hludovici  sere-  superioris  praedicti  situatum,  cum  omni 
nissimi  imperatoris.  Arnaldus  ad  vicem  integritate,  cum  mancipia  utriusque  sexus, 
Helizachar  recognovit.  cum  domibus,  aedificiis,  terris,  vineis,  pra- 

Data  IV  idus  februarii,  anno  Christo  tis,  silvis,  pascuis,  aquis  aquarumque  de- 
propitio  tertio  imperii  domni  Hludovici  cursibus,  molendinis,  mobilibus  &  immo- 
piissimi  augusti,  indictione  ix.  Actum  bilibus,  cultum  &  incultum,  quaestum  & 
Aquisgrani  palatio    regio,  in   Dei   nomine       adquirendum,  totum  ab  integro  memorato 

monasterio  Soricinii  ad  cunctas  ejusdem 
monasterii  nécessitâtes  consulendas  per- 
petualiter  ad  habendum  delegavimus.  Et 
hanc  nostram  auctoritatem  sub  nomine  & 
evictionis  gratia  fieri  volumus,  per  quam 
praecipimus,  ut  nullus  judex  publicus  vel 
quilibet  ex  judiciaria  potestate  in  posses- 
Dîplôme  de  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine^  siones  memorati  monasterii,  quae  deinceps 
qui  restaure  Vahhaye  de  Sorè-^e^ .  divina  pietas  in  jure  ipsius  sancti  loci  vo- 

luerit  augere,  ullas  illicitas  occasiones  re- 
quirere  nullo  unquam  tempore  audeat, 
sed  liceat  ordinato  abbati  suisque  succes- 
soribus  sub  immunitatis  nostrae  vel  succes- 
sorum  nostrorum  defensione  quieto  ordine 
possidere.  Et  quandoquidem  divina  voca- 
tione  a  nobis  ordinatus  abbas  vel  successor 
ejus  ab  bac  luce  migraverit,  perpetuo  se- 


41 


IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos- 
tri Jesu  Christi.  Pipinus  gratia  Dei  rex. 
Si  erga  loca  divinis  cultibus  mancipata 
propter  amorem  Dei  ejusque  in  eisdem 
locis  famulantium  propter  eorum  susten- 
tationem  quoddam  conferimus  praemium, 
nobis  apud  Dominum  aeternae  remune- 
rationis  praemium  rependi  non  diffidimus.  cundum  regulam  sancti  Benedicti  per  hanc 
Proinde  noverit  omnium  fidelium  tam  nostram  auctoritatem  &  consensum  licen- 
praesentium  quam  &  futurorum  solertia,  tiam  habeant  eligendi  abbates,  quatenus 
quia  placuit  nobis  propter  amorem  Dei  ipsi  monacbi,  qui  ibidem  Deo  famulari 
&  animae  nostrae  remedium  construere  videntur,  pro  statu  totius  regni  nostri  & 
monasterium  in  pago  Tolosano,  juxta  cas-  incolumitate  conjugis  atque  prolis  Domini 
trum  quod  dicitur  Virdiminus,  cui  Sorici-  misericordiam  exorare  valeant.  Et  ut  haec 
nii  rivulo  vocabulum  constat  indici  Sori-      auctoritas    nostris    &    futuris    temporibus 


cinii,  in  honorem  Dei  &  ejus  genitricis 
perpetuae  virginis  Mariae  &  omnium  sanc- 
torum,  secundum  quod  eadem  Dei  genitrix 
nobis  visa  est  praecepisse.  Conferimus  igi- 
tur  eidem  loco  de  rébus  a  Deo  nobis  coUa- 
tis  ad  sustentationem,  ut  diximus,  fratrum 


'  Baluze,  Cap'itular'ta  regam  Francorum ,  t.  2, 
Append.  n.  xin.  [Il  rapporte  cette  pièce  à  l'an  ySS 
&  l'attribue  à  Pépin  le  Bref;  les  formules  contre- 
disent absolument  cette  attribution,  &,  à  ce  point 
de  vue,  c'est  avec  raison  que  Mabillon,  dans  ses 
Annales,  l'a  considérée  comme  fausse.] 


debeat  inconvulsa  manere ,  manu  nostra 
subsignavimus  &  annuli  impressione  sig- 
nari jussimus. 

Signum  Pippini  gloriosissimi  régis.  Joan- 
nes  diaconus  ad  vicem  Dagni  recognovit. 

Data  septimo  kalendas  septembris,  anno 
Christo  propitio  secundo  domni  Pippini 
régis,  indictione  septima.  Actum  Aquis- 
grani palatio  regio. 


An 
816 


t 


ii3 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


114 


42.  —  XXIX 

Charte  de  Louis  le  Débonnaire  pour 
V abbaye  d'Aniane\ 


lîd.orig. 

t.  I, 
col.  49. 


I 


N  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jehsii  Christi.   Hludovicus  divina  ordi- 


An 

816 

i5 


nante  providentia  imperator  augustus. 
Notum  sit  omiiil)us  fiidelibus  nostris  parti- 
bus  Septimauie,  Provincie,  Aquitanie  vel 
octobre.  '^^  ceteris  provinciis  consistentibus,  quia 
vir  veiierabilis  Beiiedictiis  abba  ad  nos- 
tram  accedens  clementiani  suggessit,  ut  per 
nostram  jussionem  advocati  monasterii 
Anianensis  perdita  quererent  &  justa  pos- 
sessa  ubique  secundum  legeni  defende- 
rent.  Quem  nos  libenter  recepinius  &  bas 
litteras  scribere  &  ei  dare  jussimus,  per 
quas  omnibus  notum  facimus,  ut  sciatis 
advocatos  predicti  monasterii  Anianensis 
omnia  que  secundum  legem  quesierint  & 
quicumque  de  predicti  monasterii  rébus 
eis  aliquid  quaesierit  &  secundum  legem 
definitum  fuerit,  ratum  &  stabile  perma- 
neat.  Et  ideo  precipimus  ut  ubicumque  in 
loca,  vel  potestatem,  seu  ministeria  cujus- 
libet  &  comitum  advenerint  &  undecum- 
que  de  rébus  predicti  monasterii  justiciam 
quesierint,  absque  ulla  dilatione  secundum 
legem  justiciam  recipiant  &  faciant.  Si  vero 
quilibet  aliquam  dilationem  in  justiciis  fa- 
ciendis  opposuerit  aut  aliquam  injustam 
occasionem  adhibere  conatus  fuerit,  advo- 
catis  ipsius  monasterii  injungimus  ut  nobis 
renuntient,  ut  nos  illi  qui  nostram  jussio- 
Éd.orig.  nem  neglexerit  secundum  facti  sui  meri- 
coi.5'0.  ^^^  retribuamus.  Dixit  etiam  nobis  predic- 
tus  abba  eo  quod  mancipia  de  monasterio 
Sancti  Martini  vel  alio,  quod  nos  largitio- 
nis  nostre  munere  ad  predictum  Anianense 
monasterium  concessimus,  per  loca  diversa 
fugitiva  sint  :  de  quibus  volumus  ut  ejus- 
dem  monasterii  advocati  ea  perquirant,& 
ubicumque  inventa  fuerint  &  secundum 
legem  Romanam  tricennio  se  defendere  vo- 
luerint  &  boc  advocati  predicti  monaste- 


rii ex  propinquis  eorum  circumcincxerint 
aut  testimonia  idonea  dederint,  fiant  de 
eis  secundum  Romanae  legis  sanctionem, 
ut  tricennium  ea  excludere  non  possint. 
Et  ut  has  litteras  nostras  esse  verius  cre- 
datis,  de  anulo  nostro  subter  jussimus 
sigillari. 

Durandus  diaconus  ad  vicem  Frigidisi 
recognovi. 

Data  idus  octobris,  anno  Christo  propi- 
cio  imperii  nostri  m,  indictione  x.  Actum 
Compendio  palacio  regio,  in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen. 


43. 

Diplôme  du  même  prince^  qui  concède 
certains  biens  au  monastère  de  So~ 
rè-^e  ' . 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  ordi- 
nante  providentia  imperator  augustus.  Si 
erga  loca  divinis  cultibus  mancipata  prop- 
ter  amorem  Dei  in  eisdem  locis  famulan- 
tibus  quiddam  conferimus,  praemium  nobis 
apud  Dominum  aeternae  remunerationis 
rependi  non  diffidimus.  Proinde  noverit 
omnium  fidelium  tam  praesentium  quam 
futurorum  solertia,  quia  placuit  nobis 
propter  animae  nostrae  remedium  &  ae- 
ternae retributionis  fructum  monasterio 
quod  dicitur  Suricinum,  sito  in  pago  Tolo- 
sano,  in  honorem  Dei  genitricis  &  aliorum 
sanctorum  constructo,  ubi  nunc  Bertran- 
dus  abbas  praesidere  dignoscitur,  certa  loca 
conferre  quae  Ariacas  olim  comes  nobis 
per  dinumerationem  tradidit  in  pago  Aus- 
ciensi,  videlicet  villam  de  Blizentia  cum 
ecclesiis  ibidem  fundatis  in  honorem  Dei 
genitricis  &  sancti  Johannis,  cum  territoriis 
de  Peyrault,  &  aedificiis  suis  &  mancipiis; 
&  aliam  villam  quae  dicitur  M.ontUeu,  & 
quicquid  in  dicta  donatione  continetur 
cum  mancipiis  suis,  &  villam  quae  dicitur 
Exartigas  cum  omnibus  aedificiis  &  perti- 


An 
8i<S 


An 

8,7 

ly  avril. 


■  Cartulaire  d'Aniane,  f°  23.  —  Baluze,  Capitu-  '  D.  Bouquet,  t.  6,  p.  5ii,  d'après  les  papiers 

laria  regum  Francorum,  t.  2,  Append.  n.  xiii.  de  D.  Estiennot. 


An 

817 


ii5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


116 


nentiis  suis,  &  villam  quae  dicitur  Vacca- 
ria,  cum  ecclesia  Sancti  Johannis,  similiter 
cum  aedificiis  adjacentibus,  &  villam  quae 
dicitur  Marcillanum,  cum  aedificiis  &  per- 
tinentiis  suis,  cum  domibus  &  mancipiis,  & 
quantumcumque  in  ipso  loco  ad  nos  jure 
proprietatis  pertinere  dignoscitur,  cum  ec- 
clesia in  eodem  loco  constructa  in  honorem 
sancti  Martini,  &  molendinum  super  flu- 
vium  de  Gers,  &  quidquid  in  eodem  loco 
visi  sumus  habere  ;  insuper  in  pago  Dagni 
&  in  villa  quae  dicitur  Alamanni  &  in  villa 
Modolingo,  cum  ecclesiis  ibidem  construc- 
tis  in  honore  Dei  genitricis  &  sancti  Sul- 
pitii,  cum  mancipiis  &  colonis,  cum  domi- 
bus &  habitatoribus  earum.  Et  quidquid 
ibidem  ad  nos  jure  proprietatis  pertinere 
dignoscitur,  cum  ecclesiis  &  servis  &  colo- 
nis utriusque  sexus,  cum  domibus,  aedifi- 
ciis, terris,  vineis,  pratis,  pascuis,  aquis 
aquarumve  decursibus,  molendinis,  mobi- 
libus  &  immobilibus,  cultum  &  incultum, 


44.  —  XXX 

Charte   du   même  empereur  pour 
l'abbaye  de  Cruai\ 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri  Éd.ong 
Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  ordi- 
nante  providentia  imperator  augustus.  Si 
erga  loca  divinis  cultibus  dicata  imperiali 
more  bénéficia  opportuna  largimur,  idem 
nobis  &  ad  stabilitatem  imperii  nostri  & 
ad  anime  salutem  minime  profuturum  non 
dubitamus.  Idcirco  notum  sit  omnibus  fide- 
libus  tam  presentibus  quam  futuris,  quia 
Elpodorius  cornes,  adiens  serenitatem  nos- 
tram,  subjecit  qualiter  pater  suus  Eri- 
bertus  olim  super  flumen  Rodanum  in 
comitatu  Vivariensi,   in  loco  qui  vocatur 


Crudatus,   qui   erat   ex   jure   fisci   nostri, 

quaesitum   &   adquirendum,  totum    &    ab  desertum    inveniens    studio    assumpto    ob 

integro    &  ad   integrum  donamus  Deo    &  divinum    amorem    monachos  ibidem  con- 

supramemorato   monasterio   Suricinii   pro  gregavit,  qui    in   eumdem   locum    ejus   & 

salute  animae  nostrae  ad  stipendia  fratrum  ceterorum  fidelium  adjutorio  fulti  restau- 

ibidem  Deo  servientium,  &  ad  eleemosynas  rarunt  quatenus  sub  proposito  monastico 

faciendas,  &  ad  alias  praefati  caenobii  uti-  consistèrent,  sicut  hactenus  Deo  annuente 

litates   hac  donatione  auctoritatis  nostrae  &  fecerunt.  Sed  quamquam  ille  res  quietas 


perpetualiter  delegamus,  &  ut  de  ipsis 
abbates  &  monachi  libère  &  quiète  pro- 
videre  valeant.  Et  ut  haec  carta  donatio- 
nis  nostrae  futuris  temporibus  perpetuam 
obtineat  firmitatem  &  a  fidelibus  nostris 
melius  observetur,  manu  nostra  subfirma- 
vimus  &  annuli  nostri  impressione  signari 
jussimus. 

Signum  Hludovici  serenissimi  imperato- 
ris.  Durandus  diaconus  ad  vicem  Elizacar 
recognovit. 

Data  V  kalendas  maii',  anno  Christo  pro- 
pitio  IV  imperii  domini  piissimi  Hludovici, 
indictione  X.  Actum  Aquisgrani  palatio 
regio,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


de  parte  sua  redderet  &  auxilium  oppor- 
tunum  eis  juxta  vires  preberet  ac  elemo- 
sine  patris  sui  affectum  haberet,  petiit 
celsitudini  nostre,  ut  ipsos  monachos  una 
cum  abbate  illorum  Bonaldo,  cum  iis  rébus 
que  ad  eundem  locum  ex  jure  fisci  perti- 
nebant,  plenissime  sub  nostra  deffensione 
acciperemus,  quatenus  in  nostra  vel  illlus 
elemosina  deinceps  quiète  viverent  &  pro- 
positum  suum  infatigabiliter  observarent. 
Cujus  petitionem  ,  quia  justam  ac  Deo 
amabilem  esse  cognovimus,  libenter  an- 
nuimus,  &  ipsos  monachos  cum  loco  pre- 
dicto  &  rébus  eidem  juste  aspicientibus 
sub  nostra  plenissima  defensione   recepi- 


1. 1, 

col.  5o. 


An 
817 

16 

juillet. 


'  La    copie   dont   se    sont   servis    les  auteurs   du  '  Vldlmus  de  l'an    1397;  archives  du  Domaine 

Recueil  porte  m  nonas  maii,  au  lieu  de  v  kalendas  à  Montpellier,  titres  de  la  sénéchaussée  de  Beau- 

maii.  caire.    Cruas,    n.   1.    [Cet   acte   était    une   sorte   de 

Il  faut  attribuer  les  formes  postérieures  de  noms  recueil  factice,  auquel  D.  Vaissete  a  emprunté  un 

de  lieux  contenues  dans  ce  diplôme  à  l'auteur  d'une  certain  nombre  de  documents.]  —  Recueil  des  his~ 

ancienne   chronique   d'Auch   auquel    D.  Estiennot  toriens  de  France,  t.  6,  p.  5o7,  d'après  VHistoire  de 

l'avait  emprunté.  Languedoc. 


An 
817 


117 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


118 


Kd.oiig. 

t.  1, 
coI.Si. 


mus,  &  ejus ut  eodem  in   loco  quieti 

abhinc  consistèrent  ex  nostra  largitate 
per  nostram  auctoritatem  concessimus. 
Precipientes  ergo  jubemus,  ut  nullus  qui- 
libet  fidelium  nostrorum ,  neque  missus 
discurrens,  aut  aliquis  mundane  actionis 
ministerio  fungens  predictos  monachos 
de  predicto  loco  inquietare  présumant, 
aut  aliquid  eis  aufferre  vel  minuere  de 
rébus  ad  eundem  locum  juste  perthienti- 
bus  pertemptet,  aut  aliquam  insultationem 


45. 

Jugement  rendu  en  faveur  de  Vévêque 
de  Giron  e\ 


C 


ONDITIONES    sacramentorum 


atque 


exordinationes  de  missos  gloriosissimo 
domno  nostro  Lodovico  imperatore,  Nifri- 

inferat,  sed  liceat  eos  per  hos  nostros  im-  dius  Gerundensis  episcopus,  Christianum 

periales  apices  sub  nostra  plenissima  tui-  item   episcopum,  seu   &  judices  qui  jussi 

tione  consistere,  &  pro  nobis  vel  pro  sta-  sunt  de  ipsos  missos  dirimere  causas,  id  est 

bilitate    totius    imperii    nostri    Dominum  Atroarius,  Cirella,  Adaulfus,  Calbus,  Pro- 

quiete    viventes    jugis    precibus    exorare.  vasius,  Sculpiliarius,  &  Remulus,  seu  & 

Precipimus  etiam  atque  jubemus,  ut  nullus  Magnentio,  Salone,  vel  in  presentia  alio- 

judex    publicus    ad   causas    audiendas,   vel  rum  multorum  hominum  qui  cum  ipsis  ibi- 

freda  exigenda ,  aut  mansiones  vel  paratas  dem  aderant,  juraverunt  testes  prolati  quos 

faciendas,  aut  fidejussores  tollendos,  aut  profert  advocatus  Wadarilico  episcopo  id 

homines  eorum  tam  ingenuos  quam  &  ser-  est  vicarius,  dicens  in  faciem  Godaldi  pro 

vos  distringendos,  nec  ullas  redliibitiones  causa  unde  intentio  vertebatur  in   testes, 

aut  inlicitas    occasiones    requirendas   ullo  Haec  sunt  nomina  testium  qui  jurare  de- 

umquam    tempore    in    eorum    rébus   quas  bent  &  jurant,  id  est  Argemirus,  Vitales, 

juste  presenti  tempore  possident  seu  quas  Cavatus,   Valerius,    Maurilio,   Auripino, 

deinceps  Dominus  voluerit  augeri  ingredi  Segontio,  &  Condesindo,  qui  juraverunt  : 

aut  ea  que  premissa  sunt  penitus  exactare  '<  Dicimus  perDeum  patrem  omnipotentem 

présumant   :    sed    liceat    memorato   abbati  &  per  Jesum  Christum  filium  ejus  &  per 

ejusque  successoribus  res  predicti  monas-  Spiritum  Sanctum  qui  est  inTrinitate  unus 

terii   sub   immunitatis   nostre   deffensione  &  verus,  &  ad  locum  venerationis  Sancti 

quieto  ordine  possidere.  Quandoquidem  ex  Andreae  quae  fundata  est  in  villa  Borra- 

divina  vocatione  supradictus  abbas  vel  suc-  ciano    in    territorio    Bisuldunense  ,    super 


cessores  ejus  de  hac  luce  migraverint, 
quamdiu  ipsi  monachi  inter  se  taies  inve- 
nire  potuerint  qui  ipsam  congregationem 
secundum  regulam  sancti  Benedicti  regere 
valeant,  per  hanc  nostram  auctoritatem  & 
consensum  licentiam  habeant  eligendi  ab- 
bates.    Et   ut    hec    auctoritas    nostris   fu- 


cujus  sacrosanctum  altare  bas  conditiones 
manibus  nostris  continemus  vel  jurando 
contangimus,  quia  nos  suprascripti  testes 
scimus  &  bene  in  veritate  notum  habemus 
&  praesentialiter  fuimus,  quando  erat  Ra- 
gonfredus  cornes  palatio  una  cum  judices 
dominicos  Donatum  &  Ugabaldum  in  villa 


turisque    temporibus    Domino   protegente  quae  dicitur  Baschara  &  perquisierunt  ter- 

valeat   inconvulsa  manere,  manu   propria  minos   de  ipsa   villa   archas   &  fîxorias    & 

subterfirmavimus   &  anuli  nostri   impres-  vindenates.  Nos  vidimus  testantes  in  om- 

sione  signari  jussimus.  nibus  hucciando   truncato   mantildo  Ode- 

Signum    Hludovici    serenissimi    impera-  rius    comparatus   &    abaldela   qui  vocatur 

toris.  Maradon  &  avenatus  &  testificaverunt  & 

Data XVII kalendasaugustas,annoChristo  juraverunt  &  fuerunt  per  ipsas  archas  & 

propitio  IV  imperii  domni  Hludovici  piis-  iixorias.  Unde  nos  supradicti  testes  pedes 

simi  augusti,  indictione  X.  Actum  Aquis-  circuivimus  &  manibus  nostris  ostendimus 


grani  palatio  regio,  in  Dei  nomine  félici- 
ter. Amen. 


signa.  ))  Et  sic  revestivit  Walarico  episcopo 

'  Baluze,   Capitularia.    regum    Francorum ,    t.    z, 
r,  1416. 


An 
817 

i5  dé- 
cembre 


An 
817 


IK 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


120 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  5i. 


Vers 

8.7 


de  ipsa  villa  suprascripta  cum  terminos  vel  vel  judiciaria  potestate  pro  animabus  nos- 

omnes    fines   suos   a   parte    sancti    Felicis  tris  &  pro  anima  Ludovici  serenissimi  im- 

beatissimi   martyris   Christi   sedis   Gerun-  peratoris    senioris   nostri ,   cujus   dono    & 

densis,  &  ea  quae  scimus  recte  &  fideliter  consilio  hoc  factum  est.  Si   quis   suadente 

testificamur  per  supradictum  juramentum  diabolo   ex  nostro  vel  ex  alio  génère  do- 


Vers 

8.7 


in  Domino.  Latae  conditiones  sub  die  oc- 
tavo  decimo  kalendas  januarii,  anno  quarto 
imperante  féliciter  gloriosissimo  domno 
nostro  Ludovico  imperatore. 


46.  —  XXXI 

Donation  faîte  à  Vahhaye  du  Mas- 
d'A-^ilj  par  un  certain  Ebolatus, 
sa  femme  Virane  6*  leurs  enfants  \ 


W 


nomine  Domini  nostri  Jesu  Christi 
Domini  mei.  Ego  Ebolatus  dictus  Nobilis 
&  uxor  mea  Virana  cum  filiis  nostris  Mau- 
rino  &  Saione  hominibus  innotescere  vo- 
lumus,  quia  nos  donatores  damus  locum 
quemdam,  quae  Sylva-agra  dicitur,  &  villam 
vel  villas  quae  ibidem  sunt  constructas, 
cum  ecclesia  ibidem  fundata  in  honorem 
sancti  Pétri  apostoli ,  in  qua  requiescit 
corpus  sancti  martyris  Rustici  super  rivo- 
lum  quae  Jerles  dicitur  non  procul  a  Ga- 
runna  ilumine,  &  est  in  comitatu  Tolo- 
sano  :  &  definimus  nos  suprascripti  dona- 
tores locum  vel  loca,  &  villam  vel  villas, 
&  ecclesiam  supranominatam  per  anima- 
rum  nostrarum  vel  parentum  nostrorum 
remedium ,  sicut  diximus,  Domino  Deo 
&  sanctae  Mariae  in  monasterio  praedicto 
martyris  Stephani,  qui  dicitur  Asilius,  & 
abbati  Asnarii  &  sanctis  fratribus  ibi  com- 
morantibus,  ut  ibi  coenobium  construant 
fratrum  congregationem  qui  pro  se  &  pro 
nobis  fideliter  orent.  Cedimus  sic  istum 
locum  cum  omni  integritate  pro  amore 
Domini,  cum  suis  guarricis,  cultibus  & 
incultibus,  terris  &  vineis,  cum  rivis,  pra- 
tis,  pascuis,  cum  exitibus  vel  redditibus 
omnibus,  sine  uUius  hominis  inquietudine 

'  Cartulaire  du  Mas-d'Azil;  bibliothèque  Col- 
bert,  volume  concernant  la  ville  &  l'abbaye  du 
Mas-d'Azil.  [Aujourd'hui  collection  Doat,  à  la 
Bibliothèque  nationale,  v.  97.] 


num  hoc  suprascriptum  scindere  voluerit, 
non  valeat  quod  cupit,  sed  componat  in 
fisco  auri  libras  decem,  &  donum  hune 
firmum  &  stabilitum  sit  omni  tempore. 
S.  Eb(rtati  qui  cartham  scribere  &  firmavit 
&  firmare  rogavit.  S.  Maurini.  S.  Saione, 
Régnante  Ludovico  imperatore,  &c. 


47' 


Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  pour 
Vahbaye  de  Manlieu  ' . 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos- 
tri Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  or- 
dinante  providentia  imperator  augustus. 
Cum  locis  divino  cultui  mancipatis  ob 
divinae  servitutis  honorem  opem  con- 
gruam  ferimus,  &  regium  morem  decenter 
implemus  &  id  nobis  profuturum  ad  aeter- 
nae  remunerationis  praemia  capescendo 
veraciter  credimus.  Notum  igitur  esse  vo- 
lumus  fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  & 
nostris  praesentibus  scilicet  &  futuris, 
qualiter  nos  sicut  in  aliis  nostris  auctori- 
tatibus  continetur  Heimonem,  venerabilem 
abbatem  ex  monasterio  cujus  vocabulum 
est  Magnus-locus,  quod  est  constructum 
in  honore  sancti  Sebastiani  martyris,  situm 
in  pago  Arvernico,  &  congregationem  illius 
cum  rébus  illorum  juste  sibi  competentibus 
sub  nostra  suscepimus  plenissima  defen- 
sione  &  immunitatis  tuitione.  Et  ideo  de- 
cernimus  atque  per  hos  apices  impériales 
nostros  sancimus,  ut  omnes  res  ejusdem 
monasterii,  sicut  diximus,  cum  omnibus 
sibi  subjectis  sub  nostrae  defensionis  im- 


'  Baluze,  Armoires,  y.  i  Sp,  (°  178,  copie — Preu- 
ves des  libertés  de  l  Eglise  gallicane,  p.  i^Sî.  — 
D.  Bouquet,  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  6, 
p.  5i3,  d'après  les  notes  manuscrites  réunies  à 
l'abbaye  de  Saint-Germain  des  Prés  par  les  auteurs 
du  Gallia  Christtana. 


An 


17  août. 


An 
818 


121 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


jR( 


122 


munitate  consistant.  Praecipientes  ergo 
jubemus  atque  praecipimus,  ut  nullus  ju- 
dex  publicus  aut  cujuslibet  superioris  aut 
inferioris  ordinis  reipublicae  procurator 
ad  causas  judiciario  more  audiendas  in  ec- 
clesias  aut  villas  seu  reliquas  possessiones, 
quas  moderno  tempore  in  quibuslibet  pro- 
vinciis  ad  eundem  locum  pertinent  vel 
deinceps  aut  per  nos  aut  per  alios  quos- 
libet  in  jure  ipsius  monasterii  divina  pie- 
tas  voluerit  augeri,  ingredi  praesumat,  nec 
freda,  aut  tributa,  aut  homines  tam  ingé- 
nues quam  servos  super  terram  ipsius  loci 
commanentes  distringere,  nec  uUas  publi- 
cas  functiones  aut  redhibitiones  vel  inli- 
citas  occasiones  acquirere,  quibus  in  aliquo 
idem  monasterium  sibique  subjecti  aliquid 
injuste  patiantur  incomniodum,  nostris  fu- 
turisque  temporibus  quisquam  tam  teme- 
rarius  existât,  qui  id  faciendi  inlicitam  sibi 
potestatem  adtribuere  audeat.  Et  quicquid 
de  rébus  praefati  monasterii  fiscus  sperare 
poterat,  totum  nos  pro  aeterna  retribu- 
tione  praedicto  monasterio  concedimus,  ut 
perennis  temporibus  in  alimonia  paupe- 
rum  &  stipendia  monachorum  ibidem  Deo 


48. 

Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  con- 
firmant les  biens  ^  possessions  du 
monastère  de  Saint- Antonin ,  en 
Rouergue  '. 

IN  nomine  Dei  omnipotentis  &  Salvatoris 
nostri  Jhesu  Christi.  Ludovicus  divina 
ordinante  providentia  imperator  augus- 
tus.  Notum  sit  omnium  nostrorum  fidelium 
solertiae  presentium  scilicet  &  futurorum, 
quia  ad  deprecationem  dilectae  conjugis 
nostrae  Hermengardis  inclinantes,  ut  ser- 
vis aliquid  adminiculum  praeberemus  sub- 
nixis  precibus  cum  certis  fidelibus  nostris 
postulavit,  ut  nostra  auctoritate  ad  locum 
Sancti  Antonini  monasterii  confirmaretur. 
Has  ergo  ecclesias  quae  sunt  in  pago  Ku- 
thenico,  scilicet  ecclesiam  Sancti  Saturnini 
de  Gannail,  &  ecclesiam  Sancti  Saturnini 
de  Rofiac,  &  ecclesiam  Sancti  Ciriaci,  & 
ecclesiam  Sancti  Stephani  de  Cantenesac, 
famulantium  proficiat  in  augmentis,  qua-  &  ecclesiam  Sancti  Juliani  de  Cairanct 
liter  monachos  ibidem  deservientes  pro  cum  ipso  manso  de  Vedrinas,  &  ecclesiam 
nobis  conjuge  proleque  nostra  atque  sta-  Sanctae  Mariae  de  Cregoalla,  &  ecclesiam 
bilitate  totius  iniperii  a  Deo  nobis  concessi  Sancti  Joannis  de  Cant,  &  ecclesiam  Sancti 
atque  conservandi  jugiter  Domini  miseri-  Joannis  de  Arenas,  cum  omnibus  ad  eas 
cordiam  operare  debeant.  Haec  veto  auc-  pertinentibus,  cum  decimis  &  primiciis, 
toritas  immunitatis  nostrae,  ut  per  curri-  cum  servis  &  ancillis,  concedimus  monas- 
cula  annorum  stabilem  atque  inconvulsam  terii  Beati  Antonini  monachis  has  eccle- 
obtineat  firmitatem,  manu  propria  subter-  sias  &  haec  omnia  superius  nominata  cum 
iirmavimus  &  anuli  nostri  impressione  si-  oinni  integritate,  cum  mancipiis  promis- 
gnari  jussimus.  cui  sexus,  cum  domibus,  edificiis,  terris, 

Signum  Hludovici  serenissimi  impera-  vineis,  pratis,  pascuis,  silvis,  aquis  aqua- 
toris.  Durandus  diaconus  ad  vicem  Helisa-  rumve  decursibus,  mobilibus  &  immobili- 
char  recognovi.  bus,  praedicto  tradimus  monasterio  &  con- 

Data  XVI  kalendas  septembris,  anno  gregationi  ibidem  Deo  famulantium  ego  & 
Christo  propitio  V  imperii  domni  Hludo-  conjux  nostra  consilio  nostrorum  fidelium 
vici  piissimi  augusti,  indictione  xi.  Actum  virorum  quorum  nomina  haec  sunt  :  Ber- 
Andecavis  palatio,  in  Dei  nomine  féliciter,  nardus  Cermenis,  &  Benedictus  ministe- 
Amen.  rialis,  item  Benedictus  Ramnulfus,  Bodo, 

Bertinus,  Adalgarius,  Warno,  Leotardus, 
Betfredus,  Magnifredus,  Suano,  Aduemo, 
Watberto,  Arnaldus,  Agambaldus,  Benja- 
min &  Johannes  ;  isti  sunt  comités  palatii 


'  Collection   Dupuy,  vol.  635,  f°  6.  —  D.  Bou- 
quet, t.  6,  p.  5i  I,  n.  76. 


An 
Si8 


An 
819 

février. 


123 


m 

PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


124 


nostrî;  cum  reliquis  pluribus,  horum  con-  quam    personae   ingenuae   &  ex   ingenuis 

silio  &  suasu  damus  &  praecipimus  atque  parentibus    procreatae    testificandi,  testa- 

jubemus,  ut  nullus  umquam  praedictas  res  mentandi ,    quaelibet    negotia    peragendi, 

mancipia    aut    aliquid    ad    illos    pertinens  per  quatuor  terrae  angulos  vitani   transi- 

abstrahere  vel  minuere  praesumat  aut  ali-  gendi,  &  de  omni  pécore  vel  peculiari  quod 

quid  impedimentum  aut  infestationem  fa-  Deus  ei  daret  quod  vellet  faciendi.  Facta 

cere  sive  ingerere  audeat.  Sed  quidquid  ab  carta  libertatis  sub  die  Vil  idus  februarii, 


An 
819 


anno    sexto    régnante    &   imperante   Hlu- 
doicho  imperatore. 


hodierna  die  &  tempore  de  his  rébus  atque 
mancipiis  facere  vel  judicare  rectores  sive 
ministri  monasterii  voluerint,  libero  in  om- 
nibus perfruantur  arbitrio  faciendi  quid- 
quid elegerint.  Haec  vero  auctoritas  largi- 
tionis  atque  confirmationis  nostrae,  ut  per 
futura  tempora  inviolabiliter  atque  incon- 

cussam  obtineat  firmitatem,  manu  propria      Fondation   de   Vahhaye  de  Bellecelle 
subterfirmavimus  &nominis  nostri  impres- 
sione   signari   jussimus. 


5o.  —  XXXII 


en  Albigeoise 


Signum  Ludovici  serenissimi  imperato- 
ris.  Durandus  diaconus  ad  vicem  Elisacbar 
scripsit. 

Data    XVI    kalendas    septembris,    anno 


IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos- 
tri Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  or- 
dinante  providentia  imperator  augustus. 
Notum  sit  omnibus  fidelibus  nostris,  quia 


citer.  Amen. 


Christo  propitio  V  imperii  domni  Ludo-  vir  venerabilis  Benedictus  abba  una  cum 
vici  piissimi  augusti,  indictione  XI.  Actum  consensu  Georgii  abbatis  Anianensis  mo- 
Andegavis  civitate,  [in  Dei  nomine]  feli-      nasterii ,   quem    ipse    ibidem    successorem 

elegerat  &  monachis  ibidem  consistenti- 
bus,  seu  etiam  &  Nebridii  reverentissimi 
archiepiscopi  &  aliorum  servorum  Dei 
cuidam  cellulae,  in  pago  Albiensi  super 
fluvium  qui  dicitur  Aguotis  sitae,  nuncu- 
pante  Bellacella,  constructae  in  honore 
sancti  Benedicti  &  aliorum  sanctorum  , 
quae  nuperrimis  temporibus  novo  opère 
in  rébus  quas  Ulfarius  comes  memorato 
monasterio  Anianensi  delegaverat  cons- 
tructa  est,  taie  privilegium  ob  firmitatem 
loci  illius  concessit,  ut  semper  de  ipsa 
congregatione    ibidem    eligerent   abbates , 


Éd.oric. 

t.  1, 
col.  52. 


An 
819 

g  mars 


49. 


Charte  d' ajjfranchis sèment  en  faveur 
d'un  nommé  Benoît  \ 


ROGAVIT  Addilius  Aster  quando  venit  in 
monasterium  Sancti  Pétri  &  Pauli, 
cujus  ecclesia  sita  erat  moderno  tempore  in 
loco  Caunensi,  super  rivo  Argento-duplo, 
suburbio  Ventaionense,  territorio  Narbo-  quamdiu  ibi  taies  inveniri  potuissent.  Si 
nense,  rogaverat,  inquam,  Addilius  Johan-  vero  contigisset  ibidem  illum  inveniri 
nem  ejusdem  monasterii  abbatem,  ut  si  de  minime  posse,  ut  de  praedicta  congrega- 
Benedicto  servo  suo  aliquid  contingeret  tione  Anianensis  monasterii  ibidem  cons- 
de  parte  imperatoris  aut  Berengarii  co-  titueretur.  Et  si  aliter  quam  oportebat 
mitis  qui  eum  requirebat  propter  homici-  fecisset  aut  a  suo  proposito  in  aliquo 
dium  unde  eum  interpellabat  aut  si  morte      exorbitasset,  ut  rector  saepe  nominati  mo- 


preoccupatus  fuisset,  ingenuum  eum  face- 
ret  &  cartulam  libertatis  ei  traderet.  Unde 
abbas  ab  omni  jugo  servili  Benedictum 
absolvit  &  ex   cujuslibet  dominio  vel  pa- 


nasterii  sua  auctoritate  illud  emendaret. 
Ceterum  quamdiu  suam  professionem  bene 
observabunt,  nullatenus  qualibet  occasione 
eos  infestassent  aut  eorum  quietem  per- 


trocinio  aut  quolibet  obsequio  libertine-      turbassent  aut  aliquid  contrarii  eis  fecis- 
rum  eum  exemit,  faciens  ei  potestatem  tan- 

'  Archives  d'Aniane.  —  MablUon,  Acta.  Sancto- 
'  Latin  12664,  f°  348.  rum  ordinis  S.  Benedicti j  saec.  4,  part,   i,  p.  220. 


An 
819 


I2J 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


126 


sent.  Sed  ut  melius  conservaretur,  petiit  ut  seu  successoribus  nostris  fidelibus  sanctae 

nostrae    jussione    manus    ratum    maneret.  Dei  Ecclesiae,  quia  placuit  nobis,  pro  mer- 

Proinde    bas    litteras    fieri    jussimus,    per  cedis  nostrae  augmente  &  aeternae  remu- 

quas  jubemus,  ut  memorati  fratres  in  eodem  nerationis  fructu,  quandam  villam  quae  est 

loco  consistentes   juxta   superius    taxatum  in  territorio  Magalonensi,cujus  vocabulum 

modum  Deo  quiète   militent,   &  abbatem  est  Villanova ,  sicuti  eam   Robertus  cornes 

quamdiu  ex  se    bonum    eligere    potuerint  in  beneficium  habuit,  ecclesiae  Sancti  Pétri 

juxta  praemissam  constitutionem  eligant  ;  Magalonensis,  ubi  Deo  auctore  Argemirus 

&  si  a  proposito  suo  aliorsum  digressi  fue-  praeest,  quia    constat    eam    ex    praedictis 


rint,  per  abbatem  Anianensis  monasterii 
corrigantur.  Et  sicut  intulimus,  nullam 
infestationem  aut  inquietudinem  qualibet 
occasione ,  dum  bene  suum  propositum 
conservaverint,  a  rectoribus  &  congrega- 


rebus  ecclesiae  fuisse  cum  omni  integri- 
tate  reddere  ;  ita  dumtaxat  ut  quidquid 
rectores  ac  ministri  praedictae  sedis  dein- 
ceps  pro  oportunitate  ipsius  ecclesiae  de 
eadem  villa  vel   de  iis  quae  ad   eam  mo- 


tione    praescripti     monasterii    Anianensis  derno  tempore  pertinent  facere  voluerint, 

patiantur,    sed    juxta    praemissam    condi-  libero  potiantur  arbitrio  ad  haec  facienda. 

tionem  in  omnibus  quiète  vivere  valeant.  Et  ideo  omnibus  praecipimus  ac  per  bas 

Haec  vero  cellula  sub  eadem  immunitate,  litteras  statuimus,  ut  nullus  quilibet  fide- 

quam  nos  praedicto  monasterio  Anianensi  lium  nostrorum  tam  praesentium  quam  fu- 

fecimus,   indivisibiliter    sicut    res    ceterae  turorum    praedictam   villam   cum  omnibus 

ad  ipsum  monasterium  pertinentes,  ita  ea  ad  se  pertinentibus  de  praedicta  sede  abs- 

sub  nostra  defensione  consistât.  Et  ut  haec  trahere,  aut   aliquid   imminuere,  aut   in- 

nostra  jussio  in  omnibus  firmior  habeatur  justam  interpellationem  ingerere  praesu- 

&   melius    conservetur,    de    anulo    nostro  mat;  sed  sicut    a  nobis  injunctum    est    & 

subter  jussimus  sigillari.  per  banc  nostram  auctoritatem  praedictae 

Durandus  diaconus  ad  vicem   Helisacar  ecclesiae  confirmatum,  ita  perpetuo  perma- 

recognovi.  neat.  Et  ut  haec  auctoritas  firmior  habeatur 

Data  VII  idus  martii,  anno  Christo  pro-  &  per  futura  tempora  melius  conservetur, 

pitio  sexto  imperii  domni  Hludovici  piis-  de  anulo  nostro  subter  jussimus  sigillari. 
simi  augusti,  indictione  Xii.  Actum  Aquis-  Signum  Ludovici  serenissimi  imperato- 


grani  palatio  regio,  in  Dei  nomine  féliciter. 
Amen. 


5i.  —  XXXIII 

Charte    de   Louis    le    Débonnaire    en 
faveur  de  l'église  de  Maguelonne  '. 


ris.  Durandus  diaconus  ad  vicem   Helisa- 
char  recognovit. 

Data  idus  martii,  anno  Christo  propitio 
sexto  imperii  domni  Ludovici  excellen- 
tissimi  augusti,  indictione  xil.  [Actum] 
Aquisgrani  palatio  regio,  in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen. 


•  2. 


IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
JesuChristi.  Ludovicus  divina  ordinante 
providentia   imperator  augustus.    Constat      Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  pour 


nos  divina  ordinante  gratia  caeteris  morta- 
libus  supereminere,  unde  oportet,  ut  cu- 
jus  praecellimus  m.unere  studeamus  modis 
omnibus  ecclesiasticis  rébus  opem  ferre. 
Idcirco  notum  fieri  volumus  omnibus  fide- 
libus nostris  praesentibus  scilicet  &  futuris 

'  Archives  de  l'église  de  Montpellier.  —  Voir 
Gariel,  Séries  praesulum  Magalonensium,  p.  52. 


An 
819 


l'abbaye  de  Conques\ 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri   "~^"^ 
Jesu   Christi.   Ludovicus   divina    ordi-      „" 

o  19 

nante    providentia     imperator    augustus.    s  avril. 

'  Archives  de  l'abbaye  de  Conques  ;  copie  d'après 
l'original  dans  la  collection  Dont,  à  la  Bibliothè- 
que nationale,  v.  143,  1°  i3.  —  Baluze,  Capitulana 


An 
819 


127 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


128 


Multis  fideliiim  nostrorum  &  praecipue 
his  qui  in  occiduas  partes  sunt  constituti 
nosse  credimus,  qualiter  vir  religiosus  Dado 
quidam  nomine ,  qui  iiostris  temporibus 
religione  &  sanctitate  divina  sibi  admini- 
culante  gratia  emicuit,  dum  quietem  adpe- 
teret  &  vacando  videre  vellet  quam  suavis 
est  Dominus,  quoddam  locellum  in  pago 
Rutenico  super  rivulum  Dordunum  ,  cujus 
vocabulum  est  Concas  inveniens  huic  ne- 
gotio  aptum,  quo  in  loco  nonnulli  Chris- 
tiani  propter  metum  Sarracenorum ,  qui 
illam  terram  pêne  totam  devastarunt  &  in 
heremum  redegerunt,  dudum  confugien- 
tes  permodicum  construxerunt  oratorium, 
ipse  adsumpto  labore  propriis  manibus 
eumdem  locum  juxta  vires  mundare  atque 
stirpare  curavit  &  ut  aptus  ejus  quieti 
foret  operam  dédit.  Sed  non  post  multos 
dies  vir  religiosus  Medraldus  nomine  eum- 
dem locum  simul  cum  memorato  Dadone 
ad  habitandum  elegit.  Et  quia  famam  bo- 
nae  opinionis  vera  religio  illorum  apud 
convicinos  sparserat,  nonnulli  postponen- 
tes  seculum  quietam  nihilominus,  quam 
ipsi  degebant,  appetere  vitam  conati  sunt. 
Et  eorum  religiosis  exemplis  imitatores 
fieri  cupientes,  eorum  se  magisterio  sub- 
didere  j  ac  dum  paulatim  ipsa  congre- 
gatio  cresceret,  ecclesiam  ibidem  in  ho- 
nore Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri  Jesu 
Christi  construxerunt;  &  ut  Dado  juxta 
divinitus  sibi  conlatum  desiderium  remo- 
tiorem  adhuc  locum  qui  dicitur  Grande- 
Vabrum,  sicut  &  fecit,  peteret,  &  ut  Me- 
draldus abbas  fieret,  &  ut  ipsa  congregatio 
regularis  juxta  quod  eis  facultas  &  intel- 
lectus  a  Domino  tribuebatur  existeret, 
communi  voluntate  actum  est.  His  vero  ita 
paratis,  contigit  eamdem  congregationem 
in  nostra  propria  speciali  defensione  atque 
tuitione  devenire.  Nam  nos  ut  plenitus 
sub  régula  sancti  Benedicti  Domino  mili- 
tarent  &  per  bonorum  monachorum  con- 
sultum  &  per  nostram  creberrimam  ad- 
monitionem  efficere  Domino  opitulante 
studuimus,  &  ad  proprias  eorum  nécessi- 
tâtes fulciendas  de  rébus  nostris  quiddam 
ibidem  delegavimus,  ecclesiam  videlicet  de 

regum  Francorum,t.  2,  Appendix  c.  1416.  —  Recueil 
des  historiens  de  France,  t.  6,  p.  5 17. 


Cermangis,  &  ecclesiam  quae  nominatur 
Campus-Hiacus,  &  ecclesiam  Sancti  Chris- 
tophori  in  Montiniaco  constructum ,  cum 
omni  integritate  earum,  simili  modo  &  ec- 
clesiam de  Garcanga  cum  curte  de  Gamma- 
leria,  iterum  alteram  ecclesiam  ad  Portum- 
Acri  sub  honore  sancti  Saturnini  cons- 
[trucjtam,  cum  omnibus  appendiciis  earum; 
necnon  similiter  contulimus  ibidem  eccle- 
siam Sancti  Salvatoris  in  Cicerniaco,  & 
alias  duas  ecclesias,  unam  in  Burnacello,  & 
alteram  in  Rucenniaco,  cum  omnibus  adja- 
centes earum  ;  aliam  quoque  ecclesiam  in 
Ruhilia  cum  omni  integritate  sua,  a  quo 
quidem  tenore  &  Selvaniacum  &  omnia 
quae  ibidem  delegata  sunt  per  nostram 
auctoritatem  sub  immunitatis  tuitione  ple- 
niter  consistere  fecimus,  ut  videlicet  omni 
tempore  memoratum  monasterium  cum  ea- 
dem  congregatione  &  cum  praedicto  loco, 
qui  vocatur  Grande-Vabrum,  in  quo  memo- 
ratus  Dado  exoptatam  sibi  quietem  tenuit 
&  vivendi  finem  fecit,  cum  omnibus  rébus 
sibi  juste  pertinentibus  sive  quae  in  prae- 
senti  tempore  possidet  sive  quae  in  antea 
Dominus  ibidem  augeri  voluerit,  cum  his 
omnibus  praedictus  locus,  qui  dicitur  Con- 
chas,  sub  speciali  nostra  videlicet  &  filio- 
rum  vel  successorum  Deo  annuente  tui- 
tione inviolabiliter  consistât,  ut  eadem 
congregatio  quiète  semper  [sub]  imperiali 
&  regali  defensione  tuta  absque  cujusli- 
bet  impedimento  propositum  suum,  Deo 
opem  ferente,  indefesse  valeat  observare  & 
pro  nobis  vel  pro  communi  imperii  nostri 
stabilitate  Dominum  exorare.  Haec  vero 
auctoritas  ut  ab  omnibus  veracius  credatur, 
manus  nostrae  signaculo  subter  eam  robo- 
rare  &  de  anulo  nostro  sigillare  fecimus, 

Signum  Ludovici  serenissimi  impera- 
toris.  Durandus  diaconus  ad  vicem  Helisa- 
char  recognovit  &  subscripsit. 

Da,ta  VI  idus  aprilis,  anno  sexto  Christo 
propitio  imperii  domni  Ludovici  piissimi 
augusti,  indictione  xii.  Actum  Aquisgrani 
palatio  regio,  in  Dei  nomine  féliciter. 
Amen'. 


'  C'est  le  premier  diplôme  accordé  à  l'abbaye  de 
Conques  qui  ait  été  imprimé.  La  plus  ancienne 
donation  à  ce  monastère,  contenue  dans  le  vol.  143 
de  Doat,  est  de  l'année  804. 


An 
8,9 


129 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i3o 


53.  —  XXXIV 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  53. 


An 
819 

4  décem- 
bre. 


vel  ad  cunctas  ejusdem  monasterîi  Anianae 
nécessitâtes  consulcndas,  ad  einoluinentuni 
anime  nostre  perpetualiter  concessinius 
atque  perpétue  ad  habendum  delegavimus; 
ita  videlicet  ut  quidquid  de  ipsa  cella  vel 
Diplôme  de  l'empereur  Louis  le  Déhon-  de  rébus  ad  eam  pertinentibus^  rectores  & 
naire  pour  V abbaye  d'Aniane^.  ministri  supraniemorati  monasterii  dispo- 

nere  atque  ordinare  vel  etiam  facere  vo- 

IN  nomine  Dei  &  Salvatoris  nostri  Jesu  luerint,  libero  in  omnibus  per^ruantur 
Christi.  Hludovicus  divina  ordinante  arbitrio  faciendi.  Hec  vero  auctoritas  lar- 
providentia  imperator  augustus.  Si  libéra-  gitionis  nostre,  ut  per  curricula  annorum 
litatis  nostre  munere  de  benefîciis  a  Deo  inviolabilem  atque  inconvulsam  obtineat 
nobis  conlatis  ad  loca  divinis  cultibus  firmCitJatem,  manu  propria  subterfirmavi- 
mancipata  propter  amorem  celestis  patrie  inus,  &  anuli  nostri  impressione  signari 
&  substentationem    ibidem    Deo   famulan-      jussimus. 

tium    aliquid    largimus,    id    nobis    procul  Signum   Hludovici   imperatoris  serenis- 

dubio  &  ad  mortalem  vitam  felicius  transi-  simi.  Faramund[usJ  ad  vicem  Fridigisi  re- 
gendam  &-  ad  aeternam  perpetualiter  obti-  cognovi. 
nendam  profuturum  liquido  credimus.  Id- 
circo  noverit  omnium  fidelium  nostrorum 
presentium  scilicet  &  futurorum  sagacitas, 
quia  nos,  divina  aspiratione  tacti  &  celes- 
tis patrie  amore  succensi,  ob  anime  nostre 
salutem  vel  stabilitatem  christiani  imperii, 
libuit  ad  monasterium  quod  dicitur  Aniana, 
quod  est  constructum  in  honore  Domini 
nostri  &  Salvatoris  &  sanctae  Marie  sem- 
per  virginis,  quod  est  situm  in  pago  Mag- 
dalonense,  ubi  Georgius  abba  preesse  vide- 
tur,  quandam  cellulam  juris  nostri  que  est 
constructa  in  honore  sancti  Martini  infra 
muros  Arelatensis  civitatis,  cum  his  que 
ad ....,  eundem presenti   tempore  per- 


An 
819 


Data  II  nonas  décembres,  anno  Christo 
propicio  imperii  domni  nostri  vi,  indic- 
tione  XII  '.  Actum  Aquisgrani  palatio  re- 
gio,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


54. 


XXXV 


Diplôme  du  même  empereur  pour  la 
même   abbaye  ^, 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu   Christi.    Hludovicus   divina   ordi- 


Éd.orÏB 

t.  I, 
col.  54. 


tinent,  &  locum  qui  est  in  pago  Aurasione  nante  providentia  imperator  augustus.  Cum 

vocabulo  Marenatia  vel  que  ad  ipsum  lo-  locis  divino   cultui   mancipatis  ob   divine 

cum  pertinent  similiter  &  in  pago  Avenio-  servitutis  amorem  quiddam  conferimus,  & 

nensi  per  hanc  nostrae  auctoritatis  dona-  imperialem   morem   decenter  implemus  & 

tionem  conferre.  Hancverocellam  superius  id  nobis  profuturum  ad  aeternae  remune- 

prescriptam  cum  ecclesiis,  domibus,  aedifi-  rationis  premia  capessenda  veraciter  cre- 

ciis,  mancipiis,  terris,  vineis,  pratis,  silvis,  dimus.   Idcirco   noverit   omnium    fidelium 

pascuis,  aquis  aquarumve  decursibus,  mo-  nostrorum  presentium  scilicet  &  futurorum 

lendinis,  mobilibus  &  immobilibus,  cultum  soUertia,  quia  nos  divino  amore  succensi 

&  incultum,  totum  &  ad  integrum  quan-  olim    per   nostrum   preceptum   tradidimus 

tumcumque  ad  ipsam  dictam  cellam,sicut  quandam  cellam  proprietatis  nostre,  sitam 

diximus,  presenti  tempore  légitime  aspicit  infra  muros  Arelatensis  civitate,  construc- 

&  nostri   juris  atque  possessionis  in  pre-  tam  in  honore  sancti  Martini  confessoris 

dictis  pagis  jure  proprietatis  est,  per  hanc  Christi,  cum  rébus  &  mancipiis  ad  se  as- 

nostre  auctoritatis  donationem  memorato  picientibus   vel   pertinentibus   monasterio 

monasterio    ad   stipendia    fratrum    ibidem  Anianensi   quod    est    dicatum    in    honore 
Deo  famulantium  &  ad  subsidia  pauperum 

'  Le  texte  porte  x. 

'  Cartulaire  d'Aniane,  '  Cartulaire  d'Aniane,  f"  24. 


An 
820 


n. 


An 
820 


i3i 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l32 


Éd.oiig. 

t.  1, 
col.  55. 


Domini  &  Salvatoris  nostri  Jesu  Christi  & 
sancte  Marie  semper  virginis,  situm  in 
pago  Magdalonense.  Et  tune  placuit  nobis, 
pro  remedio  anime  nostre,  ut  pius  Domi- 
nus  peccaminum  nostrorum  maculas  ter- 
gere  &  supernis  civibus  adiscisci  dignetur, 
quandam  cellam  juris  nostri  que  dicitur 
Massacia  cum  apendiciis  suis,  habentem 
plus  minus  quadraginta  mansos,  que  est  ex 
ratione  predicte  celle  Sancti  Martini,  non 
solum  eidem  celle  reddere,  sed  etiam  libe- 
ralitatis  nostre  munere  per  hos  impériales 
apices  nostros  ibidem  confirmare,  quate- 
nus  eadem  cella  cum  predicta  villa  perpé- 
tue in  jus  &  dominationem  prefati  mo- 
nasterii  Anianensis  eorumque  rectorum 
persistât.  Hanc  vero  villam,  cum  omnibus 
ad  se  presenti  tempore  juste  &  legaliter 
aspicientibus  vel  pertinentibus,  cum  do- 
mibus,  aedificiis,  ecclesiis,  mancipiis  utrius- 
que  sexus,  terris,  vineis,  pratis,  silvis, 
pascuis,  aquis  aquarumve  decursibus,  mo- 
lendinis,  perviis,  exitibus  &  regressibus, 
vel  quantumcumque  ad  eam  moderno  tem- 
pore aspicere  videtur  &  nostri  juris  atque 
possessionis  jure  proprietatis  est,  totum  & 
ad  integrum ,  [exquisitum]  vel  inexquisi- 
tum ,  predicte  celle  Sancti  Martini  & 
monasterio  Anianensi  per  hanc  nostre  auc- 
toritatis  donationem  donamus  atque  trans- 
fundimus;  ita  videlicet  ut  quicquid  recto- 
res&ministri  prefati  monasterii  Anianensis 
ob  utilitatem  &  profectum  predicti  mo- 
nasterii facere  voluerint,  libero  in  Dei  no- 
mine  perfruantur  arbitrio  faciendi.  Et  ut 
hec  auctoritas  per  futura  tempora  inviola- 
bilem  obtineat  firmitatem,  eam  manu  pro- 
pria subterfirmavimus  &  anuli  nostri  im- 
pressione  signari  jussimus. 

Signum  Hludovici  serenissimi  imperato- 
ris.  Durandus  diaconus  ad  vicem  Fridugisi 
recognovi. 

Data  IV  idus  marcii,  anno  Christo  pro- 
picio  VII  imperii  domni  Hludovici  piissimi 
augusti,  indlctione  xiil.  Actum  Aquisgrani 
palacio  regio ,  in  Dei  nomine  féliciter. 
Amen. 


An 

810 


55. 

Louis  le  Débonnaire  prend  sous  sa 
protection  le  monastère  d^ Arles,  si- 
tué en  Roussillon\ 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Redemptoris 
nostri  Jesu  Christi.  Hludovicus  divina 
ordinante  providentia  imperator  aueustus. 
Si  erga  loca  divinis  cultibus  mancipata  tembre. 
propter  amorem  Dei  ejusque  in  eisdem 
locis  sibi  famulantes  bénéficia  opportuna 
largimus,  praemium  nobis  apud  Dominum 
aeternae  remunerationis  rependi  non  dif- 
fidimus.  Idcirco  noverit  omnium  fidelium 
nostrorum  tam  presentium  quam  &  futu- 
rorum  solertia,  quia  vir  venerabilis  Castel- 
lanus  abbas  monasterii  Sanctae  Mariae  ve- 
niens  ad  nos  innotuit,  eo  quod  ipse  cum 
fratribus  suis  in  valle  quae  dicitur  Asperia 
monasterium  in  aedificia  antiqua  con- 
struxit,  in  quo  nunc  Deo  opitulante  cum 
turba  monachorum  sub  sancta  régula  mili- 
tât, obsecrans  ut  praedictum  monasterium 
&  cellulas,  quas  ipsi  ab  eremo  construxe- 
runt  &  nunc  ibidem  aspiciunt,  id  est  eccle- 
siam  Sancti  Pétri  in  Arulas  &  ecclesiam 
Sancti  Johannis  in  Ricerdo  &  ecclesiam 
Sancti  Juliani  super  Buciacum  rivolum  & 
caeteras  res  ad  praedictum  monasterium 
Sanctae  Mariae  pertinentes  vel  aspicien- 
tes,  sub  nostro  susciperemus  mundeburdo 
atque  tuitione ,  quatenus  monachi  cum 
omnibus  ad  eos  pertinentibus  quiète  at- 
que libère  viverent.  Cujus  precibus  ob 
amorem  Dei  &  reverentiam  divini  cultus 
aurem  accommodare  placuit,  &  hos  nostrae 
auctoritatis  impériales  apices  fieri  decrevi- 
mus^  per  quos  precipimus  atque  jubemus, 
ut  nullus  judex  publicus  aut  quislibet  ex 
judiciaria  potestate  in  praedictas  cellulas 
aut  in  rébus  ad  praedictum  monasterium 
legaliter  aspicientibus  ingredi  temerario 
ausu  ad  mansiones  vel  paratas  faciendas 
aut    fidejussores    tollendos    aut    homines 


'  Cartulalre  d'Arles. —  Copie  :  Balii2e,  Armoires, 
vol.    117,    f°   i85.  —    Historiens   de   France,   t.  6, 

p.    522. 


An 
820 


33 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i34 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  55. 


An 
820 
21  sep- 
tembre. 


ejusdem  monasterii  distringendos  aut  ullas 
redibitiones  aut  illicitas  occasiones  requi- 
rere  aut  exactare  praesumat;  sed  liceat 
praedictum  abbatem  &  successores  suos 
cum  his  rebus  praesenti  tempore  ad  prae- 
fatum  monasterium  aspicientibus  sub  nos- 
tra  defensione  quiète  vivere  ac  residere.  Et 
quandoquidem  divina  vocatione  memora- 
tus  abba  de  hac  luce  migraverit,  quandiu 
ipsi  monachi  inter  se  taies  invenerint  qui 
eos  secundum  regulam  sancti  Benedicti 
regere  valeant,  licentiam  habeant  eligendi 
abbates,  quatenus  ipsos  monachos  pro  no- 
bis  conjuge  proleque  nostra  vel  pro  stabi- 
litate  totius  imperii  nostri  jugiter  Domini 
misericordiam  exorare  delectet.  Et  ut  haec 
auctoritas  nostris  futurisque  temporibus, 
Domino  protegente,  valeat  inconvulsa  ma- 
nere,  manu  propria  subterfirmavimus  & 
anuli  nostri  impressione  signari  jussimus. 

Signum  Hludovici  serenissimi  imperato- 
ris.  Durandus  diaconus  ad  vicem  Fridugisi 
recognovit. 

Data  XV  kalendas  octobris,  anno  Christo 
propitio  Vil  domni  Hludovici  piissimi  au- 
gusti,  indictione  xiv.  Actum  Vern.  palatio, 
in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


•    56.  —  XXXVI 

Donation  faite  par  Oliba,  comte,  6» 
Elmetrude y  sa  femme,  à  Adalaric, 
abbé,  6"  au  monastère  de  la  Grasse  ' . 

IN  Dei  nomine.  Ego  Oliba  comes  &  uxor 
mea  Elmetrudes.  Certum  quidem  &  ma- 
nifestum  est  enim  &  plurimis   hominibus 

cognitum quia  venimus  ad  vos  domino 

Adalarico  [abbate]  &  ad  cuncta  congrega- 
tione  Sanctae  Mariae  monasterii  Urbionen- 

sis vobis  vestrum  alodem  quem  habetis 

[in  pago]  Carcasense  in  valle  Aquitanica, 
in  villa  quam  vocant  Favarios,  cum  omnes 
fines  &  adjacentias  suas  totum  &  ab  inte- 
gro...  enezis  per  donatum  de  me  ipso  Oli- 
bane  &  uxori  meae  Elmetrudes,  ut  ipsum 


An 

8ao 


alodem  jam  supradictum  nobis  praestare 
faciatis...  [vos]  vero  acquiescentes  petitio- 
nibus  nostris,  beneficiastis  nobis  ipsum  alo- 
dem superius  nominatum  per  annos  viginti 
duos,  in  ea  vero  deliberatione,  ut  per  sin- 
gulos  annos  nobis  solvere  faciatis  solidos 
viginti  propter  ipsum  alodem  superius  dic- 
tum.  Quod  si  ego  Oliba  comes  &  uxor  mea 
Elmetrudes  domino  Adalarico  abbati  vel  ad 
ipsam  congregationem  Sanctae  Mariae,  si 
ipsos  solidos  non  dederimus  per  singulos 
annos  supranominatos,  in  duplum  compo- 
nere  vobis  faciamus,  &  ista  prae  &  aliis 
firmis  &  stabilis  permaneat.  Facta  ista 
precaria  XI  kalendas  octobres,  anno  sep- 
timo  imperante  -domino  nostro  Ludovico. 
S.  Oliba  qui  hanc  precariam  feci.  S.  Omel- 
trude,  quae  hanc  precariam  fecimus  &  tes- 
tes firmare  rogavimus.  S.  Arnulfus.  S.  Lo- 
doicus.  S.  Antonius.  S.  Secofredus.  S.  Cen- 

tullus S.   Paschalis    levita   qui    hanc 

preccariam  rogatus  scripsit  die  &  anno 
quod   supra. 


57.  —  XXXVII 

Jugement  rendu  par  Agilbert,  vidame 
de  Narbonne  '. 

CONDITIONES  sacramentorum  ad  quos 
ex  ordinatione  Algiberto  vicedomino, 
Cixsilane,  Sunicfredo,  Gomesindo,  David 
&  Aigilane  judicum,  vel  aliorum  bonorum 
hominum,qui  subscripturi  vel  signa  fac- 
tores  sunt,  id  est  Aderanus,  Restitutus, 
Deudulfus,  Leone  &Salone,  cos  causa  fecit 
esse  praesentes,  jurare  debeant  testes  pro- 
lati,  quos  profert  Mancio  presbyter,  qui 
est  abogadus  de  Joanne  abbate,  ac  in  facie  Éd.orig. 
de  homine,  nomine  Justo,  qui  est  elemose-  coi. s'ô. 
narius  de  Adalaldo  qui  fuit  Maimon  voca- 
tus,  una  testium  qui  hoc  jurare  debeant  & 
jurant,  id  est  Lupus,  Garbiso  &  Franco. 
Jurati  autem  dicimus  &  juramus  imprimis 
per  Deum  patrem  omnipotentem  &  Jhe- 
sum  filium  ejus  Sanctumque  Spiritum,  qui 
est  in  Trinitatem  unus  &  verus  Deus,  &  ex 


An 
821 

3i  mars. 


'  Original;  fonds  de  l'abbaye  de  la  Grasse,  aux  '  Archives  de  l'abbaye  de  Cannes.  — Mabillon, 

archives  du  département  de  l'Aude.  De  Re  diplomaticaj  p.  5i3. 


An 
821 


i35 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


36 


Vers 
821 


PauH  in  ripa  Argentidupri.  Ego  Speneldes 
facio  vobis  testanientum  de  omnino  rébus 
meis,  quod  visa  sum  habere  vel  possidere, 
quod  argumentari  aut  deinceps  argumen- 
tare  potuero,  aurum,  argentum  vel  vesti- 
mentum,  pejora,  majora  vel  minora,  vineis, 
terris.  Post  obitum  vero  meo  sic  vobis 
dantiir  absque  concessum  faciendi,  &  inde 
quod  volueritis  maneat  vobis  potestas.  Si 
quis  aut  aliquis  de  heredibus  meis  ad  ir- 
rumpendum  venerint  aut  venerit,  inférant 
aut  inférât  in  vobis  aut  partibus  vestris 
auri  libra  una  vobis  perpetim  abitura,  & 
hanc  meus  testamentus  in  omnibus  abeat 
fîrmitatem. 

Signum  Ispanildes  qui  hune  testamen- 
tum  fieri  volui.  Signum  Ansemundo.  Sig- 
num Benedicti.  Signum  Ananie.  Elias  in 
Christi  nomine  presbyter  suprascripto 
hune  testamentum  scripsi  &  die  &  anno 
quo  supra. 


59.  —  XXXVIII 


sub  die  &  anno  quod  subra. 


58. 


tous    ses    biens    au 
Caunes  ', 


monastère    de 


IN  nomine  Domini.  Eego  Spaneldes  vobis 
domno  &  abbate  Joanne  seu  fratribus 
tuis  Caunense  monasterio,  quod  sita  est 
vaselica   sanctorum   apostolorum    Pétri   & 


'  Mabillon,  De  Re  diplomatica,  p.  5 16.  —  Ase- 
narius  était  abbé  de  Caunes  en  822.  Cet  acte  est 
donc  antérieur  à  cette  époque. 


mus,  desiderantes  ac  optantes  ut  pietas 
divina  id  ad  suam  &  ad  vestram  communem 
salutem  proiicere  faciat,  &  ille  patris  ac 
pastoris  inter  vos  locum  obtineat,  &  vos 
ut  Christi  oves  pari  humilitate  ac  devo- 
tione,  sicuti  dignum  &  rectum  est,  subditi 
&  obedientes  ei  sitis.  Et  haec  obedientia 
vel    humilitatis   subjectio   caritatis    muni- 

'  Cartulaire   de   i'abbaye   d'Aniane,  f"  26  v°.  — 
V.  Mabillon,  Annales,  t.  1,  p.  474. 


Vers 
821 


locum  venerationis  ecclesiae  Sancti  Juliani 

martyris  Christi,  cujus  baselica  sita  fundata 

est   infra   muros  civitate   Narbona ,  super 

cujus  sacrosancto  altario   bas  conditiones 

manibus    nostris   continemus   vel    jurando 

contingimus  :  quia  nos  subranominati  tes- 
tes diximus  &  bene  in  veritate  novis  cogni- 

tum  est,  &  praesentiter  fuimus  ad  ipsa  ora, 

quando  homo,  nomine  Adalaldus,  [qui]  fuit 

Maimon  vocatas,  jacebat  in  lectulo  suo  in- 
fra muros  civitate  Narbona  ad  egritudine 

reptemptus,  unde  &   mortuus  fuit,  adhuc 

sua  memoria  in  se  abente  ;  sic  nos  praesen- 

tes  commendavit  ab  ipso  Justo  subrascripta 

sub    elemosinario,    ut   dediret    sua   vinea, 

quod   habevat  in  villa  Marinorema,  infra 

insula   Lici    territorio  Narbonense,  quod 

de  omine  nomine  Lubraldo  comparavit,  ac 

ipse  dedisset tem  ad  monasterio  Sancto 

Petro,  qui  est  constructus  infra  pago  Nar- 
bonense, in  locum  qui  dicitur  Caunas  :  & 

quo  diximus  de  bac  causa,  recte  &  fideliter 

testificamus  per  subra  adnixum   juramen- 

tum  in  Domino.  Lafae  conditiones  sub  die 

pridie  kalendas  aprilis,  anno  octavo  impe- 

rante  domno  nostro  gloriosissimo  Ludovico 

imperatore Signum  t  Lubone.  Signum      Lettre  de  Vempereur  Louis  le  Déhon- 

t  Charbicone.  Signum  t  Francone,  qui  has  ^^^y^  ^^^^  religieux  d'Aniane  ' . 

condiciones  juraverunt.  Signum  f  Justo  qui 

une  sacramentum    recepit Baldefredus       y  n  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri   

subscripsi Xixila  subscripsi.  Hunicfre-       1  Jesu  Christi.  Ludovicus  divina  ordinante     ^J^*^* 

dus  subscripsi.  Gomesindus  subscripsi.  Ur-      providentia    imperator  augustus,   venera- 

sius  qui  ads  conditiones  scripsi  &  subscripsi      bilibus    fratribus    in  Aniano   sive  Gellone 

monasterio  constitutis.  Proxime  accidit 
Agobardum    archiepiscopum    ad     nostram 

devenisse    praesentiam  ,    indicans    nobis, 

quomodo  eo  praesente  &  Nibridio  archi- 
episcopo  sine  mora  omnes  pari  consensu 
Tructesindum  super  vos  elegissetis  abba- 
tem  :  cui  facto,  quia  rationabile  nobis  vi- 

Testament    de    Spaneldes    qui    lègue      debatur,  adsensum  praebere  non  distuli- 


Avant 
822 


i37 


PREUVES  DE.  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l38 


lîJ.orig. 

t.  I, 
col.  56. 


mine  est  roboranda,  quod  sine  simula-  permanere  voluerit  sententia,  tune  nobis 
tione  falsae  extrinsecus  ostentationis  in  id  significari  prius  faciatis,  quam  foris 
vobis  fieri  necesse  est.  Vos  enini  optime  viciais  vestris  '  notum  fîat,  quia  cum  in 
nostis  cum  quanto  studio  ac  sudore  a  aliis  exercemus  potestatem,  in  vobis  ta- 
beatae  memoriae  domno  Benedicto  pâtre  men  paternum  semper  volumus  obtinere 
vestro  locus  iste  primo  inchoatus  ac  con-  affectum.  Et  quamvis  haec  licentia  a  nobis 
structus  est;  deinde  qua  diligentia  ille  ni-  sit  vobis  concessa,  tamen  summopcre  ca- 
tebatur,  ut  vos,  quos  divina  superni  pas-  vendum  est,  ne  de  qualibet  re  adversus 
toris  gratia  per  suae  devotionis  instantiam  abbatem  vestrum  levi  ira  aut  prava  in- 
inibi  coadunaverat,  secundum  monasticae  flammati  perturbatione,  frustra  pertinaci 
vitae  regulam  recte  conversaremini.  Quod  audacia  adversus  eum  commoveamini.  Nam 
&  Deo  largiente,  juxta  id  quod  desideravit,  si  aliquis  vestrum  sine  ratione  adversus 
ad  effectum  perduxit;  sed  &de  sacrosancto  eum  inflammabitur  &  nostras  aures  sine 
eodem  examine  per  imperium  a  Deo  nobis  causa  pulsaverit,  nos  adversus  se  noverit 
commissum  longe  lateque  piae  conversa-  districta  animadversione  commotum ,  ut 
tionis  normam  coadunavit  e  vobis  &  disse-  ille  qui  ejusmodi  est  caeteris  fiât  docu- 
minare  non  destitit.  Et  cum  profecto  ita  se  mentum  ,  ne  in  posterum  aliquis  audeat 
res  habeat,  dignum  vos  admonere  statui-  adversus  magistrum  suum  injuste  consur- 
mus,  ut  Deo  coopérante  id  efficere  stu-  gère.  Vos  quoque,  seniores,  in  omnibus 
deatis,  ne  in  diebus  vestris  res  tam  egre-  adjuvate  eum  tam  in  districtione  juniorum 
gie  inchoàta  &  ad  incrementum  perducta  fratrum  quam  &  in  rcliqua  utilitate  mo- 
quolibet  casu  quidquam  detrimenti  sumat  :  nasterii,  nec  illum  solum  sub  tanti  pon- 
sed  taies  semper  per  Dei  misericordiam  deris  onere  gravari  patiamini  :  sed,  juxta 
esse  studeatis,  ut  de  vobis  possint  sicut  Apostolum  ,  invicem  onera  portate,  &  sic 
prius  magistri  &  doctores  sanctae  non  adimplebitis  legem  Cbristi.  Vos  autem, 
solum  regularis  vitae,  verum  omnis  spiri-  juniores  fratres,  statuimus  admonere,  ut 
talis  normae  &  praecipui  apicis  adsumi,  in  omnibus  abbati  vestro  &  senioribus  fra- 
ubicumque  nécessitas  vel  voluntas  fuerit.  tribus  obedientes  sitis  &  humiles,  non  pro- 
Porro  Tructesindum  abbatem  vestrum  ad-  tervi,  non  murmuratores ,  sed  cum  omni 
monitum  esse  volumus,  ut  circa  vos  pater-  humilitate  ac  mansuetudine  servate  propo- 
num  exerceat  amorem  &  consideret  secun-  situm  vestrum.  Nam  si  secus  egeritis,  ut 
dum  aetatem  vel  valetudinem  corporis  vel  aliquis  vestrum  adversus  abbatem  &  fratres 
infirmitatis  molestiam,  quid  cui  conveniat  infletur  &  non  sui  abbatis  &  fratrum  sus- 
ex  subjectis  sibi,  &  caveat  omnimodis,  ne  tinuerit  correctionem,  hune  nobis  cum 
in  négligentes  adeo  fervida  zeli  eastigatio  festinatione  mitti  praeeipimus,  ut  eum  in 
modum  excédât,  ut  eos  pusillanimes  red-  talem  dirigamus  locum ,  unde  ille  vobis 
dat,  nec  apud  observantes  mandata  Dei  minime  possit  quicquam  inferre  scandali. 
talis  sit,  ut  torpore  &  desidia  in  eis  ri-  Haec  vobis  idco  scribere  jussimus,  ut  co- 
gorem  constantiae  frangat  :  sed  maxima  gnoscere  possitis  quantam  euram  ac  soUi- 
discretione  juxta  Apostolum  sit  omnibus  citudinem  de  vobis  habere  desideramus. 
omnia  factus,  ut  omnes  ad  se  pertinentes  Eamdem  enim  familiaritatem ,  quam  cum 
salvare  possit.  Quod  si  forte  evenerit,  quod  piae  recordationis  Benedicto  abbate  vestro 
non  optamus,  ut  ille  extra  regulam  vobis  habere  visi  sumus,  si  praeeepta  ejus  obe- 
a  memorato  Benedicto  optime  traditam  in  dienter  custodire  volueritis,  vobiscuni  si- 
aliquo  deviaverit  &  magis  voluerit  quae  militer  habere  volumus  &  curam  vcstri 
agenda  sunt  proprio  arbitrio  &  voluntate  ipsius  monasterii  semper  agere.  Et  cjuia 
quam  vestro  communi  consilio  agere,  vos  constat  per  ehartam  donationis  praedicti 
eum,  ut  earissimi  fratres  &  filii,  eum  omni  patris  vestri  idem  monasterium  genitoris 
mansuetudine  &  patientia  corrigitej  &  si  nostri  prius  &  denuo  nostrum  esse  alodem, 
vobis  adsensum  praebuerit,  &  per  vos  cor-  eamdem  licentiam,  quam  ipse  prius  &  nos 
rectus  fuerit,  hoc  Dei  dono  tribuatis.  Si 
vero  ille   pertinacior  in   sua,  quod   absit,  *  Le  texte  porte  nosir\s. 


Avant 
822 


Éd.orig, 

t.  I, 
col.  57. 


Avant 
822 


189 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


140 


An 
822 


191 


1ère.  Amen. 


60.  —  XXXIX 


deinceps    per  praecepta    immunitatis   visi  lariim    &    piscatoria    manufacta  vel   quic- 

sunius    concedere ,    perpetuis    temporibus  quid   fossis  vel   sepibus  aut  alio  clusarum 

iirmiter    observare    &   iuviolabiliter   con-  génère     precingitur     eodem     immunitatis 

servare   promittimus  ;    ut,   quandocumque  nomine  contineri  ;   &  quicquid    intra  hu- 

divina  vocatione  praedictus  abbas  vel  suc-  jusmodi  munimenta  ad  jus  cujuslibet  mo- 

cessores    ejus    de    hac    luce    migraverint,  nasterii    pertinentia    a    quolibet    homine 

quamdiu   inter  vos   taies    invenire   potue-  nocendi  vel  damnum  inferendi  causa  spon- 

ritis,  qui  ipsam  congregationem  secundum  tanea  voluntate  committitur,  in  hoc  facto 

regulam  sancti  Benedicti   regere  valeant,  immunitas    fracta     esse     judicatur.    Quod 

per  saepescriptam  &  roborandam  nostram  vero    in    agro    vel    campo    aut   silva ,    que 

auctoritatem    licentiam    habeat[is]   semper  nulla    munitione    cinguntur,    casu ,    sicut 

eligendi  abbatem.  Optamus  vos  pro  nobis  fieri  solet,  a  quibuslibet  hominibus  com- 

orantes    ac    sanctum    propositum   vestrum  missum    fuerit,    quamvis    idem    ager    vel 

custodientes  in  Christo  semper  bene  va-  campus  aut  silva  ad  ecclesiam  preceptum 

immunitatis  habentem  pertineat,  non  ta- 
men    in    hoc    immunitas    fracta    judicanda 

est,   &   ideo  non   sexcentorum   solidorum 

compositione,  sed  secundum  legem ,  que 
in  eo  loco  tenetur,  multandus  est  is  qui 
fraudem  vel  damnum  in  tali  loco  convictus 
fuerit  fecisse.  Precipimus  tamen  vobis,  ut 

Diplôme  du  même  empereur j  en  faveur  ^^^  ipsj  caveatis  &  observetis  quam  junio- 

de  Vahhaye  d' Aniane^ .  res  &  ministeriales  vestri,  ut  homines  ac 

famuli    memorati    monasterii   in    omnibus 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri  locis  ad  vestra  ministeria  pertinentibus 
Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  ordi-  pacem  habeant  &  eis  liceat  cum  securitate 
nante  providentia  imperator  augustus,  om-  memorato  monasterio  deservire  tam  in 
nibus  comitibus,  vicariis,  centenariis  sive  privatis  quam  in  publicis  &  communibus 
ceteris  judicibus  nostris  [in]  partibus  Pro-  locis.  Nec  uUus  vestrum  vel  juniorum  ves- 
vincie  Septimanie  &  Aquitanie  consisten-  trorum  ulterius  audeat  dispoliare,  &  vel  in 
tibus.  Notum  vobis  sit,  quia  vir  venerabilis  fluminibus  vel  in  plaga  maris  piscantes  vel 
Tructesindus  abba  monasterii  Anianensis  in  aliis  locis  ad  predictum  monasterium 
suggessit  nobis  atque  indicavit,  quod  ho-  pertinentibus  diversas  utilitatem  &  servi- 
mines  vel  famuli  memorati  monasterii  per  tia  facientes  infestare  vel  inquietare  aut 
diversa  consistentes  in  ministeriis  vestris  a  debito  injuncto  sibi  servitio  prohibera 
multa  prejudicia  &  infestationes  patiuntur  vel  aliquid  contra  legem  &  justiciam  facere. 
tam  a  junioribus  vestris  quam  ab  aliis  ho-  Quia  si  ulterius  ad  nostras  aures  fuerit  per- 
minibus,  &  non  possunt  habere  defensio-  latum  &  verum  inventum ,  temeritatem 
nem  per  preceptum  immunitatis,  quod  nos  nostri  mandati  condigna  suis  factis  vin- 
eidem  monasterio  propter  Dei  amorem  &  dicta  coercere  decrevimus.  Propterea  pre- 
nostram  elemosinam  concessimus,  eo  quod  cipimus  atque  jubemus,  ut  taliter  exinde 
vos  sive  juniores  vestri  dicatis  non  plus  agatis,  qualiter  gratiam  npstram  vultis  ha- 
immunitatis  nomen  complecti  quam  claus-  bere  propiciam.  Et  ut  certius  hanc  nostram 
trum  monasterii,  cetera  omnia,  quamvis  jussionem  esse  credatis,  de  anulo  nostro 
ad  ipsum  monasterium  pertinentia,  extra  subter  jussimus  sigillari. 
immunitatem  esse.  Propter  hoc  volumus.  Data  XIIII  kalendas  aprilis,  anno  Christo 
ut  intelligatis  non  solum  ad  claustrum  propitio  nono  imperii  domni  Hludovici 
monasterii  vel  ecclesias  atque  atria  ec-  piissimi  augusti ,  indictione  xv.  Actum 
clesiarum  immunitatis  nomen  pertinere,  Aquisgrani  palatio,  in  Dei  nomine  felici- 
verumetiam   domos  &  villas  &  septa   vil-  ter.  Amen. 


Éd.  orig. 

t.  I, 
col.  58. 


'  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Aniane,  f''  16. 


141 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


142 


An 
822 


ria,  quantumcumque  in  eodem  loco  idem 
genitor  noster  quondam  ad  suum  habebat 
opus,  qui  est  inter  mare  &  stagnum,  cum 
ecclesia,  &  villaribus,  &  piscatoriis,  &  om- 
Charte  du  même  prince  pour  la  même      "ibus  aspicentiis  vel  adjacentiis  suis.  De 


61.  —  XL 


abbaye^ . 

IN  nomine  Domini  Dei  &SaIvatoris  nostri 
Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  ordi- 
nante  provideiitia  imperator  augustus.  Si 
erga  loca  divinis  cultibus  mancipata  prop-      ad    animalia   eorum  alenda   absque  ullius 


silva  vero,  que  eidem  fisco  adjacet,  conce- 
dimus  eisdem  monachis  &  eorum  homini- 
bus,  ut  ad  usus  &  ad  piscatoriam  reemen- 
dandas  quantumcumque  necesse  fuerit  ad 
eorum  utilitatibus  accipiant  :  pascua  etiam 


An 
821 


Éd.oriff. 

t.I, 
col.  59. 


ter  amorem  Dei  ejusque  mercedem,  locis 
sibi  f'amulantes  bénéficia  opportuna  lar- 
gimur,  premium  nobis  apud  Dominum 
aeterne  remunerationis  rependi  non  dif- 
fidimus.  Idcirco  notum  sit  omnibus  fideli- 
bus  nostris  presentibus  scilicet  &  futuris, 
quia    placuit    nobis    pro    mercedis   nostre 


hominis  impedimento  ubi  voluerint  &  illi 
&  homines  eorum  habeant.  Cetera  vero 
que  restant,  &  silva  &  pascua  utantur  & 
comes  &  habitatores  civitatis  Agatensis,  si- 
cut  antiquitus  usus  fuit.  In  pago  namque 
Agatense  fiscum  nostrum  qui  nuncupatur 
Sita,   &  in   pago   Narbonensi   salinas   que 


augmento    ad    monasterium    quod   dicitur      sunt  in  loco  nuncùpante  ad  Signa,  quan- 


Aniana,  situm  in  pago  Magdalonense,  con- 
structum  in  honore  Domini  &  salvatoris 
nostri  Jesu  Christi  &  sancte  Marie  sem- 
per  virginis  seu  &  aliorum  sanctorum,  ubi 
aune  Tructesindus  abba  preesse  videtur 
cum  turba  monachorum,  aliquid  ex  rébus 
tradere  nostris  :  id  est  quandam  cellulam 
nuncupatam  Gellonis,  sita  in  pago  Ludo- 
vense,  cum  omnibus  appendiciis  suis,  vel 
quicquid  ibi  Willelmus  quondam  comes, 
qui  ipsam  cellulam  in  causa  domni  &  ge- 
nitoris  nostri  construxit  seu  &  alii  boni 
homines  per  instrumenta  cartarum  tradi- 
derunt;  necnon  &  in  predicto  pago  villam 


tascumque  eis  noster  missus  Leibulfus  co- 
mes designavit,  cum  terminis  &  lateratio- 
nibus  suis.  Insuper  &  cellam  juris  nostri, 
que  est  constructa  in  honore  sancti  Mar- 
tini infra  muros  Arelatensis  civitatis,  & 
cum  omnibus  que  ad  eam  in  eodem  pago 
Arelatensi  vel  Avinionensi  presenti  tem- 
pore  legibus  pertinent}  &  locum  qui  est 
in  pago  Arausione  vocabulo  Morenatus 
vel  que  ad  ipsum  locum  pertinent;  simi- 
liter  &  villam  que  dicitur  Massascia,  cum 
omnibus  apendiciis,  habentem  plus  minus 
quadraginta  mansos,  que  est  ex  ratione 
predicte  celle  Sancti  Martini.  Hec  omnia 


que  dicitur  Magaranciate,  &  in  eodem  pago  prescripta  cum  ecclesiis,  villis,  villaribus, 

in  loco  qui  dicitur  Castra  pastura  ad  pe-  domibus,  mancipiis,  edificiis,  terris,  vineis, 

cora  eorum  alenda,  cum  terminis  &  aja-  olivetis,  silvis,  garricis,  pratis,  pascuis,  mo- 

centiis    suis  ;    in    pago    Beterense    fiscum  lendinis,  aquis  aquarumve  decursibus,  pis- 

nostrum  qui  dicitur  Miliacus  cum  ecclesia  catoriis,  perviis,  exitibus,  regressibus,  cul- 

Sancti  Paragorii,  &  Miliciano  villa;  &  in  tum  &  incultum,  cum  omnibus  adjacentiis 

pago  Magdalonense  castrum  quod  dicitur  suis,  &  ad  integrum  quantumcumque  juris 

Monte-Calmense, situm  justafluviumAraur,  nostri  &  possessionis  ac  proprietatis,  pre- 


cum  ecclesia  Sancti  Hylarii,  a  termino  ejus- 
dem  monasterii  Anianense  usque  ad  ter- 
minos  eorum,  sicut  genitor  noster  Karolus 
bone  memorie  piissimus  augustus  trans 
ripam  prefati  fluminis  per  suum  precep- 
tum  ad  proprium  antedictum  tradidit  mo- 
nasterium, excepte  proprium  ingenuorum 
hominum  quod  infra  conjacet.  Item  in 
eodem  pago  illos  segos  cum  ipsa  piscato- 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Aniane. 


dicto  monasterio  concessimus  per  hanc 
nostre  auctoritatis  donationem  ad  stipen- 
dia fratrum  ibidem  Deo  famulantium  & 
ad  subsidia  pauperum,  ad  cunctas  ejusdem 
monasterii  utilitates  perpetualiter  conce- 
dimus  ad  habendum.  Ita  videlicet  ut  quic- 
quid ab  hodierno  die  &  tempore  [de]  pre- 
dictis  rébus  facere  vel  ordinare  vel  etiam 
disponere  rectores  &  ministri  predicti  mo- 
nasterii voluerint,  libero  in  omnibus  per- 
fruantur  arbitrio   faciendi.    Et   nuUus   ex 


An 
822 


143 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


144 


fidelibus  sancte  Dei  Ecclesie  ac  nostris  de 
prescriptis  rébus  a  nobis  prefato  monas- 
terio  vel  congregationi  ibidem  degenti 
concessis  aliquid  abstrahere  aut  minuere 
tentet,  nec  homines  ibidem  commanentes 
distringere  nec  fidejussores  nec  paratas 
requirere  nec  ullas  redibitiones  exigere 
présumât  :  sed  sicut  nobis  ob  amorem 
Dei  prescripta  loca  cum  omnibus  eorum 
apendiciis  eidem  congregationi  delegari 
atque  perpetualiter  ad  habendum  tradere 
libuit,  ita ,  Domino  protegente,  absque 
alicujus  contrarietate  vel  diminutione  aut 
resultatione  jure  firmissimo  ipsas  res  ha- 
bere  &  possidere  valeant.  Placuit  etiam 
nobis  hujus  congregationi  monasterii-, 
quando  Dominus  habundanter  largiri  dig- 
natus  fuerit,  decem  modia  de  holeo  dare, 
id  est  de  Tolomena  &  Solaria  :*quando 
vero  minus,  sex  modia;  &  jubemus  per 
hoc  preceptum  procuratoribus  earumdem 
villarum  presentibus  &  futuris,  ut  mensu- 
ram  holei  prescriptam  missis  supradicte 
congregationis  vel  successoribus  ejus  in 
Arelato  annis  singulis  dare  studeant.  Hec 
quippe  auctoritas  ut  nostris  &  futuris 
temporibus ,  Domino  protegente,  valeat 
inconvulsa  manere ,  manu  propria  sub- 
scripsimus  ,  &  anuli  nostri  impressione 
signari    jussimus. 

Signum  Hludovici  serenissimi  impera- 
toris.  Ego  Durandus  diaconus  ad  vicem 
Frigidisi    recognovi. 

Data  XIII  kalendas  apriles,  anno  Christo 
propitio  VII II  imperii  domni  Hludovici 
piissimi  augusti ,  indictione  XV.  Actum 
Aquisgrani  palatio  regio,  in  Dei  nomine 
féliciter.   Amen. 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  60. 


An 
822 

14  août. 


Omnibus  fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae 
praesentibus  scilicet  &  futuris  notum  sit, 
quia  Tructesindus  venerabilis  abba  ex  mo- 
nasterio  quod  dicitur  Aniana,  in  honore 
Dei  &  salvatoris  nostri  Jesu  Christi  nec- 
non  &  sanctae  Mariae  constructum,  nos- 
trae  mansuetudini  suggessit,  qualiter  Ar- 
naldus  comes  in  pago  Bitterrense  villam 
de  Cinciano  &  casale  proprium  ex  com- 
paratione  &  adquisitione  adquisivit,  & 
ipse  Arnaldus  per  suum  wadium  domno 
Benedicto  tradidit  praedictas  res  praefati 
monasterii  Anianensis  ;  quo  mortuo  missi 
nostri  partibus  nostris  praedictas  res  re- 
vocaverunt;  petiit  itaque  praedictus  abba 
Benedictus  clementiam  nostram,  ut  ipsas 
res  de' jure  nostro  in  ejusdem  monasterii 
ditione  perpetualiter  ad  obtinendum  tradi- 
dissemus,  quod  ita  &  fecimus.  Petiit  itaque 
nos  Tructesindus  abba,  ut  nostrum  prae- 
ceptum  super  hoc  negotio  fieri  juberemus, 
per  quod  nostris  futurisque  temporibus 
ipse  &  successores  sui  per  eum  securius 
&  firmius  eas  possiderent.  Cujus  petitioni 
assensum  praebuimus  &  hoc  nostrae  auc- 
toritatis  praeceptum  fieri  decrevimus,  per 
quod  decernimus  atque  jubemus,  ut  quid- 
quid  rerum  suarum  praedictus  Arnaldus  ad 
praefatum  monasterium  Anianum  praedo- 
navit,  fîrmum  &  inviolabile  permaneat, 
ita  videlicet  ut  quidquid  de  ipsis  vel  in 
ipsis  rectores  &  ministri  supra  memorati 
monasterii  disponere  atque  ordinare  vel 
etiam  facere  pro  utilitate  ejusdem  monas- 
terii voluerint,  absque  uUius  injusta  con- 
tradictione  ordinent  atque  disponant,  & 
faciant  quidquid  utilitati  praedicti  monas- 
terii congruere  &  convenire  prospexerint. 
Et  ut  haec  auctoritatis  nostrae  praeceptio 
fîrmior  habeatur  &  per  futura  tempora 
melius  conservetur,  anuli  nostri  impres- 
62.   —  XLI  sione   subter   eam    signari   jussimus. 

Hirminmaris  diaconus  ad  vicem  Fridu- 
Diplôme  du  même  empereur,  pour   la      gisi  abbatis  recognovi. 

même  ahbaye\  ^^^^  xviiii  kalendas  septembres,  aniio 


An 

822 


IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos- 
tri Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  or- 
dinante    providentia   imperator   augustus. 


Christo  propitio  Vllll  imperii  domni  Hlu- 
dovici piissimi  augusti,  indictione  [XV].  Ac- 
tum Carbonaco  villa  palatio  regio,  in  Dei 
nomine  féliciter.  Amen. 


'  Cartiilaire    de    l'abbaye    d'Aniane,    f"    26.   — 
V.  Mabillon,  Annales,  t.  i,  p.  724. 


145 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


146 


An 
823 

juin. 


ÉJ.orig. 

t.  I, 
col.  ()i. 


63.  —  XLII 


Donation  faite  à  la  cathédrale 
d'Usés', 

LOCUM  sacrum    sancti  Theodoriti  mar- 
tyris  Christi  sedis  principalis,  qui  est 
aedificatus    atque   constructus    in    Ucecia      aut  ipsas  reliquias  qui  in  ipso  loco  com- 
civitate,  ubi  Amelius  gratia  Dei  episcopus      positae  sunt  vel  contra  ipsos  clericos  qui 


canonici  Sancti  Theodoriti  investituras  de 
alias  res.  Alias  vero  res  quae  supra  menio- 
ravimus  in  ipso  comitatu  teneat  germanus 
meus  Amelius  episcopus  ad  usandum  dura 
vivit;  postobitum  vero  ejus  ipsae  resSancto 
Theodorito  vel  ejus  servientes  sine  ulla 
tarditate  revertant.  Et  si  aliquis  homo  aut 
princcps  aut  tyrannica  potestas  sive  lai- 
cus  sive  foemina,  qui  contra  ipsum  altare 


regere  videtur.  Ego  igitur  in  Dei  nomen 
Raynaldus  &  uxor  mea  nomine  Agilburgis, 
unaque  pro  amore  Dei  vel  aeternae  vitae 
retributionis  &  per  remedium  animae 
meae  &  animabus  genitori  meo  vel  géni- 
trice mea  &  germanos  meos,  donamus  ad 


ibidem  quotidie  serviunt  aliquod  moli- 
men  aut  insidias  excitare  voluerit,  extra 
limina  sanctae  Dei  Ecclesiae  sit  alienus 
atque  extraneus,  &  corpus  &  sanguinem 
Domini  nostri  Jesu  Christi  non  sit  dignus 
accipere,  &  si  receperit  eum,  veniat  illi  in 


ipsum    locum    jamdictum   aliquid  de  pro-  opprobrium  &  improperium  ,  &  a  trecen- 

prietate  mea,  qui  mihi  Kaynaldo  partibus  tis  &  octo  patres  qui  fuerunt  in  Nicaeno 

genitori  meo  vel  génitrice  mea  legibiis  ad-  concilio  fiât  damnatus  &  excommunicatus 

venerunt.  Sunt  hae  res  sitae  in  comitatu  sicut  Arius  &  alii  haeretici  qui  Ecclesiam 

Uzetico  &  in  comitatu  Agatense;  in  comi-  Dei  scindere  conati  sunt,   &  insuper  fiât 

tatu  Uzetico    in  villa   Jovolongo,  in    ipsa  anathema  maranata,  quatenus  omnes  male- 

villa  vel   ejus  terminio,  donamus  quantum  dictiones  veteris  &  novi  Testamenti  super 

ibidem  habemus  totum  ab  integrum  in  usu  eum    rcdundent;   &  in  antea   donatio   ista 

canonicorum;   ea  vero  ratione  dum   uxor  firma  &  stabilis  permaneat.  Facta  carta  ista 

mea  Agilburgis  vivit  usum  &  fructum  ha-  in  mense  junio,  anno  x   régnante  Ludo- 

beat,   post    decessum    vero    ejus   ipsas    res  vico  imperatore.  Signum  Kainaldus  &  uxor 

Sancto  Theodorito  vel  ejus  servientes  sine  sua  Agilburgis,  qui   carta    ista   scribere  & 

ulla    tardatione    revertant.    Et    in    comi-  firmare  rogaverunt  manus  illorum.  Firmat 

tatu  Agatense   cedimus    ad  ipsum   praefa-  Balduinus  presbiter.  Teudo  presbiter.  Ful- 

tum   locum    villam    quae   vocant    Cauchos  cherius  presbiter.  Desiderius  firmat.   Odo 

eum  ipsa   ecclesia  Sancti  Martini  vel  eum  firmat.  Ausbernus  firmat.  Ugo  firmat. . 
ipsa  turre  &  eum  omnibus  pertincntiis  suis 

sive  adjacentiis  suis,  id  est  vineis,  campis,  

cultis  &  incultis,  molinariis,  salinis,  pisca- 
toriis,  hortis,  oglatis,  pratis,  pascuis,  silvis, 
garricis,  arboribus  pomifcris  &  impomife- 
ris,    aquis  aquarumve   decursibus  &    eum 


64. 


omnibus   appenditiis  vel   terminis  earum ,      ^^'^  d'échange  entre  Anastase ,  abbé 

de  Conques,  6»  Bertrand,  vassal  de 
Vempereur. 


vel  quidquid  mihi  in  ipso  comitatu  perti- 
net.  Ista  omnia  suprascripta  cedimus  atque 
tradimus  ad  ipsum  sacrum  locum,  ut  nobis 
pius  Dominus  in  futuro  saeculo  per  inter- 
cessionem  almi  martyris  Theodoriti  vitam 
aeternam  tribuere  dignetur  :  ea  vero  ra- 
tione, ut  post  discessum   meum  ecclesiam 


INCLITUS  atque  triumphator  in  solio 
sancto  elevatus  Lodoicus,  divina  ordi- 
nante  gratia  imperator  augustus,  eum  ipse 
potens  Aquis  palatii   in  aula  regali  omnia 


An 
823 


An 
8?3 

sep- 
tembre. 


Sancti  Martini   eum  ipso  presbiteratu  vel      universaque    lustraret    &    cunctorum   au- 
cum    ipsas  décimas   in  praesenti   recipiant      diendi   causas  peragraret  rectaque  judicia 

terminos  ponere,  ad  ejus  regui  consistendi 


'  Cartulaire   de    l'abbaye   de    S;iint-Guillem    du 
Dttsert. 


'  Baliize,  Capitulariaj  t.  2,  c.   1424. 


An 
823 


147 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


148 


fortia  cuncta  occurrerent,  ibique  veniens 
ex  regione  Aquitanicae  Anastasius  abba  ex 
monasterio  Conchas  loci  Sancti  Salvatoris 
petens  &  postulans  que  necessitate  coeno- 
bii  ad  aures  clementiae  nobilissimi  régis,  ut 
aliqua  causa  quae  juxta  cellula  Sancti  Sal- 
vatoris in  pago  Arvernis  est,  in  loco  qui 
dicitur  Molini  Piscini,  mansellos  illos  qui 


ipse  Anastasius  abbas  ecclesiae  Sanctae 
Mariae  Laudunense  cum  omni  integritate 
Bertranno  tradidit  vel  consignavit.  Sic  in- 
ter  se  domnus  &  piissimus  rex  confirmare 
&  ordinare  decrevit,  ut  stabilem  &  invio- 
labilem  sine  ullo  impedimento  obtineant 
firmitatem.  Facta  concambiaria  ista  in 
mense   septembris  &   anno    decimo    regni 


An 
823 


sunt  in  ipsa  villa  de  ratione  sanctae  Mariae      Lodoici  gloriosissimi  régis.  Stabilis  indig- 


Laudunense,  quae  Bertrandus  dominicus 
vassus  per  regia  potestate  vel  gubernatore 
Sanctae  Mariae  in  bénéficie  habebat.  Unde 
ipse  dominus  imperator  petitionis  ipsius 
abbati  audiri  non  renuit,  sed  in  omnibus 
sicut  sua  fuit  petitio  excambiandi  ita  per- 
misit  ut  fieret,  &  missum  venerabilem 
virum  Stabilem  episcopum  dédit  ut  inter 
Anastasium  abbatem  &  Bertramnum  con- 
cambiare  &  confirmare  debuisset,  quod  ita 
&  fecit.  Dédit  primo  Bertramnus,  jubente 
domino  imperatore  una  cum  ipso  supras- 
cripto  misso,  ipsos  mansos  in  Molini  Pis- 
cini de  ratione  Sanctae  Mariae  partibus 
Sancti  Salvatoris  Anastasio  abbate  per  illa 
confinia,  per  Roca  Cervaria  seu  per  Roca 
qui  est  super  illa  Carraria,  unde  per  fonte 
Castellaria,  &  per  Roca  quae  dicitur  de 
Livas  usque  ad  Ellenionem,&  per  EUenio- 
nem  usque  ad  illa  Roca  Cervaria,  cum 
ipso  molinario  &  haec  omnia  intra  ista 
debonatione  cum  ceteris  viveriis,  pratis, 
silvis  &  pascuis,  omnia  &  ex  omnibus, 
totum  &  ab  integrum  cum  omni  supra- 
posito,  ipse  Bertramnus  cum  ipso  misso 
de  partibus  domni  régis  ipsius  Anastasio 
abbate  partibus  ejusdem  Sancti  Salvatoris 
Conchas  monasterii  tradiderunt  vel  consig- 
naverunt.  Et  contra  dédit  Anastasius  abba 
de  ratione  monasterii  in  ipso  pago  Arver- 
nis partibus  Sanctae  Mariae  Laudunensi 
&  Bertranno  misso  Sanctae  Mariae  in  villa 
Sonate  vineas  &  terras,  hoc  quod  Leod- 
bertus  pater  concessit  &  nos  in  ipsa  die 
visi  fuimus  possidere  ab  integrum,  &  in 
alio  loco  in  villa  Anticiaco  vineas  duas 
quae  Sigibertus  presbyter  concessit,  &  in 
alio  loco  in  villa  Perariense  vinea  quam 
Bego  presbyter  concessit  &  alla  quam 
Abolemus  concessit  &  alia  vinea  quam 
Vitalis  concessit,  &  in  valle  Ambianensi 
vineala  una  quae  Armafredus  abbas  con- 
cessit,   Haeç    omnia    superius    conscripta 


nus   episcopus  jubente   domino  Lodohico 
imperatore  signavit.* 


65. 

Acte  d'échange    entre    le  comte   Leî- 
bulfe,  préposé  à  la  garde  des  côtes 
de    la    Médîterrannée j    6»    Noton,- 
archevêque  d'Arles  ' . 

QuociESCUMQUE  inite  fuerint  epistole 
commutationis,  tanta  firmitate  subsis- 
tunt  quanta  legum  racio  emptionis  vindi- 
cionisque  forma  testantur.  Ideoque  in  Dei 
nomine  per  licentiam  domni  imperatoris  in- 
ter virum  venerabilem  Notonem  archiepi- 
scopum  Arelatensem  una  per  consensum 
vel  voluntatem  universorum  clerorum  ip- 
sius civitatis,  &  etiam  illustrem  virum 
Leybulfum  comitem  ut  de  commutandas 
res  inter  eos  ab  utrasque  partes  communis 
in  Dei  nomine  tractaretur  utilitas.  Sic  do- 
uât atque  commutât  vel  in  presenti  tradit 
Noto  venerabilis  archiepiscopus  partibus 
Leybulfo  comité  aliqua  particula  de  ec- 
clesiarum  rébus  Sancte  Marie  Sancti  Ste- 
phani  vel  Sancto  Genesio  in  pago  Arela- 
tense,  insula  suburbana  ipsius  civitatis,  que 
de  utrisque  partes  circumdatur  a  Rodanum 
flumen,  cum  ecclesias  duas  que  sunt  in 
honore  sancti  Andrée  vel  sancti  Vincentii, 
&  domus  ad  habitandum  très  cum  mansiun- 


'  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Lérlns  aux  archives 
des  Alpes-Maritimes,  f"  ii3  v".  [Copie  du  dix- 
neuvième  siècle;  Bibliothèque  nationale,  fonds 
des  nouvelles  acquisitions  latines,  n.  i  i  55,  1°  232.] 
—  Cet  acte  d'échange,  resté  inédit,  est  celui  qui  est 
visé  par  le  diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  du 
3  janvier  820.  (Voir  col.  i52.) 


An 
824 

7  no- 
vembre. 


An 
824 


149 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


100 


culas  modicas  totidem  très,  &  de  vineis  mo- 
diatas  xii,  de  prato  modiatas  Vi,  de  orto 
modiata  i,  cum  arboribus  pomiferis  &  in- 
pomiferis  qui  inter  insula  sunt,  de  terra 
culta  &  inculta  modiatas  xi;  &  in  loco  qui 
vocatur  Rubinas  dat  jamdictus  episcopus 
ad  supranominatum  Leybulfum  comitem 
casas  VIII,  ortos  il,  de  vinea  modiatas  iiii, 
&  in  latere  ipsa  vinea  de  duas  partes  in 
terra  Sancti  Cesarii  &  de  alia  parte  in  vi- 


desindam,  ab  alio  fronte  Theufredo  &  he- 
redes  Marfidus,  de  uno  fronte  Faraldus  & 
de  alio  fronte  Lonam  ;  illa  autem  domus 
cum  curte  &  orto  habent  consortes  ab  uno 
latere  &  uno  fronte  via  [que]  dicurrit  ad 
ecclesiam  Sancti  Pétri,  ab  alio. latere  Lona 
prescripta,  ab  alio  fronte  Tresarica.  Simili- 
ter  donat  infra  ipso  agro  Argentea  ad  ipsas 
ecclesias  in  villa  quae  dicitur  Rausennesa 
casas  II,  de  orto  modiata  i,  inter  consortes 


nea  Limari  &  de  quarta  parte  subjungitur      ab  uno  latere  Anestasia,  ab  alio  latere  Mar- 


in amnem  Rodanum  5  similiter  donat  atque 
jure  perpetuo  tradit  de  res  ecclesiarum 
jamdicîarum  infra  ipso  pago  in  loco  qui 
vocatur  Ferroniano  mansiones  v,  ortos  i, 
de  terra  culta  &  inculta  modiatas  CCLXX; 
&  habet  ipsa  terra  consortes  de  uno  latere 
terra  Sancti  Cesarii  vel  Sanctae  Eulalie,  de 
altero  latere  terra  Sancti  Genesii,  de  uno 
fronte  Rodanum  flumen,  de  alio  fronte 
paludem  ;  eo  namque  modo  dat  pre- 
scriptus  Noto  archiepiscopus  ad  sepenomi- 
natum  Leybulfum  comitem  in  territorio 
ipsius  civitatis  in  Campo  Lapideo  pascuam 
de  jamdictas  ecclesias  qui  dicitur  Pinnano, 
ubi  &  puteus  aque  defossus  esse  dinos- 
citur.  Hec  autem  per  licenciam  domni 
imperatoris  Ludovici  sicut  suprascriptum 
est  Noto  venerabilis  arcbiepiscopus  de  ec- 
clesiarum rébus  per  commutationem  pro- 
prietario  jure  partibus  Leybulfo  presentia- 
liter  tradit,  ut  perpetualiter  ad  proprio 
sibi  valeat  vindicare  &  quicquid  exinde 
egeret  facere  vel  judicare  voluerit,  sit  illa 
plenissima  inviolabilisque  potestas.  Eo 
presenti  die  &  tempore  hec  contradat  ad 
vicem  atque  commutât  vel  in  presenti  tra- 
dat  Leybulfus  comes  partibus  ecclesiarum 
Sancte  Marie  Sancti  Stephani  vel  Sancti  Ge- 
nesii, ad  Notonem  archiepiscopum  harum 
ecclesiarum,  in  pago  Arelatense  infra  agro 


tino,  ab  uno  fronte  Adalsendo  &  de  alio 
fronte  via  publica.  Hinibi  dat  il  vineas  & 
illa  vinea  est  inter  consortes,  ab  uno  latere 
Dominico,  ab  alio  latere  &  uno  fronte 
Anastasia  &  ab  alio  fronte  Martino;  &  illa 
altéra  vinea  est  inter  consortes,  de  uno 
latere  Sperandeo  &  Juliano,  ab  altero  la- 
tere Adroaldo,  de  uno  fronte  Plitgarda,  de 
alio  fronte  via  publica.  Iterum  inibi  dat 
Leybulfus  comes  ad  prescriptas  ecclesias 
in  villa  que  dicitur  Gelatiatem  casas  ii  & 
vineas  II,  &  ipsas  casas  cum  unam  ex  illis 
vineis  est  inter  consortes  ab  utrasque  par- 
tes Emeringas  ad  Alsenda,  &  illa  alia  vinea 
habet  consortes  ab  uno  latere  Armantium, 
ab  alio  latere  Genesidum,  ab  uno  fronte 
terra  Sancti  Martini  &  ab  alio  fronte  Gri- 
maldo.  Et  in  villa  que  dicitur  Occisione 
donat  Leybulfus  casas  II  cum  ortis  II  inter 
consortes  ab  uno  latere  &  uno  fronte  Rot- 
fredo,  ab  alio  latere  Herchival  &  ab  alio 
fronte  viam  publicam.  Et  similiter  infra 
Argentea  donat  atque  tradit  sepenomina- 
tus  Leybulfus  ad  partes  supradictas  casis 
de  terra  laborativa  inter  tria  loca  qui  vo- 
cantur  Gaugiaco,  Inebericus&  Occasionem 
modiatas  CCCC;  &  illa  terra  ad  Gaugiaco  est 
inter  consortes  ab  uno  latere  Anestasio  & 
suos  heredes,  ab  alio  latere  meipsum  dona- 
torem  &  terra  Absentorem,  ab  uno  fronte 


Argentea  res  proprias  juris  in  eadem  villa,      via  publica  &  ab  alio  fronte  aqueductum 


in  campo  publico  ecclesias  cum  altares 
in  que  sunt  in  honore  sancte  Marie  vel 
sancti  Pétri  necnon  sancti  Juliani  cum  se- 
cretario  &  cellas  II,  cum  curte  &  orto, 
arboribus  pomiferis,  de  vinea  ipsius  ec- 
clesie  modiatas  XV,  de  terra  laborativa  mo- 
diatas LX;  &  in  ipsa  villa  in  campo  publico 
dat  Leybulfus  domos  duos  cum  curtes  & 
ortos  II,  &  in  illa  unam  casam  cum  curte  & 
ortos  j  habent  consortes  de  uno  latere  Gon- 


qui  Penitentia  nominatur;  &  illa  alia  terra 
qui  est  Inebericus  habet  consortes  ab  uno 
latere  Rotfredo  &  Ansoaldo,  ab  alio  latere 
via  que  decurrit  ad  illa  palude,  ab  uno 
fronte  terra  Absentor  &  ab  alio  fronte  est 
via  publica  ;  &  illa  terra  ad  Occasionem  est 
inter  consortes  ab  uno  latere  Anestasio,  ab 
alio  latere  via  descurrente,  ab  uno  fronte 
terra  Sancti  Genesii  &  ab  alio  fronte  terra 
Sanctae  Mariae  Uceticej  &  de  ipsa  terra 


An 
8z4 


An 
824 


i5i 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l52 


sunt  de  prato  modiatas  XV.  Et  pro  illo  pas- 
cuo  supranominato  predictus  Leybulfus  ad 
jamdictas  ecclesias  insuper  dictas  in  villa 
Campo  Publico  de  vinea  modiatas  viii  inter 
consortes    ab    uno   latere  vinea   jamdicte      Diplôme   de   Louis  le   Débonnaire   en 


66. 


XLIII 


ecclesie  Sancti  Pétri,  ab  alio  latere  Gon- 
desindam,  ab  uno  fronte  meipsum  donato- 
rem  &  heredes  Doda,  ab  alio  fronte  Martha 
&  heredes  Martini  vel  ea  agro  commune 
hac  si  qui  alii  sunt  consortes.  Sic  taliter 
hec  omnia  suprascripta  Leybulfus  jam- 
dicto  Notoni  archiepiscopo  per  commuta- 
tionem  ad  partes  jamdictas  duas  presentia- 
liter  donavit  atque  tradidit  perpétue  jure 
ad  habendum  vel  possidendum.  Hune  des- 


faveur  de  Leihulfe,  comte  d' Arles  \ 


I 


N  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos- 
tri  Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  or- 
dinante  providentia  imperator  augustus. 
Si  enim  ea  que  fidèles  imperii  nostri  pro 
eorum  opportunitatibus  inter  se  commuta- 
runt  nostris  coufirmamus  edictis,  imperia- 
lem  exercemus  consuetudinem  &  hoc  in 
postmodum  jure  firmissimo  mansurum  esse 


Éd.orij'. 

t.  1, 
col.  61. 


An 
82.5 
3  jan- 
vier. 


pondent  atque  promittunt  inter  se  ambae      volumus.  Idcirco  noverit  omnium  fidelium 


partes,  ut  non  ipsi  non  heredes  nec  suc- 
cessores  eorum,  qui  contra  bas  partes  com- 
mutationes  ambulare  nec  refrangere  de- 
beant.  Et  si  qua  pars  hoc  agere  conaverit, 
sit  pars  qui  neglexerit  parte  custodiendi 
culpabilis  &  impleturus  in  vinculo  pêne 
numerum  auri  libras  IIII  &  in  antea  hec 
présentes  commutationes  eorum  omnique 
tempore  debeat  perdurare  firmiter.  Unde 
duae  commutationes  uno  tenore  conscrip- 


nostrorum  presentium  scilicet  &  futurorum 
industria,  quia  vir  inluster  Leibulfus  cornes 
per  Hilduinum  archicapellanum  nostrum 
nobis  suggessit,  ut  liceret  ei  de  quibusdam 
rébus  proprietatis  sue  commutationem  fa- 
cere  cum  rébus  episcopatus  Arelatensis  ex 
beneficio  videlicet  suo.  Nos  itaque  jussi- 
mus  per  nostras  litteras  Notoni  Arelatensi 
archiepiscopo  utrasque  res  perspiceret,  & 
si   congruum    atque   utilissimum   ambabus 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  62. 


tas,  ab  ipsis  vero  subterroboratas  &  tes-      partibus  esset,  licentiam  haberent  inter  se 


tibus  asse  rogitis  subtuscriptas  vel  firmatas, 
sibi  ab  utrasque  partes  in  invicem  mani- 
bus  tradiderunt  atque  commutaverunt  ad 
perpetuum,  stabilitatem  in  Dei  nomine 
perdurandum  una  cum  stipulatione  &  spon- 
sione  interposita  pro  omni  firmitate  sub- 
nixa.  Factas  commutationes  Arelato  civitate 
publiée,  sub  die  Vii  idus  novembres,  anno 
XI  imperante  domno  nostro  Ludovico.  Et 
quod  superius  intimare  debueramus,  illas 
vineas  in  Raunehsa  &  Ingelationes  sunt 
modiatas  x.  Noto  licet  indignus  tamen 
episcopus  banc  commutationem  consensi 
&  subscripsi.  Otoinus  clericus  consensi  & 
subscripsi.  Léo  dinconus  consensi,  &  Dadila 
rogatus.  Gotus  diaconus  consensi.  Galber- 


commutandi  &  cartulam  sicut  moris  est 
inter  se  faciendi.  Veniens  itaque  predictus 
vir  reverentissimus  Noto  archiepiscopus 
in  presentiam  nostram  dixit  se  commuta- 
tionem prae  manibus  habere,  &  adserens 
predictani  commutationem  congruam  & 
utilissimam  esse,  obsecrans  tam  ex  parte 
sua  quam  ex  predicti  Leibulfi  ut  super 
easdem  commutationes  nostrum  fieri  decer- 
neremus  preceptum.  Cujus  petitioni  ad- 
sensum  prebentes,  jussimus  ita  fieri  sicut 
ipsi  obsecrabant.  Continebatur  enim  in  eis 
commutationibus,  quod  predictus  Noto  ar- 
chiepiscopus, una  per  consensum  &  volun- 
tatem  canonicorum  suorum,  dedisset  ex 
rébus  episcopatus    sui    de    beneficio  vide- 


tus  rogatus.  Signum  Eriuno  teste.  Rotfre-  licet  predicti  Leibulfi  eidem  Leibulfo  ad 
dus  testis.  Rotardo  testis.  Emo  testis.  Seu-  suum  proprium  ad  habendum,  aliquas  res 
fredus  testis.  Stephanus  tastis.  Ebrardus  de  ratione  Sancte  Marie  &  Sancti  Stephani 
testis.  vel  Sancti  Genesii,  in  pago  ipso  Arelatensi 

insulam  suburbanam  ipsius  civitatis  que  de 
utrisque  partibus  circumdatur  a  Rodano 
flumine    cum    ecclesiis    duabus,    &    domos 


'  Cartulaire  de  l'abbays  d'Aniant;,  f"  2j  v". 


An 
8x5 


i53 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i54 


ad  habitandum  très  &  aliis  mansiunculis 
tribus,  &  de  vinea  modiatas  Xii,  de  prato 
modiatas  VI,  de  horto  modiata  una,  de  terra 
culta  &  inculta  modiatas  quadraginta;  & 
in  loco  qui  vocatur  Rubinas  casas  viii, 
hortos  duos,  vinea  modiatas  llll;  &  in  loco 
qui  vocatur  Feironiaiius  mansiones  V,  hor- 
tum  unum,  de  terra  modiatas  CCLXX;  &  in 
territorio  ipsius  civitatis  inCampo  Lapideo 
pascua  de  supradictis  ecclesiis  qui  dicitur 
Pinianus,  ubi  puteus  aque  defossus  esse 
dinoscitur,  solidatas  XII   cum  terminis   & 


parti,  deinceps  per  hanc  nostram  auctorita- 
tem  jure  firmissimo  toneat  atque  possideat, 
ut  quicquid  exinde  facere  voluerit,  libero 
in  omnibus  perfruatur  arbitrio  faciendi 
quicquid  elegerit.  Et  ut  hec  auctoritas  fir- 
mior  habeatur  &  per  futura  tempora  me- 
lius  conservetur,  de  anulo  nostro  subter 
jussimus   sigillari. 

Durandus  diaconus  ad  vicem  Fridegisi 
recognovi. 

Data  III  nonas  januarias,  anno  Christo 
propicio  XI  imperii  domni  Hludovici  piis- 


An 
825 

L'd.orig. 
col".  63. 


laterationibus,  sicut  earum  in  prescriptis      simi  augusti,  indictione  m.  Actum  Aquis- 


grani  palatio  regio,  in  Dei  nomine  félici- 
ter. Amen. 


commutationibus  continetur.  Et  econtra 
in  compensatione  harum  rerum  dédit  pre- 
dictus  Leibulfus  cornes  partibus  supradic- 
tarum  ecclesiarum  Sancte  Marie  &  Sancti 
Stepbani  &  Sancti  Genesii,  ex  rébus  pro- 
prietatis  sue  que  sunt  infra  agrum  qui 
vocatur  Argenteo,  in  villa  campo  publico 
ecclesiam  cum  altaribus  tribus  que  sunt  in      Diplôme  de  Louis   le  Débonnaire   en 


67. 


honore  sancte  Marie  &  sancti  Pétri  & 
sancti  Johannis,  cum  secretario  &  cellas 
duas,  cum  curte  &  horto  &  arboribus,  & 
de  vinea  .modiatas  quindecim ,  de  terra 
modiatas  arabili  LX,  etiam  in  ipsa  villa 
domos  duas  cum  curtibus  &  hortis,  &  in 
villa  que  dicitur  Raimessa,  &  in  villa  que 
dicitur  Salatiano  casas  IIII,  vineas  Ilii,  & 
de  horto  modiatam  unam,  &  de  alia  vinea 
modiatas  decem  ;  &  in  villa  Occisianus 
casas  duas,  ortis  duabus;  &  in  villis  que 
vocantur  Gaugiacus,  Euricus  &  Occisia- 
nus, &  in  villa  Campo-Publico  de  terra 
modiatas  CCCC,  de  vinea  modiatas  Viii  cum 
terminis  &  laterationibus  eorum,  quemad- 
modum  in  eisdem  commutationibus  conti- 
netur. Unde  &  duas  commutationes,  sicut 
superius  comprehensum  est,  pari  tenore 
conscriptas  manibusque  bonorum  homi- 
num  roboratas  prefatus  Noto  archiepisco- 
pus  pre  manibus  se  habere  professus  est; 
set  pro  intégra  firmitate  petierunt  celsitu- 
dini  nostre,  ut  ipsas  commutationes  denuo 
per  nostrum  mansuetudinis  preceptum  plc- 
nius  in  Dei  nomine  confirmare  deberemus. 


faveur  de  Saint-Julien  de  Brioude\ 


I 


N  nomine  Domini  Salvatoris  nostri  Jesu 
Christi.  Ludovicus  divina  ordinante  pro- 
videntia  imperator  augustus.  Notum  esse 
volumus  cunctis  fidelibus  sanctae  Dei  Ec- 
clesiae  &  nostris  seu  etiam  Deo  dispen- 
sante successoribus,  quia  postquam  comita- 
tum  Brivatensem  fideli  nostro  Berengario 
illustri  comiti  concessimus,  ille  ingenio 
quovaluit  quamdam  ecclesiam  ubi  sanctus 
Julianus  martyr  corpore  requiescit,  quae 
est  constructa  in  vico  Brivatensi  non  pro- 
cul  a  Castro  Victoriaco  &  a  Sarracenis  de- 
structa  &  igné  combusta  erat,  ad  pristinum 
statum  reduxit,  &  in  eadem  ecclesia  con- 
stituit  trigenta  quatuor  canonicos,  &  in 
Castro  praedicto  Victoriaco  quod  similiter 
reaedificavit  vigenti,  ut  juxta  canonicum 
ordinem  Domino  militarent  &  canonice  vi- 
verent,  quibus  dédit  rex  ex  beneficio  suo, 
scilicetde  rébus  praedictae  ecclesiae  Sancti 
Juliani,  mansos  centum  unde  eorum  néces- 
sitâtes fulcirent  &  substentationem  habe- 
rent,  videlicet  praedictis  clericis  in  com- 


Quorum  petitionibus  denegare  noluimus,      mune  sexaginta  &  abbati  quem  ipsi  pariter 


set  sicut  unicuique  fidelium  nostrorum 
juste  petentium  ita  nos  illis  concessisse 
atque  in  omnibus  confirmasse  cognoscite. 
Precipientes  ergo  jubemus,  ut  quicquid 
pars  juste  &  rationabiliter  alteri  contulit 


super  se  elegerunt  mansos  quadraginta. 
Precibus  quibus  valuit  idem  Berengarius 
fidelis  cornes  nostram  exoravit  clementiam, 

'  Cartul.  de  Saint-Julien  de  Brioiide,  chatte  229. 


An 
825 

4  juia. 


An 
825 


i55 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i56 


ut  per  nostrorum  auctoritatem  constitue-  canonicos  Sancti  Juliani  martyris,  mansos 

remus  qualiter  praedictos  centum   mansos  &  terras  quae  sunt  in  patria  Vellavensi  in 

nullus  exinde  abstrahere  praesumeret,  &  aice  qui  dicitur  Chalmes-Ellarias,  villam 

ut  abbatem  super  se  canonici  in  praedictis  quae  nominatur  Salegias  cum  araturis  sex, 

locis  constituti  inter  se  eligendi  licentiam  &  in  patria  Arvernica  in  aice  Cheiracenci 

haberent  &  ipse  abbas  vel  congregatio  ejus  villam  cujus  vocabulum  est  Charaisago  cum 

sub  nuUius  ditione  fuissent,  &  nemini  cui-  araturis  quatuor,  inter  se  concambiare  de- 


libet  obsequium  pro  praedictis  rébus  fecis- 
sent  nisi  tantum  ad  partem  régis  annua- 
tum  caballum  unum  cum  scuto  &  lancea 
praesentassent,  &  in  postmodum  ab  omni 
exactione  vel  de  functione  publica  aut 
privata    immunes   &    liberi    essent.  Cujus 


berent,  quod  ita  &  fecerunt.  Dédit  autem 
Wigo  partibus  Sancti  Juliani  &  ipsius  ca- 
nonicorum  villam  qui  dicitur  Salegias  cum 
mansis,  terris  &  omnibus  ejus  pertinentiis, 
campis,  pratis,  pascuis,  sylvis,  aquis  aqua- 
rumque  decursibus,   cultum  &  incultum. 


deprecationi  quia  justa  &  rationabilis  no-      quaesitum  vel  quidquid  inquirendum  est, 


bis  visa  est  aurem  accommodare  placuit  & 
hos  nostros  imperiosos  apices  fieri,  per 
quos  decernimus  atque  jubemus,  ut  quem- 
admodum  praedictus  Berengarius  de  supra- 
scriptis  locis  &  abbate  atque  canonicis  vel 
rébus  ibidem  concessit  constituât  atque 
perordinavit  &  a  nobis  confirmari  postu- 
lavit  vel  quemadmodum  superius  dictum 
est,  ita  deinceps  nostris  futurisque  tempo- 


omnia  &  ex  omnibus,  quantumcumque  ad 
ipsam  villam  aspicit  vel  aspicere  videtur, 
totum  &  ad  integrum  concambiavit  Wigo 
cum  supradictis  Berengario,  Ferreolo,  nec- 
non  &  caeteris  canonicis  Sancti  Juliani. 
Praedicti  autem  Ferreolus ,  Berengarius 
necnon  &  reliqui  canonici  Sancti  Juliani 
dederunt  partibus  Wigonis  villam  praedic- 
tam    scilicet  Charaisago,    cum    mansis    & 


ribus  Domino  auxiliante  fixum  ac  stabile  aedificiis,  exiis,  adjacentiis,  campis,  pra- 
permaneat.  Sed  &  hoc  nobis  inserere  pla-  tis,  pascuis,  sylvis,  aquis  aquarumque  de- 
cuit,  ut  quidquid  abhinc  futurum  in  prae-  cursibus  &  quantumcumque  ad  ipsam  vil- 
dictis  locis  divina  pietas  per  nos  aut  suc-  lam  aspicit  &  aspicere  videtur,  totum  &  ad 
cessores  nostros  vel  per  quoslibet  liberos  integrum  concambiant  cum  ipso  Wigone. 
&Deum  timentes  homines  concessum  atque  Et  talis  placuit  eis  voluntas  ad  ista  con- 
distributum  fuerit,  sub  eadem  conditione  cambia,  ut  unusquisque  de  rébus  supra- 
sicut  superius  dictum  est  consistât.  Et  ut  dictis  faciat  quod  voluerit  jure  proprio 
hanc  authoritatis  nostrae  praeceptionem  sine  ullo  contradicente,  sed  praesens  a 
atque  confirmationem  per  futura  tempora  nobis  factum  concambium  firmum  &  sta- 
inviolabilem  atque  inconvulsam  videamus  bile  permaneat  stipulatione  subnixum. 
obtinere  firmitatem,  nostro  annulo  subter  Facto  concambio  isto  in  mense  octobri, 
jussimus  sigillari.  anno  undecimo  régnante  domino  nostro 
Data  cessio  ista  secundo  nonas  junii,  Pipino  rege.  Signato  Emenardo.  Signato 
anno  duodecimo  imperii  Ludovic!  serenis-  Magnerio.  Signato  Winerando. 
simi  augusti,  indictione  tertia. 


An 
825 


An 
825 


68. 

Acte  à' échange  concernant   le  comte 
Bérenger^ . 


LACUIT    atque    convenit    inter  viros 

llustres  Wigonem,  Berengarium  co- 

octobre.   mitem ,   Ferreolum    abbatem    &    reliquos 


Pi 


69. 

Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  pour 
le  monastère  de  Saint-Hilaire' . 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu  Christi.  Ludovicus  divina  ordinante 
providentia  imperator  augustus.  Si  erga 
loca   divinis   cultibus    mancipata    propter 


'  Cartulaire  de  Saint-Julien  de  Brioude,  n.  341,  '  Baluze,  Capitulana^  t.  2,  c.  1409. 


Vers 
825 


■%- 


Vers 

825 


i57 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i58 


amorem  Dei  ejusque  in  eisdem  locis  sibi 
famulantes  bénéficia  opportuna  largimur, 
praemium  nobis  apud  Dominum  aeternae 
remunerationis  rependi  non  diffidimus. 
Idcirco  noverit  sagacitas  seu  utilitas  om- 
nium fidelium  nostrorum  tam  praesentium 
quam  &  futurorum,quoniam  virvenerabilis 
Monellus  abba  ex  monasterio  Sancti  Hila- 
rii,  quod  est  situm  in  pago  Carcassonense 
super  rivum  qui  dicitur  Leuchus,  construc- 
tum  in  honore  sancti  Saturnini  martyris, 
ubi  etiam  praedictus  sanctus  Hilarius  con- 
fesser corpore  requiescit,  ad  nostram  acce- 
dens  clementiam,  detulit  obtutibus  nostris 
quandam  authoritatem  domini  &  genitoris 
nostri  Karoli  bonae  memoriae  piissimi  au- 
gusti,  in  qua  continebatur  insertum  qua- 
liter  idem  genitor  noster  ipsuni  monaste- 
rium  ad  deprecationem  praedecessoris  sui 
Nampionis  abbatis  sub  suo  suscepisset  mun- 
deburdo  vel  defensione,  videlicet  ut  mo- 
nachi  in  eodem  monasterio  commorantes 
cum  omnibus  rébus  eorum  quiète  vivere 
absque  alicujus  infestatione  licuisset.  Pro 
firmitatis  namque  studio  postulavit  nobis 
praedictus  Monellus  abba,  ut  eumdem  mo- 
nasterium  cum  cellulis  sibi  subjectis,  quae 
nuncupatur  Garelianus  &  alia  quae  nun- 
cupatur  Sancti  Martini  &  villa  juxta  ipsum 
monasterium  quae  vocatur  Salas,  ubi  est 
ecclesia  constructa  in  honore  sanctae  Ma- 
riae  semper  virginis,  quam  &  nos  eidem 
monasterio  concessimus,  cum  adjacentiis 
vel  terminiis  predictorum  locorum  sub 
nostra  constitueremus  defensione  &  immu- 
nitatis  tuitione.  Cujus  precibus  ob  amorem 
Dei  &  reverentiam  divini  cultus  libenter 
aurem  accommodare  placuit  &  hoc  nostrae 
authoritatis  praeceptum  immunitatis,  at- 
que  jubemus  ut  nullus  judex  publicus,  vel 
quilibet  ex  judiciaria  potestate  in  ecclesias 
aut  loca  vel  agros  seu  reliquas  possessio- 
nes  praedicti  monasterii  quas  moderno 
tempore  juste  [&]  rationabiliterpossidetvel 
quae  etiam  deinceps  in  jure  ipsius  sancti 
loci  voluerit  divina  pietas  augeri,  ad  cau- 
sas audiendas  vel  freda  exigenda  aut  man- 
siones  vel  paratas  faciendas  aut  fidejussores 
toUendos  aut  homines  ipsius  monasterii 
tam  ingenuos  quam  &  servos  super  ipsius 
terram  commanentes  injuste  distringendos, 
nec  ullas  redibitiones  aut  illicitas  occasio- 


nes  requirendas  nostris  &  futuris  4empo- 
ribus  ingredi  audeat,  vel  ea  quae  supra 
memorata  sunt  penitus  exigere  praesumat, 
&  quidquid  de  rébus  praefati  monasterii  fis- 
cus  sperare  poterit,  totum  nos  pro  aeterna 
remuneratione  praefato  monasterio  con- 
cedimus,  ut  in  alimonia  pauperum  &  sti- 
pendia monachorum  ibidem  Deo  famulan- 
tium  perpetuo  proficiat  in  augmentum.  Et 
quandoquidem  divina  vocatione  supradic- 
tus  abba  vel  successores  ejus  de  hac  luce 
migraverint,  quandiu  ipsi  monachi  inter 
se  taies  invenire  potuerint  qui  ipsam  con- 
gregationem  secundum  regulam  sancti  Be- 
nedicti  regere  valeant,  per  hanc  nostram 
auctoritatem  &  consensum  licentiam  ha- 
beant  eligendi  abbates,  quatenus  ipsos 
monachos  qui  ibidem  Deo  famulantur  pro 
nobis  &  conjuge  proleque  nostra  atque 
stabilitate  totius  imperii  nostri  a  Deo  nobis 
concessi  ejusque  clementissima  misera- 
tione  per  immensum  conservandi  Domini 
immensam  clementiam  jugiter  exorare  de- 
lectet.  Hanc  itaque  auctoritatem,  ut  plenio- 
rem  in  Dei  nomine  obtineat  vigorem  &  a 
fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostris 
verius  credatur  &  diligentius  observetur, 
manu  propria  subterfirmavimus  &  anuli 
nostri  impressione  signari  jussimus. 


70. 


Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  pour 
le  monastère  de  Sorède'. 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu  Christi.  Ludovicus  divina  ordi- 
nante  providentia  imperator  augustus. 
Notum  esse  volumus  cunctis  fidelibus  sanc- 
tae Dei  Ecclesiae  &  nostris  praesentibus 
scilicet  &  futuris,  qualitervir  inlusterGau- 
celinus  comes  ad  nostram  accedens  clemen- 
tiam innotuit  celsitudini  nostrae,  qualiter 
quidam  abba  nomine  Miro  quondam  in 
territorio  Helenense  super  fluvium  Taci- 
dum  in  quodam  loco  in  honore  sancti 
Andreae  monasterium  aedificasset  &  mo- 
nachos secundum  regulam  sancti  Benedicti 

'  Marca  Hispanica,  Appendix,  c.  llllt 


Veri 
825 


Vert 

825 


Vers 
825 


iSç 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


160 


in  eodem  monasterio  vivere  constituisset  ; 
eoque  rébus  humanis  exempte,  Sisegurus 
abbas  in  suo  &  loco  &  monasterio  subro- 
gatus  fuisset;  deprecatusque  est  nos  idem 


&  ordinare  valeant,  licentiam  habeant  ex 
se  ipsis  eligendi  abbates.  Et«ut  haec  nos- 
trae  autoritatis  litterae  ab  omnibus  verius 
credantur  &  diligentius  conserventur,  de 


71 


XLIV 


vir  inluster  Gaucelinus  comes  ut  praedic-      anulo  nostro  subter  eas  praecepimus  sig- 
tum  Sisegurum  abbatem  una  cum  monachis      nari. 
suis  &  praedictum  monasterium  suum  cum 
omnibus  cellulis  ad   eum  pertinentibus  in  ~~ 

supradicto  pago  Helenense,  unam  videlicet 
in  honore  sancti  Martini  sitam,  in  qua  pri- 
mitus  idem  abbas  cum  monachis  habitare 
coepit,  ipsamque  vallem  cum  praefata  cel- 
lula  &  cum  omni  integritate  sua  concedere- 
mus,  necnon  &  aliam  cellulam  in  honore 
sancti  Vincentii  constructam,  seu  &  villare 
quod  dicitur  Garrericis  cum  ipsis  fiscalibus 
terris  vel  etiam  cum  rébus  vel  adjacentiis 
quas  praesenti  tempore  in  praedicta  loca 
juste  &  legaliter  tenere  &  possidere  viden- 
tur,  in  nostra  eleemosina  sub  tuitione  & 
defensione  nostra  consistere  fecissemus, 
quemadmodum  alia  monasteria  infra  Sep- 
timaniam  consistere  videntur.  Cujus  de- 
precationi  assensum  praebentes,  ita  nos 
fecisse  omnium  fidelium  nostrorum  cog- 
noscat  industria.  Propterea  bas  nostrae 
auctoritatis  litteras  firmitatis  gratia  fieri 
&  ei  dare  jussimus,  per  quas  praecipimus 
atque  jubemus  ut  nullus  judex  publicus 
aut  quislibet  ex  judiciaria  potestate  in  ec- 
clesias  aut  loca  vel  agros  seu  reliquas  pos- 
sessiones  praedicti  monasterii  &  cellulas 
superius  nominatas  vel  quae  deinceps  in 
jure  ipsius  loci  divina  pietas  augeri  volue- 
rit,  judiciario  more  ad  causas  audiendas 
vel  freda  exigenda  aut  mansiones  vel  pa- 
rafas exigendas  aut  ullas  redibitiones  vel 
illicitas  occasiones  requirendas  ingredi 
audeat  vel  ea  quae  supramemorata  sunt 
exigere  praesumat,  sed  liceat  praedicto  ab- 


denominatis  per  cartulam  traditionis  nobis 
bâti  ejusque  successoribus  absque  ullius  ad  proprium  tradidit,  sicut  in  ipsa  tradi- 
injusta  inquietudine  cum  omnibus  rébus  tione  plenius  constat  esse  gestum  ;  simul 
ad  se  juste  &  legaliter  praesenti  tempore  nostram  deposcens  serenitatem,  ut  opus, 
pertinentibus  quiète  vivere  ac  residere,  &  quod  ipse  devotissime  ad  sanctam  profes- 
pro  nobis  conjuge  proleque    nostra  atque      sionem  observandam    inchoaverat   Deoque 


pro  stabilitate  totius  imperii  nostri  una  cum 
monachis  eorum  Domini  misericordiam  ju- 
giter  exorare.  Et  quandocumque  divina 
vocatione  memoratus  abbas  ejusque  suc- 
cessores  de  hac  luce  migraverint,  quandiu 
inter  se  taies  invenire  potuerint  qui  eos 
secundum  regulam  sancti  Benedicti  regere 


voverat  &  nobis  perpetuo  ad  habendum 
tradiderat,  per  nostram  providentiam  at- 
que auctoritatem  ad  hoc  conservaretur,  ut 
idem  ordo  eodem  in  loco  pro  nostra  aeterna 

'  Archives    de    l'abbaye    de    Saint-Chinian.   — 
Mabillon,  Annales,  t.   1,  p.  724. 


Vers 
825 


t.  1, 
col.  64. 


An 

826 

i«>-  août. 


Fondation  de  Vabhaye  de  Saint- 
Chinian  '. 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri  Éd.ori 
Jesu  Christi.  Hludovicus  &  Hlotarius 
divina  ordinante  providentia  imperatores 
augusti.  Si  erga  loca  divinis  cultibus 
mancipata  propter  amorem  Dei  eique  in 
eisdem  locis  famulantibus  bénéficia  op- 
portuna  largimur,  praemium  nobis  apud 
Dominum  aeternae  remunerationis  rependi 
non  diffidimus.  Idcirco  notum  sit  cunctis 
fidfilibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostris 
praesentibus  scilicet  &  futuris,  qualiter 
Durandus  abba  in  Septimania,  in  pago  vi- 
delicet Narbonensi,  in  villa  quae  dicitur 
Vernodubrus,  in  proprio  quod  ei  libera- 
litate  munificentiae  nostrae  contulimus, 
monasterium  ex  nostro  opère  in  honore 
&  veneratione  beatissimi  Aniani  confes- 
sons Christi,  in  loco  qui  dicitur  Holatia- 
nus  inchoavit,  monachos  perplures  con- 
gregavit,  abbatem  eis  nomine  Woicam 
praefecit,  &  per  testamentum  confirma- 
tionis  suae  quasdam  res  &  mancipia  ibidem 
delegavit,  necnon  libros  &  ministeria  ec- 
clesiae variamque  suppellectilem  tribuit, 
&  cum  his  omnibus  eorum  ac  ceteris  rébus 


An 
826 


161 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


162 


memoria  atque  eleemosyna  perpetualiter 
observaretur.  Cujus  donum  gratanter  sus- 
cipimus  &  ejus  petitioni  libenter  annui- 
mus,  atque  per  hanc  nostram  auctoritatem 
sicut  postulavit  concessimus  atque  confir- 
mamus.  Proinde  notum  esse  volumus  om- 
nibus vobis,  quod  praedictum  nionasterium 
cuni  omnibus  locis,  villis,  insulis,  piscato- 
riis,  vel  iis  quae  ad  ipsum  adspicere  cer- 
nuntur,  cum  omnibus  etiam  finibus,  ter- 
minis  &  adjacentiis  eorum,  cum  mancipiis 
ac  ceteris  rébus,  quemadmodum  in  chartula 
donationis,  quam  nobis  contulit,  plenius 
continentur,  ideo  ut  sancta  professio  ibi- 
dem perpetualiter  in  nostra  eleemosyna 
conservari  queat,  devotissime  contulimus, 
ut  omnia  quaecumque  praesenti  tempore 
possidere  videntur  vel  ad  eum  adspicere 
dignoscitur,  quod  in  antea  divino  instinctu 
aut  a  nobis  aut  a  successoribus  nostris 
vel  a  quibusdam  fidelibus  sanctae  Dei 
Ecclesiae  illis  collatum  fuerit,  totum  in 
servorum  Dei  inibi  Domino  militantium 
necessitatibus  consulendum  &  pauperum 
curam  gerendum,  propter  divinum  amo- 
rem  &  honorem,  Deo  miserante,  pro  ablu- 
Éd.orig.  tione  peccatorum  nostrorum  omni  cedat 
coi. 65.  tempore.  Sed  ut  quietius  ibidem  viri  Dei 
Domino  famulari  possint  &  a  malis  homi- 
nibus  res  ejusdem  coenobii  sicut  alia  vel 
nostrae  proprietatis  defendantur  &  tueri 
queant,  hanc  nostram  imperialem  auctori- 
tatem hujus  rei  gratia  fieri  jussimus,  ut 
omnes  sub  nostra  etiam  speciali  defensione 
&  immunitatis  tuitione  consistere  non  du- 
bitent.  Praecipientes  ergo  inhibemus,  ut 
nullus  judex  publicus  vel  cjuislibet  ex 
judiciaria  potestate  aut  quaelibet  majoris 
vel  minoris  ordinis  persona  ad  causas  ju- 
diciario  more  audiendas  in  ecclesias,  aut 
loca,  vel  villas,  seu  reliquas  possessiones, 
quas  in  quibusdam  pagis  ac  territoriis 
praedictis  tenet  vel  possidet  monasterium, 
aliasque,  quas  deinceps  in  jus  ipsius  sancti 
loci  divina  pietas  augeri  voluerit,  ingredi 
praesumat,  nec  fieri  tributa,  vel  paratas 
seu  mansiones  accipere,  sive  teloneum 
exigere,  aut  fidejussores  tollere,  vel  homi- 
nes  ipsius  coenobii  tam  ingenuos  quam 
servos  super  terram  ipsius  commanentes 
distringere,  nec  ullas  publicas  fruitiones 
seu   redhibitiones  vel    illicitas   occasiones 


requirere  aut  exactare  audcat  :  sed  liceat 
memorato  abbati  suisque  successoribus  res 
praefati  monasterii  cum  omnibus  sibi  sub- 
jectis  sub  tuitionis  atque  immunitatis  nos- 
trae defensione,  remota  totius  judiciariae 
potestatis  inquietudine,  quietaordine  pos- 
sidere j  &  quidquid  in  eo  fiscus  exinde 
exigere  poterat  aut  sperare,  tantum  in  fra- 
trum  stipendiis  &  in  luminaribus  ejusdem 
ecclesiae  consignandis  atque  pauperibus 
alendis,  sicut  dictum  est,  cédât.  Consti- 
tuimus  etiam,  ut  quandocumque  divinu 
vocatione  memoratus  abbas  vel  successores 
ejus  ab  hac  luce  migraverint,  licentiam 
habeant  monachi  ibidem  consistentés  ta- 
lem  inter  se  per  nostrum  successorumque 
nostrorum  consensum  eligere  abbatem,  qui 
eis  secundum  regulam  sancti  Benedicti 
praeesse  &  prodesse  queat,  quatenus  ser- 
vos Dei  ibidem  Domino  famulautes  pro 
nobis  proleque  nostra  ac  stabilitate  totius 
imperii  nostri  Domini  misericordiam  exo- 
rare  delectet.  Illud  etiam  per  nostram 
auctoritatem  concedimus  &  confirmamus 
atque  nostros  successores  rogamus,  ut  hoc 
monasterium  sub  sua  speciali  tuitione  re- 
tineant,  &  neque  ad  episcopum  neque  ad 
aliud  monasterium  uUo  unquam  tempore 
ab  illis  subjiciatur  aut  in  beneficium  cui- 
libet  tribuatur,  sed  solummodo  in  jure  & 
tuitione  illorum  pro  omnibus  temporibus 
ad  monasticum  ordinem  observandum  per- 
sistât, sicque  hoc  nostrum  donationis  opus 
immobiliter  conservent,  sicut  pacta  sua  a 
suis  successoribus  conservanda  optaverint. 
Haec  vero  auctoritas  ut  pleniorem  in  Dei 
nomine  obtineat  vigorem,  manibus  propriis 
subterfirmavimus  &  anuli  nostri  impres- 
sione  signari  jussimus. 

Signum  Hludovici  piissimi  imperatoris. 
Signum  Hlotharii  gloriosissimi  augusti. 

Hirminmaris  notarius  ad  vicem  Frigi- 
dusi  recognovi. 

Data  kalendas  augusti,  anno  Christo  pro- 
pitioxiii  imperii  domni  Hludovici  piissimi 
augusti  &  Hlotharii  IV,  indictione  IIII. 
Actum  Carisiaco  palatio  regio,  in  Dei  no- 
mine féliciter.  Amen. 


An 
826 


II. 


i63 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


164 


An 
826 

19  dé- 
cembre. 


72. 

Acte  de  reconnaissance  de  plusieurs 
habitants  du  territoire  de  Caunes, 
qui  déclarent  tenir  leurs  biens  en 
bénéfice  de  Vabbé  de  Caunes\ 

RECOGNOSCIMUS  nos  homines  qui  habi- 
tamus  in  villas  Combalito  &  Castania- 
rias,  qui  subterscripturi  vel  signum  facturi 
sunt,  id  est  Maurinus,  Bladimus,  More- 
rius,  Ermenaldus,  Leominus,  Lunipertus, 
Sauscerius,  Urianius,  Manas,  Saorerius, 
Gumbertus,  Manianus ,  Servatus,  Marti- 
nuSjTructebertus,  Melusarius,  Gundaldus, 
Lumpertus,  Feraldus,  Saturelhis,  Berte- 
rivus  vel  alii  pares  nostri  qui  subter  signa 
facturi  sunt,  in  praesentia  bonorum  homi- 
num  qui  ibi  aderant,  id  est  Musuedo,  Pan- 
taleo,  Salomone,  Eldogas,  Bladiri,  Mun- 
nello,  Langobardo,  Datame  vel  aliorum 
multorum  bominum  qui  ibi  aderant;  recog- 
noscimus  quia  sumus  babentes  villas  ubi 
nos  habitamus  cum  omne  illorum  terminioj 
per  beneficium  boc  habuimus  de  domno 
johanne  abbate  &  fraternitate  ipsius  mo- 
nasterii  sanctorum  apostoloruni  Pétri  & 
Pauli,  qui  dicitur  Caunas,  quem  domi- 
nus  Karolus  quondam  imperator  vel  filius 
ejus  dominus  noster  Ludovicus  per  suas 
litteras  ad  ipso  jamdicto  perdonavit  mo- 
nasterio,  usque  in  praesentem  diem  &  ea 
quae  recognoscimus  veritate,  ut  superius 
in  praesentia  supra  dictorum  bonorum  bo- 
minum. Facta  recognitione  ista  sub  die 
décima  quarta  kalendas  januarii ,  anno 
decimo  tertio  imperii  serenissimi  domini 
Ludovici  imperatoris.  Signum  Murmello. 
Signum  Bladino.  Signum  Lumperto.  Sig- 
num Ermenaldo.  Signum  Leomino.  Sig- 
num Sauscerio.  Signum  Urciscino.  Signum 
Sinpraniano.  Signum  Secopesto.  Signum 
Lamperto.  Signum  Mancionedeo.  Signum 
Servato.  Signum  Martino.  Signum  Iructe- 
berio.    Signum    Melazario.   Signum    Gun- 

'  Archives  de  Cannes.  —  Copie  dans  la  collec- 
tion Doat,  à  la  Bibliothèque  nationale,  vol.  58, 

f"  228. 


daldo.  Signum  Lamperto.  Signum  Sesaldo. 

Signum    Justosiori Signum    Eldegiso. 

Signum    Mariallo Signum   Luboberto. 

Signum  Jordano.  Signum  Astiario.  Signum 
Donoro.   Signum   Wbliaras.    Signum    Ma- 

cello Signum    Donato.   Signum    Joan- 

nario major  qui   banc   recognitionem 

scripsi  die  &  anno  quo  supra. 


73.  —  XLV 

Charte  de  Pépin  /,  roi  d'Aquitainey 
donnée  à  la  prière  d'Oliba,  comte 
de  Carcassonne y  en  faveur  du  mo- 
nastère de  la  Grasse^, 

PIPPINUS'  gratia  Dei  rex  Aquitanorum. 
Si  petitionibus  servorum  Dei  divini 
cultus  amore  aurem  libenter  accomoda- 
mus,  id  nobis  profuturum  ad  anime  nos- 
trae  salutem  consequendam  non  ambigi- 
mus.  Igitur  notum  esse  volumus  cunctis 
fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  nostrisque 
tam  praesentibus  quam  &  futuris,  quia  vir 
venerabilis  Agilis  abba  ex  cenobio  Sanclae 
Mariae,  quod  est  constructum  infra  Car- 
casensem  pagum  super  fluvium  Orobii,  una 
cum  Oliba  nos  deprecatus  est,  ut  villa- 
rem  quam  ex  conlatione  idem  Olibae  no- 
mine  Musagellum  necnon  &  in  Musiaci 
villa  domos  &  terras  idem  abba  habere  vi- 
detur,  fîrmitatis  gratiam,  quatenus  plenius 
possiderent,  facere  juberemus.  Cujus  de- 
precationem',  ob  amorem  Dei  &  veneratio- 
nem  ipsius  sancti  loci,  adsensum  preben- 
tes,  cartulam  confirmationis  ei  fieri  libuit, 
per  quam  obnixe  precipimus,  ut  memora- 
tum  villarem  cum  jamdictis  domibus  &  ter- 
ris idem  abba  vel  rector  ejusdem  cenobii 
demum  semper  absque  alicujus  controver- 
sia  habere  valeant.  Et  quicquid  fiscus  nos- 


'  Original,  bibliothèque  du  roi  ;  Baluze,  Char- 
tes des  rois,  n.  3.  (Aujourd'hui  latin  SSSy,  n"  4; 
le  même  volume,  sous  le  n°  5,  renferme  une  copie 
fort  exacte  du  même  diplôme  exécutée  au  douzième 
siècle.)  [A.  M.] 

'  La  suscription  dans  le  diplôme  original  est 
précédée  d'une  invocation  tachygraphique. 


An 
826 


Éd.  crie, 
t.  I, 

col  66. 


An 

827 

27  sep- 
tembre. 


An 
827 


i65 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


166 


An 
828 


tris  in  partibus  aut  comiti  ipsius  pagi  com- 
moranti  sperare  potuerit,  totum  in  nostra 
aelemosina  vel  ob  petitionem  ipsius  Oli- 
bae  degentibus  in  eodem  monasterio  con- 
cedimus  ad  habendum,  ut  in  alimonia  pau- 
peruni  &  stipendia  servorum  Dei  ibidem 
Deo  famulantium  proficiat  in  augmentis. 
Et  ut  haec  a  fidelibus  nostris  melius  crede- 
retur,  de  anulo  nostro  jussimus  sigillari. 

Sigebodus  diaconus  ad  vicem  Aldrici  re- 
cognovi  &  subscripsi. 

Data  V  kalendas  octobris,  anno  xiill 
imperii  domni  Hludovuici  serenissinii 
augusti  &  XIII  regni  nostri.  Actuni  in 
Ausonae  castro,  in  Dei  nomine  féliciter. 
Amen. 


74- 


Diplôme  de  Pépin  1,  roi  d'Âquitainej 
pour  le  monastère  de  Montolieu\ 

PIPINUS  gratia  Dei  Aquitanorum  rex. 
Cum  petitionibus  servorum  Dei  justis 
&  rationabilibus  divini  cultus  amore  fave- 
mus,  superna  nos  gratia  pro  hoc  muniri 
non  dubitamus.  Proinde  noverit  omnium 
fidelium  nostrorum  tam  presentium  quam 
futurorum  sagacitas,  quia  vir  venerabilis 
Wilafredus  abba  ex  monasterio  quod  nun- 
cupatur  Malastae,  quod  est  situm  in  terri- 
torio  Carcassensi,  super  fluvium  Durannum 
constructum  in  honore  sancti  Johannis 
Baptistae  cum  terminis  &  adjacentiis  suis, 
obtulit  obtutibus  nostris  quandam  autho- 
ritatem  domini  ac  genitricis  (,sic)  nostri 
Ludovici  piae  recordationis  serenissimi 
augusti,  in  qua  erat  insertum  qualiter  an- 
tecessor  suus  ipsum  monasterium  a  novo 
construxisset  opère,  &  propter  ejus  defen- 
sionem  vei  propter  pravorum  hominum 
illicitas  infestationes  in  manu  ejusdem  do- 
mini imperatoris  una  cum  monachis  ibi 
degentibus  se  commendavit,  ut  sub  ejus 
tuitione  licuisset  eis  cum  rébus  &  homi- 
nibus  eorum  quiète  vivere  &  residerej  & 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  6,  p.  667. 
—  Baluze,  Capitularia,  t.  2,  c,  1427. 


deprecatus  est  clementiam  regni  nostri 
ut  praedictum  monasterium  cum  cellulis, 
quae  nuncupantur  sancti  Martini,  prae- 
dicto  monasterio  subjectis,  quae  sunt  sitae 
in  eodem  pago  super  rivulum  Lampi,  sive 
sanctae  Ceciliae  &  sancti  Pétri,  quae  sunt 
super  fîuvium  Durannum,  cum  omnibus 
rébus  &  adjacentiis  sive  terminis  suis  sub 
nostra  susciperemus  defensione  &  immu- 
nitatis  tuitione.  Cujus  praecibus  ob  amo- 
rem  Dei  &  reverentiam  divini  cultus  liben- 
ter  aurem  accommodare  placuit  &  hoc 
nostraeautoritatis  praeceptum  immunitatis 
atque  tuitionis  gratia  fieri  decrevimus;  par 
quod  praecipimus  atque  jubemus,  ut  nullus 
judex  publicus  vei  quilibet  ex  judiciaria 
potestate  in  ecclesias  aut  loca  vel  agros  seu 
reliquas  possessiones  praedicti  monasterii, 
quas  moderno  tempore  juste  &  rationabi- 
liter  possidet  vel  quae  etiam  deinceps  in 
jure  ipsius  sancti  loci  voluerit  divina  pie- 
tas  augeri,  ad  causas  audiendas  aut  freda 
exigenda  aut  mansiones  vel  paratas  fa- 
ciendas  aut  fidejussores  tollendos  aut  ho- 
mines  ipsius  monasterii  tam  ingenuos  quam 
&  servos  super  terram  ipsius  commanentes 
injuste  distringendos  nec  ullas  redibitiones 
aut  illicitas  occasiones  requirendas  nostris 
&  futuris  temporibus  ingredi  audeat,  vel 
ea  quae  supra  memorata  sunt  penitus  exi- 
gere  praesumat.  Concedimus  etiam  eisdem 
fratribus  juxta  ipsum  monasterium  villas 
duas,  quarum  haec  sunt  nomina  villa  Si- 
garii  &  villa  Addarii,  cum  omni  integritate, 
ut  sicut  de  caeteris  rébus  proprietatem 
faciunt,  ita  de  eisdem  facere  ac  ordinare 
vel  disponere  valeant.  Et  quidquid  de  ré- 
bus praefati  monasterii  fiscus  sperare  po- 
terit,  totum  nos  pro  aeterna  remunera- 
tione  praefato  monasterio  concedimus,  ut 
in  alimonia  pauperum  &  stipendia  mona- 
chorum  ibidem  Deo  famulantium  perpetuo 
proficiat  in  augmentum.  Et  quandoqui- 
dem  divina  vocatione  supradictus  abbas  vel 
successores  ejus  de  hac  luce  migraverint, 
quandiu  ipsi  monachi  inter  se  taies  inve- 
nire  potuerint,  qui  ipsam  congregationem 
secundum  regulam  sancti  Benedicti  regere 
valeant,  per  hanc  nostram  authoritatem  & 
consensum  licentiam  habeant  eligendi  ab- 
bates,  quatenus  ipsos  monachos  qui  ibidem 
Deo   famulantur   pro    nobis   &   stabilitate 


An 
828 


An 
828 


167 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


68 


Vers 
828 


totius    regni   nostri   a  Deo   nobis  concessi       praedictus  Leonnius  abba,  lit  idem  monas- 
j agiter  Domini  misericordiam  exorare  de-       terium    cum    cellulis    sibi    subjectis    quae 


lectentur.  Et  ut  haec  auctoritas  a  fidelibus 
sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostris  verius  cre- 
datur  &  diligentius  conservetur,  manu  pro- 
pria subterfirmavimus  &  anuli  nostri  im- 
pressione  signari  jussimus. 


nuncupantur  Garelianus  &  alia  quae  nun- 
cupatur  Sancti  Martini  &  villam  juxta 
ipsum  monasterium  quae  vocatur  Salas , 
ubi  est  ecclesia  constructa  in  honore  sanc- 
tae Mariae   semper  virginis,  quam  Gisca- 


Signum  Pipini  régis.   Candidus  diaconus  fredus    genitori    nostro    de    suo    beneficio 

ad  vicem  Endrici  recognovit.  dédit  &  nos  eidem  monasterio  concessimus, 

Datum    octavo   idus ,    anno    decimo  cum  adjacentiis  vel  terminiis  praedictorum 

quinto  imperii   domini    Ludovici    serenis-  locorum  sub  nostra  constitueremus  defen- 


simi  augusti  &  decimo  quarto  regni  nostri. 
Actum  in  Sancti  Martialis  monasterio. 


75. 

Diplôme  de  Pepîn  I,  roi  d'Aquitaine, 
pour  le  monastère  de  S aint-Hilaire  '. 


sione  &  immunitatis  tuitione.  Cujus  preci- 
bus  ob  amorem  Dei  &  reverentiam  divini 
cultus  libenter  aurem  accommodare  pia- 
cuit  &  hoc  nostrae  auctoritatis  praeceptum 
immunitatis  atque  tuitionis  gratia  fieri 
decrevimus,  per  quam  praecipimus  atque 
jubemus  ut  nuUus  judex  publicus  vel  qui- 
libet  ex  judiciaria  potestate  in  ecclesias 
aut  loca  vel  agros  seu  reliquas  posses- 
siones  praedicti  monasterii,  quas  moderno 
tempore  juste  &  rationabiliter  possidet  vel 

PIPPINUS  gratia  Dei  rex  Aquitanorum.  quae  etiam  deinceps  in  jure  ipsius  sancti 
Si  erga  loca  divinis  cultibus  mancipata  loci  voluerit  divina  pietas  augeri,  ad  causas 
propter  amorem  Dei  ejusque  in  eisdem  audiendas  vel  freda  exigenda  aut  mansio- 
locis  sibi  famulantes  bénéficia  opportuna  nés  vel  paratas  faciendas  aut  fidejussores 
largimur,  praemium  nobis  apud  Deum  ae-  tollendos  aut  homines  ipsius  monasterii 
ternae  remunerationis  rependi  non  diffî-  tam  ingenuos  quam  &  servos  super  terram 
dimus.  Idcirco  noverit  sagacitas  seu  utilitas  ipsius  commanentes  injuste  distringendos 
omnium  fidelium  nostrorum  tam  praesen-  nec  ullas  redibitiones  aut  illicitas  occasio- 
tium  quam  &  futurorum,  quia  vir  venera-  nés  requirendas  nostris  &  futuris  tempo- 
bilis  Leonnius  abba  ex  monasterio  Sancti  ribus  ingredi  audeat,  vel  ea  quae  supra 
Hilarii,  quod  est  situm  in  pago  Carcasse-  memorata  sunt  penitus  exigere  praesumat. 
nense  super  rivum  qui  dicitur  Leucus,  Et  quidquid  de  rébus  praefati  monasterii 
constructum  in  honore  sancti  Saturnini  fiscus  sperare  poterat,  totum  nos  pro  ae- 
martyris,  ubi  etiam  praedictus  sanctus  Hi-  terna  remuneratione  praefato  monasterio 
larius  confessor  corpore  requiescit,  ad  concedimus,  ut  in  alimonia  pauperum  & 
nostram  accedens  clementiam  detulit  ob-  stipendia  monachorum  ibidem  Deo  famu- 
tutibus  nostris  quandam  authoritatem  do-  lantium  perpetuo  proficiat  in  augmentum. 
mini  &  genitoris  nostri  Lodovici  piissimi  Et  quandoquidem  divina  vocatione  supra- 
augusti,  in  qua  continebatur  insertum ,  dictus  abba  vel  successores  ejus  de  hac 
qualiter  idem  genitor  noster  ipsum  mo-  luce  migraverint,  qui  ipsam  congregatio- 
nasterium  ad  deprecationen  praedecessoris  nem  secundum  regulam  sancti  Benedicti 
sui  Egidonis  abbatis  sub  suo  suscepisset  regere  valeant  per  hanc  nostram  autho- 
mundeburdo  vel  defensione,  videlicet  ut  ritatem  &  consensum  licentiam  habeant 
monachi  in  eodem  monasterio  commoran-  eligendi  abbates  ,  quatenus  ipsos  menâ- 
tes cum  omnibus  rébus  eorum  quiète  vivere  chos  qui  ibidem  Deo  famulantur  pro  no- 
absque  alicujus  infestatione  licuisset^  pro  bis  &  conjuge  proleque  nostra  atque  sta- 
firmitatis  namque  studio  postulavit  nobis      bilitate   totius   regni    nostri   a  Deo    nobis 

concessi     ejusque    clementissima    misera- 

"■  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  6,  p.  668,       tione  per  immensum   conservandi  Domini 

—  Baluze,  Capltularia,  t.  z,  c.  1429.  immensam  clementiam  jugiter  exorare  de- 


Vers 
828 


Vers 


169 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


170 


An 

828 

16  mars, 

&  An 

23  juin. 


76. 


lectet.  Hanc  îfaque  auctoritatem,  ut  pie-  preesse  videtur.  Nos  quidem  in  Dei  nomine 

nioreni   iii  Dei   nomine  obtineat  vigorem  Leybulfus  &  uxor  mea  Odda,  Deo  propitio 

&  a  fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nos-  sana  mente  integroque  consilio,  metuentes 

tris  verius  credatur  &  diligentius  conser-  casum  humane  fragilitatis  ne  nobis  repen- 

vetur,  manu   propria  subterfirmavimus  &  tina  mors  obveniat,  placuit  &  placet  animis 

anuli  nostri  impressione  signari  jussimus.  nostris  ut  aliquid  de  rébus  nôstris  propriis 

Deo  debeamus  offerre  &  predicti  monas- 

~  terii  abbati  vel  monachis  ibidem  Deo  digne 

famulantibus  donare,  sicut  &  facimus,  dum 

priscarum  enim  legum  sanxit  auctoritas  ut 

quicumque  rem  suam  in  quemlibet  cedcre, 

donare,  tradere  transfundereque  voluerit, 

Testament  du  comte  Lelbulfe,  préposé  hic   per  seriem    scripturariim  ,   auxiliante 

à  la  garde  des  côtes  de  la  Méditer-  Domino,  laudabiliter  plenius  debeat  corro- 

ranée  ' .  borare.  Ideo  nos  jamdicti  Leybulfus  &  uxor 

mea  Odda  ad  praedictam  ecclesiam  Sancfi 

NOTU]\i  sit  etiam  tam  presentibus  quam  Honorati  &  Sancti  Caprasii,Leotmundo  ab- 

posteris,  qualiter  apud  Ispaniam  Tor-  bâte  ac  monachis  ibidem  Deo  servicntibus 

tuose  civitatis  inventus  est  liber  Dialogo-  tam  presentibus  quam  &futiiris  &  ad  lumi- 

rum,  qui  fuit  juris  Sancti  Honorati   mo-  naria  ipsarum  ecclesiarum  concinnanda  vel 

nasterii,    &   vastato    eodem    monasterio   a  stipendia  monachorum  aut  sumptiones  hos- 

Sarracenis   delatus  est  in   jamdictam    civi-  pitii  vel  elemosinas  pauperibus  erogandas, 

tatem.    In  quo   (juidem    libro    erat   scrip-  ut  cotidianis   diebus    semper  assidue   très 

tura  facultatiim  sancti  Honorati  &  sancti  pauperes   ex   rébus   a   nobis    traditis   refi- 

Caprasii  monasterii  Lyrinensis,  &  ut  facul-  ciantur  &  suscipiantur   hospicio,   vel  pro 

tates  monas:terii  predictorum  sancti  Hono-  remedio  animarum  nostrarum,   ut  pius  & 

rati  &  sancti  Caprasii  que  supradicta  scrip-  misericors   Dominus  veniam   nobis   parare 

tura  erat,  quandocumque  ab  eoriim   jure  dignetur  eternamj  sub  hac  vero  constitu- 

propter  hujus  absentiam  scripture  ne  pri-  tione,  ut  singulis  diebus  omnique  tempore 

varentur,  translata  est  fideliter  ipsa  eadem  nobis  ambobus   singule   misse  celebrentur 

scriptura  apud  Barchinoniam  civitatem,  in-  &  a  cunctis  fratribus  presentibus  &  futuris 

stante  domnoGisleberto  predicte  urbis  pre-  quinque  spalmi  canantur  assidue.  Post  obi- 

sule&  omni  clero  sibi  commisso,  Raimundo  tum  vero  nostrum  volumus  atque  omnino 

scilicet  archidiacono  &  Ermemiro  sacrista  testamur  ut  annis  singulis  ad  constitutam 

&  Fulcone  levita  &  Dalmatio  presbytero  diem  egressionis,  quo  corpus  jacuerit  exa- 

&  Seniofredo,  Germatico  &  Petro  &  Vif-  nime,  memorialem  nostrum  a  cunctis  celc- 

fredo  &  Bonefilio  &  Domitio  &  Juliano  &  braturfratribus,&ante  duobus  diebus  quam 

Amalrico  &  Companno  &  Elia  &  Hermis-  annus    debeat    impleri    omnes    sacerdotes 

sinde  &  Raimundo  sepedicte  urbis  princi-  monasterii  illiussingulas  nobis  canant  mis- 

pibus,  seclusa  tamen  doli  totius  fraude,  que  sas.  Ceteri  vero  fratrcs  in  his  tribus  diebus 

sic  incipit  :  psalmodie  impleatur  psalterium,  ita  dum- 

Sacrosancte  Dei  ecclesie  Sancti   Hono-  taxât  ut  cum  dies  anniversarii  nostri  adve- 

rati    &  Sancti   Caprasii    monasterii    Lyri-  nerit,  a  die  ista  prcdicta  implcantur  officia 

nensis,  quod   situm   est  in   pago  Foroju-  &  [regulariter] pro  nobis  ipsa  nocte  largian- 


liensi,  ubi  &venerabilis  Leotmundus  abbas 


'  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Lérins,  aux  archives 
du  département  des  Alpes-Maritimes,  f"  117.  — 
Copie  du  dix-neuvième  siècle,  à  la  Bibliothèque 
nationale.  [Noliv.  acquis,  lat.  m55,  f"  234].  Le 
cartulaire  donne  la  rubrique  suivante  :  Carta  ah 
Ispanns  translata. 


tur  studia  &  cantentur  vespre.  Refectio 
vero  ipso  die  cunctis  fratribus  &  famulis 
eorum  ac  servientibus  nobilis  tribuatur, 
scilicet  aut  piscium  fcrtilitas  aut  volucrum 
habiintantia  qualem  utiliorem  judicaverit 
abbas  aut  fecundaverit  locus.  Sub  hac  des- 
criptione  pro  remedio  animarum  nostrarum 
res  nostras   proprias    cedimus,   donamus, 


An 
828 


An 


171 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


172 


tradimus  atque  transfundimus,  que  sunt  in 
pago  Arelatensi ,  in  insula  que  est  subur- 
bana  illi  civitati  que  nobis  per  commuta- 
tionis  epistolam  &  per  licenciam  domni  ac 
serenissimi  Ludovici  imperatoris  obvenit 
ad  proprium,  ubi  &  ecclesiam  in  honore 
sancte  Marie  &  sancti  Honorati  val  sancti 
Vincentii  fundavimus  necnon  &  basilicam 
Sancti  Andrée  apostoli  primatum  tenet, 
jamdictam  insulam  cum  ecclesiis,  domorum 
edificiis,  vineis,  terris,  pratis  seu  arbori- 
bus  pomiferis  &  impomiferis  quantum  de 
circumquoque  a  Rodano  circumcingitur 
amne,  seu  &  villam  Ferronianam  cum  ter- 
ritorio  vel  adjacentiis  suis;  &  in  villa  Ru- 
binas  casas,  terras  aut  vineas  vel  quan- 
tumcumque  jure  nostro  ibidem  pertinere 
videtur;  necnon  &  in  Campo  Lapideo 
pascium  quod  dicitur  Primianus,  ubi  & 
puteus  aque  videtur  esse  defossusj  ista  su- 
perscripta  que  nobis  per  commutationis 
epistolam  obvenerit  ad  proprium  jamdicto 
monasterio  vel  abbati  tradimus  possiden- 
dam.  Damus  insuper  in  vico  Ugio  dimi- 
diam  basilicam  Sancti  Pétri  &  dimidias  res 
que  ad  ipsam  ecclesiam  pertinent  necnon 
&  domos,  salinas,  terras,  vineas  vel  quic- 
quid  ibidem  habemus.  Similiter  in  pre- 
dicto  pago  Arelatense,  in  villa  que  dicitur 
Campo  Publico  &  in  villa  Gelacione  &  in 
villa  Bartiniacus  &  in  villa  Clausonna 
domos,  terras,  vineas,  prata,  pascua  vel 
quantumcumque  in  ipso  pago  legibus  ha- 
bemus in  diversis  locis  vel  in  vallulis. 
Eodem  quoque  modo  donamus  infra  mu- 
ros  civitatis  Arelato  domos  cum  curte 
vel  adjacentiis  earum,  que  michi  de  parte 
genitoris  mei  quondam  Gontarii  obvene- 
runt  ad  proprium,  necnon  &  in  ipsa  curte 
domum  que  nobis  communiter  Lupus  con- 
dam  cornes  dédit.  Hec  omnia&  in  omnibus 
ad  sepedictas  basilicas  Sancti  Honorati 
vel  Sancti  Caprasii  aut  abbati  vel  mona- 
chis  presentibus  &  futuris  tradimus  pos- 
sidenda.  Ita  vero  sub  hac  constitutione  ut 
in  ipsa  insula  XX  monachi,  aut  amplius 
si  congruenterpotuerint,  sub  régula  sancti 
Benedicti  Deo  deservientes  &  perpetuali- 
ter  consistentes  j  &  si  iste  non  convenerit... 
testamur  ut  penitus  non  sit  diminutus  & 
quod  supertaxavimus  ex  his  rébus  potesta- 
tem ,   usum   &  fructus   sanctis   supradictis 


tradimus.  Et  ut  ecclesie  pars  plenius  cor- 
roboretur,  per  singulos  annos  de  frugibus 
quos  ibidem  Deus  dederit  décima  pars  [a] 
nobis  fratribus  qui  in  ipsa  cella  habitave- 
rint  persolvatur.  Post  obitum  vero  nostrum 
volumus  atque  libentissime  pronuntiamus, 
ut  sepenominate  ecclesie  Sancti  Honorati 
vel  Sancti  Caprasii  abbas  vel  monachi  pré- 
sentes &  futuri  ibidem  Deo  famulantes  in- 
trépide per  presens  factum  nostrum  &  nos- 
tris  manibus  roboratum  hec  omnia  &  adhuc 
si  ibidem  aliquid  adquirere  potuerint  om- 
nia in  omnibus  ad  suam...  potestatem,  ita 
ut  nullus  episcopus,  abbas  vel  cornes  nec 
ullus  ex  heredibus  nostris  nec  ulla  opposita 
vel  subrogata  persona  de  sepenominatis  ré- 
bus aliquid  abstrahere  de  potestate  Dei  & 
ecclesiarum  vel  ei  digne  servientium  nec 
minuere  présumât;  &  qui  contra  hoc  fac- 
tum nostrum  ire  aut  agere  temptaverit  vel 
ad  irrumpendum  venerit  non  valeat  vindi- 
care  quod  repetit,  sed  sit  parti  ipsarum 
ecclesiarum  vel  earum  digne  servienti- 
bus  culpabilis  impleturus  in  vinculo  una 
cum  sacratissimo  sociatoque  fisco  penam 
nummo  auri  libras  x,  &  in  antea  hic  actus 
noster  firmus  &  stabilis  permaneat  omni 
tempore.  Factum  testamentum  hoc  sub  die 
XVII  kalendas  aprilis,  anno  imperante  xv 
domino  nostro  Ludovico  imperatore.  Sig- 
num  Leybulfi  &  uxoris  ejus  Odde,  qui  hoc 
testamentum  fieri  voluerunt  &  firmare 
rogaverunt.  Ceteri  firmatores  Benedictus 
archiepiscopus,  Noto  episcopus,  Hildebo- 
nus  episcopus,  Oadilus,  Desideratus  pres- 
byter  diaconus,  Elidus  presbyter,  Octoinus 
diaconus,  Remefredus,  Gimbertus,  Lodfre- 
dus,  Ardradus,  Heldericus  clericus.  Allô, 
Stabilis,  Pintinus,  Bobo,  Elde  laicus,  Lam- 
bertus,  Hectardus,  Sielmus,  Adondatus, 
Eutropius,  Vulgrimus,  Herlulfus  clericus, 
qui  hoc  testamentum  scripsit. 

Translata  sunt  hec  apud  Barchinonam 
fideliter  in  predictorum  instantia  x  kalen- 
das julii,  anno  scilicet  vi  regni  Henrici 
régis,  t  Gislebertus  episcopus.  f  Beren- 
garius  episcopus.  S.  Bonparus  presbyter. 
Ermensindis  comitissa.  S.  Folco.  S.  Ge- 
raldi  lévite,  &c. 


An 

828 


173 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


174 


Éd.orig. 

t.  1. 
col.  66. 


An 
829 

14  octo 
bre. 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  67. 


77.  —  XLVI 

Charte  de  Louis  le  Débonnaire  en 
faveur  d'un  de  ses  vassaux  appelé 
Sunijred  ' . 


dovuici  serenissimi  imperatoris,  regni  Lo- 
tharii  octavo,  indictione  octava.  Actiim 
Triburini  palatio  regio,  in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen. 


78. 


I 


N  nomine  Domini  Dei  &SaIvatoris  nostri 
Jesu    Christi.  Ludovicus   divina    ordi-      Donation  faite  au  monastère  d*Aniane 


nante  providentia  imperator  augustus.  Im- 
perialem  decet  celsitudinem  fideliter  sibi 
famulantes  donis  multiplicibus  atquehono- 
ribus  magnis  hono[ra]re  atque  sublimare. 
Proinde  notum  essevolumus  cunctis  fideli- 
bus  sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostris  prae- 
sentibusscilicetSc  futuris,quiaconcessimus 


par  une  femme  nommée  Bestile  '. 

MAGNUS  est  titulus  cessionis  in  quo 
nemo  potest  actum  largitatis  inrum- 
pere,  sed  quicquid  grato  animo  &  prompta 
voluntate  donatur,  libenter  débet  ei  cui 
conlata  fuerit  cessio  inrevocabili  modo  pe- 


ad  proprium  cuidam  fîdeli  nostro  Sunic-  remniter  stabilitum.  Ego  in  Dei  nomine 
fredo  quandam  villam  juris  nostri,  quae  Bestila  femina  dono  donatumque  imper- 
est  in  pago  Narbonense,  cujiis  vocabulum  petuum  esse  volo  pro  anima  mea  reme- 
est  Fons-Cooperta.  Hanc  vero  villam  cum  dium  seu  pro  porcione  filii  mei  nomine 
omni  integritate  sua  &  cum  omnibus  ad-  Lildinum,  que  in  presenti  trado  Deo  in 
jacentiis  &  finibus  suis  &  cum  villaribus,  monasterio  Aniano,  quod  constructum  est 
domibus,  aedificiis,  terris  cultis  &  incultis,  in  territorio  Magdalonensi  in  honore 
vineis,  pratis,  pascuis,  silvis,  aquis  aqua-  sancti  Salvatoris  &  sancte  Dei  genitricis 
rumve  decursibus,  molendinis,  exitibus  &  semperque  virginis  Marie,  ubi  venerabilis 
regressibus  ,  praedicto  Sunicfredo  fideli  abba  dominus  Ermenaldus  preesse  videtur, 
nostro  ad  proprium  concedimus,  &  de  nos-  dono  ad  jamdictum  monasterium  seu  ad 
tro  jure  in  jus  &  dominationem  ejus  cum  rectores  ipsius  presentibus  &  futuris,  in 
omni  integritate  transfundimus,  quemad-  pago  Biterrensi,  in  villa  Plaxano,  pro  re- 
modum  dominus  &  genitor  noster  Carolus  medio  anime  mee    vel  pro    predicto   filio 


bonae  memoriae  serenissimus  imperator 
Borrello  patri  suo  quondam  concessum 
habuit;  ita  videlicet,  ut  quidquid  exinde 
jure  proprietario  facere  atque  ordinare 
voluerit,  libero  in  omnibus  potiatur  ar- 
bitrio  faciendi  quidquid  elegerit.  Et  ut 
haec    auctoritas    largitionis     nostrae    per 


meo,  id  est  casam  cum  curte  &  orto,  & 
vineam  in  se  tenentem  cum  arboribus  suis; 
&  habet  ipsa  casa  per  longum  braciatas  V 
&  in  lato  III,  &  ipsa  curtis  per  longum 
dextros  X  &  in  lato  iiii,  &  ipse  ortus  cum 
ipsa  vinea  habet  per  longum  dextros  LX 
&  in  frontes  habet  dextros  v  &  in  lato  III; 


futura  tempora  inviolabilem  atque  incon-      &  inlaterat  de  parte  Orientis  ipsa  casa  & 
vulsam  obtineat  firmitatem,  manu  propria      ipse  curtis   &    ipse    ortus   cum    ipsa  vinea 


nostra  subterfirmavimus  &  anuli  nostri 
impressione  subter  adsigniri  jussimus. 

Signum  Ludovici  serenissimi  imperato- 
ris. Meginarius  notariusad  vicem  Fridugisi 
recognovi. 

Data  secundo  idus  octobris,  anno  Christo 


in  casa  &  orto  &  vinea  de  jamdicto  mo- 
nasterio, per  alios  vero  omnes  latus  de 
me  ipsa  donatrice  vel  de  meis  heredibus. 
Insuper  dono  infra  terminium  de  ipsa  villa 
aliam  vineam  habentem  in  se  modiatam  & 
cum    curta   determinata;   &   subjungit   de 


propitio  decimo  sexto  imperii  domni  Hlu-      parte  Aquilonis  in  vinea  Aboleni ,  per  alios 

vero  latus  subjungit  de  ipsa  donatrice  vel 
■  Archives  de  l'abbaye  de  la  Grasstj  l'original      ^e  meis  heredibus.  Dono  etiam  infra  ter- 
est  aujourd'hui    aux  archives  du  département  de 
l'Aude  (fonds  de  la  Grasse.)  '  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Aniane,  f"  128  r°&T°. 


An 
829 


An 


1/5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


176 


minio  de  ipsa  villa  campum  habentem  per 
loiigum  dextros  LXXXV  &  in  lato  XXX;  & 
inlaterat  de  parte  Orientis  in  terra  de 
Waldemare,  per  alios  vero  latus  de  meis 
heredibus.  Dono  eciam  infra  ipsius  ville 
terminium  pratum  babentem  per  longum 
dextros  xxx  &  per  latum  xxv;  &  infron- 
tat  de  Meridie  in  campo  Aboleni,  per  alios 
vero  latus  est  pratus  de  meis  heredibus. 
Dono  autem  in  ipsa  villa  de  Linaria  que 
habet  per  longum  dextros  XL  &  in  lato  TII, 
&  inlaterat  de  parte  Circi  in  terra  Devarie, 
per  alios  vero  lata  de  meis  heredibus.  Et 
in  ipsa  ecclesia  Sancti  Gervasi  dono  deci- 
mam  partem.  Hec  omnia  suprascripta  dono 
atque  concedo  de  meo  jure  &  dominatione 
ad  jamdictum  monasterium  seu  ad  rectores 
illius  tam  presentibus  quam  futuris,  ea 
racione,  ut  exinde  ab  hodierno  die  &  tem- 
pore  facere  aut  judicare  voluerint  plenis- 
simam  atque  firmissimam  habeat  potesta- 
tem  faciendi.  Si  quis  vero,  quod  evenire 
minime  credo,  si  ego  ipse  aut  ullus  de 
heredibus  meis  vel  de  propinquis  aut 
quislibet  homo  qui  contra  hanc  donacio- 
nem  meam  venire  temptaverit  aut  eam  in- 
frangere  conaverit,  non  hoc  valeat  vindi- 
care  &  componat  una  cum  distringente 
fisco  ipsas  res  melioratas  duplas,  sicut  eo 
tempore  vendere  potuerint.  Et  hec  presens 
donacio  mea  semper  in  sua  maneat  fîrmi- 
tate.  Facta  cartula  donacionis  xii  kalendas 
januarii,  anno  xvi  féliciter  imperante 
domino  nostro  Lodovico  imperatore.  S. 
Bestile,  qui  hanc  cartam  donacionis  fieri 
rogavi  &  manu  mea  firmavi  &  testibus  tra- 
didi  ad  roborandum.  S.  Dedi.  S.  Guittaris. 
S.  Ansemare.  S.  Ermederrentii.  S.  Man- 
cione.  S.  Rodobaldo.  S.  Matarello.  S.  Ru- 
deberto.  S.  Constabile.  S.  Vodoigi  qui 
consens!.  Ingila  indignus  diaconus  hanc 
donacionem  cum  duabus  suprapositis  jus- 
sus  ac  rogatus  scripsi  die  &  anno  quo 
supra. 


79- 

Donation  faite  au  monastère  d'Aniane 
par  un  prêtre  nommé  Jean  ' . 

VENERARILI  in  Christo  patri  Ermenaldo 
abbate  &  monasterio  Aniano,  quod  est 
constructus  in  territorio  Magdalonense  in 
honore  sancti  Salvatoris  &  sancte  semper 
virginis  Marie  genitricis  Dei  &  Domini 
nostri  Jhesu  Christi,  ego  in  Dei  nomen 
Johannis  presbiter  donator  vel  cessor  dono 
atque  cedo  donatumque  imperpetuum  esse 
volo  pro  anime  mee  remedio  seu  pro  retri- 
bucione  eterne  beatitudinis,  dono  jam  ad 
predicto  monasterio  seu  ad  rectores  illius 
monasterii  présentes  &  futuros,  in  pago 
Biterrense,  infra  terminium  quod  pertinet 
de  villa  Plaxano,  hoc  est  vineam  vel  ortos 
&  conplanandas  vel  complanandam ,  cultas 
vel  incultas;  &  est  ipsa  vinea  vel  ipsas  cul- 
tas &  incultas,  cum  ipsas  petras  &  cum 
ipsas  fontes  que  supra  ipsa  sunt  Sancto 
Gervasio  super  rivo  qui  dicitur  Roveia, 
&  in  omnibus  ab  integrum  sicut  per  car- 
tulas  conpartalions  (^zc)  ad  ipsam  ecclesiam 
qui  est  in  ipso  monte  sita  Sancto  Gervasio, 
super  rio  qui  dicitur  Rovegia,  in  omni- 
bus ab  integrum  sicut  percartulam  conpar- 
talions (,sîc)  adquisivi  de  homine  nomine 
Galdrico  seu  Ragamfredo  ;  necnon  &  hoc 
quod  concanavi  de  germano  meo  Bene- 
dicto,  sicut  michi  per  ipsas  cartulas  obve- 
niat,  una  cum  ipsis  cartis  adquisicionis, 
excepto  medio  uno  plantario  quem  pre- 
dictus  frater  meus  Benedictus  inane  &  se 
conplantavit  &  unum  parum  de  terra 
quem  dedi  nepote  meo  Costabili.  Ista  om- 
nia superius  nominata  dono  &  de  présente 
trado  ad  jam  predicto  monasterio  sive  ad 
rectores  illius  presentis  atque  futuris,  si- 
cut cum  testibus  pedibus  cistlvi  &  adsig- 
navi.  Et  habet  ipsa  vinea  vel  curtis,  sicut 
supra  nominavimus,  de  parte  Meridie  dex- 
tros LXX,  &  subjungit  in  atrio  de  pres- 
bitero  spectando  in  sancti  Salvatoris  vel 
sancte   Marie,   &  de   parte  Cerci    dextros 


An 
83i 

1 2  jan- 
vier. 


■  Cartulaire  de  l'abbnye  d'Aniane,  f"  i  3o  r°  8c  v°. 


An 
83i 


177 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


178 


An 
832 
!  avril. 


cxxx,  &  subjungit  in  strata  publica  qui 
discurrit  ad  stagno  Piperello  vel  ubicum- 
cjue,  &  de  parte  Aquilonis  habet  dextros 
CLXXX  &  infrontat  usque  in  alveo,  &  de 


proclamabit  qualiter  tenebat  cella  in  sub- 
urbio  Elenense  in  territorio  Valle-Aspi- 
rane  in  subditione  monasterii  que  nuncu- 
patur   ad   ipsos  Bagniles,   quem   edificavit 


parte  Alatanis  in  superiore  fronte  subjun-  Castellanus  abba  condani   qui   fuit,  &  est 

git  in  terra  sancti  Salvatoris  &  sancte  Ma-  ipsa  cella  jam  prefata  in  locum  quem  vo- 

rie  vel  de  Riganaldo.  Ista  omnia  jam  supra  cant  Arolas  ,    quem    siniiliter   Castellanus 

nominata  vel  assignata  cum  omnis  adjacen-  abba   edificavit,  qui  fuit   suus  antecessor, 

cias  suas  trado  ad  presens  ad  jam  predicto  Unde  &  ipse  Castellanus  abba  fuerat  inpre- 

monasterio    vel    rectores    ipsius,    excepte  sentia  gloriosissimi  imperatoris  &  pecierat 


hoc  quod  superius  jam  nominavimus,  quod 
donatum  habeo,  ea  vero  racione  ut  quic- 
quid  ex  predictis  rébus  rectores  jam  nomi- 
nati  monasterii  ab  hodierno  die  &  tempore 
agere  aut  judicare  voluerint,  maneat  eis 


ejus  clementiam,  ut  quidquid  in  praedicto 
monasterio  vel  in  ejus  cellulis  retinebat 
ejus  praeceptum  inde  habuisset;  quod  ita 
&  impetravit  &  sic  per  ejus  advocationem 
dictus  Babila  abba  ejus  sedem  post  ipsum 


firma  potestas.  Si  quis  sane,  quod  minime  obtinuit;  &  dum  sic  ipsa  cellula  cum  omnes 
evenire  credo,  &  ego  aut  aliquis  quicum-  fines  vel  adjacentia  retineret,  sic  venie- 
que  homo,  supposita  vel  admissa  persona  bant  pagenses  loci  illius  &  volebant  apri- 
qui  conatu  banc  donacionis  cartulam  ve-  sione  facere  in  ipsa  ejus  terminia.  Et  dum 
nire  aut  ratraugere  conaverit,  componat  se  proclamasset  dictus  Babila  abba  ante 
in  vinculo  una  cum  districto  fisco  ipsas  res  prefato  comité  Berengario,  sic  misit  exinde 
duplas  &  melioratas,  quantas  ad  eo  tem-  exquisitionem  inter  pagenses  illius  terri- 
pore  carius  vendere  potuerit,  &  hoc  quod  torii  qui  veritate  exinde  dicerent;  quos  & 
repetit  vindicare  non  valeat,  sed  bec  pre-  reperit  in  nominibus,  id  est  Salomone  epi- 
sens  donacio  firma  &  stabilis  permaneat  scopo,  judices  vero  informâtes  id  est  Odo- 
stipulacione  subnixa.  Facta  cartula  dona-  vacro,  Gumilane,  Valdefredo,  Sabaricho, 
cionis  pridie  idus  januarii,  féliciter  anno  Berane,  Troilane  seu  &  aliorum  plurimo- 
XVII  imperante  domino  nostro  Hlodovico  rum  bonorum  hominum,Sperandeovigario, 
imperatore.  In  Dei  nomen  Johannes  qui  Adefonso  vicecomite,  Parapario,  Deodato 
hanc  donacionem  fieri  signavi.  S.  Wigano.  presbitero,  Onnonepresbiteroj  &  dum  eos 


S.  Mauringo.  S.  Stabili.  S.  Alrmaldi.  S.  Fre- 
dulfo.  S.  Benedicto.  S.  Benignus.  Ingila, 
licet  indignus  presbiter,  hanc  donacionem 
rogitus  scripsi  &   die  &  anno  quo  supra. 


80. 

Notice  d'un  plaid  tenu  à  Elne  en  pré- 
sence du  comte  Berenger' . 


requireret  quid  exinde  certius  scirent,  sic 
dixerunt  quod  ipse  predictus  abba  verita- 
tem  requirebat,  ut  dum  tanta  rei  veritate 
reperisset,  dédit  suos  missos  qui  diligenter 
hec  scrutassent.  Et  abierunt  dictus  Erpo, 
Ardo,  Raptardo,  Raberanno,  Elniericho, 
Igualdo,  Ratramno,  Odovicro,  Sperandeo, 
Teutelmo,  &  dederunt  ad  ipsa  cella  termi- 
nia &  fuerunt  fixorias  &  fecerunt  carac- 
tera,  sicut  Lex  Gotorum  continet,  per  loca 
ubi  vocant  Rudundo,  &  vadit  per  ipsa  serra 
ad  ipsa  Parata  &  inde  per  serra  Longa,  & 
inde  vadit  ipse  terminus  per  rigo  Ferrario 
usque  ad  ipso  palatiolo  a  Castellano  con- 
dam  edificato  &  ascendit  in  pirgas  &  super 
Clota  Boso,  Scvadit  in  gurg  Cabalar&  usque 


NOTITIA  revestitoria  qualiter  &  quibus- 
que  praesentibus  ubique  veniens  Ba- 
bilanus  in  presentia  Berengario  comité  seu 

&  in  presentia  Erponi  Salamoni  episcopi  ad  ipsa  roga  quod  est  super  Castro  Corbi.  Et 

&  alios  plures  qui  cum  ipsi  erant  ubique,  sic  ipse  Berengarius  cornes  revestivit  ipso 

in   eorum   presentia   in  villa  Elena   sic   se  abbate    bis    superius   scriptis   presentibus, 

secundum  quod  suus  preceptus  resonat,  de 

■  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Arles.  —  Bahize,  Ar-  ipsa  cella  &  de  quantum  quod  infra  ejus 

moires,  t.  117,  f".ii2.  lerminia  concluserant   ipsi   conspectores; 


An 
832 


An 
832 


79 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i8o 


Ed.orig. 

t.  1, 
col.  67. 


An 
832 

octobre. 


&  necesse  fuit  ad  ipso  abbate,  ut  notitia 
revestitoria  sibi  exinde  scriberet  &  bonos 
homines  inde  in  testimonium  collegit. 
Facta  est  ista  notitia  revestitoria  sub  die 
un  nonis  aprilis,  anno  XVIIII  imperante 
domno  nostro  Hludovico  imperatore.  Sig- 
num  Totaldi.  Signum  Guntani.  Lupertus 
clericus  qui  hanc  notitia  revestitoria  scripsi 
sub  die  &  anno  quo  supra. 


81.  --  XLVII 

Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  en 
faveur  d'un  nommé  Adalbertj  son 
vassaV . 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri 
Jesu  Christi.  Hludovuicus  divina  or- 
dinante  providentia  imperator  augustus. 
Imperialis  celsitudinis  moris  sibi  bene 
servientibus  bénéficia  oportuna  largiri, 
quorum  fidelis  famulatus  non  solum  in 
diversa  certamina,  sed  etiam  in  reipubli- 
ce  obsequio  fideliter  obteniperare  cog- 
noscitur.  Unde  conperiat  sollertia  atque 
utilitas  omnium  fidelium  nostrorum  tam 
praesentium  quam  &  futurorum,  quia  con- 
cessimus  ad  proprium  cuidam  fideli  vassallo 
nostro  Adalberto  quandam  villam  juris 
nostri,  quae  est  in  pago  Tolosano,  cujus 
vocabulum  est  Fontanas,  cum  terminis  vel 
adjacenstiis  suis  ad  ipsam  villam  pertinen- 
tibus.  Et  ideo  hoc  praeceptum  auctor[itatJis 
nostrae  praedicto  fideli  nostro  fieri  jussi- 
mus,  per  quod  decernimus  atque  jubemus, 
ut  abhinc  in  futurum  praefatam  villam 
cum  ecclesia,  domibus,  edificiis,  terris, 
vineis,  silvis,  pratis,  pascuis,  aquis  aqua- 
rumve  decursibus,  cum  omnibus  adjacen- 
tiis  teneat  atque  possideat  suisque  posteris 
habendam  relinquat  j  vel  quicquid  exinde 
jure  proprietario  facere,  ordinare,  dispo- 
nere  voluerit,  libero  in  Dei  nomine  po- 
tiatur  arbitrio  faciendi  quicquid  elegerit. 
Et   ut  haec  auctoritas   largitionis  nostrae 

'  Original  en  parchemin  ,  autrefois  scellé,  pro- 
venant de  Baluze,  à  la  Bibliothèque  nationale, 
latin  8837,  charte  6. 


per  curricula  annorum  firmior  &  verior 
certiusque  credatur,  manu  propria  subter 
eam  firmavimus,  &  de  anulo  nostro  adsig- 
nari  jussimus  '. 

Signum  (locus  monogrammatls)  Hludo- 
vuici  serenissimi  imperatoris. 

Durandus  diaconus  ad  vicem  Teutoni  re- 
cognovi  &  subscripsi. 

Data  un  nouas  octobris,  anno  Christo 
propitio  XVIIII  imperii  domni  Hludovuici 
serenissimi  imperatoris,  indicione  xi'.  Ac- 
tum  Juvenciaco  palacio  regio,  in  Dei  no- 
mine féliciter.  Amen. 


82. 

Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  pour 
t église  d'Elne^. 

IN  nomine  Domini  nostri  Jesu  Christi  Dei 
eterni.  Ludovicus  divina  propitiante  cle- 
mentia  imperator  augustus.  Si  erga  loca 
divinis  cultibus  mancipata  propter  amorem 
Dei  eique  in  eisdem  locis  famulantibus 
bénéficia  opportuna  largimur,  praemium 
apud  Dominum  aeternae  remunerationis 
nobis  rependi  non  diffidimus.  Igiturnotum 
esse  volumus  cunctis  fidelibus  nostris  prae- 
sentibus  scilicet  Scfuturis,  quod  venerabilis 
Ramno  ecclesiae  Elenensis  episcopus  de- 
precatus  est  magestatis  nostrae  misericor- 
diam,  ut  praedictam  sedem  cum  omnibus 
ad  se  juste  &  legaliter  moderno  tempore 
pertinentibus  sub  nostra  tuitione  &  im- 
munitatis  defensione  cum  omnibus  rébus 
constitueremus  ;  quod  ita  &  nos  fecisse 
omnium  vestrum  cognoscat  industria.  Prae- 
cipientes  ergo  jubemus  ut  nullus  judex 
publicus  vel  quislibet  ex  judiciaria  potes- 
tate  in  ecclesias,  villas,  loca  vel  agros  seu 
reliquas  possessiones  memoratae  ecclesiae, 
quas  moderno  tempore  possidet  vel  quae 
deinceps  in  jure  ipsius  loci  voluerit  di- 
vina  pietas   augere,  ad   causas   judiciario 


'  Suivent  quelques  signes  qui  paraissent  être  des 
notes  tironiennes.  [A.  M.] 

'  Le  texte  porte  vi. 

'  Marca  Hispan'ica,  c.  770,  d'après  le  cartulaire 
de  régilise  d'Elne. 


An 
832 


An 
833 

5  mars 


An 
833 


l8l 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i8: 


An 
833 


more  audiendas  vel  discutiendas  vel  freda 
exigenda  aut  mansiones  vel  parafas  facieii- 
das  aut  fidejussores  toUendos  aut  homines 
ipsius  ecclesiae  contra  rationis  ordinem 
distringendos  nec  ullas  redhibitiones  vel 
illicitas  occasiones  requirendas  ingredi  au- 
deat.  Praecipimus  etiam  atque  jubemus  ut 
res,  quas  moderno  tenipore  juste  &  legali- 
ter  possidet  vel  quae  ibidem  divina  pietas 
augere  voluerit,  in  eorum  jure  &  doniina- 
tione  absque  cujuslibet  injusta  inquietu- 
dine  aut  illicita  contrarietate  persistant 
neque  ullam  indebitam  calumniam  aut  re- 
petitionem  de  eis  a  quoquam  ullo  unquam 
tempore  patiantur;  sed  liceat  eis  memora- 
tas  res  cum  omnibus  ad  se  juste  &  legaliter 
pertinentibus  absque  alicujus  injusta  con- 
tradictione  quieto  ordine  possidere  &  de 
eis  jure  ecclesiastico  disponere  quicquid 
voluerit,  quatinus  nostro  juvamine  divi- 
num  cultum  copiosius  exequentes  pro 
nostra  conjugis  prolisque  nostrae  inco- 
lumitate  &  stabilitate  imperii  nostri  eos 
Domini  misericordiam  attentius  exorare  de- 
lectet.  Et  ut  haec  auctoritas  nostra  prae- 
sentibus  futurisque  temporibus  inconvulsa 
permaneat,  manu  propria  eam  subterfir- 
mavimus  &  anulo  nostro  sigillari  jussimus. 


tiones  eorum,  quas  nobis  pro  necessitate 
sua  vel  eorum  sub  manu  ipsorum  in  Dei 
servitio  consistunt  insinuaverint,  ad  ef- 
fectum  perducimus,  non  modo  regiam  in 
hoc  consuetudinem  exercemus,  sed  etiam 
ad  aeternae  retributionis  mercedem  nobis 
talia  facta  profutura  confidimus.  Igitur  no- 
tum  sit  omnium  fidelium  magnitudini  nos- 
trorum  praesentium  scilicet  &  futurorum, 
qualiter  nos  ad  petitionem  viri  venerabilis 
Aymonis  abbatis  ex  monasterio  Magniloci, 
quod  est  constructum  in  honore  sancti  Sé- 
bastian! gloriosissimi  martyris  &  est  situm 
in  pago  Arvernico,  quo  sanctus  Cassius 
Christi  confessor  corpore  requiescit,  taie 
pro  reverentia  ipsius  sancti  ac  pro  aeterna 
retributione  beneficium  visi  fuimus  con- 
cessisse,  ut  in  villas  ecclesiae  ipsius  sancti 
Sebastiani ,  quas  moderno  tempore  aut 
nostro  aut  cujuslibet  munere  videtur  ha- 
bere  vel  deinceps  in  jure  ipsius  sancti 
loci  divina  pietas  ampliare  voluerit,  nullus 
judex  publicus  ad  causas  audiendas  vel 
freda  exigenda  nec  mansiones  aut  paratas 
faciendas  aut  homines,  qui  legibus  servira 
per  eos  videntur,  distringendos  aut  fide- 
jussores tollendos  ullo  umquam  tempore 
ingredi   praesumat;   sed   praedictus  Aymo 


An 
833 


Signum  Ludovici  serenissimi  imperato-  abbas  &  successores  sui,  qui  fuerint  rec- 
ris. Hirminmarus  notarius  ad  vicem  Ugo-  tores  per  tempora  ipsius  loci,  propter  no- 
nis  recognovi.  men  Domini  sub  intégra  emunitate  quiète 

Data  III  nonas  martias,  anno  Christo  vivere  ac  residere  debeant.  Statuentes  ergo 
propitio  XX  imperii  domni  Ludovici  piis-  jubemus,  ut  neque  vos  neque  juniores 
simi  augusti,  indictione  xi".  Actum  Aquis-  seu  successores  vestri  vel  quislibet  ex  pu- 
grani  palatio  regio.  blica  judiciaria  potestate  in  villas,  ut  dixi- 

mus,    antedicti    monasterii    Sancti    Sebas- 

~~~      tiani,  proprietatis  videlicet  nostrae,  quas 

moderno  tempore  intra  régna  Christo  pro- 
pitio nostra  juste  &  rationabiliter  tenere 
&  possidere  videtur  aut    in    antea  divina 
Diplôme  de  Pépin,   roi  d'Aquitaine,      pietas  inibi  cum  justicia  &  aequitate  aug- 
pour  r abbaye  de  Manlieu\  mentare  voluerit,   ingredi   ad  causas  au- 

diendas aut  freda  exigenda  nec  mansiones 
PIPINUS    annuente   divinae   majestatis      aut  paratas   faciendas  ullo  umquam   tem- 
gratia   Aquitanorum   rex.   Si    sacerdo-      pore    praesumatisj    sed    quidquid    exinde 
tum  ac  servorum  Dei  justis  suggestionibus 


83. 


octobre,  aurem  libenter  accommodaverimus  &  peti- 

'  Le  texte  porte  xmi. 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  6,  p.  671 ,  & 
copie  dans  la  collection  Doat,  à  la  Bibliothèque 
nationale,  t.  117,  f°  36i. 


fiscus  noster  sperare  poterat,  ex  nostra 
indulgentia  profutura  salute  in  luminari- 
bus  ipsius  ecclesiae  Sancti  Sebastiani  per- 
petualiter  proficiat  in  augmentis,  quatinus 
melius  delectet  ipsos  serves  Dei,  qui  ibi- 
dem Deo  famulantur,  pro  nobis  &  proie 
seu  cuncta  domo  nostra    jugiter  Domini 


An 
833 


l83 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


184 


An 
833 

29  dé- 


misericordiam  implorare.  Libuit  praeterea 
celsitudini  nostrae  inseri  jubere,  ut  res, 
quas  eis  nuper  in  praedicto  pago  consitas 
in  villis  quae  vocantur  Dendans  &  Buxo- 
gilus  habendas  concessimus,  praesenti  quo- 
que  auctoritate  plenius  confirmaremus. 
Idcirco  volumus  atque  confîrmamus ,  ut 
sicut  tempore  quondam  Landrici,  Ger- 
berti,  Berengarii  comitum  easdem  res  cum 
omni  iiitegritate  visi  sunt  obtinuisse,  ita 
abhinc  absque  ullius  contrarietate  cum 
omnibus  eisdem  rébus,  appenditiis,  atti- 
nentibus  quiète  eis  liceat  ad  praedicti 
partem  monasterii  praedicto  videlicet  ab- 
bati  ejusque  successoribus  possidere.  Et  ut 
haec  nostrae  auctoritatis  praeceptio  nos- 
tris  &  futuris  temporibus  inviolata  Deo 
adjutore  valeat  perdurare,  manu  propria 
subterfirmare  visi  sumus  &  de  annuli  nos- 
tri  impressione  sigillare  jussimus. 

Signum  Pipini  gloriosissimi  régis.  Dugi- 
sus  diaconus  atque  notarius  ad  vicem  Do- 
donis  recognovi. 

Data  pridie  nonas  octobris,  anno  XX 
imperii  domini  Hludowici  serenissimi  au- 
gusti  &  XVIIII  regni  aostri.  Actum  in 
Petra-Ficta,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


84. 

Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire^  en 
faveur  d'un  de  ses  vassaux^  nommé 
Wimar\ 


I 


N  nomine  Domini  nostri  Jesu  Christi  Dei 
aeterni.  Ludovicus  divina  ordinante  pro- 
videntia  imperator  augustus.  Justum  est  ut 
cêmbre.  imperialis  dignitas  his  qui  suam  devotio- 
nem  erga  suam  fidelitatem  illibatam  con- 
servare  noscuntur  plurimis  sublevet  muni- 
ficentiis ,  quatenus  &  in  se  hoc  fecisse 
gratuletur  &  alios  ad  hoc  exsequendum 
plenissime  exhortare  valeamus.  Igitur  no- 
tum  sit  omnium  iidelium  sanctae  Dei  Ec- 
clesiae  nostrorumque  praesentium  scilicet 
&  futurorum  sagacitati,  quod  Wimar  vas- 


•  Marca  Hispan'ica,  c.  771,  d'après  le  cartulaire 
de  l'église  d'Elne. 


sallus  noster  suam  exequendo  fidelitatem 
ad  nos  veniens  petiit  pietati  nostrae  ut  ei 
&  fratrisuo,  Radoni  nomine,  taie  concede- 
remus  privilegium,  quatinus  res  quas  geni- 
tor  eorum  per  concessionem  patris  nostri 
Caroli  praestantissimi  imperatorisab  eremo 
in  Septimania  trahens  ad  villam  construxit 
quae  vocatur  Vicus  Sirisidum,  consistentem 
scilicet  in  Valle  Asperi,  terminia  habentem 
a  parte  orientali  villam  quae  vocatur  Lo- 
certetum,  a  parte  meridiana  villam  quae 
dicitur  Macanetum  ,  ab  occidentali  plaga 
villam  vocatam  Paladdanum,  a  Septentrione 
siquidem  vocatam  villam  Laurosone,  cum 
omnibus  adjacentiis  suis  vel  cunf  ipsa  ec- 
clesia,  quae  ibidem  sita  est  in  honorem 
beati  Pétri,  silvis  videlicet  vel  campis,  vi- 
neis  seu  pratis,  pascuis,  aquis  aquarumve 
ductibus  vel  decursibus,  proprietario  jure 
concederemus  ad  habendum  suisque  pos- 
teris  in  hereditate  perennis  mansurum 
temporibus;  quod  8c  nos  fecisse  omnium 
cognoscat  fidelium  nostrorum  sagacitas.  Et 
ideo  eis  has  nostras  litteras  fieri  jussimus, 
per  quas  abhinc  in  antea  ipsi  &  posteritas 
eorum  possidere  valeant.  Praecipientes 
ergo  jubemus  ut  nuUus  fidelium  sanctae 
Dei  Ecclesiae  nostrorumque  de  praefata 
villa  infra  praefata  terminia  cum  omnibus 
adjacentiis  suis  eis  ullam  inferre  praesumat 
contrarietatem;  sed  liceat  eis  nostra  auc- 
toritate eamque  tenere  &  possidere  suis- 
que heredibus  hereditario  jure  couferre, 
similiter  faciendo  quicquid  elegerit.  Et  ut 
haec  nostrae  largitionis  praeceptio  ple- 
niorem  in  Dei  nomine  obtineat  vigorem 
&  a  fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  nos- 
trisque  verius  credatur  diligentiusque  ob- 
servetur,  manu  propria  subterfirmavimus 
&  anuli  nostri  impressione  signari  jussimus. 

Signum   Ludovici  gloriosissimi    impera- 

toris.  D H '  ad  vicem  Elisacar  re- 

cognovit. 

Data  IV  kalendas  januarias,  anno  Christo 
propitio  XX  imperii  domni  Ludovici  piis- 
simi  augusti,  indictione  xi '.  Actum  Aquis- 
grani  palatio  regio,  in  Dei  nomine  félici- 
ter. Amen. 

'  Peut-être  Hirminmaris  diaconus. 
'  Le  texte  porte  viii. 


An 
833 


i85 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


l86 


An 
834 

1 1  sep- 
tembre. 


85. 

Déposition  '  en  justice  par-devant  le 
vidame  Etienne j  au  sujet  de  la  pro- 
priété du  lieu  de  Fontes^. 

'Î^^ONDITIONES  sacramentoruni  ad  quas 
v^  ex  ordinatione  Stephaiio  vicedomino, 
Restitundo,  David,  Aichone,  Hiseniberto, 
Scilane,  Chilricone,  Leone,  Adefunso  & 
Benedicto  judicum,  vel  aliorum  bonorum 
hoininum  qui  ibidem  aderant,  id  est  Recha- 
redus,  Ursius  saio,  Ramirus,  Ado,  Ataulfus, 
David  ',  in  eorum  praesentia  quos  causa  fe- 
cit  esse  parentes  (corr.  présentes)  jurari 
testes  prolaturi,  quas  profert  Theudefredus 
in  facie  Dextro,  propter  villare  quae  vo- 
cant  Fontes  territorio  Narbonense  unde 
intencio  vertitur  in  ethereis  {corr.  inter 
eis).  Et  haec  sunt  nomina  testium  qui  hoc 
jurant  id  est  principuis  primitibus,  Balo, 
Robila,  Huneses,  Guascuntus,  Furriolus  : 
«  Jurati  autem  dicimus  per  Deum  patrem 
omnipotentem  &  in  Jhesum  Christum  filium 
ejus  sanctumque  Spiritum  qui  est  in  Tri- 
nitate  unus  &  verus  Deus,  &  per  hoc  locum 
venerationis  sanctae  Mariae,  cujus  basilica 
sita  est  infra  muros  civitatis  Narbonae,  su- 
pra cujus  sacrosancto  altario  has  conditio- 
nes  manibus  nostris  continemus  vel  jurande 
contingimus,  quia  de  villare  que  vocant 
Fontes,  qui  est  in  territorio  Narbonense, 
unde  intentio  vertitur  inter  Theudefredo 
&  Dextro,  nos  supranominati  testes  sumus 
&  vidimus  quando  venit  Sturmio  cornes 
ad  eo  tempore  super  ipsum  villare  dum 
heremus  fuisset,  &  ibidem  ostendit  jam- 
dictus  Johannes  epistolam  scriptam  ad  re- 
legendum,  quo  dominus  Ludovicus,  dum 
rex  fuisset,  ad  Sturmioni  comiti  direxit, 
quod  revestisset  ipsum  Johanne  conda  pa- 


'  Manuscrits  du  P.  Laporte,  à  la  Bibliothèque 
de  Toulouse.  —  La  copie  est  très-défectueuse,  &  il 
nous  a  été  impossible  de  la  corriger  en  plusieurs 
endroits. 

*  Le  manuscrit  donne  la  rubrique  suivante,  qui 
probablement  n'était  qu'une  cote  ancienne  placée 
au  dos  de  l'original  : 

Haee  est  carta  de  villare  quod  dicitur  Fontes. 


trem  de  isto  Theudefredo  jamdicto  villare 
Fontes  ab  omne  integritatem,  cum  om- 
nes  suos  termînos  &  adjacentias  &  per- 
tinentias  ipsius  villare,  ut  Johannes  &  ha- 
buisset  per  suam  adprisionem  absque  ullo 
socio  vel  herede.  Et  per  addictum  domini 
imperatoris  &  per  suum  verbum  de  ipsum 
villare  ab  omnem  integritatem  Johanne 
revestivit  qualiter  superius  scriptum  est; 
&  dum  Sturmio  comis  cum  suos  judices 
Narbonenses  in  ipsum  villare  fuisset,  sic 
inter  dicto  villare  &  villare  qui  vocant  Gur- 
gos  termines  &  limites  misit  &  invenit 
veteres  &  misit  novos  inter  villare  Fontes 
&  villare  Gurgos  per  ipsum  ilicem  ubi  ipse 
comis  caractère  facere  ordinavit,  qui  est 
ipse  ilices  secus  via  publica  qui  discurrit  a 
Colusiano,  &  misit  alium  termine  inter 
jamdictum  villare  Fontes  &  villa  Custodia 
per  ipsam  viam  publicam  qui  venit  de  Pe- 
tramale  usque  ad  locum  ubi  vocant  ad  illum 
Vadello,  &  misit  tertium  termine  in  loco 
ubi  ipsa  via  venit  de  villare  Fontes  &  in- 
trat  in  via  publica  qui  venit  de  Petramala. 
Et  vidimus  quando  occupavit  Johannes  ipso 
villare  Fontes  pro  sua  adprisione  cum  om- 
nes  suos  termines  &  adjacentias  eorum  & 
ibidem  domos  &  curtes  &  ortos  construxit  & 
terras  aravit  &  cultavit;  &  vidimus  quando 
Johannes  misit  in  ipsum  villare  sues  he- 
mines  ad  habitandum  his  nominibus  :  Chris- 
tiano  &  iilios  suos  Atonelle  Ele  &  Man- 
sione  &  Tamunno,  Imbelaso  presbytère 
aterrenario,  Fedantio  cum  filios  suos  & 
génère  sue  Ildebono,  &  beneficiavit  illis 
ipsum  villare  cum  dômes  &  curtes  &  ortos 
constructos  &  terras  aratas  &  cultatas  que 
ipse  cultavit;  &  ipsi  homines  ad  tune  sui 
commenditi  erant  &  illum  habebant  pa- 
tronem;  &  quantum  ipsi  homines  in  ipsum 
villare  domos  &  curtes  &  ortos  &  vineas 
construxerunt  &  araverunt,  perdonitum  & 
per  beneficium  de  Johanne  hoc  fecerunt, 
nam  non  per  illorum  aprisione  nec  per 
bénéficie  cemes  nec  vicedomino  nec  de 
alium  quodlibet  homine.  Et  dum  Johannes 
ipsum  villare  a  bone  integritate  habuisset 
per  suam  adprisionem,  sicAdemares  comis 
eum  mallavit  quod  ipse  villares  suus  bene- 
ficius  esse  debebat  magnis  palatii  vel  ante 
Gaucelino,  Berane,  Giscafrede,  Odilone  & 
Ermengario  cornes  seu  etiam  judices  Cixi- 


An 
834 


A 


An 
834 


^7 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i88 


lane,  Jonatan,  Vincentio  &  Angevaldo,  qui 
erant  ad  tune  judices  dominici,  seu  etiamAr- 
chibaldo  notario  &  alios  plures  j  &  Johannes 
in  supradictorum  judicio  sua  dédit  testimo- 
nia  his  nominibus,  Huitalane,  Alapodius, 
Offoilolliames,  Reccesindus,  Salmonius, 
Tremirus,  &  Ermegildus  ;  &  sic  testificave- 
runt  in  supradictorum  judicio  &  série  con- 
ditiones  hoc  juraverunt  in  ecclesia  Sancti 
Martini,  cujus  basilica  sita  est  in  Aquis  pa- 
laciij  &  viderunt  quando  fuit  ipse  villares 
ab    omne    integritatem    de    Johannes   per 


86. 

Diplôme  de  Vempereur  Lothaire  en 
faveur  de  Wimar\ 

N  nomine  Domini  nostri  Jesu  Christi  Dei 
aeterni.  Lotharius  augustus  invictissimf 
domini  imperatoris  Ludovici  filius.  Justum 
est  ut  imperialis  dignitas  his  qui  suam  de- 


I 


votionem  erga  suam  fidelitatem  illibatam 
suam  aprisionem,  quam  beneficius  comitis  servare  noscuntur  plurimis  sublevet  muni- 
vel  viceflominis,  &  postea  vidimus  ipsum      ficentiis,  quatinus  in  se  hoc  fecisse  gratu- 


villare  habentem  &  dominantem  ad  Johan- 
nem  cum  omnes  suos  termines  &  adjacen- 
tias  &  pertinentias  eorum  &  vestituram 
habente  per  ipsa  epistola  domini  impera- 


lentur  &  alios  ad  hoc  exequendum  plenis- 
sime  exortari  valeamus.  Igitur  notum  sit 
omnium  fidelium  sanctae  Dei  Ecclesiae 
nostrorumque   praesentium   scilicet  &  fu- 


toris  &  per  suas  conditiones  qui  sunt  supe-  turorum  sagacitati,  quia  Wimar  vassallus 
rius  scriptas,  usque  quod  Leibulfus  comis  noster  suam  exequendo  fidelitatem  ad  nos 
eum  abstulit  ad  Johanne  sua  fortia  injuste  veniens  petiit  pietati  nostrae,  ut  ei  &  fratri 
absque  judicio,  &  hodie  per  lege  &  justicia  suo  Radoni  nomine  taie  concederemus  be- 
ipse  villares  ab  omne  integritate  cum  om-  neficium,  quatinus  res  quas  genitor  eorum 
nés  suos  terminos  &  adjacentias  eorum  per  concessionem  avi  nostri  Caroli  prae- 
plus  débet  esse  de  Theudefredo  per  apri-  stantissimi  imperatoris  ab  eremo  in  Septi- 
sionem  patris  sui  Johannem  quam  ad  be-  mania  trahens  ad  villam  construxit,  quae 
neficio  comitis  vel  vicecomitis  vel  de  quo-  vocatur  Villanova,  consistentem  videlicet 
libet  hominem.  Et  ea  quae  scimus  de  hac  in  Rossilione,  terminia  habentem  a  parte 
causa  juste  &  fideliter  testificamus  atque  orientali  villam  quae  vocatur  Tesanum,  a 
juravimus  per  supra  adnexum  juramen-  parte  meridiana  villam  quae  dicitur  Villa- 
tum  in  Domino.»  Late  conditiones  m  idus  seca,  ab  occidentali  plaga  villam  vocatam 
septembris,  anno  XX  imperatore  domno  Rastis  velTertrium,  a  Septentrione  siqui- 
nostroLudovico  imperatore  augusto.S.Pri-  dem  vocatam  villam  Orlam  cum  omnibus 
milicco.  S.  Romani.  S.  Guasconii.  S.  Lobi-  adjacentiis  suis,  silvis  videlicet  vel  campis 
lani.  S.  Jonisii.  S.  Furioli.  S.  Principius. 
Wijuvabi  subscripsi  qui  as  conditiones  ju- 
ravimus. S.  Stephanus  qui  hanc  exempla 
subscripsi.  S.  Vuilialdus  exempla  firmavi 
subscripsi.  S.  Theodosius  subscripsi.  S.  Chi- 
ricus  qui  hanc  exempla  subscripsi.  S.  Reka- 
redus  qui  hanc  exempla  subscripsi.  S.  Aigo 
subscripsi.  S.  Baldefredus  subscripsi.  S, 
Scila  qui  hanc  exempla  subscripsi.  S.  Un- 
dita  subscripsi  exempla.  S.  Todalnus  qui 
hanc  exempla  firmavi  subscripsi.  S.  Bosso 


vel  vineis  seu  pratis  pascuisque,  aquis 
aquarumve  decursibus  proprietario  jure 
concederemus  ad  habendum  suisque  pos- 
teris  in  hereditate  perennis  mansuram  tem- 
poribus;  quod  &  nos  fecisse  omnium  cog- 
noscat  fidelium  nostrorum  sagacitas.  Et 
ideo  eis  has  nostras  litteras  fieri  jussimus, 
per  quas  abhinc  in  antea  ipsi  &  posteritas 
eorum  eam  proprietario  jure  possidere  va- 
leant.  Praecipientes  ergo  jubemus  ut  nuUus 
fidelium  sanctae  Dei  Ecclesiae  nostrorum- 


clerus  qui  has  conditiones  scripsi  &  sub-      que  de  praedicta  villa  infra  praefata  termi- 
scripsi  sub  die  quo  supra.  nia  cum  omnibus  adjacentiis  suis  ullam  in- 

ferre praesumat  contrarietatem  ,  sed  liceat 
eis  nostra  auctoritate  eam  quiète  tenere  & 


An 
834 

1 8  dé- 
cembre. 


'  Marco.  Hispanica,  c.  770,  d'après  le  cartulaire 
de  l'église  d'Elne. 


An 
834 


189 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


190 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  67. 


An 
834 

21 
juillet. 


Éd.orig. 
1. 1, 

col.  68. 


citer.  Amen. 


87. 


XLVIII 


possidere    suisque    heredibus    hereditario  exenipto,   nostram   expetîvit  clementiam , 

jure  conferre,  similiter  faciendo  quidquid  ut   eandem    advocationis   curani    Maurino 

elegerint.    Et   ut  haec  nostrae  largitionis  vassallo  nostro  comniitteremus.  Cujus  p^ 

praeceptio  pleniorem  in  Dei  nomine  ob-  tioni  nostris  indigere  auxiliis  perpenden- 

tineat  vigorem  &  a  fîdelibus   sanctae   Dei  tes,  divino  tacti  munere  postulata  conces- 

Ecclesiae  nostrisque  verius  credatur  dili-  simus,  coniniittentes  eidem  vassallo  nostro 

gentiusque  observetur,  manu  propria  sub-  Maurino    nomine    rerum    monasterii    sui 

terfirmavimus  &  anuli  nostri   impressione  curam    in   adquirendis    videlicet   justiciis 

signari  jussimus.  &  aliis   faciendis.  Propter  hoc   hos   nos- 

Signum   Lotharii    gloriosissimi    augusti.  tre  auctoritatis  apices  ei  successoribusque 

Druggemirus    sub    Dei    nutu    notarius    ad  per   tempora    labentia   sibi    succedentibus 

vicem  Hermenredi   recognovi.  iieri  &  dari  precepimusj  per  quos  prece- 

DataXV  kalendas  januarias,  anno  Christo  pimus    atque  jubemus  omnia   quecumque 

propitio  imperii  domini  Ludovic!  serenis-  predictus  advocatus  superdicti  monasterii 

simi  imperatoris  xxi  &  Lotharii  gloriosis-  Anianensis    nomine    Maurinus    secundum 

simi  augusti   Xiii,  indictione  xi.  Actum  legem  quesierit,  aut  querentibus  obstiterit, 

Gardina  palatio  regio,  in  Dei  nomine  feli-  vei  juste  satisfecerit,  atque  legaliter  diffi- 

nita  fuerint,  rata  &  stabilita  permaneant; 
&  ubicumque  ad  loca  &  potestatem  seu  mi- 

— '■ nisteria   cujuscumque  comitum  advenerit, 

undecumque  de  rébus  ejusdem  monasterii 

justiciam  quesierit,  absque  uUa  dilatione 

secundum  legem  plenissime  recipiat  atque 

querentibus   faciat.    Et  quia  constat   idem 

Charte  de  Louis   le  Pieux   en  faveur  monasterium  nostrum  proprium  esse,  vo- 

d'Ermenaldy  abbé  d'Anianef    6"  de  lumus  atque  precipimus,  ut  sepenominatus 

son   monastère  \  advocatus  nuUa  uUatenus  testimonia  super 

nostra  ejusdem  immunitate  monasterii  tes- 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri  tem  recipiat;  sed  quicquid  juste  &  legaliter 

Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  propi-  quesierit  sive  defenderit,  cum  nostre  partis 

ciante   clementia    imperator  augustus.    Si  testibus  effectum  rei  evindicare  ac  perfi- 

petitionibus  servorum  Dei  justis  &  ratio-  cere  studeat.  Si  vero  quilibet  aliquam  dila- 

nabilibus  divini  cultus  amore  favemus,  id  tionem    in    justiciis    faciendis    opposuerit 

nobis  procul  dubio  ad  eternam  beatitudi-  aut  aliquam  injustam  occasionem  conatus 

nem     promerendam     profuturum     liquido  fuerit  adhibere,  predicto  advocato  injunxi- 

credimus.    Idcirco    notum    es&e    volumus  mus  ut   nobis   renuntiet,   &    nos   illi   qui 

cunctis  fidelibus   sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostram    jussionem    neglexerit   secundum 

nostris  praesentibus  scilicet  &  futuris,  quia  facti  sui  meritum  retribuemus.  Dixit  etiam 

Ermenaldus  abba   monasterii   nostri  quod  nobis  predictus  Ermenaldus  abba,  eo  quod 

dicitur  Aniana,  ad  nostram  accedens  man-  mancipia   de   monasterio  Sancti    Martini, 

suetudinem,  ostendit  nostre  majestatis  ob-  quod    nos    largitionis    nostre   munere   ad 

tutibus  quandam  preceptionem,  quam  nos  predictum  Anianense  monasterium  conces- 

olim  ad  petitionem  predecessoris  sui  Be-  simus,  per  loca  diversa  fugitiva  sint  :  volu- 

nedicti  abbatis  ob  amorem  Dei  &  monas-  mus  ut  predictus  advocatus  ea  querat,  & 

terii  utilitatem  fieri  jusserimus,  de  advo-  ubicumque    inventa  fuerint   &   secundum 

catione  videlicet que  ad  hoc  in  nostram  legem    Romanam    tricennio   se   defendere 

preceperamus  commendationem ,  ut  libe-  voluerint,  &  hoc  predictus  advocatus   ex 

rius  predicti   monasterii   utilitates  &  ne-  propinquis  eorum  circumcinxerit  aut  tes- 

cessitates    procurare   valeret.    Sed    eodem  timonia  idonea  dederit,  fiant  in  eis  secun- 

advocato  divina  vocatione  rébus  humanis  dum  Romanae  legis  sanctionem,  ut  tricen- 

nium  ea  excludere  non  possint.  Et  liceat 

'  Cartulaire  d'Aniane,  f"  14  v".  eis    suas    res   proprias    absque    cujuslibet 


An 
834 


An 
834 


191 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


19: 


Hd.orig, 

t.  [, 
col.  69. 


An 
835 


i"  no- 
vembre. 


interpellatione    injiista    aut    inquietudine  precibus   ob   amorem   Dei   &  reverentiam 

qu^ete  possidere,  &  quia  memorata  ad  per-  divini  cultus  libenter  aurem  accommodare 

d^endum    ei   injunximus,   ab    omni   hoste  placuit.   Propterea  praesentem  auctorita- 

vel  vuacta  sive  ab  omni  publico   servitio  tem  per  hos  regales  apices  eodem  loco  qiio 

immimis  existere,  quatenus  advocationem  nobis  postulatum  est,  quivocatur  Malaste, 

a  nobis  sibi  injunctam  liberius  atque  uti-  suprascriptum  villarem,  situm  in  page  To- 

lius  peragere  valeat.  Licentiam  etiam  de-  losano   super  fluvium  Fiscavum,   ob  peti- 

dimus  eidem   abbati    de   minoribus    &  le-  tionem  praefati  Viliafredi   abbatis  necnon 


An 
835 


Olibae  comitis  precumque  suarum  inaes- 
timabilem  functionem  liberalxter  confir- 
mamus,  cum  omnibus  videlicet  quae  ad 
ejusdem  villaris  integritatem  pertinere 
noscuntur  tam  in  aedificiis  quam  in  agris 
necnon  in  cunctis  adjacentiis  jure  ipsius 
villaris  mancipatis;  eo  scilicet  ordine,  ut 
deinceps  eumdem  villarem,  quem  praedicto 
monasterio  Malaste  nostrae  delegavit  pie- 
tatis  serenitas,  cum  omnibus  suis  adjacen- 
tiis pro  animae  nostrae  emolumentum  in 
praefati  sancti  loci  potestatem  transfera- 
tur  atque  confirmetur  :  ita  ut  abhinc  pars 
ipsius  monasterii  vel  rectores  qui  in  ipso 
loco  per  tempora  fuerint  per  hoc  nostrae 
confirmationis  scriptum  habeant,  teneant 
atque  lege  perpétua  possideant,  eisdem  ex 
rébus  nullo  unquam  tempore  a  quoquam 
Charte  de  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  en  querelam  pati  pertimescant  :  sed  ipsi  sancto 
faveur  de  Vahbaye  de  Montolieu  ' .  ^^co  ac  Deo  dilectae  congregationi  profi- 

ciat   in  augmentum.   Reminiscentes    insu- 

PIPPINUS  ordinante  divinae  majestatis  per  in  bis  similibus  actis  peccarainum  nos- 
gratia  Aquitanorum  rex.  Cum  petitio-  trorum  pondus  in  alico  minuendo  deficere, 
nibus  servorum  Dei  justis  &  l'ationalibus  easdem  res  sub  nostro  mundeburdo  ac  tui- 
divini  cultus  amore  favemus,  superna  nos  tionis  defensione  suscipimus,  praecipien- 
gratia  muniri  non  dubitamus.  Proinde  tes  atque  per  hos  regales  apices  omnimo- 
noverit  omnium  fidelium  nostrorum  tam  dis  decernentes,  ut  deinceps  easdem  res 
praesentium  quam  &  futurorum  sagacitas,  quocumque  infra  nostra  terra  nullus  judex 
quia  virvenerabilis  Viliafredus  abba  ex  mo-      publicus  aut  aliquis  ex  judiciaria  potestate 


vioribus  causis  alterum  advocatum  mittere, 
qui  prefati  monasterii  causas  atque  néces- 
sitâtes utiliter  fideliterque  administrare 
possit.  Et  ut  bas  litteras  nostras  esse  vé- 
rins credatis,  de  anulo  nostro  eas  jussimus 
sigillari. 

Hirminmarus  notarius  ad  vicem  Hugonis 
recognovi. 

Data  XII  kalendas  augusti,  anno  Christo 
propicio  XXII  imperii  domni  Ludovuici 
piissimi  augusti,  indictione  XIII.  Actum 
Strennaca  villa,  in  Dei  nomine  féliciter. 
Amen. 


XLIX 


nasterio  quod  nuncupatur  Malaste,  quod 
est  situm  in  territorio  Carcassense  super 
fluvium  Duranum,  constructum  in  honore 
sancti  Joannis  Baptistae,  petiit  sublimitati 
nostrae,  annuente  Oliba  comité,  quandam 
villam  Magnianacus,  qui  est  situs  in  pago 
Tolosano  super  fluvium  Fiscavum,  una 
cum  terminis  &  adjacentiis  suis,  sicut  ter- 
minatum  est  a  Godoildo  misso  Wilelmo 
comité,  per  hanc  nostram  praeceptionem 
suprascripto  monasterio  in  honore  sancti 
Joannis    Baptistae    confirmaremus.    Cujus 

'  Archives  de  l'abbaye  de  Montolieu.  —  Mabil- 
lon,  de  Re  diplomatica^  p.  523. 


infra  easdem  res  ad  causas  audiendas  aut 
mansionaticos  exigendos  aut  parafas  aut  pa- 
reveredos  requirendos  ullo  umquam  tem- 
pore ingredi  audeat,  sed  liceat  eis  sub 
nostro  mundeburdo  vel  immunitatis  tui- 
tione  quiète  vivere  ac  residere.  Et  ut  haec 
nostrae  confirmationis  praeceptionisque 
merces  a  fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae 
&  nostris  firmius  credatur  diligentiusque 
conservetur,  manu  propria  subterfirmavi- 
mus  &  anuli  nostri  impressione  subter 
eam  jussimus  signari. 

Signum  Pippini  gloriosissimi  régis.  Isaac 
clericus  &  notarius  ad  vicem  Dodonis  re- 
cognovi &  subscripsi. 


An 
835 


Ed.orig. 

t.  I. 
col.  70. 


193 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


94 


An 
836 

5  mars. 


Data    kalendas    novembris,    anno    XXII      aut  mansiones   vel    paratas   faciendas,  aut 
domni  Hludovici  serenissimi  augusti  &  xxi      fidejussores  tollendos,  aut  homines  ipsius 


Art 
836 


regni  nostri.  Actum  in  Teotuadum  pala- 
tium  nostrum,  in  Dei  nomine  féliciter. 
Amen. 


89. 

Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire  pour 
V église  d'Elne  '. 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos- 
tri Jesu  Christi.  Ludovicus  divina  pro- 
pitiante  clementia  imperator  augustus.  Si 
erga  loca  divinis  cultibus  maucipata  prop- 
ter  amorem  Dei  eique  in  eisdem  locis  fa- 
mulantibus  bénéficia  opportuna  largimur, 
praemium  apud  Dominum  eternae  remu- 
nerationis  nobis  rependi  non  diffidimus. 
Igitur  notum  esse  volumus  cunctis  fideli- 
bus  nostris  praesentibus  scilicet  &  futuris, 
quod  venerabilis  Fulmo  ecclesiae  Elenen- 
sis  episcopus  deprecatus  est  majestatis  nos- 
trae  misericordiam,  ut  praedictam  sedem 
cum  omnibus  ad  se  juste  &  legaliter  mo- 
derno  tempore  pertinentibus  sub  nostra 
tuitione  &  immunitatis  defensione  cum 
omnibus  rébus,  id  est  cella  Sancti  Felicis 
cum  omnibus  terminis  &  appenditiis  suis, 
&  villa  quae  dicitur  Torrente  &  alio  vo-  propitio  XXIII  imperii  domni  Ludovici 
cabulo  Alamanis,  &  Spedulia  &  pro  con-  piissimi  augusti,  indictione  XIV '.  Actum 
gruentia  ecclesiae  suae  territorium  a  Pe-  Aquisgrani  palatio  regio,  in  Dei  nomine 
trafita  usque  super  sua  claustra,  &  cellulam  féliciter.  Amen, 
etiam   Sancti    Juliani   vel    terras   quas   sui 

homines  ex  eremo  traxerunt  necnon  me-  '  ' 

diam  partem  pulveratici,  ex  rafica  &  ex 
mercato  similiter  seu  de  pascuario  consti- 
tueremus  :  quod  ita  &  nos  fecisse  omnium 
vestrum  cognoscatindustria.  Praecipientes      Plaid   entre   David,    abhé    de   Saint-^ 


ecclesiae  contra  rationis  ordinem  distrin- 
gendos  nec  ullas  redhibitiones  nec  illici- 
tas  occasiones  requirendas  ingredi  audeat. 
Praecipimus  etiam  atque  jubemus  ut  res, 
quas  moderno  tempore  juste  &  legaliter 
possidet  vel  que  ibidem  divina  pietas  au- 
geri  voluerit,  in  eorum  jure  &  domina- 
tione  absque  cujuslibet  inquietudine  aut 
illicita  contrarietate  persistant,  neque  ul- 
lam  indebitam  calumniam  aut  repetitionem 
de  eis  a  quoquam  uUo  umquam  tempore 
patiantur,  sed  liceat  eis  memoratas  res  cum 
omnibus  ad  se  juste  &  legaliter  pertinen- 
tibus absque  alicujus  injusta  contradic- 
tione  quieto  ordine  possidere  &  de  eis 
jure  ecclesiastico  disponere  quicquid  vo- 
luerint,  quatenus  nostro  juvamine  divi- 
num  cultum  copiosius  exequentes,  pro 
nostra  conjugis  prolisque  nostrae  inco- 
lumitate  &  stabilitate  imperii  nostri  eos 
Domini  misericordiam  attentius  exorare 
delectet.  Et  ut  hec  auctoritas  nostra  prae- 
sentibus futurisque  temporibus  inconvulsa 
permaneat,  manu  propria  eam  subterfirma- 
vimus  &  annulo  nostro  sigillari  jussimus. 

Signum  Ludovici  serenissimi  imperato- 
ris.  Hirminmarus  notarius  ad  vicem  Ugonis 
recognovi. 

Data   III   nonas   martias,   anno   Christo 


90. 


ergo  jubemus  ut  nullus  judex  publicus  vel 
quislibet  ex  judiciaria  potestate  in  eccle- 
sias,  villas,  loca  vel  agros  seu  reliquas  pos- 
sessiones  memoratae  ecclesiae,  quas  mo- 
derno tempore  possidet  vel  quae  deinceps 
in  jure  ipsius  loci  voluerit  divina  pietas 
augeri,  ad  causas  judiciario  more  audien- 
das  vel  discutiendas,  vel  freda   exigenda, 

'  Marca  Hispanica,  c.   yyS,  d'après  le  cartulaire 
de  l'église  d'Elne. 


Martin  de  Cauquens,  6*  ^Espagnol 
Teuderedus  ^. 

CUM  in  Dei  nomine  resederet  vir  vene- 
rabilis Fulcho,  advocatus  archiepisco- 
pus,  qui  est  missus  domno  nostro  Ludo- 

'  Le  texte  porte  xiii. 

'  Cartulaire  de  l'archevêché  de  Narbonne,  la- 
tin II  01  5,  f***  10  v"  à  M  v";  copie  du  douzième 
siècle.  —  Nous  donnons  en  note  quelques-unes  des 


An 
836 

17  dé- 
cembre 


IL 


An 
836 


ig5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


196 


vico  imperatore,  in  villa  Juliano  territorio 
Narbonense  pro  multorum  altercationes 
audiendo  &  rectis  judiciis  causarum  diri- 
mendo  una  cum  plurimum  bonorum  ho- 
minum  qui  in  ipso  judicio  residebant; 
id  est  Gondesalbius  abbas,  Ermenardo  & 
Austenno  uterque  vicedominus,  Arias,  Wi- 
liadus,  Trasoarius,  Teusodius,  Siccarius, 
Petrus,  Ildagius  vassis  dominicis,  David, 
Bericus,  Wademirus,  Seila,  Ermengillo, 
Isimberto,  Aigone  &  Leone  judicum,  seu' 
&  vassus  ipsius  Fulchoni  Petrus,  Teu- 
paldus,  Siderrhac,  Fredericus  vel  aliorum 
multorum  hominum  qui  ibidem  aderant  ; 
veniens  Walaricus,  qui  est  maudatarius 
David  abbas  de  monasterio  Sancti  Martini 
Caucanensis,  qui  sita  est  super  littore 
maris,  vel  de  congregatione  ipsius  monas- 
terio in  supradictorum  judicio  dicens  : 
«  Jubete  me  audire  cum  istos  homines  bis 
nominibus  Trasoario  &  Teuderedo,  quia 
iste  Trasoarius  tenet  ecclesia  Sancte  Ma- 
riae  cum  vinea  &  terras  qui  infra  termines 
sunt  de  villa  Maximiniaiio  ubi  ecclesia 
Sancti  Marcelli  sita  est,  &  iste  Teudere- 
dus  tenet  terras  infra  termines  de  villa 
Maximino  superiore  &  Maxsiauo  subte- 
riore,  qui  sunt  in  territorio  Narbonense, 
suburbio  Minerbense'.  »  Tune  prefatus 
missus  &  judices  interrogaveruntTrasoario 
&  Teuseredo  :  «  Quid  respondere  vultis  ad 
hec?»  Tune  Trasoarius  dixit  :  «  Ipsas  ter- 


variantes  fournies  par  le  recueil  du  P.  Laporte, 
t.  2,  p.  848,  à  la  Bibliothèque  de  Toulouse  j  cette 
copie,  toute  défectueuse  qu'elle  est,  a  dû,  en  effet, 
être  prise  sur  l'original,  le  cartulaire  de  Nar- 
bonne  étant  à  Paris  depuis  l'époque  de  Baluze.  La 
copie  du  P.  Laporte  porte  le  titre  suivant,  qui  a 
l'air  d'être  emprunté  à  une  cotte  ancienne  :  Judi- 
cium  quoi  datum  est  sub  Ludov'ico  imperatore  de 
honore  monasterii  Caucanensis.  Remarquons  de  plus 
que  c'est  une  autre  expédition  de  notre  acte  ;  celui 
que  nous  donnons  est  un  procès-verbal  dont  ce- 
lui du  P.  Laporte  n'est  que  le  résumé,  l'analyse; 
du  reste,  les  deux  actes  sont  également  authenti- 
ques. [A.  M.j 

'  Necnon, 

'  A  la  place  du  discours  direct,  le  texte  du 
P.  Laporte  emploie  le  style  indirect  :  Conquestus 
est  super.,..  De  même  plus  bas  les  réponses  de  Tra- 
soarius, de  Teuderedus  Scies  demandes  des  juges 
sont  écrites  dans  le  style  indirect.  [A.  M.j 


ras  &  vinea  &  ecclesia  Sancte  Marie  non 
sunt  infra  termines  de  villas  Maximiano, 
sed  ipsas  terras  &  vinea  infra  termines  sunt 
de  villa  mea  ubi  vocant  Sancte  Mariae 
quae  ego  ad  beneficio  retineo,  &  termines 
&  fixorios  &  limites  monstrare  possum  qui 
sunt  antiquitus  positi  inter  villas  Maxi- 
mianus  &  ecclesie  Sancte  Mariae.  »  Tede- 
redus  dixit  :  «  Quod  infra  termines  de  villas 
Maximianus  nunquam  teneo  terras,  sed 
infra  termines  sunt  ipsas  terras  de  villa 
mea  Talasianicus.  «  Tune  asseruit  Wala- 
ricus &  dixit  :  «  Ecce  nunc  judicium, 
ubi  David  abbas  cum  mandatario  suo  Gal- 
teredo  villas  Maximianus  &  Cardeto  ab 
omnem  integritate  legibus  adprobavit  & 
legibus  conquisivit  ad  partem  monasterii 
Sancti  Martini  Caucanensis'.  »  Et  cum 
prefatus  missus  &  judices  ipsum  judicium 
relegere  ordinavimus,  sic  in  eum  insertum 
invenimus  &  taliter  eorum  continet  aiic- 
toritas,  quomodo  David  cum  mandatario 
suo  Gelteredo  ipsas  villas  très  ante  dudum 
tempus  legibus  adprobavit  cum  idonea  i^s- 
timonia  &  eas  legibus  conquisivit  ab  omne 
integritate  cum  omnes  illorum  terminis, 
cum  molendinis,  cum  omnes  adjacentias 
&  pertinentias  ipsius  villas,  qualiter  ipse 
pitacius  continet,  quod  Tractiorius  abba 
quondam  ad  Scunilale  presbytero,  &  cum 
nos  missus  &  judices  taies  raciones  ante 
nos  magis  ac  magis  audissemus,  tune  nos 
très  ordinavimus  testes  Teutpaldo,  Petro 
&  Berico,  qui  super  ipsas  villas  ambulas- 
sent,  inter  villas  Maximianos,  Cardeto  & 
Talasianicus  termines  &  limites  discernere 
debuissent,  &  decrevimus  judicium  ut  Da- 
vid abba  cum  mandatario  suo  Vualarico 
idonea  testinionia  venisset  ad  judicio  ter- 
mines &  limites  ipsius  villas  adprobare  fe- 
cissent;  sicuti  &  fecerunt. —  Cum  jamdicti 
missi  Teutpaldus,  Petrus  &  Bericus  una 
cum  Teuderedo,  Trasoario  &  Tairedo  su- 
per ipsas  villas  &  termines  ambulavimus, 
sic  ibidem  invenimus  una  cum  ipsa  testi- 
monia  de  David  abbate,  qui  ipsos  termi- 
nis circumdaverunt,  quod  jamdicta  ec- 
clesia Sancte  Mariae  cum  ipsas  terras  & 
vinea  infra  termines  sunt  de  villa  Maxi- 
miano, ubi   ecclesia  Sancti   Marcelli  sita 

'  Même  remarque  que  plus  haut. 


An 
836 


An 
836 


97 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


est.  Iterum  invenimus  quod  iiiter  villa 
Maximiano  &  ecclesia  Sancte  Mariae  nul- 
lum  termine  nec  limite  nec  fixorio  nun- 
quam  habuit  nullo  quod  tempore.  Iterum 
invenimus  quod  ipsas  terras  quod  Teu- 
deredus  contendebat  infra  termines  sunt 
de  villas  Maximianos  &  non  sunt  infra 
termines  de  villa  Talasianicus.  Quod  post 
bec  factum  fuit,  tune  David  cum  manda- 
tario  suo  Walarico  venientes  ad  illorum 
placitum  quia  arramitum  habuerunt  ante 
predicto  misso  &  judices  in  villa  Juliano 
territorio  Narbonense  &  ibidem  illorum 
te'stimonia  protulerunt  bonos,  idoneos,  bis 
nominibus  :  Asenarius,  Ebolu§,  Stephanus, 
Satrepaldus  &  Donatus,  qui  sic  testifica- 
verunt  in  supradictorum  judicio  &  série 
condicionesj  bec  juraverunt  in  ecclesia 
Sancti  Pauli ,  cujus  baselica  sita  est  in 
villa  Juliano  :  «  Quia  de  terras  &  vinea  & 
ecclesia  Sancte  Mariae,  unde  intencio  ver- 
titur  inter  Walarico  &  Trasoario  &  Teu- 
deredo,  nos  supradicti  testes  scimus  & 
bene  in  veritate  nobis  cognitum  manet  & 
vidimus  testes  anteriores  ambulantes  &  ter- 
mines discernentes,  qui  juratum  babebant 
fîdelitatem  ad  partem  régis,  ad  parte  pre- 
dictas  villas  &  inter  villas  Talasianicus  & 
Maximiano  superiore  ubi  ecclesia  Sancti 
Felicis  sita  est  &  usque  ad  Cardeto  ubi  ba- 
bet  orreo  antiquitus  factum  calciuicum  (>), 
habentes  omnes  ipsas  terras  &  de  vineas 
de  quantum  nos  pedibus  circumdavimus  & 
manibus  insignavimus  in  facie  predictus 
missos  infra  termines  de  jamdictas  villas 
per  hos  annos  xxx=*  seu  &  amplius,  per 
ajacentias  denominatas  ad  parte  monaste- 
rii  Sancti  Martini  Caucanensis,  ubi  pri- 
mus  steterunt  supradicti  missi  cum  plures 
hominibus  ante  de  illa  arcba  antiqua  qui 
est  ante  jamdictas  villas  Maximiano  & 
Talasianicus.  Deinde  sic  perambulavimus 
per  ipsa  via  publica  de  parte  Orientis  us- 
que ad  fixorio  antique  qui  est  erectus  con- 
tra villa  Corbiciaco,  de  parte  Aquilonis 
unde  declinavimus  in  torrente  sicho  qui 
descendit  de  villa  Corbiciaco,  pergentes 
per  via  publica  qui  discurrit  contra  Monte 
Filinese,  déclinantes  ad  sinistra  latere  per- 
venimus  ad  ipsa  Rocba,  &  descendimus  per 
septentrionalem  partem  subtus  illas  vineas 
de  villa  Monte  Filinese  juxta  quo  arcba 


198 

antiquitus  facta  invenimus. Deinde  perrexi- 
mus  per  fîxoria  qui  dividet  inter  jamdictas 
villas  usque  in  via  publica,  qui  discurrit 
de  ecclesie  Sancti  Marcelli  ad  ecclesia 
Sancti  Celsi,  ubi  invenimus  lapidem  gran- 
dem  ;  unde  &  declinavimus  per  alla  via  de 
contra  Occidentem  usque  in  fîxoria  pate- 
facta  in  eadem  usque  in  ripa  de  rivo  Ug- 
none,  &  stetimus  in  locum  eminentem 
unde  arcba  antiquitus  facta  evulsa  fuit. 
Inde  declinavimus  per  semitarum  qui  dis- 
currit super  ecclesia  de  Sancte  Mariae  & 
sic  per  partem  Meridie  usque  ad  ipsum  li- 
mitem  recta  linea  ad  illa  Petra  Nativale 
que  vocant  Pila  &  usque  ad  Rigo  Spenna, 
deinde  ad  fixorio  antiquitus  erecto  &  sic 
subtus  ipsum  pratum  per  campos  cultus 
jam  de  parte  Orientis  ad  contra  Septen- 
trionem  reversi  de  retrofictum  fixsorio  us- 
que in  via,  que  discurrit  de  Altano  partibus 
Sancti  Celsi  &  sic  usque  ad  priore  jam- 
dicta  arcba.  Per  ista  loca  vel  diffinitiones 
pertinent  adpenditiones  de  supradictas 
villas,  quia  iste  Vualaricus  ad  partem  Da- 
vid abbati  vel  monasterii  Caucanensis  re- 
cognovisset '.  »  Et  cum  prefatus  missus 
vicedominis  &  judices  videntes  talem  ad- 
probationem  de  David  abbate  vel  de  man- 
datario  suo  Waltared  securitatem  &  illorum 
patuisset  clara  justicia,  tune  decrevimus 
judicium  per  lege  Gotorum  &  ordinavimus 
Juliado  saione  nostro,  ut  de  omnes  istas 
terras  &  vineas  &  ecclesiae  Sancte  Marie 
David  abbate  tradere  &  revestire  faciat,  & 
David  ipsas  res  cum  congregatione  ipsius 
monasterii  Sancti  Martini  Caucanensis  se- 
curi  habeant  &  jure  vindicent  omnique 
tempore  qualiter  justum  judicium  inser- 
tum  est  &  vel  illorum  scripturas  conti- 
nent'. 

Dato  judicio  suo  die  X"  W  kalendas  ja- 
nuarias,  anno  xxiii°domno  nostro  glorio- 
sissimo  Ludovico  imperatore.  Trasoarius. 
Arias.  Wistrimirus.  Dettoszas.  Siccarius. 
Teodefredus.   Austennus.    Signum    Petro. 


'  La  déposition  des  témoins,  qui  est  aussi  en 
style  indirect  dans  le  P.  Laporte,  y  est  beaucoup 
plus  claire.  [A.  M.] 

'  La  clause  du  sajon  manque  dans  le  P.  Laporte, 
&,  comme  partout,  le  style  indirect  a  été  em- 
ployé en  cet  endroit.  [A.  M.] 


An 
836 


An 
836 


199 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


200 


Siguum  Teutpaldo.   Seila.  Léo.  Teurîcus.      S.    Eucaillus.  S.   Samson S.  Amabilis 

Ermenisclus.  Vuadamirus.  Vuiliadus  '.  presbyter  qui   hanc  praecaria   scripsi  sub 

die  &  anno  quo  supra. 


An 
837 


II. 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  70. 


Donation  faite  par  Richilde y  femme 
du  comte  Oliba,  au  monastère  de  la 
Grasse^. 


I 


N  nomine  Domini.  Ego  Richildis  foemina 
quae  fui  uxor  de  quondam  Olibaiii  co- 
miti,  certum  quidem  &  manifestum  enim 
&  plurimis  hominibus  cognitum  manet, 
quia  veni  ad  vos  domno  Agiiaue  abbate 
vel  ad  cuncta  congregatione  Saiictae  Ma- 
riae  monasterii,  &  expetivi  vobis  vestruin 
alodem,  quem  habeatis  iiifra  territorio 
Karkasense  in  valle  Aquitanica,  villa  quae 
vocant  Favarias  cum  oniiies  fines  vel  adja- 
centias  suas  ab  intègre,  quem  teneatis  vos 
per  dona  scripturas  de  viro  meo  quondam 
Olibani  comiti,  ut  ipsum  alodem  janidic- 
tum  mihi  praestare  faciatis  per  annos  vi- 
ginti  ,  sicut  &  fecistis.  Et  ego  jamdicta 
Richildis  vobis  domno  Agilane  abbate  vel 
ad  illa  congregatione  SanctaeMariae,  quod 
ibidem  fuerint  post  obitum  vestrum,  do- 
nare  faciam  per  singulos  annos  solidos 
quadraginta  propter  ipsum  alodem  supe- 
rius  dictum.  Quod  si  ego  Richildis  vobis 
supranominatos  domno  Agilane  abbate  vel 
ad  illa  congregatione  Sanctae  Mariae  ipsos 
solidos  non  dedero  per  ipsos  annos  su- 
pranominatos, in  duplo  vobis  componere 
faciam  :  &  ista  precaria  firmis  permaneat 
semper.  Facta  ista  precaria  sexto  idus  ma- 
gii,  anno  vicesimo  quarto  imperante  domno 
nostro  Ludovico  imperatore.  Sig  f  num 
Richildis  qui  hanc  precariam  feci  &  tes- 
tes firmare  rogavi.  Sig  f  num  Lighatario. 

'  Le  P.  Laporte  termine  par  la  phrase  suivante, 
qui  est  évidemment  prise  sur  une  cotte  ancienne 
ou  sur  un  cartulaire  :  Est  &  allas  honor  ibi  prope 
in  ipso  Minervense  similiter  sanctorum  Justi  &  Pas- 
toris,  villa.  Honerag,  &  iterum  inter  sanctum  Justum 
&  Pastorem  &  ecclesia  Sanctl  Pauli,  est  &  alla  villa 
que  vocatur  Upianus.  [A.  M.] 

^  Archives  de  l'abbaye  de  la  Grasse.  [L'original 
est  aujourd'hui  aux  archives  du  département  de 
l'Aude.] 


92, 


LI 


Diplôme  de  Louis  le   Débonnaire  en 
faveur  de  Vahbaye  d'Aniane\ 

IN  nomine  Dei  &  Salvatoris  nostri  Jesu 
Christi.  Hludovicus  divina  propiciante 
clementia  imperator  augustus.  Omnibus  fi- 
delibus  sancte  Dei  Ecclesie  &  nostris  pre- 
sentibus  &  futuris  notum  sit,  quia  olim 
adhuc  in  Aquitania  constituti  &  necdum 
imperiali  honore  &  nomine  celitus  insig- 
niti,  beneficiavimus  quamdam  villam  in 
pago  Lutovense  Aniani  monasterii,  que 
est  in  honore  sancti  Salvatoris  seu  béate 
Marie  virginis  &  Pétri  &  Pauli  apostolo- 
rum  atque  archangeli  Michaëlis  dicata, 
petente  nimirum  Benedicto  ejusdem  mo- 
nasterii tune  temporis  abbate  &  per  auc- 
toritatem  nostram  delegare  curavimus;  sed 
quia  deinceps  divinitus  nobis  imperiali 
solio  sublimatis  easdem  res  potiori  aucto- 
ritate  roboratas  fuisse  necdum  constiterat, 
Ermenaldus  venerabilis  ejusdem  monaste- 
rii abba  nostre  supplicavit  démentie,  ut 
denuo  nostram  auctoritatem  super  rébus 
ville  que  dicitur  Curcionatis'  accipere  me- 
reretur,  per  quam  eas  firmius  possidere 
valeret.  Cui  divino  amore  &  honore  adsen- 
sum  prebentes,  hos  nostros  apices  ei  fieri 
jussimus,  per  quos  decernimus  atque  san- 
cimus  ut  jamdicta  villa  Curcionatis  cum 
omni  integritate  sua,  diebus  vite  nostre, 
beneficiario  munere  in  dominatione  &  gu- 
bernatione  Aniani  monasterii  rectorisque 
illius  atque  sustentatione  fratrum  hi  eo 
Domino  militantium  persistât.  Et  quicquid 
de  ea  jure  ecclesiastico  &  modo  beneficia- 
rio facere  disposuerint,  liberam  habeant 
potestatem.  Sed  ut  hec  auctoritas  nostra 
firmior  habeatur,  de  anulo  nostro  subter 
jussimus  sigillari. 

Signum  Hludovici  serenissimi  imperato- 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Aniane,  f°  28  y°. 
•  Caussenas. 


An 
837 

'9 
octobre. 


lid.orig. 

t.  I, 
col.  71. 


An 
837 


201 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


202 


ris.  Hirmînmarius  notarius  ad  vicem  Hu- 
gonis  recognovi. 

Data  XI III  kalendas  novembris,  anno 
Christo  propicio  xxiiii  iniperii  domiii 
Hludovici  piissimi  augusti,  indictione  XV. 
Actum  Aquisgrani  palacio  regio,  in  Dei 
nomine  féliciter.  Amen. 


93. 


LU 


An 
837 

21 
octobre. 


Autre  charte  du  même  empereur  en 
faveur  de  la  même  ahhaye\ 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos- 
tri  Jesu  Christi.  Hludovicus  divina  or- 
dinante  providentia  imperator  augustus.  Si 
erga  loca  divinis  cultibus  mancipata  prop- 
ter  amorem  Dei  eosque  in  eisdem  locis 
sibi  famulantes  bénéficia  oportuna  largi- 
mur,  praemium  nobis  apud  Dominum  ae- 
ternae  retributionis  rependi  non  diffidi- 
mus.  Idcirco  notum  sit  omnibus  fidelibus 
nostris  praesentibus  &  futuris,  quia  placuit  pecora  seu  alias  utilitates,  cum  villulis  & 
nobis  pro  mercedis  nostrae  augmento  ad      omnibus  aspicientiis  suis.  Et  [in]  alio  loco 


suis.  Et  in  eodem  pago  villam  Cincianum 
cum  appendiciis  &  adjacentiis  suis.  Et  inter 
confinia  de  pago  Rutenico  seu  Nemausense 
alpes  ad  pecora  alenda  seu  alios  usus  quas 
dicunt  Jaullo  cum  terminis  &  adjacentiis 
suis,  quas  olim  praefato  m.onasterio  per 
misses  nostros  Ragambaldo  seu  Fulcoaldo 
comité  tradidimus,  cum  omni  integritate, 
sicut  a  temporibus  domni  &  genitoris  nos- 
tri  ab  eisdem  monacbis  possessum  fuit;  & 
locum  qui  dicitur  Auraria  cum  omni  inte- 
gritate, sicut  olim  a  bonae  memoriae  Er- 
mengarde  regina  praedicto  monasterio  tra- 
ditum  est.  Et  in  pago  Magdalonense  cas- 
trum  quod  dicitur  Monte-Calmense  situm 
juxta  fluvium  Araur,  cum  ecclesia  Sancfi 
Hilarii  a  termine  ejusdem  monasterii  Ania- 
nensis  usque  ad  terminum  rerum,  sicut 
genitor  noster  trans  ripam  praefati  flumi- 
nis  per  suum  praeceptum  ad  proprium  jam- 
dicto  tradidit  monasterio ,  excepto  pro- 
prium ingenuorum  hominum  quod  infra 
conjacet.  Et  super  praefatum  fluvium , 
Caucinum  ad  pascua  armentorum  &  alenda 


An 
83- 


Comajagas  cum  finibus  &  adjacentiis  suis, 
seu  &  Paliares  cum  appendiciis  suis.  Et  in 
loco  qui  dicitur  Sogrado,  cellulam  quam  Éd.orig. 
ipsi  monachi  aedificaverunt  cum  adjacen-  coi.  73. 
tiis  suis;  omnia  haec  cum  omni  integritate, 
sicuti  a  misso  "genitoris  nostri  Karoli  Ley- 
drath  archiepiscopo  traditum  &  marmo- 
ribus  per  cruces  &  terminationes  adsigna- 


monasterium  quod  dicitur  Aniana,  situm 
in  pago  Magdalonense,  constructum  in 
honore  Domini  &  Salvatoris  nostri  Jesu 
Christi  &  sanctae  ac  semper  virginis  Ma- 
riae  seu  aliorum  sanctorum,  ubi  venera- 
bilis  Hermenaldus  abba  praeesse  videtur, 
aliquid  ex  rébus  tradere  nostris,  id  est 
quamdam  cellulam  nuncupantem  Gellonis, 
sitam  in  pago  Lutovense,  cum  omnibus  ap-  tum  fuit  &  ab  ipsis  monachis  a  temporibus 
pendiciis  suis  vel  quidquid  ibi  Willelmus  genitoris  nostri  possessum.  Et  in  ipso  pago, 
quondam  comes,  qui  ipsam  cellulam  in  in  fisco  nostro  nuncupante  Juviniaco,  lo- 
causa  domni  &  genitoris  nostri  construxit,  cum  quodantiquo  vocabulo  Fons-Agricolae 
seu  &  alii  boni  homines  per  strumenta  dicebatur,  nunc  autem  Nova-cella  appella- 
chartarum  tradiderunt.  Et  in  praedicto  tur,  quam  proprio  opère  ipsi  monachi  ma- 
pago  villam  quae  dicitur  Magaranciate  &  nibus  suis  aedificaverunt;  etiam  &  molina 
locum  qui  dicitur  Castra-Pastura  ad  pecora  duo  infra  ipsius  fisci  terminum  super  flu- 
eorum  alenda  seu  diversis  usibus,  cum  ter-  vium  Lero  ab  eisdem  constructa  cum  omni 
minis  &  adjacentiis  suis;  &  in  eodem  pago  integritate,  sicut  hactenus  a  temporibus 
fiscum  nostrum  Curcenate  cum  omnibus  praelibati  genitoris  nostri  quieto  ordinc 
adjacentiis  suis.  In  pago  quoque  Biterense  tenuerunt.  Et  inter  mare  &  stagnum  locum 
fiscum  nostrum  qui  dicitur  Miliacus  émus  qui  vocatur  Porcarias,  quem  sibi  ad  porcos 
ecclesiae  Sancti  Paragori  &  Miliciano  villa      alendum  vel   ad    piscationis   opportunita- 


cum    omnibus    appendiciis    &    adjacentiis 

'  Archives  de  l'abbaye  d'Aniane.  —  Acta  SS.  or- 
dinis  S.  Benedicti,  saec.  4,  part.   1,  p.  228  &  seq. 


tem  seu  alias  adjacentias  de  locis  heremis 
praefati  monachi  susceperunt,  &  a  geni- 
tore  nostro  eis  per  praeceptum  conlata 
sunt.  Item  in  eodem  pago  illos  segos  cum 


An 

837 


•  o3 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  ' 


204 


ipsa  pîscatorîa   &   plagis   maris   &   fiscum      libus   sancte    Dei    Ecclesiae  ac  nostris  de 
nostrum  adhaerentem  illis  qui  nuncupatur      praescriptis    rébus   a   nobis    praefato   mo- 


An 
837 


Sita,  qui  est  inter  mare  &  stagnum,  &  sub- 
jungit  pago  Agatensi,  cum  ecclesiis,  villa- 
ribus,  mancipiis,  plagis  maris  &  piscatoriis, 
cum  omnibus  aspicientiis  &  adjacentiis , 
cum  silvis  &  arboribus  supra  positis  usque 
ad  locum  qui  dicitur  Carajacum,  quantum- 
cumque  vel  quomodocumque  in  eisdem 
locis   ibidem   genitor  noster  quondam    ad 


nasterio  vel  congrégation!  ibidem  degenti 
concessis  aliquid  abstrahere  aut  minuere 
tentet  nec  in  ecclesiis  aut  loca  vel  agros 
seu  reliquas  possessiones  praedicti  monas- 
terii,  quas  moderno  tempore  per  donatio- 
nes  genitoris  nostri  ac  nostras  seu  cete-  Éd.ong 
rorum  fidelium  juste  possidere  videtur  in  coi.  7'^. 
quibuslibet  locis,  quidquid  ibidem  propter 


suum  habuit  opus.  Et  in  pago  Narbonense      divinum    amorem   conlatum    fuit   quaeque 


salinas  quae  sunt  nuncupante  Ad  Signa, 
quantascumque  noster  missus  Leibulfus 
cornes  eis  designavit,  cum  terminis  &  la- 
terationibus  suis.  Insuper  &  cellam  juris 
nostri,  quae  est  constructa  in  bonore  sancti 
Martini  infra  muros  civitatis  Arelatensis 
cum  omnibus  quae  ad  eam  in  eodem  pago 
Arelatensi  vel  Avenionensi  praesenti  tem- 
pore pertinent.  Et  locum  qui  est  in  pago 
Arausione,  vocabulo  Murenatis,  quidquid 
ad  ipsum  locum  pertinet^  &  villam  quae 
dicitur  Massacia,  cum  omnibus  appendiciis 
suiSjhabentem  plus  minus  mansos  XL,  quae 
est  ex  ratione  praedictae  cellae  Sancti  Mar- 
tini; seu  &  insulam  Suburbanam  nuncupa- 
tam,  quae  cingitur  ab  omni  parte  a  Rho- 
dano  flumine,  cum  ecclesiis  ac  rébus  seu 


etiam  deinceps  in  jure  ipsius  sancti  loci 
aut  per  nos  aait  per  alios  voluerit  divina 
pietas  augeri ,  ad  causas  audiendas  vel 
freda  exigenda  aut  mansiones  vel  paratas 
faciendas  aut  fidejussores  tollendos  aut 
homines  ipsius  monasterii  tam  ingenuos 
quam  servos,  qui  super  terram  memorati 
monasterii  residere  videntur,  distringen- 
dos  nec  ullas  redibitiones  aut  illicitas 
occasiones  perquirendas  ullo  unquam  tem- 
pore ingredi  audeat  vel  exactare  prae- 
sumat.  Et  quicquid  de  rébus  praefati  mo- 
nasterii fiscus  sperare  poterat,  totum  nos 
pro  aeterna  remuneratione  praedicto  mo- 
nasterio  concedimus,  ut  perpetuis  tempo- 
ribus  in  alimoniam  pauperum  &  stipendia 
monachorum  ibidem  Deo  famulantium  pro- 


appendiciis  suis,  sicut  quondam  Leibulfus      ficiat    in   augmentum.    Et    quandoquidem 


cornes  per  auctoritatem  nostram  cum  No- 
toiie  archiepiscopo  ex  suo  alode  excam- 
biavit  &  jure  possedit  atque  per  cartam 
donationis  praefato  contulit  monasterio. 
Necnon  &  in  pago  Ucetico  donamus  cel- 
lulam  proprietatis  nostrae,  quae  nuncu- 
patur Casa-nova,  quae  sita  est  juxta  locum 


divina  vocatione  supradictus  abba  &  suc- 
cessores  ejus  de  hac  luce  migraverint, 
quamdiu  ipsi  monachi  inter  se  taies  inve- 
nire  potuerint,  qui  ipsam  congregationem 
secundum  regulam  sancti  Benedicti  regere 
valeant,  per  hanc  nostram  auctoritatem  & 
consensum,  sicut  in  aliis  eorum  continetur 


qui  vocatur  Gordanicus  super  fluvium  Ci-  praeceptis  a  nobis  vel  genitore  nostro  sibi 
cer,  sicut  eam  &  genitor  noster  quondam  conlatis,  licentiam  habeant  semper  eli- 
possedit  &  nos  olim  praefato  monasterio      gendi  abbates,  quatenus   ipsis   servis  Dei 


per  auctoritatem  nostram  concessimus. 
Haec  omnia  praescripta  cum  omni  inte- 
gritate  praedicto  monasterio  per  banc 
nostrae  auctoritatis  donationem  perpetua- 
liter  concedimus  ad  stipendia  fratrum  ibi- 
dem Deo  famulantium,  ita  ut  quidquid  ab 
hodierno  die  &  tempore  de  praedictis  ré- 
bus facere  vel  ordinare  voluerint  ministri 
loci  ipsius,  libero  in  omnibus  perfruantur 
arbitrio.  Quamobrem  hanc  praeceptionem 
nostrae  auctoritatis  pro  firmitatis  studio 
fîeri  jussimus,  per  quam  omnino  praeci- 
pimus  atque  jubemus,  ut  nuUus  ex  fide- 


qui  ibidem  Deo  famulari  videntur  pro  no- 
bis &  conjuge  proleque  nostra  &  stabili- 
tate  totius  imperii  a  Deo  nobis  concessi 
vel  conservandi  jugiter  Domini  miseri- 
cordiam  exorare  delectetur.  Et  ut  haec 
auctoritas  nostris  futurisque  temporibus 
Domino  protegente  valeat  inconvulsa  ma- 
nere,  manu  propria  subscripsimus,  &  anuli 
nostri    impressione   signari   jussimus. 

Hirminmaris  notarius  ad  vicem  Hugonis 
recognovi. 

Data  XII  kalendas  novembris ,  anno 
Christo    propitio    xxiv    imperii    domni 


I 


An 
837 


20D 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


206 


Hliidovicî  piissîmi  augusti,  indictione  xv.      nostra  largicione  vel  cum  reliquîs  posses- 


Actum    Aquisgrani    palatio    regio,    in    Dei 
nomine  féliciter.  Amen. 


94' 


sionibus,  quas  in  presenti  possidet  vel 
queque  deincebs  in  jure  ipsius  monas- 
terii  aut  per  nos  aut  per  alios  quosque 
divina  pietas  augere  voluerit,  sub  nostro 
mundeburdo  nostraeque  libertatis  defen- 
sione  omni  tempore  persist[ére  manda]- 
mus.  Et  propterea  jubem'us  ut  nulla  po- 


Dîplôme  de  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,      testas  neque  quislibet  hominum  ipsas  pos- 
en  faveur  de  V abbaye  de  Joncels^.         """^  ~ 


An 
8.37 

juin. 


IN    nomine    sancte    &    individue   Trini- 
tatis.  Pipinus  divina   ordinante  provi- 
dentia  rex  universis  fidelibus.  Cum  locis 


sessiones  présumât  aliquando  a  potestate 
sive  dominacione  jamdicti  monasterii  mi- 
nuere  vel  subtrahere,  sed  liceat  Benedicto 
abbati  &  successoribus  suis  cum  ipsius  loci 
congregacione    sine    alicujus    amiracione 


Deo  dicatis  eisque  inibi  Deo  servientibus  quiète  integerrimeque  possidere.  Et  per 
quidpiam  muneris  conferimus,  id  nobis  nostram  aetiam  auctoritatem  nionachi  ibi 
procul  dubio    ad    aeterni    regni   premium      ^^o  servientes  liberam  semper  abeant  po- 


consequendum  profuturum  cognoscimus 
Quamobrem  noverit  soUercia  cunctorum 
sanctae  Dei  Aecclesiae  filiorum  {corr.  fide- 
lium),  quia  adiens  nostri  culminis  serenita- 
tem  Bene[dictus]  abbas  Sancti  Pétri  Juncel- 
lensis  monasterii,  quod  est  situm  in  territo- 
rio  Biterrense,  peciit  ut  ipsum  monasterium 
restrueremus  &  de  nostris  regalibus  bonis 
augeremus.  Cujus  denique  preces  clemen- 
ter  audivimus  &  ad  meliorandum  locum 
ipsi  servisque  Dei  illic  militantibus  bé- 
nigne aliquid  largiendum,  scilicet  de  Fonte 
Pallagii  usque  ad  Terram  Nigram,  abhinc 
aetiam  usque  ad  Fontem  Aider'  &  inde  us- 
que ad  Fontem  Orbi,  &  descendit  [usque] 
ad  terminum  Tabule  &  inde  iterum  usque 
ad  Fontem  Pallagii,  ut  necessitatibus  eorum 
suplementum  conferatur;  predictum  au- 
tem    Juncellense    monasterium    cum    hac 

•  D.  Bouquet,  t.  6,  p.  676;  copie  ancienne, 
commmuniquée  par  M.  Paul  Meyer.  —  Les  remar- 
ques de  Baluze  sur  ce  diplôme,  Capitularia,  t.  2 
e.  1099,  &  Append'ix  ibid.,  c.  1398  &  1699,  "^ 
peuvent  subsister,  puisque  l'année  de  l'incarna- 
tion a  été  ajoutée  sur  l'ancienne  copie  que  nous 
avons  collationnée.  Le  copiste  aura  lu  anno  xxvi 
pour  anno  xxiv  &  aura  ajouté  de  sa  propre  auto- 
rité l'année  de  l'incarnation  calculée  sur  la  vingt- 
sixième  année  du  règne  de  Pépin  le  Bref.  Avec 
notre  modification,  la  date  est  bonne  &  répond  à 
l'année  838,  la  vingt-quatrième  du  règne  de  Pépin, 
roi  d'Aquitaine.  Remarquons,  d'ailleurs ,  que  la 
copie  a  bien  évidemment  altéré  le  texte  original 
dans  plusieurs  endroits.  [E.  M.] 

'  Allier,  dans  dom  Bouquet. 


testatem  ex  se  ipsis  abbates  eligere  secun- 
dum  beatissimi  Benedicti  regulam,  qua- 
tinus  pro  stabilitate  tocius  nostri  regni 
misericordiam  Dei  implorare  délectent.  Ut 
autem  haec  largicio  &  liberalitas  nostrae 
magnificentiae  rata  &  inconvulsa  omni 
tempore  permaneat,  manu  propria  subter- 
notavimus  &  anuli  nostri  inpressione  si- 
gillare  fecimus. 

Signum  Pipini  gloriosi  régis. 

Isachar  notarius  ad  vicem  Ermoldi  re- 
cognovit  &  signavit. 

Datum  mense  junio,  feria  III",  anno 
XXIV  '  Pipini  régis.  Actum  villa  Ponligo- 
nis  %  in  Dei  nomine  [féliciter.  Amen.J 


95, 


LUI 


An 
83- 


Éd.orig 

t.  I . 
col.  73. 

An 

837 


Charte  de  Pépin  I,  roi  d'Aquitaine,  en 
faveur  de  l'abbaye  de  la  Grasse  3. 

PIPPINUS*  ordinante  divinae  majestatis 
gratia  Aquitanorum  rex.  Si  liberali- 
tatis  nostrae  munere  locis  Deo  dicatis 
quiddam   conferimus  beneficii  &  necessi-    tembrè. 

'  La  copie  porte  xxvi. 

*  Dans  la  copie  ancienne,  Pons  Ugonis. 

'  Bibliothèque  du  Roi;  original,  Baluze,  Char- 
tes des  roisj  n°  6.  [Auj.  lat.  8837,  n»  7;  original 
en  parchemin;  les  attaches  du  sceau  plaqué  exis- 
tent encore.]  [A.  M.J 

*La  suscription  est  précédée  dans  l'original  d'une 
invocation  tachygraphique.  [A.  M.J 


An 
837 


207 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


108 


Ed.orig. 

t.  I, 
col.  74. 


tates  ecclesîasticas  ad  petitiones  servorum 
Dei  nostro  relevamus  juvamine  atque  re- 
gali  tuemur  munimine,  id  nobis  ad  morta- 
lem  vitam  temporaliter  transigendam  &  ad 
aeternam  féliciter  obtinendam  profutu- 
rum  liquide  credimus.  Igitur  noverit  saga- 
citas  seu  utilitas  omnium  fidelium  sanctae 
Dei  Ecclesiae  tam  presencium  quam  &  fu- 
turorum,  quia  vir  venerabilis  Agila,  abbas 
ex  monasterio  Sanctae  Mariae,  quod  est 
situm  super  fluvium  Orobione  in  confinia 
Narbonense  &Charcasense,  obtulit  obtuti- 
. bus  nostris  auctoritates  immunitatis  domni 
&  genitoris  nostri  Hludovuici  serenissimi 
augusti,  in  quibus  est  insertum,  qualiter 
idem  genitor  noster  eundem  monasterium 
cum  cellulis  sibi  subjectis,  una  quae  voca- 
tur  Flexus  quae  est  constructa  in  honore 
sancti  Cucufati  in  territorio  Carcasense 
super  fluvium  qui  vocatur  Atax  cum  om- 
nibus appendiciis  vel  adjacenciis  suis,  alte- 
ram  quae  dicitur  Caputspina  que  est  di- 
cata  in  honore  sancti  Pétri  principis  Apos- 
tolorum  in  territorio  Narbonense,  terciam 
quae  nuncupatur  Palma  quae  est  sita  in 
territorio  Narbonense,  una  cum  congre- 
gationibus  ibidem  Deo  famulantibus,  ob 
amorem  Dei  tranquilitatemque  in  eisdem 
locis  consistentibus,  semper  sub  plenissima 
tuitione  &  immunitatis  defensione  consis- 
tere  fecisset;  sed  pro  rei  firmitate  postu- 
lavit  nobis  predictus  abbas  &  omnis  ejus 
congregatio,  ut  paternum  morem  sequen- 
tes  hujuscemodi  nostrae  immunitatis  prae- 
ceptum  ob  omorem  (sic)  Dei  &  reverenciam 
divini  cultus  erga  ipsum  monasterium  & 
cellulas  quae  infra  regnum  nostrum  sunt 
fieri  censeremus.  Cujus  petitioni  liben- 
ter  adsensum  prebuimus  &  hoc  nostrae 
auctoritatis  preceptum  immunitatis  atque 
tuitionis  gratia  pro  firmitatis  studio  & 
animae  nostrae  aemolumento  fieri  decre- 
vimus,  concedimusque  praedicto  monaste- 
rio Orobioni  omnes  fines  vel  terminia 
cum  appendiciis  suis,  sicut  Elisachar  fide- 
lis  genitoris  nostri  &  Oliba  comes  termi- 
naverunt,  cum  cellula  sibi  coherenti  quae 
dicitur  Vinosolus,  &  alteram  quae  voca- 
tur Flexus  quae  est  constructa  in  honore 
sancti  Cucufati,  in  territorio  Carchasensi 
super  fluvium  qui  vocatur  Atax  cum  om- 
nibus appendiciis  &  terminiis  suis,  sicut  a 


Bellone'  cofmijte  &  Gisclafredo  filio  ejus 
terminatum  est.  Idcirco  praecipimus  at- 
que jubemus,  ut  nullus  judex  publicus 
aut  quislibet  ex  judiciaria  potestate  ne- 
que  ullus  ex  fidelibus  nostris  tam  presen- 
tibus  quam  &  futuris  in  cellulas  aut  in 
ecclesias  vel  loca  sive  agros  seu  reliquas 
possessiones  quas  in  quibuslibet  pagis  & 
territoriis  infra  ditionem  regni  nostri  pos- 
sident,  vel  quicquid  ibidem  propter  divi- 
num  amorem  conlatum  fuit,  vel  quicquid 
etiam  deinceps  in  jure  ipsius  sancti  loci 
aut  per  nos  aut  per  alios  fidèles  nostros 
voluerit  divina  pietas  augeri  ;  ad  causas 
audiendas,  vel  freda  exigenda,  aut  mansio- 
nes  vel  paratas  faciendas,  aut  fideijussores 
toUendos,  aut  homines  ipsius  monasterii 
tam  ingenuos  quamque  &  servos  super,  ter- 
ram  ejusdem  commanentes  distringendos, 
nec  ullas  redibitiones  aut  inlicitas  occan- 
siones  requirendas ,  nostris  nec  futuris 
temporibus  ingredi  audeat  vel  ea  quae  su- 
pra memorata  sunt  penitus  exigere  presum- 
mat.  Concedimus  etiam  propter  aemolu- 
mentum  anime  nostrae,  ut  quicquid  Spani 
praedicto  monasterio  dederunt  de  hoc  quod 
ex  eremo  traxerunt,  quem  adprisionem  vo- 
cant  &  per  preceptum  genitoris  nostri  & 
nostro  tenere  videntur,  ut  sint  sub  nos- 
tro mundeburdo  vel  immunitatis  tuitione, 
sicut  cetere  alie  res  eidem  monasterio  per- 
tinentes; &  si  in  antea  ex  predictas  res, 
casas,  vineas  videlicet  aut  terras  ipso  in 
loco  dare  voluerint,  licenciam  habeant.  Et 
liceat  praefato  abbati  suisque  successori- 
bus  res  ejusdem  monasterii  cum  cellulis 
sibi  subjectis  &  rébus  vel  hominibus  aspi- 
cientibus  vel  pertinentibus  sub  tuitionis 
atque  immunnitatis  nostrae  defensione,  re- 
mota  tocius  judiciaria  potestatis  inquie- 
tudine,  quieto  ordine  residere.  Et  quic- 
quid de  prefatis  rébus  monasterii  jus  fisci 
exigere  poterat,  in  nostra  aelemosina  in 
integrum  eidem  concessimus  monasterio, 
[scili]cet  ut  perpetuo  tempore  eis  ad  per- 
agendum  Dei  servicium  augmentum  & 
supplementum  fiât.  Volumus  etiam  atque 

'  Le  texte  porte  certainement  Bellone;  D.  Vais- 
sete  &  la  plupart  des  anciens  éditeurs  avaient  lu 
Dellone ;  c'est  la  seule  fois  que  le  nom  de  ce  comte 
paraît  dans  les  textes.  [A.  M.] 


An 
837 


An 
837 


209 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


110 


Ed.orig. 

t.  I, 
col.  75. 


Ans 

838-840 
18  mars. 


precipimus,  ut  si  adversus  jamdictum  ab- 
batem  ejusque  successoribus  vel  etiam  1110- 
nachis  ibidem  Deo  famulantes  eorumque 
rébus  vel  familia  alique  causae  surrecte 
vel  orte  fuerint,  aut  etiam  ullus  sit  qui  de 
eorum  rébus  abstrahere  vel  minuare  co- 
gat,  nuUatenus  praesummat  nec  eos  dis- 
tringere  neque  de  eorum  rébus  aliquid 
minuare,  quousque  in  presenciam  nos- 
tram  vel  comitis  palacii  nostri  sint  sus- 
pense vel  reservate,  quatenus  inibi  cuncta 
ad  eos  pertinencia  secundum  aequitatis 
ordinem  diffiniantur.  Et  quandoquidem 
divina  vocatione  supradictus  abba  vel  suc- 
cessores  ejus  de  hac  luce  niigraverint, 
quamdiu  ipsi  monachi  inter  se  taies  inve- 
nire  potuerint  qui  ipsam  cougregationem 
secundum  regulam  sancti  Benedicti  regere 
valeant,  per  hanc  nostram  auctoritatem 
&  consensum  licenciam  habeant  eligendi 
abbates.  Et  ut  haec  auctoritas  a  fidelibus 
sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostris  firmius  cre- 
datur  diligenciusque  conservetur,  manu 
propria  subter  firmavimus  &  anuli  nostri 
impressione  sigillari  jussimus. 

Signum  (locus  monogrammatis)  Pippini 
gloriosissimi  régis. 

Albericus  clericus  ad  vicem  Isaac  recog- 
novi  &  subscripsi. 

Data  tertio  nonas  septimbres,  inditione 
prima,  anno  Christo  propicio  XXV  rég- 
nante domno  Hludovuico  serenissimo  au- 
gusto,  &  XXITII  regni  nostri.  Actum  sanc- 
tum  Martinum  in  Campania,  in  Dei  no- 
mine  féliciter.  Amen. 


96. 

Donation  faite  par  Aliard  6*  sa  femme 
Rametrude  à  Vahhaye  d'Aniane  ' . 

SACROSANCTOQUE  ac  venerabili  loco 
Aniano  monasterio,  quod  situm  est  in 
territorio  Magdalonense,  in  honore  Do- 
mini  &  Salvatoris  nostri  Jhesu  Christi  & 
sancte  ac  semper  virginis  Marie  genitricis 
ejus  &  aliorum  plurimorum  sanctorum, 
ubi  vir  venerabilis  Elias  abbas  preesse  dis- 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Aniane,  f°  127  r". 


Ans 

noscitur.  Ego  in  Dei  nomen  Aliarduo  &  838-840 
uxor  mea  Rametrudis  donamus  donatum- 
que  imperpetuum  esse  volumus,  pro  ani- 
marum  nostrarum  remedio  seu  pro  cterna 
retribucione  seu  animabus  genitoris  &  ge- 
nitricis mee  Aroaldi  seu  Deidone,  dona- 
mus jamdicto  monasterio  seu  rectoribus 
illius  presentibus  &  futuris,  in  pago  Bit- 
terrense,  in  villa  Franconica  vel  stagno 
Piperello  seu  infra  terminium  ipsius  ville; 
donamus  omnem  porcionem  nobis  debi- 
tum  cum  omni  fundo  possessionis,  in  do- 
mibus,  in  curtis,  in  vineis,  in  ortis,  in 
campis,  in  pratis,  in  pascuis,  in  arboribus 
pomiferis  &  impomiferis,  terris  cultis  & 
incultis,  garricis,  molendinis,  &  exeis  & 
regressis,  cum  omnibus  adjacenciis  suis, 
quicquid  in  predicta  villa  visi  sumus  ha- 
bere  vel  possidere  vel  quicquid  adhuc  Deo 
propicio  adquirere  vel  augmentare  po- 
tuerimus;  ea  racione  ut  quandiu  vixeri- 
mus  ipsas  res  per  vocem  ac  licenciam  seu 
beneficio  de  habitatoribus  illius  monas- 
terii,  sicut  inter  nos  &  illos  convenit,  usu- 
fructuario  teneatis  (j/c),  &  per  singulos 
annos  ad  dedicationem  basilicae  Sancti  Sal- 
vatoris predicti  monasterii  in  censum  ip- 
sius unum  modium  de  annona  &  unum  de 
vino  solvere  debeamus,  &  nichil  de  ipsis 
rébus  alicui  homini  donare,  vendere  aut 
commutare  habeamus  licenciam  neque  de- 
minuere,  sed  semper  in  melius  augmen- 
tare. Post  obitum  vero  nostrum,  ipsa  abs- 
que  ulla  tarditate  vel  alterius  assignacione 
pars  uniuscujusque  nostrum  qui  prior  de 
hoc  seculo  migraverit  ad  predictum  rever- 
tatur  monasterium.  Si  quis  sane,  nos  aut 
aliquis  de  heredibus  nostris,  quod  minime 
futurum  credimus,  seu  quelibet  persona 
contra  hanc  donacionem  nostram  venire 
decreverit  aut  eam  infrangere  conaverit, 
componat  parti  ipsius  monasterii  ipsas  res 
melioratas  duplas,  &  hec  presens  donacio 
nostra  inrumpi  non  valeat,  sed  semper  in 
sua  maneat  firmitate,  omni  stipulacione 
subnixa  seu  fisci  tuicione  firmissima.  Facta 
cartula  donacionis  XV  kalendas  aprilis,  im- 
perii  magni  nostri  Hlodovici  imperatoris. 
S.  Aliardo.  S.  Rametrude,  qui  hanc  car- 
tulam  fieri  seu  firmare  rogavimus.  S.  Roma. 
S.  Sibarnardo.  S.  Tateranno.  S.  Teothberto. 
S.  David.  S.  Dadilane.  S.  Ebromare.  S.  Ga- 


Ans 

838-840 


211 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


212 


sanialdas.  Ingila  indignus  presbîter  hanc 
donacionem  rogitus  scripsit,  die  &  anno 
quo  supra. 


97.  —  LIV 

Charte  de  Louis  le  Débonnaire  en 
faveur  de  quelques  juifs  de  la  Sep- 
timanie  '. 

IN  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nos- 
tri  Jesu  Christi.  Ludovicus  divina  re- 
propitiante  clementia  imperator  augustus. 
Licet  apostolica  lectio  maxime  domesticis 
fidei  nos  bonum  operare  commoneat,  cé- 
leris quoque  omnibus  idem  facere  benivola 
devotione  non  prohibet,  sed  potius  ut  res- 
pectu  divinae  misericordiae  propensus  exa- 
quamur  hortatur.  Proinde  comperiat  om- 
nium sanctae  Dei  Ecclesiae  nostrorumque 
tam  praesentium  quam  futurorum  solertia, 
quia  dilectus  frater  noster  Hugo  venera- 
bilis  abba  &  sacri  palatii  nostri  summus 
notarius  quosdam  Hebraeos,  Gaudiocum 
videlicet  &  Jacobum  atque  Vivacium  filios 
suos,  in  nostram  introduxit  praesentiam 
eorumque  querimonias  tam  suis  quam  illo- 
rum  relatione  didicimus.  Suggesserunt  ita- 
que  culminis  nostri  clementiae,  qualiter 
quibusdam  adversitatibus,  imo  depraeda- 
tionibus  quorumdam  malivolorum  prae- 
ceptum  auctoritatis  nostrae,  quod  eis  olim 
super  rébus  quibusdam  quae  dicuntur  Va- 
lerianis  sive  Bagnilis  ex  progenitorura  suo- 
rum  possessione  sibi  jure  competentibus 
feceramus,  per  quam  eas  quiète  possidere 
valuissent,  amiserint;  suppliciter  nostram 
expetentes  mansuetudinem,  ut  eis  memo- 
ratam  auctoritatis  nostrae  praeceptionem 
denuo  rescribi  sibique  tribui  juberemus, 
per  quam  memoratas  res  quieto  ordine 
absque  cujuspiam  contradictione  aut  in- 
quietudine  in  posterum  observarevalerent. 
Quorum  petitionibus  ob  divinum  amorem 
libenter  aurem  accomodantes,  hos  nostros 
impériales  apices  eis  fieri  ac  dari  decrevi- 
mus,  per  quos  praecipimus  atque  jube- 
mus,  ut  memorati  Hebraei  eorumque  pos- 

'  Archives  de  l'abbaye  de  la  Grasse. 


teritas  memoratas  res  cum  omnibus  ad  se 
pertinentibus  vel  aspicientibus,  id  est  cum 
domibus  ceterisque  aedificiis,  terris  cultis 
&  incultis,  vineis,  pratis,  pascuis,  aquis 
aquarumve  decursibus,  molendinis,  exiti- 
bus,  egressibus  &  regressibus,  absque  cu- 
juslibet  contrarietate  aut  detentione  sive 
minoratione  per  hanc  nostram  auctorita- 
tem  teneant,  possideant.  Et  quidquid  de  eis 
jure  proprietario  ordinare,  disponere  aut 
facere  vendendo,  donando  vel  commu- 
tando  voluerint,  liberam  in  omnibus  ha- 
beant  potestatem,  neque  quispiam  eis  de 
saepedictis  rébus  ullam  calumniam  aut  in- 
quietudinem   generare    audeat,   sed   liceat 

secure  atque  quiète Et  ut  haec  auctori- 

tas  confirmationis  nostrae  inviolabilem  at- 
que inconvulsam  obtineat  firmitatem,  more 
nostro  eam  subterscribere  &  de  bulla  nos- 
tra  jussimus  assignari. 

Dataoctavokalendas  martii,annoChristo 
propitio  vicesimo  sexto  imperii  domini  Lu- 
dovici  piissimi  augusti,  indictione  secunda, 
Actum  Francofurd  palatio  regio,  in  Dei  no- 
mine féliciter.  Amen. 


98. 

Donation  du  comte  Sunifred  à  V église 
d'UrgeV, 

IN  Dei  omnipotentis  nomine  &  Salvatorîs 
nostri  Jhesu  Christi,  temporibus  dompni 
&  piissimi  imperatoris  nostri  Hludovici, 
Ego  Suniefredus  umillimus  &  pusillus  om- 
nium serviencium  Deo,  ob  Domini  amore 
&  helemosina  jamdicli  piissimi  augusti  & 
clementissimi  piissime  &  clementissime  gu- 
bernans  imperium,  ab  illo  accepta  potes- 
tate  qualem  in  hoc  habere  videor,  prop- 
ter  illum  &  refrigerium  animae  meae  do  & 
concedo  ad  domum  vocitatam  domnae  meae 
semper  virginis  Mariae  sedis  Orgellita- 
nae,  quae  antiquitus  a  fidelibus  constructa 
&  ab  infidelibus  destructa  atque  a  paren- 
tibus  nostris  temporibus  domni  &  piissimi 
Karoli  imperatoris  restaurata  esse  a  mul- 

•  Cartulaire  de  révêché  d'Urgel.  —  Baluze,  Ar- 
moires, t.  117,  p.  363. 


An 
839 


Éd.orig 
t.  1, 

col.  76 


An 
840 

3  jan- 
vier. 


An 
840 


2l3 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


214 


tis  scientibus  non  est  ambiguum,  modiata  i 
ex  terra  arabile,  que  ex  mortuorum  terra 
sub  nostro  beneficio  ad  vivencium  minis- 
tres ecclesiarum  &  Deo  militantes  atque 
degentes  sub  ipsius  regimine  sedis  ad  illius 
obsequium  &  honorem  voiumus  esse  man- 
surum;  que  modiata  est  in  suburbio  Or- 
gellitano  prope  ecclesiam  beatorum  apos- 
tolorum  Pétri  &  Andreae,  que  ex  duobus 
lateribus  terminatur  terra  ipsius  ecclesiae 
sedis  in  que  hoc  ex  Dei  miseracione  con- 
cedimus,  ex  alio  namque  latere  vinea  ex 
proprio  domni  Sisebuti  antistis  illam  re- 
gentis,  ex  tercio  vero  latere  torrens  quo- 
que  circumiens.  Hista  namque  superius 
nominata  sano  animo,  sana  mente  iutegro- 
que  consilio  ad  domum  jamdictae  dompnae 
meae  semper  virginis  Mariae  &  ibi  degen- 
tes cum  antiste  qui  fuerit  ob  helemosina 
jamdicti  piissimi  augusti  &  remedium  ani- 
mae  meae  mansurum.  Si  quis  sane,  quod 
fieri  minime  credo  esse  venturum,  quod 
si  ego  jamdictus  Suniefredus  comis  aut 
aliquis  de  fîliis  vel  de  heredibus  seu  quis- 
libet  homo  contra  hanc  dotem  donacionis 
venire  temptaverit,  primum  ira  Dei  incur- 
rat,  postea  vero  coactus  auri  libra  com- 
ponere  compellatur  &  in  antea  donacio 
ista  firmis  existât.  Facta  donatione  sub 
die  tercio  nonas  januarii,  anno  vicesimovi 
imperante  domno  nostro  Hludovico.  fSu- 
niefredus  qui  hanc  donatione  beneficii 
feci.  t  Dotila  archipresbiter.  f  Primus. 
t  Avanta.  f  Altimirus.  f  Desiderius.  fH- 
digernus.  f  Biritus.  f  Ibirus.  t  Teodosius 
clericus.  t  Crispo.  f  Cometales  levita  qui 
hanc  dotem  vel  donationem  rogitus  scribsi, 
&  fdie  &  anno  quo  supra. 


99. 

Diplôme  de  l'empereur  Lothaire  pour 
l'église  d'Elne  '. 

N  nomine  Domini  nostri  Jesu  Christi  Dei 

aeterni.  Lotharius  divina  ordinante  pro- 

videntia  imperator  augustus.  Omnibus  fide- 


'  Marca  Hispanlca,  Appcndix,  c.  776}  d'après  le 
cartulaire  d'Elne, 


libus  sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostris  prae- 
sentibus  scilicet  &  futuris  notum  sit,  quia 
Salomon  episcopus  nostrae  petiit  pietati 
ut  ecclesiae  suae  quasdam  villas  &  terras 
vocatam  Sancti  Felicis  cum  omnibus  ap- 
penditiis  suis,  &  villam  quae  dicitur  Tor- 
rente  &  Alamannis  villa  &  pro  congruentia 
ecclesiae  suae  territorium  a  Petrafita  usque 
super  sua  claustra,  cellulam  Sancti  Juliani 
vel  terras  quas  sui  homines  ex  eremo  traxe- 
runt,  necnon  &  mediam  partem  mercati 
concederemus;  quod  &  pro  emolumento 
animae  nostrae  prompta  voluntate  feci- 
mus.  Ideoque  parti  praefatae  ecclesiae  has 
nostras  litteras  fîeri  jussimus,  per  quas 
decernimus  atque  jubemus,  ut  nullus  fide- 
lium  sanctae  Dei  Ecclesiae  ullo  unquam 
tempore  de  praefatis  rébus  quamlibet  in- 
ferre praesumat  molestiam,  sed  liceat  eis 
rectoribus  ipsius  loci  quiète  frui  &  nos- 
tram  exorare  incolumitatem.  Et  ut  haec 
auctoritas  largitionis  nostrae  firmius  ha- 
beatur  &  per  futura  tempora  melius  con- 
servetur,  manu  propria  subterfirmavimus 
&  anuli  nostri  impressione  signari  jussi- 
mus. 

Signum  Lotharii  gloriosissimi  augusti. 
Balsamus  notarius  recognqvi. 

Data  VII  idus  aprilis,  anno  Christo  pro- 
pitio  imperii  domini  Lotharii  gloriosissimi 
augusti  in  Francia  i,  in  Italia  xxviii",  in- 
dictione  III.  Actum  Clunaco  villa,  in  Dei 
nomine  féliciter.  Amen. 


An 
840 


100. 


I.V 


Exécution  du  testament  d'un  seigneur 
appelé  Teuhert^. 

IN  nomine  Domini.  Ego  Teudericus  &  Éd.orig 
Graginus  &  Terdericus  presbiter  &  Fer- 
raldus,  qui  sumus  elemosinarii  condam 
qui  fuit  Teuberti,  comendavit  nobis  suam 
elemosinam  per  suum  andanlangum  &  per 
paginam  testamenti  sui,  quod  manibus  suis 
eum  adfirmavitvel  conscribere  rogavi  (j/c), 

'  Le  texte  porte   In  Italia  viii,  Indlctlone  xii. 

[A.  M.J 
*  Cartulaire  d'AnJane,  f"  izS  r"» 


t.  I, 
col.  76. 


An 
84Z 

29  sep- 
tembre. 


An 
842 


2l5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


216 


vel  pluresque  personarum  adfirmaverunt 
vel  subterfirmaverunt  atque  roboraverunt, 
ita  commeiidavit  nobis  ut  omnis  res  suas 
mobiles  tam  immobiles  eas  donare  fecisse 
fecissemus  tam  in  sacerdotibus  quam  & 
in  pauperibus  vel  eciam  in  monasteriis 
si  que  tam  sucemancipia  deliberare  fecis- 
semus, vel  etiam  ut  de  suum  alodem  ad 
Amalberto  donare  fecissemus.  Ita  nos  pre- 
dicti  elemosinarii  donamus  tibi  Admal- 
berto  in  villa  Franconica,  qui  vocatur 
stagno  Piperella,  qui  est  in  territorio  Bit- 
terrense,  quantumcumque  in  ipsa  villa 
vel  in  sua  terminia   ille  qui   fuit  condam 


loi.  —  LVI 

Charte  du  roi  Charles  le  Chauve  en 
faveur  d'un  de  ses  vassaux^  appelé 
Milon  ' . 


EXEMPLAR   AB    OBTENTICO   FIDELITER 
TRANSLATA 

IN'  nomine   sanctae   &    individue  Trini-    Éd.orig 
tatis.    Karolus  gratia    Dei   rex.   Regalis     coi.  77. 

Teutbertus  habebat  quia  ex  comperacione  celsitudinis    moris   est  fidèles   suos  hono-   

illius    abuerit,    quantumcumque    in    ipsa  ribus    multiplicibus    &   beneficiis    ingen-       An 

villa  vel  in  sua  terminia  ille  habebat  que-  tibus  honorare  atque   sublimare.  Proinde        "^^ 

situm  vel  ad  inquirendum ,  vel  adhuc  Deo  ergo  noverit  omnium  fidelium  nostrorum    cgmbrë 

propicio  deinceps  coinquire  (jzc)  potueris,  tam  presentium  quam  futurorum  sagacitas, 

&   cum    ipsa   ecclesia    que    est  fundata    in  quia  Miloni  fideli  nostro  concedimus  quos- 

ipsa  villa  in  honore  sancte  Marie.  Simili-  dam   res  juris  nostri  jure  proprietario  ad 

ter    tibi    donamus    ad     justissimo    ordine  possedendum,  que  sunt  site  in  pago  Petre- 

ereditario,    sed    in    alio    loco    qui    est    in  Pertuse  :  villares  videlicet  Buzinacum,  & 

predicto    territorio    Biterrense,    in    villa  Palaerago,   &  Cordarias,  &  Menerbules, 

Marguliago,  vel  in  villa  Barcianicas,  &  in  seu  Cubiziano,  atque  mansiones  cum  om- 

villa  Vapres  tibi  donamus  ad  proprio,  &  nibus  eorum  integritatibus;  in  pago  etiam 

in  villa   Pupiano   similiter   tibi   donamus,  Fenuleto,    concedimus    ei    villares   Petra- 

quantum  in  ipsas  villas  vel  in  sua  terminia  ficta,    Monedarias  ,    Amariolas,    Folietes, 

ibidem  habet,  totum  &  ab  integrum  dona-  Librarium   similiter   cum   omnibus   eorum 

mus,  in  casis,  casaliciis,  curtis,  ortis,  ogla-  appendiciis,  &  quantumcumque  in  hisdem 

tis,  vineis,  terra  culta  &  inculta,  pratis,  villis  nostrae  videtur  esse  proprietatis  :  ea 

pascuis,   silvis,  garricis,  arboribus  pomi-  videlicet  condicione,  ut  quemadmodum  de 

feris  &  impomiferis,  aquis  aquarum  sive  reliquis  suis  proprietatibus,  ex  suprataxa- 

decursibus,  cum  omnis  adjacencias  earum  tis  rébus  per   nostrae    largitionis  precep- 

sive  pertinentes;  omnia  &  in  omnibus  tibi  tum    liberam   &  firraissimam    in    omnibus 

donamus  &  tradimus  ad  proprio,  ut  potes-  habeat   potestatem    faciendi   quicquid   vo- 

tatem  &  inde  habeas  habendi,  vendendi,  luerit,   tam    donandi    quam  vendendi   seu 

solvendi   seuque   mutandi    in   Dei   nomen  &   comutandi  vel    etiam    eredibus    relin- 

&  in  omnibus  habeas  potestatem.  Sane  si  -quendi.   Et  ut   hec   auctoritas  verius  cre- 

quis  contra  hanc  donacionem  ad  nos  facta  datur  firmiorque  permaneat,  manu  nostra 

venerit  ad  exquirendum,  aut  nos  elemosi-  subterfirmavimus    &   anuli    nostri    inpres- 

narii  venerimus  verquislibet  homo,  tune  sione  subter  eam  sigillari  decrevimus. 

componat  nobis  ista  omnia  predicta  dubla  Signum  (/ocuj  monog-rûmmatii)  Karoli  glo- 

vel    meliorata,   vel    quale    adeo    tempore  riosissimi  régis, 
karius  valere  potuerit,  &  in  antea  donacio 

ista   firma   permaneat   omnique    tempore.  ,n-ii-    i<         1             ni 

„               ,         '   .                        111                   1     .  Bibliothèque  du    roi;  Baliize,  Chartes  des  ron, 

facta    donacione    m    kalendas   octobns,  r.    •       ^■,l.   ■    a                  10 

'  n.  7.  [Aiijourd  hui    Armoires,   vol.   090,    n.    477; 

anno  m  quod  abiit  Lodowicus  imperator,  ^^p^,  ^^^^^^e  du  onzième  siècle.  En  tête  de  la  ligne 

tradidit  regnum  in  ipsius  manus  filii  Hlu-  qui  contient  la  souscription  du  roi  &  du  chance- 

teno.  lier,  la  copie  porte  ces  mots  :  Alla  manus.\  [A.  M.] 

*  Dans  la  copie,  on  a  imité  l'invocation  mono- 
grammatique  de  l'original.  [A.  M.j 


é 


An 


217 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


218 


Ans 

842-84.3 


An 
843 

23 

janvier. 


Jonas  notarius  ad  vicem  Hludoici  res- 
cribui  &  subscripsi  die  &  anno  quo  su- 
pra '. 

Data'  Viiii  kalendas  januarii,  anno  ter- 
tio, indictione  quinta,  régnante  Karulo 
gloriosissimo  rege.  Actuni  Carisaico  regio 
palatio,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


102. 

Vente  faite  à  l'abbaye  de  Cannes  par 
Undesindey  clerc j  6*  sa  femme  Vin- 
deline^. 

UNDESINDUS  clericus  &  uxor  ejus  Vin- 
delina  vindiderunt  Gondesalvio  ab- 
bati  Caunensi  &  ejus  congrégation!  très 
partes  molini  siti  in  territorio  Narbonensi 
suburbio  Ventaionensi,  tennino  villae  Te- 
setauni  in  quo  Austwaldus  habitabat,  pre- 
tio  XX  solidorum.  Facta  cartula  venditio- 

nis  tertio  nonas ,  anno  tertio  quo  obiit 

domnus  Ludovicus  imperator. 


io3. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  fa- 
veur d'un  de  ses  fidèles,  nommé  Sic- 
fred\ 


r, 


nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  enim 
congruis  &  opportunis  fidelium  nostrorum 
petitionibus  libenter  assensum  praebere 
non  differimus,  regiae  dignitatis  debitam 
consuetudinem  exercemus,  devoteque   ac 

'  Ces  derniers  mots  :  Die  &  anno  quo  supra,  sont 
certainement  de  l'invention  du  copiste  du  onzième 
siècle.  [A.  M.] 

'  Ici  la  copie  porte  encore  les  mêmes  mots  ;  Al'ta 
manus.  [A.  M.] 

^  Monastlcon  Bened'ut'inum,  t.  VII,  lat.  12664, 
f°  276. 

*  Cartulaire  du  Canigou.  —  Marca  Hispanica, 
Appendix ,  c.  778.  —  Recueil  des  historiens  de 
France,  t.  8,  p.  486. 


fîdeliter  nobis  jure  famulantes  honoribus 
plurimis  honoramus,  non  solum  in  hoc 
praedecessorum  regum  actus  imitamur, 
verum  etiam  in  hoc  eosdem  nobis  devotio- 
res  ac  fideliores  nullatenus  affore  dubi- 
tamus.  Quocirca  noverit  omnium  sanctae 
Dei  Ecclesiae  nostrorumque  fidelium  tam 
praesentium  quam  &  futurorum  solertia, 
quia  concedimus  cuidam  fideli  nostro  no- 
mine Sicfrido  &  per  hanc  nostram  auctori- 
tatem  largimur  ob  devotionem  servitii  sui 
compendium  (,5Ïc)  quasdam  res  juris  nostri 
quae  ita  noscuntur  fore  :  in  pago  Russilione 
villa  videlicet  quae  vocatur  Kanoas  cum 
suis  omnibus  appenditiis,  &  in  pago  Con- 
fluente  villa  quae  vocatur  Prata  cum  man- 
cipiis  quae  ad  idem  Confluente  pertinent, 
seu  etiam  in  pago  Cerdaniae  villa  quae  vo- 
catur Montelianos  &  Zencurrio,  in  pago 
Orjel  villa  quae  vocatur  vallis  Andorra 
cum  suis  omnibus  appenditiis,  totum  ad 
integrum  per  hanc  nostram  largitionem, 
sicut  nos  habere  cernebamur.  Ea  videlicet 
conditione,  ut  quemadmodum  de  reliquis 
rébus  suis,  proprietatibus  ac  suprascriptis 
rébus  cum  omni  integritate  per  hoc  nos- 
trae  largitionis  praeceptum  cum  mancipiis 
utriusque  sexus,  cum  terris,  pratis,  pas- 
cuis,  silvis,  montanis,  aquis,  aquarum  de- 
cursibus  &  omnibus  adjacentiis  vel  quic- 
quid  dici  aut  nominari  potest,  liberam  & 
firmissimam  in  omnibus  habeat  potestatem 
faciendi  quicquid  elegerit,  tam  donandi 
quam  vendendi  seu  commutandi  vel  etiam 
heredibus  relinquendi.  Et  ut  haec  auctori- 
tas  verius  credatur  atque  permaneat,  manu 
nostra  subterfirmavimus  &  anuli  nostri  im- 
pressione  decrevimus  sigillari. 

Signum   Karoli  gloriosissimi   régis. 

Aeneas  notarius  ad  vicem  Ludovici  reco 
gnovi. 

Data  X  kalendas  februarias ,  indictione 
VI,  anno  III  regni  praecellentissimi  ré- 
gis Karoli.  Actum  Atravato  monasterio 
Sancti  Vedasti,  in  Dei  nomine  féliciter. 
Amen. 


An 
843 


219 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


220 


104. 


LXIII 


[Nous  rétablissons  ici  la  pièce  LXIII,  que  les  Bé- 
nédictins avaient  placée  après  les  suivantes,  datées 
par  erreur  de  l'année  843.  Voir  plus  bas,  c.  289.] 

Charte  du  roi  Charles  le  Chauve  en 
faveur  de  Véglise  de  Toulouse  6* 
des  monastères  de  la  Daurade  6* 
de  Saint-Sernin\ 

IN  nomine  sanctae  &  iiidividuae  Trinita- 
tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Omnibus 
episcopis,  abbatibus,  ducibus,  comitibus, 
vicariis,  centenariis  &  actionariis,  missis 
discurrentibus  notum  sit,  quia  si  petitioiii- 
bus  sacerdotum  ac  servorum  Dei,  que  pro 
oportunitatibus  locis  congruunt,  aurem  ac- 
commodamus  &  ad  effectum  perducimus, 
regiam  consuetudinem  exercemus  &  nobis 
ad  mercedem  vel  stabilitatem  regni  nostri 
proficere  non  ambigimus.  Igitur  cognoscat 
utilitas  seu  solertia  omnium  fidelium  nos- 
trorum  tam  praesentium  quam  &  futuro- 
rum,  quia  vir  venerabilis  Samuel  '  Tolosane 
ecclesiae  civitatis  episcopus,  quae  est  con- 
structa  in  honore  sancti  Stephani  seu  &c 
sancti  Jacobi  apostoli,  detulit  serenitati 
nostrae  immunitates  domni  &  genitoris 
nostri  Ludovici  bonae  memoriae  serenis- 
simi  imperatoris  &  regum  praedecessorum 
nostrorum,  qualiter  ipsam  sedem  cum  mo- 
nasterio  Sanctae  Mariae,  quod  est  infra 
muros  ipsius  civitatis,  cum  omnibus  ap- 
penditiis  suis  necnon  &  monasterium 
Sancti  Saturnini  martyris  haud  procul  ab 
eadem  urbe  constructum,  ubi  in  corpore 
requiescit,  cum  omnibus  rébus  &  homini- 
bus  ibidem  aspicientibus,  propter  amorem 
Dei  &  reverentiam  eorumdem  sanctorum 
sub  plenissima  semper  defensione  &  im- 
munitatis  tuitione  habuissent;  sed  pro  fir- 
mitatis  studio  petiit  idem  episcopus,  ut 
circa  praedicta  loca  sanctorum  denuo  & 
alia  pro  mercedis  nostrae  augmento  con- 
cedere  &  confirmare  deberemus.  Cujus  pe- 


'  Archives  de  l'église  de  Toulouse. 
moires  de  l'histoire  de  Languedoc,  p. 
'  Far.  Samuhel. 


Catel,  Mé- 


titionem  pro  divino  amore  renuere  no- 
luimus,  sed  in  omnibus  &  concedimus  & 
volumus,  ut  fidèles  sanctae  Dei  Ecclesiae 
&  nunc  &  in  futurum  omnia  a  nobis  con- 
firmata  esse  cognoscant.  Insuper  etiam  per 
ejus  petitionem  taie  beneficium  ex  nostra 
clementia  erga  ipsa  memorata  loca  sancto- 
rum concessimus,  ut  nullus  judex  publi- 
cus  neque  quislibet  ex  judiciaria  potestate 
neque  aliquis  ex  fidelibus  nostris  in  ec- 
clesias,  aut  loca,  vel  agros,  seu  reliquas  pos- 
sessiones  praedictarum  ecclesiarum  ,  quas 
moderno  tempore  in  quibuslibet  pagis  aut 
territoriis  infra  ditionem  regni  nostri  juste 
habere  ac  possidere  cognoscitur,  quidquid 
etiam  deinceps  in  jure  ipsorum  locorum 
sanctorum  Dei  voluerit  divina  pietas  au- 
geri,  ad  causas  audiendas  vel  freda  exi- 
genda  aut  mansiones  vel  paratas  faciendas 
nec  fideijussores  toUendos  aut  homines 
ipsarum  ecclesiarum  tam  ingenuos  quam- 
que  servos,  qui  super  terram  earum  re- 
sidere  videntur,  injuste  distringendos  nec 
uUas  redhibitiones  aut  illicitas  occasiones 
requirendas  ullo  unquam  tempore  ingredi 
audeat  vel  exactare  praesumatj  sed  liceat 
memorato  praesuli  suisque  successoribus 
sub  immunitatis  tuitione  quieto  tramite 
possidere  &  nobis  fideliter  deservire  &  una 
cum  clero  &  populo  sibi  subjecto  Domini 
misericordiam  exorare.  Et  ut  haec  aucto- 
ritas  nostris  futurisque  temporibus  Do- 
mino protegente  valeat  inconvulsa  ma- 
nere,  manu  propria  subterfirmavimus  & 
anulo  nostro  sigillari  jussimus. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 

[Jonas  diaconus  ad  vicem  Ludovuici  re- 
cognovit. 

Data  nonis  aprilis  ann...]  indictione  VI... 
[Actum...  airancus  villa  super  fluvium 
Tarni,   in  Dei    nomine  féliciter.  Amen'.] 

Ce  qui  est  entre  des  crochets  se   lit  dans 


'  Ces  derniers  mots  se  trouvent  dans  une  copie 
sur  parchemin,  du  douzième  siècle,  conservée  aux 
archives  de  la  Haute-Garonne.  Le  parchemin  ayant 
été  coupé  très  court  sur  le  côté,  il  a  pu  y  avoir 
disparition  d'une  lettre  initiale  au  mot  airancus. 
Cette  transcription  ancienne  est  évidemment  ce  que 
D.  Vaissete  appelle  l'original;  car  la  date  est,  en 
effet,  déchirée;  mais  ce  n'est  en  réalité  qu'une  cç- 
pie  du  douzième  siècle  assez  endommagée.  [E.  M.j 


An 
844 


Éd.orig 

t.  i  . 
C0I.8S. 


An 

844 


221 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


■222 


Éd.  orig. 
M, 

col.  77. 


An 
844 

aq  avril. 


Éd.on'g. 
col.  78. 


plusieurs  copies  de  cette  charte  qui  sont  aux 
archives  de  Saint-Estienne  &  de  Saint-Sernin 
de  Toulouse  ;  mais  dans  l'original  l'endroit 
de  la  date  est  déchiré,  &■  on  n'y  Ut  plus  que 
l'indiction  VI,  comme  nous  en  a  avertis  dom 
Jérôme  Deidier,  qui  a  vu  l'original. 


io5.  —  LVII 

Charte  du  même  roi  y  qui  donne  en 
bénéfice  le  lieu  de  Mè-^Cj  au  diocèse 
d'Agde  ' . 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita- 
tis.  Carolus  gratia  Dei  rex.  Si  quorum- 
cumque   fidelium    nostroriim   petitioiiibus 
benignum   commodamus  assensum,  regiae 
dignitatis  debitam   exercemus  consuetudi- 
nem     &    hoc    apud    aeternam    beatitudi- 
nem  nobis  prodesse  atque  ad  totius  nostri 
regni  utilitatem  pertinere  non  diffidinius. 
Quapropter  cognoscat  omnium  sanctae  Dei 
Ecclesiae    nostrorumque  fidelium    magni- 
tude,  quia    Ato    &    Epsarius    frater    ejus 
atque  sorores  filii  Arion,  necnon  &  Reg- 
nopulus  filius  Bi-aceronis   &  sorores  ejus 
nostris  obtulerunt  obtutibus  auctoritatem 
avi  nostri  Caroli,  qua  continebatur,  qua- 
liter  eorum  avus  quorumdam  paganorum 
fugientes   tyrannidem,  per  suam  auctori- 
tatem suae  clementiae  roboratam  eis  con- 
cessisset  quasdam  res  in  pago  Agathense, 
hoc  est  qui  nuncupatur  castrum  de  Me- 
soae   &  castrum    nuncupatum  Turrem   in 
jus  benefîciarium.  Unde  &  praedicti  fidèles 
nostri  nostram  deprecati  sunt  clementiam, 
ut  nos,   sicut  avus   noster  avis  eorum  & 
postmodum  domnus  genitor  noster  patri- 
bus  eorum  Arrio  seu  Ayxomo  postmodum 
per  auctoritatem  suam  concessit  atque  con- 
firmavit,  ita  &  nos  illis  pro  favore  conce- 
dere  dignaremur.  Quorum  petitionibus  as- 
sensum praebuimus  &  hanc  nostram  auc- 
toritatem   illis   fieri    jussimus,   per   quam 
concedimus  atque  firmamus  supradictas  res 
jure  beneficiario,  quantumcumque  Arrius 
8i  Ayxomus  per  praedictas  auctoritates  visi 

'  Cartulaire  de  l'église  d'Agde;  copie  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  lat.  9999,  f"  4. 


fuerunt  habere  &  praedictis  fidelibus  nos- 
tris in  haereditate  &  post  ipsis  succes- 
serunt  in  beneficiario,  ad  habendum  ea, 
absque  ullius  inquietatione  aut  calumnia 
quamdiu  nobis  fidèles  extiterint  supra- 
scriptas  res  teneant  &  légitima  ordinatione 
possideant.  Et  ut  haec  auctoritas  confirma- 
tionis  nostrae  firmior  habeatur,  anuli  nos- 
tri suscriptione  jussimus  sigillari. 

Data  III  kalendas  maii,  indictione  sexta, 
anno  IV  régnante  Karolo  gloriosissimo 
rege.  Actum  Ferrucius  villa,  in  Dei  no- 
mine féliciter.  Amen. 


An 
844 


106. 


LVIII 


Don  fait  par  le  roi  Charles  le  Chauve ^ 
en  faveur  d'un  nommé  Hildricus,  de 
quelques  biens  situés  au  terroir  de 
Minerve  '. 

tN'  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita- 
1  tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Regalis  cel- 
situdinis  moris  est  fidèles  suos  donis  multi- 
plicibus  &  honoribus  ingentibus  honorare 
atque  sublimare.  Proinde  morem  paren- 
tum  regum  videlicet  predecessorum  nos- 
trorum  sequentes,  libuit  celsitudini  nos- 
trae quendam  fidelem  nostrum,  Hildricum 
nomine,  de  quibusdam  rébus  nostrae  pro- 
prietatis  honorare  atque  in  ejus  juris  po- 
testatem  [per]  liberalitatis  nostrae  gratiam 
conferre.  Idcirco  noverit  experientia  atque 
industria  omnium  fidelium  nostrorum  tam 
presentium  quam  &  futurorum,  quia  con- 
cedimus eidem  fideli  nostro  Hildrico  ad 
proprium  quasdam  res  juris  nostri,  sitas 
in  pago  Menerbense,  in  suburbio  Narbo- 
nense,  in  villa  quae  dicitur  Censeradus, 
mansum  unum  cum  capellam  ibidem  con- 
sistentem  que  est  constructa  in  honore 
sancti  Genesii.  Memoratas  res  cum  omni 

'  Bibliothèque  du  roi;  original.  Baluze,  Chartes 
des  rois,  n.  8.  [Auj.  lat.  8837,  n.  8;  original  en 
parchemin  jadis  scellé.] 

'  Dans  l'original  le  texte  est  précédé  d'une 
invocation  monogrammatique  ou  tachygraphique 
&  le  dernier  mot  de  la  charte,  amerij  est  écrit  en 
lettres  grecques.  [A.  M.] 


Éd.  orig. 
t.  I, 

col.  78. 


An 

844 

3o  avril. 


An 
844 


223 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


224 


An 
844 


integritate  &  eorum  appendiciis,  cum  do- 
mibus,  aedificiis,  terris,  vineis,  pratis, 
silvis,  pascuis,  farinariis,  aquis  aquarumve 
decursibus,  vel  etiam  quicquid  ad  supra- 
dictas  res  juste  &  legaliter  pertinere  vi- 
detur  praedicto  fideli  nostro  Hildrico  ad 
proprium  per  hanc  nostrae  auctoritatis 
conscriptionem  concedimus  &  de  nostro 
jure  in  jus  ac  potestatem  illius  sollemni  do- 


lium  tam  praesentium  quam  &  futurorum, 
qualiter  religiosus  vir  Domnulus  abba  ex 
monasterio  Sancti  Pétri,  quod  ipse  in  pago 
Bisuldunense  super  fluvium  Sambuga  una 
per  licentiam  Ramponi  marchionis  pro- 
priis  manibus  construxit,  ad  nostram  ac- 
cedens  clementiam  deprecatus  est  nos  ut 
praedictum  locum  ei  concederemus  atque 
more   regio  ipsum   sibique  commissos  su- 


natione  transferimusj  ita  videlicet  ut  quic-  pradictumque    monasterium    cum    cellulis 

quid   ab  hodierno   die  &  tempore  exinde  ibidem   aspicientibus,   quae    nuncupantur 

pro  sua  utilitate  atque  commoditate  jure  sic  :  in  loco  qui   dicitur  Ceresius,  eccle- 

proprietario  facere  decreverit,  liberam  &  sia  in  honore  sancti  iMichaelis  archangeli 

firmissimam  in  omnibus  habeat  potestatem  novo   opère   constructa,  &  in  altero  loco 

faciendi,  tam   donandi  quam  vendendi  seu  qui  dicitur  Casa  Mauri,  ecclesia  in  honore 

commutandi   necnon  etiam    heredibus  re-  sancti  Romani  constructa,  seu  &  villares, 

linquendi.  Et  ut  haec  nostrae   largitionis  Albinianum  scilicet  &  Buscariolas,  omni- 

atque  donationis  auctoritas  perpetuam  ob-  busqué  rébus  &  hominibus  eidem  monas- 

tineat    firmitatem,   manu    propria   subter  terio  juste  legaliterque  pertinentibus  sub 

eam  firmavimus  &  de  anulo  nostro  adsig-  defensionis  nostrae  tuitione  immunitatis- 

nari  jussimus.  que   munimine   recipere  dignaremur.  Cu- 

Signum  (locus  monogrammatïs)  Karoli  glo-  jus  petitionibus  clementer  annuimus  atque 

eum   sicut  postulavit  praedictumque  mo- 


riosissimi  régis. 

Jonas  diaconus  ad  vicem  Hludovuici  re- 
cognovit  &  subscripsit. 

Data  II  kalendas  mai,  anno  un,  indic- 
tione  VI,  régnante  Karolo  gloriosissimo 
rege.  Actum  Ferrucius  villa,  in  Dei  no- 
mine  féliciter.  Amen. 


nasterium  sub  nostrae  defensionis  mu- 
nimine recepimus.  Quin  etiam  hoc  reve- 
rentiae  nostrae  praeceptum  fieri  jussimus, 
per  quod  praecepimus  atque  jubemus,  ut 
nullus  judex  publicus  vel  quislibet  ex  judi- 
ciaria  potestate  in  ecclesias  aut  loca  vel 
agros  seu  reliquas  possessiones  memorati 
monasterii,  quas  moderno  tempore  infra 
ditionem  regni  nostri  juste  ac  rationabi- 
liter  possidet  vel  quae  deinceps  aut  per 
nos  aut  per  aliosquosque  fidèles  ac  Deum 
timentes  in  jure  ipsius  sancti  loci  voluerit 
divina  pietas  augeri  ad  causas  audiendas 
vel  freda  exigenda  aut  mansiones  vel  pa- 
ratas  faciendas  necnon  &  fidejussores  tol- 
lendos  aut  homines  ejusdem  ecclesiae  tam 
ingenuos  quam  &  servos  super  terram 
ipsius  commanentes  distringendos  nec  ul- 
las  redibitiones  aut  inlicitas  occasiones 
requirendas  nostris  nec  futuris  tempori- 
bus  ingredi  audeat,  vel  ea  quae  supra  me- 
morata  sunt  penitus  exigere  praesumatj 
sed  liceat  jamdicto  Domnulo  abbati  suis- 
lia    facta    profutura    confidimus.    Idcirco      que  successoribus  res  praedictae  ecclesiae 


107. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en 
'faveur  de  Vahhé  Domnole  '. 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita- 
tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  petitioni- 
bus servorum  Dei  justis  &  rationabilibus 
aurem  celsitudinis  nostrae  accommodamus 
&  eorum  suggestiones,  quas  nobis  pro  ne- 
cessitate  sua  insinuaverint,  ad  effectum 
perduxerimus,  non  solum  in  hoc  regiam 
exercemus  consuetudinem,  sed  etiam  ad 
aeternae  retributionis  mercedem  nobis  ta- 


noverit  sagacitas  seu  utilitas  omnium  fide- 

'  Cartulaire  d'Arles;  Baluze,  Armoires,  v.  117, 
f°  ^94-  —  Recueil  dei  historiens  de  France,  t.  8, 
p.  455. 


absque  alicujus  impedimenta  aut  mino- 
ratione  sub  immunitatis  nostrae  defen- 
sione  quieto  ordine  possidere;  &  quicquid 
exinde  fiscus  sperare  poterat,  totum  nos 
pro   aeterna  remuneratione   eidem  eccle- 


An 
844 


An 
844 


225 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


226 


L'd.orig. 

t.  1, 
roi.  79. 


An 

844 

i3  mai 


siae  concedimus,  ut  in  alimonia  pauperum 
&  stipendia  servorum  Dei  ibidem  Deo  fa- 
niulantium  proficiat  in  augmentum.  Et 
quandoquidem  divina  vocatione  supradic- 
tus  abba  vel  successores  ejus  de  hac  lace 
migraverint,  quandiu  ipsi  monachi  inter 
se  taies  invenire  potuerint,  qui  ipsam  con- 
gregationem  secundum  regulam  sancti  Be- 
nedicti  regere  valeant,  per  hanc  nostram 
auctoritatem  licentiam  habeant  ex  se  eli- 
gendi  abbates,  quatenus  eos  pro  nobis  at- 
que  stabilitate  regni  nostri  jugiter  Dei 
misericordiam  exorare  delectet.  Haec  vero 
auctoritas,  ut  omni  tempore  inviolabilis 
valeat  permanere,  manu  propria  subter 
eam  firmavimus  &  anuli  nostri  impres- 
sione  signari  jussimus. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 

Deormarus  notarius  ad  vicem  Hiudovici 
recognovi. 

Data  V  idus  maii,  indictione  VI,  anno  IV 
régnante  Karolo  glorioso  rege.  Actum  in 
monasterio  Sancti  Saturnini  prope  Tolosa, 
in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


108.  —  LIX 

Extrait  d'un  diplôme  de  Charles  le 
Chauve  en  faveur  de  Vabhaye  de 
la  Grasse  ' . 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
tatis.  Carolus  Dei  gratia  rex,  &c.  Notum 
sit  quia  Elias  venerabilis  abba  ex  monas- 
terio Sanctae  Mariae,  quod  est  situm  su- 
per fluvium  Orobione,  &c. 

(Le  reste  comme  dans  le  diplôme  de  Louis 
le  Débonnaire,  ci-dessus  n.  XXI.) 

Jonas  diaconus  ad  vicem  Hludovuici  re- 
cognovit. 

Data  III  idus  maii,  indictione  vi,  anno  un 
régnante  Carolo  gloriosissimo  rege.  Actum 
in  monasterio  Sancti  Saturnini  prope  To- 
losam,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 

'  Archives  de  l'abbaye  de  la  Grasse. 


109. 


—  LX 


Diplôme  du  même  roi  en  faveur  du 
monastère  de  Cubières ,.  au  diocèse 
de  Narbonne  '. 

IN  nomine  sancte  &  individue  Trînita- 
tis.  Karolus  Dei  gratia  rex.  Omnibus 
episcopis,  abbatibus,  comitibus  vel  om- 
nibus fidelibus  sancte  Dei  Ecclesiae  &  nos- 
tris  notum  sit  presentibus  atque  futuris, 
quia  veniens  vir  venerabilis  abba,  nomine 
Lazarus,  ad  nos  cum  monasterio  suo  quod 
situm  est  in  pago  Redensi  in  loco  ubi 
dicitur  Cuperia  atque  in  honore  sancti 
Pétri  dicatum,  adiens  quoque  serenitatem 
&  deprecans  celsitudinem  nostram,  ut  fa- 
ceremus  ei  de  alodibus  suis  seu  de  fisco 
nostro  auctoritatem  regali  ordine  more  fir- 
matam;  quemadmodum  &  facimus  tam  ad 
eundem  monasterium  quam  &  eidem  ab- 
bati  vel  omnibus  successoribus  suis  de  om- 
nibus causis  sibi  pertinentibus  ;  id  est  in 
villis,  villaribus,  in  ecclesiis,  tam  in  dona- 
ticiis  &  tradicionibus  quam  etiam  in  em- 
pticiis  &  comutatu.  Interea  vero  poscens 
&  nostram  deprecatus  est  mansuetudinem 
clementia,  ut  amodo  sub  nostra  tuicione 
atque  defensione  predictum  monasterium 
cum  omnibus  rébus  predictis  sibi  perti- 
nentibus reciperemus,  sicuti  &  facimus; 
&  quemadmodum  in  ceteris  regularibus 
monasteriis  auctoritas  nostra  succubit,  ita 
&  in  eidem  monasterium  predictum  Cu- 
peria stabili  tenore  esse  decrevimus.  Qua- 
mobrem  volumus  atque  jubemus  seu  & 
concedimus  huic  venerabili  abbati  Elea- 
zaro  vel  omnibus  successoribus  suis,  ut 
ab  hodie  &  deinceps  nuUus  comes,  judex, 
vicarius  sive  vilicus  ad  eundem  monaste- 
rium, [nec  in  omnibus  finibus  vel  terminis 

'  Bibliothèque  du  roi  ;  ms.  de  Baluze  coté  Schedae 
Narhonenses,  &  archives  de  l'église  de  Narbonne. 
[Collationné  sur  la  copie  du  douzième  siècle,  du 
cartulaire  de  Narbonne,  lat.  iioi5,  f"  12  r°;  — 
cette  copie  est  assez  fautive  Si  ne  contient  pas  un 
membre  de  phrase  que  nous  avons  placé  entre  cro- 
chets. Du  reste,  le  diplôme,  par  ses  formules  &  son 
aspect  général,  paraît  au  moins  altéré,  sinon  fabri- 
qué.] [A.  M.] 


ir. 


H 


An 
844 


227 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


221 


Éd.orig. 

t.  I. 
col.  80. 


suis,]  nec  în  omnibus  rébus  predictis  illi 
partibus  e  contrario  audacter  &  temerarie 
ad  emulandum  vel  ad  insurgendum  com- 
mote  nec  ad  violandum  insurgere  vel  in- 
gredi  audeat,  non  ad  inlicitas   occasiones      Édlt  de  Charles  le  Chauve  en  faveur 


1 10. 


—  LXV. 


querendas,  nec  nuUas  redibitiones  vel  pa- 
ra tas  tollendas,  neque  mansionaticos  vel 
fredas  exigendasj  quod  si  fecerit,  dampne- 
tur  ita  sicut  decretum  est  in  capitulo  nos- 
tro  '. 

Quod  si  aliquis  homo,  Deo  inspirante, 
ad   eundem  locum  aliquit  tradere  vel  au- 


des  Espagnols  réfugiés  dans  la  Sep- 
timanie  '. 


IN  non 
tatis. 


N  nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
Karolus  gratia  Dei  rex.  Cum  clamo- 
ribus  pauperum  aurem  celsitudinis  nostrae 
accomodantes,  benignum  assensum  prae- 


gere  voluerit,  plenam  in  omnibus  habeat      bemus ïdcirco  notum  sit  omnibus  sanc- 


licentiam.  Set  liceat  memorato  abbati  & 
successoribus  fratribusque  suis  ibi  Domino 
deserviri  &  jamdictum  monasterium  cum 
rébus  predictis  omnibus  per  hanc  nostram 
auctoritatem  quieto  atque  tranquillo  or- 
dine  possidere,  atque  in  perpetuum  utili- 


tae  Dei  Ecclesiae  fidelibus  &  nostris  prae- 
sentibus  atque  futuris,  quia  quidam  His- 
pani  in  comitatu  Biterrensi  consistentes 
ac  in  nostrae  proprietatis  praediis  com- 
manentes,  id  est  Ranemirus  &  Hansemun- 
dus  presbyter,  Aurifolio,  Elias,  Mirabilis 


Éd.  orig. 

t.  I, 
col.  84. 


An 
844 

19  mai. 


ter  quod  voluerint  vel   dijudicaverint  fa-      presbyter,  Cicila,  dum  obsideremus  Tolo- 


cere,  &  sub  sancti  patris  nostri  Benedicti 
régula  Domino  valeant  militari  quiète. 
Quod  si  ipsi  abbates  e  seculo  migraverint, 
quamdiu  inter  se  taies  invenire  potuerint, 
qui  ipsam  congregationem  secundum  regu- 
lam  sancti  Benedicti  regere  possint,  licen- 
tiam  habea^it,  &  ipsi  pro  nobis  &  conjugi 
proleque  semper  Domino  exorari  délec- 
tent. Et  ut  hec  auctoritas  nostra  inviola- 
bilis  atque  inconvulsam  obtineat  firmita- 
tem,  manu  nostra  subter  ea  firmavimus  & 
anuli  nostri  impressione  sigillari  jussimus. 

Signum  Karoli  (iocus  monogrammatîs)  glo- 
riosissimi  régis  mitissimus. 

Jouas  diachonus  ad  vicem  Hlodoici  re- 
cognovit  &  subscripsit. 

Data  II  idus  mai,  anno  liii,  indictione  vi, 
régnante  Karolo  gloriosissimo  rege.  Actum 
monasterii  Sancti  Saturnini  prope  Tolo- 
sam,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


'  Ces  formules  ne  ressemblent  pas  aux  formules 
ordinaires  des  immunités  carolingiennes;  il  s'y 
mêle  certaines  parties  de  phrases  qui  rappellent 
les  actes  privés  des  dixième  &  onzième  siècles. 
D'ailleurs,  le  reste  du  diplôme,  à  partir  de  cet 
endroit,  est  parfaitement  cûnfo.rue  aux  règles  di- 
plomatiques oiauiaires.  [À.  M.J 


sam  &  moraremur  in  monasterio  Sancti 
Saturnini,  adeuntes  serenitatis  nostrae  fas- 
tigia,  innotuerunt  mansuetudini  nostrae 
qii^liter  Ildericus  &  Petrus  seu  Emensi- 
lus  &  quamplures  eorum  propinqui  & 
progenitores  eorum  confugerint  in  villis 
quae  dicuntur  Aspirianus  &  Albinianus  & 
eas  juste  tenerent  &  proprietario  jure; 
quas  siquidem  aprisiones  praefatorum  His- 
panorum  progenitores  per  licentiam  seu 
concessionem  avi  nostri  Karoli  ac  post 
obitum  illius  genitoris  nostri  augusti  Lu- 
dovici  ex  deserti  squalore  habitabiles  fru- 
gumque  uberes  proprio  labore  fecerunt. 
Quam  denique  rationem  de  more  regali 
fidelibus  nostris  venerabilibus,  boc  est 
Notoni  archiepiscopo,  necnon  &  Elmé- 
rado  sacri  palatii  nostri  comiti,  Suniefrido 
etiam  marchioni  &  Suniario  comiti  di- 
versisque  nobilibus  nostris,  omnimodis 
investigare  decrevimus,  &c.  jubemus,  ut 
ab  hodierna  die  &  tempore  nuUum  homi- 
num  liceat  eisdem  Hispanis  posteritatique 
eorum  &  ipsis  qui  postea  ad  eorum  fidem 
veulent  aliquo  die  cum  dictis  aprisioni- 
bus  sive  hereditatibus,  id  est  de  domibus, 
vineis,  terris,  hortis  in  praescriptis  villis 
consistentibus,  aliquam  inferre  calumniam 
aut  uUam  facere  cojitradictionem  ;  sed  si- 


'  Archives  de  l'église  de  Béziers.  —  Baluze,  Cap'i- 
tularla    rcgum   Francorum ,   appcndix,  t.  2,  c.   '44v 


An 


229 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


280 


An 

844 

30  mai. 


eut  a  progenitoribus  magnisque  imperato-  sollertiae,  quia   sicut  in  praecepto   ante- 

ribus  parentibus  eorum  constat  esse  con-  dicti   domni   ac  genitoris   nostri   continet 

cessum,  ita   ipsi   &  filii   filiorum    suorum  imunitatis    defensioneni    atque    tuitionem 

usque    in    seculum    cum    onini    securitate  monasterio  Sancti  Laurentii,  quod  situm 

ipsas  res  teneant  atque  possideant,  &  sub  est   in   pago   Narbonense   super  fluviu[m] 

munburdo  nostrae  defensionis  contra  om-  Nigella,  seu  David  abbati  suisque  succes- 

nium  infestationem  semper  consistant.  Sed  soribus    necnon    &    monachis    in    eodem 

si   etiam   ex   ipsis  aliquis   absque   fîliis  &  monasterio  consistentibus  cum  cella  quae 

nepotibus  mortuus  fuerit,  volumus  atque  dicitur  Canana,  quae  est  super  litus  maris, 

per   hanc   nostram   auctoritatem    concedi-  necnon  cum  rébus  quas  idem  David  super 

mus,    ut    eaedem    res    proximioribus    suis  Trasoarium  &  Theoderedum  quoram  mis- 

parentibus  revertantur  licentiamque  inter  sis    sepedicti    domni    ac    genitoris    nostri 

se  vendendi    &    concambiandi    plenissime  conquisierat,  id  est  ecclesiam  Sancti  Mar- 


An 
844 


habeant.  Ut  haec  autem  magnificentiae 
nostrae  auctoritas  meliorem  semper  obti- 
neat  vigorem,  de  anulo  nostro  subter  jus- 
simus  sigillari. 

Deomarius  notarius  ad  vicem  Ludovici 
recognovit. 

Data  XIV  kalendas  junii,  indictione  vu, 
anno  IV  régnante  Karolo  glorioso  rege,  in 
monasterio  Sancti  Saturnini,  dum  obside- 
retur  Tolosa,  in  Dei  nomine  féliciter. 
Amen. 


III. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour 
Vahhaye  de  Saint-Laurent  y  diocèse 
de  Narbonne  '. 


I 


N'  nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  ea  que 
aedictis  imperialibus  domni  ac  genitoris 
nostri  Hludovici  piissimi  augusti  largita 
vel  roborata  sunt  atque  décréta  nostrae 
mansuetudinis  praecepto  firmamus ,  re- 
giam  consuetudinem  exercemus.  Idcirco 
notum  fieri  volumus  omnium  fidelium  nos- 
trorum  praesentium   scilicet  &  futurorum 


'  Recueil  des  historiens  de  France^  t.  8,  p.  457  ; 
original,  aux  archives  du  département  de  l'Aude, 
provenant  des  archives  de  la  Grasse.  [Collationné 
sur  le  fac-similé  lithographique  publié  en  1 878 
par  l'abbé  Verguet,  de  Carcassonne;  l'original  a 
été  interligné  au  douzième  siècle  j  ces  intercala- 
tions  sont  écrites  en  minuscules  gothiques.] 

'  Dans  l'original,  l'invocation  est  précédée  d'une 
autre  invocation  monogrammatique.  [A.  M.] 


celli  &  Sanctae  Mariae  &  Sancti  Felicis,  & 
omnibus  que  in  judicio  exinde  evindicato 
&  praecepto  ex  eadem  re  firmito  conti- 
netur,  necnon  cum  cella  nova  sub  honore 
sanctae  Mariae  constructa  in  pago  Carcas- 
sense  cum  omnibus  ad  se  pertinentibus 
sicut  in  praecepto  fratris  nostri  Pippini 
exinde  continetur,  necnon  &  cum  portu 
secus  monasterium  in  maris  littore  sito 
per  hoc  clementiae  nostre  firmamus  aedic- 
tum,  per  quod  constituentes  decernimus, 
ut  sepefatum  monasterium  &  in  eo  regu- 
lari  ac  monastico  ordine  viventes  amodo.... 
cum  omnibus  ad  se  pertinentibus,  qfue 
nu]nc  possidere  videntur  vel  que  de  ce- 
tero  a  Deum  timentibus  hominibus  ad 
idem  collatum  fuerit  monasterium  sub  nos- 
tra  successorumque  nostrorum  tuitione  in 
perpetuum  maneat,  quatenus  nullus  ju- 
dex  publicus  neque  quislibet  ex  judicia- 
ria  potestate  aut  ullus  fidelium  nostrorum 
tam  presentium  quam  futurorum  cellas 
aut  ecclesias  vel  loca  sive  agros  aut  reli- 
quas  possessiones,  quas  nunc  vel  in  post- 
modum  in  quibusiibet  pagis  &  territoriis 
possident  vel  possessuri  sunt,  ad  causas 
audiendas  vel  freda  exigenda  aut  mansio- 
naticas  vel  paratas  faciendas  aut  fidejus- 
sores  tollendos  hominesque  distringendos 
vel  quascumque  redibitiones  aut  inquietu- 
dines  agendas  nostris  nec  futuris  tempori- 
bus  ingredi  audeat,  nec  ea  quae  supra  me- 
morata  sunt  penitus  exigere  présumât,  sed 
liceat  memorato  abbati  suisque  successo- 
ribus  res  ejusdem  monasterii  cum  omni- 
bus ad  se  pertinentibus  sub  tuitionis  atque 
immunitatis  nostrae  defensione,  remota 
totius  judiciariae  potestatis  inquietudine, 
quieto  ordine  possidere,  Concedimus  etiam 


An 
844 


23l 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


232 


112.  —  LXVI 


ut  homînes  liberi  comanentes  infra  termi- 
nes &  super  terram  ejusdem  monasterii 
terras,  quas  per  licentiam  abbatis  &  mo- 
nachorum  ex  heremo   traxerunt  &    inco- 

luerunt,  quiète  possideant,  ita  tameu  ut  Charte  du  même  roî,  ou  ïl  est  parlé 
congrati  obsequium  sicut  homines  ingenui 
exinde  eidem  monasterio  exibeant.  Hi  vero 
liberi  homines  qui  in  congruentia  sepe- 
fati  monasterii  de  sua  proprietate  terras 
&  vineas  aut  molendina  habent,  conce- 
dimus  ut  ad  idem  monasterium  ea  vendant 
vel  comutent,  &  ipsa  emptio  vel  comuta- 
tio  plenissimam  presentis  nostrae  auctori- 


de  Sturmion,  comte  de  Narbonne\ 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita- 
tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  fidelium 
nostrorum  petitionibus  benignum  commo- 
damus  assensum,  regiam  exercemus  con- 
suetudinem  &  hoc  postmodum  jure  firmis- 
simo  mansurum  esse  volumus.  Idcirco 
notum  sit  omnibus  sanctae  Dei  Ecclesiae 


Éd.ori" 

t.  I, 
col.  85. 


An 

844 

5  juin. 


tatis   aedicto    in    omnibus   firmitatem    ha- 

beat.   Quandoquidem    autem   abbas    ipsius  iidelibus  &  nostris  praesentibus  atque  fu- 

monasterii  ab  ac   luce   migraverit,   quam-  taris,    quia    quidam     fidelium    nostrorum 

diu  ipsi  inter  se  taies  invenire  potuerint  regni  Septimaniae  vassus    noster  nomine 

qui  ipsam  congregationcm  secundum  regu-  Teodtfredus  nostris  obtulit  obtutibus  auc- 


lam  sancti  Benedicti  regere  ac  gubernare 
valeant  per  banc  nostram  auctoritatem 
licentiam  habeant  ex  semetipsis  abbate[m] 
eligere,  quatinus  ipsi  servi  &  qui  ibi- 
dem Domino  famulantur  pro  nobis  &  sta- 
bilitate  regni  nostri  Domini  misericor- 
diam  exorare  delectet.  Et  ut  haec  auc- 
toritas  nostri  successorumque  nostrorum 
temporibus  inviolabilem   obtineat  firmita- 


toritatem  avi  nostri  Karoli,  qua  conti- 
nebatur  qualiter  patri  suo  nomine  Jo- 
hanni  praescriptus  bonae  memoriae  avus 
noster  Karolus  concesserat  villarem  ad 
laborandum  qui  vocatur  Fontes,  cum  omni 
sua  integritate  &  quantumcumque  ille  in 
Fontejoncosa  de  heremi  vastitate  traxit 
cum  suis  hominibus.  Ostendit  etiam  nobis 
epistolam  domni  &  genitoris  nostri   Hlu- 


tem,  manu  propria  eam  subterfirmavimus      dovici  piissimi  augusti  ad  Sturmionem  co- 


&  anuli  nostri  impressione  signari  decre- 
vimus. 

Signum  (locus  monogrammatis)  Karoli  glo- 
riosissinii  régis. 

Jonas  diaconus  ad  vicem  Hludovici  re- 
cognovi  &  subscripsi  '. 

Data  XIII  kalendas  junii,  indictione  Vil, 
[anno  quarto]'  régnante  Karolo  gloriosis- 
simo  rege.  Actum  in  monasterio  Sancti  Sa- 
turnini  prope  Tolosam,  in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen. 

'  Ici,  traces  du  sceau,  &  au-dessous,  la  signa- 
ture :  Hludovicus.  [A.  M.] 

'  Les  deux  mots  placés  entre  crochets  manquent 
tout  au  moins  dans  le  fac-sïmile  de  l'abbé  Ver- 
guet;  mais  le  lieu,  l'indiction  &  le  mois  permet- 
tant de  les  suppléer  sans  aucune  difficulté. 

lA.  M.l 


mitem  directam,  ut  praedictam  villam,  id 
est  Fontes,  memorato  Johanni  absque  ullo 
censu  &  inquietudine  habere  dimitteret, 
propter  quam  epistolam  avus  noster  Karo- 
lus, ut  in  sua  auctoritate  continetur,  illi 
fieri  jussithoc.  Unde  &  praedictus  fîdelis 
noster  nostram  deprecatus  est  misericor- 
diam ,  ut  nos  denuo  praedictam  villam, 
quemadmodum  domnus  avus  noster  aiigus- 
tus  ac  serenissimus  augustus  genitor  nos- 
ter patri  suo  per  eorum  litteras  confirma- 
verunt,  nos  denuo  illi  cum  sua  integritate 
vel  termino  confirmare  dignaremur.  Qua- 
propter  &  bas  litteras  nostras  illi  fieri 
jussimus,  per  quas  volumus  atque  fîrma- 
mus,  ut  praedictus  qui  moderno  habet  fîde- 
lis noster  Teodefredus  saepedictam  villam 
Fontes  perpetuo  tenere,  habere  &  absque 
ullius  inquietudine  possidere.  Et  condono 
tibi  quid  pater  tuus  aut  Vuilimirus  avun- 
culus  tuus,  aut  homines  illorum  in  villa 

'  Archives  de  l'église  de   Narbonne.  —  Baluze. 
Regum  Francorum  Capitularïa,  t.  a,  c.  1445. 


An 
844 


:33 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


M 


An 
844 

5  juin. 


ii3. 


Fontejoncosa  habuerunt  per  aprisione,  cul-  suae     tuitione     defensioiiisque    muniinine 

tuni  vel   iiicultuni...  tu  fecisti  sive  feceris  sicut  &  alia  regioais  Septimaniae  nionas- 

cum  homines  tuos,  absque  parafas  aut  ve-  teria    clenienter  susceperit   ac   retiauerit. 

redos  ,    &    habeas    aecaoa    posteritas    tua  Petiit  itaque  maasuetudiaeni  aostram  prae- 

absque  ceasu.   Et    ut    haec  autoritas  coa-  nomiaatus   abba  Richefredus,   ut  eamdem 

firmatioais    aostrae   firma    valeat    perma-  geaitoris  aostri   auetoritatem   reaovare  & 

nere,  de  aaulo  aostro  subter  eam  jussimus  praedictum  Olociaaum   moaasterium  cum 

sigillari.  moaachis  ibidem  famulaatibus  &  cum  su- 

Joaas  diacoaus  ad  vicem  Hludovici  re-  pradicta  cellula  Saacti  Laureatii  sibi  per- 

cogaovit  &  subscripsit.  tiaeate    atque    cum    iasula    cujus   est  vo- 

Data  noaas  juuii,  anno  IIII,  iadictioae  cabulum    Duaiaaa    cum    suis    piscatoriis, 

Vii,regaaate  Karolo  gloriosissimo  rege.  Ac-  aecaoa   stagaum    quod    dicitur    Decimus 

tum  ia  moaasterio  Saacti  Saturaiai  prope  cum  suis  similiter  piscatoriis,  sicut  etiam 

Tolosa,  ia  Dei  aomiae  féliciter.  Amea.  villam    quae    dicitur   Scurifata,  cum    ter- 

miais    &    fixoriis   &    omaibus    adjaceatiis 

suis,  simul  quoque  muaicipiis  omaibusque 

aliis    rébus,    praefato    moaasterio    Saacti 

Aaiaai   Olociaai    juste  legaliterque  perti- 

aeatibus,    sicut    ia    memorata    geaitoris 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  fa-  aostri    auctoritate    praeceptioais   pleaius 

veur  de  Richejroid,  abbé  de  Saint-  coatiaetur,    sub    immuaitatis   aostre   tui- 

rw    •    ^i  tioae     ac     defeasioais     muaimiae    deauo 

Lninian   .  .... 

recipere   digaaremur;  supplicavit   laterea 

IN  aomiae  saactae  &   iadividuae  Triai-  idem  abba  revereatiam  nostram  ut  &  aliud 

tatis.  Carolus  gratia  Dei  rex.  Cum  eaim  moaasterium  sibi  commissum,  sub  boaore 

servorum   Dei  ratioaabilibus   petitioaibus  scilicet  praeclari    martyris   Stephaai   coa- 

beaigaitatis  aostrae  asseasum  praebemus,  structum  &  ia  pago  Carcassoaeasi  sub  rivu- 

regiae  celsitudiais  opéra  frequeatamus  ac  lum  Oliveti  situm,  cum  cella  Saacti  Johaa- 

per  hoc  facilius  aos  eteraae   beafitudiais  nis  eidem  aspicieate  atque   cum  omaibus 

gloriam    adepturos   liquide   credimus.   Id-  aliis  rébus  ratioaabiliter  sibi  appeadeati- 

circo  aotum  sit  omaibus  saactae  Dei  Ec-  bus,   sub   simili   immuaitatis  aostrae  tui- 

clesiae  .  fidelibus    &    aostris    praeseatibus  tioae  seu  defeasioae  coastituere  aoa  de- 

atque  futuris,  quia  religiosus  vir  Richefri-  aegaremus.    Et    deaique    illius    supplices 

dus,  abba  moaasterii  Olociaai,  quod  est  ia  praeces  clemeater  suscepimus,  &  ita  illi  ia 

pago    Narboaeasi,    ia   villa   quae   dicitur  omaibus   coacessum   &   uaiversae  saactae 

Veraodoverus,    coastructum    videlicet    ia  Dei  Ecclesiae  fidelibus  &  aostris  praesea- 

hoaore   &   veaeratioae  beatissimi  Aaiaai  tibus  aecaoa  futuris  aotum  esse  volumus. 

coafessoris  Christi,  adieas  culmiais  aostri  Praecipieates  ergo  jubemus  ut  aullus  ju- 

sereaitatem,  obtulit  praecelleatiae  aostrae  dex    publicus    aec    quilibet    ex    judiciaria 

domai  &  geaitoris   aostri  divae  memoriae  potestate  cum  qualibet  majoris  vel  miao- 

augusti    Hludovici  praeceptioais    auctori-  ris    ordiais   persoaa    ad    causas    judiciario 

tatem,  ia  qua  coatiaebatur  qualiter  idem  more  audieadas    ia   ecclesias  aut   loca  vel 

moaasterium   ejusdem    domai    &  geaitoris  villas   seu   reliquas   possessioaes ,  quas   ia 

nostri  pia  devotioae  sacroque  studio  fue-  quibuscumque    pagis    &    territoriis    prae- 

rit  aedificatuni  sive  coastructum,  qualiter-  dictorum     moaasteriorum    potestas    teaet 

que  idem   geaitor  aoster  ipsura   moaaste-  vel  possidet,  vel  quas  deiaceps  ia  jus  ipso- 

rium  cum  sibi  pertiaeate  cellula  aoa  loage  rum   saactorum   locorum  diviaa  pietas  au- 

ab  eo  distaate,  quae  dicitur  Saactus  Lau-  geri  voluerit,  iagredi  praesumat,  aec  freda 

reatius,  simul  cum  omaibus  aliis  rébus  jure  aut   tributa   vel    paratas    aut    veredos    seu 

pertiaeatibus,  quoadam  sub  immuaitatis  maasioaes  accipere  sive  teloaeum  exigere 

aut  fidejussores  toUere  vel  homiaes  ipso- 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  459.  rum  coeaobiorum  tam  iageauos  quam  ser^ 


An 
844 


An 


235 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


236 


vos    super    terram    ipsoruni    comniorantes 
distringere,  nec  uUas  publicas  fuiictiones 

seu    redhibitiones   vel    ilUcitas    occasiones  II 4.   —   LXI 
requirere  aut  exactare  audeat.   Sed   liceat 

memorato  abbati  suisque  siiccessoribiis  res  Diplôme    du    même    roi    en  faveur  de 

praefatorum  monasteriorum  ciim  omnibus  Véglise  de  Narhonne\ 
possessiouibus,  quas  ex  eremi  squallore  ad 

cultum  frugum   ipsius...  excoluerunt,  quas  tn  nomine  sancte  &  iudividue  Trinitatis. 

siquidem   praesenti   tempore  juste   legali-  1    Karolus  gratia  Dei  rex.  Quicquit  enim 

terque    possident   aliisque  omnibus   rébus  ob    anime    nostre    retribucionem    ad    loca 

illis  subjectis,  sub  tuitionis  atque  immuni-  sanctorum  condonamus,  id  nobis  ad  man- 

tatis  nostrae  defensione,  remota  totius  ju-  sure  vite  beatitudinem  pertinere  nullate- 

diciariae    potestatis   inquietudine,    quieto  nus  dubitamus.  Idcirco  notum  sit  omnium 

ordine    possidere    &    quicquid     jus     fisci  sanctae  Dei  Aecclesie  nostrorumque  fide- 

exinde  exigere  aut  sperare  poterit,  totum  lium  tam  presencium  quam  &  futurorum 

in    fratrum    stipendiis    &    in    luminaribus  magnitudini,  quia  ob  anime  domni  &  ge- 

earumdem    ecclesiarum    concinnandis    at-  nitoris  nostri    remedium   seu  &  mercedis 

que  pauperibus  alendis,  sicut  dictum  est,  nostre   augmentum  vel  aetiam  pro  tocius 

omnimode  cedere.  Constituimus  etiam  ut  regni  nobis  a  Deo  commissi  stabilitate,  ad 

quandocumque    divina    vocatione    mémo-  partem  sancte  Dei  Aecclesie  Narbonensis, 

ratus  abba  vel  successores  ejus  ex  hac  luce  que    est   in    honore    beatorum    martirum 

migraverint,   licentiam    habeant   monachi  Justi  videlicet  hac   Pastoris ,   concedimus 

in  plerumque  memoratis  monasteriis  con-  res    quasdam    que    sunt    site    in    comitatu 

sistentes   talem    inter   se   per   nostrum   &  Narbonense  :  villam  videlicet  Censeradam 

successorum  nostrorum  consensum  eligere  cum  omnibus  suis  finibus  vel  terminis  seu 

abbatem,  qui  eis  secundum  regulam  Sancti  adjacenciis  vel  quicquid  ad  eandem  perti- 

Benedicti  praeesse  &  prodesse  queat,  qua-  nere  dinoscitur,  videlicet  cum    domibus, 

tenus   servos   Dei   ibidem   famulantes  pro  vineis,  pratis,  garricis,  terris  cultis  &  in- 

nobis  proleque  nostra  &  stabilitate  regni  cultis,   ad    prefatum   sanctum    locum    per 

Domini  misericordiam  semper  exorare  de-  hoc  nostre  auctoritatis  preceptum  plenius 

lectet.  Illud  etiam  per  hanc  nostram  aucto-  in  Dei   nomine  confirmatum    tradimus  & 

ritatem  concedimus  ac  confirmamus  atque  confirmamus  5  sub  ea  videlicet  condicione 

nostros  successores  rogamus,  ut  praefata  ut  quidquid  ex  prefatis  memoratisque  re- 

monasteria  sub  nostra  speciali  semper  tui-  bus  ejusdem   loci   rector  ab  hodierno  die 

tione  retineant,  &  neque  ad  episcopatum  &  tempore  facere  decreverit,  liberam  & 

aut  aliud  monasterium  ullo  unquam  tem-  firmissimam   sicuti  de   ceteris   prefatorum 

pore  ab  illis  subjiciatur  aut  in  beneficium  sanctorum    martirum    rébus   ordinandi   ac 

cuilibet  tribuatur,  sed  solummodo  in  jure  disponendi  in  omnibus  quibuscumque  sibi 

&  tuitione  illorum  pro  omnibus  tempori-  bene  libitis  habeat  potestatem.  Et  ut  hec 

bus  ad  monasticum  ordinem  observandum  nostre    auctoritatis    largicio    ab    omnibus 

persistant,  sicque  hoc  nostrum  devotionis  sancte   Dei  Aecclesie   fidelibus    &   nostris 

opus  inviolabiliter  conservent,  sicut  pia  presentibus  vidaelicet   hac   futuris  verius 

facta  sua  post  se  conservanda  optaverint.  credatur,  seu  &   per  cuncta  futura  tem- 

Haec  vero  auctoritas  ut  pleniorem  in  Dei  pora  inviolabilem  atque  inconvulsum  obti- 

nomine   obtineat  vigorem,   manibus   pro-  neat  firmitatis  vigorem,  eam  manu  nostra 

priis  subterfirmavimus  &  de  anulo  nostro  subterfirmavimus   &  anuli  nostri  impres- 

sigillari  jussimus.  sione  insigniri  decrevimus. 

Signum  Karoli  gloriossimi  régis. 

Acta  sunt   nonis  iunii,   indictione  vu.  i  u-ii-    r-       j        •    „     j    d  1        ^»' c  l  j 

'            '                i  v^ii^    vii,  »  Bibliothèque  du  roi  ;  ms.  de  Baluze  cote  Jcfterfae 

anno  IV   Karoli   praecellentissimi    régis,   in  Narhonenses,  &  archives  de   l'église  de   Narbonne. 

monasterio  Sancti  Saturnini,  dum  obsidere-  [Collationné  sur  le  manuscrit  latin  1 1  oi5,  i°  i5 

turTolosa,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen.  v»;  copie  du  douzième  siècle.] 


Ed.orig, 

t.  1, 
col.  80. 


An 
844 


An 
844 


287 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


238 


Éd.orig. 

t.  1. 
col.  80. 


An 


20  juin. 

Éd.orig. 

t.  I, 
col.  81. 


i 


Signum    (locus    monogrammatts)    Karoli  &  reverentiam    eorundeni  sanctorum   au- 

gloriosissimi  régis.  rem  accomodare  libuit,  &  hune  nostre  auc- 

Jonas  diaconus   ad   viceni  Ludovici   re-  toritatis    inmunitatisque   preceptum    erga 

COgnovit  [&  subscripsit.]  eandem  aecclesiam  facere.  Siiniliter  autem 

Data   pridie    idus    juni,  indictione  vi,  concedimus  eidem  aecclesiae,  sicut  acte- 

anno    quarto    regni    prestantissimi     régis  nus  a  predecessoribus  nostris,  Pipino  vi- 

Karoli.  Actum  in  cenobio  sancti  Saturnini  delicet    rege,   &   deinceps   concessum   est 

niartiris    juxta  Tolosam ,   in   Dei    noniine  [illi,    medietatem    totius    civitatis,    cum 

féliciter.  Amen.  turribus    &  adjacentiis    earum   intresecus 

&  extrinsecus,]  ab  omni   integritate,   de 

quocumque    conmertio,  ex   quo  teloneus 

exigitur    vel    portaticus,    ac    de    navibus 

IIO.   —  LXII  circa  littora   maris   discurentibus   necnon 

salinis   quidquid  &    comis  ipsius  civitatis 

Autre   charte  du  même  roi  en  faveur  exigit,  pro  oportunitate  ejusdem  aeccle- 

de  Véglise  de  Narbonne  '.  siae   in   omnibus  [medietatem].  Per  quod 

decernimus  atque   jubemus,   ut   nemo   ex 

IN  nomine  sancte  &  individue  Trinitatis.  judiciaria  potestate  nec  ullus  ex  fidelibus 

Karolus   gratia  Dei  rex.  Cum  peticio-  nostris  in  aecclesias  aut  loca  vel  agros  seu 

nibus  sacerdotum  justis  &   rationabilibus  reliquas   possessiones  quas   presenti  tem- 

divini  cultus  amore  favemus,  superna  nos  pore   possidet,  vel    ea   que   deinceps    jure 

gratia  muniri  non   difidimus.    Idcirco  no-  &  potestate  ipsius  ecclesiae  divina   pietas 

tum  sit  omnibus  fidelibus  sancte  Dei  Ec-  voluerit  augere,  ad  causas  audiendas  vel 

clesiae   &    nostris  tam  presentibus   quam  freda  aut  tributa  exigenda  aut  mansiones 

&  futuris,  quia  vir  venerabilis  Berharius'  aut  paradas  faciendas  aut  fidejussores  tol- 

Narbonensis  urbis  archiepiscopus,  adiens  lendos  aut  homines  ipsius  ecclesie  tam  in- 

obtutibus  nostris,  deprecatus  est  mansue-  genuos   quamque   &  servos  destringendos 

tudinem  culminis  nostri,  ut  matrem  ipsius  aut  uUas  redibitiones  aut  inlicitas  occasio- 

ecclesiae  civitatis,  que  est  in  honore  sanc-  nés  requirendas,  nostris  aut  futuris  tem- 

torum  Justi  &  Pastoris  vel  sancte  Mariae  poribus  ingredi  audeat  vel   ea  que  supra 

semper  virginis,  cum  monasterio  quod  di-  memorata  sunt  penitus  exigere  présumât; 

citur  sancti  Pauli  confessoris  ubi  ipse  sanc-  sed  liceat  memorato  presuli  suisque  suc- 

tus  corpore  requiescit,  quod  est  construc-  cessoribus    sub    nostra    defensione  quiète 

tum  aut  procul  ab  eadem  urbe,  cum  om-  residere  &  nostra  parère  jussione.  Et  quid- 

nibus  moderno  tempore  sibi  subgectis  sub  quid  jus  fîsci  exinde  exigere  poterat,  to- 

nostra  defensione  &  inmunitatis  tuicione  tum  nos  pro  eterna  remuneratione  eidem 

consistere  faceremus;  id  est  tam  illo  atrio  concedimus  aecclesiae,  ut  perpetuis  tem- 

toto   cum   omni   integritate  infra  Narbo-  poribus  clericis   ibidem   Deo  servientibus 

nam  ,  cum   turribus   atque   earum   extrin-  proficiat  in  augmentis,  quatenus  rectores 

secus   adjacentiis,   quam  abbatiis,  villulis  ipsius  aecclesiae  cum  omnibus  ad  se  perti- 

vel  territoriis  ad  eandem  aecclesiam  perti-  nentibus,  cum   clero  &  populo   sibi  sub- 

nentibus.  Cujus  precibus  ob  amorera  Dei  gecto,  pro  nobis  &  conjuge  proleque  nostra 

ac  tocius  regni  a  Deo  nobis  per  inmensum 

'  Archives  de  l'église  de  Narbonne,  original.  Co-  concessi    Domini    misericordiam   alacriter 

pie,  Bibliothèque  du  roi,  Baliize,  Chartes  des  rois,  exorare  delectet.  Et  ut  haec  nostre  pre- 


n.  9,  [auj.  Baluze,  Armoires,  y.  Sço,  n.  478  j 
copie  du  onzième  siècle]  &.  Fidimus  de  l'an  i3i8j 
Bibliothèque  Colbert,  vol.  ms.  sur  l'église  de  Nar- 
bonne, [auj.  lat.  I  1  oi5,  f"  6  v".]  Ce  qui  est  entre 
crochets  ne  se  trouve  pas  dans  la  copie  de  Baluze, 
que  no.is  avons  suivie  comme  étant  le  texte  le 
plus  ancien.  [A.  M.] 

'  Le  manuscrit  1  1  oi5  porte  Berarius. 


ceptionis  auctoritas  a  fidelibus  sancte  Dei 
Ecclesie  &  nostris  verius  credatur  &  dili- 
gentius  conservetur,  eam  manu  propria 
subscripsimus,  &  anuli  nostri  inpressio- 
nem  signari  jussimus. 

Signum    (locus    monogrammatis)    Karoli 
gloriosissimi  régis. 


An 
844 


An 
844 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 
t.  1, 

col.  83. 


An 
844 


289 

[Jonas  diaconus  ad  vicem  Hludovuici  re- 
cognovit  &  subscripsit. 

Data  XII  kalendas  julii,  indictione  vi, 
anno  quarto  regni  prestantissimi  régis 
Karoli.  Actum  in  cenobio  sancti  Saturnini 
martyris  juxta  Tolosam,  in  Dei  nomine 
féliciter.  Amen.] 


116.  —  LXIII 

Charte  du  roi  Charles  le  Chauve  en 
faveur  de  Véglîse  de  Toulouse  & 
des  monastères  de  la  Daurade  & 
de  Saint-Sernin. 

[Nous  laissons  ici,  pour  ne  pas  Interrompre  la 
série,  le  titre  de  cette  pièce,  que  les  Bénédictins 
avaient  placée  après  les  précédentes,  datées  par 
erreur  de  l'an  843.  Elle  a  été  mise  pîiis  haut,  à  la 
place  qui  lui  est  assignée  par  sa  date,  sous  le 
n.  104,  col.  2  1  9.  Voir  du  reste,  au  sujet  de  la  date 
des  pièces  LVIII  à  LXIII,  au  présent  volume,  la 
Note  additionnelle,  p.  360-62.] 


240 


117, 


LXIV 


Relation  de  la  mort  de  Bernard,  duc 
de  Septimanie  '. 

PAGE  itaque  cum  sanguine  eucharistico 
separatim  per  regem  &  comitem  fir- 
mata  &  obsignata,  Bernardus  cornes  Tolo- 
sanus  &  Barcinonensis  Tolosam  venit  & 
regem  Carolum  in  cenobio  sancti  Satur- 
nini juxta  Tolosam  adoravit,  cumque  rex 
manu  laeva  tanquam  sublevandi  gratia 
comitem  apprehendisset ,  altéra,  pugione 
in  latus  ejus  adacto,  eum  crudeliter  inte- 
remit,  non  sine  crimine  fidei  &  religionis 

'  Borrel ,  Antiquités  de  Castres,  p.  12  &  suiv.  — 
Ce  récit  est  faux  de  tout  point}  les  preuves  en  sont, 
outre  l'invraisemblance  du  fait  en  lui-même,  qui 
n'est  confirmé  par  aucun  autre  témoignage,  la 
forme  du  récit,  la  langue  de  la  prétendue  épitaphe 
(du  provençal  en  841  !),  enfin  des  expressions 
telles  qtiC  celles-ci  :  adoravit;  —  yicarius  regius  ; 
—  soLtdi  Tolosani;  — jurisdictio  regia  &  laicalis,  &c. 

[A., M,] 


violatae,  nec  sine  suspicione  patrati  par- 
ricidii;  filius  quippe  Bernard!  vulgo  cre- 
debatur,  &  os  ejus  mire  ferebat,  natura 
adulterium  maternum  prodente.  Post  tam 
nefandam  necem ,  rex  de  solio  sanguine 
maculato  descendens  &  pede  cadaver  per- 
cutiens,  sic  exclamavit  :  Fae  tïbi  qui  thala- 
mum  patris  mei  &  domini  tui  foedasti!  O  quam 
admirabilia  judicia  tua,  Domine,  dum  rex 
de  thoro  paterno  violato  praesumit  sumere 
vindictam,  incidit  in  parricidium  ,  &  per 
nimiam  pietatem  fît  impius,  atque  ita  adul- 
terium parricidio  punitur. 

Per  biduum  ante  fores  inscpultum  man- 
sit  cadaver.  Tertio  die  Samuel  episcopus 
Tolosanus  illud  sepultura  tradidit,  cum 
hac  inscriptione  in  romancio  tumulo  ap- 
posita  : 

Assi  jay  lo  comte  Bernad, 
Fisel  credeire  al  sang  sacrât. 
Que  sempre  prud'hom  es  estât. 
Preguen  la  divina  bontat, 
Qu'aquela  fi  que  lo  tiiat 
Posqua  soy  arma  aber  salvat. 

Cum  magno  populi  concursu  exequia- 
rum  bonores  comiti  rependebantur,  rege 
intérim  in  saltu  Vadegiaco  venationi  in- 
dulgente. Quod  cum  ad  aures  ejus  perve- 
nisset,  iratus  est  valde,  &  episcopus  Sa- 
muel coram  vicario  regio  ter  citatus  com- 
parere  recusabat  &  cognitionem  causae 
suis  coepiscopis  demandari  petebat;  sed 
rege  renuente,  coram  vicario  causam  exer- 
cere  coactus  est,  &  tandem  post  trinam 
confessionem,  eo  quod  cum  pompa  &  epi- 
grammate  comitem  damnatum  ore  &  manu 
regia  sepelivisset ,  poena  quingentorum 
solidorum  Tolosanorum  mulctatur,  &  epi- 
scopo  adstante  &  plangente,  monumentum 
diruitur.  Quod  Tolosanus  episcopus,  ut  & 
alii  Galliarum  episcopi  ita  aegre  tulerunt, 
ut  paucos  post  menses  in  conventu  Chavi- 
nionensi  [Chavionense]  enixe  a  rege  Ca- 
rolo  postulaverint,  ut  sententia  illa  vicarii, 
contra Tolosanum  antistitem  lata,  tanquam 
jura  episcopalia  &  ecclesiastica  enervans  & 
destruens  abrogaretur.  Quorum  postula- 
tion! rex  nullo  modo  obtemperare  voluit, 
sed  ore  firmo  respondit,  se  non  passurum 
ut  episcopi  in  his  quae  pertinent  ad  jura 
resjalia   &    ad    leges   reeni   a   iurisdictione 


An 
844 


An 
8^4 


241 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


242 


An 


An 
844 

g  juin. 


118. 


regia    &    laicali    eximantur  ;    logem    regni  rium    per   immunitatis    suae    praeccptum 

hanc  antiqiiain  esse,  qua  cautum  est  dam-  sub  sua  defensione  atque  protectionc  sus- 

natos  ob  cri  m  en  non  debere  sepeliri  cum  cepit.  Quapropter  suprascriptus  abba  Geila 

precibus  publiais  &  cum  inscriptionibus.  nostram  deprecatus  est  clenientiam,  ut  nos 

(Ex  mss.  Odonis  Ariberù  capellani  Guerrici  denuo  praedictum   monasterium  cum  mo- 

palat.  gloriosïssimï.)  nachis    ibidem    Deo    famulantibus   &   cum 

omnibus    rébus,   quaecumque   sicut   dixi- 

mus   ipsi  de   heremo  traxerunt  sive  quo- 

rumlibet    religiosorum    hominum    Deum- 

que  timentium  [studia]  illuc  contulerunt, 

ibidem  juste  ac  legaliter  pertinentibus  sub 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour  le  nostra  tuitione  atque  defensione  recipere 

monastère   de   Sainte -Engrate j   au  dignaremus.  Propterea  bas  nostrae  aucto- 

dlocèse  d'Ursel^ .  ritatis  litteras   praenominato  abbati  suis- 

que  monachis  ex  praedicto  monasterio  fieri 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trini-  jussimus,  per  quas  fidelibus  nostris  notum 
tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  illius  fieri  volumus  memoratum  monasterium 
amore,  cujus  munere  ceteris  mortalibus  cum  praefata  cella  &  eorum  omnibus  ap- 
praelati  sumus,  petitionibus  servorum  Dei  penditiis  vel  cunctis  rébus,  sicut  domni 
justis  &  rationabilibus  annuinuis  &  loca  &  genitoris  nostri  fuit,  nostrum  proprium 
divino  famulatui  consecrata  congruis  mu-  esse  &  sub  nostra  semper  defensione  atque 
nificentiae  nostrae  beneficiis  ad  divinum  tuitione  consistere,  ut  nuUus  episcopus 
cultum  uberius  exequendum  opem  ferimus,  aut  cornes  vel  missus  discurrens  ibi  ali- 
praemium  nos  a  Domino  remunerari  fide-  quam  dominationem  aut  tyrannidem  aut 
liter  credimus.  Igitur  notum  esse  volumus  potestatem  exerccat,  nisi  quemadmodum 
cunctis  sanctae  Dei  Ecclesiae  fidelibus  &  canonica  auctoritas  jubet,  nec  aliquam 
nostris  praesentibus  atque  futuris,  quia  redibitionem  aut  inlicitam  occasionem  illis 
Geila  venerabilis  abba  ex  monasterio  quod  inferre  praesumat.  Et  ideo  quia  praefatum 
dicitur  Sancta  Grata,  quod  est  situm  super  monasterium,  sicut  sub  potestate  domni  & 
fluvium  Bogesia,  constructum  siquidem  in  genitoris  nostri  consistere  visum  est,  modo 
honore  sanctae  Dei  genitricis  Mariae,  nos-  sub  nostra  tuitione  esse  dinoscitur,  conce- 
tris  obtulit  obtutibus  auctoritatem  domni  dimus  monachis  sub  sancta  régula  ibidem 
&  genitoris  nostri  Hludowici  serenissimi  degentibus,  ut  post  praefati  abbatis  suc- 
augusti,  qua  continebatur,  qualiter  prae-  cessorumque  ejus  discessum  licentiam  ha- 
dictum  monasterium  cum  cellula  sibi  sub-  béant  eligendi  abbatem  ,  qualiter  ibidem 
jecta  quae  dicitur  Sancti  Fructuosi  &  villa  Deo  militantes  securius  &  quietius  sub 
quae  dicitur  Serras  cum  suo  terminio  Pos-  monastica  vita  degentes  pro  nobis  &  con- 
sedonius  episcopus  de  heremi  vastitnte  ad  juge  proleque  nostra  Domini  misericor- 
culturam  frugum  perduxisset,  &  postmo-  diam  attentius  exorare  valeant.  Et  ut  haec 
dum  veniens  in  memorati  genitoris  nos-  auctoritas  per  curricula  annorum  inviola- 
tri  praesentiam  praedictum  monasterium  bilem  atque  inconvulsam  obtineat  firmita- 
contulit,  ut  sub  defensione  atque  munde-  tem  &  a  fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  & 
burdo  piissimi  genitoris  nostri  consiste-  nostris  verius  certiusque  credatur  &  melius 
ret  &  perpetuo  ibidem  Domino  monachi  conservetur,  de  anulo  nostro  subter  jussi- 
famularent,  ita   ut  nuUius   ditioni  subditi  mus  sigillari. 

essent   nisi   solius  Dei   &  semper  sub  de-  Signum  Karoli  gloriosissimi   régis, 

fensione  atque  immunitate  régis  consiste-  Jouas  diaconus  ad  viceni  Hludovuici  re- 

rent;  unde  &  memoralus  augustus,  ob  de-  cogiiovit  &  subscripsit. 

precationem  Matfridi  comitis  praedictique  Data  V  idus  junii,  anno  iv,  indictione  vu, 

cpiscopi  Possedonii,  praedictum  monaste-  régnante  Karolo  gloriosissimo  rege.  Actuni 

in  monasterio  Sancti  Saturnini  prope  To- 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  461.  losa,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


243 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


244 


An 

844 

II  juin. 


119. 


Dîplô 


me  de  Charles  le  Chauve  en  fa- 
veur des  Espagnols  fugitifs  ' . 


Ecclesiae  glorioso  sanguine  redemptae  & 
ministret  augmentum  &  animabus  eorum 
ac  nostrae  profîciat  semper  in  emolumen- 
tum. 

I.  —  Igitur,  sicut  dictum  est,  ad  omnium 
vestrum  notitiam  pervenire  volumus,  quia 
eosdem  homines  sub  protectione  &  deten- 
sione  nostra  denuo  receptos  sicut  in  uni- 


IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita- 

tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  enim  ea,  tate  fidei  sic  etiam  in  unanimitate  pacis  & 

quae   ob    utilitatem   sancte   Dei   Ecclesiae  dilectionis  conservare  decrevimus,  eo  vide- 

imperialibus  edictis  sunt  constituta,  mag-  licet  modo  ut'sicut  caeteri  franci  homines 

nificentiae    nostrae    confirmatione    denuo  cum  comité  suo  in  exercitum  pergant  &  in 

instituentes  corroboramus,   ad   diuturnam  marcha  nostra  juxta  rationabilem  ejusdem 

prosperamque    regni   a  Deo   nobis   collati  comitis  ordinationem  atque  admonitionem 

stabilitatem  id  ipsum  attinere  non  dubita-  explorationes  &  excubias,  quod  usitato  vo- 

mus,  quin  etiam  ad  capessendam  aeternae  cabulo  vuactas  dicunt,  facere  non  negle- 

felicitatis  beatitudinem   profuturum  nobis  gant,  &  missis    nostris,   quos    pro    rerum 

liquido   credimus.   Itaque    notum    sit   om-  opportunitate    illas    in   partes   miserimus, 

nium  sanctae  [Dei]  Ecclesiae  fidelium  atque  aut   legatis  qui   de  partibus   Hispaniae  ad 

nostrorum  praesentium  scilicet  &  futuro-  nos    transmissi    fuerint   parratas   f'aciant   & 

rum  ,    partibus    Aquitaniae,    Septimaniae  ad   subvectionem   eorum   veredos   douent, 

sive  Hispaniae  consistentium   magnitudini,  ipsi  videlicet  &  iili  quorum  progenitoribus 

quia  progenitorum  nostrorum,  magnorum  temporibus    avi    nostri    Karoli    id    ipsum 

siquidem  orthodoxorumque  imperatorum,  facere    institutum    fuit.   Si    autem    hi    qui 

avi   videlicet   nostri    Karoli   seu   genitoris  veredos   acceperint    reddere   eos   neglexe- 

nostri     augusti     Hludovuici     auctoritatem  rint,   &  eorum  interveniente   neglegentia 

imitantes,  Gothos  sive  Hispanos  intra  Bar-  perditi  seu  mortui  fuerint,  secundum  le- 

chinonam    famosi    nominis    civitatem    vel  gem  P'rancorum   eis  quorum  fuerunt  sine 

Terracium   castellum    cohabitantes,  simul  dilatione  restituantur  vel  restaurentur. 

cum   his  omnibus  qui  infra  eundem  comi-  II.  —  Ecclesiarum  vero  census,  id  est  nec 

tatum  Barchinone  Hispani  extra  civitatem  pascualia  infra  horum  terminos  vel  eorum 

quoque  consistunt,  quorum   progenitores  villas,  nec  telonea  infra  comitatum  in  quo 

crudelissimum  jugum  inimicissimae  chris-  consistunt,    nec    alia    quaelibet    redibitio 

tiani  nominis  gentis  Sarracenorum  evitau-  neque   a    comiti    neque   a    junioribus   aut 

tes,  ad    eos   fecere   confugium   &   eandem  ministerialibus  ejus  deinceps  ab  illis  ulla- 

civitatem  illorum  magnipotentiae  libenter  tenus  exigatur. 

condonarunt  seu  tradiderunt,  &  ab  eorum-  III.  —  Et    nisi   pro   tribus   criminalibus 

dem  Sarracenorum  potestate  se  subtrahen-  actionibus,  id  est  homicidio,  rapto  &  in- 

tes    eorum    nostraeque    demum    libéra    &  cendio,    nec    ipsi    nec    eorum    homines    a 

prompta  voluntate   se   subjecerunt;   com-  quolibet   comité    aut   ministro   judiciariae 

placuit  mansuetudini    nostrae   sub  immu-  potestatis    ullo   modo   judicentur  aut  dis- 

nitatis   tuitione  defensionisque  munimine  tringantur;  sed  liceat  ipsis  secundum  eo- 

benigne    suscipere    ac    retinere    &    coha-  rum  legem  de  aliis  hominibus  judicia  ter- 

bitationem   seu   necessitatibus    eorum    op-  minare,   &  praeter  haec    tria   &  de  se  & 

portunum   auxilium,  sicut  &  ab  illis  pro-  de  eorum  hominibus  secundum   propriam 

genitoribus    eorum    &    ipsis    constat    per  legem   omnia   mutuo  definire. 

imperialium    apicum    sanctionem    conces-  IV.  —  Et  si  quispiam  eorum  in  partem, 

sum,  clementer  conferre,  quatenus  &  nos-  quam  ille  ad  habitandum  sibi  excoluit,  alios 

tra    regalis    conservatio    atque    innovatio  homines  de  aliis  generationibus  venientes 

in  eorum  bene  gestis  operibus  exaltationi  adtraxerit  &  secum  in  portione  sua,  quam 

aprisionem  vocant,  habitare  fecerit,  utatur 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  463.  illorum  servitio  absque  alicujus  contradic- 


An 
844 


An 


245 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


246 


tione   vel   împedimento.   Et   si    aliquis   ex  praesenti  tempore  iii  praedictîs  locis  resi- 

ipsis  hominibus  qui  ab  eonim  aliquo  ad-  deiit,quam  bis  qui  adhuc  ad  nostram  fidem 

tractus   est,    in    sua   portioiie   coUocatus,  de  iniquorum  potestate  fugiendo  confluxe- 

alium   id   est  comitis   vel  vicecomitis  aut  rint  &  in  desertis  atque  incultis  locis  per 

vicarii  aut  cujuslibet  hominis  senioratum  nostram  vel  comitis  nostri  licentiam  con- 

elegerit,  liberam  habeat  licentiam  abeundi;  sedentes  aedificia  fecerint   &  agros   inco- 

verumtamen   ex   bis  quae   possidet,   nihil  luerint,  juxta  supradictum  modum  sub  nos- 

habeat  nihilque  secum   ferat,  sed   omnia  tra  defensione  atque  protectione  in  unitate 

in  dominium  &  potestatem  prioris  senioris  fidei  &  pacis  tranquillitate  residere,  &  no- 

plenissime  revertantur.  bis  ea  quae  superius  diximus  tam  cum  co- 

V. —  Placuit  etiam  nobis  illis  concedere  mite  suo  quam  cum  missis  ejus  pro  tempo- 
ut  quicquid  de  heremi  squalore  in  quolibet  ris  opportunitate  alacriter  atque  fideliter 
comitatu  ad  cultum  frugum  traxerint,  aut  exhibere. 

deinceps  infra  eorum  aprisiones  excolere  IX.  —  Noverint  praeterea  iidem  Hispani 

potuerint,  integerrime  teneaut  atque  pos-  sibi  licentiam  a  nobis  esse  concessam ,  ut 

sideant;  servitia  tamen  regalia  infra  comi-  se   in  vassaticum  comitis  nostri  sicut  alii 

tatum  in  quo  consistant  faciant  &  omnes  franci    bomines    commendent.    Et    si    ali- 

eorum    possessiones   sive  aprisiones   inter  quod   beneficium   quisquam    eorum    ab   eo 

se  vendere,  concambiare  seu  donare  pos-  cui  se  commendavit  fuerit  consecutus,  sciât 

terisque  relinquere   omnino    liceat  ;  &  si  se  de  illo  taie  obsequium  seniori  suo  exbi- 

filios  aut  nepotes  non  babuerint,  juxta  le-  bere  debere,  quale  nostrates  bomines  de 

gem   eorum    alii    ipsorum    propinqui   illis  simili   beneficio   senioribus   suis   exbiberc 

hereditando  succédant,  ita  videlicet  ut  qui-  soient. 

cumque  successerint  servitia  superius  no-  Utautem  hae  nostrae  regalis  auctoritatis 

minata  persolvere  non  contemnant.  litterae  erga  eosdem  Hispanos  tenore  per- 

VI.  —  Simul  etiam  praecipientes  injun-  petuo  ab   omnibus   fidelibus   sanctae   Dei 

gimus  ut  nullus  hominum  de  saepememo-  Ecclesiae  &  nostris  inviolabiliter  conser- 


ratis  eorum  aprisionibus  vel  villis,  cum 
propriis  terminis  propriisque  earum  fini- 
bus  &  adjacentiis,  injustam  inquietudinem 
illis  inferre  praesumat  aut  aliquam  mino- 
rationem  contra  legem  facere  audeatj  sed 
liceat  eis  ipsas  res  cum  tranquillitate  pacis 
tenere  &  possidere,  &  secundum  antiquam 
consuetudinem    ubique   pascua    habere  & 


ventur,  manu  propria  nostra  eas  subter- 
firmavimus  &  anuli  nostri  impressione  sig- 
nari  decrevimus. 

Signum  Karoli  gloriosîssimi  régis. 

Deormarus  [notariusj  ad  vicem  Hludo- 
vuici  recognovit. 

Data  III  idus  junii,  anno  iv  régnante 
Karolo  glorioso  rege.  Actum  in  monasterio 


ligna  caedere  &  aquarum  ductus  pro  suis  sancti   Saturnini   prope   Tolosam ,   in   Dei 

necessitatibus,  ubicumque  pervenire  po-  nomine  féliciter.  Amen. 

tuerint,  nemine  contradicente  juxta  pris- 

cum  morem  semper  deducere.  ~~~ — ' 

VII.  —  Si  autem  illi  propter  lenitatem 

&  mansuetudinem  comitis  sui,  eidem  co-  120. 

miti  honoris  &  obsequii  gratia,  quippiam 

de  rébus  suis  exhibuerint,  non  hoc  eis  pro  Diplôme    de    Charles    le    Chauve    qui 

tributo  vel  censu  aliquo  computetur,  ne-  j  ^     ^'        i 

^  i-'ULciui,  lie  prend  sous  sa  protection  le  monas- 

que  cornes  lUe  aut  successores  eius  hoc  in  ,         rj  >  ,      . 

tere   cL  j4.rLei 
consuetudinem  vertere  praesumat,  neque 

eos  sibi  vel  hominibus  suis  aut  mansiona-  jn  nomine   sanctae   &  individuae  Trini- 

ticos   parare   aut  veredos   dare  aut  ullum  1   tatis.   Karolus  gratia  Dei    rex.  Si   erga 

censum  vel  tributum  aut  servitium  praeter  loca    divinis    cultibus    mancipata    propter 

id,  quod  jam  superius  comprehensum  est,  amorem  Dei   ejusque  gloriosae  matris   in 

praestare  cogat. 

VIII.  — Sed  liceat  tam  istis  Hispanis  qui  '  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  458. 


An 

844 


An 

844 

2  5  juin. 


An 
844 


247 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


248 


eisdem  locîs  sibi  famulantes  bénéficia  op- 
portuna  largimur,  praemium  nobis  apud 
Deum  aeternae  remunerationis  rependi 
non  diffidimus.  Idcirco  noverit  omnium 
fidelium  nostrorum  tam  praesentium  quam 
futurorum  solertia,  quia  vir  venerabilis 
Recesindus  abba  monasterii  Sanctae  Ma- 
riae  ad  Arulas  veniens  ad  nos  obtulit 
obtutibus  nostris  auctoritatem  domni  & 
genitoris  nostri  Ludovici  imperatoris,  qua 
continebatur  qualiter  praedictum  monaste- 
rium,  aedificatum  a  Castellano  condam  [in] 
valle  quae  dicitur  Asperia,  sub  sua  immu- 
nitate  atque  defensione  cum  monachis  ibi- 
dem Deo  famulantibus  &  omnibus  rébus 
ad  se  pertinentibus  plenissime  suscepisset. 
Unde  praenominatus  abbas  Recesindus  nos- 
tram  deprecatus  est  clementiam  ut  prae- 
dictum monasterium  denuo  cum  monachis 
ibi  consistentibus  &  cum  cellulis  ibidem 
aspicientibus,  id  est  cum  ecclesia  Sancti 
Martini  ad  ipsas  Felonicas  in  via  quae  dis- 
currit  ad  ipsas  Clusas,  cum  caeteris  rébus 
ad  praedictum  monasterium  Sanctae  Ma- 
riae  pertinentibus  vel  aspicientibus,  sub 
nostro  reciperemus  mundeburdo  atque  tui- 
tione,  quatenus  idem  monachi  cum  omni- 
bus ad  eos  pertinentibus  quiète  ac  secure 
viverent.  Cujus  precibus  ob  amorem  Dei 
&  reverentiam  divini  cultus  aurem  accom- 
modare  placuit  &  hos  nostrae  auctoritatis 
regales  apices  fieri  decrevimus,  per  quos 
praecipimus  atque  jubemus,  ut  nullus  ju- 
dex  publicus  aut  quilibet  ex  judiciaria  po- 
testate  in  praedictas  celiulas  aut  in  rébus 
ad  praedictum  monasterium  legaliter  aspi- 
cientibus ingredi  temerario  ausu  ad  man- 
siones  vel  paratas  faciendas  aut  fidejussores 
tollendos  aut  homines  ejusdem  monasterii 
distringendos,  aut  ullas  redibitiones  aut 
inlicitas  occasiones  requirere  aut  exactare 
praesumat,  sed  liceat  praedictum  abbatem 
&successores  suos  cum  his  rébus  praesenti 
tempore  ad  praefatum  monasterium  aspi- 
cientibus seu  etiam  a  bonorum  hominum 
largitione  abhinc  delatis  sub  nostra  defen- 
sione quiète  vivere  ac  residere.  Et  quando- 
quidem  divina  vocatioiie  memoratus  abba 
de  hac  luce  migraverit,  quandiu  ipsi  mona- 
chi inter  se  taies  invenerint  qui  eos  secun- 
dum  regulam  sancti  Benedicti  regere  va- 
leant,  licentiam  habeant  eligendi  abbates, 


quatenus  ipsos  monachos  pro  nobis  con- 
juge  proleque  nostra  vel  pro  stabilitate 
totius  regni  nostri  jugifer  Domini  miseri- 
cordiam  exorare  delectet.  Et  ut  haec  auc- 
toritas  nostris  futurisque  temporibus  Do- 
mino protegente  valeat  inconvulsa  manere, 
manu  propria  subterfirmavimus  &  anuli 
nostri   impressione  signari   jussimus. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis.  Jonas 
diaconus  ad  vicem  Ludovici  recognovit. 

Datum  VII  kalendas  Julias,  anno  IITI, 
indictione  vu,  régnante  Karolo  gloriosis- 
simo  rege.  Actum  in  monasterio  Sancti 
Saturnini,  dum   obsideretur  Tolosa. 


121.  —  LXVIII» 

Charte  de  Pepin  II j  roi  d'Aquitaine, 
en  faveur  de  Vahhaye  de  Moissac^. 

PIPINUS  gratia  Dei  Acquitanorum  [rexj. 
Si 


An 
844 


Éd.orig, 

t.  I, 
col.  91. 


erga  loca  divinis  cultibus  emanci- 
pata  propter  amorem  Dei  ejusque  domi- 
nio  &  ejusdem  locis  famulancium  beneffî-  An 
cia  opportuna  largimur,  largiturum  nobis  844 
asseruit  Domini  premia  eterne  rémunéra-  26  juin 
cionis,  &  non  diffidimus.  Ideo  omni  nos- 
trorum fidelium  tam  presencium  quam 
futurorum  industria  [noverit],  quia  vir 
venerabilis  Raugaricus  abbas  ex  monaste- 
rio quod  dicitur  Moyssiacus  in  pago  Ca- 
turcino  super  flumen  quod  dicitur  Tarnus, 
quod  olim  sanctus  Amandus  abbas  in  ho- 
nore sancti  Pétri  principis  apostolorum 
construxit,  obtutibus  nostris  auctoritatem 
immunitatis  domni  &  genitoris  nostri  Lu- 
dovici serenissimi  augusti  optulit,  in  qua 
erat  incertum,  quod  non  solum  idem  geni- 
tor  noster,  verum  etiam  predecessores  re- 
ges  predictum  monasterium,  ob  amorem 
Dei  transquilitatemque  fratrum  ibidem 
consistencium,  semper  plenissima  tuicionc 
&  immunitatis  deffencione  honori  habuis- 


'  Nous  pinçons  ici  cette  charte,  avant  le  nu- 
méro LXVII,  qui  est  de  l'an  845.   [E.  M.] 

"  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Moissac.  —  Chro- 
nique manuscrite  d'Aymeric  de  Peyrat,  abbé  de 
Moissac,  écrite  l'an  1399;  ras.  de  la  Bibliothèqne 
Colbert,  n.  2835.  [Auj.  latin  4991  a,  f"  i35  r°.] 


An 
844 


•49 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


KJ.orig. 

t.  i, 
col.  92. 


sent;    secl    pro   rei   firmitate   postulavit  a  fatem  super  ipsos,  super  eorum  res  assu- 

nobis   preffatus    abbas,   ut    paternum    seu  niant   aut   niancionaticos    exigant   omnino 

predecessorum    nostrorum    regum    semper  prohibemus,  salva  auctorifate   canonica.]' 

habendum    hujusse    rei    immunitatis   pre-  Quando  vero  predictus  abbas  aut  succes- 

ceptum,  ob   aniorem    Dei   &  reverenciam  sores  ejus  de  hac  luce  migraverint,  quam- 

ipsius  circa  ipsum  monasterium,  fieri  sen-  diu    ipsi   monachi   inter  se  taies   invenire 

ccrenuis.    Cujus   peticioni   asseiisuni    pre-  poteriut,  qui   ipsam   cougregacionem ,  se- 

buimus,  &  hoc  nostre  auctoritatis  precep-  cunduni    regulam.sancti   Benedicti    regere 

tuni    erga    ipsuni    monasterium    una    cum  valeant,  per  hanc  auctoritatem  &  consen- 

cellula  sua   sibi  subjecta,  que  est  sita  in  sum   nostrum  habeant  deinceps  licenciam 

loco  nuncupato  Marciliaco  super  fluvium  super    se    eligendi    abbates.    Hanc    itaque 

Céleris    atque    fundata    in    honore    apos-  auctoritatem  ut  pleniorem  in  Dei  nomine 

tolorum    ejusdem    principis,    immunitatis  [obtineat]  *vigorem    &   a   fidelibus    sancte 

atque   tuicionis   gratia   Dei   cultus   amore  Dei  Ecclesiae  &  a  nostris  diligencius  con- 

[atque]  pietatis  nostro   remedio  fieri  de-  servetur,  auulli   nostri  iinpressioni  subter 

cernimus.  Propter  quod  precipimus  atque  jusimus  sigillari. 

mandamus,  quod  nullus  judex  publicus  vel  Datum  Vl  kalendas  julii,  anno  v  post  de- 

quilibet  ex  judiciaria  potestate  sive  villas,  cessum  domui  Ludovici  serenissimi  augusti 

sive  loca,  vel  agros,  vel  domos,  sive  reli-'  &  [viij  eciam  regni  nostri.  [Actum]  in  Cas- 

quas    possessiones    memorati    monasterii,  tillione  Castro,  quod  est  super  fluvium  Dor- 

quas   illo   tempore   juste   &   racionabiliter  donie,  [in  Dei  nomine]  féliciter.  [Amen.] 
possidebant  monachi   in  eodem  pago  Ca-  q„  soupçonne  ce   diplôme  de  supposition, 

turcinio  sive  Tholosano  sive  in  ahquibus^  ^^^  ^^  ^^^  p^^-^  jj^  ^^-  d'Aquitaine,  y  donne 

partibus   vel    quibuslibet    ubicumque    ipsi  ^^  ^^^  ^^  genitor  à  l'empereur  Louis  le  Dé- 

monachi   aliquid  possidere  videntur,   sive  ^o«nû/>e  qui  étoit  son  aïeul,  &  non  pas  son 


ecclesias  sive  mansiones  memorati  monas- 
terii vel  que  deinceps  in  jure  ipsius  dum 
placuerit  pietati  augere,  ad  causas  audien- 
das  vel  tVeuda  vel  tributoria  aut  manciones 


père;  mais,  outre  que  ce  peut  être  une  faute  de 
copiste,  &  que  d'ailleurs  on  n'a  plus  l'original, 
le  mot  de  gemtor  peut  s'entendre  à  la  rigueur 
du  grand-père.  Aussi  Aymeric  de  Peyrat,  abbé 


vel  paratas  faciendas  aut  fidejussiones  ex-  ^^  Moissac ,  qui  a  transcrit  ce  diplôme  dans 
petendas,  communes  vel  propnas  personas,  ^^  Chronique,  au  quatorzième  siècle,  dit  qu'il 
ingenuos  quoque  &  conservos  qui  per  étoit  difficile  à  lire  à  cause  que  l'écriture  ètoit 
ipsam  causam  &  sperare  videntur  distnn-  t.ès-ancienne,  ce  qui  a  donné  lieu  sans  doute 
gendo,  nec  ullas  redibiciones  aut  lUicitas  ^^^  j-^^^^^  ^^,^„  ^^^^^^  ^^^^  j^^  ^^^.^^^  0„ 
occasiones  requirendas,  nostns  &  futuris  ^^  ^^.^  ^.^^  d'ailleurs  dans  le  reste  qui  puisse 
temporibus  ingredi  audeat.  Sed  liceat  me-  f^^o^i^er  le  soupçon  de  supposition,  &  qui  ne 
morato  abbati  suisque  successoribus  vel  ressente  le  style  des  autres  chartes  des  rois  de 
omni  congregacioni  ibidem  degenti  res 
predicti  monasterii  sub  immunitatis  nostre 
defencionis  quieto  ordine  possidere,  ac 
predictam  selullam  Marcilliaco  nomina- 
tim  cum  omnibus  appendiciis  suis  acquisi- 
tis  vel   acquirendis    in    eternum    habere    &        elle  est  contraire  aux  règles  de  la  chancellerie  ca- 


la  seconde   race.   [Remarque  des  Bénédic- 
tins.] 

'   La    phrase    que   nous    mettons    entre    crochets 
nous  semble  être   le  produit  d'une  interpolation  ; 


tenere.  Et  quicquid  exinde  fiscus  poterat 
sperare,  gratie  nostre  preceptione  monas- 
terio  prefato  concedimus  in  helemosinas 
pauperum  &  stipendia  monachorum  ibi- 
dem Deo  famulancium,  &  perpétua  conser- 


rolingienne  &  semble  trop  ouvertement  favoriser 
les  prétentions  de  l'abbaye  de  Moissac  d'être 
exempte  de  la  juridiction  de  l'ordinaire.  Du  reste, 
ce  diplôme  paraît  peu  authentique,  au  moins  ^ans 
sa  forme  actuelle.  Aymeric  de  Peyrat  ne  nous  dit 
pas  s'il  l'a  copié  sur  l'original  ou  sur  une  ancienne 


vacione   Deum    orare   délectent  pro   nOStra  copie,  &  de  plus,  l'erreur  que  signale  dom  Vais 

prOSperitate   atque  tOtiuS    regni   nostri   Sta-  se,e^  ^^^^  sa    remarque,   est   inexplicable  dans    un 

bilitate.  [Episcopis  vero  Caturcensis  eccle-  diplôme  royal  du  neuvième  siècle  8c  pourrait  servir 

sie,    ut    nullam    dominacionem    aut   potes-  à  prouver  que  celui-ci  a  été  remanié.  [A.  M] 


An 

844 


25l 


PREUVES  DE  L'FIISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


202 


An 

844 
3o  juin. 


122. 


Diplôme  de   Charles  le   Chauve 
pour  Psalmodi  '. 


simus,  per  quod  memorato  monasterio 
plenissime  reddimus  vel  restauramus ,  id 
est  in  pago  Nemausensi  coloiiicam  subtus 
Mariacum,  &  infra  ipsam  civitatem  casalia 
diruta  &  quoddam  olivetuni ,  quod  Fran- 
ciscus  qiiondam  episcopus  ejusdem  civita- 
tis  eidem    monasterio  dédit,  in  villa  Tel- 


IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita-  liano  casale  &  vineas  &  aliquid  de  terris; 
tis.  Carolus  gratia  Dei  rex.  Si  petitio-  in  pago  autem  Magalonensi,  in  villa  Salsi- 
nibus  servorum,  qui  nobis  pro  utilitatibus  nas  ecclesiam  Sancti  Stephani  cum  suo 
sanctae  Dei  Ecclesiae  suisque  necessitati-  appenditio,  in  eodem  pago  colonicam 
bus  insinuaverunt,  serenitatis  nostrae  au-  Amantianicum,  quae  &  Martiniacum  voca- 
rem  accommodamus  easque  ad  effectum  tur,  necnon  &  medietatem  territorii  villae 
perducimus,  regiae  celsitudinis  opéra  fre-  Colonzecates  ;  simul  etiani  &  mancipia 
quentamus  &  per  hoc  aeternae  beatitudi-  quae  prescriptus  cornes  ipsi  monasterio 
nis  gloriam  facilius  nos  adepturos  omnino  pertinentia  injuste  retinebat.  Has  denique 
confidimus.  Idcirco  notum  sit  omnibus  res  sicut  dictum  est  praefato  monasterio 
sanctae  Dei  Ecclesiae  fidelibus  &  nostris  plenissime  reddimus,  &  ob  emolumentum 
praesentibus  atque  futuris,  quia  religio-  animae  nostrae  quamdam  colonicam,  quae 
sus  vir  Theobaldus  abbas  monasterii  sanc-  Orivoldanicus  [diciturj,  prope  fores  prae- 
tae  Dei  genitricis  Mariae  vel  sancti  Pétri  dicti  monasterii  sitam  de  fisco  nostro  eidem 
apostolorum  principis  ac  sancti  Pauli  gen-  transferimus  regiaque  traditione  integer- 
tium  doctoris,  quod  est  situm  in  insula  rime  delegamus,  instituentes  &  sancientes 
que  appellatur  Psalmodia,  in  pago  scilicet  ut  ea  quae  reddimus  &  ea  quae  condona- 
Nemausi,  adiens  culminis  nostri  serenita-  mus  in  utilitatibus  &  usibus  fréquenter 
tem,  innotuit  reverentiae  nostrae  quas-  dicti  monasterii  &  fratrum  in  eodem  Do- 
dam  colonicas  in  eodem  pago  vel  Maga-  mino  servientium  perpetuis  temporibus 
lonensi  sitas  suo  quondam  pertinuisse  proficiat  in  augmentum  &  animae  nostrae 
monasterio,  quas  etiam  dominus  noster  prosint  in  adjutorium.  Sed  &  ad  sublevan- 
genitor  augustus  Ludovicus  ad  petitionem  à\xm  praeterea  eorum  necessitatem  conce- 
praedecessoris  ejusdem  abbatis,  id  estTheo-  dimus  eis  licentiamque  caedendi  tribuimus 
demiri,  eidem  monasterio  démenti  resti-  de  silva  ipsi  monasterio  vicina  quae  appel- 
tutione  reddi  jussitac  restaurari  mandavit.  latur  Pineta  in  utilitatibus  ecclesiae  &  usi- 
Sed  quia  contemptu  &  superbia  Bernar-  bus  eorumdem,  cum  pascuis  ejusdem  silvae 
dus  quondam  cornes  eamdem  genitoris  pecora  eorum  alendi  ;  praecipientes  atque 
nostri  jussionem  implere  neglexit  &  suis  jubentes  ut  nuUus  hominum  illis  aut  suc- 
hominibus,  quibus  ipsas  res  dederat,  vio-  cessoribus  eorum  de  hoc  aliquam  praesu- 
lenter  habere  permisit,  petiit  idem  prae-  mat  ingerere  contrarietatem  aut  aliquem 


nominatus  abbas  pietatem  nostram,  ut  ob 
salutem  animae  ejusdem  domini  &  geni- 
toris nostri  ac  nostrae  ipsas  colonicas  & 
quaedam  mancipia  similiter  monasterio 
pertinentia,  cum  aliis  quibuscumque  re- 


exigere  censum,  nec  de  piscatione  maris 
aut  fluminis  seu  stagni  aliquam  illis  audeat 
inferre  inquietationem  aut  exigere  telo- 
neum.  Sed  sicut  a  nobis  est  illis  conces- 
sum,  ita  omnibus  cum  omni  quiète  &  se- 


bus  ibi  quoque  appendentibus,  per  magni-  curitate    per    omnia    tempora    liceat    illis 

tudinis  nostrae  praeceptum  ei  reddere  seu  perfrui.  Et  ut  haecnostra  auctoritas  per 

plenius  affîrmare  dignaremur.  Cujus  déni-  saeculorum    tempora    pleniorem    obtineat 

que    deprecationem   clementer   audivimus  firmitatem,  manu  nostra  subter  eam  firma- 

&  ita  ibi   in  omnibus  concessisse  cunctis  vimus  &  anulo  nostro  sigillari  jussimus. 
notum  esse  volumus.  Proinde  ergo  magni-  Signum  Caroli  gloriosissimi  régis, 

ficentiae  nostrae  praeceptum  hoc  fieri  jus-  Aeneas  notarius  ad  vicem  Ludovici  re- 

cognovit. 
'  Recueil  des  historiens  de  France,  i.  i,^.  ^66.  Data  II  kalendas   julii,  indictione  VII, 


An 

844 


ti 


An 
844 


253 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


An 


lUITl- 

juillot. 


aniio  V  regni   Caroli    gloriosissimi    régis.      futuris  in  cellas  aut  ecclesias  vel  loca  aut 
Actum  in  monasterio  Sancti  Saturnini,  in      agros  vel  reliquas  possessiones,  quas  nunc 

in  villis  aut  pagis  &  territoriis  possidet 
vel  quas  deinceps  fidelium  devot^o  ibidem 
augere  voluerit,  ad  causas  audiendas  vel 
freda  exigenda  aut  mansiones  vel  paratas 
faciendas  aut  fidejussores  tollendos  ho- 
minesque  distringendos  vel  quascunique 
redhibitiones  aut  inlicitas  occasiones  re- 
quirendas,  nostris  futurisque  temporibus 
ingredi  audeat,  vel  ea  quae  supra  memo- 
rata  sunt  penitus  exigere  praesumat.  Sed 
liceat  memorato  abbati  suisque  successo- 
ribus  res  ejusdem  monasterii  cum  omnibus 
ad  se  pertinentibus  sub  tuitionis  atque 
immunitatis  nostrae  defensione,  remota 
totius  judiciariae  potestatis  inquietudine, 


An 

844 


Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


123. 

Diplôme   de  Charles  le   Chauve  pour 
Vahhaye  de  Saint-Polycarpe' . 


IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita- 
tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  ea  quae 
edictis  imperialibus  domni  ac  genitoris 
nostri  Hludovici  piissimi  augusti  largita 
vel  roborata  sunt  atque  décréta,  nostrae 
mansuetudinis    praecepto    firmamus,    re- 

giam  consuetudinem  exercemus  idque  no-  quieto  ordine  possidere.  Petiit  etiam  idem 

bis  maxime  in  ecclesiarum  &  servorum  Dei  venerabilis    abba    CentuUus    celsitudinem 

causis   ad    aeternam    mercedem    proficere  nostram   ut   homines    liberi    commorantes 

nobis  confidimus.  Idcirco  notum  fieri  vo-  infra   terminos  ejusdem   monasterii,  quos 

lumus    omnium    fidelium    nostrorum    tam  praefixerunt   auctoritate    domni    ac    geni- 

praesentium  quam  futurorum  [industriaej,  toris   nostri  Gauselinus  &  Bernardus   co- 

quia  sicut  in  privilégie  dicti  domni  &  ge-  mites,    terras    quas    ex   aeremo    traxerunt 

nitoris  nostri  immunitatis  defensionem  at-  quiète  possideant  &  congruum  obsequium 

que    tuitionem    monasterio    Sancti    Poly-  sicut  homines  ingenui  exinde  eidem  mo- 

carpi,  quod  situm  est  in  pago  Redensi,  seu  nasterio  exhibeant,  ne  eorum   ingenuitas 

CentuUovenerabili  abbati  &  ejus  successo-  vel    nobilitas   vilescat.    Hi    vero   pagenses 

ribus  necnon  &  monachis  in  eodem   mo-  qui    extra    terminum    ejusdem    monasterii 

nasterio  consistentibus  per  hoc  clementiae  manent  &  terras  infra  fines  praefati  mo- 

nostrae  firmamus  edictum,  per  quod  con-  nasterii  habent,  si  eorum  voluntas  fuerit, 

stituentes  decernimus,  ut  saepedictum  mo-  de    ipsis    terris    commutandi    vel    venun- 

nasterium  &  in  eo  regulari  ac  monastico  dandi  per  hoc  nostrae  auctoritatis   prae- 

ordine  viventes   amodo    &    deinceps   cum  ceptum  ad  eumdem  monasterium  licentiam 

omnibus   ad  se   pertinentibus  vel  appen-  habeant,    &  ipsa   emptio  vel   commutatio 

ditiis  atque  adjacentiis  seu  terminis  suis,  plenissimam  praesenti  nostrae  auctoritatis 

necnon   &   cum    Gaiano  villare   sive   cum  edicto    in   omnibus    obtineat    firmitatem. 

rébus  quas  Austrimirus  ei  monasterio  con-  Quandoquidem  autem   divina  ordinatione 

tulit  in  pago  Helenensi,  quarum  sunt  no-  supradictus    abba  vel  successores  ejus  ab 

mina  Palatiolus   &    Salellas ,    seu   &   cum  hac  luce  migraverint,  quandiu   ipsi  inter 

cella  in  pago  Carcassensi  conjacenti  quam  se  taies  invenire  potuerint,  qui  ipsam  con- 

idem  Austrimirus  ad  eumdem  monasterium  gregationem  secundum  regulam  sancti  Be- 

delegavit,  cujus  vocabulum  est  Cornicia-  nedicti   regere  &  gubernare  valeant,  per 

num,  cum  omnibus  nihilominus  quae  dein-  hanc  nostram  auctoritatem  licentiam  ha- 

ceps  a  Deum  timentibus  ad  idem  conlatum  béant  ex  semetipsis  abbates  eligere,  qua- 

fuerit,    sub    nostra    successorumque    nos-  tenus  serves  Dei,   qui  ibidem  Deo  famu- 

trorum  tuitione   in  perpetuum   maneant;  lantur,  pro  nobis  conjuge  proleque  nostra 

videlicet  ut  nullus  judex  publicus  neque  &  stabilitate    totius   regni   nostri  Domini 

quislibet  ex  judiciaria  potestate  aut  ullus  immensam    misericordiam   jugiter  exorare 

ex  fidelibus  nostris  tam  presentibus  quam  delectet.    Et    ut   haec    nostrae    largitionis 

auctoritas  nostris  successorumque  nostro- 

'  Recueil  des  historiens  de  France^  t.  8,  p.  465.  rum  temporibus  inviolabilem  atque  incon- 


An 
844 


:55 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


2^( 


Vers 
844 


vulsam  obtineat  firmitatem,  manu  propria  qui  vocatur  Buxolus,  &  molendinos  suos 

subterfirmavinius   &   anuli  nostri  inipres-  qui  siti  esse  noscuntur  in  pago  Redense, 

sione  adsignari  jussimus.  in  villa  quae  dicitur  Limosus,  &  alios  duos 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis.  molendinos  in  villa  quae  dicitur  Rescemiri 

Anscharius  presbyterad  vicem  Hludovici  super  fluvium  Atacio,  quam  propriis  mani- 

recognovit.  bus  memoratus  abba  &  monachi  sibi  com- 

Data [anno  V]  régnante  gloriosis-  missi  construxerunt,  seu   &   villam    juxta 

simo  rege,  indictione  VIT.  Actum  Tolosa  ipsum    monasterium    quae   vocatur   Salas, 


civitate,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


ubi  est  ecclesia  constructa  in  honore  sanc- 
tae  Mariae  semper  virginis,  &  alios  duos 
villares  qui  vocantur  Issart  &  Irulia,  qui 
sunt  in  fines  de  ipso  memorato  monasterio 
cum  terminis  &  appendiciis  suis,  quam 
hactenus  supradictus  domnus  &  genitor 
noster  augustus  Ludovicus  praedicto  mo- 
nasterio perauctoritatem  suam  praefinivit, 
concessit  atque  delegavit,  vel  etiam  omni- 
bus rébus  &  omnibus  eidem  loco  appen- 
dentibus   sub  nostra   similiter  defensione 


124. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour 
S aint-Hilalre  '. 

IN  nomine  sanctae  et  individuae  Trinita- 
tis.  Karolus  Dei  gratia  Francoriim  rex. 

Quicquid   enim  ob  amorem  divinae   rêve-  ac  immunitatis  tuitione  recipere  dignare- 

rentiae  operibus  justis  implere  satagimus,  mur;  &  in  pago  Russilionense  cellas  très, 

ad  aeternae  beatitudinis  gloriam  capessen-  una  quae  vocatur  Nidolarias  super  flumen 

dam  profuturum  nobis  omnino  non  dubita-  quae  dicitur  Techus  ubi  est  ecclesia  con- 

mus,  quin  etiam  ad  regni  nostri  diutur-  structa  in  honore  sancti  Stephani,  &  alla 

num   felicemque  statum  pertinere  procul  est  in  monte  Furcato  ubi  est  ecclesia  con- 

dubio   credimus.    Idcirco   cognoscat  saga-  structa  in  honore  sancti  Martini  &  tertia 

citas  seu  utilitas  omnium  fidelium  nostro-  est  in  monte  Albaria  in  loco  qui  vocatur 

rura  tam  praesentium  quam  &  futurorum,  Valle  Vitraria,  ubi  est  ecclesia  constructa 

qualiter  religiosus  Ana  abba  ex  monasterio  in  honore  sancti  Martini,  cum  ipso  villare 

Sancti  Hilarii,  quod  est  situm  in  pago  Car-  qui  dicitur  ad  Casa  Sationi,  cum  terminis 

cassonensesuper rivumLeuco,constructum  vel  adjacentiis  illorum.  Cujus  petitionibus 

scilicet  in  honore  sancti  Saturnini  marty-  clementer  annuimus,  cui  etiam  hoc  excel- 

ris,  ubi  etiam  praedictus  sanctus  Hilarius  lentiae  nostrae  praeceptum  fieri  jussimus, 

confessor  corpore  requiescit,  ad   nostram  per  quod  praecipimus  atque   jubemus,   ut 

accedens  clementiam,  obtulit  mansuetudini  nuUus  judex  publicus  vel  quislibet  ex  judi- 

nostrae     quandam     auctoritatem     sanctae  ciaria  potestate   in  ecclesias  aut   loca  vel 

memoriae  domni&  genitoris  nostri  augusti  agros  seu  reliquas   possessiones  praedicti 

Ludovici,  in  qua  continetur  qualiter  idem  monasterii,  quas  moderno  tempore  juste 

domnus   &  genitor  noster  praedecessores  &  rationabiliter  possidet  vel   quae   etiam 

suos  [&J  praedictum  monasterium  cum  om-  deinceps  in  jure  ipsius  sancti  loci  voluerit 

nibus  rébus  sibi  juste  legaliterque  perti-  divina  pietas  augeri,  ad   causas  audiendas 

nentibus  sub  defensionis  suae  tuitione  im-  vel  freda  exigenda  aut  mansiones  vel  pa- 

munitatisque    munimine    receperit.    Petiit  ratas  faciendas  aut  fidejussores    tollendos 

etiam   idem  venerabilis  Ana  abba   magni-  aut  homines  ipsius   monasterii    tam  inge- 

tudinem  nostram  ut  eandem  auctoritatem  nuos  quam  &  servos  super  terram  ipsius 

genitoris  nostri  renovare  &  ipsum  memora-  commanentes    injuste   distringendos,    nec 

tumque  monasterium  sibi  commissum  cum  ullas  redibitiones   aut   illicitas   occasiones 

cellulis  sibi  subjectis,  quae  nuncupantur  requirendas,  nostris  &  futuris  temporibus 

Gareliacus,  8c  alla  quae  nuncupatur  Sancti  ingredi  audeatvel  ea  quae  supra  memorata 

Martini,  cum  villare  infra  ipsos  terminos  sunt  penitus  exigere  praesumat  ;  quicquid 

de  rébus  praefati  monasterii  fiscus  sperare 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  f).!:').  poterat,  totum  nos  pro  acterna  reniu liera- 


Vers 

844 


Vers 
844 


257 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


i58 


manere,  manu  propria  subterfirmavimus 
&  amili  nostri  inipressione  signari  jussi- 
nius. 


I2D. 


tione   praefato  nionasterio  concedimus   ut 

in  alimonia  pauperum  &  stipendia  mona- 

chorum  ibidem  Deo  f'amulantium  perpetuo 

proficiat  in  augmentum,  vel  ipsius  molen- 

dinos  duos  qui  sunt  in  fluvio  Atace  in  ter- 

minio  de  villa  Cerintiano.  Praeterea  nemi- 

nem  Dei  nostrorumquefidelium  industriam 

latere    volumus  ,    quia    saepedictus    abba 

nostrae  suggessit  praecellentiae,   qualiter 

quidam,  sacerdos,  cui  nomen  Autarius,  ba- 

silicam   in  pago  Carcassonense  sitam  sub 

honore  scilicet  sancti  Adriani,cum  omnibus 

illi  pertinentibus  rébus  praenominato  suo 

monasterio  contulerit  seu  donaverit  atque      mentia  rex.  Omnibus  episcopis,  abbatibus, 

per  cartam  traditionis  legaliter  firmaverit      ducibus,  comitibus,  vicariis,   actionariis, 


Diplôme  de   Charles   le   Chauve  pour 
Vahhaye  de  Caunes', 


r 


nomine   sanctae   &  individuae  Trini- 
tatis.    Karolus    divina    propitiante    cle- 


sive  per  praeceptum,  per  quod  eandem 
basilicam  gloriosus  quondam  rex  Pippinus 
largitus  fuit  eidem  Autario  sacerdoti,  sicut 
supra  taxatum  est  plenissime  memorato 
loco  donando  contradidit  ;  quae  quidem 
ecclesia  duos  habet  molendinos,  qui  at- 
tinguntur  terminis  duarum  villarum  quae 
dicuntur  Prexianus  &  Rufiacus.  Nostram 
itaque  fréquenter  Ana  abba  petiit  pietatem, 


centenariis  vel  cunctis  fidelibus  nostris  & 
sanctae  Ecclesiae  praesentibus  scilicet  & 
futuris  notum  sit,  quia  si  sacerdotum  ac 
servorum  Dei  petitiones  quas  nobis  pro 
suis  necessitatibus  innotuerint  ad  effectum 
perducimus,  non  solum  regalem  consue- 
tudinem  exercemus,  verum  etiam  aeter- 
nae  remunerationis  praemium  apud  Do- 
minum  rependi  non  dubitamus.  Quocirca 


ut  ob  nostrae  mercedis  augmentum  supra-  noverit  omnium  sanctae  Dei  Ecclesiae  fide- 

dicto  sacerdoti  Autario  factam  donationem  lium  nostrorumque  tam  praesentium  quam 

plenius  confirmare  dignaremus   per  hanc  &  futurorum  soUertia,  quia  vir  venerabilis 

eandem  excellentiae  nostrae  auctoritatem.  abbas  Hildericus  ex  monasterio  quod  dici- 

Cujus   precibus   annuentes,    constituendo  tur  Caunas,  quod  est  situm  in  pago  Narbo- 

sancimus  ut,  sicut  ab  eodem  Autario  sacer-  nensi,  constructum  in  honorem  sanctorum 

dote  praememorata  basilica  cum  appendi-  apostolorum  Pétri  &  Pauli  super  fluvium 

tiis  praemisso  monasterio  est  tradita  seu  Argentiduplicis,  detulit  nobis  praeceptum 


delegata,  sic  per  hanc  nostram  auctoritatem 
integerrime  perpetuis  temporibus  in  potes- 
tate  seu  dominatione  praenotati  monaste- 
rii  rectorumque  ejus  consistât,  &  absque 


avi  nostri  Karoli  augusti  imperatoris,  in 
quo  continebatur  qualiter  idem  monaste- 
rium,  cui  bonae  memoriae  venerabilis  ab- 
bas Daniel  praeerat,  Aniano  abbati  in  sua 


alicujus    contradictione    vel    minoratione      eleemosyna  concesserat,  uti  per  ejus  de- 
omni  tempore  in  utilitatibus  ipsius  sancti      fensionem  atque   immunitatem   &    tuitio- 


loci  permaneat.  Et  quandoquidem  divina 
vocatione  supradictus  abba  vel  successores 
ejus  de  hac  luce  migràverint,  quandiu  ipsi 
monachi  in[ter]  se  taies  invenire  potuerint, 
qui  ipsam  congregationem  secundum  regu- 
lam  sancti  Benedicti  regere  valeant,  per 
hanc  nostram  auctoritatem  &  consensum 
licentiam  habeant  eligendi  abbates,  quati- 


nem  quiète  secundum  regulam  sancti  Be- 
nedicti viverent^  &  denuo  avus  noster  per 
suam  auctoritatem  paternum  sequens  mo- 
rem  suprascriptum  monasterium  cum  suis 
omnibus  appenditiis  vel  terminis,  sicut  in 
illorum  instrumentis  resonat,  recepisset 
immunitatemque  bénigne  contulisset,  aliud 
nobis    simili    tenore    nostrae   auctoritatis 


nus  ipsos  monachos  qui  ibidem  Deo  famu-      praeceptum,  ipsius  scilicetvenerabili  quon- 
lantur  pro  nobis  &  conjuge  atque  stabili-       dam  abbati  nomine  Daniel  factum,  qualiter 


tate  totius  regni  nostri  Domini  immensam 
clementiam  jugiter  exorare  delectet.  Et  ut 
haec  auctoritas  nostris  futurisque  tempori- 
bus Domino  protegente  inconvulsa  valeat 


ipsum   monasterium   sub  nostrae  imniuni- 
tatis    tuitione    jure    perpetuo    manendum 

'  Recueil  des  historiens  Je  France,  t.  8,  p.  466. 


Ver» 

844 


Ver» 
844 


II. 


Vers 
844 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


260 


locis  ciim  villare,  cum  terminis  & cum 

casalibus  &  hortalibus,  cum  pratis  &  pas- 
cuis,  silvis,  garricis,  viae  ductibus  &  reduc- 
tibus,  cultum  vel  incultum  &  cum  omnes 
adjacentias  illorum  ad  proprio,  in  praefata 
deliberatione  vel  deliberationis  quod  inter 
me  &  te  bene  placuit  atque  convenit  soli- 
des quadringentos  &  nihilque  de  ipso  pre- 
tio  apud  te  emptore  non  remansit,  &  est 


25g 

instituimus.  Sed  pro  firmitatis  munimine 
deprecatus  est  nos  praedictus  abbas  Hilde- 
ricus,  ut  circa  ipsum  sanctum  locum  denuo 
ei  pro  mercedis  nostrae  aeternae  ac  regni 
nostri  augmento  eadem  concedere  digna- 
remur  nostrae  auctoritatis  praecepto.  Cu- 
jus  petitionem  denegare  noluimus,  sed  ita 
in  omnibus  &  praesentes  &  futuri  sanctae 
Dei  Ecclesiae  fidèles  &  nostri  concessum 
ac  perpetuo  confirmatum  esse  cognoscant  manifestum,  ut  ex  prefati  die  &  tempore 
a  nobis.  Petiit  etiam  ut  illas  cellulas,  quas  quod  de  haec  omnia  superius  scripta  agere 
in  pago  Carcassense  in  loco  Laurano  &  vel  judicare  volueris  habeas  potestatem  ad 
Sancti  Fructuosi  cum  omnibus  Juribus  &  proprio.  Et  qui  contra  banc  vinditionem 
pertinentes  suis  &  cum  omni  supra  po-  venerit  ad  irrumpendum,  inferam  vel  infe- 
sito  illorum,  &  in  Narbonensi  in  loco  rant  tibi  vel  partique  tuae  &  omnia  supe- 
Sancti  Pauli  &  salinas  quas  obtinent  in  rius  scripta  dupla,  &  in  antea  ista  conditio 
stagno  juxta  Narbonam  ,  in  loco  qui  dici-  firma  &  stabilis  permaneat  &  non  sit  dis- 
tur  Achadalard,  in  Minerbense  ecclesiam  rupta.  Facta  carta  vinditionis  sub  die  lll 
Beatae  Mariae,  cujus  vocabulum  est  Li-  kalendas  augusti,  anno  quinto  régnante 
bris  cum  omnibus  appenditiis  &  perti-  Karolo  rege.  Argilas.  Wifredus.  Castella- 
nentiis  suis,  villam  Baiano  cum  finibus  ac  nus.  Frederius.  Wiatarius  qui  hanc  vin- 
terminis  illius  ad  domum  sanctorum  Pétri  ditionem  scripsi  &  subscripsi  die  &  anno 
&  Pauli iCaetera  desunt.]  quo  supra. 


An 
844 


126. 

Vente  faite  par  Argila,  fils  du  comte 
Béra\ 


N  nomine  Domini.  Ego  Argila  qui  sum 

filius  quondam  Berani  comiti,  vinditor 


g  T. ■)        

„         tibi  Berane  filio  meo.  Sic  placuit  mihi  & 

3o 

Juillet,  placet  &  propria  mea  hoc  elegit  bona  vo- 
luntas,  ut  tibi  filio  meo  Berane  vindere  de- 
berem,  sicuti  &  vindoj  in  suburbio  Ele- 
nense,  in  pago  Russulionense  vindo  tibi  in 
ibidem  loco  villas  duas  quem  habeo  per 
donitum  de  genitore  meo  condam  Berane 
comité  &  per  comparatione  de  femina  no- 
mine Suadilane,  id  est  Terrenum  cum  om- 
nes fines  &  adjacentias  suas,  &  alia  villa 
quae  nuncupatur  Furchas  cum  omnes  fines 
vel  adjacentias;  &  in  pago  Redense,  in  lo- 
cum ubi  dicitur  Saltum,  vindo  in  ibidem 
villa  Donacanum  cum  ipsa  baschea  qui 
ibidem  fundata  est  in  honore  sancti  Feli- 
cis.  Vindo  illas  villas  jamdictas  in  ibidem 

'  Mcirca  Hispanlca,  col.  781  5   ex  chartario  eccle- 
siae Elenensis. 


127.  —  LXVII 

Charte  de  Charles  le  Chauve,  où  la 
généalogie  d'Eudes,  duc  d'Aqui- 
taine, est  rapportée^ 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita- 
tis.  Carolus  Dei  gratia  Francorum  rex. 
Dignum  est  sanctae  Ecclesiae  loca  aucto- 
ritate  regali  stabilire  &  justis  monacho- 
rum  divini  cultus  amore  ad  nos  peragran- 
tium  precibus  favere.  Idcirco  notum  sit 
fidelibus  sanctae  Dei  Ecclesiae.  tam  prae- 
sentibus  quam  futuris,  quod  religiosus  vir 
Obbonius  abbas,  de  partibus  Hispaniae  ve- 

'  Le  cardinal  d'Agulrre,  Concilia.  Hispanica,  t.  3, 
p.  141  &  seq.  —  Ce  diplôme  est  le  célèbre  docu- 
ment qui,  sous  le  nom  de  Charte  d'Alaon,  a  peuplé 
l'histoire  du  Languedoc,  du  septième  au  neuvième 
siècle,  de  tant  de  personnages  imaginaires,  &  qui  a 
engagé  les  Bénédictins  dans  un  système  historique 
absolument  inadmissible.  Voir,  sur  cet  acte,  œuvre 
d'un  faussaire  du  dix-septième  siècle,  dans  ce  vo- 
lume, la  Note  additionnelle  à  la  Note  LXXXIII  j 
&  au  tome  I",  passim,  les  notes  particulières  mises 
au  bas  des  pages.  [A.  M.] 


Éd.  orig 

t.  1, 
C01.X5. 


An 

84.5 

21 

janvier. 


An 
845 


Éd.oiig. 

t.  I, 
col.  86. 


261 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


262 


niens,  de  illa  nempe  Gotthici  regni  marca, 
Francorum  regibus  olim  nostroque  niinc 
praecepto  subjecta  &  auspiciis  geiiitoris 
nostri  augusti  Ludovic!  a  Sarracenorum 
squalore  praeservata,  obtutibus  nostris 
adiit,  eum  ad  serenitatem  praesentiae  nos- 
trae  ducens  venerabilis  ac  fidelis  uoster 
Berarius  primae  sedis  Narboneiisis  urbis 
archiepiscopus,  nobisque  palam  fecit,  quod 
praeclarus  quondam  Vandregisilus  cornes, 
consanguineus  noster  ac  homo  ligius, 
quem  post  patris  sui  Artalagarii  fpmitis 
mortem  genitor  noster  super  Vasconiam , 
quae  est  trans  Garumnam  flumen,  limita- 
iieum  constituit,  quum  Dei  &  militum 
suorum  auxilio  inter  alia  a  Sarracenis  & 
ab  Amarvano  Caesaraugustano  duce  eri- 
puit  totum  illud  territorium  in  dictae 
Vasconiae  montanis  locis  situm,  quod  est 
ultra  &  circa  flumen  Balicram,  nomine 
Alacoon  j  &  quod  dictus  Vandregisilus 
cornes  cum  praeclara  uxore  Maria  co- 
mitissa  in  praedicto  loco  monasterium  in 
Dei  genitricis  honorem  ante  decennium 
sumptibus  propriis  extruxit  de  consilio  & 
consensu  filiorum  suorum,  videlicet  Ber- 
narthi  ad  praesens  ejusdem  Vasconiae  co- 
mitis  &  istius  limitis  custodis  cum  uxore 
sua  comitissa  Theuda,  &  Atbonis  nunc 
Palliarensis  comitis  cum  Eynzeliiia  uxore, 
necnon  Antonii  hodie  vicecomitis  Biter- 
rensis  cum  uxore  sua  Adoyra ,  itidemque 
Asinarii  nunc  etiam  Lupiniacensis  ac  So- 
lensis  vicecomitis  cum  Guberga  uxore  suaj 
qui  omnes  de  infidelium  spoliis  monaste- 
rium suscitarunt  &  clericos  monachos  se- 
cundum  regulam  sancti  Benedicti  conver- 
santes ex  sancti  Pétri  apostoli  Sirasiensi 
monasterio  cum  eodem  Obbonio  abbate 
ad  illud  contulerunt.  Et  quod  monaste- 
rium constructum  ac  dedicatum  fuit  de 
licentia  &  consensu  venerabilis  quondam 
Bartholomaei,  primae  sedis  Narbonensis 
tune  archiepiscopi,  &  venerabilis  Sisebo- 
tus  Orgellitanus  episcopus,  de  cujus  spi- 
ritualitate  locus  est,  juxta  ordinationem 
piissimi  genitoris  nostri  augusti  Ludovici 
opus  laudavit  &  ecclesiam  praedicti  mo- 
nasterii  benedixit,  praesentibus  veneran- 
dis  Ferreolo  episcopo  de  Jacca,  &  Involato 
Convenarum  episcopo,  necnon  Oddoario 
Sirasiense    abbate,    Hermengaudo    abbate 


Assiniense,  Oddoario  abbate  Sancti  Zacha- 
riae,  Fortunio  Leigerensi  abbate,  Don- 
done  abbate  Sancti  Savini,  Varino  abbate 
Alti-Fagiti,  Attilio  abbate  Cellae-Fragilii, 
&  Transirico  Sancti  Joannis  Oriolensis  ab- 
bate, cum  aliis  clericis  &  eremitis,  &  Sto- 
lido  abbate  Sancti  Aredii  Attanensis,  qui 
ex  Lemovicensi  sancti  Salvatoris  basilica 
tune  comportabit  ad  novam  ecclesiam  bea- 
tae  Mariae  lipsanas  Hatthonis  quondam 
Aquitaniae  ducis  ac  filii  sui  Artalgarii 
comitis  cum  ceteris  fidelibus.  De  quibus 
omnibus  autographum  deditj  similiterque 
obtulit  nostrae  serenitati  testamentum  seu 
placitum  praedictorum  Vandregisili  comi- 
tis &  conjugis  Mariae  comitissae,  in  que 
de  consensu  omnium  filiorum  suorum  dic- 
tus Vandregisilus  eidem  monasterio  &  cle- 
ricis monachis  secundum  regulam  sancti 
Benedicti  in  eo  conversantibus  tam  prae- 
sentibus quam  futuris  reliquit  :  imprimis 
omne  jus  quod  ad  se  pertinere  dixit  super 
monasterium  de  Rodi  insula,  quod  olim  in 
honorem  beatae  Mariae  aedificavit  Ludo 
Aquitaniae  dux  cum  uxore  sua  bonae  me- 
moriae  Valtruda,  Valchigisi  ducis  de  nos- 
tra  progenie  filia  &  ubi  praedictus  Ludo 
sepultus  est,  &  omnes  terras,  ecclesias  & 
jura,  quae  ad  praedictum  Vandregisilum 
comitem  pertinere  asserebat  de  patrimo- 
nio  suo  in  tota  Aquitania,  &  praecipue  in 
pago  Tolosano,  Cadurcensi,  Pictaviensi, 
Agennensi,  Arelatensi,  Sanctonensi  &  Pe- 
tragoricensi,  quae  fuerunt  dicti  Ludonis 
Aquitaniae  ducis  &  fratris  sui  Imitarii,  & 
eorum  genitori  Boggiso  duci  Dagobertus 
rex  concessit  post  mortem  fratris  sui  Ilde. 

rici  Aquitaniae  régis itidemque  omnia 

monasteria  in  tota  Aquitania  &  Vasconia 
seu  jura  eorum  omnium  quae  fuerunt  Lu- 
donis Aquitaniae  ducis,  &  ejus  genitori 
Boggiso  duci  Dagobertus  rex  concessit 
post  necem  fratris  sui  Ilderici  Aquitaniae 
régis,  ut  supradictum  est;  necnon  omnia 
bona  quae  Amandus  dux  in  Vasconia  dédit 
filiae  suae  Giselae  reginae  &  postea  reli- 
quit nepotibus  suis  Boggiso  duci  &  suo 
fratri  Bertrando,  quos  Haribertus  rex  ha- 
buit  ex  Gisela  uxore.  Similiterque  legavit 
praefato  monasterio  jura  quae  dixit  habere 
in  pago  Lemovicensi  :  Parciaco,  Nulliaco, 
Podentiniaco  &  aliis  quae  fuerunt  Jadre- 


An 
845 


Éd.orig. 
t.I, 

col.  87. 


An 
845 


263 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


264 


An 
845 


gisili  quondam  Aquitanorum  ducis,  Vand-  olim  donavit  Hariberto  fratri  &  suis  ne- 
tadae  comitissae  matris  sui  progenitoris  potibiis  Boggiso  &  Bertrando,  post  necem 
&  ad  eam  pertinebant  jure  sanguinis;  de-  ut  dicitur  eorum  fratris  Ilderici  Aquita- 
nique  de  consensu  principali  filii  sui  Asi-  niae  régis  jure  haereditario  ab  Ludone 
narii  vicecomitis  Lupiniacensis  ac  Solensis,  Boggisi  fîlio  possessae  fuere,  &  post  illius 
qui  territorium  de  Alacone  pro  haereditate  mortem  a  primogenito  Hunaldo  &  Vifario 
sortitus  fuerat,  dédit  monasterio  &  mona-  nepote,  qui  Aquitaniae  ducatu  potiti  sunt, 
chis  praefatis  ecclesias  locorum  de  Aren-  nomine  tamen  Francorum  regum.  Sed  cum 
nus,  de  Sancto  Stéphane,  de  Malleo,  de  Vifarius  dux  toties  sacramenta  fidelitatis 
Auleto,  de  Rocheto,  de  Vinialla,  de  Zal-  inclito  proavo  nostro  Pippino  régi  viola-  Éd.orig. 
vera  &  utraque  Zopeira,  de  Pardiniella,  de  verit,  ab  eo  saepius  devictus  fuit  &  post  coi. 88. 
Castannaria  &  Cornudiella,  &  omnia  aloda  eum  apostata  Hunaldus,  dum  Aquitaniam 
eorum,  scilicet  Lavandarias  &  Parietes  ;  nova  fcbellione  praeoccupare  conatus  est, 
juxtaque  donavit  ecclesiam  castri  nomine  a  magno  Carolo  avo  nostro  devicti  atque 
Vandres,quod  ipse  aedificavit  contra  Mau-  rebelles  dicti  fuere.  Propter  quod  Aquita- 
ros  de  Jacca;  &  omnes  haereditates  &  prae-  nia  tota  cum  Vasconia  &  cum  omnibus 
dia  quae  comitissa  Maria  habuit  a  pâtre  juribus  suis  juxta  Francorum  leges  ad  Ca- 
suo  quondam  Asinario  comité  post  captam  rolum  augustum  devoluta  est,  qui  illam 
civitatem,  cum  aliis  campis  &  pagis  in  cum  regali  titulo  excellentissimo  Ludovico 
praedicto  testamento  seu  placito  nomina-  genitori  nostro  donavit,  a  quo  omne  jus 
tis  &  contentis  &  a  praedicto  monasterio  regaleque  dominium  super  integram  Aqui- 
possessis  post  mortem  jamdicti  Vandre-  taniam  ad  nos  pervenit.  Quod  &  de  tota 
gisili  comitis  &  ejus  uxoris  Mariae  co-  Vasconia,  Deo  auxiliante,  similiter  actum 
mitissae,  qui  in  eadem  ecclesia  tumulati  fuit;  nam  magnus  avus  noster  Carolus 
sunt.  De  quibus  omnibus  praefatus  Obbo-  fidelissimo  Lupo  duci,  qui  ex  secunda  Lu- 
nius  abbas  suo  monasterio  sibique  regiae  donis  linea  seu  generatione  primogenitus 
auctoritatis  decretum  fieri  postulavit,  ut  fuit,  nempe  Hattonis  ducis  major  natu,  & 
jamdictas  villas,  ecclesias,  monasteria  &  denuo  magni  Caroli  se  imperio  subjecit, 
ceteras  haereditates  sub  unius  praecepti  totam  Vasconiae  partem  beneficiario  jure 
conclusionem  nominatim  inserens  in  per-  reliquit;  quam  ille  omnibus  pejoribus  pes- 
petuum  confirmemus,  ut  cum  omnibus  simus  ac  perfidissimus  supra  omnes  mor- 
facultatibus  suis  &  nunc  subjectis  &  mo-  taies,  operibus  &  nomine  Lupus,  latro 
derno  in  tempore  subjiciendis  sub  nostra  potius  quam  dux  dicendus,  Vifarii  patris 
defensione  &  immunitatis  tuitione  consis-  scelestissimus  avique  apostatae  Hunaldi 
tere  faceremus.  De  quibus  omnibus  habito  improbis  vestigiis  inhaerens,  arripuit  jure 
consilio  cum   nostrae  curiae    optimatibus      ut  aiebat  Adelae  matris,  fidelissimi  nostri 

ducis  Lupi  filiae.  Attamen  dum  simulanter 
atrox  nepos  sacramentum  glorioso  avo 
nostro  Carolo  multiplex  dicebat,  solitam 
ejus  majorumque  suorum  perfidiam  ex- 
pertus,  in  reditu  ejus  de  Hispania  dum 
cum  scara  latronum  comités  exercitus  sa- 
crilège  trucidavit;    propter   quod    postea 


&  cum  archiepiscopis,  episcopis,  abbati- 
bus,  ducibus  &  comitibus,  nobiscum  tum 
apud  Carisiacum  congregatis  propter  so- 
lemnitatem  ad  nostras  felicissimas  nuptias 
cum  gloriosa  domina  Hermentrude  sublimi 
regina  honorandas,  recognovimus  quod  in 
totum  non  possumus  ejusdem  abbatis  pre- 


cibus  aures  accomodare,  utpote  nostrae  jamdictus  Lupus  captus  misère  vitam  in 
regali  celsitudini  &  multorum  juri  adver-  laqueo  finivit,  ejus  filio  Adalarico  miseri- 
santibus,  quia  praedictus  Vandregisilus  co-      corditer  Vasconiae    portione   ad    decenter 


mes  minime  facultatem  habuit  legandi  seu 
donandi  villas,  ecclesias,  monasteria  & 
ceteras  haereditates  per  Aquitaniam  &  Vas- 
coniam  constitutas,  quia  de  posteriori  li- 
nea seu  generatione  Boggisi  &  Ludonis 
ducum    erat.    Nam    quae    Dagobertus   rex 


vivendum  relicta.  Qui  misericordia  abu- 
tens  similiter  ut  pater,  cum  Scimino  & 
Centullo  liliis  adversus  piissimum  genito- 
rem  nostrum  arma  sumens  ejusque  hos- 
tem  in  montanis  adorsus,  cum  Centullo 
filio  in  praelio  occubuit.  Sed  genitor  n03- 


An 
845 


265 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


166 


Éd.orig. 

i.  I, 
col.  89. 


ter  solita  sua  piefate  Vasconiam  inter  dic- 
tum  Sciminuni  &  Lupum  Ceiitulli,  de- 
niortui  Centulli  filiuni,  iterum  divisit; 
quam  &  Lupus  Centulli  &  Garsimirus, 
Scimini  genitus,  postea  propter  infideli- 
tatem  amiseruut,  Garsimiro  sicut  &  pa- 
ter  Sciminus  in  rebellione  occiso,  &  Lupo 
Centullo  propter  tyrannidem  exsulato  &  a 
principatu  renioto.  Tune  enim  praeexcel- 
sus  genitor  noster,  iterum  Vasconia  tota 
vindicata  &  regio  dominio  conjuiicta, 
illam  e  nianibus  nepotum  Ludonis  in  per- 
petuum  eruit  &  aliorum  ex'nostro  san- 
guine gubernaculis  commisit.  Nam  Vasco- 
niae  ducamen  Totilo  duci  primo  dédit  & 
post  eum  Sigihino  Mostellanico,  qui  illud 
nunc  habet,  exceptis  tamen  illis  ditionibus 
quas  tenuerunt  cum  Arvernensi  comitatu 
Icterius,  &  cum  Agennensi  Ermiladius, 
avunculus  &  frater  praedicti  Vandregisili 
comitis.  At  enim  de  monasterio  Sanctae 
Mariae  de  Rodi  insula,  cum  a  Nortmannis 
jamdudum  incensum  ac  dirutum  exstet, 
nihil  de  ejus  restaura tione  speratur,  &  ita 
de  eo  non  loquitur.  Ceteruni  de  villis  & 
haereditatibus,  quas  dux  Amandus  primum 
reginae  Giselae  filiae  &  postea  Boggiso 
duci  suoque  fratri  Bertrando  nepotibus 
reliquit,  cum  eis  quae  a  matre  Amantia  & 
a  Sereno  quondam  Aquitaniae  duce  avo 
tenuit  praedicta  Gisela  regina,  nullatenus 
possumus  in  toto  vel  in  parte  illas  confir- 
mare.  Nam  post  inaugurationem  in  His- 
pania  filiorum  Garsimiri  comitis  citerioris 
Vasconiae  supranominati,  [juxta  eorum  do- 
nationem  regio  diplomate  munitam],  omne 
jus  super  eas  &  praecipue  super  Bigorri- 
tanum  &  Benearnensem  comitatus  ad  Do- 
natum  Lupum  &  Centulupum,  praedicti 
Lupi  Centulli  ducis  filios,  devolutum  est, 
quod  a  genitore  nostro  &  nobis  confir- 
matum  duplici  exstat  praecepto,  Nunc  & 
illos  tenent  dictus  Donatus  Lupus  cornes 
&  Centullus,  jamdicti  Centulupi  Benear- 
nensis  vicecomitis  filius,  sub  Auriae  ma- 
tris  regimine.  Bona  vero  quae  Jadregisili 
ducis  fuere  in  nostra  potestate  non  sunt; 
nam  Dagobertus  rex  propter  filiorum  in 
pâtre  vindicando  ignaviam,  juxta  leges  Ro- 
manas  illis  paternas  possessiones  abstulit 
&  sanctis  martyribus  Dyonisio,  Rustico 
&  Eleutherio  dévote  distribuit  :   quorum 


possessionem  &  nefas  erit  disrumpere  & 
apostolica,  imperialia  &  regalia  praecepta 
violare.  His  summotis  &  in  perpetuum 
ad  silentium  redactis,  ob  Dei  amorem  & 
Deiparae  reverentiam,  in  ceterum  placuit 
celsitudini  nostrae  praedicti  Obbonii  ab- 
batis  petitionibus  annuere.  Visis  praeser- 
tim  patentibus  litteris,  quas  ad  nos  misit 
humiliter  super  hoc  rogans  nobilis  ac 
fidelis  noster  Asinarius  Lupiniacensis  & 
Solensis  vicecomes,  jamdicti  territorii  do- 
minus,  &  propter  bona  servitia  quae  nobis 
fecit  contra  Mauros  de  Corsica  &  alios 
adversarios  Francorum  nobilis  consangui- 
neus  noster  Burchardus  dux,  praedictae 
vicecomitissae  Gerbergae  pater,  &  praeci- 
pue ex  petitione  &  hortatu  gloriosae  con- 
jugis  nostrae  Hermentrudis  sublimis  regi- 
nae, hoc  itidem  nobis  suggerente  praefato 
metropolitano  Berario  archiepiscopo  cum 
aliis  fidelibus  nostris,  placitum  nostrum 
regale  petentibus  &  acclamantibus,  prop- 
ter quod  &  hoc  nostrae  auctoritatis  immu- 
nitatisque  praeceptum  erga  praedictum 
Obbonium  abbatem  &  idem  monasterium 
facere  decrevimus.  Itaque  decernimus  at- 
que  jubemus  ut  idem  Obbonius  abbas 
praedictum  monasterium,  dum  ipse  in 
carne  vixerit,  quia  de  ipso  benedictionis 
electionem  suscepit,  habeat  in  manu  & 
potestate  sua,  regulariter  secundum  regu- 
lam  sancti  Benedicti  sibi  commissum  illud 
gubernans  &  studiose  lucris  animarum  in- 
vigilans,  &  post  suum  decessum  monachi 
&  conventus  monasterii  potestatem  ha- 
beant  alterum  ex  eis  in  abbatem  eligendi. 
Et  ipse  Obbonius  abbas  nunc  &  ceteri 
abbates  pro  tempore  successores  ad  nul- 
lum  regem,  ducem,  comitem  seu  potesta- 
tem respiciant,  nisi  ad  regem  Franciae 
immédiate,  uti  Aquitaniae  &  Vasconiae 
regem,  &  secundum  regulam  sancti  Bene- 
dicti regulariter  vivant,  animas  Deo  verbis 
&  factis  lucrantes,  ut  ex  ovibus  suae  curae 
commendatis  aeternae  mercedis  gratiam  ha- 
bere  mereantur.  Et  praecipue  quod  prae- 
dictum monasterium  habeat  &  possideat 
res  omnes,  quas  de  consensu  omnium  filio- 
rum suorum  &  praecipue  Asinarii  vice- 
comitis pater  eorum  Vandregisilus  cum 
comitissa  Maria  uxore  eidem  legavit  & 
donavit.  Et  sub  istius  praecepti  conclusio- 


An 
845 


An 
845 


267 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


268 


Ed.orig. 

t.  I, 
col.  90. 


nem   nominatim  inserimus,  scilicet  eccle-  bâti  memorato    suisque    siiccessoribus  sub 

sias  locorum  de  Arennus,  de  Saiicto  Ste-  nostra    defeusione    pernianere    nostroque 

phano,  de  Malleo,  de  Auleto,  de  Rocheta,  solo    &    juniorum    aut   successorum    nos- 

de  Viniallo,  de   Zalvera,  de   utraque   Zo-  trorum  in  temporalibus  immédiate  parère 

peira,  de  Pardiniella,  de  Castannaria,  de  imperio.    Et   quidquid    jus    fisci    inde    po- 

Cornudiella,  &  omnia  aloda  eorum,  id  est  terat  exigere,   nos   propter  Dei   &   beatae 

Lavandarias  &  Parietes,  similiterque  eccle-  Mariae  reverentiam    remittimus  monaste- 

siam   loci  de  Vandres,  domos  de  Jacca,  &  rio    praedicto,    &   etiam    ei   nostra    regali 

haereditates  qiias  comitissa  Maria  habuit  a  licentia  &  potestate  relaxamus  &  concedi- 

patre   suo  Asinario    comité,  cum    caeteris  mus,  quod  nullum  unquam  censum  persol- 

campis   &  pagis   in   praedicto    testamento  vaut,   nisi  tantum   censum   spiritualem  ei 

contentis  :  exceptis  tamen  rébus  illis,  quas  impositum  pro  animabus  Vandregisili  co- 

supra   a   praecepto    nostro    excludimus    &  mitis  &  Mariae  uxoris  suorumque  paren- 

propter  causas  jamdictas   confirmare   non  tum  ac  filiorum  &  totius  stirpis  Vandre- 

valemus.  Quae  tamen  approbamus  sub  hoc  gisilae  in  perpetuum.  Et  etiam  pro  nostra 

nostro     institutionis     decreto     sublimiter  &  conjugis   nostrae  &  juniorum  seu   suc- 

ordinato  &  legaliter  statuto,   jure  quieto  cessorum  nostrorum  sainte  &  totius  rega- 

&  inviolabiliter  praedictum   monasterium  lis  regiminis  a  Deo  nobis  &  illis  pro  sua 

absque  uUa  contradictione  sub  monasticae  misericordia  commissi   incolumitate  orare 

dignitatis   reverentia    habeat   ac    sine   fine  quotidie  teneatur.  In  ceterum  nullum  tri- 

possideat,   &   cum   tota   integritate   omnia  butum    vel    debitum    de    omnium    rerum 

dicta  quae  obtinet  pacifica  &  immota  per-  suarum   possessionibus    alicui    persolvat  : 

maneant,  &  quidquid  praedictum   monas-  sed  libère  &  tranquille   omnes  haeredita- 

terium     nunc    habet   vel    quaecumque    in  tes  suas  bac  nostra  legali  absolutione  pos- 

postmodum,  Deo  auxiliante,  babiturum  sit  sideat,  &  nullo  unquam  duci,  vel  comiti, 

in  dictis  &  non  dictis  locis,  vel  quodcum-  vel  vicecomiti,  vel  vicario,   aut  graffioni 

que  Deo   comitante  in  posterum   ubicum-  seu    alio    domino,    sed    solum    nostrae    & 

que  acquirere  sibi  valuerit,  omnia  firmiter  juniorum    seu  successorum    nostrorum   in 

semper  gaudeat.  Insuper  per  hoc  nostrum  temporalibus  subditum  sit  potestati  imme- 

excelsum  praeceptum  ordinamus  &  statui-  diate,   at  vero  in  spiritualibus  metropoli- 

mus,  quod  nullus  dux,  cornes,  vicecomes  tano  archiepiscopo  Narbonensi  &  Orgel- 

seu  vicarius  sive  uUus  exactor  judiciariae  litano  episcopo  dioecesano,  qui  nunc  sunt 

potestatis  in  ecclesias  praedictas,  aut  loca,  vel    pro   tempore   fuerint,    obediat,   juxta 

vel  agros,  vel  alaudes,  seu  reliquas  posses-  ordinationem    seu    praeceptum    genitoris 

siones,  quas  praedictum  monasterium  re-  nostri  piissimi  Ludovici  augusti.  Reserva- 

tinet  vel   quas  in  tempus   in   jure  ac  po-  mus    tamen    omnium    locorum   praedicto- 

testate   ipsius  divina   misericordia   augere  rum    &   praedicti    monasterii    advocatiam 

potuerit  ad  causas  audiendas  seu  gestium  seu  abbatiam,  cum   medietate    decimarum 

dandum  vel  freda  &  telonea  exigenda  aut  omnium,  gageriae  titulo  ad  dictum  vice- 

feramina  capienda  aut  mansiones  seu  pa-  comitem  Asinarium  praefati  territorii  do- 

ratas   faciendas,   seu   fideijussores    tollen-  minum  suosque  ad  successores  &  haeredes 

dos   aut   homines    ipsius    monasterii     tam  vel   ad    alios,   qui   ab   eo   seu   haereditaria 

ingenuos.  quam    servos   distringendos   aut  seu  emptiva  vel  dotalitia  ratione  jus  ha- 

ullas  redhibitiones  aut  illicitas  occasiones  buerint,    dummodo    praefato    Orgellitano 

requirendas    nostro    tempore   vel     junio-  episcopo,  qui  nunc   est  vel  pro  tempore 

rum    seu    successorum   nostrorum   ingredi  fuerit,  ab   eo  vel  a  successoribus  suis  ar- 

audeat,  nec  curtes  praefati  monasterii  pe-  ciutae   persolvantur.  Ceterum   si   quis  dux 

netrare,  vel  ea  quae  supra  enumerata  sunt  aut  comes  seu  vicecomes  seu  vicarius  aut 

penitus  praesumat  exigere,   sive  comes  sit  graffio   vel    potestas    terrae  vel   judex   vel 

aut  vicecomes  aut  vicarius  aut  graffio  aut  alius  e  nostris  fidelibus    in   futurum    huic 

gastaldus   aut  telonarius    sive   alius   justi-  regiae    dignitatis    sive    auctoritatis    prae- 

tiariae  potestatis.  Sed  liceat  Obbonio  ab-  cepto  litem  vel  aliquam  controversiaiu  aut 


An 
845 


Éd.  orig. 

t.  I, 
col.  91 


An 
845 


\6C) 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


270 


An 
845 


interpretationeni  seu  dubium  iaferre  ten-  beati  Pétri  principis  apostolorum  &  sancti 

taverit  astu   nialignitatis,  sanctao  &  indi-  Theofredi,  ubî  ipse  corpore  quiescit,  ob- 

viduae  Trinitatis    iram    incurrat  &  olfen-  tulit  obtutibus  nostris  auctoritatem  con- 

sam  beatae  Mariae  sustineat  &  in  districto  scriptam,  in  qua  erat  insertum  quod  ipsum 

ac  tremendo  aeterni  judicii  examine   eam  locum    Berengarius    cornes   donino    Ludo- 

adversariam  inveniat,  sitque  anathema  at-  vico  piissimo  caesari  augusto   avo   nostro 

que  reus  divinae  niajestatis  atque  huma-  ad    habendum    in  proprium    obtulerit,  & 

nae  judicetur,  &   temeritatis  suae  poenas  ipse  postmodum  pius  caesar  ob  perpetuae 

exinde  persolvat,  &  congrua  omni  poeni-  vitae    meritum    monachis    in    eodem    loco 

tentia   secundum    ecclesiasticas    leges   Deo  degentibus   &    venerabili    Bodoni    abbati , 

&  beatae  Mariae  virgini  in  sexduplum  sa-  hujus  scilicet  Galterii  antecessori,  eorum- 

tisfaciat.  Et  ut  haec  nostrae  praeceptionis  que  successoribus  ad  gubernandum  atque 

auctoritas  a  fidelibus  omnibus  sanctae  Dei  perenne  regulariter  vivendum  jure  proprio 

Ecclesiae  &  nostris  in  istis  regni  Franco-  tradidit  &  consignavit.  Obtulit  etiam  reve- 

rum  partibus  &  in   illis  citerioris  Hispa-  rendam  patroni  nostri  Caroli  régis  invic- 

niae  &  regni  Gothici  finibus,  nostro  im-  tissimi  auctoritatem,  nostri  videlicet  avun- 

perio   subjectis    &   subjiciendis,  verius  &  culi,  qualiter  ipsum  locum  sanctuin  rega- 

firmiter  credatur  &  diligentius  observetur,  liter,  veluti  pater  illius  domnus  Ludovicus 

eam  manu  propria  subscripsimus,  &  anuli  imperator  sicut  dictum  est  olim  fecerat,  sua 

nostri  impressione  signari  juss.imus.  defensione  atque  mundiburdo  recepit  im- 

Signum  t  Caroli  gloriosissimi  régis.  munitatisque  tuitione.  Ideoque  pro  studio 

Rangenfredus  notarius  ad  vicem  Ludovici  firmitatis  praefatus  abbas  Galterius  depre- 

abbatis  recognovit.  catus  est,  ut  praedictum  monasterium  cum 

Data  duodecimo  kalendas  februarii,anno  omnibus  rébus  ad  eum  moderno  tempore 

quinto  regni  praestantissimi  Caroli  régis,  jure  pertinentibus,  sicut  alii  reges  egerunt, 

indictioneoctava.  Actum  in  Compendio  pa-  ita  &  nos  eorum  sequentes  memoriam,  sub 

latio  regio,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen.  nostra  reciperemus  defensione  atque  im~ 

munitatis  tuitione.  Cujus  precibus  libenter 

'  acquievimus  eique  quod  petebat  concessi- 

mus  atque  per  hoc  praeceptum  confîrma- 

vimus,  per  quod  praecipimus  atque  jube- 

mus,  ut  nullus  judex  publicus,  nec  quislibet 

Charte  de  Pépin  II,   roi  d'Aquitaine,  ex  judiciaria  potestate,  aut  ullus  ex  fideli- 

en   faveur  de    l'ahhaye    de   Saint-  ^^^^  nostris  in  ecclesia,  aut  locis  vel  agris 

pj     rr     ,  seu  quibuslibet  possessionibus,  quas  nunc 

juste  &  legaliter  infra  ditionem  regni  nos- 

PIPPINUS    ordinante   divinae    majestatis  tri    possidet   vel    quae    deinceps    in    jure 

gratia  rex  Aquitanorum.  Si   erga  loca  ipsius  monasterii  divina  pietas  concesserit 

divinis   cultibus   mancipata    bénéficia   op-  augeri,  ad  causas  audiendas  vel  freda  exi- 

portuna    largimur   propter  amorem   vitae  genda  sive  paratas  faciendas  aut  homines 

eorum  qui  sibi  famulantur  in  eisdem  locis,  tam   ingenuos   quam   servos  super  terram 

praemium  nobis  apud  ipsani  divinam  cle-  praedicti  monasterii  commanentes  distrin- 

mentiam  aeternae  remunerationis  rependi  gendos,  aut  ullas  redhibitiones  aut  illici- 

confidimus.  Noverit  interea  sagacitas  pru-  tas   occasiones  requirendas,   contra  prae- 


128.  —  LXIX 


dentiae  omnium  fideliura  nostrorum,  tam 
praesentium  quam  futurorum,  quia  veniens 
vir  venerabilis  Galterius  abbas  ex  coeno- 
bio    quod   dicitur  Calmilius,  &  est  situm 


ceptionem  nostram  facere  audeat  vel  ea 
quae  super  memorata  sunt  penitus  exigere 
praesumat.  Quicquid  etiam  de  praefatis 
rébus  monasterii  jus  fisci  exigere  poterat. 


in  pago  Vellaico,  constructum  in  honore      pro  aeterna  remuneratione  eidem  conce- 

dimus    monasterio,    &    omni    tempore    in 

'  GalVia  Chrlstlana,  nov.  edit.  t.  i,  p.  169.—      alimonia   pauperum,    stipendia    monacho- 

Archives  de  l'abbaye  de  Saint- ChafFre.  rum  ibidem  Domino  famulantium  proficiat 


An 
845 


An 


An 
846 

24 
février. 


271  PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  272 

in  augmentum  ;  concedimus  hoc  etiam,  quo  trado  atque  dono cum  ecclesiam  Sancti 

magis    lociis     ipse    publicetur    cunctisque  Andreae  cum  decimis  &  primiciis  &  obla- 

crescat    in   augmentum.  Et   sicut    in    aliis  tionibus,  cum  exiis  &  regressiis,  viae  duc- 

locis  ejusdem    regionis  aggregantur  agun-  tibus  &  reductibus,  pratum  &  condirectum, 

turque   mercata,   sic   &   in    jamdicto    loco  pronum  &  planum,  montuosum  &vallosum, 

juxta  ecclesiam  Sancti   Joannis  praesenti-  uberrimum  &  siccum,  cum  suis  affrontatio- 

bus    ac    futuris    temporibus    quinta    feria  nibus.  Affrontât  autem  ex  una  parte 

mercatum  agatur,  nec  ab  uUo   comité  vel  Bataller,  de  tertia  in  aquis  sanctis  &  des- 

misso    comitis    ab    ipso    aliquid    exigatur,  cendit  per  Canavélles   &  pergit  ad  Cune- 

nec  quislibet  homo  in  eodem   mercato  ab  baler,  de   quarta  a  Chervillar,   de  quinta 

illis  distringatur;  sed  quicquid  fîscus  nos-  a  Guardiola,  de  sexta  a  Cherescholat,  de 

ter  vel  cornes  habere  poterat,  pro  aeterna  septima  in  Allen;  quantum  istae  affronta- 

remuneratione  totum  eidem  ecclesiae  con-  tiones  includunt,  sic   trado  in  dominio  & 

cedimus.  Quod  si  quislibet  reus  in  eodem  potestate    sancti  Andreae   & meae.    Si 

mercato    repertus    fuerit,   a    nemine    dis-  quis  contra   ista   carta   donationis  paratus 

tringatur,  nisi  prior  quicumque  fuerit  in  ad  inrumpendum,  inpriniis  iram  Dei  omni- 

eodem    loco    licentiam    dederit    vel    certe  potentis  &  cum  Juda  traditore firma  & 

criminosi  ex  ipso  mercato  foras  fuerit  ex-  stabilis  permaneat.  Facta  carta  donationis 

pulso.  Quando  vero  praefatus  abbas  Gai-  sexto  calendas  martii,  anno  sexto  régnante 

terius  ex  hac  vita  migraverit,  si  taies  inter  Carolo. 

se  invenerint  qui    eos  secundun   regulam  Signum  Bera  comes  gratia  Dei man- 

sancti  Benedicti  regere  vaL-ant,  per  banc  davit  &  testes  firmare  rogavit. 
nostram    auctoritatem    licentiam    habeant 
eligendi   abbates,    quatenus  monachos  ibi 
degentes  pro  nobis  nostrorumque  salute, 

id   est  pro  stabilitate   regni   nobis   a  Deo  l3o. 

concessi  ejus  misericordiam  jugiter  exorare 

delectet.  Ut  autem  haec  nostra  semper  auc-  Diplôme  de  Pépin  II,  roi  d'Aquitaine, 
toritas   maneat   inconvulsa,   monogramma  pour  Vahbaye  de  Manlieu\ 

nostrum    inserere   curavimus  ac   de   anuli 

nostri  impressione  insigniri  subter  jussi-  t-nipinus    ordinante    majestatis    gratia 

mus.  1     Aquitanorum    rex.   Si   enim    petitioni- 

Signum     Pipini    precellentissimi    régis.  bus    fidelium    nostrorum    maximeque    Dei 

Anno   régnante   octavo,  indictione  VIII.  sacerdotum  ad  effectum  perduximus,  non 

solum  temporaliter  earum  ad  praesens  nos- 

'  tri  fastigium  &  ad  capescendam   perennis 

vitae  gloriam  liquido  credimus  profuturum. 

12g.  Idcirco  noverit  omnium   sanctae   Dei  Ec- 
clesiae fidelium  nostrorum  videlicet  prae- 

Donatîon  faite  au  monastère  d'Exala  sentium  sive  futurorum   magnitudo,  quia 

par  le  comte  Béra,  fils  d'Argila\  venerabilis    sacerdos      Ayraldus    nomine, 

°  Magnilocensis  abbas  fastigia  culminis  nos- 

IN  nomine  Dei  summi.  Ego  Bera  gratia  tri  adiens  deprecatus  est,  ut  ob  nostrae 
Dei  comes  donator  sum  Deo  omnipo-  mercedis  avomentum  ad  aeternamque  re- 
tenti &  sancti  Andreae  apostoli,  cujus  munerationem  atque  ut  locus  emelioratus 
coenobium  situm  est  in  valle  Engarra,  in  vel  reintegratus  fieret,  qui  discessus  undi- 
locum  vocatum  Exalata.  Audientes  praedi-  que  a  pravis  hominibus  adversabatur,  taie 
cationem  sanctorum  patrum  quia  eleemo-  nostrae  auctoritatis  prâeceptum  inpraevari- 
syna   a   morte    libérât   animam,   propterea  cabile  ei  juberemus  fieri,  per  quod  abbatia 


An 
846 


An 
846 

I  octo- 
bre. 


'  Marco.  H'tspanica,  col.  782  j  ex  archlvio  monas- 
terii  Coxanensis. 


'  Collection  Dont  ,   vol.  117,   f°  358.  —  Recueil 
des  historiens  de  France,  t.  8  ,  p.  SSçj. 


An 
846 


273 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


274 


sub  honore  sancti  Sébastian!  martiris  con- 
structam,  quae  dicitiir  nomine  vulgari  Ma- 
gnilocensis,  universae  vitae  suae  tempore 
sub  nostra  dominatione  quiète  tenere  ac 
possidere  valeret,  veluti  deinceps  Dei  om- 
nipotentis  divinum  officium  incessanter 
absque  ulla  discensione  laudabiliter  inibi 
consummaretur.  Hujus  itaque  pétition! 
favorabiliter  clementia  utpote  Dei  sacer- 
doti  juste  querenti  annuimus  placitum- 
que  praebuimus  assensum,  &  hos  nostrae 
magnitudinis  regales  apices  fieri  decrevi- 
mus,  per  quos  rata  inviolabilisque  jam- 
dicti  venerabilis  Ayraldi  sacerdotis  suis 
temporibus  maneat  petitio,  id  est  banc 
nostrarh  regiam  atque  excellentem  autho- 
ritatem  concedimus  &  donando  fîrinamus 
abbatiam  quae  vulgari  nomine  Magnilo- 
censis  dicitur,  constructam  sub  honore 
sancti  Sébastian!  martiris,  venerabili  Ay- 
raldo  abbati  ex  eodem  monasterio  mona- 
cho  sub  omni  integritate  atque  sua  cum 
summa  plenitudine,  ut  universo  vitae  suae 
tempore  pastoral!  cura  eam  regat  atque 
monastico  ordine  inibi  degens  existât  & 
sine  ulla  dilatiorte  vel  minoratione  secure 
atque  quiète  eam  teneat  &  possideat.  Vo- 
lumus  etiam  ipsius  pro  petitione,  ut  ipsum 
monasterium  sub  nostra  defensione  ac  im- 
munitatis  tuitione  maneat,  &  ut  nuUi 
neque  mansionatici  aut  freda  aut  parafas 
a  fîdelibus  nostris  quaerant  aut  accipiant, 
sed  sub  nostra  emunitate  omnibus  suis 
locis  consistât,  nullusque  homines  ipsius 
monasterii  ex  judiciaria  potestate  francos 
scilicet  aut  servos  super  terram  ipsius  ma- 
nentes  vel  légitime  ad  eum  pertinentes 
distringere  audeat  ;  vel  quidquid  fiscus 
noster  exigere  poterat  totum  ob  nostrae 
mercedis  avomentum  eidem  venerabili  ab- 
bati atque  locis  concedimus.  Liceatque 
eidem  abbati  vel  ejus  successoribus  advo- 
catum  habere,  qui  res  praedicti  monasterii 
diligenter  quaerat  atque  recipiat.  Post  obî- 
tum  vero  praefati  Ayraldi  concedimus,  ut 
praedicti  monachi  habeant  licentiam  ex 
seipsis  eligeridi  abbates,  quemcumque  uti- 
liorem  in  eodem  loco  invenerint,  qui  se- 
cundum  regulam  sancti  Benedicti  regere 
audeat  atque  ordinare,  &  hic  saepedictus 
Ayraldus  abbas  dum  vixerit  secure  &  quiète 
ordinet  eundem  locum,  teneat  atque  pos- 


sideat sine  ulla  contradictione.  Haec  vero 
praecellentiae  nostrae  auctoritas,  ut  sem- 
per  in  Dei  nomine  obtineat  firmitatis  vigo- 
rem,  monograma  nostrum  inserere  curavi- 
mus  ac  annuli  nostri  impressione  insigniri 
subter  jussimus. 

Signum  Pipini  precellentissimi  régis. 

Datum  iiii  nonas  octobris,  indictioneic*, 
anno  octave  régnante  Pipino  inclito  rege. 


i3i. 

Fondation  du  monastère  de  Bonneval 
par  Austoricus  ' . 

CUM  cursus  humane  vite  proclivis  tra- 
hatur  ad  mortem,  &  incertum  unicui- 
que  homini  sit  quando  ex  hoc  transeat 
seculo,  q^uapropter  dum  in  suo  quisque 
consistit  arbitrio,  débet  sollicite  querere 
quid  ei  post  mortem  proficiat  ad  salu- 
tem.  Idcirco  ego  in  Dei  nomine  Austoricus 
Christique  redemptoris  nostri  amore,  &  ut 
mihi  idem  plus  Redemptor  me  a  meis  ab- 
solvat  vinculis  delictorum,  cedo  viro  vene- 

'  Les  Bénédictins  n'ont  donné  de  cette  charte  que 
l'extrait  ci-joint,  dans  lequel  le  donateur  s'appelle 
Astanovus  &  non  Austoricus  ;  cependant  la  charte 
telle  que  nous  l'imprimons  existe  à  Montauban, 
aux  Archives  de  Tarn-&-Garonne,  série  H,  fonds 
de  l'abbaye  de  Moissac,  original  en  parchemin 
coté  5970.  Nous  en  devons  la  copie  à  l'obligeance 
de  M.  Devais  aîné,  bibliothécaire  : 

«  Ut  pius  Redemptor  me  a  meis  absolvat  vinculis 
delictorum,  cedo  ego  Astanovus  venerabili  viro 
Vuitardo  abbati  &  monachis  ex  loco  Moissiacensi 
sub  norma  &  ordine  vitae  regularis  sancti  Bene- 
dicti degentibus  castrum  quod  Cerrucium  vocatur, 
&  est  situm  in  pago  Tolosano,  super  fluvium  Ga- 
ronae,  in  vicaria  Garonense,  que  sub  diurnali  ejus 
plaga  australi,  ubi  ipsum  monasterium  construc- 
tum  donamus  :  cui  nomen  impoUimus  Bonaeval- 
lis,  &  in  honorem  Dei  &  sanctorum  Pétri  &  Pauli 
&  sancti  Aviti,  ubi  ipse  abbas  cum  suis  Deo  famu- 
lari  videtur,  ut  pro  meis  delictis  apud  ipsum  Do- 
minum  intercessores  existant.  Idcirco  ego  ipsum 
castellum  Cerrucium,  quod  mihi  obvenit  ex  muni- 
ficentia  domini  &.  senioris  mei  serenissimi  Pipini 
régis  per  cartulam,  &c.  Facta  autem  est  haec  cessio 
in  mense  martio,  anno  Incarnationis  dominicae 
DCCCXLVii,  régnante  Lothario  rege  anno  vu.  » 

[E.  M.] 


An 
846 


An 

847 
mars. 


An 
847 


275                         PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  276 

rabili  Vuittardo  abbati  a  monachis  ibidem      sacrilego  mortem  repentinam  eter- 

ab  eo  congregatis   presentibus   scilicet  &  nalem,  &  ejus  compulsatio  nullo  unquam 

futuris,  sub    nornia  vel    ordine    regularis  tempore    obtineat    effectum,    stipulatione 

vite  degentibus   beati  Fenedicti,   castrum  subnixa. 

quod   Cerrucium    dicitur,    situm    in   pago  Facta  cessio  ista  in  mense  martio,  anno 

Tolosano  super  fluvium  Garonna,   in  vi-  Incarnationis  Domini  DCCC"'°  XL"'"  Vii,  & 

caria  Garonensem,  quae  in  subdivali   ejus  régnante  Lothario  imperatore  anno  VI. 

plaga  australi,  ubi  ipsud  monasterium  si-  Ici  la  signature  Austor'icus. 

tum  est  cui  vocabulum   inponimus  Bone-  Signum   Austorico,   qui    hanc   cartulam 

vallis,  in  honore  Dei  ejusque  sanctissimi  contulitionis  fieri  vel  adfirniare  rogavit. 

apostoii  Pétri  &  sancti  Aviti,  ubi  ipse  cum  Signum  Datoni  fratris.  Signum  Olibani. 

suis  Deo  famulari  videtur,  &  ut  pro  meis  Signum  Bertarii.  Signum  Atilio  Afer.  Sig- 

delictis  apud  Deum  intercessores  exhistant.  num  Teadgarii.  Signum  f  Doctriramni.  Sig- 

Idcirco  ego  ipsum  castellum,  quod  mihi  ex  num    Garinnomancii.    Signum    Siguvaldi. 

munificentia  domini  &  senioris  mei  sere-      Signum  Costani,  qui  Verandus  vocatur 

nissimi  Pipini  régis  per  cartulam  obvenit,  Signum    Dodoagnaldi.    Signum    Dadulino. 

de  meo  jure  &  potestate  trado  in  jure  &  Signum  Bosone.  Signum  f  Uciandarii.  Sig- 

potestate   illorum    presencium    &  futuro-  num  f  Dedoni.  Signum  f  Salomon.  Signum 

rum  una  cum  domibus  &  edificiis,  terris      f  Uciandi.  Signum  fAgusto.  Signum  f 

cultis  &  incultis,  vineis,  pomiferis,  silvis,      Signum  f  Ebeloni.  Signum  f 

pratis,    pascuis,    molendinis,    piscatoriis,  Dodorsgitus.   Signum  f  Rigoni,  presbi- 

ovicinis,  exio  &  regressio,  cum  omni  jure  tero. 

&  adjacentias  ad  ipsum  castrum  pertinen-  Sepparinus  presbiter  presens  fuit. 

tibus,  sicut  a  nobis  presenti  tempore  pos- 

sidetur.   Et   nos   eis   designatum   habemus 

contra  Orientem  &  Meridiem  per  Garon- 

nam  &  illam  guttam  que  decurrit  per  ter-  102, 

ram  nostram,  &  signa  a  nobis  facta  usque 

in  supradicto  fluvio  in  Garonna.  Quantum  Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  faveur 

infra  istos  fines  conclusum  est,  totum  &  d'un  de  ses  fidèles,  nommé  Alfonse\ 

ab  integrum  dono,  cedo,  &  in  Viila-longa, 

in  villa  Sancti-Porcarii  &  Villa-Gottorum  tn   nomine   sanctae   &  individuae  Trini- 

terris  &vineas  quascumque  Atilius  Rodaldi  1    tatis.   Karolus   gratia  Dei   rex.   Regalis 

habebat   in  easdem  villas,  quando  de   hac  celsitudinis    moris    est    fidèles   suos    donis 

vita  migravit,  perpetualiter  volumus  esse  multiplicibus  atque  ingentibus  honoribus 

concessum ,  ita  ut  de  ab  odierno  die  ipsi  honorare   &  sublimare.  Proinde  ergo  mo- 

&  successores   eorum  exinde  pro  rem  parentum   regum  videlicet  praedeces- 

oportunitate  sua  facere  voluerint,  liberum  sorum    nostrorum    sequentes,    complacuit 

in  omnibus  perfruanturarbitrium.  Et,  quod  clementiae    nostrae  quosdam    fidèles   nos- 

futurum  esse  non  credo,  si  ego  ipse,  insti-  tros,  nomine  Aldefonsum  &  nepotes  suos 

gante  diabolo,  contra  hanc  dona-  Gomesindum  &  Durannum,  de  quibusdam 

tionea  me  facta  venire  temtavero,  aut  uHus  rébus  nostrae  proprietatis  honorare  atque 

de  heredibus  aut  pro  heredibus  meis,  vel  in  eorum  juris  dominationem  liberalitatis 

quislibet    persona    uUo   unquam    tempore  nostrae  gratiam  conferre.  Itaque  notum  sit 

eam  inrumpere  voluerit,  iram  Dei  omni-  omnibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  fidelibus  & 

potentis   incurrat   &   a    liminibus    sanctae  nostris,  praesentibus  atque  futuris,  quod 

ejus  Ecclesie   exors   maneat  &  cum  Core,  concedimus  janidictis  fidelibus  nostris  Ade- 

Dathan  ScAbiron,  quos  ob  scelere  de fonso  &  nepotibus  suis  Gomesindo  &  Du- 

terra  obsorbuit,  pars  illius  stagno  rauuo   ad    proprium    quasdam   res    nostrae 

ignis  &  sulfuris  &  cum  Balthasar,  qui  sa- 

cratissima  Dei  vasa  contra  preceptum  Do-  '  Cartulaire  d'Elne.  —  Marca  Hispanlca,  col. 'ji^. 

juini  indignis  tractans  manibuS  or —  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  490. 


An 

847 


An 

847 

27  mai. 


An 
847 


277 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


278 


An 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  94. 


An 

848 

1 1  août. 


propriemis,  quae  siint  sitae  in  pago  Nar-  deat  amminiculo,  quatenus  eos  nobilitaudo 

bonensLin  locis  quae  dicuntur  Liciniano,  &   provido    moderamine    consulendo   erga 

Cabim»^e  &  Sancta  Candida,  quas  etiam  sua  reddat  promptiores   obsequia  &  fide- 

ipsi  &  patres  ipsorum  per  aprisionem  ha-  liores  per  omnia.  Quanto  itaque  est  utilius 

buerunt.   Unde   &   praecellentiae   nostrae  &  animarum  nécessitât!  salubrius  ecclesia- 

praeceptum   hoc  fieri   jussinius,  per  quod  rum   honestati  subvenire  easque  congruis 

memoratas  res  cum  omnium  rerum  summa  honoribus  multari,  qui  quantô  felices  ha- 

integritate,  id  est  cum  domibus  caeterisque  bentur  pro  earum  defensione,  tanto  feli- 

aedificiis,  terris  quoque  cultis  &  incultis,  ciores  esse  credimus  sanctorum  patrociniis 

vineis,   pratis,   pascuis,   aquis   aquarumve  &   orationibus.    Proinde    noverit    omnium 

decursibus,  molendinis,  exitibus  &  regres-  fîdelium  nostrorum  tam  praesentium  quam 

sibus  &  omnibus  suis  adjacentiis,  sicut  die-  futurorum,  quod  adiens  ante  praesentiam 

tum  est,  quemadmodum   ipsi  &  genitores  serenitatis  nostrae  Apollojiius  cornes  noster 

ipsorum  per  aprisionem  antea  habuerunt,  communis  fidelis  enixius  postulavit,  qua- 

eisdem    fidelibus    nostris,    ut   dictum   est,  tenus  concederemus  ad  votum  Dacberti  re- 

Adefonso  &  nepotibus  suis  Gomesindo  &  verentissimi  episcopi  Agathensis  ecclesiae, 

Duranno   ad    proprium    concedimus   &  de  ad  subjectionem  videlicet  sancti  Stephani, 

nostro  jure  in  eorum  jus  ad  proprietatem  tertiam  partem  rerum  quaecumque  ab   ea 

illorum   solemni  donatione   transferimus  ;  ecclesia   quondam    magnifici    antecessores 

eo'videlicet  modo,  ut  quicquid  exinde  ab  nostri  abstulerant,  ad  communem  suorum 

hodierna  die  &  tempore  pro  sua  utilitate  nostrorumque   fidelium    utilitatem.  Cujus 

&    commoditate    jure    proprietario    facere  petitioni  aurem  libentius  praebentes,  cle- 

decreverint,  liberam  &  firmissimam  in  om-  menter  concedimus  eidem  episcopo  &  suc- 

nibus  habeant  faciendi  potestatem.  Et  ut  cessoribus   ejus    in    ipso   comitatu    pulve- 

haec  nostrae  largitionis  atque  concessionis  raticum,  pascuarium,  piscaticum  tam  maris 

auctoritas    inviolabilis    perseveret,    manu  quam    aquae   currentis,  volitaticum,  sali- 

nostra  eam   subterfirmavimus  &  de  anulo  naticum,  telonei  mercatum,  tertiam  par- 

nostro  sigillari   jussimus.  tem  in  omnibus  habendam,  tam  quaesitum 

Signum  gloriosissimi  Karoli  régis.  quamque  diligenter   inquirendum,  omnia 

Lomardus    notarius    ad    vicem    Ludovici  &  in  omnibus  de  nostra  potestate  in  beati 

recognovit.  Stephani    rébus   placabili    voto    transfun- 

Data  sexto  kalendas  junii,  anno  septimo  dimus.  Jubemus  etiam  &  regia  auctoritate 

régnante  Karolo  gloriosissimo  rege,  indic-  decernimus,  ut   nullus    judiciariae  potes- 


Éd.orig, 

t.  I, 
col.yS. 


tione  V.  Actum  Attiniaco  palatio  regio,  in 
Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


i33.  —  LXXI 


tatis  aut  cujuscumque  personae  vir,  a  cle- 

ricis  aut  a  laicis  supra  terra  praedicti  loci 

commanentibus  audeat  exigere  mansiona- 

ticum,  portaticum,  salinaticum,  hospitati- 

cum,  nec  alicujus  redhibitionis  curam  in- 

fligere,  nec  inquietare  aut  distringere;  sed 

quaecumque  agenda   sunt,   in   prae}udicio 

Diplôme  de   Charles  le  Chauve  donné      ejusdem   loci  episcoporum  omni    tempore 

à    la    prière     d' Apollonius  y     comte      maneat.  Ut  autem  haec  nostrae  voluntatis 

d'Agde,  en  faveur  de  l'église  de  la      auctoritas  certior  habeatur,  hoc  serenita- 

même  ville  ^  ^^^  nostrae  praeceptum  fieri    decrevimus, 

per  quod  jamdictus  episcopus  &  succcoso- 
N  nomine  sanctae  &  individuae  Trini-  res  ejus  ea  omnia  supradicta  absque  ulla 
tatis.  Karolus  divina  ordinante  provi-  inquietudine  aut  deminoratione  sempi- 
dentia  rex.  Dignum  est  ut  regalis  majestas  ternis  temporibus  possidere  valeant.  Et  ut 
suorum  procerum  petitionibus  pio  provi-      verius  credatur  &  diligentiusab  omnibus 

observetur,    manu   propria    subterfirmavi- 
;^Cartulaire  de  l'église  d'Agde  j  copie  du   dix-       mus    &    anuli    nostri    impressione    signari 
huitième  siècle,  latin  9999,  f°  2  r°.  juSSimuS. 


I 


An 
843 


279 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


280 


Vers 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis.  pria  subterfirmavimus  &  anuli  noWri  im-        ^ 

Teudo  cancellariiis  ad  vicem  Hludovici  pressione  jussimus  sigillari.               ml 

archicancellarii  recognovit.  Signum  Karoli  gloriosissimi  regisl* 

Data  m  idus  augusti,  indictione  [xii],  Foldericus  ad  vicem  Ludovici  recognovit 

anno  VIIII  régnante  Karulo  gloriosissimo  &  signavit. 

rege.  Actum  apud  Carisiacum  palatium,  in 

Dei  nomine  féliciter.  Amen.  — 


Vers 


Éd.ori" 

t.  I, 
col.  96. 


134.  —  LXXII 

Diplôme  du  même  prince  en  faveur 
d'un  de  ses  vassaux  y  à  la  prière 
d'Apollonius,   comte  d'Agde^, 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
tatis.  Karolus  Dei  gratia  rex.  Regalis 
celsitudinis  mos  est  fidèles  regni  sui  donis 
multiplicibus  &  honoribus  ingentibus  ho- 
norare  atque  sublimare.  Proinde  ergo  mo- 
rem  parentum  regum  videlicet  praedeces- 
sorum  nostrorum  sequentes,  libet  celsitu- 
dini  nostrae  quemdam  fidelem  nostrum, 
vassallum  scilicet  Apollonii  carissimi  nobis 
comitis,  nomine  Deodatum  ,  de  quibusdam 
nostrae  rébus  proprietatis  honorare  subli- 
memque  efficere  :  quae  res  sunt  sitae  in 
pago  Agathense,  in  villa  quae  dicitur  Na- 
siniano,  quidquid  ibi  de  nostra  proprietate 
esse  visum  est  5  &  in  pago  Substantionense, 
in  villulis  Aquaviva  mansionem  similiter, 
&  quidquid  ibi  nostrae  proprietatis  esse 
visum  est.  Unde  hoc  celsitudinis  nostrae 
praeceptum  fieri  illique  dari  jussimus,  per 
quod  memoratas  res  cum  omni  sua  inte- 
gritate  memorato  fideli  nostro  Deodato 
aeternaliter  in  proprium  concedimus  & 
de  nostro  jure  in  jus  ac  dominationem  il- 
lius  solemniter  transferimus  :  eo  videlicet 
modo,  ut  quidquid  memoratus  fidelis  nos- 
ter  Deodatus  ex  praedictis  rébus  pro  sua 
utilitate  ac  commoditate  facere  decreverit, 
in  omnibus  libero  arbitrio  potiatur  fa- 
ciendi,  sicut  [ex]  reliquis  rébus  suae  pro- 
prietatis. Et  ut  haec  nostrae  auctoritatis 
ïargitio  firmior  habeatur  ac  per  futura 
tempora   melius   conservetur,  manu   pro- 

'  Cartulaire   de  l'église   d'Agde  ;    copie   du   dix- 
huitième  siècle,  latin  9999,  f°  3  y°. 


i35.  —  LXXIII 

Diplôme  du  même  roi  en  faveur  d'un 
de  ses  vassaux,  nommé  Théofred^ . 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
tatis.  Karolus  Dei  gratia  rex.  Regalis 
celsitudinis  moris  est  fidèles  suos  donis 
multiplicibus  &  honoribus  ingentibus  ho- 
norare atque  sublimare.  Proinde  morem 
parentum  regum  videlicet  praedecessorum 
nostrorum  sequentes,  libuit  celsitudini 
nostrae  quendam  fidelem  nostrum,  Teue- 
fredum  nomine,  de  quibusdam  rébus  nos- 
trae proprietatis  honorare  atque  in  ejus 
juris  potestatem  liberalitatis  nostrae  gra- 
tia conf'erre.  Idcirco  noverit  experientia 
atque  industria  omnium  fidelium  nostro- 
rum tam  praesentium  quam  futurorum, 
quia  concedimus  eidem  fideli  nostro  Teue- 
fredo  ad  proprium  quasdam  res  juris 
nostri  sitas  in  pago  Narbonense  :  villare 
Fontis  intègre  cum  suo  termino,  &  quic- 
quid  in  Fontejoncosa  pater  suus  per  ap- 
prisione  visus  est  juste  habere,  tanquam 
illi  fecerunt  vel  parentes  illorum  &  ipse 
Teudefredus  ad  praesens  légitime  habere 
dinoscitur  [aut  quicquid  ille  deinceps  aut 
filii  sui  tam  in  Narbonense  vel  in  aliis 
locis  regni  nostri  de  aprisione  parentum 
illorum  conquirere  potuerint  vel  quidquid 
illi  emerunt  vel  émerint  vel  commutatum 
habent  aut  commutaverint  sive  in  Nar- 
bonense sive  in  aliis  locis  regni  nostri, 
ubique  in  Septimania  da  aprisione  justis- 
sime  conquirere  potuerint  vel  fecerintj'j 

'  Bibliothèque  du  roi  ;  manuscrit  dé  Baluze  coté 
Schedae  Narbonenses,  [aujourd'hui  y^rmoirei^  v.  874, 
^228.] 

'  Ce  que  nous  mettons  entre  crochets  ne  se  trouve 
pas  dans  In  copie  de  Baluze  &  semble  être  une  in- 
terpolation peu  ancienne,  ajoutée  peut-être  dans 


An 
849 

7  octo- 
bre. 


An 
849 


281 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


82 


memoratas  res  cum  omni  integritate  vel 
eorum  appendiciis,  cum  ecclesiis,  cum 
domibus,  aedificiis,  terris,  vineis,  pratis, 
silvis,  aquis  aquarumve  decursibus,  vel 
[molendinis  seu]  etiam  quicquid  ad  supra- 
dictas  res  juste  &  legaliter  perttnet,  prae- 
dicto  fideli  nostro  Teuefredo  [&  filiis  suis] 


Éd.  orig. 

t.  1, 
col. 97. 

An 
849 

18  octo- 
bre. 


nostre  quendam  fidelem  nostrum ,  Ste- 
fano  nomine,  de  quibusdam  rébus  nos- 
tre proprietatis  honorare  atque  in  ejus 
juris  potestatem  liberalitatis  nostre  gra- 
tiam  conferre.  Idcirco  noverit  experiencia 
atque  industria  omnium  fidelium  nostro- 
rum  tam  presentium  quam   &  futurorum, 


per  hanc  nostrae  auctoritatis  conscriptio-      quia   concedimus   eidem    fideli    nostro   ad 


nem  concedimus  &  de  nostro  jure  in  jus  & 
potestatem  illius  solemni  donatione  trans- 
ferimus.  Ita  videlicet  ut  quicquid  ab  ho- 
dierna  die  &  tempore  exinde  pro  sua  uti- 
litate  atque  commoditate  jure  proprietario 
facere  decreverint,  liberam  in  omnibus 
habeant  potestatem  faciendi,  donandi,  ven- 
dendi  seu  commutandi  &  haeredibus  re- 
linquendi.  Et  ut  haec  nostrae  largitionis 
atque  donationis  auctoritas  perpetuam 
obtineat  firmitatem,  manu  nostra  sub- 
terfirmavimus  &  anuli  nostri  inpressione 
signari  jussimus. 

Sig.  (locus  monogrammatis)  Karoli  glorio- 
sissimi  régis. 

Jonas  diaconus  ad  vicem  Hludovuici  re- 
cognovit. 

Data  nonas  octobris,  anno  X,  indic- 
tione  XII,  régnante  Karolo  gloriosissimo 


proprium  quasdam  res  juris  nostri  sitas 
in  pago  Narbonense  :  id  est  Villa-rubea 
seu  villare  Vitiliano  &  villare  Ancherano  ; 
memoratas  res  cum  omni  integritate  vel 
eorum  appendiciis,  cum  domibus,  hedifi- 
ciis,  terris,  pratis,  aquis  aquarumve  de- 
cursibus, vel  etiam  quicquid  ad  supradic- 
tas  res  juste  &  legaliter  pertinere  videtur 
predicto  fideli  nostro  Stephano  de  nostro 
jure  in  jus  hac  potestatem  illius  sollempni 
donatione  transferimus.  Ita  videlicet  ut 
quicquid  ab  hodierno  die  &  tempore 
exinde  pro  sua  utilitate  atque  commodi- 
tate jure  proprietario  facere  decreverit, 
liberam  &  firmissimam  in  omnibus  habeat 
potestatem  faciendi  quicquid  elegerit.  Et 
ut  haec  nostrae  largitionis  auctoritas  per- 
petuam in  Dei  nomine  obtineat  vigorem, 
manu    nostra  subter  ea  firmavimus   &  de 


rege.  Actum  Narbona  civitate,  in  Dei  no-      anulo  nostro  jussimus  sigillari. 


mine  féliciter.  Amen. 


i36.  —  LXXIV 

Diplôme  du  même  prince  en  faveur  d'un 
de  ses  vassaux,  nommé  Etienne  ' . 


Signum  {locus  monogrammatis)  Karoli 
gloriosissimi  régis. 

Jonas  diaconus  ad  vicem  Hludovuici  re- 
cognovit.  Aledrans  ambasciavit. 

Data  XV  kalendas  novimbris,  anno  X", 
indictione  xii,  régnante  Karolo  gloriosis- 
simo rege.  Actum  Albia  civitate,  in  Dei 
nomine  féliciter.  Amen. 


I 


137. 


N  nomine  sanctae  &  individue  Trini- 
tatis,  Karolus  gratia  Dei  rex.  Regalis 
celsitudinis  moris  est  fidèles  suos  donis 
multiplicibus  &  honoribus  ingentibus  ho- 
norare atque  sublimare.  Proinde  morem  Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  fa- 
parentum   regum  videlicet  predecessorum  veur  de  la  celle  de  Saint-Clément, 

nostrorum    sequentes,    libuit    celsitudini  ^^  Rous sillon^ . 


un  intérêt  généalogique.  Les  interpolateurs  ont 
d'ailleurs  conservé  l'ordre  des  phrases,  &  mis  seu- 
lement au  pluriel  les  verbes  qui  sont  au  singulier 
dans  Baluze.    [A.  M.] 

'   Baluze,   ms.   coté  Schedae   Narbonenses.  &  la- 
tin 1 1  o  1 5  ,  f°"  1 2  v°  &  17  r°. 


nomine   sanctae   &  individuae  Trini- 
tatis.   Karolus  gratia  Dei    rex.  Si   erga 
loca  divino  cultui  mancipata  propter  amo- 


r. 


'  Marca  Hispanica,  col.  786.  —  Recueil  des  his- 
toriens de  France,  t.  8,  p.  5 16. 


An 
849 


Vers 

85o 


Vers 
85o 


i83 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


284 


i38. 


rem     Dei     eorumque     inibi     famulantium  inviolabilem    atque    inconviilsam    obtineat 

bénéficia   opportuna   largimur,   praemium  firmitatis  vigorem  &  ab  omnibus  fidelibus 

nobis  a  Deo   rependi  non  dubitamus.  Id-  sanctae    Ecclesiae    &    nostris    presentibus 

circo  noverit  omnium  fidelium  sanctae  Dei  scilicet  &  futuris  verius  certiusque  creda- 

Ecclesiae   nostrorumque   tam  praesentium  tur  ac  diligentius  nostris  futurisque  tem- 

quam  futurorum  sinceritas,  quia  vir  vene-  poribus  conservetur,  eam  manu  nostra  sub- 

rabilis  Sintremundus   praepositus    monas-  terfirmavimus  &  de  anulo  nostro  sigillari 

terii  vel  cellulae  Sancti  Clementis  veniens  jussimus. 
ad  nos  innotuit  celsitudini  nostrae,  quod 
ipse  cum  caeteris  fratribus  suis  in  pago 
Russilionense  super  fluvium  Theda  illud 
monasterium  de  eremo  traxissent,  in  quo 
nunc  Deo  opitulante  cum   caeteris  mona- 

chis  commilitant,  obsecrans  ut  praefatum  Diplôme   de    Charles   le   Chauve  pour 

monasterium  quod  ab  eremo  traxerunt  cum  Saint-André  de  Sorède  ' . 
omnibus  ad  se  pertinentibus  suaque  ain- 

nitate  ex  omnibus  partibus,  videlicet  quod  jn   nomine   sanctae  &  individuae  Trini- 

conjungitur  usque   ad  Yla   ex   uno   latere  1   tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  servo- 

sive  etiam  usque  ad  Vineale  vel  usque  ad  rum  Dei  petitionibus,  quas  nobis  pro  suis 

gurgitem    Barchinonam,   qui    discurrit   in  utilitatibus  sive  necessitatibus  innotuerint, 

Teda  flumen,  &  in  circuitu  sicuti  ipse  mons  benignum  praebemus  assensum,  regiae  cel- 

vergit  usque  in  praefato  flumine,  sub  nos-      situdinis  operibus ac  per  hoc  facilius 

tra  defensione    &   tuitione   susciperemus  ,  nos  aeternae  beatitudinis  gloriam  adeptu- 

quatenus  in  eodem  quiète  ac  secure  vivere  ros   nullatenus  dubitamus.  Idcirco   notum 

valerent.  Cujus  precibus  ob  amorem  Dei  sit  omnibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  fidelibus 

&   reverentiam    divini    cultus    adquiescere  &  nostris  praesentibus  atque  futuris,  quia 

placuit  &  hos  nostrae  auctoritatis  apices  religiosus  vir  Froysclus  abbas  monasterii 

fieri    decrevimus,    per    quos    praecipimus  Sancti  Andreae,   constructi   super  fluvium 

atque  jubemus,  ut   nullus   judex  publicus  Tacidum  ,   in  pago  scilicet   Helenensi ,  ad 

vel  quislibetex  judiciaria  potestate  in  jam-  nostram  accedens  magnitudinem ,  ostendit 

dicto  monasterio  vel  in  rébus  ad  eundem  magnitudini    nostrae    quamdam    praecepti 

inspicientibus  vel  pertinentibus  temerario  auctoritatem  a  domno   &  genitore   nostro 

ausu  ingredi  ad  mansiones  vel  parafas  fa-  augusto  Ludovico  praedecessori  suo  Sise- 

ciendas  aut  fidejussores  tollendos  aut  ho-  guto  abbati  quondam  factam  atque  dona- 

mines  ejusdem  monasterii  injuste  distrin-  tam,   in   qua   continebatur   qualiter   idem 

gendos  aut  ullas   redibitiones  vel  illicitas  domnus  ac   genitor  noster  eundem   abba- 

occasiones    requirere    nec    exactare   prae-  tem  memoratumque  monasterium  cum  mo- 

sumatj  sed  liceat  praefato  praeposito  vel  nachis    suis    aliisque    rébus    omnibus   sub 

successoribus  suis  seu  cunctis  fratribus  ibi  immunitatis  suae   tuitione  defensionisque 

Deo  servientibus  sub  nostro  mundeburdo  munimine  clementer  suscepit.  Petiit  itaque 

quiète   vivere    ac    residere,    quatenus    ipsi  praefatus  Froysclus  abbas  clementiam  nos- 

pro  nobis  ac  proie  vel  conjuge  nostra  seu  tram,  ut  eandem  genitoris  nostri  renovan- 

etia;m   pro   totius   regni    nostri   stabilitate  tes  praeceptionem ,  similiter  eum  &  mona- 

Domini   misericordiam   exorare  délectent.  chos   suos    una   cum   monasterio  &    rébus 

Et  quandoquidem  divina  vocatione  mémo-  omnibus   sibi   pertinentibus   sub   immuni- 

ratus  praepositus  ex  hac  luce  migraverit,  tatis  nostrae  defensione  accipere  dignare- 

quandiu  ipsi  monachi  inter  se  taies  inve-  mur.  Cujus  precibus  ob  divinum  amorem 

nerint  qui  eos    secundum    regulam    sancti  &    honorem     libenter    aurem     clementiae 

Benedicti  regere  valeant,  per  hoc  nostrae  nostrae  accommodantes,  eam  ad  effectum 
auctoritatis  praeceptum  eis  licentiam  con- 

cedimus  eligendi  praepositos  vel  abbates.  .  Marca  Hispanica,  col.  784.  —  Recueil  des  hls- 

Et  ut  haec  auctoritas  praeceptionis  nostrae  torlens  de  France,  t.  8,  p.  5i5. 


Vers 
85o 


Vers 
85o 


Vers 
85o 


285 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


286 


nobis  perducere  libuit.  Proinde  hoc  auc- 
toritatis  nostrae  praeceptum  eidem  abbati 
suisque  per  tempora  labentia  successoribus 
fieri  jussimus,  per  quod  decernimus  atque 
sancimus  ut  idem  monasterium  cum  cel- 
luUs,  terris,  vineis,  domibus,  locis  sibi 
ubique  subjectis,  cum  terminis  &  late- 
rationibus  sive  adjacentiis  eorum  ad  se 
aspicientibus,  seu  cum  agris,  reliquis  pos- 
sessionibus  vel  etiam  cum  omnibus  apri- 
sionibus,  quas  ex  eremi  vastitate  traxerunt, 
simul  cum  iis  deinceps,  quae  proprii  labo- 
ris  sudore  trahere  &  excolere  ipsi  succes- 
soresque  eorum  potuerint,  pariter  quoque 
cum  illorum  omnibus  concambiationibus 
&  comparationibus,  donationibus  quorum- 
cunque  religiosorum ,  [quas]  Deum  ti- 
mentes  &  amantes  homines  de  rébus  suis 
condonarunt,  vel  condonaverint  vel  etiam 
cujuscunque  causa  speciei  sit  rationabi- 
libus  possessionibus  seu  cum  iis,  quas  ex 
seculari  habitu  ad  regulariam  militiam 
clerici  seu  laici  convertentes  omnes  illic 
donaverint  vel  donaverunt  dona,  videlicet 
terras,  vineas  vel  quicquid  moderno  tem- 
pore  dando  videtur,  sub  nostro  munde- 
burdo  permaneat.  Praecipimus  etiam  ut 
commutationes  &  venditiones  quibuscum- 
que  liberis  hominibus  de  rébus  supradicti 
monasterii  fecisse  dignoscitur  aut  dein- 
ceps facere  ipse  aut  successores  sui  vo- 
luerint,  ubicumque  juste  &  rationabiliter 
factae  sunt  vel  fuerint,  quiète  per  banc 
nostram  auctoritatem  possideant  neque 
ullam  inlicitam  contrarietatem  aut  injus- 
tam  inquietudinem  de  eisdem  rébus  ullo 
unquam  tempore  patiantur,  quin  jure  eas 
firmiter  teneant  atque  possideant.  Et  nullus 
judex  publicus  vel  quislibet  ex  judiciaria 
potestate  in  ecclesias  aut  loca  vel  agros 
seu  reliquas  possessiones  ejus  &  cellula- 
rum  sibi  subjectarum,  ad  causas  judiciario 
more  audiendas,  freda  exigenda  vel  para- 
tas  faciendas  aut  mansiones  vel  rationes 
aut  ullas  redhibitiones  aut  illicitas  occa- 
siones  requirendas  aut  fideijussores  tol- 
lendos  vel  illorum  homines  distringendos 
ingredi  audeat  nec  ea  quae  supramemo- 
rata  sunt  exigere  praesumat  5  sed  liceat 
saepedicto  abbati  suisque  successoribus 
absque  cujusquam  injusta  inquietudine 
cum  omnibus  ad  se,  sicut  diximus,  perti- 


nentibus  quiète  vivere  &  Domino  deser- 
vire  &  pro  nobis,  conjuge  proleque  nos- 
tra  seu  stabilitate  totius  regni  nostri,  una 
cum  monachis  inibi  Domino  militantibus 
divinam  misericordiam  jugiter  exorare. 
Praeterea  noverit  cunctorum  .fidelium  Dei 
nostrorumque  industria,  quia  admonente 
Suniario  dilecto  nobis  nostro  comité  con- 
tulimus  seu  condonavimus  suprataxato 
Sancti  Andreae  monasterio,  in  supradicto 
videlicet  [pago],  vallem  Sancti  Martini 
sitam,  quantum  ipse  mons  aqua  vergit,  nec- 
non  &  quoddam  villare,  quod  dici  consti- 
tuimus  Garrices,  cum  terminis  &  adjacentiis 
suis,  videlicet  ut  nostris  futurisque  tem- 
poribus  ipsae  res  ejusdem  monasterii  rec- 
torumque  suorum  &  monachorum  ibidem 
degentium  proficiant  utilitatibus  stipen- 
diisque  in  augmentum  &  animae  nostrae 
prosint  in  emolumentum.  Et  quandocum- 
que  divina  vocatione  memoratus  abbas  aut 
successores  sui  ab  [hac]  luce  migraverint, 
quamdiu  inler  se  taies  invenire  poterint, 
qui  eos  secundum  regulam  sancti  Bene- 
dicti  regere  &  gubernare  valeant,  licen- 
tiam  habeant  ex  semetipsis  abbates  eligere, 
qui  eis  [sicut]  diximus  merito  vitae'  &  sanc- 
titatis  prodesse  possint.  Et  ut  haec  confir- 
mationis  auctoritas  perpetuam  obtineat 
firmitatem,  manu  propria  subterfirmavi- 
mus  &  anuli  nostri  impressione  assignari 
jussimus. 


LXXV 

Acte  de  la  consécration  de  Véglise  de 
Notre-Dame  de  Rionde-^ario j  au 
diocèse  de  Girone, 

[Nous  laissons  ici,  pour  ne  pas  interrompre  la 
série  des  numéros,  le  titre  de  cette  pièce  que  les 
Bénédictins  ont  datée  par  erreur  de  l'an  85o,  tan- 
dis qu'elle  est  de  l'année  908.  Elle  a  été  mise  plus 
bas,  à  la  place  qui  lui  est  assignée  par  sa  date, 
n.  206,  col.  410.] 

'  Le  texte  du  Marca  porte  jure.  [A.  M.] 


Vers 
85o 


287 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


An 
852 

10  sep- 
tembre. 


iSç.  —  LXXVI 


nitate  monasterii  Gondesalvio,  an  non.  Ita 
sicut  &  fecerunt  reversi  in  ejus  vel  eorum 
judicio  pariter  dixerunt  :  «  Nos  vidimus  & 
invenimus,  quod  ipsas  res  infra  signa  proc- 


An 
852 


Plaid   général    tenu    à    Crespian    par     xoria  (corrige':^  fixoria)  vel  termines  ipsas 


res  sunt  vel  subjacent  a  partibus  monasterii 
Gondesalvio.  «  Ad  tune  nos  supradicti  inter- 
rogavimus  Odilone,  si  potebat  habere  aliam 
scriptura  aut  ullum  indicium  veritati  aut 
per  testimonia  ut  ipsas  res  ad  partibus  suis 


UdalriCf   marquis   de   Gothie'. 

CUM  in  Dei  nomine  resideret  vir  vene- 
rabilis  Udulricus  commis  in  villa  Cris- 
piano  in  territorio  Narbonense,  pro  mul- 

torum  hominum  alterchassiones  juxta  bac  vindicare  valuisset.  Ad   tune  ipse  Odile  se 

recta  judicia  terminanda,  una  cum  Artaldo,  recognobit  vel  exvacuabit  :  «  Quia  de  ipsas 

Stephano  &  Teuderedo  vassi  dominici,  Ala-  res  superius  dictas,  quae  sunt  in  territorio 

richo    &    Franchone   uterque  vicedomini,  Narbonense,  suburbio  Ventolenense,  ego 

seu  etiam  &  judices  qui  jussi  sunt  causas  eas  prendidi  injuste  mea  propria  praesum- 

dirimere  &  legibus  definere,  id  est  Gulte-  tione  absque  judicio  de  potestate  Gonde- 

redus,Teudefredus,Teuriscus,Senderedus,  salvio   abbati,  dum   ipse  jure  suo  legibus 

Ermeldus,  Aprolinus  &  Bidegisus  saione,  retinuisset.  »  Quando  suam  recognitione  si- 

seu   &  bonorum    hominum    praesentia,   id  mul  &  exvacuasione  scripsit  fecitj  cum  nos 

est  Sisefredus,  Bera,  Ealdomare,  Bellone,  vidissemus    suam    recognitione    &  vacua- 

Remesario,   Ermericho  &  Alaricho,  quos  sione,  perquamsivimus  in  lege  Gotorum, 

causafecit  esse  praesentes.  Ibique  in  eorum  ubi  apertius   invenimus   in   libro   octabo, 

praesentia  veniens  Ramnus  qui  est  manda-  titulo   primo,   era  V,   ubi   dicit  :   c  Nullus 

tarius   Gondesalvio    abbate    de    monasterii  commis,    vîcarius ,   praepositus ,    auctor    aut 

Chaunense,    &   interpellavit   Odilone   pro  procurator   quîslivet   ingenuus    adque    etiam 

silva ,  quam  vocant  Spinasaria,  pro  terras  serbus,  rem  ab  alio  possidentem  post  nomine 

cultas   bac  incultas,   ubi  &  dommos  cons-  regiae  potestatis  vel  dominorum  suorum  aut 

tructos  abet,  dicens  :  «  Juvete  me  audire.  suum  usurpare  praesumat  ante  judicium  quod, 

Iste  praedictus  Odilo  prendidit   ipsas   res  Ijinem']  expectat  discussione,  id  quod  ab  alio 

de  potestate  Gondesalvio   abbate   injuste,  possidetur  aut  juris  alterius  esse  dignosciiur 

malum  ordine,  suam  praesumsione,  absque  invaserit,  omnem  quod  abstuUt  &  praesumsio- 

judicio,    dum    ipse    abba    recte    jure    hoc  sius  invasit  in  duplum  ei  restituât,  de  cujus 

abuisset.  »  Ad  tune  nos  commis,  vassi  domi-  jure  visus  est  abstulisse,  hac  singulorum  anno- 

nici  hac  judices  interrogavimus  Odilone,  rum  fruges  quas  inde  fideliter  collegit,  jura- 

quid  ad  haec  respondere  vellet.  lUe  vero  verit  petitori  compellatur  exsolvere.  n    Dum 

in  suis  responsis  dicxit  :«  Manifeste  verum  nos    commis,   vassi    dominici    hac   judices 

est  quod  ipsas  res  ego  retineo,  set  non  in-  vidissemus  talem  rei  veritati  &  Ramnone 

juste,  quia  de  eremo  eas  tracxi   in  apri-  mandatario  Gondesalvio  abbati,  suamque 


Éd.orig. 
t.  I, 

col.  100. 


sione.  «  Ac  tune  ipse  Ramnus  asserens  dic- 
xit :  «  Ego  per  testimonia  &  per  praeceptum 
&  per  judicium  provare  possum  ipsas  res  ad 
partibus  abbati  Gondesalvio.  »  Unde  Ram- 
nus ad  tune  hora  praeceptum  impériale  & 
judicium  ad  relegendum  ostendit.  Sed  dum 
relectus  fuisset,  invenimus  veritate  Gondi- 
salvio  abbate.  Nam  ipse  commis  jussit  suos, 
id  est  Ato,  Gentaredus,  Gulteredo  &  Er- 
mello,  ut  super  ipsas  res  venissent  &  rei 
veritati  vidissent,  si  erant  ipsas  infra  ma- 

'  Archives  de  l'abbaye  de  Caunes,  &  copie  dans 


patuisset  justitia,  hordinavimus  vel  credi- 
mus  judicio,  ut  Bidegisus  saione  nostrum 
ut  super  ipsas  res  venisset  &  Odilone 
exinde  exigere  fecisset  &  secundum  legem 
ipso  Ramnone  ab  omni  integritate  reves- 
tire  fecisset  a  partibus  Gondesalvio  abbate, 
sicut  &  fecisset.  Gaudeat  se  Ramnus  in 
nostrorum  judicio  suaque  praecepisset 
justitia.  Dato  &  confirmato  judicio  quarto 
idus  septembris,  anno  xiii  régnante  domno 
nostro  Karolo  rege.  Golteredus  subscripsi. 
Steffanus  subscripsi.  Sendefredus  subs- 
cripsi. Ermenfredus   subscripsi.  Teudfre- 


la  collection  Doat,  à  la  Biblioth.  national^v.  58.       dus    Subscripsi.   TeUfiscus    Subscripsi. 


289 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


290 


An 
852 

29  dé- 
cembre. 


An 
862 

26 
février. 


An 
853 


trae  proprietatis  rcbus  honorarc.  Tdcirco 
iiotum  essevolumus  cunctis  fidelibus  sanc- 
tae  Dei  Ecclesiae  &  nostris  praeseutibus 
atque  futuris,  quia  concedimus  ad  pro- 
prium  jamfato  fideli  nostro  Teuthmundo 
quasdam  res  proprietatis  nostrae,  quae 
sunt  sitae  iu  pago  Rossillonensi  &  in  loco 
ï. — Enneco' presbiterdonavit  Donadeo  qui  dicitur  Teulicius,  id  est  mausa  septem. 
abbati   &  nionachis  monasterii  Caunensis      Uude  hoc  praecellentiae  nostrae  praecep- 


140. 

Extraits  de  deux  donations  faites  au 
monastère  de  Caunes. 


siti  in  territorio  Narbonensi,  suburbio  Mi- 
nerbensi,  super  rivo  Argentoduplo,  quid- 
quid  habebat  in  villa  Olentiaco  vel  infra 
ejus  termines  in  territorio  &  suburbio 
praetatis,  id  est  cum  exio  &  regresso  eo- 
rum,  pratis,  pascuis,  silvis,  garricis,  aquis 
aquarum,  viae  ductis  &  reductis.  Actum 
sub  die  un  kalendas  januarii,  auno  XIII 
régnante  Karulo  rege. 


tum  fieri  jussimus,  per  quod  memorata 
septem  mansa  cum  omnium  rerum  summa 
integritate,  id  est  domibus  caeterisque  ae- 
diiiciis,  terris  cultis  &  incultis,  vineis,  pra- 
tis, silvis,  pascuis,  aquis  aquarumve  decur- 
sibus,  molendinis,  exitibus  &  regressibus, 
sicut  dictum  est,  praedicto  fideli  nostro 
Teuthmundo  ad  proprium  concedimus  & 
de  nostro  jure  in  jus  ac  potestatem  illius 


solemni    more   transferimus,   eo   videlicet 

II.  —  Balesinda'  &  filins   ejus  Basa modo,  ut  quicquid  exinde  ab  hodierna  die 

dederunt  Donadeo  abbati  &  congrégation!      &  tenipore  pro   sua  utilitate  &  commodi- 

monasterii  Caunensis  in  honore  sanctorum 

Pétri  &  Pauli  constructi  quandam    terram 

in  territorio  Carcassonensi  prope  monas- 

terium  Sancti  Fructuosi  sitam.  iv  kalendas 

martias,  anno  XXII  régnante  Karulo  rege. 


141. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  fa- 
veur d'un  de  ses  fidèles  nommé 
Teuthmond^, 


tate  facere  decreverit,  liberam  &  firmissi- 
mam  in  omnibus  jure  proprietario  habeat 
potestatem  faciendi.  Et  ut  haec  nostrae 
largitionis  auctoritas  inviolabilis  perseve- 
ret,  manu  nostra  eam  subterfirmavimus  & 
anuli  uostri  impressione  jussimus  sigillari. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 

Aeneas  notarius  ad  vicem  Ludovic!  re- 
cognovit. 

Data  XVI  kalendas  februarii,  indicfione 
XV,  in  anno  XIII  regni  Karoli  gloriosissimi 
régis.  Actum  in  Carisiaco  palatio  regio,  in 
Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


I 


N  nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Regalis 
celsitudinis  moris  est  fidèles  suos  donis 
jauvier.  multiplicibus  &  honoribus  ingentibus  ho- 
norare  atque  sublimare.  Proinde  ergo  nos 
morem  parentum  videlicet  praedecessorum 
nostrorum  sequentes,  complacuit  celsitu- 
dini  nostrae  quendam  fidelem  nostrum , 
nomine  Teuthmundum,  de  quibusdam  nos- 


'  Archives  de  l'abbaye  de  Caunes,  8c  copie  dans 
le  Monasticon  Benedict'tnum,  à  la  Bibliothèque  na- 
tionale, latin  12664,  f"  227  y°. 

*  Ibid. 

'  Archives  de  l'église  d'Elne.  —  Marca  Hhpa- 
nica,  col.  786.  —  Recueil  des  historiens  de  France, 
t.  8,  p.  5zo. 


142, 


LXXVII 


An 
853 


I 


Charte  du   roi  Charles   le   Chauve    en 
faveur  de  l'abbaye  d'Aniane  \ 

N   nomine   sanctae   &  individuae  Trini-  t.T^' 

tatis.  Karolus  gratia  Dei   rex.  Si   bene  co'->"o- 

gesta  erga  loca  divinis  cultibus  mancipata  ~      ' 

progenitorum  nostrorum  auctoritatis  nos-  ^53 

tre  preceptionibus  confirmamus,  régie  cel-  21  juin. 


'  Cartulaire  de  l'nbbaye  d'Aniane,  f°  26  \",  & 
v'idimus  de  l'an  i3  14,  au  Trésor  des  chartes  du  roi  ; 
Aniane,  n.  3.  [Ce  vidimus  est  aujourd'hui  en  dé- 
ficit.] 


II. 


J 


An 
853 


291 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


29: 


sltudinis  opéra  frequentamus.  Itaquenotum  ros  civitatis  Arelatensis,  cum  omnibus  que 

sit  omnibus  sancte  Dei  Ecclesie  fidelibus  &  ad  eam  in  eodem  page  Arelatensi  vel  Avi- 

nostris  presentibus  atque  futuris,  quia  Ar-  nionensi    pertinent;   &   locum    qui   est   in 

nulfus  venerabilis  abba  monasterii  quod  di-  pago  Arausione  vocabulo  Marenatis,  quic- 

citur  Aniana,  situm  in  pago  Magdalonense,  quidad  ipsum  locum  pertinet,  &  villam  que 

in  nostrara  veniens  presentiam,  obtulit  re-  dicitur  Massatia    cum    omnibus   apenditiis 

verencie  nostre  quoddam   preceptum ,  per  suis,  habentem  plus  minus  mansos  quadra- 

quod  domnus   &  genitor  noster  dive   me-  ginta,  &  est  in  ratione  predicte  celle  Sancti 

morie    Ludovicus    imperator  quasdam    res  Martini  ;&  in  pago  Ucetico  donavit  genitor 

prenominato   monasterio   ob   amorem   Dei  noster  cellam  suam  que  nuncupatur  Casa- 

&  reverenciam   sanctorum  quorum   ibi  co-  nova   cum    rébus    sibi    pertinentibus.    Has 

luntur  reliquie   in   jus   ecclesiasticum    te-  denique  res  omnes  cum  apendiciis  &  adja- 

nendas  delegavit  atque  contradidit,  id  est  centiis  earum ,  a  premisso  domno  &  geni- 

quandam   cellam    nuncupantem    Gellonis,  tore  nostro  augusto  Hludovico  super  pre- 

sitam   in   pago   Lutovense,   cum    loco   qui  fato  monasterio  coUatas  atque  contraditas, 

dicitur   Magarantiate    seu    &    qui   vocatur  sine  cujuspiam  contradictione  aut  minora- 

Castra  cum  terminis  &  adjacentiis  suis;  &  tione  perpetuo  a  rectoribus  ejusdem  tenen- 

in  pago  Biterrense  fiscus  qui  dicitur  Milia-  das  concedimus  &  altitudinis  nostre  pre- 

cus,  cum  ecclesia  Sancti  Paragorii  &  Mili-  cepto  hoc  confirmamus.  Precipientes  atque 

tiano  villa,  cum  omnibus  apendiciis  &  ad-  jubentes  ut  nuUus  ex  fidelibus  sancte  Dei 

jacentiis    suis;    &   in    eodem    pago   villam  Ecclesie   ac    nostris   de    prescriptis   rébus 

Cincianum   cum    apendiciis    &    adjacentiis  prefato  monasterio  vel  congregationi  ibi- 

suis  ;  &  inter  confinia  de  pago  Rutenico  dem  degenti  a  genitore  nostro  concessis, 

seu  Nemausense,  alpes  quas  dicunt  Jaullo  aliquid  abstraere,  ut  supra  signatum  est, 

&  locum  qui  dicitur  Auraria  ab  omni  inte-  aut  minuere  tentet,   nec   in    ecclesias  aut 

gritate,  cum   terminis  &  adjacentiis  suis;  loca  vel  agros  seu  reliquas  possessiones  pre- 

&   in    pago    Magdalonense    castrum    quod  dicti   monasterii,  quas   moderno   tempore 

dicitur  Monte-Calmense,  situm  juxfa  flu-  per  donationem   genitoris  nostri   ac   nos- 

Éd.orig.   vium  Araur,  cum   ecclesia  Sancti   Hilarii  ;  tram  confirmationem  seu  ceterorum  fide- 

coî  lôi     ^  super  prefatum  fluvium  loco  de  Palhars  lium  juste  possidere  videtur  in  quibuslibet 

cum  villulis  &  aspicentiis  suis;  &  in  alio  locis,   quidquid    ibidem    propter   divinum 

loco  Commajacas  seu  Paliares  cum  finibus  amorem  collatum  fuit  queque  etîam  dein- 

&  adjacentiis  suis;  &  in   loco  qui  dicitur  ceps  in  jure  ipsius  sancti  loci  aut  per  nos 

Sogradus,  cellulam  quam  ipsi  monachi  edi-  aut  per  alios  voluerit  divina  pietas  augeri, 

ficaverunt;  &  in  ipso  pago,  in  fisco  nun-  ad   causas    audiendas    vel    freda    exigenda 

cupante  Juviniaco,  loco  qui  vocatur  Nova-  aut    mansiones   vel    paratas   faciendas    aut 

cella  &  molina  duo  infra  ipsius  fisci   ter-  fidejussores  toUendos   nec  homines  ipsius 

minum,  super  fluvium  Leco  &  inter  mare  monasterii  tam   ingenuos   quamque  servos 

&  stagnum    locum  qui  vocatur  Porcarias  ;  qui  super  terram  memorati  monasterii  re- 

&  in  ipso  pago  illos  Segos  cum  piscatoria  sidère    videntur    distringendos    nec    ullas 

&  plagis  maris  &  fiscum  adherentem  illis,  redibitiones  aut  inlicitam  occasionem  per- 

qui  nuncupatur  Sita,  qui  est  inter  mare  &  quirendas   ullo    unquam    tempore   ingredi 

Stagnum,  &  subjungit  pago  Agatensi,  cum  audeat  vel  exactare  présumât.  Et  quicquid 

mancipiis  &  omnibus   piscatoriis   &  aspi-  de  rébus  prefati  monasterii  fiscus  sperare 

centiis  seu  adjacentiis  suis,  usque  ad  locum  poterat,  totum  nos  pro  eterna  remunera- 

qui  dicitur  Cerajacum,  quantumcumque  in  tione  predicto  monasterio  concedimus,  ut 

eisdem    locis   genitor  noster  c(uondam    ad  perpetuis   temporibus  in  alimonia  paupe- 

suum  habuit  opus;  &  in  pago  Narbonense  rum  &  stipendia  monachorum  ibidem  Deo 

salinas  que    sunt  in  loco    nuncupaute  Ad  fanuilantium    proficiat   in   augmentum.  Et 

Signa,  cum  terminis  &  laterationibus  suis;  quandoquidem   divina  vocatione  supradic- 

insuper  &  cellam  juris  nostri  que  est  cou-  tus   abba    &  successores   ejus  de   hac  luce 

structa  in  honore  sancti  Martini  infra  mu-  migraverint,  quamdiu  ipsi   monachi  inter 


An 
853 


An 
853 


Éd.orif 
t.  1, 

col.  102 


293 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


'94 


An 
853 

23  juin. 


se  taies  invenire  potuerint,  qui  ipsam  con-  diem   presentem  omnem   porcio  mîchi  de- 

gregationem  secundiim  regulam  saiicti  Be-  bitam,  quod  niichi  advenif  de  condam  ge- 

nedicti   regere  valeaiit,  per  hanc  nostram  nitore  meo  vel  génitrice  mea  vel  illius,  & 

aiictoritatem  ac  consensum   licentiam  ha-  quicquid   ab  hodierno  die   &  tempore   ex 

béant  semper  eligendi  abbates,  quatenus  ipsis  rébus  facere  aut  judicare  volueritis, 


ipsis  servis  Dei,  qui  ibidem  Deo  famulari 
yidentur,  pro  nobis  &  conjuge  proleque 
nostra  &  stabilitate  tocius  regni  a  Deo 
nobis  commissi  vel  conservandi  jugiter 
Domini  misericordiam  exorare  delectetur. 
Et  ut  hec  auctoritas  confirmationis  futu- 
risque  temporibus ,  Domino  protegente, 
valeat  inconvulsa  manere,  manu  propria 
subscripsimus  &  anuli  nostri  impressione 
assignari  jussimus. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 

Bartolomeus  notarius  ad  vicem  Hluodo- 
vici  recognovit. 

Data  XI  kalendas  julii,  indictîone  i, 
anno  xiiii"  régnante  gloriosissimo  Karolo 
rege.  Actum  in  Poncione  fisco  regio,  in 
Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


143. 


id  est  tam  vi[n]dendi,  donandi,  cedendi, 
committandi  maneat  eis  firmissima  potes- 
tas,  ex  presenti  die  &  tempore.  Quod  si 
ego  aut  aliquis  de  heredibus  meis  vel  quis 
in  is  persona ,  quod  minime  credo  esse 
venturam,  contra  hanc  cartulam  anime 
gratanter  animo  facta  ad  inrumpendum 
venire  temptaverit  aud  eam  intringere 
conaverit,  componat  parti  ipsius  monas- 
terii  ipsas  suprascriptas  res,  una  cum  dis- 
tringente  fisco,  melioratas  duplas  valere 
perpetim  habituras.  Et  insuper  hec  pre- 
sens  donatio  nullo  umquam  tempore  in- 
rumpi  non  permitatur,  sed  semper  in  sua 
maneat  firmitate,  omnique  tempore  cum 
stipulatione  &  gesta  alligatione  interpo- 
sita  quoque  pro  omni  firmitati  subnixa. 
Facta  donatione  sub  die  VIIII  kalendas 
julii,  anno  XI m  régnante  Karolo  rege. 
Signum  Wistremirus  qui  hanc  donationem 
fieri  volui  &  idoneos  testes  manu  mea 
firmare  rogavi.  S.  Calpimiro.  S.  Adalberto. 
Donation  de  Wîstrîmîrus  à  Vahhaye  S.  Agrecio.  S.  Acinberio.  S.  Aigoberto.  S. 
d' Aniane^  Adayndo.  S.  Unado.  S.  Dominico.  S.  Salo- 

mone.    S.   Dagoberto.    In   Christi    nomine 

IN  honore  Domini  sancti  Salvatoris  nostri      Celsius  licet  indignus  presbiter  hanc  dona- 
sive  Christi  &  sancte  hac  semper  virgi-      cionem   rogatus  scripsit,  die  &  anno  que 
nis  Marie  genitricis  ejus  &  aliorum  pluri-      supra, 
morum  sanctorum,  ubi  venerabilis  Arnulfus 

abbas  preesse  videtur  una  cum  congrega-      ~~ 

tione  monacorum.  Ego  in  Dei  nomine  Wis- 
trimirus  dono  donatumque  esse  volo  pro 
anima  remedii  mei  seu  &  per  eternam  re- 
tributionem  &  vitam  ;  dono  jamdicto  mo- 
nesterio  seu  rectoribus  illius  presentibus 
ac  futuris,  in  pago  scilicet  Magdalonensi 
infra  terminium  de  villa  Granario,  id  est 
casis,  casaliciis,  ortis,  oglatis,  exea,  exre- 
gressaque  sua,  &  vineas,  &  terras  cultas  & 
incultas,  pratis,  pascuis,  arboribus  &  pomi- 
feris  &  impomiferis,  seu  &  cum  omnibus 
agacenciis  ibidemque  pertinentes,  videli- 
cet  &  fundus   possessionis   mee.  Dono  ad 


144. 


LXXVIII 


Diplôme  de  Charles  le  Chauve  qui,  à  la 
prière  du  marquis  Udalric,  accorde 
certains  biens  à  deux  Goths  nommés 
Sumnolde  &  RiculJ'e^, 


An 
853 


I 


N  nomine  sanctae  &   individuae  Trinî- 
tatis.    Karolus   gratia   Dei   rex.   Regalis 
celsitudinis    moris   est    fidèles    suos   donis 
multiplicibus  atque    ingentibus  honoribus 
honorare  &  sublimare.  Ideoque  notum  sit 


Éd.orig. 

1. 1, 

col.  102. 


An 
854 

7  juillet. 


'  Le  texte  porte  xiii  ;  mais  il  faut  corriger  xiiii, 
pour  faire  concorder  avec  l'indiction.  [A.  M.] 
'  Cartulaire  de  l'abbaye  d'Aniane,  f"  90  v". 


'  Marca  Hispanica,  col.  787,  d'après  les  archives 
de  l'église  d'Elne. 


An 
854 


295 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


296 


omnibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  fidelibus  8z; 
nostris  praesentibus  atque  futuris,  quia  ad 
deprecationem  dilecti  nobis  marchionis 
nostri  Odalrici  concedimus  ad  proprium 
quibusdam  fidelibus  nostris,  id  est  Sum- 
noldo  &  Riculfo  Gotis,  res  quasdam  nos- 
trae  proprietatis,  quas  ipsi  hactenus  per 
aprisionis  jus  habuisse  cognoscuntur,  in 
pago  videlicet  Elenensi  &  in  comitatu  Ros- 
silionensi,  hoc  est  quicquid  in  villa  Mo- 
niano  &  in  Villanova  &  in  Cabanes  per 
aprisionem  ex  successione  avita  atque  pa- 


145. 

Dotation  de  Saint-André  d'Exala, 
par  Protasius  6*  cinq  autres  reli- 
gieux ' . 


cere  decreverint,  jure  proprietario  liberam 
ac  firmissimam  habeant  faciendi  potesta- 
tem.  Ut  autem  haec  praecellentiae  nostrae 
largitio  meliorem   semper  in  Dei   nomine 


obtineat  firmitatem,  manu  nostra  eam  sub- 
terftrmavimus  &  anuli  nostri  impressione 
assignari  jussimus. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 

Gislebertus  notarius  ad  vicem  Ludovici 
recognovit. 


cum  suos  vitulos  &  oves  &  cabras  xxx  & 
porcos  XXVI  &  equas  IV  &  boves  11  &  ca- 
nes II,  ob  inde  &  de  vestimenta  frisis  cum 
vistitos  &  vebtas  11,  &  capas  v,  &  sariciles 
Xlll,  &  leutios  villl,  &  bracas  talgatas 
XXXIII,  &  soturales  parilia  XV,  &  solarum 


Data  nonis  [ulii,  anno  XV  régnante  parilia  XL,  &  cangaves  duas  lanias  &  una 
domno  Karolo  gloriosissimo  rege,  indic-  sericia,  &  plumacos  siricios  V,  &  septela- 
tione  I.  Actuni  Condida,  in  Dei  nomine  nios  tapites  II,  cupertorio  siricio  I,  &  vel- 
feliciter.  Amen.  latas  xi,  &quadincos  XL,  &  vadelincos  Viii, 

curtinas  ii,  pellicas  VI,  &  suscinta  parata 
una  &  camisos  m,  &  planetas  lll,  &  stol- 
las  III  Franciscas,  &  mappas  quatuor  parilia, 
&  tualias  iiii,  &  saccos  viii,  &  utres  viii, 
&  bulgas  dua  parilia,  &  soccas  VIII,  &  orga- 


An 
854 
16 


IN  nomine  Patris  &  Filii  &  Spiritus  Sancti. 
Nos  in  commune  fratres  Protasius  archi- 
presbyfer,  Sancoli  presbyter,  Recosindus 
presbyter,  Victor  presbyter,  Atila  mona-  juillet 
terna  tenuisse  usque  nunc  comprobantur,  chus,  Baro  subdiaconus,  nos  omnes  qui 
simul  etiam  cum  eisdem  rébus,  quas  ex  simul  in  una  fide  vivimus,  facimus  carta 
ipsis  aprisionibus  avus  eorum  &  genitor  Deo  omnipotenti  &  monachis  qui  sub  jugo 
Sunvildus  &  Hadefonsus  quibusdam  homi-  regulari  servire  cupiunt  in  monasterio 
nibus  beneficiario  jure  habere  permisisse  Sancti  Andreae  post  obitum  nostrum  in 
sciuntur,  &  praeterea  Rocam  quam  vocant  locum  Exalata.  De  nos  autem  qui  super- 
Frusindi  quam  eorum  genitor  per  apri-  vixerit  fratrem  suum  retineat  juri  suo  in 
sionis  auctoritatem  tenuit.  Unde  siquidem  .eleemosynam  nostram  &  ibidem  serviat  & 
praecellentiae  nostrae  praeceptum  hoc  usuare  faciat  dum  vivit  &  post  obitum  suum 
iieri  jussimus,  per  quod  memoratas  res  relinquat  ad  ipsa  ecclesia  vel  monachos  aut 
cum  propriis  &  justis  terminationibus  in-  Exalata  abbati  qui  a  die  illo  erunt,  quia 
tegerrime  memoratis  fidelibus  nostris  Sum-  hoc  facimus  necessitate  timendi.  Certum 
nuldo  &  Riculfo  in  jus  proprietarium  ha-  quidem  &  manifestum  est  enim  quia  sic 
bendas  concedimus  &  confirmamus  atque  placuit  animis  nostris  &  placet,  nullius 
de  nostro  jure  in  eorum  jus  &  potestatem  cogentis  imperio  nec  suadentis  ingenio, 
solemniter  transferimus,  eo  videlicet  modo  sed  propria  &  spontanea  hoc  nostra  elegit 
ut  quicquid  exinde  ab  hodierna  die  &  tem-  voluntas  bona,  ut  conversare  debeamus  in 
pore  pro  sua  utilitate  &  commoditate  fa-      suburbio  Elenense,  in  valle  Confluentaria, 

in  ecclesia  Sancti  Andreae  locum  Exalata, 
&  donamus  de  rébus  nostris  praefatis.  Ego 
Protasius  archipresbyter  dono  cavallo  uno 
&  mulo  &  asinos   duos   &  vaccas  quatuor 


'  Marca   Hispanlca,  col.  788}   archives   du   m.o- 
nastère  de  Cuxa. 


An 
864 


297 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


298 


nas  parilias  IV.  Et  de  alaude  dono  in  villa 
Taiiriniaco  casas  IV,  &  curte  &  hortos  vi, 
&  viueas  XII,  &  vinum  qui  exinde  exibit 
quinales  ccc,  &  sunt  tonnai  VIII ,  &  de 
annona  modii  XXX  cum  oninia  usibilia 
ligni  &  ferri  quod  necesse  habet  homo,  in 
omnibus  vel  terris  cultis  vel  incultis,  cum 
arboribus,  cum  exia  vel  regressia  sua  quod 
juste  &  rationabiliter  in  fines  suos  habere 
debeo.  Et  reservo  in  potestate  mea  villare 
Cuxano  &  isto  argento  solides  CXLVI  ut  ad 
obitum  meum  manibus  meis  dare  faciam 
pauperibus  aut  oui  voluero.  Aliud  vero 
superius  insertum  post  obitum  meum  sit 
in  potestate  ipsius  ecclesiae.  Nam  &  ego 
Sancoli  presbiter  dono  oves  xxiii,  &  ca- 
vallo  I,  &  equa  I,  &  vellatas  IV,  &  plumaco 
uno  &  fertos  ad  turno;  sic  donitum  atque 
concessum  est.  Nam  &  ego  Recosindus 
presbyter  dono  cavallo  uno  &  asino  & 
bove,  &  vineas  II  in  Arriano  in  locum  ubi 
dicitur  Ad  Cruce,  &  libros  V,  &  lectum 
meum,  &  porcos  vi,  &  leutios  il,  &  de  an- 
nona modios  XX,  &  de  vino  quinales  XI-, 
haec  omnia  dono  sicut  superius  insertum 
est.  Nam  &  ego  Victor  presbyter  dono 
vacas  III,  &  vitulos  il,  porcos  11,  &  li- 
bros IIII,  &  vineas  III,  quas  vobis  piduavi 
(j/c)  vel  in  praesenti  tradidi,  quod  se- 
nior meus  Protasius  mihi  dédit  in  villare 
Coxano  vel  portionem  meam,  &  lectum 
meum  vel  ferramenta  dono  sicut  superius 
scriptum  est.  Nam  &  ego  Atila  dono 
equas  iii,  &  boves  il,  &  vakas  i,  &  freno 
mulare  l,  &  fatiro  i,  &  lectum  meum  & 
libros  m,  &  stola  polimita  una  &  vi- 
nea  l,  quod  habeo  cum  Witidane  fratre 
meo,  qui  infrontat  in  strata  &  in  Castro 
Tarraca  &  in  ecterre  Terraferente,  modia- 
tas  IX  qui  infrontat  in  terra  Salustrii  &  de 
alla  parte  in  terra  Singerici,  de  tertia  parte 
in  terra  Saporoni,  haec  omnia  ad  omnem 
integritatem  ad  proprium  sicut  superius 
scriptum  est.  Nam  &  ego  Baro  subdiaconus 
facio  similiter  de  omnia  quod  habeo  vel 
habere  potuero.  Denique  de  ab  hodierno 
die  &  tempore  usuandi  vel  exfructuandi 
unus  ab  alio  quod  supervixerit  fratrem 
suum  habeat  potestatem  ex  eo  vivere,  post 
obitum  extremo  nullus  praesumat,  set  in 
jure  ipsius  ecclesiae  insistât  vel  ad  mona- 
chis  ibidem  seryientes  yel  abLatibu§,  Et  si 


An 
864 


nos  dejecti  fuerimus  de  isto  loco  ubi  per- 
rexerimus  ad  alium  monasterium,  omnia 
nostra  in  potestatem  retineamus,  faciamus 
exinde  quod  voluerimus  vel  quod  conqui- 
rere  potuerimus.  Et  si  nos  omnes  in  isto 
loco  dies  nostros  deduxerimus  &  hic  vita 
distincta  fucrit,  res  praefatas  cum  omnia 
quod  superius  scriptum  est  remaneat  in 
ecclesia  Sancti  Andreae,  sicut  superius 
scriptum  est.  Sane  si  quis,  quod  minime 
credimus  esse  venturum,  quod  si  nos  su- 
pradicti  aut  aliquis  de  successoribus  nos- 
tris  vel  ulla  subposita  vel  subrogata  per- 
sona  qui  istum  factum  nostrum  inrumpero 
conatus  fuerit  aut  fuerimus,  inférant  vel 
inferamus  juri  vestro  vel  ecclesiae  supe- 
rius scriptae  ista  omnia  dupla  &  inmelio- 
rata  perpetuis  habitura  &  iste  cartas  firmis 
permaneat.  Facta  scriptura  usufructuari 
nostra  unus  ab  alio  sub  die  XVll  kalendas 
augusti,  anno  [xv]  régnante  Karulo  rege. 
Protasius  archipresbyter  qui  istum  factum 
in  mea  voluntate  editum  feci,  ut  dum  vi- 
vimus  ex  ea  vivamus  &  dono  libras  XV. 
Rescesvindus  presbyter  subscripsi.  Victor 
presbyter  subscripsi.  Baro  subdiaconus  sub- 
scripsi. S.  Bosoni.  S.  Senderedi.  S.  Lauren- 
tii  testium.  Sanzoli  presbyter  qui  banc 
scripturam  jussus  scripsi  &  in  mea  volun- 
tate édita  feci  &  subscripsi  die  &  anno 
quo  supra. 


146. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour 
Montolîeu  '. 

IN  nomine  sancte  &  individue  Trinita- 
tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Cum  peti- 
tionibus  servorum  Dei  justis  &  rationabi- 
libus  divini  culti  amore  favemus,  superna  juillet 
[nosj  gratia  pro  his  muniri  non  dubitamus. 
Proinde  noverit  omnium  fidelium  nostro- 
rum  presentium  futurorum[que  sagacitasj, 

'  Original  en  parchemin,  jadis  scellé;  Biblio- 
thèque nationale,  Baluze,  Armoires,  v.  Spo,  n.  480. 
La  pièce  est  extrêmement  endommagée,  &  nous 
avons  mis  entre  crochets  les  parties  qui  ont  dis- 
paru. [A.  M.]  —  Recueil  des  historiens  de  France^ 
t.  8,  p.  53ij. 


An 
854 
3o 


An 
854 


299 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3oo 


quia  vir  venerabilis  Richimirus  abba  ex 
monasterio  qiiod  nuncupatur  Mallasti,  si- 
tum  in  territorio  Carcasensi  super  fluvium 
Duranuni,  constructum  in  honore  sancti 
Johannis  Baptistae,  cum  terminis  &  adja- 
cenciis  suis,  obtulit  obtutibus  nostris  quan- 
dam  auctoritatem  domni  &  genitoris  nostri 
Hludovuici  pie  rec[ordationisJ  augustij  [in] 
qua  erat  insertum  qualiter  antecessoris  sui 
antecessor  ipsum  monasterium  novo  con- 
struxisset  opère,  &  propter  ejus  defen- 
sionem    vel   propter  pravorum    hominum 

inlicitos  mo in  manu  ejusdem  domni 

imperatoris  una  cum  monachis  ibi  degenti- 
bus  se  commendavit,  ut  sub  ejus  tuitione 
licuisset  eos  cum  re[bus  suis  quijete  vivere 
ac  residere,  &  deprecatus  est  clementiam 
regni  nostri,  ut  prefatum  monasterium 
una  cum  villulis  quarum  nomina  sunt  villa 
Secarii  seu  villa  [Alderii  necnon]  villa 
Viniouis  super  idem  fluvium  prefatum,  vil- 
laremque  nomine  Magnianacum  in  pago 
Tolosano  super  fluvium  Fiscavum,  nec- 
non &  cellulas  que  nuncupantur  Sancti 
Martini  predicto  monaster[io  subjectas, 
que  sunt  in  eodem]  pago  super  fluvium 
Lampium,  sive  Sanctae  Ceciliae  &  Sancti 
Pétri,  que  sunt  super  fluvium  jamdictum 
Duranum,  locumque  qui  dicitur  Orato- 
rio cum  omnibus  rébus  &  adjacenciis  sive 
terminis  suis  sub  nostra  susciperemus  de- 
f[ensione]  &  immunitatis  tuitione.  Cujus 
precibus  ob  amorem  Dei  &  reverentiam 
divini  cultus  libenter  aurem  accommodare 
placuit  &  hoc  nostrae  [auctoritatis  pre- 
ceptum]  immunitatis  tuitionisque  gratia 
fieri  decrevimus  ,  per  quod  precipimus 
atque  jubemus  ut  nullus  judex  publicus 
vel  quislibet  ex  judiciaria  potestate  in  ec- 
clesias,  loca  vel  agros  seu  reliquas  omnes 
possessiones  predicti  monasterii,  quas  mo- 
derno  tempore  possidet  vel  que  etiam 
deinceps  in  jure  ipsius  sancti  loci  voluerit 
divina  pietas  [augeri,  ad  causas  audiendas] 
aut  freda  exigenda  aut  mansiones  vel  pa- 
ratas  faciendas  aut  fidejussores  toUendos 
aut  homines  ipsius  monasterii  tam  inge- 
nuos  quam  &  servos  super  terram  ipsius 
commanentes  injuste  distringendos  nec 
uUas  redibitiones  aut  inlicitas  occasiones 
requirendas  nostris  nec  futuris  tempo- 
ribus   ingredi    [audeat  vel   ea   quej   supra 


memorata  sunt  penitus  exigere  présumât. 
Et  quicquid  de  rébus  prefati  monasterii 
fiscus  sperare  potest,  totum  nos  pro  aeterna 
remuneratione  prefato  monasterio  conce- 
dimus,  ut  in  alimonia  pauperum  stipendia- 
que  monachorum  ibidem  Deo  famulantium 
proficiat  in  augmentum.  Et  quandoquidem 
divina  vocatioue  supradictus  abba  vel  suc- 
cessores  ejus  hac  migraverint  de  luce, 
quamdiu  ipsi  monachi  inter  se  taies  in- 
venire  potuerint,  qui  ipsam  congregatio- 
nem  secundum  regulam  sancti  Benedicti 
regere  valeaut,  scilicet  qui  preesse  pariter 
&  prodesse  queant,  per  banc  nostram  auc- 
toritatem licentiam  habeant  eligendi  ab- 
bates,  quatinus  pro  nobis  &  totius  regni 
nostri  stabilitate  a  Deo  nobis  concessi  ju- 
giter  Domini  misericordiam  exorare  delec- 
tet.  Et  ut  haec  auctoritas  a  fidelibus  sanc- 
tae Dei  Ecclesiae  &  nostris  verius  credatur 
diligentiusque  conservetur,  manu  propria 
subterfirmavimus  &  anuli  nostri  inpres- 
sione  signari  jussimus. 

Signum  (locus  monogrammatis)  Karoli  glo- 
riosissimi  régis. 

Gislebertus  notarius  ad  vicem  Hludo- 
vuici recognovit  &  subscripsit. 

Datum  III  kalendas  augusti,  anno  XV, 
indictione  II,  régnante  Karolo  gloriosis- 
simo  rege.  Actum  Germiniaco  palatio,  in 
Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


147.  —  LXXIX 

Diplôme  de   Charles  le  Chauve  pour 
Vabbaye   de    la   Grasse^. 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
ta[tis.]  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  ne- 
cessitatibus  servorum  Dei  opem  ferendo 
libenter  consulimus,  regiae  dignitatis  mo- 
rem  imitamur  &  ob  id  nobis  Deum  fore 
propitium  non  dubitamus.  Quamobrem  no- 
tum  sit  omnibus  sanctae  Dei  Ecclesiae  fide- 
libus &  nostris  praesentibus  scilicet  atque 
futuris,  quia  Suniarius  venerabilis  abba 
Sanctae  Mariae  ad  nostram  accedens  cle- 
mentiam  res  quasdam  datas  Sanctae   Ma- 

'  Archives  de  Tabbaye  de  la  Grasse. 


An 
854 


Éd.orig, 
col.  102. 


An 
855 

28  juin. 


An 
855 


3oi 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


302 


An 
855 


riae,  ut  illi  eas  praecepto  nostrae  auc-  cum  decimis  &  terminis  &  ajacenciis  suis, 
toritatis  confirmarenius  ,  deprecatus  est,  &  ipsos  mansos  de  vilare  Aliario,  cum  con- 
quas  etiam  avus  &  genitor  iioster  &  nos  daniinas  &  ipsas  décimas  quem  Richildis 
aliquantas  confirmavimus,  sed  quia  postea  comitissa  dédit  Sanctae  Mariae  per  cartam 
Domino  annuente  auctae  sunt,  alio  egue-  donationis.  Et  in  pago  Gerundense  villam 
runt  praecepto  ;  necnon  etiam  &  sub  nos-  quae  nuncupant  Locustaria  cum  ecclesia 
trae  tuitionis  mundeburdo  tam  se  quamque  Sancti  Felicis,cum  decimis  &  terminis  & 
praescriptam  abbatiam  accipi  postulavit.  ajacenciis  suis.  In  comitatu  Ausonense  vi- 
Cujus  petitionibus  aurem  clementiae  nos-  lare  Asenario  &  Spelucas  cum  terminis  & 
trae  ob  Dei  amorem  &  sanctae  Mariae  ajacenciis  suis,  &  alium  alaudem  quae  di- 
virginis  intemeratae  genitricis  Dei  dilec-  cunt  Cirviano  &  Felgeirolas  &  ipsa  Serra, 
tionem  placide  praebentes,  hoc  imprae-  &  ipsuni  alium  quae  dicunt  Elota  &  ipsa 
varicabile  praeceptum  fieri  illique  dari  Anglata,  quantum  ibi  abuit  Suniarius  co- 
jussimus,  per  quod  praecipimus  atque  de-  mes,  &  ecclesiam  Sancti  Martini  cum  deci- 
cernentes  jubemus  ut  cellae  sive  aliae  res  mis  de  villulis  &  vilaribus,  cum  terminis  & 
quae  etiam  praefato  monasterio  a  Do-  ajacenciis  suis  &  terris  quae  in  circuitu 
minum  timentibus  collatae  sunt,  id  est  ejus  sunt.  Necnon  etiam  &  reliqua  quae 
in  pago  Carcassensi  Flexus  cum  ecclesia  ibi  collata  fuerunt,  tum  terrae  &  vineae, 
Sancti  Cucufati ,  cum  decimis  &  terminis  prata  &  domos  ad  jamdictas  pertinentes 
suis  &  ajacenciis,  &  cellam  Sancti  Genesii  seu  segregatim  datae  praedicto  abbate  & 
cum  terminis  &  ajacenciis  &  decimis  suis,  suis  monachis  ibidem  Domino  famulanti- 
Boliniaco  cum  ecclesia  Sancti  Pauli  &  bus  ad  suarum  necessitatum  emendationem 
Sancti  Ananiae  cum  decimis  &  ajacenciis  sint  &  neque  auferendi  ex  eis  habeat  po- 
suis.  Et  in  pago  Narbonensi  Caputspina  testatem  &  sub  nostro  quoque  mundeburdo 
cum  ecclesia  Sancti  Pétri,  cum  decimis  &  &pretextu  nostrae  doniinationis  esse  jube- 
ajacenciis  suis  &  terminis,  quos  Agila  abbas  mus  praedictos  monachos  &  suorum  res,  & 
apprendit  ante  Fulconem  missum  nostrum,  excussa  omni  potestate  judiciaria  volumus 
&  in  Licito  Sancti  Pétri  cum  decimis  &  ter-  ut  nullus  in  rébus  eorum  potestatem  ha- 
minis  &  ajacenciis  suis,  &  Palma  super  litus  beat  fîdejussorem  toUere  aut  aliquem  dis- 
maris cum  ecclesia  Sancti  Joannis,  cum  tringere  neque  paratam  aut  mansionati- 
decimis  &  terminis  &  ajacenciis  suis,  &  cum  accipere.  Nolumus  ut  ab  istis  vel  ab 
cellam  quae  dicitur  Prata  cum  ecclesiis  eorum  hominibus  aliquid  telonei,  id  est 
videlicet  Sancti  Pétri  &  Sancti  Salvatoris  &  pontaticus,  pascuaticus,  salaticus  aut  ali- 
Sancti  Joannis  &  Gervasi  &  Celsi  &  Sancti  quid  redibitionis  exigatur,  secundum  quod 
Martini  in  villa  Cannoiias  cum  decimis  &  in  praecepto  nostro  &  genitoris  nostri 
terminis  &  ajacenciis  suis.  In  pago  Con-  continetur  insertum,  quatinus  hac  adjuti 
fluente,  in  suburbio  Elenense  necnon  vil-  concessione  pro  nobis  &  regno  nostro 
lari  Balta,  quam  idem  abbas  cum  Isemberto  Dominum  implorare  condelectet.  Et  ut 
concambiavit.  Et  in  pago  Minarbensi  in  haec  nostrae  largitionis  auctoritas  a  fide- 
villa  Anforarias  domos  &  terras  quos  Agila  libus  sanctae  Dei  Ecclesiae  &  nostris  fîr- 
&  Elias  tenuerunt  &  salinae  quae  sunt  in  mius  credatur  diligentiusque  conservetur, 
subteriori  loco.  Et  in  Bisuldunense  eccle-  manu  nostra  subterfirmavimus  &  anuli  iios- 
siam  Sancti  Stephani  juxta  alveo  fluviano  tri  impressione  jussimus  sigillari. 
cum  decimis  &  terris  &  vineis  &  molindinis  Signum  Karoli  gloriosissimi  régis, 
cum  caput-aquis  &  ajacenciis  suis,  &  in  Jonas  notarius  ad  vicem  Goslini  recog- 
ipso  comitatu   ipsum  alaudem   de  Enox  &  novit. 

Muliano  cum   ecclesiis  &  terminis  &  aja-  Data  IIII  kalendas  julii,   indictione  m,    i':d.orig. 

cenciis  suis,  quae  Suniarius  comes  dédit  anno   xvi    régnante    Karolo  gloriosissimo  col.  iÔ3. 

Sanctae  Mariae,   Riodazani   cum   ecclesiis  rege.  Actum  Atiniaco,  in  Dei  nomine  feli- 

Sanctae  Mariae,  Sancti   Joannis   &  Sancti  citer.  Amen". 
Pétri  &  Sanctae  Marguaritae,  cum  villulis 

&  vilaribus,  quae  in  circuitu  earum    sunt,  '  Le  diplôme  publié  par  les  Bénédictins  sous  le 


3o3 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3o4 


An 
855 


148.  —  LXXX 

Charte  de  Vejnpereur  Lothaire  pour 
V abbaye  de  Cruas\ 

N  nomine  Domini  nostri  Jesu  Christi  Dei 


nachis  ibidem  Deo  militantibus  &  omni- 
bus rébus  ac  familiis  inibi  aspicientibus 
vel  pertinentibus  sub  sua  recepisset  tui- 
tione  &  plenissima  protectione,  petens  & 
obnixe  deposcens  ut  eandem  auctoritatem 
nostro  imperiali  corroboraremur  precepto. 
Cujus  sincerissimam  petitionem,  ob  divini 
cultus  amorem  &  eterne  remuuerationis 
fructum ,     libentissime     annuentes,    ipsos 


IN  nomine  i^omini  nosrn  jesu  ^nrisci  ue 
eterni.  Lotharius  divina  ordinante  pro 
6seD-  videntia  imperator  augustus.  Si  erga  loca  eniinentie  nostre  apices  fieri  censuimus, 
tembre.  divino  cultui  mancipata  tuitionem  ac  de-  per  quos  statuentes  decernimus  imoque 
fensionem  impertimur,  morem  sequimur  jubemus,  ut  presens  rector  ipsius  monas- 
piissimorum  regum  idque  ad  emolumen-  terii,  Uliebaudus  nomine,  vel  successores 
tum  anime  nostre  profuturum  liquide  cre-  ejus  atque  cuncti  monachi  qui  nunc  vel 
dimus.  Proinde  comperiat  omnium  sancte  in  antea  ibidem  Deo  militare  noscuntur, 
Dei  Ecclesie  nostrorumque  presentium  vi-  cum  omnibus  rébus  &  familiis  sub  nostro 
delicet  &  futurorum  industria,  quia  Rot-  maneant  mundeburdo  &  firmissima  tui- 
landus  sanctae  Arelatensis  ecclesie  vene-  tione.  Et  nullus  judex  publicus  vel  missus 
rabilis  episcopus,  cui  monasteriolum  in  noster  discurrens  seu  quislibet  ex  judi- 
comitatu  Vivariense  super  amnem  Roda-  ciaria  potestate  ad  causas  audiendas  vel 
num  situm  qui  vocatur  Crudatus  regen-  freda  exigenda  aut  mansiones  vel  paratas 
dum  gratia  commisimus,  detulit  obtutibus  faciendas  aut  fidejussores  tollendos  aut 
nostris  auctoritatem  bone  memorie  geni-  homines  eorum  tam  ingenuos  quam  &  ser- 
toris  nostri  Ludovic!  quondam  augusti ,  vos  distringendos  nec  ullas  redibiciones 
ubi  continebatur  qualiîer  idem  piissimus  aut  illicitas  occasiones  requirendas  uUo 
imperator  eundem  monasteriolum  cum  mo-      unquam    tempore   in   eorum    rébus,   quas 

juste  presenti  tempore  possident  vel  us- 
que  deinceps  Dominus  voîuerit  augeri, 
ingredi  aut  ea  que  premissa  sunt  penitus 
exactare  présumant  j  sed  liceat  memorato 


n.  LXXIX  est  évidemment  faux  dans  sa  forme  ac- 
tuelle. En  effet,  parmi  les  possessions  de  l'abbaye 
de  la  Grasse,  il  mentionne  le  domaine  de'Ridouza 


dans  le  Besaudun,  qui  ne  fut  donné  qu'en  953,  abbati    ejusque    successoribus   res   predicti 

par  Suniaire,  quatrième  fils  de  Wifred  le  Velu,  &  monasterii  sub  immunitatis  nostre  defen- 

l'on  pourrait  y  retrouver  la   mention  de  plusieurs  sione    quietO    ordine    possidere.    Quando- 

autres  faits  qui  ne  datent  que  du  dixième  siècle.  De  ^uidem   vero   ex  divina  vocatione   supra- 

t>lus,  les  formules  ne  ressemblent  pas  aux  formules  1.    ^            11               1                                    •          j       1 


ordinaires,  &  le  nom  du   chancelier  Gozlin    ne  se 


dictus   abbas  vel   successores  ejus  de   hac 


,     ,■        j  r        ■  luce  migraverint,   quamdiu    ipsi    monachi 

trouve  pas  sur  les  listes  de  ces  lonctionnaires  caro-  ^  '     1  * 

lingiens.  Le  chancelier,  en   855 ,  était  Louis.  En  ''^^^^  '^  ^^^^^  invenire  potuerint,  qui  ipsam 

outre,  ce  diplôme  n'était  plus  conservé  que  par  une  congregationem  secundum  regulam  sancti 

copie  du  onzième  siècle,  copie  figurée,  paraît-il,  Benedicti  regere  valeant,  per  hanc  nostram 

car  dom  Bouquet  la  prenait  pour  l'original.  Con-  auctoritatem    &   consensum    liceutiam    ha- 

servée  à  l'abbaye  de  la  Grasse  jusqu'en   1790,  elle  béant  eligendi  abbates,  quatenus  rectores 

passa  alors  aux  archives  départementales  de  l'Aude.  ejusdem  loci  &  monachi  ibidem  militantes, 

En  1829,  M.  de  Beaumont,  préfet  de  Carcassonne,  amodo  &  deinceps  tranquillam  &  quietam 

l'offrit,  avec  une  bulle  sur  papyrus,  d'Aeapet  II.  •*  1  »  Tn    „     c,        „i,:„     i 

'  .     .  i'  r;'       '        6  i'  '  ^*>      vitam    ducentes,    Ueo    &    nobis    deservire 

o. » j:_ia j-  o_x :  /-i 1.-  v  •  ' 

atque  pro  stabilitate  nostra  vel  tocius  im- 
perii  divinitus  nobis  concessi,  imo  con- 
servandi  divinam  misericordiam  propen- 
sius  exorare  procurent.  Et  ut  hec  nostre 
auctoritatis  preceptio  pleniorem  in  Dei 
nomine  obtineat  vigorem,  manu  propria 
subterfirniavimus  &  anuli  nostri  impres- 
sione  adsignari  jussimus. 


1 

&  un  autre  diplôme  de  876,  au  roi  Charles  X,  qui 
fit  déposer  ces  pièces  à  la  Bibliothèque  du  Louvre, 
où  elles  ont  péri  lors  des  incendies  de  1871.  (Voir 
L.  Paris,  Les  Manuscrits  de  la  bibliothèque  du  Lou- 
vre; Paris,  1872,  in-8°,  p.  3o.  —  Mahul,  Cartu- 
laire  de  Carcassonne,   t.  2,  p.  224.)   [A.  M.] 

'  Vidimus  de  l'an  1897,  aux  archives  du  Do- 
maine, à  Montpellier,  titres  de  la  sénéchaussée  de 
Beaucairej  Cruas,  n.  3. 


An 
855 


An 
855 

Ed.orig. 

t.  I, 
col.  104. 


3o5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3o6 


An 
867 

i5 
février. 


Signiim  Lothariî  serenissimi  augusti. 
Kaymundus  notarius  ad  vicem   Hilduini 
recognovi. 

Data  VIII  idus  septembris,  anno  Christo 


gressibus,  &  omnibus  exterminationibus, 
cuni  terminiis  &  omnibus  integritatibus, 
totum  &  ad  integrum,  veluti  prememora- 
tum  est,  prescripte  matris  ecclesie  Sancto- 


indictione  m.  Actum  Romarici  monte, 
Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


propitio  imperii  domni  Lothariî  pii  impe-  rum  Justi  &  Pastoris  beatorum  martirum 
ratoris   in  Italia  xxxv  &  in  Francia  xv,      partibus  de  nostro  jure  in  jus  ac  potes- 

tatem  ecclesiasticam  sollempniter  trans- 
ferimus  perpetualiterque  habendas  dele- 
gamus,  sicut  reliquas  ejusdem  sancte  sedis 
res  ecclesiasticas ,  videlicet  ut  prescripte 
ecclesie  memoratus  Fredoldus  archiepi- 
scopus  eas  recipiens,  ecclesiastico  jure  in 
usibus  jamfate  ecclesie  tam  ille  quam 
omnes  sui  successores  absque  ulla  cujus- 
piam  contradicione  per  labentia  tempora 
ordinent  canonice  atque  disponant  legali- 
ter.  Ut  autem  hec  munificentie  [nostre] 
auctoritas  firma  valeat  perdurare,  manu 
propria  subter  eam  firmavimus  &  annuli 
nostri  impressione  sigillari  jussimus. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 

Gisdebertus  notarius  ad  vicem  Ludovic! 
recognovit. 

Data  XV  kalendas  martias,  indictione 
IIII  ',  in  anno  XVll  regni  domni  nostri  Ka- 


149.  —  LXXXI 

Charte  du  roi  Charles  le  Chauve  en 
faveur  de  Frédoly  archevêque  de 
Narbonne  '. 

IN  nomine  sancte  &  individue  Trinita- 
tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  sacris 
locis  divino  cultui  mancipatis  aliquid  ex 
juris  nostri  rébus  seu  facultatibus  con- 
ferre  studemus,  non  solum  in  hoc  regiam 
exercemus  dignitatem  sed  maximum  regni 
nostri  munimen  in  hoc,  agente  divina  gra- 
tia, esse  nullatenus  dubitamus.  Quaprop- 
ter  noverit  omnium  fîdelium  sancte  Dei  rolis  régis.  Actum  Carisi[a]co  palatio,  in 
Ecclesie  nostrorumque  tam  presentium  Dei  nomine  féliciter.  Amen, 
quam  &  futurorum  sollercia,  quia  com- 
placuit  démentie  serenitatis  nostre  ut  ob 
Dei  amorem  nostramque  in  futuro  ab  ipso 
piissimo  judice  retributionem  quasdam  res 
nostre  proprietates  sancte  matris  eccle- 
sie Narbonensis  seu  Redensis,  que  fun- 
data  esse  dinoscitur  in  honore  beatorum 
martirum  Justi  &  Pastoris,  cui  sedi  pre- 
sidere  cognoscitur  divina  vocatione  Fre- 
doldus venerabilis  archiepiscopus,  que  res 
sunt  site  infra  Narbonensem  pagum,  hoc 
est  prope  Narbona  civitate  villares  duos. 


Hudolricus  inclitus  marchio  hoc  ambas- 
ciavit. 


l5o. 

Plaid  tenu   à  Elne  par  Rîchelme, 
vicomte  en  Roussillon  ^. 

CONDITIONES  sacramentorum  ad  quas 
ex  ordinatione  Richeimo  vicecomite 
qui  nuncupantur  unus  Casoles  &  alter  sive  &  de  judices  qui  jussi  surtt  causas 
Alancianus,  &  insula  quae  vocatur  Man-  dirimere  vel  judicare,  id  est  Suniemirus, 
driacus  &  infra  in  insula  Lici  villarem  Savaricus,  Argemadus,  Furrutio,  Radeper- 
qui  vocatur  Sancta  Agatha,  &  alium  villa-  tus,  Ermemirus,  Inuvilardus,  Albarus, 
rem  qui  dicitur  Curcuciacus.  Unde  etiam  Vuittericus  judicum,  Godeforte  saione  & 
altitudinis  nostre  preceptum  hoc  fieri  jus-  aliorum  multorum  hominum  praesentia 
simus  per  quod  memoratas  res  cum  om-  jurant  testes  prolata  quos  profert  Re- 
nium  rerum  surama  integritate,cum  vineis,  cemirus  in  faciem  Daniheli  qui  est  advo- 
silvulis,  terris  cultis  &  incultis,  ecclesiis, 
aquis  aquarumve  decursibus,  exitibus  &  re-  .  ig  texte  porte  n. 

'  Cartulaire  d'Elne,  f"  127  v";   &  copie  dans  la 
'  Cartulaire  de  Narbonnej  [latin  1  ioi5,  f"  6  r° j       collection   Moreau,  à   la    Bibliothèque   nationale, 
copie  du  douzième  siècle.]  t.  z,  p.  i3. 


An 
857 


An 
858 

5  juin. 


An 
853 


3o7 


PrxEUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3o8 


davimus  &  manibus  insiauavinius  ad  saio- 
nem  Goddeforte.  Et  est  unus  ex  ipsis  campis 
juxta  campum  Jabenari  vel  juxta  canipum 
defensori,  &  alius  campus  est  juxta  cam- 
pum Santioni  vel  juxta  campum  Tutildi,  & 
tercius  campus  est  juxta  campum  Amabili 
&  inlaterat  in  campum  Corbelli,  &  quartus 
campus  est  juxta  campum  Eldefonsi  &  con- 
frontât in  campum  Goderamai,  &  quintus 
campus  est  juxta  campum  Argerici  &  sub- 
jungit  in  campum  Eldefonsi,  &  sextus  or- 
talis  est  juxta  ortum  Argerici,  inlaterat  in 
ortum  vel  terra  Truterici  ;  unde  intemptio 
esi  inter  predicto  Recemiro  &  Danhiel  ad- 
V  .cato  predicto  Richelmo  vicecomite,  qui 
suprascriptas  terras  ad  bénéficia  repetet. 
Sapemus  &  vidimus  occulis  nostris  &  auri- 
bus  audivimus  &  de  présentes  fuimus   in 


supra. 


i5i. 


LXXXII 


Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  fa- 
veur d'Isemherty  son  fidèle  ' . 


r. 


'  Bibliothèque  du  roi,  Baluze,  Chartes  des  rots, 
n.  i3  yau'].  Armoires,  v.  Sço,  n.  482]  ;  original  en 
parchemin,  scellé  d'un  sceau  bien  conservé.  Aux 
archives  de  l'Aude,  fonds  de  la  Grasse,  une  copie 
du  onzième  siècle  environ,  dans  laquelle  on  a 
predicta  villa  Tresmalos  ,  quando  venit  cherché  à  imiter  les  caractères  paléographiques  & 
avius  istius  Ricemiri  condam  nomine  Wa-  l'apparence  de  l'original.  Cette  copie  a  été  prise 
damirus  &  pater  ipsius  idipsi  Ricemiri  po"''  ""  a^t-'e  original  par  D.  Bouquet,  qui  l'a 
nomine  Vuitigisus   &   prendiderunt    jam-      P"^l'^«  ^  ^^  ''"'^^  '^^  véritable,  dans  ses   Histo- 


dictas  terras  prius  per  illorum  adprisio- 
nem  sicut  ceteri  Spani  vel  per  precep- 
tum  domini  imperatoris,  &  possiderunt  eas 
infra  hos  legitimos  annos,  usque  dum  Su- 
niarius  comes  eas  tulit  ad  suprascripto 
Vuitigiso  pâtre  istius  nieminiti  Ricemiri 
sua  fortia  &  inbeneficiavit  eas  ad  homine 
suo  condam  Tructerio,  &  hodie  magis  per 


riens  de  France,  t.  8,  p.  556,  d'après  '"'D.  Martène 
&  Durand;  elle  a  été  reproduite  par  M.  l'abbé 
Verguet  de  Carcassonne,  en  i8<i5  &  en  187^;  lui 
aussi  l'a  prise  pour  l'original  '.  Outre  la  forme  de 
l'écriture,  qui  permet  de  reconnaître  l'imitation 
souvent  grossière  des  caractères  carolingiens,  il 
faut  compter  au  nombre  des  preuves  du  remanie- 
ment de  cet  acte  à  une  époque  postérieure  l'inser- 
tion   de   plusieurs    clauses   que    nous   donnons   en 


tinent  ad    istum    Ricemirum   pro    partibus  note  ;  elles  ont  toutes  pour  objet  d'étendre  la  do- 

avii    sui    condam    Wadamiro   &   patri    suo  "'''^•°"  '''y^^'  °"  ^'^"  P''^'^'"''  ^"  '""^"-  ^^"^"- 

condam  Witigiso   per   illorum    adprisione  .             •  ,    ^    ..  ,  .      ,j  ,.  ,•  ,     ,..,,• 

"           '■            ..                      '  •  Voira  ce  sujet  un  article  de  M.  Leopold  Delisie,  Btblto- 

ad  habendum  per  supradictas  terras,  quam  thèque  de  l'École  des  Chartes,  t.  35,  1874,  p.  2o3. 


An 


catus    pro    scripto    Richelmo    vicecomite  ulli  homini  ad   benefitio,  ad  cujus  vocem 

pro  causa  unde  intentio  vertitur  inter  eos,  Danhiel    advocatus    Richelmo    vicecomite 

&  nomina  testium  hec  sunt,  id  est  Tutil-  eis  repetet.  Et  ea  quae  scimus  recte  &  ve- 

dus,  Jobila,  Amabilis,  Pomponius,  Sese-  raciter  tesîificamus  per  supra  adnixum  ju- 

nandus,  Sanctio,  Firriolus  :  «  Juramus  in  ramentum  in  Domino.  »  Late  conditiones 

primis  perDeum  patrem  omnipotentem  &  sub  die  quinto  junii,  anno  octavo  decimo 

per  Jesum  Christum  filium  ejus  sanctum-  régnante  Karulo   rege.  Poponius.  Signum 

que   Spiritum,   qui  est  in  Trinitate  unus  Tutildi.    Signum    Jobilani.    Signum    Sese- 

&  verus  Deus,  sive  &  per  reliquias  sancti  nandi.  Signum  Santioni.  Signum  Firrioli. 

Pétri  cujus  baselica  in  vicho  Helna  fundata  Signum  Enneconi  ubi  jurabimus.  Danhiel 

esse  dignoscitur,  super  cujus   sacrosancto  qui  anc  juramentum  recepi,  Auditores.  Sig- 

altario    bas   conditiones    manibus    nostris  num  Pétri  Eles  presbiter.  Wigila  presbiter. 

continemus  vel  jurando  contangimus,  quia  Signum  Mironi.  Signum  Argerici.  Signum 

nos  jamdicti  testes  scimus  &  bene  in  veri-  Irziaudi.     Signum     Rechilani.     Margaptus 

tate   notum    habemus   de   ipsas    terras  qui  presbiter.  Suniemirus.  Ferutio.  Radeper- 

sunt  in  territorio  Helenense  infra  fines  &  tus.  Sabaricus.  Albicus.  Signum  Godeforte 

adjacentias  de  villa  Tresmalos,  ubi  nos  tes-  saioni.  Arm[en]tarius  presbiter  has  condi- 

tes  accessionem  fecimus  &  pedibus  circum-  tiones  scripsi  &  subscripsi  die  &  anno  quo 


nomine   sanctae   &  individuae  Trini- 
tatis.   Karolus  gratia   Dei   rex.  Regalis 
celsitudinis  mos  est  fidèles  regni  sui  donis 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  io5. 


An 
809 

30  juin 


3oQ                        PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  3io  ~~ 

An  ^  An 

^      miiltipliclbus  &  honoribus  ingentibus  ho-  nis   nostrae  praeceptum  fieri  illique  dari          ^ 

norare  sublimesque  efficere.  Proinde  ergo  jussimus,  per  quod  memoiatas  res  in  iii- 

morem  paterjium  regum  videlicet  praede-  tegro  cu[ni]  ecclesia  quam  volumus  cano- 

cessorum  nostrorum  sequentes,  libuit  cel-      nicae   auctoritatis necnon   etiam 

situdini  nostrae  quendam  fîdelem  nostrum  molendinis,  terris  cultis  &  incultis,  vineis, 

nomine    Isembertum  ,    ad    deprecationem  garricis,  pratis,  pascuis,  silvis,.aquis  aqua- 

Humfridi  carissimi  nobis  comitis  ac  mar-  rumve  decursibus,  exitibus  &  regressibus 

chionis  nostri,  de  quibusdam  rébus  nostrae  atque  omnibus  legitiniis  exterminationibus 

proprietatis    honorare    atque    sublimare.  seu  etiam  cum  omnibus  sibi  pertinentibus 

Ipsae  enim  res  sunt  sitae  in  pago  Narbo-  rébus  integro  praefato  fideli  nostro  Isem- 

nense  super  fluvium   Urbionem ,  in  villa  berto  aeternaliter  in  proprium    concedi- 

quae  dicitur  Ripa-alta,  id  est  eadem  villa  mus,  ac  de  nostro  jure  in  jus  ac  domina- 

in  integro  cum  omnibus  sibi  pertinentibus  tionem  illius  soUemni  more  transferimus, 

rébus  &  in  eodem  pago  villa  quae  vocatur  eo  videlicet  modo,  ut  quicquic  memora- 

Zebezan   similiter  cum  omni  sua  integri-  tus  fidelis  noster  Isembertus  ex  praedictis 

tate'.  Unde  hoc  altitudinis  ac  magnitudi-  rébus   pro    sua    utilitate    ac    conmoditate 

facère  decreverit,  libero  in  omnibus  po- 

quons  à  ce  sujet  que  les  moines  de  la  Grasse  ont  tiatur  arbitrio  faciendi ,  sicut  ex    reliquis 

commis  nombre  de  faux  de  cette  espèce  au  dixième  rebus    SUae     proprietatis.     Ut    autem    haec 

ou   onzième  siècle  ;   sans  parler   du   diplôme  de  nostrae   auctoritatis    largitio    majorem    in 

Charlemagne  de  806,  qui  ne  contient  rien  d'au-  Dei  nomine   per  supervenientia   tempora 

thentique,  les  archives  de  cette  abbaye  renfermaient  obtineat    VÎgOrem  ,     manu    propria    Subter 

encore  un   faux  diplôme  de  Charles  le  Chauve  de  ^^^    firmavimus    &    anulL    noStri    impres- 

855  (Voir  plus  haut,  c.  804),  le  présent  acte  pour  ^j^^^   hissimus   sigillari. 

Isembert,  l'acte  pour  Adroarius,  dont  le  prétendu  c-                  V         ]•     /î 


Signum  Karoli  (locus  monogrammatîs) 
gloriosissimi  régis. 

Folchricus  diaconus  ad  vicem  Hludo- 
vuici  recognovit  &  subscripsit  (locus  si- 
gilll). 

Data  XII  kalendas  julii,  indictione  vu, 
anno  XX  régnante  Karolo  gloriosissimo 
rege.  Actum  Attiniaco  palatio  regio,  in 
Dei  nomine  féliciter.  Amen. 

cant  Rubicunda,  delnde  vadit  ad  saixam  excelsam 
que  est  in  monte  superiore,  &  descendit  per  viam 

diplôme   remanié.  —  L'original  du  diplôme  pour  que  vadit  ad  Vallem,  que   est  inter  duos  montes, 

Isembert  contient  à  la  première  ligne  une  invoca-  &   sic   vadit  ad    ilicem    ubi    facte    sunt   decuriae; 

tion  tachygraphique.  [A.  M.]  deinde  vadit  ad  terminum  Sanctae  Mariae  monas- 

^  Cette  phrase  in  integro  cum  omni  sua  integritate  terii  ,  &  deinde  vadit  usque  in  flumini  Urbionem 

manque  dans  la  copie  de  Carcassonne.  ad  molinum  subteriorem.  Et  m  eodem    pago  villa 

Ija  même  copie  ajoute   ici  tout  un    long  passage  que  vocatur  Vjlla-Rubia  cum  ecclesia  Sancti  Satur- 

donnant  les  limites  du  territoire  concédé;  voici  ce  nini,  cum  omni  sua  integritate.  Et  terminât  pre- 

fragment,  qui  indique  bien  dans  quel  but  le  faux  dictus  alodis  de  una  parte  usque  in  Plumbiaco  ad 

a  été  commis  :  ipsas  Petras  fictas  &  [usjque  ad  stratam  publicam 

«  Et  terminât  predictus  alodis  de  una  parte  de  que  vadit  Narbonam  ;  deinde  vadit  usque  in  rivo- 

molinos  Gualapandi,   qui   sunt  siti   in    ripa   Ur-  lum  Ralaso,  &  vadit  per  ipsum  rivolum  usque  ad 


original  est  des  plus  suspects  (Voir  plus  bas, 
n.  LXXXIV),  enfin  un  diplôme  de  Charles  le 
Simple  de  908,  dont  le  fond  peut  être  vrai,  mais 
qui,  dans  sa  forme  actuelle,  est  certainement 
altéré;  en  effet,  l'original  conservé  dans  le  vo- 
lume 390  de  Baluze,  est  tout  à  fait  différent  des 
originaux  carolingiens;  l'écriture  en  est  manifes- 
tement imitée  &  la  disposition  de  la  souscription 
du  prince  &  du  chancelier,  ainsi  que  de  la  clause 
de  Vambasciator,  le  peu  de  régularité  dans  l'écarte- 
ment  des  lignes,  sont  des  preuves  évidentes  de  sa 
fausseté.  Le  sceau  de  cet  acte  est  du  reste  authen- 
tique &   peut  avoir   été   emprunté  à   l'original  du 


bione,  ubi  sunt  signa  supposita  atque  decurias 
{sic),  deinde  vadit  per  torrentem  &  per  ipsum 
montem  superiorem  usque  in  roca  ubi  signa  facta 
sunt  &  usque  âd  Mata  Ladornor,  &  vadit  per  se- 
mitam  usque  ad  ilicem  magnam,  que  vocant  Balla, 
&  sic  vadit  per  semitam   usque  ad  terram  que  vo- 


fluvium  Niella;  deinde  vadit  per  supradictum  flu- 
vium usque  ad  casal[em]  de  Modeir;  deinde  vadit 
usque  ad  Podium  Felicem  &  sic  vadit  usque  ad 
Prasas.  n 

Nous  donnons  ce  texte  d'après  le  fac-similé  au- 
tographique de  l'abbé  Verguet.  [A.  M.] 


on 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC." 


3l2 


An 

859 

3o  juin. 


Éd.orig. 

t.  1. 
col.  io6. 


i52.  — -  LXXXIII 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  fa- 
veur d'un  de  ses  fidèles^  nommé 
Gomesinde  '. 

I.  —  In  nomine  sanctae  &  individuae 
Trinitatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Regalis 
celsitudinis  mos  est  fidèles  regni  sui  donis 
multiplicibus  &  hoiioribus  ingentibus  ho- 
norare  sublimesqiie  efficere.  Proinde  ergo 
morem  parentum  regum  videlicet  praede- 
cessorum  nostrorum  sequentes,  libiiit  cel- 
situdini  nostrae  quendam  fidelem  nostrum 
nomine  Gomesindum  ad  deprecatioriem 
Humfridi  carissimi  nobis  comitis  atque 
marchionis  de  quibusdam  rébus  nostrae 
proprietatis  honorare  atque  sublimare. 
Quae  res  sunt  sitae  in  pago  Narbonense, 
hoc  est  villare  quod  dicitur  Donnas  cum 
omnibus  appendiciis  suis,  &  in  eodem  pago 
alterum  villare  quod  vocatur  Catorcinos , 
similiter  cum  omni  sua  integritate.  Et  in 
eodem  pago  dari  jussimus  beneficium  nos- 
trum ad  proprium,  quod  retinebat  genitor 
ejus  Gomesindus  &  frater  suus  Adefunsus 
per  nostrum  beneficium,  ad  jus  proprium 
habendas  concedimus,  &  insuper  quidquid 
in  nostra  provincia  adquirere  potueris  vel 
quod  tu  antea  retinebas  plenaque  integri- 
tate totum  &  ad  integrum  vel  inexquisi- 
tum  praedicto  fideli  regni  nostri  nomine 
Gomesindo  ad  proprium  concedimus  &  de 
jure  nostro  in  jus  ac  dominationem  illius 
transferimus.  Unde  hoc  altitudinis  nostrae 
praeceptum  fieri  &  memorato  fideli  nostro 
dari  jussimus,  per  quod  praenominatas  res 
atque  villares  cum  omnium  rerum  ad  se 
pertinentium  summa  integritate  illi  aeter- 
naliter  ad  jus  proprium  habendas  conce- 
dimus &  tu  &  filii  lui  &  posteritas  tua. 
Eo  videlicet  modo,  ut  quicquid  idem  fidelis 

'  Copié  sur  l'original,  appartenant  à  M.  de 
Donos,  au  diocèse  de  Narbonnej  communiqué  par 
M.  Pech,  chanoine  de  Narbonne.  [Ce  diplôme  pa- 
raît encore  au  moins  interpolé,  sinon  tout  à  fait 
faux  :  en  effet,  l'incohérence  de  la  rédaction  em- 
pêche de  croire  qu'il  émane  directement  de  la 
chancellerie  de  Charles  le  Chauve. j  [A.  M.] 


noster  jamdictus  Gomesindus  ex  praedic- 
tis  rébus  pro  sua  utilitate  ac  commodi- 
tate  facere  decreverit,  liberrimo  in  om- 
nibus potiatur  arbitrio  faciendi,  sicut  ex 
reliquis  rébus  suae  proprietatis;  ut  nul- 
lus  comes  nec  nullus  quilibet  homo  possit 
nomine  regiae  potestatis  vel  dominorum 
prendere,  nec  usurpare  non  praesumat  de 
res  fideli  nostro  Gomesindo  nec  de  filios 
nec  de  posteritate  sua  nec  in  placitum 
distringere  faciat  nisi  ante  nos  aut  poste- 
ritate nostra,  nec  ullum  servitium  num- 
quam  impendant.  Ut  autem  haec  nostra 
auctoritatis  largitio  majorem  in  Dei  no- 
mine per  supervenientia  tempora  obtineat 
vigorem,  manu  propria  subter  eam  firma- 
vimus  &  anuli  nostri  impressione  jussimus 
sigillari. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 

Folchricus  diaconus  ad  vicem  Hludovici 
recognovit. 

Data  pridie  kalendas  julii ,  indictione 
VU",  anno  XX  régnante  Karolo  gloriosis- 
simo  rege.  Actum  Attiniaco  palatio  regio, 
in  Dei  noinine  féliciter.  Amen. 

II.  —  In"  primîs  Deo  miserante  îmbuti 
preceptis  qualiter  ecclesiarum  Dei  structo- 
ribus  future  preparetur  merces.  Idcirco 
pertractantes  basilicam  in  honore  sancti 
Aifdree  in  jure  nostro  proprio  caro,  puro 
sinceroque  fundare  animo  studuimus  & 
fundatam  propriis  dotare  rébus.  In  cir- 
cuitu  primitus  ecclesie  ad  corpora  sepe- 
lienda  fidelium  qui  vulgo  dicitur  ciminte- 
rium ,  damus  terram  aripentos  ll°%  ad 
nemoribus  aripentos  11"%  terras  aratorias 
nioiadas  XX  aripendos,  V  de  vinea,  &  in 
ipsum  vilare  donamus  nos  silva.  Adjacen- 
tias  habet  ipsa  silva,  de  uno  latus  adjacet 
ad  Silva-Folcradane,  de  alio  latus  ajacet  a 
rivo  qui  dicitur  Roga,  de  alia  parte  ajacet 
a  Terra-Leone,  de  alia  parte  ajacet  ad  strada 
puplica.  Quantumcumque  infra  totas  istas 
adjacentias  loquitur,  totum  &  ab  integrum 
nos  donamus  ad  ecclesiam  Sancti  Andrée 
cum  exitu  &  regressu  &  omne  superpo- 
situm  earum  istarum  rerum  omnium  ex 
parte  vinee  cuncteque  ajacentie  ipsius  do- 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Lézat;  latin  9189, 
f°  180  r°. 


An 
85p 


An 

859 

3o  dé- 
cembre 


An 
859 


3i3 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3i4 


An 
859 

3o  juin. 


natoris,  ego  Ermentrudes  devota  &  filius      honorare    sublimesque    efficere.   Proinde 
Egofredus    tradimus  vel    concedinius    jure      ergo    morem    pareiitum     regum    videlicet 


perpetuo  possidcndas,  ut  meritis  preci- 
busque  sanctorum  semper  una  [cum]  con- 
sensuTholosani  episcopi  assignato  idoueus 
constituatur  minister.  Qui  vero  violare 
presumpserit,  sequestratus  a  consorcio  se- 


praedecessorum  nostrorum  sequentes,  li- 
buit  celsitudini  nostrae  quemdam  fidelem 
nostrum  nomine  Aureolum  ad  preca- 
tioiiem  Humfredi  carissimi  nobis  coniitis 
atque    marchionis    de    quibusdam     rébus 


cedat  fidelium.  Si  quis  vero  persona   quod  nostrae  proprietatis  honorare  atque  subli- 

absit  de  jamdictis  rébus  distrabere  aliquid  mare;  quae  res  sunt  sitae  in  pago  Impuri- 

temptaverit,  minime  quod  vendicarevaleat,  tano  super  Fluvianum,  id  est  villare  quod 

sed    convintus   judicare   potcstis,   auri    li-  dicitur  Salsidum  cum   omnibus  sibi  perti- 

bras  III  coactus  exsolvat  &  firmiter  teneat.      nentibus  rébus p^igo  Petralatensi  alte- 

Acta   stipulatio   a   nobis    est   m    kalendas  rum  villare  quod  vocatur  Richusim,  simi- 

januari,  sub  die  feria  V*.  Ego  Salomon  epi-  liter  cum  omni  sua  integritate.  Unde  hoc 

scopus  sedis  Tholosane  concedo  ibi  par-  celsitudinis    nostrae   praeceptum    fieri   ac 

rochiam  per  fines  &  loca  :  de  una  parte  memorato  fideli  nostro  Aureolo  dari  jussi- 

ajacet  a  rivo  qui  dicitur  Roga,  de  alia  parte  mus,   per  quod  supramemoratas  res  cum 

ajacet  a  Firmino,  de   alia   parte   ajacet  a  omnium    rerum    ad    se    pertinentium   ipsi 

Grazago  vel  Cucudago,  de  alia  parte  ajacet  eternaliter  ad    jus  proprium   concedimus 

a    Carciago.    Quantumcumque    infra    istas  habendas  &  de  nostro  jure  in  jus  ac  domi- 

fines   concluditur,   totum  &   ab   integrum  nationem    illius   solemni    more    transferi- 

ego    Ermentrudes    &    filius   Egofredus    &  mus.  Eo  videlicet  modo,  ut  quidquid  idem 

Salamon  episcopus  concedimus  istam  par-  fidelis  noster  Aureolus  ex  praedictis  rébus 

rochiam    neminem    contradicenteni ,    anno  pro   sua   utilitate   ac    commoditate    facere 

XX  Karlo  régnante.  Sig  +  Ermentrude  de-  decreverit,  liberrimo  in  omnibus  potiatur 

vota.    Sig  t  Egofrede,    qui    dota  ista  scri-      arbitrio   faciatque rébus  sicut Ut 

bere  vel  firmare  rogaverunt.  Sig  f  Geraldo  autem    haec    nostrae    auctoritatis   largitio 

clerico.    Sig  t  Benedicto    presbitero.    Sig  f  majorem  in  Dei  nomine  per  supervenien- 

Homo  Dei  presbiter.  SigfLeutardo  près-  tia  tempora  obtineat  vigorem,  manu  pro- 

biter.   Sig  f  Gontardo.    SigtAmelio.  Sigt      pria  subter  eam   firmavimus jussimus 

Leone.  Sig  t  Geutardo.  Sig  f  Autardo.  Sigt  sigillari. 

Geiraldo.  Sig  t  Salomon  dono  Dei  episco-  Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 

pus  Tholosanus.  SigfErimanni  archidia-  Folchricus  diaconus  ad  vicem  Hludovici 

coni.  Benedictus  presbiter  rogatus  scripsit.  recognovit  &  subscripsit. 

Data  pridie  kalendas  juliî,  indictione 
vu'',  [annoj  XX  régnante  Carolo  gloriosis- 
simo  rege.  Actum  Attiniaco  in  palatio  re- 

^■^^'  gio,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 

Diplôme   de   Charles   le    Chauve   qui,      — 

à  la  prière  du  marquis  Humfrid, 
accorde  certains  biens  à  un  de  ses 
fidèles,  nommé  Auriole\ 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Regalis 
celsitudinis  mos  est  fidèles  regni  sui  do- 
nis  multiplicibus  &  honoribus  ingentibus 


154. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  où  il 
est  fait  mention  du  marquis  Gau- 
celin  '. 


N  nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
tatis.   Karolus    gratia  Dei   rex.  Si  erga 
'  Archives  du  duc  de  Médina-Cœli  &  de  Cor-      loca    divinis   cultibus    mancipata   propter 

dova,  &c.  à  Barcelone;  &  copie  dans  la  collection 

Moreau,  à  la  Bibliothèque  nationale,  t.  2,  f  24.  •  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  56i, 


An 
859 


An 
860 

19  no- 
vembre. 


An 

860 


3i5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3i6 


amorem  Dei  eorumque  in  eisdem  locis  sibi  extirpare  commodum  duxerint  cum  omni 

famulaiitibus   bénéficia    opportuna    largi-  earum  rerum  integritate,  sub  nostro  num- 

mur,  praemium  apiid   Dominum   aeternae  deburdo"  sicut  dictum  est  atque  defensione 

remunerationis    rependi    non    diffidimus.  integerrime  contra  omnium  inquietudines 

Idcirco    notum   sit   omnibus    sanctae   Dei  hominum   constituentes;  praecipimus   at- 

Ecclesiae  fidelibus  &  nostris,  praesentibus  que  jubemus  ut  nullus  judex  publicus  vel 

atque  futuris,  quia  quidam  religiosus  vir  quislibet  ex  judiciaria  potestate  in  eccle- 

Theodosius    abba    monasterii,    quod    est  sias  aut  loca  vel  agros  seu  reliquas  posses- 


situm  in  pago  Gerundense,  constructum 
scilidet  ad  honorem  sancti  Erneterii  sanc- 
tique  Genesii ,  ad  nostram  accedens  se- 
renitatem  obtulit  praecellentiae  nostrae 
quandam   domni   ac  genitoris   nostri   glo- 


siones  saepedicti  monasterii  &  cellularum 
sibi  subjectarum,  ad  causas  judiciario  more 
audiendas  vel  freda  exigenda  vel  paratas 
faciendas  aut  uUas  redhibitiones  aut  fide- 
jussores    tollendos   vel    illorum    bomines 


riosae  memoriae  augusti  Ludovici  aucto-      distringendos   aut  illicitas  occasiones  re- 


ritatem  praedecessori  siquidem  suo  ve- 
nerabili  abbati  Deodato  factam ,  in  qua 
continebatur  qualiter  idem  domnus  &  ge- 
nitor  noster  per  intercessionem  Gauzelini 
quondam    marchionis    eum    &    monacbos 


quirendas  ingredi  valeat,  sed  neque  via- 
ticum  neque  portaticum  neque  salvati- 
cum  neque  pascarium  neque  teloneum 
aut  ullum  illicitum  debitum  nec  ea  quae 
supramemorata  erant  exigere   praesumat. 


suos  praedictumque  monasterium  cum  om-      Sed    cum    cellis    supramemoratis,    villari- 
nibus   rébus    sibi   pertinentibus    sub   suae      bus  aliisque  omnibus  rébus  praenominato 


immunitatis  tuitione  defensionisque  mu- 
nimine  clementer  susceperit.  Petiit  itaque 
reverentiam  nostram  idem  Theodosius 
abba  ut  eamdem  domni  &  genitoris  nostri 
rénovantes  praeceptionem ,  eum  mona- 
chosque  suos  una  cum  praescripto  monas- 
terio  &  cellis  sibi  pertinentibus  aliisque 
omnibus  rébus  similiter  sub  nostrae  im- 
munitatis defensione  recipere  plenissime 
dignaremur.  Cujus  inquam  petitionibus 
libenter  acquievimus  &  ita  illi  concessisse 
notum  esse  omnibus  volumus.  Quapropter 
eumdem  abbatem  cum  monachis  suis,  id 
est  monasterium  cum  omnibus  rébus  sibi 
pertinentibus  ac  cellis  sibi  subjectis,  qua- 
rum  altéra  dicitur  domus  Sanctae  Mariae 
sita  secus  fluvium  Amera,  altéra  vero  do- 
mus scilicet  super  fluvium  Sterriam,  nec- 
non  etiam  cellulas  duas  in  pago  Imporita- 
nense  sitas,  ex  quibus  una  appellatur 
Columbarium  sita  super  fluvium  Tace- 
ram,  altéra  quippe  dicitur  Carceris  sita 
juxta  maris  magni  littora,  atque  ecclesiam 
in  bonore  sanctae  Mariae  semper  virginis 
&  sancti  Mathaei  &  sancti  Johannis  con- 


monasterio  pertinentibus  in  quibuscum- 
que  consistant  locis  sive  pagis,  necnon  & 
cum  omnibus  possessionibus  quae  juste 
rationabiliterque  perenni  tempore  possi- 
dere  dinoscitur,  simul  cum  bis  quae  di- 
vina  pietas  eidem  sacratissimo  loco  per 
quoscunque  fidèles  augere  voluerit,  liceat 
memorato  abbati  suisque  successoribus  & 
monachis  in  saepedicto  loco  degentibus 
quiète  vivere  &  easdem  cum  omni  securi- 
tate  sine  cujuspiam  contradictione  &  mi- 
noratione  tenere  &  possidere  eorumque 
pro  utilitatibus  rationabiliter  concambiare 
vel  vendere,  &  pro  nobis  conjuge  prole- 
que  nostra  seu  stabilitate  totius  regni 
nostri  una  cum  monachis  ibidem  Domino 
militantibus  divinam  misericordiam  jugi- 
ter  exorare.  Et  quandocunque  divina  vo- 
catione  memoratus  abba  aut  successores 
sui  ab  bac  luce  migraverint,  quandiu  in- 
ter  se  taies  invenire  potuerint  qui  eos 
secundum  regulam  sancti  Benedicti  regere 
&  gubernare  valeant,  licentiam  habeant 
ex  semetipsis  abbates  eligere,  qui  eis  ut 
praediximus     merito    vitae    &    sanctitatis 


structam,    in   pago   Gerundense   sitam    in  praeesse  &  prodesse  possint.  Et  ut  haec 

loco    qui    dicitur  Vallis    Anglensis,   ipsas  nostrae  confirmationis   auctoritas   perpe- 

salas   seu   ejus    palatiolum    quod   vocatur  tuam   obtineat  firmitatem,  manu  propria 

Merlac    cum    omnibus    appendiciis    suis,  subter  eam  firmavimus  &  anuli  nostri  im- 

necnon  &  in  alio  loco  qui  vocatur  Ausor,  pressione  signari  jussimus. 

&  ex  ipsa  silva  quantum   in  eorum   usus  Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 


An 
860 


An 
860 


3i7 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


3i8 


Guillelmus  notarius  ad  vicem  Ludovici  jungimus  &  domiiiio  praesulis  ejus  Guisadi 

recognovit.  ac  successoruni  ejus  perpetuo  mancipamus, 

Data  XIII  kalendas  decembris,  iiulictione  videlicet  ut  ecclcsiastica  &  canonica  auc- 

VIII,  auno  XXI  régnante  Karolo  gloriosis-  toritate  ad  utilitatem  &  necessitatem  sae- 


simo    rege.   Actum    in    Pontione    palatio 
regio,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


10 


5. 


An 

860 


19  no- 
vembre. 


I 


pedictae  sanctae  sedis  &  servorum  Christi 
in  ea  degentium  ordinent  atque  disponant 
sine  cujuspiam  inquietudine  aut  contra- 
dictione.  Cerdaniensis  vero  pagus,  Libien- 
sis  &  Bergitanensis,  Palariensis  quoque, 
Ripacurcensis,  Gestabiensis  atque  Cardo- 
sensis,  Anabiensis  ac  Tirbiensis  &  locus 
Sanctae  Deodatae  cum  finibus  suis,  sicut 
in  memoratis  imperialibus  praeceptis  no- 
tum  est  scriptum  fuisse,  seniper  subjaceant 
plerumque  dictae  sedi  Urgellensis  eccle- 
siae  neque  sit  eis  licitum  ad  alias  vicinas 


Diplôme   de   Charles   le  Chauve   en 
faveur  de  l'église  d'Urgel\ 

N  nomine  sanctae   &   individuae  Trini- 

tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Quicquid  ecclesias    migrare.    Praeterea   concedimus 

pro  utilitate  &  necessitate   sacrorum   lo-  eidem  sanctae  sedi,  ut  sicut  aliae  ecclesiae 

corum  efficere  contendimus,  profuturum  Septimaniae  ita  quoque  eadem  &  rectores 

nobis    &    ad    praesentem    vitani    féliciter  ejus  semper  habeant  tertiam  partem  telo- 

transigendam  &  ad  aeternam  beatitudinem  nei  de  omnibus  illius  parrochiae  mercatis. 

facilius   obtinendam    omnino   confidimus.  Similiter  etiam    concedimus  eidem  eccle- 

Ideoque  notum   sit  omnibus   sanctae   Dei  siae  ob  remedium  animae  nostrae  tertiam 

Ecclesiae  fidelibus  &  nostris,  praesentibus  partem  telonei  omnium   negotiatorum  per 

atque  futuris,  quia  venerabilis  vir  Guisa-  eandem    parrochiam    transeuntium    atque 

dus    Urgellensis    ecclesiae    episcopus    ad  mercantium,   nuUique   sit   licitum   contra 

nostram  accedens  reverenter  sublimitatem  hanc   auctoritatis    nostrae   praeceptionem 

innotuit   de  quibusdam    rébus  a  gloriosis  molestiam  de  bis  de  quibus  dicitur  rébus 

imperatoribus  Karolo  avo  nostro  &  Ludo-  &;  teloneis  inferre  super  iis  dicto  ponti- 

vico  genitore  nostro  eidem  ecclesiae  suae  fici    ac    successoribus    ejus    sive    ministris 

per  praecepta  impraevaricanda  concessis,  crebro  dictae  ecclesiae  Urgellensis  ad  hoc 

id  est  condaminam   unam  quae  est  prope  exequendum  constitutis,  praesentibus  tem- 

hortum  Sanctae  Mariae  &  ecclesiam  Sancti  poribus  &  futuris.  Ut  autem   hoc  nostrae 

Jacobi  cum    suis   hortilibus   &    casalibus.  auctoritatis    scriptum    pleniorem    in    Dei 

Praeterea   petiit    ut    eidem    sanctae    sedi  nomine  obtineat  firmitatem,  manu  propria 

redderemus  contiguam  aliam  condaminam  subterfirmavimus  &   anuli   nostri  impres- 

&  hortum  praefatae  condaminae  adheren-  sione  signari  jussimus. 

tem  ;  addidit  etiam  de  decimis  Andorrensis  Signum  Karoli  gloriosissimi  régis, 

pagi    ferri    &    picis    quae    ecclesiae    suae  Gauzlenus  notarius   ad  vicem   Ludovici 

debentur;  simul  etiam  dixit  nobis  de  qui-  recognovit^  subscripsit. 

busdam  pagellis  qui  suae  sunt  parrochiae.  Data  Xiii  kalendas  decembris,  indictione 

ut   progenitoribus    nostris    imperatoribus  nona,  anno  xxi  régnante  Karolo  glorio- 

per   praeceptum    nostrum    eidem    sanctae  sissimo  rege.  Acta   Pontigone  palatio  re- 

sedi  beatae  Mariae  nomini  dicatae  secun-  gio,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen, 
dum  antiquam  consuetudinem  subjectos 
esse  confirmaremus.  Cujus  venerandi  pon- 
tificis  supplicem  rogationem  clementer 
audientes,  praeceptum  hoc  altitudinis  nos- 
trae fieri  jussimus,  per  quod  praenomina- 
tas  res  praescriptae  sanctae  sedis  juri  sub- 


An 
860 


'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  562. 


3i. 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


320 


An 
86i 

29  avril. 


~  stabilem    abeat    roborem.    Facta    scriptura 

vindictionis  sub  die  m  kalendas  niaii,  anno 
l56.  XXI  régnante  Karulo   rege.  Olerbius   qui 

hanc  vindictionem   feci.  Signum  Austredi. 
Vente  faite  par  Olerbius  à  Audesinde,      Anastasius.  Wadamirus  presbyter.  Signum 


An 
86i 


Williscli.  Signum  Petroni.  Sanctus  presbi- 
ter  hanc  vindictionem  scripsi  &  subscripsi 
die  &  anno  quo  supra. 


157.  —  LXXXIV 

Charte  de  Charles  le  Chauve  en  faveur 
d'un  de  ses  vassaux,  nommé  Adroa- 
rius  '. 

IN  nomine  sancte  &  individuae  Trinita- 
tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Regalis  cel- 


évêque  d'Elne,  des  jardins  qu'' il  pos- 
sédait au  territoire  d'Elne  '. 

IN  nomine  Domini.  Ego  Olerbius  venditor 
vobis  Audesindo  episcopo  emptori  meo. 
Constat  me  vobis  vindere  debere  sicuti  & 
per  hanc  scripturam  vinditionis  mee  vende 
vobis  in  vico  Helna,  ortos  meos  quod  ha- 
beo  per  adprisionem  parentum  meorum, 
&  infrontat  ipsi  orti  de  uno  latus  in  via 
quae  vadit  ad  mare,  de  alio  latus  infrontat 
in  clusum  qui  fuit  Foremico  &  de  tertio 
vero  &  quarto  latus  infrontat  in  ortis  qui 
sunt  de  beneficio  Sanctae  Eulaliae  &  or- 
tum  Willisclo  presbitero  &  ortum  qui  fuit  situdinis  moris  est  fidèles  suos  donis  multi 
Constantini.  In  dictos  ortos  vindo  vobis  plicibus  &  honoribus  ingentibus  honorare 
omnem  medietatem  ab  intègre  cum  exia  &  atque  sublimare  cupimus  fulciri.  Proinde 
regressia  vel  omni  superposito  illorum,  &  morem  parentum  regum  predecessorum 
accepi  ego  vinditor  de  vos  emptore  precio  nostrorum  sequentes,  libuit  celsitudini 
sicut  inter  nos  bone  pacis  placuit  adque  nostrae  quendam  fidelem  nostrum,  Adroa- 
convenit  in  aderato  &  definito  denarios  rio  nomine,  de  quibusdam  rébus  nostrae 
triginta  quod  vos  emptor  nobis  dedistis  &  proprietatis  honorare  atque  in  ejus  juris 
ego  vinditor  de  présente  manibus  meis  re-  potestatem  liberalitatis  nostrae  gratiam 
cepi  &  nichilque  de  ipso  pretio  aput  vos  conferre.  Idcirco  noverit  experientia  at- 
emptore  non  remansit  ;  est  manifestum.  que  industria  omnium  fidelium  nostrorum 
Quem  vero  portionem  meam  id  est  medie-  tam  presentium  quam  &  futurorum,  quia 
tatem  in  prescriptos  ortos  quantum  dictas  concedimus  eidem  fideli  nostro  Adroario 
infrontationis  includunt,  de  meo  jure  in  ad  proprium  quasdam  res  juris  nostri  sitas 
vestro  trado  dominio  ab  intègre  cum  omni  in  pago  Narbonense  ;  villam  Airolas  cum 
voce    appositionis    mee    vel    repetitionis 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  106. 


An 

861 

23  mai. 


abendi,  vendendi,  commutandi  vel  quid- 
quid  de  jamdicta  medietate  in  sepedictos 
ortos  facere  volueritis,  liberam  in  Dei  no- 
mine habeatis  potestatem  ex  presenti  die 
&  tempore.  Et  qui  contra  hanc  scripturam 


'Original  à  la  Bibliothèque  du  roi  j  Baluze, 
Chartes  des  rois,  n.  26.  [Aujourd'hui  latin  8  SSy, 
i°  83}  parchemin  jadis  scellé.]  Ce  diplôme  semble 
peu  authentique;  si  l'on  compare  son  écriture  à 
celle  de  l'original  du  n.  LXXXII,  donné  la  même 


vinditionis  a  me  vobis  facta  &  a  VOS  recepta       année,  écrit  parle  même  notaire,  on    reconnaî- 


venerit  aut  irrumpendum  aut  ego  venero, 
inférât  vel  inferam  vobis  aut  partique 
vestre  medietatem  dicta  quantum  ad  eo 
tempore  inmeliorata  fuerit  cum  predicto 
pretio  dupplum  pariter  vobis  abiturum,  & 
insuper  haec  scriptura  vindictionis  inrumpi 
non  permittatur,  sed  in  omnibus  firmam  & 

'  Cartulaire    d'Elne,   f"  1 29  ;    &   copie   dans   la 


tra  que  c'est  une  copie  figurée,  habilement  faite, 
d'ailleurs,  mais  dans  laquelle  cependant,  surtout 
dans  la  première  ligne  en  grandes  capitales  &  dans 
les  dernières,  on  voit  la  fatigue  du  scribe  le 
trahir  &.  les  lettres  affecter  une  forme  plus  ronde 
qui  rappelle  l'écriture  diplomatique  de  la  fin  du 
dixième  siècle.  Les  archives  de  Carcassonne,  fonds 
de  la  Grasse,  contiennent  une  reproduction  de  ce 
prétendu  original,  qui  est  intitulée  :  Exempla  hec 
est.  Cette  dernière  copie  a  été   publiée   comme   un 


collection  Moreau,  à  la   Bibliothèque   nationale,       original  par  l'abbé  Verguet  dans  ses  fac-sim'de  des 
t.  2,  f°  3i.  diplômes  de  la  Grasse,  n.  4.  [A.  M.] 


An 
86i 


321 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


322 


Ed.orig. 

t.  1, 
col.  107. 


An 
861 

novem- 
bre. 


suos  fines  &  termines  &  cum  ipsa  eclesia 
ibidem  sita  in  honore  sancti  Adriani  & 
cum  ipsa  silva  Montederno,  &  ipso  monte 
que  vocant  Monasteriolum  cum  silva  Bi- 
toranda  usque  ad  Riotaraciaco,  &  usque 
ad  Petraficta  inter  Redense  &Narbonense; 
&  in  villare  Pereto  ipso  fisco  &  in  villa 
Calcicustello  ipso  fisco.  Igitur  ita  confir- 
mando  memoratas  res  cum  omni  integri- 
tate  &  eorum  apendiciis,  cum  ipsa  eclesia, 
cum  domibus,  edificiis,  terris,  vineis,  pra- 
tis,  silvis,  pascuis,  farinariis,  aquis  aqua- 
rumve  decursibus  vel  etiam  quicquid  ad 
supradictas  res  pertinere  videtur,  prae- 
dicto  fideli  nostro  Adroario  ad  proprium 
per  hanc  nostrae  auctoritatis  conscriptio- 
nem  concedimus  &  de  nostro  jure  in  jus 
ac  potestatem  illius  solemni  dominatione 
transferimus.  Ita  videlicet  ut  quicquid  ab 
hodierno  die  &  tempore  exinde  pro  sua 
utilitate  adque  comoditate  jure  proprieta- 
rio  facere  decreverit,  liberam  &  firniissi- 
mam  in  omnibus  abeat  potestatem  fa- 
ciendi,  tam  donandi  quam  vendendi  seu 
comutandi  necnon  etiam  heredibus  relin- 
quendi.  Et  ut  hec  nostrae  largitionis  ac 
donationis  auctoritas  perpetuam  obtineat 
firmitatem,  manu  propria  subter  eam  fir- 
mavimus,  &  de  anulo  nostro  adsignari  jus- 
simus. 

Signum  (locus  monogrammaùs)  Karoli 
gloriosissimi  régis.  Folchricus  notarius  at 
vicem    Hludovici  recognovi  &  subscripsi. 

Data  X  kalendas  junii,  indictione  ix", 
anno  XXI  régnante  gloriosissimo  Karolo 
rege.  Actum  aput  Compendio  palatio  regio, 
in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


i58.  —  LXXXV 

Donation  faite  à  Vahbaye  de  Vahre, 
dans  Le  temps  de  sa  fondation^ . 

SACROSANCTAE  basilicae   sancti  princi- 
pis  Pétri  &  sancti  Dionesii  sive  sancti 
Vincentii  maïtyris  ceterorumque  sancto- 


rum  quorum  hic  relif[uiae  continentur  & 
venerandae  esse  videntur  seu  a  viris  re- 
ligiosis  qui  in  hoc  loco  consistere  viden- 
tur. Ego  Rotlandus  videns  hune  lociim 
aptum  &  a  viris  religiosis  venerandum, 
cogitans  intra  me,  volui  ipsunl  locum 
construere  sanctum  pro  remedium  animae 
Raymundi  seniori  meo,  qui  me  in  sacro 
fonte  sibi  in  filium  spiritualem  conjunxit, 
&  pro  remedium  animae  meae  vel  paren- 
tum  meorum  seu  etiam  pro  remedium 
animae  avunculi  mei  Rotlandi,  ut  plus 
Dominus  &  mihi  &  illi  mercedem  reddere 
dignetur.  Propterea  ad  ipsum  locum  cujus 
vocabulum  est  Waber  &  ad  ipsos  mona- 
chos  qui  ibidem  degere  videntur  res  meas 
cedo  cessasque  in  perpetuum  esse  volo, 
hoc  est  curte  mea  cum  appendiciis  suis, 
his  nominibus  Rigilio,  Altcapias,  Turon- 
dellos  vel  ad  ipsos  Mansellos,  similiter  & 
in  alio  loco  curte  mea  Armario  cum  ca- 
pella  quae  est  in  honore  sancti  Aredii  vel 
cum  ipsa  villa,  quantum  ibi  aspicit  vel  as- 
picere  videtur,  totum  &  ab  integrum  ibi 
cedo;  ita  ut  dum  ego  vivo  usum  &  fructum 
mihi  reservo,  post  obitum  vero  meum  ad 
ipsum  locum  sacrum  vel  ad  ipsos  mona- 
chos  qui  ibidem  deservire  videntur  relin- 
quo.  Quod  si  ego,  quod  fieri  non  credo, 
immutata  voluntate  mea,  aut  uUus  haeres 
vel  propinquus  meus  vel  ulla  subrogata 
persona,  qui  contra  hanc  cessionem  ire 
temptaverit,  componat  tantum  &  alium 
tantum  quantum  ipsas  res  vel  ipsas  curtes 
uUo  tempore  melioratae  valere  potuerint, 
&  quod  petit  non  vindicet,  sed  praesens 
cessio  ista  a  me  facta  firma  &  stabilis  va- 
leat  perdurare  cum  stipulatione  subnixa. 
Facta  cessione  ista  in  mense  novembrio, 
anno  vigesimo  secundo  régnante  Karolo 
rege.  Ego  Rotlandus  levita  cessione  a  me 
facta  subscripsi.  S.  Alboni.  S.  Heldrammo. 
S.  Landrico.  S.  Lugibaldo.  S.  Rodgario. 
S.  Silvino.  S.  Roliano.  Tresuinus  rogatus 
scripsit. 

d'hui  collection  Doat,  à  la  Bibliothèque  nationale, 
vol.  148,  f«  20.] 


An 
861 


Ld.orig. 

t.  1. 
col.  108. 


'  Le  texte  porte  xii. 

'  Cartulaire  de    l'église   de  Vabre.   Bibliothèque 
Colbert,  vol.  ms.  sur  l'abbaye  de  Vabre.  [Aujour- 


II. 


323 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


32^4 


159. 


LXXXVI 


Histoire  de  la  fondation  de  Vahhaye 
de  Vahre ,  en  Rouergue ,  écrite  par 
Agio,  abbé  de  ce  monastère ,  au 
commencement  du  dixième  siècle  \ 

—  EMPORE  quando  ex  partibus  Europae 

ab  Aquiloiiis  cardine  diffusa  gens  Mar- 
860-906  chomanorum  sevissima  atque  barbarorum 
immanior  Galliamque  introgressa,  fortis- 
simis  ictibus  sancta  patiebatur  Ecclesia, 
nam  nullo  ferente  barbarorum  vesaniam, 
erat  non  modica  tribulatio,  quia  per  om- 
nes  pane  pagos  juxta  Gallicum  Oceanum 
dispersae  sunt  ecclesiae  urbesque  depo- 
pulatae  atque  monasteria  abjecta.  Tanta 
uamque  fuerat  rabies  persequentium ,  ut 
quos  capere  christianos  quivissent  aut 
mucrone  necarent,  aut  etiam  quos  horror 
necis  innocentum  invaserat  propter  re- 
demptionem  servare  nitebantur.  Nonnulli 
equidem  christianorum  torvissimam  ex- 
pert! persecutionem ,  relinquentes  prae- 
dia  &  patenios  abjicientes  fundos,  partes 
Orientis  se  incolatus  dedere.  Multi  deni- 
que  elegerant  magis  cuspidibus  occumbere 
potius  quam  incolumes  paternos  linquere 
lares.  Alii  nempe  plures,  quorum  in  cor- 
dibus  fides  minime  radices  ceperat,  lava- 
crum  sanctae  regenerationis  négligentes, 
sed  paganorum  latebrosas  diligentes  astu- 

tias,  illorum  se  foedari  &  vitiis erant- 

que  seviores  crudelioresque  barbafis,  ut 
erant  christiani  prius  indagare  molieban- 
tur  eorum  latibula ,  &  utpote  ipsorum 
gratia  &  credulitas  apud  barbaros  robo- 
raretur,  truculentis  manibus  proximorum 
gaudebant  fundere  cruorem.  Reliqui  nam- 
que  veram  praestolabantur  pacem  ,  nuUa- 
tenus  cognoscentes  sua  peccamina  cum 
nullis  divina  exercuisset  ultio,  quia  prius- 
quam  accidisset  hujus  procella  turbinis, 
alter  alterius  rodebat  vitam  8c  dives  egeno 

'  Bibliothèque  Colbert,  vol.  ms.  sur  l'abbaye  de 
Vabre.  [Aujourd'hui  collection  Doat,  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  vol.  148,  f"  i.]  —  Catel,  His- 
toire des  comtes  de   Toulouse,  p.  69  &  suiv. 


subdole  quod  possidebat  aufferre  gestie- 
bat.  Ideo  data  est  ei  dira  ac  prolixa  tribu- 
latio j  tamdiu  enimvero  persisterat  sevis- 
sima atque  truculentissima  Marcomanio- 
rum  atrocitas,  quatenus  ecclesiae  quae 
nobili  fuerant  constructione  editae  in 
heremum  redigerentur  &  summa  cacu- 
mina  parietis  lucus  densissimus  coope- 
riret.  Sed  maxime  vero  juxta  mare  tel- 
lus  inculta  manebat  accessusque  hominum 
illo  rarus  iiierat,  nisi  in  tutissimis  ac 
munitissimis  castellis,  quia  sicuti  supra- 
taxavimus  incolae  &  clade  ingruente  aut 
aliis  regionibus  transvexi  sunt  aut  qui 
remanserant  pêne  omnes  interfecti  aut 
videlicet  barbaris  sunt  commixti.  Ceteri 
qui  evaserant  in  variis  degebant  praesi- 
diis. 

Erat  igitur  eo  tempore  monasterium 
in  provincia  Galliae,  in  Petracorio  pago, 
nomine  Palnatus,  in  quo  jugiter  deicolae 
Christo  famulabantur,  nihil  habentes  pro- 
prium  praeter  quod  norma  sancti  Bene- 
dicti  cedebat.  Alla  namque  plurima  erant 
monasteria  in  eadem  provincia  oppido 
ditiora,  quae,  jamfata  ingruente  peste, 
famis  periculo  multi  monachorum  sancti 
Benedicti  normam  negligere  coeperunt 
&  contra  illius  ritum  proprium  nisi  sunt 
habere;  quos  illi  devitantes,  nefas  &  illi- 
citum  censebant,  dogmata  Pauli  praedica- 
toris  egregii  pectore  recolentes  :  Quis  nos 
separabit  a  charitate  Christi?  Tribulatio,  an 
angustia,  an  persecutio,  an  famés,  an  nudîtas, 
an  periculum,  an  gladius?  Dicebant  enim  & 
ipsi,  quod  nullo  modo  foret  monachus,  qui 
in  terra  proprium  quaereret,  nec  scilicet 
propriam  voluntatem,  nisi  tantumdem  pro- 
pria culpa  &  proprium  locum  j  pauperes 
'equidem  erant  in  rébus,  sed  divites  in 
fide.  Quibus  praeerat  abbas  Adalgasius  no- 
mine, veneranda  canitie,  moribus  justis, 
alacer  vultu,  prosapia  quidem  nobili  ge- 
nitus  &  ore  eloquentissimus.  Qui  videns 
quod     nullo    modo     illorum    saevientium 

propter  praesentem  necem foret  posse, 

coepit  lustrare  seu  bonus  pastor  regiones 
omnes,  si  forte  inveniret  ubi  ab  ore  sae- 
vientium suas  pauperculas  servare  qui- 
visset  oviculas  ;  quoniam  quidem  minime 
illi  opportunum  erat  suo  degere  solo,  in 
quo    creberrimas    miserabiles    ex    dilectis 


Ans 

860-906 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  109. 


Ans 

860-906 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


326 


suis  alumnis  cerneret  strages.  Ventum  est  autem  eo  tempore  eximius  Helisachar  in 

igitur  ad    aures   eximii   marchionis   Régi-  eadeni  urbe  pontificali  fungens  ministerio, 

mundi,  qui  illo  tempore  monarchiae  To-  quem    niagnificus    niarchio   cum   Adalgasii 

losae   fungebatur   regendi    iiegotio,  quod  abbatis    sciret   adesse  praesentiam   accer- 

venerabilis   Adalgasius    abbas    paganorum  siri  jussit,  abbates  de  siio  pago  convenire 

incursione  foret  una  cum  clieiitibus  pro-  fecit.  Tune  abiit  gloriosus  marchio  ad  im- 

prio  exulatus  solo.  Ille  enim  secum  mente  peratorem  Karolum  ob  utilitatem  monas- 

pertractans    divinitus    fiante    salutiferum  terii,  illique  coenobium  pia  consideratione 

reperit  consilium,  uti  viroDei,  cujus  ce-  praeventus,  ne  incommoda  parentibus  suis 

leberrima   per  omnem   provinciam  reboat  paterentur  post  ejus  decessum,  sub  praes- 

fama,  ad  degendum  ex  paternis  tundis  una  titis  per  cartam    tradidit   possidendum,  a 

cum  discipulis  suis  ederet  coenobium  ,  quo  mox  munitatae  percepit  continentem. 
quatenus  per  illorum  suffragia  sua  nec- 
non  &  parentum  suorum  abolirentur  cri- 
mina.  Denique  concite  ad  praefatum  ab- 
batem  mittere  non  desinens,  rogare  jussus 
est  quatenus  ad  loquendum  cum  eoTolo- 


Ans 
860-906 


lid.orig. 

t.  1, 
col.  110. 


Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  faveur 
de  V abbaye  de  Vabre, 

In  nomine  sanctae  ac  individuae  Trini- 


sam  ne  pigeret  accedere.  Sed  ille  extemplo  tatis.  Carolus  gratia  Dei  rex  [Francorum 
ad  eum  pergere  nequiens,  quoniam  ab  &  Longobardorum  ac  patricius  Romano- 
urbe  Tolosa  fere  sexaginta  millia  aberat  rum] '.  Maximum  regni  nostri  in  hoc  au- 
&  pro  re  incerta  meare  ad  eum  nolens,  gère  credimus  munimentum,  si  bénéficia 
duos  ad  eum  direxit  discipulos,  rogitans  opportuna  loca  ecclesiarum  benevola  de- 
uti  per  illos  rem  panderet,  pro  qua  tanta  votione  concedimus,  baec  Domino  pro- 
terrarum  spatia  adiré  jussus  foret.  Illi  tegente  stabiliter  perdurare  conscribimus. 
equidem  concite  properantes  jussa  impie-  Igitur  notum  sit  omnibus  episcopis,  abba- 
vere  patris.  Igitur  jamfatus  marchio  cum  tibus,  comitibus,  vicecomitibus,  vicariis, 
reperisset  quod  venerabilis  abbatis  prae-  centenariis,  judicibus  seu  omnibus  fide- 
sentia  omnino  placito,  quod  ei  constitue-  libus  praesentibus  scilicet  &  futuris,  qua- 
rat,  minime  esset  affutura,  sed  &  mona-  liter  vir  venerabilis  comes  Raimundus,  ex 
chos  ei  adfore  cognosceret  ab  eo  missos,  monasterio  quod  ipse  novo  opère  jure 
providens  ne  ei  causam  rei  notaret  accès-  proprietario  a  fundamento  in  honorem 
sus  ejus,  imo  ne  esset  agilis  Tolosam ,  Domini  Dei  ac  Salvatoris  nostri  Jesu 
omne  pêne  quod  facere  vellet  &  ut  tamen  Christi  seu  sanctae  seniperque  virginis 
quod  ei  &  suis  mouachis  inferre  optaret,  Mariae  &  sancti  Dionysii  precellentissimi 
viri  Dei  missis  propalare  non  obmisit.  Sed  martyris  seu  aliorum  sanctorum  aedifica- 
tempus  &  diem  constituere  maliens,  quo  vit  in  loco  nuncupante  Vabro,  in  pago 
venerabilis  abbas  Tolosam  peragrare  pos-  Curieuse  citra  lympham  Dordonis,  ad  nos- 
set,  metuens  ne  ceu  marchioni  ex  pluri-  tram  accessit  clementiam,  &  praedictum 
mis  partibus  oriri  soient  nimbosae,  sic  monasterium  cum  omnibus  rébus  &  orna- 
inter  nimium  venerabilis  patris  iter  mo-  mentis  ecclesiae  suae  appendiciis  vel  ad- 
rosum  nascantur  plurima  adversa,  ne  per-  jacentiis  suis,  in  manibus  nostris  plenis- 
mittant  adimplere  utile  propositum.  Ideo  sima  deliberatione  visus  est  delegasse,  & 
propinquum  &  opportunum  placuit  sta-  ipsum  sanctum  locum  sub  nostra  defen- 
tuere  placitum,  ut  exoneratus  aliis  rerum  sione  atque  dominatione  ad  regendum  no- 
negotiis,  cum  eo  ex  amussim  tractare  qui-  bis  visus  est  tradidisse.  Idcirco  ad  ejus  pe- 
visset  de  tantae  utilitatis  ope.  At  illi  au-  titionem  talem  pro  aeterna  retributione 
ditis  sermonibus  profecti  sunt,  cumque  beneficium  ad  ipsum  sanctum  locum  visi 
remeassent  ad  propria,  cuncta  ad  reveren-  fuimus  induisisse,  ut  in  ecclesiis  vel  locis 
dum  patrem  retulerunt.  Ille  equidem  cum  vel  agris  seu  aliis  possessionibus  ipsius 
didicisset  a   discipulis   quae   a   marchione 

fuerant  delata,  cunctipotentem  Dominum  ■  Ce   que   nous  mettons   entre  crochets  est  une 

consulens,   profectus    est  Tolosam.   Erat  interpolation  postérieure.  [A.  M.] 


An 
863 

juillet. 


An 
863 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 
t.  1, 

col.  III. 


3  =  7 

monasterii,  quas  moderno  tenipore  per 
nostram  donationem  ac  confirniationem 
seu  ceterorum  fidelium  juste  possidere 
videtur  in  qiiibuslibet  locis ,  quidc[iiid 
propter  divinum  amoreni  collatum  fuit 
quaeque  etiam  deinceps  in  jure  ipsius 
sancti  loci  aut  per  nos  aut  per  alios  vo- 
luerit  divina  pietas  augeri,  praecipientes 
jubemus  atque  anathematisamus,  ut  nullus 
cornes  nec  episcopus  nec  abbas  aut  uUus 
judiciaria  potestate  praeditus  ad  causas 
audiendas  vel  freda  exigenda  aut  man- 
siones  vel  parafas  faciendas  aut  fidejus- 
sores  tollendos  nec  homines  istius  monas- 
terii tam  ingenuos  quamque  servos,  qui 
super  terram  memorati  monasterii  resi- 
dere  videntur,  distringendos  nec  ullas 
redibitiones  aut  illicitas  occasiones  per- 
quirendas  aut  uUum  oninino  ceasum  in- 
quirendum  uUo  unquam  tempore  ingredi 
audeat  vel  exactare  praesumat.  Sed  hoc 
ipse  abbas  vel  successores  sui  aut  mo- 
nachi  memorati  loci,  praesentes  scilicet 
&  futuri,  propter  nomen  Domini  sub  in- 
tegrae  immunitatis  nomine,  absque  cujus- 
libet  inquietate  aut  contrarietate  valeant 
dominare  &  nulli  unquam  homini  pro 
, qualicumque  re  nullum  omnino  censum 
audeant  impendere,  sed  ipsum  sanctum 
locum  sub  nostra  defensione  atque  domi- 
natione  volumus  constare.  Statuentes  ergo 
atque  jubentes,  ut  neque  vos  neque  junio- 
res  seu  successores  vestri  vel  quilibet  ex 
judiciaria  potestate  in  ecclesiis,  locis  vel 
agris  seu  reliquis  possessionibus  supra- 
scripti  monasterii  vel  de  omnibus  quae 
suprascripta  sunt  nunquam  uUo  tempore 
praesumatis;  sed  quod  propter  nomen  Do- 
mini aeterna  remuneratione  ad  jamfatum 
monasterium  indulsimus,  perpetuis  tem- 
poribus  proficiat  in  augmentum.  Et  quan- 
doquidem  divina  vocatione  suprascriptus 
venerabilis  Adalgisus  abba  vel  successores 
ejus  de  hac  luce  ad  Dominum  migraverint, 
qualem  meliorem  &  nobis  per  omnia  fide- 
lem  ipsa  sancta  congregatio  de  supra- 
scripto  monasterio  aut  qualicumque  loco 
voluerint  eligere  abbatem,  qui  ipsam  sanc- 
tam  congregationem  secuiidum  regulam 
sancti  Benedicti  regere  valeat,  per  banc 
nostram  auctoritatem  &  praemissani  in- 
dulgentiam  habeant  &  ubicumque  volue- 


3:8 


rint  ordinari  aut  ipsi  aut  monachi  ipso- 
rum  vel  a  quolibet  pontifice  ex  praecepto 
&  consensu  nostro  potestatem  habeant, 
quatenus  ipsis  servis  Dei,  qui  ibidem  Deo 
famulari  videntur,  pro  nobis  ac  conjuge 
proleque  nostra  &  stabilitate  totius  regni 
a  Deo  nobis  commissi  vel  conservandi 
hactenus  Domini  misericordiam  exorare 
delectet. 

Signum  Caroli  régis. 

Adalguarius  notarius  scripsit  ad  vicem 
Gisseni. 

Data  xilli  kalendas  augusti,indictionex, 
anno  xxilll  régnante  Karolo  rege  glorio- 
sissimo.  Actum  Parisius  civitate,  in  Dei 
nomine  féliciter.  Amen. 

Haec  gloriosissimus  rex  Karolus  vene- 
rabili  marchioni  per  praeceptum  contulit, 
sed  &  circumquaque  utilia  pecoribus  la- 
boribusque  apta  per  cartam  imperialem  ab 
eo  loca  suscepit.  Honore  auteni  magno  ab 
imperatore  donatus,  scilicet  argenti  libras 
ferme  XL,  ad  suum  in  pace  rediit  quanto- 
cius  monasterium.  Cognoscat  quisquis  ille 
est,  qui  hanc  cupit  légère  vel  audire  vi- 
tam,  cunctorum  hoc  caput  esse  coenobio- 
rum,  non  solum  quae  Gociae  in  partibus 
eonstructa  esse  videntur,  verumetiam  & 
illorum  quae  in  aliis  regionibus  ea  tem- 
pestate  &  deinceps  per  hujus  exempla 
aedificata  atque  de  thesauris  illius  ditata, 
sicut  in  antea  narratum  est.  Sedulo  consi- 
derare  libet  quanta  humilitate  ac  reve- 
rentia  isdem  metuendus  sit  locus,  qui  tôt 
principibus  videtur  esse  munitus;  siqui- 
dem  Dominas  Christus  princeps  est  om- 
nium principum,  rex  regum  &  dominus 
dominantium  ,  beata  vero  Dei  genitrix 
Maria  cunctarum  virginum  creditur  esse 
regina,  Michaël  cunctis  praefertur  agmi- 
nibus  angelorum;  Petrus  &  Andraeas  ca- 
pita  sunt  apostolorum,  Stephanus  proto- 
martyr principatum  tenet  in  coro  testium, 
Martialis  vero  gemma  refulget  praesuluni, 
Benedictus  cunctorum  pater  est  monacho- 
rum  '. 


'  Le  même  récit  contient  aussi  l'acte  de  fonda- 
tion de  l'abbaye  par  Raimond,  comte  de  Toulouse 
&  de  Rouergue.  C'est  la  pièce  que  dom  Vaissete 
publie  à  la  colonne  suivante.    [A.  M.j 


An 
863 


329 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


33o 


i6o.  —  LXXXVIl 


An 
862 
3  110- 


Éd.orig. 
1. 1, 

col.  112. 


Et  de  mancipiis  ad   ipsum   sanctiim   locum 

cedinius     his     nominibus    ;    Trudinare    & 

uxore  sua  cuni   infantibus  corum,  exccpto 

Franconi,  Ariberto  &  uxore  sua  cum  in- 

Charte   de  fondation   de    Vahhaye   de  fantibus  eoruni,  Elizabeth  cum  infantibus 

Vahre ,    par   Raimondj    comte    de  ^""'^  excepte  Eliano,  Harfredo  cum  infan- 

Toulouse^  tibus   suis    excepto    Raganfredo,   Osterno 

&  uxore  sua  cum   infantibus  eorum,  El- 

PRISCARUM   legum  &  imperatorum   &  drado   cum    uxore    &    infantibus    eorum, 

consulum  decrevit  auctoritas,  ut  qua-  Eliano  cum   infantibus  suis,  Lamberto  & 

liscumque  persona  ex  nobili  ortus  génère  uxore  sua  cum  infantibus  eorum,  Febrico 

veiiibie.   res  suas  in  alieno  jure  transferre  voluerit,  &  uxore  sua  cum  infantibus  eoruni,  Stabile 

tam  in  ecclesiis  quam  &  in  aliis  hominibus  &  uxore  sua  cum  infantibus  eorum,  Ingi- 

per  cartas,  codicillos   &   légitimas   tradi-  baldo  &  uxore  sua  cum  infantibus  eorum, 

tiones  licentiam  habeat  faciendi.  Quamo-  excepto    Raganfredono    &    Mudrico,    In- 

brem  ego  in  Dei  nomine  Raimundus,  di-  gilsinndano  cum   infantibus   suis   excepto 

vina  annuente  gratia  cornes  &  marchio,  &  Vandalbergano  &  illo  clerico  quem  inge- 

uxor   mea   Berteyz   pertractavimus   casum  nuum   dimisimus,  uxorem  Ebrado  cum  in- 

humanae    fragilitatis    nostrae,    metuentes  fantibus  suis,  Grimaldo  &  uxore  sua  c  im 

diem  extremum,  ne  subito  improvisa  mors  infantibus  eorum.  Haec   enim    omnia  su- 

adveniat  &  suae  mortis  laqueo   tradat.  Et  perius  nominata  cum  casis,  capellis,  cur- 

ut  uobis  Dominus  veniam   donare  digne-  tiferis,  vineis,   pratis,  sylvis,   molendinis 

tur,  cedimus  cessumque  in  perpetuum  esse  &  adjacentiis,  loca   rustica  &  suburbana, 

volumus  res  proprietatis  nostrae,  propter  quaesitum   &   quod    ad    inquirendum    est, 

remedium  animae  nostrae  &  propter  re-  tradimus   Domino  omnipotent!    &   omni- 

medium  animae  genitoris  nostri  Fulgualdi  bus   sanctis  sive  Aldagiso  abbati  vel   siiis 

&  pro  génitrice  mea  Senegundi  &  pro  ger-  monachis  sive  omnibus   qui  post   eos  ibi 

mano  meo  Fredelone  quondam,  ut  quorum  futuri    sunt.    Tradimus   de   nostra   potes- 

fuit   communis    amor,    sit   &  eleemosyna  tate,  de  meorum   dominatione,   eo  modo 

communis,  quae  sunt  sita  in  pago  Ruthe-  ut  nuUus   rex  vel  aliqua   potestas  habeat 

nico,    in  vicaria    quae   dicitur  Curiense,  licentiam  ipsas  res  beneficiare  vel  concam- 

villam     cujus   vocabulum    est  Vaber   cum  biare  sive  condonare,  nisi  tantum  ut  sub 

omni    integritate,    &   Vedotio    similiter,  tuitione    &   immunitate    régis    perenniter 

Biarcio   similiter,   Nogareda    similiter,  &  consistât.  Et  quandiu  ego  vixero,  de  ipso 

in  Tarnesca,  in  villa  quae  dicitur  Betia-  sancto  loco   tutor  &  defensor  fiam  ;  post 

nus,   vineas    nostras   quas   Leotgarius   ibi  meum   quoque  discessum  ,  Bernardum   fi- 

construxit.    Haec    enim    quae    supradicta  lium  nostrum  constituimus  non  domina- 

suiiî  cum  duabus  capellis  &  mansis  qua-  torem ,  non  haeredem,  sed  defensorem,  ut 

lUOr  ibidem  pertinentibus  Adalgiso  abbati  mea  vice  ipsum  sacrum  locum  defendat  & 

suisque  monachis  tradimus  cessumque   in  monachos  nutriat,  familiam  defendat.  Post 

perpetuum  esse  volumus,  ad  monasterium  hujus  quoque  decessum  ,  si  Fulgualdus  fi- 

construendum   in   honorem    sancti   Salva-  lins   noster  superstes  fuerit,  simili    modo 

toris  &  sanctae  Mariae  Dei  genitricis  sive  ipsum  locum  ad  bona  facienda  ei  commen- 

sancti  Dionysii  Dei  omnipotentis  praecel-  damus.   Quod    si    Dominus    permiserit   ut 

lentissimi  nostri   martyris,  ut  unam  dicto  Odo  filius  noster  supersit,  in  ipsa  tuitione 

loco    catervam    congregent    monachorum,  &  defensione  eum  relinquimus,  &  ipsi  mo- 

qui    secundum    regulam    sancti    Benedicti  nachi  in  suo  jure  suaque  dominatione  con- 

ibi  deserviant,  hospites  recipiant,  paupe-  sistent.  Abbatem  quem  ipsi  secundum  re- 

res  recréent  &  pro  nobis  fideliter  orent.  gulam    sancti    Benedicti    elegerint,   cum 

prior  defecerit,    habeant.   De    repetitione 

'  Cartulaire  de  Vabrej  &  copie  dans  la  collection  dicimus,    si    nOS    ipsi    immutafa    voluntate 

Doat,  à  la  Bibliothèque  nationale,  vol,  148,  f  7  v°.  nostra    aut    ullus    de    haeredibus    nostris 


An 
86z 


An 
862 


Ed.orig. 
M, 

col.  II 3. 


33i 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


332 


An 
862 

1.8  no- 
vembre. 


aut  aliquis  homo  iniqua  voluntate  testa-  id   est  Adefonsus    &   Ermenfredus,   Teii- 

mentum  anterius  vel  posterius  quasi  a  me  defredus,    Teuriscus,    Adroarius,    Beco, 

factum  protulerit,  quod  nec  feci  nec  de-  Medenco,  Fortes  &  Senheresus  jud[icesj, 

crevi,  nullum  habeat  effectum  &  prolator  sive  inpresentia  H[icjtore,  Albarico,  Sala- 

falsitatis  reus  teneatur  obnoxius ,   ut  ille  mon,Eliane,  Fridirico,  Asefredo,   Raui- 

qui  eleemosynam   nostram  voluerit  extin-  miro,  Ennecone,  Adimiro,  Albaro,  Gudino, 

guère,    imprimis    iram    Dei    omnipotentis  Gomesindo,  Adilane  &  aliorum  multorum 

incurrat   &  cum  Datau  &  Abiroii   damna-  bonorum   ominum,  qui   cum  ipsis  ibidem 

tionem   perpetuam   acquirat  &  in   ultima  residebant  in   mallo  publico   in   Narbona 

resurrectione  cum  electis  portionem  non  civitate,  pre   multorum   ominum   alterca- 

habeat,  &  cum    Juda    qui    sacrum    corpus  tiones     audiendas     &    necotiis     causarum 

Domini  vendidit  in  perpetuum  damnetur,  derimendis    vel    rectis    &   justis    judiciis 

&  insuper  quod  conatur  agere  non  vindi-  finiendis.  Ibique  in  supradictorum  judicio 

cet.  Et  qui  contra  hanc  cessionem   ire  aut  veniens  omo,  nomine  Richimirus,  qui  est 

uUam    calumpniam     generare    praesump-  mandatarius  de  Richimiro  abate  &  de  con- 

serit,   quod  petit  non  vindicet   &  insuper  crecatione  Sancti  Johannis  monesteri,  qui 

cogente    fisco   componat    auri    libras    tri-  situs    est    in    territorio    Carcasense    justa 

ginta,  argenti  pondéra  centum,  sed  prae-  fluvium  Duramno,  dicens   :  «  Facite   mihi 

sens  ista   cessio    omnique   tempore  invio-       justitia  de  isto  Savigildo   de snos   cu- 

labilem    obtineat    firmitatem    stipulatione  bertos  petrineos   cum  curte,   cum    exia  & 

subnixa.  Facta  cessione  ista  tertio  nouas  regrecia  earum,  sive  &  terra,  sive  &  vinea 

novembris,  anno  XXIII    régnante  Carolo  qui  est  in  territorio   Narbonense,  in  villa 

rege.  Signum    Raimundi    comitis   &  mar-  Staciano    vel    infra    ejus    terminos,    quod 

chionis.  Signum   Berteyz  uxoris  ejus,  qui  devet  esse  de  gamdicto  monesterio  vel  de 

cessionem  istam  fieri  &  adfirmari  rogave-  Richimiro  abate  &  de  ejus  concrecacione, 

runt.  Signum  Bernardi  comitis  filii  eorum.  cui  ego  mandatarius  sum,  quod  Petrus  8c 

S.  Fulgualdi  filii  eorum.  S.   Odonis.  Eli-  uxor  sua  tradiderunt,  nomine  Vuarnetru- 

sachar  Ruthenensis  episcopus   subscripsi.  des,  per  ipsam  scripturam  qui  in  isto  ju- 

S.  Bergantz.  S.  Begonis  vicecomitis.  S.  Ge-  dicium   condicionis   est   inserta,   &   abuit 

raidi.    S.   Rustagno.   S.    Gislamar.   S.   Jo-  ipsa   casa   Dei   &   ejus    concrecacio    inter 

rius  Buca.  S.   item   Geraldo.   S.  Tiodrico.  Vuilafredo  &  isto  Richimiro  abatibus  legi- 

S.  Amardo.  S.  Brumali.  S.  Roberti.  S.  His-  timam  vestituram  seu  &  amplius.  Iste  Sa- 

loni.  S.  Garaldi.  S.  Rudgerio.  Erihenricus  vigildus  hoc   invasit  de  illorum   potestate 

levita  scripsit.  malum  ordine  injuste  infra  istos  duos  an- 
nos  &  exblatavit  hoc  injuste.  »  Nos  missus 
&  judices,  interrocavimus  Savigildo  :  «  Qui 
respondis  ad  bec  de  bac  causa?  »  Savigildus 
in  suo  responso  dicxit  :  «  Ipsas  casas  petri- 
neas   cum    curte,   exia   &   recrecia   earum, 

Plaid  tenu  à  Narhonne  par  les  lieu-  sive  &  terra,  sive  &  vinea  ego  hoc  retineo, 

tenants    d'Humfridj     marquis    de  set  non  malum  ordine  nec  injuste,  quia 

X-.      T-    I  ego  exinde    scripturam   emcionis  abeo   & 

autorem    nomine   Pétrone,   qui    ipsas    res 

tN  judicio  Isimberto  misso  Unafredo  co-  n^'^i  ii^  legibus  autoricare  débet.  »  Tune 

1   mite  seu  &  Adaulfo  &  judices  qui  jusi  110s  missi  &  judices  ordinavimus  Hictore 

sunt  causas   dirimere  &  legibus    difinire,  misso  nostro,  quod  ad  Savigildo  fidiuxorem 

tollere  faciat,  ut  se  presentare  faciat  una 

,  .     ,  •       j     n  uu^      j    Tv/T     .  r         f     •   •     1  cum  sua  scriptura  &  suos  autores  nomine 

'  Archives  de  labbaye  de  Montolieu;   [original  ' 

en  parchemin  très-effacé,  latin  621 1  d,  n.  i  ;  la  Pétrone  &  uxori  sue,  in  villa  Pegano  que 

copie   dont  les   Bénédictins  s'étaient  servis   était  vocant  Caput-stanio,  in  placito  ante  judi- 

très-défectueuse,  &  le  texte  que  nous  donnons  dif-  ces  in  dies  XV,  &  ad  Rihimiro  mandatario 

fère  beaucoup  du  leur.  [A.  M.]  similiter  de   sua   presentia^   &   si    minime 


161.  —  Lxxxvin 


An 
862 


Éd.  orig. 

t.  1 , 
col.  1 14. 


An 
862 


333 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


334 


fecerint,  unusquisque  conpoaat  solidos  X, 
&  quidquid  ibidem  ad  judices  legibus  fini- 
tum  fuerit,  de  hac  causa  sic  consistât.  Suber 
vero  venientes  ad  placitum  const[itut]um 
in  dies  XV,  in  villa  Pegano  que  vocant 
Caput-stanio  Savigildus  ciim  sua  scrip- 
tura  &  suum  autore,  nomine  Pétrone, 
&  Richimirus  niandatarius  de  sua  pre- 
sentia  una  cum  sua  scriptura,  ante  Ran- 
drico  niisso  Isimberto  qui  est  missus  Una- 
fredo  comité  seu  &  Adaulfo,  &  judices  :  id 
est  Ermenfredus,  Teuriscus,  Adalbertus, 
Vuilimundo,  &  aliis  plures  bonis  ominibus 
qui  cum  ipsis  in  ipso  judicio  residebant; 
ibique  in  supradictorum  judicio  presen- 
tavit  [Sa]vigildus  suam  scripturani  &  suum 
autorem,  nomine  Pétrone,  qui  ipsas  res 
ei  legibus  autoricare  debeat,  sicut  ille  ei 
fidiuxorem  datum  abebat.  Et  cum  nos 
judices  ipsam  scripturam  de  Savigildo 
ante  nos  relegere  ordinaremus,  sic  in  eam' 
insertum  invenimus,  quomodo  Peter  eam 
fecit  &  uxor  sua  Aldana  de  supradictas  res 
&  firmaverunt  &  testes  firmare  rogaverunt. 
Post  hec  interrogavimus  Pétrone,  si  vellis 
autoricare  ipsas  res  ad  jamdicto  Savigildo. 
Peter  dicxit  :  «  Ipsam  scripturam  ego  eam 
feci  ad  jamdicto  Savigildo  &  firmavi  & 
testes  firmare  rogavi,  set  ego  eam  legi- 
bus autoricare  non  possum  nec  odie  nec 
nulloque  tempore,  quia  ego  &  uxor  mea 
Vuarnetrudes  antea  tradidimus  ipsas  res 
per  scripturam  donacionis  ad  jamdictum 
domum  Dei,  unde  iste  Rihimirus  man- 
datarius,  quam  ad  isto  Savigildo.  »  Richi- 
mirus presens  stetit  qui  dicxit  :  «  Hecce 
judicium  vel  relatum  ubi  ipsa  scriptura  est 
inserta,  quomodo  iste  Peter  &  uxor  sua 
Vuarnetrudes  tradiderunt  ad  jamdictum 
monasterium  in  honore  sancti  Johannis 
vel  ejus  concrecatione,  cui  mandatarius 
ego,  ipsas  res  superius  scriptas  &  abue- 
runt  hoc  per  os  xxx  annos  seu  &  am- 
plius  per  legitimam  vestituram,  usqueco 
iste  Savigildus  eas  prendidift]  de  illorum 
potestatem.  »  Et  cum  nos  judices  ordina- 
remus ipsum  judicium  relatum  ante  nos 
relegere,  sic  invenimus  eum  verum  &  le- 
gibus factum,  &  ipsa  scriptura  qui  ibidem 
est  inserta  de  supradictas  res  terminum 
legis  inclusum  abebat,  &  vidimus  eum  de 
testes   juratum    &  firmatiim  &  de   judices 


legibus  roboratum.  Post  hec  înterrocavi- 
mus  Pétrone  :  «  Qui  vellis  dicere  contra 
istum  judicium  ubi  ipsa  scriptura  est  in- 
serta, si  est  verus  aut  legibus  factus,  aut 
non  ?  »  Peter  dicxit  :  «  In  omnibus  verus 
est  &  legibus  factus,  sicut  ibidem  insertum 
abet  &  nullam  infamiam  contra  eum  di- 
cere non  possum,  nullo  quod  tempore.» 
A  tune  nos  judices  cum  vidissemus  quod 
Peter  sic  professus  fuit  ante  nos  &  sic 
ipsam  scripturam  conlaudavit,  sic  ordina- 
vimus  eum,  ut  suam  recognitionem  exinde 
scriptisque  fecisset,  sicut  &  fecit,  ubi  dici  : 
«  Recognosco  me  ego  omo,  nomine  Pe- 
ter, in  vestrorum  judicio  ad  petitione  de 
isto  omine  nomine  Richimiro,  qui  est 
mandatarius  Richimiro  abate  &  de  con- 
crecacione  Sancti  Johannis  monesterii, 
qui  situs  est  in  territorio  Carcasense  justa 
fluvium  Duramno,  de  id  unde  vos  judices 
me  interrogastis,  iste  relatus  quod  iste  Ri- 
chimirus mandatarius  ostendit  ante  vos  ad 
relegendum,  ubi  ipsa  scriptura  est  inserta 
de  casas,  curtes,  terra  &  vinea  qui  sunt 
infra  terminos  de  villa  Staciano,  territorio 
Narbonense,  quod  ego  tradidi  cum  ux-^ri 
mea  nomine  Vuarnetrude  ac  jamdicto  mo- 
nesterio,  si  est  verus  aut  legibus  factus, 
aut  non  }  Taliter  vero  me  recognosco  ego 
jamdictus  Peter,  quia  ipsa  scriptura  qui  ia 
ipsum  relatum  est  inserta,  ego  eam  feci 
autoricare  mea  jamdicta  de  supradictas 
res,  &  firmavimus  &  testes  firmare  rogavi- 
mus,  &  tradidi  ego  ipsas  res  per  ipsam 
scripturam  ad  ipsam  domum  Dei,  sicut  in 
ipsum  relatum  insertum  est;  &  iste  rela- 
tus vel  judicius  vel  qui  in  eum  ibidem 
insertum  abet  in  omnibus  verus  est  & 
legibus  factus,  &  nullam  infamiam  contra 
eum  dicere  non  possum  nec  odie  nec  nul- 
loque  tempore,  &  vera  est  mea  recogni- 
tio.  »  Cum  nos  judices  vidissemus  quod 
Peter  sic  conlaudavit  ipsam  scripturam, 
quod  fecit  &  tradidi t  ad  ipsam  domum 
Dei,  sic  interrocavimus  Savigildo,  si  pote- 
bat  abere  uUam  scripturam  aut  alia  re 
unde  ipsas  res  partibus  suis  vindicare  de- 
beat.  Savigildus  dicxit  :  «  Non  possum  nec 
odie  nec  nulloque  tempore  nisi  ista  scrip- 
tura quia  non  est  legibus  facta.  »  At  tune 
nos  judices  ordinavimus  Savigildo,  ut  eum 
excidere  fecisset  sicut  &  fecit,  &  suam  re- 


An 

862 


Fd.orig. 

t.  1, 
col.  Il 5. 


An 

86z 


335 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


336 


Éd.ong 

t.  I, 
col.  IIO, 


cognitionem  exinde  scriptis  fecîsset  sicut 
&  fecit,  ubi  dici  :  «  Recognosco  me  ego 
Omo,  nomine  Savigildus,  in  vestrorum  ju- 
dicio  a  peticione  de  isto  Richiniiro  qui 
est  mandatarius  Richimiro  abate  &  de  con- 
crecacionem  Sancti  Johanis  monesterii, 
qui  situs  est  in  territorio  Carcasense  su- 
per fluvium  Duramno,  de  id  unde  ille  me 
repetit  per  casas,  curtes,  terra  &  viuea 
qui  est  in  vijla  Staciano,  territorio  Nar- 
bonense,  unde  ego  autorem  debui  dare  in 
vestrorum  judicio,  set  minime  hoc  feci, 
qui  mihi  hoc  legibus  autoricasset  :  unde 
vos  judices  me  interrocastis,  si  abeo  exinde 
autores  vel  ullam  aliam  scripturam,  unde 
ipsas  res  superius  scriptas  partibus  meis 
vindicare  deveam.  Taliter  vero  me  recog- 
nosco ego  jamdictus  Savegildus,  quia  de 
ipsas  res  superius  scriptas  non  abeo  nec 
abere  possum  nec  scrip[tujram  nec  au- 
tores nec  nullum  indicium  veritatis,  pro 
quibus  ipsas  res  superius  scriptas  partibus 
meis  legibus  vindicare  debeam  nec  odie 
nec  nulloque  tempore,  nisi  ista  scriptura 
quod  ego  in  vestrorum  judicio  absisi,  quia 
non  est  legibus  facta,  quia  antea  fecit  ipsa 
scripturas  &  tradidit  ad  ipsam  domum  Dei 
quam  ad  me.  «  A  tune  nos  judices  cum 
vidissemus  taies  recognitiones  de  Pétrone 
&  de  Savilido  factas  &  firmatas  &  de  [ju]- 
dices  legibus  roboratas,  sic  perquisivimus 
in  lege  Cotorum,  in  libro  V,  titulo  Illl, 
era  VllP,  ubi  dicit  :  De  îs  qui  aliéna  ven- 
dere  vel  donare  presumserint.  Quotiens  de 
vendita  vel  donata  re  contentio  comobetur, 
id  est  si  aliéna  fartasse  vendere  vel  donare 
quemcumque  constiterit,  nullum  emtori  pre~ 
judicio  fieri  poterit,  set  ille  qui  aliénant  for- 
tasse  rem  vendere  vel  donare  presumsit,  du- 
plam  se  domino  cogatur  exolvere,  emtori 
tamen  quod  accepit  pretium  retiturus,  &  pe- 
nam  quam  scriptura  continet  inpleturus  :  & 
quicquid  in  profectu  conparate  rei  emtor  vel 
quod  donatum  accepit,  studio  sue  utilitatis 
agecerat,  a  locorum  judicibus  extimetur,  ad- 
que  ei  qui  laborare  cognoscitur  a  venditore 
vel  a  donatore  juris  alieni  sactisfactio  jure 
retatur.  Tune  nos  missus  &  judices,  cum 
vidissemus  taies  recognitiones  factas  &  fir- 
matas de  supradictos  omines  &  de  judices 
legibus  roboratas,  &  talem  rei  veritate  de 
Richimiro  mandatario  Richimiro  abate  & 


talem  lecum  obtoritatis,  tune  decrevimus 
judicium  per  legem  Cotorum,  &  ordinavi- 
mus  Randrico  misso  nostro  ut  super  ipsas 
res  venire  faciat,  &  de  furtibus  Pétrone 
eficat,  &  partibus  Richimiro  mandatario 
Richimiro  abate  dare  &  revestire  facit, 
sicut  lex  Cotorum  continet  &  in  une  ju- 
dicium insertum  abet.  Dato  &  confirmato 
judicio  XITII  kalendas  decembris,  anno 
XXIII  régnante  Karolo   rege. 

S.  Adefonsus.  S.  Ermenfredus.  S.  Teu- 
defredus. 

Teudemirus  qui  hune  judicium  scripsi, 
una  cum  lifteras  superpositas  super  verre 
VII  &  subseripsi  sub  die  &  anno  quod 
supra. 


162.  —  LXXXIX 

Extrait  d'une  charte  de  Charles,  roi 
de  Provence  6*  fils  de  l'empereur 
Lothaire ,  en  faveur  de  l'église  de 
Viviers  ' . 

IN  nomine  Domini  nostri  Jesu  Christi 
Dei  aeterni.  Carolus  divina  ordinante 
providentia  rex,  Lotharii  quondam  piis- 
simi  augusti  &  inclyti  filius.  Sublimitas 
regalis  magnitudinis,  &c.,  quamobrem  in- 
dictum  sit  omnibus,  &c.,  quod  Gerardus 
illustris  cornes  ae  magister  noster  nos- 
tram  humiliter  poposcit  elementiam,  qua- 
tenus  ad  animae  &  parentum  nostrorum 
remedium  res  quasdam  sancti  Vincentii 
Vivariensis  eeclesiae,  ad  comitatum  per- 
tinentes, propter  inopiam  rerum  episco- 
palium  ad  episcopatum  redderemus,  ae 
largitatem  istius  exhibitioni  quatenus  per- 
petualiter  inconvulse  eas  tenere  posset, 
certo  concessu  eas  eeclesiae  praeeepto 
auctoritatis  nostrae  confirmaremus.  Cujus 
postulationi  ut  praefertur  rationabili  au- 
rem  niansuetudinis  nostrae  assensibiliter 
inclinantes,  hoc  magnitudinis  nostrae  de- 
cretum  fieri  censuimus,  per  quod  statuen- 
tes  donamus  ipsas  res,  hoc  [est]  tenementi 
ad  insulam  quae  Formicaria  voeatur  secun- 
diim  antiquam  integritatem  cum  suis  con- 

'  Archives  de  l'église  de  Viviers. 


An 
862 


An 
862 

22  dé- 
cembre. 


■■;;        33?                          PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  338  

An  '  An 

tiguis,  sicut  ad  comitatum  tenebatur,  prae-  vindimus  vobis  medietatem  de  terra  nos- 

fatis   ecclesiae    &  successoribus    ejus    epi-  tra  quam  abemus  ex  coniparatiouem,  tani 

scopis,  &  constituimus  quatenus  per  hanc  cultum  quam  etiam  incultum ,  cum  arbo- 

nostram    auctoritatem     ab     hodierna    die  ribus  poniiferis  &  inhonestis,  cum  pratis, 

deinceps    tam    Bernoinus    episcopus,    qui  pascuis,  silvis,   garricis,  aquis  aquarum, 

nunc    praefatae    praeest    ecclesiae,    quam  vie  ductibus  &  reductibus,  in  omnia  quod 

successores  ejus  advenientibus  temporibus  dici   vel   nominari  potest,  quod   modo  in 

habeant  quemadmodum  de  aliis  rébus  suae  ipsa  terra  vel  adjacentia  sua  continetur,  ut 

sedis  absque  ullius  contradictione  vel  re-  deinceps    nos    ipsi    edificia    ibidem    opère 

nunciatione    quidquid    juste    &    legaliter  construxerinuis,  in  ecclesiis,  domibus,  cur- 

voluerint  potestatem  faciendi.  Et  ut  haec  tis,   molendinis,  ortis,  vineis   vel   oliveta 

nostra  constitutio,  &c.  &  omnes  labores  quas  ipsa  terra  exercue- 

Signum    Caroli   régis.  Gerardus   cancel-  rimus,  medietatem  vobis  vendimus  ad  pro- 

larius.  prium  ab  intègre.  Et  infrontat  ipsa  terra  de 

Datum  XI  kalendas  januarii,  anno  VII'  uno  latus  in  via  que  vadit  per  ipsa  Com- 

regni  domni  Caroli  gloriosissimi  régis,  in-  bella  &  pergit  ad  montem  que  dicitur  Be- 

dictione  XI.  Actum  Meltavo  villa'  in  Dei  taria,  de  alio  latus  infrontat  in  ipso  ribo 

nomine  féliciter.  Amen.  que  dicitur  ad  Campo  Longean  &  pervenit 

usque   ad   ipsas  Rocas.  Et  accepimus   nos 

La  date   de  cette  charte,  qui   n'a  pas  été  vinditores    de    présente    manibus    nostris 

donnée  assc:^  exactement  par  le  P.  Columbi,  recepimus  &  nichilque  de  ipso  pretio  apud 

de  Episcopis  Vivarieusibus,  p.  2o3,  £•  par  vos    emptore    remansit;    est    manifestum. 

JS/iNL.  de  Saînte-JVLarthe,  Gallia  Christiana  Quem  vero  medietatem  in  prescripta  terra 

vêtus,  t.  3,  c.   1177,  est  prise  d'un  Vidinuis  cum  omnia  quod  ibidem  abeatur  vel  dein- 

de  Van    1268,   &  d'un  procès-verbal  de  Van  ceps   in  ea  bedifîcatum   fuerit,  de   nostro 

1407,  qui  sont   aux   archives  de  Véglise   de  jure  in  vestro   tradimus  dominio  ad  per- 

Viviers^  &  qui  ont  été  vus  par  M..  Lancelot,  abendum    ad    proprium    ab    intègre,    cum 

notre  censeur.  [Remarque  des  Bénédictins.]  omni  voce  oppositionis  nostre  vel  repeti- 

tionis  abendi,  vindendi,  commutandi  vel 

quidquid  de  jamdicta   terra  facere  volue- 

ritis  abeatis  potestatem  ex  presenti  die  & 

l63.  tempore.   Et  qui   contra   hanc   scripturam 

vindictionis  a  nos  vobis  facta  &  a  vos  re- 

Vente    faite     à     Audesînde ,     évêqiie  cepta  venerit  ad    inrumpendum    aut   nos 

i,r,^                     j           ^'        t:     r       j  <  •  venerimus,    inférant  vel    inferamus  vobis 

a  hlne .   par  Amantiiis  iy  Laudeia-  .                    .                                    , 

\  '■  aut  partique  vestre  ipsa  terra  quantum  ad 

nuSj  prêtres  •  .  ^^  tempore  immeliorata  fuerit,  cum  pres- 

D^    •    •     v7   „  A  ™      .•  crinto  pretio  dupla  vobis  perenniter  abi- 

omini.  Nos  Amantius  près-  '-"i-"-'^   V                 1             .'.,... 

An        I    i--..       o     n      A   •         ,          „v,-.        •       1   •  tura,  de  insuper  hec  scnptiira  vindictionis 

'^^       1  biter  &  Caudeianus  presbiter  simul  in  i"»"?  uv,          ^            .          '         ,   . 

863                     .    j.                 -t.     A  .  1   „:     1^       •  inrumpi  non  permittatur,  sed   in  omnibus 

unum  vinditores  vobis  Audesindo  episcopo  i'""'"!''              i                      ' 

""""•  emptori  nostro.  Constat  nos  vobis  vindere  ^"^^^"^  ^  ^^^^'^^"^  ^^^^'  roborem.  Facta 

deberemus,  sicuti  &  per  banc  scripturam  scriptura  vindictionis  sub  die  V  idus  mar- 

•    T   .•      •           .        •     i:~    „    ^k-,„   :         u  tii,    anno    XXIII    régnante    Karulo    rege. 

vindictionis  nostre  vindimus  vobis,  in  sub-  i'm    "                             h                                   5 

urbio  Elenense,  in  valle  Confluente,  infra  Amantius  presbiter  qui  hanc  scriptura  leci 

fines  de  villa  Verneto,  ad  locum  ubi  vo-  vindictionis.  Caudeianus  presbiter  qui  hanc 

cabulum   est  ad  Cario-Farinazio,  ibidem  scriptura  feci  vindictionis.  Bellus  presbi- 

ter.  Signum  Wirguni.  Signum   rructuosi. 

Sicrnum  Aldoni.  Signum  Petroni.  Aimericus 

'  Alias  \yn.  ^                                 ^ 


,  ,,\     „.  ,"         ...  presbiter.    Eldeborus    levita.    Jheronimus 

'  Alias  Bieltavo  villa.  J  i  •  i  •     j- 

3  Cartulaire  d'Elne,  f  .3.  v"  ;  &  copie  dans  la  diachonus.  Sanctus   presbiter  hanc  vindic- 

collection  Moreau,  à   la    Bibliothèque   nationale,  tionem    scripsi    &    subscnpsi    die    &    auno 

vol.  2,  f°  37.  quo  supra. 


339 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


340 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  117. 


An 
865 


~  quinque  &  serratorum  &  ab  integrum,  & 

ad  Sudes  mansos  duos,  &  in  alio  loco  in 

164.    —   XC  Talupio  vel  quaiitum  ibi  aspicit  similiter 

condonamus,  &  in  Rovorianicas  quantum 

Donation  de  Bertei-^,  comtesse  de  Tou-  visi  sumus  habere,  similiter  &  in  Valilias 

louse,  au  monastère  de  Vabre\  mansos   duos   cum    ipsis   mancipiis,  &   in 

Cogiaco    mansos   duos   cum    Ingelberto   & 

PRISCARUM  legum  imperatorum  &  con-  infantes  suos,  &  in  Nastogilo  mansos  qua- 
sulum  decrevit  auctoritas,  ut  qualis-  tuor,  in  Buciago  mansos  très,  &  in  Cagio 
cumque  persona  ex  nobili  ortus  génère  quantum  visi  sumus  habere  similiter  cou- 
res suas  in  alieno  jure  transferre  voluerit  donamus,  &  ad  Petra  super  fluvium  Tarno 
tam  in  ecclesiis  quamque  &  in  aliis  bomi-  vinea  una.  Haec  omnia  superius  nominata 
nibus  per  cartas,  codicillos  &  légitimas  ad  jamdictum  monasterium ,  ubi  venera- 
traditiones,  licentiam  habeat  id  faciendi.  bilis  vir  Adalgisus  custos  &  rector  sanctae 
Quamobrem  ego  in  Dei  nomen  Berteiz  co-  congregationis  sub  régula  sancti  Benedicti 
mitissa  &  filius  meus  Bernardus  comes  &  degentium  esse  videtur,  pro  remedium 
marchio  Tolosensis  divina  annuente  gra-  animae  domini  nostri  Raymundi  manibus 
tia  pertractavimus  casum  humanae  fra-  tradimus,  transferimus  atque  transfundi- 
gilitatis,  metuentes  diem  extremum,  ne  mus  in  stipendia  monachorum  &  in  sus- 
subita  mors  improvisa  adveniat  &  suae  ceptione  hospitum,  in  eleemosynas  paupe- 
mortis  laqueos  tradat,  &  ut  nobis  Domi-  rum,  ut  habeant,  teneant,  possideant  & 
nus  veniam  donare  dignetur,  cedimus  ces-  faciant  exinde  pars  monasterii  quidquid 
sumque  in  perpetuum  esse  volumus  res  juste  &  rationabiliter  facere  voluerit,  li- 
proprietatis  nostrae,  quae  sunt  sitae  in  centiam  habeat  in  omnibus  faciendum 
pago  Ruthenico,  in  vicaria  nuncupante  quidquid  voluerit.  De  repetitione  vero 
Curia  &  valle  Sorica  vel  in  Tarnesca,  ad  dicimus,  quod  fieri  nuUatenus  credimus,  si 
monasterium   qui  est   situs  super  fluvium  nos  ipsi,  quod  absit,  immutata  voluntate 


quae  dicitur  Dordone  &  est  nuncupatus 
Waber,  &  est  in  honore  sancti  Pétri  & 
sancti  Dionesii  ceterorumque  sanctorum 
quorum  ibi  reliquiae  continentur,  quem 
domnus  &  genitor  noster  Raymundus  mar- 


aut  ullus  de  haeredibus  nostris  vel  quisli- 
bet  immissa  persona  contra  banc  cessio- 
nem ,  quam  nos  promta  voluntate  pro 
amore  Del  fecimus,  ire  aut  resultare  prae- 
sumpserit,  quod  petit  non  vindicet  &  ejus 


An 
865 


chio  quondam  Tolosensis  una  cum  geni-  petitio  nullam  obtineat  firmitatem,  sed  in- 

trice  mea  Berteiz  jamdicta  construxit  vel  super  cogente  fisco  componat  auri  libras 

construere  jussit.  Imprimis  pro  remedium  viginti,  argent!  pondère  centum,  sed  prae- 

animae   jamdicti    Raymundi   &  nostrarum  sens  cessio  ista  omnique  tempore  inviola- 

animarum    mercede   cedimus  villa  Calmi-  bilem  obtineat  firmitatem.  Facta  cessione 

lius  cum  omnibus  appenditiis  suis  vel  cum  ista  XI  '  calendas  madii,  in  die  sancto  sab- 

mancipiis  ibidem  pertinentibus,  &  in  alio  bâti  Paschae,  anno  XXV  régnante  Carolo 

loco  qui  dicitur  ad   illa  Brugaria  mansos  rege. 

duos,  &  in   Combarense  in   villa  Ribdgo  Et  cedimus  vobis  servo  nostro  nomine 

mansos  duos,  &   in   Peredo  mansos  duos,  Franconi  filiam  Trudmor.  Signum  Berteiz 

&  in   Segalare    manso  uno,  &  in  Monte-  comitissae  quae  cessione  ista  fieri  vel  ad- 

calvo  manso  uno,  &  in  Betianus  quantum  firmare  jussit.  Signum  Bernardo  comiti  seu 

visi  sumus  habere,  &  in  Larciaco  simili-  duce,   qui  ambo  pariter  fieri    rogaverunt. 

ter,  &  in  Vigrone   mansos  quatuor,  &  in  S.  Hictori.  S.  Dructamno.  S.  Tedico.  S.  Ber- 

Croseto   similiter,    &    in    Casania    mansos  caudis.  S.  Begoni  vicecomiti.  S.  Oncolentz. 

S.  Jorius.  S.  Beroz.  S.  Raymundo.  Ermen- 

ricus  levita  scripsit. 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  11$. 


'  Archives  de  l'église  de  Vabre,  &  copie  dans  la 
collection  Doat ,  à  la  Bibliothèque  nationale, 
vol.  148,  f°  26.  —  GalUa  Chrïsti<ina ,  nov.  edit, 
t.  I.  Instrumenta,  p.  56, 


'  Le  texte  porte  xy, 


341 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


34: 


i65. 


166. 


Réclamation  faîte  en  présence  de  Fré- 
dol,  archevêque  de  Narbonne,  par 
Egika,  abbé  de  Cannes  \ 


NTERPELLAVIT  Egika  abbas  nio   asterii 

apostolorum   Pétri    &   Pauli   c[uem  vo- 

.  jii  cant  Cannas  in  sinodo  vel  concilie  epi- 
scopali  coram  Fridaldo  Narbonensi  ar- 
chiepiscopo,  Alarico  episcopo,  Durando, 
Eldefredo  &  Daniele  archipresbyteris , 
Bellone,  Poliresindo  &  Placido  presbite- 
ris,  Adanlfo  cum  judicibus  qui  jussi  sunt 
causas  dirimere  &  legibus  defînire,  cum 
rangeburgibus  id  est  Gaugino,  Guilardo, 
Manuele,  Arniago,  Madeniane,  Juvino, 
Teurisilone,  Senderedo,  Beraue  judicibus, 
in  villa  Pratas,  in  territorio  Narbonensi; 
interpellavit,  inquam,  Deodatum  presbi- 
terum  quod  venisset  infra  monetates  jam- 
dicti  monasterii  violenter  &  prendidisset 
ejus  presbiterum  nomine  Ennegonem,  eum 
astrinxisset  &  tulisset  ei  annonam  &  vi- 
num  &  alias  res  in  tertium.  Interrogatus 
ab  episcopis  &  judicibus  &  rangeburgis 
sive  &  presbiteris,  Deodatus  respondit  se  id 
fecisse  mandante  Fridoldo  archiepiscopo. 
Quo  asserente  se  jussisse  quidem  Vulfirio 
archidiacono  &  memorato  Deodato  ut  re- 
ciperent  tertium  &  paratas  in  Minerbense 
de  ipsius  ecclesiis,  non  tamen  de  monetate 
&  ecclesiis  praefati  monasterii,  «  quia  num- 
quam,  inquit,  antecessores  mei  fecerunt, 
sic  &  ego  non  praesumo  facere.  »  Quibus 
auditis,  ordinaverunt  judices  &  episcopus 
Deodato  ut  legibus  componeret  annonam, 
vinum  aliasque  res  superius  scriptas  & 
monetate  Egicano  abbati  &  ejus  congre- 
gationi.  Actum  mense  junio,  anno  XXVI 
régnante  Karolo  rege. 

'  Archives  de  l'abbaye  de  Cannes.  —  Monasticon 
Benedictinum,  ms.  latin   \z66/[,  f"  345. 


Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  fa- 
veur du  monastère  de  Saint-Vin- 
cent y  en  Be-{audun\ 

N  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita- 


I 


tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  erga  loca  ^y^ 
divinis  cultibus  mancipata  Deoque  in  eis- 
dem  famulantibus  bénéficia  opportuna  lar-  février, 
gimur,  praemium  aeternae  remunerationis 
ob  id  nobis  rependi  non  diffidimus.  Idcirco 
noverit  omnium  sanctae  Dei  Ecclesiae  fi- 
delium  nostrorumque  praesentium  scili- 
cet  ac  futurorum  solertia,  quia  Angarius 
dilectus  nobis  cornes  innotuit  serenildti 
nostrae  qualiter  quidam  venerabilis  abba 
nomine  Rimila  quandam  cellam  in  pago 
Bisuldunense  in  honore  sancti  Juliani  & 
sancti  Vincentii  construxerit  &  de  inculte 
eremo  ad  terrae  culturam  perduxerit.  Qua- 
propter  altitudinis  nostrae  clementiam 
humiliter  postulavit,  ut  idem  monasterium 
cum  eodem  abbate  &  monachis  cunctis- 
que  sibi  pertinentibus  rébus  sub  tuitionis 
nostrae  munimine  &  immunitatis  defen- 
sione  sicut  &  alia  regni  nostri  monaste- 
ria  susciperemus.  Insuper  petiit  ut  quod- 
dam  villare  nomine  Revidager,  in  eodem 
pago  a  quibusdam  Gothis  &  Guasconibus 
exartatum  &  de  eremi  solitudine  ad  cul- 
turam perductum  atque  constructum,  ei- 
dem  sancto  loco  pro  animae  nostrae  abso- 
lutione  largiri  dignaremur.  Cujus  justis  & 
rationabilibus  animaeque  nostrae  profi- 
cuis  precibus  aurem  celsitudinis  nostrae 
accommodantes,  hoc  largitionis  atque  im- 
munitatis nostrae  praeceptum  fieri  eidem- 
que  sancto  loco  dari  jussimus,  per  quod 
praefatum  monasterium  cum  praefato  ab- 
bate ac  monachis  cunctisque  sibi  perti- 
nentibus rébus  &  praedictas  res  a  nostra 
munificentia  sibi  largitas  sub  immunitatis 
nostrae  defensione  regiaque  tuitione  sus- 
cipimus.  Praecipientes  ergo  jubemus  ut 
nullus  judex  publicus  vel  quilibet  ex  judi- 
ciaria  potestate  in  ecclesias  aut  loca  vel 
agros    seu    reliquas    possessiones    praefati 


Recueil   des  historiens  de  France,  t.  8  ,  p.  600. 


An 
866 


343 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


344 


An 

866 

I4  mal 


monasterii,  quas  moderno  tempore  in  qui-      tio  solidi  unius.  Actum  pridie  idus  madii, 
buscumque  pagis  vel  terri toriis  infra  di-      anno  xxvi  régnante  Karulo  rege. 
tionem  regni  nostri  juste  &  legaliter  pos- 

sidet    vel    quae    deinceps    in    jure    ipsius  II.  —  Ahilo  '   &   filius   ejus   tradiderunt 

sancti  loci  divina  pietas  augeri  voluerit,  ad  de  jure  suo  in  dominio  Egicani  abbatis  & 
causas  audiendas  vel  freda  exigenda  aut  monachorum  monasterii  apostolorum  Pe- 
mansiones  vel  paratas  faciendas  aut  fidei-  tri  &  Pauli  de  Caunis  quandani  terram 
jussores  toUendos  aut  homines  ipsius  mo-  sitam  in  territorio  Minerbense,  in  subur- 
nasterii  tam  ingenuos  quam  servos  super  bio  Ventaionense,  in  terminio  villae  Eve- 
terram  ipsius  commanentes  distringendos  rata.  Actum  xvill  kalendas  julii,  anno  xxvi 
nec  allas  redhibitiones  vel  inlicitas  oc-  régnante  Karulo  rege. 
casiones    requirendas     nostris     futurisque 

temporibus  ingredi  audeat  vel  ea  quae  su-  III.  —  Wifredus'  &  uxor  ejus  Rihisenda 

pra  memorata  sunt  peuitus  exigere  prae-  vendiderunt  Egikano  abbati  &  cunctae 
sumat.  Sed  liceat  memorato  abbati  suisque  congregationi  sanctorum  apostolorum  Pe- 
successoribus  res  praedicti  monasterii  sub  tri  &  Pauli  quandam  vineam  sitam  in  pago 
immunitatis  nostrae  defensione  quieto  or-  Narbonense,  in  suburbio  Ventaionense,  in 
dine  possidere.  Et  quando  divina  voca-  termino  villae  Trenciani,  precio  IV  soli- 
tione  praedictus  abba  ab  hac  luce  migra-  dorum.  Actum  IV  kalendas  junii,  anno 
verit,  quamdiu  inter  se  taies  invenire  XXIX  régnante  Karolo  rege. 
poterunt,  qui  ipsam  congregationem  se- 
cundum    regulam    sancti  Bencdicti   regere  IV.  —    Meregoucia  '    donavit    Egigaiîo 

valeant,  per  nostrum  consensum  licentiam      abbati  &  ejus  congregationi in  terri- 

habeant  ex  se  eligendi  abbates.  Et  ut  haec      torio   Narbonensi ,   in   suburbio   Ventaio- 
nostrae  largitionis  atque  immunitatis  auc-      nensi,  &c.  Actum  lir  kalendas  novembris, 
toritas  majorem  in  Dei  nomine  per  futura      anno  XXX  régnante  Karulo  rege. 
tempora  obtineat  vigorem,  manu  propria 

subter  eam  firmavimus  &  de  anulo  nostro  ""  ~ 

sigillari  jussimus. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis. 

Hildeboldus  notarius  ad  vicem  Ludovici 
recognovit. 

Data  octavo  kalendas  martii,  indictione 
XIV,  anno  xxvi  régnante  Karolo  glorio- 
sissimo  rege.  Actum  Karisiaco  palatio,  in 
Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


An 
866 


An 

866 

14  juin. 


An 
869 

29  mai. 


An 


3o 
octobre. 


167. 

Extraits  de  quelques  chartes   de 
V  ah  baye  de  C  aunes. 

I.  —  GuNTARius'  &  uxor  ejus  Mirne- 
senda  vendiderunt  Egicano  abbati  vel 
cunctae  congregationi  sancti  Pétri  &  Pauli 
terram  cultam  sitam  in  territorio  Carca- 
sense  infra  termines  villae  Gloganae  pre- 


'  Monasticon    Benedictinum ,   ms.    latin    12664, 
f  345. 


-       168. 

Vente  faite  par  Recosîndus  à  Oliha  ^ 
à  sa  femme  Jvane,  d'un  alleu  dans 
le  territoire  de  Céret^. 

IN  nomine  Domini.  Ego  Recosîndus  qui 
sum  vinditor  Olibane  &  uxori  suo  Avane. 
Quia  placuit  in  animis  meis  &  placet,  nul- 
lius  cogentis  imperio  nec  suadentis  ingé- 
nie, sed  propria  &  spontanea  hoc  elegit 
mihi  bona  voluntas  aut  vobis  vindere  de- 
bemus,  ita  &  vindo  vobis  alodem  meum, 
qui  est  in  comitatu  Rosolionense  vel  in 
valle   Asperi ,   in  vigo   Cereto-    in    ibidem 


'  Monasticon  Benedictinum^  ms.  latin  12664, 
f°  345. 

=■  Ibld. 

3  Ihid. 

^  Cartulaire  d'EIne,  f»  36i  v"  j  &  copie  dans  la 
collection  Moreau,  à  la  Bibliothèque  nationale, 
t.  2,  f°  56. 


An 
866 


24 
juillet- 


An 
866 


345 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


346 


villa  vindo  vobis  casas,  casalibus,  ciim  cur- 
tibus,  curtalibus,  ortis  &  ortalibiis,  pomi- 
feris  vel  inipomiferis ,  terras  vel  vineas, 
tam  cultum  quam  incultum,  molinis,  mo- 
linariis,  aquis  aquarum  cum  ipsos  caput 
aquis,  pratis,  pascuis,  silvis,  garricis,  vie 
ductibus  &  reductibus;  &  in  alio  loco  ubi 
vocabulum  est  Monte  Acuto  vindo  vobis 
casas,  casalibus  eu  ni  curtes  &  orreos  & 
ortos  &  ortalibus  &  terras  vel  vineas,  cul- 
tum vel  incultum 3  &  in  alio  loco  infra  fines 
de  Serralonga,  que  vocant  Insolas,  vindo 
vobis  casas,  casalibus,  ortis  &  ortalibus  & 
ipsas  terras  qui  ibidem  suntj  &  in  alio  loco 
ubi  vocabulum  est  Felgares,  vindo  vobis 
casas,  casalibus  cum  curtis  &  ortos  &  or- 
talibus &  terras,  cultum  vel  incultum.  Ista 
omnia  quod  superius  resonat,  sic  vindo 
vobis  omnem  hereditatem  meam  qui  michi 
advenit  de  parentorum  meorum  seu  ex 
comparatione  vel  ipsa  bereditate,  qui  mi- 
chi advenit  de  fratre  meo  nomine  Oriolo, 
qui  fuit  quondam.  Ista  omnia  quod  supe- 
rius resonat,  sic  vindo  vobis  omnia  &  in 
omnibus  quicquid  visus  sum  habere  vel 
possidere,  sic  vindo  vobis  cum  exio  & 
regressio  &  cum  omni  superposito  suo  & 
cum  illorum  affrontationes  ab  integro,  & 
accepi  ego  vinditor  de  vos  emptores  pre- 
tium  sicut  inter  me  &  vos  bone  pacis  pla- 
cuit  atque  convenit  moderato  &  definito 
solidos  ce  tantum,  quod  vos  michi  de- 
distis  &  ego  de  présente  recepi  &  nichil 
de  ipso  pretio  super  vos  non  remansit, 
est  manifestum.  Ut  de  ex  presenti  die  & 
tempore  quicquid  de  ista  omnia  facere, 
agere,  vindere  aut  commutare  volueritis, 
in  Dei  nomine  habeatis  potestatem  omni- 
que  tempore.  Quod  si  ego  Recosindus  aut 
aliquis  de  fratribus  vel  de  heredibus  meis 
aut  ulla  subrogata  persona  hominum  ad 
inrumpendum  venerit  aut  ego  venero,  in- 
feram  vel  inférant  vobis  ut  in  alio  loco 
duplo,  ubi  perpetim  habitura  &  in  antea 
ista  vinditio  firmis  permaneat  omnique 
tempore.  Facta  scriptura  vinditione  in 
mense  julio,  viiii  kalendas  augusti,  anno 
XXVII  régnante  Carlo  rege.  Signum  Reco- 
sindus qui  istam  cartam  vinditionis  feci  & 
testes  firmare  rogavi.  Signum  Sendredus. 
Signum  Ermenardo.  Signum  Vinfredo.  Sig- 
num Richelmo.  Signum  Adroarius.  Signum 


I 


Ermenardus.  Teudefredus  presbiter  qui 
istam  cartam  venditione  scripsit  &  sub- 
scripsit  die  &  anno  quod  supra. 


169. 

Jugement  rendu  au  nom  du  comte 
Salomon  '. 

N  judicio  Salomonis  comitis,  Eldesindo 
vicecomite  &  de  judices  qui  jussi  sunt 
causas  audire,  dirimere  vel  judicare,  id  est 
Trasebado,  Ermemiro,  Absalon,  Longo- 
bardo,  Berane,  Galindone  judicum  &  in 
praesentia  Wiliemundo  presbitero,  Wa- 
larico  presbitero,  Wilterico,  Suniario, 
Wanzane,  Suniario,  Fredenando,  Sanson, 
Dodone  &  Gintile  saione  vel  aliorum  plu- 
rimorum  bonorum  hominum  qui  in  ipso 
judicio  residebant,  veniens  homo  nomine 
Ricosindus  quique  mandatarius  Salomoni 
comité  causas  perquirere  vel  mallare,  unde 
&  dicens  ;  «  Audite  me  cum  isto  mandata- 
rio  de  Witizane  abbate  &  Protasio  presbi- 
tero, qui  ipsas  cartas  accepit  de  ipsum  alode 
de  villa  Canavellas  &  Tresvallos  &  Ucenias 
de  Anna  &  Eldeberto  abbate  &  eas  protulit 
in  judicio  qualiter  tenet  in  ipsis  supradic- 
tis  locis,  casalibus,  vineis,  terris,  hortos  & 
arbores  qui  débet  esse  de  beneficio  seniori 
nostro.  »  Tune  ipsi  judices  ad  ipsum  man- 
datario  nomine  Wardina  dixerunt  :  «  Quid 
ad  haec  respondes?  »  Et  ille  dixit  :  «  Ego 
omnia  ista  teneo  per  isto  mandato  cujus 
vocem  prosequor  per  cartas  legibus  faetas 
quas  fecit  Anna  &  Eldebertus  abba  cum 
monaehis  suis  &  ad  illos  fecit  Rotrudes 
pro  eleemosyna  &  illud  aliud  dimisit  filiae 
suae  Annae,  &  illa  fecit  carta  faciente  Pro- 
tasio ad  domum  Sancti  Andreae  eleemosina- 
rum.  »  Iterum  praedicti  judices  Recosindo 
misso  comitis  dixerunt  :  «  Potes  habere 
testes  aut  scripturas  aut  ullum  indicium 
veritatis,  unde  legibus  convincere  possis 
ut  per  trigenta  annos  quieto  ordine  fuisset 
beneficius  &  proprius  non  debuisset  esse 
de  ista  Anna  aut  de  matre  sua  Rotrude  aut 

'  Cartulalre  d'Exala.  —  Baluze,  Regum  Franco- 
rum  Cap'itularia,  t.  2,  c.   1490. 


An 
866 


An 

868 

18  uoùt. 


An 
868 


347 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


348 


I 


170. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour 
le  monastère  d'Arles\ 

N   nomine    sancfae   &  individuae  Trini- 


avio  siio  Berane  comité  aut  in  isto  aut  in 
alio  aut  in  tertio  placito?  »  Et  ille  Reco- 
sindus  in  suo  responso  dixit  :  «  Noii  pos- 
sum  habere  qiiod  dicitis  nulloque  tem- 
pore.  »  Tune  ipsi  judices  interrogaverunt 
ipsum  mandatario  coenobio  Sancti  Andreae 
si  potuisset  adsumere  vocem  datoris  &  fir- 
mare  legibus  cum   testimonia  ipsas  cartas 

&  ipsum  alodum  ut  infra  istos  trigenta  ^  ^^^'S-  Karolus  gratia  Dei  rex.  Quicquid 
annos  aut  supra  legibus  aut  quiète  tenuis-  V^^  ^ei  sanctorumque  amore  &  honore 
set  aut  possessores  fuissent  Anna  aut  ma- 
tre  sua  Rotrudes  qui  istas  cartas  donatio- 
nis  eleemosynarum  fecerunt  ad  Sanctum 
Stephanum  vel  Sancto  Andreae  ex  voci  vel 
patri  suo  Berane.  Et  ille  respondit  :  «  Sic 
possum  habere  taie  testimonia  quomodo 
Bera  cornes  habuit  ipsum  alodem  ex  com- 
paratione  vel  alode  parentorum  suorum  & 
quiète  possedit  &  dimisit  filia  sua  Rotrude, 
&  Rotrudes  quiète  tenuit  per  trigenta  an- 
nis  &  supra  &  quiète  dimisit  fîliae  suae 
Annae  vel  Eldeperto  abbate  pro  carta  do- 
nationis  per  legis  ordine.  »  Unde  sic  dédit 
iste  Wardina  mandatarius  vel  Protasius 
presbyter  taie  testimonia  qui  juraverunt 
ad  séria  cmiditione  sicut  superius  scrip- 
tum  est.  Iterum  praedicti  judices  Reco- 
sindo  mandatario  Salomonis  comitis  dixe- 
runt  :  «  Fac  cito  exvacuationem ,  sicut 
superius  responsum  dedisti.  »  —  «  Sic  me 
exvacuo  ego  Recosindus  ab  interrogatione 
judîcum  quod  non  possum  diffamare  ipsos 
testes  &  ipsas  scripturas,  nec  testes  am- 
pliores  nec  meliores  ut  legibus  convincere 
possim  ut  beneficius  debeat  esse,  nec  per 
scripturas  nec  per  ullum  indicium  veritatis 
nec  in  isto  placito  nec  in  alio  nec  nullo- 
que tempore,  &  haec  mea  evacuatio  vera 
est  quod  negare  [non]  possum  in  vestro  su- 
pradicto  judicio.  »  Facta  exvacuatione  sub 
die  XV  kalendas  septembris,  anno  XXVIIII 
régnante  Karulo  rege.  Recosindus  sub- 
scripsi  &  feci.  Fredemundus  subscripsi. 
Signum  Ermefredi.  Signum  Godemarii. 
Vacanus  subscripsi.  Sig.  Ermenrici.  Sig. 
Isidori.  Sig.  Ausiliro.  Sanson  subscripsi. 
Ennimirus.  Galindo  subscripsi.  Absalon 
subscripsi.  Titwardo  subscripsi.  Bera  sub- 


scripsi. Juliono  Dei  miseratione  presbyter      ^^^  Villa-Asperia  prope  supradictos  balneos 
qui   bannum    evacuationis  scripsi  &  sub- 
scripsi sub  die  &  anno  qUO  supra.  '  ^i^rca  Hlspanlca,  c  793  j  ex  canularlo  monas- 

terii  Arulensis. 


An 
869 

23 


agimus,   profuturum    nobis   ad    praesentis     f*Jvrier. 
vitae   curricula  felicius    transigenda  &  ad 
futurae  beatitudinis  praemia  facilius  obti- 
nenda   non   dubitamus.    Comperiat    igitur 
omnium    fidelium    sanctae    Dei    Ecclesiae 
nostrorumque   praesentium  ac  futurorum 
solertia,  quod  ob   Dei  &  sanctae  Mariae 
ejusdem  Dei  genitricis  amorem  &  hono- 
rem    libuit    celsitudini    nostrae    quoddam 
monasterium   in  honore  ejusdem   sanctae 
Mariae  in  pago  Rossilionensi  in  Valle-As- 
peria  fundatum,  cum  Hilperico  venerabili 
ejusdem   coenobii   abbate  cunctisque   mo- 
nachis  sibi  subjectis  omnibusque  sibi  per- 
tinentibus    &    appenditiis    suis,    in     nos- 
trae immunitatis  munimine  defensionisque 
mundeburdo  recipere  ac  firm-iter  Domino 
protegente    tenere.    Unde   hoc   altitudinis 
nostrae  praeceptum  fieri   eidemque    sacro 
loco   dari    jussimus,   per  quod   praefatum 
monasterium  cum  eodem  abbate  &  mona- 
chis  sibi  subjectis  cunctisque   appendiciis 
suis,  cum  ecclesia  Sancti  Johannis  in  loco 
qui  dicitur  Riart  sita,  &  in  comitatu  Rus- 
silionensi  cella  quae  vocatur  Cotsio,  &  su- 
per fluvium  Fullonicas  cella  Sancti  Mar- 
tini cum  ipso  Fontanile,  jiixta  praefatum 
monasterium    cella    sancti   Quintini    mar- 
tyris  cum   balneis  omnique  integritate,  & 
in  ipso  pago  super  rivum  Ferrari i  villare 
quem  ipsi  monachi  de  Raganteo  compara- 
verunt,  &  in  pago  Bisuldunensi  super  flu- 
vium  Sambucae   cella   Sancti    Pétri,  &  in 
ipso  pago  qui  dicitur  Cerasia  cella  Sancti 
Michaelis  &  cella  quae  dicitur  Casa  Mauri 
cum  suis  terminis  &  villare  Albaniano  cum 
suis  terminis,  &  in  villa  Cuberia  cella  Sancti 
Cypriani,  &  in  praefato  pago  Russilionensi 


An 
Sôç) 


349  PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC.  35o 

villare  qui  dicitur  Cotaletus  cum   finibus 

&  atljaceutiis   suis  cuuctisque   sibi   perti- 

nentibus,  cum  omnibus  etlam  ad  praefa-  lyï* 

tum  monasterium  aspicientibus,  cum  do- 

mibus,    aedeficiis,    curtiferis ,   viridariis,  Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour  le 

hortis,vineis,  terris,  silvis,  pratis,  pascuis,  _^        ,-       j     n      -j    , 

',  .'/         ' ',       ..  '  monastère  de  ôorede\ 

aquis    aquarumve    decursibus,    farinarns, 

piscatoriis,exitibus  &  regressibus  omnibus-  JN   nomine  sanctae  &   individuae  Trini-   " ■ 

que  aut  regali  dono  aut  quorumlibet  Deum  -*■   tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Quicquid      A," 

timentium   largitionibus   aut  comparatio-  pro  Dei  sanctorumque  amore  agimus,  pro- 

nibus   aut   commutationibus   aut   omnibus  futurum  nobis  ad  praesentis  vitae  lubrica    février, 

apprehensionibus,  quas  ipsi  monachi  pro-  curricula  facilius  transigenda  &  ad  future 

priis  manibus  de  eremi  vastitate  traxerunt  beatitudinis    praemia    facilius    obtinenda 

aut  quolibet  adtracto  vel  adquisito  quae  non  dubitamus.  Comperiat  igitur  omnium 

juste  &  rationabiliter  possidere  videntur  fidelium  sanctae  Dei  Ecclesiae  nostrorum- 

aut  in  futuro  acquirere  potuerint,  in  nos-  que   praesentium   ac    futurorum    solertia, 

trae  immunitatis  mundeburdum,  tuitionem  quia  quidam  venerabilis  abba  monasterii 

ac   defensionem    recepinius   &  pleniter  in  sancti  Andreae  apostoli,  in  pago  Elenensi 

futuro  retinere  volumus.  Quapropter  prae-  super    fluvium    Tacionem'    siti ,    nomine 

cipimus   atque  firmamus   ut   nuUus  judex  Johannes,  ad  nostram  accedens  magnitu- 

publicus  vel  quislibet  ex  judiciaria  potes-  dinem,  ostendit  nostrae  auctoritatis  prae- 

tate   in   ecclesias   aut   loca  vel   agros    seu  ceptum,    in   quo  continebatur  quod   piae 

reliquas  possessiones  ad  causas  audiendas  recordationis  genitor  noster  &  nos  idem 

vel  injusta  freda  exigenda  vel  paratas  fa-  monasterium    cum    ejusdem    abbatibus    & 

ciendas  aut  ullas  redibitiones  vel  illicitas  monachis  omnibusque  ad  illud  pertinenti- 

cccasioiies    requirendas    aut    fîdejussores  l^us  in  suae  nostraeque  immunitatis  tui- 

toUelidos  vel  illorum  homines  distringen-  tione    misisset,    humiliter    postulans    ut 

dos  ingredi  audeat  nec  ea  quae  supra  me-  iterum   eandem   immunitatis  auctoritatem 

morata    sunt    penitus    exigere    praesumat.  renovare  dignaremur.  Cujus  postulationi- 

Sed  liceat  praefato  abbati  suisque  succès-  l^us    ob    Dei    sanctique    Andreae    apostoli 

soribus    absque    cujuspiam     inquietudine  amorem  &  honorem  assensum  praebentes, 

quiète  cum  monachis  sibi  subditis  vivere,  suscipimus   nominatum  abbatem  cum   suo 

Deo    deservire   ac   pro    nobis   conjuge    &  monasterio  ac  monachis  ibidem  degenti- 

prole    totiusque    regni    nostri    stabilitate  bus    sub    nostrae    immunitatis    praecepto 

Deum   exorare.  Licentiam   etiam    habeant  cum  omnibus  cellulis  ad  eum  pertinenti- 

ipsi    monachi    secundum     regulam    sancti  bus  in   supradicto   pago   Elenense;    unam 

Benedicti    ex    sese    abbatem    eligendi.    Ut  videlicet  in  honore  sancti  Martini  sitam, 

autem  haec  nostrae  auctoritatis  praeceptio  i"  qua  primitus  Miro  quondam  abba  ha- 

inviolabilem    obtineat    fîrmitatem,    manu  bitare  coepit  ipsamque  vallem  cum  prae- 

propria    subter   eam    fîrmavimus    &  anuli  ^^t^  cellula  cum  omni  integritate  concedi- 

nostri  impressione  sigillari  jussimus.  mus^  necnon  &  atiam  cellulam  concedimus 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis.  in    honore    sancti  Vincentii    constructam 

Yrogius   notarius   ad  vicem  Goslini  re-  seu   &  villare   quod   dicitur  Garricis  cum 

cognovit.  ipsis    domibus,   quas    Sisegutus   quondam 

Data  VII  kalendas  martii,  indictione  11,  abba   aedifîcavit   per   jussionem    Ludovici 

anno  XXIX  régnante  Karolo  gloriosissimo  imperatoris,   cum    ipsis    fiscalibus    terris, 

rege.  Actum  in  monasterio  Sancti  Diony-  cum  terminis  vel  adjacentiis  suis  vel  om- 

sii,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen,  nia  quaecumque  ad  eorum  pertinent  do- 
minium,  cum  domibus,  aedificiis,  curtife- 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  61 3. 
'  Var.  Tacitum. 


An 
869 


01 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


352 


ris,  viridariis,  hortis,  vineis,  silvis,  terris, 
pratis,  pascuis,  aquis  aquarumque  decur- 
sibus,  farinariis,  piscatoriis,  exitibus  & 
egressibus,  perviis,  adjacentiis  &  quicquid 
aut  regali  aut  aliorum  Deiim  timentium 
donatioue  aut  emptioae  aut  commuta- 
tione  aut  eorumdem  monachorum  manuum 
propriarum  apprehensione  aut  quolibet 
adtracto  vel  acquisito  juste  &  rationabi- 
liter  possident  aut  in  future  acquirere 
potuerint,  in  nostrae  immunitatis  tuitione 


172. 

Vente  faîte  par  Sigmunde  6*  Flurîdia 
à  Audesinde,  évêque  d'Elne,  de  la 
sixième  partie  d'une  propriété  située 
dans  le  comté  de  RoussiUon\ 

IN  nomine  Domini.  Nos  Sigmunda  &  Flu- 
ridia    pariter    vinditores    vobis    Audde- 

ac    mundeburdo    recepinius    &    in    futuro  sindo  episcopo  emptori  nostro.  Constat  nos 

firmiter  tenebinius.  Quapropter  praecipi-  vobis  vindere  deberemus,  sicuti  &  per  hanc 

mus  atqiie  firmamus  ut  nuUus   judex  pu-  scripturain    vindictionis    nostre    vindinius 

blicus  vel  quislibet  ex  judiciaria  potestate  vobis  in  comitatu  Rossolionense,  in  terri- 

in  ecclesias  aut  loca  vel  agros  seu  reliquas  torio  Helenense,  prope  ipso  vico   Helna, 

possessiones   ad   causas  audiendas  vel    in-  vindimus  vobis  terram   nostram   quam  ha- 

justa  freda  exigenda  vel  paratas  faciendas  bemus  per  adprisionem  parentum   nostro- 

aut  uUas  redhibitiones  vel  inlicitas  occa-  rum  ;  &infrontat  vel  inlaterat  ipsa  terra  de 

siones   requirendas   aut  fideijussores   toi-  ab  undique  in  terra  de  vos  ipso  emptore 

lendos  vel  homines  illorum  distringendos  &  in  via  que  vadit  de  Helna  ad  BercaJe  silva 

ingredi  audeat,  nec  ea  quae  supra   mémo-  vel  in  terra  de  Eodoberto.  In  hanc  terram 

rata  sunt  penitus   exigere  praesumat.  Sed  vindimus  vobis  portionem  nostram  ab  in- 

liceat  praefato  abbati  suisque  successori-  tegre,  quam  ibidem  habemus,  id  est  sextam 

bus   absque   alicujus    inquietudine    quiète  partem  de  omnem  ipsam  terram,  &  accepi- 

vivere  &  Domino  deservire  &  pro  nobis  mus  nos  vinditores  de   vos  emptore  pre- 

conjuge    &   proie    totiusque    regni    nostri  cium  sicut  inter  nos  vos  emptore  remansitj 

stabilitate  Deum  exorare.  Et  quandocum-  est    manifestum.    Quem    vero    portionem 

que  divina  vocatione  memoratus  abba  aut  nostram,  id  est  omnem   sextam  partem  in 

successores  ejus  de  hac  luce  migraverint,  praescriptam  terram  quem  abemus,  de  nos- 

quamdiu  inter  se  taies  invenire  potuerint,  tro  jure  in  vestro  tradimus  dominio  ab  in- 

qui  eos   secundum   regulam    sancti   Bene-  tegre,  cum  omni  voce  oppositionis  nostre 

dicti  regere  &  ordinare  valeant,  licentiam  vel  repetitionis  abendi,  vendendi,  commu- 

habeant   ex   seipsis    eligendi   abbatem.   Ut  tandi  vel  quidquid  de  jam  de  istam  sextam 

autem  haec  nostrae  auctoritatis  praeceptio  partem  quam  in  predictam  terram  habemus 

inviolabilem    obtineat    firmitatem  ,    manu  facere  volueritis,  abeatis  potestatem  ex  pre- 

propria   subter    eam    firmavimus   &    anuli  sente  die  &  tempore.  Et  qui  contra  hanc 

nostri  impressione  sigillari  jussimus.  scripturam  vindictionis  a  nos  vobis  facita 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis.  &  a  vos  recepta  venerit  ad  inrumpendum 

Frotgarius    notarius    ad    vicem    Goslini  aut  nos  venerimus,  inférant  vel  inferamus 

recognovit.  vobis  aut  partique  vestre  ipsam  portionem 

Data  VII  kalendas  martii,  indictione  II,  nostram,  sicut  sepedictum  est,  sextam  par- 

anno  XXIX  régnante  Karolo  gloriosissimo  tem  de  dicta  terra  quantum  ad  eo  tempore 

rege.Actum  in  monasterio  Sancti  Dionysii,  inmeliorata  fuerit,  simul  cum  praescripto 

in  Dei  nomine  féliciter.  Amen.  precio  pariter  dupla  vobis  perenniter  abi- 

tura,  &  insuper  hec  scriptura  vinditionis 
inrumpi  non  permittatur,  sed  in  omnibus 
firmam  &  stabilem  abeat  roborem.  Facta 


An 
869 

6  dé- 
cembre. 


'  Cartulaire  d'Elne,  f"  i  28  v°  ;  &  copie  dans  la 
collection  Moreau,  à  la  Bibliothèque  nationale, 
vol.  2,  {°  90. 


An 
869 


353 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


354 


scriptura  vindictionis  sub  die  viii  idus  de-  me  &  heredes  meos.  Et  in  alio  loco  qiieni 
cenibris,  aiino  XXX  régnante  Karulo  rege.  dicunt  Balaone  sic  vobis  dono  in  commu- 
Signum  Sigmunda.  Signum  Fluridia  qui  tatione  illam  medietatem,  quae  mihi  adve- 
pariter  hanc  vinditionem  fecinius  &  testes  nit  ex  comparatione  de  homine  nomine 
firmare  rogavimus.  Dagerius  presbiter.  Ere-  Attone,  sicuti  &  inde  jamdicta  conjux  mea 
mis  levita.  Signum  Aldoni.  Signum  Garni-  quae  fuit  Rasegontia  quondam  de  ipsa  alia 
zani.  Signum  Vidriundi.  Signum  Petroni.  medietate  vobis  donationem  fecit.  Et  affron- 
Signum  Franconi.  Signum  Beraldi.  Signum  tat  de  Oriente  in  terra  de  jamdicto  Attone 
Sisulfi.  Sanctus  presbiter  hanc  vindictio-  &  de  Meridie  in  semmitario  qui  inde  dis- 
nem  scripsi  &  subscripsi  die  &  anno  quo  currit  &  de  Circi  in  terra  Bellone  &  de 
supra.  Aquilone  in  semmitario  quousque  in  ipso 

Brodio  quomodo  aqua  vergit.  Ista  omnia 
^  ~~~~      superius  scripta  sic  vobis  dono  in  vestra 

commutatione  pro  ipsas  terras  quae  de 
17^'  vobis    recipio,    quae    sunt    infra    de   villa 

Cella-vinaria  quae  diciturTerras,  quod  ego 

Donation  faite  par  Adulfus  à  Egica,      jamdudum    tradidi   ad   domum    sanctorum 

ahbéf  ^  aux  religieux  de  Caunes\ 


Ans 

869-B70 


N  nomine  Domini  Dei  &  Salvatoris  nostri. 
Ego  Adulfus  commutator  vobis  Egilkane 
abbate  vel  cunctae  congregatione  sancto- 
rum   apostolorum    Pétri    &  Pauli  Cannes 


apostolorum  Pétri  &  Pauli  Cannes  monai- 
terii,  praesente  Egilcane  abbate  vel  mo- 
nachis,  seu  propter  remedium  animae  meae 
&  haec  omne  de  meo  jure  in  vestro  trado 
dominio  ut  quidquid  exinde  facere,  agere 
vel   judicare  volueritis,  liberam  &  firmam 


monasterii,  qui  est  fundatus   super  fluvio  habeatis   potestatem   faciendi  quod  vultis. 

Argentoduplo,  sic   convenit   internes   ut  In  ea  vero  deliberatione,  ut  dum  tgo  Adul- 

aliquid    de    alode   meo   vobis    commutare  fus  vivo,  per  vestrum  dominium  teneam  & 

deberem,  sicuti   &  facio.  Dono  vobis   in  possideam,  post  obitum  vero  meum  absque 

suburbio  Ventaionense,'territorio  Narbo-  uUa  dilatione  remaneat  ad  domum  sanc- 

nense,  in  villa  quae  dicitur  Obtesa  illam  torum  apostolorum  Pétri  &  Pauli   rever- 

meam  portionem  id  est  illam  medietatem  tere   faciat.  Si  quis   sane,  quod  fieri  mi- 

quae  comparavi  de  homine  nomine   Hic-  nime  [credo]  esse  venturum,  quod  si  ego 

tario  quondam    in   casas,  in  casaliciis,   in  Adulfus   aut   aliquis   de    haeredibus    meis 

terras  cultas  &  incultas,  in  ipsa  fonte  &  vel  quislibet  homo  aut  aliqua  ex  adverso 

in  ipso  molendino  vel  molinares,  &  orteis  veniens  supposita  vel  subrogata  persona, 

vel    ortalibus,   pomiferis   &  impomiferis,      quae  contra  hanc  commutationem 

pratis,  pascuis,  silvis,  garricis,  aquis  aqua-  ego  venero  ad   irrumpendum  in  praemis- 

rumque  ductibus   &  reductibus,  quidquid       sis &  sit  socius  Juda  Scarioth,  &  insu- 

dici   aut    nominari    potest,    quod    in    ipsa  per  ista  omnia  in  duplo  comp\)nere  faciat 

villa  habeo,  sic  vobis  committo,  unde  jam-  &  in  antea  commutatio  ista  firma  &stabilis 

dudum  conjux  mea  Rosegontia,  quae  fuit  haec  permaneat.  Facta  commutatio  ista  in 

quondam,  vobis  supradicto  abbate  vel  mo-      mense régnante  domino  nostro  Karolo 

nachis   de   illa   sua   medietate   scripturam  gloriosissimo   rege,  anno  trigesimo  regni 

donationis  fecit.  Et  habet  affrontationes  ejus. 
ipsa  villa  de  parte  Circi  in  alode  Bellone, 
de  Aquilone  usque  in  summa  serra  quo- 
modo aqua  vergit,  de  Altano  infrontat  in 
guttina  quae  discurrit  super  ipsa  Devesa 
quae  cadat  in  rivo  Octodupro  &  de  Me- 
ridie subjungit  in  monte  qui  dividit  inter 


'  Copie  dans  la  collection  Doat,  à  la  Bibliothè- 
que nationale,  t.  58,  f"  228. 


II. 


355 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


356 


174.  —  XCI 

Jugement  rendu  en  faveur  de  Vahhaye 
de  Saint-TJiibéry,  dans  un  plaid  ou 
assemblée  tenu  à  Narhonne^ . 


Ed.orig. 

t.  1, 
col.  118. 


c 


UM  in  Dei  nomine  resideret  Bernardus 
cornes    marchio,    missus    serenissimo 


domno  nostro  Karolo  rege,  in  Narbona 
An  civitate  pro  multorum  altercationes  au- 
870  diendas  &  negotia  causarum  dirimenda 
1 3  juin,  gj  recta  ac  judicia  ordinanda,  una  &  cuni 
Leopardo  &  Adalberto  vasos  domenicos 
seu  &  judices  Teudefredo,  Theriscone, 
Medemane,  Odolrico,  Argefrido  &  Com- 
parato  saione,  etiam  &  in  praesentia  Ad- 
driulfo,  Vuitardo,  Recamberto,  Ilderico, 
Proroando,  Andrico,  Odilone,  Austringo, 
&  in  praesentia  aliorum  plurium  bonorum 
honiinum,  quos  causa  fecit  esse  praesentes; 
in  eorum  praesentia  veniens  Bonesindus 
abbas^ex  monasterio  Sancti  Tiberii,  cui 
vocabuluïh  est  Cesarion,  una  &  cum  ejus 
congregatione,  &  se  querelavit  &  procla- 
mavit  &  dixit  :  «  Audite  nie  querelanteni 
&  proclamantem,  eo  quod  abbatia  Sancti 
Velosiani  cum  ecclesias  &  vineas  &  terras 
&  omnibus  appendiciis  suis  &  fiscum  nos- 
trum  qui  etiam  vocatur  Homeg'anus,  quem 
Karolus  rex  perenniter  contulit  ad  jam- 
dicto  monasterio  Sancti  Tiberii  per  istos 
praeceptos,  quem  ego  hic  in  vestra  ostendo 
praesentia  ad  relegendum.  Et  sic  dumque 
nos  ipsam  abbatiam  vel  fiscum  supradictos 
retinuissemus  vel  antecessores  mei  quiète 
retinuerunt  pro  partibus  Sancti  Tiberii  in 
Cesarione  monasterii,  ubi  sacrum  corpus 
requiescit,  sic  venit  Ato  &  sic  ad  ipso 
monasterio  vel  ejus  congregatione  abstulit 
sua  fortia  injuste.  »  Tune  nos  missus  &  vasi 
dominici  &  supradicti  judices  ordinavimus 
ipsos  praeceptos  ante  nos  relegere.  Sed 
cum  ipsi  praecepti  ante  nos  relecti  fuis- 
sent, sic  in  unum  praeceptum  insertum 
invenimus,  quomodo  Karolus  rex  dédit 
ipsam  abbatiam  cum  ipsas  ecclesias  &  vi- 
neis  &  terris  &  omnibus  appendiciis  cum 
omni   integritate,  &   illi   placuit  conferre 

'  Archives  de  l'abbaye  de  Saint-Tliibéry. 


Deo  sanctoque  Tiberio  :  &  ibi  invenimus 
quod  est  ipsa  abbatia  in  pago  Tolosano, 
suburbio  Savartense.  Et  in  alium  praecep- 
tum invenimus,  quomodo  ipse  jamdictus 
domnus  noster  Karolus  rex  dédit  fiscum, 
qui  vocatur  Homegianus,  ad  praedicto  mo- 
nasterio Sancti  Tiberii  qui  vocatur  Cesa- 
rion ab  intègre;  &  est  ipsa  abbatia  supra- 
dicta  in  supradicto  territorio  Tolosano, 
suburbio  Savartense,  super  fluvium  Arega, 
&  est  ibi  constructa  ecclesia  in  honore 
sancti  Velosiani  martyris;  ipsum  autem 
fiscum  suprascriptum  est  situm  in  terri- 
torio Biterrense,  in  suburbio  Caprariense; 
&  cum  consilio  Umfridi  marchionis  hoc 
dédit  ad  praedicto  monasterio  vel  Adre- 
baldo  abbati  vel  sanctis  fratribus  mona- 
chis  loci  illius  monasterii  Cesarionis,  ubi 
sanctus  Tiberius  quiescit,  cum  omnibus 
sibi  pertinentibus,  in  integro  perpetuis 
temporibus,  sine  ullius  hominis  inquietu- 
dine.  Et  in  unum  praeceptum  invenimus 
in  ipso  datarum  anno  decimo  quod  Karolus 
rex  regnabat,  quod  factus  fuerat  in  Albia 
civitate,  &  in  alio  de  fisco,  quod  fuit  da- 
tum  anno  hono  decimo  quod  Karolus  rex 
regnabat,  quod  factus  fuerat  in  Pontiano 
palatio,  &  ibi  invenimus  quod  Karolus 
rex  manibus  suis  &  firmavit  &  sigillare 
jussit.  Cum  nos  vero  missus  &  judices  vi- 
dissemus  &  audissemus  ante  nos  Bonesin- 
duni  abbatem  cum  sua  congregatione  & 
vidissemus  illorum  praeceptos  &  cognos- 
centes  illorum  veritati,  ordinavimus  Leo- 
pardo vaso  dominico  misso  nostro,  ut  super 
ipsas  res  venire  fecisset  &  sic  ipso  abbati 
de  praedicto  monasterio  vel  ejus  congre- 
gationi  reddidisset  monasterium  Sancti  Ve- 
losiani cum  ecclesias,  terris  &  vineis  & 
omne  appendiciis  &  ipso  fiscum  Home- 
giano  in  integro,  sicut  ipsi  praecepti  ré- 
sonant, ad  eos  traderet  atque  revestire 
fecisset.  Et  sic  ipse  Leopardus  venit,  sicut 
ordinatus  fuit,  in  comitatu  Tolosano,  cum 
Adalberto,  Teudfredo,  Teriscone,  Ildi- 
miro,  Arsulfo  &  Isimberto  judices,  &  prae- 
sentia Gisclafredi  ,  Tancone  ,  Walarico  , 
Bellone,  Teudesindo,  Audesindo,  Elde- 
brando,  Bonavidane,  &  sicut  per  ipsum 
fuit  ordinatum,  eos  revestivit  atque  tra- 
didit  ad  partibus  praedicti  monasterii 
Sancti   Tiberii    in    integro,   sicut   illorum 


An 
870 


Ed.orig. 

t.  I, 
col.  119. 


An 
870 


357 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


358 


An 

870 
21  juin. 


Éd.  on  g. 

1. 1, 
col.  120. 


175.  —  XCII 


praecepti   résonant,  sic  ipse  missi   mona-  petiit  celsitudinem,  ut  pro  mercedis  nos- 

chos  ipsius  abbati  Bonesindi ,  nomine  An-  trae    augmentum    quaecunique    data    sunt 

simiro,  Vulberto,  Aimirico,  tradidit  sicut  vel  fuerunt  sub  protectu  nostrae  domina- 

illorum  praecepti  résonant.  His  praesen-  tionis  ac  immunitatis  salvamento  recupe- 

tibus  actum  fuit  &  traditum.  Data  &  facta  remus,   atque   jamdicto  clerico  Rotlando 

traditione  idus  junius,  anno  XXX  régnante  &  post  ipsius  decessum  Benedicto  filio  Ra- 

Karolo  rege,  indictione  XV.  Signum  f  An-  geniundi  fratri  suo  praecepto  nostrae  auc- 

toninus.  Signum  f  Atonius.  Signum  t  Te-  toritatis  confirmaremus.  Cujus  petiticfni- 

driscus.  Signum  f  Letarius.  Signum  t  Teu-  bus  aurem  nostrae  clementiae  praebentes, 

disclus.  Signum  fSalomcn.  Signum  tOlibe.  libenter  hoc   imprevaricabile    praeceptum 

Signum  t  Isirbertus.  Parasetbadus  scripsit.  nostrae  auctoritatis  fieri   illique  dari  jus- 

simus,  per  quod  praecipimus  atque  jube- 

————^-^—^—^—^———^^—^—^—  mus,  ut  in  quibusque   locis   jamdictorum 

monachorum  res  sitae  habentur,  inviola- 

bilis    servetur   immunitas    neque    aliquis 

judicum   in   omnibus   rébus   eorum   quid- 

D'iplôme    de    Charles    le    Chauve    qui  quam  districtionis  aut  injustae  exactionis 

confirme   la  fondation    de   l'abbaye  conetur,  quo  remota  saeculari  judiciaria- 

r     Yrihre^  'ï^^  potestate  liberius  pro  nobis  Domini 

misericordiam  valeant  implorare.  Quod  si 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita-  aliquis  hoc   quod    prohibemus    temerario 

tis.  Carolus  gratia  Dei  rex.  Si  necessi-  ausu   facere   tentaverit,  sexaginta   solidos 

tatibus   servorum   Dei   etiam   ad    fidelium  poena   mulctatus   exsolvat,   &    impiunitas 

nostrorum    deprecationem    aurem    celsi-  nostra    auctoritate    concessa    irrefragabi- 

tudinis    nostrae    libenter    accommodamus  lis   jure  firmissimo   teneat   &  inconcussa. 

eamque  ad   effectum  perdunmus,   regiam  Ad  deprecationem  quoque  jamdicti  fidelis 

ex-rcemus    consuetudinem    &    hoc    nobis  nostri   Bernardi   Rotlando  abbati  jamdic- 

imposterum  non  dubitamus  fore  profutu-  tum    locum    quandiu   vixerit    cedimus    ad 

rum.  Igitur  noverit  omnium  fidelium  nos-  habendum,  quatenus  secundum  Dei  suam- 

trorum  tam  praesentium  quam  futurorum  que  dispositionem  libère  ei  disponere,  re- 

sagacitatis  industria,  quod  Bernardus  Tolo-  gère  liceat  &  ordinare.  Post  ipsius  quoque 

sanus  marchio  &  dilectissimus  nobis  fide-  digressum  Benedictus  filius  Ragemundi  & 

lis   ad   nostram    accedens    mansuetudinem  frater  Bernardi  similem  ex  hoc  secundum 

innotuit,  qualiter  pater  ejus  Ragemundus  Dei  voluntatem  utendi  habeat  monasterio 

in  pago  Ruthenico  &  in  loco  suae  pro-  potestatem  quamdiu  vixerit.  Ut  autem  hoc 

prietatis  super  fluvium  Dordone,  in  villa  nostrae   largitatis   praeceptum    pleniorem 

Vabra,  ecclesiam  ad  monasticum  ordinem  in  Dei  nomine  obtineat  firmitatem  &  vigo- 

excolendum   in  honore  sancti   &  gloriosi  rem,  &c. 


principis  apostolorum  Pétri  sanctique  Dio- 
nysii  iiobili  opère  construxerit  &  con- 
secraverit  ac  solemniter  dedicaverit,  quin 
&  ad  divinum  officium  sacerdotes  &  le- 
vitas  ac  reliquos  pro  oportunitate  ipsius 
loci  ordinaverit  ministres  suumque  filium 
ibidem  ad  serviendum  tradiderit,  qualiter 
etiam  Rotlandus  sui  patris  clericus,  suas 
ad  idem  monasterium  tradens  res,  se  ibi- 
dem Domino  suo  sub  monastico  ordine 
tradiderit.  Quamobrem  humiliter  nostram 


Signum  Caroli  gloriosissimi  régis. 

Data  XI  calendas  julii,  indictione  III, 
anno  tricesimo  régnante  Carolo  gloriosis- 
simo  rege.  Actum  Moriomannis'  valle,  in 
Dei  nomine  féliciter.  Amen. 

'  Le  texte  de  Catel  porte  Morianis  valle.  [A.  M." 


An 
870 


'  Archives  de  l'église  de  Vabre. —  Catel,  Histoire 
des  comtes  de  Toulouse,  p.  74, 


359 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


36o 


An 

870 
28  juin. 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  121. 


176.  —  XCIII 


centiis  suis,  sicut  in  ipso  juditio  resonat 
quod  Agila  abbas  appraehendit  ante  Ful- 
conem  missum  nostrum  3  &  Palma  super 
litus  maris  in  ipso  pago  consistente,  nec- 

Charte  de  Charles  le  Chauve  en  faveur  ^^o'^  &  cellam  Sancti  Pétri  &  Pauli  in  ter- 

de  l'abbaye  de  la  Grasse\  ritorio  Narbonensi  ininsula  Litia,  quam 

concambiavit    Ilumfredus    cum     Fredoldo 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinita-  episcopo  nobis  mandante-  &  cella  quoque 

tis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Si  nécessita-  quae  dicitur  Prata  cum  sibi  pertinentibus 

tibus  servorum  Dei  opem  ferendo  libenter  ecclesiis  in  pago  Confluente   in   suburbio 

consulimus,  régie  dignitatis  morem  imita-  Hilenensi  •   necnon  &  villa  Ribalta  quam 

mi>r,  &  ob  id  nobis  Deum  fore  propitium  eisdem  abba  cum  Isamberto  concambiavit 5 

non  dubitamus.  Quamobrem  notum  sit  om-  "n^  P^go  quoque  Minarbensi,  in  villa  An- 

nibus    sanctae   Dei    Ecclesiae    fidelibus   &  forarias,  domos  &  terre  quos  Agila  &  Elias 

nostris  praesentibus  scilicet  atque  futuris,  tenuerunt,  &  salinae  quae  sunt  in  subte- 

quia  Suniefredus  venerabilis  abba  Sanctae  riori  loco,  iiecnon  etiam   &  reliqua  quae 

Mariae  ad   nostram   accedens    clementiam  ibi    collate   fuerunt,'' tam    terrae  &  vineae 

res  quasdam   datas  Sanctae  Mariae,  ut  illi  &  prata  &  domos  ad  jamdictas  cellas  per- 

eas  praecepto  nostrae  auctoritatis  confir-  tinentes   seu  segregatim    datae,  praedicto 

maremus  deprecatus  est,  quas  etiam  avus  Sunifrido   abbati  &  suis  monachis  ibidem 

&  genitor  noster  &  nos  aliquantas  confir-  Domino    famulantibus    ad    suarum    neces- 

mavimus,  sed  quia   postea  Deo  annuente  sitatum  emendationem  sint,  &  neque  ali- 

aute  suijt,  alio  eguerunt  praecepto  j  nec-  quis  auferendi  ex  eis  habeat  potestatem, 

non  etiam  ut  sub  nostrae  tuitionis  munde-  &  sub  nostro  quoque  mundeburdo  &  prae- 

burdo  tam  se  quamque  praescriptam  abba-  textu  nostrae  dominationis  jubemus  prae- 

tiam  accipi  postulavit.  Cujus  petitionibus  dictos  monachos  &  suorum  res.  Et  exclusa 

aurem  clementiae  nostrae  ob  Dei  amorem  omni  potestate  judiciaria  volumus,  ut  nul- 

&   sanctae  Virginis    intemerate   genitricis  lus  in  rébus  eorum  potestatem  habeat  fide- 

Dei    dilectionem    placide    prebentes,   hoc  jussores    tollere    aut    aliquem    distringere 

inpraevaricabile  praeceptum  fieri,  illiquae  neque   paratam    aut   mansionaticum   acci- 

dari  jussimus;  per  quod  praecipimus  atque  père.  Nolumus  praeterea  ut  ab  istis  vel  ab 

decernentes   jubemus,  ut  celle   sive    aliae  eorum   hominibus   aliquid   telonei,   id   est 

res  quae  jamfato  monasterio  a  Deo  timen-  pontaticus  aut  rotaticus,  cespitaticus,  pul- 

tibus   collate    sunt;    id   est  in  pago  Car-  veraticus,  pascuaticus  aut  salaticus  aut  ali- 

casensi  Plexus  cum  ecclesia  Sancti  Cucu-  quid  redibitionis  exigatur,  secundum  quod 

fati  terminis  &  adjacentiis  suis,  &  cellam  ii^   praecepto    nostro    &   genitoris    nostri 

Sancti  Genesii  in  ipso  pago  cum  terminis  continetur  insertum ,  quatinus  hac  adjuti 

&   adjacentiis   suis,  sicut  terminatum  fuit  concessione  pro  nobis  &  regno  nostro  ii- 

ab  Unoldo  &  Adalberto,  &  est  sita  in  valle  berius  Deum    implorare  condelectent.  Et 

Aquitanica;  &  in  pago  Narbonensi  Capud-  ut  haec  nostrae  largitionis  auctoritas  ma- 

Spina  cum  ecclesia  Sancti  Pétri  super  flu-  jorem   in   Dei   nomine  obtineat  vigorem, 

vium  Clamose  sitam,  cum  terminis  &  adja-  manu   propria   subterfirmavimus   &   an-uli 

nostri  impraessione  jussimus  sigillari. 


'  Original  :  Bibliothèque  du  roi.  Baluze,  Chartes 
des  rois,  n.  17,  [aujourd'hui  latin  8887,  f  40; 
original  en  parchemin,  jadis  scellé  j  il  a  été  inter- 
ligné, au  treizième  siècle,  en  minuscule  gothique, 
&  le  même  volume  contient  vis-à-vis,  sur  la 
page  41,  une  copie  assez  exacte  de  ce  document, 
du  quatorzième  siècle;  seulement,  le  nom  de  lieu 
a  été  mal  lu  par  le  copiste  &  est  écrit  Ataniaco, 
comme  l'avait  imprimé  dom  \''tiissete.]  [A.  M.] 


Signum  (locus  monogrammatîs)  Karoli 
gloriosissimi  régis. 

Adalgarius  notarius  ad  vicem  Goslini  re- 
cognovit  &  subscripsit. 

Data  llll  kalendas  julii,  indictione  III, 
anno  XXXI  régnante  Karolo  gloriosissimo 
rege.  Actum  Attiniaco,  in  Dei  nomine  fé- 
liciter. Amen. 


An 
870 


36i 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


36: 


177, 


—  XCIV 


An 

870 

20 

juillet. 


Ed.orig. 

t.  1, 
col.  122 


Charte  de  Charles  le  Chauve  en  faveur 
d'Oliha,  comte  de  Carcassonne  '. 

IN  nomi'ie  sanctae  &  individi.de  Trini- 
tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Regalis 
celsitiulinis  mos  est  fidèles  regni  sui  douis 
nuiltiplicibus  &  honoribus  ingentibus  nui- 
nerari  atque  sublimare.  Proinde  ergo  luo- 
rem  parentum,  rerum  (j/c)  videlicet  prae- 
decessorum  aostrorum  sequentes,  libuit 
celsitudini  nostrae  Olibam  dilectum  nos- 
trum  comitem  de  quibusdam  nostrae  pro- 
prietatis  rébus  honorare  atque  munerari. 
Cedimus  ergo  ei  in  pago  Carchasensi  ecle- 
siam  Sanctae  Mariae  &  Fraxinum  fiscum 
nostrum,  &  de  Helesau  usque  in  Cabar- 
dense,  &  de  Prada  usque  in  flumine  Fis- 
covo,  quantum  ibi  nostrum  indominicatum 
habebant;  eclesiam  vero  Sancti  Johannis, 
&  quantum  in  Basara  fisco  habere  visi 
sumus;  Agrifolium  vero  &  alterum  Agri- 
folium  hoc  quod  ad  fiscum  nostrum  per- 
tinebat  ;  Corneliana  vero,  &  Rebentino, 
&  Aurenciano,  &  Vinaciacum,  &  Sanctum 
[Marti]num,  quicquid  ad  nostrum  indomi- 
nicatum pertinere  videbatur;  Clariacum 
quoque  &  Favars,  &  in  valle  Aquitanie 
Sanctum  Stephanum,  quantum  in  jus  nos- 

'  Original  :  Bibliothèque  du  roi.  Balt  ze,  Chartes 
des  rois,  n.  i5,  [aujourd'hui  latin  8887,  f"  44  ; 
original  en  parchemin  jadis  scellé.]  Les  caractères 
extrinsèques  de  ce  diplôme  sont  de  nature  à  nous 
faire  supposer  pour  lui  une  altération  analogue  à 
celle  qu'a  subie  le  diplôme  pour  Adroariusj  de  plus 
le  fait  suivant  vient  prouver  qu'il  a  été  recopié  & 
probablement  remanié.  On  sait  que  les  sceaux  ca- 
rolingiens étaient  plaqués  &  reposaient  sur  des  cer- 
cles de  parchemin  entaillé  en  croix  5  au-dessous  se 
croisaient  &  se  recroisaient  les  lignes  &  signes 
tachygraphiques  qui  complétaient  la  souscription 
du  notaire  &  rendaient  difficile  la  falsification  ou 
le  remplacement  du  sceau.  Or,  dans  ce  diplôme, 
le  cercle  de  parchemin  se  trouve  être  un  fragment 
de  charte  de  la  fin  du  treizième  siècle,  au  nom 
d'un  bourgeois  de  Carcassonne,  Guillelmus  Sci^i 
fusterius ;  sous  cette  première  plaque  en  est  une 
autre  portant  quelques  mots  d'une  écriture  du  dou- 
zième siècle.  La  falsification  de  ce  diplôme  est 
donc  extrêmement  postérieure.   [A.  M.] 


tri  indominicatus  adtingere  vel  adherere 
videbatur;  necnon  &  in  vicaria  Ausonensi 
ecclesiam  Sancti  Martini,  &  Insulam  lon- 
gam,  &  ecclesiam  Sancti  Amantii,  &  Rès- 
ciacum  cum  omnibus  quae  ad  fiscum  nos- 
trum pertinent;  &  in  comitatu  Ràtensi  in 
Festam,  &  Buxam,  &  Fontes,  &  Sanctum 
Martinum,  &  Calau,  &  Solonello,  Se  Ma- 
zirolas,  &  Arbuscello,  &  Bernacum  cum 
omnibus  quae  ad  nostrum  indominicatum^ 
pertinebant.  Unde  &  hoc  magnitudinis 
nostrae  praeceptum  fieri  illique  dari  jussi- 
mus,  per  quod  memoratas  res  cum  omni 
sua  integritate,  quantum  ad  proprium  nos- 
tri  fisci  pertinebat,  praenominato  Olibe 
comiti  aeternaliter  ad  jus  proprium  ha- 
bendas  concedimus  &  de  nostro  jure  in 
jus  ac  dominationem  illius  solemni  more 
transferimus,  eo  siquidem  pacto,  ut  quic- 
quid ex  pracdictis  rébus  abhinc  &  dein- 
ceps  pro  sua  oportunitate  jamfatus  fidelis 
noster  Oliba  agere  voluerit,  libero  in  om- 
nibus potiatur  arbitrio,  quemadmodum  ex 
reliquis  siiae  proprietatis  rébus  agendum 
deliberaverit.  Ut  autem  haec  nostrae  auc- 
toritatis  largitio  majorem  in  Dei  nomine 
optineat  firmitatis  vigorem,  manu  propria 
eam  subterfirmavimus  anulique  nostri  in- 
pressione  assignari  jussimus. 

Signum  (locus  monogrammatïs)  Karoli 
gloriosissimi  régis. 

Gammo  notarius  ad  vicem  Gosleni  re- 
cognovit  &  subscripsit. 

Data  XIII  kalendas  agustas,  indictione 
III,  anno  xxxi  régnante  Karolo  gloriosis- 
simo  rege.  Actum  Pontione  palatio,  in  Dei 
nomine  féliciter.  Amen. 


An 
870 


178. 


xcv 


Jugement   rendu  par  Bernard,  comte 
de  Toulouse  '. 

NOTICIA  cum  judicio  ante  bonos  viros 
quam  plurimos  vel  ante  eos  qui  hanc 
notitiam    subterfirmaverunt,   qualiter  ve- 

'  Cartulaire  de  Beaulieu,  f°  3i  y° ;  [collationné 
sur  le  cartulaire  imprimé  dans  les  Documents  iné- 
dits, par  M.  Deloche,  p.  55-56. J 


871 
août. 


An 
87. 


363 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


364 


niens  Garulfus  abbas  ex  monasterio  Belli- 
loci  cum  advocato  suo,  nomine  Aichardo, 
in  villa  quae  vocatur  Seiiniurum ,  die 
lunae,  aiite  virum  illustrem  Bernardum 
comitem    interpellavit    aliquem    hominem 


seu  cum  ecclesiolas  vel  terras,  cellas  vel 
loca  &  bénéficia  ad  eundem  nionasterium 
pertinentia  &  monachis  sibi  subjectis,  tam 
pro  auctoritate  gloriosissimi  senioris  nos- 
tri  Caroli  régis  cum  ista  carta  firmaremus, 


Adenum  ,    dicens    quod    ecclesiam    Sancti  sicuti  &  fecimus.  Quapropter  omnium  fide- 

Christophori ',  quae  est  in   pago  Limovi-  lium  nostrorum  cognoscat  soUertia,  quod 

cino,   în   valle  Cosatico,   quem    Rodulfus  nos  eidem  venerabili  Frugello  abbati  suc- 

archiepiscopus  sancto  Petro  ejusdem  mo-  cessoribusque  ejus  concessimus,  ut  nullus 

nasterii  sua  cessione  firmavit,  malo  ordine  comes  vel    judex   aut  exactor  aut  vicarius 

tulisset.  Tune  interrogatus  est  ipsi  Adeno,  vel  nullus  ex  fidelibus  nostris  tam  &  prae- 

si    hoc    legaliter    defendere    posset,   quod  sentibus  quam  &  futuris  infra  eodem  mo- 

ipse   omnino    negavit    &    sic    fidejussores  nasterio  vel  eorum  cellas  aut  bénéficia  vel 

dédit  Oddonem  &  Umbertum,  ut  die  con-  appendicia,  non   ad  fidejussores  tollendos 

stituto,  quod  est  V  idus  augusti,  super  ipsas  hominesque    distringendos    aut    freda    vel 

res  veniret  &  manibus   suis,  sicut  spolia-  paratas    exigendas    vel    parafreda     tollere 

verat,  ipsum  abbatem  Gairulfum  legaliter  aut  ullas   redhibitiones  aut  illicitas  occa- 

revestiret.  Nam  &  ad  ipsum  placitum  utri-  siones   nostris   futurisque   temporibus   in- 


que  venerunt  &  sic  fuit  judicatum  per 
signum  de  ipsa  ecclesia  revestivit.  Ideo 
necesse  fuit  ipsi  abbati  ut  exinde  notitiam 
ipsius  rei  per  cartulae  testamentum  noti- 
ficare  deberet,  quod  ita  &  fecit.  His  prae- 
sentibus  actum   fuit.  Signum   Oddonis.  S. 


gredi  audeatj  sed  liceat  memorato  abbati 
suisque  successoribus  res  ejusdem  monas- 
terii,  cum  omni  sibi  pertinentia  &  cum 
alia  quae  ibidem  quis  augere  voluerit  vel 
dictus  abbas  vel  sui  monachi  adhuc  habent 
ad    conquirendum ,    omnia    in    quietudine 


■Ed.orig. 

t.  I, 
col.  123. 


Umberti.  S.  Linarnaldi.  Signum"  Bernoni.  quieto  ordine  possidere.  Postulavit  etiara 

Signum  Austaldi.  Signum  Teodoni,  S.  Bo-  idem  venerabilis  abbas,  ut  cuncta  pecora 

soni.  S.   Benedicti.   Facta   ista    notitia   in  gregum  suorum  per  cunctos  colles  &  calmes 

mense  augusto,  anno  IIII  Ludovici  régis  sive  pascuaria  absque  ullo  homine  blan- 


filio  Karoli  régis. 


79- 


XCVI 


diente  pascant,  quod  ita  &  fecisse  nos  om- 
nium fidelium  nostrorum  cognoscat  soler- 
tia.  Si  quis  autem  hoc  decretum  nostrum 
cum  audacia  frangere  ausus  fuerit,  juxta 
ceteras  immunitatis  legem  solvat,  solido- 
rum    videlicet    sexcentorum.    Et    ut    haec 


An 
871 

21 
juillet. 


I 


Charte  de  Bernard,  duc  ^  marquis,  en      carta  in  omnibus  optimam  habeat  firmi- 
faveur  de  Vahhaye  d'Alaon^.  tatem,  manu  nostra  subter  eam  firmamus. 

Signum    Bernardi    marchionis.    Data    xil 
N   nomine   sanjctae  &  individuae  Trini-      kalendas  augusti,  anno  xxxii  Karolo  glo- 
tatis.  Bernardus  gratia  Dei  comes,  dux      riosissimo  rege  féliciter.  Amen, 
atque  marchio.  Notescimus  omnibus  fide- 
libus  nostris  praesentium  scilicet  &  futu- 
rorum,  qualiter  adiens  Frugellus  venera- 
bilis abba  mansuetudinem  nostram  depre- 
catus  est,  ut  ex  monasterio  sibi  commisso 
in  pago  Palliarense,  valle  Urritense,  cujus 
vocabulum  est  Alagone,  &  fundata  ecclesia 
in  honore  sanctae  Mariae  vel  sancti  Pétri 


'  Saint-Christophe  de  Cosac. 

'  Archives  de  Barcelone.  [Cette  charte  est  fausse 
comme  la  célèbre  charte  d'Alaon  ;  elle  était  destinée 
^  en  rendre  l'authenticité  plus  certaine.]  [E.  M.] 


180. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  fa- 
veur du  monastère  de  Saint-André 
d"  Ex  al  a  ' . 

IN  nomine   sanctae  &  individuae  Trini- 
tatis.  Carolus  gratia  Dei  rex.  Omnibus 
episcopis,  abbatibus,  ducibus,  comitibus, 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  687. 


An 
87. 


An 

87. 

5  août. 


An 
871 


365 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


366 


vicariis,  centenariis,  actionariis,  missis 
nostris  discurrentibus  vel  cunctis  fide- 
libus  sanctae  Dei  Ecclesiae  nostrisque 
praesentibus  scilicet  &  futuris  notum  sit, 
quia,  si  erga  loca  divino  cultui  mancipata 
tuitionem  impertimur,  non  solum  regalem 
coiisuetudinem  exercemus,  verumetiam  ad 
aeternae  retributionis  niercedem  nobis 
talia  facta  profutura  confidimus.  Proinde 
comperiat  omnium  vestrorum  praesentium 
scilicet  &  futurorum  solertia,  quoniam 
sacerdotes  septem  liberi  génère,  id  est  Wi- 
tiza,  Protasius,  Victor,  Lucanus ,  Gunte- 
fredus,  Recceswindus,  Sanctiolus,  venien- 
tes  ex  parochia  civitatis  quae  vocatur 
Origel,  accepta  a  Wilado  ipsius  civitatis 
episcopo  licentia  verum  &  adjutorio,  sed 
&  alii  post  eis  conjuncti  homines  liberi, 
Attila,  Baro,  Leudomirus,  cum  reliquis  eis 
se  conjungentibus  secesserunt  ad  locum 
qui  dicitur  Exalada  juxta  fluvium  nomine 
Tête  in  capite  vallis  Confluentis  &  eme- 
runt  de  rébus  propriis  &  facultatibus  fîde- 
lium  sibi  liberalitate  locum  servis  Dei 
aptissimum  sibique  construxerunt  monas- 
terium  in  honore  sancti  Andreae  apostoli 
sed  &  aliorum  apostolorum  Pétri,  Johan- 
nis  &  Thomae,  quod  monasterium  ditave- 
runt  emptis,  commutatis  vel  conlatis  sibi 
rébus  in  locis  subterpositis,  id  est  inTres- 
Valles,  in  Ocenias,  in  Canabellas  cum 
finibus  suis,  terris  &vineis,  in  Lare,  in 
Coxiano,  in  Cotaleto,  in  Edio,  in  Saltone, 
in  Maridianas,  in  Agnerra,  in  Tauriniano, 
in  monte  Aliberga  ipsumque  monasterium 
Deo  coopérante  ad  effectum  usque  per- 
duxerunt.  Qui  locus  supradictus  est  situs 
in  confinio  Ceridaniae  marchiae  nostrae, 
sub  dioecesi  Fredaldi  Narbonensis  archi- 
episcopi  &  parochia  Audesindi  Elnensis 
episcopi.  Unde  nostram  excellentiam  pe- 
tierunt  ut  eumdem  locum  sub  nostra  im- 
munitate  &  defensione  ac  mundeburdo 
susciperemus  &  per  praeceptum  nostrum 
illis  &  suis  successoribus  &  eidem  loco 
praesentibus  &  futuris  temporibus  taie 
privilegium  concederemus,  quatenus  post 
Deum  sub  manu  &  potestate  [nostra]  per- 
petuo  maneant  &  in  eodem  loco  degentes 
sub  monastico  ordine  vivant,  atque  ut  li- 
centiam  eligendi  abbatem  ex  seipsis  secun- 
dum  regulam  sancti  Benedicti  omni  tem- 


pore  habeant,  &  ut  nullus  paraveredum 
aut  pascuarium  vel  mansiouaticum  aut 
aliquam  indebitam  exactionem  ab  eis  vel 
suis  successoribus  de  eodem  loco  vel  de 
"rébus  ad  eundem  locum  pertinentibus  tam 
praesentibus  quam  futuris  temporibus  exi- 
gat,  sed  quiète  liceat  eis  pro  statu  sanctae 
Dei  Ecclesiae  &  régis  ac  regni  stabilitate 
orare.  Quorum  petitionem  rationabilem 
judicantes,  eis  in  omnibus  annuere  judi- 
cavimus,  decernentes  ut  tam  praesentibus 
quam  futuris  temporibus  idem  monaste- 
rium cum  omnibus  rébus  ad  se  nunc  per- 
tinentibus &  quae  futuris  temporibus  ad 
eumdem  locum  conlatae  fuerint  vel  quas 
in  eodem  monasterio  degentes  juste  & 
rationabiliter  acquirere  quocumque  modo 
potuerint  ,  privilegium  &  immuuitatem 
habeat  &  sub  defensione  ac  mundeburdo 
regiae  potestatis  permaneat,  &  in  eodem 
loco  habitantes  sub  monastico  ordine  vi- 
vant 8c  licentiam  eligendi  ex  seipsis  secun- 
dum  regulam  sancti  Benedicti  abbatem 
omni  tempore  habeant.  In  cujus  abbatis 
regulari  ordinatione  episcopus  ipsius  ci- 
vitatis, in  cujus  parochia  est  monasterium, 
nuUam  difficultatem  exhibeat  vel  quam- 
cumque  exactionem  contra  régulas  sacras 
eidem  loco  imponat  nec  pro  ordinatione 
ecclesiasticorum  ministrorum  vel  pro  lar- 
gitione  consecrati  olei  vel  chrismatis  quod- 
cumque  emolumentum  contra  canones  sa- 
cros  ab  abbate  vel  a  monachis  monasterii 
ipsius  requirat.  Et  nullus  judex  publicus 
vel  quislibet  ex  judiciaria  potestate  seu 
aliquis  ex  fidelibus  regni  nostri  vel  suc- 
cessorum  nostrorum  paraveredum  aut  pas- 
cuarium vel  mansionaticum  aut  aliquam 
indebitam  exactionem  ab  eis  vel  eorum 
successoribus  exigat,  neque  in  ecclesias 
aut  ad  loca  vel  agros  seu  reliquas  pos- 
sessiones  memorati  monasterii  ubi  &  ubi 
constitutas,  quas  nunc  habere  videtur  vel 
de  cetero  per  futura  tempora  idem  monas- 
terium acquirere  potuerit,  ad  causas  au- 
diendas  vel  freda  exigenda  aut  mansiones 
aut  paratas  faciendas  vel  fîdejussores  tol- 
lendos  aut  homines  ipsius  monasterii  in- 
juste distringendos  vel  paraveredos  aut 
pascuarios  exigendos,  nec  uUas  redhibi- 
tiones  vel  illicitas  occasiones  requirendas 
aut  quamcumque  inquietudinem  ipsi  loco 


An 
871 


An 
87. 


367 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


368 


An 
872 


nomine  féliciter.  Amen. 


&   ejus    habitatoribus    inferendi   licentiam  la    caciimen    montis    Bassegoti    &    montis 

habeant  vel  ad    ejus    nionasterii    loca  ulio  Petrabugati  &  collis  Principii  &  usque  ad 

unquam  tempore  ingredi  valeant  vel  exac-  montem  Magalellum  &  usque  ad  niontcm 

tare  praesumant.  Sed  liceat  memorati  mo-  Allonem,  cum  villaribus  ad   ipsam   Nucem 

iiasterii    abbati    suisque    successoribus    &  &  usque  in  montem  Ilicis  &  usque  in  cel- 

omni   congrégation!    res    praefati    monas-  lam  vocabulo  Talexano  cum  monte  Maxu- 

terii    cum    omnibus    quae    in    sua   ditione  maco   inter   ipsas  valles   consistente,  &  in 

habuerint  sub  immunitatis  tuitione  quieto  Basse  locum   qui  dicitur  Olotis  cum  anti- 

ordine  possidere   atque   pro  statu   sanctae  qua  ecclesia  in  honore  sanctae  Mariae  fun- 

Dei  Ecclesiae  &  pro  stabilitate  regiae  po-  data;  &  in  eodem  comitatu  montem  Sancti 

testatis  &  regni   nostri  atque  pro   populo  Laurentii    cum    basilica   in   honore   sancti 

nobis  subjecto  Domini  misericordiam  exo-  Laurentii  ejusdem   fundata,  cum  villari  & 

rare.  Et  ut  haec  auctoritas  nostris  futuris-  fonte    vocabulo    Sparrigaria,    cum    ipsius 

que  temporibus  Domino  protegente  valeat  montis  integritate,  praeter  locum  qui  di- 

inconvuîsa  manere,  manu  propria  eam  sub-  citur  Castellares,  quem   tenent   filii   Dis- 

terfirmavimus  &  de  anulo  nostro  sigillari  colii  &  Tirinsimiri,  &  praeter  apprehen- 

jussimus.  siones    Hispanorum    intra   ipsos    termines 

Signum  Karoli  gloriosissimi  régis.  sitas;  basilica  quam  praefatus  abba  Rici- 

Adalgarius    notarius    ad    vicem    Gozlini  mirus  juxta  ipsos  montes  supra  praefatum 

recognovit.  fluvium  nomine  Aginnum  in  honore  sancti 

Datum    nouas    augusti ,    indictione    IV,  Andeoli  egregii  martyris  fundavit    mona- 

anno  XXXII  régnante  Carolo  gloriosissimo  chisque   quos   ibi   Deo  famulaturos  coUo- 

rege.  Actum  Doziaco  palatio  regio,  in  Dei  cavit,  pro  nostrorum    absolutione  pecca- 

minum  largiri  &  largiendo  auctoritatis 
nostrae  praecepto  perpetim  habendas  con- 
firmare.  Unde  hoc  praecellentiae  nostrae 
scriptum  fieri  eidemque  sancto  loco  dari 
jussiraus,  per  quod  praefatas  valles,  colles 
&  montes   cum   suis  villaribus  cunctisque 

Diplôme  pour  le  monastère  de  Saint-  appendicibus  &  praefatam  basilicam  Sancti 

Andéol,  en  Be7audiin\  Laurentii    cum    monte    &    omnibus    suis 

appendicibus    eidem    ecclesiae    in    honore 

IN   nomine   sanctae  &  individuae  Trini-  sancti  Andeoli  fundatae  &  dedicatae,  prae- 

tatis.  Karolus  gratia  Dei  rex.  Quicquid  scripto  abbati  nomine  Ricimiro  monachis- 

pro   amore   Dei    sanctorumque    reverentia  que  inibi  Deo  militantibus  eorumque  suc- 

agimus,  profuturum    nobis   ad    praesentis  cessoribus  perpetim  pleniterque  habendas 

vitae   curricula   felicius   transigenda   &  ad  concedimus   &   de    jure   nostro   in   jus   ac 

futurae  beatitudinis  praemia  facilius  obti-  dominationem  illorum  transfundimus,  ec- 

nenda   non   dubitamus.    Comperiat    igitur  clesiastico  &  regulari  habendos  jure,  pos- 

omnium    sanctae    Dei    Ecclesiae    fidelium  sidendos  atque  ordinandos.  Ut  autem  haec 

nostrorumque   praesentium    ac   futurorum  nostrae  largitionis  seu  confirmationis  auc- 

solertia,   quia   ad   deprecationem   &  salu-  toritas  inviolabilem  nostris  futuris([ue  tem- 

brem  admonitionem  dilecti   nobis  Ricimiri  poribus  obtineat  firmitatem,  manu  propria 

abbatis,  ad  Dei  sanctique  Andeoli  &  sancti  eam  subterfirmavimus  &  anuli  nostri   im- 

Laurentii   pretiosorum   martyrum   amorem  pressione  sigillari  jussimus. 

&  honorem,   libuit  celsitudini    nostrae  in  Signum  Karoli  gloriosissimi  régis, 

comitatu  Bisuldunensi,  super  fluvium  Agin-  Data  III   idus  aprilis,  indictione   il  il, 

num,  vallem  nomine  Bichilibim  &  vallem  anno  XXXll  régnante  Karolo  gloriosissimo 

nomine  Agogiam   cum   omnibus  villaribus  rege  &;  in  successione   Lotarii  régis  anno 

intra  ipsas  valles  usque  in  Tecum  &  usque  tertio.   Actum   in   monasterio  Sancti  Dio- 

nysii,   in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 
'  Recueil  des  historiens  de  France^  t.  8,  p.  633. 


I»I. 


An 
872 


369 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


370 


Éd.ori". 
t.  1, 

col.  123. 


An 
872 

2  3  sep- 
tembre. 


lid.orig. 

t.  1," 
col.  124 


182 


XCVII 


vindicent  vel  défendant.  Et  qui  contra 
hanc  cartam  a  me  factani  venerit  ad  ii- 
rumpendum  aut  ego  venero  aut  uUa  op- 
posita  persona  vel  subrogata,  tiinc  com- 

Donation  faite  par  Apollonius,  comte  ponam  seu  componant  partibus  praefatae 

d'Jgde,  à  r église  de  cette  ville  ' .  ecclesiae  ipsas  domos,  quales  ad-  eo  tem- 

pore  carius  valere  potuerint,  &  in  antea 

INTEGRA  mente  sanoqiie  consilio  ac  di-  haec  donatio  mea  in  sua  maneat  potestate. 

vina    compunctione    afflatus ,    in    Dei  Facta    scriptura   donationis    ad    ecclesiam 

nomine    ego   Apollonius,    astrictus    enim  Sancti    Stephani,  sub  die    nono   kalendas 

casu    humanae    fragilitatis,    dum     mortem  octobris,    anno    XXXIII    régnante   domino 

quis   evadere    non    potest,    sed    iter   qua  nostro  Karolo  rege.  Apollonius  hanc  do- 

cuncti  gradiuntur  &  exsequuntur,  &  quia  nationem  fieri  volui  &  firmare  rogavi,  va- 

pius  Dominus  boni  operis  fructus  purgare  cante  cancellaria. 
non  dedignetur  quemlibet  a  sordibus  pec- 
catoruni  ;  sed  quod  digne  offeram  aut  quae 
munera  poterit  ipsi  placere,  cum  ipse  f"e- 

cerit    omnia    &    ejus    sunt    universa?   sed  l83.   —    XCVIII 
unde  mihi  Dominus  in  hoc  saeculo  largire 

jussit,  vota    mea   persolvo  &  ut   in  diem  Jugement  rendu  en  faveur  de  V abbaye 

judicii   remedium  animae  meae  adquiram.  j     Caunf<;^ 
Ob  hoc  ego  Apollonius  comes  supradictus 

pro  meis  delictis   atque   criminibus  dono  x-^ONDiciONES  sacramentorum  ,  ad   quas 

&  off'ero  glorioso   sancto  Stephano   niar-  ^— ^  ex  ordinatione  Salamon  misso,  Isim- 

tyri  in  sede  Agathensi,  dono  donatumque  berto  seo  &  judices  qui  jussi  sunt  causas 

esse  volo  a  supradicta  ecclesia,  hoc  [est]  dirimere  vel  legibus  diffinire,  id  sunt  quin- 

venerabili  patri  Dagberto  episcopo  vel   a  que   Wuitesindo,    Medemane,    Uniforte, 

canonicis  qui  ejusdem  Deo  deserviunt  vel  Argefredo,   Eigone    judicum,    &    Vulfino 

adhuc    servituri    sunt,   dono   atque    trado  clerico    &  Adoura  saione  vel   aliis  quam- 

domos  cum   curte,   exeo  &  regressu   suo,  •  plures  bonis  hominibus,  qui  cum  ipsis  in 

quae  domi  sunt  in  Agathense  civitate.  De  idem  aderant  in  mallo  publico  ante  Castro 

parte  Circi   inlaterat    ipsa    curtis    interna  Menerba,  id  est  in  praesentia  Baldomare, 

Sancti   Stephani,  de    parte  Aquilonis    in-  Gildemiro,  Invuirico,  Joanne,  Leonargo, 

frontat  ipse  domus  vel  ipsa  curtis  in  via  Stavile,    Eingerico,  Amalberto,  Bellone, 

quae   discurrit   ad    ecclesiam    Sancti    Ste-  Edrorario,  Anteo,  Ildefredo,  Daniel,  Vuil- 

phani.   Isfa   omnia    siî^erius   nominata   de  lierico,  Flavione,    Hermemiro  &  Licinio, 

meo     jure     &    dominatione    ad     praefato  testificant    &    jurant    testes    prolati    quos 

sancto  Stephano  dono  atque  in  praesenti  profert  homo   nomine   Unifortis,    qui    est 

modo  trado,  in  ea  vero   deliberatione  ut  niandatarius    de    homine    nomine    Daniel 

post  obitum    meum   nullus  episcopus  non  abbate  vel  cuncta  concrecasione  monaste- 

habeat  ipsas   domos  licentiam  nec  in  pa-  rii  sivi  commissa  monacorum  sancti  Pétri 

rentibus  nec  in  laicis  vendendi,  commu-  apostoli  Christi,  cujus  ecclesia  sita  est  in 

tandi,  cedendi,  benefaciendi  nec  qualibet  paco  vel  territorio  Narbonense,  suburbio 

occasione  subtrahendi,  sed  ipse  episcopus  Minerbense,  justa  fluvio  quem  vocant  Ar- 

vel  sui  canonici  ipsas  domos  ad  praefatam  gentedublum,  in  facie  de  supradicto  misso 

Dei  ecclesiam    in    suos    usus    retineant   &  vel    judices    vel    aliis    quamplures    bonis 

pro  meis  reatibus  Deo  subveniant.  Unde  hominibus,  qui  in  ipso  placito  cum  ipsos 

ab  hoc  hodierno  die  &  tempore  ipsa   su-  residebant,  propter  res  vel  devitum  quod 

pramemorata  ecclesia  vel  sui  rectores  liaec  ad  jamdicta  concrecasione  superius  scripta 

monasterii  Sancti  Pétri,  quod  eis  debebat 

'  CartLilaire   de   l'égliss  d'Agde;    [copie  du   dix- 
huitième  siècle,  latin  9999,  f"  14. J  '  Archives  de  l'abbnye  de  Caunes. 


An 

872 


An 

873 

2  3  avril. 


An 
873 

Kd.orig. 

t.  1, 
toi.  125. 


371 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


372 


vel  devitor  est  homo,  nomene  Fredaldus,  &  Pauli,  sicut  superius  scriptum  estj    & 

archiepiscobus  de  Narbona   civitate   sedis  damus  une  testimonium  infra  niettas  tem- 

Narbonensis  sancti  Justis&  Pastorisvel  sua      poris  &  a ximus  recte  &iideli(er  tesitfi- 

concrecasione  ibidem    commissa.   Quando  camur  de  hac  causa  per  super  adnixum  ju- 

mortuus    fuit    Fredaldus    archiepiscobus,  ramentum  in  Domino.  »  Late  condiciones 

devitor    erat    ad    jamdicta    concrecasione  sub  die  villl  kalendas  madias,  anno  xxxill 

monasterii    superius    scripta   solido   CCCL  régnante  domno  nostro  Karulo  rege.  Sig- 

sanctorum  Pétri  &  Pauli  probter  vinos  &  num  f  Arenario.  Signum  f  Ilperico.  Signum 

annonas,  argentum,  mulo  &  kavallos  vel  fStefano.  Signum  fWifredo.  Signumf  Ma- 

vestimenta,    quod    praestavit    &    vendidit  quanoius.  Signum  f  Magnaldus.  Signumf 

homo  qui  fuit   [nomine]   Egiga  habba  de  Venerandus.  Signum  fFrancone.  Signum  t 

jamdicto    monasterio    &   sua    concrecasio,  Amunnus.  Signum  t  Invviramnus.  Signum 

qui  ad  eo  tempore  ibidem   erat  commissa  fAdalberto.  Signum  fAigooberto.  Signum 

simul  pariter.  Et  sunt  nomina  testium  qui  f  Reculfo.    Signum  f  Bonarico.    Signum  t 

hoc  testificant  &  jurant  :  hic  sunt  Arena-  Bellone.    Signum  f  Alarico.   Signum  f  Er- 

rius,  llpericus,  Stephanus,  Wifredus,  Ma-  menfredo.  Signum  f  Salomon  qui  as  con- 

canoius,  Magnaldus,  Venerandus,  Franco,  diciones  juravimus.  Inchericus.  Stabiles. 
Amunnus,  Invviramnus,  Adalbertus,  Aigo- 

bertus,  Reculfus,  Bonaricus,  Bellus,  Ala-      

ricus,  Ermenfredus  qui  jurantes  a «  di- 

cimus   per  Deum  patrem   homnipotentem  o       YCTY 

&  Jesum  Christum  filium  ejus  Sanctumque 
Spiritum,  qui  est  in  Trinitate  unus  &  ve- 
rus  Deus,  &  per  te  locum  venerationis 
sancto  Nazario  martyre  Christi,  cujus  egle- 
sia   sita    est  ante   kastro   Minerba,   supra 


An 
873 


^ 


Consécration  de  t  église  de  Notre-Dame 
de  Formiguera  dans  le  Capcir\ 

NNO  Incarnationis  Domini  nostri  Jesu 


cujus   sacrosancto    altario   as    condiciones  a   i 

superpositas  manibus  nostris  praesens  con-  l\  Christi  [DCCC  LXXIII] ,  indictione  vi, 

tenemus  vel  jurando   contangimus   :  quia  xi  kalendas  octobris,  anno  [XXIII]  régnante 

nos  jamdicti  testes  ximus  &  bene  in  veri-  Karolo  gloriosissimo  rege,  veniens  Sigebo- 

tate   notum   havemus  &  vidimus   &   prae-  dus  sancte  prime  Narbonensis  ecclesie  hu- 

sentialiter  fuimus  in  jamdicto   monasterio  milis  archiepiscopus  in  comitatu  Redensi, 

superius   scripto,    quando  jamdictus  Fre-  in  loco  qui  dicitur  Fromiguaria,  depreca- 

daldus  archiepiscobus  in  itinere  venit  in  tus  a  Gulfarico  abbate  qui  ecclesie  Sancti 

jamdicto  monasterio  Sancti  Pétri  &  Pauli  Jacobi  monasterii  preesse  videtur  &  a  co- 

&  sic  recepit  ipsa  annona  &  ipsum  vinum,  mitibus  hisce  nominibus  Vuifredo  &  fratre 

id   est   in   primis    modios  viginti   de   fru-  ejus  Mirone  &  comitibus  Olibano  &  fra- 

mento  &  viginti  de  vino,  valente  solidos  tre  ejus  Ayfredo,  comitum  illorum  depre- 

septuaginta,    in    res    mulo   &   kavallos    &  catione  &  voluntate  spontanea,  ad  conse- 

prunia  &  alias  res  valentes  solidos  cccc  crandam  ecclesiam  Sancte  Marie  virginis 

&  alias  plures    res  quod   jamdictus  Egiga  matris    Domini    nostri   Jesu    Christi,   cum 

abba  &  presbyter  quidam,  qui  fuit  ad  jam-  appendiciis  &  horatoriis  suis  sancti  Pétri 

dicto  monasterio   Sancti   Pétri  &  Pauli  &  apostoli    &   sancti    Joannis    Baptiste   pre- 

sua  concrecasio  ipidem  commissa,  quae  ad  cursoris  Domini,  que  sita  vel   fundata  est 

eo  tempore  erat,  praestitum  fecit  de  jam-  ipsa  ecclesia   in   eadem  villa   Formiguaria 

dictas  res  superius  scriptas  ita  &  vendidi;  super  ipsam  aquam  que  vocatur  Formigua- 

&  quando   jamdictus    P'redaldus   archiepi-      ria,  quam   corde &  nutu   divino  edifi- 

scobus  de    oc    seculo   obuit,   debitor  erat  care  conati    sumus    nos   predicti   comités, 

justissime  de  jamdictas  res  superius  scrip-  pro  Dei  amore  &  remedio  animarum  nos- 
tas  abint  esse,  sicut  superius  scriptum  esset, 

ad  jamdicta  concrecasione  monacorum  vel  >  Ancienne  copie  aux  archives  de  l'archevêché 

clericorum   ibidem  commissa  Sancti   Pétri  de  Narbonne. 


Éd  orig. 

t.  I, 
col.  126. 


An 
873 

21  sep- 
tembre. 


4 


An 
873 


373 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


374 


An 

874 

îSmars, 


trarum  seu  parentum  nostrorum eccle-      Cesari,  Gulfredi,  Maurecati,  Senfredi,  En- 

siam   pontifie!  Sigebodo  archiepiscopo   ut      necoiii,  Siseguti,  Danieli,  Luponi,Enalai  io 
dedicaret  &  benediceret,  ac  dedicavit sajone,  omnes  (|ui  in   ipso  juditio  reside- 


An 
874 


ad  ipsius  dedicationem  tradimus   &   cedi- 

mus prope  ipsam    ecclesiam   de    terra 

arabili  modiatas  xc.  Habet  ipsa  terra  af- 

frontationes ab    intègre    cedimus    vel 

donamus,  ideoque  nos  supradicti  comités 
donamus  vel  tradimus  ad  domum  Sancte 
Marie  in  suffragia  sancti  Jacobi  apostoli 
fratris  domini  Gulfarico  abbati  vel  suc- 
cessoribus  suis  tam  presentibus  quam  fu- 
turis  ipsam  prenominatam  villam  Formi- 
guaria  cum  omnibus  finibus  &  adjacentiis 
suis  vel  pertinentiis...  ob  amorem  Dei  ut 
crimina  peccatorum  nostrorum  dignetur 
absolvere  &  propter  dedicationem  sancte 
Marie  &  consecrationem  ;  sic  tradimus 
oninia  ad  abbatem  Sancti  Jacobi  &  Sancte 
Marie  &  famulantibus  cunctis  ipsius  loci, 
ut  si  aliquis  Deo  inspirante  légitime  tr?- 
dere  voluerit  &  tradiderit  aliquid,  omnes 
abbates  &  monachi  tam  présentes  quam 
futuri  a  partibus  Sancte  Marie  ipsis  pa- 
trocinantibus  recipiant,  teneaut  &  possi- 
deant  atque  per  ipsius  nomen  défen- 
dant  Ego  Sigebodus  Narbonensis 

ecclesie  archiepiscopus  manu  propria  hanc 
donationem  supranominate  ecclesie  con- 
firmo  &  subscribo.  Barnarius  levita  hanc 
dotationem  &  donationem  Sancte  Marie 
&  Sancti  Jacobi  suprascripti  manu  propria 
scripsi  sub  die  &  anno  quo  supra. 


i85. 

Plaid  tenu  par  les  agents  du  comte 
Miron  ' . 

IN  juditio  Mirone  comité  seu  de  judices 
qui  jussi  sunt  causa  audire,  dirimere 
vel  recte  judicare,  id  est  Langobardus, 
Bera,  Odolpaldus,  Dodo,  Step-hanus,  Ful- 
gentius  &  Guintiocus  judicum,  vel  in  pre- 
sentia  aliorum  multorum  bonorum  ho- 
minum,  Kandiani  presbiteri,  Rautefredi, 


'  Copie  dans  Baluze,  Armoires,  v.  117,  f°  167, 
d'après  le  cartulaire  de  Saint-Michel  de  Cuxa , 
f"  117. 


bant;  veniens  homo  noniine  Sesenandus 
mandatarius  Mirone  comité  &  dixit  :  «  Au- 
dite  me  cum  isto  Laurentio,  qualiter  servus 
fiscalis  débet  esse  ex  nascendo  de  parentes, 
de  abios  suos  cum  fratres  vel  parentes 
suos  &  «ervicium  fecerint  domno  Sunie- 
fredo  comité  genitore  seniore  meo  ad  parte 
fiscali  per  preceptum,  quod  precellentis- 
simus  rex  Carulus  fecit  domno  Suniefredo 
comité,  cujus  voce  me  mandatarium  man- 
dat inquirere  senior  meus.  »  Tune  supra- 
dicti judices  dixerunt  Laurentio  qui  est 
inquietatus  pro  se  &  parentes  suos  :  «  Qui 
ad  hec  respondis?  »  Et  ille  in  suis  respon- 
sis  dixit  :  «  Non  debeo  esse  servus  fiscalis 
nec  parentes  mei  ex  nascendo  de  bisabios 
vel  visabias  ex  paterno  vel  materno,  quia 
ego  &  parentes  mei  sicut  Lex  Gotorum 
continet  per  xxx-'  vel  quinquaginta  annis 
in  domos  in  qua  nati  sumus  inter  pré- 
sentes instetimus  absque  blandimento  vel 
jugo  servitutis  in  villa  Canabellas,  nullo 
comité  vel  judice  nos  inquiétante.  »  Nos 
vero  judices  Sesenando  mandatario  dixi- 
mus  :  «  Potes  habere  testes  aut  scripturas 
aut  uUum  indicium  veritatis,  unde  pro- 
bare  possis  isto  Laurentio  fratres  vel  pa- 
rentes suos,  ut  servi  fiscale  seniori  tuo 
debeant  esse,  ut  infra  istos  légitimes  an- 
nos  quod  responsum  dédit  servituti  fuis- 
sent ?  «  Et  ille  dixit  :  «  Non  habeo  alla 
probatione,  nisi  inveni  in  brève  senioris 
mei,  quod  pater  suus  ei  dimisit  femina 
Ludinia,  qui  fuit  parentes  istius  parentele 
quem  ego  prosequor.  »  Nos  vero  judices 
diximus  Laurentio  :  «  Unde  advenit  ista  fe- 
mina Ludinia  in  isto  brève  qui  fuit  soror 
abie  tue,  si  ancilla  fiscalis  non  fuit?  »  Et 
Laurentius  respondit  :  «  Nescio  quomodo 
hic  resonat,  set  unum  scio  quod  ancilla 
inclinata  in  servitio  non  fuit;  set  si  aliunde 
ad  filios  suos  conditio  servilis  non  avenit 
de  parentes,  quod  mihi  conjuncta  est,  non 
pertinet  ad  filios  suos  servilis  conditio.  « 
Nos  autem  perquisimus  in  Lege  Gotorum, 
ubi  dicunt  :  Si  qu'is  ingenuum  ad  servïtîum 
addîcere  voluerit,  ipse  doceat  quo  ordine  ei 
servus  advenerit,  £•  si  servus  ingenuum  se 
esse  dixerit  £•  ipsi  simili  modo  ingenuitatis 


^7- 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


An 

''"^  sue  formam  ostendat  probatîonem^  &  ce- 
tera que  secuntur.  Proinde  diximus  ad  isto 
Laurentio  si  potuisset  taies  habere  testes, 
sicut  lex  coiitinet,  ut  nullum  ex  fisco  per- 
solvere  debeat  ille  aut  parentes  sui.  Ille 
dixit  :  «  Possum.  »  Introduxit  légitimes 
quatuor  testes  absque  ullo  crimiiie,  id  est 
Guitesindo,  Ataulfo,  Bieles  &  Biatarius, 
qui  juraverunt  a  série  conditioile,  sicut 
ibidem  iusertum  est.  Tune  nos  supradicti 
jiidices  Sesennando  diximus  :  «  Potes  alios 


376 


186. 


c 


Donation  faîte  au  monastère  de  Va- 
hre,  pour  le  soulagement  des  âmes 
des  ducs  ^  marquis  F  ré  de  Ion,  Rai- 
mondj  ^  Bernard\ 


RISCARUM  legum  &  imperatorum  ac 
consulum  decrevit  auctoritas,  ut  qua- 
habere  testes  ampliores  aut  meliores,  aut  liscumque  persona  nobilis  ortus  génère 
crimen  quod  in  lege  vetitum  est  testifi-  res  suas  in  alieno  jure  transferre  voluerit, 
candi  dicere  hodie  aut  postmodum?  »  Et  tam  in  ecclesiis  quam  in  aliis  ho'minibus 
ille  in  suis  responsis  dixit  :  «  Non  possum  codicillos  &  légitimas  traditiones  licen- 
habere  testes  nec  scripturas  nec  uUum  indi-  tiam  habeat  ad  faciendum.  Quamobrem  ego 
cium  veritatis,  unde  istos  testes  diffamiare  in  Dei  nomine  Richardus  &  conjux  mea 
possim  aut  istos  ad  servitium  inclinare,  Rotrudis  annuente  divina  gratia  pertrac- 
neque  istos  trinos  placitos  nec  ulloque  tavimus  casu  humanae  fragilitatis  nostrae 
tempore  &  hodie  &  deinceps,  sic  me  re-  &  metuentes  diem  extremum,  ne  subita 
cognosco  vel  exvacuo  ab  interrogatione"  mors  improvisa  nobis  obveniat  &  suae 
judicum  &  presentia  bonorum  hominum,  mortis  laqueis  tradat  &  ut  nobis  Domi- 
in  villa  Verneto,  in  ecclesia  Sancti  Satur-  nus  veniam  donare  dignetur,  &  pro  reme- 
nini,  &  ut  sacramenta  fecerunt  isti  testes  dium  animae  seniori  meo  qui  fuerit  quon- 
veraciter  recepi  per  jussione  senioris  mei,  dam  Fredoloni  necnon  8e  Raymundo  seu 
&  ea  que  feci  recte  &  veraciter  me  recog-  etiam  &  Bernardo,  qui  fuerunt  marchio- 
nosco  vel  exvacuo  in  vestrorum  juditio  vel  nés  ac  duces,  ut  eis  Dominus  delicto- 
suprascriptorum  presentia.  »  Facta  recogni-  rum  suorum  veniam  largire  dignetur;  & 
tione  vel  exvacuatione  sub  die  Vlll  kalen-  propter  banc  causam  cedo  ad  monaste- 
das  aprilis,  anno  xxxilll  régnante  Karulo  rium  ,  qui  dicitur  Vaber  &  est  situs  in 
rege.  Sig  t  num  Sesenandi  mandatario  pago  Rutenico  super  rivulum  Dordoni,  & 
domno  Mirone  com.ite  ad  causas  fiscalis  est  in  honore  Domini  nostri  Jesu  Christi 
requirendas,  qui  hanc  recognitione  vel  &  sanctae  Mariae  genitricis  ejus  necnon 
exvacuatione  feci  &  testes  tradidi  ad  robo-  &  sancti  Pétri  principis  apostolorum  seu 
randum.  Miro.  Intiocus.  S.  Protasius.  Si  etiam  sancti  Dionysii  praeclarissimi  mar- 
domnus  cornes,  hoc  est  Deo  propicio  sive       tyris,  ubi  moderno  tempore  Bernardus  ab- 

me  adjuvante,   fuerit  conversus qui      bas  praeesse  videtur  cum  monachis  ibidem 

hanc  scriptura  recognitionis  vel  évacua-  Deo  famulantibus.  Cedimus  ad  ipsa  casa 
tionis  jussus  scripsi  &  die  &  anno  quo  Dei  vel  ad  ipsos  monachos  cessumque  in 
supra \  perpetuum  volumus,  hoc  sunt  res  nostias 

qui  sunt  in  pago  Rutenico,  in  vigaria  Mi- 

'  Lex  Vis'igothorum,  lib.  v,  titul.  vn,  leK  viii.  lianense,  loco  nuncupante  Noviliaco,  cum 

^  La   fin   de  cet  acte  paraît  tronquée  &  est  peu       ipsas    ecclesias    quae    Sunt   fundatas   prima 

intelligible.  in   honore   sancti   Pétri,    secunda  sanctae 

Mariae,  tertia  sancti  Brictii^  ipsas  eccle- 
sias vel  ipsas  villas  ibidem  pertinentes  his 
nominibus  Cumborlo,  Baldara ,  Monte- 
piano,  manso  uno  qui  dicitur  ad  Lica  & 
alios  duos  mansos  qui  dicitur  ad  Bosco;  & 
in  alio  loco  mansos  duos  qui  dicitur  Fro- 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  126. 


An 
874 

décem- 
bre. 

Ed.orig. 

t.  I, 
col.  127. 


'  Archives  de  l'église  de  Vabre. 


An 

874 


377 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


378 


Éd.orig. 

t.I, 
col.  128. 


miiiio,  ad  illum  Villaritum  niansos  duos; 
item  alio  Boscho  manso  iiiio,  ad  Arcovolto 
niansos  duos;  &  in  alio  loco  manso  iino, 
ubi  Doolorgus  visus  sunt  manere.  Ista  om- 
nia  superius  nominata  cum  ipsas  eccle- 
sias  vei  cum  ipsas  villas  sive  mansos,  totum 
&  ab  integruni  cedo  ad  ipsa  casa  Dei  vel  ad 
ipsos  monachos  ibi  Deo  servientes,  excep- 
tis  illos  duos  mansos  qui  dicitur  Monte- 
piano  &  illa  Licca  quod  ad  filio  nostro 
Dodotu  usufructario  reservanius  una  sub 
censu,  ut  per  singulos  annos  quatuor  de- 
nariis  partibus  monasterii  donare  faciat, 
&  post  obitum  illius  pars  monasterii  in 
suam  revocare  faciant  potestatem  absque 
uUa  contrarietate.  Et  ego  Ricardus  dum 
vivo  usum  &  fructum  mihi  reservo,  post 
obitum  meum  ipsas  res  superius  nominatas 
cum  ipsas  ecclesias,  cum  domibus,  cum 
terras  cultas  &  incultas,  cum  mansis,  pra- 
tis,  pascuis,  silvis,  farinariis,  cum  omni 
integritate  &  adhaerentias  eorum  &  fun- 
dus  possessionis,  totum  &  ab  integrum  ipsi 
monachi  in  suam  faciant  revocare  domina- 
tionem  &  potestatem  absque  ulla  contra- 
rietate. In  eo  vero  modo,  ut  si  mala  volun- 
tate  succrescit  ad  ipsos  rectores  qui  ipsos 
monachos  regere  debent,  tam  rege  quam 
comité  sive  aliquo  principe  qui  monas- 
terium  Vabrensem  in  fisco  dominationis 
tenere  voluerit  &  monachos  inquietare 
praesumpserit ,  habeant  res  superius  no- 
minatas, ubi  nullum  principem  metuant. 
Nec  uUus  abba  aut  uUus  princeps  aut 
ullus  rector  beneficiare  aut  concambiare 
voluerit,  non  ei  licentiam  liceat  facere, 
sed  ipsi  monachi  ex  monasteriolo  superius 
nominati  teneant,  possideant  bac  mona- 
chos nutriant  &  faciant  exinde  quidquid 
melius  voluerint.  De  repetiti-one  vero, 
quod  minime  fieri  credo,  quod  si  nos  ipsi 
immutata  voluntate  nostra  aut  ullus  de 
haeredibus  nostris  vel  quislibet  immissa 
persona  qui  contra  banc  cessionem  istam, 
quam  nos  prompta  voluntate  pro  Dei 
amore  fecimus,  ire  aut  inquietare  prae- 
sumpserit, quod  petit  non  vindicet,  sed 
insuper  componat  tantum  &  alium  tantum 
quantum  eo  tempore  ipsas  res  melioratas 
valere  potuerint,  in  duplum  sit  redditurus 
&  quod  repetit  non  valeat  vindicare,  sed 
praesens  cessio  isfa  omnique  tempore  firma 


&  stabilis  valeat  perdurare  cum  stibula- 
tione  subuixa.  Facta  cessione  ista  in  mense 
decembrio,  anno  trigesimo  quinto  rég- 
nante Karolo  rege  Francorum  sive  Aqui- 
tanorum.  Signum  Richardo  qui  cessione 
ista  fieri  vel  adfirniare  rogavit.-  Signum 
Rotruduae  uxori  suae  consentiente.  S.  Si- 
galdus.  S.  Aymerico.  S.  Isimbertus.  S.  Alde- 
berto.  S.  Celsarigo.  S.  Avumdantio.  S.  Ai- 
menrado.  S.  Leutado.  S.  Tresinmis  moua- 
chus  jubente  Bernardo  abbate  scripsit. 


187. 

Délaissement  du  territoire  de  Pallal, 
fait  par  Dominique  à  Castellan, 
abbé  d' Arles  ', 

IN  judicio  de  judices  qui  jus.si  sunt  cau- 
sas audire,  dirimere  vel  judicare,  id  est 
Albarus,  Vuithericus,  Joannes,  Sindala, 
Fauvane  &  Ranualdo  judicum,  seu  &  in 
presentia  Atone,  Viatario,  Eldegiso  sa- 
cerdotes,  Hisselmo  saione  vel  plures  bonis 
hominibus,  id  est  Audericho,  Trassivicho, 
Viumarane,  Taurello,  Recharedo,  Elde- 
fonso,  Leothario  &  Ferriolo,  seu  &  in  pre- 
sencia  multorum  bonorum  hominum  qui 
in  ipso  judicio  residebant.  Professus  sum 
ego  Domenicus  simulque  exvacuo  a  peti- 
cionibus  Babilane  qui  est  mandatarius  vel 
causilicus  de  Castellano  abbate  vel  cuncta 
congregacione  cenobii  Sancle  Marie  de 
territorio  Elenense,  cujus  basilica  est  sita 
in  Valle  Asperi  in  locum  quem  dicitur 
Arulas,  vel  ad  interrogacionem  de  superius 
scriptos'judices.  Verum  est  in  omnibus  & 

'  Archives  de  l'abbaye  d'Arles,  &  copie  dans 
la  collection  Moreau,  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, vol.  2,  f°  iSy.  —  Cet  acte  permet  de  rectifier 
la  date  d'une  déposition  de  témoins,  publiée  par 
Baluze  dans  le  Marca  H'ispan'ica,  c.  798,  sous  la 
date  de  876}  cette  déposition  est  datée  du  8  jan- 
vier &  est  la  deuxième  partie  de  la  procédure, 
dont  notre  déguerpissement  est  la  troisième.  Dans 
un  premier  plaid,  qui  est  perdu,  la  cause  s'en- 
gage entre  l'abbé  d'Arles  &  Dominique  j  dans  le 
second  (celui  de  Baluze),  on  entend  Jes  témoins 
de  l'abbé  Castellan  ;  dans  le  troisième  &  dernier, 
Dominique  renonce  à  ses  prétentions.  [A.  M.] 


An 

874 


An 

875 

3o 
janvier 


An 

875 


79 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


38o 


negare  non  possuni  quod  dum  haberet  jam-  quam  tempore.  Sicut  injuste  &  contra  leges 

dictus  Kastellanus  abba  suo  Palaciolo  cum  invasi,  ego  Domenicus  ipso  Palaciolo  cum 

terras  cultas  &  incultas,  id  est  in  jamdicto  terras  vel  adjacentias  vel  cum  omnes  arbo- 

territorio  Elenense  vel  in  ipsa  Valle  Asperi  res  suos  diversos  de  quantum  in  superius 

prope  jamdicto  monasterio  Arulas  cum  di-  scriptas  includunt,  dum  ipse  abba  Kastel- 

. versas  arbores,  id  est  tota  ipsa  valle  quam  lanus  condam  hoc  dimisisset  ad  omnes  suc- 

traxit  Kastellanus  quondam  suus  anteces-  cessores  suos   post  se  &  possedisset  ipso 

sor  abbas  cum  alios  suos  monachos,  cum  Palaciolo  ubi  ipse  domus  est  edificatus  in 

condam    Hononi  presbiteri,  Eldesindo  &  honore  sancti  Pétri,  sicut  superius  dicitur, 

condam  Amelio,  Teudesindo  &  condam  Ba-  per  hos    annos   quinquaginta   cum   omnia 

sulino  monachos  &  dimisit  jamdictus  abba  superius  inserta,  &  ubi  testes  de  jamdicto 

sicut  etiam  dicti  monachi  ipsum  Palaciolo  Babilane  testificavere,  verum  testimonium 

cum  terras  cultas  &  incultas  &  cum  arbores  testificaverunt  vel  a  série  condiciones  ju- 

jamdictos  vel  alios  diversos  arbores.  Qui  raverunt  in   prefato    territorio    in   locum 

est  ipse  Palaciolus  in  rivulo  Rivo  Ferrario  que  dicitur  FuUonichas,  in  domum  sancti 

subteriore,  ibidem  infrontat  in  ipso  rivulo  Martini  confessoris,  quod  plus  débet  esse 

&  subjungit  in   terra  de  Aucerico,  &  in-  ipse  Palaciolus  cum  omnes  superius  scrip- 

frontat  per  summitatem  de  ipso  pojo  us-  tas  infrontationes  vel  cum  omnia  superius 

que  in  terra  que  dicunt  Kero  de  Audriso,  saepedicta  pro  aprisione  de  condam  jam 

ipso  Palaciolo  jamdicto,  ubi   edificata  est  saepedicto   Kastellano  abbate  vel  Annone 

ipsa  domus  que  dicitur  Sancti   Pétri  cum  condam    presbitero   vel    jamdictos    mona- 

ista  omnesque  terras  de  quantum  in  istas  chos   que   fuerunt   per   illorum   aprisione 

afrontaciones    jamdictas     includunt,    cum  vel  ruptura,  quod  illi  primi  homines  hoc 

omnes  suos  kastagnarios  &  nogarios  &  alios  traxerunt  de  heremo  ad  cultura,  quam  de 

diversos  arbores,  unde  me  vero  ordine  in-  me    Domenico,    qui    ipso    Palaciolo    cum 

terpellat  Babila  mandatarius  vel  causilicus  terras   &  omnia  superius   sepedicta   invasi 

de  ista  Palaciolo   superius   scripto,   unde  de  potestate  de  antecessores  de  Kastellano 

jam  saepedictus  Babila  me  mallavit  man-  abbate  infra  istos  octo  annos.  Et  ea  que 

datarius  vel  interpellavit.  Ego  Domenicus  dico  recte  &  veraciter  me  recognoscho  si- 

invasi  de  potestate  de  jamdicto  Kastellano  mulque  exvacuo   hic   in  vero  supradicto- 

cum  terras  cultas  &  incultas  vel  arbores,  rum  judicibus.  Facta  recognicione  simul- 

sicut  superius  dicitur,  sive  de  potestate  de  que  exvacuacione  sub  die  tercia  kalendis 

ipsos   monachos   &    eorum    congregacione  februarii,  anno  trigesimo  quinto  régnante 

dum  tenerent  ipsum  Palaciolo,  de  quantum  Karolo  rege.  Signum  Domenicus,  qui  hanc 


in  istas  afrontaciones  includunt,  per  apri- 
sione condam  Kastellani  abbati  vel  suos 
monachos  condam  Hononi  presbiteri  & 
Eldesindo,  Amelio,  Teudesindo  &  Bassu- 


meam  recognicionem  vel  exvacuacionem 
feci.  Signum  Amelius.  Signum  Agilla.  Sig- 
num Adeberto.  Signum  Fulgerano.  Signum 
Eldefonso.  Signum  Rodericho.  Signum  Jo- 


lino  monachos,  &  dederunt  mihi  ipsi  judi-  bannis.  Signum  Arrecto.  Signum  Vuarne- 
ces  unum  &  alium  &  tercium  placitum,  si  beti.  Signum  Aimericho.  Signum  Adeberto. 
potuissem  ego  Domenicus  ad  partibus  meis  Signum  Vualdamare.  Signum  Rogatredus. 
adprobare,  quomodo  ipse  Palaciolus  cum  Petrus  juroannus  presbiter  qui  hanc  re- 
terras vel  omnia  sua  sicut  superius  dicitur,  cognicionem  vel   evacuacionem    scripsi  & 


unde  Babila  causilicus  vel  adsertor  me  in- 
terpellât, ista  omnia  mea  debuissent  esse 
sicut  ego  dixi  &  dico,  quod  ad  partibus 
meis  hoc  adprobare  non  possum,  quod  ipse 
Palaciolus  cum  terras  cultas  &  incultas  vel 
arbores  de  quantum  in  suas  superius  scrip- 
tas infrontaciones  résonant  mea  debeant 
esse  non  possum  neque  per  testes  neque 
per  scripturas  nec  hodie  nec  in  nullo  un- 


sub  die  &  anno  quod  superius. 


An 

875 


38 1 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


382 


Éd.orig 

t.  I, 
col.  l'il. 


An 
875 

i3 

juillet. 


i.  —  CIV 


naliter  in  jus  proprium  eidem  loco  cedi- 

mus    &   delegamus.    Unde    hoc    magnitu- 

dinis  ac  celsitudinis   nostrae   praeceptum 

fieri  ibique  dari  jussimus,  per  quod  me- 

Charte  de  V empereur  Charles  le  Chauve      moratam  villam  cum  omni  suarum   inte- 

en  faveur  de  Vahhaye  de  Beaulieu,      gritate  rerum  abeant,  teneant  firmiterque 

en  Limousin^  absque  alicujus  contradictione  aut  miaio- 

ratione  possideant.  Ut  autem  [hujus]  nos- 

IN  nomine  sauctae  &  individuae  Trini-      trae  auctoritatis  largitio  majorem  in  Dei 
tatis.  Karolus  gratia  Dei  imperator  au-      nomine  obtineat  firmitatem  vigoris,  manu 
gustus.     Imperialis    celsitudinis    mos    est      nostra    eam    subterfirmavimus    annulique 
fidèles  suos  donis  multiplicibus  &  hono-      nostri  impressione  assignari  jussimus. 
ribus    ingentibus    honorare    atque    subli-  S.  (Karolus)  Karoli  gloriosissimi  impe- 

mare.  Itaque   notum   sit   omnibus  sanctae      ratoris  augusti. 

Dei   Ecclesiae   fidelibus   &  nostris,   prae-  Data  m  idus  julii,  indictione  ix,  anno 

sentibus  scilicet  atque  futuris,  quia  com-  xxxvi  régnante  Karolo  gloriosissimo  im- 
placuit  clementiae  serenitatis  nostrae  ad  peratore  &  in  successione  rcgni  Lotharii 
deprecationem  Frotarii  Biturigensis  eccle-  anno  VI,  imperii  autem  ejus  anno  i.  Actum 
siae  archiepiscopi  venerabilisque  &  di-  Poncione  palatio  iniperiali,  in  Dei  nomine 
lecti  nobis  Gairulfi  monasterii  Belliloci  féliciter.  Amen, 
abbatis,  quod  est  in  honore  beati  Pétri 
constructum,  ubi  requiescit  corpus  sanc-  ~~ 

tae  Felicitatis  martiris  Christi,  quod  est 
situm  in  pago  Tornensi  super  fluvium 
Dordonia,  de  quibusdam  nostrae  proprie- 
tatis    rébus   pro    absolutione    peccatorum      Plaid  ou    assemblée    tenue  par  Vau~ 


An 
875 


189.   —  CI 


nostrorum  jamdicto  abbati  suisque  suc- 
cessoribus  necnon  &  monachis  ibidem 
Deo  famulantibus  tam  praesentibus  quam 
futuris  honorare  stipendiis  &  usibus  eo- 
rum  in  venturis  generationibus.  Quae  siqui- 
dem  res  sunt  si  tae  in  comitatu  Lemovicino, 


I 


torité  de  Bernard  Illj  marquis  de 
Gothie  '. 

N  judicio  Isimberto  misso  Bernardo  co- 
mité sive  &  de  judices  qui   jussi  sunt 

causas  dirimere  &  legibus  diffinire,  id  est 
in  valle"  Exandonense,  hoc  est  villa  quae  Teodofredus,  Medema,  Arifredus,  Teode- 
vocatur  Orbaciacus,  ubi  quod  sunt  mansi  ricus,  Ildoigius,  Sindilla,  Albarus,  Man- 
decem  cum  terris,  vineis,  pratis,  pascuis,  tio,  Galvilae,  Fauvane  judicum,  Valafonso 
molendinis,  aquis  aquarumve  decursibus,  saione  vel  in  praesentia  Hictore,  Ragam- 
secus  fluvium  Viseram,  necnon  &  mancipia  berto,  Epulone,  Munio,  Adroario,  Atone, 
utriusque  sexus  desuper  commanentibus  Arnaldo,  Aberaldo,  Suniario,  Sendebado, 
vel  ad  id  jure  respicientibusj  totum  &  ad  Tractimiro,  Domferanno,  Ramnone,  Mau- 
integrum  cum  omni  sua  integritate  per  recato,  Ermemiro,  Senderedo,  Georgio, 
hoc  altitudinis  nostrae  praeceptum  aeter-      Achilane  &  Victore  vel  aliorum  plurimo- 

rum  bonorum  hominum  praesentia,  qui  in 
*  La  plupart  des  dernières  pièces  publiées  par  ipsO  judicio  residebant.  RecognoscO  me 
les  Bénédictins  (n°»  CI  à  CXIII)  ayant  été  mal  da-      Auvaldus  a  petitionibus  Fridemiro,  qui  est 


Éd.oric. 
col.  128. 


An 
875 

17  dé- 
cembre. 


tées,  nous  les  avons  rétablies  à  la  place  qui  leur 
est  assignée  par  leur  date  respective,  &  nous  nous 
dispenserons  à  l'avenir  de  répéter  à  chaque  pièce 
déplacée  la  double  note  explicative  de  l'interver- 
sion des  numéros. 

'  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Beaulieu,  en  Li- 
mousin. [Collationné  sur  le  cartulaire  publié  par 
M.  Deloche,  dans  les  Documents  inéditSj  p.  28-24.] 

*  Alias  villa. 


mandatarius  de  Audesindo  episcopo  vel 
ad  interrogatione  de  supradictos  judices j 
verum  est  in  omnibus  &  hoc  negare  non 
possum,  quia  de  his  unde  me  mallavit  me- 
minitus   Fredemirus   mandatarius  de  Au- 

'  Cartulaire  de  l'église  d'Elne.  —  Baluze,  Regum 
Francorum  Capitular'ia,  t.   1 ,  c.   1  486  &  seq. 


An 

875 


383 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


384 


desiudo  episcopo,  quod  ego  injuste  reti-  debeant  nec  modo  nec  ulloque  tempore, 
neo  homiues  qui  sunt  comniaiientes  prope  quia  plus  pertinet  ad  Audesindum  episco- 
claustra  Saucti  Felicis  &  ejus  terminio,  pum,  qui  hoc  perquirit  recte  jure  eccle- 
quae  ipsi  ecclesiae  subditum  esse  débet  siastico,  quam  a  me  Auvaldo  qui  retineo 
sub  ditione  sanctae  Eulaliae  Elenense  se-  hoc  partibus  coraitis  injuste.  Et  ea  quae 
dis  ecclesiae,  de  ipso  pojo  ubi  est  ipsa  me  recognosco,  recte  &  veraciter  me  re- 
Mata  &  recte  descendit  &  accipit  partem  cognosco  vel  evacuo  in  vestro  supradicto- 
de  ipsum  locum  ubi  ipsas  vineas  fuerant,  rum  judicio.  Facta  recognitione  evacua- 
&  sic  vadit  ad  ipsam  viam  qui  discurrit  de  tionis  sub  die  XVI  kalendas  januarii,  anno 
monte  Albariae,  &  inde  ducit  ad  locum  XXXVI  régnante  Karolo  rege.  Auvaldus 
ubi  dicitur  ad  ipsas  Aluminarias,  &  per-  qui  hanc  meam  recognitionem  feci  sub- 
gens de  ipsas  Aluminarias  per  ipsos  tor-  scribi.  Remesariiis.  Mauregatus.  Argere- 
rentes  ad  ipsum  pojum,.  &  iterum  revertit  dus.  Ildoigius.  Ragambertus.  Sanctus  pres- 
recte  ad  ipsam  praescriptam  Matam.  Et  byter  hanc  recognitionem  scripsi  sub  die 
ego  Auyaldus  respondi  quod  non  injuste,  &  anno  quo  supra, 
sed  partibus  comitis  &  ad  servitium  régis 
exercendum  hoc  retineo,  &  hanc  meam 
responsionem  praesentiae  vestrae  judi- 
cium  condicionis  ostendit  saepedictus  Fre- 
demirus  mandatarius  de  Audesindo  epi- 
scopo, qui  legibus  ductus  est  atque  ibidem 
resonat,  ex  qua  auctoritate  praedictus  lo- 
cus  Sancti  Felicis  sub  ditione  sanctae  Eu- 
laliae esse  débet.  Quod  etiam  &  vos  prae- 
fati  judices  me  interrogastis  si  potuissem 
per  legitimos    placitos    habere    scripturas 


:9o. 


Donation  de  plusieurs  terres  situées 
en  Ro  us  sillon  j  faite  par  Anne,  fille 
d'Alaric,  à  Raoul  &  à  sa  femme*. 


Éd.orig, 

t.  I, 
col.  129. 


IC  est  exempla  ab  autentico  fideliter 
tolta  nec  addita  nec  minuta,  sed  juste 

aut   legitimos  testes  aut  quodlib:it  verum  &  fideliter  translata,  die  kalendarum   iiii' 

documentum ,   per  quod    probare   potuis-  idus    junii,   anno    xxx°    régnante    Karulo 

sem    ut    saepedictus    locus    per   bénéficia  rege  filio  Ludovici,  in  presentia  sacerdo- 

vel  adprisionem  comiti  regalem  servitium  tum,   judicum   vel   fidelium   laicorum    qui 

persolvi   debeat   vel    homines    loci    illius  subter  scripturi  sunt   in  hac   exempla  vel 

commanentes  vel  contra  ipsam  scripturam  manibus  signa  facturi  : 

aliquam  inferre  potuissem  infamiam.  Ma-  In  nomine  Domini.  Ego  Anna,  qui  fui 

nifeste  verum  est  quia  dictus  locus  Sancti  filia   condam    Âlarici   vel    Rautrudes,   do- 

Felicis  cum  claustra  &  terminia  ejus,  sicut  natrix    vobis    Radulfo    &    uxori    tue    Rid- 

suus    resonat    judicius,    a    praedecessores  linde.  Certum  est  enim   &  manifestum   & 

Audesindo   episcopo,   videlicet  Vinedario  pluris  hominibus   manet  cognitum    quare 

episcopo,  Ramno  episcopo,  Salamone  epi-  placuit   in    animis    meis    &   placet    nullius 

scopo  &  isto  praesente  Audesindo  per  hos  quoqgentis    imperio    nec    suadentis    inge- 

annos   quinquaginta    seu   &   amplius   jure  nio,  sed  propria  &  spontanea  hoc  elegiî 

ecclesiastico  possessum  fuit  per  successio-  mihi  bona  voluatas,  ut  vobis  Radulfo  & 

nem    sancti    Felicis    sub    ditione    Sanctae  uxori  tue  Radllnde  aliquid  de  rébus  meis 

Eulaliae,  &  ipse  suus  judicius  condicionis  donare  deberem,  sicut  &  dono  vobis,  in 

verus  est  in  omnibus  &  legibus  factus.  Et  territorio  Russulionense  villa  que  dicitur 

ego    Auvaldus    sic    me    recognosco    atque  Covengos  cum  suas  ajacentias,  cum   exio 

evacuo,  quia    non  possum    contra    ipsum  vel  regressio  earum  &  cum  omne  superpo- 


judicium  nullam  inferre  infamiam  neque 
probare  per  testes  neque  per  scripturas 
sed  neque  per  ullum  indicium  veritatis, 
quod  ipse  praefatus  locus  partibus  comitis 
esse  debeat  vel  homines  loci  illius  com- 
manentes servitium   régis  exinde  persolvi 


sita  illarum  &  cum  ipsa  ecclesia  que  ibi- 

'  Cartulaire  d'Elne,  &  copie  dans  la  collection 
Moreau,  à  la  Bibliothèque  nationale,  vol.  2^ 
f"  i5ij  vidimus  du  règne  de  Charles  le  Simple 
(10  juin  91 7  ou  927) 


An 
875 


1 


An 

876 

22  avril. 


An 
876 


385 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


386 


dem  est  fundata  in  honore  sanctiStephani;      Signum  Benedictus.  Maugarîtus  presbyter 
&  in  alio  loco  dono  vobis  villa  Trnliares      qui  hanc  donationem  scripsi  &  subscripsi 
cum  omnes  suos  villares  cum  ipsa  ecclesia,      die  &  anno  quo  supra, 
qui  ibidem  est  fundata  in  honore  sancti  Signum    Ingilberto.  Signum    Isimberto. 

Aciscli,  &  cum  omnes  ajacentias  earum  ab  Signum  Vicefredo  testes  qui  ab  audetico 
integroj  &  in  alio  loco  dono  vobis  villa  relegendo  audivi  &  visi  hoc  exempla  fide- 
Buacano  cum  suos  fines  vel  ajacentias  liter  translata  firmavi.  Ausindus  presbiter 
earum  &  cum  ipsa  ecclesia,  qui  ibidem  sicut  ab  fauJdenticCoJ  vidi,  relegi  bac  exem- 
est  fundata  in  honore  sancti  Martini,  cum  pla,  presentialiter  suprascriptis  bominibus 
exiia  vel  regressia  earum  ab  intègre  j  &  fideliter  translatavi  die  &  anno  quod  supra, 
dono  vobis  alodem  meum  Teletas  cum  suo 
apenditio  &  cum  omni  suo  terminio  ab  in-  ~ 

tegre;  in  alio  loco  dono  vobis  villa  que  vo- 
catur  Pidiliano  cum  suas  fines  vel  ajacen- 
tias &  cum  ipsas  ecclesias  que  ibidem  sunt 
fundatas  totum  &  ab  intègre;  &  in  alio 
loco,  in  territorio  Confluente  dono  vobis 
villa  que  vocabulum  est  Comba  ab  omni 
integritate  cum  servos  &  ancillasj  &  in  alio 
loco,  in  comitatu  Bisillunense  dono  vobis 
villa  Romaniano  cum  suas  fines  vel   aja 


191. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  pour 
V église  du  Puy\ 

N    nomine  sanctae   &  individuae  Trini- 


I 


tatis.  Karolus  ejusdem  omnipotentis  Dei 
misericordia  imperator  augustus.  Si  sacris 

centias,  cum  exia  &  regressia  earum  &  cum  locis   divinis    cultibus    mancipatis  aliquid 

omne  superposita  illarum  ab  integritate;  &  subsidii    conferimus,   praesente   &   futuro 

in  alio  loco,  in  territorio  Petra-Pertusense,  seculo  ob  id  magis  propitium  non  dubita- 

dono  vobis  villa   que  vocatur  Domonova      mus Quocirca  omnium  sanctae  Dei  Ec- 

cum  servos  &  ancillas  totum   &  ab  inte-  clesiae  fidelium  praesentium  &  futurorum 

grum.  Que  vero  jamdicta  omnia  superius  comperiat  universitas,quoniam  Wido  vene- 

scripta  de  meo  jure  in  vestro  trado  domi-  rabilis  ecclesiae  Vallavensis  episcopus  ad 

nio  &  potestate  a  proprio  habendi,  vin-  nostram  accedens  magnificentiam,  ostendit 

dendi,   concedendi,  comutandi  vel   quic-  nobis  praeceptum  a  pâtre  nostro  anteces- 

quid    exinde    facere,    agere    vel     judicare  sori  suo  factum,  in  quo  continebatur  quod 

volueritis  maneat  vobis  firma  potestas.  Si  abbatiam  Calmelii,  in  qua  sanctus  Theo- 

quis  sane,  quod  fieri  minime  credo  esse  fredus  requiescit,  antecessor  suus  ejusdem 

venturum,  quod   si  ego  Anna  aut  aliquis      ecclesiae monastico  ordine  vivere  dele- 

de  filiis  vel  ullus  de  eredibus  meis  vene-  gaverat  atque  inibi  abbatem  mittere  con- 

rit  aut  ego  ipsa  venero,  inférant  seu  infero  sueverat,  salvo  per  omnia  suo  &  ecclesiae 

vobis  partibus  vestris  ista  omnia  superius  suae  honore.  Hac   ergo  de  causa   incuria 

scripta,  quantum  ad  eo  tempore  inmelio-  episcoporum    a   jamdicta   sede    subtractus 

ratum  fuerit,  dupla  vobis  perpetim  haben-      fueratSc Nos  autem,  deprecante  eodem 

dam,  &  bec  donatio  mea  firmis  permaneat  venerabili  episcopo,  praeceptum  patris 
&  irrumpi  non  permittatur,  sed  in  omni-  nostri  [sequentes]  eandem  abbatiam  potes- 
bus  plenam  habeat  roborem.  Facta  dona-  tati  episcopi  &  sanctae  matris  ecclesiae 
tione  ista  sub  die  x  kalendas  madii,  anno  Vallavensis  subjicimus,  &  subjectam  nunc 
XXX''VI°   régnante    Karulo    rege.   Signum  &   aeternaliter    subjiciendam    decernimus 


Anna  qui  hanc  donatio  feci  &  testes  fir- 
mare  rogavi.  Signum'  Dato.  Signum' Agila. 
Signum   Giscafredus.  Signum   Ingilbertus. 

'  Le  cartulaire  porte  ici  ces  mots  :  Alla  manus. 

'  Même  remarque  que  ci-dessus,  ainsi  que  pour 
les  souscriptions  de  Giscafredus,  Ingilbertus,  Bene- 
dictus &  Maugarîtus. 


ac salvo  ibi  monastico  religionis  or- 
dine, secundum  dispositionem  &  provi- 
dentiam  episcopi,  sicut  in  praecepto  patris 

nostri  habetur Abbas  autem  qui  ibi  fu- 

turus  fuerit  seu  etiam  praepositus  ab  epi- 
scopo cum  eorum eligatur,  ipse  vero 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  649. 


An 
876 


An 

87^ 

Avant 
juin. 


II. 


M 


An 
876 


387 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


388 


An 

876 

i5  juin. 


episcopus  minîsterium  siium  agens  non  tionem  venerit  ad  irrumpendum,  in  primis 
consentiat  eligere  praelatum,  qui  vitiis  &  iram  Dei  omnipotentis  &  ipsiiis  sancti  Pe- 
voluptatibus  eorum  faveat,  sed  episcopus  tri  apostoli  incurrat  &  cum  Juda  traditore 
regularem  normam  excolere  faciens  nec-  habeat  participationem  &  ipsa  omnia  su- 
non pro  hoc  sine  dubio  rationem  red-  pranominata    firma    &  stabilis    permaneat 

diturum.  Ut  autem   hujus  nostrae  restau-       & probare   non  valeat,   sed  praesens 

rationis    reintegratio    pieniorem     in    Dei  scriptura  plenam  atque   inviolabilem   ob- 

nomine  obtineat  firmitatis  vigorem ,  manu  tineat  firmitatem.  Facta  donatione  decimo 

propria  eam  subterfirmantes,  sigilli  nostri  septimo   kalendas   julias,    anno    trigesinio 

impressione  subter  jussimus  obsignari.  sexto  régnante  vel  primo  imperante  domno 

Signum  Karoli  gloriosissimi  imperatoris.  Karolo  imperatore. 

Datum anno  xxxvi  regni  Karoli  glo-  Signum  Adalberga,  qui  hanc  donationis 

riosissimi  imperatoris  [in  Francia,  imperii  cartam  fieri  volui  &  firmare   rogavi.  Sig- 

ejus  anno  l.  Actum  inj  monasterio  Sancti  num  Veridan.  Ascaleses. 


An 
876 


L 


Dionysii,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


192. 

Donation  d'Adulberge  à  Saint- 
Fierre  de  Caunes\ 

ICET  infelicissimo  casu  humanae  fra- 
gilitatis  semper  pertractare  non  posse, 
tamen  nec  tota  oblivio  securitatis  maneat, 
cum  tantae  sceieris  circa  se  habere  dinos- 
citur.  Ego  enim  in  Dei  nomen  Adalberga 
considerans  super  numerum  arena  maris 
delicta  mea&ut  mihi  Dominus  meus  Jésus 
Christus  secundus  appareat  judex,  pro  re- 
medium  animae  meae  dono  ad  ecclesiam 
Sancti  Pétri,  qui  est  fundata  in  monasterio 
quod  vocant  Caunas,  dono  tibi  in  territo- 
rio  Menerbense,  suburbio  Ventaionense 
ad  ipsum  domum  Sancti  Pétri,  dono  tibi 
in  ipsa  villa  quod  vocant  Infrasias  omnem 
portionem  debitam  quod  mihi  obvenit  ex 
alodo  parentum  meorum,  id  est  in  casali- 
ciis,  curtis,  hortis  cum  exiis  &  regressis, 
terris  cultis  &  incultis,  pratis,  pascuis, 
silvis ,  garricis ,  arboribus  pomiferis  vel 
inpomiferis,  omnia  &  in  omnibus  de  meo 
jure  in  dominio  Sancti  Pétri  trado  ut  de 
ab  odierno  die  &  tempore  in  ejus  consistât 
potestatem,  ista  omnia  supradicta....  ipsam 
ecclesiam  securam  potestatem  possideat. 
Quod  si  ego  aut  aliquis  ex  heredibus  meis 
vel  quislibet  homo  qui  contra  hanc  dona- 

'  Collection  Doat,  à  la  Bibliothèque  nationale, 
V.  58,  f°  226. 


Sig.    Adend.    Sig.    Rademrand.    Signum 

Olibanae.  Sign.  Fladulud.  Sig.  Waldad 

presbiter  qui  hune  donatione  ista  scripsi 
&  subscripsi  die  &  anno  quod  supra. 


193. 

Vente  faîte  par  Unovivus  à  Siinîa'ire 
^  à  sa  femme^  d'un  moulin  situé 
dans  le  pays  d'Elne'. 


I 


N  nomine  Domini.  Ego  Unovivus  vin-  — — 
ditor  vobis  Suniario  &  uxo/i  tue  Virgilia  ^" 
emptoribus.  Constat  me  vobis  vindere  de-  ^ 
berem,  sicuti  &  per  hanc  vindo  vobis  in  juillet. 
territorio  Helenensi,  in  villa  Pallagiano, 
in  alveum  Tête,  vindo  vobis  molino  cum 
suo  rego  ad  currendum  vel  discurrendum 
&  cum  suo  caputaquis  qui  est  in  villa 
Campiliano  cum  aquis  aquarum,  vie  ducti- 
bus  vel  reductibus,  introitu  vel  exia,  vindo 
vobis  in  ipso  molino  quem  habeo  cum 
heredes  meos  vel  cum  Salviolo  porcionem 
michi  debitam  &  ipsa  mea  porcio  octava 
pars  in  ipso  molino.  Ut  hec  omnia  supe- 
rius  scripta  résonant,  vindo  ab  omni  inte- 
gritate  &  accepi  ego  de  vos  emptores  pre- 
cium  quod  inter  nos  placuit  atque  convenit 
in  aderato  &  diffinito  precio  denarios  X 
tantum,  quod  vos  emptores  michi  dedistis 
&  ego  vinditor  de  présente  manibus  meis 
recepi  &  nichilque  de  ipso  precio  non  re- 

'  Cartulaire  de  l'église  d'Elne,  f"  809  v°,  &  co- 
pie dans  la  collection  Moreau,  à  la  Bibliothèque 
nationale,  v.  2,  f"  174, 


An 
876 


389 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


390 


U'd.orig. 

t.  1, 
toi.  i33. 


An 

877 

II  juin. 


mansit;  est  manifestum.  Quem  vero  jam- 
dicto  moliiio,  sicut  superius  resonat,  per 
raciouem  meam  de  meo  jure  in  vestro 
trado  dominio  &  potestate  habeiidi,  vin- 
dendi,  cedendi  vel  comutandi  &  quidquid 
que  exiiide  facere  vel  vindicare  volueris, 
maneat  vobis  fîrma  potestas.  Qui  contra 
hanc  vindicionem  venerit  ad  irrumpen- 
dum  aut  ego  ipse  venero,  inferam  vel 
inférant  vobis  aut  partique  vestre  ipso 
molino  sicuti  superius  resonat  in  ipsis 
locis,  quantum  ad  eo  tempore  &  die  fue- 
rit  immelioratus,  duplus  perpetim  haben- 
dus,  &  hec  vindicio  firmis  permaneat. 
Facta  vindicione  XVI  kalendas  augusti, 
anno  xxxvii"  &  in  secundo  régnante 
domno  nostro  Karulo  imperatore.  Signum 
Unovivus  qui  hanc  vindicionem  feci  & 
testes  iirmare  rogavi.  Signum  Waldefre- 
dus  presbiter.  Signum  Helenus.  Signum 
Duraviles.  Margaritus  presbyter  qui  hanc 
vindicionem  scripsi  &  subscripsi  die  & 
anno  quo  supra. 


194.  —  CVII 

Charte  de  l'empereur  Charles  le  Chauve 
en  faveur  d'Oliha^  comte  de  Carcas- 
sonne  '. 

IN  nomine  sanctae  &  individuae  Trinî- 
tatis.  Karolus  ejusdem  Dei  omnipotentis 
misericordia  imperator  augustus.  Imperia- 
lis  celsitudinis  mos  est  fidèles  regni  sui 
donis  multiplicibus  atque  bonoribus  in- 
gentibus  honorare  sublimesque  efficere. 
Proinde  ergo  &  nos  praedecessorum  im- 
peratorum,  parentum  videlicet  nostrorum, 
morem  sequentes,  libuit  celsitudini  nos- 
trae  quendam  fidelem  regni  nostri  nomine 
Oolibam  de  quibusdam  rébus  quae  sunt  in 
nostra  ditione  honorare  atque  sublimare; 
quae  res  sitae  sunt  in  Gotia,  id  est  omnes 
alodes  qui   fuerunt  olim   Mirone  infideli 

»  Archives  de  l'abbaye  de  la  Grasse.  [Original 
sur  parchemin  jadis  scellé  ;  latin  8837,  f°  55,  pro- 
venant de  Baluze.]  —  Baliize,  Regum  Francorum 
Capitularia,  t.  2,  c.  i5oo. 


nostro  filio  Berani  '  &  ob  illius  infidelita- 
tem  in  jus  &  dominationem  nostram  lega- 
liter  devenerunt.  Hos  igitur  omnes  alodes 
in  variis  comitatibus  Gotiae  consistentibus 
jamdicto  Oolibae  fideli  nostro  concedimus 
&  concedendo  perpetualiter  delegamus,  ita 
ut  ab  hodierna  die  &  deinceps  liceat  memo- 
rato  Oolibae  comiti  Carcasensi  fideli  nos- 
tro ex  eisdem  alodis  a  nobis  sibi  concessis 
facere  quicquid  voluerit,  ceu  de  reliquis 
rébus  suae  proprietatis;  &  omnia  cartarum 
instrumenta  ex  eisdem  alodis  dudum  facta 
seu  quaslibet  firmitatum  conscriptiones 
per  hoc  nostrae  serenitatis  praeceptum  ir- 
rita facimus  atque  evacuando  annullamus; 
sed  liceat  jamfato  Oolibae  comiti  eosdem 
alodes  cum  omni  integritate  sua  atque  ad- 
jacentes quiète  tenere  atque  pôssidere 
nemine  inquiétante.  Similiter  omnes  alo- 
des qui  fuerunt  Fredario  &  uxori  suae 
Drufianae,  qui  sunt  in  Carcasise,  qui  fuit 
infidelis  noster.  Similiter  omnes  alodes 
Hostolisi  &  fratrum  suorum,  qui  alodes 
sunt  in  Carcasinse,  infidelium  nostrorum. 
Haec  autem  omnia  cum  ecclesiis,  villis, 
silvis,  vineis,  pratis  &  cum  omni  integri- 
tate sua  Oolibae  in  proprium  concedimus, 
&  de  jure  nostro  in  jus  ac  dominationem 
illius  soUemni  more  transferimus,  ita  ut 
ab  hodierna  die  &  deinceps  quicquid  ex 
praedictis  rébus  facere  voluerit  liberam 
&  firmissimam  in  omnibus  habeat  potesta- 
tem  faciendi,  ceu  de  reliquis  rébus  suae 
proprietatis,  nemine  contradicente.  Ut  au- 
tem hujus  nostrae  auctoritatis  praeceptum 
pleniorem  in  Dei  nomine  firmitatis  obti- 
neat  vigorem,  manu  nostra  illud  firmavi- 
mus  atque  anuli  nostri  impressione  subter 
jussimus  sigillari. 

Signum  Karoli  (locus  monogrammatîs)  glo- 
riosissimi  imperatoris  augusti. 

Audacher  notarius  ad  vicem  Gauzlini  re- 
cognovit. 

Frotharius  ambasciavit'. 

Data  m  idus  junii,  indictione  X,  anno 


'  D.  Vahsete  avait  imprimé  :  Olim  infideli  nos- 
tro Etilio  Berani.  [A.  M.] 

'  La  clause  de  Vambasdator  est  placée  au-dessus 
de  la  place  du  sceau,  à  droite  de  la  souscription  du 
notaire,  dans  les  enroulements  qui  relient  cette 
souscription  au  sceau.  [A.  M.] 


An 
877 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  134. 


An 

877 


891 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


892 


An 

877 
=■■  août. 


195. 


An 

XXXVII  regni  Karoli  gloriosissimi  impera-  praeceptum    concessimus  j    sed    licet   ipse        "^"^ 

toris   augusti    in   Francia   &   imperii   ejus  idem  praeceptum   habeat,  non   tamen  vo- 

secundo.  Actum  Carisiaco  palatio  féliciter  lumus  ut  stabile  sit,  sed   ipsi  monachi  & 

in  Dei  nomine.  Amen.  omnes  illorum   ras  in  nostra  &  successo- 

rum  nostrorum  ab  hodierna  die  &  deinceps 
emunitate  consistant.  Praecipimus  quoque 
perpraesens  nostrae  altitudinis  praeceptum 
ut  a  nostra  vel  nostrorum  successorum 
tuitione  memoratus  locus  numquam  exci- 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  en  fa-  dat  neque  cuilibet  aut  episcopo  aut  cujus- 

veur  du  monastère  de  Manlieu'.  ^^^^^  dignitatis  homini  concedatur,  sed  in 

eligendis  abbatibus  &  constituendis  régula 

IN   nomine   sanctae   &  individuae  Trini-  sancti  Benedicti  &  haec  nostra  imperialis 

tatis.  Karolus  ejusdem  Dei  omnipotentis  jussio  omnimodis  observetur.  Praecipientes 

misericordia   imperator  augustus.  Si  locis  ergo  jubemus  atque  praecipimus  ut  nuUus 

divino    cultui    mancipatis    emolumentum  judex  publicus  aut  quislibet  superioris  aut 

nostrae  imperialis  celsitudinis  exhibenius,  inferioris   ordinis   reipublicae   procurator 

hoc    nobis    ad    praesentem    vitam    facilius  ad    causas    judiciario    more    audiendas    in 

transigendam   &  ad   aeternam   facilius   ca-  ecclesias  aut  villas  seu  reliquas  possessio- 

pessendam   prodesse   confidimus.    Noverit  nés,  quae  moderno  tempore  in  quibuslibet 

igitur  omnium    fidelium    sanctae   Dei  Ec-  provinciis  ad  eumdem  locum  pertinent  vel 

clesiae    nostrorumque     tam     praesentium  [quas]  deinceps  aut  per  nos  aut  per  alios 

quam  &  futurorum   industria,  quod   Hei-  quoslibet  in  jure  ipsius  monasterii  divina 

radus  venerabilis   abbas  ex  coenobio,  cui  pietas  voluerit  augeri,  ingredi   praesumat 

vocabulum  est  Magnus-Locus,  sito  in  pago  nec  freda  aut  tributa   aut   mansiones   aut 

Arvernico ,    in    honore    sancti    Sebastiani  paratas  aut  teloneum  aut  fidejussores  tol- 

constructo,  ad  nostram  accedens  mansue-  1ère  aut  homines  tam  ingenuos  quam  ser- 

tudinem  ostendit  praecepta  tam  genitoris  vos  super  terram  ipsius  loci  commanentes 

nostri    quam     &    nostrae    auctoritatis ,    in  distringere   nec    ullas   publicas  functiones 

quibus    continebatur   qualiter  idem    locus  aut    redibitiones    vel    illicitas    occasiones 

sub   emunitate    domni    &  genitoris   nostri  requirere,  quibus  in  aliquo  idem   monas- 

&    sub    nostra    per    nostrorum    utrorum-  terium    sibique    subjecti    aliquod    injuste 

que    praecepta    consistere    deberet.    Nos  patiantur  incommodum,  nec  nostris  futu- 

denique    eadem    praecepta    dijudicari    per  risque  temporibus  quisquam   tam   temera- 

Frotarium  venerabilem  archiepiscopum  ju-  rius  existât,  qui  id  faciendi  sibi  potestatem 

bentes,    invenimus    veras    esse    eorumdem  attribuere   audeat.    Et   quidquid    de   rébus 

praeceptorum   auctoritates   &  quod   petiit  praefati  monasterii  fiscus  sperare  poterat, 

libenter  ei  concessimus.  Quapropter  cog-  totum     nos    pro     aeterna    remuneratione 

noscentes    quod    Agilmarus ''    Arvernensis  praedicto  monasterio  concedimus,  ut  pe- 

episcopus  non  recte   nec   regulariter  no-  réunis   temporibus  in  alimonia  pauperum 

bis    suggessit,    scilicet    quando    nos    non  &  stipendia  monachorum  ibidem  Deo  fa- 

utique    recordantes    quae    superius    dicta  mulantium  proficiat  in  augmentis,  qualiter 

sunt    de    emunitate   ejusdem    loci    depre-  monachos    ibidem  deservientes   pro  nobis 

catus  est  ut  eumdem  locum  sibi  per  prae-  atque    stabilitate    totius    imperii    a    Deo 

ceptum    dedissemus,   affirmans   quod    ipse  nobis   concessi   atque  conservandi    jugiter 

locus    ad    suum    episcopatum    ex    antiquo  Domini     misericordiam    exorare    delectet. 

pertinere   deberet;    unde    ejus    falsitatem  Volumus  &  constituimus  ut  quamdiu  inter 

quasi  sub  veritate  ambulantem  veram  esse  se  talem  invenire  potuerint  qui  secundum 

tune   putantes,  quod    precatus   est   ei   per  regulam  sancti  Benedicti  eos  regere  valeat, 

semper  de  propria    eligant  congregatione 

'  Recueil  Jes  historiens  de  France,  t.  8,  p.  670.  per   nostram   vel    successorum    nostrorum 

'  Alias  Aymarus.  licentiam  abbatem.  Volumus  etiam  ut  fra- 


An 

877 


393 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


394 


An 

877 

I»''  août. 


très  ejusdem  loci  quemcumque  voluerint 
advocatum  eligendi  licentiam  habeant  & 
ob  comniemorationem  etiam  nostri  tortum 
ei  dimittimus.  Et  ut  hoc  per  omnia  tem- 
pera iuviolabiliter  conservetur,  manu  pro- 
pria subterfîrmavimus  &  anuli  nostri  im- 
pressione  insigniri  jussimus. 

Signum  Karoli  gloriosissimi  imperatoris 
augusti. 

Audacher  notarius  ad  vicem  Gauzliai 
recognovi. 

Data  kalendis  augusti,  indictione  x, 
anno  xxxviii  regiii  domni  Karoli  impe- 
ratoris in  Francia  &  imperii  ejus  anno  ir. 
Actum  Monasteriolo  super  fiuvium  Segon- 
nam,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 


196. 

Diplôme  de  Charles  le  Chauve  exemp- 
tant de  l'autorité  épiscopale  le  mo- 
nastère de  Saint-Chajj're  '. 


IN   n( 
tati; 


nomine  sanctae  &  individuae  Trini- 
itis.  Karolus  ejusdem  Dei  omnipotentis 
misericordia  imperator  augustus.  Si  locis 
divino  cultui  mancipatis  emolumentum 
nostrae  imperialis  celsitudinis  exhibemus, 
hoc  nobis  ad  praesentem  vitam  facilius 
transigendam  &  aeternam  felicius  capes- 
sendam  prodesse  confîdimus.  Noverit  igi- 
tur  omnium  fidelium  sanctae  Dei  Ecclesiae 
nostrorumque  tam  praesentium  quam  fu- 
turorum  industria,  quoniam  venerabilis 
abbas  nomine  Rostagnus  ex  coenobio,  cui 
vocabulum  est  Calmilius,  sito  in  pago  Vel- 
laico,  in  honore  sancti  Theofredi  con- 
structo,  ad  nostram  accedens  mansuetudi- 
nem  ostendit  tam  praecepta  genitoris  nos- 
tri quam  &  nostrae  auctoritatis,  in  quibus 
continebatur  qualiter  idem  locus  sub  im- 
munitate  domni  &  genitoris  nostri  &  sub 
nostra  per  utrorumque  praecepta  consis- 
tere  deberet.  Nos  denique  eadem  praecepta 
dijudicari  volentes  per  Frotarium  venera- 
bilem  episcopum,  invenimus  veram  esse 
eorum  praeceptorum  auctoritatem  &  quod 
petebat  libenter  ei  concessimus.  Quaprop- 

'  Recueil  des  historiens  de  France,  t.  8,  p.  669. 


ter  cognosccntes  quod  Guido  Vallavensîum 
episcopus  non  recte  nec  regulariter  sug- 
gessit,  scilicet  quando  nos  non  recolentes 
quae  superius  dicta  sunt  de  immunitate 
ejusdem  loci  deprecatus  est  ut  eumdem 
locum  sibi  per  praeceptum  dedissemus, 
affirmans  quod  ipse  locus  ad  suum  epi- 
scopatum  ex  antique  pertinere  deberet; 
unde  falsitatem  ejus  quasi  sub  veritate 
ambulantem  ^veram  esse  tune  putantcs 
praeceptum  ei  quod  precatus  est  conces- 
simus; sed  licet  ipSe  idem  praeceptum  ha- 
beat,  nos  tamen  volumus  ut  stabile  non 
sit,  sed  ipsi  monachi  &  omnes  ipsius  mo- 
nasterii  res  ad  eos  pertinentes  in  nostra  ac 
successorum  nostrorum  immunitate  con- 
sistant ex  hoc  &  in  futurum.  Praecipimus 
quoque  per  praesens  nostrae  sublimitatis 
praeceptum,  ut  a  nostra  vel  successorum 
nostrorum  tuitione  memoratus  locus  num- 
quam  excidat  neque  cuilibet  episcopo  aut 
alicujus  dignitatis  homini  concedatur,  sed 
in  eligendis  &  constituendis  abbatibus  ré- 
gula sancti  Benedicti  &  haec  nostra  impe- 
rialis jussio  omnimodis  observetur.  Prae- 
cipientes  ergo  jubemus  ut  nullus  judex 
publicus  aut  quislibet  reipublicae  procu- 
rator  ad  audiendas  causas  more  judiciario 
in  ecclesias  aut  villas  seu  reliquas  posses- 
siones  ingredi  praesumat  nec  freda  nec 
tributa  aut  teloneum  aut  mansiones  aut 
paradas  aut  fidejussores  aut  homines  tam 
ingenuos  quam  servos  super  terram  ipsius 
loci  commorantes  distringere  nec  ullas  pu- 
blicas  functiones  vel  illicitas  occasiones 
requirere,  quibus  in  aliquo  idem  monas- 
terium  sibique  subjecti  patiantur  injuste 
aliquod  incommodum,  nec  nostris  futu- 
risque  temporibus  quisquam  tam  temera- 
rius  existât,  qui  faciendi  hoc  illicitam  po- 
testatem  attribuere  sibi  audeat.  Et  quidquid 
de  rébus  praefati  monasterii  fiscus  sperare 
poterat,  totum  perennibus  temporibus  in 
alimonia  pauperum  ac  stipendia  monacho- 
rum  ibidem  Deo  famulantium  proficiat  in 
augmentum,  qualiter  monachos  ibi  deser- 
vientes  pro  nobis  atque  stabilitate  regni 
nobis  a  Deo  concessi  atque  jugiter  conser- 
vandi  Domini  misericordiam  exorare  de- 
lectet.  Volumus  etiam  ut  quamdiu  talem 
inter  se  potuerint  invenire  qui  secundum 
regulam  sancti  Benedicti  eos  regere  valeat, 


An 

877 


An 
877 


395 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


396 


Éd.orig. 

t.  1, 
col.  i3i. 


An 

877 

II  août. 


semper  de  propria  congregatione  eligant  Romani    esse   dignoscitur;   concedimus  & 

per  nostram  &  successorum  nostrorum  li-  confirmamus  ei  abbatiam  quae  vocatur  Do- 

centiam    abbatem.   Et   hoc   etiani   volunnis  zera,  consistentem   in    comitatu  Arausico, 

ut  fratres   ejusdem  loci   quemcumque  vo-  fundatam  super  fiumen  Rhodani,  cum  cel- 

luerint  advocatum   eligendi   licentiam  ha-  lulis  &  pertinentiis  suis,  districtum  quo- 

beant  &  ob  remunerationem   etiam   nostri  que   ex   burguitate   &  portum   de   utraque 

dimittimus.  Et  ut   hoc   per  omnia  subse-  parte,  Meliatem  quoque  usque  ad  aquae- 

quentia    tempora   inviolabiliter   conserve-  ductum  cum  exemplatorio,  silvis  &  insulis, 

tur,    manu    propria    subterfirmavimus    &  &  manso  Godobro  qui  est  de  fisco  nostro, 

anuli   nostri    impressione   insigniri    jussi-  insulam  etiam  Argentariam  juxta  Sanctum 

mus.  Andeolum,  &  ecclesias   quas  Sanctum  Jus- 

Signiim  Karoli  gloriosissimi  imperatoris  tum  &  Sanctum  Marcellum,  &  Bornas  man- 

augusti.  sum,  necnon  Botestatis  &  ecclesiam  Sancti 

Datum  kalendis  augusti,  per  manus  Fro-  Remigii,  &  in  Corbonensi   ecclesias  duas 

tarii   archiepiscopi    ambasciatoris  ,    indic-  Sanctum  Martinum  &  Sanctum  Stephanum 

tione  X,  anno  XXXVIII  regni  domni  Karoli  cum    suis    beneficiis,    destructam    quoque 

in  Francia  &  imperii  ejusdem  ii,   in  Dei  ecclesiam  Sancti  Victoris  super  Rhodanum 

nomine  féliciter.  Amen.  us([ue  Scotadium.  Haec  autem  omnia  su- 

pradicta  suisque  rectoribus  confirmamus 
ecclesiae  &  confirmando  perpetualiter  de- 
legamus,  eo  videlicet  modo,  ut  nuUa  sae- 
culari  potestate  a  gremio  dictae  eccle- 
siae queant  separari,  sed  liceat  rectoribus 

Charte  de  V empereur  Charles  le  Chauve  praefatae  ecclesiae  easdem  res  quiète  te- 

en  faveur  de  Véglise  de  Viviers  \  '^^'^    ^   V^o    libito    suo_  ut   ecclesiastica 

postulaverit    utilitas    ordinare.   Ut   aùtem 

IN   nomine    sanctae   8c  individuae  Trini-  hoc  nostrae  auctoritatis  praeceptum  ple- 

tatis.  Karol   s  ejusdem  Dei  omnipotentis  niorem  firmitatis  obtineat  in  Dei  nomine 

misericordia  imperator  augustus.  Si  actis  vigorem,    manu    nostra    illud    firmavimus 

locisque  divinis  ciiltibus   mancipatis  emo-  &  anulo  nostro  jussimus   sigillari. 

lumentum    imperialis   celsitudinis   exhibe-  Datum    lll   idus   augusti,   indictione   X, 

mus    servorumque    Dei    utilitatibus    opem  anno  XXXVIII  regni  Karoli  imperatoris  in 

ferendo  contulimus,  profuturum  noJbis  ad  Francia  &  imperii   ejus  II.  Actum  Veson- 

aeternae  rémunéra  nonis  praemium  facilius  tio  civitate,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen, 
obtinendum  &  praesentem  vitam  facilius 
transigendam  fore  nullo  modo  dubitamus. 
Quapropter  noverit  omnium  sanctae  Dei 
Ecclesiae  fidelium  nostrorumque  praesen- 
tium    &  futurorum   [industria],  quomodo 


197 


CVIII 


198. 


cv 


nos   ob   amorem   Dei    &    beati   Vincentii      Y\d\mus  par  le  pape  Grégoire  IX  d^ une 


martyris  venerationera  necnon  &  Bosonis 
carissimi  ducis  nostri  deprecationem  con- 
cedimus Vivariensi  matri  ecclesiae,  quae 
édita  est  in  honore  sancti  Vincentii  mar- 
tyris, cui  praeest  Etherius  venerabilis  epi- 
scopus,  res  quae  quondam  fuerunt  in  jure 
ejusdem  ecclesiae,  id  est  Puletum  &  quic- 
quid  Sancti  Vincentii  in  eodem  comitatu 
Valentinensi  cum   dimidia  ecclesia  Sancti 

'  Cartulaire  de  l'église  de  Viviers.  —  Columbi, 
^e  Kcbus  gestis  episcoporum   Vivariensium,  p.  2o3. 


An 
877 


An 


charte   de   Charles   le   Chauve  pour 
Vahhaye  de  la  Grasse  \ 

GREGORius  episcopus  servus  servorum 
Dei,  dilectis  filiis  abbati  &  conventui 
monasterii  de  Crassa  salutem  &  apostoli-    26  juin. 

•  Bibliothèque  du  roi;  Baluze,  Bulles,  n.  41  ; 
[aujourd'liui  Armoires,  v.  38o  ;  original  scellé  en 
plomb  sur  lacs  de  soie  rouge  &  jaune].  Le  diplôme 
original  de  Charles  le  Chauve,  donné  en  1829  au 
roi  Charles  X,  avec  le  faux  diplôme  de  855  &  la 


An 
1228 


Hd.orig. 

t.  I, 
col.  l32. 


397 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


398 


cam    benedictioneni.   Quia   loca    religiosa  trum   preceptum   permaneant,  &  ecclesie 

diligimus   &   quietem    afïcctamus    régula-  que  in  villas  eorum  sunt  in  eadem  potes- 

rium  personarum,  libenter  suis  intendimus  taîe    similitêr  permaneant,   &   immunita- 

commodis  &   inconimoditatibus  obviamus.  tem  etiam  nostram  similitêr  habcant    siciit 


Accedens  sane  nuper  ad  presentiam  nos- 
tram, fili  abbas,  nobis  privilegium  quod- 
dam  pie  memorie  imperatoris  Karoli  pre- 
sentasti,  humiliter  supplicans  ut,  cum 
nimium  sit  vetustum  &  ejus  littera  existât 
antiqua  &  forme  alterius  quam  moderna, 
providere  ne   propter  hoc  jus  monasterii 


in  nostro  vetcn  precepto  continetur.  Et 
ut  hoc  ila  juste  conservetur,  manu  nostra 
subterfirmavimus  &  anulo  nostro  insigniri 
jussimus. 

Signum  Karoli  (locus  monogrammatîs)  g\o- 
riosissinii  imperatoris  augusti. 

Audacter  notarius  ad  vicem  Gaudini  re- 


vestri    decideret    dignaremur.    Eapropter      cognovit. 

privilegii  ipsius  tenorem  de  verbo  ad  ver-  Datum  viii"  kalendas  novembris,  indic- 

bum  présent!  pagina  duximus  annotaudum,      tione  décima,  anno  xxxvii  regni  domini 


An 
876 

25 

ociobre. 


qui  talis  est  : 

«  In  nomine  sancte  &  individue  Tri- 
nitatis.  Karolus  ejusdem  Dei  omnipoten- 
tis    misericordia    imperator   augustus.    Si 


Karoli  imperatoris  in  Francia  &  imperii 
ejus  primo.  Actura  Elidione  villa,  in  Dei 
nomine  féliciter.  Amen.  » 

NuUi  ergo  omnino  hominum  liceat  banc 

servorum   Dei   petitionibus   aurem    nostre  paginam     nostre    annotationis    infringere 

serenitatis   acomodamus,   &  antecessorum  vel   ei   ausu    temerario   contraire.    Si   quis 

nostrorum  morem  sequimur  &  ob  id  pre-  autem  hoc  attemptare  presumpserit,  indi- 

sentem  vitam   facilius   transigere   &   futu-  gnationem   omnipotentis  Dei  &  beatorum 

ram  adipisci  nuUomodo  dubitamus.  Nove-  Pétri  &  Pauli  apostolorum  ejus  se  noverit 

rit    itaque    omnium    fidelium    sancte    Dei  incursurum.   Datum   Perusii,  VI   kalendas 

Ecclesie     nostrorumque    tam     presentium  julii,  pontificatus  nostri  anno  secundo, 
quam    &    futurorum     industria,    quoniam 
Songfredus  abbas  monasterii  Sancte  Marie 
de  loco  qui  dicitur  Urbionis,  sito  in  confi- 

nio  Narbonensi  &  Carcassensi,  ad  nostram  '99* 
accesserit  clementiam,  deprecans  ut  super 

donationes,  emptiones  vel  alias  adquisi-  Extraits  de  quelques  chartes  de  l'ah- 

tiones    rerum    ad    jamdictum    locum   per-  baye  de  Caunes. 
tinentium    nostrum    pro   firmitatis    gratia 

super  addidissemus  preceptum.  Precipien-  I.  —  Nantelmus",  Nucilo   &  Luistelde 

tes  igitur  jubemus,  ut   omnes  ville  id  est  donaverunt    Danieli    abbati   &  congrega- 

Buxiniacus    &   Palairacus,    Cujuzianus    &  tioni  sanctorum  apostolorum  Pétri  &  Pauli, 

Mansiones  &  villare  Singularie  cum  om-  quorum    ecclesia    fundata    est   super    ripa 

nibus    possessionibus  ad    prefatum    locum  Argentodupli,   terram    sitam    in    comitatu 

in  quibuslibet  comitatibus  sint   in    eodem  Carcasense,  in  villa  Eloiano  cum  sua  messe, 

loco  juste  &  rationabiliter  per  hoc  nos-  Actum  XV  kalendas  junii,  anno  P  régnante 

Ludovico  rege. 

bulle   d'Agapet  II,   a    partagé   le   sort  de  ces  deux 

actes,  lors  de  l'incendie  du  Louvre  (voir  plus  haut,  H.  —  SeNEFREDUS  '  &  Elsarius  vendide- 

col.  3o3).   La  bulle  de  Grégoire  IX  provient  de  ru^  Danieli  abbati  &  congregationi  Cau- 

l'ancien  Trésor  des  chartes.  Sous  saint  Louis,  elle  j^^j^gis   monasterii   quasdam   casas  &  curtes 

fut   copiée   par  Barthélemi    de  Pennautier  dans  le  •.•\          q                     -i          „•*„„  : 

'^       ^  .       „       .                               ...  cum  earum  exitibus  &  regressibus  sitas  in 

Resistrum   curiae   Franciae ;   sur  cette  compilation  .,,       .    .,.                         .                    •        ••    vt      i_ 

„  ^           ,  .      .                                            j  Villa  Asiliano  superiore  terntoni  Narbo- 

&  sur  son  histoire,  nous  nous  permettrons  de  ren-  ' 

voyer  le  lecteur  à  un  petit  travail  publié  par  nous 

dans   la    Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes,  t.  84,  '  Archives  de  l'abbaye  de  Caunes.  —  Monasticon 

année  1873,  sous  le  titre  de  Catalogue  des  actes  de  Benedictinum  ;  ms.  latin   12664,  1°  346. 

Simon  de  Montfort.  [A.  M.]  "  Ibid. 


An 
876 


An 

878 

18  mai. 


An 

878 

5 

octobre. 


An 
878 


•99 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


400 


Éd.orig. 

t.  1. 
col.  139. 


An 

878 


nensis,  s 
que    soli 


iburbii  Minerbc 


lib( 


&  fil 


hab« 


potestatem  om- 

orum,    sub    die    quinta  '    mensis      nique tempore.  Et  qui  contra 

octobris,  anno  F  quo  obiit  Karolus  impe-      inrumpendum 


An 
878 


rator. 


200.  —  CXII 

Donation  faîte  à  Vahhaye  de  la 
Grasse^. 

In'  nomine  Domini.  Nos  simul  in  unum 
donatores  id  est  Sesenanda,  Suniefridus, 
Wifredus  cornes,  Rodulfus  cornes,  Miro 
comes  Suniefredo  abbati  vel  cuncte  con- 
gregationi  sancte  Marie  Urbionensis  mo- 
nasterii  qui  ibidem  Deo  serviunt  vel  ser- 
vire  cupiunt.  Certum  est  enim  &  cunctis 
bonis  hominibus  cognitum  manet,  quia  pla- 
cuit  in  animis  nostris  &  placet,  ut  vobis  ali- 
quid  donaremus  infra  territorio  Helenense, 
in  comitatu  Confluentano,  in  villa  que 
dicitur  Pratas,  donamus  vobis  ipsa  villa 
jamdicta,  alodem  parentum  nostrorum  ab 
omni  integritate^  &  affrontât  de  una  parte 

usque  in &  alla  parte 

usque  in  rivo  Literano in  alode 

de  Suniefredo  abbate  vel  monachis  suis. 
Infra  istas  affrontationes  donamus  nos  su- 
pradicti  ipso  alodem  nostrum  ad  domum 
Sancte  Marie,  que  est  fundata  in  comitatu 
Carcassense  juxta  rivum  Urbionem,  cum 
ipsa  ecclesia  que  ibidem  fundata  est  in 
honorem  sancti  Salvatoris  dicte....  olibeta 
vel  cunctis  arboribus,  aquis  aquarumque 

decursibus sive  cum  omnia  quod   nos 

ibidem    habemus    quod potest   homo, 


aut  quislibet   homo,   inférant  vel    inférât 

vobis aut  partique  vestrae 

&  ab  antea  ista firmius 

permaneat.  Facta  haec 

oppositionis  nostrae 

madii,   anno 

quod  obiit  Karolus  imperator 

régnante,  rege  expectante 

tenenda Sig.  Sesenanda.  Sig.  Sunifre- 

dus.  S.  Wifredus.  S.  Radulfus.  S.  Miro. 
Sigfnum  Chixilanes.  S.  Desindus.  S.  Jaurs. 
S.  Blorago.  S.  Oliba.  S.  Wuifredus. 


201. 


—  CIX 


Plaid  ou  assemblée  tenue  à  Albi  par 
Raimond,  comte  de  la  même  ville  \ 

NOTITIA  quorum  roborationis  vel  signa-   Éd.orig. 
cula  eorum   qui   subtus   tenentur  in-   col!  i35. 
serti,  qualiter  venerunt  aliqui  homines  his   ______ 

nominibus,  Segarius  &  Alidulfus  necnon 
&  Hictarius  seu  &  Ingilbaldus,  videlicet 
ex  alla  parte  Karissima  abbatissa  ex  régula 
sancti  Saturnini  monasterii  Ruthenensis 
civitate  degenti  nam  &  Fulcrada  Deo  de- 
vota,  &  ab  utraque  parte  venerunt  die 
jovis,  foras  Albia  civitate,  in  ecclesia  Sancti 
Affricani,  in  mallo  publico,  in  praesentia 
Reymundo  comité  &  civiles  judices  qui 
ibidem  aderant,  quorum  nomina  qui  sub- 
tus firmaverunt,  in  eorum  praesentia.  Ab 


An 
878 
uoût. 


utraque  parte  inter  se  contentiones  habe- 

donamus  ab  omni  integritate  cuncte  con-  bant  pro  Rodunda-Vabro,  mansis,  terris, 

gregatione   Sancte    Marie    propter   reme-  vineis  cum  ecclesiis  quae  ibidem  sunt  fun- 

dium  domni  Suniefredi  genitoris  nostri  vel  datae,  quidquid  ad  ipsam   curtem  aspicere 

domnae  Ermesindae  genetricis  nostrae  sive  dinoscitur,   de    quantumcumque   Vudaldo 

propter  remedium &  genitores  &  uxore  sua  Ingelbergane,  qui  quondam 

nostri,  &  nos  veniam  mereamur  accipere,  fuerunt,  débita  fuit  possessio.  Dicebat  Se- 
nt &  vos  non  pigeatis  per  illos garius    &   Hictarius    nam    &   Ingilbaldus, 

semper   orare,  ut  de  ab   hodierno   die  &  quod  scriptos  conligatos  super  Fulcradane 

nominatum  facere  aut  judicare  volueritis,      Deo  devota  &  super  Karissima abba- 


'  Ou  hîen  die  xi.  ■  Cartulaire  de  l'église  de  Vabre.  —  Bibliothèque 

*  Archives  de  l'abbaye  de  la  Grasse.  Colbert;    recueil    manuscrit    sur   Rodez.    [Aujour- 

'  La  charte  est  déchirée  ou  effacée  en  plusieurs  d'hui  collection  Doat,  à  la  Bibliothèque  nationale, 

endroits.  [Remarque  des  Bénédictins.^  v.   i32,  i°  277.] 


An 

878 


401 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


402 


tissa  scrîptos,  judicios,  notitias  &  jectivas  de  partem  uxori  suae  &  sua  vel  de  parte 
perhennis  temporibus  confirmatas  habe-  Petroni  suuni  haeredem,  ut  si  post  hune 
rent,  pro  quas  volebant  ipsos  alodes,  man-  diem  exinde  contra  Fulcradane  aut  suis 
SOS,  terras  vel  vineas  legibus  adquirere.  successoribus  pro  ipsas  res  uUa  repetitione 
Dum  eos  intendentes  &  inter  se  alter-  removebat,  Segarius  suam  legem  compo- 
cantes  guirpivit  supranominata  Karissima  nat  &  in  antea  ipse  &  uxor  sua  seu  & 
suam  qui  dicebat  &  monacham  Fulcradam  Petrus  idem  simul  se  taceant.  Hictarius 
nomine,  &  cartulam  quam  pro  ipsam  cur-  similiter  fidem  fecit  vinculo  legis  suae  & 
tem  manu  tenebat  Fulcradane  manibus  Iiigilbaldus  secundum  legem  suam  fidem 
reddidit,  &  per  omnia  dixit  quod  ipsas  res  fecit,  quod  in  contra  Fulcradane  aut  suis 
nolebat  tenere  neque  contentionem  pro  sucQessoribus  de  ipsa  causa  reparare  non 
hoc  ipsut  habere  Fulcrada.  Namque  suam  se  praesumant.  Unde  Segarius  in  contra 
cartam  videntibus  cunctis  recipiens,  cum  Fulcradane  fidejussorem  talem  dédit  de 
suis  contracausariis  in  rationem  intravit  parte  Godilane  uxore  sua,  Leoni  nomine, 
&  iuter  se  contendentes  consenserunt  ipsi  ut  si  Fulcrada  notitiam  inde  ostendebat 
judices  una  per  voluntatem  ipsius  comitis  &  eam  Segarius  pro  parte  suae  uxori  fir- 
&  arbitrium  judicum,  ut  inter  se  pagum  mare  nolebat,  Lco  suam  legem  compone- 
fecissent,  quod  ita  &  fecerunt,  ita  ut  ob-  ret  &  Segario  ad  hoc  permittat,  ut  ipsam 
tineat  Fulcrada  de  Rodunda-Vaber  prio-  notitiam  ei  firmare  faciat.  Simili  modo 
rem  illam  haereditatem  in  capite,  quam  Hictarius  pro  ipsam  notitiam  fidejussorem 
Gilbulgis  cum  Vualdo  jugale  suo  adqui-  alium  opposuit,  Deotimio  nomine,  ut  eam 
sierat,  illam  medietatem  &  reliqua.  Cetera  Hictarius  firmare  non  renuat,  &  si  hoc 
vero  omnem  illam  medietatem,  de  quan-  facere  noluerit,  Deotimius  suam  legem 
tumcumque  in  Rodunda-Vabro  vel  omni-  componat  &  in  antea  ipsam  notitiam  Hic- 
bus  ibi  pertinentibus  ,  quae  Vualdus  &  tario  firmare  faciat.  Iterum  vero  Ingilbal- 
uxor  sua  Iiigilberga  qui  ante  fuit,  illam  dus  alium  fidejussorem  de  sua  parte  dédit, 
aliam  medietatem  similiter  Fulcrada  obti-  Rostagno  nomine,  ut  si  Ingilbaldus  ipsam 
neat  &  illas  duas  ecclesias  dominicarias,  notitiam  non  firmabat,  Rostagnus  suam 
cum  pratis  &  vineis  quae  inter  eos  com-  legem  componat  &  ipsam  notitiam  Ingil- 
placuit,  cum  illorum  adjacentiis,  ut  donet  baldo  firmare  faciat.  Ita  vero  de  hac  prae- 
Fulcrada  contraria  pro  ipsas   res  in   ipsa  dicta  causa  aliquis  homo  Alidulfus  nomine 

haereditatem    &  in    ipso   aice    tantum   de      illorum fidem  talem  fecit,  sua  fistuca 

alia  terra  quantum  &  haereditate  illa  ibi  jactante    in   contra  Fulcradane,   ut   ipsam 

illi  advenit  pro  ipsas   res  jamdictas,  quod  notitiam  suam  manibus  firmare  fratri  suo 

ita  per  omnia   adimplevit.   De    illas  vero  Vualdo  faciat  &  ut  ipse  Alidulfus  eam  ma- 

vineas   &  maliolos,   quos.  jamdictos    Fui-  nibus  firmet,  &  si  hoc  facere  contempnunt, 

crada  hedificavit  super  ipsum  tecritorium,  suam  Alidulfus    legem    componat  &  fratri 


a  suis  partibus  in  integrum  obtineat  & 
donet  ad  jamdictos  haeredes  alium  tantum 
terra  in  contra,  quantum  eo  die  &  ipsis 
vineis  &  malliolis  ipsis  advenire  debuisset. 
Illud  autem  quod  superfluum  est,  mansos 
&  omnia  quae  superius  sonat  inter  se  di- 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  i36. 


SUO  Vualdo  eam  firmare  faciat  &  ipse  Ali- 
dulfus manibus  eam  firmet  &  hanc  f;on- 
venientiam  stare  &  adimplere  faciat.  Unde 
jamdictus  Alidulfus  duos  fidejussores  ip- 
sius Fulcradane  dédit,  Segario  &  Hicterio, 
ut  post  hune  diem  neque  Alidulfus  neque 


vidât,  sicut  superius  jamdictum  est,  quod  frater   suus   Vualdus   de   quantumcumque 

ita  &  fecit.  Deinde  Segarius  &  Hictarius  de  Rodunda-Vabro  Fulcrada  a  sua  parte 

seu  &  Ingilbaldus  unanimiter  guirpierunt,  recepit,   ut   nuUa   inquietudine   removere 

Segarius   de    hoc    quod    per    haereditatem  non  praesumat;   &  si  quis   ullus   ex   ipsis 

Godilane    uxori    suae    interpellaverat    &  hoc  fecerit,  Segarius  &  Hictarius  unus- 

Hictarius  &  Ingilbaldus  de  illorum  parti-  quisque  legem  suam   componat  &  postea 

bus  in  contra   Fulcradane  omnes  plantos,  in   antea   ipsas   fides   factas  adimplere  fa- 

quos   inter  eos  de   Rodunda-Vabro  causa  ciant.  Et  illut  illis  inserere  placuit,  qui 

orta  fuerat.  Segarius  vero  talem  fecit  fidem  si  fuerit  ipsi  aut  ullus  haeredum   ac  pro 


An 
878 


An 
878 


403 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


404 


An 


Ed.orig. 

t.  1. 
col.  137. 


An 
882 

14  juin. 


202.    ex 


haeredum  vel  illorum  successoribus  de  hac  monasterium  in  honorem  beati  Pétri  prin" 
causa  ulloque  tempore  causa  calumpniae  cipis  apostolorum,  quod  supra  commemo- 
removebat,  auri  libram  componat  &  quod  ratum  dicitur  Belluslocus,  construxit  ob 
repetit  vindicare  non  valeat,  sed  haec  no-  amorem  Dei  &  inibi  monachos  Deo  famu- 
titia  stabilis  &  firma  permaueat  cum  omni  lantes  pro  suoruni  absolutione  peccatorum 
firmitate  adnixa.  Unde  pro  bac  causa  ne-  constituit.  Denique  submissis  vultibus  nos- 
cesse  fuit  Fulcradane,  ut  inde  notitiam  trae  serenitatis  clementiam  bumili  pos- 
bonorum  hominum  in  testimonium  colli-  tulaverunt  prece ,  ut  idem  monasterium 
geret,  quorum  praesentibus  actum  fuit,  pro  malorum  bominum  infestatione  sub 
sub  die  jovis,  in  mense  augusto,  Albiae  tuitionis  nostrae  mundeburdo  ac  muni- 
civitate  mallo  publico,  in  praesentia  Ray-  mine  defensionis  cum  rébus  omnibus  & 
mundo  comité,  anno  primo  régnante  Lu-  mancipiis  ad  eumdem  locum  pertinentibus 
dovico  rege  post  obitum  Karoli  impera-  recipere  &  retinere  dignaremus  :  haec  sunt 
toris.  S.  Segarius.  S.  Alidulfus.  S.  Vualdo.  jura  jamdicti  archiepiscopi  Deo  &  eidem 
S.  Hictario.  S.  Ingilbaldo.  S.  Teuberto.  loco  oblata  necnon  villae  quas  divinae  re- 
S.  Garrigus.  S.  Radulfo.  S.  Rodaldo.  S.  cordationis  avus  noster  Karolus  per  aucto- 
Guilabert  auditor.  S.  Didimo.  S.  Teudomo.  ritatem  sui  praecepti  [concessitj,  id  est 
S.  Adalberto.  S.  Garifredus.  S.  Bernardo.  Cameracum  &  Orbaciacum  cum  omnibus 
S.  Benamen.  S.  Alibranno.  S.  Ebroinus  rébus  &  mancipiis  ad  se  pertinentibus  sive 
rogatus  scripsit,  dictante  Teudino  can-  etiam  collationes  bonorum  hominum  tam 
cellario.  praeteritorum,  praesentium  atque  futuro- 

rum  undecumque  juste  &  digne  advenien- 

~~~  tes.   Quorum    inquam    preces    rationabiles 

esse  intelligentes,  hoc  nostrae  altitudinis 

mundiburdi   scriptum   fieri   jussimus,  per 

quod  monasterium  jamdictum   cum  eodem 

Charte  du  roi  Carloman  en  faveur  de  abbate  Gerulfo,  monachis  praesentibus  & 

Vahbaye  de  Beaulieu,  en  Limousin'.  futuris,  cum   ecclesiis   &  utriusque  sexus 

mancipiis,  cum    terris    cultis   &    incultis, 

IN  nomine  Domini  Dei  aeterni  &  Salva-  vineis,  pratis,   alvis,  pascuis,  molendinis, 

toris  nostri  Jesu  Christi.  Karlomamuis  aquis   aquarumve   decursibus   omnibusque 

gratia  Dei  rex.  Si  utilitatibus  locorum  di-  ad    idem    monasterium   jure   pertinentibus 

vinis  cultibus  mancipatorum  servorumque  sub  nostrae  defensionis  ac  tuitionis  mun- 

Dei    necessitatibus    in    eisdem    degentium  diburdo  recepimus  ac  retinemus.  Praeci- 

aurem  nostrae  celsitudinis  accomodamus,  pientes  ut  nemo  sanctae  Dei  Ecclesiae  fide- 

regium    procul    dubio    exercemus    munus  lium   nostris   aut   futuris    temporibus   non 

ac  per  hoc  ad  aeternam   beatitudinem  ca-  cornes   vel   vicecomes    aut    niissus   discur- 

pessendam  minime  titubamus.  Idcirco  no-  rens  seu  quilibet  reipublicae  minister  ab 

verit  fidelium  omnium  sanctae  Dei  Eccle-  ejusdem   loci  abbatibus  sive  monachis  per 

siae  nostrorumque  tam  praesentium  quam  tempora   labentia    uUa    un'quam    dona  vel 

&    futurorum     industria,    qualiter    acce-  redibitiones  sive  expensas  requirere  prae- 

dentes  venerabiles  viri  ad   nostrae  altitu-  sumat.    Jubemus    etiam    ut    nuUus    rector 

dinis    clementiam    Frotarius    archiepisco-  ejusdem   sancti   loci   a  nobis   sive   a  bonis 

pus  Biturigensis  necnon  Gerulfus  Belliloci  hominibus  res  ejusdem  sancti  loci  collatas 

monasterii    abba    innotuerunt,    quomodo  in  aliorum    usus,  nisi  justa  exigerit  causa, 

quondam  Rodulfus  ejusdem   primae   sedis  transferre  praesumat  :  sed  liceat  eis  omni 

archiepiscopus  in   sui  juris  suaeque  pro-  tempore,  inquietudinibus  omnibus  remo- 

prietatis   rébus,  in  pago  Lemovicino  sitis,  tis.    Domino    famulari     ejusque     clemen- 
tiam   pro    nobis    ac    parentum    nostrorum 

'   Cartulalre    de   l'abbaye   de   Beaulieu,  en    Li-  excessibus    ac    Statu   sanctae   Dei    Ecclesiae 

mousin.    [Collationné    sur   le   cartulaire   imprimé  continuis    precibus    exorare,   concessa   bo- 

par  M- Deloche,  p.  20  &  suiv.]  nae  pacis   quiète.  Si  autem  adversus   eos 


An 
882 


4o5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


406 


An 

883 

6  avril. 


caiisae  ortae  fuerint,  quae  habeant  gravis  tur  Exinis,  quae  est  in  pago  Rutenico,  in 

dispendii  expensam,  ad  nostram  reserven-  vigariis  cui  vocabiiluni  sunt  Caniharense  & 

tur  praesentiam  iibi  finem  eos  sequentur.  Bruscense,  iiiprimis  casa  niea  dominicaria 

Statuimus  praeterea  ut  ex  sese  post  hune  cum   capella,  quae  est  fundata  in   honore 

venerabilem  virum  Gerulfum  ejusdem  loci  sancti  Pétri  sive  sancti  Hippolyti  seu  ce- 

patrem    abbatem   eligendi    habeant   potes-  terorum   sanctoruni   quorum    reliquiae  ibi 

tatem.  Ut  autem  nostrae  roborationis  auc-  continentur,  cum   maiisos    quatuor  eccle- 

toritas    omni     tempore    vigeat    &    vigens  siasticos,  &  in  ipsa  villa  mansos  très  domi- 

stabilis  perseveret,  manu  nostra  subterfir-  nicarios;  in   Pelipio  mansos  quatuorj   in 

mavimus  &  de  annulo  nostro  sigillari  jus-  Cartenago  mansos  très;  in  Fabricas  man- 

simus.  SOS   très;   in  Suagas   mansos  duos,  manso 

Karlomannus.  Signum   Karlomanni  glo-  ubi  Adalbertus  visus  est  manere  uno;  in 

riosissimi  régis.  Riols    mansos   duos,   manso    ubi   Agiricus 

S.  Norbertus  notharius  post  obitum  ma-  visus  fuit  manere  uno;  in  Exitello  manso 

gistri  sui  Wlfardi  jussione  régis.  uno;  Ariagos  mansos  duos;  Metito  mansos 

Datum    XVIII    kalendas    julii,   anno   III'  duos;  Rotharias  mansos  duos;    in  Laurite 

Karlomanni  gloriosissimi  régis,  indictione  manso;  in  Villa  manso  uno;  in  Sils  manso 

XV.  Actum   apud   Lipciacum  villam  Ande-  uno;   in   Cambulio   manso   uno;  in  Lade- 

gavensem,  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen.  dubro   manso   uno;   in  Valedubro   mansos 

très;  &  in  alio  loco   in  ipsa  curte  capella 

quae  est  fundata  in  honore  sancti  Timo- 

thei  cum  mansos  duos.  Ista  omnia  supe- 

2o3.    —   CXI  rius  nominata   in   iutegrum   cedo  ad  jam- 

dicto  venerabili  loco  sacrisque  pignoribus 

Donation  de  Bertei-^,  comtesse  de  Tou-  ibidem    humatis   necne  &  Bernardo,   qui 

louse,  au  monastère  de  Vabre\  '^"^^os  loci  &  abba  fratribus  Deo  monastica 

norma  militantium   praeesse  videtur,  cum 

SI  rerum  mearum  locis  sanctis  confero,  terris  cultis  &  incultis,  cum  pratis  &  pas- 

dubium  non  est  aeternae  vitae  praemia  cuis,  silvis  pomiferis,  molendinis  cum  omni 

adepturam.  Idcirco  in  Christi  nomine  ego  integritate  &  superposita  eorum   &  quid- 

Berteiz,  sagaci  ut  expedit  hoc  animo  per-  quid    quaesitum    vel    inquirendum    est    & 

tractans,  locum  cui  vocabiilum  est  Waber,  omne  fundus  possessionis,  ut  post  hodier- 

qui  est  situs  in  pago  Rutenico,  citra  flu-  num   diem    ipsas    res   superius    nominatas 

vium  Dordonis,  in  ministerio  Curieuse,  &  tam    pro    animae    meae    quamque   &    pro 

est  fundatus  ipse  locus  in  honore  Domini  animae  genitoris  mei  Kemigii  ac  genitri- 

nostri  Jesu  Christi   necnon   &  venerabilis  cis  meae  Arsinda  necne  &  pro  jugale  meo 

sanctae  Dei  genetricis  beatae  Mariae,  prin-  Raimundo  &  filio  meo  Bernardo,  qui  fue- 

cipis  quoque  apostolorum  Pétri  martyris-  runt  quondam,  seu  &  filio  meo  Odone  & 

que  venerandi   Dyonesii    necnon   &  beati  Benedicto,    minuendis    peccatis,   praefata 

Marii    confessoris    ceterorumque    sancto-  ecclesia  Deo  &  monachis  ibidem  Deo  mi- 

rum   ibidem   humata  pignorum   consecra-  litantes  jure  proprietario  teneant  &  possi- 

tum,  eligo  prout  valui   humiliter   ex   re-  deant.   Si    quis    autem    aut   ego    ipsa    aut 

bus  honorare  paternis  ideoque  cedo  loco  ullus    de    haeredibus    meis   animo    cupido 

praenotato  res  quae  mibi   ex  paterno  jure  res   praetaxatas,    loco    jamdicto   Vabrense 


An 
883 


advenerunt,  scilicet  curte  mea  quae  voca- 


monasterio  sacrisque  pignoribus  ibidem 
humatis  ac  monachis  Deo  militantibus 
condonatas  ac  traditas  pro  remedium  meo- 
rum,  ex  quorum  mihi  parte  ipsae  res  adve- 
nerunt, a  praesenti   die  habeo,  inquietu- 


lid.orip 
col.  139. 


'  Le  texte  de  domVaissete  portait anwoiiii;  nous 
corrigeons  d'après  l'imprimé  publié  par  M.  De- 
loche.  [A.  M.]  ..  ,.  .     r  »  • 

=  Cartulaire  de  l'église  de  V.bre  ;[&  copie  dans  ^'"em     aliquam     inferre    ausu     temerano 

la  collection  Doat,  à  la   Bibliothèque  nationale,  praesumpserit   aut   praefatas   res   ad    jam- 

V.  148,  fSp.J  dicto  monasterio  abstrahere  aliquo  inge- 


An 
883 


407 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


Éd.orig. 

1. 1, 
toi.  129. 


Vers 
886 


408 


nio    tentaverit,    quod    repetit    nullatenus  sexus  desuper  commanentibus  &  omnibus 

vindicare  valeat,  insuper  judiciali  potes-  ad  id  jure  aspicientibus,  vobis  publice  tra- 

tate  coactus  cum  fisco  publico  très  libras  dimus  :  unde  accepimus  a  vobis  precium 

auri  componere  cogatur  &  aeterna  se  sciât  in  quo  nobis  bene  complacuit,  hoc  est  ar- 

damnatione    multandum     &    a    liminibus  genti    triginta    libras,    quod     p-ecium     de 

sanctae    Dei    Ecclesiae  habeatur  extorris.  manibus  vestris  in  manibus  nostris  perce- 

Facta    haec    carta     donationis    anno    In-  pimus  &  fecimus  ex  ipso   quod  voluimus. 

carnationis    Domini    nostri    Jesu    Christi  Sic  memoratam  villam  cum  omn'Dus  ad  eam 

DCCCLXXXIII,   indictione   IV,   Karlamaudi  pertinentibus    cum   plenissima   integritate 

jam    regiM    monarchiae    anno    I,    sub    oc-  vobis    publice   vendimus,    tradimus    atque 

tavo   idus   etiam   kalendarum   aprilium.  S.  transfundimus,  ut  faciatis  quidquid  volue- 

Berteiz  quae  donatione  ista   fieri  vel   fir-  ritis,    tenendi,    dandi,   venundandi   atque 

mare  rogavit.  S.  Fulquardus.  S.  Benedic-  commutandi   jure  proprio,  nemine  contra- 

tus.  S.   Benedictus.   S.   Rostagno.  S.  Jain-  dicente.  Si  quis  vero,  quod  venturum  esse 

tardo.  S.  Oddo.  S.  Winaramno.  S.  Bernardo.  non   credimus,  si    nos    ipsi    aut    ullus    de 

S.  Airiberto,  qui  vocatus  fuit   Benedictus,  nostris  heredibus    seu    quaelibet  alla   in- 

qui  hoc  consensit.  S.  Miloni.  S.  Emmoni.  tromissa  persona,  quae  contra  hanc  vendi- 

S.  Fludrigo.  S.  Ermengaudo.  S.  Bertramno.  tionem  venire  aut  eam  refragare  praesump- 

S.  Berno  Tolosae  sedis  episcopus.  S.  Ato.  serit,  quod  petit  non  vindicet,  sed  insuper 


886 


Sendraldus   monachus   sive  sacerdos   roga- 
tus  scripsit.  S.  Sigovinus. 


cui  litem  intulerit  auri  libras  X,  argenti 
libras  XX  coactus  componat,  &  praesens 
venditio  nostris  vel  bonorum  honiinum 
manibus  roborata  ac  stipulatione  sub- 
nixa  omni  tempore  maneat  inconvulsa.  S. 
Oddonis  comitis  &  uxoris  ejus  Garsindis, 
qui  hanc  venditionem  fieri  ratificare  ro- 
Échange  fait  entre  Eudes ,   comte  de      gaverunt.  S.  Airberti  fratris  ejus  qui  hoc 


204.  —  Cil 


Toulouse  6*  Frotaire,  archevêque  de 
Bourges  '. 

IGITUR  venerabili  in  Christo  Frotario 
sanctae  Biturigensis  ecclesiae  archiepi- 
scopo  emptO'*.  Nos  enim  in  Christi  no- 
mine  Oddo  gratia  Dei  comes  uxorque  mea 
Garsindis,  assentiente  fratre  nostro  Air- 
berto  venditores,  constat  nos  vobis  ven- 
dere  ita  &  vendidimus,  tradere  &  tradi- 
dimus  res  proprietatis  nostrae  quae  sunt 
sitae  in  comitatu  Lemovicino,  in  vicaria 
Exandonense,  hoc  est  in  villa  quae  vocatur 
Orbaciacus,  cum  universis  terris,  pratis  & 
pascuis,  farinariis,   aquis  aquarumve  de 


adfirmavit.  S.  Garsiae  scriptoris  comitis. 
S.  Willelmi  comitis.  S.  Ragamfridi.  Ram- 
nulfus.  Amalvinus. 


2o5. 


cm 


Donation  faite  à  Vabhaye  de  Beau- 
lieu  y  en  Limousin j  par  Frotaire, 
archevêque  de  Bourges^, 


IGITUR   sacrosanctae    ecclesiae    Belliloci 
monasterii  in  honore  principis  aposto- 
lorum  beati  Pétri  dedicatae,  ubi  rei  a  pro- 
cursibus,  secus  fluvium  Viseram,  cultum  &      priis  absolvi  noscuntur  delictis,  ubi  etiam 
incultum,   necnon  &   mancipiis  utriusque      vir   venerabilis    Gerulfus    abba    cum     non 

modica  monachorum  turba  divino  fungi 
videtur  officio.  Idcirco  ego  in  Dei  nomine 
Frotarius  sanctae  Biturigensis  ecclesiae 
archiepiscopus,  tactus  divina  inspiratione, 


'  Cartulalre  de  l'église  de  Beaiilieu.  [Collationné 
sur  le  cartulaire  publié  par  M.  Deloche,  p.  24- 
26.]  L'éditeur  date  cette  pièce  de  886-7  i  "^^"^  Vais- 
sete  la  plaçait  en  876.  Nous  acceptons  les  conclu- 
sions de  M.  Deloche,  8c,  pour  la  discussion  de 
cette  date,  nous  renvoyons  le  lecteur  à  son  Intro- 
duction, p.  ccxxxv-ccxxxix.  [A.  M.] 


'  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Beaulieu,  en  Li- 
mousin. [Collationné  sur  le  cartulaire  publié  par 
M.  Deloche,  p.  26-28. j 


Éd.orig. 
col.  i3o. 


887 


An 

887 


409 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


410 


pro    amore   Dei    &    veneratione    jamdicti  signavit.  [Sanctum  mandatum  quod  Salva- 

beati    apostoli    necnoii    pro    anima    Régi-  tor  noster  instituit  pridie  quam   pateretur 

mundi  filiorumque  ejus  Bernardi  &  Oddo-  de  abluendis  pedibus  pauperum,  nunc  des- 

iiis  atque  Arberti,  ut  in  expiationem  pro-  tructum   est  ab  eodem  abbate  nostro,  qui 

veniant    nostrorum    omnium    delictorum,  melius  merito  lupus  dicitur  rapax,  qui  sibi 

cedo    insuper    stipendiis    fratrum    ibidem  vindicat  eamdem  elemosinam  sive  nummos 

Domino  famulantium   cessumque   in   per-  quos  dominus  pontifex  Rodulfus  ibi  con- 

petuum  esse  volo  res  meas,quas  deOddone  stituit.J  Datum   huic  cessionis  cartulae  in 

comité  comparavi,  quae  sunt  sitae  in  co-  mense  augusto,  anno  Vii"'  imperante  Ka- 

mitatu  Lemovicino,  in  valle  Exandonense,  rolo,  m   in  Galliis.  S.  Adrabaldus  levita. 

hoc  est  villa  quae  vocatur  Orbaciacus,  cum  S.  Ramnulfus.  S.  Adraldi.  S.  Gerolii.  S.  Jo- 

vineis,  pratis,  terris  &  pascuis,  farinariis,  seph.  S.  Gerrardi.  S.  Johanis.  S.  Airberti. 

aquis    aquarumve    deciirsibus,    secus   flu-  S.  Gumberti.  S.  Serancioni.  S.  Cuneberti. 

vium  Viseram,  cultis  &  incultis,  necnon  S.   Ragenaldi.  S.   Ildeberfi.   S.   Ingarii.  S. 

&  mancipiis  utriusque  sexus  desuper  com-  Vualtari.  S.  Airoaldi.  S.  Umberti.  S.  Boso. 

manentibus   &  omnibus  ad   id    jure   aspi-  S.  Gerberti.  S.  Islonis.  S.  Adalberti.  S.  Ge- 

cientibus  :  totum  cum  plenissima  integri-  deori'. 
tatevolo  ibi  percuncta  esse  indultum  atque 

condonatum.  Petimus   namque  ab  abbati-  ""                                                 ~~ 
bus  &  praelatis  hujus  sanctissimi  loci,  ut 
annis  singulis   fratribus   inibi   Christo    fa- 
mulantibus    ob    nostri    memoriam    refec- 

tione  exhibeantj  post  funus  quoque  nos-  Acte  de  la  consécration  de  V église  de 

Notre-Dame    de    Riondejario,    au 
diocèse  de  Girone^, 


An 

887 


206. 


LXXV 


trum  in  die  depositionis  nostrae  id  ipsum 
deposcimus  adimplere.  Iterum  petimus,  ut 
annuatim  ex  suprascriptis  rébus  custodi 
ecclesiae  vini  modii  x  tribuantur,  unde 
sacrificium  cotidie  Domino  offeratur.  Licet 
namque  in  cessionibus  poena  minime  sit 
inserendi  necessaria,  nobis  quoque  pro  fir- 
mitatis  studio  placuit  inserere,  quod  si  nos 


[Nous  plaçons  ici  la  pièce  LXXV,  que  les  Béné- 
dictins avaient  datée,  par  erreur,  de  l'an  85o.J 


IN    r 
ni 


nomine    sanctae    &    individuae   Tri- 
tatis.   Post    corpoream    Dei    nomine 


ipsi  aut  ullus  de  nostris  heredibus  seu  quae-  Jesu  Christi  venerabilem  adscensionem  & 

libet  uUa  emissa  persona  quae  contra  banc  post  salutiferam   apostolorum   suorumque 

mei  juris  donationem,  quam  sana  mente  in-  sequacium    praedicationem  ,   purgato    jam 

tegroque  fieri  decrevi  [consilio],  venire  aut  mundo  ab  idolorum   turpissima  servitute, 

etiam   refragare   praesumpserit,  primo   ex  non   parvae  gentilium    turbae  praebentes 

virtute  Sancti  Spiritus  &  nostro  ministerio  colla  suavissimo  Salvatoris  jugo  innumera 

eum  innodamus  &  secundum  saeculi  poe-  per   totum    orbem    construxere    episcopia 

nam  auri  libras  V,  argenti  libras  xx,  com-  atque    coenobia,    ubi    Deo    dicati    clerici 

ponere   cogatur   suaque   repetitio   nuUum  sive    monachi    religiose   viventes,    divina 

obtineat  effectum.  Quod  si  in  talibus  per-  celebrare     mysteria     communis     utilitatis 


severaverit,  iram  tnnae  majestatis  incurrat 

&  cum  sancto  Petro  judicii  die  ratiocina- 

turus  veniat,  nisi  ante  ad  confessionem  & 

ad  emendationem  venerit.  Et  ut  cessio  fir- 

miorem  obtineat  stabilitatem,  eam  subter- 

firmavimus  &  bonorum  virorum  subterfir- 

mare  rogavimus.  Frotarius  sanctae  Bituri- 

gensis  ecclesiae  episcopus  vidit,  bene  legit 

atque  signavit.  Hecfridus  episcopus  Picta- 

vensis  signavit.  S.  Vuillelmus  Caturcensis      la  date.  (Voir  plus  haut",  col.  407.)  [A.  M.J 

episcopus.    Adolenus    Albiensis     episcopus  ^  Archives  de  l'abbaye  de  la  Grasse 


existimantes    commodum,   sic   per   terre- 

'  Le  texte  porte  iiii°. 

'  Ce  que  nous  mettons  entre  crochets,  à  la  fin  de 
cet  acte,  est  une  partie  que  dom  Vaissete  croyait,  à 
juste  titre,  interpolée.  L'éditeur  du  cartulaire  de 
Beaulieu  a  montré  qu'il  faut  rapporter  cette  pièce, 
qui  se  rattache  à  la  précédente,  à  l'an  887,  que  le 
roi  Charles,  que  l'on  y  mentionne,  est  Charles  le 
Gros,  &  qu'il  faut  corriger  a««o  vu  imperante  àim 


Kd.orlff. 
col.  i3i. 


octobre. 


An 
908 


411 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE 


lîd.orig. 

t.  I. 
col.  98. 


mim    habitaculum    Deo    dicatum    fidelium 
Spi 


,  LANGUEDOC.  412 

cellae  eidem  supramemoratae  Sanctae  Ma- 

niemdra    5piritus  bancti    fièrent    recepta-  riae  cum   titulis   suis  videlicet   Sancti  Jo- 

culum.   Proinde   venerandus   doninus    co-  hanuis  &  Sancti  Pétri,  in  die  ejus  dedica- 

mes  cum  omni  veneratione  vel   reverentia  tionis,  décimas   &  primitias  &  oblationes 

nominandus  Vifredus   ecclesiam    quae   est  fidelium  de  villulis  &  villaribus,  quorum 

in  comitatu  Bisuldunense  vel  Ausonense,  nomina  sunt  haec  :  Riodazarii,  Crosaunas, 

in  villa  Riodazari  constructa  habetur,  cum  Artigas,   Bacholardario,   Cuguciago,  Fel- 

propria  voluntate  episcopi  domni  Sonio-  gars,  Tamadela,  Abietem  ,  Galindono    Vi- 

fredi   in    cujus    dioecesi    sita    dignoscitur  lareto,    Collo- Juvino,    villare    Aliano    in 

studuit  consecrare,  quo  proficeret  ad   re-  Bisuldunense    territorio    nostro.   Sic   con- 

medium  sui  atque  suorum.  Peracta  autem  cedimus   praelibatae   ecclesiae   cimiterium 

consecratione  praedictae  ecclesiae  paterno  in  circuitus  ecclesiae  dex[tros]  XXX.  Nam 

affectu  locumque  semper  in  honore  per-  &  domnus  cornes  Vifredus  nostro  assensu 

maneret  &  Deo  ibi  servientibus  quae  ne-  donat   eidem   ecclesiae  ecclesiam   Sanctae 

cessaria    forent    subministrare    largissime  Margaritae   cum    decimis   &   primitiis   de 

posset,  praesente  coetu  episcoporum,  ab-  villulis   &  villaribus   ad    ipsam    ecclesiam 

batum,  canonicorum,  ceterorum  fidelium  pertinentibus,  cum    terminis  &  ajacentiis 

suorum    qui    praesentes    aderant    solercia  suis.  Et  ego  supramemoratus  comes  dono 

ingenii  &  consilio  cunctorum ,  firmissimo  eidem  ecclesiae  supramemoratae  in  valle 

sancivit  decreto,  quatenus  praefatum  coe-  Riodazari,    juxta   ipsam    ecclesiam   domos 

nobium  sanctae  Mariae  virginis  cum  titu-      meos,  cum  terras  &  vineas,  cum &  in 

lis  suis  incontaminato    statu  semper   jugi  Collo-Juvino  terras  &  vineas  quos  in  do- 

libertate  vigeret  &  quidquid  jam   adqui-  minium  teneo  cum   terminis  &  ajacentiis 

sierat   vel    in    reliquum  adquirere  posset  suis.  Et   habet  afrontationes   haec  omnia 

libère   possideret,   sicut   sequens    libellus  suprascripta    de    Oriente   in    Frarago,  de 

déclarât.  Meridie  in  terminis  de  ipsos  Balbos  per 

Sub    Dei    nutu,    haec    membrana   con-  ipsa  média  Serra,  &  sic  pervadit  per  ipsa 

cessionis    seu    confirmationis    quem    fecit  Serra  usque  in  Gurgonigro,  &  i'njungit  ad 

Soniofredus  Gerundensis   sedis    episcopus  Aquabella  usque  supercilio  montis,  &  per- 

cum  universo  coetu  archidiaconorum ,  ca-  vadit  in  Collo-frigido  per  ipsa  Serra  usque 

nonicorum     seu    aliorum     clericorum     in  in  colla  de  Cannas,  &  pergit  ad  ipsa  Sen- 

eadem   sede  Sanctae  virginis  Mariae  Deo  tigosa,  &  de  Circi  vero  parte  vadit  per  ipso 

agonizantium.  Domno  itaque  Vifredo  co-  medio  rio  quae  dicunt  Biauna.  Modo  vero 

mite  atque  marchione  jubente  atque  pre-  excellentissimi  &  reverentissimi  viri  domni 

cante,  ui  ecclesiae  suae  quae  constructa  Vifredi  marchionis,  confirmo  ego  Sonio- 

esse  dignoscitur  in  valle  Riodazari,  ut  eam  fredus   episcopus  cum  voluntate  omnium 

consecraremus ,    &   nos   itaque   inter   nos  clericorum  nostrae  sedis  Gerundae  &  sta- 

concordantes,  quia  humana  fragilitas  ma-  tuimus  ut  ab  hodierno  die,  id  est  a  dedi- 

gis  potest  dilabi  in  inferiora  quam  ascen-  catione  Sanctae   virginis   Mariae,   qui   est 

dere  ad  suprema  &  potius   delectare  ter-  sita  in  valle  Riodazari,  &  deincebs   ipsas 

rena  quam  amare  coelestia,  &  sine  peccati  décimas  &  primitias  cum  oblationibus  fide- 

contagione  nemo  possit  in  hoc  aevo  mor-  lium  de  villulis  &  villaribus  suprascriptis 

tali  vivere,   &  sciamus  quia   judex   justus  cum  ecclesiam  Sanctae  Margaritae  suisque 

venturus  sit  in  die  examinationis  reddere  ministris,  sicut  superius  scriptum  est,  ab 

unicuique    secundum    opéra    sua   suppli-  omni    integritate,  assensu    bonorum   om- 

cium  iniquis,  vitam  aeternam   justisj   ob  nium  clericorum  seu  laicorum  qui  ibi  ade- 

hoc    ego    Soniofredus    episcopus,    Gisca-  rant,    omni    tempore    inconvulsa   perma- 

fredus,  Adalardus  archipresbyteri,  Persi-  néant j  sub    ea  tamen   definitione  ut  per 

uetus,  Argibadus,  Durandus,  Rodegarius  singulos  annos  sacerdotes  &  ministri  qui 

sacerdotes  atque  canonicorum   seu  cleri-  in  eadem  ecclesia  ministraturi  erunt  nobis 

corum  coetus,  valde  expavescentes,  con-  quoque    successorumque    nostrorum    non 

sideravimus    in  anime    nostro   concedere  aliud  solvant,  nisi  veniant  ad  concilia  & 


An 
908 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  9y. 


An 

908 


4i3 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


414 


chrismale  ministerium  secundum  institiita  ad  monasterium  construendum  in  honore 

canonum,  &  cum  episcopus  confirniatio-  sancti  Petri  urbis  Romae,  &c.  Facta  ces- 

nem  exercera  voluerit,  obedientiani   gra-  sione  ista  m  idus  februarii,  anno  trige- 

tissime  exibere  procurent.  Perhacta  sunt  simo  octavo  régnante  Carolo  rege,  &c'. 
enim  haec  anno  Incarnationis  dominicae 

DCCCC  VIII  ',  kalendas  octobris,  anno  XI  " — 

régnante  Karulo  gloriosissimo  rege. 

208. 


An 
926 


lild.orig. 
t.  I, 

-Ol.  l32. 


An 
926 

1 1 

février. 


Éd.orig. 

t.  I, 
col.  i33. 


207.  —  CVI 

Donation  faite  à  Vabhaye  de  Vahre, 
en  Rouergue,  pour  le  rétablissement 
de  celle  de  Nant  ^. 

SI    rerum    nostrarum,    &c.    Idcîrco    in 
Christi  nomine  ego  Bernardus  &  uxor 
mea  Udalgarda  pertimescentes  diem  mor- 

tis ,  locum  cui  vocabulum   est  Waber, 

qui  est  situs  in  pago  Rutenico  in  minis- 
terio  Curiense,  &c.,  elegimus  prout  volui- 
mus  humiliter  ex  rébus  honorare,  quae 
nobis  ob  origine  parentum  seu  ex  con- 
questo  advenerunt  seu  ex  rébus  paternis, 
ideoque  cedimus  loco  praenominato  res 
proprietatis  nostrae  pro  remedium  animae 
nostrae  vel  pro  remedium  genitori  meo 
Radulfo  &  génitrice  mea  Rodlinde  vel  pro 
remedium  Guigone,  Madanulfo,  Bernardo, 
Gonduino,  item  Bernardo,  Aldradi  vel  Fre- 
delone  abba  &  Mancio  praeposito,  &  pro 
cunctis  amicis  vel  fidelibus  nostris  vel 
pro  remedium  genitore  meo  Fredelone 
&  génitrice  mea  Odane  &  Benigno  pres- 
bytero,  ut  quorum  fuit  communis  amor 
sit  &  elemosyna  communis.  Eas  namque 
res  quae  sitae  sunt  in  pago  Rutenico,  in 
ministerio  Nantense,  hoc  est  ecclesia  quae 
est  fundata  in  honore  sancti  Petri  in  villa 
Triancianico,  que  vocant  Nante,  ubi  aspi- 
ciunt  villae  quorum  vocabula  sunt  Moli- 
nis,  Ambolo,  &c.,  in  integrum  cedimus  ad 
jamdicto  venerabili  loco  sacrisque  pigno- 
ribus  ibidem  humatis  necnon  &  Fredoloni 
abba,  qui  custos  loci  fratribus  Deo  monas- 
tica  norma  militantium  praeesse  videtur, 

•  Le  texte  porte  dccc  lviii. 

'  Cartulaire  de  l'église  de  Vabrej  [&  copie  dans 
la  collection  Doat,  à  la  Bibliothèque  nationale, 
V.  148,  f«  36.] 


Dotatio  sanctae  6*   insignis  ecclesiae 
Vivariensïs^. 

IN   nomine   Domini    nostri  Jesu   Christi.   " 
Incipit  catalogus  de  honore  quem  fidèles 
Christi  dederunt  Deo  &  sancto  Vincentio 
pro  redemptione  animarum  suarum  &  abo- 
litione  peccatorum  suorum. 

In  primis  de  episcopis  Albensium  seu 
Vivariensium.  Civitas  Albensium  quae  fuit 
subversa  a  Croco  rege  Romanorum;  sub 
ipso  rege  asseritur  isti  episcopi  fuisse  Al- 
beuses  : 

Primus  episcopus  Janoarius. 

'  La  charte  avait  été  mal  à  propos  datée  par  les 
Bénédictins  de  877;  en  la  supposant  du  règne  de 
Charles  le  Chauve,  il  faudrait  878,  date  posté- 
rieure à  la  mort  de  ce  prince;  de  plus,  l'abbé  Fré- 
delon  est  du  temps  de  Charles  le  Simple;  cette  rec- 
tification recule  donc  encore  de  cinquante  ans  la 
fondation  du  monastère  de  Nant  (voir,  au  tome  IV, 
la  note  sur  les  abbés  &  les  évèques  de  Vabre).  [A.  M.] 

*  Bibliothèque  nationale,  fonds  de  Lancelot, 
t.  160.  —  C'est  ce  texte  que  les  historiens  &  les 
anciens  annalistes  désignent  sous  le  nom  de  Charta 
vêtus;  rédigé  par  l'évêque  Thomas  II,  il  date  de 
çSo  &  non  de  1  I  5i  ;  il  est  du  règne  du  roi  Conrad 
de  Bourgogne  &  non  pas  du  règne  de  Conrad  III, 
roi  des  Romains;  c'est  ce  que  M.  l'abbé  Rouchier 
démontre  péremptoirement  dans  son  Histoire  du 
Fivarais,  t.  i ,  p.  565  &  suivantes.  Ce  texte  se  com- 
posait d'une  première  partie,  renfermant  la  chro- 
nologie des  anciens  évêques  &  les  diplômes  royaux 
jusqu'en  877;  puis  venaient  un  polyptique  &  les 
additions  faites  par  les  évêques,  successeurs  de  Tho- 
mas II.  C'est  ce  document  qui  a  permis  à  l'abbé 
Rouchier  de  donner  une  chronologie  beaucoup 
plus  exacte  des  anciens  évêques  de  Viviers;  nous 
avons,  au  tome  IV,  dans  la  chronologie  de  ces  pré- 
lats, adopté  la  plupart  de  ses  rectifications.  —  Nous 
donnons  en  note  la  traduction  des  noms  de  lieux  •» 
anciens,  d'après  le  travail  de  M.  Rouchier;  les 
variantes  qui  se  trouvent  en  note  nous  sont  aussi 
fournies  par  lui,  d'après  une  ancienne  copie  des 
archives  de  l'Ardèche.  [A.  M.] 


An 
960 


An 


4i5 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


416 


Secundus  Septimius.  cate',  medio  Saconaco,  Vocerno.  Ista  om- 

Tertius    Maspitianus.    Melanus.    Auxo-  nia  dereliquit  Deo  &  sancto  Vincentio. 

nius.  Sed   quanta  miracula  per  eos  Chris-  Dotavit    dompnus    Heumachius    Beciate 

tus  ostendere  dignatus   fuisset   aut  quibus  cum  ecclesia%  Saduaco,  Caucolomno,  Car- 

temporibus  plebem  suam  rexissent  aut  qua  tennaco,  Luguiliano. 

fuissent    natione   progeniti    enarrare   non  Ego    Secundus   cum    uxore    mea   Prima 

possumus.  nie  cui  summopere  sedule  obtu-  condonavimus  Deo  &  sancto  Vincentio  de 

lerunt  omnia  novit.  propriis  nostris  de  mancipiorum  &  pecu- 

Incipit  de  episcopis  Vivariensium.  liarium.    In    primis,    in   Vivariense    quod 

Primus   episcopus   in  Vivario  promotus  ante  Albense  vocabatur,  ecclesiam  in  ho- 

praefuit,  qui  de  Albense  Vivario  contulit  nore    sancti  Victoris  quae   est   in  vertice 

&  Alba  vicum  appellari  voluit.  Deinde  se-  montis^  juxta  fluvium  Rhodani,  de  Scota- 

cundus  episcopus  Lucianus  régnante  Ala-  dio  usque  ad  Albis  ■*  &  usque  ad  summum 

rico;  deinde  sanctus  Valerianus;  post  hune  montis  Coiroti  (a)^&  usque  exemplatorium 

sanctus  Venantius;  deinceps  Rusticus.  De-  totum   &   in  alio   loco   caput  montis   cum 

hinc  sanctus  Melanius,  deinde  sanctus  Fir-  colonicis    LX   una   cum    servis   suis.   Et  in 

minus,  deinde  sanctus  Eucherius,  deinde  Bergundia,   in    comitatu  Vivariense   Tor- 

sanctus  Aulus,  deinde  sanctus  Eumachius,  tiliano  dimidio  una  cum  suis  appenditiis. 

deinde    sanctus   Longinus,    deinde   domp-  Et  in  alio  loco  qui  dicitur  Vienisaco  (A)®, 

nus  Johannes.  totum  &  ab  integrum  tradTmus.  Et  in  Va- 

Domnus  Joannes  dotavit  promotus  epi-  lentinense  prope  Rhodanum  fluvium,  villa 

scopus   Sancti  Vincentii  villas  duas,  Cla-  quae  dicitur  Cupertas  cum  servis  suis.  In 

riaco,  Cassariae  (a)'.  Arelatense,    in  Ugio   salinas  areas  octo ', 

Dompnus  Melanus   ibi   monasterium    in  per  singulos  annos  eximit  solidi  trecenti. 

Cassariense  (A)'  sancto  Vincentio  dotavit.  Ista    omnia    dereliquimus    Deo    &    sancto 


Dotavit  Lucianus  episcopus  Ameliaco 
villa,  Blandamisco,  Ociaco  :  ista  omnia  de- 
reliquit Deo  &  sancto  Vincentio. 

Dotavit  domnus  Valerius  villa  Coresse, 


Vincentio. 

Ego  Léo  &  uxor  mea  Hostiliana  condo- 
navimus aliquid  de  nostris  rébus  quae 
sunt  in  Vivariense,  in  aice  Samsonense', 


Scudio,    Muoj    dereliquit    Deo    &   sancto      de  villa    qui    dicitur  Quiciaco   cum   servis 


Vincentio. 

Dotavit  sanctus  Firminus,  cum  uxore  sua 
Aula  (c),  Lendronino',  Meteratis  cum  ec- 
clesia   Sancti   Andreae'*,   Damate,    Torni- 


(a)  Alias  Cassaniae. 

'  Un  grand  nombre  de  v'illae  mentionnées  dans 
ce  document  ont  disparu,  d'autres  ont  changé  de 
dénomination,  de  sorte  que  la  restitution  des 
noms  offre  beaucoup  de  difficulté.  —  Clariaco, 
villa  inconnue  pour  nous.  —  Cassar'iae  ou  Casse- 
r'iae ,  Chassiers  ,  paroisse.  [Cette  note ,  comme  les 
suivantes,  est  empruntée  textuellement  à  l'ouvrage 
de  M.  l'abbé  Rouchier,  t.  i,  p.  Sço  &  suiv.] 

(i)  Alias  Axnacenum  &  Casanence. 

"  Monasterium  in  Cassariense,  —  Monastère  de 
Chassiers. 

(c)  Alias  Ladamusco. 

'  Lendronino,  —  Villa  dont  le  nom  nous  est  in- 
connu. Le  P.  Colombi  a  lu  :  Lacadusa,  dont  il  a 
fait  le  surnom  i'Aula,  méprise  évidente,  car  alors 
l'usage  des  doubles  noms  était  entièrement  perdu. 

^  Meteratis  cum  ecclesia  Sancti  Andraee, —  Saint- 


suis  usque  ad  flumen  Begma  (c)  &  Rose- 


André-de-Mitrois,  commune  de  Saint-Montan , 
ancienne  paroisse,  aujourd'hui  supprimée. 

'  Tornicate.  —  Territoire  ou  quartier  de  Tourne 
à  Bourg-Saint-Andéol. 

^  Beciate  cum  ecclesia.  —  Paroisse  de  Bessas. 

'  Ecclesiam  S.  Victoris  quae  est  in  vertice  montis. 
—  L'église  de  Saint-Victor,  aujourd'hui  ruinée, 
sur  la  montagne  du  Détroit,  près  de  Lafarge,  com- 
mune de  Viviers. 

"•  De  Scotadio  usque  ad  Alhis.  —  Depuis  la  ri- 
vière de  l'Escoutay  jusqu'à  Aps  [Alba). 

(a)  Alias  Conati  ou  Conoti. 

5  Summum  montis  Coiroti.  —  Sommet  de  la  mon- 
tagne du  Coiron. 

[h)  Alias  Vieniscio. 

*  Vienisaco.  —  Vinesac,  paroisse. 

^  Salinas  areas  octo.  —  Huit  salines. 

*  In  aice  Samsonense ,  de  villa,  &c,  —  Dans  la 
circonscription  de  Vaicis  ou  de  Vager  de  Sampzon, 
la  villa  de  Quiciac,  inconnue  pour  nous. 

(c)  Alias  Bessina. 


An 


An 


417 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


418 


An 

rias"  :   totiini    sunt  colonicas   L.  Tradinius       Cnulatis    carte  '    cuni   villis   très   Pociolis        ^'^^ 
Deo  &  sancto  Vincentio.  Caligiaco  ex  Osigio  totiun. 

Ego  Marins  aedificavi  ecclesiam   in   ho-  Ego  Albiiius  dotavi  Sancti  Auli  foras  ci- 

nore  sancti  Mauritii  quae  est  super  Hen-      vitatis',  Causonerii  (a),  Nargatis,  Congo 
ticani  flumen';  dotavi  eam  colonicis  XXX      Scondolatis  &  Anoniatis  &  Brandatis  &  Pa- 
una  cuni   servis  suis;   tradidi  eam  Deo  &      lagione. 
sancto  Vincentio.  Ego  Bobo  &  uxor  mea  Eulalia  &  frater 

Ego  Bellus  qui  fui  natus  in  Viennense  meus  Rufinus  aedificavimus  ecclesiam  in 
8c  nutritus  in  Vivariense,  in  infirmitate  Arverniatense  (b)  in  honore  sancti  Pétri 
mea  fui  annos  xxx  ;  aedificavi  ecclesias  super  fluvium  Liger.  Dotavi  eam  de  pro- 
super Plenticam  flumen'  in  honore  sancti  priis  meis  colonicis  VI;  &  super  Henticam 
Pétri,  sancti  Pauli  ,  sanctae  Heulaliae,  flumen  villa  que  vocatur  Utiaco;  &  ista 
sancti   Joannis    &  sancti  Romani.   Dotavi      omnia  tradimus  Deo  &  sancto  Vincentio. 

Ego  Aspasia  dotavi  sancto  Vincentio  in 
Caxona  Laudatis,  &  in  Misilianence  (c)  ' 
Servationo  totum  usque  Inno ,  Vola - 
neta  (c/) ,  vitem  &  pruinis  totum  usque  in 
fluvium  Cicei. 

Ego  Sconbertus  dotavi  Sancti  Romani 
est  in  Vallevinaria''  cum  colonicis  X,  &  in  foras  portas,  in  Diense  villam  Orsiano  (e) 
monte  Bergo ^  colonicas  xx.  usque  in  rio  montis,  in  Vallevinaria*  mo- 

Ego  Marcellus,  Potamia  (a)  Deo  sacrata  dia  terrae  (/)  viginti  &  vineas  très,  pratis 
condonavi  de  propriis  meis  vel  mancipiis,  duo  &  Castria  totum  usque  in  summitate 
in    monte    Bergo    ubi    dicitur   Turnustus"      montis. 

colonicas  decem  &  in  monte  Coiroto'  co-  Ego  Venantius,  sedis  Vivariensis  episco- 

lonicas  XX.  P"S,    dotavi    ecclesiam    in   Luciatense  "'    in 

Ego  Fredegundis  Deo  sacrata  aedificavi  honore  sanctae  Mariae  &  sancti  Martini 
Melatis"*  mouasterium  puellarum  in  ho-  Bessiaco''.  Dotavi  eas  colonicas  LXX  cum 
nore  sancti  Stephani  &  sancti  Saturnini.  servis  suis  &  dimisi  eas  Deo  &  sancto  Vin- 
Hic  vixi  annis  Vllll  :  hic  defiuivi.  centio. 

Ego    Ardulphus    episcopus    sedis    Viva-  Ego  Yteria  femina  quae  fui  sine  viro  sexa- 

riensis    dotavi    Deo    &    sancto   Vincentio      ginta  annos,  aedificavi  ecclesiam  in  vertice 
Mixano',   Vicano    dimidio,    Canavarro  ", 
Para    cum    ecclesia    sancti    Laurentii"  & 


eas  de  meis  propriis  in  loco  ipso  coloni- 
cas LXXX  una  cum  servis  suis;  tradidi  eas 
Deo  &  sancto  Vincentio. 

Ego  Ebo  &  uxor  mea  Bertha  donamus 
sancto  ^incentio  de  propris  meis  eccle- 
siam  in  honore  sancti   Symphoriani,  quae 


'  j4d  Jîumen  Begma  &Roserias,  rivière  de  Beaiime; 
Rosières,  paroisse.     ■ 

^  Ecclesiam  S.  Mauritii...  super  Henticam  /lumen. 

—  Saint-Maurlce-sur-l'Ardèche,  paroisse. 

'  Henticam  /lumen.  —  L'Ardèehe,  rivière. 

*  Eccles,  S.  Symphoriani  ^uae  est  in    Vallevinaria 

—  Saint-Symphorien -de-Valvignères,  paroisse. 

'•  Tn  monte  Bergo.  —  Montagne  de  Berc,  à  l'ouest 
de  Valvlgnères. 

(a)  Alias  Potanna. 

^  In  monte  Bergo  uhi  dicitur  Turnustus.  —  Tour- 
non- lès-Villeneuve-de-Berc,  ancien  prieuré. 

^  In  monte  Coiroto,  —  Sur  le  Coiron. 

*  Melatis.  —  Mêlas,  paroisse. 
°  Mixano.  —  Meysse,  paroisse. 

'"  Canavarro.  —  Chanavari,  territoire  de  la  com- 
mune de  Rochemaure. 
"  Fara  cum  ecclesia  S.  Laurentii.  —  Lafare,  villa 


qui  devait  se  trouver  entre  Rochemaure  8t  Chana- 
vari, près  de  la  chapelle  rurale  de  Saint- Laurent. 

'  Crudatis  Curte.  —  Cruas,  paroisse.  —  Les  trois 
villae  qui  suivent  nous  sont  inconnues. 

"  Sancti  Auli  foras  civitatis.  —  L'église  de  Saint- 
Aule  extra  muros,  à  Viviers,  entièrement   ruinée. 

(a)  Alias  Casoneni. 

[h)  Alias  Arvematenie. 

(c)  Alias  in  Miliclanence. 

'  In  Misilianence.  —  Dans  le  territoire  de  Mé- 
zilhac. 

(^)  Alias  Volenceta. 

(e)  Alias  In  Oisiano. 

''  In  Vallevinaria.  — Terroir  de  Valvlgnères. 

(/")  Alias  modia  ter  xx. 

^  In  Luciatense  ecclesiam  Sanctae  Mariae.  —  No- 
tre-Dame-de-Lussas,  paroisse. 

^  Ecclesiam  S.  Martini  de  Bessiaco.  —  Saint- 
Martln-de-Bessiac,  qui  prit,  plus  tard,  le  nom  de 
Lavilledieu,  paroisse. 


lî. 


N 


An 

ç5o 


419 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


420 


montis  in  honore  sancti  Thomae  &  sancti  quae  fuit  soror  sancti  Auli  dotavimus 
Sebastiani".  Dotavi  eam  usque  in  fluviiim  sancti  Vincentii  de  Cuisiniaco  '  quod  est 
Scotadii'  &  villam  quae  dicitur  Cacerdis  &  constructum  super  flumen  Rhodani  usque 
tradidi  eas  Deo  &  sancto  Vincentio.  ad  Bauarias^  &  usque  ad  rivum  Osonem 
Ego  Antherius  patritius  provinciarum  &  &  Bello  dimidiuni  %  &  in  Tricastinensis 
uxor  mea  Sulpitia  dotavi  sancto  Vincentio  insula  quae  vocatur  Argentarias  quae  est 
de  propriis  nostris  Albenate  (a)  '  palatium  ad  Burgogiates  superiorem  ^  Ista  omnia 
nostrum  quod  est  constructum  secundum  tradimus  Deo  &  sancto  Vincentio. 
Henticam  fluvium  cum  ecclesiis  duabus,  Ego  Rodulphus  dotavi  ecclesiani  Sancti 
una  sancti  Saturnini*,  alia  sancti  Lupi ',  Pétri  in  Rumpone  monte-'  &  in  Valenti- 
Botericus  (b)  villam,  Ragiatis  villam,  Ar-  nense  aedificavi  ecclesiam  in  honorem 
caiatis  paludes,  colonicas  IIII,  Oraches  vil-  sancti  Albani,  dotavi  Deo  &  sancto  Vin- 
lam  ,  Caninicus  villam  ;  in  Botera  (c)  *'  centio.  Et  in  Vivariense  (a)  aedificavi  ec- 
ecclesiam  Sancti  Johannis  &  Sancti  Mau-  clesias  duas  in  honore  sancti  Projecti^'Ec 
ritii'j  sunt  colonicas  Lxxx  cum  servis  sancti  Stéphanie  dotavi  eas.  Ista  omnia 
suis.  Ista  donamus  Deo  &  sancto  Vin-  tradidi  Deo  &  sancto  Vincentio. 
centio.  Omnia  ista  dotaverunt  ad  sanctum  Vin- 
Ego  Longinus  episcopus  aedificavi  eccle-  centium  vel  ad  ipsa  corpora  s^nctorum 
siam  in  honore  sancti  Stephani  in  monte  quae  in  circuitu  requiescunt,  anno  Vli  reg- 
Coiroto  quae  dicitur  ad  Scans%  dotavi  co-  nante  domno  nostro  Galdeberto  &  etiam 
lonicas  XX,  &  ecclesiam  Sancti  Laurentii",  domno  nostro  Theuberto  (A)  rege ,  indic- 
dotavi  colonicas  XX;  ego  indignus  &  pec-  tione  XI ^ 
cator  consecravi  eas  &  dereliqui  Deo  & 
sancto  Vincentio,  &  Silvatense  medio  cum 
cxx  colonicis  una  cum  servis  suis. 

Ego  Gombertus  aedificavi  ecclesiam  in 
honore  sancti  Vincentii  in  villa  quae  dici- 
tur Crasco'",  dotavi  eam  in  primis  villae 
cum  XXX  colonicis,  pratos  iili,  de  vineis 
unde  exire  possunt  modii  CLXXX. 

Ego  Alicinius   &   uxor   mea    Macedonia 


An 
950 


'  Ecclesiam  S.  Thomae  &  S.  Sehast'iani.  —  Salnt- 
Thomé,  paroisse. 

"  Fluvium  Scotadii.  —  Rivière  d'Escoutay. 

(a)  Alias  Albemiate. 

3  Albenate.  —  Aubenas. 

^  Una  (ecclesia)  S.  Saturnini.  —  Saint-Sernin-de- 
Lespinasse,  paroisse. 

■'  Alia  S.  Lupi,  —  Saint-Loup-de-Mercuer,  pa- 
roisse. 

(i)  Alias  Botellicus. 

(c)  Alias  Bocera. 

"  In  Botera.  —  Dans  le  district  des  Boutières. 

'  Ecclesiam  S,  Johannis  &  S.  Mauritii,  —  Saint- 
Maurice-sous-Chalancon,  paroisse  supprimée. 

^  Ecclesiam  S.  Stephani  in  monte  Coiroto  quae 
dicitur  ad  Scans.  —  Saint-Etienne-de-Sceautres, 
paroisse. 

*•  Ecclesiam  S.  Laurentii.  —  Saint -Laurent-sous- 
Coiron,  paroisse. 

'"  Ecclesiam  S.  Vincentii  villa Crasco.  —  Saint- 

Vincent-de-Gras,  paroisse. 


'  De  Cuisiniaco.  —  Notre-Dame- de-Cousignac, 
paroisse  supprimée,  près  de    Bourg-Saint-Andéol, 

'  Ad  Bauarias.  —  Rivière  de  Berre  dont  l'em- 
bouchure est  en  face  de  Cousignac,  de  l'autre  côté 
du  Rhône. 

'  Bello  dimidium.  —  Domaine  de  Bel,  situé  sur 
la  rive  gauche  du  fleuve. 

''  Argentarias...  ad  Burgogiatem  superiorem.  — 
L'île  d'Argentière  &  Bergoïata-le-Haut. 

''  Eccles,  S.  Pétri  in  Rumpone  monte.  —  Eglise 
de  Saint-Pierre  sur  la  montagne  de  Rompon,  qui 
devint  plus  tard  le  monastère  de  ce  nom. 

(a)  Alias  in  Valentinense. 

"  Eccl.  S.  Projecti.  —  Saint-Priest,  paroisse. 

'  Eccl.  Sancti  Stephani.  — ^  Saint-Etienne-du-Lac , 
près  Privas,  église  supprimée  depuis  longtemps. 

(i)  Alias  Cheuberto. 

*  Il  est  très-difficile  de  reconnaître  quels  sont 
les  deux  rois  ici  désignés.  D'après  les  anciennes 
chronologies  des  évèques  de  Viviers,  Galdehertus 
serait  Childebert  F'',  &  Theubertus,  Théodebert  I'"', 
qui  régnèrent  sur  le  Vivarais,  après  la  destruction 
de  la  monarchie  des  Burgondes,  à  partir  de  l'an- 
née 534  ou  535.  On  ne  trouve  pas,  dans  toute  la 
série  des  rois  mérovingiens,  deux  princes  régnant 
concurremment,  dont  les  noms  se  rapprochent 
autant  de  ceux  que  mentionne  notre  document. 
Quant  aux  autres  indices  chronologiques,  ils  ne 
peuvent  convenir  à  aucun  règne;  il  faut  donc 
qu'il  y  ait  eu  erreur  de  la  part  du  scribe  ou  des 
copistes. 


An 

Ç'JO 


421 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


422 


An 
954 


Ego  Aginus  vir  illiistris  &  uxor  mea  Pe-      dono  vobis  ipsa  medietate  cum  ipsos  fevos 

que  tenet  de  vicechomitatu,  &  dono  vobis 
quarta  parte  de  fevo  de  vicechomite  a  tu 
in  dominico.  Et  propter  hoc  dono  su- 
prascripto  convenio  ego  Pétri  Raimundi 
vicechoniiti  &  mulier  mea  Sibilla  ad  te 
penditiis,  alpes  diias  quae  nuncupantur  Raimundi  vicechomiti  de  Cerritania  quod 
Taranicus'  ibidem  adhérentes  usque  ad  sumus  vestros  solida  mente  contra  cunctos 
Borna'  &  usque  ad  Nitrense  sive  usque  in  homines  vel  feminas,  exceptus  comiti  Ur- 
valle  Contronica  &  usque  in  Linna"*,  quae  gellitano,  quod  siamus  tibi  adjutores  de 
vertitur  in  Linna.  Et  in  alio  loco,  in  ipso      ipsa  honore  quod   haberetis  vel   in  antea 


tronilla  dotavimus  de  propriis  rébus  nos 
tris  Sanctum  Vincentium  in  Castro  Vivarii 
situm  quod  de  genitore  meo  Aprimiculo 
justissinie  advenif,  hoc  est  Valligorgia  ' 
cum  ecclesia  Sancti  Martini  cum  suis  ap- 


comitatu,  ubi  dicitur  Silvaplanata"',  eccle- 
siam  in  honore  sancti  Pétri  cum  coloni- 
cis  XV...  Sunt  in  summa  colonicae  centum 
&  octoginta  cum  servis  suis.  Tradimus  Deo 
&  sancto  Vincentio. 


habere  potueris  cum  nostrum  consilium  a 
tener  &  a  gire^ar  &■  a  défendre  contra  cunc- 
tos homines  vel  feminas  per  fidem  rectam 
sine  engan,  &  in  hostes  sive  in  kavalcades 
ubi  Petro  Raimundi  vicecomiti  de  Kastro- 
bono  ubi  erat  cum  Raimundi  vicechomite, 
ipsos  cavallarios  qui  fuerunt  de  ipso  vice- 
chomitatu fuerunt  cum  illo  jamdicto.  Et  si 
ego  vicecomiti  de  Urgellitano  jamdicto  non 
sum  in  istas  cavalcades  jamdictas  sives  in 
hostes,  kavallarios  ipsos  jamdictos  de  vice- 
Accord  entre  les  vicomtes  de  Cerdagne      chomitatu  faciant  ipsas  hostes  vel  kavalca- 


209. 


6*  d^Urgel  pour  le  château  de  Saint- 
Martin^. 

HEC  est  convenientia  qui  est  facta  inter 
Raimundi  vicecomiti  de  Cerritania 
&  Pétri  Raimundi  vicecomiti  Urgellitano 
atque  conjux  sua  nomine  Sibilla.  Ego  Rai- 
mundi vicechomiti  comendo  ad  vobis  jam- 
dictos Pétri  Raimundi  &  mulier  nomine 
Sibilla  ipso  kastro  de  Sancti  Martini  &  ego  Raimundi  vicecomite  habeo  opus  po- 
dono  vobis  Ermengaudi  cum  ipso  fevo  quod  testate  de  ipsos  kastellos  jamdictos,  JzVe  0 
tenet  de  kastro  Sancti  Martini  &  cum  suos  ad  vestrum  baille  vel  ad  unum  vestrum  ca- 
milites.  Similiter  comendo  vobis  ipsos  kas-  ballarium  qui  dicat  vobis  quod  donetis 
tros  de  M.irales  &  de  Cheralt,  &  dono  vobis  mihi  jamdicta  potestate  quousque  ad  X  dies 
Berrengario  de  Aragal  cum  ipso  feu  que  vobis  Petro  vicechomite  &  vestra  mulier 
tenet  de  ipso  [vice]chomitatu  &  suos  mi-  &  vestro  misage.  Et  ipsa  estada  de  Sancti 
lites,  &  de  aliis  cavallariis  qui  rémanent      Martini  habeamus  per  medietate,  &  si  non 

donaberitis  ipsam  potestatem  quod  supe- 


des  &  ipsum  cervicium  qui  de  ipsa  honore 
jamdicta  débet  exire  ad  Raimundi  vice- 
chomiti. Ego  Pétri  Raimundi  vicecomite 
&  mulier  mea  Sibilla  conveniemus  a  te 
Raimu[n]di  vicechomiti  de  Cerritania  de 
kastros  ipsos  suprascriptos  quod  donemus 
tibi  potestate  quantosque  vices  la  dema- 
neds  irads  &  pagads  ad  me  jamdictum  vice- 
comite Raimon  sive  ad  meum  misage,  &  si 


'  Valligorgia.  cum  ecclesia  Sancti  Martini.  — 
Saint- Ma rtin-de-Valgorge,  paroisse. 

'  Alpes...  quae  nuncupantur  Taranicus.  —  Les 
montagnes  du  Tanargue. 

^  Ad  Borna.  —  Borne,  paroisse. 

■^  In  Linna.  —  La  Ligne,  rivière  qui  coule  au 
pied  du  Tanargue. 

^  Ubi  dicitur  Silvaplantata.  —  Snuveplantade , 
paroisse  supprimée. 

''  Archives  nationales,  J.  879,  n.  i  ;  original  en 
parchemin,  provenant  du  Trésor  de  Foix. 


rius  est  scriptam  de  ipsos  kastellos  Ermen- 
gaudi &:  Benrenger  de  Aragal  cum  Raimundi 
vicecomiti  jamdicto  cum  ipsos  kastellos 
supranominatos  &  ipsa  honore  quousque 
vicecomite  Petro  &  mulier  sua  Sibilla  ha- 
beant  potestate  donata.  Et  si  ego  Petro 
vicecomiti  &  mulier  sua  Sibilla,  si  enfra- 
gien  ista  conveniencia  qui  desuper  est 
scripta  ad  Ramon  vicecomite  &  no  la  U  avîa 
redreta  infra  XXX^  dies  que  el  lo  demanas 
per  si   &  per  so  misage   Ermengaudi   cum 


An 

9-4 


An 
9^4 


42d 


PREUVES  DE  L'HISTOIRE  DE  LANGUEDOC. 


424 


sua  honore  &  cum   sues  homines   &  Be- 
renger  de  Aragall  cum  sua  honore  &  sucs 


210.  —  CXIII 


homines  &  cum  illis  alliis  milites  qui  sunt 
in   ipso  vicecomitatu    tant   se    tengon    cum 

Ramon  vicecomite  tro  che  0  agen  redret.  Et  Échange  de  l'église  de  Tudel  avec  le 

ego  Raimmundi  vicecomiti  de  Cerritania,  si  n^^  d'Orbaciac,  en  Limousin  '. 
ista   convenientia  qui  desuper  est  scripta 

enfragia   ad    Petro    Ramon   vicecomiti    de  /"^     Dei    gratia    Lemovicensis    episcopus 

Castelbo  &  ad  Sibilla   mulier  sua,  si   infra  kJ.    praesentibus    &    futuris    in   perpe- 

XXX^  dies  no  0  avïa  redret  quod  illis  jam-  tuum.  Quoniam  quae  ab  hominibus  sunt, 

dictos  Ion  demanasen  Raimundi  vicecomiti  nimia   sui  vetusfate  delentur  &  oblivioni 

per  nos    0  per  nostre  misage,  Ermengaudi  traduntur,scripto  commendavimus  qualiter 

de   Sancti   Martini    &  Berenger  de  Aragal  P-  abbas    Bellilocensis   communi   consilio 

cum  ipsos  kastellos  &  cum  ipsas  honores  capituli  dédit  nobis,   concessit  &  succes- 

&  cum   illis   omines   &  alliis  homines   de  soribus  nostris  ia  perpetuum  possidendam 

vicecomitatu,  M«(  se  ffg^en  cum  vicecomite  terram   de  Sallem,  quae   antiquo   nomine 

&  mulier  sua  tro  che  0  agen  dret  ad  vice-  Orbaciacus  vocabatur,  cultum  &  incultum, 

comité  &  ad  mulier  sua.  Et  ego  Pétri  Rai-  cum  vineis,  pratis,  aquis  aquarumque  de- 

numdi    vicecomite    de    Urgello    &    mulier  cursibus,  molendinis,  paxedis,  totum  &  in- 

mea  Sibilla  U  passaveds  \si?i  convQnniewû^.  tegrum.  Quam  videlicet   terram  Frotarius 

qui  desuper  est  scripta  &  Raimundi  vice-  Bituricensis  archiepiscopus  de  Odone  co- 

comiti  lo  reptava  que  illis  se  excondïga  ad  mite   émit   &  Bellilocensi    ecclesiae   dédit 

unum    kavallarium   qui  abet  X   cavaliarios  ac  Gairulfo  tradidit  perpetuo  possidendam. 

logads  de   terra.  Et  si   obieriet  Raimundi  Quam  donationem  Karolus  rex  Francorum 

vicechomite  primus  sine  infante  de  mulier,  praedictae  ecclesiae  concessit,  quia  de  jure 

torn  ipsa  parte  que  habeat  Ramon  vicecho-  illius  esse  dinoscebatur.  Nos  vero.dedimus 

mite  de  vicecomitatu  ad  Petro  vicecomite  &  concessimus  eidem  P.  abbati  Bellilocensi 


&  ad  mulier  sua  Sibilla 3  &  si  obierit  Pétri 
vicecomiti  sine  infante  de  mulier  Sibilla, 
torn  ipsa  parte  quod  abeo  de  vicecomitatu 
a  Raimundi  vicechomite.  Actum  est  hoc 
die  kalendarum  marcii,  anno  XVlll  rég- 
nante  Leovico  rege.   Sigfnum  Raimundi 


ejusque  successoribus  ecclesiam  de  Tudel 
in  perpetuum  possidendam  cum  omnibus 
pertinentes  suis,  quae  de  jure  ecclesiae 
Bellilocensi  fuisse  dinoscebatur.  Huic  do- 
nationi  interfuerunt  Hu.  decanus  Lemo- 
vicensis &  Abbonius  canonicus,  Aimericus 


vicechomiti.    Sig  t  num    Petro    Raimundi  ejusdem  ecclesiae  sacerdos,  W.  prior,  Ite- 

vicecomiti.  Sig  t  num  Sibilla  vicecomitissa  rius    monachus,    P.   Willelmi    monachus, 

qui  ista  convenientia  mandavimus  scribere  Stephanus  monachus,  Ebalus  sacrista,  Hu. 

&  testes  firmare  rogavimus.  Sig  f  num  5a-  monachus.    Facta    haec    carta    &    donatio 

bot.  Sigfnum  Gonbalt.  Sigfnum  Bereger  anno   ab   Incarnatione  Domini   millesimo 

Guïllem.    Sig  f  num   Guillem  de   Espugola.  centesimo     sexagesimo    quarto.    G.    abbas 

Sig  f  num   Ramon  Ermengaudi  de   Sancti  Solemniacensis.   P.  de  Monasterio  archi- 

Martini.    Ermingaus    sacer[dos],    qui    hec  diaconus.  Hoc  ipsum  concessit  Aymericus 

convenientia  scripsit  cum  literas  ras[asj  vel  ejusdem  ecclesiae  archidiaconus. 
melioratas  in  VI  lineas,  die  &  anno  prefato 

quod  supra.  Sig  f  num  Arnal  de  Saga.  '  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Beaulieu,  en  Limousin. 


^  ^-;)  ^^  (^^  (j;^  ÎJ^  ^  ^  ^  1^  5;^  ^  tt^  5^  ^  t^  Ç^  ^w)  ^  Çj^  ^  (^  ^  ^  (^  <j^  tj^  ^  ^  ^^  ^  ^j^ 


INDEX 


ONOMASTICUS    ET    GEOGRAPHICUS 


N.  B.  —  Niuneii  aiabici  coliiinnas  indicant;  pltira  de  ordine  in  praesenti  indice  observato  scire 
volenti,  ad  hujusce  voluminis  praefationem  recurrendum. 


A 


Aarnisca,  vallis  &  fluvius  in  Gavaldano,  co- 
lumna  78  ;  Ni:^e  près  MendeÇ?). 

ABBONIUS,  canonicus  Lemovicensis,  c.  424. 

ABDELMEC  aut  ADELMECH,  diix  Sarracenorum, 
ce.  9,  27. 

ABDERAMAN,  rex  Spaniae,  c.  5. 

ABDERAMAN  ABIN-MAVIA  aut  IBIN,  rex  Sarra- 
cenorum, ce.  9,  27. 

Abies,  villa  in  Bisuldunensi,  c.  412. 

AuiLiDE,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  48. 

ABITUS,  imperator,  c.   16. 

ABOLEMUS,  c.   147, 

ABRAHAM,  Csmmenensis  episcopus,  c.  67. 

ABSALON,  judex,  c.  346. 

ABUNDANCIUS,  vassus  dominiciis,  c.  47. 

Adunianum,  villa   in  Narbonensi,  c.  48. 

AcHADALARD,  locus  prope  Narbonam,  c.  209. 

S.  ACISCLUS,  martyr,  c.  17. 

AcQuiTANi.  Vide  Aquitam. 

ADALALDUS,  qui  &  MAIMON  vocatur,  c.   134. 

ADALARDUS,  archipresbyter  in  Gerundensi,  c.  44. 

ADALARICUS,  abbas  Crassensis,  c.   i33. 

ADALARICUS,  filius  Lupi   ducis,  c.  264. 

ADALBERGA  femina,  c.  887. 


ADALBERTUS,  missus  Caroli  régis,  ce,  47,  SÔj. 
ADALBERTUS  notarius,  c.  5o. 
ADALBERTUS,  vassus  dominicus,  ce.   179,  355. 
ADALELM.US,    frater   Willelmi    comitis   Tolosae, 

c.  65. 
ADALGARIUS,  cornes  palatii,  c.  122. 
ADALGARIUS  sive  ADALGUARIUS  notarius, 

ce.   328,  36o,  367. 
ADALGASIUS  sive  ADALGISUS,  abbas  Palnatensis 

&  deinde  Vabrensis,  ce.  324,  827,  239,  340. 
ADAULFUS,  Jerundensis  episcopus,  c.  57. 
ADAULFUS,  judex  in  Gerundensi,  e.  118. 
ADAULFUS,  judex  in  Narboncnsi,  ce.  33 1,  341. 
Add  AR 1 1 ,  Alderi  I  VILLA,  in  pago  Carcassensi  j 

ce.  166,299;  Villalier  [Aude^,  arr,  de  Carcassonne. 
ADDILIUS  ASTER,  e.  i23. 
ADEBR ALDUS,  c.  78. 

ADEFONSUS  vicecomes  in  pago  Elenensi,  c.   178. 
ADEFONSUS,   ALDEFONSUS,   avunculus  Go- 

mesindi,  jîdelis  régis,  ce.  276,  3i  1. 
ADEFONSUS,  judex,  ce.  i85,332. 
ADELA,  mater  Lupi  ducis,  c.  264. 
ADEMARUS  cornes  in  Septimania,  ce.  78,  186. 
ADENUS,  c.  363. 
ADEODATUS  scriptor,  c.  52. 
ADIASIANA,  mater  Braidingi,  c.  76. 
ADOLENUS,  Albiensis  episcopus,  c.  409. 
ADOURA,  sajo,  c.  3^o. 


427 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


428 


ADOYRA,   uxor   Antonii  vicecoraitis   Blterrensis, 
c.  261 . 

ADREBALDUS,  abbas  Sancti  Tiberii,  c.  356. 
ADRIANUS  papa  III,  ce.   10,  22,  55. 
ADROARIUS,  fidelis  régis,  c.  0205  judex,  c.  332. 
Ad  Signa,   salinae  in    pago    Narbonensi,  ce.    86, 
291. 

ADUEMO,  cornes  palatii,  c.  122. 

ADULFUS,  c.  353. 

ADUS,  metropolitanus  Biturieensis,  c.  42. 

AENEAS,  notarius,  ce.  218,  202,  290. 

S.  Affricani  ecclesia  in  Albia  civitate,  c.  400. 

AFRICA,  ce.   16,  17,  19. 

AGAMBALDUS,  cornes  palatii,  c.  122. 

AGATHE,  AGATE,  AGATHA,  ce.  7,  21,  25. 

—  Sanetiis  Stephanus  in  Agathe,  eeelesia,  ce.  278, 
369. 

Agatensis  vel  Agathensis  pagus,  ce.  86,  142,  2o3, 
221 ,  279,  291 . 

Agathensis  civitas,  ce.  86,  369. 

Agathensis  comitatus,  e.   145. 

Agatensis  cornes,  c.   142. 

Agatenses  habita  tores,  c.   142. 

Agathenses  episcopi.  Vide  DACBERTUS,  JUSTUS. 
Agathensis  cornes.  Vide  APOLLONIUS. 
Agellum,  villa  in  Narbonensi,  c.   148;  -^gel  (^Hé- 
rault), arr.  de  Saint-Pons^ 

Agennensis  pagus  ;  Agenais,  c.  262. 

Agennensis  episcopus.  Vide  SIBOALDUS. 

Agennensis  cornes.  Vide  ERMILADIUS. 

AGIERLINA,  neptis  Dadilae,  e.  8  1 . 

AGILA,  rex  Gothorum,  ce.   14,  17,  18. 

AGILA  vel  AGILIS,  abbas  Crassensis,  ce.  164,  199, 

207,  3oi ,  36o. 
AGILBURGIS,  uxor  Rainaldi,  c.  145. 
AGILMARUS,  Arvernensis  episcopus,  c.  391. 
Aginnum  flumen,  c.  367. 
Aginus,  vir  illustris,  c.  421. 
Agnerra,  loeus  in  Rossilionensi,  c.  365. 
AGOBARDUS,  archiepiscopus  Lugdunensis,  c.  i36. 
Agogia,  vallis  in  Bisuldunensi,  c.  367. 
Agre,  villare,  e.  69. 

AGRICOLA,  praefeetus  Galliarum,  c.  35. 
Agrifolium,   loeus    in    pago    Carcassensi,   c.    36i; 

Greffeil  (^Aude),  arr.  de  Carcassonne, 
Aguotis,  fluvius;  l'Agout,  c.  124. 
AHILO,  c.  344. 
AICHARDUS,   advocatus    abbatis    Bellilocensis, 

c.  363. 
AICHONE,  judex,  c.  i85. 
AIGILA,  judex,  c.  134. 
AIGLABERTUS,  e.  84. 
AIGO,  judex,  e.   195. 

AIMARUS,  Biturieensis  archiepiscopus,  c.  46. 
AIMERICUS,  presbyter,  c.  338. 
AIMERICUS,  saeerdos  Lemovicensis,  c.  424. 
AIMERICUS  cornes,  c.  22. 
AIMO,  monachus  Anianensis,  c.   1  i. 


Airoi.as,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  32o. 
Alacoon,  loeus   in  Vaseonia,  c.  261  5  Alaon. 
Alagonensis  (S.    Maria),   inonasterium ,  ce.    261, 
263.  » 

Alamanis,   Alamannis,   villa    in    pago    Elenensi, 

ce.  193,  214. 
ALAMANNIA,  c.  6. 

Alamannus,  villa  in  pago  Dagnense,  c.  11  5. 
Alancianus,  villare  prope  Narbonam,  c.  3o5. 
ALARICUS  episcopus,  e.  041. 
ALARICUS  I  rex  Gothorum,  ce.  i3,  16,  20. 
ALARICUS  II,  rex  Gothorum,  ce.  14,   17,  38,  4i5. 
ALARICUS,  vieedominus  in  Narbonensi,  c.  287. 
Alisa   civitas,    c.    414,  vicus ,  c.  41 5;   Aups,  près 

Viviers. 

Albanianum,  villare  in  pago  Cerasia,  c.  348. 
Albaria  (cella  in  monte),  in  pago  Russilionensi  j 

le  mont  Alhhre,  e.  256. 
ALBARUS,  judex,  ce.  3o6,  378,  382. 
ALBANA,  soror  Willelmi  comitis,  c.  65. 
Albenate,  palatium,  c.  419;  Auhenas  [Ard'éche). 
Albensium  civitas.  Vide  Alba. 
Albenses  seu  Vivarienses  episcopi,  ce.  314  &  seq. 
Albenses  episcopi.    Vide  AUXONIUS,  JANOARIUS, 

MASPITIANUS,  MELANUS,  SEPTIMIUS. 
ALBERICUS,  elericus  notarius,  e.  209. 
ALBIA,  ALBIGAE,  civitas  j  Albi,  ce.  7,282,  356, 

400. 
Albiensis  pagus  ;  Albigeois^  c.  66. 
Albienses  episcopi.  Vide  ADOLENUS,  DIDO. 
Albienses  comités.  T/VcREGIMUNDUS,  ULFARIUS. 
Albinianum,  villare  in  pago  Bisuldunensi,  c.  224. 
AlbiniAnus,  villa   in    comitatii   Biterrensi,  c.  228; 

Saint-Etienne  d'Albagnan  (^Hérault),  arrond.  de 

Saint-Pons. 
ALBINUS,  c.  418. 

ALDANA,  mater  comitis  Willelmi,  c.  65. 
ALDANA,  uxor  Pétri,  c.  332. 
ALDEFONSUS.  Vide  ADEFONSUS. 
ALDEMARUS  elericus,  c.  84. 
Alderii  villa,  in   pago  Carcassensi,  Vide  Aodarii 

VILLA. 

ALDRICUS  cancellarius,  e.  i65. 

ALEDRANS  ambaseiator,  s.  282. 

ALGIBERTUS,  vieedominus  Narbonensis,  c.   134. 

ALIARDUO,  e.  210. 

AliARIum,  villare  in  pago  Bisuldunensi,  e.  3o2. 

Aliberga,  mons  in  Rossilionensi,  c.  365. 

ALICINIUS,  c.  419. 

ALIDULFUS,  c.  400. 

Allô,  mons  in  Bisuldunensi,  c.  368. 

Altc\piAe,  curtis  in  Rutenensi,  c.  3225  Saint-Jean 
d'Alcapies  i^Aveyron),  arr.   de  Saint-Affriquc. 

Altusmons,  villa  in  pago  Tolosano  ;   e.  44;  Mon- 
tant, arr.    de  Muret  (^Haute-Garonne) . 

AMALARICUS  aut  AMALERICUS   rex   Gothoru» 
ce.    14,   17. 

AMALBERTUS,  e.  21  5. 

S.  AMANDUS,  abbas  Moysiacensis,  c.  248. 


429 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


43o 


AMANDUS,  dux  Vasconiae,  c,  262. 

AMANTIA  uxor   Sereni,  Aquitaniae  ducis,  c.  26.'). 

AMANTIANICUM,  colonia  in  pago  Magalonensi, 

c.    252. 

AMANTIUS   presbyter,  c.  337. 

AMARIOLAE,  villare  in  pago  Fenuletensi,  c.  216. 

AMARVANUS  Caesaraiigiistanus,  dux  Sarracenus, 

c.  261 , 
AMATUS,  Cnrpentoratlnensis  episcopus,  c,  5j, 
Amdiane.nsis  vallis  in  pago  Arvernensi,  c.   147. 
AMBISA  aut   ANNUKIZA,    rex   Sarracenoriim , 

ce.  4,  25. 
Amdlwa,  locus  {Amblef,  L'imhourg),  c.  4. 
Ameliaoum,  villa   in  Vivariensi,  c,  415. 
AMELIUS,  episcopus  Uceciensis,  c.   145. 
AMENARDUS,   filius  Gilimiri ,  Nemausensis  vicc- 

dominus,  c.  29. 
Amfinianum,  villa   in  pago  Tolosano,  c.  43. 
AMICUS,  Magalonensis  episcopus,  c.  55. 
AMORIBINAILET,  dux  Sarracenorum,  c.  6. 
ANA,  abbas  Sancti  Hilarii,  c.  255. 
AwKiENSis  pagus,  c.  3 18. 
Anaja,  villa,  c.  70. 

ANASTASIUS,  abbas  Conchensis,  c.   147. 
Ancheranum,  villare  in   pago  Narbonensi,  c.  282. 
Andecwum,  palatium  regium;  Angers,  c.   121. 
Andorra,    vallis    &    villa    in    pago    Orgellitano, 

c.  218. 
AndorrensiS  pagus,  c.  3i7;  Pays  d'Andorre. 
Anuusianensis  castri    suburbium,  c.  72;   territoire 

d'Andu^e  (^Gard), 
Anforauiae,  villa   in    pngo   Minerbensi,   ce.    3oi, 

36o. 
ANGARIUS,  cornes,  c.  342. 
ANGERA,  e.  21. 
Anges,  c.  21. 

ANGEVALDUS,  judex  dominicus,  e.  187. 
Anglaris,  villa,  c.  70. 
Angora,  c.  21 . 
ANGOSA,  c.  21. 
A.MANENSis  (S.   Salvator),  monasterium   in  pago 

Magdalonensi,  ce.  9,  1 1 ,  27,  53,  61,  72,  75,  82, 

84,  85,  88,  89,  ICI,  io3,   ii3,   124,   129,   i3o, 

i36,   139,   141,   144,   174,    189,  200,  201,  209, 

291 ,  393. 
Amanenses  abbates.    Vide  ARNULFUS,  BENEDIC- 

TUS,  ELIAS,  ERMENALDUS,  GEORGIUS,  SENE- 

GILDUS,  TRUCTESINDUS,  ZMARAGDUS. 
Amanum  fluvius,  c.  75j  l'Anian,  rivière. 
S.  ANIANUS,  confessor,  ce.  160,  233. 
ANIANUS,  abbas  Caunensis,  ce.  57,   58,   64,   73, 

258. 
Anicianuai,  villa    in    Narbonensi,   c.    48;    Nissan 

[Hérault),  arr.  de  Béliers  (?). 
ANNA,  neptis    Beranae   comitis,   filia   Alarici    &. 

Rotrudis,  ce.  346,  384. 
ANNO,  abbas  Caunensis,  c.  75. 
ANNUBIZA.  Vide  AMBISA. 
Anomatis,  in  Vivariensi,  c.  418. 
ANSCHARIUS,  presbyter,  notarius,  c.  255. 


ANSEBRANDUS,  diaconus,  c.  57. 

ANSELMUS,  cornes  palatii,  c.  8. 

ANSEIMUNDUS,  gotus,  c.  7.  Vide  MISEMUNDUS. 

ANTHERIUS,  patricius  provinciarum,  c.  419. 

A.NTHORA,  villa,  c.  70. 

Anticiacum,  villa  in  pago  Arvernensi,  c.  147. 

Antoma,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 

ANTONIUS,  vieecomes  Biterrensis,  c.  261. 

APOLLONIUS,  cornes  Agathensis,  c.  278,  279,  869. 

APRIMICULUS,  pater  Agini,  c.  421. 

APROLINUS,   judex,  c.  287. 

AQUAE.  Vide  AQUISGRANUM. 

Aquaviva,  villa   in  pago  Narbonensi,  c.   48;  A'i~ 

gucsvives  [Aude),  arr.  de  Narhonne, 
Aquwiva,  villula  in  pago  Substantionensi,  c.  279; 

Lésignan  de  la  Cébc  [Thomas,  Dict,  topogr.). 
Aquisgranum,  Aqcae,  palatium  regium,  ce.  12,  60, 

62,  74,   87,   89,  90,  91,  93,   96,   98,    100,  loi, 

102,   104,  io5,  107,   109, .111,   112,  ii5,   117, 

125,   126,   128,   i3o,   ]3f,    140,  143,   146,   154, 

181,  184,  194,  201,  2o5  ;  Sanetae  Marias  ecde- 

sia  in  Aquisgrano,  c.  187. 
AQUITANI,  ce.  3,  2  5. 
Aquitania,  ce.  5,  9,   10,  97,   ii3,   139,  200,  243, 

262. 
AquitAiMA  secunda,  provincia,  c.  37. 
AQUITANICA  regio,  c.    147. 
Aquitanica  vallis,   in   pago  Carcassensi,   ce.    i33, 

'99;  ^"^  ^'^  Daigne. 
ARASOLARIUS,  judex,  e.  57. 

Araur  vel  Arauris,  ce.  61,  86,  202,  291  ;  l'Hérault. 
ARAUSICUS  comitatus,  e.  396. 
Ar\usione  vel  Arausio.n'EiNSis  pagus,  ce.  142,  2o3, 

292;  /"lyi  d'Orange. 
ARBERTUS  sive  AIRBERTUS,  frater  Oddonis  co- 

mitis  Tolosani,  ce.  408,  409. 
Arbuscellum,  villa    in  comitatu   Redensi,  c.  362, 

Arbussols  [Pyrénées-Orientales),    arr,   de   Pradcs. 
ARCADIUS,  imperator,  c.  16. 
Arcaiatis,  paludes  in  Vivariensi,  e.  419. 
ARCHIBALDUS,  notarius,  c.  187. 
Arcuelles,  villa  in  suburbio  Nemausensi,  c.  76. 
Ardin.W  vel  Ardena  silva,  c.  4;  les  Ardcnnes. 
ARDO  ZMARAGDUS,  monachus  Anianensis,  c.  10. 
ARDULPHUS,  episcopus  Vivariensis,  c.  417. 
Arega,  fluvius,  c.  356  ;  l'Ariége. 
Arelate,  Arelatum  sive  Constantina  civitas,  ce.  5, 

17,   36,   142,  i5i,  292;  Arles. 

—  S.  Andreae  ecelesia ,  in  suburbio  urbis  Arela- 
tensis,  c.  148;  insula  suburbana  in  civitate  Are- 
lato,  c.  171;  S.  Vincentii  ecelesia,  in  suburbio 
urbis  Arelatensis,  e.   148. 

ARELATENSIS  episeopatus,  c.  i52. 
Arelatensis  pagus,   ce.    142,   148,    i52,   171,  2o3, 
262,  292,  416. 

—  provincia,  ce.  5.  6. 

Arenaria  superna ,  villa    in   pago    Nemausensi, 

c.  77  j  Arenas  [Gard). 
Arenas  (S.  Joannes  de),  ecelesia  in  pago  Ruthe- 

nico,  e.   122. 


43 1 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


402 


ARGEFRIDUS,  jiidex,  ce.  355,  370 
ARGEIMADUS,  jndex,  c.  3o6. 
ARGEMIRUS,  episcopiis  Magaloneiisis,  c.    126. 
Argentariae  vel  Arcentaria,  insula  in  Rhodano, 
ce.  3fj5,  42OJ   l'île  d'Argentière. 

Argentea  ager,  in   pago  Arelatensi,  ce.   149,   i53; 

terroir  d'Argence. 
Argentedublum,     Argentodublls  ,    Argentumdu- 

PLUM,    DUl'RUM,    DUPLEX,    rivilS,   CC.    67,    123,    I  36, 

258,  289,  353  ;    l'Argeiitdouble, 
ARGIBADUS,  arclupresbiter  Gerundensis,  e.  411. 
ARGILA,  filius  Berani  comitis,  e.  259. 
ARGIMIRUS,  diaconus,  c.  83. 
ARIACAS,  cornes,  c  114. 
Ariagos,  lociis  in  pago  Rutenico,  c.  406. 
Abiani,  e.  38. 

ARIAS,  vassus  dominicus,  c  195. 
ARIFREDUS,  judex,  c.  382. 
ARIMUNDUS,  Ucecicensis  episcopus,  c.   55. 
ARLUINUS,  eausilicus  Danielis,  archiepiscopi  Nar- 

bonensis,  c.  47. 
AuMACiANicus ,  villa   in   pago   Nemausensi,   c.  765 

Aimargues  (Gard),  arr.  de  Nimes. 

ARMAFREDUS,  abbas  Conchensis,  c.   147. 
Armarium,  curtis  in  Rutenensi,  c.  322. 
ARNAL  DE  SAGA,  c.  423, 
ARNALDUS,  cornes  Biterrensis,  c.   144. 
ARNALDUS,  cornes  palatii,  c.   122. 
ARNALDUS,  nota  ri  us,  c.  i  i  1 . 
ARNINGUS,  judex,  c.  341. 
ARNULFUS,  abbas  Anianensis,  ce.  291,  293. 
AROALDUS,  pater  Aliardiii,  c.  210. 
Arriana  haeresis,  ce.  i  5,  18. 
Arrianum,  locus  in  pago  Elenensi,  c.  297. 
ARRICHO,  episcopus  Tolosanus,  c.  56. 
ARRICHO,  cancellarius  &  presbyter,  c.  57. 
ARRIUS  &  AYXOMUS,  Hispani  fugitivi,  c.  221. 
ARSINDA,  mater  Berteiz  comitissae,  c.  406. 
ARTALAGARIUS,  cornes,  marchio  V'asconiae, 

c.  261 . 
ARTALDUS,  vassus  dominicus,  c.  287. 
ARTALGARIUS  cornes,  filius  Hatthonis,  ducis 

Aquitaniae,  c.  262. 
Artigas,  villa  in  Bisuldunensi,  c.  412. 
Abulense  vel  In  Arulas  (S.  Petrus,  monasterium), 

ce.  i32,  224,  247,  348,  'i-jZ  -,  Arles,  en  Roussillon. 

Abulenses  abbates.  Fide  BABILANUS,  CASTELLA- 

NUS,  DOMNULUS,  HILPERICUS. 
Arvernensis,  Arvermatensis,  Arvep.nicus,  pagus, 

ce.  120,  147,  I  56,  182,  391,  418. 
Arvernensis  comes.  Vide  ICTERIUS. 
AsENARiUM,  villare  in  pago  Ausonensi,  c.  3o2. 
AsiLiANUM  superi  us,  villa  in  territorio  Narbonensi, 

c.  398;  Avilie  (^Aude),  arr,  de  Carcassonne. 
AsiLiENSis  (S.   Stephanus),   monasterium,   c.    119; 

le  Mas-d'A^il. 
AsiLiENSiS  abbas.   Fide  ASNARIUS. 
ASlNARItiS,  Vicujuliensis  episcopus,  c.  57. 
ASINARIUS  comes,  pater  Manae  comitissae,  c.  263. 


ASINARIUS,  vicecomes  Lupiniacensis  8t  Solensis, 

c.  261 . 
ASNARIUS,  abbas  Asiliensis,  c.  119. 
ASPASIA,  c.  418. 
AspiRiANUs,  villa   in  comitatu   Biterrensi,  c.   228  j 

Aspiran  (Hérault^  arr.  de  Lodève. 

ASSOGRADUM,    SoGRADUM,  SOGRADUS,   locuS    8c  cellllla 

in   pago  Magdalonensi,  ce.  61  >  202,  291  ;    Sau~ 

gras  [Hérault),  arr.  de  Montpellier. 
AsTEAiON,  Ellerona  urbls  episcopus,  e.  42. 
ASTERIUS,  archidiaconus  Catureensis,  c.  52. 
AsTt'RES,  populus,  ce.   19,  20. 
ASTURICA  regio,  c.    16. 
Atacil'S.  Vide  Atax. 
ATANARICUS  aut  ATTANARICUS,  rex  Gothorum, 

ce.  i3,  i5. 
ATAULFUS,  rex  Gothorum,  ce.  i3,  \6. 
Atax,  Atacius,  flumen,  ce.  91,  207,  256;  l'Aude, 
ATHANAGILDUS,  rex  Gothorum,  ce.    14,  18. 
ATHANASIUS,    id    est    ANASTASIUS,     imperator, 

c.    17. 
ATHO,  comes  Pallia rensis,  c.  261. 
ATILA,  ATTILA,  monachus  Exalatensis,  ce.  296, 

365. 
ATILIUS,  presbyter,  c.  85. 
ATILIUS  RODALDI,  c.  275. 
Atiniacum  vel  Atti  N  i  aci;ai,  palatium  regium, 

ce.   277,  3o2,  3 10,  3  12,  314,  36o;  Attigny  (^Ar- 

dennes),  arr,  de  Vou'^iers. 
ATO,  c.  355. 
ATO,  filius  Arion,  e.  221. 
ATO,  sacerdos,  c.  378. 
Atravatum,    in    monasterio    S.   Vedasti ,   c.    218; 

Arras,  au  monastère  de  Saint-Vast, 
ATROARIUS,  judex,  c.  118. 
ATTALA,  abbas  Crassensis,  ce.  91,  96. 
ATTILA.  Vide  ATILA. 
ATTILIUS,  abbas  Cellae  Fragilii,  c.  262. 
ATTO,  e.  354. 
AUDACHER   vel  AUDACTER,   nota  ri  us,   ce.    3oo, 

093,  398. 
AUDDESINDUS   vel  AUDESINDUS    episcopus    Ele- 

nensis,  ce.  319,  337,  352,  365,  382. 
AUDESINDUS,  presbyter,  e.  83. 
AuGUSTUDU^UM  civitas,  c.  4;  Autun. 
AULA,  uxpr  S.  Firmini,  c.  415. 
S.  AULUS,  episcopus  Vivariensis,  ce.  415,  420. 
AuRARiA,  villa,  e.  202. 
AuRARiA,  alpes   in   pago    Nemausensi,   e.  29 ij   les 

Aurières. 
Aur.ExciANtiM,  villa  in  pago  Carcassensi,  c.  36i. 
AUREOLUS,  fidelis   régis,  e.  314. 
AusciuM  (S.  Orientii  ecclesia  apud),  c.  22. 
AusciENSiS  pagus,  c   114;  Pays  d'Auch. 
AusoNA  castrum,  e.   i65. 
AisoNENSis  comitatus,  c.  41  i. 

—  pagus,  c,  3o2. 

—  parrochia,  c.  55. 

AusoNENSis  vicaria,  c,  362  ;  vlguerle  d'Al^onne^  en 
Carcasses, 


433 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


434 


AtsoR,  locus  in  pago  Gerundensi,  c.  3i5. 

AUSTENNUS,  vicedominus,  c.   195, 

AUSTINDUS,  archieplscopus  Ausciensis,  c.  22. 

AUSTORICUS,  c.  274. 

AuSTRiA,  ce.  4,  6;  Austrasie. 

AUSTRIMIRUS,  c.  253. 

AUTARIUS,  sacerdos,  c.  257. 

AUTBERTUS,  Antipolitamis  episcopiis,  c.  '>■/. 

AUTSCINDANA ,    abbatissa    monasterii     ciijusdam 

prope  Andusiam   castrum  ,  c.  72. 
AUVALDUS,  c.  382. 
AUXONIUS,  episcopus  Albensis,  c.  415. 
AVA,  uxor  Olibane,  c.  344. 
AvAKi,  AvuARi,  ce.  9,  27;  les  Avares. 
AvARio,  fliivius,  ce.  46,  5r  ;  l'Avcyron,  rivière. 
AvEMONENSis  pagiis,  cc.  I  29,  142,  2o3,  292. 
AviMO  civitas,  c.  6  ;  Avignon. 
AWARNUS,  episcopus  Catuicensis,  c.  5o. 
AYFREDUS,  cornes  Redensis,  e.  372. 
AYMERICUS,  archidiacoiius  Lemovicensis,  c.  424. 
AYMO,  HEIMO,  abbas  Magnilocensis,  cc.  120,  r82. 
AYRALDUS,    HEIRADUS,   Magnilocensis    abbas, 

cc.  272,  391 . 


B 


BABILA,  mandatarius  Arulensls  abbatis,  c.  378. 
BABILANUS,  abbas  Arulensis,  c.  177. 
Baciiolardarium  ,  villa   in    Bisuldunensi,  c.  412. 
Bagnilës,  locus  in  valle  Asperi,  c.  178. 
Baiae,  Baia.vuai,  villa    in   Narbonensi,  cc.  48,  70, 

259;  Bages  (^Aude),  arr.  de  Narbonne. 
Balao,  locus  in  territorio  Narbonensi,  c.  354. 
Baldara,  locus  in  pago  Rutenieo,  c.  376. 
BALESINDA,  foemina,  c.  289. 
Balicra,  flumen,  c.  261. 
Balma,  villa re,  e.  69. 
BALSAMUS,  nota  ri  us,  c.  214. 
Balta,  villaris  in  suburbio  Elenensi,  in  Confluenti, 

c.  3oi . 

BarCINO.VA,   BarCHINONA,   BAKCILOiNA,  CC.   4,    12,    16, 

17,  2r,  20,   MO,   169,  243  j  Barcelone. 
Barchinonensis  comitatus,  c.  243. 
—  pagus,  c.  60. 

Bauchikonensis  marchio.  Vide  BERNARDUS. 
Barciamcae,  villa  in  pago  Biterrensi,  c.  21 5. 
BARNARIUS,  levita,  c.  373. 
BARO,  subdiaconus,  cc.  296,  365. 

BARTHOLOMAEUS ,   archiepiscopus  Narbonensis, 
c.  26  I  . 

BARTHOLOMEUS,  nota  ri  us,  cc.  64,  293. 

Bartiniacus,  villa  in  pago  Arelatensi,  c.  171. 

Basara,  fiscus  in  pngo  Carcassensi,  c.  36 1 . 

Bascani,  populus,  c.  9;  les  Basques. 

Basciiara,  villa,  c.  118. 

Basile,  villa  in   pago  Tolosano,  c.  44. 

Bassegotl-s,  mens  in  Bisuldunensi,  c.  368. 


Bavariae   flumen,    c.  420;    la    Bcrre ,   affluent    du 

Rhône. 
Bax'Anus,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
Beciate,  in  Vivariensi,  c.  416;  Bessas  [Ardcche), 

arr.  de  Largcntlere. 
BECO,  judex,  c.  332. 
BEDA,  monachus  Anianensis,  c.  10. 
Beuere.nsis,  Beterensis  pagus.   Vide  BlTERE^SlS. 
Begma,  flumen,  c.  416;  la  Beaume,  rivière. 
BEGO,  presbyter,  c.    147. 

BEGO,  vicecomes  in  Rutenensi,  cc.  33 1,  34r. 
Bellacella,  cella  in  pago  Albicnsi,  c.  124. 
Belmlocensis   (S.  Petrus),  monasterium,    cc.  36S, 

381,404,408,424;  Beaulleu. 
Bellilocenses  abbates.  Vide  GAIRULFUS,  P. 
Bellilocensis  prior.  Vide  W. 
Bellilocensis  sacrista.  Vide  Ebalus. 
BELLO,  comes  Carcassensis,  c.  208. 
Bellum,  in  Vivariensi,  c.  420. 
BELLUS,  c.  417. 

BELLUS,  presbyter,  cc.  338,  341. 
Benearnensis  comitatus,  c.  265;  le  Bcarn. 
BENEDICTUS,  archiepiscopus,  c.   172. 
BENEDICTUS  VITICHE  aut  WITIZA,  abbas  Ania- 
nensis, cc.  9,  10,  11,12,  27,  52,  61 ,  67,  72,  75, 
84,  85,  88,  89,  101,  io3,  I  i3;  quondam  abbas 
Anianensis,  cc.  124,  137,   144,  200. 
BENEDICTUS,  abbas  Juncellensis,  c.  2o5. 
BENEDICTUS,  filius  Raimundi  comitis  Tolosani, 

c.  406;  abbas  Vabrensis,  358. 
BENEDICTUS,  judex,  c.  i85. 
BENEDICTUS,  ministerialis,  c.  122. 
BENEDICTUS,  servus,  c.  I23, 

BENEDICTUS  RAMNULFUS,  comes  palatii,  c.  r22. 
BENJAMIN,  comes  palatii,  c.  122. 
BERA,  comes  in  Septimania,  cc.  73,   186. 
BERA,  filius  Guillelmi  comitis,  comes   Redensis 
cc.  79,  259,  347. 

BERA,  filius   Argillae,  comes   Redensis,   cc.  259, 

271. 
BERA,  pater  Mironis,  c.  390. 
BERA,  judex,  cc.   173,  341,  346,  873. 
BERARIUS,    BERHARIUS,  Narbonensis   archiepi- 
scopus, cc.  207,  261. 
BERENGARIUS,  episcopus,  c.   172. 
BERENGARIUS,   comes  Tolosanus  &   Vellavensis, 
cc.   123,  154,  i55,   177;  quondam  comes,  cc.   i83, 
270. 
Bergitane.n'Sis  pagus,  c.  3  18;  Pays  de  Berga. 
Bergundia.  Vide  Burgundia. 
BERGUSMONS,  c.  417;  Mont  de  Berc. 
BERICUS,  judex,  c.   195. 
Bernaclm,    villa    in    comitatu    Redensi  ,   c.  362, 

Brenac  (^Aude),  arr.  de  Llmoux. 
BERNARDUS,  abbas  Vabrensis,  cc.  876,  406. 
BERNARDUS,  filius  Willelmi    comitis,  c.  65;   co- 
mes Tolosanus  8c  Barcinonensis,  cc.  289,  25i. 
BERNARDUS,  filius    Raimundi   comitis  Tolosani, 
c.  33o;   comes   &   marchio  Tolosanus,  cc.  339; 
355,  357,  363,  376,  406,  409. 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPFllCUS. 


435 

BERNARDUS,  cornes,  missiis  imperatoris  in  Septi- 

iTinnia,  c.  254. 
BERNARDUS  CERMENIS,  cornes  palatii,  c.  iiz. 
BERNARDUS,  c.  413. 
BERNARTHUS,  cornes  Vasconiae,  c.  261. 
BERNO,  Tolosanus  episcopus,  c.  407, 
BERNOINUS,  episcopus  Vivariensis,  c,  337. 
Beura,  flumen,  c.  6j  Za  Berre,  rivière. 
BERTA,  regina,  tixor  Pipini,  c.  7. 
BERTALAIGUS  coin  es,  c.  46. 

BERTANA,  soror  Willelmi  comitis  Tolosae,  c.  65. 
BERTEIZ,  BERTEYZ,  comitissa  Tolosana,  ce.  329, 

339,  4o5. 
BERTHA,  uxor  Ebonis,  c.  417. 
Bkrthomates,  locus  in  pago  Nemausensi,  c.  73. 
BERTINUS,  cornes  palatii,  c.   122. 
BERTRANNUS,  nepos  Willelmi  comitis,  c.  65. 
BERTRANDUS,  abbas  Suricinensis,  c.  i  14. 
BERTRANDUS,  frater  Boggisi  ducis,  c.  262. 
BERTRANDUS,  dominicus  vassus,  c.    147. 
Besingus,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  43. 
BessiAco  (S.   Martiniis  in),  c.  418;    Saint-Martin 

de  Bessiac  [Ardhche^. 

BESTILA,  foemina,  c.  174. 

BeTERRAE.  Vide   BlTERRAE. 

BETFREDUS,  cornes  palatii,  c.  122. 
Beïianus,  villa  in  pago  Ruthenico,  ce.  329,  339. 
BETICA,  c.  16. 

BETO,  Caturcinae  urbis  episcopus,  c.  42. 
BiARCiUAi,  locus  in   pago  Ruthenico,  c.  329. 
BiCHiLiBis,  vallis  in  Bisuldunensi,  c.  367. 
BroEGISUS,  sajo,  c.  287. 
BiGORRiTANUS  comitatus,  C  265;  le  Bigarre, 
BisiLLUNE.NSis  vel  BisuLDUNEMSis  comitatus,  ce.  367, 
385,  41  ij  le  Bé^audun. 

—  pagus,  ce.  224,  3oi,  342,  348. 

—  territorium,  e.   118. 

BlTERRAE,  Beterrae,   civitas ,    ce.  7,  21,  25,  110; 
Bé^^iers. 

BiTEi\E.\Sis  comitatus,  c.  228. 

BlTTERENSlS,   BeDERENSIS,    BeTERENSIS  p<igUS,   CC.   56, 

71,  84,  86,  141,  174,    176,  201,  2o5,   210,  291; 

le  Biterrois. 
BiTTEREiN,SE,  territorium,  ce.  21  5,  356. 
BITERENSIS  episcopus.   Vide  VULFEGARIUS, 
BiTERENSis  cornes.  Vide  ARNALDUS. 
BiTTERENSiS  vicecomes.  Vide  ANTONIUS. 
BiTORANDA,  silva  in  Narbonensi,  c.  32i. 
Blandamiscum,  villa  in  Vivariensi,  c.  415. 
Blizentia,  villa  in  pago  Ausciensi,  c.  114. 
BOBO,  c.  418. 

BODO,  abbas  Calmiliensis,  c.  270. 
BODO,  cornes  palatii,  c.   122. 
BoGESiA,  fluvius  in  Hispania,  c.  241. 
BOGGISUS,  dux  Aquitaniae,  c.  262. 
BoLTNiACUM,   villa    in    pago   Carcassensi ,  e.    3oij 

Bouillonac  (^Jude),  arr.  de  Carcassonne. 
BONALDUS,  abbas  Crudatensis,  c.   116. 


436 


BoNAVALLiS,  inonasterium,  c.  275;  Bonneval,  dans 

le  diocèse  de  Toulouse. 
BoNAVALLENSis  abbas.  Vide  VUITTARDUS. 
BONAVITA,  judex,  c.  47. 
BONESINDUS,  abbas  S.-Tiberii,  c.  355. 
BONITUS,  Valentinensis  episcopus,  c.  57. 
BONUS,  presbyter,  c.  83. 

BoRRACiANUs,  viUa  in  pago  Gerundensi,  c.  118. 
BORRELLUS,  pater  Sunicfredi,  fidelis  imperatoris, 

c.  173. 

BOSO,  dux  Provinciae,  c.  095. 

BOSO,  scriptor,  c.  5o. 

BOSOLENUS,  Lactoriensis  episcopus,  c.  42. 

BoTERA  in  Vivariensi,  c.  419;  Boutières  (Ardèche). 

BoTERicus  in  Vivariensi,  c.  419. 

Braccara,  urbs,  c.    17. 

BRAIDINGUS,  c.  75. 

Brandatis  in  Vivariensi,  c.  418. 

Brivatensis  vieus  &  «omitatus,  c.  104, 

Brivatènsi  (S.  Julianus),  ecclesia,  c.  i52. 

Brivatensis  abbas.  Vide  FERREOLUS. 

Brivatenses  canonicl,  c.  i55. 

Brugaria,  villa  in  Ruthenico,  c.  339. 

Brunaute,  villa,  c.  69. 

Bruscensis   vicaria,    c.    406;    vigueric   de  Brusque 

(Aveyron),  arr.  de  Saint-Affrique. 
BuACANUM,  villa  in  Elenensi,  c.  385. 
BuciAcuM,  rivulus,  c.  i32. 

BuciAGUM,    villa    in    Ruthenico,   c.    340;   Boussac 
(Aveyron'),  arr,  de  Rode^. 

BucoNiANUM,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
BURCHARDUS,  dux,  c.  266. 
BURCUS,  judex  in  Ucessia,  c.  29. 
BuRDiGALiS,  civitas,  c.  5;  Bordeaux, 
BuRGOGiATA  superior,  in  Vivariensi,  c.  420;   Ber- 
goïata-le-Haut  [Ardèche), 

BURGUNDIA,   BeRGUNDIA,   CC.    6,   39,   416. 
BURGUNDIONES,   C.    6. 

Bdrnacello  (ecclesia  de),  in  pago  Ruthenico,  c  i  20. 
BusA,  c.  21 . 

Buscariolae,  villare  in  pago  Bisuldunensi,  c.  224. 
BuxA,  villa  in  comitatu  Redensi,  c.  362. 
BuxiMACUs,  villa  in  Carcassensi,  c.  397, 
BuxOGiLUS,  villa  in  pago  Arvernico,  e.   i83, 
BuxoLiiS,  villare  in  pago  Redense,  c.  256. 
Bizi.NAOUM,  villa    in  pago   Petrapertusensi,  c.  218. 


C 


Cabanes,  villa  in  pago  Elenensi,  c.  295;  les  Ca- 
banes {  Pyrénées-Orientales)^  arr.  de  Millas,  comm. 
de  Corbère. 

Cabarde.n'SE  territorium,  c.  36  1  ;  le  Cabarde^. 

Cabus  MO.NS,  villa  in  pago  Narbonensi ,  c.  277; 
Caumont,  château  près  Lé^^ignan  (Aude). 

Cacerdis,  locus  in  Vivariensi,  c.  419. 

Cadurcensis,  Caturcimjs  pagus,  ce.  5i,  248,262. 


437 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


438 


Caesaraugusta,  civitas,  ce.  8,  17;  Saragosse. 
Cagium,  villa  in  Ruthenlco,  c.  340. 
Cagnanum,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
Cairanct  (S.  JuLiANUS  de),  ecclesia  in  pago  Riithe- 

nico,  c.  I 22. 
Calau,  villa  in  comitatu  Redensi.  Vide  Callavum. 
CALBUS,  jiidex,  c.  118. 

Calcicusteli.um,  villa  in  Narbonensi,  c.  Szi. 
Caligiacum,  locus  in  Vivariensi,  c.  418. 
Callavum,  Calau,  villa  in  pago  Narbonensi  vel  in 

comitatu   Redensi,  ce.  48,  362;  Cail/iau  (^Aude), 

arr,  de  Limoux. 
Calme,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  40. 
Calmes,  villa,  c.  69. 
Calmidios,  villa,  c.  69. 
Calimilius,   villa    in    Ruthenico,    c.    SSp;    Sa'int- 

Chaffre. 
Calmilius,  monasteriinn,  ce.  269,  386,  383  ;  Sa'int- 

Chaffre. 
Calmilienses  abbates.   Vide   BODO,  GALTERIUS, 

ROSTAGNUS. 
Calvanianicus,  villa   in   pago  Nemausensi,  c.  yyj 

Calyairargues  (^Hérault). 
Calvates,  villa,  e.  69. 
Camdvrensis,  CoMBARENSiS,  vicaria    in  Ruthenico, 

ce.  339,  406  ;  yiguerie  de  Camarès  [Aveyron),  arr. 

de  Sa'tnt-Affri<jue . 

Cambulium,  loeus  in  pago  Rutenico,  c.  406. 

Cameracum  ,  locûs  in  pago  Lemovicino,  c.  404; 
Chameyrac  (^Corrè'^e),  arr,  de  Tulle, 

Campaniacum,  villa,  c.  69. 

Campilianum,  villa  in  pago  Helenensi,  c.  388. 
Campus-Hiacus,  ecclesia  in  pago  Rutenico,  e.  128; 
Camjac  (^Aveyron),  arr.  de  Rode^. 

Campus  Lapideus,  locus  in  pago  Arelatensi,  ce.  149, 
i53,  171. 

Campus  publicus,  villa  in  pago  Arelatensi,  ce.  i5i, 
i53,  171. 

Canabellas,  Canavellas,  villa  in  pago  Russilio- 
nensi,  ce.  346,  365,  374;  Canaveilles  {Pyrénées- 
Orientales),  arr.  de  P rades, 

Canana,  cella   in  pago  Narbonensi,  sita  super  lit- 
tore  maris,  c.  23o. 
Canavarrum  in  Vivariensi,  c.  4175  Chanavari  {Ar- 

dèche). 
CANDIDUS,  diaconus  notarius,  c.  167. 
Canedl'm,  villa  in  Narbonensi,  e.  48  ;  Canct  (Aude), 

arr.  de  Narhonne, 
Caninicus   in  Vivariensi,  c.  419. 
Cannoiias,  locus  in  pago  Narbonensi,  c.  3oi. 
Canovia  lonca,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
Cant  (S.  Joannes  de),  ecclesia  in  pago  Ruthenico, 

c.   122. 
Cantabkia,  ce.  19,  20. 
Cantenesac  (S.   Stephanus  de),   ecclesia    in    pago 

Ruthenico,  e.   1  22. 
Capestagnum,  Caputstanium  sive  Peganum,  locus 

in    pngo    Narbonensi,    ce.    7.5,    332j     Capestang 

(Aude),  arr.  de  Narbonne. 
CapkauiEiNSB  subiirbium,  c.  356. 


Capudspina,  Caputspina  (S.  Petrus  de),  cclla  in 
pago  Narbonensi,  ce.  91 ,  207,301,359}  Cabres- 
pine  (^Aude),  arr,  de  Carcassonne. 

Carajacum,  villa  in  pago  Magdalonensi,  ce.  2o3, 
291  ;  Caraussane,  comm.  de  Cette.  (Thomas,  D.ic- 
tionnaire  topographi(]uc  de  l'Hérault.) 

Carbonacum,  palatium  regium,  e.  144. 

Carcasises,  Carcasinse,  Carcassensis,  Carcasso- 
ne\sis,Carciiasensis,  Ciiarcasensis  pagus,cc.9i, 
107,  i33,  i5j,  164,  167,  207,  234,  253,  255^ 
259,  3oi,  359,  36i,  390. 

Carcasensis  comitatus,  ce.  898,  399, 

—  confînium,  c.  897. 

—  territorium,  ce.  191,   199,  289,   299,  332,  343, 
CARCASSONA,   CARCASONA,   ce.   4,    10,   21,    z5, 

I  1  G  j  Carcassonne. 
Carcassonenses  episcopi.    Fide  HILARIUS,  HISCI- 

PIO. 
Carcassonenses  comités.  Flde  BELLO,  GISCAFRE- 

DUS,  OLIBA   I    &  OLIBA  II. 
Carcassonensis  comitissa.  Fide  RICHILDIS. 
Carcassonensis  vicecomes.  Fide  FREDARIUS. 
Carceris,  cella  in  pago  Imporitanensi,  e.  3i3. 
Cardetum,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  196. 
Cardosensis  pagus,  c.  3 18. 
Carisaicum,  Carisiacum,  palatium  regium,  ce.  162, 

217,  263,  279,  290,  343,  591  ;  Kiersi. 
Carium-Farinazium,  locus  in  pago  Elenen$i,c.  337. 
CARLOMAN.  Fide  KARLOM ANNUS . 
CAROLUS,  CARULUS.  Fide  KAROLUS. 
CAROLUS,  rex  Franeorum,  c.  864. 
CAROLUS,  rex  Provinciae,  c.  336. 
Cartenac.um,  locus  in  pago  Rutenico,  e.  406;  Cur~ 

cenac-Peyralès  [Aveyron),  arr,  de  Rode^. 
Cartennacum  in  Vivariensi,  e.  416. 
Cartua,  civitas,  c.  20. 

Casa-Mauri,  cella  in  Cerasia  pago,  e.  348. 
Casa-Mauri,  villa   in  pago  Bisuldunensi,  c.  224. 
Casania,  villa    in    Ruthenico,  e.   339;    Cassagne- 

Courtaud  (^Aveyron),  arr.  de  Rode^. 
Casanova,  cellula  in  pago  Ucetico,  ce.  io3,  2o3, 

292;  Goudargues. 
Casolae,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
Casoles,  villaris  prope  Narbonam,  c.  3o5. 
Cassariae,  villa    in  Vivariensi ,   c.    4i5;   Chassicrs 

[Ardèche). 
Cassariense  monasterium,  c.  415. 
S.  CASSIUS,  confesser,  c.   182. 
Castaniarias,  villa    in  pago  Narbonensi,  c.  i63; 

Castans,  près  Cittou  (Aude),  arr.  de  Carcassonne. 
CASTELLANUS,  abbas  Arulensis,  ce.  i3i,  178,247, 

378. 
Castellares,  locus  in  Bisuldunensi,  c.  358. 

CaSTELLUM   MlLLlA,    C.    21. 

Castillio,  castrum  super  Dordoniam,  c.  25o;  Cas- 

tillon-sur-Dordogns  {Gironde). 
Castra,  Castriae,  loeus  in  pago  Ludovensi,  ce.  6(), 

141;  Castries  {Hérault),  arr.  de  Montpellier. 
Castrapastura,   locus  in  pago  Ludovensi,  c.  201; 

Saint-Martin  de   Castries,  hameaUj  commune  de 

La  Facquerie. 


4^9 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  CEOGRAPHICUS. 


440 


Castria,  lociis  in  Vivailensi,  c.  418. 
Castriae,  villare.  Vide  Castiïa. 
Castrum  Victoriaclm,  prope  Brivate,  c.   104. 
Cathomicum,  villa  in  pago  Ucetico,  c.  77. 
Catorcinos,  villare  in   pago  Narbonensi,  c.  3n. 
CATURCE^SIS  ecclesia,  c.  5o, 

Caturcenses  episcopi.  Vide  AWARNUS ,  BETO, 
WUILLELMUS. 

CaturcensiS  decanus.  Vide  ENGELBERTUS. 

Caturcensis  archidiaconus.  Vide  ASTERIUS. 

Caturcinus  pagiis.  Vide  Cadurcensis. 

Caucanensis  (S.  Martini's),  monasteriiim,  c.  190; 
Saint-Martin  de  Cauchene. 

Caucanenses  abbates.  Vide  DAVID,  TRACTORIUS. 

Cauchos,  villa  in  pago  Biterrensi,  c>  145  ;  Caux 
(^Hérault'),  arr.  de  Béliers. 

Caucinum,  locus  in  pago  Mngdalonensi,  ce.  61, 
202;  Causse  de  la  Selle  (^Hérault),  arr.  de  Mont- 
pellier. 

Caucolo^inus,  in  Vivariensi,  c.  416. 

CAUDEIANUS,  presbiter,  c.  387. 

CAUNA,  uxor  Misemiindi,  c.  26. 

Caunae,  villa  in  pago  Narbonensi,  ce.  48,  58,  09. 

—  ecclesia  S.  Genesii  in  villa,  c.  58;  Caunes 
[Aude^,  arr.  de  Carcassonne. 

Caunensis,  Chaunensis  sive  Lieras  (SS.  Petrus  8c 
Paulus),  monasteriinn,  ce.  57,  58,  75,  122,  i35, 
i63,  258,  287,  289,  341,  343,  353,  370,  386, 
398;  Saint-Pierre  de  Caunes. 

Caunensis  congregatio,  c.  217. 

Caunenses  abbates.  Vide  ANIANUS,  ANNO ,  DA- 
NIEL, DONADEUS,  EGICA,  GOxNDESALVIUS , 
HILDERICUS,  JOHANNES. 

Caxona,  in  Vivariensi,  c.  418. 

Causonekh,  in  Vivariensi,  c.  418. 

Céleris,  flumen,  c.  249;  le  Celé,  rivière. 

Celi.a,  villare,  c.  69. 

Cella-Vinaria  ,  villa  in  territorio  Narbonensi, 
e.  354. 

CELiiO-CARiiONiLES,  villare  in  pago  Narbonense, 
c>  100. 

f;ELTIBERIA,  c.   18. 

Censerada,  CeiNSERADus,  villa  in  comitatu  Narbo- 
nensi ,  ce.  222  ,  236  ;  Cesseras  [Hérault"),  arr.  de 
Saint-Pons. 

CivNTOPiMS,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 

«ENTULLUS,  abbas  S.  Polycarpi,  c.  253. 

<:ENTULLUS,  filius  Adalarici,  ducis  Vasconiaé, 
c.  264. 

CENTULUPUS,  filius  Lupi  Centiilli  ducis,  e.  265. 

CENTULL'S,  filius  Centulupi  Benearnensis  viceco- 
mitis,  c.  265. 

Cerajacum,    locus    in    pago    Agatensi.    Vide  Cara- 

JACUM. 

Cerasia,  Cerdania,  Cerdaniensis  pagus,  ce.  218, 

3  18,  348. 
Ceridania  marchia,  c.  365. 
Ceresius,  locus  in  pago  Bisuldunensi,  c.  224. 
Ceretum,  vicus    in   Rossilionensi ,   c.   344;    Céret 

(^Pyrénées-Orientales), 


Cerintianum,  villa  super  fluvium  Ataeem,  e.  257. 
Cermangis  (ecclesia  de),  in  pago  Rutenico,  c.  128. 
Cerrucium,   castrum   in    pago   Tolosano,   c.  270  j 

Castelsarrasin  (^Tarn-&-Garonne^, 
CESARION.  Vide  S.  TIBERIUS. 
Chalmes-Ellarias,  aicis  in  pago  Vellavensi,  c.  1  56. 
Charaisagum,  villa  in  pago  Arvernico,  c.   i56. 
Charcasen'Sis  pagus.  Vide  Carcassensis. 
CHAROLUS,  rex  Francorum.  Vide  KAROLUS. 
Chaunense,  monasterium.  Vide  Caunensis. 
Chavionensis  eonventus,  c.  240;  Assemblée  de  Cha- 

vignon. 

Cheiracencis  aicis,   c.   1 56  ;   terroir  de   Chirac  [Lo- 
zère). 
Cheralt,  castrum,  c.  421. 
CHILDEBERTUS,  rex  Francorum,  c.  17. 
CHILDERICUS,  rex  Francorum,  ce.  40,  42. 
CHILPERICUS,  rex,  c.  4, 
CHILRICO,  judex,  c.  i85. 

CHINDASVINTUS,  CHINDASVUINDUS,  rex  Gotho- 
rum,  ce,    14,   19. 

CHINTILA,  rex  Gotliorum,  ce.  14,  19. 
Christiam,  ce.  9,  27,  28,  127. 

CHRISTIANUS    episcopus,   missus   imperatorls, 
e.   m8. 

CHRISTIANUS,    CHRISTICONUS ,     episcopus    Nc- 
mausensis,  ce.  28,  29,  3o,  93, 

CiCEi,  CiCER,   fluvius,  ce.    io3,   2o3,   618  j    la  CèsCj, 
rivière. 

CicERNiAco  (S.  Salvator  de),  ecclesia  in  pago  Ru- 
tenico, p.  I 28. 

CiLiANL'M,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
Ci\ciANUM,  villa   in  pago  Biterrensi,  ce.  144,  202, 
291  ;  Cissan  (^Hérault). 

CIRELLA,  judex,  c.   118. 

CiRviANUM,  villa  in  pago  Ausonensi,  c.  3o2. 
CIXILIANUS,  vicedominus,  c.  64. 
CIXSILA,  judex  dominicus,  ce.   184,   186. 
CLAMELDESANA,  uxor  Soguesindi,  e.  75. 
Clamesitis,  Clamosus,  rivus,  ce.  91,   359;   ^^  ^^'^~ 
maux. 

Clariacum,  villa  in  pago  Carcassensi,  e.  36i. 
Clariacum,  villa  in  Vivariensi,  c.  415. 
Clausonna,  villa  in  pago  Arelatensi,  c.  171. 

ClAVI    HUNILTI,    C.    I  I  . 

CLHOTARIUS,  rex,  c.  4. 

CLODOVEUS  I,  rex  Francorum,  ce.   17,  38. 

Clunacum,  villa,  c.  214. 

Clusae,  villa  in  Russilionensi,  c.  247. 

CoGiACUM,  villa  in  Ruthenico,  c.  340. 

CoiROTUs  mons,  ce.  416,  417,  419;   le  Coiron   (^Ar- 

dèche). 
CoLLLM-JuvTNUM,  villa  in  Bisuldunensi,  c.  412. 
COLONIA  civitas,  c.  4;  Cologne. 
Coi.OMCAE,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
Colonzecates,  villa  in  pago  Magalonensi,  e.  252; 

Coulondres,  près  Saint-Tliibéry  (?). 
CoLLMBARiusijCelln  super  fluvium  Tacerara  in  pago 

Impontano,  c.  5i5. 


441 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


442 


CoLusiANUM,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  186; 
Coui'^a  (^Aude),  arr,  de  Limoux. 

COMAJAGAS,    CUMAJACAS,   COMMAJACAS   slve   PaMAHICS, 

locus  in  pago  Magdalonensi ,  ce.  61,  202,  291  ; 

Saint-Jean  de  Combajargues  [Hérault). 
CoMiJA,  villa  in  Confliienti,  c.  !585. 
CoMnALiTuiM,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  i63. 
CoMiiARENSis  vicaria.  Vide  Camiiarc.nsis. 
COMPARATUS,  sajo,  c.  355. 

CoMPENDiuM,  palatium  reglum,  ce.  64,  114,   269, 

821  ;  Compiègne, 
Coxcae,  in  pago  Rutenico,  c.  127;  Connues  {Avey- 

ron), 

CoNCHis  (S.  FiDES  de),  monasterium ,  c.  82,  147; 

Sainte-Foi  de  Conques. 
CoNCHENSES  abbates.    Vide  ANASTASIUS,   ARMA- 

FREDUS,  DADO,  MEDRALDUS. 

CoNniDA,  villa,  c.  296;  domaine  royal  au  nord  de 
la  Loire. 

COXILUEXS,     CONFLUENTIS,     CoNFLUENTAUI  A     Vallis, 

ce.  296,  337,  865;  le  Confient. 
CoNFLUENTAsus  comitatus,  c.  399. 
CoNFLUENTANLS  comes.  Vide  RODULFUS. 
CoNFLUENTis,  pagiis,  ce.  218,  3oi,  36o,  385. 
Congo,  in  Vivariensi,  c.  418;  Coux  (^Ardèche),  arr. 

de  Privas. 
CoxsERANE.NSis     episcopiis.     Vide    FRANCOLINUS , 

MAUROLENUS. 
CoNSTANTiNA   urbs.  Vide  Arelatum. 

CON.STANTlNOrOLIS,   C    \6. 

CoNSTANTiNLS  IX,  impcrator,  c.  19. 
CONTINUUS,   monachus  Caunensis,  c.  53. 

CoNVENENSES  episcopi.  Vide  AKRAHAM,  INVOLA- 
TUS,  ISSEMUNDUS. 

CORBILA,  CORBILLA,abbas  Psalmodiensis,  ce.  27, 
28. 

CoRBOXENSiS,  C.  396;  pays  près  du  Rhône. 

CoRDARiAE,  villa  in  pago  Petrapertiisensi,  c.  216. 

CoRDUBA,  c.   17;  Cordoue,  en  Espagne. 

CoRESSE,  villa  in  Vivariensi,  c.  415. 

CoRNELiANA,  viUa  in  pago  Careassensi ,  c.  36i  ; 
Corneille,  commune  d'Aryens  (^Aude). 

CoRNiciANUM,  cella  in  pago  Careassensi,  c.  253; 
Comète,  (^Aude),  arr.  de  Carcassonne. 

CoRONA,  locus  in  pago  Fuxensi,  c.  89;  Corne,  près 
Foix  i' 

CoRSiCA  (Mauri  de),  c.  266. 

CosATicuM,  vallis  in  pago  Lemovicino,  c.  363; 
Co usage  s, 

CoTALETUM,  lociis  in  Rossilioncnsl,  ce.  849,  365; 
Codalet  (^Pyrénées-Orientales),   arr.  de  Prades. 

CoTSio,  cella  in  comitatu  Rossilionensi,  c.  848. 

CovENGOS,  villa  in  pago  Rossilionensi,  c.  884. 

CoxiANUM,  CuxANUM,  iocus  in  Confliienti  vel  Ros- 
silionensi, ce.  297,  365;  Cuxa. 

Crasco  (ecelesia  S.  Vincentm  de),  in  Vivariensi, 
c.  419;  Saint-Vincent  de  Gras  yArdèche). 

Crassensis  sive  Urbionensis  (S.  Mari\),  monaste- 
rium, ce.  63,  91,  96,  i33,  164,  199,  207,  225, 
3oo,  359,  397,  899. 


Crassenses  abbates.  Vide  ADALARICUS,  AGILA, 
ATTALA,  ELIAS,  SUNIARIUS,  SUNFKFREDUS.  * 

Cregoali.a  (S.  Maria  de),  ecelesia  in  pago  Ruthe- 
nico,  c.  1 22. 

Creixella,  cella,  c.  69. 

Crispiamm,  villa  in  page  Narbonensi,  c.  287. 

Cristimamcls,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 

CROCUS,  rex  Romanorum,  e.  414. 

Crosal.nas,  villa  in  Bisuldunensi,  c,  412. 

CnosETUM,  villa  in  Ruthenico,  c.  339. 

Crotas,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 

Crudate,  curtis  in  Vivariensi,  c.  418  ;  Cruas  [Ar- 
dèche). 

Crldatense,  monasterium,  ce.   1  16,  3o3. 

Crudatexses  abbates.  Vide  BONALDUS,  ULIEBAU- 

DUS. 
GuiJERiA,  villa  in  Cerasia  pago,  c.  848. 
CuniziAiNUM,  villa  in  pago  Petrapertusensi,  c.  zi6, 
CuGUCiAcuM,   CiiGuciAGUM,  villa   in   Bisuldunensi, 

ce.  69,  412. 
CuisiMACUM,    in  Vivariensi,   e.    420;    Notre-Dame 

de  Cousignac,  près  Bourg-Saint-Andéol  [Ardèche). 
CujuziANUS,  villa  in  Careassensi,  c.  897. 
CuMAjACAS,  locus  in  pago  Magdalonensi.  Vide  Co- 

MAJAGAS. 

CuMRORLUM,  locus  in  pago  Rutenico,  c.  376. 
CUNEGUNDIS,  uxor  WiUelmi  comitis,  c.  65. 
CuFERiA   (S.   Pétris    de),   monasterium,   e.   226; 

Saint-Pierre   de  Cuhière. 
CupERiENSis  abbas.  Vide  LAZARIUS. 
CuPERTAS  in  Valentinensi,  e,  416. 
CuRCENATE,  CuRCiONATis,  villa   in  pago  Lufovensi, 

ce.    200,    201;    Caussenat  (^Hérault),   (Thomas, 

Dictionnaire  topographique.) 
CuRcuciAcus,  villa  ris  in  pago  Narbonensi,  c.  3o5; 

Cuxac  d'Aude  (^Aude),  arr.  de  Narhonne. 
CuRiA,  CuRiENSis  vicaria,  ce.  829,  889. 
Ci?RiENSis  pagus,  c.  326. 
CuRjENSE  ministerium,  ce.  4o5,  418. 
CuRTis  Oliva,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
Clstodia,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  186;  Cous- 

touge  (^Aude),  arr.  de  Narhonne. 
Cuxanum,  villare  in  Confluenti.  Vide  Coxianum. 


D 


DACBERTUS,  DAGBERTUS,  episcopus  Agathensis, 
ce.  278,  869. 

DADANA,  filia  Dadilae,  c.  81. 

DADILA,  c.   8 1 . 

DADO,  abbas  Conchensis,  e.  127. 

DAGBERTUS.  Vide  DACBERTUS. 

Dagxensis  pagus,  c.  ii5. 

DAGNUS,  caneellarius  in  Aquitania,  c.  112. 

DAGOBERTUS,  rex,  e.  262. 

Damate,  in  Vivariensi,  c.  4r5. 

DANIEL,  archiepiscopus  Narbonensis,  ce.  47,  55. 

DANIEL,  archipresbyter  in  Narbonensi,  c.  841. 


443 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


444 


DANIEL,  abbas  Caunensis,  ce.  258,  Byo,  090. 

DANIHEL.  Fi  de  DANIEL. 

DANIHEL,  advocatus  Richelmi  vicecomitis,  c.  ao6. 

DAVID,  abbas   S.  Lavirentii  ad  Nigellam,  c.  23o. 

DAVID,  abbas  S.  Martini  Caiicanensls,  c.   195. 

DAVID,  judex,  ce.  1.34,  i85. 

DECIUS,  consul,  c.  3o. 

DEDA,  uxor  Aiglaberti,  c.  84. 

DEIDO,  pater  Aliardul,  c.  210. 

DENDANS,  villa  in  pago  Arvernico,  c.  i83. 

DEOAVIUS,  judex,  c.  5j. 

DEODATUS,  abbas  S.  Genesii  in  Gerundensi  pago, 
c.  3i5. 

DEODATUS,  presbiter,  c.  341, 

DEODATUS,  vassallus  Apollonii  comitis  Agatlien- 
sis,  c.  279. 

DEORMARUS  vel  DEOMARIUS,  notarius,  ce.  22^, 
229,  246. 

DEOTIMIUS,  c.  402. 

DESIDERATUS,  Diensis  episcopus,  c.  56. 

DESIDERIUS,  rex  Longobardorum,  c.  7. 

DESIDERIUS,  missus  Caroli  régis,  c.  55. 

DEXTER,  c.   i85. 

DIDO,  Albigensis  episcopus,  c.  40. 

Diensis  pagus,  c.  418  ;  pays  de  Die. 

DISCOLIUS,  c.  368. 

DISCOLIUS,  judex,  c.  47. 

DODO,  cancellarius,  ce.   i83,  192. 

DODO,  judex,  c.  373. 

DODOTUS,  filius  Riehardi  &,  Rotrudls,  c.  376. 

DOMENICUS,  c.  378. 

DOMNULUS,  abbas  Arulensis,  c.  224. 

DoMONOVA,  villa  in  Petrapertusensi,  c.  385;  Don- 
neuve  (^Aude),  arr.  de  Carcassonne,  près  Tuchan. 

DONADEUS,  Vuappincensis  episcopus,  c.  56. 

DONADEUS,  abbas  Caunensis,  c.  289. 

DONATUS,  judex  dominicus,  c.  118. 

DONATUS  LUPUS,  filius  Lupi  Centulli  ducis, 
c.  265. 

DONDO,  abbas  S.  Savini,  c.  262. 

Donnas,  villare  in  pago  Narbonensi,  c.  3ii;  Do- 
nos  [Aude),  commune  de  Thé^an. 

DoRDO,  Dor.DONiA,  DoRDUNUM,  flumen,  ce.  127, 
326,  339,  357,  376,  38  I,  405  ;  le  Dourdon. 

DOTILA,  arehipresbiter  in  episcopatu  Orgellitano, 

c.    2l3. 

DozERA,  abbatia,  c.  396;  Don^ère  (Drôme). 

DoziACUM,  palatium  regium,  c.  367;  Don^y  le 
Royal  {Saône-&~Loire) ,  arr.  de  Màcon. 

DRUFIANA,  uxor  Fredarii,  c.  390. 

DRUGGEMIRUS,  notarius,  c.   189. 

DUGISUS,  diaconus  notarius,  c.  i83. 

DuNiANA,  insula  in  pago  Narbonensi,  c.  234. 

DURANDUS,  arehipresbyter  in  Narbonensi,  c.  341. 

DURANDUS,  sacerdos  Gerundensis,  c.  411. 

DURANDUS,  abbas  S.  Aniani,  c.   160. 

DURANDUS,  diaeonus,  notarius,  ce.  87,  89,  96, 
87,  100,  ICI,  102,  104,  109,  114,  I  I  5,  121,  123, 
125,   126,   128,  i3i,  i33,   143,  104,   180. 


DuRAMNUS,    DuHANNUS,     DcRANUS,     rivLlS,     CC.     I  07, 

l65,    191,  299,  332;  la  Dure. 
DURANNUS,  fidelis  régis,  c.  276. 


ERALUS,  sacrista  Belliloccncis,  c.  424. 

EBO,  c.  417. 

EJÎOLATUS  dictus  NOKILIS,  c.  119, 

Edium,  Iocus  in  Rossilionensi,  c.  365;  Eus  (Pyré- 
nées-Orientales), arr.de  Prades(>). 

EGGIARDUS,  regiae  mensae  praepositus,  c.  8. 

EGICA,  EGIGA,  EGIKA,  EGILKA,  abbas  Caunen- 
sis, ce.  341,  343,  353,  371. 

EGICA,  rex  Gothorum,  c.  19. 
EGIDO,  abbas   S.  Hilarii,  c.   167. 
EGOFREDUS,  filius  Ermentrudis,  c.  3i3. 
EIGO,  judex,  c.  370. 

ELDEBERTUS,  abbas  in  pago  Helenensi,  c.  346. 
ELDEBORUS,  levita,  c.  338. 

ELDEFREDUS,  arehipresbyter  in  Narbonensi, 
c.  341 . 

ELDEGISUS,  sacerdos,  c.  378. 

ELDESINDUS,  vicecomes   in  Rossilionensi,  c.  346. 

Electum,  Elecïensis    (S.  Maria),   monasterium, 

c.  80. 
Elena,    Elenensis,    &c.    Fide    Helena  ,    Helenen- 

sis,  &c. 

ELIAS,  abbas  Anianensis,  c.  209. 

ELIAS,  abbas  Crassensis,  ce.  225,  3oi,  36o. 

Elidio,  villa,  c.  398  ;  domaine  royal  près  de  Maës- 
tricht. 

ELIFANTUS,  Arelatensis  episcopus,  c.  55. 
ELISACAR,   ELISACHAR,  ELIZACAR.  Fide  HELI- 
SACAR. 

ELISACHAR,  Ruthenensis  episcopus,  c.  33  1. 
ELMERADUS,  cornes  palatii,  c.  228. 
ELMETRUDES,  uxor  Olibae  comitis,  c.  i33. 
Eloianum,  villa  in  comitatu  Carcassensi,  c.  398. 
ELPODORIUS,  cornes  Vivariensis,  c.   116. 
ELSARIUS,  c.  398. 

ELVATUNIRUS,  abbas  Psalmodiensis,  c.  28. 
Emerita,  urbs  in  Hispania,  c.   18;  Mérida. 
ENALARIUS,  sajo,  c.  374. 
ENDRICUS,  cancellarius,  c.    167. 
Engarra  vallis,  c.  271  ;  vallée  du  Confient, 
ENGELBERTUS,  decanus  Caturcensis,  c.  53. 
ENNECO  seu  ENNEGO,  presbiter,  c.  289. 
Enox,  alos  in  Bisuldunensi,  c.  3oi. 

EPSARIUS  &  sorores  suae,  filius  &  filiae  Arion, 
c.  221 . 

ERCAMBALDUS   vel   ERCHIMBALDUS ,    cancella- 
rius, ec.  62,  74. 
ERIBERTUS,  cornes  Vivariensis,  c.   i  16. 
ERIMANNUS,  arehidiaconus  in  Tolosano,  c.  3  1  3. 
ERLINUS,  cornes,  c.  73. 
ERMEGUNDIS,  uxor  Dadilae,  c.  81. 


445 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


446 


ERMELDUS,  judex,  c.  287. 
ERMEMIRUS,  sacrista   Barchinonensis,  c.   169. 
ERMEMIRUS,  judex,  ce.  3o6,  346. 
ERMENOMARIS,  Petrogorlensis  episcopus,  c.  42. 
ERMENALDUS,  HERMENALDUS,  abbas  Aiiianen- 

sis,  ce.   174,   176,    189,  200,  201. 
ERMENARDUS  vicedominus  in  Narbonensl,  c.  195. 
ERMENFREDUS,  judex,  c.  332. 
ERMENGARDIS.   Vide  HERMENGARDIS. 
ERMENGARIUS,  cornes  Ainpuriarum,  ce.  73,  186. 
ERMENGAUDIS,  c.  82. 
ERMENGILLUS,  judex,  c.   195. 
ERMENIARDUS,  liomo  Misemiindi  Gothi,  c.  25. 
ERMENOLDUS,  c.  76. 
ERMENTRUDES,  femina,  e.  3i3. 
ERMESINDA,  uxor  Suniefredi,  c.  399. 
ERMILIADUS,  cornes  Agennensis,  e.  205. 
ERMOLDUS,  cancellarius,  c.  206. 
ERPO,   c.   177. 

ERVIGIUS,  rex  Gothorum,  ce.   i5,  19. 
ETHERICUS,  episcopus  Vivariensis,  c.  ^ç)^i. 
Etorfollingus-Villa  ,    locus    in    pago   Tolosano, 

c.  43. 
S.  EUCHERIUS,  episcopus  Vivariensis,  c.  415. 
EUDO,  prineeps  Aquitanie,  ce.  3,  4,  5,  7,  26. 
EUGENIUS  II,  papa,  c.  22. 
EULALIA,  uxor  Bobonis,  c.  418. 
S.  EUMACHIUS,   HEUMACHIUS,   episcopus  Viva- 
riensis, ce.  416,  416. 
EURICUS.  Fide  INEBERICUS. 
EURICUS,  rex  Gothorum,  ce.  14,   17. 
EUROPA,  c.  323. 

EvERATA,  villa  in  Minerbensi,  c.  344. 
ExALADA,  locus  in  Confluenti,  c.  365. 
Ev.VLATENSis  (S.  Andreas),  monastcrium  ,  ce.  271, 

296,  346,  365. 
ExALATENSis  abbas.  Vide  WITIZA. 
EXAM,  rex  Sarraeenorum,  ce.  9,  27. 
ExANDONENSiS  vallis,  cc.  38  I,  409;  vallée  d'Yssan- 

don  (^Corrè^e)j,  arr,  de  Brivcs. 
ExANDONENSiS,  vicaria,  e.  407;  viguerie  d'Yssandon, 
ExABTiGAS,  villa  in  pago  Ausciensi,  c.   114. 
ExEQuARiENSE  monastcrium.  Vide  Caunense. 
ExiNiS,  eurtis  in  pago  Rutenico,  e.  406. 
ExiTA,  villare,  e.  69. 

ExiTELLUM,  locus  in  pago  Rutenico,  e.  406. 
S.  EXSUPERIUS,  episcopus  Tolosanus,  c.  33. 
ExTORius  sive  Caunae,  locus  in  pago  Narbonensi, 

c.  58. 
EYNZELINA,  uxor  Athonis   comitis    Pallia rensis, 

c.  261. 


Farricae,  locus  in  pago  Rutenico,  e.  406. 

FaNUM    WlLLELMUS,  Villa,   C.    70. 

Para    cum   ecclesia    S.    Laurentii,    in   Vivariensi, 
C.  417. 


FARAMUNDUS,  notarius,  cc.  90,  i3o. 

Farmamim  terra,  c.  20. 

FAUVA,  judex,  cc.  378,  382, 

Favari AS,  Favars,  villa  in  pago  Carcassensi,cc.  i33, 

199,  36i  ;  Favcrs  (^Audc),  arr.  de  Carcassonne, 
Faxatis,  villa,  c.  69. 

FEDANCIUS,  abbas  Sancti  Antonini,  c.  46. 
Felgares,  villa  in  pago  Rossilionensi,  c.  345. 
Felgars,  villa  in  Bisuldunensi,  c.  412. 
FELGEiROtAE,  villa  in  pago  Ausonensi,  c.  3o2. 
FELIX,  Urgellitanus  episcopus,  cc.   10,  55. 
Felonica  (S.  Maria  ad),  ecclesia,  c.  247. 
Fenuletensis  pagus,  c.  216;  le  Fcnouillèdes. 
Ferraldus,  elemosinarius  Teuberti,  c.  214. 
Ferrarilm,  rivulus,  c.  348;  le  Riu-Férer,  ruisseau, 
FERREOLUS,  Jaccensis  episcopus,  c.  261. 
FERREOLUS,  abbas  Brivatensis,  c.   i55. 

Ferromana,  Ferronianus,  locus  in  pago  Arela- 
tensi,  ce.    149,   i53,    171. 

Ferrlcius,  villa  in  Albigensi,  cc.  222,  223;  Cas- 
telferrus{Tarn-&-Garonne),arr,  de  Castelsarrasin. 

Festa,  villa  in  comitatu  Redensi,  c.  362;  Festes 
&  Saint-André  (^Aude),  arr,  de  Limoux. 

Feviles,  villa,  c.  69. 

S.  FIRMINUS,  episcopus  Vivariensis,  e.  41 5. 

Fiscavum,  Fiscavus,  FiscoVLS,  fluvius,  cc.  191, 
299,  36i . 

FLAVIUS,  rex  Gothorum,  c.  23. 

Flexus,  cellula  in  pago  Carcassensi,  cc.  91,  207, 
3oi,  359.  Vide  S.  CUCUFATUS. 

Fluridia,  c.  352. 

FluviAnus,  flumen,  e.  3  14;  le  Fluvia,  en  Espagne. 

FOLCHRICUS,  diaconus    notarius,  cc.    3io,3i2, 

314,    321. 

FOLCOTEUS,  frater  Braidingi,  c.  76. 
FOLDERICUS,  notarius,  c.  280. 
F0LIETES,  villare  in  pago  Fenuletensi,  c.  216. 
FoLLOPiANUM,  villa   in   Narbonensi,  c.  48;  Feuilla 

(Aude),  arr,  de  Narbonne. 
FoNS,   dicta    BucoNiAxuM,    villa    in    Narbonensi, 

e.  48. 
FoNSCOOPERTA  ,  Villa    in  pago  Narbonensi,  c.  173; 

Fontcouverte  [Aude),  arr.  de  Narbonne. 
FoNSJONCOSA,  villa    in  pago    Narbonensi,  cc.  60, 

100,    232,    280;    Fontjoncouse    (^Aude),   arr.   de 

Narbonne. 
FoNTANAE,  villa  in  pago  Tolosnno,  c.  179. 
Fontes,  villare  in  pago  Narbonensi,  vel  in  comi- 

t;itu  Redensi,  cc.  60,  100,  i85,  232,  280,  362. 
FoRMicARiA,  insula  in  Rhodano,  c.  336. 
FoRMiGUARiA    (ecclcsia    S.    Pétri    &   S.    Johannis 

Baptistae  de],  c.  372.  Vide  Fromiguaria. 
FoROJULiENSiS  pagus,  c.  169;  Pays  de  Fréjus. 
FoROJULiENSis  episcopus,  c.  57. 
F^ORTES,  judex,  c.  332. 
FORTUNIUS,  Leigerensis  abbas,  c.  262. 
FRANCHO,  vicedominus  un  Narbonensi,  c.  287. 

FrA.NCHOFURT,    FrANCOFURD,    FaANCONOFORTUM,   pa- 

latium  regium,  cc.  10,  59,  212;  Francfort, 


447 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


448 


Fra.n'ci  aut  Franchi,  ce.   3,  4,  j,  6,  7,  8,  17,  18, 

21,  20,  26,  38. 
FRANCIA,  ce.  5,  6,  7,  9,  12. 
FRANCISCUS  episcopus  Nemausensis,  c.  202. 
FRANCOLINUS,  Conseranensis  episcopus,  c.  56. 
Francomca,  villa  seu  stagnum  Piperellum  in  pago 

Biterrensi,  ce.  2  10,  2i5  j  Frangou'dle  [Hérault], 
Francorum  reges,  c.   17. 
Fraxinum,  fiscus  in  pago  Careassensi,  c.  36  i  ;  Fraise- 

Cabarde'j^  (^Aude'j^  arr.  Je  Carcassonne. 
FREDALDUS,  FREDOLDUS,  FRIDALDUS,   archie- 

piscopus    Narbonensis,   ce.  3o5,   3^1,  36o,  365,  * 

37,. 
FREDARIUS,  vicecomes  Carcassonae,  c.  390. 
FREDEGUNDIS,  Dec  sacrata,  c.  417. 
FREDELO,  abbas  Vabrensis,  c.  41  3. 
FREDELO,  FREDOLO,  cornes  Tolosanus,  ce.  329, 

376. 
FREDOLDUS,    archiepiscopus    Narbonensis.    Vide 

FREDALDUS. 
FRICDARIUS,  fillus  Teaderedi   I,  régis  Gothorum, 

c.   16. 
FRIDALDUS.  Vide  FREDALDUS. 
FRIDEMIRUS ,    mandatariiis    Elenensis    episcopi  , 

c.  382. 
FRIDEGISUS  ,  FRIDIGISUS ,  FRIDUGISUS  ,  FRIGI- 

DISUS,  cancellarius,    ce.    114,    i3o,    i3i,    i33, 

143,    104,   162,  173. 
—  abbas  &  cancellarius,  c.   144. 
FnisiA,  c.  5;  Z,a  Frise. 
Fromiguaria,  loeus  in  comitatu  Redensi,  c.  372; 

'  Froniiguières,  sur  la.  Balchre,  près  de  Kieutort. 
FROTARIUS,  FROTHARIUS,  archiepiscopus  Bitu- 

ricensis,  ce.  38  1,  4o3,  407,  408,  424. 
FROTARIUS,  ambasciator,  ce.  390,  393,  395. 
FROTGARIUS,  notarius,  c.  35i. 
FROYSCLUS,  abbas  Suredensis,  e.  284. 
FRUGELLUS,  abbas  Alaonensis,  c.  363. 
FULCHO,  FULCO,  archiepiscopus,  missus  ijnpera- 

toris,  ce.   194,  3or,  36o. 
FULCO, missus  Karoli  Magni  in  Narbonensi,  c.  47. 

FULCOALDUS  cornes,  missus   imperatoris,  c.  202; 

peut-être  le  même  que  Fulgualdus. 
FULCRADA,  monialis  S.  Saturnini  Ruthenensis, 

e.  400. 
FULGENTIUS,  c.  64. 
FULGENTIUS,  judeK,  c.  373. 
FULGUALDUS,  pater  Raimundi,  comitis  Tolosani, 

c.  329. 
FULGUALDUS,  filius  Raimundi,  comitis  Tolosani, 

c.  33i . 
Fullonicae,  fluvius  in  pago  Rossilionensi,  c.  348. 
FuLLONiCHAE,  locus  in  pago  Elenensi,  c.  38o. 
FULMO,  episcopus  Elenensis,  c.   193. 
FuRCATO  (cella   in  monte),  in   pago  Russilionensi, 

c.  256. 
Flrchae,    villa    in   pago    Russulionensi ,  c.   25^; 

Fourijues  (^Pyrénées-Orientales),  arr.  de  Perpignan. 
FURRUTIO,  judex,  c.  3o6. 
FUXENSIS  abbas.  Vide  HUGO. 
FuxuM,  vicus,  c.  395  Fois. 


G 


G.  episcopus  Lemoviceiisis,  c.  424. 

G.  nbbas  Solemniacensis,  c.  424. 

GAALZ,  flumen  in  Ispania,  c.  9, 

Garianum,    vallis    in    Narbonensi,    c.    485    Pont- 

Sepme,  près  l'étang  de  Capestang. 
GABRIACUM,  fiscus,  e.  69. 
Gaditanum  mare,  c.   16. 
Gaianum,  villare  in  pago  Redensi,  c.  253. 
GAIRULFUS,    GARULFUS,    GERULFUS,    Bellilo- 

censis  abbas,  ce.  363,  38 1,  4o3,  408,  424. 
GALDEBERTUS,  rex  Francorum,  e.  420, 
GALINDO,  judex,  c.  346. 
Galindonl'M,  villa  in  Bisuldunensi,  c.  412. 
GALLAR,  e.  21. 
Gallecia,  ce.  10,  18. 
GALLIA,  GALLIAE,   ce.  4,  7,  10,  i3,  16,  17,  18, 

1 9,  20,  27,  36,  323. 
Gallicus  Oceanls,  e.  323. 
GALTEREDUS,  mandatarius  abbatis   Caucanensis, 

c.   196. 
GALTERIUS,  abbas  Calmiliensis,  c.  269. 
GALVILA,  judex,  c.  382. 
GAMMO,  notarius,  c.  362. 
Gannail  (S.  Saturninus  de),  ecclesia  in   pago  Ru- 

thenico,  c.  i  22. 
Garca.\ga  (ecclesia  de),  in  pago  Ruthenico,  c.  128. 
Gardina,  pnlatium  regium,  c.   189. 
Gardionenqua  (vallis),  in  pago  Rotenico,  e.  82. 
Gareliacus,  Garelianus,  cellula   in  pago  Careas- 
sensi,  ce.   i57,   168,   255;    Garlieux  (Aude),  arr. 

de  Carcassonne. 
Garnomum,  eastrum  in  dioecesi  Burdigalensi,  c.  40. 
Garonensis  vlcaria,  c.  275. 
Garrericve,    Garricae   vel    Garrices,    villare    in 

pago  Elenensi,  ce.   159,  286,  35o. 

GARULFUS.  Vide  GAIRULFUS. 
Garumna^  Garunna,  Garonna,    flumen,  ce.  5,  40, 
119,  261,  275  j  la  Garonne. 

GARSIAS,    scriptor    Oddonis    comitis    Tolosani, 

e.  408. 
GARSIAS-MUCI,  princeps  Waseonum,  c.   12. 
GARSIMIRUS ,    filius    Scimini,   dux    in    Vasconia, 

c.  265. 
GARSINDIS,    uxor   Oddonis,    comitis  Tolosani, 

c.  407. 
GAUCELINUS,  GAUSCELINUS,  GAUSELINUS,  GAU- 

ZELINUS,  GOTCELMUS,  filius  Willelmi    ducis, 

c.  65. 

—  comes  Russilionensis,  ce.  73,   159,  186. 

—  comes  missus  imperatoris,  e.  254. 

—  marchio,  c.  3i5. 
GAUDIiVUS,  cancellarius,  c.  398. 
GAUDIOCUM,  hebraeus,  c.  211. 

Gaugiacl'S,  locus  in  pago  Arelatensi,  ce.  i5o,  i53. 
GAUGINUS,  judex,  c.  341. 


449 


INDEX  ONOMASTICUS  ITT  GEOGRAPHICUS. 


45o 


GAUSCELINUS,  cornes.  Vide  GAUCELINUS. 

GAUSELINUS  cornes,  missus  imperatoris.  Vide  GAU- 
CELINUS. 

GAUZELINUS  marchio.  Vide  GAUCELINUS. 

GAUZLENUS,  notaiius,  c.  3i8. 

GAUZLINUS,   GOSLENUS,   GOSLINUS,  GOZLINUS, 

cancellarius ,  ce.   'ioz,  .'Î49,  jj!,  367,  3^0,   393, 
Gav\M)Am;nsis  pagtis,  c.  78;  le  Gévaudan. 
GEILA,  abbas  S.  Gratae,  c.  241. 
Gelacione,  Gelatiate  ,  villa   in  pago  Arelatensi, 

ce.   i5o,  171. 
Gellone.nsis  (S.  Salvaïor)  vel  S.  Guillelmus  de 

Desertis,  monasterium ,  ce.  28,  65,  69,  71,  85, 

i36,  141 ,  201 ,  291 . 
Gellonensis  abbas.  Vide  JULIOFREDUS. 
GEORGIUS,  monachus  Anianensis,   e.    ii;   abbas 

Anianensis,  ce.  124,  129. 
GERARDUS,  cornes  ac  magister   régis   Provinciae, 

c.  336. 
GERARDUS,  cancellarius,  c.  337. 
GERBERGA,  vicecomitlssa.  Vide  GUBERGA. 
GERBERTUS,  cornes  in  Alvernia,  c.  i83. 
Germimacum,   palatiiun   regiiim,   e.   3oo  j    Gcrmi- 

gny-les-Prés  (^Loiret),  arr.  d'Orléans. 

Gers,  fliivius,  c.  i  i5. 
GERULFUS.  Vide  GAIRULFUS. 
Gerunda,  ce.   I  10,  412;  Girone. 
Gercndensis  ecelesia  S.  Felicis,  c.  ii8. 
Gerundensis  pagus,  ce.  3o2,  3i5. 

GESAELICUS,  GESALAICUS,   rex  Gothonim, 

ce.   14,  17. 
Gestariensis  pagus,  c.  3  18. 
GIBUINUS,  missus  Caroli  régis,  c.  47. 
GILABERTUS,  notarius,  c.  60. 
GILBURGIS,  uxor  Vualdi.  Ti'rfe  INGILBERGANA. 
GILIMIRUS,  JLidex  in  Ueessia,  c.  29. 
GixNiNGts,  villa  in  pago  Elesano,  c.  44. 
G1NT11.1S,  sajo,  c.  346. 
GISCAFREDUS,  archipresbyter  in  Gerundensi, 

c.  4ir . 
GISCAFREDUS  vel  GISCLAFREDUS,  cornes  Cnrcas- 

sensis,  ce.  73,   168,   186,  208. 

GISDEBERTUS.  Vide  GISLEBERTUS. 
GISELA,  regina  Aquitaniae,  c.  262. 
GISLEBERTUS,  episcopus  Barehinonensis,  c.  169. 

GISLEBERTUS  vel  GISDEBERTUS,  notarius, 
ce.  295,  3oo,  3o6. 

GISSENUS,  cancellarius,  c.  328. 

Gloga,  villa  in  territorio  Carcassensi,  c.  343. 

GociA.  Vide  Gotia, 

GODALDUS,  c.   118. 

GODEFORTIS,  sajo,  c.  3 06. 

GODILA,  uxor  Segarii,  c.  401. 

GODOILDUS,  missus  Willelmi  comitis,  c.  191. 

GODOLELMUS,  notarius,  c.  72. 

GOMBERTUS,  c.  419. 

GOMESINDUS,  fidelis  régis,  ce.  276,  3i  i. 

GOMESINDUS,  judex,  c.   134. 


lî. 


GONDESALBIUS,  GONDESALVIUS,  abbas  Caunen- 

sis,  ce.    190,  2  17,  287. 
GONTARIUS,  pater  Leibulfi  comitis,  c.   171. 
GoRDA.MCLS,  cella   in   pago  Ucetico,  ce.   ic.'i,  2o3; 

Goudargues  [Gard),  arr.  d'Usés, 

GoRGoriANbM,  villa   in  Narbonensi,  c.  48 j  Gruii- 
san  (^Audc),  arr.  de  Narhonnc. 

GOSLENUS,  GOSUNUS.  Vide  GAUZLINUS. 
GOTCELMUS   cornes,  missus   Ludoviti    régis  Aqui- 
taniae, c.  71 . 

GOTCELMUS,  filius  Willelmi  comitis.  Vide  GAU- 
CELINUS. 

GOTELMUS,  palatinus  cornes,  c.  46. 

GoTiM,  GoTi,  ce.  7,    i3,   i5,   16,    17,    18,  20,  24, 

26,  38. 
GoTiii  sive  Hispani,  ce.  243,  342. 
GoTHiA.  Vide  Gotia. 

GOTiA,    GOTIIIA,    GOCIA,   CC.    9,    10,    1 9,    21,    27,    328, 

389. 
GorrinCLM  regnum,  c.  261. 
GOTUS,  diaconus  Arelatensis  ceclesiac,  c.   liji. 
GOZLINUS.  Vide  GAUZLINUS. 
GRAECORUM  imperator,  e.  5. 
GRAGINUS,  elemosinarius  Teubcrti,  c.  214. 
Grag.n'Anum,  villa   in   Narbonensi,  c.  48;   Grancs 

(^Aude)  arr.  de  Limoux  '}). 
Graixamariae,  villare,  c.  69. 
Graxarium,  villa   in   pago  Magdalonensi,  c.  293$ 

Grenatiere.    (^Thomas ,  Dictionnaire  topographiq.) 
Graxatiacar,  villa  in  pago  Biterrensi,  c.  84. 
Graxde-Vabrum,  locus  in  page  Rutenico,  c.   127; 

Grand-Vabre,  sur  le  Lot  [Aveyron). 

GRATUS,  consul,  c.  3o. 
GREGORIUS,  papa,  c.  5. 
GREGORIUS,  papa,  c.  22. 
GREGORIUS  IX,  papa,  c.  396. 
GREGORIUS,  pater  Dadilae,  c.  82. 
Gressa,  villa  in  pago  Rotenico,  c.  82. 
GRIMO,  abbas  Corbeiensis,  c.  6. 
GUALATRIUS,  missus  Caroli  régis,  c.  47. 
Guascones.  Vide  Wascoxes. 

GUBERGA,  GERBERGA,  uxor  Asinarii,  vicecomi- 
tis  Lupiniacensis  ac  Solensis,  c.  261. 

Glerricus,  palatinus  gloriosissimus,  c.  241. 
GUIDBERTUS,  diaconus  notarius,  e.  74. 
GUEDO,  WIDO,  Vallavensium   episcopus,  ce.  386, 
394. 

GUIGO,  cancellarius,  c.  72. 

GUILARDUS,  judex,  c.  341. 

GUILLELMUS,  archiepiscopus  Ausciensis,  c.  22. 

GUILLELMUS,  GUILLERMUS,  WILELMUS,  WIL- 
LELMUS,  WILLERMUS,  cornes  Tolosae,  ce.  10, 
II,  27,  28,  65,  69,  70,  80,  85,  io3,  141,  191, 
201 . 

GUILLELMUS,  notarius,  c.  317. 

S,    Guillelmus     de    Deserto.    Vide    GellonensiS 

(S,  Salvator). 
Guillem  DE  ESPUGOLA,  c.  423. 
GUILLERMUS.  Vide  GUILLELMUS. 

O 


4^1 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


GUISADUS,  Urgellensis  episcopus,  c.  3 17. 
GUITBURGIS,  iixor  WUlelmi  comitis,  c.  65. 
GUITIOCUS,  judex,  c.  3j3. 
GULTEREDUS,  judex,  c.  287. 
GULFARICUS,  abbas  Jocundensis,  c.  373. 
GUMILA,  judex,  c,   178. 

GUNDEBALDUS,  rex  Burgundionum,  c.   17. 
GUNDEMARUS,    GUNDENARUS ,  rex    Gothoriim, 
ce.  14,  i8. 

GUNDULFUS,  Vasatensis  episcopus,  c.  42. 
GUNTARIUS,  c.  343. 
GUNTARÏUS,  judex,  c.  47. 
GUNTEFREDUS,  sacerdos,  c.  365. 
GURGOS,  villare  in  pago  Narbonensi,  c.  186. 


H 


HADEFONSUS,  Gotus,  fidelis  régis,  c,  290. 
HARIBERTUS,  rex  Aquitaniae,  c.  262. 
HATTHO,  dux  Aquitaniae,  c.  262. 
HECFRIDUS,  episcopus  Pictaviensis,  c.  409. 
HEIMO,  abbas  Magnilocensis.  Fide  AYMO. 
HEIRADUS,  Magnilocensis  abbas.    Fide  AYRAL- 
DUS. 

HELEFANTUS,  Toletanus  episcopus,  c.  10. 
HELENA,  ELENA,  ELNA,  vicus,  ce.  21,  177,  319, 

352. 
Helenensis  (S.  Eulalia),  c.  383. 
Helenensis,   Elenensis   pagus,  c.  253,    284,295, 

35o. 
Helenense,   Hile.n'Ense  suburbium  ,  ce.   178,  259, 

296,'  3oi ,  337,  36o. 
Helenense,  Elenense    territorium ,  ce.    i58,  307, 

352,  378,  388,  399, 
HELENENSESepiscopi.  Fide  AVDBESINBUS,  FULMO, 

RAMNO,   SALOMON,  VUINEDURIUS. 
Helenensis  abbas.  Fide  SISEGUTUS. 
Helenensis  pagi  vicarius.  Fide  SPERANDEUS. 
Helesau,  fluvius,  c.  36  i;  l'AÎ'^au,  rivière. 
HELIMBRUCH,  filia  Willelmi  comitis,  c.  65. 
HELISACAR,  HELISACHAR,  HELIZACAR,  ELISA- 

CAR,   ELISACHAR,   ELIZACAR,  missus  impera- 

toris,  c.  207. 
—  cancellarius,  ce.  87,   89,  90,  94,   96,  97,  100, 

ICI, ! 02, 104,  109,  III,  ii5,  121, 123,  125,  126, 

128,  184. 

HELISACHAR,  Tolosanus  episcopus,  c.  326. 
Helnensis  (S,  Petrus),  ecclesia,  c.  307. 
HENRIÇUS,  rex  Francorum,  c.   i3. 
Hentica  flumen,  ce.  417,  418,  4195  l'Ardèche. 
HERACLIUS,  iinperator,  ce.    18,   19. 
HERMENALDUS.  Fide  ERMENALDUS. 
HERMENGARDIS,  ERINIENGARDIS,  regina,  c.  202  ; 
imperatrix,  c.   1  22. 

HERMENGAUDUS ,  abbas   Assiniensis,  c.  261. 
HERRIENINUS,  abbas  Moissiacensis,  c.  5i. 
HERMENREDUS,  cancellarius,  e.  189. 


462 

HERMENTRUDES ,    regina,    uxor    Caroli    Calvi, 
c.  273. 

HERMISSINDIS,  comitissa  Barchinonensis,  c.  169. 

HEUMACHIUS,    episcopus   Vivariensis.    Fide  EU- 

MACHIUS. 
HICTARIUS,  c.  353. 
HICTARIUS,  c.  400. 

HICTOR,  missus  a  missis  Unafredi  comitis,  c.  332. 
S.  HILARIUS,   confesser,   episcopus    Carcassonae, 

ce.   157,  167,  255. 

S.  HILARIUS,  episcopus  Tolosanus,  c.  32. 
HILDEBOLDUS,  episcopus,  c.   172. 
HILDEBODUS,  notarius,  e.  343. 
HILDEHELMUS,  filius  Willelmi  comitis,  c.  67. 
HILDERICUS,  abbas  Caunensis,  e.  258. 
HILDRICUS,  fidelis  régis,  c.  222. 
HILDUINUS,  archicapellanus   imperatoris,  c.  i52. 
HILDUINUS,  cancellarius,  c.  3o5. 
HILENENSE.  Fide  HELENENSE. 
HILPERICUS,  abbas  Arulensis,  c.  348. 
HIRMINMARIS,  HIRMINMARIUS,  HIRMINMARUS, 

diaconus    notarius,  ce.  144,  162,  181,  191,  194, 

201 ,  204. 

HISCIPIO,  Carcassensis  episcopus,  c.  56. 
HISEAIBERTUS,  judex.  Fide  ISEMBERTUS. 
HISPANI,    ISPANI  fugitivi,    ce.    73,    74,    99,    109, 

2o3,  228,  243,  307,  368. 
HISPANIA,  HISPANIAE,  ISPANIA ,  ce.  i,  3,  5.  6, 

7,  8,  9,  10,  i3,  14,  16,  17,  18,  19,  20,  24,  25. 

27,  28,  36,  38,  74,  97,  98,  169,  243,  260. 

HiSPANlA   CiTERIOR.   Fide  GOTIA. 

HISSELMUS,  sajo,  c.  378. 

HLODOICUS,  HLUDOICUS,  HLUDOVICUS,  HLU- 
DOVUICUS,  HLUODOVICUS,  LUDOVICUS,  LU- 
DOVUICUS,cancellarius,  ce.  54,  217,  218,  220, 
222,  225,  226,  229,  23i,  233,  237,  239,  242, 
246,  248,  252,  255,  277,  280,  281,  282,  290, 
293,  295,  3oo,  3o6,  3io,  3i2,  314,  3i7,  3i8, 
321,   343. 

—  a rc h i cancellarius,  c.  279. 

—  abbas  &  cancellarius,  c.  269. 
HLOTARIUS,  LEOTARIUS,  LOTHARIUS,  impera- 

tor,  ce.  12,   160,   188,  2i3,  3o3,  336. 

HLUDOVICUS,  rex  Aquitaniae,  ce.  11,  12,  60,  64, 
70,  74,  1 85,  25i . 

HLUDOVICUS,  HLUDOWICUS,  HLUDOVUICUS , 
LODOICUS,  LODOVICUS,  LUDOVICUS  PIUS, 
imperator,  ce.  22,  69,  85,  87,  89,  90,  93,  94, 
96,  97,  100,  101,  io3,  104,  106,  107,  109,  ii3, 
114,  116,  120,  122,  124,  125,  126,  129,  i3o, 
|32,  i36,  139,  141,  143,  146,  149,  i52,  154, 
i58,  160,  i63,  i65,  167,  171,  173,  179,  180, 
i83,  189,  [193,  194,  200,  201,  207,  211,  219, 
228,  229,  233,  241,  247,  248,  253,  255,  261, 
270,   284,   291,   299,  3o3,  3i5,   3i7,   35o. 

HoLATiANus,  locus  in  pago  Narbonensi,  c.  160. 
Fide  S.  Chiniamj'S. 

Homegianus,  fiscus  regius  in  pago  Biterrensi, 
c.  355;  Fillemagne-l'Argentière  (^Hérault),  arr. 
de  Bé:;^icrs, 

HONORIUS,  imperator,  ce.  16,  35. 


453 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


454 


HOSTILIANA,  iixor  Leonis,  c.  4r6. 

HOSTOLISUS,  c.  390. 

HU.,  decaniis  Lemovicensis,  c.  424. 

HUGO,   UGO,   frater  imperatoris,  abba    &   palatii 

summus  notarius,  c,  211. 
—  cancellariiis,  ce.   181,   191,  194,201,204. 
HUGO,  abbas  Fiixensis,  c.  38. 
HUGO,  abbas,  c.  22. 
HUMFREDUS,   HUMFRIDUS,    UMFRIDUS,   UNA- 

FREDUS,  cornes,  marchio  Septimaniae,  ce.  'ioç, 

3i  r ,  314,  33 1 ,  356,  36o. 

HUNALDUS,  dux  Aqiiitanlae,  c.  264. 
HUNI,  c.  16. 


ISPANM.    Vide  Hl.SPANI. 
ISPANIA.    Vide  HiSPANlA. 

IssART,  villaris,  c.  256. 

Italia,  ce.  7,  9,  10,  II,  i3,  16,  17,  20,  22. 


ICIERIUS,  cornes  Arveriiensis,  c.  265. 
ILARINUS,  presbyter,  c.  83. 
ILDAGIUS,  vassus  dominicus,  c.  195. 
ILDEBALDUS,  archiepiscopus  Remensis,  c.  46. 
ILDERICUS,  rex  Aquitaniae,  c.  262. 
ILDIMIRUS,  judex,  c.  356. 
ILDOIGIUS,  jiidex,  c.  882. 
Illiuicu.m,  c.  7. 

IMITARIUS ,    frater    Ludonis,    ducis    Aquitaniae, 
c.  262. 

iMroRiTANKNSis,  Imporitanus  pagus ,  ce.  314,  3l55 

Pays  d'Ampurias. 
Impuriae,  c.   110;  Ampurias. 
IMPURITANENSIS  cornes.  Vide  SUNIARIUS. 
InedeKicus,   Ecuicus,    locLis    In   pago    Arelatensi, 

ce.  i5o,  i53. 
Infrasias,  viila  in  territorio  Menerbensi,  c.  887. 
INGELBERGA   sive    GILBURGIS,    uxor   Vvidaldi, 

c.  400. 

INGILA,  monachus  Anianensis,  c.  11. 

INGILBALDUS,  c.  400. 

INGILBODUS,  presbyter,  e.  70. 

Ininidi  vel  Bascani,  populus  in  monte  Pirenaeo, 

c.  9. 
Insolae,  villa  in  Rossilionensi,  c.  345. 
Insula  longa,  villa   in   pago  Carcassensi,  c.  862; 

Villelongue  (^Aude),  arr.  de  Carcassonne, 
INUVILARDUS,  judex,  c.  3o6. 
INVOLATUS,  Convenensis  episcopus,  c.  261. 
IPSALMUS,  c.   17. 
IRMITRUDIS,  uxor  Nizezii,  c.  48. 
IroliA,  villaris,  c.  256. 
ISAAC,  clerlcus  &  notarius,  c.   192;  cancellarius, 

c.  208. 

ISACAR,  notarius,  c.  206. 

ISAMBERTUS,  ISEMBERTUS,  fidelis  régis,  ce.  3oi, 

809,  36o, 
IsiAïES,  villa,  c.  69. 
ISIMBERTUS,  HISEMBERTUS,  judex,  ce.  i  85,  195, 

356;   missus    Unafredi    comitis,c.  884;    missus 

Bernardi,  comitis  Tolosae,  c.  382. 


JACOBUS,  filius  Gaudioci  Hebraei,  c.  m. 
JADREGISILUS,  Aquitanorum  dux,  c.  262. 
JANOARIUS,  episcopus  Albensis,  c.  414. 
Jaullo,  alpes   inter  pagos   Rutenicum  8c  Nemau- 

sensem,  ce,  202,  291;  Joli,  hameau,  commune  de 

Saint-Laurent  de  Caruels, 
JERLES,  rivolus,  e.   119. 
JHEROMMUS,  diachonus,  c.  338. 
JOANNES,  Cimelanensis  episcopus,  c.  67. 
JOANNES,  episcopus  Nemausensis?  c.  83. 
JOANNES,  abbas  Caunensis.  Vide  JOHANNES. 
JOANNES,  diaconus  notarius,  c.  112. 
JOANNES,  judex,  c.  878. 

JocuNDE.NSis  (S.  Jacobus),  monasterium,  c.  872. 
JocuNDENSis  abbas.  Vide  GULFARICUS. 
JOHANNES,    archiepiscopus    Arelatensis ,     missus 

Karoli    imperatoris,  c.  74. 

JOHANNES,  metropolitanus  Burdigalensis,  c.  42. 

JOHANNES,  Madolonensis  episcopus,  c.  57. 

JOHANNES,  episcopus  Vivariensis,  c.  415. 

JOHANNES  abbas,  missus  Lemovicinae  urbis  epi- 
scopi,  c.  42. 

JOHANNES,  JOANNES,  abbas  Caunensis,  ce.  128, 
184,  i35,  168. 

JOHANNES,  abbas  Suredensis,  c.  35o. 

JOHANNES,  eomes  palatii,  e.  122. 

JOHANNES,  Hispanus  fugitivus,  fidelis  imperato- 
ris, ce.  60,  100,  i85,  282. 

JOHANNIS,  presbiter,  e.  176. 

JONAS,  diaconus  notarius,  ce.  217,  220,  222, 
225,  281,  288,  287,  289,  242,  248,  281,  282, 
3o2. 

JONATAN,  judex  dominicus,  c.  187. 

JovoLONGus,  villa  in  comitatu  Uzetico,  c.  145, 

JuDEi,  ce.  9,  18,  27. 

JULIADUS,  sajo,  e.   198. 

JULIANA,  foemina  christiana,  c.  89. 

JuLiANUM,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  195. 

JULIOFREDUS,  abbas  Gellonensis,  ce.  70,  71. 

JULITA,  foemina  christiana,  e.  89. 

JuNCELLENSis  (S.  Petrls),  monnsterium,  e.  2o5. 

JuNCELLENSis  abbas.  Vide  BENEDICTUS. 

JUSSEPH-IBIN-ABDERAMAN,  praefeetus  Narbo- 
nae,   ce.  5,  7,  9,  27. 

JUSTINIANUS  I,  imperator,  ce.   17,   18. 
JUSTINIANUS  II,   imperator,  c.   19. 
JUSTINUS,  episcopus,  c.  46. 
JUSTUS,  e.    184. 

JUSTUS,  Agathensis  episcopus,  c.  55. 
Jlvenciacum,  palatium  regium,  c.   180. 


455 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


456 


ÏUVINIACUM,  fisciis  impeiatoris  in  pago  Magalo- 
nensi,  ce.  6i,  202,  291  ;  Juyignac  (^Hérault),  arr. 
de  Montpellier. 

JUVINUS,  JLidex,  c.  341. 


K 


Kaxoas,  villa  in  pago  Rossilionensl,  c.  218;  Ca- 
nohes  (Pyrénées-Orientales),  arr.  de  Perpignan. 

Kaiîisiacum.  Vide  Carisiacum, 

KARISSTMA,  abbatissa  S.  Saturnini  Ruthenensis, 
c.  400. 

Karkasense  territorium.  Fide  Cahcasise. 

KARLEMANNUS,  rex  Francorum,  c.   12. 

KARLOMANNUS,  frater  Pippini,  ce,  6,  21. 

KARLOMANNUS,  frater  Karoli  régis,  ce.  7,  21,  22. 

KARLOMANNUS,  rex  Francorum,  c.  403. 

KARLUSMANNUS.   Fide  KARLOMANNUS. 

KAROLUS  MARTELLUS,  dux  Francorum,  ce.  4, 
.'>,  6,  7,  21. 

KAROLUS  I,  CAROLUS,  CHAROLUS ,  rex  Fran- 
corum, ce.  7,  8,9,  10,  48,  58,  64,  65;  rex 
Francorum  &  Longobardorum  ,  ce.  61,62;  rex 
Francorum  &  Longobardorum  ,  patricius  Ro- 
manorum  (sic),  ce.  62,  58,  09;  rex  Francorum  & 
patricius   Romae,  c.  20. 

KAROLUS  I,  imperator,  ce.  11,  12,  21,  22,  27, 
55,  69,  70,  73,  80,  82,  86,  88,  91,  93,  ICI, 
io3,  107,  iSy,  i63,  173,  184,  188,  202,  212, 
221,  228,  232,  243,  258,  264,  3i7,  326. 

KAROLUS  II,  CAROLUS,  CARULUS  CALVUS , 
rex  Francorum,  ce.  2r6,  217,  219,  221,  222, 
223,  225,  226,  228,  229,  232,  233,  236,  237, 
239,  241,  243,  246,  25 1,  253,  255,  258,  260, 
270,  276,  277,  279,  280,  281,  282,  284,  289, 
290,  294,  298,  3oo,  3o5,  3o8,  3ii,  3i3,  314, 
817,  320,  328,  342,  348,  35o,  355,  357,  359, 
36 1,  364,  367,  374,  424;  rex  Francorum  & 
Longobardorum  ac  patricius  Romanorum  (sic), 
c.  326  ;  imperator,  ce.  38  i,  386,  889,  891,  898, 
895,  897,  404. 
KAROLUS  DE  BAGUERA,  imperator,  c.  18. 
KAROLUS  IV,  dietus   SIMPLEX,   rex  Francorum 

e.   i3. 
KAROLUS  DE  LOTHARINGIA,  c.   i3. 
Kaucus,  insula    in    Narbonensi,  c.  48;  île  de  Cau- 
ehène,  plus  tard  de  Sainte-Lucie. 


LADEDUBr.UM,  locus  in  pago  Rutenico,  c.  406. 
LAIBULFUS,  eomes.  Vide  LEIBULFUS. 
Lampadiago  (S.  Martinis  de),  villa  &  eeelesia  in 

pago  Tolosano,  e.  44. 
Lampi,  Lampis,  Lampius,   rivulus,   ce.    108,    166, 

299  ;  le  Lampi. 
Lamusa,  c.  2  I  . 
LANDEBERTUS,  Eglincnsium  episcopus,  c.  57. 


LANDRICUS,  eomes  in  Alvernia,  c.  i83. 

LANGOBARDUS,  LONGOBARDUS,  judex,  ce.  846, 
378. 

Lapedetum,  villa  in  Narbonensi,  e.  48. 

Larciacum,  villa  in  Ruthenico,  c.  889. 

Lare,  locus  in  Rossilionensi,  e.  865. 

LATEROSA,  c.  21. 

LAUDALDUS,  presbiter  Caunensis,  c.  75. 

Laudatis,  locus  in  Vivariensi,  c.  418. 

Laudunensis  (S.  Maria),  c.  147. 

Launates,  villa,  e.  69. 

Lauranus,  villa  in  pago  Carcassensi,  c.  259;  Laure 
(Aude)  arr.  de  Carcassonne. 

Laurelis,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 

LAURENTIUS,  c.  874. 

Laurites,  locus  in  pago  Rutenico,  c.  406. 

Lavama,  villa,  c.  70. 

LAZARIUS,  abbas  Cuberiensis,  e.  226. 

Lecas,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 

Leclm,  fluvius.  Vide  Leiiim. 

Ledems  (S.  Gemesius),  fiscus,  c.  69;  Saint-Geniès 
de  Litenis,  hameau  (Hérault),  commune  de  Saint- 
Jean  de  Fos. 

LEIBULFUS,  LEYBULFUS,  LAIBULFUS,  cornes, 
missus  imperatoris,  ce.  78,  86,  142,  148,  i5i, 
i52,  170,   187,  2o3. 

Lemovicensis,  LiMOviciNus  comitatus,  ce.  38  1 ,  407, 
409;  pagus,  ce.  262,  368,  408. 

Lendroninum,  villa  in  Vivariensi,  c.  415. 

LEO   papa  III,   ce.  22,  80. 

LEO,  diaconus  Arelatensis  ecclesiae,  c.  i5i. 

LEO,  imperator,  c.  20. 

LEO,  judex,  ce.   i85,   195. 

LEO,  c.  402. 

LEO,  c.  416. 

Leocadiae  (Eeelesia  Sanctae),  apud  Toletum,  c.  i8. 

LEODBERTUS,  e.   147. 

LEODERICUS,  judex,  c.  47. 

Leomanum,  villa   in  Narbonensi,  c,  48. 

LEONNIUS,  abbas  S.  Hilarii,  e.  167. 

LEOPARDUS,  vassus  dominieus,  e.  855, 

LEOTARDUS,  cornes  palatii,  c.  122. 

LEOTARIUS,  imperator.  Vide  HLOTHARIUS. 

LEOTMUNDUS,  abbas  Lerinensis,  e.   169. 

LEOVIGILDUS,  LIUVIGILDUS,  rex  Gothorum, 
ce,   14,  18, 

Lerinensis  (S.  Honoratus),  monasterium,  c,  169. 
Lerum,  Lecus,  Liens,   flumen,  ce.   61,  291,  292; 
le  Lers. 

Leuchl's,  Leucus,  rivus,  ce,  i57,  167,  255;  le 
Lauquetj  rivière. 

LEUCTARIUS,  rex  Francorum,  c.  18. 
LEUDOMIRUS,  e.  365. 
LEUTADES,  abbas  Moissiacensis,  c.  42. 
LEVIADUS,  Auxiensis  episcopus,  c.  42. 
LEYBULFUS.  Vide  LEIBULFUS. 
LEYDRATH,  archiepiscopus  Lugdunensis,  missus 
imperatoris,  c.  202. 


407 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


458 


LiDiE.xsis  pngus,  c.  Ji8. 

Liiii.AE,  villa  in  Minerbensi,  c.   2.59;   Notre-Dame 

de  Libres,  près  A^illanet  (Cnssini). 
LiBHARius,  villare  in  pago  Fenuletensi,  c.  216. 
LiBRAS,  inonastetiinn.  Vide  C.vliNKiNSe. 
LiciiMANUAi ,  villa    in    pago    Narbonensi,   c.   277  j 

Lé^ignan  [Aude),  arr.  de  Narionnc. 

LiciTUM  (S,  Pbtri),  in   pago  Narbonensi,  c".  3oi. 
Licus,  LiïiA,  insiila  in  pngo  Narbonensi,  ce.  i35, 

3o5;  ile  Sainte-Lucie. 
Licus.  Vide  Ll'RUM. 

LiGER,  flumen,  ce,  4,  5,  418;  la  Loire. 
LILDINUS,  filius  Bestilne,  c.    174. 
Li.MOSLS,  villa    in    page    Redensi ,  c.  206;  Linioux 

(Aude). 

LiMOViciNus  pngas.  Vide  Leiniovicensis. 
LiNARiA,  villa  in  pago  Biterrensi,  c.  170. 
LiPCiAcuM,  villa  in  Andegavensi,  c.  405. 
LiTiA,  insula.  Vide  Licls. 
LITTORIUS,  dux  Romnnorum,  c.  16. 
LIUBA,   LIUVA  I,  rex  Gothorum,  ce.   14,   18. 
LIUBA,  LIUVA  II,  rex  Gotlioriiin,  ce.    14,   18, 
LIUVIGILDUS.   Fide  LEOVIGILDUS. 
LocusTARiA,  villa  in  pago  Geiundensi,  c.  3o2. 
LODOICUS,  imperator.  Vide  HLUDOVICUS. 
LoDOVENSis  pagus.  Fide  Lutevensis. 
LODOVICUS,  imperator.  Fide  HLUDOVICUS. 
LOMARDUS,  notarius,  c.  277. 

S.  LONGINUS,  episcopus  Vivariensis,  ce.  41 5,  419. 
LoNGOBAiiDi,  c.  22. 

LONGOBARDUS,  judex.  Fide  LANGOBARDUS. 
LOTHARIUS,  aiigustus.  Fide  HLOTHARIUS. 
LUCANUS,  sacerdos,  c.  365. 

LuciACENSE  (ecclesia  S.  Marine  in),  c.  418;  Notre- 
Dame  de  Lussas  (^Ardèche). 

S.  LUCIANUS,  episcopus  Vivariensis,  c.  415. 

LUDINIA,  femina,  c.  374. 

LUDO,  Aquitaniae  dux,  c.  262. 

LuDOVENSis  pagus.  Fide  Lutevensis. 

LUDOVICUS,  imperator.  Fide  HLUDOVICUS. 

LUDOVICUS  II  BALBUS,  rex  Francorum,  c,   12. 

LUDOVICUS  IV  ULTRAMARINUS,  rex  Franco- 
rum, c.   i3. 

LUDOVICUS  V,  rex  Francorum,  c.  i3. 

LUDOVICUS,  LUDOVUICUS,  cancellarius.  Fide 
HLODOICUS. 

LuGuiLiANUM  in  Vivariensi,  c.  416. 

LUISTELDE,  c.  398. 

LUPO,  dux,  ce.  40,  42. 

LUPUS,  Cavalionensis  episcopus,  c.  56. 

LUPUS,  dux  Vasconiae,  c.  264. 

LUPUS,  Centulli  filius,  dux  in  Vasconia,  c.  26a, 

LURIUS,  monachus  Caiinensis,  c.  53. 

LlSITANlA,  c.    17. 

LtJTERA,  c.  2r;  Lodeve. 

Lutevensis,  Lutovensis,  Lodovensis,  Ludovensis 
pagus,  cci  65,  69,  70,  71,  85,  141,  200,  201, 
291 . 


M 


Mac\i,  c.  21 . 

MACEDONIA,  uxor  Alicinii,  c.  419. 
MADEMA,  MEDEMA,  j udex, ce.  34 1 ,  355, 370,382. 
Maderi,  villa,  c.  6(). 

Magalellus,  mons  in  Bisuldunensi,  c.  368. 
Magalona,  Magdalo.na,  civitas,  ce.  7,  6,  21,  26. 
Magalo.nensis  (S.   PuTRus),    ecclesia    episcopalis, 
c.  126. 

Magdalonensis  comitatus,  c.   11. 

Magaloxensis,  Macdalonensis  pagus,  ce.  61,  66, 

78,  81,  86,    ICI,  io3,  129,  iJi,  141,  174,  176, 

201 ,  25 1 ,  291 ,  293. 
Magalo.ne.nse,  Magdalonense  terriiorium,  ce.  126, 

209, 

Magalonexses  episcopi.  Vide  AMICUS,  ARGEMI- 
RUS. 

MAGALONENSIS  cornes.  Fide  ROBERTUS. 

Magaranciate,  Magarantiate  sive  Castra,  locus 
in  pago  Lutovensi,  ce.  86,  141,  201,  291J  Saint- 
Félix  de  Lode'i  (^Hérault),  arr.  de  Lodèvc. 

MAGINCUS,  Adtensis  episcopus,  c.  55. 

Maglacum,  villa    in   Narbonensi,  c.  485  Mailhae 

[Aude),  arr.  de  Narhonne. 
MAGNARIUS,  cornes  Narbonae,  c.  57. 
MAGNENTIUS,  judex,  c.   118. 

Mag.ma.nacls,  villa  in  pagoTolosano,  ce.  191,  299. 
MAGNIFREDUS,  comes  palatii,  c.   122. 
Magniloce,\sis(S.  Sebastianus),  sive  Magnuslocus, 

monasterium,  ce.   120,  182,  272,  391. 
Magmlocenses  abbates.  Fide  AYMO,  AYRALDUS. 
Magrimanum,  villa  in  Narbonensi,  c.  485  Magric 

[Aude),  arr.  de  Limoux. 
MAHOMET,  c.   19. 

Malaronta,  villa  in  pago  Elesano,  c.  44. 
Malas-Pelles,  villn    in    pago   Nemausensi,   c.  77; 

Malespeh  [Hérault).  (Thomas,  Dictionnaire  topo- 
graphique). 
Malasta,  TVIaiaste,  Mallaste,  monasterium.  Fide 

Mo.vsoLivi  s. 
Malianus,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
MANCIO,   presbyter,  advocatus  abbatis  Caunensis, 

c.   134. 
Mandriacus,  insula  in   pago  Narbonensi,  c.  3o5} 

Mandirac  (?),  au  sud  de  Narhonne  [Aude). 
Manselli,  curtis  in  Rutenensi,  c.  322. 
Mansiones,  villa   in  Carcassensi,  c.  "i^n  ;  Maisons 

[Aude)  arr.  de  Carcassonne. 

MANTIO,  judex,  c.  382. 

MANUEL,  judex,  c.  341. 

MARCELLUS,  c  417. 

MARCiiOArANi  sive  Norman.m,  c.  323. 

Marciliacu.m  ,   cellula  ,   c.    2495   Marcillac-sur-Lot 

[Lot),  arr.  de  Figeac. 
MargiliAnicus,  villa  in  pago  Magdalonensi,  c.  78} 

Marsillargues  [Hérault j. 
MARCJLL\.^u^!,  villa  in  pago  Aosciensi,  c.    i  i.j. 


4^9 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


Marenatia,  Marenatis,   lociis    in    pago  Arausia- 

censi.  Fide  Morenatus. 
Margarania,  villa,  c.  69. 

Maeguliagum,  villa  in  territorio  Biterrensi,  c.  2i5. 
MARIA,    comitissa,   uxor  Vandregisili    comiti», 

c.  261. 
Mariacum,  villa  in  pago  Nemausensi,  c.  202. 
Maridianae,  locus  in  Rossilionensi,  c.  365. 
Marinorema,  villa  in  pago  Narbonensi,  in  insula 

Litia,  c.  i35. 
Marionallus,  locus  in  pago  Rotenico,  c.  82. 
MARIUS,  c.  417. 
MARTERES,  diaconus,  c.  84. 
MARTIANUS,   imperator,  c.   16. 
Masinianum,   villa  in    Narbonensi,   c.   48;   Mas'i- 

gnan,  près  Saint-Marcel  (Aude). 
MASPITIANUS,  episcopus  Albensis,  c.  410. 
Massacia,   Massascia,   Massatia  ,   villa    in    p;igo 

Arausionensi,  ce.   i3i,  142,  2o3,  292. 
MASSONA,  Emeritensium  episcopus,  c.  18. 
MATERINDUS,  c.  64. 

MATFRIDUS,  cornes  in  Marca  Hispanica,  c.  241. 
MAURI,  ce.  9,  II,  27. 
MAURICIUS,  imperator,  c.  18. 
MAURINUS,  vassallus  imperatoris,  advocatus  nio- 

nasterii  Anianensis,  c.   190. 
MAUROLENUS,  Coseranensis  episcopus,  c.  42. 
Maximinianum,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  195. 
Maximinum  Superius,  villa  in  pago  Narbonensi, 

c.  195. 
Maxsianus  Sucterior,  villa  in  pago  Narbonensi, 

e.  195. 
Mazirolae,  villa  in  comitatu  Redensi,  e.  362. 
Medellanum,  villa  in  Narbonensi,  c.  48  j  Madaille, 

grange,  près  de  Lespignan  (Cassini), 
MEDEMA.  Vide  MADEMA. 
MEDENCO,  judex,  e.  332. 
MEDRALDUS,  abbas  Conehensis,  c.  127. 
MEGINARIUS,  notarius,  c.   173. 
S.  MELANIUS,  episcopus  Vlvariensis,  c.  415. 
MELANUS,  episcopus  Albensis,  c.  410. 
Melatis,   monasterium   puellarum  rn  Vivariensi, 

c.  417;  Mêlas  [Ardèche). 
Mellatis,  villa  in  Vivariensi,  c.  396  j  Mêlas  (Ar- 

dèche), 
Meltavum,  villa,  c.  837. 
Menerba,  castrum,  c.  370. 
Meneruensis,    Menerbense    pagus,     territorium. 

Vide  M1NARBENSIS. 
Menerbules,  villa  in  pago  Petrapertusensi,  c.  216. 
Mercurianum,  villa    in    Narbonensi,  c.  48;   Mar- 

corignan  [Aude),  arr.  de  Narbonne. 
Meregoncia,  c.  344. 

Merlac,  locus  in  pago  Gerundensi,  c.  3i5. 
Mesoa,  castrum   in   pago  Agathensi,  c.  22  ij   Mè^e 

[Hérault),  arr.  de  Montpellier. 
Metdina-Celi  in  Ispania,  c.  9. 
Meteratis  (S.  Andréas  de),  in  Vivariensi,  c.  410; 

Saint~Andrê  de  Mitrois,  commune  de  Saint-Mon- 

tan  (Ardèche). 


460 

Metitum,  locus  in  pago  Rutenieo,  c.  406. 
MiLiACL'S,  MiLiciA>us,  8(.c.,  fiscus   regius  in   pago 

Biterrensi,   ce.  69,    86,    141,    201,    291  )   Miliac 

{Hérault). 

MiLiANENSiS  vicaria,   c.  3765  viguerie  de   Millau? 
MiLiciACLS,    MiLiciANus,    MiLiTiANUM ,   viUa    in 
pago  Beterensi.  Vide  Miliacus. 

MiLLARIUM,    villa,   c.    69. 

MILO,  cornes  Narbonensis,  ce.  48,  58. 
MILO,  fidelis  régis,  c.  216. 

MlNARBENSIS,    MiNERBENSIS ,     MenERBENSIS    pagUS, 

ce.  222,  259,  3oi,  36o. 
Minerbense  suburbium,  ce.   190,  289,  370,  899. 
MiNERBENSE,    Menereense    territorium ,    ce.    841, 

344,  382. 

MiNERBENSIS  (eeclesia  S.  Nazarii),  e.  871. 
MiNERBENSIS  a rchidiacon US.  Vide  VULFIRIUS. 
MiNius,  flumen,  e.   17;  le  Minio. 
MiRALES,  castrum,  c.  421. 
MIRLA,  c.  21. 

MIRNESENDAS,  uxor  Guntarii,  c.  343. 
MIRO,  abbas  Suredensis,  ce.  i58,  35o. 
MIRO,  cornes  Russilionensis,   ce.    372,  873,  874, 
399, 

MIRO,  filius  Berani,  infidelis  régis,  c.  389. 
MISEMUNDUS,  Gothus,  c.  25, 

MisiLiANENCis,    in   Vivariensi,   c.   418}    terroir  de 
Mé^ilhac, 

MixANUM,  in  Vivariensi,  c.  417;  Meysse  [Ardèche). 
MoDOLiNGUs,  villa  in  pago  Dagnensi,  e.  11 5. 
MoDOREiAGus,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  44. 
MoLiNi  PisciNi,  locus  in  pago  Arvernensi,  c.  147. 
MoNASTERiOLUM,  mons  in  pago  Narbonensi,  c.  32 1 . 

MONASTERIOLUM     SUPER     SeGONNAM,    C.     'i()'i  j    Mon- 

treuil-sur-Saéne . 
M0NEDARIAE,  villare  in  pago   Fenuletensi,  c.  216. 
MONELLUS,  abbas  S.  Hilarii,  c.   157. 
MoNiANUM,  villa  in  pago  Elenensi,  c.  296. 
Mons  Acutus,  villa  in  Rossilionensi,  c.  845. 
MoKS  Calmensis,  castrum  in  pago  Mngdalonensi, 

ce.  53,  86,   io3,  141,  202,  291;  Moncalmes,  près 

Aniane  [Hérault), 
Monscalvus,  villa  in  Ruthenico,  c.  389  j  Caumont 

[Aveyron),  arr.  de  Rode-^. 

MoNSNiGEB,  villa,  c.  70. 

Monsolivus  sive  Malaste,  monasterium,  ce.  107, 

i65,   191,  299,  332;  Montolieu. 
MoNTiSOLiYENSES  abbates.   Vide  OLOMUNDUS,  RI- 

CHIMIRUS,  WILIAFREDUS. 
MoNSPLANUS,  locus  in  pago  Rutenieo,  c.  3j6. 
MoNS-RuFL'S,  c.  21. 
Montana,  e.  21 . 

MoNTEDERNUM,   silvn  in  pago  Narbonensi,  c.  32i. 
Montelianos,  villa  in  Cerdania,  c.  218. 
MoNTiLii,  villa,  c.  69. 
MoNTiNiAco    (S.   Christophorls   de),    eeclesia   in 

pago   Rutenieo,   c.    128;  Montignac   [Aveyron), 

arr.  de  Rode'^, 

Montlieu,  locus  in  pago  Ausciensi,  c.   114. 


461 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


462 


MoiiENATus,  Makenatia,  MuiiENAs,  lociis  in  pago 
Arausione  sive  Aiirasione,  ce.  129,  142,  2o3, 
292;  Montas  (^Faucluse),  arr.  d'Orange, 

MORNAGELLUS,    locuS,   C.   46. 

MoRiOMANNiS  vallis,  C.  358;  Moricnval  (Oise),  arr, 

de  Senlis. 
MouMACENSis  (S.  Petrus),  monasteriuin,  c.  46. 
MoYSiAcuM,  MoYsiAcus,  sire  MusciAcuM,  monas- 

terium,  ce.  43,  5o,  248;  Moissac. 

MoYSiACENSES  abbates.  Vide  AMANDUS,  HERME- 
NINUS,   LEUTADES,   RA.UGARICUS. 

MujANus,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  48;  Mou- 
jan  [Aude),  près  Armissan. 

MuLiANUM,  alodis  in  pago  Minarbensi,  c.  3oi. 
MuLZACQ,  curtis  in  pago  Tolosano,  c.  5i. 
MuRENAS,  villa  in  pago  Arausione.   Vide  MoRE- 

NATUS. 

MusAGELLus,  villaris  in  pago  Carcassensi,  c.  164. 
MusciAcuM,  abbatia.  Vide  Moysiacum. 
MusiAcus,  villa  in  pago  Carcassensi,  c.  164: 
MuTAciONES,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  44. 
MuuM,  villa  in  Vivariensi,  c.  415. 


N 


NAMPIO,  abbas  S.  Hilarii,  c.   107. 
Nante,   lociis    in    pago    Rutenico,  c.   418  ;    Natit 
(Aveyron),  arr,  de  Millau. 

NANTELMUS,  c.  398. 

Nantense  ministerium,  c.  413. 

Narbona,  civitas,  ce.  2,  5,  6,  7,    10,    17,    18,  21, 

20,  26,  27,  28,  47,   55,    110,   i35,  287,  281, 

3o5,  332,  355. 
Narbonense  confinium,  c.  396. 
Narbonense  siiburbium,  c.  222. 
Narbonense  territorium,  ce.   i23,   i85,   196,  217, 

287,  288,  289,  332,  341,  344,  353,  370,  398. 
Naubonenses     archiepiscopi.     Vide     BARTHOLO- 

MAEUS,    BERARIUS,    DANIEL,    FREDALDUS, 

SIGIBODUS. 
Narbonenses  archipresbyteri.  Vide  DANIEL,  DU- 

RANDUS,  ELDEFREDUS. 
Naruone.nses   comités.    Vide   MAGNARIUS,  MILO, 

STURMIO. 
Narbonenses  judices,  c.  iS6, 
Narbonensis  (ecclesia  S.  Juliani),  c-  i35. 
Narbonbnsis  (ecclesia  SS.  Justi  &  Pastoris),  ce.  48, 

55,  95. 
Narbonensis  (ecclesia  S.  Mariae),  ce.  95,  i85. 
Narbonensis  (ecclesia  S.  Pauli),  c.  48. 
Narbonensis  (ecclesia  S.  Stephani),  c.  48. 
Narbonensis  comitatus,  c.  236. 
Narbonensis  pagus,  ce.   48,  60,  63,  75,  86,  91, 

100,-  i35,   142,   160,   173,  2o3,  207,  23o,  233, 

258,  259,  277,  280,  282,  291,  3oi,  3o5,  309, 

3i  I,  320,  359. 

Narbonensis  parrochia,  c.  55. 
Narbonensis  provincia,  c.  11. 


Narbonensis  ecclesia,  ce.  236,  237. 
Narbonensis  ac  Reuensis  ecclesia,  c.  3o5. 
Narbonensis  vicedominus.  Vide  FRANCO. 
Nargatis,  in  Vivariensi,  c.  418. 
Nasinianum,  villa  in  pago  Agathensi,  e.  2795  Ni- 

^ignan-l Evêque  [Hérault),  arr.  de  Béliers, 
Nastogilum,  villa  in  Ruthenico,  c.  340. 
Navarri,  c.  9. 
NEBRIDIUS,  archiepiscopus  Narbonenii».  Vide  NI- 

BRIDIUS. 
Nemausense  suburbium,  c.  76. 
Nemausenses  episcopi.  Vide  FRANCISCUS,  VICTI- 

RINGUS,  VUITERINGUS. 
Nemausensis  (sedes),  dicata  S.  Mariae  &  S.  Bau- 

delio,  c.  93. 

Nemausensis  pagus,  ec.  72,  76,  106,  202,  25 1, 
291. 

Nemausensis  eomes.  Vide  RADULFUS. 

Nemausensis  vieedominus.  Vide  AMENARDUS. 

Nemausus,  Nemauzus,  Nemosus,  ce.  4,  6,  11,  19, 
21,  25,  26,  27,  28,  29,  76. 

NIBRIDIUS,  NIFRIDUS,  NIMBRISIUS,  NINFRI- 
DIUS,  NEFRIDIUS,  abbas  Crassensis,  c.  63;  ar- 
chiepiscopus Narbonensis,  ce.  28,  95,  124,  i36. 

NiDOLARiAE,  cella  in  pago  Russilionensi,  c.  256; 
Nidoulières  [Pyrénées-Orientales),  commune  de 
Trcssere, 

NIFRIDUS,  Gerundensis  epiicopus,  missus  impera- 
toris,  e.   118. 

NiGELLA,  fluvius,  C.  23o  ;  la  Nièle,  rivière. 

NiviANUs,  villa  in.  Narbonensi,  c.  48;  Névian 
[Aude),  arr,  de  Narhonne, 

NIZEZIUS,  donator,  e.  43. 

NoBiLis,  villa  in  pago  Rutenico,  c.  46. 

NocERUM,  villa  in  pago  Nemausensi,  ce.  77. 

NoGAREDA,  villa  in  pago  Ruthenico,  c.  329. 

NORBER.TUS,  notarius,  c.  4o5. 

NOTO,  archiepiscopus  Arelatensis,  ce.  148,  102, 
172,  228. 

NovACELLA,  locus  in  pago  Magdalonensi,  ce.  202, 
291;  Juvignac  [Hérault). 

NovALius,  locus  in  pago  Narbonensi,  c.  63  ;  an- 
cien nom  de  la  Grasse  [Aude). 

NovEMropULANA  provincia,  c.  37. 

NoviciANicus,  villa   in  pago  Nemausensi,  c.  77. 

Novicius,  villa  in  pagq  Nemausensi,  c.  77. 

NoviLiAcus,  locus  in  piigo  Rutenico,  c.  376, 

NoviOMtAi,  civitas,  c.  4;  Noyon. 

NUCILO,  donator,  c.  398. 

NuSA,   c.    21. 


O 


OBBONIUS,  abbas  Alaonensis,  c.  260. 
Obiles,  villa  in  pngo  Narbonensi,  c.  75. 
Obtesa,  villa  in  territorio  Narbonensi,  c.  353. 
OccisiANus,    Occisio,   vilJn    in    pago    Arelatensi , 

ce.  i5o,  i53, 
Oceniae,' locus  in  Rossilionensi,  c.  365. 


463 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


464 


OciAcuM,  villa  in  Vivariensi,  c.  41.5. 

OCUPA,  rex  Sarracenorum,  c.  6. 

ODALRICUS.  Fide  IJDULRICUS. 

ODDA,  uxor  comitis  Leybulfi,  c,   170. 

ODDO.  Fide  ODO, 

ODDO,  rex  Francorum,  c.  i3. 

ODDO,  c.  363, 

ODDOARIUS,  abbas  S.  Zachariae,  c.  i6t. 

ODDOARIUS,  Sirasiensis  abbas,  c.  261. 

ODILO,  cornes,  ce.  70,   186. 

ODILO,  c.  287. 

ODO,  filins   Raimundi   comitis  Tolosani,   c.   33o} 

cornes  Tolosanus,  ce.  406,  407,  400,  ^2-^' 
ODO  ARIBERTI,  capellanus,  c.  241. 
ODOLPALDUS,  judex,  c.  373. 
ODOLRICUS,  judex,  c.  355. 
ODOVACRUS,  judex,  c.    178. 
Olentiaclm,  villa    in  pago   Narbonensi,   c.   289; 

Olon^ac  (Hérault),  arr.  de  Saint-Pons. 
OLERBIUS,  c.  319. 

OLIBA  I,  cornes  Carcassonae,  ce.  i33,  164,  iç], 
199,  207. 

OLIBA  II,  OOLIBA,  cornes  Carcassensis,  ce.  344, 
36.1,  372,  389. 

Olibegium,  locus  in  pago  Narbonensi,  c.  58. 

Oliveium,  Oliverus,  flumen.  Fide  OhOBio. 

Omvetus,  rivulus,  c.  234. 

OLOCIANUS.   Fide  S.  ANIANUS. 

OLOMUNDUS,  abbas  Montisolivi,  c.   107. 

Olotis,  locus  in  Bisuldunensi,  c.  368;  Olot  (Es- 
pagne). 

ONOALDUS,  abbas  in  Albigensi,  c.  42. 

OOLIBA,  cornes  Carcassonae.  Fide  OLIBA. 

Oraches,  in  Vivariensi,  c.  419. 

Oratorihm,  locus  in  pago  Carcassensi,  c.  299. 

Orbaciacum,  locus  in  pago  Lemovicino,  ce.  38i, 
404,  407,  409,  424. 

Orbus,  flumen,  c.  55;  l'Orè. 

Orgel,  pagus,  c.  218;  Pays  d'Urgel. 

Orgellitana,  Urgellensis   ecclesia  ,  ce.  212,  817. 

Orgelljtanum  syburbium,  c.  21 3. 

Origel,  civitas,  c.  365. 

ORIOLUS,  frater  Recosindi,  c.  340. 

OaivOLDAMCtJS,  colonica  prope  Psalmodiense  mo- 
nasterium,  c.  252. 

Okobio,  Orbio,  Oliveius,  Olivehus,  Uubio,  flumen, 

ce.   10,  28,  63,  91,   164,  207,  225,  309,  399. 
Oksiamm,  in  Vivariensi,  c.  418. 
Os,  villare,  c.  69. 
OsiGiuM,  in  Vivariensi,  c.  418. 
Oso,  riyus,  c.  420. 


P.  abbas  Bellilocensis,  c.  424. 

P.  DE  MONASTERIO,  archidiaconu»   Lemovicen- 
sis,  c.  424. 


Paccionacus,  locus  in  pago  Rotenico,  e.  82. 

Palagione,  in  Vivariensi,  e.  418. 

Palairacls,  Palaeragum,  villa  in  Carcassensi,  vel 

in  Petrapertusensi,  ce.  216,  397;  Palairac  (Aude), 

arr.  de  Carcassonne. 

Palariensis,    Palliarensis  pagus,  ce.    3i8,   363; 

comté  de  Pailkan. 
Palatiolus,  villa  in  pago  Elenensi,  e.  253. 
Palhars,  Paliares,  locus  in   pago  Magdalonensi, 

ce.  202,  291  ;  Palkas,  écart  au  nord  de  Saint-Jean 

de  Comhajargues  (Hérault). 
Pallagianum,  villa    in  pago  Helenensi,  e.  388. 
Palma,  cella  in  territorio  Narbonensi,  ce.  91,  207, 

3oi,  36o;  La  Palme  (Aude),  arr.  de  Narhonne. 
Palnatus,    monasterium    in    Petracorio,    c.    324; 

Paunat  (Dordogné),  arr.  de  Bergerac. 
Pampalona,  Paaipilo  sive  Luka,  civitas,   ce.  5,  8, 

17,  20;  Pampelune. 

Paredinas,  villa   in   Narbonensi,  t.  48;  Pradines, 

près  Névian  (Aude). 
Parisii,  Parisius,  civitas,  ce.  4,  7,  328;  Paris. 
PASCALIS  I,  papa,  c.  22. 
Pauchiaclm,  villa,  e.  69. 
PAULETA,  filia  Dadilae,  c.  82.       . 
Pauliaclm,  villa  in  pago  Nemausensi,  c.  77. 
PAULUS,  archiepiscopus  Aquileiensis,  c.  10. 
PAULUS,  dux,  ce.   19,  21. 
Peganum,   in   pago   Narbonensi,  c.  332.  (Fide  Ca- 

putstagnum.) 
Pelipjum,  locus  in  pago  Rutenico,  c.  406;  Peux- 

Conffoulens  (Ayeyron),  arr.  de  Saint-A/frique. 
Perariensis,  villa   in  pago  Arvemensi,  e.   147. 
Pekedum,  villa  in  Ruthenico,  c.  339. 
Peretum,   villa    in    Narbonensi,    c.   32 1;    Périère 

(Aude),  sur  l'étang  de  Capestang. 
PERPETUUS,  presbiter  Albigensis,  c.  40. 
PERSINETUS,  presbyter  Gerundensis,  e.  411. 
Perusilm,  c.  398. 

Petra,    locus    in    Ruthenico,    c.    340;    Peyreleau 

(Ayeyron),  arr.  de  Millau  (?). 
Petrabugatls,  mons  in  Bisuldunensi,  c.  368. 
Petracokius  sive   Petragoricensjs  pagus,  ce.  262, 

324;  Périgord. 
Petravita,  villa  in  pago  Elenensi,  ce.   193,  214. 
PetrAficta,  villaris  in  pago  Fenuletensi,  c.  216. 
Petraficta,  villa  in  Narbonensi,  c.  32  1 . 
Petraficta,  palatium  régis  Aquitaniae,  c.   i83. 
PetrAlatensiS  pagus,  c.  3  14;   Pays  de  Pierrelatc. 
Petramala,  locus  in  pago  Narbonensi,  e.   186. 
Petrapertise.vsis  pagus,  c.  216. 
Petrapertusense     territorium,    c.     385;    Pays    de 

Pierrepertuise. 
Peïron'icus,  locus   in   pago  tJcetlco,  c.   82;   Pari- 

gnargues  (Gard),  arr.  de  Ninies. 
PETRONILLA,  uxor  Agini,  e.  420. 
PETRONIUS,  praefectusGalliarum,  c.  37. 
PETRONUS,  filius  Segarii,  c.  402. 
Petrosa,  villa,  e.  39. 
Petruriu:\i,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
PETRUS,  iirchiepiscopiis  Mediolanensis,  e.   10. 


465 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


PETRUS,  jiidex,  c.  47. 

PETRUS,  vassiis  dominicus,  c.   19.^. 

PETRUS,  vassus  Fulchonis  archiepiscopi,  c.   ipô. 

PETRUS,  c.  332. 

PETRUS  RAIMUNDI,  vicecomes  de  Kastrobono, 
c.  422. 

PETRUS  RAIMUNDI,  vicecomes  Urgellitanus, 
c.  421. 

Pcyrault,  locus  in  pngo  Ausciensi,  c.   1  14. 

PHILIPPUS  I,  rex  Francorum,  c.    iJ. 

PHOCAS,  imperator,  c.   18. 

PiCTAVENSE  siibiirbiuin,  c.  5. 

PiCTAviENSis  pagus,  C.  Sp,  2625  Poitou. 

PicTAViS,  c.   17;   Poitiers. 

PiDiLiANUîNi,  villa  in  pago  Elenensi  ,  c.  SST);  Pé- 
tilla de  la.  Rivière  (^Pyrénées-Orientales),  arr.  de 
Perpignan, 

PliVAlDliS,  c.  64. 

Pjneta,  villa  in  pago  Nemaiisensi,  c.  202;  Sylve- 
Godesijue.  (Germer-Durand,  Dictionnaire  topo- 
graphique.) 

PIPPINUS  DE  HERTSTALIO,  majordomus,  c.  2,1. 

PIPINUS,  PIPPINUS,  dux  Francorum,  c,  6  ;  rex 
Francorum,  ce.  7,  21,  20,  26,  46,  238,  267, 
264. 

PIPINUS  I,  PIPPINUS,  rex  Aquitanorum,  ce.  m, 
164,   i65,   167,    181,   191,  2o5,  206,  23o. 

PIPINUS  II,  PIPPINUS,  rex  Aquitanorum,  ce.  248, 

269,  272,  275. 
PiitENAEi  montes,  ce.  5,  8. 

PLACIDIA,  filia  Theodosii  imperatoris,  c.   16. 
PLACIDUS,  presbiter,  c,  341. 
Planitium,  castrum  in  pago  Ucetico,   c.   io3;  Les 

Planes, 
Plaxanum,  villa  in  pago  Biterrensi,  ce.   174,  176; 

Plaissan  {^Hérault),  arr.  de  Lodève. 

PLECTRUDES,  uxor  Pippini  ducis,  c.  4. 
PociOLi,  in  Vivariensi,  c.  418. 
POLIRESINDUS  presbyter,  c.  341. 
PoMPELiAGus,    villa    in    pago    Agennensi,    c.    44; 
Poinpejac  (^Lot-&-Garonne),  arr.  d'Agen, 

PoNCio,  PoNTiGO,  PoNTio,  PoNTi VNUM ,  palatium 
regium,  ce.  293,  3i7,  3i8,  356,  362,  382. 

PoNTiGOMS  villa,  palatium  regium,  c.  206. 

PONZIUS,  abbas,  c.  22. 

PoncARiAE,  locus  in  pago  Magdalonensi,  ce.  61, 
202,  291;  Porquières  (^Hérault), 

PoRTU-AcRi  (S.  Saturninus  de),  ecclesia  in  pago 
Rutenico,  c.   i  28. 

PORTUGALIS,    c.     I  7. 

POSSEDONKiS,  episcopus  Urgellensis,  c.  241, 
POTAMIA,  Deo  sacrata,  c.  417. 
Pr.\i)A,  villa    m    pago  '  Carcassensi,  c.  36ij   Prades 
(^Aude),  arr.  de  Carcassonnc. 

PiiAHRETA,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  44. 
Prata,  villa   &  cella    in  Confluenti,  ce.  218,  36o, 
399;   Prades  [Pyrénées-Orientales). 

Pratas,  villa  in  territorio  Narbonensi,  c.  041; 
Prades  (^Hérault),  sur  la  BernasouhreSj  arr.  de 
Saint-Pons. 


466 

PrE\Anis,   villa    in    Narbonensi,    c.    48;    Prcissan 

(Aude),  commune  d'Ouveillan. 
Prexiams,  villa    in    pago   Carcassonensi  ,  c.  l'i-j  ; 

Preixan  (Aude),  arr.  de  Carcassonnc. 
PRIMA,  uxor  Secundi,  c.  416, 
Principiis,  collis  in  Bisuldunensi,  c.  368. 
PROTASIUS,   arehipresbiter,  c.  296;   presbiter   vel 

sacerdos,  ce.  346,  365. 
PROVASIUS,  judex,  e.    118. 
Provincia,  ce.  6,   89,  97,    ii3,    139. 
Prulianlm,   villa,   c.   70;    Prouille  (^Hérault),  arr. 

de  Saint-Pons. 
PsALMOuiA,  PsALMODiuM,   insula   in   pago  Nemau- 

sensi,  c,  1  06. 
PsAT.MoniE.NSES   abbatcs.    Vide   CORBILLA ,    ELVA- 

TUMIRUS,  THEOBALDUS,   THEODEMIRUS. 
P.SALMODIENSIS   (S.    Petrls),   monastcrium,  ce.  77, 

81,    106,    25l. 
Pucio-Valeri,  villa   in   Narbonensi,  c.  48;  Saint- 

Valiere  (^Aude),  arr,  de  Narbonne  (?). 
PuLETi'M,  villa   in  comitatu  Valentinensi,  c.  395. 
PtiMANUM,  villa  in   pago  Biterrensi,  c.  2i5j  Pou- 
pian  (^Hérault),  arr,  de  Lodève, 


Q 


QuiciAcuM,  villa  in  Vivariensi,  c.  416. 
QuiLiAiNLM,   villa    in    Narbonensi,   c.    48;   Quillan 

ÇAude),  arr,  de  Limoux, 
QuiNCiANis,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  48. 


R 


RABANUS,  monaehus  Anianensis,  c.  11. 

RABAVAL,  c.  21. 

RADAGASTUS,  Scytha,  e.  16. 

RADBODUS  dux,  c.  4. 

RADEPERTUS,  judex,  c.  3o6. 

RADO,  caneellarius,  ce.  59,  60,  62. 

RADO,  frater  Wrmari,  vassalli  imperatoris,  ce.  184, 

188. 
RADULFUS,   cornes    Uceticensis    &    Nemausensis, 

c.  26. 
RADULFUS,  c.  384. 

RAGAMBALDUS,  missus  imperatoris,  c.  202. 
RAGANBALDUS ,     diacouus,     vocatus     Dunensis 

-piscopus,  c.  57. 
ly  .GANEXBLRG,  palatium  regium,  c.  54. 
RAGANFREDUS,  ce.  4,  5. 
RAGANTEUS,  e.  348. 
RAGEMUNDUS,     RAIMUNDUS ,     REGIMUNDUS , 

cornes   &  marchio  Tolosanus,  ce.  322,  325,  326, 

329,   339,  357,  376,  406,  409. 
Ragiatis,  in  Vivariensi,  c.  419. 
RAGONFREDUS,  cornes  palatii,  c.   118. 
R\iMi:s\,  locus  in   pago  Arelatensi.  Vide  Ralse.n- 

NESA. 


467 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


468 


RAIMUNDUS,  archidiacomis  Barchinonensis , 
c.  169. 

RAIMUNDUS,  cornes  Barchinonensis,  c,   169, 
RAIMUNDUS.   Fide  RAGEMUNDUS. 
RAIMUNDUS,  vicecomes  Cerritaniae,  c.  421. 
RAMETRUDIS,  iixor  Aliardui,  c.  210. 
RAMNO,  RAMNUS,  episcopus   Elenensis,  ce.  180, 
383, 

RAMNUS,  mandata  ri  us  abbatis  Caunensis,  c.  287. 
Ramon  Ennengaudi  de  Sancto  Martine,  c.  423. 
RAMPO,  marchio  in  Septimania,  c.  224. 
RANDRICUS,   missus    a   missis   comitis  Unafredi, 
c.  333. 

RANGENFREDUS,  notarius,  c.  269. 
RANVALDUS,  judex,  c.  378. 
Rarolingus,  villa  in  page  Tolosano,  c.  43. 
Ratensis  comitatus.  Fide  Redensis. 
RAUGARICUS,  abbas  Moissiacensis,  c,  248. 
Rausennesa,   Raimesa,  villa   in  pago  Arelatensi, 

ce.  i5o,  i53. 
RAYMUNDUS,  notarius,  c.  3o5. 
RAYNALDUS,  c.  146. 
Reiîentini'S,  villa    in    pago    Carcassensi,   c.    36i; 

Rehenty  (^Audc),  arr.  de  L'imoux. 
RECCAREDUS  I,  rex  Gothorum,  ce.   14,  18. 
RECCAREDUS  II-,  rex  Gothorum,  c.   14. 
RECCESWINDUS,  sncerdos,  c.  365. 
RECEMIRUS,  e.  3o6. 
RECESINDUS,  abbas  Arulensis,  c.  247. 
RECESVINTUS,   RECESVINDUS,    RECESVUINDUS, 

rex  Gothorum,  ce.    i5,  19,  20. 
Recopous,  urbs  in  Celtiberia,  c.   18. 
RECOSINDUS,  presbiter,  c.  296. 
RECOSINDUS,  e.  344. 

Redenses  comités.  Fide  AYFREDUS,  BERA. 
Redensis,  Ratensis  comitatus,  ce.  362,  372. 
Redensis  pagus,  ce.  56,  226,  253,  239,  32i. 
Redensis  comitissa.  Fide  ROMELLA. 
REGIMUNDUS.  Fide  RAGEMUNDUS. 
REGNOPULUS,  filius  Braceronis,  e.  221. 
S.  REMIGIUS,  episcopus  Remensis,  c.  39. 
REMIGIUS,  pater  Berteiz  comitissae,  c.  406. 
REMULUS,  judex,  c.   118. 
Renus,  fluvius,  c.  4. 

Rescemiri  villa,  in  pago  Redensi,  c.  206. 
ResciAcum,    villa    in    pago    Carcassensi,    c.    362; 

Raissac-sur-Lampy    {Aude^,    arr.    de   Carcassonne, 
RESTITUNDUS,  judex,  c.  i85. 
Revidagau,  villa re  in  pago  Bisuldunensi,  c.  342. 
Revis,  villa,  c.  69. 

REYMUNÛUS,  cornes  Albiensis,  c.  400. 
RiiODANUs,  RoDANUs,  fiumen,  ce.   5,  6,  37,    116, 

148,    i52,    171,   2o3,    396,  416,   42c. 
RiART  (S.   JoHANNES  de),    ecclesia    in    pago   Rossi- 

lionensi,  c.  348. 

RlBAFARA,   C.    21  . 

RiBALTA,  RiPAALTA,  viUa  in  pago  Carcassensi, 
ce.  309,  36oj  Ribaute  (^Aude),  arr.  de  Carcas- 
sonne. 


RinDGUM,  villa  in  Ruthenico,  e.  339. 
Rusera,  c.  21 . 
RiEOGAR,  c.  21. 

RICARDUS,  filius  Elesi'pio,  vicedominus  Uceticen- 
sis,  c.  29. 

RICCIARIUS,  Suevorum  rex,  c.   16. 
RICCIMIRUS,  presbyter,  c.  07. 
RiCERDO  (S.  JoiiANNES  in),  ecclesia  in  Valle-Aspe- 
ria,  e.   i32. 

RICH ARDUS,  c.  376. 

RICHEFRIDUS,  abbas  S.  Aniani,  e.  233. 
RICHELMUS,  vicecomes  in  Russilionensi,  c.  3o6. 
RICHILDIS,  uxor  Olibae  comitis,  ce.   199,  3o2. 
RICHIMIRUS,  abbas   Monsolivensis,  ce.  299,  332. 
RICHIMIRUS,  mandatarius    abbatis   Montisolivi , 
c.  332. 

Richlsis,  villare  in  pago  Petralatensi,  e.  314. 
RICIMIRUS,  abbas  S.  Andeoli,  e.  367. 
RICOSINDUS,     mandatarius     Salomonis    comitis, 
c.  346. 

RICULFUS,  Gotus,  fidelis  regius,  c.  295.' 
RIDLINDIS,  uxor  Radulfi,  c.  384. 
RiGiLLO,  curtis  in  Rutenensi,  c.  322. 
RIHISENDA,  uxor  Wifredi,  c.  344. 
RIMILA,    abbas    S.    Vincentii    in    Bisuldunensi, 
c.  342. 

RiODAZANUs,  villa  in  pago  Bisuldunensi,  c.  3oi. 
RiODAZARi,  villa  in  pago  Ausonensi,  e.  411. 
RiOLS,  Idcus  in  pago  Rutenico,  c.  406. 
RiPAALTA,  villa  in  pago  Narbonensi.  Fide  Ribaltâ. 
RiPACURCENSiS  pagus,  e.  3i8;  Pays  de  Ril>agor<^a. 
RiSSELLUM,  villa  in  terminio  Caunensi,  e.  64. 
Ri  VUS    Ferrarils,    rivulus,    c.    079;    RiwFerrer, 
ruisseau,  en  Roussilîon. 

ROBERTUS,  comes  Magalonensis,  e.   126. 

RocA  Frusindi,  in  pago  Elenensi,  c.  295. 

RoDANus,  flumen.  Fide  Riiodanus. 

RODEGARIUS,  sacerdos  Gerundensis,  e.  411. 

RODESTAGNUS,  vassus  dominicus,  c.  47. 

RoDi   iNSULA  (S.  Maria  de),  monasterium,  e.  262. 

RODULFUS,  archiepiscopus  Bituricensis,  ce.  363, 
403. 

RODULFUS,  comes  Confluentanus,  c.  399. 

RODULPHUS,  e.  420. 

Rodunda-Vaber,  in  Ruthenensi,  e.  400. 

RoFiAC  (S.  Saturninus  de),  ecclesia  in  pago  Ru- 
thenico, c.  122;  Rouffiac  (^Aveyron),  arr.  de  Fil- 
lefranche. 

RoHAS,  villa,  c.  6(). 
Roma,  ce.  6,  m  ,  16. 
Romani,  e.   16. 

ROMANLS  populus,   c.    5. 

RoAiANiANL'M ,     vilIa    in    comitatu     Bisillunensi , 

c.  385. 
RoMARici  MONS,  viUa,  c.  3o5  ;  Rcmircmont. 
ROMELLA,  comitissa  Redensis,  c.  79. 
ROSEGONTIA,  uxor  Adulfi,  c.  353. 
RosERiAE,  in  Vivariensi,  c.  417;  Rosières  (^Ardèche). 


469 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


470 


ROSINOLA,    ROSILIO,    ROSCILIONA,  CC.    21,    IIO,   |88; 

Castel-Roussillon. 
RosoLiONENSis,  RossoLio.NENSiS  comitatus,  CC.  344, 

35# 
RossiLiONENSES  comites.  FiJe  MIRO,  SUNIARIUS. 
RussiLioNENSES    vicecoiTiites.    Vide    ELDESINDUS, 

RICHELMUS. 

ROSSILIONENSIS,      RuSSlI,10\ENSlS ,      RuSSULIONENSIS 

pagus,  ce.  218,  256,  269,  283,  290,  290,  348. 

—  territorium,  c.  384. 

RussiLiONENSis,  RussuLiONENSis  pagus,  terrltorium. 
Vide  RosSILIONENSiS. 

ROSTAGNUS,  abbas  Calmiliensis,  c.  393. 

ROSTAGNUS,  c.  402. 

ROTBERTUS,  rex  Francorum,  c.   i3. 

RoTENicus  pagus.  Vide  Rutenicis. 

RoTHAniAs,  villa  in  pago  Rutenico,  c.  406. 

ROTLANDUS,   archiepiscopiis   Arelatensis,  c.  3o3. 

ROTLANDUS,  abbas  Vabrensls,  ce.  322,  SSy. 

ROTRUDES,  uxor  Braidingi,  c.  70. 

ROTRUDES,  mater  Annae,  c.  346. 

ROTRUDIS,  uxor  Richardi,  c.  376, 

RovEiA,  RovEGiA,  rivus,  c.  176;  la  Rouyiè^e,  ri- 
vière. 

RovORiAMCAE,  villa  in  Ruthenico,  c.  340. 

Rluinas,  villa    in   pago    Arelatensi ,  ce.  149,   ij3, 

RucENNiAco  (ecelesia  de),  in  pago  Rutenico,  c.  1  28  j 
Roussennac  {Aveyron),  arr,   de  Rode^. 

RUDERICUS,  rex  Gothoriim,  ce.  20,  24. 

Rl'fiacus,  villa  in  page  Careassonensi ,  c.  207; 
Rouffiac  d'Aude  [Aude),  arr.  de  Carcassonne. 

RUFINUS,  frater  Bobonis,  c.  418. 
RuHiLiA  (ecelesia  de),  in  pago  Rutenico,  e.  128. 
RuMPO,  mons  in  Vivariensi,  c.  420  j  le  Rompon. 
RUSTICUS,  episcopus  Viyariensis,  c.  415. 
RuTENO,  c.  27;  Rode^. 

RUTE.MCUS,  RUTHEMCUS,  ROTEMCCS  pagUS,  CC.  66, 
82,  122,.  127,  202,  291,  329,  339,  357,  376, 
405,    413. 

RuTHENENSis  cpiscopus.  Vide  ELISACHAR. 

RUÏHENI,   c.    7. 

RuxiLiAiMJS,  villa  in  suburbio  Nemaiisensi,  c.  76. 


SABARICHUS.  Vide  SAVARICUS. 

Saconacum,  in  Vivariensi,  c.  416. 

Saduacum,  in  Vivariensi,  c.  416. 

Sala,  villa   in  Narbonensi,  c.   485  Salles  d'Aude 

(^Aude),  arr.  de  Narbonne. 
SALAMO.  Vide  SALOMON. 
Salas,  villa   in  pago  Carcassensi,  ce,    167,    168, 

206. 
Salatianl'S,  villa  in  pago  Arelatensi,  c.   i53. 
Salegias,  villa  in  pago  Vellavensi,  c.  i56. 
SALICUS,  Arausisensis  episcopus,  c.  56. 


Salignacium    aut   SAMG>AGELLts,    locus    in    pago 

Magdalonensi,  c.  81  ;  Sauviac  [Hérault),  f Tho- 
mas, Dictionnaire  topographique. ) 
SALr.ELAS,  villa  in  pago  Elencnsi,  c.  253;  Salcllcs 

[Pyrénées-Orientales),  arr.  de  Perpignan,  commune 

de  Cabestang. 
Salleii  seu  Orbaciacus  (terra  de),  in  Lemovicino, 

c.  424. 
SALO,  jiidex,  c.  118. 

SALOMO,  cornes  &  marchio  in  Marca,  c.  346. 
SALOMON,  SALAMO,  episcopus  Elenensis,  ce.  214, 

383. 
SALOMON,    SALAMON,   episcopus  Tolosanus, 

ce.   177,  3i3. 
SALOMON,    advocatus    Autscindanae    abbatissae, 

c.  72. 
Salsidus,  villare  in  pago  Impuritano,  c.  314. 
Salsjnae,  villa  in  pago  Magalonensi,  c.  252. 
Salto,  locus  in  Rossilionensi,  c.  365  j  Sauto  [Py- 
rénées-Orientales), arr.  de  P rades. 
Saltus,   pars   pagi    Redensis,    c.  259  j    le  pays  de 

Sault. 
SALVIOLUS,  c.  388. 

SALVIUS,  episcopus  Beneamensis,  c.  42. 
SAMBIA  aut  SAMBA,  c.  21. 
Sambilianum,  villa   in  pago  Tolosnno,' c.  4^;  Sa- 

mouillan   [Haute-Garonne),   arr.  de  Saint-Gau- 

dens  [}). 
Sambi:ca,  Sambuga,   flumen   in   Hispania,  ce.  224, 

348. 
Samsonexsis  aieis,  in  Vivariensi,  c.  416;  terroir  de 

Samp'^on  [Ardècke). 
SAMUEL,  episcopus  Tolosanus,  ce.  219,  240. 
SANCOLUS,  presbiter,  c.  296. 
SANCTIOLUS,  sacerdos,  c.  365. 
SanctonEiNSIS  pagus,  c.  262;  Pays  de  Saintes. 
SANCTUS,  presbiter,  c.  338. 

S.  Adrianus,  basilica  in  pago  Carcassensi,  c.  257^ 
S.  Alba.nls,  ecelesia  in  Valentinensi,  c.  420. 
S.  Amantius,  ecelesia  in  pago  Carcassensi,  c.  362. 
S.  Andeoli  abbas.  Vide  RICIMIRUS. 
S.  Andeolls,  monasterium  in  Bisuldunensi,  c.  367. 
S.    Andeolus,   villa    prope    Rhodanum,    c.    39j5  ; 

Bourg-Saint-Andéol  [Ardeche) ,   arr.    de   Largen- 

tière, 
S.   Andréas,   ecelesia    in    episcopatu  Tolosano, 

c.   3l2. 

s.  ANIA^'^;s  sive  Olocianus,  monasterium,  ce.   160, 

z3i  i  Saint-Chignan. 
S.  Amani  abbates.  Vide  DURANDUS,  RICHEFRI- 

DUS,   WOICA. 
S.  Antonini  abbas.  Vide  FEDANaUS. 
S.  Antomnus,   monasterium,  c.  122;   Salnt-Anto- 

nin-sur-V Aveyron  [Tarn- &-Garonne\ 
S.  Candida,  villa  in  pago  Narbonensi,  e.  277. 
SS.  Cecilia  &  Petrus,  cella    in   pago  Carcassensi, 

ce.   166,  299. 
S.  Christophorcs,   ecelesia    in    pngo   Lemovicino, 

c.  363. 
S.  CiRiACUs,  ecelesia   in   pago   Ruthenico,  c.   122; 

Saint-Circq  [Aveyron),  arr.  de  Rode^. 


47» 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


472 


s.  Clemens,  cella  in  pago  Russilionensi,  c.  280. 
S.  Clementis  praepositiis.  Vide  SINTREMUNDUS. 
S.   Crescentius,    ecclesia    in    Narbonensi,    c.   48; 

Saint-Crescent,  église  près  Narhonne. 
S.  CucuFATUS,   ecclesia  in  pago  Carcassensi,  c.  91; 

Saint-Couat-d'A  ude  (Aude),  arr.  de  Carcassonne. 
S.  Cyprianus,  cella  in  Cerasia  pago,  c.  348. 
S.  Deodata,  lociis  in  Hispania,  c.  3 18. 
S.  DiONYSiLS  in   Francia,   monasterium,  ce.   349, 

35 1,  365,  368,  3875  Saint-Denis. 
S.  Erneterius  ac  Genesius,  monasterium   in  pago 

Gerundensi,  c.  3i5. 
S.  Félix,  villa  in  pago  Elenensi,  ce.  214,  383. 
S.  Félix,  cella  in  pago  Elenensi,  c.   193. 
S.  Félix,  capella,  c.  46. 
S.  Fructuosus,  villa  &  monasterium  in  pago  Car- 

cassonensi,  ce.  259,  289;  Saint-Frichoux  [Aude), 

arr,  de  Carcassonne. 
S.  Fructuosus,  cella  in  pago  Urgellensi,  c.  241. 
S.  Genesils,   cella    in   pago   Carcassensi,   ce.  3oi, 

359. 
S.  Genesius,  capella    in  villa  Censerado,  in   pago 

Narbonensi,  c.  222. 
S.  Georgius,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
S.  Grvta,  monasterium,  c.  241. 
S.  Heulalia,  ecclesia  in  Vivariensi,  c.  417. 
S.  HiLARii    abbates.    Vide   ANA,    EGIDO,    LEON- 

NIUS,   MONELLUS,   NAMPIO. 

S.    HiLARiiiS,    monaste'rium,.  ce.    157,    167,    255; 
Saint-Hilaire  du  Lauquet. 

S.  Jacobus,  ecclesia  in  civitate  Urgello,  c.  317. 

S.  JoANNES,  ecclesia  in  Vivariensi,  c.  417. 

S.  JoAîTNis,  ecclesia  Calmiliensis,  c.  271, 

S.  JoHANNES,  cella  in  pago  Carcassonensi,  ce.  234, 

36i. 
SS.  JohAnnes  &  Mauritius,  ecclesia  in  Vivariensi, 

c.  419;  Saint-Maurice-sous-Chalancon  (^Ardèche). 
S.   JuLiANUs,    cellula    in   pago   Elenensi,  ce.  193, 

214. 
S.  JuLiANCs,  ecclesia  in  Valle  Asperia,  c.   i32. 
S.  Laurentu  ad  Nigellam  abbas.  Vide  DAVID, 
S.  Laurentius,  mens  in  Bisuldunensi,  c.  368. 
S.-Lal'rentius  ad  Nigellam,  monasterium,  c.  23o; 

Saint-Laurent-sur-Niesle. 
S.  Laurentius,  cellula  in  pago  Narbonensi,  c.  233; 

Saint-Laurent j    chapelle   rurale^  près  Saint-Chi- 

gnan, 
S.  Laurentius,  ecdlesia  in  Vivariensi,  c.  419  j  Saint- 

Laurent-sous-Coiron  (^Ardèche). 
S.  Lupus,   ecclesia    in  Vivariensi, 'c,   419;   Saint- 

Loup-de-Mercuer  [Ardèche). 
S.  Marcellus,  villa    in    Narbonensi,   ce.  48,  23o; 

Saint-Marcel  [Aude),  arr.  de  Narhonne. 
S.  Margarita,  ecclesia,  e.  412. 
S.  Maria,  cella  in  pago  Carcassensi,  ce.  23o,  36i, 
S.  Maria,    cella    super    fluvium    Amera ,    in    pago 

Gerundensi,  e.  3i5. 
S.  Maria,   cella    super   fluviinn   Sterria ,   in   pago 

Gerundensi,  c.  3  1  5. 
S.  Maria,  ecclesia  •&  villa    in   pago   Narbonensi 

ce.  48,  190,  196. 


S.  Maria  Deaurata,  monasterium,  e.  219;  la 
Daurade, 

S.  Martialis,   monasterium    in    urbe    Lemovica, 

c.    167;  Saint-Martial  de  Limoges,  • 

S.  Martinus  in  Campania,  c.  209. 
S.  Martinus,  eastrum,  c.  421. 

S.  Martinus,  cella  in  urbe  Arelatensi,  ce.  129, 
i3o,    142,  2o3,   291. 

S.  Martinus,  cella  in  pago  Elenensi  sive  Russi- 
lionensi, ce.  159,  348,  35o;  Saint-Martin^  ha- 
meau (Pyrénées-Orientales),  arr.  de  Céret. 

S.  Martinus,  cella  in  pago  Carcassensi,  ce.  108; 
i57,  166,  168,  299,  362. 

—  villa,  ce.  255,  36 \i  Saint-Martin  le  Vieil  (Aude), 
arr,  de  Carcassonne, 

S.  Martinus,  monasterium,  c.  i  i3. 

S.  Martinus,  vallis  in  pago  Elenensi,  c.  286. 

S.  Martinus,  villa  in  eomitatu  Redensi,  e.  362; 
Saint-Martin-de-Villeréglan  {Aude),  arr,  de  Li~ 
moux  (?). 

S.  Mauritius,  ecclesia,  c.  417;  Saint-Mauricc-sur- 
l'Ardèche. 

S.  Michael,  cella  in  pago  Cerasia,  c.  348;  Saint- 
Michel,  près  d'Eyma  [Pyrénées-Orientales),  arr. 
de  Montlouis. 

S.  Paragorius,  ecclesia  in  Biterrensi,  c.  ôç;  Saint- 
Pargoire  [Hérault),  arr,  de  Lodèye, 

S.  Paulus  Narkonensis,  monasterium,  ce.  95,  ij-j- 
Saint-Paul  de  Narhonne, 

S.  Paulus,  locus  in  pago  Narbonensi,  c.  209. 

S.  Paulus,  ecclesia  in  Vivariensi,  c.  417. 

S.  Petrus,  cella   in  pago  Bisuldunensi,  e.  348. 

S.  Petrus,  cella  in  pago  Carcassensi,  c.  299. 

S.  Petrus,  ecclesia  in  pago  Arverniatensi,  c.  418, 

S.  Petrus,  ecclesia  in  Vivariensi,  c.  417. 

S.  Petrus  in  Rompone  monte,  ecclesia  in  Viva- 
riensi, c.  420  ;  Saint-Pierre  de  Rompon  [Ardèche). 

SS.  Petrus  &  Andréas,  ecclesia  in  suburbio  Or- 
gellitano,  c.  21  3. 

SS.  Petrus  &  Hippolytus,  capella  in  pago  Rute- 
nico,  c.  406. 

SS.  Petrus  8c  Paulus,  cella  in  territorio  Narbo- 
nensi, in  insula  Litia,  e.  36o. 

S.  PoLYCAKPi  abbas.   Vide  CENTULLUS. 

S.  PoLYCARPUS,  monasterium,  c.  253;  Saint-Poly- 
carpe, 

S.  PoRCARius,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  275. 

S.  Privatus    de    Garcio,    locus   in   diocesi    Uceti- 

censi,  c.  24;  Saint-Privat-du-Gard. 
S.  Projectus,  ecclesia  in  Vivariensi,  e.  420  ;  Saint- 

Priest  [Ardèche). 
S.  QuiNTiNiJS,  cella    in   pago   Rossilionensi,  juxta 

Arulas,  c.  348. 
S.  RoMANUs,  ecclesia  in  Vivariensi,  c.  417. 
S.  RusTicus,  capella  in  pago  Tolosano,  c.  5r. 
S.  Salvator,  cella   in  pago  Arvernensi,  c.   147. 
S.  Salvator,  ecclesia  Lemovicensis,  e.  262. 
S.  Saturnini  Rutiienensis  abbatissa.  Vide  KARIS- 

SIMA. 
S.  Saturmnus  Ruthenensis,  monasterium,  e.  400; 

Samt-Sernin  de  Kode^. 


473 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


474 


s.  Satup. NiNus  prope  Tolosam,  monasteriuTri, 
ce.  219,  225,  227,228,  229,  23 1,  233,  235,  237, 
239,  242,  246,  248,  253  j  Saint-Sern'in. 

S.  Saturmnus,  ecclesia  in  Vivariensi,  c.  419; 
Saint-Sern'tn  de  Lespinasse  {Jrdèchc). 

S.  SATURNINUS,  episcopus  Tolosanus,  ce.  29, 
3o,  3 1 . 

S.  SILVIUS,  episcopus  Tolosanus,  c.  33. 

S.  Stepiianls,  cella  in  Caicassensi,  c.  36i. 

S.  Stepiianls,  ecclesia  in  Vivariensi,  c.  420  ;  5rt/rtf- 

Etienne  du  Lac  [Ardechc), 
S.  Stepiianus,  villa   &  monasterium   in   pago  Car- 

cassensi,  c.  234;  Satnt-Est'eve  de  Cahardc'^. 
S.  Sympiiorianus,    in  Vivariensi,   c.   417;  Salnt- 

Symphorien  de  V alv'ignères  [Ard'eche). 
S.  THEODORITUS  Uceticensis,  c.  26. 
S.  THEOFREDUS,  ce.  386,  393. 
SS.  Thomas  &  Sebastianus,  ecclesia  in  Vivariensi, 

c.  419;  Saint-T/iomé  (Ardèche). 
S.  TiiiERii   abbates.    Fide   ADREBALDUS,    BONE- 

SINDUS. 
S.  TIBERIUS,  martyr,  c.  356. 
S.  TiBERius,    monasterium,    c.    355;   Saint-Thi- 

héry. 
S.  TniOTiiEus,  capella    in  pago  Rutenico,  c.  406. 
S.  VALERIANUS,  episcopus  Vivariensis,  c.  415. 
S.  VENANTIUS ,    episcopus    Vivariensis,    ce.  415, 

4.8. 
S.  VEREDEMIUS,    heremita    in   diocesi    Uticensi , 

c.   23. 
s.  Victor,  ecclesia  in  Vivariensi,  c.  416. 
S.  Vi.NCENTii  abbas.  Vide  RIMILA, 
S.  V^iNCF.NTiLS,  cella  in  pago  Bisuldunensi,  c.  342. 
S.  Vfncentus,   cellula    in  pago  Elenensi,  ce.   159, 

35o<. 
S.  VOLUSIANUS,  archiepiscopus  Turonensis,  c.  33. 
SARRACENI,    ce.    2,  4,    5,  6,  7,  8,  9,    10,    12, 

20,  24,   25,  26,  27,   28,  60,  97,  98,   109,    127, 

164,   169,   243,   261. 
SAVARICUS,  SABARICHUS,  ce.   178,  3o6. 
Savartexse  suburbium,  c.  356;   le  Savarte:^. 
SAVIGILDUS,  c.  332. 
Savimagus,  villa    in   pago   Elesano,   c.  44;  Savi- 

gnac-Laussone  (Gers),  arr.  de  Lombe^, 
S  AXONES,  c.  8. 
Scans    (ecclesia   S.    Stephani    ad),    in  Vivariensi , 

c.  419;  Saint-Etienne  de  Sceautrcs  (^Ardèche), 
SCILA,  judex,  c.    i85. 

SCIMINUS,  filius  Adalariei,  duels  Vasconiae,c.  264, 
SCONBERTUS,  c.  418, 
ScoNDOr.ATis,  in  Vivariensi,  e.  418. 
ScoTADiLS,  flumen,  e.  419;  l'Escoutay. 
ScoTERNAM-viLLA,  locus  in  pago  Tolosano,  c.  43. 
ScuDiuM,  villa  in  Vivariensi,  c.  41  5. 
SCULPILIARIUS,  judex,  e.  118. 
SCUPILIO,  metropolitanus  Elosanus,  e.  42. 
ScuRTFATA,  villa  in  pago  Narbonensi,  c.  234. 
Secarii,   SiGARii  (villa),  in  territorio  Carcassensi, 

ce.   166,  299;  Val-Sigier,  près  Montolieu  {Aude). 
SECUNDUS,  e.  416. 


Sedratis,  villa,  c.  69. 
Segalare,  villa  in  Ruthenico,  c.  339. 
SEGARIUS,  c.  400. 

Segelo.va  ,    villa    in     Narbonensi,    c.    48;    Gléon 
(Aude),  arr.  de  Narborine. 

Segi,  locus   in   pago  Magdalonensi ,  ce.   86,  141, 
202,  291. 

SEILA,  judex,  c.  içS. 

Selvamagum,  villa  in  pago  Rutenico,  c.  128. 
SEMA,   rex  Sarraccnorum,  ce.  1,  25. 
SENDEREDUS,  judex,  ce.  287,  341. 
SENEFREDUS,  c.  398. 
SENEGILDUS,  abbas  Anianensis,  c.  io3. 
SENEGUNDIS,  uxor  Fulgualdi,  c.  329. 
SENHERESUS,  judex,  e.  332. 
SENMur.LW,  villa,  c.  363;  Semur. 
Septi.mania,  ce.    11,  89,  97,  98,    ii3,   139,    r59, 
160,    184,    188,  232,  234,  243,  280. 

Septimamae  marchiones.  Vide  HUMFREDUS,  SU- 

NIEFREDUS. 
SEPTIMIUS,  episcopus  Albensis,  c.  415. 
SERENUS,  dux  Aquitaniae,  e.  260. 
SERGIUS,  papa,  c.  22. 

Serra  (Ipsa),  alos  in  pago  Ausonensi,  c.  3o2. 
Serralonga,  villa   in   pngo  Rossilionensi,  c.  345; 

Serralongues  (Pyrénées-Orientales),  arr.  de  Céret. 

Serras,  villa  in  pago  Urgellensi,  e.  241. 
Servatioxi'M,  in  Vivariensi,  c.  418. 
SERVUS-DEI,  Bareinonensis  episcopus,  c.  57. 
SESEMUNDUS,  Convenarum  urbis  episcopus,  e.  42. 
SESENANDA,  c.  399. 

SESENANDUS,   mandatarius    Mironis    eomitis, 
c.  374. 

Sevegam  Collas-Vilare,  locus  in  pago  Tolosano, 
c.  43. 

SIBILLA,   uxor   Petri-Raimundi ,  vieecomitis  Ur~ 
gellitani,  c.  421 . 

SIBOALDUS,  Agennensis  episcopus,  c.  42. 

SICCARIUS,  vassus  dominicus,  c.   195. 

SICFRIDUS,  fidelis  régis,  c.  218. 

SiGARii  (villa),  in  pago  Carcassensi.  Vide  Secarii, 

SIGEBODUS,   archiepiscopus  Narbonensis,  c.  372. 

SIGEBODUS  diaconus,  notarius,  c.   i65. 

SIGERICUS,  rex  Gothorum,  ce.   i3,   16. 

SIGIBERTUS,  presbyter,  e.   147. 

SIGIBERTUS,  monaehus  S.  Dionysii,  c.  6. 

SIGIHINUS,  dux  Mostellanicus,  c.  265. 

SIGILFREDUS,  scriptor,  c.  47. 

SIGIPERTUS,  episcopus  Uceticensis,  ce.  28,  29. 

SIGMUNDA,  e.  352. 

Signa  (Ad),  loeus  &  salinae  in  pago  Narbonensi, 

ce.  86,  142,  2o3.       _}j  v^" 
SiLEXGUI,  c.    16. 

Sils,  locus  in  pago  Rutenico,  c.  406. 
SiLVAPLANATA ,    in  Vivariensi,    c.  421;   Sauveplan- 

tade. 
SiLVATENSis,  in  Vivariensi,  e.  419. 
SiLviMAMCus,  villa  in  pago  Nemausensi,  c.  77. 


475 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


476 


SINDALA,  judex,  c.  878. 
SINDILLA,  judex,  c.  382. 
SINGULARIA,  villa  in  Carcassensi,  c.  Spy. 
SiMCiACnu:\i,  villa,  c.  70. 

SINTREMUNDUS,  prepositus  S.  Clementis,  c.  283. 
Sir.AsiE.NSis  (S.  Petrus),  monasteriinn,  c.  261. 
SiRIA,  c.   6. 

SISEBODUS,  Orgellitanus  episcopus,  c.  261. 
SISEBUTUS,  episcopus  Urgellensis,  c.  21  3. 
SISEBUTUS,  rex  Gothorum,  ce.   14,  i8. 
SISEGURUS,  abbas  Helenensis,  c.   iSp. 
SISEGUTUS,  abbas  Siiredensis,  ce.  284,  35o. 
SISENANDUS,  rex  Gothorum,  ce.  14,  19. 
SISFREDUS,  judex,  c.  47, 

SiTA,  fisciis   in    pago  Magdalonensi,   ce.   86,    142, 
2o3,   291;    Cette  (^Hérault'j,    arr.    de  Montpellier, 

SoGRADUM,   SoGRADus,   cellula    in   pago   Magdalo- 
nensi.   Fide  ASSOGHADUM. 

SOGUESINDUS,  c.  75. 

SoLARiA,  praedium  regium  in  Arelatensi,  c.  143. 
SoLONELLUM,  villa  in  comitatu  Redensi,  c.  362. 
Sonate,  villa  in  pago  Arvernensi,  c.   147. 
SONGFREDUS,  abbas  Crassensis.  Fide  SUNIEFRE- 

DUS. 
SONIOFREDUS,  Gerundensis  episcopus,  c.  41  i. 
SoREES,  villa,  c.  70. 
SoRiCA,  vallis   in   Ruthenico,  c.  339;  'dallée  de  la 

Sorgue  (^Aveyron). 
SoRiciNiENSE  monasterium.  Fide  Suricinense. 
SoRiGiMU]\i,  rivulus,  c.   \\\;  le  Sor,  ruisseau, 

SPANELDES  sive  SpENELDES,   C.    l35. 
SPANIA.   Fide  HiSPANIA. 

Spani  fugitivi.  Vide  Hispani. 
SpARRiGARiA,  fons  in  Bisuldunensi,  c.  368. 
Spedulia,  villa  in  pago  Elenensi,  c.   198. 
SpELUCAS,  villa  in  pago  Ausonensi,  c.  3o2. 
SPERANDEUS,  vigarius  in  pago  Elenensi,  c.   178. 
Speutingus,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  44. 
Spinasaria,  silva  in  Carcassensi,  c.  287;  l'Espinas- 

sière, 
STABILIS,  episcopus,  missus  imperatoris,  c.  147. 
Stacianum,  villa  in  Narbonensi,  c.  332. 
Stagnole,  villa re,  c.  6<). 
Staletii,  c.  2  I. 
STEFANUS,    STEPHANUS,   fidelis  régis  vel  vassus 

dominicus,  ce.  282,  287. 
STEPHANUS  II,   papa,  c  7. 
STEPHANUS,  papa,  c.  22. 

STEPHANUS,  vicedominus  in  Narbonensi,  c.  i85. 
STEPHANUS,  judex,  c.  878. 
STOLIDUS,  abbas  S.  Aredii  Attanensis,  c.  262. 
Strennaca,  villa,  c.  191. 

STROMUNDUS,  monachus  Caunensis,  c.  58. 
STURMIO,  cornes  Narbonae,  ce.    i85,  282. 
SUADILA,  femina,  e.  259. 
SuAGAS,  locus  in  pago  Rutenico,  c.  406. 
SUANO,  cornes  palatii,  c.   122. 


SuESTANTiONE.NSis  pngus,  C  279;   Pays  de  Substan- 
tion. 

SoDES,  locus  in  Ruthenico,  c.  840. 
ScEVi,  e.  I  8. 

SUINTHILA,  SUUINTILA,  rex  Gothorum,  ce.   14, 
19. 

SULPITIA,  uxor  Antherii,  c.  419. 
Sllpiiorarias,  villa  in  pago  Ucetico,  c.  78. 
SUMNOLDUS,  Gotiis,  fidelis  régis,  c.  295. 
SUNICFREDUS,  fidelis  imperatoris,  c.    178. 
SUNICFREDUS,  judex,  c.   184. 
SUNIARIUS,  abbas  Crassensis,  c.  800. 
SUNIARIUS,  cornes  Rossilionensis  &  Impuritanen- 
sis,  ce.  228,  286,  801,  307. 

SUNIARIUS,  e.  888. 

SUNIEFREDUS,  SONGFREDUS,  abbas  Crassensis, 

ce.  809,  897,  899. 
SUNIEFREDUS,    SUNIEFRIDUS,    cornes,    marchio 

Septunaniae,  ce.  212,  228,  874;   pater  Wifredi, 

Rodulfi,  Mironis  comitum.  c.  899. 

SUNIEFRIDUS,  filius  Suniefredi  marchionis,  e.  899. 
SUNIEMIRUS,  judex,  c.  3o6. 
SUNVILDUS,  Gotus,  fidelis  régis,  e.  295. 

SuREDA  (S.  Andréas  de),  vel  Surede.nsis,  monaste- 
rium, ce.    i58,  284,  35o;  Sorède, 

SuREDENSEsabbates.  Fide  FROYSCLUS,  JOHANNES, 
MIRO,  SISEGUTUS. 

Suricinense,  Soricixiense  monasterium,  ce.   iii, 
114;  Sorède. 

Suricinensis  abbas.  Fide  BERTRANDUS. 
Sylva-agra,  locus  in  pago  Tolosano,  c.   119. 


T 


Tacidus,  Tacio,  Techus,  Teccjs,  Theda,  flumen, 
ce.   i58,  256,  284,  35o,  867;  le  Tech. 

Talasianicus,  villa  in  pago  Narbonensi,  e.  196; 
Talairan  (^Aude^,  arr,  de  Carcassonne. 

Talexanum,  cella  in  Bisuldunensi,  c.  368. 

Talupium,  villa  in  Ruthenico,  c.  840. 

Tamadela,  villa  in  Bisuldunensi,  c.  412. 

Taranicus,  alpes  in  Vivariensi,  c.  421  ;  le  Tanar- 
gue,  montagne, 

Tarnesca,  villa   in  pago   Ruthenico,  ce.   829,  889. 

TarncS,  flumen,  ce.  5o,  220,  240,  248;  le  Tarn. 

Tauriniacum,  Taurinianum,  villa  in  Confluent! 
sive  in  Rossilionensi ,  ce.  297,  365;  Taurinya 
(^Pyrénées-Orientales),  arr,  de  Prades, 

TAURUS,  Sarraeenorum  rex,  e.  8. 

Techus,  Tecus,  &c.  flumen.  Fide  Tacidds. 

Teletas,  alos  in  pago  Elenensi,  c.  885. 

Telianum,  Tellianum,  villa  in  pago  Nemausensi, 
ce.  77,  202;  Saint-Silvestre  de  Tellan. 

TEODERICUS,  frater  Willelmi  eomitis,  c.  67. 

TEODERICUS,   judex,  c.  882. 

TEODOFREDUS.  Fide  TEUDEFREDUS. 


477 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


478 


TEODTFREDUS,    TEUEFREDUS,    THEUDEFRE- 

DUS,  vassus  régis   in  Septimania,  ce.  i85,  282, 

280, 
TeotuaddM,    palatium    regium,   c.    19.3  j    Doué 

(^Maine-&~Lo'ire). 
TERDERICUS   presbiter,   elemosinarius  Teuberti , 

c.  214. 
Terracium,  castellum  in  Hispania,  c.  248. 
Terrenum,  villa    in   pago  Russulionensi,  c.  269} 

Terris  (^Pyrénées-Orientales),   arr.   de   Perpignan. 
Tesetaunum,  villa  in  territorio  Narbonensi,  c.  217. 
Tête,  Tetis,  flumen,  ce.  365,  388  ;  le  Têt. 
TEUBERTUS,  c.  214. 
TEUDEFREDUS,  TEODOFREDUS,  judex,  ce.  287, 

332,  355,  382. 
TEUDEREDUS,  THEUDEREDUS,    rex  Gothoriim, 

ce.   14,    16. 
TEUDEREDUS,  THEODEREDUS,   vassus  domini- 

cus, ce.   195,  23o,  287. 
TEUDERICUS  vel  THEUDERICUS  II,   rex  Gotho- 

rum,  ce.   14,   16. 
TEUDO,  eancellarius  in  civitate  Albiensi,  ce.  279, 

4o3. 
TEUEFREDUS,  fidelis  régis.  Tj Je  TEODTFREDUS. 
Tedlicius,  locus  in  pago  Russilionensi,  c.  290. 
TEURISCUS,  THERISCO,  judex,  ce.  287,  332,  355. 
TEURISILO,  judex,  c.  341. 
TEUSODIUS,  vassus  dominicus,  c.   195. 
TEUTHMUNDUS,  fidelis  régis,  c.  289. 
TEUTO,  eancellarius,  c.  180. 
T11EDA,  Tacio,  &e.  flumen.  Vide  Tkcw^v?,. 
THEOBALDUS,  abbas  Psalmodiensis,  c.  25 1. 
THEOBRANDUS,  pater  Braidingi,  c.  76. 
THEODEMIRUS,  abbas  Psalmodiensis,  ce.  106,  25  t. 
THEODEREDUS.  Vide  TEUDEREDUS. 
THEODOSIUS,  abbas  monasterii  S.Genesii  in  Ge- 

rundensi  pago,  e.  3i5. 
THEODOSIUS,  imperator,  c.  16. 
THEODOSIUS  junior,  imperator,  ce.   16,  35. 
THEODOSIUS,  filius  Dagoberti  régis  junioris,  c.  4. 
THERISCO,  judex.  Trie  TEURISCUS. 
THEUBERTUS,  rex  Francorum,  c.  420. 
THEUDA  eomitissa,  uxor  Bernarthi  comitis  Vas- 

coniae,  e.  26  i . 
THEUDEFREDUS.  Vide  TEODTFREDUS. 
THEUDERICUS,  rex  Italiae,  ce.    14,   17. 
THEUDERICUS,  pater  comitis  Willelmi,  c.  65. 
THEUDI,  TUDIS,  rex  Gothorum,  ce.    14,   17. 
THEUDISCLUS,  rex  Gothorum,  ce.    14,   17. 
THEUDOINUS,  frater  Willelmi  comitis,  e.  65. 
TuiRRENUM  mare,  e.  37. 
Tholoz.v.  FzJe  Tolosa. 
TiiOLOSANus  pagus.  Vide  Tolosanus. 
TnoMARiOLAE,  villa,  c.  70. 
THOMAS,  episcopus  Vivariensis,  c.   io5. 
THURISMODUS,  TURISMUNDUS,  rex  Gothorum, 

ce.   14,   16. 
TIBERIUS,   imperator,  c.  20. 
TiRBiENSis  pagus,  c.  3 18. 
TlRINSlMIRUS,  e.   368. 


ToLETUM  (ecelesia  S.  Leocadiae  apud),  c.  185  ciri- 

tas,  ce.    17,    19,  20,  21;  Tolède. 
ToLOMENA,  praedium  regium  in  Arelatensi,  c.  143. 
ToLOSA,  Tholoza,  ce.   3,  7,  25,  3o,  38,  72,  228, 

239,  255,  324;  Toulouse. 
ToLOSANA   ecelesia,  S.  Jacobus  8c  S.  Stephanus, 

e.  2 19. 
Toi.osANA  eomitissa.  Vide  BERTEIZ. 
ToLOSANi  solidi,  c.  240. 
ToLOSAM  episcopi.  Vide  ARRICHO,  BERNO,  EXSU- 

PERIUS,     HELISACHAR,     HILARIUS ,     SALO- 

MON,   SAMUEL,   S.   SATURNINUS,  S.   SILVIUS. 
ToLOSANi  comités.  Vide  BERENGARIUS,  BERNAR- 

DUS,    FREDELO,    GUILLELMUS,    RAGEMUN- 

DUS. 
T01.OSAXLS  archidiaeonus.  Vide  ERIMANNUS. 
Tolosanus  comitatus,  c.  119. 
Tolosanus,  Tiiolosanls  pagus,  ce.  89,    11 1,    114, 

179,  191,  249,  262,  275,  299,  356. 
TOMIANUS,  Acquilesiniinensis  episcopus,  c.  42. 
TORINGIA,  c.  6. 
ToRNAGO  (S.  Stephanus  de),  cella  in  pago  Nemau- 

sensi,  c.  ^Z;  Tornac  (Gard),  arr.  d'Alais. 
ToRNENSis  pagus,  c.  38 r. 

ToRNiCATB,   in  Vivariensi ,  c.   4i5;  Tourne,  com- 
mune de  Bourg-Saint-Andéol. 
ToRr.ENS,  villa    in   pago   Elenensi ,   ce.   193,   214; 

Torren?  (Pyrénées-Orientales),  arr.  de  Prades. 
ToRTiLiANUM,  in  Vivariensi,  e.  416. 
ToRTUosA  civitas,  c.  169;  Tortose. 
TOTILUS,  dux  in  Vaseonia,  e.  265. 
ToTONis  (villa),  in  Narbonensi,  c.  48. 
Ti\AciA,  e.  7. 

TRACTIORIUS,  abbas  Caucanensis,  c.  196. 
TRANSIRICUS,  abbas  S.  Joannis  Oriolensis,  c.  262, 
Trapaliamcus,  villa  in  Narbonensi,  e,  48. 
TRASEBADUS,   judex,  c.  846. 
TRASOARIUS,  vassus  dominicus,  ce.  195,  23o. 
Trencianuai,  villa    in    pago   Narbonensi,  c.   344; 

Trausse  (Aude),  arr.  de  Carcassonne. 
Tresmali,  villa  in  territorio  Helenensi,  c.  307. 
TiiESVALLES,   Tresvalli  ,    locus   in    Rossilionensi, 

ce.  346,  365. 
Triburinum,  palatium  regium,  c.  174;  Trihur. 
Tricastinensis  pagus,  e.  420  j  Pays  de  Saint-Paul- 

Trois-Châteaux. 
TROILA,  judex,  c.   178. 

Troilum,  villa  in  Narbonensi,   c.  48;  Treil,  com- 
mune de  Sallèles-d'Aude. 
TRUCTERIUS,  homo  Suniarii  comitis,  c.  jo-j. 
TRUCTESINDUS,  abbas  Anianensis,  ce.   i36,   139, 

141,  144. 
TRUDOINUS,  advocatus  Autscindanae  abbntissae, 

e.  72. 
Tr.iLiARES,  villa  in  Elenensi  pago,  c.  385;  Truillas 

(Pyrénées-Orientales),  arr.  de  Perpignan. 
TuDA,  TuDETA,  villare,  e.  69;  Latude  (Hérault). 
Tudel  (ecelesia  de)  in  Lemovicino,  c.  424. 
TUDIS.   Vide  THEUDI. 
TULGA,  rex  Gothorum,  ce.   14,  19. 


479 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


480 


TuRNUSTUS,   c.   417;    Tournon-Ves-Villeneuve-de- 

Berc  (^Ardèche), 
Tlrondelm,  ciirtis  in  Rutenensi,  c.  322. 
TcRONENSis  pagus,  c.  39. 
TuRONicA  urbs,  c.  38. 
TuRRis,  castrum  in   pago  Agathensi,  c.  221  ;  Tour 

de  Valernau  (^Hérault). 


U 


UcECIA,  UCESSIA,  UCETIA, ce.   26,   27,  29;    I7^^î. 
UcETiENSiS  (ecclesia  S.  Theodoriti),  c.   145, 
UcETicus  pagus,  ce.  77,   78,   82,    loj,    14;'),   2o3, 

292.  Vide  UzETici'S. 
UcECiENSis  episcopus.    Vide  AMELIUS,  ARIMUN- 

DUS. 
UcETiCENSiS  cornes.  Vide  RADULFUS. 
UcETiCKNSiS  vicedominus.   Vide  RICARDUS. 
UcENiAE,  villa  in  Rossilipnensi,  c.  346. 
UDALGARDA,  uxor  Bernardi,  c.  41 3. 
UDULRICUS,   cornes    &   marchio    Septimnnîae, 

ce.  287,  295. 
UGABALDUS,  )udex  dominicus,  c.   118. 
Ugil'M,  viens  in  Arelatensi,  ce,   171,  416, 
ÛGO,  dux  Francorum,  rex,  c.   i3. 
UGO,  cancellarius.  Vide  HUGO. 
ULFARIUS,  cornes  Albiensis,  c.    1  24. 
ULIEBAUDUS,  abbas  Crudatsnsis,  c.  304. 
Ulmes,  villa,  c.  69. 
UMBERTUS,  e.  363. 

UMFRIDUS,  marchio.  Vide  HUMFREDUS. 
UNAFREDUS,  cornes.  Vide  HUMFREDUS. 
UNDESmDUS,  clerieus,  e.  217. 
UNIFORTIS,  judex,  c.  370. 
UNIFORTIS,    mandatarjiis    abbatis    Caunensis, 

c.  370. 
UNOLDUS,  e.  359. 
UNOVIVUS,  c.  388. 
URBICUS,  flumen  in  Hispania,  c.  16. 
Uruio,  rivus.  Vide  Or.iiio. 
Urbionense  monasteriiim.  Vide  Crassexse. 
Urgellensis  ecclesia.  Vide  Orgellitana. 
Urgellitanus  cornes,  c.  422. 
Urritensis  vallis,  c.  363. 
Ursariae,  villa  in  Narbonensi,  c.  48. 
URSIUS,  sajo,  c.   i85. 
URSUS,  Vicojuliensis  episcopus,  c.  42. 
Utiacum,  villa  in  Vivariensi,  c.  418. 
UzETicus  comitatus.  Vide  Uceticis. 


V 


Vaeer  ,  Vabra  ,  Waiîkr  ,  locus  in  ministerio  Cu- 
riensi,  in  page  Ruthenico,  ce.  326,  329,  3à7, 
406;  Vahre  (^Aveyron). 


Vabrense  monasterium ,  ce.  32 1,  326,  329,  339, 
357,  376,  405,  4i3. 

VAur.ENSES  abbates.  Vide  ADALGASIUS,  BENEDIC- 
TUS,   BERNARDUS,   FREDELO,   ROTLANDUS. 

Vaccaria,  villa  in  pago  Ausciensi,  c.  i  i5. 

VadegiAcus  SAI-tus,  c.  240  ;  forùt  de  Ba-^iége  (^Haute- 
Garonne)  . 

Vadellus,  locus  in  pago  Narbonensi,  c.  186. 
VALAFONSUS,  sajo,  c.  382. 
VALCHIGISUS  dux,  c.  262. 
VALDEFREDUS,  judex,  c.   178. 
Valedibrum.  locus  in  page  Rutenico,  c.  406. 
VALENS,  imperator,  c.  i5. 
Valextinensis  comitatus,  c.  BçS. 
Valentinensis  pagus,  ce.  416,  420. 
VALENTINUS,  papa,  c.  22. 

Valerianis  sive  Bagmles,  villa  in  Septimania, 
c.  211. 

Vaeiliae,  locus  in  Ruthenico,  c.  340. 

Vallavensis  ecclesia.  Fjt/e  Vei.lavensis. 

Valle  Flaviana  (S.  Petrus  de),  cella  in  pago  Ne- 

mausensi,  e.    93;    Espeyran   [Gard],  commune  de 

Saint-Gilles, 
Valligorgia    (S.    Martinus    in),    in   Vivariensi, 

c.  421  ;  Saint-Martin  de  Valgorge  (Ardèche), 

Vallis- AxGLENSis,  locus  in  pago  Gerundensi, 
c.  3i5. 

Vallis-Aqditanica  vel  Aquitanie,  in  pago  Carcas- 
sensi,  ce.  359,  36 1;  le  Val  de  Daigne. 

Vallis-Aspirana  vel  Asi'Eri  vel  Asperia,  territo- 
rium,  ec.  i32,  178,  184,  247,  344,  348,  378  j  le 
Valespir. 

Vallisvixaria,  terminium  in  Vivariensi,  ce.  4t7, 
418;  le  Valvignhres. 

VALTRUDA,  uxor  Ludonis,  duels  Aquitaniae, 
c.  262. 

VANDREGISILUS,  cornes,  marchio  Vasconiae, 
c.  261. 

VANDTADA,  comitissa,  c.  263. 

Vapres,  villa   in  pago  Biterrensi,  c.  21'). 

Variatis,  villa,  c.  69. 

VARINUS,  abbas  Alti-Fagiti,  c.  262. 

Vascoxes,  Vlascones.  Vide  Wascoxes. 

Vascoxia.  Vide  Wascoxia. 

Vedotius,  locus  in  pago  Ruthenico,  c.  329. 

Vellaicus,  Veulavexsis  pagus,   ce.   ij6,  269,  393. 

Vellavensis  ecclesia,  c.  386. 

Vellavexsis  episcopus.  Vide  GUIDO. 

Vellavexsis  cornes.  Vide  BERENGARIUS. 

Vextaioxexse  suburbium,  ce.  7'),  i23,  217,  344, 
353,  387;  Ventajou,  en  Minervois. 

Vextolexexse  suburbium  in  pago  Narbonensi, 
c.  288. 

Verx,  palatium  regium,  c.  i33, 

V^ERXETUM,  villa  in  suburbio  Elenensi,  in  pago 
Russilionensi ,  ce.  337,  ■^75;  Vernet  en  Confient 
(^Pyrénées-Orientales),  arr.  de  Prades. 

Veuxodoveris,  Verxodurrus,  villa  in  pago  Nar- 
bonensi, ce.  160,  i.'i'i  ;  Saint-Chinian  (^Hérault), 
arr.  de  Saint-Pons. 


48 1 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


482 


Vesontio  clvltas,  c.  896;  Besani^on. 

Vetulla,  locus  in  pago  Rotenico,  c.  82. 

VIATARIUS,  sacerdos,  c.  878 . 

VicANUM  in  Vivariensi,  c.  417. 

ViciACUM,  locus,  c.  4;  Fint'i,  dans  le  Camhrésis. 

VICTIRINGUS,  episcopus  Nemaosensis,  c.  28. 

VICTOR,  presbyter,  ce.  296,  365. 

Vicus  SiRisiDUiM,  villa   in  Valle  Aspcri,  c.   184. 

ViENiSAcuM,  in  Vivariensi,  c.  416. 

ViENNENSIS  pngllS,   c.    417. 

VIFARIUS,  dux  Aqiiitaniae.  Vide  WAIFARIUS. 

VIFREDUS,  cornes.  Vide  WIFREDUS. 

ViGi'.o,  villa  in  Ruthenico,  c.  339. 

ViLADis,  villa  in  pago  Ucetico,  c.  78. 

Vila-Farpanas  (S.  Germanls  de),  villa  &  ccclesia 
in  pago  Tolosano,  c.  44. 

ViLARETUM,  villa  in  Bisuldiinensi,  c.  412. 

VILIAFREDUS,  abbas  monasterii  Montisolivi.  Vide 
WILIAFREDUS. 

Villa,  locus  in  pago  Rutenico,  c.  406. 

Villa-Gainago,  locus  in  pago  Tolosano,  c.  44. 

ViLLA-GoTTOKUM,  viUa  in  pago  Tolosano,  c.  27*;. 

ViLLALONGA,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  275. 

ViLLAMANNA,  pracdium   in  pago  Tolosano,  c.   112. 

ViLLANOVA,  in  pago  Elenensi,  ce.  r88,  29;);  Ville- 
neuve de  la.  Raho  [Pyrénées-Orientales),  arr.  de 
Perpignan. 

ViLLANOVA,  in  territorio  Magalonensi  ,  c.  126; 
Villeneuve  [Hérault),  arr.  de  Montpellier. 

ViLLA-NovoLio  (S.  Martinus  de),  ccclesia  &  villa 
in  pago  Tolosano,  c.  44. 

Villapinta,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  112;  Ville- 
pinte  [Aude),  arr.  de  Castelnaudary. 

V1LLARIS,  villa  in  pago  Gavaldanensi,  c.  78. 
ViLLARUBEA,  villa    in   pago   Narbonensi,   c.    2825 

Villerouge  [Aude),  arr.  de  Carcassonne. 
ViNACiAcuM,  villa  in  pago  Carcassensi,  c.  36i. 
VINCENTIUS,  judex  dominicus,  c.  187. 
VINDELINA,  uxor  Undesindi  clerici,  e.  217. 
VINDOLAICUS,  notarius,  c.  59, 
ViMONis,  villa  in  pago  Carcassensi,  c.  299. 
ViNOSOLLS,  cella  in  pago  Carcassensi,  c.  207. 
VIPvANA,  uxor  Ebolati,  c.   119. 
ViRDiMiNus,  castrum  in  pago  Tolosano,  c.  i  1 1. 
VIRGILIA,  uxor  Suniarii,  c.  388. 
ViRvicARiAE,  villa  in  pago  Aglnnensi,  c.  44. 
Visera,  fluvius,  ce.  38 1,  407,  409  j  la  Vénère. 
VITALIS,  c.   147. 
VITERICUS,    VUUITTERICUS ,     rex    Gothorum , 

ce.  14,  18. 
ViTiLiANUM,  villare   in  pago   Narbonensi,  c.  282; 

Védillan  [Aude),  arr.  de  Narbonne. 
V1VACIUS,  filius  Gaudioci  hebraei,  c.  211. 
VivADEREMUS,  villa  in  pago  Tolosano,  c.  43. 
V1VARIENSES    comités.    Vide   ELPODORIUS,    ERI- 

BERTUS. 
VivARiENSES  episcopi,  G.  41 5.  Vide  ARDULPHUS, 

AULUS,  BERNOINUS,  ETHERIUS,  EUCHERIUS, 

EUMACHIUS,    FIRMINUS,  JOHANNES,   LONGI- 


NUS,  LUCIANUS,  MELANIUS,  RU STICUS,  THO- 
MAS,  VALERIANUS,  VENANTIUS. 

VjvARiENSis  comitatus,  ce.   116,  3o3. 

VivARiENSis  pagus,  ce.  417,  420. 

ViVARIENSiS     (S.   VlNCENTIUs),    CC.    336,     SpS,     414, 

4i;>,  416,  417,  418,  419,  420,  421. 
Vivarium,  castrum,  ce.  41. 5,  421. 

—  ecclesia  S.  Auli  extra  muros,  c.  418. 

—  S.  Romani  ecclesia  foras  portas,  c.  418. 
VocERNLM,  in  Vivariensi,  c.  416. 
VoLANETA,  in  Vivariensi,  c.  418. 
VUAIFARIUS.  Vide  WAIFARIUS. 
VUALDUS  sire  VUDALDUS,  c.  400. 
VUARNETRUDES,  uxor  Pétri,  c.  332. 
VUIFREDUS,  cornes.  Vide  WIFREDUS. 
VUILAFREDUS,   abbas  Montisolivi.  Vide   WILA- 

FREDUS. 

VUILIMIRUS,  avus  Tcodcfredi,  c.  ïZi. 
VUILLELMUS,  Caturcensis  episcopus,  c.  409. 
VUINEDURIUS,  Helcnensis  episcopus,  c.  5'). 
VUITERICUS,  VUITHERICUS,  judex,  ce.  3o6,  378. 
VUITEPJNGUS,  episcopus  Nemausensis,  c,  5.">. 
VUITTARDUS,  abbas  Bonevallensis,  c.  27a. 
VULFEGARIUS,  episcopus  Biterrensis,  c.  9, 
VULFINUS,  clericus,  c.  870. 

VULFIRIUS,  archidiaconus  in  Minertcnsi,  c.  341. 
VULFRANDUS,  palatinus  cornes,  c.  46. 
VuLPiLiAGUM,  *ilia  in  pago  Tolosano,  c.  44. 


W.,  prior  Bellilocensis,  c.  424. 
Wader,  locus  in  pago  Rutenico.  Vide  Vaber. 
Wai!re.\se  monasterium.  Vide  Vadrense. 
WADALARICUS,  advocatus  episcopi   Gerundensis 
&  vicarius,  c.   1  1  3. 

WADAMIRUS,  avus  Ricemiri,  c.  Zo-j. 
WADEMIRUS,  judex,  c.   i9r>. 

WAIFARIUS,  VIFARIUS,  VUAIFARIUS,   princeps 
Aquitanie,  ce.  7,  264. 

WALARICUS,   mandatarius    abbaiis   monasterii 
Caucanensis,  e.  195. 

WALLIA,  rex  Gothorum,  ce.   14,  16. 
WAMBA,  rex  Gothorum,  ce.  i5,  19,  20. 
Wandali,  ce.  16,  17. 

WARDINA,   mandatarius    abbatis    Exalatensis, 
c.  846. 

WARNO,  comes  palatii,  c.  122. 
Wascones,  ce.  7,  12,  18,  19,  20,  342. 
Wascoma,  Vasconia,  ce.  22,  261. 
WATBERTUS,  cornes  palatii,  c.  122. 
WIDO.  Vide  GUEDO. 
WIELMUS.  Vide  GUILLELMUS. 
WIFREDUS,  VIFREDUS,   comes   Barchinoncnsis, 
ce.  372,  399,  411. 

WIFREDUS,  c.  344. 


II 


483 


INDEX  ONOMASTICUS  ET  GEOGRAPHICUS. 


484 


WIGO,  vir  ilhistris,  c.   i55. 

WILADUS,  episcopus  Urgellensis,  c.  365. 

V/ILAFREDUS.,    VILIAFREDUS,    VUILAFREDUS, 

abbas  Montisolivi,  ce.   i65,  191,  332. 
WILELMUS.  Vide  GUILLÉLMUS. 
WILIADUS,  vassus  dominicus,  c.  195. 
WILLELMUS,  cornes,  c.  22. 
WILLELMUS,  cornes,  c.  408. 
WILLELMUS.  Vide  GUILLELMUS. 
WILLISCLUS,  presbiter,  c.  819. 
WIMAR,  vassallus  imperatoris,  ce.  i83,  i88> 
WISINERGUS,  diaconus,  c.  79. 
WISTRIMIRUS,  c.  293. 

WlTBURG.    Vide  GuiTBURGiS. 

WITCHARIUS,  filins  Willelmi  comitis,  c.  65. 

WITIDA,  c.  297, 

WITIZA,    abbas    Exalatensis,    c.    346;    sacerdos, 

c.  365. 
WITIZA,  rex  Gothorum,  ce.  19,  20,  24, 
WLF ARDUS,  cancellarius,  c.  400. 
WOIGA,  abbas  S.  Aniani,  c.  i6o. 


WUITESINDUS,  jiidex,  c,  370. 
WUITIGISUS,  pater  Ricemiri,  c.  ooj. 


Y 

YROGIUS,  notaiius,  c.  349. 

YSPANIA,   HiSPANlA.    Fit/ e  Sl'ANIA  . 

YTERIA,  femina,  c.  418. 


ZACHARIAS,  papa,  c.  6. 

Zkbezan,  villa   in  page   Narbonensi,  c.   jcç;  Ce- 
ba'^an  {Hérault'),  arr.  de  Saint-Pons. 

Zencuf.ridm,  villa  in  Cerdania,  c.  218. 
ZENO,  imperator,  c.   17. 
ZMAPvAGDUS,  abbas  Anianensis,  c.   12, 


TABLE 


OUVRAGES    CITES    DANS    LES    TOMES    I    ET   II 


DE    LA   NOUVELLE  EDITION   DE   L'HISTOIRE   GÉNÉRALE   DE   LANGUEDOC 


N.  B.  —  Les  ouvrages  précédés  d'un  astér'ique  (*)  ne  sont  cités  que  par  les  nouveaux  éditeurs. 


*Abn  'l-Mahasin  Ibn  Tagri.  —  Annales éd.  Juynboll  &  Matthes,  t.  i.  Leyde, 

i853,  in-8". 

AcHÉRY  (D.  Luc  d').  — Spîcîlegîurfl  sive  coîîectio  veterum  alîquot  Scriptorum  qui  in  Galliae 
hibliothecis  hactenus  delituerant.  Parisiis,  1728,  3  vol.  in-f". 

La  première  édition  formait  )3  volumes  in-4'',  Paris,  1605-1677.  D.  Vaissete  paraît  avoir  employé 
tantôt  l'une,  tantôt  l'autre. 

Acta  Sanctorum,  quotquot  toto  orbe  coluntur  vel  a  scriptoribus  catholicis  celebrantur... 

Cette  collection,  que  D.  Vaissete  désigne  aussi  sous  le  nom  de  Bollandistes,  était  arrivée,  en  1729,  au 
tome  VI  de  juillet,  en  i73i,  au  tome  VII  du  même  mois.  Aujourd'hui  elle  a  atteint  la  fin  du  mois 
d'octobre}  imprimée  successivement  à  Anvers,  Bruxelles,  Tongerloo  &  Bruxelles  (1643-1861). 

'  Dans  la  présente  Table,  sur  le  modèle  de  la-  de  retrouver.  —  Les  ouvrages  que  nous  avons  em- 
quelle  nous  en  donnerons  successivement  d'autres  ployés  pour  la  rédaction  de  ce  catalogue  sont  : 
dans  les  tomes  V,  VIII,  X  &  XII  de  l'Histoire  le  Manuel  du  Libraire  Ae  Brunet,  la  Bibliothèque 
générale  de  Languedoc,  nous  n'avons  compris,  à  historique  du  P.  Lelong,  le  Catalogo  de  Salva,  la 
peu  d'exceptions  près,  que  les  ouvrages  formant  Bibliotheca  medii  aevi  de  Potthast,  &  enfin  quel- 
corps  &  publiés  séparément;  nous  n'indiquons  ques  recueils  spéciaux  qu'il  serait  trop  long  d'in- 
que  les  articles  de  revue  qu'il  pourrait  être  difficile  diquer  ici. 


486 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 


Ado  (S.),  archiepiscopus  Viennensis.  —  Chronïcon,  sive  brevïarïum  chronicorum  de  sex 
mundî  aetatïbus,  usque  ad  ann.  869. 
Bihliotheca  PP.  Lugdunensis,   1677,  t.  16.  —  Pertz,  SS.  t.  2,  p.  3i5. 

—  M.artyrologîum. 

Edition  donnée,  vers  i65o,  par  Mosander;  plus  tard,  édition  de  Rosweyde.  L'une  &  l'autre  sont 
antérieures  à  la  publication  du  tome  I  des  Bollandistes  &  indiquées  par  eux  (janvier,  t.  1,  Préface, 
p.  LU  a, 

AdreVALDUS,  monachus  Floriacensîs.  —  IVLïracula  S.  Bénédictin  abbatis  Cassinensis. 

Mabillon,  AA.  SS.  ord.  S.  Bened.  saec  2,  p.  80.  —  De  Certain,  Les  miracles  de  Saint- Benoit,  Paris, 
in-8°,   i858,  pour  la  société  de  l'histoire  de  France. 

.£lien.  —  Farine  historiae,  gr.  &■  lat.,  Tanaquillus  Faber  emendavit,  Salinurii,  1668,  iii-12. 

AgaTHIAS  scholasticus,  Myrinaeiis.  —  Ilspt  t?;ç  'hucTiviavoj  BaciAeiac...  De  imperio  &  rébus 
gestis  Justiniani  imp.  libri  5  (SSz-SSç). 
Dans  la  collection  byzantine  du  Louvre,  Paris  1660,  in-f°  j  de  nouveau  à  Venise,   1729,  in-f". 

Agobardus,  episcopus  Lugdunensis.  —  Opéra,  éd.  Baluze.  Paris,  1666,  2  voL  111-8°. 

—  Epistoîa  deploraioria  ad  Matfredum  de  divisione  imperii  Francorum  inter  haeredes  Ludo- 

vici  pii  (833). 
Duchesne,  t.  2,  p.  329,  &  in  edit.  Bahiziana,  t.   1,  p.  42. 

Aguirre  (J.).  —  Collectio  conciliorum  Hîspaniae.  Romae,  1693,  4  vol.  in-f". 

Aigulphi  (Vita  S.),  abbatis  Lerinensis  &  sociorum  martyrum. 
Bollandistes,  3  sept,  i,  p.  743. 

AlMOiNUS,  monachus  S.  Germani  a  Pratis.  —  Translatio  S.  Vincentii  levitae  ad  monaste- 
rium  Castrum,  dioc.  Albigensis. 
Mabillon,  AA.  SS.  ord.  S.  Bened.  saec  4,   i,  p.  5^4,  &  Bollandistes,  22  janv.  2,  p.  400. 

AlMOiNUS,  monachus  Floriacensîs.  —  Historia  Francorum;  éd.  Nicot,  Paris,  iSôy  (em- 
ployée par  D.  Vaissete). 
Duchesne,  t.  3,  p.  i.  —  Bouquet,  t.  3,  1  1,  12. 

—  Contînuatio  (jbid). 
Alcuinus.  —  Opéra. 

Edit.  de  André   Duchesne,  Paris,  1617,  in-f".  —  Réédit.   par  Froben,  Ratisbonne,  1777,  2  vol.  in-f". 

—  Epistolae. 

Duchesne,  t.  2,  p.  668.  —  Bouquet,  t.  5,  p.  604.  —  Rec.  complet  dans  les  Monumenta  Alcuiniana 
de  Jaffé. 

Aîdrici  {Gesta),  episcopi  Cenomanensis.  Voyez  Gesta  episcoporum  Cenomanensium. 

Aldzreitterus  &  Brunnerus.  —  Annales  Boicae  gentis,   a  primis  rerum  Boicarum 
initiis  ad  ann.  i3ii.  Francofurti,  17 10,  in-f". 

*Al-Makkari.  — Analectes  sur  Vhistoire  &  la  littérature  des  Arabes  d'Espagne,  publiés 
par  Dozy,  Dugat,  Krehl  &  Wright.  Leyde,  1857-1864,  2  vol.  in-4". 

Amandi  (Vita  5.),  episcopi  Trajectensis. 

Bolîand.  6  févr.  t.  i,  p.  854.  —  Alia.  auctore  Baudemundo,  monncho  Elnonensi;  ihid.  p.  848. 
•^  Mabillon,  AA,  SS.  ord.  S,  Bened,  saec  2,  p.  710. 

AmmiaNUS  Marcellinus.  —  Rerum  gestarum  qui  de  XXXI  supersunt  libri  xviir. 

Edit.  donnée  par  Ad.  de  Valois,  1681,  Paris,  in-f".  —  Réédit.  avec  les  notes  du  même  &  celles  de 
H.  de  Valois  &  de  Lindenbroch,  en  1693,  à  Leyde,  in-4''. 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  487 

Anastasius  Birliothecarius.  —  Fitae  Romanorum  pontificum,  sîve  liber  pontlficalis... 
ex  edit.  &  cuni  notis  Fr.  Blanchini.  Romae,  1718-1735,  4  vol.  iii-f". 
Cité  pour  la  vie  de  S.  Grégoire  II,  Bolland.   i3  fév.  t.  2,  p.  702. 

AndAliciensis  ANONYMUS,  dans  Ferreras  (voir  ce  nom),  ad  aiin.  748. 

Andegavense  {Chronïcon). 

Diichesne,  t.  2,  p.  386  —  Ce  que  Duchesne  appelle  ainsi  est  une  chronique  de  Saint-Sergj  d'Angers, 
dont  il  a  publié  deux  fragments  &  que  l'on  retrouve  complète  dans  les  Chroniques  des  églises  d'Anjou 
de  MM.  Marchegay  &  Mabille,  Paris,   1869,  p.  129. 

Andoque  (Pierre).  —  Catalogue  des  évèques  de  Bé-^iers.  Béziers,  Martel,  i65o,  in-4°. 

Ange  (le  P.).  —  Histoire  généalogique  &  chronologique  des  grands  officiers  de  la  couronne 
&  de  la  maison  du  roi.  Paris,  1726-1733,  9  vol.  iii-f". 

Plus  connue  sous  le  nom  de  son  auteur  &  premier  éditeur,  le  P.  Anselme.  —  D.  Vaissete  a  employé 
la  dernière  édition  de  cet  ouvrage  &  l'a  souvent  appelé  :  Histoire  des  pairs  de  France. 

—  Histoire  généalogique  &•  chronologique  de  la  maison  de  France, 
Autre  titre  du  précédent. 

Anianî  (Vita  S.),  epîscopi  Aurelîanensis. 

Dans  Su  ri  us,  Fltae  SS,  au  17  novembre.  —  Duchesne,  SS.  t.  i,  p.  52  i. 

Annales  veteres.  Voyez  les  mots  Loiseliani,  Tiliani,  Petaviani,  Karoli  (vita). 
Duchesne,  t.  2,  pp.  9,  21,  3i,  53. 

AnnalistA  Saxo.  —  Chronïcon  quo  res  gestae  ah  înitio  regni  Francorum  enarrantur  (741- 
1139). 

Dans  le  Corpus  historicunt  med'ii  aevt  de  Eccard,  Leipzig,  1723,  2  vol.  in-f".  —  Pertz,  éd.  Waitz, 
t.  6.  p.  542. 

Anonymus  Cuspiniani. 

Dans  le  De  consuUbus  Romanorum  commcntarïi,  Basil.  i553,  in-f".  —  Dans  Roncalli,  Fctustiora. 
latinorum  chron'ica,  Padoue,  1787.  —  Voir,  à  ce  sujet,  G,  Monod,  Etudes  critiques  sur  les  sources  de 
l'histoire  mérovingienne,  p.  12.  —  C'est  un  fragment  des  célèbres  Annales  de  Ravenne,  auxquelles  appar- 
tiennent aussi  les  deux  articles  suivants.  Ces  annales  viennent  d'être  reconstituées  dans  un  des  derniers 
numéros  du  Neues  Archiv  dar  Gesellschaft  fur  aeltere  deutsche  Geschlchte,  1876,  p.  217  &  suiv  (art.  de 
M.  Holder-Egger). 

Anonymus  Ravennensis. 

C'est  probablement  le  même  que  le  suivant. 

Anonymus  Valesianus. 

A  la  suite  de  1'  Antmien  Marcellin  (voir  ce  nom)  de  Valois,  Paris  1681,  in-f". 

AnsEGISUS.  —  Capitularium  libri  IV. 

Bnluze,  Capitularla,  t.   i .  —  Hertz,  Legcs,  t.  J,  p.  256. 

AnTONINUS.  —  August.  aniiq. 

Ouvrage  que  nous  n'avons  pu   retrouver.  C'est  peut-être  Vltinéraire  attribué  à  l'empereur  Antonin. 

*Antonin  (Itinéraire  d').  Edit.  Renier,  Paris,  i85o. 

*Antonio.  —  Bibliotheca  Hispana  vêtus  £•  nova.  Rome,  1672-1696,4  vol.  in-f".  Réim- 
pression à  Madrid,  1783-1788. 

*Anville  (D').  •—  Géographie  ancienne  abrégée.  Paris,  1768,  3  vol.  in-12. 

Appien.  —  Opéra.  Edit.  Didot,  Paris,  1840,  in-8". 

b.  Vaissete  a  sans  doute  employé  l'édition  dite  \>ar'iorum  cl'AmsterJam,  1670,  2  vol.  in-S". 


4«8  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

♦Aristophane.  Paris,  Didot,  1860,  in-8". 

ArnALDUS  de  VerdALA,  episcopus  Magaloiiensis.  —  Séries  episcoporum  Magalonen- 
sîum  (770-1 133). 

Labbe,  B'iblioth.  nova,  t.  i,  p.  793.  —  M.  Germain,  de  Montpellier,  en  prépare  une  édition  qui  sera 
sûrement  définitive. 

Arrien.  —  De  expedîtîonibus  Alexandri  magni  lîbri  VU.  Amsterdam,  1668,  i  vol.  iu-B". 

*Art  de  vérifier  les  dates  (L')  des  faits  historiques...  publié  par  D.  Clément j  édit.  in-f", 
Paris,  1783,  3  vol. 

*ArtAUD  (François). — Discours  sur  les  médailles  d'Auguste  &  de  Tibère  au  revers  de 
l'autel  de  Lyon.  Lyon,  1820,  in-4'',  pi. 

*AscHBACH.  —  Geschichte  der  Westgothen.  Francfort-sur-le-Mein,  1827,  in-8". 

AsïRONOMUS.  —  Vita  Hludowici  pii  imperatoris  (778-840), 

Duchesne,  t.  2,  p.  286.  —  Bouquet,  t.  6,  p.  86.  —  Pertz,  t.  2,  p.  607. 

AsTRUC  (Jean),  docteur  en  médecine.  —  Mémoires  pour  l'histoire  naturelle  de  la  province 
de  Languedoc,  divisés  en  trois  parties  &  ornés  de  figures  &  de  cartes  en  taille-douce. 
Paris,  1737,  in-4°. 

Athanase  (S.).  —  Epist.  ad  solîtarîum. 

Dans  ses  œuvres,  édition  des  Bénédictins.  Paris,  1698,  3  vol.  in-f°. 

Athénée.  —  Deipnosophistarum  libri  XV,  avec  les  remarques  &  les  notes  de  Casaubon. 
Lyon,  1657  &  1664,  in-f°. 

*AiJDiBERT  (l'abbé).  —  Dissertation  sur  les  origines  de  Toulouse,  Avignon  &  Toulouse, 
1764,  in-8°. 

Audigier.  —  De  l'origine  des  François  &  de  leur  empire.  Paris,  1676,  2  vol.  in-12. 

Augustin  (S.).  —  Opéra.  Édit.  des  Bénédictins.  Paris,  1679-1700,  8  vol.  in-f°. 

AusoNius.  —  Opéra,  avec  les  Lectiones  Ausonianae  de  Scaliger  &  le  Commentaire  de 
El.  Vinet.  Bordeaux,  1690,  in-4''. 

Autisiodorensium  (Gesta  sive  historia  episcoporum). 

Labbe,  Biblioth.  nova  mss.  t.   i,  p.  411,  &.  D.  Bouquet,  t.  9,  10  &  suiv. 

AviENUS  (Rufus  Festus).  —  Ora  maritima. 

D.  Vaissete  a  probablement  employé  l'édition  de  Madrid,  1634,  in-4".  R-éédité  dans  les  Poetae  latini 
minores  de  Wernsdorff. 

AviTUS  ViENNENSis  (S.).  —  Epistolae. 

Dans  l'édition  donnée  par  Sirmond,  Paris,  1648,  in-8°,  &  dans  le  tome  II  des  œuvres   eomplètes 
de  Sirmond. 

*Aymard.  —  Les  premiers  évèques  du  Puy,  étude  critique  sur  leur  ordre  de  succession 
&  sur  la  date  de  la  translation  du  siège  épiscopal  de  Saint-Paulien  au  Puy.  Le  Puy, 
1870,  in-8". 


Baillet  (Adrien),  bibliothécaire   du   président  de  Lamoignon.  —  Vies  des  Saints  de 
France. 

Dans  le  recueil  des  Vies  des  Saints,  Paris,   1701,  1714,  in-f",  4  vol.  ïbid,   1701,  in-8",  17  vol,  Ibid. 
1739,  in-4",  '°  ^°'' 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  489 

Baluze.  —  Concilia  Galliae  Narbonensis^  collecta  &  notis  illustrata.  Parisiis,  Muguet, 
1668,  in-8". 

—  Miscellanea,  hoc  est  collectio  veterum  monumentoruni  quae  hactenus  latuerant  in 

variis  codicibus  ac  bibliothecis.  Parisiis,  lôyS-iyiS,  7  vol.  iii-8". 
Il  y  en  a  une  seconde  édition,  donnée  par  Mansi.  Lucques,  1761,  4  vol.  in-f". 

—  Capitularia  regum  Francorum.  Parisiis,  1677,  2  vol.  iu-8". 

—  Histoire  généalogique  de  la  maison  d'Auvergne.  Paris,  1708,  2  vol.  in-f". 

—  Historia  ecclesiae  Tutelensis.  Parisiis,  1717,  in-4". 

—  Notae  in  Agobardum.  Voir  Agobardus,  episcopus  Lugdunensis. 

—  Notae  in  Cyprianum.  Voir  CypriANUS. 

—  Notes  sur  Loup  de  Ferrières.  Fo/r  Lupus. 

—  Notae  in  Salvianum.  Voir  Salvien. 

—  Notae  in  concordia  Pétri  de  M.arca.  Voir  Marca. 

Baronius  (Caesar),  cardinalis.  —  Annales  ecclesiastici,  usque  ad  annum  1198.  Roniae, 
1 593- 1607,  in-f°.  Voir  Pagi. 

Basnage.  —  Praefatio  in  epistolas  Desiderii.  Voir  S.  Desiderius,  episcopus  Caturcensis. 

Bathildis  (Vita  S.),  reginae  Galliae. 

Mabillon,  AA.  SS.  ord.  S.  Bened.  saec  2,  p.  yyS.  —  Bolland.  26  janv.  t.  2,  p.  ySc;. 

BaudraND.  —  Dictionnaire  géographique  &  historique,  revu   &  augmenté  par  D.  Gelé, 
bénédictin.  Paris,  1705,  2  vol.  in-f". 

Bayle.  —  Dictionnaire  historique  £•  critique.  Troisième  édit.  Rotterdam,  1720,  3  vol.  ia-l". 

BeATUS  Rhenanus.  —  Rerum  Germanicarum  libri  très.  Basileae,  MDXXX,  in  f". 

—  Castigationes  in  Tacitum. 

Ont  paru  d'abord  dans  l'édition  de  Bàle,  de  Froben,   i533,  in-f",  &  dans  bieaucoup  d'éditions  posté- 
rieures. 

BedA.  —  Historia  ecclesiastica  gentis  Anglorum,  libri  V.  Éd.  Chifflet.  Paris,  1681,  in-f". 

Benedictus,  levita  sive  diaconus.  —  Capitularia  (843-847). 

Baluze,   Capitularia,   t.    i  .  —  Pertz,  Leges,   t.   2,   p.    17.  —   Forment  les   trois   derniers   livres  de    la 
collection  d'Anségise  (voir  ce  nom). 

Benedicti  cVita  5.),  abbatis  Anianensis,  auctore  Smaragdo,  ejus  discipulo. 

Bollandistes,  12  février,  t.  2,  p.  610.  —  A  A,  SS.  ord,  S.  Bened.  saec  4,  part,    i,  p.   192. 

Bergier.  —  Histoire  des  grands  chemins  de  l'Empire  romain.  Bruxelles,  1728,  2  vol.  in-4". 
*Bernard  (Aug.).  —  Description  du  pays  des  Segusiaves...  Lyon,  i858,  in-8". 

—  Le  temple  d'Auguste  £•  la  nationalité  gauloise...  Lyon,  i863,  in-4". 

BernARDUS  Guidonis.  —  Praeclara  Francorum  facinora  variaque  ipsorum  certamina  plu- 

rimis  in  locis,  tam  contra  orthodoxae  fidei,  quam  ipsius  gallicae  gentis  hostes  impigre 

gesta  ab  an.  1 200-1 3ii. 

En  partie  de  Bernard  Gui,  en  partie  de  son  prédécesseur,  Pierre,  évêque  de  Lodève.  —  Oatel,  Comtes 
de  Toulousej  p.   iii.  —  Duchesne,  t.  5,  p.  764.  —  Bouquet,  t.  21,  p.  691. 

BeroALDUS,  in  Suetonium.  Fo/r  SuETONius. 

Bertharii  (Passio  5.),  abbatis  Casinensis. 
Bollandistes,  22  oct.  t.  9,  p.  670. 


490 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 


Bertiniani  annales  (jj^i-SS 2). 

Diichesne,  SS.  t.  3,  p.   i5o.  —  Pertz,  SS.  t.   i,  p.  423. 

^Bertrand  (A.).  —  Celtes,  Gaulois  &  Francs.  Paris,  1873,  iii-8". 

BertrANDI  (Nicolas).  —  Opus  de  Tholosanorum  gestls,  ab  urbe  condita.  Tholosae,,  i5i5, 
iii-f". 

Besly  (Jean).  —  Histoire  des  comtes  de  Poitou  &  des  ducs  de  Guyenne.  Paris,  1647,  in-f". 

BessE  (Guillaume).  —  Histoire  des  ducs,  marquis  &  comtes  de  Narbonne,  avec  les  preuves. 
Paris,  1660,  in-4". 

Besuense  chronicon  (600-1177). 

Plus  souvent  appelé  Annales  Besuenscs.  —  Edit.  par  d'Achéry,  Paris,  1604,  in-4",  &  dans  son 
Spicilége,  t.   I ,  p.  489,  ou  t.   I ,  p.  400.  —  Bouquet,  t.  9,  1 1 ,  12.  —  Pertz,  SS.  t.  2,  p.  247. 

BiNius.  —  Conciles. 

Collection  publiée  par  Séverin  Bini,  chanoine  de  Cologne  en  1606,  4  vol.  in-f°;  une  autre  édition 
en  1616  en  9  vol.,  &  une  troisième  à  Paris  en  10  vol.  i638  (Rigaud,  Biblioth.  sacrée,  édit.  de  1822, 
t.  5,  p.  47).  Les  notes  de  Bini  ont  été  réimprimées  dans  la  collection  de  Labbe. 

*BoECKH  (Auguste).  —  Corpus  Inscriptionum  Graecarum.  Berolini,  1828  &  ann.  seq. 
2  vol.  in-f". 

—  Metrologische  Untersuchungen.  Berlin,  i833. 

*B0ECKING.  —  Notitia  dignitatum  &  administrationum  omnium  tam  civilium  quam  militarium 
in  partibus  Orientis  &  Occidentis.  Ad  codd.  mss.  editorunique  fidem  recensuit  com- 
meHtariisque  illustravit  Ed.  Boecking.  Bonn,  i839-i853,  3  vol.  in-8''. 

*BoFARULL  Y  Mascaro  (D.  Prospero).  —  Los  condes  de  Barcelona  vindicados.  Barce- 
lona,  i836,  2  vol.  in-8". 

*BoiSSiEU.  —  Inscriptions  antiques  de  Lyon,  reproduites  d'après  les  monuments  ou 
recueillies  dans  les  auteurs.  Lyon,  1846-54,  in-4''. 

BOLLANDISTES.  Voir  Acta  Sanctorum. 

*BoNAMY.  —  Recherches  sur  Timagène. 

Dans  les  Mémoires  de  l'académie  des  inscriptions  &  belles-lettres^  t.   |3,  p.  46. 

BoNGARS,  in  Justinum.  Voir  JusTiNUS. 

Boniti  (Vita  5.),  episcopi  Arvernensis,  auctore  coaetaneo  anonymo. 

BoUandistes,  i5  janv.  t.  i,  p.  1070.  — AA.  SS.  ord.  S.  Bcned.  saecul.  3,  part,   t,  p.  89. 

*BoNNEFOY  (de).  —  Èpîgraphie  Roussillonaise  ou  Recueil  des  inscriptions  des  Pyrénées- 
Orientales.  Perpignan,  i856-i86o,  in-S". 

BoREL  (Pierre).  —  Les  antiquités,  raretés^  &c.  de  la  ville  &  comté  de  Castres  en  Albigeois. 
Castres,  Colomiez,  1649,  in-8". 

Bosc  (Jean  du).  —  Floriacensis  vêtus  bibliotheca  benedictina.  Lugduni,  i6o5,  in-8". 

Bosquet.  —  Ecclesiae  GalUcanae  historiarum  libri  quatuor,  usque  ad  datam  a  Constantino 
impifatore  ecclesiae  pacem...  Parisiis,  i636,  in-4". 

Bouche  (Honoré).  —  Ld  chotographie  ou  description  de  la  Provence.  Aix,  David,  1664, 
in-f",  2  vol. 

Bouchet  (Jean  du).  —  Là  véritable  origine  de  la  seconde  &  tt'oisième  lignée  de  la  maison 
de  France...  Paris,  1646  &  1661,  in-f". 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  ^  491 

*BouDARD.  —  Essai  sur  la  numismatique  ibérienne,  précédé  de  recherches  sur  V alphabet  & 
la  langue  des  Ibères.  Béziers  &  Paris,  1857-1859,  iu-4". 

*BoUQUET  (D.).  — Recueil  des  historiens  de  France  &  des  Gaules Paris,  i738-i865, 

in-f",  en  cours  de  publication. 

Dans  notre  ouvrage,  ce  recueil  est  indiqué  tantôt  par  ces  mots  :  Historiens  Je  France,  tantôt  par  le 
nom  de  D.  Bouquet,  éditeur  des  huit  premiers  volumes, 

*BoUTARlc  (E.).  — Institutions  militaires  de  la  France  avant  les  armées  permanentes.  Paris, 
i863,  iu-S". 

BoUTEROUE.  —  Recherches  curieuses  des  monnaies  de  France.  i65o,  in-f". 

Branche  (Jacques).  — Les  vies  des  saints  &  des  saintes  de  l'Auvergne  &  du  Vélay.  Le  Puy, 
i652,  in-8". 

Briet  (Philippus),  e  societate  Jesu.  —  De  Gallia  antiqua,  cum  tabulis  geographicis.  Pari- 
siis,  Cramoisy,  1648,  3  vol.  iii-4°. 

Dans  son  Parallela  geographiae  veteris  &  novae,  1.  6. 

BriZ  MartinEZ  (Juan).  —  Historia  de  la  fundacion  y  antiguedades  de  San  Juan  de  la 
Pena;  y  de  los  reyes  de  Sobrarve,  Aragon  y  Navarra,  que  dîerion  principio  a  su  Real 
Casa,  y  procuraron  sus  acrecentamientos,  hasta  que  se  unio  el  Principado  de  Cataluna 
con  el  regno  de  Aragon.  Ordenada  por  su  abbad,  Don  Juan  Brii^  M.artine'{.  Saragosse, 
1620,  in-f". 
Salva,  Catalogo,  n.  2847. 

*Brosses  (le  président  de).  — Histoire  de  la  République  romaine  dans  le  cours  du  septième 
siècle,  par  S alluste,  en  partie  traduite  du  latin,  en  partie  rétablie  &  composée  sur 
les  fragments  qui  sont  restés  de  ses  livres  perdus.  Dijon,  1777,  3  vol.  in-4". 

*Bruel  (A.).  —  Essai  sur  la  chronologie  du  cartulaire  de  Brioude,  dans  la  Bibliothèque 
de  l'Ecole  des  Chartes,  t.  27,  p.  446. 

Brun  (J.-B.  le).  —  Fie  de  Saint-Paulin,  en  tête  des  œuvres  de  S.  Paulin  de  Noie,  édition 
de  i685.  Voir  Paulinus. 


CabANNENSIS  (Ademarus).  —  Chronicon  Aquitanicum  &  Francicum,  seu  historia  Franco^ 
rum,  lib.  3. 

Labbe,  Bihlioth.  nova,  t.  2,  p.   i5i.  —  Pertz,  SS.  t.  4,  p.   m3j  n'employer  que  cette  dernière  édition, 
dans  laquelle  l'interpolateur  a  été,  pour  la  première  fois,  imprimé  séparément. 

CaëSAR  •—  interprètatione  £•  notis  illustravit  Joan.  Goduinus,  in  usum  Delphini.  Paris, 
1678,  in-4''.  —  Édit.  Nipperde"i,  Leipzig,  i853;  Frigell,  Upsal,  1861. 

* —  Traduction  avec  annotations  de  A.  Bernard  &  du  général  Creuly.  Paris,  i865-6,  in-8", 
2  vol. 

Caesarii  (Vita  S.),  episcopi  Arelatensis,  auctoribus  Cypriano,  Firmino  &  Viventio  epis- 
copis  &  auctoribus  Messiano  presbytero  &  Stephano  diacono. 
Mabillon,  AA,  SS.  ont.  S.  Bened.  saec,  i,  p.  65ç).  —  Bolland,  27  août,  t.  6,  p.  64. 

CandiDIUS.  —  Historiae  apud  Photium.  Voir  OlympIoDORE. 

Cange  (Charles  du  Fresne,  seigneur  du).  —  Glossarium  ad  SS.  medlae  &  infimae  latînitatis; 
editio  nova,  auctior  &  locupletior,  opéra  &  studio  mOnachorum  ordinis  S,  Bene- 
dicti  e  congregatione  S.  Mauri.  Paris,  Osmond,  1733,  6  vol.  in-f"j 


492 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 


CanisIUS.  —  Thésaurus  monumentorum  ecclesîastlcorum  S-  histoncorum  seu  lectiones  anti- 
quae.  Ed.  secunda,  cur.  Jac.  Basnage,  Antverpiae,  lyaS,  7  tomes  in-l". 

Capitolinus.  —  Vitae  T.  Antonlnî,  Marcî-AureUi,  Albïnl  imper atorum. 
Dans  les  Historiae  augustae  scriptores  de  Saumaise  &  Casaubon.  Parisiis,  1620,  in-f°. 

Casaubon.  Notae  in  Spartîanum,  in  CapîtoUnum.  Voye':^  ces  noms. 

Caseneuve  (Pierre  de).  —  Instructions  pour  le  franc-alleu  de  la  province  de  Languedoc. 
Tolose,  1641,  in-4°. 

Cassianus.  —  De  institutis  coenobiorum,  origine,  causis  &■  remediis  vitiorum. 

Dans  les  Opéra  omnla  du  même,  édit.  d'Arras,  1628,   1  vol.  in-fol.,  ou  Douai,  1616,  2  vol.  ïn-S". 

Cassiodore.  —  Chronicon. 

Dans  ses  Opéra  omnia,  édit.  par  Jean  Garet,  moine  bénédictin.  Rouen,  1679,  2  vol.  in-f", 

—  Epistolae,  ut  supra. 

Duchesne,  t.   i ,  p.  SSy.  —  Bouquet,  t.  4. 

*Castagné.  — M.émoire  sur  /'oppidum  de  Murcens.  Cahors,  1868,  16  pages  &  8  plan- 
ches in-f". 

Castrense  (^Chronicon). 

Dans  d'Acliéry,  Spicîleg'ium,  t.  7. 

Catel  (Guillaume  de).  —  Histoire  des  comtes  de  Tolose,  avec  quelques  traités  &  chro- 
niques anciennes  concernant  le  même  sujet.  Tolose,  Bosc,  1623,  in-f". 

—  IS/Lèmoires  de  Vhistoire  du  Languedoc.  Tolose,  Bosc,  i633,  in-f". 

Catrou.  —  Histoire  romaine  depuis  la  fondation  de  Rome  (jusqu'en  l'an  47  de  J.-C). 
Paris,  1725-1735,  21  vol.  in-4". 

*CAYLUS.  —  Recueil  d'antiquités  égyptiennes,  étrusques,  grecques  &  romaines.  Paris^  1752- 
1767,  7  vol.  in-4°. 

CellARIUS.  — Notitia  orbis  antiqui  (alias  Geographia  antiqua).  Lipsiae,  1731,  2  vol.  in-4". 

—  Dissertation  sur  les  Cimbres,  citée  tome  II,  notes,  p.  34. 
Sans  doute  une  des  dissertations  qui  accompagnent  l'ouvrage  précédent. 

Celse.  —  De  TS/Ledicina  libri  viii,  ex  recognit.  Joh.  Antonidae  van  derLinden.  Lugdun. 
Batav.  Joh.  Elzeverius,  i657,  in-12. 

Cenomanensium  (Gesta  episcoporum). 

Mabillon,  Anaîecta  yetera,  p.  327,  ou  p.  819  suiv.  l'édit.  —  Bouquet,  t.  10,  11,  12. 

Centulense  (Chronicon).  Voir  Hariulphus. 

ChABANEL  (Jean  de).  —  De  l'antiquité  de  l'église  de  Notre-Dame  de  la  Daurade  à  Tolose 
&  autres  antiquités  de  la  ville.  Tolose,  Colomiez,  162 1,  in-8°. 

Charenton.  Voir  Mariana. 

Chesne  (André  du).  —  Historiae  Francorum  scriptores  coaetanei tomus   i.  Parisiis, 

i636,  in-f'j  t.  2,  i636;  t.  3,  1641;  t.  4,  1641;  t.  5,  1649. 

Les  trois  derniers  volumes  sont  de  son  fils  François  du  Chesne. 

^Chevalier  (C).  —  Origines  de  l'Église  de  Tours.  TourS;,  1870,  in-8". 

ChiffletIUS  (Franciscus),  e  societate  Jesu.  —  Dissertatio  de  uno  Dionysio  primuni  AreO' 
pagita  &  episcopo  Atheniensi,  deinde  Parisiorum  apostolo  &  martyre.  Parisiis,  1676,  in-S". 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  493 

*Chorier.  —  Recherches  sur  les  antiquités  de  la  ville  de  Vienne.  Nouvelle  édition,  Lyon, 
1828. 

Chronicon. 

Duchesiie,  t.  2,  p.  402.  —  C'est  un   fragment  allant  de  840  à  877,  &  qui   paraît  être  tiré  textuelle- 
ment d«  la  chronique  d'Adon  de  Vienne. 

Chronicon. 

Dans  Lambecius,   t.   2,  p.  366.  — Annales   Francorum   Laureshamemes  iivc  Fuldcmcs   (714-817).  — 
Bouquet,  t.  2,  p.  645. 

*Chrysostome  (S.).  —  Homélies.  Éd.  Dubner,  Paris,  Didot,  1861,  in-S". 

*ClAMPi.  —  Gesta  Karoli  magni  ad  Carcassonam  Sr  Narbonam.  Florence,  1828,  in-8". 

CiCERO.  —  Opéra  omnia  cum  notîs  variorum,  21  voL  in-S".  Edition  Graevius,  1677-1730, 
in-S". 
Les  nouveaux  éditeurs  emploient  l'édition  du  Pro  Cluentio  de  Reinhold  Klotz,  Leipzig,  i852. 

CiTRY  DE  LA  GuETTE.  —  Histoire  des  deux  triumvirats,  augmentée  de  la  Vie  d'Auguste 
par  Larrey.  Amst.  lyiS  ou  1720,  4  tomes  eu  2  vol.  in-12, 

ClAUDIEN.  —  De  bello  Getico.  —  De  VI  Honorii  consulatu. 

Dans  les  œuvres  de  ce  poëte,  édit.  variorum,  Amst.  in-8",  i665}  faite  sur  l'édit.  de  Heinsius. 

Clotildis  (Vita  S.),  reginae  Francorum. 

Mabillon,  AA.  SS.  ord.  S.  Benei.  saec.   i,  p.  98. 

Cluverius  (Ph.).  —  Germaniae  antiquae  libri  très.  Leyde,  i63i,  in-f*. 

*CoHEN  (Henri).  —  Description  générale  des  monnaies  de  la  République  romaine,  commu- 
nément appelées  médailles  consulaires.  Paris,  iSSy,  in-4°. 

—  Description  historique  des  monnaies  frappées  sous  l'Empire  romain,  communément  appelées 

médailles  impériales.  Paris,  1859-60,  5  vol.  in-8°. 

CoLUMBi  (J.).  —  De  rébus  gestis  episcoporum  Vivariensium  libri  IV.  Lugduni,  i65i,  in-4''. 

Réimprimé  à  Lyon,  en  1668,  avec  ses  autres  ouvrages j  c'est  cette  dernière  édition  que  D.  Vaisseje 
cite. 

*C0MARM0ND.  —  Description  du  musée  lapidaire  de  la  ville  de  Lyon.  — Epigraphie  antique 
du  département  du  Rhône.  Lyon,  1846-54,  in-4°. 

*Conciliorum  Galliae  tam  editorum  quam  ineditorum  colkctio,  Opéra  &  studio  monachorum 
congreg.  S.  Mauri  (D.  P.  Dan.  Labat),  1789,  in-f". 

*CoNDE. —  Historia  de  la  dominacion  de  los  Arabes  en  Espana.  Madrid,  1820,  3  vol.  in-4". 
C0RDEMOY  (Géraud  de).  —  Histoire  de  France.  Paris,  1685-1689,  2  vol.  in-f". 
Corneille  (Thomas).  —  Dictionnaire  universel  géographique  &  historique.  Paris,  1708, 
3  vol.  in-f". 

CoSMAS  Aegyptius,  monachus.  —  Christiana  topographia,  &c. 

Dans  la  Collectio  nova  patrum  &  scriptorum   Graecorum   de    Bernard   de   Montfaucon,   t.  2,   p.    ii3. 
Paris,  1706. 

COUSTANT  (D.).  —  Opéra  S.  Hilarii,  episcopi  Pictaviensis.  Voir  S.  HiLARlus. 

—  Epistolae  Romanorum  pontificum  &  qu<ie  ad  eos  scriptae  sunt...  Parisiis,  1721,  iu-1". 

C0USTELIER.  —  Epistolae  summorum  pontificum. 

C'est  certainement  une  faute  d'impression  pour  Coustant;  voir  l'article  précédent. 


494  '  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

*CrAZANNES  (de).  — Dissertation  sur  les  monnaies  gauloises  au  type  de  la  croix  ou  de  la 
roue.  Toulouse,  1839,  111-4°. 

*Cros-Mayrevielle.  —  Histoire  du  comté  &  de  la  vicomte  de  Carcassonne.  Paris,  1846, 
ia-8". 

Cyprianus  (S.).  —  Opéra,  recogiiita  studio  &  labore  Stephani  Baluzii...  Parisiis,  1726, 
iii-f°. 

Cyprien  (S.),  pape.  —  Epistolae. 
Dans  Coustant.  Voir  plus  haut. 


*Dahn.  —  Die  Koenige  der  Germanen,  nach  der  Quellen  dargestellt.  Munich  &  Wurzbourg,  |' 

1861-1871,  6  vol.  in-8°.  . /^ 

Dalmatii  (Vita  6".),  Ruthenae  urbis  episcopi.  '^• 

Labbe,  Bihlioth,  nova,  t.  2,  App, 

*DelAlo.  —  Divisions  territoriales  S-  civiles  de  la  haute  Auvergne,  pendant  le  moyen  âge  ' 

&  les  époques  modernes  jusqu'à  la  Révolution.  1809,  ia-8". 

Daniel  (le  P.),  jésuite.  —  Histoire  de  France  depuis  l'établissement  de  la  monarchie  fran- 
çoise  dans  les  Gaules,  Paris,  lyiS,  3  vol.  in-f°. 
Edition  employée  par  D.  Vaissîte. 

*Delisle  (Léopold).  —  Le  cabinet  des  manuscrits.  Paris,  Imprimerie  Nationale,  1868- 
1874,  2  vol.  in-4''. 

* —  Rouleaux  des  morts  du  neuvième  au  quinc^ième  siècle.  Paris,  Renouard,  1866,  in-8".  -è 

Société  de  l'histoire  de  France.  .< , 

*Deloche  (Maxime).  —  Cartulaire  de  Vabbaye  de  Beaulieu. 
Dans  les  Documents  inédits,  1809,  in-4°. 

Description  historique  £•  géographique  de  la  France  ancienne  &  moderne,  par  l'abbé  de  Lon- 

guerue.  Paris,  1719,  in-f".  , 

D.  Vaissete,  ne  donnant  pas  le  nom  de  l'auteur,  a  dû  employer  une  réédition  de  1722,  qui  n'indique 
ni  le  nom  d'auteur,  ni  le  lieu  d'impression. 

Desiderii  (Vita  S.),  Cadurcensis  episcopi. 
Labbe,  Bihlioth,  nova  mss,  t.   i,  p.  Sjp. 

—  Ëjusdem  epistolae. 

Dans  Canisius,  Lect,  anti^.  éd.  Basnage,   t.   1,  p.  636.  —  Duehesne,  t.    1 ,  p.  870.  —  Bouquet,  t.  4, 
p.  36. 

*DesjARDINS  (E.).  —  Les  embouchures  du  Rhône  &  les  fosses  Mariennes.  1866,  in-4". 

DioDORE  de  Sicile.  —  Ecloga.  Voir  Nicolas  de  Damas. 

Dion  Cassius.  —  Fragmenta,  dans  Valois.  Voir  OlympiodorE. 

* —  Dionis  Cassii  rerum  Romanarum  libri  octoginta,  ab  Imm.  Bekkero  recognita.  Lipsiae, 
1849,  2  vol.  in^8''. 

DiONYSIUS  HalicaRNASSEUS.  —  AntiquitatUm  Romanarum  libri  quotquot  sûpersiint  (& 
quae  exstant  rhetorica  &  critica  omnia)  graec*  &  lat.  ex  recens»  &  cum  notis 
Jo.  Hudson.  Oxoniae,  1704,  2  Vol.  in-f"* 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  496 

Divîonensîs  (Annales  S.  Benigni)^  458-1052. 

Labbe,  BibUoth.  nova,  t.  i ,  p.  293.  —  Pertz,  SS.  t.  J,  p.  Sy.  —  Labbe  leur  donne  le  titre  de  Chron'icon 
S.  Bcnignt. 

DOMINICY  (Marcus-Antoiiius).  —  De  praerogatïva   allodîorum  în  provînciis,  quae  jure 
scripto  utuntur,  Narbomnsî,  Aquïtanlca,  historica  disquls'itio.  Parisiis,  1645,  111-4°. 

—  Ansberti  familia  rediviva  contra  Ludovlci  Cantareîîî  Fabri  G-  Joannîs  Jacobi  Chifjletii 

objectiones  vindicata.  Parisiis,  1648,  iu-4". 

—  Ms.  TAémoïres  des  anciens  comtes  du  pays  de  Quercy  &  comté  de  Cahors,  iii-4". 

Un   exemplaire  dans  la   bibliothèque  de  Baluze,  «aujourd'hui  à  la   Bibliothèque  nationale,  fr.  fjçjz^. 
{VoirU  P.  Lelong,  n°*  37604  &  37616.) 

*DoNlOL  (Henry).  —  Cariulalre  de  Brioude  (liber  de  honoribus  S.  Julïano  collatïs)^  publié 
par  l'académie  de  Clerniont-Ferrand.  Clermont-Ferrand,  i863,  iii-4". 

* —  Cartulaîre   de  Sauxlllanges,  publié  par  l'académie  de  Clermont-Ferrand,  avec  des 
notes  &  des  tables.  Clermont  &  Paris,  1864,  in-4". 

DoujAT.  —  In  Lîvium.  Voir  ce  nom. 

*D0ZY.  —  Histoire  de  l'Afrique  &  de  l'Espagne,  intitulée  Al-Bayano  '/  Mogrib,  par  Ibn- 
Adhari...  Leyde,  1848-1851,  2  vol.  in-8°. 

* —  Recherches  sur  la  littérature  &  l'histoire  de  l'Espagne  au   moyen  âge.  Leyde,  1860, 
2  vol.  in-8". 

* —  Histoire  des  Musulmans  d'Espagne.  Leyde,  1861,  4  vol.  in-8". 

DuBOS  (J.-B.)'  —  Histoire  critique   de  l'établissement  de  la  monarchie  franqoise  dans  les 
Gaules.  Paris,  1742,  2  vol.  in-4". 

*DUBY.  (Tobiesen).  —  Traité  des  monnaies  des  barons,  O-c.  Paris,  1790,  2  vol.  in-f». 

DucANGE.  Voir  Cange  (du). 

*DucHALAiS.  —  Description  des  médailles  gauloises  faisant  partie  des  collections  de  la 
Bibliothèque  royale.  Paris,  1846,  in-8°. 

DUCHESNE.  Fo/V  Chesne  (du). 

*DuMÈGE.  —  Monuments  religieux  des  Volces  Tectosages,  Toulouse,  1814,  in-8". 

* —  Biographie  toulousaine...  Paris,  1828,  2  vol.  in-8". 

* —  Histoire  des  institutions  de  Toulouse.  Toulouse,  1844-1846,  4  vol.  in-8". 

DUPLEIX  (Scipion).  —  Mémoires  des  Gaules,  depuis  le  déluge  jusques  à  Vestablissement  de 
la  monarchie  française.  Paris,  Sonnius,  1619,  in-4". 

*DuRAND  &  Granjent.  —  Description  des  monuments  antiques  du  midi  de  la  France.  Paris, 
1819,  in-f". 

/ 

Ebbonis  &  Goerici  (Vitae  SS.),  episcoporum  Senonîs  în  Gallia. 

Mabillon,  AA.  SS.  orJ.  S,  Bened.  t.  3,  part.   1,  p.  649.  —  BoUand.  27  août,  t.  6,  p.  98. 

EcGARDUS  (Jo.  Georgius).  —  De  origine  Germanorum  eorumque  vetustissîmîs  coloniisy 
migrationibus  ac  rébus  gestis.  Gottingae,  i75o,  in-4". 

*EcKHEL.  —  Doctrina  nummorum  veterum.  Viennae,  1792-98,  8  vol.  in-4". 


496  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Eclaircissements  historiques  sur  les  origines  celtiques  &  gauloises,  avec  les  quatre  premiers 
siècles  des  annales  des  Gaules,  par  le  R.  P.  D***,  religieux  bénédictin  (D.  Jacques 
Martin).  Paris,  1744,  in-12. 

*Egger.  —  Examen  critique  des  historiens  anciens  de  la  vie  S-  du  règne  d'Auguste.  Paris, 
1844,  in-S". 

Eginhardus  vel  EiNHARDUS.  —  Vita  Karoli  magni, 

Duche«ne,  t.  2,  p.  ç)3.  —  Bouquet,  t.  5.  —  Pertz,  t.  2,  p.  443.  —  Edit.  de  Teiilet   pour   la   société 
de  l'histoire  de  France.  Paris,  1840-1843,  2  vol.  in-S". 

—  Annales  (Eginhardo  tributi)^  a.  C.  n.  ad  ann.  829. 
Duchesne,  t.  2,  p.  233.  —  Pertz,  t.   i,  p.  i35. 

Eligii  (Vita  S.),  Noviomensis  episcopi,  auctore  Dadone  sive  Audoëno,  episcopo  Rotonia- 
gensi. 
D'Achéry,  Splcileg.  t.  5,  p.  iSp,  ou  t.  z,  p.  76. 

Engolismensium  {Historia  pontificum  &■  comitum),  incerto  auctore. 

Labbe,  B'tbUoth.  nova,  t.  2,  p.  249. 

Ennodius,  episcopus  Papiensis,  postea  Ticinensis.  —  Opéra;  éd.  Sirmond,  Paris,  161 1, 
in-8°. 

—  Vita  S.  Epiphanii,  episcopi  Ticinensis  ;  ibid. 

ErchAMBEPvTUS,  synchronus  Karoli  Martelli.  —  Breviarium  regum  Francorum  inde  a 
saecul.  V  ad  ann.  889. 
Duchesne,  t.   i,  p.  780.  —  Bouquet,  t.  2,  p.  690.  —  Pertz,  t.  2,  p.  328. 

Eremberti  (Vita  5.),  episcopi  Tolosani. 

Mabillon,  AA.  SS.  ord.  S,  Bened.  saec.  2,  p.  604.  —  Bolland.  14  mai,  t.  3,  p.  190.  • 

Ermoldus  Nigellus,  abbas  Anianensis.  —  Carmina. 

Muratori,  SS.  rer.  Ital.  t.  2,  p.  i3.  —  Bouquet,  t.  6.  —  Pertz,  SS.  t.  2,  p.  464.  (D.Vaissete  emploie 
l'édition  de  Muratori.) 

*EscHiNE.  —  Opéra  omnia,  graec,  ad  codd.  mss.  recognovit,  animadversionibus  illus- 
travit  J.  H.  Brenius,  Turici,  1823-4,  2  vol.  in-8''. 

EsTiENNOT  (D.).  —  Fragmenta  historiae  Aquitanicae  mss.  12  vol. 

Biblioth.  nat.  mss.  latins  12763-12774.  D.  Vaissete  cite  particulièrement  le  tome  11,  lat.  12773. 

EuLOGius.  —  Memoriale  Sanctorum. 

Dans  Schott,  Hispania  illustrata,  t.  4,  p.  223,  &  dans  la  Biblioth.  PP.  Lugdun.  t.  i5,  ou  Colon,  t.  9. 

EULOGlus,  presbyter  Cordubensis. —  Epistola  script  a  a.  889  de  factionibus   JVilhelmi 
magni  fi*  comitis  Sancii  Sancionis  adversus  Çarolum  Calvum. 
Duchesne,  t.  2,  p.  399. 

EUGENIUS  (S.).  —  Opuscula. 

Dans  les  œuvres  de  Sirmond,  t.  2,  p.  890. 

■•'Euripide.  —  Tragédies  ;  éd.  Fix.  Paris,  Didot,  1844,  in-S". 

EusÈBE.  —  Thésaurus  temporum.  Eusebii  Pamphili  chronicorum  canonum  omnimodae  his- 
toriae libri  duo,  interprète  Hieronymo opéra  &  studio  Jos.  Scaligeri.  Amstelodanii, 

i658,  in-fo. 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  497 

EusÈBE.  —  Fita  Constantînî. 

Dans  l'édition  des  œuvres  d'Eiisèbe  donnée  par  Valois,  3  vol.  in-f",  Paris,  \()'><)  8c  \6-]'.\.  Rééditée 

par  Readmg,  à  Cambridge,   1720. 

—  Praeparatîo  Evangelica;  édit.  du  texte  grec,  avec  traduction  latine,  notes  &  index. 
Paris,  1628,  in-f". 

EusTATHiUS.  —  Commentarîi  in  Dîonysium  Periegetem. 

Dans  les  éditions  de  ce  dernier,  Londres,   1688,  in-8",  Oxford,  1704  &  1710,  in-8". 

EuTROPiUS.  —  Cum  metaphrasi  graeca  Paeanîi  &  nous  varîorum;  accédant  Rufus  Festus 
&  Messaîa  Corvînus  de  progenîe  Augustî,  &c.  Lugd.  Batav.  1729,  in-8". 


Fabretti.  —  De  aquîs  6-  aquaeductîbus  Romae  dissertationes  très.  Romae,  1680,  in-4''. 

Faille  (La).  —  Annales  de  la  ville  de  Toulouse,  avec  un  abrégé  de  l'histoire  de  cette  ville. 
Colomiez,  1687-1701,  2  vol.  in-f°. 

Faustae  (Translatio  5".),  virginis. 

Duchesne,  SS.  t.  2,  p.  400.  —  Bollandistes,  4  janv.  t.  i ,  c,  1091 .  —  Mabillon,  AA.  SS.  orJ.  S.  Bened. 
snec.  4,  t.  2,  p.  73. 

FÉLIBIEN  (D.).  —  Histoire  de  l'abbaye  royal»  de  Saint-Denys,  en  France.  Paris,  1706,  in-f". 

Fernandez  de  Pulgar  (Pedro).  —  Historia  seculare  ecclesiastica  de  la  ciudad  de  Palen- 
cia...  Primera  parte  del  teatro  clérical,  apostolico  y  secular  de  las  iglesias  catedrales  de 
Espana...  Madrid,  1679-1680,  3  vol.  in-f". 

Ferreoli  (Régula  S.). 

Dans  le  Codex  regularum  monastlcarum...  collectus  olim  a  S.  Bénédicte  Anianensi,  auctiis  ab  Holstenio 
&  postea  cura  Mar.  Brockier  editus.  Romae,  1661,  3  vol.  in-4";  Parisiis,  i663,  8c  Augustae  Vindeli- 
corum,  1769,  6  vol.  in-f". 

Ferreras  (Juan  de).  —  Synopsis  historica  chronologica  de  Espana.  Madrid,  Antonio 
Perez  de  Soto,  1700,  \i\-^°;  réédition  en  17  volumes  in-4°,  de  1776  à  1791.  Voir 
d'Hermilly. 

La  première  édition  est  extrêmement  rare.  —  Salva,  Catalogo,  n.  2943. 

Festus  (Pompeius).  —  De  verborum  signifie atione...  cum  interpretatione  &  notis  Andr.  Da- 
cerii,  ad  usum  Delphini.  Parisiis,  1681,  in-4". 

Firmini  (Fita  S.),  episcopi  Ucetiensis. 

Dans  Duboucliet,  Liber  de  origine  domus  Franclae,  —  Bolland,   i  i   oct.  t.  5,  p.  640, 

Fléchier,  évéque  de  Ninies.  —  Recueil  de  toutes  les  antiquités  qui  se  trouvent  dans  la 
province  de  Languedoc,  Ms.  in-f",  6  vol. 

Fleury.  —  Histoire  ecclésiastique  jusqu'en  1414,  &  la  continuation  jusqu'en  iSçS  par 
Jean-Claude  Fabre,  prêtre  de  l'Oratoire,  en  tout  36  volumes»  Paris,  1691-1738, 
in-4''  &  iii-i2. 

FlodqARDUS  (alias  FrodoARDUS).  —  Historiarum  ecclesiae  Remensis  1.  4. 

Edit.  de  Sirmond,  Paris  i6i5,  in-8".  BB.  PP.  Lugdunensis,  t.  17,  p.  5oo.  —  Lejeune,  Reims,  in-8"^ 
avec  la  traduction  française. 

Florentinius.  —  Fetustius  occidentalis  ecclesiae  martyrologium.  Lucae,  1668,  in-f". 

Florus.  —  Historia  Romana,  interpretatione  &  notis  illustravit  Anna  Tanaq.  Fabri  fitîa, 
in  usum  Delphini.  Parisiis,  1674,  in-4".  —  *Edit.  Hahn,  Leipzig,  1854. 


498 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 


Florus  Drepanius,  diaconus  Lugduiiensis.  —  Quereîa  de  divîsîone  mperîi  post  mortem 
Ludov'ici  pii  împeratoris. 
Mabillon,  Analecta  vetera,  t.   i,  p-  388;  2''  éd.  p.  4i3.  —  Bouquet,  t.  7. 

FOLARD.  —  Commentaires  sur  Polybe. 

D.  Vaissete,  citant   le  tome  4,  a    employé  vraisemblablement  la    traduction   de   Polybe   de  Vincent 
Thuillier,  Paris,  1727-1730,  6  vol.  in-4",  fig.  —  Voir  Polybe. 

Fontanellense  chronicon,  vel  potius  Gesta  abbatum  F ontanellenslum  (645-850). 

D'Achéry,  Splcil.  t.  3,  p.  iSô,  &  t.  2,  p.  263.  —  Bouquet,  t.  2,  5,  6,  7,  9.  —  Pertz,  t.  2,  p.  270. 
Fontanellense  (Chronicon),  sive  S.  JVandregisili  (841-859). 

Duchesne,  t.  2,  p.  387.  —  Bouquet,  t.  7,  p.  40.  —  Pertz,  SS.  t.  2,  p.  3oi. 

*FoRBiGER.  —  Handbuch  der  alten  Géographie,  aus  den  Quellen  bearbeitet,  Leipzig,  1842- 
1848,  3  vol.  gr.  in-8". 

FoRTUNATUS  Venantius,  presbyter  &  episcopus  Pictaviensis.  —  Carmîna  historica. 
Duchesne,  SS.  t.  i,  p.  460.  —  Bouquet,  t.  2,  p.  472.  —  Ed.  Luchi,  Rome,  1786. 

—  Vita  S.  Hilarii,  episcopî  Pictaviensis, 

Surius,  Vit.  SS.  i3  janv.  —  En  tète  des  œuvres  de  Saint-Hilaire,  éd.  de  D.  Coustant,  Paris,  1693. 

Freculphus,  episcopus  Leiixoviensis.  —  Chronicorum  tomi  II  ab  0.  c.  usque  ad  Franco- 
rum  &  Langobardorum  régna. 

Bihlioth.  pp.  Lugdunensis,  t.    14,  p.   1061,  Parisicnsis,  t.   15,  p.   122. 

FredegARIUS  scholasticus.  —  Chronicon  ab  o.  c.  usque  ad  ann.  Christi  641. 

Ruinart,  Opéra  Gregorii  Turonensis,  p.  535.  —  Jusqu'en  584,  ce  n'est  qu'un  abrégé  de  Grégoire  de 
Tours  j  c'est  ce  qu'on  appelle  VEpilomc. 

—  (Continuateurs  de). 

A  la  suite  de  cet  auteur,  dans  Duchesne,  t.  1,  Ruinart  (édit.  de  Grégoire  de  Tours),  &  Bouquet,  t.  2, 
pp.  391-464,  &  t.  5,  pp.  1-18. 

Freinshemius.  —  Suppléments  de  Tite-Live.  Voir  Livius. 

FrÉRET.  —  De  Vorigine  des  Francs  £•  de  leur  établissement  dans  la  Gaule.  Ms. 

Communiqué  à  l'académie  des  inscriptions  en  1727  &  1728.  —  Lelong,  n.  i545i. 

Frontinus.  —  De  aquaeductibus  urbis  Romae  commentarius.  Patavii,  1722,  in-4°. 

—  Stratagematon  libri  quatuor.  Lugd.  Batav.  lySi,  in-8". 

Fuldenses  (Annales),  680-901. 

Duchesne,  t.  2,  p.  53 1.  —  Bouquet,  t.  2,  5,  6,  7,  8.  —  Pertz,  SS.  t.  i,  p.  343.  —  D.  Vaissete  a  aussi 
employé  l'édition  de  la  dernière  partie,  donnée  par  Lambecius  dans  les  Commentariorum  de  augustissima 
bibliothcca  Caesarea  Vindoboncnsi  lib.  8,  t.  2,  p.  357.  Vindobonae,  1669. 


*Gaetano  Marini.  —  Gli  atii  e  monumenti  di  fratelli  Arvali.  Roma,  1795,  2  vol.  in-4". 

Gallia  Christiana,  pr.  éd.  Voir  Sainte-Marthe  (les  frères). 

Gallia  Christiana,  nov.  éd.  par  les  bénédictins  de  la  congrégation  de  Saint-Maur.  Paris, 
1715  &  années  suivantes^  le  tome  4  est  de  1728,  le  tome  6  (province  de  Narbonne), 
de  1739. 
Continuée  &  terminée  par  l'Académie  des  inscriptions  8c  belles-lettres. 

*Galy  (le  docteur).  —  Catalogue  du  musée  de  Périgueux, 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  499 

*Gantier  (Ad.).  —  Nouvelles  recherches  sur  la  ville  de  Cala^urrïs  Convenarum.  Toulouse, 
1869,  iii-4". 

Gariel  (Pierre),  doyen  de  l'église  cathédrale  de  Montpellier.  —  Idée  de  la  ville  de 
Montpellier,  recherchée  &  présentée  aux  honnêtes  ^ens.  Montpellier,  i665,  in-f'" 

—  Séries  praesulum  IVÎagalonensium  &  Monspeliensium per  annorum  ordinem  diij;esta. 

Tolosae,  Boude,  i652,  in-f".  Ibid.  i665,  2  parties,  1  vol.  in-i". 

*Gatien-Arnoult.  —  Histoire  des  doctrines  morales,  politiques  &  relif^ieuses  en  Gaule 
avant  la  conquête  des  Romains.  Toulouse,  in-S",  1859. 

Gaufredus,  prior  Vosiensis.  —  Chronicon. 

Labbe,  Bïhliotheca  nova  mss.  t.  z,  pp.  279-342.  —  Bouquet,  t.    10,  11,  12,   18. 

Gautier  (Hubert).  —  Histoire  de  la  ville  de  Nimcs  &  de  ses  antiquités.  Paris,  1720-172/^, 
in-8-'. 

*Gayangos  (Don  Pascual  de).  —  The  history  of  the  Mohammedan  dynasties  in  Spain, 
exlracted  from  the  Nafhu-t-Tib  min  ghosni-l-andalusi-r-rattih  wa  Tarikh  li-Sanu-d- 
din  ibni-l-Khattib ,  by  Ahmed  ibn  TVLohammed  al-JMakkari.  London,  1840-3,  2  vol.  in-4". 

Gei.LIUS  (Aulus).  —  Noctium  Atticarum  libri  20. 
D.  Vaissete  semble  avoir  employé  l'édition  de  Leyde,   1706,  in-4",  avec  notes  des  deux  Gronovius. 

*GÉNÉRAT.  —  Etude  géographique  &  ethnographique  sur  les  peuples  qui  avoisinaient  le 
cours  inférieur  du  Rhône  &  de  la  Durance  avant  la  conquête  des  Gaules  par  les  Romains, 
&  recherches  sur  les  villes  de  Vindalium  &  Aëria,  &  sur  le  passage  du  Rhône  par  Anni- 
bal.  Avignon,  1844,  in-8". 

GennADIUS  Massiliensis  presbyter  (ce.  a.  495).  —  Liber  de  viris  illustribus  seu  de  SS. 
ecclesiasticis ;  souvent  joint  aux  œuvres  de  saint  Jérôme. 
Dans  la  Bibllotkeca.  cccîcsijstica  de  Aubert  le  Mire.  Antverpiae,   1639,  in-f",  p.  41. 

Genulphi  (Translatio  &  miracula  S.),  episcopi  Bituricensis. 
Mabillon,  AJ.  SS.  ord.  S.  Bened.  saec.  4,  part.  2,  p.  226. 

Georgii  (Historia  5.),  diaconi,  &  aliorum  mcrtyrum  Cordubae  in  Hispania  a.  852. 
Mabillon,  AA.  SS.  ord.  S.  Bcned.  saec.  4,  part.  2,  p.  4.^. 

Geraldi  (Fita  S.).  Voir  Odo  (S.)  Cl.UNiACENSlS. 

*GermAIN.  —  Anciennes  monnaies  seigneuriales  de  M.elgueil  &  de  Montpellier.  i8{>2,  in-4". 

Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  archéolooique  de  Montpellier. 

—  Monnaie  mahométane  attribuée  à  un  évêque  de  Maguelonne. 
Ibid.  t.  3,  p.  683. 

*Germer-DurAND.  —  Dictionnaire  topographique  du  département  du  Gard.  Paris,  Impri- 
merie impériale,  1868,  in-4". 

GervASIUS  Tilberiensis.  —  Otia  imperialia  sive  Liber  de  mirahilibus  mundi, 
Duchesne,  SS.  t.  3,  p.  363. 

Gesta  Dagoberti  I,  régis  Francorum,  scripta  a  monacho  quodcm  S.  Dionysii  anonymo  (621- 
662). 
Ducliesne,  t.   i,  p.  572.  —  Bouquet,  t.  2,  p.  ^77. 

Gesta  Regum  Francorum. 

Ducliesne,  SS .  t.  i ,  p.  690.  —  Houquet,  t.  2,  p    Sjo. 

II.  Q 


'ÔOO 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 


GiSELiNUS.  —  Vlta  Sulpîcil  Severi,  sïve  Chronologîa. 

A  la  suite  des  Opéra,  omn'ia.  de  cet  auteur,  édit.  de  Leyde,  EIzévir,   1640,  in-12. 

GiSSEY  (De).  — Discours  de  la  dévotion  de  Notre-Dame  du  Puy  en  Velay  r&  plusieui-s 
remarques  concernant  l'histoire  des  évèques  de  Vêlai j.  Lyon,  Muguet,  1620,  in-12. 
—  Le  Puy,  Varoles,  1644,  in-8°. 

GoDEFRiDUS  ViTERBiENSiS.  —  Panthéon,  seu  unlversltatls  Ubrl,  qui  chronlci  appellantur 
(ab  0.  c.  —  1186). 
Pistorius  &  Struve,  t.  2,  p.  8.  —  Maratori,  SS,  t.  7,  p.  347. 

GoDEFROY  (Jac).  —  Codex  Theodosianus  cum  perpétua  commentario Lugduni,  i665, 

6  vol.  in-f". 

L'édition  la  plus  commune  est  celle  de  Ritter,  Leipzig,  1786-1745,6  vol.  in-f°,  réimpression  de  celle 
de  Godefroy. 

GoLTZius  (Hubertus).  —  Thésaurus  rel  antiquarlae,  ex  antlquîs  numïsmatibus.  Antverpiae, 

1679,  ii^-4°' 
Grasserius  (Jacobus).  —  De  antlqultatlbus  Nemausensibus  dissertatio Cologne,  1572, 

Paris,  1607,  Bâle,  1614,  &  Lyon^,  1616. 

Gratîani  decretorum  Ubrl  V,  secundum  Gregorlanas  décrétâtes  dîstînctl  per  Jo.  de  Turre- 
cremataj  cura  J.  Fontanini.  Romae,  1726,  in-f". 

Gregorius  I,  papa  (S.).  —  Eplstoîae. 
Duchesne,  t.  i .  —  Bouquet,  t.  4. 

Gregorius  Magnus  (S.).  —  Opéra  omnla,  studio  &•  labore  monachorum  ord.  S.  Bénédictin 
e  congr.  S.  Maurl.  Parisiis,  lyoS,  4  vol.  in-f°. 
D.  Vaissete  cite  notamment  les  Dialogi  &  les  Moralia.  in  Job. 

Gregorius  Turonensis.  —  Hlstorla  eccleslastlca  Francorum.  Ed.  Ruinart,  i6gg,  in-f°. 
Gronovius  (J.).  —  Thésaurus  antlqultatum  Graecarum.  Lugd.  Batav.  1697,  i3  vol.  in-f°. 
Grotius.  —  Proîegomena  In  hlstorla  Gothorum. 

En   tête  de  son  Historia  Gothorum^  Vandalorum   &  Longohardorum .  Amsterdam,  Elzevir,  i655,  in-S". 

Gruter.  —  Inscrlptiones  antlquae  totlus  orbls  Romani,  In  absolutlsslmum  corpus  redactae. 
Amsterdam,  1707,  4  vol.  in-fol. 

GuESNAY  (Joannes-Baptista),  e  societate  Jesu.  —  Casslanus  lllustratus,  slve  chronologîa 
vltae  Sanctl  Joannls  Casslanl.  Lugduni,  Cellier,  i652,  in-4''. 

Gulllelml  (Vlta  S.),  duels  ac  monachl  Gellonensls. 

AA,  SS.  ord.  s.  Bened.  saec.  4,  part,   i,  p.  72.  —  Bollandistes,  28  mai,  t.  6,  p.  81  i. 

GuiRANUS   (Galiiardus).  —  Ms.  Antlqultates  &■  inscrlptiones   Nemausenses Ubrl  iiii. 

Nemausi,  i652,  2  vol.  in-f". 

Le  manuscrit  original  est  à  Vienne,  en  Autriche.  D.  Vaissete  a  sans  doute  connu  la  copie  de  Ségiiier, 
indiquée  par  le  P.  Lelong,  t.  3,  n.  37870. 


Hardouin  (le  p.).  —  Opéra  selecta  &  opéra  varia.  Amsterdam,  1709  &  I733,  2  vol.  in-f". 
—  '^otes  sur  Pline.  Voir  Plinius  major. 

Hariulfus,  monachus  S.  Pétri  Aldenburgi  apud  Brugas.  —  Chronlcon  Centulensls  abba- 
tlae  seu  S.  Rlcharll.  625-io88. 
D'Achéry,  Spicil.  t.  4,  p.  419,  &  t.  2,  p.  29  r.  —  Bouquet,  t.  3,  5,  6,  7,  8,  10,  11,  12. 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  5oi 

Hauteserue  ou  AlteserrA.  —  Notae  s-  observadones  în  X  libres  historïac  Francorum 
B.  Gregoril  Turonensïs,  5-  supplementum  Fredegarii Tolosac,  1679,  111-4". 

♦"HÉCATÉE.  —  Fragmenta. 

Dans  les  Fragmenta  historicorum  Graecorum,  de  C.  Miieller,  t.  1,  p.   i. 

HeiNDREICH. — Massilia. 

Dans  le  tome  6  des  Ant'iqu'itatcs  de  Gronoviiis.  Voir  ce  nom. 

*Heiss  (AIoïs).  —  Description  générale  des  monnaies  de  V Espagne.  Paris,  1B70,  in-4". 

*HÉLI0D0RE.  —  Aethiopica. 

Dans  les  Erotlcï  scrlptorcs,  éd.  Didot,  Paris,  1845,  in-8". 

Henschenius  (Godefridus).  — De  tribus  Dagobertis,  Francorum  regibus,  diatriba.  Mo- 
lesheiniii,  1623,  in-4''. 

*HeNZEN.  —  Acta  triumphalia  Capitolina. 

Dans  le  Corpus  Inscriptionum  de  l'académie  impériale  de  Berlin,  t.  i. 

* —  Annotationes  Orellianae.  Voir  Orelli. 

Hepidanus,  coenobita  Sancti  Galli.  —  Annales  brèves  rerum  in  Alemania  gestarum  (709- 
io56). 

Duchesne,  t.  3,  p.  471.  —  Bouquet,  t.  3,  10,   11.  —  Pertz,  t.   i,  p.  72.  —  Ce  sont  les  Annales  San- 
gallenses  majores. 

HeRMILLY  (d').  —  Histoire  générale  d'Espagne,   traduite  de  l'espagnol,  avec  des  notes 
historiques  &  critiques.  Paris,  1742-1751,  10  vol.  in-4". 
Traduction  de  Ferreras  citée  par  D.  Vaissete  dans  ses  additions  du  tome  V. 

HÉRODIEN.  —  Hîstoriarum  libri  octo,  gr.  &  lat.,  recogniti  &■  notis  illustrati.  Oxoniae,  1699, 
in-8». 

Herodotus.  —  Historiae,  graec.  &  lat.  ex  recensione  Jac.  Gronovii,  cujus  accedunt  notae. 
Lugd.  Batav.  17 15,  in-f". 

*Herzog  (E.).  —  De  praetoribus  Galliae  Narbonensis  municipalibus.  Lipsiae,  i863,  in-8°. 

—  Galliae  Narbonensis  provinciae  Romance  historia,  descriptio,  institutionum  expositio.  Acce- 

dit  appendix  epigraphica.  Lipsiae,  1864,  in-8". 

*Hesiodus.  —  Carmina.  Édit.  Dubner.  Paris,  Didot,  1841,  in-8". 

Hilarii  (Vita  S.),  episcopi  Arelatensis,  auctore  Ravenno  successore  vel  Honorato  Massiliensi 
vel  alio  synchrono. 
Surius,  5  mai.  —  Bolland.  5  mai,  t.  2,  p.  25. 

Hilarii  {Vita  S.),  episcopi  Pictaviensis.  Voir  FoRTUNATUS. 

Hilarius  Pictaviensis  (S.).  —  Opéra,  studio  monachorum  S.  Bcnedicti.  Parisiis,  U693, 
in-f". 

Hilarius  Arelatensis.  —  VincentU  Lirinensis  &  Hilarii  Arelatensis  opéra.  Édit.  Baluze, 
Paris,  1669,  in-8". 

HiNCMARUS,  archiepiscopus  Remensis.  —  Opéra.  Édit.  Sirmond,  Paris,  164J,  2  vol.  in-f". 

—  Epistolae.  Édit.  Duchesne,  SS.  Franc,  coaet.  t.  3. 

—  De  ordine  palatii  &  regni  epistola ;  dans  Pédit.  de  Sirmond,  plus  liau    citée. 
HiRTius.  —  De  bello  Alexandrino.  Voir  Caesar. 


5o2  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  ' 

Historiens  de  France.  Foir  Bouquet. 

Hoffmann.  —  LeyJcon  unïversah.  Lugd.  Batav.  1698,  4  voL  ia-f". 

HoMERUS.  —  Opéra. 

Nous  ignorons  quelle  édition  a  pu  employer  D.  Vaissete;  peut-être  celle  de  Schrevelius.  Leyde,  chez 
les  Elzévirs,   i6j6,  x  vol.  in-4". 

Honoratî  (Sermo  de  vît  a  S.),  auctore  S.  Hilario,  episc.  Arelatensî. 
Surius,  Vit,  SS.   16  janv.  p.  252.  —  Bolland,   16  janv.  t.  2,  pp.  17-24. 

Horace.  —  Opéra,  cum  commentarïïs  selectïsslmîs  varïorum  6-  schoUis    întegrls  Jo.  Bond, 
accurante  Corn.  Schrevelio.  Lugduni  Batav.  i653,  iii-8". 

Hubertî  vel  Uberiî  (liber  de  conversîone  5.),  auctore  anonymo, 
Duchesne,  t.  1,  p.  678.  —  Bouquet,  t.  3,  p.  609. 

*HubneR  (Emni.)'  —  Inscrîptiones  Hîspanîcae. 

Fait  partie  du  Corpus  inscriptionum  Litinarum  de  l'académie  impériale  de  Berlin,  in-f". 

*Hucher  (E.).  —  Vart  gaulois  ou  les  Gaulois  d'après  leurs  médailles.  Paris,  in-4",  ï86:"). 

Hugo  FlAVINIACENSIS.  —  Chronicon  Virdunense  seu  Flaviniacense  {ab.  0.  c.  —  1102). 
Labbe,  Biblioth.  nova,  t.   i ,  p.  yf).  —  Pertz,  SS.  t.  8,  p.  288. 

♦Hygin.  Êdit.  Ruhdorff.  Berlin,  1848,  in-8". 


*Ibn-AL-Qoutiya.  —  Ms.  arabe  de  la  Biblioth.  nationale,  ancien  fonds,  11"  706. 

*Ibn-EL-Athiri.  —  Chronicon  quod  perfectissimum  inscribitur,  ad  fidem  codicum  Londi- 
nensium,  Parisinorum  &  Berolinensis  edidit  Carohis  Johannes  Tornberg.  Lugd. 
Batav.  t.  4,  1870,  t.  5,  1871. 

Idacius,  Lemovicensis  seu  Lemicensis  episcopus.  —  Chronicon,  oj^-^ô^.  Édit.  Sirmond, 
Lut.  Paris.  1619,  in-8". 

Dans  les  œuvres  de  ce  savant,  Paris,  1696,  t.  2.  —  D.  Vaissete  a  aussi   employé  les   extraits   publiés 
par  Canisius,  Lectiones  anti^uae,  t.  2,  p.  i83. 

IrÉNÉE  (S.).  —  Contra  haereses  libri  V.   ...Parisiis,  17 10,  in-f". 

IsiDORUS,  episcopus  Hispalensis.  —  Chronicon  seu  Historia  Gothorum  (176-628). 

Dans  Grotius,  Histor.  Goth.  Amstelodami,  1 65 j,  in-8",  p.  707.  —  Labbe,  Biblioth.  no/a,  t.   1 ,  p.  6 1 . 

—  Historia  Vandalorum  £•  Suevorum. 

Ed.  Viilcanius,  Goth,  &  Longohard.  rcrum  SS.  t.   1 ,  p.  225.  —  Florez,  E-pana  sagraJa,  t.  33. 

—  Origines. 

Dans  les  œuvres  complètes  de  cet  auteur;  édit.  Du  Breuil.  Paris,   1601,  in-f". 

IsiDORUS  Pacensis  (ou  de  Béja).  —  Chronicon  Hispaniae  (610-754).  Édit.  de  Sandoval, 
Panipelonae,  i6i5,  in-f". 

Florez,  Espana  sagrada,  t.  8,  p.  274. 


JÉRÔME  (S.).  —  Chronicon, 

Dans   ses  Opéra,  emendata   studio   &  opéra    monachorum   ord.   S.   Benedict'i,  Parisiis,   1693-1706,  5  vol. 
in-f".  —  D.  Vaissete  cite  aussi  quelques  petites  œuvres  théologiques  du  même. 

—  Marlyrologium. 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  5o3 

JoHANNES,  Biclarîensis  abbas,  postea  episcopus  Gerundensis.  —  Chronkon  continuans 
Victorem.  Tunnunensem.  566-590. 

Canisius,  Lcct.   antiq.   éd.    Basnage,   t.    i,    p.  3 19.   —    Scaliger,    Tlics.    tcmpor.    Lugdunl    Batav.    1O06, 
Amstel.    i6')8. 

JoNAS,  episcopus  Aurelianensis.  —  Contra  Claudîum,  sive  De  cultu  imaginum  libri  très. 

Dans  la  Bihllothcca  vctcrum  patrum.  —  Migne,  Patrologia  Jatina,  t.   ic6. 

JoNGELlN.  —  Notida  abbatiarum  orciin'is  Cislerc'iensls.  Coloniae,  1640,  in-f". 

JoRNANDES  sïve  JoRDANES,  episcopus  Raveuiine.  —  De  rébus  Geticis  seu  de  Gothorum  sive 
Getarum  origine.  20i-55o. 

Edit.  Grotius,  Fl'ist.  Goth.  Liigduni,  lûoj,  t.  1,  p.  1. 

JuLlANUS  Toletaiius  episcopus.  —  Historia  de  JVambae,  régis  Gothorum  Toletani,  expedi- 
tione,  a.  674. 
Duchesne,  t.   i,  p.  821.  —  Bouquet,  t.  2.  —  Florez,  Espana  sagrada,  t.  6,  p.  542. 

JuSTEL  (Christofle).  —  Histoire  généalogique  de   la  maison  d'Auvergne divisée   en 

sept  livres.  Paris,  1645,  in-f". 
—  Histoire  de  la  maison  de  Turenne,  divisée  en  deux  livres.  Paris,  1645,  in-f". 

JUSTINUS.  —  Trogi  Pompeii  historiarum  Philippicarum  epiloma edente  Jacobo  Bon- 

garsio.  Paris.  i58i,  in-S". 

JuVENAi.IS. — Satyrae  \l,  cum  interpretatione  &  notis  Ludov.  Pratei,  ad  usum  Delphini. 
Paris,  1684,  in-4°. 


Karoli  (Fita)  magni  imperatoris,  ex  annalibus  Loiselianis  ab  incerto  quidem  auctore,  sed 
coaetaneo,  ut  videtur,  composita, 
Duchesne,  SS.  t.  2,  p.  5o. 

*Krevzer  (Frédéric).  —  Symbolik  und  Mythologie  del  alten  Volke.  Darmstadt,   1819  & 
i836,  6  vol.  in-8°. 

On   consulte  surtout  en  France  la  traduction  de   feu  M.  Guigiiaut.  Paris,  i82Ô-i3;5t,  4  vol.  in-8", 
en  dix  parties. 


Labbe  (Philippe).  —  Chronologia  technica  &  historica Paris,  1670,  5  vol.  in-f". 

— -  Tableaux  généalogiques  des  six  pairs  laïques avec  celui  des  comtes  de  Hainault 

Paris,  i652,  in-12  (avec  ceux  de  la  maison  royale  de  France). 

—  Nova  Bibliotheca  manuscriptorum.  Parisiis,  i657,  2  vol.  in-f". 

Labbe  &  CossART.  —  Conciliorum  collectio  maxima  ad  regiam  editionem  exacta,  quarta 
parte  auctior.  Parisiis,  typis  societatis  typographicae^  1672,  in-f",  18  vol. 

LacARRY  (Aegidius).  —  Notifia  antiqua  magistratuum  imperii  &  Galliarum Claroiuonti, 

1675,  in-4". 
D.  Vaissete  cite  le  chapitre  intitulé  De  pracfcctis  practorio  Galliarum, 

Lacroix  (Guillelmus  de).  —  Séries  &  acta  êpiscoporum  Cadurcensium,  quotquot  hactenus 
summa  cura  inveniri  potuerunt.  Accessit  index  chronologicus,  quo  êpiscoporum  Cadur- 
censium anni  ad  Christi  Domini,  summotum  Pontificum  &  regum  Galliae  annos  revocan- 
tur.  Cadurci,  Daluy,  1626,  in-4". 


5o4  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LactANCE.  —  Liber  de  monlbus  persecutorum,  cum  noiïs  Steph.   Balw^iï Traject.  ad 

Rheiiiim,  1692,  in-8". 

*Lagoy  (de).  —  Description  de  quelques  monnaies  inédites  de  Marseille.  1834.  "^ 

* —  Attribution  de  quelques  monnaies  inédites  des  Gaules.  Aix,  iSSy,  iii-4".  '; 

Lambecius.  —  Commentariorum  de  bihUotheca  Caesarea  Vindobonensi  libri  VIII.  Yiiido-  f 

bonae,  1665-1679,  8  vol.  in-f".  0; 

Lampridius  (Aelius).  —  Vita  Alexandri  Severi. 

Dans  le  tome  III  des  SS,  histonae  augustae  minores  lattnorum.  Liigduni  Batav.    i632,  4  vol.  iil-12. 

Larrey.  —  Histoire  d'Auguste. 

A  la  suite  de  V Histoire  des  deux  triumvirats  de  Citry  de  la  Guette,  éd.  d'Amsterdam,  171  5  &    1720, 
4  vol.  in-i  2. 

*LebeAU.  —  Histoire  du  Bas-Empire.  Paris,  1707,  29  vol.  in-12. 

Lebeuf  (Jean).  — lAérnoires  concernant  l'histoire  ecclésiastique  &  civile  d'Auxerre.  Paris, 
1743,  2  vol.  111-4". 

*LeblANT  (E.). —  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule  antérieures  au  huitième  siècle.  Paris, 
i856,  3  vol.  iii-4°. 

Lebrun  (Le  P.).  —  Dissertations  sur  les  cérémonies  de  l'Eglise. 

Dans  le  tome  2  de  l'Explication  littérale,  historique   &  dogmatique  des  prières  &  des   cérémonies  de  la 
messe Paris,  1716-1726,  4  vol.  in-8".  Réédit.  en  2  vol.  in-12,  Paris,  1826. 

Lecointe.  —  Annales  ecclesiastici  Francorum  (,ab  ann.  Christi  ^ij  ad  ann.  845).  Parisiis, 
i665-i683,  8  vol.  in-f". 

Leibnitz.  — De  origine  Francorum  disquisitio.  Hanoverae,  1716,  in-12. 

Le  Long  (Jacques),  prêtre  de  l'Oratoire.  —  Bibliothèque  historique  de  la  France.  Paris^ 
17 19,  in-fo. 
Nous  citons  la  réédition  de  Fevret  de  Fontette,  en  5  vol.  in-f",  1768-1778. 

Léo  (S.)  Magnus,  papa.  —  Opéra.  Édit.  Quesnel,  Lyon,  1700,  3  vol.  in-f". 

Léo  Ostiensts  sive  Marsicanus,  &  Petrus,  diaconus  sive  bibliothecarius  Casinensis. 
—  Chronica  monasterii  Casinensis. 
Muratori,  SS.  rer.  Ital.  t.  4,  p.  241.  —  Pertz,  t.  7,  p.  074. 

Leodegarii  {Vita  S.),  episcopi  Augustodunensis. 

AA.  SS.  ord.  S,  Bened.  saec.    2,   p.  680.  —  Duchesne,  t.  t,   p.  600.  —  Bollandistes,  2  octob.    t.   1, 
p.  460. 

LiUDPRANDUS,  episcopus  Cremonensis.  —  Antapodosis  (887-950). 

Duchesne,  t.  3,  p.  662.  —  Pertz,  SS.  t.  3,  p.  264. 

Livius  (Titus).  —  Historiarum  quod  extat,  cum  perpetuis  Caroli  Sigonii  £■  J.-Fr.  Gronovii 
notis.  ...  Amstelodami,  apud  Dan.  Elzevirium,  1678-1679,  3  vol.  in-8". 
La  première  édition  du  Commentaire  de  Sigonius  est  de  Venise,  Paul  Manuce,  i555. 

—  Historiarum  libri,  interpretatione  S-  notis  illustravit  Joan.  Dujatius,  in  usum  Delphinî; 
ace.  librorum  deperditorum  supplementa  per  J.  Freinshemium.  Parisiis,  1679-1682, 
6  vol.  in-4".  — *Edit.  Weissenborn,  Leipzig,  i853. 

Loiseliani  annales  (741-788),  melius  appellandi  annales  Laurissenses  majores  (de  Lorsch). 
Duchesne,  t.  2,  p.  24-49.  —  Bouquet,  t.  5.  —  Pertz,  t.  i,  p.  134. 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  joj 

LucANUS.  —  De  bello  cïviU,  cum  Hug.  Grotîi,  Farnabïi  nous  înteç^r'is  £•  varlorum  seleciis- 
simis.  Lugduni  Batav.  1669,  iu-8"  (de  la  collection  Varïorum). 

Lucas  Tudensis,  diaconus  &  episcopus.  —  Chronïcon  mundl  ah  0.  c.  usque  ad  ann,  iiZG. 

Scliott,  Hlspatila  illustrata,  t.  4,  p.  i-i  17. 

LuciANUS.  —  Opéra  (graec.  &  lat.)^  ex  versîone  Joan.  Bened'ictl,  cum  nous  Integrls  £•  selec- 
tîs  varïorum.  Amstelodami,  1687,  2  vol.  in-8'\ 

Lupus,  abbas  Ferrariensis.  —  Epîstolae. 

Dans  les  œuvres  de  cet  auteur,  édit.  Baluze,  Paris,  1664,  in-8".  —  Duclicsne,  t.  2,  p.  727.  —  Bou- 
quet, t.  6,  7. 


*Mabille  &  MarchEGAY.  —  Chroniques  des  églises  d'Anjou,  publiées  pour  la  Société 
de  l'histoire  de  France.  Paris,  Renouard,  1869,  in-8°. 

*Mabille  (E.).  —  La  pancarte  noire  de  Saint-Martin  de  Tours.  Paris,  Hénaux,  1866,  in-8". 

Mabillon  (Jean).  —  Acta  Sanctorum  ordinis  Sancti  Benedicti  per  saecuîa,  ab  anno  5oo 
ad  iioo.  Parisiis,  1668-1702,  in-f',  9  vol. 

—  Vetera  analecta,  sive  coUectio  veterum  aliquot  operum  S-  opusculorum  omnis  gencns 

Parisiis,  1723,  in-f°. 
D.  Vaissete  paraît  plutôt  employer  l'édition  en  4  volumes  in-8°,  Paris,  1675-1685. 

— •  De  liturgia  gallicana  lihri  très Paris,  i685,  in-4°. 

—  De  re  Diplomatica  lîbri  VI opéra  £•  studio Parisiis,  1681,  in-f".  Edit.  altéra, 

Parisiis,  1709,  in-f".  —  Librorum  de  Re  diplomatica  suppîementum.  Parisiis,  1704,  in-f*. 

—  Annales  ordinis  Sancti  Benedicti,  in  quibus  non  modo  res  monasticae,  sed  etiam  eccle- 

siasticae  historiae  non  minima  pars  continetur,  ab  anno  700  usque  ad  annum  11 16.  Pari- 
siis, Robustel,  1703-1713,  5  vol.  in-f°. — Tomus  sextus,  ab  anno  11 16  ad  annum  1157. 
Parisiis,  1739. 

—  iiotae  in  vita  Walae.  Voir  Walae  (yita). 

*M.àcon  (Cartulaire  de  S.  Vincent  de),  publié  par  M.  Ragut.  Mâcon,  1864,  in-4". 

Maffei  (Scipion).  —  Galliae  antiquitates  selectae,  in  plures  epistolas  distributae.  Parisiis, 
1733.  Veronae,  1734,  in-4°. 

*Mahul.  —  Cartulaire  du  diocèse  &  de  l'arrondissement  de  Carcassonne.  Paris,  Didron, 
1 859-1 871,  6  vol.  in-4''. 
Il  reste  à  paraître  la  deuxième  partie  du  tome  6. 

Malchus  Philadelphensis.  —  Historïa. 

Dans  le  Corpus  historiae  Byiantlnae  de  Du  Cange,  t.  8,  i685,  &  dans  celui  de  Nlebuhr,  1829. 

MALMÈSBËiilÈNSlS  (GuiUelmus).  —  Libriv  de  rébus  gestis  regum  Anglorum  (449-1125). 
Savile,  Rer,  Angllc.  SS.  p.  2. 

MandAJOrs  (Jean-Pierre  des  Ours  de).  —  Histoire   critique  de  la   Gaule  Narbonnaisc. 
Paris,  1733,  in-i2. 

*Mandet  (Francisque).  —  Histoire  du  Vday.  Le  Puy,  1860-1861,  7  vol.  in-i8. 
*MAngon  de  la  Lande.  —  Essai  historique  sur  les  antiquités  de  la  Hautê^Loire. 
Dans  les  Mémoires  des  antiquaires  de  France,  t.  4,  p.  69. 


5o6  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

MarcA  (P.  de).  —  Histoire  de  Béarn.  Paris,  Camusat,  1640,  iu-f". 

—  Disseriatio  de  Primatu  Lugdunensi.  Parisiis,  1644,  in-f"  &  in-8". 

—  De  concordia  sacerdotii  &  imperii,  seu  de  libertatibus  ecchsiae  gallicanae  dissertationum 

Ubri  quatuor,  tomus  primus,  Parisiis,  1669,  in-f". 

—  D/îarca  hispanica  seu  limes  hispanicus,  id  est  geographica  S-  historien  descriptio  Catalan-' 

niae,  Ruscinonîs  &  circumjacentium  populorum ,  ab    anno  Christi  174  ad  ann.   1258, 
auctore edente  Stephaao  Baluzio,  Tutelensi.  Parisiis,  Muguet,  1688,  in-l". 

—  De  patria  Vigilantii. 

Dissertation  dont  nous  n'avons  pu  retrouver  la  trace  &  que  le  P.  Lelong  ne  mentionne  pas. 

Marcellinus,  cancellarius  Justiniaiii,  cornes  Illyrici.  —  Chronicon  quod  rerum  orienta- 
lium  historiam  Eusebii  &  Hieronymi  usque  ad  Justiniani  tempera  prosequitur,  379-534. 
Edit.  Sirmond,  Lutet.  Paris,  1619,  in-S",  &  dans  ses  œuvres,  Paris,  1696,  t.  2. 

MARCIEN   D'HÉRACLÉE. 

Dans  les  Geographi  de  Hoeschel,    1600,   in-f",   &  dans  le  tome   i   des  Geographi  minores  de  Muller, 
p.  5i6. 

Marculphus.  —  Formulas. 

D.  Vaissete  emploie  l'édition  donnée  par  Baluze,  à  la  suite  de  ses  Cap'itulanes, 

Marcus-Antoninus  Aurelius,  imperator.  —  De  se  ipso  £•  ad  se  ipsum  Ubri  xii.  Lon- 
dini,  1697,  111-4". 

MariANA  (Juau  de).  —  Historiae  de  rébus  Hispaniae  Ubri  XX.  Toleti,  1592,  fol.  max. 

•—  Histoire  générale  d'Espagne,  traduite  en  françoîs  avec  des  notes  par  le  P.  Jos.  Nie. 
Charenton.  Paris,  1725,  5  tomes  en  6  vol.  in-4",  fig. 

Marius  Aventicensis  episcopus.  —  Chronicon  (455-58i). 
Duchesne,  t.    1,  p.  210.  —  Bouquet,  t.  2,  p.  12. 

*Marquardt  (Joachim)  und  Theodor  Mommsen.  —  Handbuch  der  Roemischen  Alter- 
thiimer.  Leipzig,  Flirzel,  1867,  in-8". 

La  partie  rédigée  par  M.  Marquardt  a  comme  sous-titre  :  Roemische  Stattsverwaltung,  iSyj,  &  forme 
le  quatrième  volume  du  manuel. 

MartènE  &  Durand  (DD.).  —  Voyage  littéraire  de  deux  religieux  bénédictins  de  la 
congrégation  de  Saint-JVLaur.  Paris,  Delaulne,  1717  &  1724,  2  vol.  in-4". 

—  Thésaurus  novus  anecdotorum,  in  quinque  tomos  distributus.  Lutetiae,  1717,  5  vol.  in-f". 

—  Veierum  scriptorum  &  monumentorum  ecclesiasticorum  amplissima  collectio. Parisiis, 

1724-33,  9  vol.  in-f". 

Martial.  —  Epigrammata,  avec  notes  &  commentaires  de  Mathieu  Rader.  Moguii- 
tiae,  1627,  in-f". 

Maxentii  {Vita  S.),  abbatis  Pictaviensis. 

Mabillon,  AA.  SS.  ord.  S.  Bened.  saec.   1,  p.  578,  8t  Bolland.  26  juiil,  t.  5,  p.   169. 

*MazoCCHIO.  —  In  regii  Herculanensis  m.usaei  tabulas  Heracleènses  commentarii,  Nea- 
poli,  1754-5,  2  part.  in-f". 

*Meineke.  —  Fragmenta  poetaruni   comicorum  sive  de    Euphorionis   Chalcidensis  vita  & 

scriptis  disscruit,   £•  quae  supcrsunt   ejus  fragmenta   coUegit  &  illustravit Gedaiii, 

1B23,  in-8". 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  5oj 

Mkmnon.  —  Apud  Photium. 

D.  Vaissete  a  peut-être  employé  rédition  cîe  Henri  Estlcnne,  Genève,   kV^^,   i   vol.  in-8".  Voir  OlïM- 
IMODOIIE.  Réédité  par  Cari  Muller,  dans  le  tome  3  des  fragmenta  historicorum   Graccorum ,  p.  jzâ. 

*Ml;nard.  —  Histoire  civile,  ecclésiastique  £•  littéraire  de  Nimes.  Paris,  Chaubert,  lyjo- 
1758,  7  voL  in-4". 

MÉNESTRIER  (le  P.)  —  Histoire  civile  &  consulaire  de  Lyon Lyon,  1696,  iii-f". 

—  Dissertation  sur  la  (double)  fondation  de  Lyon,  &  sur  son  nom. 

D.ms  SCS  Caractères  des  ouvrages  historiques,  avec   le   plan  de  l'histoire  de  Lyon,  Lyo)i,    1*^94,  in-i:, 
p.  338. 

*MÉRIMÉE  (Prosper).  —  Notes  d'un  voyage  en  Auvergne  &  en  Limousin.  Paris,  i833, 
ia-8". 

Mettenses  (Annales),  687-930. 

Duchesne,  t.  3,  p.  262.  —  Pertz,  SS,  t.  i,  p.  3i6.  —  Pour  la   partie  ancienne,  c'est  la    reproduction 
presque  intégrale  de  Réginon. 

MeurISSE  (le  P.).  —  Histoire  des  évèques  &  de  l'église  de  Mef:^.  Metz,  1634,  iii-f". 

*Mli,LlN.  —   Voyage   dans   les   départements   du   midi   de   la  France.   Paris,   1807-181 1, 
4  tomes  in-8". 

*MlONNET.  —  Description  de  médailles  antiques,  grecques  &  romaines Supplément.  Paris, 

1819-27,  9  vol.  in-8". 

Aîoissiacense  chronicon. 

Duchesne,  t.  3.  p.  i3o.  —  Martène  &  Durand,  AmpUssima  collect.  t.  5.  c.  883.  —  Bouquet,  t.  2,  5,  6. 
-—  Pertz,  t.   I,  p.  282,  &  t.  2,  p.  2.57. 

*MoMMSEN  (Th.).  —  De  collegiis  S-  sodaliciis  Romanorum.  Kiel,  1843. 

* —  Inscriptïones  regni  Neapolitani  latinae.  Lipsiae,  i852,  in-f". 

* —  Die  Stadtrechte  der  lateinischen  Gemeinden  Salpensa  und  IVialaca  in  der  provin^:^  Betica. 
Leipzig,  i855.  in-8". 

* —  Geschichte  des  roemischen  M.iin':[wesens.  Berlin,  1860,  in-8". 

* —  Histoire  de  la  monnaie  romaine;  traduction  du  précédent  par  de  Blacas  &  de  Witte. 

* —  Roemische  geschichte.  Berlin,  1861,  3  vol.  in-12. 

*MoNOD  (G.).  —  Etudes  critiques  sur  les  sources  de  l'histoire  mérovingienne,  —  Grégoire 
de  Tours  &  TAarius  d'Avenches.  Paris,  1872,  in-8". 
Bibliothèque  de  l'école  des  Hautes  Etudes,  fascicule  8. 

*MoNTÉGUT  (De).  —  Recherches  sur  les  antiquités  de  Toulouse, 
Dans  les  Mémoires  de  l'académie  de  Toulouse,  t.    i. 

—  Antiquités  découvertes  à  Toulouse  pendant  le  cours  des  années  1783,  1784  &  178J.  Ibid, 
MoNTFAUCON  (Bem.  de).  —  Palaeographia  Graeca.  Paris.  1708,  in-f". 

—  L'antiquité  expliquée  &  représentée  par  figures  (en  franc.  &  en  lat.).  Paris,  Delaulne, 

17 19,  10  vol.  in-f",  &  Supplément,  Paris,  1724,  5  vol.  in-f",  fig. 

*Movers.  —  Die  Phoeni':{er Bonn,  1841,  in-8",  &  Berlin,  1849-1856,  3  vol.  in-8". 

Alo'^arabitanum  (Breviarium). 

Dans   le  Tractatus  historico-clironologicus   de  liturgla    anliqûa   liispanica,  en  tête  du   tome  6  de  juillet 
des  Acta  Sanctorum. 


5o8  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

*MuELLER  (Karl).  —  Geographi  Graeci  minores Paris,  Didot,  i855-i86i,  2  voL  iu-8'. 

* —  Index  ad  Strabonem.  Voir  ce  nom. 

*MuELLER  (Otto).  —  Handbuch  der  Archéologie  cjer  Kunst.  Breslau,  1835,  111-8". 

Munster.  —  Cosmographie Basileae,  i55o,  in-f . 

Traduction  faite  par  l'auteur  de  cet  ouvrage,  primitivement  écrit  en  allemand  &  paru  la  même  année 
8c  au  même  lieu. 

MuRATORi.  —  Rerum  Italîcarum  scriptores  praeclpui Mediolanî,  ij25-i'j5i,  25  tomes 

(28  ou  29  vol.),  in-f°. 

—  Novus  Thésaurus  veterum  inscriptionum.  Mediolanî,  1 739-1 742,  4  vol.  in-f". 


Naiarianî  annales  (708-791),  alias  Laurissenses  dicti. 
Duchesne,  t.  2,  p.  3.  —  Bouquet,  t.  i,  5.  —  Pertz,  t.  1 ,  p.  28. 

Nicolas  de  Damas.  —  PolybH,  Diodori  SicuU,  Nie.  Damasceni,  &c.  excerpta  ex  coae- 
taneis  Const.  Augusti  Porphyrogenetae,  H.  Valesius  nunc  primum  graec.  edidit,  latine 
vertit  notisque  illustravit.  Parisiis,  Dupiiis,  1634,  in-4". 
Les  notes  de  Valois  se  retrouvent  dans  l'édition  d'Orelli,  1804,  in-8",  Leipzig. 

NicoLAUS  I,  papa.  —  Epistolae. 

Labbe,  Concilia ^  t.  8. 

NiTH ARDUS.  —  Historiarum  libri  IV. 

Duchesne,  t.  2,  p.  SSp.  —  Bouquet,  t.  6,  7.  —  Pertz,  SS.  t.  2,  p.  649. 

N0GUIER  (Antoine).  —  Histoire  tholosaine  ou  de  la  province  de  Languedoc,  depuis  son  ori- 
gine jusqu'en  i5S'].  Tholose,  i559,  in-f". 

Normannicum  (Chronicon)  sive  Chronicon  de  gestis  Normannorum  in  Francia  (820-911). 
Duchesne,  SS,  coaet.  t.  2,  p.  624,  &  SS,  Norm,  p.  32.  —  Bouquet,  t.  6,  7,  8.  —  Pertz,  t.  1 ,  p.  532. 

Notitia  civitatum  Galliae. 

Dans  Sirmond,  Opéra,  &  dans  D.  Bouquet,  t.  2,  p.  t. 


Odo  (S.)  Cluniacensis.  —  Fita  S.  Geraldi  comîtis  Aureliacensîi. 

Duchesne,  Bihliotheca  Cluniacensis,  Paris,  1614,  p.  65.  —  AA.  SS,  i3  oct,  t.  6,  c.  3oo. 

Odonis  (Fita  S.),  abbatis  Cluniacensis,  auctore  Johanne  Salernensi  vel  Cluniacensi. 
Duchesne,  Bihliotheca  Cluniacensis,  p.  i3.  —  Mabillon,  AA,  SS,  ord,  S.  Bcned,  t.  5,  p.  i5o. 

OiHENART  (Arnaud).  •^-  Notitia  utriusque  Fasconiae  tum  Ibericae  tum  Aquitanicae...  Acce- 
dunt  Catalogi  ponti^cum  Fasconiae  Aquitanicae  hactenus  editis  pleniores,  Parisiis,  Cra- 
moisy,  i638  ou  i656)  in-4". 

Olympiodore. 

Dans  le  Photii  Myriohihlon,  sive  Bihliotheca  lihrorum,  <jUos  legit  &  recensait  Photius,  gr,  edidit  D.  tîocs- 
chelius  &  notis  illustravit;  latine  vero  reddidit  &  scholiis  auxit  Andr.  Schottus.,.  Rothomagi,   i653,  in-f". 

OnuPhrius  Panvinus.  '^  Commentarii  in  fàstos  consulares.  Heidelbergae,  i588,  in-f". 

*Orelli.  -^^  Inscriptionum  latinarum  selectariim  àmplissima  collectio...  Turici,  1828)  2  vol. 
in^8".  —  Supplementa  émendationesque  edidit  G,  Hen-^en.  i856,  iii-8". 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  609 

Orosius.  —  H'istorïarum  lîbrl  Vii  adversus  paganos. 
Dans  les  Bibliothèques  des  Pères. 

Ovide.  —  Opéra,  interpretadone  &■  notis  îllustravit  Dan.  Crïspînus,  ad  usum  Delphinï.  Lug- 
duni,  1689,  4  vol.  111-4°. 


Pagi  CAntonius). —  Crïtlca  in  universos  annales  ecclesîastîcos  Baronii.  Antverpiae,  lyoS, 
4  voL  in-f". 

On  trouve  ces  annotations  intercalées  à  leur  place  dans  le  texte  dans  l'édition  de  Mansi,  Lucques, 
1738-1757,  38  vol.  in-f";  réimpression  en  cours  d'exécution  chez  Guérin,  Bar,  in-4". 

Panesçyrîci  veteres.  Basil.  iSao;  Antverp.  1599;  Francof.  16075  Paris.  i655j  Hal.  1703. 
Édit.  critique  de  W.  Jeager,  Nuremberg,  1799. 

^Paradis  (Auguste).  —  Inscriptions  chrétiennes  du  Vivarais, 

Biblioth.  de  l'Ecole  des  Chartes,  t.  14,  p.  S<)5, 

Pardulphi  (Vita  S.),  abbatis  JVaracti. 

BoUandistes,  6  oct.  t.  3,  p.  433.  —  Mabillon,  AA,  SS.  ord.  S.  Bened.  s.  3,  pars  1,  p.  SyS. 

*PARIS  (Louis).  —  Les  manuscrits  de  la  Bibliothèque  du  Louvre.  Paris,  1872,  iii-8". 

Paschale  (Chronicon)^  ab  0.  c. —  1042,  cura  &  studio  C.  du  Fresne,  D.  du  Gange,  Paris. 
1688,  iu-f".  —  Édit.  Dindorf,  Bonn,  i832,  2  voL  in-8°. 
Dans  les  collect.  des  aut.  Byzantins. 

Paulinus  Nolanus  (S.).  —  Opéra,  secundum  ordinem  temporum  nunc  primum  disposita... 
Paris,  i685,  in-4". 

—  Vita  S.  Martini  episcopi  Turonensis. 
Dans  les  œuvres  de  S.  Paulin. 

Paulinus  (S.).  —  Epistolae,  avec  notes  de  Rosweyde. 

Dans  l'édition  de  cet  auteur  donnée  à  Anvers,  1622,  in-S". 

Paulus  DiAconus  sive  Warnefridi.  —  Historia  Romana,  libri  xvi. 

Placée,  dans  la  plupart  des  mss.,  à  la  suite  d'Eutrope,  &  publiée  avec  cet  auteur  &  plusieurs  histo- 
riens de  l'époque  impériale,  par  divers  éditeurs  &  en  divers  lieux,  depuis  1471  jusqu'en  1648.  — X'est 
ce  qu'on  appelle  d'ordinaire  VHïstoria.  Miscellanea.  —  D.  Vaissete  a  peut-être  employé  l'édition  de 
Godefroy  de  1091,  réimprimée  en  1684. 

—  Historia  gentis  Langobardorum.  568-744. 

Éd.  Grotius,  dans  les  Hist.  Goth.  Fandal.  &  Langob.  Amstelodami,  i655,  in-8",  t.  2,  p.  1. 

—  Liber  de  episcopis  Mettensibus,  usque  ad  a.  ']']']> 

B'ihl.  max.  Pa.tr.  Lugd.  t.  i,  p.  172.  —  Pertz,  t.  2,  p.  260, 

Pour  citer  les  extraits  de  Festus  par  Paul  Diacre,  D.  Vaissete  a  probablement  employé  l'édition  de 
Hanovre,    i6o5,  in-4°,  dans  les  Grammat'icae  lat'inae  auctorcs  antiqui. 

Paulus  diaconus  Emeritensis  (t  65o).  —  Vita  &  miracula  patrum  Emeritensium.  Madritî, 
i633,  in-4°5  Antverpiae,  i638,  in-4". 

Par  fragments,  dans  les  notes  de  Franc.  Bivariiis  à  la  Chronique  du  Pseudo-Maxime,  Madrid,  lôjr, 
in-f". 

*Pausanias.  Éd.  Dindorf,  Paris,  Didot,  1845. 

*Pellerin.  —  Recueil  de  médailles  de  rois,  de  peuples  &  de  villes.  1 762-1 767,  9  vol.  in-4''. 


5io  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

*Pelloutier  (Simon).  —  Histoire  des  Celtes,  &  particulièrement  des  Gaulois  &  des  Ger- 
mains, depuis  les  temps  fabuleux  jusqu'à  la  prise  de  Rome  par  les  Gaulois.  La  Haye, 
1740  8c  1700,  2  vol.  in-12. 

PÉRARD.  —  Recueil  de  plusieurs  pièces  servant  à  Vhistoire  de  Bourgogne Paris,  1654, 

iu-f". 

PeREZ.  —  Dissertatio  ecclesiaslica. 

C'e:t  probablement  le  Pentateuchum  fiile'i,  s'ive  volum'tna  v,  de  Eccicsîa,  de  concilits,  de  Scnptura  sacra., 
de  trad'uionibus  sacns;  de  Romano  pontijîce,  Matriti,   1620,   i  vol.  in-f". 

*PerTZ.  —  Monumenta  Germaniae  historica. 

Scriptores,  t.  i  à  2.1,  Hanovre,  en  cours  de  publication. 

Leges,  deuxième  partie  de  la  collection  nationale  allemande,  publiée  jusqu'à  ces  derniers  temps  sous 
la  direction  de  M.  G. -H.  Pertz.  —  Les  lois  remplissent  jusqu'ici  les  tomes  3,  4,  i5  &  20  de  la  collec- 
tion. 

PetAVIUS  (Dionysius)  &  iEgidius  LacARRY.  —  Epitome  historiae  regum  Francorum,  a 
Pharamundo  usque  ad  annum  i632,  ex  D.  Pet.  &  chronologia  regum  Franciae.  Claro- 
monti,  1672,  in-4". 

Extrait  du  livre  ij,  c.  48,  de  l'ouvrage  de  D.  Petau.  Cette  partie  était  intitulée  De  doctrina  tcmpo- 
rum ;  D.  Vaissete  la  cite  sous  le  titre  de  Rationarium  tcmporum. 

Petaviani  (Annales).  687-804. 

Duchesne,  55.  coaetan,  t,  2,  pp.  6-10.  —  Labbe,  Biblioth,  nov.  mss.  t.  2,  p.  ySB.  —  Bouquet,  t.  2  &  5, 
—  Pertz,  SS.  t.  I,  pp.  7-18. 

PetronIUS.  —  Satyricon...  cum  notis  Bourdelotïi  £•  glossario  Petroniano  (edente  Ad.  Va- 
lesio).  Parisiis,  1678,  in-12. 

PhilASTRE  (S.).  —  Veterum  Brixiae   episcoporum,  S.  Philastrii  &  S.  Gaudentii  opéra 

Brixiae,  1738,  in-f". 

Philostorge. 

Dans  le  Mynob'iblon  de  Photlus,  1673.  Paris,  in-f°. 

Philostratus.  —  Vita  Apollonii  Tyanensis. 

Dans  les  Philostratorum  quae  supenunt  omnia,  édit.  de  Cottfridus  Olearius.  Lipsiae,  1709,  in-f". 

*PhylARQUE.  Éd.  de  Liicht,  Lipsiae,  i836,  in-8". 

DSns  le  tome   i  des  Fragmenta  historicorunt  Graecorum  de  C.  MuUer,  p.  334. 

*PicTET  (Ad.).  —  Nouvel  essai  sur  les  Inscriptions  gauloises. 
Dans  la  Revue  archéologique,  année  1867. 

PiGHIUS  (Steph.  Vinandus).  - —  Annales  Romanorum,  qui  commentarii  vicem  supplent  in 
omnes  veteres  historiae  Romanae  scriptores,  in  tribus  tomis  distincti,  e  quibus  duo  poste- 
riores  posthumi  nunc  primum  in  lucem  exeunt,  opéra  &  studio  And.  Schotti.  Antverpiae, 
i6i5,  3  voL  in-f",  fig. 

PiTTSCUS  (Samuel).  —  Lexicon  antiquitatum  Romanarum.  Leovard.  171 3,  2  vol.  in-f". 

PlANTAVIT  de  la  Pause,  évêque  de  Lodève.  —  Chronologia  praesulum  Lodovensium, 
Aramontii,  1634,  in-4". 

PlinIUS  major.  —  Historia  naturalis,  interpretatione  &  notis  illustravit  Joan.  Harduinus, 
in  usum  Delphini.  Parisiis,  i685,  5  vol.  in-4",  ^  1723,  3  vol.  in-f". 

PliNIUS  minor.  —  Epistolarum  libri  X  £•  Panegyricus  Trajdno  dictiis.  .Lugdiini  Batàv. 
Elzevir.  1640,  in-12. 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  5ii 

Plutarque.  —  Les  %^ies  des  hommes  illustres,  traduites  par  Dacier Paris,  1721-1734, 

9  vol.  111-4". 

PoETA  Saxo.  —  Annales  de  gestis  Caroli  Magnl  imp.  a.  771-814. 
Duchesne,  t.  2,  p.  i36.  —  Bouquet,  t.  5,  p.  i36.  —  Pertz,  t.  i,  p.  225. 

POLDO  D'AlbenAS  (Jean).  —  Discours  historial  de  l'antique  &  illustre  cité  de  f^ismes  en  la 
Gaule  Narbonnoise...  Lyon,  i56o,  iii-1". 

POLYBIUS.  —  Historiarum  libri,  gr.  &  lat.,  interprète  Isaac.  Casaubono.  Jac.  Gronovius 
recensuit Amstelodami,  1670,  3  vol.  in-8". 

Ln  dernière  édition  est  de  Paris,  Didot,   iSjp,  in-8".  —  D.  Vaissete  a  connu  Iss  Excerpta  Icgat'tonum , 
par  l'édition  de  Valois,  Paris,   1634.  [Voir  Nicolas  un  Damas.) 

PoLYEN.  —  Stratagematum  libri  Viir.  Isaac.  Casauboiuis  graece  aune  prinuini  edidif, 
emeadavit  &  aotis  illustravit.  Adjecta  est  Justi  Vulteji  latiaa  versio.  Liigduai,  1089, 
ia-r2. 

POMPONIUS  MelA.  —  De  situ  orbis  libri  III cum  notis.  Lugd.  Batav.  1646,  ia-12. 

Praejecii  (Fita  5.),  episcopi  Arvernensis. 

Bolland.  iH  janv.  t,  2,  p.  63o.  —  Mabillon,  AA.  SS.  or.l,  S.  Bened.  saec.  2,  p.  640. 

Preuves  des  libertés  de  l'Église  gallicane. 

Composent  le  tome  II  de  la   nouvelle  édition  du  Commentaire  de  Dupuy  sur  les  libertés   de   l'iJelise 
gallicane,  donnée  à  Paris,  en  lyiï»,  par  Lenglet  du  Frcsnoy,  2  vol.  in-4". 

Priscien.  —  Libri  omnes Veaetiis,  in  aedibus  Aldi  &  Aadreae  Asiilaai,  i527,  ia-4". 

Priscus.  —  Historia  By^antina  usque  ad  ann.  474. 

Fragments    dans   les   Excerpta   legationum ,  Aug.  "Vindsï.   i6o3,  in-4'"-;  Paris.  1648  ;  Venetiis,    1729,   Se 
enfin  Bonnae,   1829,  dans  le  Corp.  SS.  H'nt.  By^ant. 

Probus  (Aeinilius),  sive  potius  CORNELIUS  Nepos.  —  De  virorum  excellentium  vita,  inier- 
pretatione  &  notis  illustravit  Nie.  Courtin,  in  usum  Delphini.  Parisiis,  1675,  ia-4". 

Procopius.  —  Historiarum  sui  temporis  libri  VIII  (395-559). 

Les  quatre  derniers  s'appellent  souvent  De  hello  Gottorum.  —  Avec  une  traduction  latine  de  Grotius, 
dans  la  Collectio  hist.  Gotli,  Amstelodami,  lôoô,  p.  139.  —  Muratori,  SS.  t.   i,  p.  247. 

—  Tu)v  7.aO'  xjTcv  iT-op'.Giv  ^J(6A•.a  èy-co.  Historiarum  sui  temporis  libri  Viii,  395-559. 

Dans  la   collection    byzantine   du   Louvre,    i66i-i663,  2  vol.   in-f".  Vcnetiae,  1729,   in-f".   Bonnae, 
i833,  ex  rec.  G.  Dindorf. 

ProspeR.  —  Chronicon  ab  Adamo  usque  ad  obitum  Valentiniani  ù-  captam  a  Genserico 
urbem  Komam  a.  455. 

Labbe,  Blhlioth.  nova  mss.  t.   i ,  p.   i6. 

Prosper  (S.)  Aquitanicus.  —  Carmen  de  Providentia. 

Dans  l'édition  de  Mangeant,  Paris,  Desprez,  171  r,  in-f". 
Prosper  Tyro.  —  Chronicon,  in  appendice  operum  S.  Prosperi  Aquitanici.  Parisiis,  171 1, 

ia-1". 
Prudence.  —  De  martyribus. 

Dans  ses  Opéra,  interprctatione  &  notis  illustravit  Stcph.  Chamillart,  in  usum   Delphini.  Parisiis,  1687, 
in-4". 

Ptolémée.  —  Geographicae  enarrationis  libri  VIII,  ex  Bilibaldi  Pirckheymeri  translatione, 
sed  ad  graeca  &  prisca  exemplaria  a  Mich.  Villanovano  (Scrvef)  jamprimum  recognoti, 
cum  ejusdem  scholiis.  Liigduai,  i535,  ia-1". 


5i2  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Pytheas. 

Les    ouvrages   de   cet   auteur  ne  nous  sont   point    parvenus j   ce  que   nous   en    possédons  nous  a  été 
consçrvé  par  Strabon  &.  différents  autres  auteurs. 


Q,UESNEL.  —  Notae  înS.  Leonem.  Voir  S.  Léo  papa. 

QuiNTiLlEN.  —  De  înstitutione  oratoria. 

Peut-être  l'édit.  de  Strasbourg  de  1698,  en  6  vol.  (4  pour  le  De   institutionc,  &  2  pour  les  Dcclama- 
îiones),  in-4°. 


*Rabanis.  —  Essai  historique  &  critique  sur  les  Mérovingiens  d'Aquitaine  &  la  charte 
d'Alaon.  Bordeaux,  1841,  in-8". 

*Ranke.  —  Pollux  &  Lucianus.  Qiiedlimbourg,  i83i,  iii-8". 

ReginO,  Prumiensis  abbas.  —  Chronicon  sive  Annales...  a  Christo  nato  usque  ad  ann.  905. 
Dans  Pistorius,  SS,  rer.  German.  t.  i,  p.  i.  —  Pertz,  SS.  t.  i,  p.  SSy. 

*Reinaud.  —  Invasions  des  Sarrasins  en  France  £•  de  France  en  Savoie,  en  Piémont  &  dans 
la  Suisse ,  pendant  les  huitième,  neuvième  &■  dixième  siècles  de  notre  ère.  Paris,  i836,  ia-8". 

Reineccius.  —  De  Misenorum  origine. 

Dissertation  que  nous  n'avons  pu  retrouver, 

Reland  (Pierre).  —  Fasti  consulares...  cum  appendice  Hadr.  Relandi.  Traj.  Batavoriim, 
17 15,  iii-8°. 

*RÉNIER  (Léon).  —  Itinéraires  romains  de  la  Gaule. 

Dans  l'Annuaire  de  la  Société  des  antiquaires  de  France,  année  i85o. 

Rictrudis  (Vita  S.),  abbatissae  Marcianensis,  ab   Hucbaldo,   monacho   Elnonensi,  scripta 
a.  907. 
Mabillon,  AA.  SS.  ord.  S.  Ben.  saec.  2,  p.  çSç.  —  Bolland.   12  mai,  t.  3,  p.  81. 

*RiTSCHL.  —  Die  Vermessung  des  roemischen  Reichs  unter  Augustus, 

Dans  le  Rkeinîsches  Muséum,  année  1842. 
*RoBERT  (Ulysse).  —  Etude  sur  les  actes  de  Calixte  II.  Paris,  1874,  in-8". 

RoDERICUS  XlMENES,  archiepiscopus  Toletanus.  —  Chronica  Hispaniae  ab  origine  prima 
ad  a.  1243. 

Schott,  Hispania  illustrata,  t.  2,  p.  20. 

—  Historia  Arabum. 

A  la  suite  d'Elmacin,  éd.  d'Erpenius,  Leyde,  1620,  in-8". 

RORICO.  —  Gesta  Francorum,  libri  IV. 

Duchesne,  t.  1,  p.  799.  —  Bouquet,  t.  3,  pp.  1-19. 

^Rossignol  (M.  A.).  —  Les  monographies  communales  du  département  du  Tarn.  (Arron- 
dissement de  Gaillac.)  4  vol.  in-8°. 

*RoucHlER  (M.  l'abbé).  —  Histoire  religieuse,  civile  &  politique  du  Vivarais.  1862,  in-8", 
tome  I,  seul  paru. 

RuFFUS  (Sextus).  —  Breviarium  historiae  Romanae.  Acced.  anonymi  Ubellus  vetustus  loco- 
rum  urbis  S-  provincîarum,  edent.  Christ.  Cellario.  Halae,  1698,  ia-8°. 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  5i3 

*RUHD0RFF.  —  Gromatîci  veteres Die  Schrîften  der  roemïschen  FeUmesser Berlin, 

1848-1852,  2  vol.  in-8". 

RuiNART  (D.).  —  Acta  primorum  martyrum  sîncera...  Parisiis,  1689  &  I7i3,  iii-4". 

—  De  Persecutione  Vandalorum.  Voir  Victor  Vitensis. 

—  Praefatîo  in  Gregor.  Turonens.  Voir  Gregorius  TuronensiS. 

*RULLMANN  (A.).  —  Récit  des  anciens  monuments  de  la  première  &  deuxième  Narbonnoise. 

Biblioth.  nat.  manuscrit  fr.  8  649-8  6;*)  i. 

RuTiLius  NuMATiANUS.  —  Itinerarium...  ab  Jos.  Castalione  emendatum  &  annotationibus 
illustratum.  Romae,  1682,  iii-8°. 


Saint-Aubin  (Gilbert-Charles  le  Gendre,  marquis  de).  —  Des  antiquités  de  la  nation  & 
de  la  monarchie  Françoises.  Paris,  1741,  111-4". 

Saint  Denys  (.Chroniques  de). 

D.  Vaissete  a  dû  employer  l'une  des  éditions  prlnceps,  celle  d'Antoine  Vérard  de  1493,  ou  celle  de 
Guillaume  Eustache  de  1514.  —  L'édition  la  plus  courante  a  été  donnée  par  Paulin  Paris,  Paris, 
Techener,  6  vol.  in-8°. 

Saint-Gall  (Chronique  de). 

Ce  sont  sans  doute  les  Annales  d'Hepidanus.  Voir  ce  nom, 

Sainte-Marthe  (les  frères).  —  Gallia  Christiana.  Paris,  i656,  4  vol.  in-f". 

C'est  l'ouvrage  que  D.  Vaissete  désigne  sous  le  titre  de  Gallia  Christiana  vêtus,  ou  prior  editio. 

—  Histoire  généalogique  de  la  maison  de  France.  Paris,  1628,  2  vol.  iii-f". 

Salaberti  (Vita  S.),    . 

Dans  les  AA.  SS.  ord,  S.  Bened.  t.  2,  n.  i3. 

*SalinAS.  —  Le  monete  délie  antiche  citta  di  Sicilia.  1872,  in-4". 

Sallustius.  —  Opéra  quae  extant,  in  usum  Delphini  diligenter  recensuit  5*  notulas  addidit 
Dan.  Crispinus.  Parisiis,  1674,  in-4°. 
Edit.  Burnouf  dans  la  collection  Lemaire,  Paris,  1829,  in-S". 

Salvien.  —  SS.  Salviani  Massiliensis  &   Fincentii  Lirinensis  opéra studio  &  labore 

Balw^ii.  Parisiis,  1669,  in-8".  —  Réédit.  en  1684. 

*Sambon.  —  Monnaies  de  la  presqu'île  italique.  1870,  in-4". 

Sancti  Maxentii  (Chronicon),  sive  IVLalleacense. 

Labbe,  Biblioth.  nova,  t.  2,  p.  190.  —  Bouquet,  t.  7,  9,  10,  1  1,  r 2. 

SangALLENSIS  nionachus.  —  De  gestis  Karoli  magni  lihri  II. 

Duchesne,  t.  2,  p.  107.  —  Bouquet,  t.  5,  p.  ic6.  —  Pertz,  SS.  t.  2,  p.  73i. 

Saussay  (A.  de  la).  — Supplementum  martyrologii  gallicani.  Lutetiao  Parisiorum,  1637, 

in-f'. 
*Saussaye  (de  la).  —  Numismatique  de  la  Gaule  Narbonnaise.  Blois,  1842,  in-4". 
ScALiGER  —  Notae  in  Ausonium.  Voir  AusoNius. 
ScHEDius  (Elias).  — De  diis  germanis,  sive  veteri  Germanorum,  Francorum,  Britannorum, 

Wandalorum  religione  syntagmata  quatuor.  Amstelodami,  Elzevirii,  1648,  in-8". 


5 14  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

ScHOTT.  —  Hispaniae  ïllustratae  seu  rerum  urblumque  Hispaniae,  Lusîtaniae,  &c.  scriptores 
varïî Francofurti,  i6o3-i6o8,  4  voL  in-f". 

■"Schwab.  —  De  Livlo  &  Timagene,  hlstoriarum  scrîptorïbus.  Stuttgard,  1834. 

ScYLAX.  Édit.  de  Hœschel,  Aug.  Viiidel,  1600,  in-8°. 
Dans  le  tome  1  des  Geographi  minores  de  Muller,  p.  i5. 

ScYMNUS  DE  Chio,  avec  traduction  en  vers  par  Fr.  Morel,  Paris,  1606,  in-8". 

Dans  le  tome   1  des  Geographi  graeci  minores,  t.    i,  p.  196. 
SÉBASTIEN   DE   SALAMANQUE. 

Dans  les  Historias  de  cinco  obispos  de  Sandoval,  Pampelune,   161  5.  Voir  plus  haut  IsiDOlius  Pacensis. 

SÉNÈQUE.  —  Opéra  quae  extant,  întegr'is  Justi  L'ipsli,  J.  Fred.  Gronovii  &  selectïs  varlorum 
commentar'iïs  illustrata.  Amst.  D.  Elzevirius,  1672,  3  vol.  in-8". 

Serviez.  — ■  Les  hommes  illustres  du  Languedoc.  Béziers,  1723,  in-8°. 

Servius.  —  Gloses  sur  Virgile,  Voir  ce  nom. 

*Sestini  (abate  Dom.).  —  Descri-^ione  délie  medaglie  Ispane,  appartenenti  alla  Lusitania, 
alla  Betica  &  alla  Tarragonense.  Firenze,  1818,  in-4". 

—  Classes  générales  seu  moneta  vêtus  urbium,  populorum  &  regum,  ordine  geographico  & 

chronologico  descripta Florentia,  1821,  in-4". 

*SlCKEL. — Acta  regum  £•  imperatorum    KaroUnorum   digesta   &   enarrata.  Wien,    1867, 

2  voL  in-8". 

Sidoine  Apollinaire.  —  Opéra,  Jac.  Sîrmondi  cura  &  studio  recognita  notisque  illustrata, 
editio  secunda  (curante  Ph.  Labbeo).  Parisiis,  l652,  in-4°. 

La  première  édition  du  commentaire  de  Slrmond  est  de  Paris,  16  li^,  in-8".  Le  tout  a  été  aussi  réim- 
primé dans  les  œuvres  complètes  de  Sirmond.  Voir  ce  nom. 

SigebertL'S  GemblACENSIS.  —  Chronographia  (38i-iii2). 

Publié  bien  dei  fois;  D.  Vaissete  paraît  avoir  employé  l'édition  de  Pistorius,  SS,  rer.  Germanicarum 
éd.  Struve,  t.  1 ,  p.  689.  —  La  dernière  édition  de  cet  auteur,  dans  laquelle  on  trouvera  toutes  ses  con- 
tinuations, est  celle  de  Bethmann,  dans  Pertz,  SS.  t.  6,  p.  3oo. 

—  Appendix  ad  Chronographiam, 

Il  semble  que  ce  soit  la  continuation  d'Anselme  de  Gemblours,  donnée  par  Pistorius  en  1,^)83,  t.  i, 
p.  943.  Elle  va  de  1112a  1  i35.  On  la  trouve  dans  l'édition  de  Betlnr.ann,  Monumenta  Germaniae  his- 
torien, SS.  t.  6,  pp.  37J-385. 

Sigolenae  (Vita  S.). 

Dans  les  A  A.  SS.  ord.  S.  Bcncdicti,  t.  4,  p.  040, 

SiGONlus,  in  Livium.  Voir  Livius. 

SiLIUS   ItALICUS.  —  In.  C.  Silii  Italici  viri  consularis  Punica,  seu  de  bello  Punico  secundo 
libros  XVII  Cl.  Dausqueius  Sanctomarius,  canon.  Tornac.  Parisiis,  161 5,  in  4". 

Silesiographia  renovata,  necessariis  scholiis  &  observationibus  aucta  (de  Nicolaus  Henelius 
ab  Hennenfeld).  Wratislav.  1704,  3  part.  in-4". 

*SlLVESTRE.  —  Paléographie  universelle,  collection  de  fac-similé  d'écritures  de  tous  les 
peuples  &  de  tous  les  temps...  Paris,  Didot,  1839-1841,  4  vol.  in-f". 

SiRMOND.  —  Concilia  antiqua   Galliae,  très  in   tomos  ordine   digesta Lutetiae,   1629, 

3  vol.  in-f". 

—  Opéra  varia,  nunc  primum  collecta.  Parisiis,  1696,  5  vol.  in-f". 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  "i" 

SiRMOND.  —  Notitia  in  Sîdon'ium.  Voir  SiDONIUS. 
SozoMÈNE.  —  Historîa.  Édit.  de  Valois,  Paris,  1668,  in-f". 
SpARTIANUS.  —  Vitae  Hadrlanî  mperatoris  —  Severî —  Caracallae.  Édit.  de  Casaubon. 

Dans   les  Historiae  augustae  Scriptorcs,  de  Saumarse  &  Casaubon,  Parisiis,    1620,  in-f*;   ou  dans  le 
tome  3  des  Scriptores  historiae  augustae  minores  Latinorum,  Lugduni  Batav.   i632,  4  vol.  in- 12. 

Spon  (Jacob).  —  Recherches  des  antiquités  &  curiosités  de  la  ville  de  Lyon.  Lyon,  1673, 
in-8°. 

—  M-lscellanea  erudltae  antiquitatîs,  in  qulbus Lugduni,  i68j,  iii-f". 

Stephanus  Byzantinus.  — De  urbibus  (gr.  &  lat.).  Édit.  de  Gronovius,  Amsterdam, 
1678,  in-f". 

*Stobée.  —  Sermones...  Lipsiae,  1797,  in-8''. 

StrABO.  —  Kerum  geographlcarum  llbrl  xvii,  Isa.  Casaubonus  recensult...  Luteliae  Paris. 
1620,  in-f".  —  Édit.  de  Cari  Mueller,  Paris,  Didot,  i853-i8j7,  in-8". 

SUETONIUS.  —  Opéra,  cum  annotatlonlbus  dlversorum  (jnter  quos  Phll.  Beroaldus).  Amste- 
lodami,  i65o  &  1671,  in-24. 

Suidas.  —  Lexicon.  Edit.  dite  d'Aemilius  Portus,  Col.  Allobr.  1619  ou  i63o,  2  vol.  in-f". 
*Édit.  dite  de  Gaifford,  Halae,  i834-i853,  2  vol.  in-4°. 

SULPITIUS  Severus,  presbyter  Aquitanicus.  —  Chronica  sacra  ab  0.  c.  —  cca.  400 

In  Bihlioth.  max.  Lugd.  t.  6,  p.  324. 

Sulpitll  PU  iVlta  S.),  eplscopi  Biturlcensls. 

Bolland.   17  janv.  t.  2,  p.  167.  —  Mabillon,  JA.  SS,  ord.  S.  Ben.  saec.  2,  p.  168. 

SymmACHUS.  —  Eplstolarum  llbrl  X  castlgatlsslml,  cum  auctarlo cum notls  nunc 

prlmum  edltls  a  Fr.  Jureto.  Paris.  1604,  i  vol.  in-4". 

Tacite.  —  Opéra Édit.  Gronovius.  Amsterdam,  Elzévir,  1672,  2  vol.  in-8°. 

—  Dlalogus  de  clarls  oratorlbus,  ut  supra. 

*Taillefer  (W.  de).  —  Antiquités  de  Vésona,  cité  gauloise  remplacée  par  la  ville  actuelle 
de  Pérlgueux Périgueux,  1821-1826,  2  vol.  in-4". 

TamAYO  de  SalazaR  (Jo.).  —  Anamnesls  slve  commemoratlo  omnium  sanctorum  Hîspa- 
norum.  Lugduni,  i65i-i659,  6  vol.  in-f". 

*Teissier  (Jules).  —  Etudes  sur  les  eaux  de  îiimes.  Nimes,  1846  &  i8di,  3  vol  in-8". 

ThegANUS,  chorepiscopus  Trevirensis.  —  Vlta   Hludowlci  Imperatorls   (8i3-835),   cum 
appendice  ann.  836-837. 

Duchesne,   t.  2,  p.  273.  —  Bouquet,    t.  6,   p.  73.  —  Pertz,  t.  2,  p.  ô8:j.  —  L'AppenJix  à  part   dans 
Lambécius,  Commentar.  de  hihl.  Vindohonensi  lib,  11,  p.  341. 

Théodore. —  Histoire  de  l'église  angéllque  de  Notre-Dame  du  Pul.  Tolose,  i6jj.  —  Au 

Puy,  1693,  in-8°. 
Theodulphus,  episcopus  Aurelianensis.  —  Carmlna. 

Sirmond,  Opéra  varia,  t.  2,  &  Duchesne,  SS.  t.  2. 

—  Versus  de  Ludovlco  Imperatore,  slve  Paraenesls. 

Canisius,  LL.  antiq.  t.  6,  p.  504.  —  Duchesne,  SS.  t.  2,  p.  326.  —  Bouquet,  t.  6,  p.  257. 

II.  R 


5i6  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Theofredi  (passîo  S.),  martyrîs,  a  quodam  recentiore  conscr'ipta  mendisque  infecta. 
Labbe,  Bihlïotk.  nov.  t.  2,  p.  684. 

*Thierry  (Amédée).  —  Histoire    des   Gaulois,  depuis   les  temps    les  plus  reculés  jusqu'à 
V entière  soumission  de  la  Gaule  à  la  domination  romaine.  Paris,  1828,  3  vol.  in-8°. 

*Thierry  CAug.).  —  Considérations  sur  l'histoire  de  France. 

En  tête  des  Récits  mérovingiens  du  même  auteur.  Paris,   1840,  2  vol.  in-8°. 

*ThomAS  (Eug.)«  —  Dictionnaire  topographique  du  département  de  l'Hérault.  Paris,  impri- 
merie impériale,  i865,  111-4°. 

Thomassin  (L.).  —  Ancienne  &  nouvelle  discipline  de  l'Eglise.  Paris,  1725,  3  vol.  in-f". 

*Th0MASSY  (R.).  —  Critique  des  deux  chartes  de  fondation  du  monastère  de  Saint-Guillem 
du  Désert. 
Dans  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes,  t.  2,  p.  177. 

*Thorbecke.  —  Commentarii  de  C.  Asinii  Pollionis  vita  S-  studiis.  Leyde,  1820. 

Thuani  {Annales).  Vide  Loiseliani  annales. 

♦Thucydide.  Édit.  Haase,  Paris,  1842,  Didot,  in-8". 

TiBULLi  quae  extant.  —  Accedunt  notae  cum  variarum  lectionum  lihello,  &  terni  indices... 
Amstelodami,  1708,  111-4". 

Tiliani  annales  (708-807). 

Duchesne,  t.  2,  p.  11.  —  Bouquet,  t.  2  &  5.  —  Pertz,  t.  i,  pp.  6  &  219. 

TiLLEMONT.  —  Histoire  des  empereurs  &  des  autres  princes  qui  ont  régné  durant  les  six 
premiers  siècles  de  l'Eglise Paris,  1690-1738,  6  vol.  iii-4°. 

—  Mémoires  pour  servir  à   l'histoire    ecclésiastique   des  six  premiers  siècles.    1693-1712, 
16  vol.  in-4°. 

TiTE-LiVE.  Voir  Livius. 

*ToRREMUZZA  (principe  de).  —  Siciliae  populorum  &  urhium,  regum  quoque  £■  tyrannorum 
veteres  nummi,  Saracenorum  epocham  antécédentes Panormi,  1781,  in-f°. 

*ToURNAL.  —  Catalogue  du  musée  de  Narbonne. 

TouRNEFORT.  —  Relation  d'un  voyage  au  Levant Paris,  1717,  2  vol.  111-4°. 

Trebellius  Pollio. 

Dans  le  tome  3  des  SS.  Historiae  avgustae  minores  Latinorum,  4  vol.  in-12.  Lugd.  Batavorum,    1682. 

Tristan  de  S.  Amant.  —  Commentaires   historiques,   concernant   l'histoire   générale   des 
empereurs  romains,  &c.,  illustrée  par  les  médailles.  Paris,  1644  ou  1657,  3  vol.  iii-f". 

TriTHEMIUS,  abbas  Herbipolensis.  — De  viris  illustrihus  ord.  S.  Benedicti  libri  IV.  Colo- 
iiiae,  ap.  Gerv.  Calevium,  i575,  &  dans  ses  œuvres  complètes,  Moguut.  i6o5,  iii-f°. 

*Tudot  (E.).  —  Collection  de  figurines  en  argile,  &c.  Paris,  1860,  in-4''. 

TzetzèS.  —  Lycophrontis  Alexandra  sive   Cassandra,   graec.   £•  lat.  cum  graecis  Is.  seu 
potius  Joan.  T'^eto^ae  commentariis cura  &  opéra  Joan.  Potteri.  Oxonii,  1702,  in-f". 

*Uckert.  —  Géographie  der  Griecken  und  Roëmer.  Weimar,  i832,  in-8°. 

Uranii  presbyteri  epistola  ad  Pacatum   de   obitu   S.  Paulini,  episcopi  Nolani,  in   tomo  II 
Operum  ejusdem.  Parisiis,  1686,  in-8°. 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  617 

USTJARDUS.  —  Martyrologium opéra  &  studio  Joan.  Soler'n.  Antverpiae,  1714,  in-f" 

(édit.  dite  des  BoUaudistes). 

D.  Vaissete  a  probablement  employé  de  prcfcrence  la  suivante  : 

—  Martyrologium  sincerum,  ad  autographi  in  Sangermanensi  abbatia  servati  fidem  edilum, 

ab  observationibus  Sollerii  vindicatum,  opéra  &•  studio  D (Jac.  Bouillart).  Paris 

1718,  in-4°. 


Vaillant  (Jo.  Foy).  —  Numismata  aerea  imperatorum,  augustorum  &  caesarum  in  colonîis, 
municipiis  S-  urbibus  jure  latio  donatis,  ex  omni  modulo  percussa.  Parisiis,  1688  ou  1697, 
I  vol.  in-f". 

Valerius  Maxl-nius.  —  Factorum  &  dictorum  memorabilium  libri  novem in  usum  Del- 

phini.  16 j g,  in-8''. 

Valesius.  —  Gesta  Francorum  seu  rerum  Francicarum  tomi  très,  a  primordiis  gentîs  ad 
Childerici  destitutionem.  Parisiis,  1646-1658,  3  vol.  iii-f°. 

—  Notitia  GalUarum,  ordine  alphabetîco  digesta.  Parisiis,  Léonard,  1675,  iu-f'. 

Varro.  —  De  lingua  latina,  avec  les  notes  de  Scaliger.  Henri  Estienne,  i573,  5  part, 
en  I  vol.  in-8". 

*Vasquez  Queypo.  — Systèmes  métriques  5-  monétaires  des  anciens  peuples.  1859,  3  vol. 
in-8°. 

Vecchietti  (j/ve  Wecchietti).  —  Opus  de  anno  primitive,  ab  exordio  mundi  ad  annum 
JuUanum  accommodato  ù-  de  sacrorum  temporum  ratione  libri  viii.  Augustae  Vindelico- 
rum,  1621,  in-f". 

VeLLEIUS  Paterculus.  —  Historiae  Romanae,  interpretatione  &  notis  illustravit  Rob. 
Rigue-:^,  in  usum  Delphini.  Parisiis,  1675,  in-4°. 

Verani  (Vita  S.),  episcopi  Cavallicensis. 

Labbe,  Bibhoth,  nova.,  t.  2,  p.  690.  —  Bolland.   19  cet.  t.  8,  p.  467. 

*Verguet  (l'abbé).  —  Fac-similé  autographique  des  cinq  diplômes  carlovingiens  provenant 
du  fonds  de  Vabbaye  de  la  Grasse  {Aude).  Carcassonne,  1873,  album  in-S"  oblong. 

Vie  (Gérard  de).  —  Chronîcon  historicum  episcoporum  &  rerum  memorabilium  ecclesiae  Car- 
cassonensis.  i66jj  in-f". 

Victor  (Aurélius).  —  Historiae  Romanae  compendium,  interpretatione  &  notis  illustravit 
Anna  Tanaq.  Fabri  filia,  in  usum  Delphini.  Parisiis,  i68i,  in-4''. 

Victor  Tunnunensis.  —  Chronicon. 

Edit.  Scaliger,  dans  le  Thésaurus  temporum,  t.  2,  p.   1. 

Victor,  Vitensis  episcopuS.  —  Historia  persecutionis  Vandalicae. 
Dans  toutes  les  Biblioth.  des  Pères,  &  édit.  de  Ruinart,  Paris,   1694,  in-8". 

Virgile. 

D.  Vaissete  a  probablement  employé  l'édition  Taubmann,  in-4*',  '618,  dans  laquelle  les  Catalecta  de 
Virgile  sont  accompagnés  du  commentaire  de  Scaliger,  paru  en  iSyS,  à  Lyon. 

Visîgothorum  {Codex). 

Canciani,  Leges  Barbarorum.  —  D.  Bouquet,  t.  4,  p.  283. 


5i8  TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Vîsïgothorum  (Lex  Romana')^  sive  Brevïarîum  Alarîcînîanum. 

La  seule  édition  à  employer  est  celle  de  Haeiiel,  Berlin  &  Leipzig,   i  847-1  849,  2  part.  in-4°. 

VlTRUVlUS.  —  De  architectura  librî  x,  cum  notis  Guillelmi  Philandri.  Lugduni,  apud 
Joann.  Toriiesium,  i552,  in-4'',  fig- 

* —  M.  Vitruvîi  Pollionîs  architectura,  textu  &  recensione  codîcum  emendata,  cum  exerctta- 
tîonïbus  notlsque  nov'issîmîs  Joannis  Polenî  &  comme ntariis  var'iorum,  additis  nunc  prîmum 
studils  Sîmonis  Stratîco.  Utiiii,  i825-i83o,  4  vol.  n\-/Ç. 

Volusien  {Vie  de  Saint).  Limoges,  1722,  in-12. 

Vopiscus  (Flavius).  —  Vitae  Romanorum  imperatorum. 

Dans  le  tome  3  des  SS.  historiae  augustae-minores  Latinoruni.  Liigd.  Batavorum,  1632,4  vol.  in-12. 
VosSIUS.  —  De  poëtis  &  de  historicis  latinis  librî  VII.  Lugd.  Batav.  i65i,  2  vol.  in-^°. 

*Wailly  (N.  de).  —  Nouveaux  éléments  de  paléographie.  Paris,  Imprimerie  royale,  i838, 
2  vol.  iii-4°. 

Walae  (Vita),  abbatîs  Corbeîensis,  auctore  Paschasio  Radberto. 

Mabillon,  A  A,  SS.  ord.  S.  Bened.  saec.  4,  t.    i,  p.  455.  —  Ext.  Pertz,  SS.  t.  2,  p.  533. 

WalAFRIDUS  Strabo.  —  De  officHs  divinis  sive  de  exordiis  &  incrementis  rerum  ecclesias- 
ticarum. 

Dans  la  Bïbliotheca  Patrum  Lugdun.  t.    i5,  p.   181. 

*Walckenaer.  —  Géographie  de  la  Gaule  Cisalpine  &  Transalpine.  Paris,  1889,  3  vol. 
in-8°. 

TVaningi  (Vita  5".),  confessoris. 

AA.  SS.  ord.  S.  Bened.  saec.  2,  p.  972.  —  Bolland.  9  janv,  t.  i,  p.  591. 

*Weil.  —  Geschichte  der  Chalîfen,  nach  handschriftlichen  groesstentheîls  noch  unbenutci^ten 
Quellen  bearbeit.  Mannheim,  1846-1851,  3  vol.  111-8°. 

*Wescher  &  Foucart.  —  Inscriptions  recueillies  à  Delphes.  Paris,  Didot,  i863. 


XlPHILiNUS.  —  E  Dione  excerptae  historiae  (gr.  &  lat.).^  ex  interpretctione  Guil.  Blanci  a 
Guil.  Xilandro  recognita  :  H.  Stephanî  in  J.  Xiphilinum  spicilegium.  Excudebat 
H.  Stephanus,  1592,  in-f°. 


Yepes  (Antonio  de).  —  Cronica  gênerai  de  la  orden  de  San  Benito.  Pamplona  &  Valla- 
dolid,  1609-1621,  7  vol.  in-f". 

Yves,  évêque  de  Chartres.  —  Panormia  sive  liber  decretorum. 

Dans  les  Opéra  omn'ia  de  cet  auteur,  édit.  de  Fronton  &  Louchet,  Parisiis,  1647,  in-f°. 


*Zeuss  (I.  C).  —  Grammatîca  celtica.  Lipsiae,  i853. 

ZoNARAS.  — Annales,  graece  &  latine,  cum  notis  Car.  Dufresne  du  Cange.  Parisiis,  1686, 
2  vol.  in-f". 
Dans  la  Byzantine  du  Louvre. 


TABLE  BIBLIOGRAPHIQUE.  Sic 

ZosiMUS  papa.  —  Epistolae. 

Dans  Coustant,  Epistolae  <.umm,  Fontijîcum. 

ZosiMUS,  cornes  &  fisci   advocatus.  —  Hîstoria  Romana  sive   Hïstoriae  novae  librî  vi. 
Édit.  Cellarius,  1679,  Cizae. 

*ZuMPT.  —  De  augustalïbus   5-  seviris  augustalîbus  commentatto   epîgraphica.   Berolini, 
1846,  in-4". 

ZURITA  (Jeroninio).  —  Anales  de  la   corona  de  Aragon,  Sarragosse,   1610-1621,  7  vol. 
in-f";  une  seconde  édition  à  Sarraojosse,  1666-1671. 

Salva,  Cat.ilogo,  n"*  '^2'^z-'^. 


FIN    DU    TOME    DEUXIEME. 


.V 


4 


TABLE    DES    MATIÈRES 


DU    PRESENT   VOLUME 


Préface page  v 

Sommaires  des  Notes p.  ix 

Noms  des  auteurs  des  Notes  ajoutées  par  les  nouveaux  éditeurs p.  ix 

Notes p.  i 

Table  générale  des  noms  &  des  matières p.  567 

Preuves.  Chroniques colonne  i 

—           Chartes  &  Diplômes c.  35 

Index  onomasticus  &  geographicus c.  426 

Table  bibliographique , p.  485 


^-5/ 


TOULOUSE,   TYPOGRAPHIE   PAUL   PRIVAT,    RUE   TRIPIÈRE,    p. 


EDOUARD    PRIVAT,    LIBRAIRE-ÉDITEUR 

RUE    DES    TOURNEURS,    HOTEL    SIPIÈRE,    TOULOUSE 


LISTE 


PREMIERS  SOUSCRIPTEURS 


PAR    ORDRE    ALPHABÉTIQUE 


A  L'HISTOIRE  GENERALE  DE  LANGUEDOC 


M.  Abadie  (Baptiste),  ancien  maire,  à  Saint-Gaudens. 

M.  l'abbé  Abadie  (Félix),  prêtre,  à  Lécussan  (Haute-Garonne). 

M.  Abeille  (Urbain),  propriétaire,  à  Villeneuve-de-Rivière  (Haute-Garonne). 

M.  d'Ablanc  de  Labouysse,  propriétaire,  à  Castelsarrasin. 

M.  le  comte  d'Adhémar  (Roger),  propriétaire,  à  Montpellier. 

M,  le  comte  d'Adhémar  (V.),  propriétaire,  à  Toulouse. 

Archives  du  département  de  Lot-&-Garonne. 

Bibliothèque  de  la  Ville. 
AGEN    {  Bibliothèque  de  l'Évèché. 

Bibliothèque  de  la  Cour  d'appel. 

Société  d'Agriculture,  Sciences  &  Arts. 
M.  l'abbé  d'Aguin,  chanoine  honoraire,  à  Toulouse. 
MM.  AiLLAUD,  GuiLLARD  &  C'^ ,  libraires  &  commissionnaires,  à  Paris. 
ALAIS.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Archives  du  département  du  Tarn. 
Bibliothèque  de  la  Ville. 
M.  l'abbé  Albouy,  curé  de  Saint-Pierre,  à  Toulouse. 
M.  Alengri  (Charles),  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  d'Al(^uier  DE  Montalivet,  receveur  de  l'Enregistrement,  à  Pau. 
M.  Amiel  (André),  à  Béziers. 

M.  Amigues  fils  (J.-B.),  propriétaire  &  négociant,  à  Sigean  (Aude). 
M.  Andoque  (Alban),  propriétaire,  à  Béziers. 


ALBI 


M.  André  (Edouard),  ancien  député,  à  Paris. 

M.  André  (Maurice),  avocat,  docteur  en  droit,  à  la  Canourgue  (Lozère). 

M.  d'André  (Joseph),  avocat,  à  Toulouse. 

M.  Anouilh  (Jean-Marie),  avocat,  à  Saint-Girons. 

M.  le  comte  d'Anselme  de  Puisaye,  au  château  de  Tostat  (Hautes-Pyrénées). 

M.  Anterrieu  (Emile),  directeur  du  Crédit  viager,  à  Montpellier. 

M.  Anterrieu  (Marius),  propriétaire,  maire,  à  Gigeau  (Hérault). 

M.  Anthouard  (J.-M.),  juge-suppléant,  avoué,  au  Vigan. 

M.  le  marquis  d'AraGON,  au  château  de  Salies  (Tarn). 

M.  Arieu,  notaire,  à  Castelnau-Maguoac  (Hautes-Pyrénées). 

M.  ArnAULT,  professeur  à  la  Faculté  de  Droit,  à  Toulouse. 

M.  d'Arnoux-Brossard,  propriétaire,  maire,  à  Saint-Porquier  (Tarn-&-Garonne). 

M.  ARR.AZAT,  ancien  député,  membre  du  Conseil  général  de  l'Hérault,  à  Lodève. 

MM.  ASHER  &  C''-',  libraires,  à  Berlin  (2  ex.). 

M.  d'Ast  (Léonce),  ancien  maire,  à  Brignemont  (Haute-Garonne). 

M.  Astrié-Rolland  (Ernest),  avocat,  à  Toulouse. 

M.  Atger  (A.),  ancien  avoué,  à  Montpellier. 

jsTTr^Tj    (  Archives  du  département  du  Gers. 
AUCH       _,.,,,     ,  ,  ,     1.1     1      A   1  ' 

(  Bibliothèque  de  1  Archevêché. 

Ms""  le  duc  d'Aumale,  à  Paris. 

M.  Auret  (Etienne),  libraire,  à  Pézénas  (Hérault). 

M.  d'AvAIZE  (Amédée),  membre  de  la  Société  française  d'Archéologie,  à  Lyon. 

ÀTTT/".vT/-kV7   (  Bibliothèque  du  Séminaire. 
AVIGNON  ,        ^ 

(   Musee-Calvet. 

M.  le  marquis  d'Ayguesvives  (Albert),  membre  du  Conseil  général,  à  Toulouse. 

M.  le  baron  d'AyrAL  DE  SÉRIGNAC,  à  Labastide-du-Temple  (Tarn-&-Garonne). 

M.  l'abbé  AzAM,  aumônier  du  Collège,  à  Revel  (Haute-Garonne). 

M.  AzÉMAR  (Edouard),  docteur  en  médecine,  à  Luchon  (Haute-Garonne). 

M.  AzÉMAR  (Théophile),  juge  de  paix,  à  Caussade  (Tarn-&-Garonne). 

M.  BagnÉRIS  (Justin),  avocat-avoué,  à  Pamiers. 

M.  Balmelle  (Gaston),  avocat,  ancien  maire,  à  Nimes. 

M.  Baqué  (Léon),  banquier,  à  Luchon  (Haute-Garonne). 

M.  le  baron  DE  BarANTE,  sénateur,  à  Barante-Thiers  (Puy-de-Dôme). 

M.  l'abbé  Barbe,  chanoine  honoraire  de  Bayonne  &  de  Besançon,  à  Toulouse. 

M.  Barbey  (Edouard),  filateur,  à  Mazamet  (Tarn). 

M.  l'abbé  Barbier,  directeur  du  Petit  Séminaire,  à  Pamiers. 

M.  Barbier  de  la  Serre,  propriétaire,  à  Lavit-de-Lomagne  (Tarn-&-Garonne). 

M.  Barry,  général  de  division,  à  Perpignan. 

M.  Barry,  professeur  d'histoire  au  Lycée,  à  Toulouse. 

M.  BarthèS,  docteur  en  médecine,  à  Cette  (Hérault). 

M.  le  baron  DE  Bastard,  à  Périgueux. 

M.  Batiffol  (H.),  agrégé  de  l'Université,  professeur  au  Lycée,  à  Toulouse. 

M.  Baudens,  membre  du  Conseil  général,  à  Castelnau-Magnoac  (Hautes-Pyrénées). 

BAYONNE.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  le  comte  Bégouen,  trésorier  payeur  général,  à  Toulouse. 

M.  le  baron  DE  Belcastel,  à  Toulouse. 

M.  le  comte  DE  Bellissen-Durban,  à  Toulouse. 

M.  le  baron  DE  Bellissen  (Cyprien),  membre  du  Conseil  général,  à  Foix. 

M.  le  baron  DE  Belloc  de  Chamborant,  à  Béziers. 

MM.  BénéZECH  frères,  libraires,  à  Béziers. 

M.  Benoit,  chef  d'institution,  à  Narbonne. 

M.  l'abbé  DE  Benque  d'Agut,  supérieur  de  l'institution  Saint-Martin,  à  Pau. 


—  3  — 

M.  BÉRENGUiER,  percepteur,  à  Labastide-de-Lévis  (Tarn). 

M.  Bergerol  (Élie),  professeur  à  l'institution  Py,  à  Fontenay-sous-Bois  (Seine). 

M.  Berges  (Amédée),  peintre-verrier,  à  Toulouse. 

RFRT  TN   i  Bibliothèque  impériale-royale. 

(  Bibliothèque  de  l'Université. 
M.  de  Bermond  (Louis),  au  château  de  Saint-Eugène  (Tarn). 
M.  Berthomieu  (Louis-Auguste-Célestin),  propriétaire,  à  Paraza  (Aude). 
M.  Berthomieu  (Léonce),  secrétaire  de  là  Société  archéologique,  à  Narbonne. 
M.  Bessières  (Emile),  propriétaire,  à  Saint-Nicolas-de-la-Grave  (Tarn-&-Garonne). 
BÉZIERS.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
M.  BiBENT  (Jules),  directeur  d'assurances,  à  Toulouse. 
M.  Bigot-Valentin,  curé,  à  Fontes  (Hérault). 
M.  BiLiNSKi  (Albert),  chef  d'institution,  à  Montpellier. 
M.  DE  BiLLY  (Charles),  conseiller  à  la  Cour  des  Comptes,  à  Paris. 
M.  BiRAT  (Aimé),  propriétaire,  à  Capendu  (Aude). 
M.  Blanc  (Adolphe),  avoué,  à  Millau. 

Le  R.  P.  Blancal,  ancien  supérieur  des  Missionnaires  de  Montauban. 
M.  BlaVY  (Alfred),  avoué  à  la  Cour  d'appel,  à  Montpellier. 
M.  BoNAFOUS,  ancien  principal  de  collège,  à  Albi. 

M.  BoNAFOUS-MuRAT,  receveur  particulier  des  Finances,  à  Villeneuve-sur-l,ot. 
M.  BoNFiLS,  professeur  à  la  Faculté  de  Droit,  à  Toulouse. 
M.  BoNNAL  (Edmond),  avocat,  à  Toulouse. 
M.  BoNNEL  (Gabriel),  avocat,  à  Narbonne. 

M.  Bonnet  (H.),  receveur  de  l'Enregistrement,  à  Rabastens  (Tarn). 
M.  Bonnet  (Louis),  propriétaire,  à  Béziers. 
M.  Bonnet  (Martin),  à  Cazouls-les-Béziers  (Hérault). 
M.  Bordères  (Edouard),  ancien  avoué  à  la  Cour  d'appel  de  Toulouse. 
M.  BoRELLY,  manufacturier,  à  Brousses  (Aude). 

M.  BoRiE  (Victor),  secrétaire  général  du  Comptoir  d'Escompte,  à  Paris. 
M.  BoRiES  (Armand),  notaire,  à  Narbonne. 
M.  BouFFET,  ingénieur  des  Ponts  &  Chaussées,  à  Carcassonne. 
M.  BouiSSlN  (Léon),  membre  du  Conseil  général  de  l'Hérault,  à  Paris. 
M.  BoUNiOLS  fils,  propriétaire,  au  château  d'Espanel  (Tarn-&-Garonne). 
M.  BoURDET  (Saint-Ange),  négociant,  à  Lézignan  (Aude). 

M.  DE  BouRDONCLÉ  DE  Saint-Salvy,  aucieu  capitaine  de  cavalerie,  à  Lavaur. 
M.  BouRGEAT  (Louis),  avocat,  à  Agen. 
BOURGES.  Bibliothèque  de  l'Archevêché. 
M.  Bousquet  fils  (Victor),  négociant,  à  Béziers. 
M.  BoussÈs  DE  FouRCAUD  (Louis),  à  Beaumarchez  (Gers). 
M.  l'abbé  Bouteille,  professeur  au  Petit  Séminaire,  à  Massais  (Tarn). 
M.  BouziGUES  (Jean),  propriétaire,  à  Toulouse. 

MM.  Braumuller  &  fils,  libraires  de  la  Cour  &  de  l'Université,  à  Vienne  (Autriche). 
M.  BrenguIER  (Victor),  banquier,  à  Narbonne. 

M.  Bressolles  (Gustave),  professeur  à  la  Faculté  de  Droit,  à  Toulouse. 
M.  Bruguière-Fontenille,  avocat,  à  Clermont  (Hérault). 
M.  l'abbé  Brunet,  prêtre,  à  Gaillac-sur-Tarn. 
M.  Bunel  (Louis),  avocat,  à  Toulouse. 

M.  BusQUET  (Horace),  ingénieur  des  Mines,  à  La  Machine  (Nièvre). 
M.  le  marquis  DE  BuTE,  à  Londres. 

M.  le  comte  O'Byrne,  propriétaire,  au  château  de  Saint-Géry  (Tarn). 
M.  Cabannes  (Alcime),  propriétaire,  à  Argelliers  (Aude). 
M.  Cabié  (Edmond),  à  Roqueserière  (Haute-Garonne). 


M.  Cabos  (Joseph),  avoué  au  Tribunal,  à  Toulouse. 
r^KZjn-oc    (    Archives  du  département  du  Lot. 

(    Bibliothèque  de  1  hveché. 
M.  Gaillard  (Emmanuel),  imprimeur,  à  Narbonne. 
M.  Calas  (Joseph),  libraire,  à  Montpellier. 

M.  Calcat  (Pierre),  ancien  juge  de  paix  du  Fousseret  (Haute-Garonne). 
M.  Calmels  d'Artinsac,  notaire,  membre  du  Conseil  général,  à  Gramat  (Lot). 
M.  DE  Calmés,  propriétaire,  à  Serviès-en-Val  (Aude). 
M.  Calmettes  (Germain),  principal  du  Collège,  à  ÎVIillau. 
M.  Calmon,  sénateur,  à  Paris. 

M.  Cambon  (Eugène),  principal  du  Collège,  à  Bédarieux  (Hérault). 
M.  Cambres,  avocat,  à  Cahors. 

M.  Camoreyt  (Eugène),  secrétaire  de  la  mairie,  à  Lectoure. 
M.  le  comte  DE  CampAIGNO,  ancien  député,  ancien  maire,  à  Toulouse. 
M.  de  Campoussy  (Emile),  docteur  en  médecine,  à  Mijanés  (Ariége). 
M.  Cangardel  (Charles),  avocat,  à  Cahors. 
M.  Capdepic,  avocat,  à  Montauban. 
M.  DE  CapÈLE  (Julien),  propriétaire,  à  Toulouse. 
M.  CaraYON-TalpaYRAC,  propriétaire,  à  Toulouse. 
M.  Carbonel,  conseiller  de  préfecture  en  retraite,  à  Cahors. 
CARCASSONNE.  Bibliothèque  de  l'Évêché. 

M.  le  comte  DE  CardAILLAC,  au  ministère  des  Beaux-Arts,  à  Paris. 
M.  Cargue  (Frédéric),  avoué,  à  Saint-Gaudens. 

M.  l'abbé  Carrère,  curé,  à  Montauban-de-Luchon  (Haute-Garonne). 
M.  Carrière-Montjosieu  (Damien),  docteur  en  droit,  à  Saint-Izaire  (Aveyron). 
M.  DE  Cassagne  (Antoine),  propriétaire,  à  Béziers. 
M.  DE  Cassaigneau  de  Saint-Félix,  propriétaire,  à  Montauban. 
M.  Cassan  (Léon-Adolphe),  juge  de  paix,  à  Técou  (Tarn). 
M.  l'abbé  du  Cassé  de  Lassalle,  prêtre,  à  Castelsarrasin. 
M.  Castel  (Désiré),  propriétaire,  à  IV^ontauban. 
CASTELNAU-DE-MONTRATIER  (Lot).  Bibliothèque  de  la  Ville. 
M.  l'abbé  Castillon,  archiprêtre,  à  Toulouse. 
CASTRES.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  le  comte  de  Castries,  propriétaire,  au  château  de  Gaujac  (Gard). 
M.  CathaLA  (Charles),  avocat,  à  Castelnaudary. 

M.  l'abbé  Caujolle,  secrétaire  général  de  l'Archevêché,  à  Toulouse. 
M.  Caussé  (Gaspard),  conseiller  à  la  Cour  d'appel,  à  Toulouse. 
M.  Cauvet  (Emile),  avocat,  à  Narbonne. 
M.  Cavé-Esgaris  (Maxime),  notaire,  à  Bayonne. 
M.  Caviole  (Jules),  conseiller  de  préfecture,  à  Cahors. 
M.  CaylA  (Henri),  notaire,  à  Estaing  (Aveyron). 

M.  Cazac,  pharmacien,  membre  de  la  Société  de  médecine,  à  Toulouse. 
M.  Cazalis  de  Fondouce  (Paul),  à  Montpellier. 
M.  Cazals,  curé  de  Saint-François,  à  Lavaur. 
M.  Cazals  (Louis),  avocat,  à  Coursan  (Aude). 

M.  Caze  (Paul),  substitut  du  procureur  de  la  République,  à  Toulouse. 
M.  Cazes  (Prosper),  ancien  notaire,  à  Millas  (Pyrénées-Orientales). 
M.  Céré  (Firmin),  principal  du  Collège,  à  Castelsarrasin. 
CETTE  (Hérault).  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  le  baron  DE  Chabaud  la  Tour,  général  de  division,  anciem  ministre,  à  Paris. 
M.  Chabrié  (Henri),  propriétaire,  à  Port-de-Penne  (Lot-&-Garonne). 
M.  le  prince  de  Chalais  Périgord,  à  Paris. 


M.  Chaliès  (Frédéric),  notaire,  à  Sévérac-le-Château  (Aveyron). 

M.  Challiol,  libraire,  à  Albi. 

M.  Chamand  (Denis;,  avocat,  à  Uzès. 

M.  le  comte  DE  Chambrun,  sénateur,  à  Paris. 

M.  le  marquis  DE  Champreux-d'Altenbourg,  à  Toulouse. 

M.  ChArvet  (Gratien),  agent  voyer  d'arrondissement,  à  Alais. 

M.  Chasserau  (Auguste),  vicaire,  à  Buzet  (Haute-Garonne). 

M.  le  baron  Chaurand,  ancien  député,  avocat,  à  Lyon. 

M.  Chelle,  chef  d'institution,  à  Montesquieu-Volvestre  (Haute-Garonne). 

M.  Chesnelong,  ancien  député,  à  Orthez. 

M.  Chevalier,  libraire,  à  Saint-Etienne. 

M""*  veuve  Chevalier,  née  Mathey,  rentière,  à  Vesoul. 

M.  Choit  (Thomas),  officier  de  l'Université,  à  Pamiers. 

M.  DE  Christol  (Henri),  à  Béziers. 

M.  ClaRET  Llobet  (Mathias),  propriétaire,  à  Narbonne. 

M.  DE  Clarens  (Alfred),  membre  du  Conseil  général,  maire,  au  Houga  (Gers). 

M.  ClaRY,  docteur  en  médecine,  à  Cahors. 

M.  DE  Clausade  (Gustave),  à  Rabastens  (Tarn). 

M.  Clément  (A.),  doct.  en  méd.,  anc.  maire,  memb.  du  Cons.  gén.,'à  Frontignan  (Hér''). 

M.  le  duc  DE  Clermont-Tonnerre,  à  Paris. 

M.  le  comte  de  ClervaUX,  propriétaire,  à  Saintes. 

M.  Clos  (Adrien),  notaire,  maire,  à  Sorèze  (Tarn). 

COGNAC.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  CoMBAL  (Paul),  professeur  à  la  Faculté  de  Médecine,  à  Montpellier. 

M.  Combes  (Anacharsis),  avocat,  à  Castres. 

M.  Combes  (Paul),  rentier,  à  Durban  (Aude). 

M.  de  Combettes  (A.),  propriétaire,  à  Brens  (Tarn). 

M.  le  comte  de  Combettes  du  Luc,  propriétaire,  à  Rabastens  (Tarn). 

M.  DE  Combettes  Labourelie  (Louis),  propriétaire,  à  Labourelie  (Tarn). 

M.  le  vicomte  de  Comminges,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  CoMPANS,  aumônier,  à  Bordeaux. 

M.  DE  Corail  (Ernest),  propriétaire,  au  château  de  Lahage  (Haute-Garonne). 

M.  CosTE  (Hippolyte),  manufacturier,  à  Castres. 

M.  CoSTE  (Louis),  notaire,  à  Puisserguier  (Hérault). 

M.  CoTTiN  (Léon),  principal  du  Collège,  à  Pamiers. 

M.  CouGET  (Alphonse),  président  du  Tribunal  civil,  à  Muret. 

M.  CoURDiN,  conseiller  à  la  Cour  d'appel,  à  Toulouse. 

M.  Courtes  (Charles),  négociant,  à  Lézignan  (Aude). 

M.  CouRTY,  général  de  brigade,  commandant  la  subdivision  du  Gard,  à  Nimes. 

M.  CoURTY,  professeur  à  la  Faculté  de  Médecine,  à  Montpellier. 

M.  Cousin,  avocat,  à  Toulouse. 

M.  CouybA  (Louis),  docteur  en  médecine,  à  Safnte-Livrade  (Lot-&-Garonne). 

M.  Crès  (Auguste),  pasteur-président,  à  Vallon  (Ardèche). 

M.  Crouzet  (Emile),  agent  de  change,  à  Millau. 

M.  DE  Croze  (Charles),  propriétaire,  à  Paris. 

M.  DE  Crussol  des  Epesse  (J.-M.),  imprimeur,  à  Figeac. 

M.  CusTOS,  secrétaire  de  l'inspection  académique,  à  Toulouse. 

M.  Daffis  (Paul),  libraire,  à  Paris. 

M.  Dallas  (Arnaud),  propriétaire,  à  Castelnau-Magnoac  (Hautes-Pyrénées). 

MM"es  Dardignac  sœurs,  à  Saint-Gaudens. 

M.  l'abbé  Darnaud,  prêtre,  à  Annonay  (Ardèche). 

M.  Darolles  (Marius),  négociant,  à  Toulouse. 


—  6  — 

M.  l'abbé  DarrAS,  auteur  de  VHlstoîre  générale  de  l'Église,  à  Paris. 
M.  Daspit  de  Saint-Amand  (François-Gustave),  à  La  Réole. 
M.  Daste,  ancien  vice-président  du  Tribunal  civil,  à  Albi. 
M.  DaudiraC,  docteur  en  médecine,  à  Cauterets  (Hautes-Pyrénées). 
M.  Debar  (Henri),  avocat,  à  Albi. 

M.  le  baron  Decazes,  ancien  député,  membre  du  Conseil  général,  à  Albi. 
M.  DefféS  (Albert),  négociant,  à  Toulouse. 
M.  Degeilh  (Paul),  greffier  en  chef  du  Tribunal,  à  Castres. 
MM.  Deigthon  &  C'c,  à  Cambridge  (Angleterre). 
M.  l'abbé  Déjean,  curé,  à  Frouzins  (Haute-Garonne). 
M.  Delagrave  (Charles),  éditeur,  à  Paris. 

M.  Delalain  (Jules),  libraire,  imprimeur  de  l'Université,  à  Paris. 
M.  Delbosc  (Emmanuel),  négociant,  à  Montauban. 
M.  Delcasse,  avocat,  à  Limoux. 
M.  Delcurrou,  avocat  général,  à  Montpellier. 

M.  Delisle  (Léopold),  conservateur  de  la  Bibliothèque  Nationale,  à  Paris. 
M.  Deloncle,  receveur  de  l'Enregistrement,  à  Cette  (Hérault). 
M.  Delpech  (Arthur),  propriétaire,  à  Narbonne. 
M.  Delquié  (Edmond),  conseiller  à  la  Cour  d'appel,  à  Toulouse. 
M.  Delzolliés  (Ernest),  propriétaire,  à  Castelmoron-sur-Lot  (Lot-&-Garonne). 
M.  Delzolliés  (Henri),  propriétaire,  à  Agen. 
M.  DenaT,  principal  du  Collège,  à  Castelnaudary. 

M.  Depeyre,  ancien  membre  du  Conseil  général,  à  Montpezat  (Tarn-&-Garonne). 
M.  Depeyre,  avocat,  sénateur,  ancien  ministre,  à  Toulouse. 

M.  le  baron  DesaZARS  de  Montgailhard,  procureur  de  la  République,  à  Albi. 
M.  DieulAFOY  (Georges),  docteur  en  médecine,  à  Paris. 
M.  DiRAT  (Oscar),  propriétaire,  à  Grisolles  (Tarn-&-Garonne). 
M.  DoAT,  ancien  maire,  à  Capvern  (Hautes-Pyrénées). 
M.  DoAZAN  (Philippe),  propriétaire,  à  Ondes  (Haute-Garonne). 

M.  Domergue,  ancien  général  comm.  supérieur  des  gardes  nationales,  à  Montpellier. 
M.  Don  de  Cépian  (Camille),  propriétaire,  à  Carcassonne. 
M.  DonnADILLE  (Gustave),  manufacturier,  à  Bédarieux  (Hérault). 
M.  DoRMEAU,  maire,  membre  du  Conseil  d'arrondissement,  à  Dehault  (Sarthe). 
M.  l'abbé  DoUMENG,  prêtre-missionnaire,  à  Salies-du-Salat  (Haute-Garonne). 
M.  l'abbé  Doumenjou,  curé,  à  Saint-Paul  (Ariége). 
M.  Druilhet  (Paul),  avocat,  à  Lectoure. 
M.  Dubois  (Emile),  négociant,  à  Toulouse. 
M.  Dubois  (Gaston),  archiviste-paléographe,  à  Paris. 
M.  DucoM  (Denis),  propriétaire,  à  Montlezun  (Gers). 
M.  Ducos,  juge  au  Tribunal  civil,  à  Agen. 
■^  M.  DucRos,  avocat,  à  Cahors. 

M""'  Ducup-Marty  (Irma),  à  Bassanel  (Hérault). 

M.  DuFAURE,  de  l'Académie  française,  sénateur,  ministre  de  la  Justice,  à  Paris. 

M.  DuFOUR,  avocat,  ancien  conseiller  de  préfecture,  à  Cahors. 

M.  Du  Gabé,  avocat,  ancien  député,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  DuHAGON,  directeur  de  l'institution  des  Sourds-Muets,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  Duilhé  de  Saint-Projet,  chanoine  honoraire,  à  Toulouse. 

M.  DuLAC,  docteur  en  médecine,  à  Luchon  (Haute-Garonne). 

MM.  DuLAU  &  C"^,  libraires,  à  Londres  (4  exemplaires). 

M.  Dumas  (Ernest),  ancien  député,  à  Paris. 

M.  l'abbé  DuMAS,  archiprêtre,  à  Pamiers. 

M.  Dumoulin,  libraire,  à  Paris. 


M.  DuNAL  (Benjamin),  docteur  en  médecine,  à  Montpellier. 

M.  DuPAU  CLouis),  ancien  sous-préfet,  à  Toulouse. 

M.  Duperie,  docteur  en  médecine,  à  Agen. 

M.  Durand  (Eugène),  pasteur,  à  Castres. 

M.  DuRUY,  ancien  sénateur,  ancien  ministre  de  l'instruction  publique,  à  Paris.      . 

M.  d'Elbreil  (Henri),  propriétaire,  à  Montauban. 

M.  Escallé  (Louis),  chef  d'institution,  à  Toulouse. 

M.  EscANDE  (Jean),  courtier,  à  Béziers. 

M.  ESPÉRONNIER,  conseiller  à  la  Cour  d'appel,  à  Montpellier. 

M.  l'abbé  EspiAU,  supérieur  du  Collège,  à  Gimont  (Gers). 

M.  EspirALlER  (Joseph),  propriétaire,  à  Cette  (Hérault). 

M.  ESTOR,  professeur  à  la  Faculté  de  Médecine,  à  Montpellier. 

M.  le  comte  d'ExéA,  propriétaire,  à  Lézignan  (Aude). 

M.,  le  marquis  d'ExÉA,  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  Fabre,  notaire,  à  Castelnaudary. 

M.  Fabre-d'Envieu,  professeur  à  la  Sorbonne,  à  Paris. 

M.  FabrègAT  (Auguste),  avocat,  ancien  maire,  à  Béziers. 

M.  Fabrège,  propriétaire,  à  Montpellier. 

M.  Faget  (Edouard),  manufacturier,  à  Ratier  (Lot-&-Garonne). 

M.  Faget  (Ernest),  ancien  chef  d'institution,  à  Toulouse. 

M.  FalguièRES  (Henri-Sylvain),  membre  du  Conseil  général,  à  Cadalen  (Tarn). 

M.  FalliÈRES,  avocat,  à  Agen. 

M.  DE  Farguette,  capitaine  à  la  remonte,  à  Agen. 

M.  Faulquier  (Rodolphe),  négociant,  à  Montpellier. 

M.  Faure  (Hippolyte),  propriétaire,  à  Narbonne. 

M.  Faure  (d'Avignonet),  avocat,  membre  du  Conseil  général,  à  Toulouse. 

M.  FavaTIER  (Léonce),  notaire,  à  Narbonne. 

M.  Favre  (Jules),  avocat,  de  l'Académie  française,  ancien  ministre,  sénateur,  à  Paris. 

M.  FéraL,  avocat,  membre  du  Conseil  général,  à  Toulouse. 

M.  FerrÈRE  (François),  propriétaire,  maire,  à  Bagiry  (Haute-Garonne). 

M.  Feybesse  (Osmin),  avocat,  propriétaire,  à  Carpentras. 

M.  FiLHOL,  directeur  de  l'Ecole  de  Médecine,  ancien  maire,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  FiLHOL,  chanoine  honoraire,  à  Toulouse. 

M.  FlammaN  (François),  négociant,  à  Bédarieux  (Hérault). 

M.  FoCH  (Cyrille),  manufacturier,  à  Lédar  (Ariége). 

FOIX.  Archives  du  département  de  l'Ariége. 

M.  l'abbé  FoiX,  curé,  à  Lespugue  (Haute-Garonne). 

M.  FoNDi  DE  Niort  (M.),  avocat,  à  Toulouse. 

M.  FoNTAS,  libraire,  à  Carcassonne. 

M.  FoRNAiRON  (Ernest),  propriétaire,  à  Florensac  (Hérault). 

M.  Fort  (Gustave),  filateur,  à  Toulouse. 

M.  DE  FoRTON,  propriétaire,  à  Montpellier. 

M.  le  baron  DE  FoucAUD,  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  FouLD  (Gustave),  ancien  député,  à  Paris. 

M.  FouQUET  (Georges),  négociant,  à  Paris. 

M.  FoURÈS  (Léonce),  docteur  en  médecine,  à  Coursan  (Aude). 

M.  Fraisse  (Ariste),  propriétaire,  maire  à  Florensac  (Hérault). 

M.  de  Framond  (Alfred),  propriétaire,  à  Marvéjols. 

M.  Gadrat  (Paul),  avocat,  à  Paris. 

GAILLAC-SUR-TARN.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  GalimARD  (Antonin),  propriétaire,  à  Vals-les-Eaux  (Ardèche). 

GAP.  Archives  du  département  des  Hautes-Alpes. 


—  8  — 

GARAISON  (Hautes-Pyrénées;^.  Bibliothèque  du  pensionnat  Notre-Dame. 

M.  Garde,  manufacturier,  à  Paris. 

M.  Garreau  (Maurice),  notaire,  à  Langou  (Gironde). 

M.  Garrisson-Lacoste,  nég',  président  du  Tribunal  de  commerce,  à  Montauban. 

M.  Garrisson-Sol  (Adrien),  propriétaire,  à  Montauban. 

M.  Gary  (Léopold),  ingénieur  civil,  à  Lagrasse  (Aude). 

M.  Gasc,  ancien  conseiller  d'Etat,  ancien  député,  à  Toulouse. 

M.  Gasc,  propriétaire,  à  Paris. 

M.  DE  Gauléjac,  docteur  en  médecine,  à  Agen. 

M.  Gay  (Alfred),  substitut  du  procureur  de  la  République,  à  Toulouse. 

M.  Gazel,  président  du  Tribunal  civil,  à  Limoux. 

M.  Georg  (Henri),  libraire,  à  Lyon  (3  exemplaires). 

M.  Germain  (Constant),  avocat,  à  Toulouse. 

M.  Gesta  (Louis-Victor),  artiste  peintre-verrier,  à  Toulouse. 

M.  GiLLARD,  docteur  en  droit,  avocat,  à  Castelsarrasin. 

M.  de  Ginestet  (Gustave),  propriétaire,  à  Béziers. 

M.  DE  LA  Ginestière  (Léon),  propriétaire,  à  Trébas  (Tarn). 

M.  Girard,  ancien  sous-préfet,  à  Cette  (Hérault). 

M.  de  Girard  (Paul),  propriétaire,  à  Montpellier. 

M.  GiRAUD,  négociant,  à  Grenoble. 

M.  GiRAUD,  chef  de  division  à  la  Préfecture,  à  Montauban. 

M.  DE  Gironde,  propriétaire,  à  Montauban. 

M.  GiRONis  DU  Floquet,  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  GlANDY,  négociant,  à  Saint-Geniez  (Aveyron). 

M.  Gleyses,  membre  du  Conseil  général,  à  Lavelanet  (Haute-Garonne). 

M.  Gleyses  (Etienne),  propriétaire  à  Azillanet  (Hérault). 

M.  l'abbé  GoiFFON,  prêtre,  aumônier,  à  Nimes. 

M.  le  baron  DE  GoNDRECOURT,  général  de  division,  à  Paris. 

M.  GoULARD,  avocat-agréé  au  Tribunal  de  commerce,  à  Toulouse. 

M.  GouNELLE  (Alfred),  négociant,  à  Marseille. 

M.  Goupil,  ancien  conseiller  d'Etat,  à  Paris. 

M.  GoURDON  (Louis),  négociant,  à  Marseille. 

M.  le  baron  DE  GouTTES.  LagraVE,  au  château  de  Lagrave  (Tarn). 

M.  Grand  (Victor),  employé  des  lignes  télégraphiques,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  GrANDOU,  aumônier  du  Collège,  à  Figeac. 

M.  Granel  (Jean-Auguste-Frédéric),  avocat,  à  Gourgazaud  (Hérault). 

M.  Granier  de  Cassagnac  (Adolphe),  député,  à  Paris. 

M.  l'abbé  Granier  de  CassAGNAC,  ancien  principal  de  Collège,  à  Perpignan. 

M.  Granier-Faulquier,  négociant,  à  Montpellier. 

M.  Granier  (Jean),  libraire,  à  Castres. 

M.  Grellet-Balguerie,  juge  au  Tribunal  civil,  à  Lavaur. 

M.  l'abbé  Griet,  prêtre,  à  Paris-Ménilmontant. 

M.  Griffe  (François),  avocat,  à  Carcassonne. 

M.  GuiBAL  (Armand),  président  du  Cercle  du  commerce,  à  Castres. 

M.  GuiLHEM  (Emmanuel),  propriétaire,  à  Venerque  (Haute-Garonne). 

M.  DE  GuiRiNGAUD  (Ernest),  propriétaire,  à  Castelsarrasin. 

M.  GuizoT,  de  l'Académie  française,  ancien  ministre,  à  Paris. 

MM.  Hachette  &  O^,  éditeurs,  à  Paris. 

M.  Hamel,  ancien  professeur  de  la  Faculté  des  Lettres,  à  Toulouse. 

M.  Hébrard  (Adrien),  directeur  du  Temps,  à  Paris. 

M.  d'Hébray  (Joseph),  rentier,  à  Toulouse. 

M.  DE  Heredia,  propriétaire,  à  Paris. 


—  9  — 

M.  HoMS  (Louis),  négociant,  à  Castres. 

M.  DES  HouRS  (Louis),  sous-préfet,  à  Dax. 

M.  Hue  (Jules),  négociant,  à  Toulouse. 

M.  d'Hugues,  professeur  à  la  Faculté  des  Lettres,  à  Toulouse. 

M.  HUMBERT  (Gustave),  professeur  à  la  Faculté  de  Droit,  sénateur,  à  Toulouse. 

M.  Jacotin  (Antoine),  ancien  élève  de  l'École  des  Chartes,  au  Puy-en-Velai. 

M.  Jacquemet,  docteur  &  professeur  agrégé  à  la  Faculté  de  Médecine,  à  Montpellier. 

M.  l'abbé  Jalabert,  vicaire  à  la  cathédrale,  à  Pamiers. 

M.  Jammes,  ancien  député,  à  Mazamet  (Tarn). 

M.  Janot  (Aimé),  docteur  en  médecine,  à  Narbonne. 

M.  JeANJEAN,  propriétaire,  à  Béziers. 

M.  Jeanjean  (Félix),  avoué,  à  Lodève. 

M.  JoHNSTON,  ancien  député,  à  Bordeaux. 

M'"^  JouGLA,  Salon  de  lecture,  à  Toulouse. 

M.  JourdaN  (Joseph),  négociant,  à  Lodève. 

M.  l'abbé  Jourde,  vicaire,  à  Cambourtil  (Tarn). 

M.  le  baron  DE  JuiLLAC,  au  château  d'Odars  (Haute-Garonne). 

M.  de  Juvenel  (Xavier),  à  Pézénas  (Hérault). 

M.  KuNC  (Aloys),  maître  de  chapelle  de  la  métropole,  à  Toulouse. 

M.  Labesque,  docteur  en  médecine,  à  Agen. 

M.  Lacadé  (Adolphe),  juge  au  Tribunal  civil,  à  Mont-de-Marsan. 

M.  Lacadé  (Charles),  notaire,  à  Lourdes  (Hautes-Pyrénées). 

M.  DE  Lacger  (Gabriel),  propriétaire,  au  château  de  Clôt  (Tarn). 

M.  Lachenal,  receveur  particulier  des  Finances,  à  Brioude. 

M.  LacointA  (Jules),  direct,  des  affaires  criminelles  au  Ministère  de  la  Justice,  à  Paris. 

M.  l'abbé  Lacombe,  curé,  à  Saint-Sulpice-la-Pointe  (Tarn). 

M.  Lacroix,  banquier,  à  Montréjeau  (Haute-Garonne). 

M.  Lacroix  (Eugène),  avoué,  à  Millau. 

M.  Lacroix  (Léon),  avocat,  à  Espalion. 

M.  Lafargue  (Charles),  chef  de  division  à  la  Préfecture,  à  Agen. 

M.  DE  Lafitte-Lajoannenque,  membre  du  Conseil  général,  à  Astaffort  (Lot-&-Gar.). 

M.  Lafont,  officier  supérieur  en  retraite,  à  Villemur  (Haute-Garonne). 

M.  Laforgue  (Camille),  propriétaire,  à  Quarante  (Hérault). 

M.  DE  LagaRCIE  (Léon),  percepteur,  à  la  Salvetat-Peyralès  (Aveyron). 

M.  Lagarrigue,  notaire,  à  Cahors. 

M.  Lagarrigue  (Fernand),  consul,  à  Nice. 

M.  LamARQUE,  ancien  préfet,  au  château  de  Sermet  (Dordogne). 

M.  Lambert  (Alexandre),  rentier,  à  Paris. 

M.  DE  Lamberterie,  avocat,  ancien  député,  à  Versailles. 

M.  DE  Lamorte  Félines,  propriétaire,  à  Die. 

M.  DE  Lamothe,  archiviste  du  département  du  Gard,  à  Nimes. 

M.  Landes  (Casimir),  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  DE  LanefraNQUE  (Adolphe),  maître  imprimeur,  à  Bordeaux. 

M.  Lannes  (Jean),  avocat-avoué,  à  Toulouse. 

M.  DE  Lapasse  (Fernand),  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  Lapeyre  (Louis),  chef  d'institution,  à  Castres. 

M.  Lapeyre  (Nestor),  avocat,  à  Lourdes  (Hautes-Pyrénées). 

MM.  Laplace,  Sanchez  &  C'<2,  éditeurs,  à  Paris. 

M.  LaplaGNE-Barris,  conseiller  à  la  Cour  d'appel,  à  Paris. 

M.  l'abbé  DE  Laportalière,  curé  de  la  Dalbade,  à  Toulouse. 

M.  DE  Larboust  (Urbain),  propriétaire,  à  Betbèze  (Hautes-Pyrénées). 

M.  Laroche  (Théodore),  avocat,  à  Agen. 


lO    

M.  Larquet  (Jean-Marie-Alexandre),  commandant  de  recrutement,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  Larramiau,  curé-doyen,  à  Argelès. 

M.  Larrieu,  propriétaire,  à  Cazères  (Haute-Garonne). 

M.  Larue,  chef  d'institution,  à  Montpellier. 

M.  Lassalle  (Louis),  professeur  au  Lycée,  à  Toulouse. 

M.  le  baron  DE  Lassus,  ancien  député,  à  Montréjeau  (Haute-Garonne). 

M.  Lasvignes,  membre  du  Conseil  général,  à  Touille  (Haute-Garonne). 

M.  Latou,  notaire,  à  Toulouse. 

M.  le  comte  Latour  du  Moulin,  ancien  député,  à  Paris. 

M.  l'abbé  Latour  de  Noé,  prêtre,  à  Toulouse. 

M.  Latrobe,  imprimeur-libraire,  à  Perpignan. 

M.  Laugier,  conservateur  du  Cabinet  des  médailles,  à  Marseille. 

M.  Laumond-Peyronnet,  avocat,  à  Toulouse. 

M.  Lauque,  propriétaire,  à  Mirepeisset  (Hérault). 

M.  de  Laval,  baron  d'Arlempde,  à  Roanne. 

LAVAUR.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  Lavergne  (Adrien),  propriétaire,  à  Castillon  (Gers). 

M.  Lavergne  (Edmond),  négociant,  à  Montauban. 

M.  Lemoigne,  libraire-commissionnaire,  à  Paris. 

M.  LÉOTARD,  ex-sous-bibliothécaire  de  la  ville  de  Montpellier,  à  Paulhan  (Hérault). 

M.  Lespinasse  de  Saune,  avocat,  à  Toulouse. 

M.  DE  Lestapis  (Jules),  sénateur,  à  Lacq  (Basses-Pyrénées). 

M.  DE  Lestapis  (Henri-Pierre),  substitut,  à  Mont-de-Marsan. 

M.  Lestrade  (Alfred),  docteur  en  droit,  à  Toulouse. 

M.  le  duc  de  Lévis  Mirepoix,  au  château  de  Léran  (Ariége). 

M.  le  comte  DE  LÉvis  Mirepoix,  à  Paris. 

M.  LiEBER,  négociant,  à  Béziers. 

M.  LiGER,  directeur  d'assurances,  à  Toulouse. 

M.  DE  LiMAiRAC  (Alfred),  sénateur,  au  château  d'Ardus  (Tarn-&-Garonne). 

M.  DE  LiMAiRAC  (Charles),  propriétaire,  à  Castres. 

M.  LiNAS  (Louis),  licencié  en  droit,  à  Toulouse. 

M.  DE  LoNCHAMP  (Louis),  capitaine  de  cavalerie  en  retraite,  à  Castres. 

M.  Longuelane,  libraire,  à  Narbonne. 

M.  LuRGUiE,  avocat,  membre  du  Conseil  général,  à  Cahors. 

T  YON   i  Bibliothèque  du  Palais  des  Arts. 

(  Bibliothèque  de  la  Ville. 
M.  DE  Madron  (Henri),  propriétaire,  à  Cadalen  (Tarn). 

M.  Magen,  secrétaire  perpétuel  de  la  Société  d'Agriculture,  Sciences  &  Arts,  à  Agen. 
M.  Maistre  (Jules),  propriétaire,  à  Villeneuvette  (Hérault). 
M.  DE  Maleville  (Léon),  sénateur,  ancien  ministre,  à  Montauban. 
M.  Mallye  (Jules),  docteur  en  droit,  à  Brioude. 

M.  Malphettes  (Emile),  fondé  de  pouvoirs  de  M.  le  Trésorier  général,  à  Albi. 
M.  Mame  (Alfred),  éditeur,  à  Tours. 

M.  de  Manas  aîné,  maire,  à  Beaumont-de-Lomagne  (Tarn-&-Garonne). 
M.  Mandrot  (Bernard),  archiviste-paléographe,  à  Paris. 
M"^  Manent  (Caroline),  rentière,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  Marcorelles,  directeur  de  l'institution  Sainte-Marie,  à  Rodez. 
M.  Mares  (Henri),  correspondant  de  l'Institut,  à  Montpellier. 
M.  DE  Marion-Brésillac,  juge  au  Tribunal  civil,  à  Toulouse. 
M.  Marques  (Joseph),  avocat,  à  Cahors. 
M.  Marqueyret  (Emile),  avocat,  à  Montauban. 
MARSEILLE.  Cercle  des  Phocéens. 


—  II  — 

M.  Martel  (Alexandre),  propriétaire,  au  château  de  Cassaii  (Hérault). 

M.  Martin  (Flavien),  avocat,  à  Castres. 

M.  Martin  (Joseph),  propriétaire,  à  Bézicrs.  •    " 

M.  Martin  (Martial),  juge  au  Tribunal  civil,  à  Saint-Gaudens. 

M.  Marty  (Alfred),  filateur,  à  Montauban. 

M.  Maruéjouls  (Emile),  membre  du  Conseil  général  de  l'Aveyron,  à  Villefranchc. 

M.  DE  Mas  Latrie,  chef  de  section  aux  Archives  nationales,  à  Paris. 

M.  DE  Massif  de  BouillaRGUES  (Louis),  propriétaire,  à  Nimes. 

M.  le  marquis  DE  LA  Tour-Maubourg,  au  château  de  Maubourg  (Haute-Loire). 

M.  l'abbé  MaupomÉ  (François),  aumônier  du  pensionnat  Saint-Joseph,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  Mauri,  vicaire,  à  Mèze  (Hérault). 

MAZAMET  (Tarn).  Bibliothèque  consistoriale. 

M.  Mazas  (Etienne),  propriétaire,  à  Lavaur. 

M""  Mazens  (Eulalie),  maîtresse  de  pension,  à  Toulouse. 

M.  Mazet  (Charles),  chef  d'institution,  à  Montpellier. 

M.  Mazuc  (Emile),  propriétaire,  au  château  de  Roquelune  (Hérault). 

M.  l'abbé  Meilhou,  curé,  à  Saint-Jory  (Haute-Garonne). 

M.  Meinadier,  colonel  d'artillerie,  membre  du  Conseil  général  du  Gard,  à  Versailles. 

f  Archives  du  département  de  la  Lozère. 
MENDE      Bibliothèque  de  l'Évêché. 

(  Société  d'Agriculture,  Sciences  &  Arts  de  la  Lozère. 
MM.  Michel  &  Médan,  libraires,  à  Agen. 

M.  Micolon  (Claude-Frédéric),  expert-géomètre,  à  Yssingeaux. 
M.  MiGNET,  de  l'Académie  française,  à  Paris. 

M.  MiGNOT,  pharmacien,  à  Saint-Nicolas-de-la-Grave  (Tarn-&-Garonne). 
M.  Mila  de  Cabarieu,  ancien  préfet,  à  Montauban. 
M.  MillièS-Lacroix,  pharmacien,  à  Montauban. 
M.  du  MiraL  (Alban),  propriétaire,  à  Montauban. 

M.  Molinier,  prof,  à  la  Faculté  de  Droit,  membre  du  Conseil  général,  à  Toulouse. 
M.  de  Moly  (Henry),  président  du  Tribunal  civil,  à  Foix. 
MONGRÉ  (Rhône).  Bibliothèque  de  l'École  libre. 
M.  MONIER,  ancien  principal  de  collège,  à  Pamiers. 
M.  Monod,  propriétaire,  à  Paris. 

M.  le  comte  G.  DE  Monsabert,  propriétaire,  à  Toulouse. 
M.  l'abbé  Montagne,  curé  de  Notre-Dame-du-Taur,  à  Toulouse. 
\An\iTATTTiAXi  i  Archives  du  département  de  Tarn-&-Garonne. 

(  Bibliothèque  de  1  Lveché. 
M.  DE  Montazet  (Charles),  ancien  sous-préfet,  à  Toulouse. 
M.  de  Montbrison  (Georges),  au  château  de  Saint-Roch  (Tarn-&-Garonne). 
M.  DE  Montbrison  (Philippe),  au  château  de  Montbrison  (Tarn-&-Garonne). 
M.  MoNTEL,  négociant,  juge  au  Tribunal  de  commerce,  à  Montpellier. 
M.  Montés,  chef  d'institution,  à  Carcassonne. 
M.  MoNTHiEU  (Camille),  agriculteur,  à  Cazères  (Haute-Garonne). 
M.  DE  MoNTMAUR  (Paul),  au  château  d'Estournel  (Lot). 
MONTPELLIER.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  le  comte  DE  Montratier-Parazols,  à  la  Baronnie  (Tarn-&-Garonne). 
M.  DE  MoNTVAiLLANT,  maire,  à  Anduze  (Gard). 
M.  MoRANDiÈRE,  propriétaire,  juge  suppléant,  à  Jonzac. 
M.  MOREL,  membre  de  plusieurs  sociétés  savantes,  à  Saint-Gaudens. 
M.  DE  MoRTEAUX,  propriétaire,  à  Labastide-de-Sérou  (Ariége). 
M"'*'  la  comtesse  DE  Mosbourg,  au  château  des  Bouyssès  (Lot). 
M.  Moula,  négociant,  à  Carcassonne. 


MOULINS.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  MoURGUES,  notaire,  maire,  à  Tayrac  (Lot-&-Garonne). 

MOUTIERS  (Savoie).  Académie  de  La  Val  d'Isère. 

M.  le  comte  MuRAT  (Joachim),  député,  à  Paris. 

NARBONNE  S  Bibliothèque  de  la  Ville. 

(  Commission  archéologique. 

M.  le  comte  DE  Narbonne,  propriétaire,  à  Castelsarrasin. 

M.  Narbonnès,  avocat,  à  Narbonne. 

M.  DE  Naurois  (Auguste),  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  Naves,  notaire,  membre  du  Conseil  général,  au  Fousseret  (Haute-Garonne). 

M.  Nicolas,  professeur  à  la  Faculté  de  Théologie,  à  Montauban. 

vTT»/n-'c    (  Bibliothèque  de  l'Evèché. 
NIMES      „..  ,.     ,  ,  ^       ,    ,    ,,.,, 
(  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  Noguier,  avocat,  à  Béziers. 

M.  Noubel  (Henri),  sénateur,  à  Agen. 

MM.  NuRET  &  fils,  imprimeurs-libraires,  à  Châteauroux. 

M.  l'abbé  Olive,  curé,  à  Cabanial  (Haute-Garonne). 

M.  DE  l'Orme,  propriétaire,  à  La  Rouvière  (Gard). 

M.  OuDiN  (Henri),  éditeur,  à  Poitiers. 

M.  d'Ounous  (Louis),  propriétaire,  à  Sabarat  (Ariége). 

PALMA  (Iles  Baléares).  Bibliothèque  de  la  Ville. 

(  Bibliothèque  de  l'Evèché. 

PAMIERS  j  Bibliothèque  du  Petit  Séminaire. 

(  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  le  marquis  DE  PANAT  (Samuel),  à  Toulouse. 

[  Archives  nationales. 
uTc  )  MiiT^istère  de  l'Instruction  publique  (20  exemplaires). 
PARIS  j  Cercle  de  l'Union. 

[  Société  de  l'histoire  du  Protestantisme  français. 
M.  Paris  (Emile),  banquier,  à  Pamiers. 

M.  DE  Parisot  DE  LA  BoissE,  propriétaire,  à  Montpellier. 
M.  ParrAN,  ingénieur  des  Mines,  à  Paris. 
M.  Pascal,  ancien  préfet,  à  Bordeaux. 

M.  DE  Passemar,  vicomte  de  Saint-André,  au  château  de  Saint-André  (Tarn). 
M.  Patot  (Gustave),  chef  d'institution  libre,  à  Marseille. 
p. jT  (  Archives  du  département  des  Basses-Pyrénées. 

I  Bibliothèque  de  la  Ville. 
M.  PauilhAN,  notaire,  à  Pézénas  (Hérault). 
M.  Paulhac  (Léon),  négociant,  à  Toulouse. 
M.  l'abbé  Pauthe,  curé,  à  Viviers-les-Montagnes  (Tarn). 
M.  PÉGOT,  docteur  en  médecine,  à  Toulouse. 

M.  Pelet  de  Lautrec  (Michel-Adolp.);,  lieutenant-col.,  au  chat,  de  Briord  (L.-Inf.). 
M.  PÉLISSIÉ,  sous-préfet,  à  Marmande. 

M.  le  comte  DU   Peloux  de  Saint-RomAin,  à  Saint-Didier  (Haute-Loire).  i^ 

M.  PenCHENIER  (Auguste),  propriétaire,  à  Bagnols  (Gard). 
M.  PendariÈS,  libraire,  à  Carcassonne. 

M.  l'abbé  PÊNE,  chanoine  honoraire,  supérieur  du  Collège^  à  Bagnères-de-Bigorre. 
M.  Penent  (Louis),  ancien  notaire,  à  Cazères  (Haute-Garonne). 
M.  PÉRIÈS  LabARTHE,  propriétaire,  au  Mas-Grenier  (Tarn-&-Garonne). 
PERPIGNAN.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
M.  PeyrANE,  graveur  en  caractères,  à  Toulouse. 
M.  Peyre  (Xavier),  maire,  à  Bédarieux  (Hérault). 


—  i3  — 

M.  le  comte  DE  Peytes  DE  Montcabrier  (Gustave),  à  Réalmont  (Tarn). 

M.  Pi  (Honoré),  ingénieur  civil,  à  Cosprons  (Pyrénées-Orientales). 

M.  le  baron  DE  PiGACHE  Sainte-Marie,  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  Pin  (Paul-Emile),  avocat,  à  Alais. 

M.  le  comte  DE  Pins  (Antonin),  à  Toulouse. 

M.  Pla,  inspecteur  des  Écoles  primaires,  à  Carcassonne. 

M.  Plassan  (Bruno),  avocat,  à  Toulouse. 

M.  PoiNSiGNON,  inspecteur  d'Académie,  à  Châlons-sur-Marne. 

M.  PoMiÈS  (François),  imprimeur-libraire,  à  Carcassonne. 

M.  DE  Pons  d'Arnave  (Léopold),  propriétaire,  à  Pamiers. 

M.  Pontet,  ancien  inspecteur  d'Académie,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  PotTIER,  président  de  la  Société  archéologique,  à  Montauban. 

M.  l'abbé  DE  Pous,  vicaire  général,  à  Toulouse. 

M.  PradaL  (M.-J.-L.),  propriétaire,  à  Béziers. 

M.  PraDEL  (Charles),  propriétaire,  à  Puylaurens'(Tarn). 

M.  Pradel  (Emile),  député,  à  Saint-Antoniii  (Tarn-&-Garonne).  • 

M.  le  comte  DE  PreissAC,  ancien  préfet,  au  château  de  Mauvers  (Tarn-&-Garonne). 

M""'  la  comtesse  DE  Preissac,  à  Saint-Médard-de-Guizières  (Gironde). 

M.  Privât,  docteur  en  médecine,  maire,  à  Campagnac  (Aveyron). 

M.  Privât  (Lambert),  propriétaire,  à  Sévérac-le-Château  (Aveyron). 

M.  Prom,  propriétaire,  ancien  maire,  à  His  (Haute-Garonne). 

M.  PujOL,  principal  de  collège,  à  Privas. 

i  Société  d'Agriculture,  Sciences,  Arts  &  Commerce. 
Bibliothèque  de  l'Évèché. 
Bibliothèque  de  la  Ville. 
M.  le  comte  DE  PuYSSÉGUR,  au  château  de  Lavagnac  (Hérault). 
M.  le  comte  DE  PuYSSÉGUR,  propriétaire,  à  Rabastens  (Tarn). 
M.  Py,  docteur  en  médecine,  à  Narbonne. 

M.  l'abbé  Ravary,  curé  de  l'Immaculée-Conception,  à  Toulouse. 
M.  Ravel  (Gabriel),  propriétaire,  à  Toulouse. 
M™*"  la  comtesse  DE  RAYMOND,  chanoinesse,  à  Agen. 
M.  RÉDARÈS  (Ernest),  avocat,  à  Nimes. 

M.  Regimbeau  (Jules),  docteur  en  médecine,  à  Montpellier. 
REIMS.  Bibliothèque  de  l'Archevêché. 
M.  Reinwald  &  C''^,  commissionnaires,  à  Paris. 
M.  DE  RÉMUSAT  (Paul),  député,  à  Paris. 
M.  le  comte  DE  RessÉGUIER  (Fernand),  à  Toulouse. 
M.  Revelly,  négociant,  à  Albi. 

M.  DE  Reversât  MarsaC,  au  château  de  Marsac  (Tarn-&-Garonne). 
M.  Rey  (Paul),  rentier,  à  Nay  (Basses-Pyrénées). 

M.  Reynis  (Eugène),  rédacteur  de  VEcho  de  la  Province,  à  Toulouse. 
M.  RiBES  (Jean),  entrepreneur,  à  Toulouse. 

M.  Richard,  directeur  du  journal  le  Languedocien,  à  Pézénas  (Hérault).  ^ 

M.  Rivière  (Gabriel),  propriétaire,  à  Toulouse. 
M,  DE  LA  Rivière  (Octave),  propriétaire,  à  Castelsarrasin. 
M.  le  baron  DE  Rivières,  au  château  de  Rivières  (Tarn). 
M.  l'abbé  de  Roaldès,  aumônier  du  Lycée,  à  Cahors. 
M.  le  marquis  DE  RocHAMBEAU,  au  château  de  Rochambeau  (Loir-StrCher). 

r^r^r^T-rj  (  BibUothèquc  de  l'Évèché. 
RODEZ      -,.,,.     -  ,^        ,     ,    ,7.,, 
(  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  le  vicomte  DE  RoDEZ-BÉNAVENT,  sénateur,  à  Montpellier. 
M.  RoDiÈRE  (Norbert),  avocat,  à  Toulouse. 


—  M  — 

M.  Roque  (Gabriel-E.),  brasseur,  à  Béziers. 

M.  DE  RoQUEFEUiLLE,  à  Versailles. 

M.  le  vicomte  DE  RoQUETTE-BuissoN,  à  Toulouse. 

M.  Rossignol,  ancien  receveur  principal  des  Contributions  indirectes,  à  Brive. 

M.  RoSTAING,  manufacturier,  à  Vidalon-les-Annonay  (Ardèche). 

M.  RouANET  (Jules),  propriétaire,  à  Castres. 

M.  RoucH  (Armand),  avocat,  à  Montpellier. 

M.  l'abbé  RoucHiER,  chanoine,  à  Viviers  (Ardèche). 

M.  l'abbé  RoUQUETTE,  vicaire  de  Notre-Dame,  à  Millau. 

M.  RouzAUD  (F.),  propriétaire,  à  Bordeaux. 

M.  RoZY,  professeur  à  la  Faculté  de  Droit,  à  Toulouse. 

M.  Ru  AU,  direct,  des  Monnaies,  memb.  du  Conseil  général  de  la  H^'-Garonne,  à  Paris. 

M.  DE  RUBLE,  à  Paris. 

M.  SabaTIÉ  (Edouard),  propriétaire,  à  Lézignan  (Aude). 

M.  Sabatier  (Louis),  libraire,  à  Saint-Gaudens. 

M.  SacaRRÈre,  vice-président  du  Tribunal  civil,  à  Toulouse. 

M.  Sacase,  sénateur,  à  Toulouse. 

M.  Sagnier  (Charles),  négociant,  à  Nimes. 

M.  le^marquis  DE  Saint-Aulaire,  à  Périgueux. 

SAINT-ÉTIENNE.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

SAINT-GAUDENS.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

M.  de  Saint-Lary  (Fornier  de),  propriétaire,  au  château  de  Belbèze  (Haute-Gar.). 

SAINT-LAURENT-LES-BAINS   (Ardèche):  jBibliothèque  de  Notre-Dame-des-Neiges. 

SAINTE-MARIE-DU-DÉSERT  (Haute-Garonne).  Bibliothèque  de  la  Trappe. 

SAINT-PE  (Hautes-Pyrénées).  Bibliothèque  du  Petit  Séminaire. 

M.  DE  Saint-Sernin,  propriétaire,  à  Dieupentale  (Tarn-&-Garonne). 

M.  Saltel,  ancien  greffier,  à  Espalion. 

M.  Sandral,  principal  du  Collège,  à  Saint-Gaudens. 

M.  Sarding  (Dominique),  propriétaire,  à  Ramonville  (Haute-Garonne). 

M.  le  vicomte  DE  Sarret,  à  Béziers. 

M.  le  baron  Sarrut  (Germain),  conseiller  à  la  Cour  d'appel,  à  Toulouse. 

M.  Sarthe,  libraire^  à  Luchon  (Haute-Garonne). 

M.  Satgé,  négociant,  à  Carcassonne. 

M.  Saubot-Damborgez,  avocat,  ancien  préfet,  à  Paris. 

M.  DE  LA  Saussaye,  ancien  recteur  de  Lyon. 

M.  Sauton,  libraire,  à  Paris  (2  exemplaires). 

M.  DU  Sauzey  (Eugène),  licencié  en  droit,  à  Roanne. 

M.  le  baron  DE  ScALiBERT,  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  ScHiCKLER,  président  de  la  Société  du  Protestantisme  français,  à  Paris. 

M.  DE  ScoRBiAC,  propriétaire,  au  château  de  Barbet-Lombez  (Gers), 

M.  DE  ScoRBiAC  (Jean),  propriétaire,  à  Montauban. 

M.  SÉBE  (Casimir),  propriétaire,  à  Cazouls-les-Béziers  (Hérault). 

M.  SÉGUEVESSES  (Charles),  propriétaire,  à  Carcassonne. 

M.  Seguin,  libraire,  à  Montpellier. 

M.  SeinARD  (Joseph-Adolphe),  propriétaire,  à  Alais. 

M.  Sérilhac,  docteur  en  médecine,  à  Lamothe-Cumont  (Tarn-&-Garonne). 

M.  Serin,  curé,  à  Labastide-de-Lévis  (Tarn). 

M"*^  SerpANTIÉ  (Sylvie),  rentière,  à  Campagnac  (Aveyron). 

M.  Sers,  propriétaire,  à  Troupiac  (Tarn). 

M.  Serville  (Henry),  avocat,  à  Toulouse. 

M.  DE  SÉVÉRAC,  maire,  à  Saint-Félix  (Haute-Garonne). 

M.  Simon,  ingénieur  admin""  délégué  de  la  C'*^  des  Mines  de  Graissessac,  à  Montpellier. 


i5  — 


SOLESMES  (Sarthe).  Bibliothèque  du  couvent  des  Bénédictins. 

M.  DE  Sorbier  de  la.  'Fourrasse,  notaire,  à  Valence-d'Agen  (Tarn-&-Garonne). 

SpRÈZE  (Tarn).  Bibliothèque  de  l'École. 

M.  le  baron  de  Soubeyran,  député,  à  Paris. 

M.  Soulages  (Gabriel),  propriétaire,  à  Albi. 

M.  l'abbé  SouPAiRAC,  curé,  à  Creissan  (Hérault). 

M.  StewART,  propriétaire,  à  Londres. 

M.  SuRAN  aîné,  fondé  de  pouvoirs  de  M.  le  Trésorier  général,  à  Toulouse. 

M.  TalaBOT,  ancien  député,  à  Paris. 

M.  Talon,  ancien  sous-préfet,  à  Saint-Geniez-d'Olt  (Aveyron). 

M.  Talou  (Léon),  avoué,  à  Cahors. 

M.  Tamisey  de  Larroque,  correspondant  de  l'Institut,  à  Gontaud  (Lot-&-Garonne). 

M.  TeissiÉ  (Eugène),  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  l'abbé  Terres,  curé,  à  Tramesaigues  (Haute-Garonne). 

M.  Teulade  (Marc),  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  TÉZENAS  du  Montcel,  courtier  en  soie,  à  Saint-Etienne. 

M.  ThÈRON,  notaire,  à  Lézignan  (Aude). 

M.  ThÈRON  (Emile),  notaire,  à  Labastide-de-Lévis  (Tarn). 

M.  Théveneau  (Louis),  propriétaire,  à  Béziers. 

M.  ThéVENIN  (Louis),  banquier,  à  Saint-Gaudens. 

M.  Thiers,  de  l'Académie  française,  ancien  président  de  la  République,  à  Paris. 

M.  Thomas,  inspecf  principal  de  Pexploitation  des  chemins  de  fer  du  Midi,  à  Toulouse. 

M.  Thomas  (Edouard),  sous-directeur  secrétaire  de  la  Santé,  à  Cette  (Hérault). 

M.  Thomas  (Émile-Paul),  à  Mèze  (Hérault). 

M.  Thorin  (Ernest),  éditeur,  à  Paris. 

M.  TissiÉ-Sarrus  (Louis),  banquier,  à  Montpellier. 

M.  DE  Tonnac-Villeneuve,  propriétaire,  à  Gaillac-sur-Tarn. 

Académie  des  Sciences,  Inscriptions  &  Belles-Lettres. 

Archives  du  département  de  la  Haute-Garonne. 

Bibliothèque  de  l'Archevêché. 

Bibliothèque  des  Bons  Livres. 

Bibliothèque  du  Calvaire. 

Bibliothèque  de  la  Cour  d'appel. 

Bibliothèque  de  l'École  Sainte-Marie. 

Bibliothèque  de  la  Faculté  de  Droit. 

Bibliothèque  de  la  Faculté  des  Lettres. 

Bibliothè(jiie  de  la  Faculté  des  Sciences. 

Bibliothè(jue  du  Lycée. 

Bibliothèque  des  RR.  PP.  Jésuites. 

Bibliothèque  de  la  Ville. 

Le  Salon  des  Arts. 

Société  Archéologique  du  Midi  de  la  France. 

Succursale  du  Petit  Séminaire. 
M.  le  marquis  DE  LA  ToURRETTE,  ancien  député,  à  Tournon. 
M.  le  baron  DE  Tourtoulon  (Charles),  propriétaire,  à  Montpellier. 
M.  le  comte  DE  TrAVANET,  éditeur,  à  Paris.  /' 

M.  l'abbé  DE  Trémolières,  prêtre,  à  Toulouse. 
M.  Trémollières,  propriétaire,  à  Moussan  (Aude). 

M.  Tron,  député,  membre  du  Conseil  général,  maire,  à  Luchon  (Haute-Garonne). 
M.  l'abbé  TusTET,  archiprêtre,  à  Foix. 

M.  VA"isSE-ClBiEL  père,  ancien  membre  du  Conseil  général,  à  Nègrepelisse  (T.-&-G.). 
M.  DE  Vaissete  (Aimé),  propriétaire,  à  Brens  (Tarn). 


TOULOUSE 


—  i6  — 

M.  DE  ValaDA  (Calixte),  propriétaire,  à  Réalville  (Tarn-&-Garonne). 

M.  le  vicomte  DE  Valady  (Casimir),  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  DE  Valady  (Eugène),  avocat,  à  Rodez. 

M.  Valette,  docteur  en  médecine,  à  Montpellier. 

M.  DE  Vallat  (Charles),  propriétaire,  à  Sévérac-le-Château  (Aveyron). 

M.  DE  Valon  (Arthur),  député,  à  Cahors. 

M.  l'abbé  DE  Vassal,  curé,  à  Saint-Martial  (Tarn-&-Garonne). 

M.  Verdier  (Auguste),  propriétaire,  à  Toulouse. 

M.  Verdier  (Gabriel),  avocat,  à  Nimes. 

M.  Vergnes  (Ferdinand),  notaire,  à  Carcassonne. 

M.  Vernazobres  (César-Jean),  propriétaire,  à  Bédarieux  (Hérault). 

M.  Vernazobres  (Henri),  propriétaire,  à  Bédarieux  (Hérault). 

M.  Vernhes  (Emile),  docteur  en  médecine,  à  Béziers. 

M.  Vernière  (Antoine),  à  Brioude. 

M.  le  vicomte  DE  Vesins  (Élie),  au  château  de  Vesins  (Aveyron). 

M.  DE  Veye  (Gérard),  à  Toulouse. 

M.  ViALLA  (Louis),  président  de  la  Société  d'Agriculture,  à  Montpellier. 

M.  ViENNET  (Alphonse),  ancien  receveur  des  Finances,  à  Salies  (Hérault). 

M.  ViGUiÉ,  président  du  Consistoire,  à  Nimes. 

M.  ViOLLET-LE-Duc,  architecte,  à  Paris, 

M.  ViREMONDOY,  juge  au  Tribunal  civil,  à  Agen. 

M.  VlTALis  (Lucien),  député,  à  Lodève. 

M.  le  comte  DE  VOGUÉ,  membre  de  l'Institut,  à  Paris. 

M.  DE  Voisins  Lavernière  (Etienne),  sénateur,  à  Lavaur. 

M.  Wallon  (Edouard),  docteur  en  droit,  à  Montauban. 

M.  Yarz  (Raoul),  négociant,  à  Toulouse. 


Toulouse,  1870-1876. 


TOULOUSE,    TYPOGRAPHIE   PAUL   PRIVAT,    RUE   TRIPIERE,    9. 


I 


DC 

611 

L298V5 

1872 

t.2 


Vie,  Claude  de 

Histoire  générale  de 
Languedoc  avec  des  notes 


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